vendredi 6 mars 2026

Chronique d’un aïeul

 

Louis dauphin de France et sa femme Marie-Josèphe de Saxe
Camée, sardonyx gravée par Jacques Guay et son apprentie Madame de Pompadour


Chronique d’un aïeul, aristocrate champenois au sujet du mariage du dauphin de France

Lorsque le mariage du Dauphin, fils de Louis XV et père de Louis XVI est annoncé avec Mademoiselle Marie Josèphe de Saxe, née le 4 novembre 1731, fille de Frédéric-Auguste III Roi de Pologne (1733-1763) Électeur de Saxe, on fait connaître au Conseil de Ville de Troyes que cette princesse passera par Troyes, en se rendant à Versailles, le 14 janvier 1747.

Je n’étais point encore sorti de mes appartements, ce matin-là, que déjà l’on frappait à ma porte avec une insistance peu conforme aux usages de notre maison. Mon valet, hors d’haleine, m’annonça que la ville bruissait d’une nouvelle d’importance : la future Dauphine, Mademoiselle Marie‑Josèphe de Saxe, devait traverser Troyes en se rendant à Versailles. Je répondis, non sans une pointe d’humeur, que les princesses passaient, les rumeurs aussi, et que l’on me laissât achever mon chocolat. Mais à peine avais-je porté la tasse à mes lèvres que trois autres domestiques, puis un cousin, puis un voisin, vinrent confirmer l’affaire. Il fallut bien se rendre à l’évidence : notre ville, si prompte d’ordinaire à s’endormir sur ses privilèges, allait connaître un de ces remuements qui font croire au peuple que l’Histoire se soucie de lui.

 Dès les premiers jours de janvier, les routes se couvrirent d’équipages royaux. Je les observais depuis la fenêtre de mon hôtel particulier, et je dois dire que jamais je n’avais vu tant de poudre, tant de rubans, tant de chevaux ruisselants de sueur. Les Troyens, qui n’ont pas l’habitude de pareils spectacles, se pressaient comme des mouches autour d’un pot de confiture. « Voilà les gens de la princesse saxonne ! » criait-on. Je me permis de remarquer à un voisin que ces gens-là n’étaient que des fourriers et des laquais, ce qui n’enlevait rien à leur importance mais beaucoup à leur éclat. Le voisin, qui n’avait jamais quitté la Champagne, me regarda comme si je blasphémais.

Un fourrier de Sa Majesté arriva bientôt, un homme sec comme un parchemin, qui examinait les maisons de la ville avec l’œil d’un intendant évaluant un domaine. Je le vis entrer chez les chanoines, puis chez les notables, puis chez les bourgeois, distribuant les logements comme s’il eût été maître de Troyes. « L’Évêché pour Son Altesse, les demeures séculières pour les dames, les maisons ecclésiastiques pour les gentilshommes de la suite », disait-il d’un ton qui ne souffrait pas la contradiction. Je songeai alors que la monarchie absolue avait trouvé son plus fidèle serviteur dans ce petit homme à perruque rousse.

Le 16 janvier, Mademoiselle la duchesse de Brancas fit son entrée dans la ville. Ah ! quel spectacle ! Son cortège emplissait la rue comme une procession triomphale. Les chevaux piaffaient, les manteaux de velours bruissaient, les plumes frémissaient au vent. Les Troyens, bouche bée, se poussaient, se bousculaient, se piétinaient pour apercevoir un pan de robe. Je me tins à distance, car je n’ai jamais aimé les foules : elles sentent la sueur, l’ignorance et l’enthousiasme, trois choses que je supporte mal. Un huissier criait : « Place ! place pour Madame la Duchesse ! » comme si la noblesse avait besoin de crier pour exister.

Les officiers municipaux, qui d’ordinaire ne brillent que par leur lenteur, se mirent soudain à courir comme des diables. Ils ordonnèrent l’érection d’arcs de triomphe, firent tendre des tapisseries, commandèrent des inscriptions latines dont aucun d’eux ne comprenait un mot. Je fus invité à donner mon avis sur l’une d’elles ; je répondis que la grammaire en était douteuse, mais que l’intention était louable. Ils me remercièrent avec une révérence si profonde que je craignis pour leurs vertèbres.

La princesse arriva enfin le 4 février. Je me rendis à l’Évêché, non par curiosité — ce sentiment est vulgaire — mais par devoir. Lorsque son carrosse s’arrêta, un silence presque religieux s’abattit sur la foule. La portière s’ouvrit, et j’aperçus une jeune femme au port gracieux, vêtue d’un manteau clair bordé de fourrure. Elle salua la ville d’un sourire si doux que même les plus endurcis des bourgeois en furent émus. Je me surpris moi-même à incliner légèrement la tête, ce qui, pour un homme de ma condition, équivaut à une ovation.

Deux heures plus tard, elle donna audience aux membres du corps de ville. Je fus témoin de la scène. Le doyen, tremblant comme un enfant, s’inclina profondément : « Madame, Troyes est honorée de votre présence. » Elle répondit avec une grâce qui n’était point feinte : « Messieurs, je suis touchée de tant de soins. » On lui présenta les présents d’usage : vins, confitures, étoffes fines. Elle les accepta avec une politesse exquise, qui fit murmurer à mon voisin : « Voilà une princesse qui sait être princesse. » Je lui répondis que c’était là le minimum requis.

Monseigneur Matthias Poncet de La Rivière, notre évêque, s’avança ensuite, entouré du clergé. « Madame, le chapitre vous offre son vin, et prie Dieu de bénir votre union. » Elle inclina la tête : « Je reçois votre hommage avec reconnaissance, Monseigneur. » Je remarquai que son regard avait la douceur d’une prière, ce qui est rare chez les princesses, plus accoutumées aux intrigues qu’aux dévotions.

La nuit venue, Troyes s’embrasa de lumières. Jamais je n’avais vu pareille illumination. La place Saint‑Pierre, la façade de l’église, les rues, l’Évêché : tout scintillait. Un feu d’artifice fut tiré, projetant dans le ciel des gerbes d’or et d’azur. Les enfants criaient, les vieillards souriaient, les bourgeois se rengorgeaient. Je me tins à l’écart, car je n’aime pas les foules en liesse : elles me donnent l’impression d’assister à une comédie dont je n’ai pas choisi le rôle.

Hélas, dans cette cohue, un enfant fut renversé par un carrosse. On entendit un cri, puis un tumulte. La nouvelle parvint à la Dauphine. Elle pâlit et dit aussitôt : « Qu’on porte secours à cet enfant ! Et que l’on donne deux louis d’or pour ses soins. S’il faut davantage, l’intendant y pourvoira. » Ce geste, simple et prompt, fit plus pour conquérir les cœurs que toutes les illuminations du monde. Je me surpris à murmurer : « Voilà une princesse qui mérite son rang. »

Je suivis ensuite, comme tout le royaume, la destinée de cette jeune femme. Mariée à seize ans, critiquée pour ne pas donner d’héritier, elle mit au monde huit enfants, dont trois devinrent rois. Elle forma avec le Dauphin un couple harmonieux, rare à la Cour. Mais la mort prématurée de son époux l’empêcha de devenir reine. Elle-même, surnommée la « triste Pepa », suivit son mari dans la tombe en 1767.

Et moi, qui ai vu tant de princesses passer, tant de fastes s’évanouir, je puis dire que jamais Troyes ne connut journée plus éclatante, plus vibrante, plus digne d’être consignée dans les mémoires. Car au-delà des arcs de triomphe, des feux, des décharges d’artillerie, ce que nous vîmes ce jour-là, ce fut une jeune princesse étrangère conquérir un peuple par la seule grâce de son sourire et la bonté de son cœur — ce qui, dans notre siècle si prompt à feindre, est peut-être le plus rare des prodiges.




30 janvier 1749

Lorsque je quittai le bal donné pour le mariage de Monseigneur le Dauphin, je pris un moment de repos dans les jardins, afin de contempler l’illumination du château et, surtout, celle des deux écuries martiales, qui resplendissaient comme deux palais de feu. Le spectacle était si magnifique qu’il faisait oublier, pour un instant, la cohue et l’étouffement du banquet royal, tenu dans une salle beaucoup trop petite pour la foule qu’on y avait entassée.

Je regardai la nouvelle Dauphine, qui m’importait plus que je ne voudrais l’avouer. Elle paraissait charmante, assise à la droite du Roi, entourée du Dauphin, de la princesse de Conti, de Mademoiselle et de Madame de La Roche-sur-Yon. En face d’elle, la Reine, Madame Adélaïde, Madame de Modène et Mademoiselle de Sens formaient un tableau fort imposant. La duchesse de Chartres, grosse de plusieurs mois, n’y parut point.

Après le banquet, nous fûmes admis à voir la robe de soirée de la Dauphine, exposée au public jusqu’au moment où la Reine lui remit elle-même sa chemise de nuit. Le Roi, selon l’usage, envoya ensuite tous les gentilshommes auprès du Dauphin, à qui il remit la sienne. Ces deux cérémonies achevées, l’on se rendit dans la chambre de la Dauphine. Elle y entra, tenant son dernier verre, et parut fort aimable, quoique un peu embarrassée — moins toutefois que le Dauphin, qui semblait ne savoir où poser ses yeux. Lorsque tous deux furent glissés dans le lit, les rideaux furent tirés, puis rouverts, afin que chacun pût les contempler un moment : rituel pénible, qui montre tout ce que la pompe des rois peut avoir d’indiscret et de cruel.

