jeudi 7 novembre 2024

Église Saint Vorles de Châtillon-sur-Seine (21)

 


Voir :  Saint Vorles

Isolée sur son promontoire, dominant Châtillon-sur-Seine depuis la limite orientale de l’agglomération, l’église Saint‑Vorles se dresse comme un vaisseau immobile depuis plus de mille ans. Sa silhouette trapue, ses volumes étagés, ses deux clochers — l’un occidental, l’autre sur la croisée — composent une architecture qui ne ressemble à aucune autre dans la région. Saint‑Vorles est un édifice préroman du tournant de l’an mil, l’un des plus anciens monuments romans de Bourgogne, et l’un des plus singuliers du Châtillonnais.

L’histoire de l’église commence dans l’enceinte du castrum épiscopal. Dès le Haut Moyen Âge, une église dédiée à Notre‑Dame puis à Saint‑Martin se dressait dans le château des évêques de Langres. En 868, l’évêque Isaac y transfère les reliques de Saint Vorles, prêtre du VIᵉ siècle, pour les protéger des incursions normandes. Ce geste fonde la vocation spirituelle du lieu. Lorsque Brun de Roucy devient évêque de Langres (980‑1016), il entreprend la construction d’une nouvelle collégiale, plus vaste, plus ambitieuse, placée sous le triple patronage de Notre‑Dame, Saint‑Martin et Saint‑Vorles. C’est dans ces années, entre environ 1000 et 1020, que naît l’édifice que nous voyons aujourd’hui.

Saint‑Vorles appartient à la première génération de l’art roman bourguignon. Son plan est d’une rare originalité : un westbau occidental, véritable transept antérieur à deux étages, une nef de quatre travées flanquée de bas‑côtés, un transept saillant surmonté d’une haute coupole‑lanterne, et un chœur terminé par une abside. L’édifice était couronné de deux clochers, l’un sur le westbau, l’autre sur la croisée. Les bandes lombardes qui décorent les pignons et les murs extérieurs témoignent d’une influence méridionale, tandis que le westbau évoque les grandes églises rhénanes, révélant une étonnante synthèse entre traditions carolingiennes, ottoniennes et bourguignonnes.

L’extérieur frappe par son aspect massif, presque militaire. Le westbau, avec son pignon nord intact, montre encore ses deux étages de baies romanes et ses bandes lombardes sur trois faces. Le pignon sud, remanié au XVIIᵉ siècle, a perdu son caractère primitif, mais la structure générale demeure lisible. La nef, épaulée de contreforts ajoutés au XVIIᵉ siècle, conserve au nord deux travées d’origine avec leurs lésènes, témoins de bandes lombardes disparues lors du rehaussement des bas‑côtés. Le transept, avec ses pignons décorés de triples bandes lombardes, est l’un des plus beaux ensembles romans de la région. La coupole‑lanterne, posée sur une souche carrée, est surmontée d’un clocher du XIIᵉ ou du XIIIᵉ siècle, dont les baies géminées et la corniche rythment la silhouette du monument. Le chevet, avec sa travée de chœur et son abside, est également animé par des bandes lombardes. Les toitures en lave complètent cette impression d’austérité archaïque.

L’intérieur est tout aussi remarquable. Le westbau, profondément remanié entre 1601 et 1619, laisse deviner son organisation primitive à deux étages. La partie basse, avec son vestibule en berceau, s’ouvre sur la nef par un arc outrepassé d’une rare originalité. Les bas‑côtés du westbau, plus bas que ceux de la nef, conservent leurs arcades romanes, même si l’arcade sud a été murée pour former la chapelle du Sépulcre. À l’étage, la grande tribune centrale, voûtée d’arêtes au XVIIᵉ siècle, servit longtemps de tribune d’orgue. La salle haute nord, intacte, conserve sa voûte en berceau et ses arcs de décharge, offrant un précieux témoignage de l’architecture de l’an mil.

La nef est l’un des joyaux de Saint‑Vorles. Ses piliers quadrilobés, formés de colonnes engagées maçonnées, soutiennent les grandes arcades en plein cintre. Les colonnes aplaties se prolongent en pilastres montant vers la voûte sans chapiteaux ni impostes, créant une verticalité continue, presque graphique. Les voûtes d’arêtes actuelles datent de 1619, mais les bas‑côtés conservent des voûtes d’arêtes probablement d’origine. Les murs latéraux, cantonnés de colonnes engagées, renforcent l’impression d’un espace roman très structuré. Deux chapelles du XVIIᵉ siècle flanquent les dernières travées : la chapelle Sainte‑Croix au sud (1610) et l’oratoire Notre‑Dame‑de‑Toutes‑Grâces au nord.

