Église Saint Jean Baptiste de Chaource
Son histoire plonge ses racines dans le haut Moyen Âge : dès
880, la cité de Chaource appartient à l’abbaye bénédictine de Montiéramey,
fondée au VIIᵉ siècle et devenue, au fil des siècles, l’une des institutions religieuses
les plus influentes du diocèse de Troyes. Cette abbaye, qui possédait de vastes
domaines, des droits de justice et un réseau de prieurés, jouait un rôle majeur
dans l’organisation religieuse, économique et sociale de la région. Sa présence
à Chaource n’est pas anecdotique : elle conditionne toute l’évolution de
l’église, car selon la coutume médiévale, c’est au seigneur ecclésiastique —
ici Montiéramey — qu’incombait la construction du chœur, tandis que les
paroissiens finançaient les chapelles et les parties annexes.
Avant même la donation de 880, Chaource apparaît dans les
sources carolingiennes : en 877, Charles le Chauve donne la terre à Robert,
frère et successeur d’Eudes II de Vermandois, comte de Troyes. Quelques
années plus tard, Robert en fait don à l’abbaye de Montiéramey,
confirmant l’emprise monastique sur la région.
Par la suite, Chaource revient aux comtes de Champagne,
puis passe, par héritages féminins successifs, aux maisons de Bourgogne,
d’Albret et de Clèves. En 1601, Henriette de Clèves vend la
seigneurie à Charles de Choiseul, marquis de Praslin et maréchal de
France, dont les descendants la conserveront jusqu’à la Révolution.
La famille de Monstier, très implantée localement,
fournit plusieurs capitaines de Chaource du XIVᵉ au XVIᵉ siècle, dont Nicolas
de Monstier, commanditaire de la chapelle du Sépulcre en 1515.
Sur le plan architectural, les sources anciennes précisent
que le chœur — que ton texte rattache au XIIIᵉ siècle — est le vestige
d’une église consacrée en 1307, ce qui complète la consécration de 1304
par Bertrand de Goth. Ce chœur comprend trois vaisseaux de même hauteur,
terminés carrément : un type halle, rare au XIIIᵉ siècle mais fréquent
en Champagne au XVIᵉ. La première travée du vaisseau central, aujourd’hui surmontée
d’un clocher en bois, avait été conçue pour supporter une tour plus importante.
Le XVIᵉ siècle marque une phase de reconstruction intense.
Dès 1515, la dernière travée du vaisseau central est flanquée de deux
annexes, dont la chapelle du Sépulcre. La reconstruction de la nef
semble avoir débuté par les chapelles latérales :
- 1531–1537
: construction des trois chapelles du flanc gauche et du portail
latéral. La troisième chapelle, alignée sur la première travée du
chœur, est la chapelle du Paradis, fondée par Sébastien David
et Bertrande Le Tartier. Ces chapelles sont de style flamboyant.
Le portail présente un bas‑relief d’un donateur présenté par saint Nicolas
à saint Pierre — probablement Nicolas de Monstier. L’entablement
forme un auvent, disposition rare mais attestée aussi à Avièrey.
- 1542
: le maçon Vaultherin s’engage à construire les chapelles du
flanc droit et à surélever le vaisseau central. Les deux
premières chapelles sont achevées en 1547. La troisième, chapelle
funéraire des Monstier, symétrique de la chapelle du Paradis, est
terminée en 1548, date de la peinture murale. Le vestibule du
portail du flanc droit fait également partie de son marché.
Vers 1546, Vaultherin réalise la surélévation du
vaisseau central, abandonnant le projet initial d’un édifice de type halle.
La nef, prévue plus longue, n’a jamais été achevée ; sa fermeture
sommaire a été renforcée par des contreforts en 1843.
À la fin du XIIᵉ siècle, sous le règne du comte Thibaut IV
de Champagne, Montiéramey entreprend la construction du chœur de l’église. Le
contexte est alors particulièrement favorable : la Champagne connaît une
période de prospérité exceptionnelle, portée par les célèbres foires de
Champagne, qui attirent marchands, banquiers et artisans de toute l’Europe. Les
comtes de Champagne, dont Thibaut IV, encouragent activement les constructions
religieuses, non seulement pour affirmer leur pouvoir, mais aussi pour
renforcer l’attractivité de leurs terres. Dans ce climat de dynamisme
économique et artistique, les abbayes champenoises multiplient les chantiers.
Le chœur de Chaource, achevé au XIIIᵉ siècle, s’inscrit dans ce mouvement. Il
témoigne d’un gothique encore sobre, marqué par la transition entre les
influences bourguignonnes et champenoises, avec des volumes équilibrés et une
élévation claire.
L’église est consacrée en 1304 par Bertrand de Goth, évêque
de Langres, futur pape Clément V. Cet événement n’est pas anodin : le diocèse
de Langres, l’un des plus vastes du royaume, s’étend alors jusqu’aux portes de
la Champagne méridionale. L’évêque de Langres, pair de France, est l’un des
prélats les plus puissants du royaume. Sa venue à Chaource pour consacrer
l’église témoigne de l’importance du lieu. À cette date, l’édifice porte encore
le vocable de sainte Marguerite, avant d’être placé sous celui de saint
Jean‑Baptiste, patron qu’elle conserve depuis plus de sept siècles. Cette
consécration, effectuée par un prélat appelé à jouer un rôle majeur dans
l’histoire de la papauté, constitue un jalon essentiel dans l’histoire
religieuse locale.
Les XIVᵉ et XVᵉ siècles sont marqués par les crises : la peste noire, les troubles de la guerre de Cent Ans, les difficultés économiques ralentissent les travaux. Pourtant, l’église demeure un centre religieux actif. Les archives mentionnent plusieurs confréries, notamment celles de Saint‑Jean et de Sainte‑Marguerite, qui participent à l’entretien du sanctuaire et à la vie liturgique. La présence de ces confréries, typiques de la piété médiévale, témoigne de l’importance de Chaource comme pôle religieux local. Ce n’est qu’au début du XVIᵉ siècle que la région connaît un renouveau spectaculaire, à l’image de toute la Champagne méridionale, alors l’un des foyers les plus dynamiques de la sculpture française.
En 1515, Nicolas de Monstier, capitaine de Chaource, et son
épouse Jacqueline de Laignes fondent la chapelle du Sépulcre, édifiée en
contrebas du sanctuaire.
Pour accéder à la représentation du Sépulcre, groupe de huit personnages sculptés en pierre polychrome et d’un tombeau, il faut descendre quelques marches où se trouvent trois gardiens imposants, la pique à la main, qui gardent l’entrée. Celui de droite semble vous dévisager d’un air soupçonneux. Celui en habit Renaissance porte une inscription sur sa cuirasse : Mathieu de Tronchoy. La scène est saisissante et laisse une impression de malaise. L’éclairage variant au cours de la journée et des saisons, il faut l’avoir vue plusieurs fois pour apprécier les différents aspects de la beauté des visages de ces personnages qui semblent vivants.
Une inscription, toujours visible, précise : « Nicollas de
Monstier… et damoiselle Jacqueline de Laignes… firent faire ce présent cepulcre
l’an mil cinq cens et quinze ».
Cette chapelle funéraire, voûtée en berceau, partiellement enterrée et entièrement peinte, constitue l’un des ensembles les plus importants de la région. Michel MARTIN spécialiste de la statuaire du Moyen-Age, dans un ouvrage consacré aux gisants à travers l’Europe, évoque le Sépulcre de Chaource en ces termes : "Jamais sans doute, la tragédie de la mort du Christ n’aura été retranscrite dans la pierre avec autant d’intensité, d’humanité vraie et de ferveur".
Nicolas de Monstier et Jacqueline de Laignes sont représentés
sous la forme de deux statues priantes le long du mur sud de la crypte,
agenouillés devant un prie‑Dieu orné de leurs armoiries. Leur statue serait
posée sur leur tombeau. Nicolas est représenté en chevalier, en cotte d’armes,
l’épée au côté. Il tourne le corps à son épouse, agenouillée derrière lui et de
plus petite taille. L’inscription nous apprend qu’il est à cette date décédé et
que son corps repose sous le crucifix. Jacqueline est encore vivante en 1527,
date à laquelle elle rédige son testament dans lequel elle déclare vouloir
reposer aux côtés de son premier époux, Nicolas de Monstier. Elle fonde
également une messe dans la chapelle. Elle est représentée en veuve.
Les commanditaires se rappellent aux yeux de tous en ayant
fait mettre leurs armoiries sur le sarcophage du Christ, de part et d’autre
d’un ange portant un phylactère. À gauche, les armes de Nicolas de Monstier,
d’azur à trois châteaux d’or ; à droite, celles de Jacqueline de Laignes,
d’azur à trois fasces d’or au chef endenté de même.
La Mise au Tombeau de Chaource est considérée comme l’un des chefs‑d’œuvre absolus de la sculpture champenoise et comme « la plus belle mise au tombeau d’Europe ».
Attribuée à l’atelier du Maître de Chaource — parfois
rapproché de Jacques Bachot — elle se déploie dans une crypte intime où la
lumière tamisée renforce l’émotion de la scène. Trois soldats, placés en
retrait, semblent surpris dans leur veille silencieuse. Le Christ repose sur un
linceul tenu par Joseph d’Arimathie et Nicodème, dont les attributs — turban
pour l’un, chapeau de pèlerin et bourse pour l’autre — rappellent les codes
iconographiques du début du XVIᵉ siècle. La Vierge, soutenue par saint Jean, se
penche avec une « digne retenue » sur le visage de son fils, tandis que les
trois saintes femmes — Marie‑Salomé, Marie‑Madeleine et Marie‑Cléophas —
expriment une douleur contenue.
La composition, d’une grande sobriété, « exprime une unité des sept personnages dans les sentiments… comme si le temps s’était arrêté juste avant l’ensevelissement ». Cette scène ne correspond pas aux Évangiles, qui ne mentionnent que Joseph d’Arimathie et Nicodème, mais relève d’une tradition iconographique née au IVᵉ siècle, popularisée par les Croisades et les Franciscains. Chaource en offre l’un des exemples les plus aboutis, tant par la qualité de la sculpture que par la puissance émotionnelle de l’ensemble.