10 février

Les jeunes mariés dînèrent en public. À cinq heures commencèrent les amusements et les jeux dans les appartements. Il était presque impossible de se frayer un passage. Je n’avais jamais vu pareille magnificence : dans la galerie, superbement décorée et illuminée, de grandes et petites tables invitaient au jeu ; devant les fenêtres, des tribunes avaient été dressées ; partout, des dames et des seigneurs admirablement vêtus animaient la scène. C’était un véritable festin pour les yeux. Avec quelque peine, je parvins jusqu’à Monsieur et Madame de Robecque.

La Dauphine est d’une taille parfaite et d’un teint frais ; ses yeux enchantent lorsqu’elle s’anime. Son nez et sa bouche sont ordinaires, mais l’ensemble plaît infiniment : c’est un adorable vilain petit canard qui tourne toutes les têtes. Son expression et ses gestes sont d’une grâce naturelle ; elle paraît joyeuse, vive, et montre un plaisir extrême à plaire, taquinant volontiers ceux qui l’approchent. Cela contraste singulièrement avec la nature glaciale du défunt Dauphin, et ne la rend que plus charmante. Venue de Saxe, où les princesses reçoivent une éducation excellente, elle a été dès l’enfance formée à la vie de cour.

À minuit, le grand bal masqué commença dans toutes les pièces. Je demeurai pour tout voir. J’aperçus le Roi, déguisé, aux pieds de Madame de Pompadour, qu’il semblait adorer. Je ne le reconnus qu’à son malaise, que la favorite ne prenait même plus la peine de dissimuler lorsqu’elle l’appelait à ses côtés. Sans me démasquer, et un peu philosophe, je traversai le bal en méditant sur la vanité de toutes ces choses. À quatre heures du matin, je regagnai enfin mes appartements.

 Je l’avais vue passer à Troyes deux ans plus tôt, encore étrangère à notre royaume ; je la retrouvai en 1749, devenue Dauphine de France, et déjà fort différente de la jeune princesse que nous avions saluée



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Tombeau de Louis, dauphin de France, fils de Louis XV, et de sa femme, Marie-Josèphe de Saxe
Cathédrale Saint Laurent à Sens (89)



Louis, dauphin de France, fils de Louis XV mort en 1765, il est le père Louis XVI, de Charles X et de Louis XVIII. Sa femme, Marie-Josèphe de Saxe, est morte en 1767. La localisation de la tombe princière dans la cathédrale de Sens, et non à Saint-Denis, s'explique par le lien particulier qui unissait Albert de Luynes, archevêque de Sens, au dauphin et à son épouse.

Le tombeau se trouve sans la chapelle Sainte-Colombe, il est fait en marbre blanc ; socle et urnes en marbre vert, ornements en bronze doré ou verdi.

Année de création : 1777 par Coustou Guillaume II (sculpteur)

Description de l'iconographie :

Points cardinaux : Nord (côté Dauphine), Sud (côté Dauphin), Est (allégorie de la science), Ouest (allégorie de l'amour).

Le tombeau est entouré de figures allégoriques. Est : l'Immortalité, femme couronnée tenant un miroir et une balance, la Religion, femme qui tient une croix et brandit du bras dextre une couronne d'étoiles, au pied desquelles un chérubin penché sur une mappemonde un compas dans la main personnifie le Génie des Sciences et des Arts. Ouest : Génie de l'hymen, jeune homme ailé, dont la flamme s'éteint, l'Amour conjugal ou le Mariage représenté en un chérubin qui brise une chaine, le Temps ou vieil homme tenant une faux, qui couvre les urnes d'un linceul.

Dimensions normalisées (en cm)

h = 357 ; la = 198 ; pr = 282













D.O.M. 

(À Dieu très bon, très grand)

Ici repose le très excellent prince Louis, Dauphin, 

enlevé par une mort envieuse

dans la fleur de l’âge,

et déjà mûre espérance du royaume,

au milieu des vœux et des prières

que les peuples adressaient à Dieu

pour sa prospérité et pour le salut de l’Église.

 

Il brillait pour la France 

comme un prince accompli entre tous,

arraché à tous les bons,

versé dans toutes les fortunes du royaume,

très aimant envers sa patrie,

très respectueux envers son illustre père,

époux fidèle,

père formant ses enfants

selon l’exemple récent d’une mère vertueuse.

 

Il brillait pour la Religion 

comme un prince chrétien

par le nom et par les œuvres,

d’une pureté de mœurs sans tache

et d’une douceur accomplie,

recommandable par sa grande piété envers Dieu,

très fidèle à la loi divine,

sûr dans la foi, ferme dans l’espérance,

ardent dans la charité.

 

Il vécut jusqu’au dernier jour avec un grand esprit.

Méprisant les choses de la terre,

il soupirait de toute son âme vers les biens éternels,

et, consolé par la grâce céleste,

il laissa un incroyable regret de sa personne.

 

Il mourut le 20 décembre de l’an 1765,

à l’âge de 37 ans.

 



Pascal V. Lamy

Rencontre entre Clovis et de Clotilde

 

Gisant de Clovis Ier à Saint-Denis. 

Après que Clovis (né en 466), eut défait, près de Soissons, le patrice Siagrus, gouverneur pour les Romains de la dernière province des Gaules, reconnaissant encore le pouvoir de ces anciens maîtres du monde, la cité des Tricasses, qui, depuis cinq siècles, avait, comme plusieurs autres, courbé sa tête humiliée sous le joug étranger des Césars, s’en vit tout-à-coup et pour toujours affranchie pour passer sous la domination naissante de ce jeune roi des Francs et s’incarner avec elle.

Le peuple de la ville de Troyes, dans cet âge d’or de son église où ses évêques ne savaient être que des saints, toujours guidés par le flambeau de la vraie foi que faisait briller à ses yeux saint Camélien, le successeur immédiat de saint Loup, et rassuré qu’il était par son catholique pasteur qui sut comprendre les garanties que Clovis offrait à la foi romaine, n’eut rien à redouter, pour l’orthodoxie de sa croyance, de la part de son nouveau maître, tout idolâtre qu’il était, comme les nations de la Germanie. Ce prince païen et à demi barbare se convertit à la religion catholique. Une simple femme opéra cette merveille, et Clovis reçut des mains de saint Remi, à Reims, l’eau sainte du baptême qui le fit chrétien.

Clotilde, jeune orpheline (née entre 465 et 474), cruellement éprouvée par le malheur (fille de l’infortuné Chilpéric, égorgé par son frère Gondebaud, fils de Gondioc roi des Burgondes, qui noya la femme de Chilpéric en lui attachant une pierre au cou), « apporta sur le territoire des Tricasses l’aurore d’un beau jour dont la lumière bienfaisante rejaillira sur tous les siècles ».

La ville de Troyes, la première de toutes les cités des états du fils de Childéric, aura l’honneur de posséder dans son enceinte, cette princesse accompagnée de son auguste époux. Cette fille courageuse avait su, dans sa captivité, au sein d’un pays infesté de l’hérésie arienne, sous la main de son oncle Gondebaud, arien lui-même et l’auteur de tous ses maux, faire sa consolation de l’étude et de la pratique de la religion de l’église romaine. Personne n’était plus propre que cette jeune princesse, d’une piété si éclairée et d’un esprit si distingué, à servir les desseins secrets de la Providence avait sur la maison de Clovis et le puissant empire des Francs qu’il voulait affermir et faire marcher à la tête des nations catholiques. Ce jeune héros, malgré sa valeur, sentait le besoin de se choisir une compagne pour partager avec elle le diadème qu’il venait de ceindre, et transmettre dans sa famille, avec son sceptre, les états soumis à sa puissance. Touché de la beauté, de l’esprit et des malheurs de Clotilde, Clovis jeta les yeux sur elle pour la faire asseoir sur son trône. En politique adroit, il chercha à se ménager l’alliance et l’amitié de Gondebaud roi des Burgondes et oncle de celle qu’il ambitionnait pour épouse.

Aurélius, illustre gaulois, fut l’homme qu’il choisit pour le députer à ce prince, en l’année 493, et lui demander sa nièce en mariage. Cet ambassadeur, avec sa suite, offrit les présents de Clovis, et obtint la princesse. Clotilde ne consentit à épouser Clovis qu’à la condition qu’elle serait libre dans la profession de la foi de l’église romaine, qui était sa religion, que les enfants qui naîtraient de leur union seraient baptisés et élevés dans la foi catholique, enfin que Clovis lui-même se ferait instruire et embrasserait la croyance de son épouse. « Ces 3 clauses reçurent leur exécution ».