Le transept est l’un des premiers ensembles voûtés de Bourgogne. La croisée, sous une haute coupole‑lanterne, repose sur quatre arcs en plein cintre. Les croisillons, voûtés en berceau, conservent leurs fenêtres hautes romanes, leurs arcades primitives donnant autrefois sur les absidioles, et leurs arcs murés. Dans le croisillon nord se trouve la chapelle du Sépulcre, où est conservée la Mise au Tombeau du début du XVIᵉ siècle, provenant du couvent des Cordeliers. Cette œuvre, d’influence champenoise, est d’une intensité rare : les personnages, resserrés autour du corps du Christ, expriment une douleur contenue, presque silencieuse. Dans la lumière basse, la scène prend une force émotionnelle que les visiteurs n’oublient pas.

Le chœur, voûté en berceau, conserve ses baies romanes, même si les trois fenêtres de l’abside ont été agrandies tardivement. Les chapelles du XIVᵉ et du XVᵉ siècle — Sainte‑Thérèse, le Carmel, le Rosaire — ajoutent une touche gothique à l’ensemble. La chapelle Sainte‑Thérèse conserve des peintures médiévales de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les boiseries du chœur datent du XVIIᵉ siècle.

Sous le transept nord, la chapelle Saint‑Bernard, longtemps considérée comme une crypte primitive, révèle en réalité les fondations du XIᵉ siècle, destinées à compenser la déclivité du terrain. On y trouve un autel roman décoré de pilastres et de chapiteaux, ainsi qu’une statue de la Vierge. Les ossuaires anciens témoignent de la fonction funéraire du lieu.

Les restaurations du XXᵉ siècle ont profondément marqué l’édifice. Entre 1959 et 1974, on détruit la sacristie de 1854, le faux cul‑de‑four de la chapelle Saint‑Bernard et les tourelles du porche. On refait l’enduit intérieur, on rouvre des fenêtres, on rétablit la couverture du clocher occidental en bardeau, on consolide le transept et on restaure le chœur. Ces travaux redonnent à Saint‑Vorles son caractère roman, débarrassé des ajouts du XIXᵉ siècle. Dans les années 1990 puis 2000, de nouvelles interventions complètent l’ensemble. L’église, non paroissiale depuis 1807, n’accueille plus de cérémonies régulières, mais elle demeure ouverte pour les baptêmes, les mariages et les grandes célébrations liées à Saint Vorles. Lors du millénaire du saint, des fêtes médiévales ont animé le site.

Enfin, un détail architectural précieux mérite d’être mentionné : les marques de tâcheron. Gravées sur l’empattement du massif antérieur, sur les bas‑côtés, sur la chapelle Sainte‑Croix, sur les contreforts et sur les murs latéraux du porche, elles témoignent du travail des bâtisseurs de l’an mil et des siècles suivants. Ces signes discrets, souvent ignorés, sont pourtant l’une des signatures les plus émouvantes de l’édifice.

Saint‑Vorles n’est pas seulement une église : c’est un palimpseste architectural, un monument où se superposent les influences lombardes, rhénanes, bourguignonnes, gothiques et modernes. C’est un lieu où l’on sent encore la présence du Moyen Âge, un lieu où l’on descend pour écouter le silence, un lieu où chaque pierre porte la mémoire des siècles.

Derrière le chevet de Saint‑Vorles, le cimetière actuel occupe un lieu qui fut autrefois l’un des points les plus stratégiques du Châtillonnais : l’emplacement du château‑fort des évêques de Langres et des ducs de Bourgogne. Avant même le Xe siècle, la colline servait déjà de castrum, dominant la vallée de la Seine. Une église s’y trouvait, abritant dès 868 les reliques de Saint Vorles. Lorsque l’église primitive fut remplacée par la collégiale de l’an mil, le castrum continua d’être partagé entre les évêques de Langres et, à partir de 973, les ducs de Bourgogne.

Au XIIᵉ siècle, le duc de Bourgogne fit construire un véritable château fort, occupant une partie de l’ancien castrum. Le château du duc et la résidence de l’évêque étaient réunis dans la même enceinte, formant un ensemble défensif avancé du duché face au comté de Champagne et au royaume de France. Cette forteresse fut endommagée par les Anglais en 1359, puis probablement reconstruite en partie au XIVᵉ siècle, comme en témoignent les reprises visibles dans les maçonneries.