[La dépose de la croix et l’ensevelissement sont le fait de Joseph d’Arimathie, selon Matthieu (XXVII, 57‑61), Marc (XV, 42‑47) et Luc (XXIII, 50‑56), en présence de Marie de Magdala et Marie mère de Jacques. La présence de Nicodème n’est signalée que par Jean (XX, 38‑42). Cette scène est à compléter avec les écrits apocryphes, et plus particulièrement l’Évangile de Nicodème.]
[Mise au tombeau du corps de Jésus
(Marc 15.42-47)
42 Le soir venu, comme c’était le
jour de la préparation, c’est-à-dire la veille du sabbat,
43 Joseph d’Arimathée arriva.
C’était un membre éminent du conseil, qui attendait lui aussi le royaume de
Dieu. Il osa se rendre vers Pilate pour demander le corps de Jésus. 44 Pilate
s’étonna qu’il soit déjà mort; il fit venir l’officier et lui demanda si Jésus
était mort depuis longtemps. 45 Une fois renseigné par l’officier, il fit
remettre le corps à Joseph.
46 Joseph acheta un drap de lin, descendit
Jésus de la croix, l’enveloppa dans le drap de lin et le déposa dans un tombeau
taillé dans la roche. Puis il roula une pierre à l’entrée du tombeau.
47 Marie de Magdala et Marie la mère de Joses regardaient où l’on déposait Jésus.]
Sur la dalle du tombeau, le corps cadavérique du Christ est allongé, le torse légèrement relevé par Joseph d’Arimathie qui maintient soulevé le saint suaire pour présenter son fils à la Vierge Marie. La scène est d’un réalisme saisissant. Son visage reste dans l’ombre, car l’heure de la Résurrection n’est point arrivée. Nicodème est aux pieds de son maître, soulevant le linceul ; il porte une tenue de pèlerin et l’escarcelle. Marie est là, penchée sur son fils, le visage rongé par la douleur. Saint Jean est placé derrière elle, au regard grave, soutenant la Vierge. Marie‑Salomé est légèrement en retrait, mains croisées, yeux baissés. Marie‑Madeleine, présente à ses côtés, tient un vase de parfum à la main. Marie‑Cléophas porte la couronne d’épines, regardant le visage du Christ.
Cette mise au tombeau est souvent considérée comme l’une des plus belles répertoriées en Europe. C’est une œuvre d’atelier, les personnages n’étant pas tous de la même main. Jacques Baudoin y voit la main du sculpteur troyen Jacques Bachot. Aucun document écrit ne vient appuyer cette thèse, qui repose sur des similitudes stylistiques avec d’autres œuvres. Cet atelier est désigné sous le nom d’atelier du Maître de la Sainte‑Marthe, ou Maître aux figures tristes, dit atelier du Maître de Chaource. L’ensemble fait une hauteur de 190 cm, une largeur de 308 cm et une profondeur de 142 cm.
De taille plus petite, ces sculptures n’ont pas la même
valeur artistique que les deux autres ensembles, qui sont donc de 1515. La
voûte était autrefois peinte ; on peut encore y apercevoir quelques fragments
de peintures polychromes avec des semis de tours d’or. On peut y distinguer le
Christ, habillé en jardinier, apparaissant à sainte Madeleine. Le phylactère
posé sur l’arbre séparant les deux personnages porte : « Noli me tangere »
(« Ne me touche pas » ou « Ne me retiens pas »).
La chapelle sépulcrale, entièrement peinte, constitue un
écrin exceptionnel pour cette œuvre, dont la restauration prévue en 2026
permettra de redécouvrir la polychromie et les détails aujourd’hui atténués par
le temps.
Entre 1532 et 1548, la nef et les chapelles latérales sont
reconstruites, témoignant de l’ampleur des travaux entrepris dans cette période
de prospérité.
L’architecture de l’église adopte un plan en croix latine,
typiquement gothique, avec une nef orientée ouest‑est. Plusieurs éléments
singuliers méritent d’être soulignés : des hagioscopes percés dans les piliers
permettent aux fidèles de voir le chœur depuis les chapelles ; la clôture
Renaissance de la chapelle du Paradis, datée de 1538, est un exemple
remarquable de sculpture ornementale ; un caveau funéraire subsiste sous la
chapelle du Sépulcre, rappelant l’importance des familles nobles dans l’histoire
locale.
L’intérieur de l’église abrite une soixantaine de sculptures
médiévales et renaissantes, ce qui en fait un véritable musée de la sculpture
troyenne. On y trouve notamment des statues de sainte Barbe, sainte Marguerite,
saint Éloi, saint Vorles, un Christ de Pitié, ainsi que plusieurs Vierges à
l’Enfant dont certaines conservent des proportions archaïques héritées du
gothique tardif. Ces œuvres illustrent l’évolution du style troyen, caractérisé
par un naturalisme expressif, une attention minutieuse aux drapés et une
polychromie souvent préservée.
La Champagne du XVIᵉ siècle, et particulièrement Troyes, est
alors l’un des foyers majeurs de la sculpture française, avec des ateliers
dynamiques et des maîtres dont l’influence dépasse largement les frontières du
diocèse.
En pénétrant dans l’église par le portail occidental, on
découvre immédiatement, sur la gauche, la première chapelle.
Chapelle Sainte‑Barbe
Un tableau du XVIIᵉ siècle représentant saint François de Sales, dont on ignore l’auteur, et une grande huile sur toile du XVIIᵉ siècle, Apparition de la Vierge à saint Robert, placée au‑dessus de la porte d’entrée de la chapelle et attribuée à Jacques de Létin (1597‑1661), complètent l’ensemble. Ce dernier tableau, propriété de la commune des Loges‑Margueron, est déposé à l’église de Chaource.
Il effectue sa formation auprès d'Edme Doué, un peintre qui
épouse sa sœur Simonette en 1613. Jacques de Létin partage l'idéal romain des
jeunes peintres de son temps, sous le charme du Caravage. Il reste trois ans à
Rome, de 1622 à 1625 et partage son toit avec deux autres artistes, le peintre
Charles Mellin, et le sculpteur Jacques Sarrazin. C'est pendant son séjour en
Italie qu'il rencontre Simon Vouet, avec lequel il se lie d'amitié.
De retour à Troyes en 1626, il se marie, et dans les années
qui suivent son retour à Troyes, se succèdent les commandes importantes et les
longs séjours à Paris. Parallèlement, il réalise nombre d'œuvres profanes, en
particulier des trumeaux de cheminées, mais également des tableaux dont La Mort
de Virginie, conservé au musée Pouchkine à Moscou.
L'art de Jacques de Létin séduit aussi à Paris. Il y
travaille régulièrement dans les années 1633 à 1639, il est installé paroisse
Saint-Jacques, mais sans avoir coupé les liens avec Troyes. Il est choisi comme
peintre du « May » en 1636 et le 1er mai 1636, sa toile Saint Paul prêchant à
l'Aréopage est posée au portail de Notre-Dame de Paris.
Il revient s'installer définitivement à Troyes en 1645. Ses
conditions de vie sont privilégiées. Il achète des terres, se fait construire
une grande maison éclairée par une grande verrière.
Il est inhumé le 2 novembre 1661 paroisse de l'église Saint-Nizier
de Troyes.
Jacques de Létin fut rapidement oublié. Déjà à la fin du
XVIIe siècle, les historiens de l'art le citent sans plus de commentaires dans
la liste des artistes qu’ils rattachent au style de Simon Vouet. Dans l'une de
ces listes, le patronyme de Jacques de Létin a été transformé en « Nicolas
Ninet de Lestin » par l'oubli d'une virgule entre Ninet et de Lestin. Plus de
deux siècles après, C'est l'historien troyen Albert Babeau qui, en 1882, a
retrouvé l'identité et la biographie de Jacques de Létin. Nombre de ses œuvres
ont disparu sous la Révolution et depuis 1940.
On peut voir ce qu'il reste de ses œuvres ...
- notamment dans les églises troyennes : Saint-Pantaléon,
Saint-Remi, Sainte-Madeleine ;
- ainsi qu'à l'église Notre-Dame d'Aix-en-Othe ;
- Son Apparition de la Vierge à saint Robert à l'église
Saint-Jean-Baptiste de Chaource ;
- dans deux églises parisiennes (Saint-Louis mourant de la peste à Tunis dans l'église Saint-Paul-Saint-Louis et une Adoration des bergers dans l'église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle).]
Chapelle Sainte‑Catherine ou de l’Annonciation
Portail nord
Transept nord – Chapelle du Paradis
La clôture, chef‑d’œuvre
de sculpture, est composée de quatre colonnes corinthiennes demi‑cylindriques,
dont deux engagées sur les pilastres latéraux festonnés à l’intérieur et deux
cannelées, encadrant l’entrée centrale à la porte de chêne. Le linteau
au‑dessus de la porte forme un rectangle avec bordure de doubles cotices
potencées et contre potencées, comportant des rinceaux. Au‑dessus, trois
colonnettes dont deux extérieures supportent un atlante portant un second
entablement qui comporte deux cartouches renfermant avant la Révolution les
armoiries des donateurs, entourés d’une couronne de fleurs. Au‑dessus de ce
second entablement, deux niches abritent les statuettes de saint Sébastien et
David vers l’intérieur, et en extérieur saint Bertrand et saint Vincent, saints
patrons des donateurs. Sur chacun des côtés de la porte, entre les colonnes et
les pilastres, on trouve cinq colonnes torsadées, cannelées et festonnées
surmontées d’un entablement. Un second entablement à hauteur rejoint le premier
au‑dessus de la porte et court tout le long de la clôture. Entre les deux
entablements, des scènes de la vie de saint Jean sont sculptées dans des
panneaux carrés, eux‑mêmes encadrés de deux arcatures en plein cintre de chaque
côté. Des angelots sont distribués le long de ces entablements latéraux, surmontés
d’un fronton triangulaire lui‑même surmonté d’une colonne carrée.