Aurélius la fiança au nom de son maître, en lui donnant, suivant l’ancienne coutume (depuis un temps immémorial) des Francs, un sol d’or et un denier d’argent pour prix de sa liberté. Il lui demanda ensuite la permission de la conduire au lieu où Clovis était convenu de venir la recevoir. Gondebaud, craignant d’irriter un prince si valeureux, accorda tout ce qu’on demandait de lui, et fit préparer de suite le trousseau et tout ce que réclamaient les noces d’une telle princesse. Elle monta dans une basterne qu’on lui avait apprêtée : c’était une espèce de char couvert tiré par des bœufs, selon l’usage des Romains, pour les grandes dames, et Aurélius l’emmena sans différer, suivi de son monde et de plusieurs chariots chargés des effets de la reine des Francs. En chemin, Clotilde, apprend que l’ambassadeur de son oncle est de retour, et envoie des cavaliers à sa poursuite. Elle quitte la voiture et s’enfuit sur un cheval avec Aurélien, vers la frontière des Etats de Clovis. Arrivée, elle s’écrie : « Je te rends grâce, Dieu tout puissant, de voir le commencement de la vengeance que je devais à mes parents et à mes frères ! ».

Clovis s’était avancé de Soissons par Troyes, pour aller au-devant de sa fiancée et l’attendre à 16 kilomètres, « dans un lieu nommé Villery, du canton de Bouilly ». C’est là que se fit leur première entrevue.

Ce village servait les desseins de Clovis, car appuyé « sur les derrières par la ville de Troyes, fortifiée par les Romains, et, à sa droite, du côté du couchant, par la forteresse de Mont-Aigu, cette antique sentinelle de la cité des Tricasses » qui la couvrait alors du côté des Burgondes, et qui devait être largement pourvue de soldats de la part du roi des Francs, pour tenir en respect ce pays nouvellement conquis et porter la crainte dans les états de Gondebaud.

C’est en 498 que Clovis reçoit le baptême de la part de l’évêque Rémi à Reims, et il devient le premier roi chrétien. Près de trois mille guerriers francs reçoivent aussi ce baptême.

En 508, Clovis quitte Soissons pour Paris et en fait sa capitale. Il s’installe dans un palais situé dans l’île de la Cité. Seul maître des Francs, son royaume s’étend du Rhin jusqu’aux Pyrénées.

Pour affirmer sa foi chrétienne récente, Clovis, à la demande de la reine Clotilde, fait construire une basilique sur une colline proche de Paris. Il est enterré dans la crypte avec Clotilde. Un peu plus tard on y dépose les reliques de Sainte-Geneviève et la basilique prend son nom. A cet emplacement Louis XV fera construire le Panthéon.

De Clotilde, Clovis aura quatre enfants : Ingomer qui meurt très jeune, Clodomir en 495, Childebert aux alentours de 497, Clotaire en 500.

Clovis décède en 511.

Clotilde, retirée à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, où elle paraissait entièrement oublier qu’elle avait été reine, et que ses enfants étaient assis sur le trône, ses pensées n’étant que pour le ciel, meurt le 3 juin 545, « vivement regrettée des peuples et du clergé romain qui perdait en elle sa plus constante protectrice ».

Une pancarte rappelant ce fait a été posée à Villery !

Miniature extraite des « Grandes Chroniques de France » 
Sainte Clothilde priant Saint Martin


Clotilde - Jardin du Luxembourg - Paris



 

 

Le Bernin à Troyes, une erreur historique !

 

Gian Lorenzo Bernini (1619-1683), Giovanni Battista Gaulli, vers 1666. Huile sur toile, 72 x 61 cm. 
Gallerie Nazionali d’Arte Antica di Roma

Giovanni Lorenzo Bernini, que l’Europe entière nommait le Cavalier Bernin en raison de son titre de Chevalier de l’Ordre du Christ, naquit à Naples le 7 décembre 1598. Dès l’enfance, son génie se manifesta avec une évidence presque insolente : à quatorze ans, il sculptait déjà le buste du cardinal Borghèse, et avant d’avoir atteint sa majorité, Rome se pressait pour admirer les œuvres du jeune prodige, dont certains affirmaient qu’elles surpassaient la statuaire antique elle‑même. Favori des papes, il devint l’architecte de Saint‑Pierre, façonnant la Rome baroque avec une autorité souveraine : la colonnade embrassant la place, le baldaquin monumental, les palais Barberini et Chigi, les fontaines, les extases, les saints. On le surnommait alors « le second Michel‑Ange », ce qui, dans la bouche des Romains, n’était pas un compliment léger.

Une telle renommée ne pouvait qu’attirer l’attention de Louis XIV. Le jeune roi, insatisfait des projets français pour la façade orientale du Louvre, cherchait un geste éclatant, un nom qui impressionnerait l’Europe. En 1664, il sollicita des plans auprès de plusieurs artistes, dont Bernin. Après une correspondance nourrie, et sous l’influence du cardinal Antonio Barberini, évêque de Poitiers et grand aumônier de France, le Roi invita le maître romain à venir discuter de ses projets à Paris. Bernin accepta, non sans réticence : il quittait Rome comme on quitte un royaume dont on est le souverain.

Il partit le 29 avril 1665, accompagné de son fils Paolo, de ses élèves Matthia de Rossi et Giulio Cartari, de son maître d’hôtel et de plusieurs familiers. Ce voyage, nous le connaissons presque heure par heure grâce au Journal du voyage de Bernin en France, tenu par Paul Fréart de Chantelou, ami de Poussin et maître d’hôtel du Roi, choisi pour servir de guide et d’interprète au sculpteur. Chantelou le prit en charge dès son entrée en France et ne le quitta qu’à son retour à Rome. Le parcours est limpide : entrée par Pont‑de‑Beauvoisin, halte à Lyon le 22 mai, descente de la Loire depuis Roanne jusqu’à Briare, puis route vers Paris par Châtillon‑sur‑Loing, Montargis, Fontainebleau, Essonnes. À Juvisy, le 2 juin, Chantelou vint à sa rencontre. Le soir même, Bernin s’installa à l’hôtel de Frontenac.

À Paris, il travailla avec une ardeur presque fébrile. Il corrigeait, remaniait, réinventait sans cesse les plans du Louvre. Le 24 juin, il commença le buste de Louis XIV, aujourd’hui conservé à Versailles. Il sortait peu, sinon pour visiter églises et monuments, et recevait artistes et courtisans. Parmi eux, Pierre Mignard, natif de Troyes, qui fréquentait assidûment le maître italien. S’il avait existé un ambassadeur naturel pour inviter Bernin à découvrir Troyes, c’était bien lui. Mais rien, dans les écrits de Chantelou, ne laisse supposer une telle démarche.

Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, Louis XIV, roi de France, 1665. Marbre blanc, 105 x 95,5 x 46,5 cm. Versailles


Malgré les honneurs, les flatteries, la faveur royale, malgré la pose solennelle de la première pierre du Louvre selon ses plans le 14 octobre 1665, Bernin brûlait de rentrer à Rome. Il repartit le 20 octobre, richement doté : 3 000 pistoles, une pension de 6 000 livres, et pour son fils un brevet de 1 200 livres. C’est ici que commence la tradition troyenne : on affirma qu’il se serait arrêté à Troyes.

Grosley, dans ses Éphémérides de 1765, rapporte que Bernin, admiratif des œuvres de François Gentil et de Dominique Florentin, aurait passé deux mois à Troyes à les copier, allant jusqu’à déclarer : « Troyes est une petite Rome ». Il ajoute que Bernin aurait été sollicité pour le tombeau de Roger de Choiseul, destiné au chœur de la cathédrale, sur l’insistance de Mme du Plessis de Guénégaud et de l’évêque de Comminges, Gilbert de Choiseul, ancien abbé de Saint‑Martin‑ès‑Aires. Courtalon‑Delaistre, au XVIIIᵉ siècle, attribue même au Bernin la statue de Roger de Choiseul et lui prête un jugement admiratif sur Saint‑Urbain, qu’il aurait comparée à la Sainte‑Chapelle.


Priant de Choiseul-Praslin - musée de Troyes - attribué à Bernin (?)


Ces récits, séduisants, ont nourri une légende locale tenace. Ils ont aussi servi, consciemment ou non, à rehausser le prestige des artistes troyens en les plaçant sous le regard approbateur du plus grand sculpteur du siècle. Mais l’historien se heurte à un obstacle majeur : le silence absolu des sources contemporaines. Le Journal de Chantelou, d’une précision presque maniaque, ne laisse aucune place à un détour par Troyes. Pas une ligne, pas une allusion, pas un blanc dans le calendrier. Le retour de Bernin vers l’Italie est aussi documenté que son arrivée. Ce silence n’est pas une omission : c’est une preuve.

Les érudits modernes, à commencer par Lucien Morel‑Payen en 1916, ont démonté la légende avec une rigueur presque chirurgicale. Ils montrent comment un « mot historique » mal interprété, repris sans vérification, amplifié par l’enthousiasme local, a fini par se transformer en certitude. La mécanique est classique : un grand nom, une ville fière de son patrimoine, un érudit du XVIIIᵉ siècle prompt à enjoliver, et l’absence de contradiction immédiate. Le résultat : une fiction devenue tradition.

Pourtant, la légende persiste, parce qu’elle est belle. On imagine aisément le maître italien, habitué aux marbres romains et aux fastes pontificaux, découvrant les pans de bois, les ruelles étroites, les hôtels Renaissance de Troyes. Peut‑être aurait‑il admiré la lumière blonde de la cathédrale Saint‑Pierre‑et‑Saint‑Paul, ou les vitraux flamboyants qui auraient pu nourrir son sens du drame sculptural. Peut‑être aurait‑il trouvé dans les œuvres de Gentil et de Florentin une vigueur provinciale, une liberté que Rome avait depuis longtemps polie. Cette vision appartient à la littérature, non à l’histoire. Mais la littérature, parfois, éclaire ce que l’histoire ne peut que constater.