Les habitants, lassés des troupes militaires et des troubles qu’elles entraînaient, obtinrent du roi Henri IV l’autorisation de démanteler le château. Les lettres patentes du 30 janvier 1598 scellèrent sa destruction. Au XVIIᵉ siècle, ce qu’il en restait fut réutilisé : en 1608, le rez‑de‑chaussée de la tour Sainte‑Anne servit de corps de garde, puis devint un four à pain, probablement au XIXᵉ siècle.

Du château ne subsistent aujourd’hui que des tours et des murs, consolidés entre 1979 et 1982. Au nord, la tour de Gissey, avec ses crénelures du XIVᵉ siècle, domine la falaise et offre un point de vue sur la ville. Au sud, deux autres tours subsistent : la tour Sainte‑Anne, dont seul le rez‑de‑chaussée est conservé, et la tour de la Guette, dont la partie haute est très endommagée. Le donjon, réduit mais toujours debout, comprend une tour ronde percée d’une baie romane archaïque, flanquée de deux meurtrières et d’une porte murée en arc brisé. Ce sont là les derniers témoins d’une forteresse qui fut, pendant des siècles, un élément majeur de la défense bourguignonne.

Ce lieu chargé d’histoire a continué de jouer un rôle dans les grandes heures nationales. En février 1814, Châtillon‑sur‑Seine accueillit un congrès entre les puissances alliées — Autriche, Russie, Angleterre, Prusse — et les représentants de Napoléon. Le général refuse les conditions jugées intenables. Un siècle plus tard, en septembre 1914, le maréchal Joffre installe son quartier général dans la ville et y prononce sa phrase célèbre : « au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière ».

Aujourd’hui, le cimetière occupe le cœur des ruines. On y trouve notamment la tombe du maréchal Marmont et plusieurs chapelles funéraires. Ce voisinage entre l’église et le château n’est pas anodin : il explique la position dominante de Saint‑Vorles, son rôle spirituel mais aussi symbolique, et la manière dont son architecture s’est développée dans un espace contraint, partagé entre le sacré et le militaire. Les volumes trapus, les murs épais, les pignons massifs, les bandes lombardes qui rythment les façades, tout cela dialogue avec les vestiges du château. On comprend mieux, en observant ces ruines, pourquoi Saint‑Vorles possède cette allure de forteresse sacrée, ce caractère presque martial qui la distingue des autres églises romanes de la région.



La nef romane très haute et ses deux bas-côtés comportent trois travées débouchant sur un double transept également de trois travées, le transept nord étant en partie dévolu à la descente à la crypte. L'ensemble se termine sur un chœur profond avec abside entouré de deux petites chapelles, la chapelle Sainte Thérèse et la chapelle du Carmel, qui datent du XIVe siècle et du XVe siècle.



Le clocher qui se situe à la croisée du transept a été reconstruit au XIIe siècle alors que sur la même colline fut également construit le château des ducs de Bourgogne, un cimetière existe au moins depuis le XIXe siècle au milieu de ses ruines. L'église comporte une remarquable mise au tombeau et dans sa crypte un oratoire daté du IVe siècle.


La crypte abrite la chapelle Saint-Bernard aménagée au début du XVIIe siècle. Elle comporte une statue de la Vierge à l’Enfant que les premiers fidèles venaient vénérer en tant que Notre-Dame la Grande ou la Grande Dame. Celle-ci fut rebaptisée Notre-Dame de Toutes Grâces pour les faveurs accordées et en hommage à saint Bernard de Clairvaux qui y aurait vécu le miracle de la lactation.

Bannière de procession de Saint Vorles

Reliquaire de Saint Vorles XVIIe


Reliquaires du Trésor de Saint Vorles

Baldaquin d'Autel XVIIIe (bois doré)


Ensemble de 2 tableaux : translation des reliques de saint Vorles de Marcenay à l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine. XVIe

Panneau gauche : QUAND. SAINCT. VORLE. FUT. TRANSLATE. / DE MERCENNAY. EN. CESTE. VILLE. / YSAAC. LE. FIT. MAGNIFESTER. / AVANT. LES. ANS. COMPLETZ. DE. MILLE. ; sur le village : MERCENNAY ; 

panneau droit : CE. BON. YSAAC. VOULT. S'EMPLOYER. / D'UNE. ARDEUR. DE. DEVOTION. / JUSQUE. EN. CE. LIEU. LE. CONVOYER. / POUR. Y. FAIR. SA. MENSION. ; 

au revers, noms des Evangélistes sur phylactères ; au-dessus de saint Jean, sous l'image de la Vierge : DEVS ; dans les écoinçons des arcades écu armorié, dont les émaux sont peu sûrs à cause des repeints : écartelé, aux 1 et 4, de sinople (?), au chef de..., chargé de trois merlettes de... (qui est de Gand), aux 2 et 3, d'azur, à la fasce d'or, au chef d'azur chargé de trois quintefeuilles d'or, à la champagne de..., chargée d'un cor de chasse de... (qui est de Courcelles.)