Dans la partie centrale de la chapelle, posée sur un meuble
surmonté de vitres, se trouve une crèche de grande beauté comprenant 22
statuettes de bois peint et doré. Tous les personnages sont indépendants du
support et peuvent être disposés au gré du responsable. L’auteur qui l’a
réalisée au XVIᵉ siècle reste inconnu. L’ensemble se compose en fait de deux
crèches dont la Vierge et l’Enfant Jésus sont en double exemplaire. Le meuble
comporte des volets formant polyptyque, peints en camaïeu sur la partie
extérieure et en polychromie à l’intérieur, avec semis de fleurs de lys sur
fond bleu. Sur la partie gauche, on trouve la Présentation au Temple, puis à
droite le Massacre des Innocents. Sur les panneaux extérieurs, des scènes de la
vie de la Vierge, peintes en camaïeu, les donateurs — le sieur Cany représenté
à genoux, en prière, avec à ses côtés sa devise « de peu assez » — et son
épouse avec leur écu : « écartelé aux 1 et 4 : d’azur à la croix alésée, aux 2
et 3 : d’or à un nuage d’azur, le tout sous un chef de sable, chargé d’un
lévrier courant d’or ». Cet ensemble fut conçu au départ pour être logé dans la
chapelle Porte‑Croix, dont la longueur correspond exactement à celle du mur,
avec au coin gauche une concavité correspondant au pilier se trouvant à cet
endroit. Ce meuble est daté de 1540.
Crèche du XVIème siècle
Elle est composée de personnages mobiles et indépendants, la crèche est vraisemblablement la plus ancienne de France. Ses vingt-deux statuettes mobiles en bois sculpté, peint et doré à l’or fin, constituent deux tableaux : L’adoration des bergers d’une part / l’adoration des mages d’autre part.Le meuble abritant les personnages, également du XVIème siècle, évoque des scènes de la vie de la Vierge et du Christ.
Sur le mur, face à la crèche, se trouve le retable de la Passion, portant la date de 1532.
Sébastien David, sieur des Bruyères,
appartient à ces notables ruraux qui marquent profondément l’histoire de
Chaource au début du XVIᵉ siècle. Propriétaire du petit fief des Bruyères,
situé à un kilomètre au nord du bourg sur la route de Troyes, il occupe une
position sociale solide, fondée sur la
possession foncière et sur un réseau d’alliances locales.
Son épouse, Bertrande Le Tartier (1475–1550), issue d’une
famille bourgeoise bien implantée entre Troyes et Chaource, partage avec lui un
rôle actif dans la vie religieuse et communautaire. Leur nom reste attaché à
l’une des réalisations majeures du chantier flamboyant de l’église
Saint‑Jean‑Baptiste : la fondation de la chapelle du Paradis. Entre 1531 et
1537, trois chapelles sont élevées le long du flanc nord de l’édifice, dans un
style flamboyant tardif d’une grande homogénéité. La troisième, alignée sur la
première travée du chœur, est précisément celle que fondent Sébastien David et
Bertrande Le Tartier. Cette chapelle du Paradis, probablement destinée à servir
de lieu de sépulture et de mémoire familiale, témoigne de leur piété autant que
de leur aisance. Son décor, caractérisé par des arcs en tiers‑point ouverts,
des réseaux à soufflets et mouchettes, des pinacles élancés et des moulurations
fines, s’inscrit pleinement dans l’esthétique flamboyante de la première moitié du XVIᵉ siècle.
La fondation de cette chapelle s’insère dans un contexte plus
large de mécénat local, où plusieurs familles de Chaource rivalisent de
générosité pour affirmer leur statut. Parmi elles, les de Monstier occupent une
place de premier plan. Le portail latéral, contemporain des chapelles, présente
un bas‑relief représentant un donateur présenté par saint Nicolas à saint
Pierre ; tout indique qu’il s’agit de Nicolas de Monstier, dont le prénom
correspond au saint protecteur figuré. Les liens entre les familles David et
Monstier ne sont pas seulement artistiques ou religieux : ils sont également
juridiques et économiques. Un parchemin daté de 1522, conservé à la
Bibliothèque municipale de Troyes, atteste une transaction entre Sébastien
David et Charles de Monstier. Ce document, original sur parchemin, montre que
les deux lignages entretiennent des relations d’affaires, probablement autour
de terres, de cens ou de droits seigneuriaux. Ce type d’acte précède souvent
des fondations pieuses ou des réaménagements liturgiques, ce qui renforce
l’idée que la chapelle du Paradis s’inscrit dans une dynamique familiale et
locale cohérente. Bertrande Le Tartier, qui survit probablement à son mari,
assure la continuité de cette fondation jusqu’à sa mort vers 1550. Le couple,
par son action, laisse une empreinte durable dans l’église de Chaource, où leur
chapelle demeure l’un des témoignages les plus éloquents de la spiritualité et
du prestige social des élites rurales de la Renaissance aubois. Leur mémoire se
lit encore aujourd’hui dans la pierre, dans la cohérence du décor flamboyant,
et dans les archives qui conservent la trace de leurs engagements.
Chœur – Chapelle du Christ de Pitié
Formant l’extrémité du collatéral nord, à l’intérieur de la partie formant le chœur, cette chapelle prend place dans la zone du déambulatoire. Elle renferme de nombreuses statues qui furent placées là uniquement pour donner une répartition équilibrée de l’ensemble des œuvres à l’intérieur de l’édifice et les mettre en valeur : Saint Sébastien, statue en bois polychrome du XVIᵉ siècle ; Saint Denis, statue en pierre du XVIᵉ siècle, l’évêque portant son chef ; Saint Nicolas au donateur, statue en pierre polychrome du XVIᵉ siècle, pieds nus, accompagné de trois petits-enfants ; un Christ de Pitié avec les deux donateurs en prière, statue de pierre du XVe siècle, avec traces de polychromie, Christ aux liens dont le buste et les jambes sont allongés de façon excessive intentionnellement en vue de corriger la perspective une fois cette statue placée en hauteur. On y voit aussi Saint Edme, statue en pierre du XVIᵉ siècle — l’église comporte plusieurs statues de ce saint, dont le culte était très répandu en Champagne et Bourgogne à cette époque —, Saint Éloi, statue en pierre polychrome, tenant dans la main droite levée un marteau, l’autre reposant sur un calice, rappelant son premier métier d’orfèvre, et Saint Vorles, statue en pierre polychrome du XVIᵉ siècle relatant sa vision d’un incendie : la main gauche appuyée sur une maison en flammes et tenant un livre ouvert, l’autre main servant à sortir du brasier un jeune enfant. Une statue de saint Jérôme, à genoux au désert, la main gauche sur une tête de mort, le bras droit replié sur le ventre tenant une pierre, le montre tournant la tête sur sa droite, la bouche entrouverte, portant une longue barbe effilée. Sa longue tunique est ouverte sur les côtés le long des jambes à hauteur des cuisses et largement ouverte en demi‑lune sur la poitrine, laissant voir le ventre. Un lion à ses pieds est une représentation imaginaire. Cette œuvre passe pour être une sculpture tardive du Maître de Chaource.
Les vitraux
La verrière de l’ouest date de 1536 et présente la vie de
saint Sébastien. La partie basse présente les images des donateurs et leurs
enfants. La verrière nord attire de suite le regard par sa beauté : grisaille
avec jaune d’argent enchâssé entre les meneaux qui forment une fleur de lys.
Dans la partie supérieure, Dieu le Père, entouré d’anges annonçant le Jugement
dernier au son de la trompette. Dans la partie en dessous, le Paradis, avec les
élus sortant de terre et louant Dieu, et dans la partie inférieure l’Enfer avec
les damnés souffrant les tourments liés à ces lieux. La verrière est, au‑dessus
du retable de la chapelle du Paradis, représente l’Apocalypse selon saint Jean.
Les quatre cavaliers offrent beaucoup de similitudes avec des dessins gravés de
Dürer. La partie inférieure de ce vitrail, très endommagée, n’a pu être
reconstituée. Elle présente un dessin d’une grande finesse, avec une pluie
d’étoiles. Les armoiries du donateur Sébastien David figurent en haut de ce
vitrail : « de sinople à croix d’argent » et celles de son épouse Bertrande Le
Tartrier : « de gueules au chef d’or, accompagné d’un besant d’or ».
Les bombardements de 1940 endommagèrent plusieurs baies,
entraînant des restaurations importantes au cours du XXᵉ siècle. Ces
interventions ont parfois révélé des fragments de peintures murales anciennes,
notamment dans les chapelles latérales et autour du Sépulcre. L’ensemble des
vitraux témoigne de la vitalité artistique de la Champagne au XVIᵉ siècle,
période durant laquelle Troyes et ses environs furent l’un des centres les plus
actifs du vitrail français.
Vitraux des 19e, 20e et 21e siècles :
Les verrières du triplet du chœur sont ornées de vitraux
exécutés en 1961 par l’atelier Sabouret d’après des cartons peints par Simone
Flandrin-Latron.
Verrière :
saint Pierre ; Agneau mystique ; saint Paul
Triplet
réalisé en 1961 par l'atelier Labouret, d'après les cartons de Mme Flandrin-Latron.
Trois baies
en arc brisé comportant des verrières composées de 6 panneaux (baie centrale)
et 3 panneaux (baies latérales).
Iconographies
Agneau mystique
Blé, fruit,
bateau, poisson, raisin, houlette, épée, livre, ornement à forme géométrique
Figures
symboliques sur un fond géométrique.
Baie 1 :
poissons, bateau. Éléments iconographiques et texte symbolisant saint Pierre.
Baie 0 :
Agneau mystique, épis de blé, pampres de raisins, corbeille de fruits.
Baie 2 :
bateau, houlette (?), épée, livre. Éléments iconographiques et texte
symbolisant saint Paul.
Précision inscriptions
Baie 1 : DESORMAIS / TU SERAS / PECHEUR / D'HOMMES.
Baie 0 : ECCE AGNUS DEI / ECCE QUI TOLLIS / PECCATA MUNDI.
ECCE NUS (sic) DEAG (sic) / ECCE QUI TOLLIS / PECCATA MUNDI / AGNUS DEI / QUI
TOLLIS / PECCATA MUNDI / TE ROGAMUS AUDI NOS.
Baie 2 : VERS / LES / NATIONS / AU / LOIN / JE / T'ENVERRAI. A moi le plus petit de tous les Saints / (...) donnée cette grâce d'Annoncer / aux Nations / l'insondable / richesse du Christ.