Bernin n’est jamais venu à Troyes. Les archives sont formelles, le journal de Chantelou implacable. Mais la légende, elle, dit autre chose : elle raconte le désir d’une ville de se mesurer aux plus grands, de se rêver digne du regard du maître. Elle dit aussi la puissance d’attraction du Bernin, capable d’aimanter vers lui des récits qui n’ont jamais eu lieu. Et parfois, dans l’histoire des arts, les mythes en disent autant que les faits.

 Ainsi, si le Cavalier Bernin ne traversa jamais les rues de Troyes, son absence même éclaire quelque chose de profond dans la manière dont une ville construit sa mémoire. Les cités anciennes, surtout celles dont les pierres portent encore la marque des siècles, n’ont jamais vécu seulement de faits : elles vivent aussi de récits, de projections, de désirs. Que Troyes ait voulu accueillir Bernin dans son histoire, comme on accueille un hôte prestigieux dans un salon trop longtemps silencieux, dit moins une naïveté qu’une fidélité à elle-même. Car la ville, depuis le Moyen Âge, a toujours cherché à dialoguer avec les grands courants artistiques de son temps : par ses ateliers de sculpture, par ses maîtres verriers, par ses chantiers religieux, par ses humanistes. Imaginer Bernin s’arrêtant devant Saint‑Urbain ou s’inclinant devant les œuvres de Gentil et de Florentin, c’est affirmer que Troyes possédait — et possède encore — une dignité artistique capable de soutenir la comparaison avec les plus hautes traditions européennes.

La légende, en ce sens, n’est pas une erreur : elle est un miroir. Elle reflète l’orgueil discret d’une cité qui sait ce qu’elle vaut, même lorsque les archives la contredisent. Elle rappelle que le patrimoine n’est pas seulement un ensemble de monuments, mais un tissu vivant où se mêlent vérité, transmission, interprétation et parfois embellissement. Et si l’histoire, dans sa rigueur, refuse au Bernin un séjour troyen, le patrimoine, lui, accepte volontiers cette ombre prestigieuse, comme une manière d’honorer les artistes locaux en les plaçant dans une conversation imaginaire avec le plus grand sculpteur du XVIIᵉ siècle.

Il reste alors à Troyes, non pas la trace d’un passage, mais quelque chose de plus subtil : la preuve que son patrimoine inspire, qu’il appelle le regard, qu’il suscite des rapprochements audacieux. La ville n’a pas besoin que Bernin y soit venu pour que son héritage artistique demeure digne d’attention. Elle n’a besoin que de ce qu’elle possède déjà : ses ateliers, ses maîtres, ses pierres, ses vitraux, et cette capacité singulière à faire naître des récits qui prolongent la vie de ses monuments. C’est peut‑être là, finalement, la plus belle forme de présence : celle que l’on prête à un grand homme parce que la ville, elle, en avait la stature.


Notes

Le titre de Cavalier provient bien de l’Ordre du Christ, distinction pontificale prestigieuse.

Le buste du cardinal Scipione Borghèse (1619) est l’une des premières œuvres à établir la réputation du jeune Bernin.

Le Journal du voyage de Bernin en France de Chantelou est une source primaire d’une fiabilité exceptionnelle : aucune lacune n’y permet d’insérer un séjour à Troyes.

Grosley écrit au XVIIIᵉ siècle, soit plus d’un siècle après les faits ; ses affirmations ne reposent sur aucune source contemporaine.

Courtalon‑Delaistre, également tardif, attribue au Bernin des œuvres dont l’analyse stylistique moderne ne confirme pas la paternité.

Lucien Morel‑Payen, dans son étude de 1916, démontre l’impossibilité matérielle du séjour troyen et l’origine purement littéraire de la tradition.


Repères chronologiques du séjour du Bernin à Paris en 1665

 – 11 avril : Louis XIV invite le Bernin à se rendre à Paris afin de restructurer sa résidence parisienne, le palais du Louvre.

– 21 avril : Le pape Alexandre VII Chigi autorise le Bernin à aller servir le roi de France pendant trois mois. Aussitôt celui-ci envoie au roi deux projets.

– Fin mai : Le Bernin, devant surseoir à l’achèvement de commandes majeures (la Cathedra Petri, la Colonnade de la place Saint-Pierre et la Scala Regia), quitte Rome et arrive en France.

– 2 juin : Il arrive à Paris.

– 19 juin : Le Bernin présente son projet pour le Louvre à Colbert (qui ne l’agrée pas) ; il est approuvé par le roi. Le Bernin décide le lendemain d’en entreprendre la réalisation. Pendant son séjour parisien, de nombreux autres dessins d’architecture lui seront demandés : le baldaquin du Val-de-Grâce, une chapelle des Bourbons à Saint-Denis, une cascade à Saint-Cloud, des hôtels particuliers (pour le duc de Lionne, la duchesse d’Aumont, le commandeur de Souvré).

– 20 juin : Le roi prie le Bernin de sculpter son portrait. L’artiste accepte mais déclare qu’il lui faudra alors prolonger son séjour à Paris de deux mois et demi.

– 23 juin : Le Bernin rencontre le roi pour la première fois à Saint-Germain-en-Laye et dessine son portrait de face et de profil.

– 24 juin-1er juillet : Il réalise le modèle en terre du buste.

– 2 juillet-20 août : Il sculpte le buste en marbre.

– 1er septembre : Louis Le Vau, François Mansart et Pierre Cottard envisagent de nouveaux plans pour le Louvre.

– 13 octobre : Le Bernin porte au Louvre le buste du roi qui est achevé.

– 17 octobre : Pose de la première pierre du Louvre du Bernin.

– 20 octobre : Le Bernin quitte Paris et rentre à Rome.

– Entre 1673 et 1677 : Le Bernin réalise la statue équestre du roi, qui ne parviendra à Paris qu’en 1685.

 

 Au sujet du  Baldaquin de Saint-Pierre



Le Baldaquin (ou Baldacchino) de Gian Lorenzo Bernini, qui domine depuis 1667 le maître-autel de la basilique Saint-Pierre de Rome, constitue bien plus qu'une œuvre d'art : c'est une apothéose architecturale et liturgique de la foi eucharistique. Haute de vingt-neuf mètres et réalisée en bronze doré massif, cette structure d'une complexité théâtrale extraordinaire transforme le cœur même de l'église catholique en un hymne éclatant à la gloire du Très Saint Sacrement.

Le Bernin, génie absolu du Baroque romain, a créé ici un chef-d'œuvre qui synthétise la sculpture, l'architecture, l'orfèvrerie et la liturgie en une harmonie transcendante. Le Baldaquin n'est pas seulement une œuvre de marbre et de bronze : c'est une théophanie architecturale qui concrétise la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie. Chaque détail procède d'une intention théologique profonde et d'une maîtrise technique sans pareille. En le contemplant, le fidèle ne peut qu'être saisi par l'évidence de la majesté divine incarnée en ce lieu et en ce mystère.

La construction du Baldaquin s'inscrit dans le vaste chantier de la nouvelle basilique Saint-Pierre, entrepris au début du XVIe siècle sous le pontificat de Jules II et poursuivi à travers les générations. Cependant, c'est au XVIIe siècle, sous le pontificat du Pape Urbain VIII Barberini (1623-1644) et poursuivi par le Pape Innocent X, que le Bernin entreprend la création du Baldaquin, commandé dès 1629 par Urbain VIII lui-même.

L'époque du Baroque romain (fin XVIe-XVIIe siècles) correspond à la phase la plus triomphante de la Contre-Réforme catholique. Après les secousses protestantes, l'Église entend affirmer avec une clarté nouvelle l'importance centrale de l'Eucharistie, de la médiation sacerdotale et du culte des images sacrées. Le concile de Trente (1545-1563) avait réaffirmé doctrinalement ces points fondamentaux. À présent, il s'agit de les exprimer avec une splendeur visuelle capable de captiver les âmes et de mobiliser les émotions au service de la foi.

Le Pape Urbain VIII, lui-même homme de culture raffinée et protecteur des arts, reconnaît en Bernini l'artiste capable de traduire en pierre et en bronze cette vision de triomphe ecclésial. La paternité des abeilles Barberini (emblème de la famille papale) gravées sur la base du Baldaquin rappelle ce mécénat : le chef de l'Église place sous son autorité suprême l'œuvre d'art majeure qui marquera l'histoire spirituelle de la Chrétienté.

Bernini lui-même, né à Naples en 1598, s'est établi à Rome dès sa jeunesse et a rapidement surpassé tous ses rivaux par son génie créatif inépuisable. Le Baldaquin, commencé en 1629 et achevé en 1667 (quelques années avant la mort de l'artiste en 1680), représente l'aboutissement d'une vie entière consacrée à la glorification de Dieu par les moyens de l'art.

Le Baldaquin se présente comme un édifice autonome en miniature, une demeure spirituelle en trois dimensions qui encadre et valorise l'autel papal situé à sa base. La structure repose sur quatre socles massifs placés aux extrémités de l'autel et renfermant les reliques de saints. Ces socles supportent quatre colonnes torses monumentales de bronze massif, revêtues de motifs en relief rappelant des feuillages, des abeilles Barberini et des symboles eucharistiques.