La scène de la translation est antérieure à 1599, date du démantèlement du château de Châtillon-sur-Seine, qui y est représenté ; les 4 Evangélistes au revers ont été ajoutés postérieurement, au début du 17e siècle, époque de la pose des écus armoriés, non identifiées précisément.


Panneau de gauche :  saint Matthieu, saint Luc


Panneau de droite : Saint Marc, saint Jean


Dalle funéraire de Philibert de Frettes et d'Antoine Joly 

Inscription en bordure : CY GIST HONORABLE H/OME ME ANTHOINE JOLY EN SON VIVANT P/RCOCVREVR ET NOTAIRE ROYAL AV BAILLIE DE LA MONTAIGNE QVI TRESPASSA/LE QVATORZIESME AVRIL 1697/PRIEZ DIEV POVR LVY ; lettres et chiffres modifiés

1577 ; 1697

A l'origine, la dalle funéraire fût exécutée pour Philibert de Frettes, notaire au bailliage de la Montagne (dont le siège était à Châtillon), mort en 1577 ; puis elle fût réutilisée, par substitution, visible, des chiffres 6 à 5 et 9 à 7, en gardant le portrait en pied, pour Antoine Joly, également procureur et notaire au bailliage de la Montagne, mort en 1697

 Emplacement 2ème chapelle Nord : Ste Thérèse


Mise au tombeau ; portraits (homme et femme : en donateur)  XVIe 

Restauré pour la 2e exposition d'art Sacre en bourgogne, Dijon, 1958, puis déplacé de la 1ère chapelle sud au bras nord du transept, en 1991, non sans dégâts ; manques et parties abîmées ; traces de polychromie, les chairs ayant été badigeonnées en noir et beige entre 1832 et 1958.

voir l'article : 


Fresque XVIe

Buste reliqiaire de Saint Vorles XVIIe

Peinture monumentale XIIe (?) XIIIe


Cul de Lampe XIIe

image d'archives, l'intérieur de St Vorles - Hôpital de guerre






La tour de la Guette à gauche — massive, éventrée, avec ses ouvertures romanes — et la tour Sainte‑Anne à droite, reconnaissable à son plan circulaire et à son toit en lave couvert de mousse. Ces deux tours formaient autrefois le flanc sud du château, dans l’enceinte même où se trouvait l’église Saint‑Vorles. On voit bien que tout était imbriqué : le sacré et le militaire partageaient le même espace, les mêmes murs, la même pierre.

La tour Sainte‑Anne à droite, devenue corps de garde puis four à pain, garde encore cette allure domestique, presque paisible, tandis que la tour de la Guette, plus haute et plus austère, rappelle la fonction défensive du lieu. Ensemble, elles racontent la vie du castrum à travers les siècles — un château fortifié, une collégiale, puis un cimetière, tout dans un même enclos suspendu au-dessus de la ville.

 

Tour de la Guette, côté intérieur

La tour de Gissey, côté extérieur

Sommet de la tour de Gissey.


L’église Saint‑Vorles vue de la tour de Gissey.


Compléments sur le fort

Les archives les plus anciennes mentionnent le château dès le IXᵉ siècle, alors résidence des comtes de Lassois. En 868, l’évêque Isaac le Bon y transfère les reliques de Saint Vorles, confirmant que l’église se trouvait déjà dans l’enceinte du castrum. En 973, l’évêque de Langres partage le château avec le duc de Bourgogne, ce qui marque le début d’une longue co‑gestion entre pouvoir religieux et pouvoir ducal.

Au fil des siècles, le château est régulièrement cité dans les actes : hommages féodaux, traités entre ducs et évêques, ventes de revenus, nominations de capitaines. On y rattache aussi la figure de Técelin le Sore, père de saint Bernard, chevalier réputé pour sa bravoure et sa piété, né à Châtillon.

Le site subit plusieurs épisodes militaires : siège du roi de France en 1186, renforcements au XIVᵉ siècle pour résister aux routiers, mobilisation d’écuyers et d’arbalétriers au début du XVe siècle. Les guerres de Religion achèvent de ruiner la ville : en 1594, plusieurs églises sont détruites, et en 1597 les habitants commencent à démanteler le château, destruction confirmée par Henri IV en 1598.