Sanctuaire
La nef est séparée du sanctuaire par une table de communion en fer forgé datant du début du XVIIIᵉ siècle. Les arcatures du XIIᵉ siècle, autrefois cachées par des boiseries du XVIIIᵉ siècle qui descendaient du bas des verrières au sol, ainsi que sur les côtés de l’entrée, sont aujourd’hui visibles. Elles donnent appui à deux crédences. Le maître‑autel en marbre rouge, du XVIIIᵉ siècle, porte sur le devant une pierre représentant le Saint‑Esprit, ainsi que d’autres pierres dans les angles formant cabochons. De chaque côté, deux candélabres en bois de style Restauration. Au‑dessus du bandeau du pourtour, six statues représentent : Saint Joseph et l’Enfant Jésus, Saint Laurent, Saint Jean‑Baptiste, Saint Jacques le Majeur — dont la besace porte les armoiries de la maison d’Angenoust, donatrice —, Saint Edme et une Éducation de la Vierge.
Chapelles du collatéral sud
La dévotion à Notre‑Dame de Lorette, issue du sanctuaire italien de Loreto, s’est diffusée en France à partir du XVIIᵉ siècle, puis a connu un regain au XIXᵉ siècle avec l’essor des pèlerinages mariaux. À Chaource, l’autel semble s’inscrire dans ce mouvement : la polychromie, la facture des anges et la mise en scène du groupe renvoient aux campagnes décoratives du XIXᵉ siècle qui ont marqué l’église.
L’iconographie associe ici la Vierge protectrice au symbole du foyer chrétien : la Sainte Maison, censée être la demeure de Nazareth transportée miraculeusement par les anges, évoque la vie domestique de Marie et la sanctification du quotidien. La présence de ce thème, rare dans la région, témoigne de l’ouverture de la paroisse chaourçoise à des dévotions venues d’Italie et relayées par les missions et les confréries mariales.
Chapelle
Saint-Georges
La chapelle
Saint‑Georges fut fondée par la famille Monstier, qui fit également exécuter la
célèbre Mise au tombeau.
Année de création : 1548
Indexation iconographique : figure : en donateur ; saint ; sainte ; heaume ; ange ; armoiries ; famille
Description : Personnes d'une même famille représentées en prière, certains agenouillés. Saintes et saints protecteurs, heaumes posés à terre, armoiries tenues par têtes d'anges ailées.
Dimensions normalisées (en cm) : h = 470 ; la = 372
État de conservation : manque ; Angle supérieur senestre partiellement effacé.
1er registre
: Cy gisent messire Henry de Mussy et dame Isabeau de Pargues sa femme lesquels
(...) A savoir treize tilz (?) et dix tilles. Et trespassèrent an lan mil trois
cent LXII (?) et (...).
2e registre
: (à gauche) Cy gist messire Jehan de Monstier, chanlier (chancelier ?), sire
de Ballenod et de Chesley / (...) du Roy mr (maître) sire (...) décédé le 2e
novembre 1419.
3e (au
centre) Cy gist noble homme Jehan de Monstier, fils de Jehan de Monstier, sr
(seigneur) de Chesley, Fontaines, Cussangy et Chavigny (...) décédé le 23 mars
1483.
(à droite) Cy
gisent mr Claude de Monstier, chr, sire de (...) Cussangy, Chavigny (...)
Lantages / capitaine de Chaource, qui décéda le 7e (?) 1510 et (Marie ?)
Jehanne de Vignes sa femme qui décéda le 2e fév. 1500, fondateur de cette
chapelle.
Cartouche inférieur : Cy gist noble sr Charles de Monstier sr de Chesley, Etourvy et Villiers-le-Bois. Qui décéda le 6 fevrier 1532. Et noble damoyselle Marie de Vetdreysa femme, laquelle a faict ceste chapelle.
Œuvre restaurée en 1888 (dégagement de l'enduit de plâtre qui recouvrait la peinture). Restauré par Malesset en 1965.
Date repérée : 1544. Il n'est fait nulle part mention de Nicolas de Monstier.
Date et typologie de la protection : 1840 : classé au titre immeuble
Peinture murale à compartiments : la famille de Nicolas de Monstier, 1548, liste de 1840.
Observations : M.H. Liste de 1840.
Les Monstier ne se contentent pas de financer un autel : ils participent à un vaste chantier qui transforme profondément l’église de Chaource dans les années 1500–1540. Leur empreinte la plus spectaculaire se trouve dans la création de la salle basse, vaste espace voûté situé sous la chapelle haute, conçu comme un lieu funéraire et dévotionnel d’une ambition exceptionnelle pour un bourg rural. C’est dans cette salle basse que sera installée, vers 1515–1520, la célèbre Mise au Tombeau attribuée au maître de Chaource, chef‑d’œuvre absolu de la sculpture religieuse de la Renaissance en Champagne. La présence de cette œuvre monumentale dans un espace fondé ou aménagé par les Monstier témoigne de leur rôle central dans le mécénat local. La salle basse, par son architecture et sa fonction, s’apparente à une crypte seigneuriale, destinée à accueillir les sépultures et les fondations pieuses de la famille. Le décor sculpté, la qualité des voûtes et la monumentalité du groupe funéraire montrent que les Monstier ont voulu affirmer leur statut tout en inscrivant leur mémoire dans un cadre liturgique prestigieux. Leur influence s’étend également au portail latéral nord, où un bas‑relief représente un donateur présenté par saint Nicolas à saint Pierre ; tout indique qu’il s’agit de Nicolas de Monstier, dont le prénom correspond au saint protecteur figuré. Ce portail, contemporain des chapelles du flanc nord, montre que les Monstier interviennent sur plusieurs fronts, au nord comme au sud, participant à l’unification stylistique de l’église dans un flamboyant tardif raffiné. Les liens entre les Monstier et les autres familles mécènes, notamment les David et les Le Tartier, sont attestés par des actes comme la transaction de 1522 entre Charles de Monstier et Sébastien David, preuve que ces lignages collaborent autant dans les affaires que dans les fondations religieuses. Par leur chapelle Saint‑Georges, par la création de la salle basse et par leur participation aux grands chantiers de l’église, les Monstier s’imposent comme l’un des piliers du renouveau architectural et spirituel de Chaource au XVIᵉ siècle. Leur empreinte, visible dans la pierre comme dans les archives, fait d’eux les artisans majeurs de l’identité monumentale du lieu, aux côtés des autres familles fondatrices qui ont façonné l’église telle qu’on la voit aujourd’hui.
Installé dans la chapelle Saint‑Georges, sur le mur sud, ce retable peint constitue l’un des rares témoins conservés de la décoration médiévale de l’église. Réalisé vers la fin du XVe siècle, il se présente sous la forme d’un panneau rectangulaire rythmé par des arcatures gothiques. Les scènes, peintes à la détrempe sur enduit, illustrent le martyre de Saint Sébastien, tandis que la Crucifixion occupe le registre central, établissant un lien direct entre le sacrifice du saint et celui du Christ.
La palette — rouges, ocres, verts — et le traitement des
visages renvoient aux ateliers troyens actifs à la charnière des XVe‑XVIᵉ siècles,
dont on retrouve la manière dans plusieurs églises de la Champagne méridionale.
Le style, encore marqué par le gothique tardif, annonce cependant une
sensibilité plus narrative, caractéristique des débuts de la Renaissance.
Longtemps masqué sous des badigeons, le retable a été
redécouvert lors des restaurations du XXᵉ siècle. Malgré les lacunes, il
conserve une forte valeur documentaire : il témoigne de la transition entre la
peinture murale médiévale et le retable autonome, et s’inscrit dans le contexte
de la chapelle Saint‑Georges, fondée par la famille De Moustiers.
Orienté à l’est, cet autel néo‑gothique est dédié à Saint François de Sales. Il se compose d’un autel en pierre blanche surmonté d’un retable architecturé à pinacles et arcatures trilobées. La partie supérieure présente la statue du saint, encadrée de deux anges en prière, tandis que les panneaux latéraux illustrent des scènes de la vie de Saint François de Sales, évêque de Genève et docteur de l’Église.
Sur le devant d’autel figure un médaillon circulaire rayonnant portant le monogramme SFS (Sanctus Franciscus Salesius). Une inscription gravée mentionne le donateur :
Don (…) Victe Frédéric Chardon de Briailles en mémoire de Louise Amélie Michaut, dame Chardon de Briailles, sa mère.
Ce Frédéric Chardon de Briailles, notable local, fut maire de Chaource au XIXᵉ siècle et propriétaire du château de la Cordelière, situé à proximité du bourg. L’autel témoigne du goût religieux et artistique de cette famille, qui participa activement à la vie paroissiale et aux embellissements de l’église.
L’ensemble, d’une facture soignée, illustre le renouveau néo‑gothique du XIXᵉ siècle : recherche de verticalité, décor ajouré, figures expressives et symbolisme lumineux. Il s’inscrit harmonieusement dans la chapelle Saint‑Georges, où se trouvent également le retable de Saint Sébastien et la généalogie des De Moustiers.
Chapelle Saint Hubert
Au registre supérieur on remarque le blason des bouchers (couteau et hachoir) ainsi qu’un bœuf et un mouton ce qui nous indique que cette chapelle a été financée par la corporation des éleveurs de bétail et les bouchers. Au premier plan, Saint Hubert et l’apparition du cerf crucifère. Ange, colombe de la paix, sonneur sur son destrier, chiens.
Légende et conversion de saint Hubert
Saint Hubert chassait un Vendredi Saint lorsqu’il vit un
magnifique cerf blanc. Il prit l’animal en chasse. La traque dura très
longtemps car le cerf était infatigable. Soudain, l’animal s’arrêta et Hubert
vit briller entre ses bois la croix du Christ. Il entendit alors une voix,
venue du Ciel, lui dire :
« Hubert ! Hubert ! Jusqu’à quand poursuivras-tu les bêtes
dans les forêts ? Jusqu’à quand cette vaine passion te fera-t-elle oublier le
salut de ton âme ? »
Hubert se jette à genoux et demande :
« Seigneur ! Que faut-il que je fasse ? »
La voix lui répond :
« Va donc auprès de Lambert, mon évêque, à Maastricht.