 Les colonnes torses constituent l'élément architectural caractéristique du Baldaquin. Inspirées par l'Antiquité chrétienne (notamment les colonnes du temple de Salomon et des églises primitives), elles symbolisent la force spirituelle qui s'élève vers le ciel. Les spirales des colonnes créent un mouvement ascendant qui guide le regard vers le haut, vers la Divinité. Cette ascension visuelle est délibérément conçue pour traduire le mouvement de l'âme qui, par la contemplation du Très Saint Sacrement, s'élève vers Dieu en une prière silencieuse mais infiniment puissante.

Entre les colonnes, le Bernin a suspendu des draperies de marbre blanc qui semblent flotter dans une brise divine. Ces draperies, traitées avec la virtuosité qui caractérise le maître, expriment un dynamisme baroque incomparable : elles ondulent comme des flammes de feu surnaturel, comme les voiles du Saint-Esprit lui-même. Leur texture contrastée avec le bronze doré crée une richesse chromatique subtile mais profondément impressionnante.

Au sommet du Baldaquin règne une structure couronnée d'une croix latine monumentale surmontée d'une sphère de bronze. Cette croix marque l'ultime orientation théologique de l'ensemble : c'est le Golgotha, c'est la Rédemption qui justifie et sanctifie tout ce qui se déploie en dessous. Les quatre anges situés aux angles du Baldaquin, sculpts dans le marbre blanc le plus pur, se penchent vers l'autel papal dans une adoration perpétuelle. Leurs ailes déployées, leurs expresions ravis, incarnent la louange céleste qui accompagne sans cesse le miracle eucharistique.

Des guirlandes de feuilles de laurier, de fleurs et de fruits en relief ornent chaque colonne et chaque surface plane. Ces éléments floraux ne sont pas de simples décorations : ils symbolisent la Vie éternelle, la Résurrection et l'Abondance des grâces divines qui coulent du Très Saint Sacrement. Les abeilles Barberini, gravées avec délicatesse, apparaissent comme de petites sentinelles du mystère eucharistique, des créatures humbles qui adorent la Divinité à leur façon.

Le Baldaquin de Bernini est une résurrection architecturale du Temple de Salomon biblique et du Tabernacle du désert. À ce titre, il affirme la continuité entre l'Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance : ce qui était préfiguration dans le Temple devenu pierre du Seigneur se réalise et s'accomplit dans la Présence Réelle du Christ à l'autel. Le Christ eucharistique est le véritable Temple, et le Baldaquin en est l'expression visible en ce monde terrestre.

Les colonnes torses, directement inspirées de l'Antiquité chrétienne, renvoient à la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem et aux églises primitives. En utilisant cet élément architectural chargé de signification historique et spirituelle, Bernini établit un pont temporel : l'Église du XVIIe siècle se réclame de l'héritage direct des apôtres et des martyrs. Le Baldaquin devient ainsi un témoignage en trois dimensions de l'apostolicité de la Succession apostolique romaine.

La croix qui couronne le Baldaquin incarne le mystère central du Calvaire. Chaque sacrifice eucharistique qui se déploie à l'autel papal réactualise le Sacrifice du Golgotha. La croix suspendue dans les airs fait redescendre le Salut du Ciel dans l'Hostie sainte, unissant ainsi les trois niveaux de l'existence chrétienne : le Ciel de la Divinité, la Terre du Tabernacle eucharistique, et les profondeurs de l'âme du fidèle qui, en communiant, reçoit le Corps et le Sang du Sauveur.

 Les anges adorateurs qui encadrent le Baldaquin présentent une révérence extatique qui invite le fidèle à un acte similaire de dévotion. Ils proclament sans paroles que tout ce qui existe dans l'univers - du plus grand au plus petit - doit se plier devant le mystère insondable de la Présence Réelle. L'Eucharistie est le cœur de la création, le point focal vers lequel convergent tous les êtres créés.

Les abeilles Barberini, bien que symboles du pouvoir papal temporel, subliment le pouvoir en le soumettant à celui de Dieu. Le Pape, malgré toute son autorité terrestre, n'est que le serviteur et le gardien du Très Saint Sacrement. Cette humilité théologique, exprimée par des abeilles minuscules gravées sur une structure monumentale de bronze, incarne la paradoxale sagesse chrétienne : la grandeur dans la petitesse, la puissance dans le service.

Le Baldaquin représente un exploit technique d'une envergure sans précédent. La quantité de bronze utilisé, notamment pour les quatre colonnes massives, dépasse plusieurs centaines de tonnes. Les matériaux ont dû être d'abord coulés en portions, puis assemblés et soudés avec une précision remarquable. Cette opération de fonte de bronze était un défi logistique colossal à l'époque du XVIIe siècle.

Les colonnes torses ont dû être façonnées avec un soin extrême. Les motifs en relief (feuillages, abeilles, croisillons) ont été gravés ou moulés individuellement, puis appliqués à la surface. Le travail de l'orfèvrerie proprement dite - la création de ces minuscules détails qui ornent chaque colonne - a nécessité l'intervention de dizaines d'artisans spécialisés pendant des années. Chaque abeille, chaque feuille, chaque volute est une œuvre d'art en soi.

Les draperies de marbre blanc qui flottent entre les colonnes témoignent d'une compréhension magistrale des propriétés du marbre. Bernini a taillé ces draperies avec une légèreté telle qu'elles semblent vraiment suspendues dans l'air, défiant l'inertie même du matériau. Les extrémités effrangées et les plis complexes créent un jeu de lumière et d'ombre qui change selon l'heure du jour et la position du spectateur. C'est une sculpture qui respire et vit.

Les anges, sculptés dans un marbre blanc de Carrare d'une pureté extrême, présentent une tendresse expressionniste remarquable. Leurs expressions ravis, leurs mouvements gracieux, leurs ailes richement travaillées démontrent que Bernini maîtrisait aussi bien la micro-sculpture que la macro-architecture. Chaque ange est une méditation individuelle sur la sainteté et l'émerveillement devant le divin.

L'intégration du Baldaquin dans l'espace intérieur de Saint-Pierre représente également un triomphe d'architecte. La structure a dû être calculée pour s'harmoniser avec les proportions colossales de la basilique, tout en restant visible et impressionnante du loin. C'est un équilibre architecturique d'une délicatesse subtile : le Baldaquin ne doit ni disparaître ni écraser l'ensemble, mais affirmer son autorité spirituelle de manière juste et proportionnée.

Le Baldaquin de Bernini a immédiatement établi un nouvel standard pour la compréhension de ce que pouvait être une architecture religieuse à l'apogée du Baroque. Partout en Europe catholique, les églises de prestige ont cherché à reproduire des effets similaires, à intégrer dans leurs propres espaces liturgiques cette fusion de sculpture, d'architecture et de lumière qui caractérise le chef-d'œuvre romain.

 Les églises jésuites, en particulier, ont absorbé les leçons du Baldaquin : elles ont cherché à créer des espaces intérieurs dramatiques et spectaculaires, capables d'émouvoir les fidèles et de les élever spirituellement. L'Église du Gesù à Rome elle-même, bien antérieure au Baldaquin, a inspiré à Bernini ses solutions architecturales.

À la Renaissance baroque tardive et au XVIIIe siècle rococo, les artistes ont continué à s'inspirer de Bernini. Les baldaquins des églises baroques de Vienne, de Nuremberg, de Varsovie, d'Amérique latine et d'autres lieux catholiques portent tous l'empreinte de l'invention bernienne, même s'ils présentent leurs propres caractéristiques régionales.

Cependant, avec l'avènement de l'art néo-classique au XVIIIe siècle, puis du rationalisme du XIXe siècle, l'héritage de Bernini et du Baroque en général est tombé en disgrâce. Les critiques jugeaient l'art baroque comme excessif, maniéré, peu respectable. Ce n'est qu'au XXe siècle, avec la redécouverte de l'importance spirituelle et historique du Baroque, que le Baldaquin a recouvré la place d'honneur qui lui revient de droit.

Aujourd'hui, le Baldaquin demeure l'une des attractions majeures de Saint-Pierre de Rome. Les pèlerins qui viennent en foule se prosterner devant le Très Saint Sacrement le contemple avec un mélange de révérence et d'émerveillement. Les théologiens et les historiens de l'art reconnaissent en lui non seulement une merveille technique, mais une expression achevée de la foi catholique en l'Eucharistie. Le Baldaquin de Bernini continue de proclamer à travers les siècles : "Ecce Corpus Christi" - Voici le Corps du Christ.

 









Dates importantes à Troyes

 

Solidus à la Victoire. Monnayage au nom et au type d'Anastase sous Clovis Ier.

En 493, Clovis, Roi des Francs, vient à Troyes, pour sa première rencontre avec Clotilde, fille de Chilpéric, Roi des Burgondes, pour conclure son mariage. Ce fait décide du sort religieux de la Gaule, car Clotilde était chrétienne.

En 789, Charlemagne fait venir en France “le docte Alcuin” et le met à la tête de l’abbaye de Saint-Loup. Il introduit pour la première fois en France, le chant Grégorien, par la création d’une première école, qui devient le modèle pour les autres.

En 845, Saint Prudence est nommé, par Charles le Chauve Évêque de Troyes. Il est le chapelain du Prince, et a passé plusieurs années à la cour. Le Roi lui demande de tenir les Annales du Royaume et le charge en 853, de visiter en son nom, tous les monastères de France. 