Les vestiges actuels — tour de Gissey au nord, tours de la Guette et Sainte‑Anne au sud, courtines et bases de murailles — permettent encore de lire le tracé de l’ancienne enceinte. L’église Saint‑Vorles elle‑même porte des traces de fortification : les chapelles gothiques du transept nord sont surmontées d’un étage défensif percé de jours‑en‑archère et de canonnières.

Annexes :

La première trace écrite date de 840 : le château fut habité par les comtes de Lassois, il se forma peu à peu à l'entour des habitations qui furent à l'origine de la ville. Isaac le Bon, 37e évêque de Langres, durant les ravages des normands, y transféra en 868 les reliques de Saint Vorles. En 973, l'évêque de Langres Widric donne en précaire au duc Henri, en échange de biens en Atuyer, le château de Châtillon et ses dépendances, 30 meix et le village de Crépan, à charge de payer annuellement une livre d'argent à la Saint-Mammez et de fournir des hommes d'armes pour défendre le bourg. Il est fait mention qu'en 1090 dans le territoire de Langres se trouve un château, jadis fameux et remarquable, nommé Châtillon, dont les seigneurs se sont fort distingués dans le métier des armes et plus encore par leur respect pour les lois. Un des plus remarquables de tous, fut Técelin, surnommé le Sore, ce qui veut dire en langue vulgaire, le roux. Cet homme était d'une noble extraction, riche en domaines, doux de moeurs, grand ami des pauvres, d'une piété fort grande, et d'un zèle incroyable pour la justice. C'était un chevalier plein de bravoure, il ne recourut jamais aux armes que pour la défense de ses domaines ou pour marcher sous la bannière de son seigneur, le duc de Bourgogne, avec qui il était lié d'une étroite amitié. Il était né à Châtillon, mais il était seigneur d'un château moins important, nommé Fontaines, qui domine le fameux château-fort de Dijon et se trouve placé au haut d'un rocher. Il eut pour femme une fille du duc de Montbar, nommée Elizabeth; sa famille était une des meilleures de Bourgogne.

 En 1168, traité entre Hugues III et Gauthier de Langres au sujet des fortifications que le duc avait dessin de faire en la ville de Châtillon. L'évêque, premier seigneur de cette ville, lui permet de les faire et d'exécuter son dessin, mais à condition qu'elles ne pourront jamais, même en temps de guerre, être un obstacle qui empêche les hommes de l'évêque d'entrer ou de sortir de la ville. En 1186, le roi de France, ayant demandé en vain au duc de Bourgogne Hugues III de rembourser ce qu'il avait pris aux églises, mit le siège devant le château qu'on appelle Châtillon ; et, après quinze jours ou trois semaines, après avoir fait installer des machines autour du château, le roi lança vigoureusement l'assaut. Dans la bataille, les assiégeants comme les assiégés perdirent quelques hommes, d'autres, blessés, recouvrèrent leur première santé par le secours de la médecine. Bientôt le château ébranlé succombe ; ses ruines, jonchant la terre, ouvrent un passage au vainqueur. On y capture d'innombrables citoyens, avec de nombreux chevaliers. En 1210, Eudes, duc de Bourgogne, notifie que son prévot et ses sergents de Châtillon-sur-Seine avaient enfermé au château de Châtillon, qu'il tenait de l'évêque, des hommes de ce même évêque, accusés de meurtre, que ce fait s'était passé sans son consentement et avant qu'il n'en eût pris connaissance, et qu'on avait fait injure à l'évêque en ne lui rendant pas ces hommes, et en les tenant enfermés au château dont on n'avait pas ouvert les portes aux mandataires de l'évêque. Le duc rend ces hommes à la justice de l'évêque.