Convertis-toi. Fais pénitence de tes péchés, ainsi qu’il te sera enseigné.
Voilà ce à quoi tu dois te résoudre pour n’être point damné dans l’éternité. Je
te fais confiance, afin que mon Église, en ces régions sauvages, soit par toi
grandement fortifiée. »
Et Hubert de répondre, avec force et enthousiasme :
« Merci, ô Seigneur. Vous avez ma promesse. Je ferai
pénitence, puisque vous le voulez. Je saurai en toutes choses me montrer digne
de vous ! »
Saint Hubert suivit le commandement du Seigneur et se
convertit.
Après sa conversion, en 688, saint Hubert abandonna le duché
d’Aquitaine à son frère pour se consacrer totalement à Dieu. Il rentre alors
dans les ordres, après avoir été pèlerin. En 705, lorsque saint Lambert meurt
en martyr, Saint Hubert est désigné à sa suite, évêque de Liège-Maëstricht et
de Tongres. Il fit construire, à l’endroit de l’assassinat de son prédécesseur,
une église dédiée à Notre-Dame (qui deviendra la cathédrale de
Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège) dans laquelle il fait déposer les reliques
de saint Lambert. Il fût un grand évêque, très proche de ses fidèles, qu’il
allait rejoindre partout dans son évêché. Sa douce et persuasive éloquence
captivait les foules, qui venaient l’écouter pendant des heures. Attentionné,
et doux il aidait les malheureux, les pauvres et les prisonniers. Saint Hubert
mourut le 30 mai 727 à cause de la gangrène. Il fût enseveli dans l’abbatiale
Saint-Pierre de Liège qu’il avait fondée.
Prière à saint Hubert pour devenir des témoins du Christ
“Grand saint Hubert,
Toi qui as répondu à l’appel de Dieu, te demandant de
quitter une vie de plaisirs, apprends-nous, comme tu l’as été, à être à
l’écoute du projet que Dieu a pour nous.
Donne-nous le courage de renoncer à tout ce qui nous
détourne de Lui.
Toi qui, te retirant du monde dans la forêt ardennaise, as
fait pénitence durant de nombreuses années, apprends-nous à persévérer et à
être fidèles à nos promesses.
Toi qui as été consacré évêque, succédant à Saint Lambert,
et qui évangélisa l’immense diocèse de Liège, te dépensant sans compter à une
époque où le paganisme était encore très vivace.
Toi, l’Apôtre de l’Ardenne, jette un regard de bonté sur tes
enfants, éloigne de notre vie, de notre cœur, toutes formes de rage.
Garde-nous un esprit sain dans un corps sain afin que nous
puissions devenir, à ton exemple et par ton soutien, des semeurs d’Évangile et
des témoins infatigables de l’Espérance révélée en Jésus, le Christ.
Amen”
Chapelle Saint-Jean-Décolasse
Située dans le collatéral sud, la chapelle Saint‑Jean‑Décolasse abrite une pierre tombale attribuée à la famille d’Amadis Jamyn, poète de la Renaissance né à Chaource vers 1540 et mort en 1593. Ami de Pierre de Ronsard et membre du cercle de la Pléiade, Jamyn fut également secrétaire du roi Charles IX. Sa présence dans l’église relie le patrimoine religieux local à l’histoire littéraire française du XVIᵉ siècle.
La dalle funéraire, en pierre calcaire, est aujourd’hui
partiellement effacée ; elle est traditionnellement considérée comme celle de
la famille Jamyn et pourrait avoir abrité la sépulture du poète lui‑même.
L’autel actuel, adossé au mur sud, est une œuvre du XIXᵉ siècle.
De style sobre et classique, il est réalisé en bois verni avec un retable
rectangulaire encadré de pilastres et surmonté d’un fronton mouluré. Le panneau
central accueille une peinture religieuse (probablement une scène de martyre ou
de prédication de saint Jean‑Baptiste), flanquée de chandeliers dorés et d’un
médaillon portant le monogramme SJ.
À droite, une niche murale sculptée témoigne d’un
aménagement antérieur, peut‑être destiné à une statue ou à un reliquaire.
L’ensemble, éclairé par la baie sud, illustre le soin apporté à la restauration
des chapelles latérales au XIXᵉ siècle.
Amadis Jamyn (1540 – 1593) naquit à Chaource dans une
famille bourgeoise. Élève et disciple de Ronsard, il participa activement au
mouvement de la Pléiade, cherchant à enrichir la langue française par la poésie
savante et humaniste. Ses œuvres — Élégies, Odes, Poésies chrétiennes —
révèlent une sensibilité mêlant inspiration antique et ferveur spirituelle.
Secrétaire du roi Charles IX, il fut témoin des guerres de
Religion, qu’il évoqua avec retenue et mélancolie. Sa mort, survenue en 1593,
clôt une vie vouée à la poésie et à la foi. La pierre tombale conservée à
Chaource demeure le seul vestige tangible de ce poète champenois, figure
discrète mais essentielle de la Renaissance française.
Cette œuvre, d’une grande intensité expressive, appartient à la même veine artistique que les sculptures de la Mise au Tombeau : modelé puissant, draperies profondes, visage empreint de compassion. Elle illustre la spiritualité du XVIᵉ siècle champenois, centrée sur la méditation du sacrifice du Christ.
L’autel, sobre et massif, conserve ses formes d’origine : table monolithe, colonnettes latérales et gradin rectangulaire. Le retable, encadré de moulures peintes, porte encore des traces de polychromie ancienne. L’ensemble est éclairé par la baie sud, qui accentue la dimension dramatique de la scène.
Cette chapelle, dédiée à la Dévotion du Christ souffrant, servait probablement de lieu de prière pour la confrérie locale de la Passion. Elle constitue aujourd’hui un précieux témoignage de la sculpture religieuse champenoise du XVIᵉ siècle, à la fois réaliste et profondément spirituelle.
Chapelle des fonts baptismaux
Occupant l’extrémité occidentale du collatéral sud, la chapelle des Fonts baptismaux conserve un ensemble d’une grande cohérence liturgique et artistique. Les fonts baptismaux, en pierre calcaire, datent du XVIIIᵉ siècle : cuve circulaire à couvercle bombé, posée sur un socle à degrés, ils témoignent du style sobre et équilibré de cette période. Au‑dessus, suspendu à la voûte, un couvercle peint et doré protège la cuve et rappelle la symbolique de la régénération par l’eau.
Sur le mur oriental, un grand tableau représentant
l’Adoration du Sacré‑Cœur domine la chapelle. L’œuvre, non datée, est attribuée
à Hippolyte Holfeld, peintre du XIXᵉ siècle.
L’ensemble de la chapelle, associant éléments du XVIᵉ, XVIIIᵉ
et XIXᵉ siècles, forme un parcours symbolique : de la naissance spirituelle par
le baptême à la contemplation du Cœur du Christ, cœur vivant de la foi.
La cuve baptismale date du XVIIIᵉ siècle, caractéristique du
style liturgique de cette période : sobre, équilibrée et centrée sur la
fonction sacramentelle. La cuve est taillée dans une pierre calcaire locale,
soigneusement polie. Elle se présente sous la forme d’une vasque circulaire,
reposant sur un pied tronconique. La simplicité de ses lignes met en valeur la
symbolique du baptême : pureté, eau, renaissance. Un couvercle en bois, bombé
et orné d’un motif rayonnant, protège la cuve. Ce type de couvercle était
courant au XVIIIᵉ siècle pour préserver l’eau bénite et éviter les impuretés.
Cette cuve servait au baptême par infusion, rite en vigueur
dans l’Église latine depuis le Moyen Âge. Sa taille permettait d’accueillir
l’eau bénite et de baptiser les nouveau‑nés en versant l’eau sur la tête,
symbole de la nouvelle naissance dans le Christ.
Ces deux statues, placées de part et d’autre du tableau du Sacré‑Cœur dans la chapelle des Fonts baptismaux, représentent saint Antoine le Grand (à gauche) et saint Paul ermite (à droite). Leur association n’est pas fortuite : elle vient d’un épisode célèbre de la Légende dorée.
Saint Antoine le
Grand
Né en Égypte au IIIᵉ siècle, il est considéré comme le père
des moines. Il vécut en ermite dans le désert, affrontant les tentations du
démon. Son attribut est le cochon, symbole de la charité et de la guérison des
malades atteints du “mal des ardents”. Il tient souvent un bâton en forme de
tau (T) et un livre, signes de prière et de sagesse.
Saint Paul ermite
Contemporain d’Antoine, il serait le premier ermite
chrétien, retiré dans le désert de Thèbes. Selon la tradition, Antoine lui
rendit visite peu avant sa mort ; un corbeau venait chaque jour lui apporter du
pain. Il est représenté avec un livre et vêtu d’une peau de palmier, symbole de
sa vie solitaire et ascétique.
Pourquoi ces deux saints ici ?
Leur présence dans la chapelle des Fonts baptismaux évoque
la conversion intérieure et la retraite spirituelle : quitter le monde pour
renaître à la vie chrétienne. Leur exemple d’humilité et de prière complète le
message du baptême : purification, renoncement et nouvelle naissance dans la
foi. Œuvres du XVIᵉ siècle, en pierre polychrome. Draperies amples, visages
allongés et barbes détaillées typiques de la sculpture troyenne de la
Renaissance. Traces de polychromie ancienne visibles sur les manteaux et les
visages.
Huile sur toile : h = 250 ; la = 130,
Attribué à Hippolyte Holfeld (XIXᵉ siècle)
Accroché au mur oriental de la chapelle des Fonts
baptismaux, ce tableau représente l’Adoration du Sacré‑Cœur, thème majeur de la
spiritualité française du XIXᵉ siècle. La scène montre le Christ présentant son
Cœur enflammé, entouré de rayons lumineux, dans une attitude d’offrande et de
miséricorde. À ses pieds, des fidèles — anges, religieux ou figures
allégoriques — se prosternent ou lèvent les yeux vers lui.
La composition, centrée sur la figure du Christ, est
caractéristique du style d’Holfeld : couleurs chaudes et dorées, modelé doux et
légèrement vaporeux, lumière focalisée sur le Cœur, véritable centre
théologique et visuel du tableau.