Le 10 janvier 859, entrée solennelle de Charles le Chauve, Roi de France venant passer quelques temps à Troyes.

Le 7 septembre 878, le Pape Jean VIII, au concile à Troyes, couronne empereur Louis le Bègue, en l’église Saint Jean au marché.
Lors de son avènement en 923, Raoul, Roi de France, fait de l’Évêque Anségise de Troyes, Grand Aumônier de France et son Chancelier, car disent les textes de l’époque, ce prélat "avait beaucoup de crédit auprès du Prince". Il met en déroute en 925, les Normands, qui perdent plus de 800 hommes.

A partir du XIIe siècle, Troyes est l’une des trois cours souveraines de France, avec Paris et Rouen.

A l’occasion de l’excommunication de notre Roi Philippe 1er et de sa maîtresse Bertrade de Montfort, puis de son absolution, le Pape Pascal II convoque un concile à Troyes le 2 avril 1104.
A cette occasion, le mariage du comte Hugues avec Constance, fille de Philippe 1er est également dissout, pour cause de parenté.

Le 13 janvier 1127, au Concile de Troyes, Saint Bernard rédige la règle des Templiers. C'est ainsi que naît l'ordre du Temple.

En 1135, le monastère de Clairvaux doit sa reconstruction au comte Thibaud II. Il attire toute l’Europe aux Foires de Troyes.

1137 : Thibaut II, comte de Champagne, qui fait fonction de maire de Troyes, a des démêlés avec le Roi Louis le Gros, qu’il ose provoquer en combat singulier.

1149 et 1152 : le Roi Louis VII envoie, comme ambassadeur en Hongrie, auprès de l’Empereur Frédéric 1er Barberousse Empereur Romain Germanique, l’Évêque de Troyes Henri de Carinthie.

1150 : c’est à Pierre Comestor, célèbre prêtre Troyen, que nous devons le nom des trois rois mages qui vinrent adorer Jésus : Gaspard, Balthazar et Melchior.

 En 1154, le célèbre géographe arabe Muhammad al-Idrisi, au service du roi Roger II de Sicile, donne une représentation circulaire de la Terre, qui sert de base à toutes les cartes des siècles suivants, et écrit dans ses récits de voyages : “la ville de Troyes est considérée, dans toute l’Europe et même en Asie, comme une des plus importantes de France. Elle doit sa réputation à ses Comtes, à son commerce et à ses foires. Elle est solidement bâtie, dans une position pittoresque et réunissant toute espèce de ressources et d’agréments qu’on s’y procure à bon compte, au moyen de ses vignobles et de ses jardins. Troyes a une grande étendue tandis que Paris n’a qu’une médiocre grandeur, et Dijon n’est qu’une ville peu considérable”.  

Adèle, sœur du comte Henri 1er le Libéral, épouse le Roi de France Louis VII et donne naissance à celui qui sera Philippe Auguste.

Henri 1er accompagne le Roi Louis VII (mari d’Aliénor d’Aquitaine) à la croisade et se marie en 1164 avec sa fille aînée.

En 1171, le roi Louis VII choisit comme commissaire, Matthieu, LVII° évêque de Troyes.

En 1190, le maire Henri II emmène la fleur de la noblesse champenoise en Terre Sainte.

Un des frères d’Henri 1er, Guillaume-aux-Blanches-Mains est Conseiller du Roi et deviendra Archevêque de Reims.

En 1253 : Thibault V, 13ème Comte de Champagne, épouse à Troyes, Isabelle, fille aînée de Saint Louis.

En 1261 : Jacques Pantaléon de Troyes, est élu Pape sous le nom d'Urbain IV.

Le 15 août 1284, Jeanne de Navarre, dernière Comtesse de Champagne, se marie avec Philippe, qui devient Roi le 6 octobre 1285.

Le 3 août 1315, le Roi de France, Louis X le Hutin, vient à Troyes, pour épouser en deuxièmes noces, Clémence, fille de Charles Martel, Roi de Hongrie, et nièce de Robert, Roi de Sicile.

En 1412 pour Charles VI, Troyes est la place la plus forte de France. 

Le 6 janvier 1418, le Roi donne plein pouvoir de faire battre de la monnaie d’or et d’argent dans la ville. Le Parlement de Paris est une nouvelle fois transféré à Troyes. La reine "veut et ordonne que les Chambres des Comptes, du Trésor, des généraux ou commissaires sur le fait des finances et des monnaies, ainsi que tous les conseillers composant ces cours spéciales soient dorénavant tenues à Troyes".

Le roi meurt le 1er septembre 1422.

Catherine, est veuve à 22 ans, sans enfants. Elle aura 3 fils de son second mariage avec Owen Tudor, gentilhomme du pays de Galles, dont Edmond qui fut le père de Henri VII et Henri VIII, rois d’Angleterre.
Ce dernier eut pour fils Édouard VI, père des reines Marie et Élisabeth d’Angleterre.
Le roi Henri V d'Angleterre, gendre de Charles VI, meurt le 1er septembre (ou plutôt le 31 août ?) 1422.
Catherine de France est veuve à 22 ans, mère du petit Henri VI qui est proclamé Roi de France et d'Angleterre. Elle aura trois enfants de son second mariage avec Owen Tudor, gentilhomme du pays de Galles, dont l'aîné Edmond fut le père d'Henri VII Tudor, lui-même père d'Henri VIII (d'où les roi et reine Edouard VI, Marie et Elisabeth Ière), de Marguerite (femme de Jacques IV d'Ecosse, dont descendent les rois Stuarts), et de Mary (grand-mère de la reine Jane Grey).

Le 21 octobre 1422, Charles VI meurt à son tour. Deux souverains prétendent au trône de France : le fils de Charles VI, Charles VII, qui sera sacré à Reims en 1429 après la chevauchée conduite par jeanne d'Arc, et Henry VI qui sera sacré à Paris en 1431.

Le 13 mai 1423, est célébré à Troyes le mariage d’Anne de Bourgogne, sœur du duc, avec le duc de Bedfort, régent du royaume pour Henri VI roi d‘Angleterre.

Charles VII récompense de ses bons services l’évêque de Troyes, pour la reddition de la ville en lui accordant, en 1430, des lettres de noblesse pour lui et toute sa famille à perpétuité.

Le roi choisit en juillet 1431 notre évêque, pour être son ambassadeur au concile de Bâle.

Notre évêque Henri Lesguisé fait supprimer en 1446 les cérémonies extravagantes de la fête des fous et de celle de l’âne.

Pendant sa royauté, Louis XI, prend souvent conseil de ses bons amis les Troyens. Il écoute tout le monde, puis décide lui seul.

En 1466, Louis XI fait de notre évêque Louis Raguier qu’il tient en haute considération, son ambassadeur à Liège.

En mai 1480, Louis XI nous demande de lui envoyer à Paris nos experts en monnaies, pour mettre les monnaies étrangères hors circulation et empêcher les monnaies de France de sortir du royaume.  

En septembre 1516, François 1er demande à nos spécialistes en monnaies de se rendre près de lui à Paris, pour avoir leurs avis et conseils.

En novembre 1519, notre évêque décède. François 1er prie le Pape Léon X de nommer comme successeur Guillaume Parvi. Ce docteur en théologie a été conseiller et confesseur de Louis XII, de qui il était très estimé. Il assista à la mort de la reine Anne de Bretagne, et fit jusqu’à trois fois son oraison funèbre, à Blois où elle était morte, à Notre-Dame de Paris et à Saint-Denis où elle fut inhumée, et il fit aussi celle de Louis XII.
François 1er fait de cet homme savant et vertueux, son conseiller et son confesseur. Le nouvel évêque aimant les savants, engage François 1er à faire venir Erasme à sa cour.

En avril 1528, l’Évêque de Troyes, Odard Hennequin est l’Aumônier de François 1er depuis déjà 13 ans.

En raison de notre expérience le Roi envoie à Troyes en 1555, le Président de la Cour des Monnaies, pour y apprendre le commerce des métaux fins.  

Grâce aux démarches auprès du roi Charles IX, des maîtres papetiers Troyens, en 1565 est aboli en France l'impôt sur le papier.

En 1587, Henri III fait de René Benoît (futur évêque de Troyes), sujet fidèle et zélé, son Premier Lecteur et Professeur Royal en Théologie. Le troyen Claude Denis, ingénieur fontainier ordinaire du roi, ingénieur hydrographe a une très grande renommée et Louis XIII l’estime particulièrement.

Sous Louis XIV, en 1643 il est nommé Premier Fontainier de la Cour, et chargé de diriger les eaux de Versailles et de Saint-Cloud, magnifique travail qui fait encore l'admiration de la France et de l'Etranger.

Prédicateur et confesseur de Marie Stuart, épouse de François II, grand aumônier, prédicateur, confesseur et intime conseiller de Henri IV, nommé par le Roi Évêque de Troyes en 1593, Benoît soutient constamment les droits du Roi de Navarre au trône, et c’est lui qui, par ses conversations et ses soins contribue à la conversion du monarque, qui abjure le protestantisme le 25 juillet

En 1658 notre célèbre peintre Pierre Mignard fait le fameux portrait de Louis XIV jeune pour l'infante d'Espagne Marie-Thérèse. Toute la cour de Madrid en est frappée. A la vue des traits augustes qu'il représente, Marie-Thérèse forme les vœux les plus ardents pour la paix et pour son hyménée qui doit en être le sceau. C'est une fois de plus à un Troyen que l'on doit cet événement à jamais mémorable.