 En août 1245, Gui, abbé de Notre-Dame de Châtillon, et Clément, chapelain du château de Châtillon, notifient qu’en leur présence Guillaume de Nesle a reconnu avoir vendu à André de Nesle, chevalier, son neveu, tout ce qu’il avait sur les tiers, les décimes et tous les autres revenus dans toute la "castellatio" du château et des villages de Noyers et de Chapelgrimau. En février 1273, Robert de Bourgogne fait hommage à l'évêque de Langres pour Montbard, et reconnaît tenir de l'évêque ce qu'il a à Châtillon, Griselles et Larrey. En mai 1273, accord entre Béatrice, veuve du Hugues de Bourgogne, et Robert, duc de Bourgogne son fils, à propos des fiefs de la châtellenie de Châtillon. En 1320, Eudes IV rend hommage à l'évêque de Langres au château de Châtillon, dans l'endroit appelé le perron de Mauconseil. Le 12 février 1364, Philippe le Hardi ordonne aux nobles du duché, aux habitants de Nuits, aux châtelains de Vergy, d'Argilly, aux maires, échevins et baillis de Beaune, Autun, Châlon, de faire bonne garde, parce que les ennemis de La Charité étaient assemblés pour entrer au duché et surprendre Châtillon. Du 24 février au 31 mars 1368, d'importants travaux sont fait au château pour permettre à la garnison de résister au flot envahisseur des routiers. On avait fortifié la porte d'entrée du côté de la ville, et celle "estant devers les champs soubs laquelle on trouva une autre ancienne". Les vieilles tours furent remaniées ainsi que les barrières. Le comte de Sancerre, préposé par le duc à la garde de la rue de Chaumont et du bourg de Châtillon, quitta son poste en mars, pensat que cette partie de la ville n'était pas suffisamment défendable.

 En 1380, quittance par Erard de Gevrolle, capitaine du château de Châtillon. Le 9 octobre 1396, "de par la duchesse de Bourgogne, comtesse de Flandre, aux gens des comptes de Monseigneur à Dijon... Monseigneur nous a tantost escript que le XVIIe jour de ce mois, beau neveu de Valois (le futur duc d'Orleans) partira pour aller en Hongrie, et qu'il passera par le payx dudit Monseigneur, ou mondit seigneur le veult veoir, si comme il appartient, et que très hastivement nous faisons faire provisions pour ladite venue, à Chastillon, Aisey, Villaines et les autres lieux sur le chemin en alant à Dijon, pour lesquelles provisions faire nous escripsons à Jehan Daubenton". Montre des écuyers et arbalétriers ordonnés en 1411 pour la défense des châteaux de Châtillon, Thorey, Tanlay, Lesigne, Argenteuil, Dracy, Noyer, Aisey-le-Duc et Maisey à l'encontre des ennemis étant à Tonnerre. Le 8 janvier 1414, prestation de serment de Pierre Damont, capitaine du château de Châtillon. En 1447, compte de Jean de Villecessey, receveur du bailliage. Frais de quatre charpentes placées sur les quatre tours du château de Châtillon. Chapelle Sainte-Catherine au château de Châtillon en 1544. Le 27 juillet 1576, lettre de provision de l'office de capitaine châtelain d'Aisey-le-Duc et Châtillon-sur-Seine pour Edme de Montmoyen, écuyer. En 1594, "le baron de Tenicey a eu advertissement qu'il avoit charge du roy, sur toutes choses, d'assiéger la ville de Chastillon, il s'est mis en devoir comme de faict, il a fait abatre trois ou quatre eglises de ladite ville et, entre aultre, celle de Notre Dame, les Cordeliers et l'abbaye, qu'il a fait en telle sorte ruyner et demolir, que n'y a plus aulcune demourance pour les religieux". A la mort du baron de Thénissey en 1597, les habitants de Châtillon se rendent acquéreur du château, et en commencent la démolition sans attendre d'autorisation.

 Aujourd'hui, de ce château il subsiste les bases des murailles qui suivent le contour du rocher, une tour sur la courtine nord, et la façade sud d'un bâtiment éventré sur la courtine sud. La tour nord renferme un étage de cave voûtée, un étage carré et un étage de terrasse, peut-être originellement couvert. L'étage de cave est percé de deux canonnières flanquantes à fente de visée verticale ; l'étage s'ouvre de 3 archères-canonnières à courte fente de visée, d'une fenêtre à accolade dont l'allège est percée d'une canonnière à ébrasement externe ovale, et vers l'intérieur du château d'une seconde canonnière à ébrasement. Le niveau de terrasse, partiellement détruit, était percé de 12 créneaux-archères étroits à ébrasement externe et plongée de tir. Les merlons occidentaux ont été détruits ; deux créneaux donnant sur la place ont été transformés en canonnières. Le massif sud est composé de trois tourelles demi-hors-œuvres reliées par des façades. La tourelle occidentale est semi-circulaire à l'extérieur, et rectangulaire à l'intérieur de la place ; elle est assez basse, et percée de trois canonnières à courte fente de visée. La tourelle orientale est de même plan, mais plus saillante et moins bien conservée. La tourelle centrale, très élevée, fait à peine saillie à l'extérieur des murailles. Son dégagement interne est rectangulaire, et elle est percée en son troisième étage d'une archère dont l'ébrasement intérieur est couvert d'une voûte à trois ressauts. A l'ouest de cette tour, la courtine et percée de deux archères à ébrasement interne voûté en berceau ; à l'est, d'une porte en berceau outrepassé, qui a été murée. Toute cette façade a été fortement remaniée. L'église Saint-Vorles est elle-même fortifié : les deux chapelles à remplage gothique construites à l'est du transept nord sont surmontées d'un étage défensif, celui de la première chapelle est ouvert vers d'est d'un jour-en-archère, celui de la seconde d'une canonnière à ébrasement externe vers l'est, et vers le sud d'un jour-en-archère. 