Le traitement du visage du Christ, la douceur des drapés et
la construction pyramidale de la scène correspondent étroitement aux œuvres
attribuées à Holfeld dans les collections publiques.
Le culte du Sacré‑Cœur connaît un essor considérable au XIXᵉ siècle,
notamment après les apparitions de Paray‑le‑Monial et la consécration de la
France au Sacré‑Cœur.
Ce tableau s’inscrit pleinement dans ce mouvement : il
invite à la contemplation du Cœur du Christ, symbole de charité, de pardon et
de consolation.
Placée au‑dessus des fonts baptismaux, l’œuvre dialogue avec
: les statues du XVIᵉ siècle de saint Antoine et saint Paul ermite, la cuve
baptismale du XVIIIᵉ, la lumière latérale du collatéral sud.
Ce positionnement n’est pas anodin : le baptême ouvre à la
vie chrétienne, et l’adoration du Sacré‑Cœur en exprime la dimension la plus
intime et la plus affective.
Le tableau est en bon état général, malgré : un léger
craquelage de la couche picturale, quelques usures sur les zones sombres, un
vernissage ancien légèrement jauni. Les couleurs restent lisibles et la
composition parfaitement intelligible.
Holfeld travaille dans un contexte marqué par l’essor du
culte du Sacré‑Cœur, très présent dans la France post‑révolutionnaire et
renforcé après les apparitions de Paray‑le‑Monial.
Son style associe : une lumière dorée et enveloppante, des
figures douces et idéalisées, une composition centrée sur le Cœur du Christ,
véritable foyer théologique et visuel.
Ses œuvres témoignent d’une sensibilité mystique propre à la
seconde moitié du XIXᵉ siècle.
Plusieurs tableaux d’Holfeld représentant l’Adoration du
Sacré‑Cœur sont aujourd’hui répertoriés : Musée national Magnin (Dijon), Église
Saint‑Merri (Paris), Église Notre‑Dame‑de‑Bonne‑Nouvelle (Paris).
Ces œuvres présentent des similitudes frappantes avec le
tableau conservé à Chaource : même construction pyramidale, même douceur des
visages, même traitement lumineux du Cœur.
Holfeld à Chaource L’Adoration
du Sacré‑Cœur de la chapelle des Fonts baptismaux s’inscrit pleinement dans
cette production. Bien que non signé, le tableau présente tous les traits
caractéristiques du peintre, ce qui justifie une attribution solide à Hippolyte
Holfeld.
Chaire XIXe
l'orgue
Voir l’article : Orgue de Chaource
L’église Saint‑Jean‑Baptiste de Chaource demeure un lieu
majeur du patrimoine aubois. Les restaurations successives, notamment après
1940, ont permis de préserver un ensemble unique en France. La richesse de sa
statuaire, la qualité de ses vitraux, l’importance de ses fondations
seigneuriales et la profondeur de son histoire en font l’un des plus beaux
témoignages de l’art religieux en Champagne. Par son ampleur, sa cohérence et
la présence de chefs‑d’œuvre tels que la Mise au Tombeau, Chaource s’impose
comme un monument incontournable, dont l’étude continue de révéler de nouveaux
aspects grâce aux recherches historiques et aux travaux de conservation.
L’église apparaît ainsi comme un véritable livre de pierre et de lumière, où se
lisent huit siècles de foi, d’art et de mémoire locale.
L’église Saint‑Jean‑Baptiste de Chaource n’est pas seulement un chef‑d’œuvre du patrimoine champenois : c’est un édifice vivant, qui demande une attention constante. Depuis plusieurs décennies, la commune et ses partenaires engagent régulièrement des campagnes de restauration pour préserver ce trésor, protéger ses sculptures du XVIᵉ siècle et assurer la stabilité de l’ensemble.
La dernière grande intervention a concerné tout le côté sud extérieur, entre 2021 et 2023. Ce chantier d’envergure a permis de refaire entièrement la toiture du bas‑côté sud, de restaurer celles des chapelles latérales en plomb, et de rénover les évacuations d’eaux pluviales, essentielles pour éviter les infiltrations qui menaçaient les maçonneries et les œuvres intérieures. La façade sud a également été nettoyée, consolidée et reprise dans ses parties les plus fragilisées. L’échafaudage a été retiré au printemps 2023, révélant un mur sain, lumineux et parfaitement protégé.
Ces travaux s’inscrivent dans une démarche continue : préserver l’église aujourd’hui pour qu’elle puisse encore traverser les siècles. Après la restauration du sud, une nouvelle étape majeure se profile : la restauration de la Mise au Tombeau, prévue à partir de juin 2026.
Au cours des siècles, la mise au tombeau a subi plusieurs restaurations avec les procédés de chaque époque et aussi l’utilisation de matériaux inadéquats. L’ensemble des statues est en danger à cause d’un mortier inadapté à la pierre de Tonnerre. Aujourd’hui, les progrès scientifiques et les méthodes modernes vont permettre d’améliorer son état de conservation.
Une restauration en profondeur doit pérenniser l’œuvre pour plusieurs siècles, le dossier est en cours de finalisation et les travaux devraient commencer au printemps 2026. Deux tranches sont prévues :
La 1ère devrait durer 22 mois et porte uniquement sur les personnages et le tombeau lui-même
La 2ème tranche sera consacrée aux donateurs et aux gardes pour une durée de 8 mois.
Le montant de ces importants travaux s’élève à 729 000€ et sont pris en charge par différents organismes : DRAC pour 50%, DSIL 200 000€, Sauvegarde de l’Art Français 25 000€. Département à hauteur de 15%.
Les travaux concerneront principalement la restitution des pierres abimées par de la pierre de Tonnerre, la purge et le remplacement du mortier, l’installation d’un socle pour la Vierge et St Jean, un traitement de surface des statues (mise au tombeau, gardes et donateurs).
Malheureusement, vous comprendrez bien que l’œuvre ne sera pas visible durant les travaux. Un film présentant la chapelle sera diffusé dans l’église en dehors des cérémonies.
Le portail nord XIVᵉ siècle — pierre calcaire sculptée
Le grand portail nord,
aujourd’hui fermé, appartient à la phase gothique primitive de l’église,
antérieure aux ajouts flamboyants du XVIᵉ siècle. Il constitue un rare
témoignage de l’architecture religieuse champenoise du XIVᵉ siècle, époque où
Chaource connaissait une forte activité paroissiale.
Le portail s’inscrit sous
une double arcade en tiers‑point, typique du gothique rayonnant.
Au‑dessus, une rose à
réseau rayonnant — d’un dessin presque végétal — éclaire la nef nord.
Le décor sculpté, encore
visible malgré les altérations, mêle colonnettes fines, pinacles et dais
ajourés, annonçant déjà le style flamboyant qui s’épanouira un siècle plus
tard.
À partir du XIXᵉ siècle,
jugé trop exposé aux intempéries, il fut désaffecté et muré partiellement,
tandis que l’accès principal fut déplacé vers l’ouest.
Sous la rose, le tympan
abrite un petit bas‑relief représentant probablement une Annonciation ou une
scène de dévotion, rappelant la vocation spirituelle du portail : passage du
monde profane à l’espace sacré.
Les travaux récents du
côté sud (2021–2023) ont permis de préparer une future restauration du flanc
nord, où les pierres anciennes présentent des signes d’usure dus à l’humidité
et au gel.
Le 23 juillet 1793, suivant un décret de la Convention qui
n’autorisait que l’existence d’une cloche par paroisse, trois cloches de
l’église de Chaource pesant au total 4430 livres furent enlevées pendant le 4ème
trimestre 1793 et conduites à Laroche (Yonne) pour être emmenées par voie d’eau
à Paris, afin de servir à la fabrication des canons.
Actuellement l’église contient 4 cloches. La plus ancienne
et la plus grosse date de 1667 ; elle fut la seule conservée à la Révolution.
L’inscription de cette cloche est la suivante :
« M. Henri Regnard,
bachelier en théologie, curé de cette église m’a donné la bénédiction, m’ont
nommé haut et puissant seigneur M. François de Choiseul, marquis de Chaource et
Praslain et autres lieux, conseiller du roi en ses conseils, lieutenant général
en ses armées et en sa province de Champagne, gouverneur particulier de la
ville de Troyes ; et Elisabeth de Choiseul, femme du haut et puissant
seigneur Henry de Guybegaud, grand conseiller du roi et secrétaire des Etats,
marquis de Plancy et autres lieux. 1667
Mes Jean Guy, avocat
en parlement et Jean Jamin et Jacob, fabriciens.
Isaac, Etienne, Edme,
les Delapoix, nous ont faite »
Cette cloche, d’un diamètre de 1,28m porte également les
armes de la ville de Chaource.
Les 3 autres cloches ont été fondues par Cauchois, Liébaux
et Roussel, fondeurs à Champigneulles.
Elles portent les inscriptions suivantes :
« J’ai été nommée
Valérie par M. H. Calluau, auditeur au Conseil d’Etat, sous-préfet de
l’arrondissement de Bar-sur-Seine et par Melle M.G. Valérie Cheurlin, fille de
M. J.B. Cheurlin, Maire de Chaource. Fabriciens : M.M. Cheurlin, Parisot
et Vaudey.
J’ai été nommée Amélie par M. A.J. Habert, notaire et par Melle Amélie Habert,
sa fille. Fabriciens M.M. Cheurlin, Parisot et Vaudey.
J’ai été nommée Claudine Marguerite par M. Vaudey Claude, architecte et par Mme
Jeanne Marguerite Flechey, son épouse, tous deux bienfaiteurs de cette
église ».
Ces trois cloches fondues en 1842 ont été bénites par M.E.V.
Roizard, vicaire général de Troyes, assisté de M. J.E. Charton, curé de Chaource.
Elles ont un diamètre respectivement de 1,045m et de 0,967m pour les deux
dernières.
Elles donnent les sons Ré, Mi, Fa et Fa dièze. On remarque
aussi une petite cloche hors d’usage portant l’inscription suivante : « a été nommée Marie par M. Charles
Poinsot, fabricien et par Melle Marie Jolly, de Pomblin. L’an 1803. A été bénie
par M. Jobard, curé »
Les cloches sont électrifiées en 1966. Elles ont été
restaurées en 1993.