Le 11 octobre 1678 meurt notre évêque François Malier. A cette occasion, Louis XIV dit « Que c’était l’exemple et le modèle des évêques tant pour la résidence que pour les autres vertus ».
Louis XIV envoie en 1700 notre évêque pour « aller haranguer la reine d’Angleterre » à qui le Roi avait donné un asile à Saint-Germain-en-Laye.

Le Roi nomme en 1715, l’Évêque de Troyes, François Bouthillier Conseiller de la Régence, et il le reçoit toujours avec distinction à la Cour.

En 1747, Louis XV demande à notre Évêque de prononcer l’Oraison Funèbre de la Reine de Pologne, épouse du Roi Stanislas I, à Notre-Dame de Paris. 

Matthias Poncet de la Rivière, Évêque de Troyes est une nouvelle fois choisi par le roi en 1752, pour faire, à Saint-Denis, l’oraison funèbre de Madame Anne-Henriette de France, en présence de Monsieur le Dauphin et de toute la cour.

En 1758, le roi nomme notre évêque, grand maître de la chapelle du roi Stanislas de Pologne, puis doyen de Saint Marcel à Paris, et le décore commandeur ecclésiastique des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem.

En 1766, Louis XV choisit encore notre évêque pour faire l’oraison funèbre de Madame Élisabeth de France, infante d’Espagne, duchesse de Parme, à Notre-Dame de Paris, et en 1774, c’est encore lui qui est demandé pour prononcer l’oraison funèbre de Louis XV, dans la chapelle de l‘école royale militaire.

Le 8 août 1787, Messieurs du Parlement de Paris, exilés par un édit royal, arrivent à Troyes. Ils firent de nombreuses et abondantes aumônes.

En 1789, 1er assassinat de la Révolution : notre maire Claude Huez.

En 1995, lors des fouilles de la Porte de Chaillouet a été découverte une amphore remplie de 186.200 pièces de monnaies (102 kg de pièces de cuivre de type antoniniani de 11 à 19 mm de diamètre et de 0,3 à 2 mm d’épaisseur, à l’état de conservation excellent et degré d’usure limité).  C’est le plus important dépôt monétaire de l’empire romain d’occident mis à jour dans le monde !

Cela prouve bien l'importance, le rayonnement, la proximité, le savoir-faire des ateliers Tricasses ayant produit ces monnaies, dès l'époque gauloise.

En 2014, découverte de la tombe du « Prince de Lavau ». Dans le cadre du développement de la ZAC du Moutot à Lavau à 5 km de Troyes, le Préfet a prescrit une fouille archéologique préventive. Au sein d’une vaste nécropole, l’INRAP a mis au jour une tombe princière celtique, intégralement conservée, avec son mobilier d’accompagnement : torque et bracelets en or, grand chaudron, bassins et ciste en bronze, poignards en fer, vase en céramique attique…

Une découverte exceptionnelle du point de vue de son état de conservation et de la diversité ainsi que la richesse du mobilier. 60 ans après la découverte de la tombe de la princesse de Vix, village situé près de Châtillon-sur-Seine (21) et à 70 km de Lavau, elle modifie totalement notre vision du monde celtique. Une chambre funéraire de 14 m2 abritait un squelette paré d’un torque et de bracelets en or. Etendue sur un char à deux roues, la dépouille était entourée de vaisselle utilisée lors des banquets.

 

détail du chaudron "à vin" du Prince de Lavau




jeudi 5 mars 2026

Un peintre oublié, J.-C. Menissier

 

Joseph-Constant Menissier 1808-1864

Peintre religieux Champenois

 

Ingres était un excellent peintre qui ne connaissait pas encore la notoriété lorsqu’il accueillit un jeune provincial venu d’un petit village de la Champagne pouilleuse. Le maître venait de créer son atelier sur les hauteurs de Paris et, pour préparer ses toiles et ses pigments, il s’entoura d’apprentis auxquels il inculqua une parie de son savoir.

Combien de temps le jeune Menissier resta-t-il en sa compagnie ? Aucun document précis ne peut encore nous le révéler. Tout ce que l’on sait, c’est que le jeune homme, marqué dès le début de son plus jeune âge par le goût du dessin et de la peinture, quitte Saint-Amand-sur-Fion où ses parents exerçaient la profession d’agriculteurs, à la suite d’une démarche du curé. Il devait alors avoir aux environs de seize ans. On pense qu’il était aux côtés d’Ingres lorsque celui-ci présenta au salon de Paris de 1824, « Le vœu de Louis XIII », une œuvre qui donna à l’élève de David sa première consécration.

Avant que le Maître ne quitte Paris en 1834, pour relever Horace Vernet de ses fonctions de Directeur de l’École de Rome, il s’était constitué une cour d’amateurs, jeunes, aimant la peinture.

C’est ainsi que Menissier connut Théodore Chasseriau, natif de Saint Dominique, d’un père français et d’une mère créole… alors qu’il n’était âgé que de onze ans. Ménissier se lia également d’amitié avec les deux frères Flandin, Hippolyte et René-Auguste, un peu plus âgés que lui et qui avaient quitté Lyon à pied, en 1830, pour tenter de trouver un travail rémunérateur.

Tous ces artistes suivirent les tribulations d’Ingres en Italie. Menissier, quant à lui et bien qu’il peignît dans la tradition du maître, ne connut qu’une gloire locale, que signale cependant, aujourd’hui, la bible des Artistes, « Le Bénizet ».

La découverte en l’Ile de Malte, d’une de ses peintures sur le thème de Saint Paul, répertoriée par le Conservateur du musée de Saint-Dizier, laisserait à penser que Menissier accompagna cependant son Maître dans certains de ces voyages !

Nous avons essayé d’en savoir plus sur cet enfant de St Amand sur Fion, voici le fruit de nos recherches.

Joseph Constant Menissier est né le 31 mars 1808 à Saint-Amand-sur-Fion, département de la Marne (51), où il fut déclaré en mairie comme étant le fils d’Étienne Justin Menissier âgé de 28 ans et de Marie-France Vauthier. L’acte d’État-Civil que la mairie nous délivra stipule qu’il est né à 9 heures du matin.

Il est décédé accidentellement le 30 août 1864 à 9 heures du matin dans le presbytère de Saules, en Haute-Marne (52) à l’âge de 56 ans. L’acte de décès signale que ce jour-là, le maire de Saulles, Jean-Baptiste de Tricornot, avait été prévenu par le curé, Jean-Nicolas Herbelot et par l’instituteur, François Simon, que l’artiste était tombé de l’échafaudage sur lequel il se trouvait alors qu’il décorait le plafond de l’église du lieu.

Longtemps on put voir la trace laissée par le coup de pinceau à l’instant de la chute en arrière. Monsieur Ruotte, ancien adjoint au maire de Saulles, révèle que Monseigneur le Chanoine Mugnier, ancien directeur de “La Croix de la Haute-Marne”, originaire de ce village haut-marnais, ne manquait pas, chaque fois qu’il faisait visiter l’église, de rapporter cette mort tragique rappelée par ce coup de pinceau situé en avant du chœur, presque au sommet et au milieu de la voûte.

Les peintures de l’église Saint Symphorien furent restaurées en 1959 et la trace a été définitivement effacée.

Aucune tombe portant le nom de Menissier n’existe dans le cimetière de Saulles. D’après M. Ruotte, il aurait été inhumé à Coiffy, canton de Bourbonne-les-Bains, d’où était originaire son épouse, née Marie Jeanne Duval.

Les fresques peintes par Menissier dans l’église de Saulles représentent, à droite du chœur “Le martyr de Sainte Phylomène” et à gauche “Le martyr de Saint Symphorien”, patron de la paroisse.

[C’était une copie assez libre d’une fresque d’Ingres que l’on peut voir à Saint-Symphorien d’Autun, voir ci-dessous]

Le Martyre de saint Symphorien de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1834)
cathédrale Saint-Lazare d'Autun.


Au début du XXe siècle, on essaya de s’intéresser à l’œuvre de Menissier, il y eut quelques recherches, quelques articles puis… il retomba dans l’oubli.

Le chemin de Croix ornant l’église de son village natal fut remis dans les combles. L’abbé Herrard, également natif de St Amand sur Fion, se souvient bien des 14 tableaux. « C’est l’abbé Albert Gratieux qui les retira en 1922 car ils masquaient la beauté des chapiteaux… Je les ai revus dans un triste état, dans le grenier du presbytère ! »

Personne ne semblait apprécier son art ! Pourtant, Menissier était devenu le spécialiste d’art religieux de la Champagne en cette moitié du XIXe siècle.

Comme beaucoup d’artistes, il mena une vie de bohème, frappant aux portes des mairies, des couvents et des presbytères. C’est ainsi qu’il parcourut la Marne, la Haute-Marne, l’Aube et la Côte-d’Or, en peignant pour subsister. Il appréciait la bonne chère, les produits locaux, la gniole et… ne manquait jamais de le dire ! « Un épicurien qui respirait la joie de vivre. Il était peintre mais aussi un peu poète à ses heures ».