 Le cimetière s’étend aujourd’hui à l’endroit même où se trouvait jadis la cour du château des ducs de Bourgogne.


Le château  vu depuis la montée qui mène à l'église St Vorles






Saint Vorles

Vie de saint Vorles




Vorles naquit au VIe siècle probablement dans le Châtillonnais. 

Le pays faisait partie de la Burgonderie, possession de Gontran, petit-fils de Clovis. Du point de vue religieux, le Châtillonnais et ses environs virent se développer assez rapidement le christianisme : Florentin qui fut décapité au IIIème siècle dans le Duesnois, Jean de Réôme fondateur du monachisme en Bourgogne, Seine qui s'établit dans la forêt de Cestre, puis Valentin et Vorles au VIe siècle.

Dès la fin du Ve siècle un premier réseau paroissial s'établit, relais de l'église-mère du diocèse de Langres, dans les zones rurales. C'est ainsi que Vorles, issu selon la tradition d'une noble et illustre famille, pratiquant vertu et chasteté, charité et justice, méprisant les honneurs, fut simple prêtre de la paroisse de Marcenay. Sa renommée se répandit au loin, et le roi Gontran, ayant entendu vanter les mérites de Vorles, se rendit près du prêtre lors d'un voyage et voulut entendre la messe. C'est là que se produisit le miracle décrit ci-dessous

Selon la tradition, Vorles mourut le 16 juin 591. Son corps fut mis dans un sarcophage placé sous le chœur de l'église de Marcenay, dans une crypte dans laquelle sourd périodiquement une source.

Peu de temps après 591, le roi Gontran fit don à l'abbaye Notre-Dame de salle à Bourges du domaine qui prit le nom de " Terre de saint Vorles ", et qui comprenait les deux villages de Marcenay et de Bissey la Pierre.

À partir du IXe siècle, il fallut faire face aux incursions des normands. Partout on mettait à l'abri les reliques des saints. En 868, Isaac, évêque de Langres, décida de transférer de Marcenay les reliques de saint Vorles pour les mettre à l'abri dans la chapelle castrale de Châtillon.

Cette translation répondait à plusieurs objectifs : outre la mise à l'abri des invasions, cela devait permettre à l'évêque de mieux contrôler le culte du saint, en prévenir les déviances, tout en l'imposant officiellement. Ainsi reconnu, le saint pouvait prendre place parmi les saints renommés du diocèse.

C'est à un autre évêque, Brun de Roucy que revint la charge de donner aux reliques de saint Vorles, une église digne d'elles : l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine (21).

église saint Vorles de Châtillon-sur-Seine (21)

Devenues protectrices à la fois de Marcenay et de Châtillon, les reliques opérèrent de nouveaux miracles. On les invoquait, surtout dans cinq cas. Cinq tableaux exposés dans l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine résumaient les domaines où le saint pouvait protéger la communauté, être l'intercesseur entre Dieu et les hommes. Ils sont intitulés : "guerre, famine, peste, infirmité, prières"

Saint Vorles pouvait guérir les cas de folie, ainsi que les paralytiques ou les gens perclus de rhumatismes. Il pouvait aussi arrêter la peste ou le choléra, et selon les circonstances, afin d'éviter la famine, faire pleuvoir ou faire cesser la pluie. Pour bénéficier de ses bienfaits, des processions furent organisées jusqu'en 1793 à Châtillon ou entre Châtillon et Marcenay essentiellement, plus rarement à Plaines, renouvelant à chaque fois la communion du châtillonnais avec le saint en assurant la cohésion sociale.

Les reliques pouvaient avoir aussi assez de puissance pour arrêter la guerre ou le brigandage ; c'est ainsi que lors du concile d'Airy, les reliques de saint Vorles, alliées à celles d'autres saints venus là pour la circonstance furent sollicitées pour rétablir la paix dans le pays.