L’horloge
L’horloge actuelle date de 1837 comme en témoigne une
inscription sur plaque « Donnée à la
ville de Chaource par M. de Damoiseau de la Bande, ancien vicaire général et
faite par Lepaute Jeune, horloger à Paris, en l’année 1837, M. Cheurlin,
maire ».
Lepaute Jeune faisait partie d’une longue lignée d’horlogers
célèbres dont un des descendants M. Gabriel Lepaute, possédait au XIXe siècle
une propriété à Chaource « Les Tilleuls », route de Tonnerre.
Les Chapelles
L’état de la paroisse de Chaource présenté à la chambre
ecclésiastique de Langres au 18e siècle, nous donne de précieuses
indications sur les chapelles existant à Chaource. Il y avait trois chapelles
dans les murs :
-Saint-Nicolas, dans
le vieux château, cette chapelle est encore désignée dans le testament du 7
avril 1622 d’Anne Cerveau,
-Saint-Antoine,
interdite et abandonnée au 18e, citée dans le testament du 27
novembre 1594 d’Etienne Philibert, réparée en 1596, située rue Saint Antoine,
-Saint Roch,
entretenue par la dévotion de quelques particuliers, située rue St Roch
-Saint-Jacques, à
un demi-quart de lieue, entretenue par les soins de particuliers, désignée dans
le testament de 1557 de Claude Enfer, située rue d’en Haut (route de Tonnerre)
à proximité de la fontaine du même nom,
-Sainte-Anne,
entretenue par la fabrique de Chaource, désignée également dans le testament de
1557, réparée en 1596, située faubourg Sainte-Anne (angle du chemin de Cussangy
et route de St Florentin),
-Sainte-Syre,
interdite au 18e s. et entretenue par un particulier qui jouit d’un
clos dépendant de cette chapelle, désignée dans les testaments de 1557 et
1622 ; cette chapelle fut jetée bas et reconstruite en 1596.
-Saint-Laurent,
dans la propriété de la Bande, la seule existante à l’heure actuelle, bénie
solennellement le 8 août 1757,
- Saint-Nicolas,
située à une demi lieu à l’Est, sur l’ancien chemin de Pargues, dans un bois à
proximité de la ferme de la Mivoie.
-Saint-Joseph,
qui figure déjà en 1557 dans le testament de Charlotte Guillaumat du 13
novembre 1633 ; la chapelle Saint-Joseph avait besoin de grosses
réparations. Elle devait se situer sur le chemin de St Joseph entre les routes
de Troyes et de Bar-sur-Seine.
-Saint-Lazare,
dite aussi Saint-Ladre, ou chapelle des Lépreux ; cette chapelle ainsi que
la léproserie (ou maladrerie) dont elle dépendait, devait se trouver aux
Povosts, dans un lieu isolé.
On peut aussi assimiler à une chapelle, la belle croix qui s’élevait dans la Grande Rue de Chaource, au
carrefour de la rue St Antoine. Cette belle croix monumentale en cuivre fondu
reposait sur un piédestal de pierre et était couverte par un grand baldaquin en
plomb ouvragé appuyé sur des colonnes. Cette croix fut réparée et décorée en
1596 et en 1610. Le marché de la décoration du 16 novembre 1610 fut passé entre
Jacque Passot fils, peintre demeurant à Troyes et maitre Edme Lesecq, curé de
Chaource, moyennant la somme de 90 livres. Le devis estimatif des travaux nous
démontre la richesse de cette crois ornée d’éléments décorés de fin or.
La belle croix fut démolie sous la Révolution, comme signe
extérieur de la religion.
Citons également la
chapelle néo-gothique construite en 1931 sur la propriété du château de la
Cordelière par le Comte François Chandon de Briailles, sur les plans de
Jean-Louis Ernest Quintallet, architecte à Bar-sur-Seine. Cette chapelle
renferme le caveau de la famille Chandon de Briailles.
L’Ermitage des Baillys
Au nord-est de Chaource, l’ermitage des Baillys, sous le
vocable de l’Annonciation, fut fondé vers 1414 et autorisé par le duc de
bourgogne. Il possédait des bois et clos et un revenu de 60 livres. Deux
ermites l’habitaient dont l’un était visiteur particulier. Outre la chapelle,
le logement consistait en une cuisine, un réfectoire, trois cellules, deux en
bas et une en haut, chambre à four, grange, cave, jardin d’un demi-arpent dont
moitié en vigne.
Les habitants de chaource se chargeaient de l’entretien. En
1733, ils furent autorisés à abattre 40 chênes situés dans la haie qui bordait
l’enclos pour réparer la chapelle et la maison.
Cet ermitage se trouvait près de la fontaine dite de
l’ermitage qui donne naissance au ru du même nom, au lieu-dit le Vieux
Fourneau. Il semble qu’il ait été abandonné dans la seconde partie du 18e
siècle.
Les curés de Chaource
Jehan le
Prudhomme 1402
Huges
Beaucorps 1427
Pierre Sauvageot
1427-1436
Jehan
Crepelet 1436
Jehan Girard
1457
Innocent du
Monstier 1502 chanoine de l’église cathédrale de Langres, Prévôt et chanoine
de l’église collégiale de St Maclou
de Bar-sur-Aube
Pierre
Richard 1524
Etienne
Préau
Jean Molle
1560
Rigault de
St Marcel 1560
Etienne
Bouché 1562
Jean
Passerat 1565
Pierre
d’Armoncourt, prieur de Pargue
Jean Turgis
1585-1586
Jean Remond
1587
Denis
Fourgonneau 1588
Edme Lesecq
1595-1629 aumônier du roi
Antoine
Trevet 1632
Pierre
Chapuis 1645
Vorle
Jubelin 1650-1661 bachelier en théologie
Henri
Regnard 1661-1669 bachelier en droit canon
Pierre
Mandonnet 1671 maitres es arts
Edme Laurent
1670-1720 maître ès arts
Joseph
Remond 1720-1760
François
J.B. Rouvoire des Bordres 1760-1761
J.B.
Thiesset 1760-1764
Nicolas
Champenois 1766-1777 devient évêque de Pondichéry
Sébastien
Jobard 1777-1824
Thomas
Martinot 1824-1840 précédemment vicaire à Chaource
Jean Eli
Charton 1840-1873 vicaire en 1830
Louis Colin
1873-1892
Eugène
Vioche 1892-1920 décédé en novembre 1921
Lucien
Joseph Balanger 1920-1924 nommé archiprêtre d’Arcis-sur-Aube
Georges
Lemasson 1924-1951 décédé en 1959
Joseph
Dollat 1950-1953 nommé archiprêtre de Nogent-sur-Seine
Pierre
Bouton 1953-1969 nommé doyen de Marcilly-le-Hayer
Jacques
Lunardini 1969-1988
Michel
Mullot 1988-1998
Didier
Noblot 1998-2020 : 11 juin 2021, il est nommé évêque de Saint-Flour, par
le pape François, le jour de la Fête du Sacré-Cœur
Aujourd’hui
les prêtes sont répartis sur plusieurs paroisses
Anciennes Confréries
De nombreuses confréries attestent de dévotion de la
paroisse de Chaource au Moyen-Âge en voici la liste :
Saint Sacrement, Saint Rosaire, Sainte Geneviève, Saint
Yves, Saint Fiacre, Saint Roch, Saint Crespin, Saint Eloi, Saint Sébastien.
Les plus modernes de ces confréries datent de la seconde
partie du XVIe siècle, la plus vieille étant celle du Saint Sacrement.
L’établissement et le règlement de cette dernière furent
approuvés en 1360 sous le grand sceau épiscopal par Guillaume de Poitiers,
évêque de Langres. La confirmation de cette confrérie et des indulgences qui y
étaient attachées, fut demandé successivement à tous les évêques de Langres.
La confrérie du Rosaire fut fondée en 1613 par le R.P.
Claude Parisot, prieur des Jacobins de Troyes.
Après la signature du concordat et témoignant d’un renouveau
de l’Église, furent fondées aussi les confréries : du Rosaire le 21 avril
1805, du St Nom de Jésus le 21 avril 1805 et du St Scapulaire le 21 mai 1805.
Ajoutons la confrérie du Sacré Cœur de Jésus érigée en l’église de Chaource par
Antoine de Boulogne, évêque de Troyes, le 20 mai 1822 avec privilèges et
indulgences accordées aux confréries du Sacré Cœur. Plus d’une centaine de
paroissiens en faisait partie.
Au Moyen-Âge, le clergé paroissial de Chaource était très
nombreux et le culte était exercé avec une solennité qu’on trouvait seulement dans
les principales églises des grandes villes. Cette double assertion ressort du
grand nombre d’autels qui existaient dans l’église et aussi de toutes ces
chapelles dans l’enceinte de la bourgade et hors les murs et dans lesquelles la
messe était célébrée de temps en temps.
Les offices tels qu’ils étaient célébrés à Chaource
demandaient beaucoup de prêtres. Il suffit pour s’en convaincre, de lire le
traité entre le curé et les habitants passé le 24 décembre 1436. Il fallait un,
clergé nombreux pour les derniers devoirs à rendre aux morts, comme aussi pour
les offices particuliers de toutes les confréries et pour les messes de
dévotion publique qui étaient chantées.
En fait, dans le compte de la recette des liards pour la
construction de l’église en 1543, le chapitre intitulé « les
prebstres » contient les noms de 29 prêtres qui habitent Chaource
et paient la contribution. Le curé de Chaource se plaignait en 1698 des
nombreux offices paroissiaux, entre autres de la coutume de dire les dimanches
et petites fêtes de commandement, mâtines, rappelle qu’il y avait autrefois
beaucoup de prêtres et maintenant dit-il «
… il n’y a plus qu’un maître d’éschole qui aide à M. le Vicaire et à moi à
chanter ».
En 1898, la charge de vicaire assurée alors par l’abbé
Boulard sera supprimée. Avec elle, disparait la célébration de la messe
dominicale en l’église de Metz-Robert, succursale de Chaource.
On pouvait recenser à la suite de fondations pieuses,
environ 600 messes par an pour les âmes du purgatoire et de nombreux offices et
cérémonies particulières.