Mais rien ne pouvait se faire sans la foi et les prières. Ce n'est qu'à cette condition que la protection de saint Vorles pouvait agir, par exemple pour sauver un soldat en 1741 en Bohême, qui sur le point d'être pendu et invoquant saint Vorles, fut sauvé par deux gentilshommes châtillonnais étonnés d'entendre prononcer ce nom. On pouvait aussi compter sur saint Vorles pour protéger les habitations. Au début XIXème, la statue du saint, à laquelle chaque année on attachait un bouquet de fleurs bénies lors de la fête Dieu, retint seule la poutre centrale d'une maison.

En 1940, un châtillonnais fit le vœu que, si sa maison n'était pas détruite, il ferait tous les ans, à pied, le pèlerinage de Châtillon à Marcenay, le jour de la saint Vorles. Le vœu s'étant réalisé, il fit le pèlerinage chaque année avec sa femme ; celle-ci ayant des difficultés, les années passant, à marcher, il continua le pèlerinage en la poussant dans un fauteuil roulant.

Au XIXème siècle, la " dent de saint Vorles " conservée dans l'église, aidait les jeunes enfants dont les dents poussaient. Aujourd'hui encore, à Marcenay, une statue de saint Vorles est conservée chaque année dans une famille abritant de jeunes enfants, le tirage au sort ayant lieu lors de la messe du 16 juin.

Une (mauvaise) légende, enfin, est attribuée à saint Vorles : si la commune de Marcenay ne possède aucune forêt alors que les communes limitrophes en ont, c'est parce que le saint les a jouées aux dés avec saint Valentin et a perdu.


La légende de saint Vorles


Le roi Gontran arriva un jour de fête à Marcenay où le saint faisait l'office de pasteur…

Il prit à dessein la matinée pour donner à sa dévotion le contentement d'assister à la messe de saint Vorles avec toute sa cour. Le saint commença ce divin mystère dans un tempérament d'humilité et de majesté…

Il avait déjà lu le saint évangile et s'approchait du temps de la consécration, quand il devint immobile comme une statue de marbre et privé de l'usage de tous ses sens, de même que si son âme eut fait divorce avec son corps et qu'elle s'en fut envolée dans le ciel.

Il demeura une heure entière en cette extase entre l'admiration et le désir du roi et de ses gens…

Le voilà donc qui retourne, lui qui n'était pas sorti de là, et qui achève la messe avec autant de présence d'esprit que si rien ne lui fut arrivé. La messe achevée, le roi ne lui donna pas le loisir de faire un peu d'actions de grâces : à peine a-t-il mis bas ses habits sacerdotaux qu'il lui demande ce qu'il a fait une heure durant pendant qu'il était immobile à l'autel.

Était-ce une extase? Était-ce une faiblesse de cœur ?

Bref, il le presse si fort que le saint homme, qui n'avait pas appris à mentir ni à dissimuler, lui dit tout franc

« Sire, j'étais allé secourir un pauvre innocent que le feu eût dévoré, si je ne fusse accouru ; maintenant, grâce à Dieu, l'incendie est éteint et l'enfant en assurance.

- Quel enfant dit le roi, quel feu, quel incendie, en quel lieu ?

- Les habitants de Plaines répondit saint-Vorles (c'est le bourg distant de Marcenay de trois lieues), étaient allés ouïr la messe à Mussy, quand le diable, par un juste mais secret jugement de Dieu, a mis le feu dans une maison du village où personne n'était demeuré qu'un petit enfant, dans son berceau, qui eût été la victime innocente de cet incendie, si Dieu ne m'eût fait voir en esprit le danger où était cette petite créature. Au même temps, je m'y suis transporté*, j'ai délivré l'enfant et conservé le village. Voilà, Sire, ce qui a fait la messe plus longue qu'elle n'eut été sans cela. »

Chacun s'étonna au récit de cette merveille ; quelques gaillards qui font gloire d'être incrédules disent avec un branlement de tête : croyez le porteur. Le roi, qui n'entend pas raillerie, dépêche sur-le-champ des personnes affidées pour voir et s'informer sur les lieux de la vérité du fait.

Les envoyés trouvent des poutres encore toutes fumantes dans la maison, le petit enfant sain et vivant, le père et la mère, qui étaient retournés de Mussy, joyeux du salut de leur fils et des restes de leur maison conservée, qui cherchaient partout saint Vorles pour le remercier, parce que quelques villageois les assuraient qu'ils avaient vu le saint entrer courageusement dans la flamme et la fumée, tirer l'enfant hors du danger, arrêter soudainement l'activité du feu par sa présence.

 

Texte du R.P. Legrand (1651) d'après Aganon, chanoine de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon (vers 1040)

 

* Ce phénomème s'appelle: Bilocation ou décorporation






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