Toutefois, dans un rapport de 1870, le curé Charton a relevé
que durant une période de 1730 à 1760 environ, les mauvaises doctrines de l’époque
ont entraîné des effets néfastes dans une paroisse devenue incrédule et
démoralisée. Doit-on y voir déjà l’influence de la philosophie du siècle des
Lumières. Mais une mission prêchée en 1764 à l’initiative de l’abbé Champenois,
amena un renouveau de la foi qui sera d’ailleurs confirmé par les missions de
1824, 1848 et 1859. Dans ce rapport, l’abbé Charton fait été d’une assistance à
la grande messe dominicale de 600 fidèles et de 150 à 200 à la messe basse, ce
qui veut dire que l’église de Chaource était tout juste suffisant pour cette
nombreuse assemblée.
Dans un rapport de 1922, à cause de la baisse de la
démographie et de la déchristianisation des campagnes, il est relevé que la fréquentation
des fidèles aux offices et réduite à 100 personnes aux messes dominicales et à
peine 20 aux messes basses.
On constatait beaucoup de déploiement de fastes liturgiques
pendant les cérémonies qui revêtaient une solennité que l’on trouve rarement
dans les paroisses de même importance.
Un organiste tenait les orgues à tous les offices dominicaux. Se sont succédé à
ce poste : Clémence Coqueret, puis en 1872 Maria Duglin, en 1902 Lucovic
Sot puis en 1937 Melle Wichard, dernière organiste en titre.
En, 1858, Arsène Rémy se vit attribuer les fonctions de Suisse
en l’église de Chaource avec la tenue bleue pour les offices du dimanche et rouge
pour les jours de fête, chapeau et hallebarde. Fernand Fatten lui succédera en
1883 remplacé par Urbain Zaigue en 1901. Cette fonction sera définitivement
supprimée en 1924 sous le ministère de l’abbé Balanger.
Parmi les dévoués chantres, sacristains et sonneurs qui
parfois cumulaient toutes ces fonctions, au 19ème siècle :
Jean-Baptiste Giblat et Urbain Zaigue comme chantres ; François Gat,
sacristain ; Clément Zaigue à la fois suisse, chantre, sacristain, sonneur
et carillonneur pendant de longues années jusqu’à 1923. Une mention spéciale
pour René Testard, chantre à la voix puissante, de 1896 à 1950 et surtout
Hubert Penard dont le dévouement pour la paroisse était sans limites. Il succéda
à Clément Zaigue avec les mêmes attributions d’organiste et chantre à l’harmonium,
sacristain et carillonneur, et ne quittera son poste qu’à son décès en 1951.
De nombreuses et imposantes processions rehaussaient les
cérémonies : processions des Rogations pendant 3 jours en direction des
diverses croix de chemins, procession de la Fête Dieu aux différents reposoirs
installés à six endroits dans l’agglomération, procession à Notre-Dame des
Champs le 15 août, depuis 1894. Ces processions seront supprimées par un décret
de juin 1906.
Traditions
Pour les enterrements, il était de coutume, la veille des
funérailles de tinter la cloche autant de fois que le défunt avait d’années et
ceci deux fois pour les femmes et trois fois pour les hommes, ce tintement
était entrecoupé de la connerie du glas, différente selon les classes. La mission
de la prieuse, Madame Paillet puis sa fille Elise, consistait à se rendre dans toutes
les maisons afin d’avertir les habitants de l’heure de la cérémonie, priant
pour le deuil du défunt en cas d’obsèques religieuses, invitant au deuil en cas
d’obsèques civiles. Pendant la cérémonie religieuse, à l’offrande, la prieuse s’approchait
de l’autel pour offrir un pain et un litre de vin. Après la descente du corps
au cimetière, la famille et les intimes se réunissaient pour le repas : la
daube ou le pot au feu sont de rigueur. Ce repas permettait à la famille
parfois dispersée de se retrouver et d’oublier pour un temps la douleur de la
séparation.
A Pâques les enfants de chœur effectuaient la tournée des roulées afin de quémander de œufs ou de l’argent qu’il se répartissaient ensuite.
La coutume des Mais se pratique encore dans de nombreuses
communes, le soir du 30 avril, les jeunes gens ont été dans la forêt couper de
jeunes charmes « les Mais » qui seront fixés la nuit venue devant la
porte de la maison des jeunes filles. Quelques fois, le charme était remplacé
par un bouleau pour une fille de mauvaise vie ou par un sapin pour une fille de
caractère acariâtre. Le reste de la nuit est employé au ramassage de tous les
objets hétéroclites que les habitants n’ont pas eu la précaution de renter,
objets qui sont rassemblés au centre du village et que les propriétaires n’ont
plus qu’à récupérer le lendemain. Les dimanches suivants, on procède à l’arrosage ;
les jeunes gens se rendent chez les jeunes filles qui, après l’embrassade d’usage,
offrent boissons et pâtisseries, au milieu des chants et des rires.
Autrefois, le dimanche après l’invention de la Sainte Croix,
le 3 mai, les cultivateurs apportaient à l’église des petites croix d’un mètre
de haut, réunies en paquets surmontées d’un bouquet de lilas. Ces croix,
bénites après la messe, étaient ensuite piquées dans les champs de blés.
Il était aussi coutume le 24 juin, jour de la Saint Jean, de
cueillir avant le lever du soleil un bouquet de fleurs des champs dans lequel
on aura pris soin d’ajouter 7 épis de blé et de l’attacher au-dessus de la
porte pour protéger la maison. La protection de la maison était aussi assurée
par une bouteille d’eau lustrale scellée dans la façade de la maison.
La cérémonie de la Petite Vierge, typiquement chaourçoise, a
été fondée en 1825 par Mademoiselle Georgette Eléonore Berthelin. Elle avait lieu
le 21 novembre, jour de la présentation de la Vierge au temple. La Vierge y
était représentée par une enfant de quatre ans et était accompagnée de ses
parents figurés par deux communiants.
Église à plan allongé ; chœur de type halle à 3 travées dont la première est à 3 vaisseaux accompagnés de chapelles latérales, la seconde à trois vaisseaux et la dernière à vaisseau unique accompagné de chapelles latérales ; chevet plat ; nef à trois vaisseaux à 3 travées dont les deux premières sont accompagnées de chapelles latérales et la dernière d'une chapelle latérale uniquement sur le flanc sud ; clocher sur la première travée du chœur.
Autres objets :
- Bénitier face porte sud-ouest (accès principal actuel), avec parties en remploi, colonnes cannelée et base Renaissance + cuve en marbre peut-être 18e. Colonne fendue, cerclée de fer.
- 1ère chapelle sud : tableau-cadre 19e siècle à décor de grecques, fond brun et construction (?) dorée.- 2e chapelle sud : autel néo 18e en placage de marbre blanc.
- Chaire à prêcher 19e (entrée bras sud transept).
- Commode 2e moitié 19e siècle (bras nord transept).
- Autel chapelle st François de Sales, à placage de marbre blanc, inscription : "donné selon l'intention de Melle Pidansat, décédée le 2 avril 1878".
- Litre funéraire ceinturant le chœur (effacée).
- Carreaux de pavement vernissés 16e (un peu partout dans l'édifice).
- 4 cloches : deux moyennes 1843 ; une autre moyenne 1843 ; une petite 1803.
Sacristie :
- Ciboire sans ornement, argenté, argenture usée.- Baiser de paix, cuivre et métal chromé.
- Plateau à quêter, argenté, sans façon ni ornementation.
- Vierge de l'Immaculée Conception en plâtre et carton doré, fin 19e.
- Ensemble de linge liturgique 19e-20e siècle.
- Tableau : "L'Ange du Seigneur veillant sur un héros de la guerre", 1918.
- Tableau, représentant un curé de l'église de Mignot, 1929.
Église Notre-Dame de
Villeneuve-l’Archevêque dans l’Yonne (89), un chef-d’œuvre d’une époque de
transition entre la période gothique et la Renaissance : « La Déposition du
Christ ».
Ce groupe imposant de huit effigies sculptées est une
commande des parents de l’abbé Antoine Pierre, prieur de Vauluisant. Plus tard,
sous la Révolution, le groupe a échappé au marteau des révolutionnaires ainsi
qu’à la dispersion des œuvres d’art, défendue notamment par l’abbé Grégoire.
C’est le baron Toussaint Campi, propriétaire de Vauluisant
de 1819 à 1832, qui en fit don à l’église de Villeneuve-l’Archevêque.
Les spécialistes estiment que l’œuvre a été sculptée en
1528, à une époque de transition entre l’époque gothique et la Renaissance.
L’émotion dégagée par le groupe sculpté reflète la même souffrance que celle
exprimée par les personnages, du même groupe de l’église Saint Jean-Baptiste de
Chaource. Elle s’en différencie cependant par une atmosphère de gravité et
d’élégance esthétique qui séduisent le visiteur. L’œuvre est attribuée à
Jacques Bachot, le « Maître de Chaource », ou à son atelier.
Elle se trouve dans la première chapelle du côté sud,
au-dessus de l'autel néo-classique offert par le baron Campi en 1845 et
consacré aux âmes du purgatoire. La table de marbre des morts au combat de la
guerre de 1914-1918 est apposée au mur.
Au centre, le corps du Christ dans l’abandon de la mort.
Au-dessus, la Vierge, soutenue par saint Jean et une sainte femme. De part et
d’autre, soutenant le corps du Christ, Joseph d’Arimathie et Nicodème. Aux deux
extrémités de la scène, une sainte femme à gauche, et Marie-Madeleine à droite,
curieusement retranchées du groupe.
L'abbaye de Vauluisant, (en latin : vallis lucens) sise à
proximité de Courgenay dans l'Yonne est
un ancien monastère de moines cisterciens, fondé en 1127 par des moines de
Preuilly (Égligny).
Fondée en 1129 au plus tard par les moines de Preuilly, elle
se développe rapidement. Les guerres de Religion puis les lourdes taxes royales
la ruinent aux XVIe et XVIIe siècles ; la réforme de l'Étroite Observance se
met en place à Vauluisant et le monastère est entièrement rénové.
La Révolution ferme l'abbaye définitivement. Les bâtiments
sont partiellement détruits ; ceux qui sont conservés sont protégés à partir de
1930 au titre des monuments historiques.