Si certaines œuvres furent marouflées ou peintes sur toiles, une des spécialités de Menissier était de peindre à même les murs. Quelques fresques furent retrouvées couvertes d’une couche de plâtre et certains tableaux ont une histoire.

Comme le rapporte l’abbé Lorain en 1909, la toile que l’on peut voir en la chapelle du Lycée de Chaumont a été peinte vers 1855, lorsque l’artiste vint décorer l’Hôtel de Ville. « Ce tableau a été placé le matin d’une fête de Première Communion. Il représente un enfant fidèle aux promesses de son baptême, acceptant la mort plutôt que de les violer ». Dans son historique du collège, l’abbé Lorain regrette que ce tableau reproduise une scène presque semblable à celle qui figurait déjà à l’autel de la nef du nord, celle consacrée au martyr du pape Sainte-Luce : « Dans les deux scènes, on voit figurer les mêmes personnages, le bourreau, ses aides et une idole. La seule différence est qu’à l’autel du nord on n’aperçoit pas le juge sur son trône et que la victime est à genoux tandis que sur le maître autel, elle est debout et repousse de la main le réchaud embrasé ».

Wassy fut un des secteurs de la Haute-Marne où Menissier travailla à plusieurs reprises soit dans la chapelle de l’actuel centre socio-culturel, soit dans la chapelle de l’hôpital, voire au théâtre où la date de 1843 apparaissait.

C’est en 1993 qu’une fresque, longue de 11,70 mètres et large de 6,20 m a été découverte sous un faux-plafond, dans le bâtiment qui abrite, aujourd’hui le Centre Culturel. Grâce aux efforts conjugués de la municipalité, conduite par son maire, M. Jacques Labarre et de M. Marc Barbier, conservateur du musée de Saint-Dizier, une équipe de restaurateurs spécialisés venus d’Auxerre, Mme et M. Perrot-Chaveyriat ont pu, après plusieurs mois de travail redonner leurs couleurs aux scènes du Nouveau Testament qui illustrent ce plafond : La Nativité, La Fuite en Égypte, La vie du Christ, Les Évangélistes, ainsi qu’au médaillon central ornée d’une importante Trinité.
Pour parvenir à leur fin, les restaurateurs ont dû, en divers endroits consolider la structure avec des résines car le plâtre mêlé de bourre de poil de vache posé sur un enduit de torchis de terre et de paille tendait à se décoller. Selon Jacqueline Lepage, l’ensemble daterait de 1830-1840.

Cette rénovation a permis la découverte d’un autoportrait de Menissier parmi les personnages de l’un des éléments de la fresque, une identification unique parmi toutes les œuvres actuellement connues dans la région.

A Wassy, on peut également voir, dans la chapelle de l’Hôpital, quatre tableaux marquant un épisode de la vie de Saint Charles de Borromée, Archevêque de Milan au XVIe siècle. Malheureusement, la décoration du théâtre de cette ancienne sous-préfecture n’existe plus. De cet ensemble on peut dire que l’influence d’Ingres apparait nettement. Certains vont jusqu’à reconnaître une similitude dans la manière de disposer les personnages.


Voûte de la chapelle de l’ancien couvent des Dames de Ste Maure à Wassy – 
La Nativité vers 1844


Chapelle devenue Centre Socio-Culturel


La chapelle du château de Cirey-sur-Blaise

Le château de Cirey, situé en bordure de la Blaise, à quelques lieues de Wassy, eut un regain de notoriété en 1963 lorsqu’il est apparu, en filigrane, sur un billet de la banque de France. Il faut préciser que Voltaire y séjourna une dizaine d’années et qu’il y rédigea ses principaux écrits.

Les habitants de Cirey connaissaient Joseph Constant Ménissier car il venait souvent s’y reposer chez un membre de sa famille. Dans le village, on savait qu’il peignait et tout naturellement, cela arriva aux oreilles de la Marquise de Damas. Elle voulait adjoindre une chapelle au château et c’est Ménissier qui fut chargé de la décorer.

Combien de temps resta-t-il dans ce lieu ? Personne ne semble le savoir, mais de nombreux amateurs vont jusqu’à se demander si ses qualités picturales ne s’accompagnaient pas de connaissances sculpturales. En effet, le maire de Cirey, actuel propriétaire du château, a remarqué qu’il existe, dans le cimetière du village, un magnifique tombeau sculpté portant la signature “Menissier”. S’agit-il d’un même homme, d’un frère, d’un cousin ?... Monsieur l’abbé Mettrier qui fut curé de la paroisse durant une trentaine d’années nous a également fait savoir que, dans l’église, se trouvent un tableau “Le baptême du Christ” et une pierre tombale signés “Menissier”. Les peintures qui ornent la chapelle du château relatent – ici encore – la vie de Saint Charles Borromée, archevêque de Milan qui se dévoua pour porter la communion aux malades de la peste.

L’abbé Isoir, historien notoire et actuel curé de Nully, petit village situé en Haute-Marne, à quelques kilomètres du département de l’Aube, connait peu Constant Menissier, bien que cela fasse de nombreuses années qu’il côtoie les tableaux qui ornent le chœur de l’église. Il n’a jamais prisé cet art, « plusieurs experts, plusieurs artistes n’ont attribué et n’attribuent, en visitant l’église de Nully, qu’une appréciation relative à ces peintures ». Pour ses raisons, elles ne se trouvent que seulement énumérées dans son livre “ Histoire d’un village, Nully en Haute-Marne ”. Il ajoute, sur les conseils du docteur Ronot, du Ministère de la Culture, plusieurs retouches ont été faites, il y a une dizaine d’années, payées par la paroisse”.

C’est l’abbé Boude, curé de Nully, qui fit appel, on sa qualité de Vice-Doyen à Menissier, afin que celui-ci garnisse les cadres sculptées en 1726 par Toussaint, artiste ébéniste de Troyes, ainsi que la corniche, les boiseries et panneaux entre lesquels se développe une guirlande de feuillage, de fleurs et d’oiseaux qui en embrasse le tour.

Dans une note laissée par l’abbé Boude, il y écrit qu’il est satisfait du travail de Menissier et que son prix n’a pas été élevé… Cette remarque sur un prix abordable apparait d’ailleurs dans bon nombre de localités où l’artiste a réalisé une ou plusieurs œuvres.

Les peinture de Nully, dans le sanctuaire où domine le maitre autel présentent : La Naissance à Bethleem ; l’Adoration des Mages ; la Présentation au Temple ; Jésus au milieu des Docteurs de la Loi ; le Mont des Béatitudes ; l’Institution de l’Eucharistie ; Le baiser de Judas ; Le reniement de Saint-Pierre.

L’abbé Isoir dans un courrier conclut : « Un dicton prétend que les goûts changent quand on vieillit, un jour peut-être on se prendra d’engouement pour l’œuvre de Menissier qui offrit ses services à de nombreuses paroisses ».


Saint Sébastien – Sainte Catherine – Saint Antoine
Menissier église de Nully


Le théâtre de Vitry-le-François qui fut détruit lors de la dernière guerre, avait été entièrement décoré par Menissier. Malheureusement, les fresques ont suivi les gravats et il n’en reste plus rien.

On retrouve dans la Marne la trace du peintre à la chapelle de l’hôpital de Sainte-Menehould et au Musée de cette ville. Là encore, il s’agit de ։ “ Saint Charles Borromée visitant les malades ”.

En plus du Chemin de Croix de l’église de Saint Armand sur Fion, devrait se trouver l’adoration des rois Mages, car cette peinture a été répertoriée, tout comme La remise des clefs à Saint Pierre, dans le village d’Argers.

La cathédrale de Châlons sur Marne, possède également une œuvre, La Résurrection de Lazare.

Dans l’Aube et en Haute-Marne

Colombé-la-Fosse produisait déjà au XIXe un excellent vin ; Menissier dut l’apprécier et décora l’église de six tableaux de “La vie de Saint Paul”. A Bayer, on trouve “La charité de Saint Martin”, et à Fontaines “Le Martyr de Sainte Germaine”.

Le maire de Cirey nous a également signalé que “La Tentation de Saint Antoine” se trouve en l’église de Ville-en-Blaisois et qu’à Bussières-les-Belmont, le maire de l’époque lui fit réaliser en 1860, une fresque représentant les tombeaux de son fils mort à 17 ans et de sa femme. Il ajoute « Les meilleures compositions murale de cet artiste ambulant se trouvent en Haute-Saône, près Sussey, dans l’église de Comboing ».

Nous n’aurions garde d’oublier, dans cette énumération, le tableau : Martyr de Saint Félix et Augebert, qui se trouve derrière l’autel de l’église de Châteauvillain, une autre œuvre exécutée en 1855 à la chapelle du Petit Séminaire de Langres et enfin que la chapelle du château de Dampierre-sur-Aube, aujourd’hui détruite, avait été entièrement décorée par Menissier. Un travail signalé par une lettre autographe à l’abbé Godard et qui se trouve aux archives du diocèse de Langres.

Au cours de ses recherches sur l’église de Chaudenay en Haute-Marne, M. André Marchal a découvert un poème écrit à la gloire de Menissier, en voici deux quatrains :

« Son décor prend mesure au flanc des absides

Ou d’un pinceau fécond s’exprima Menissier.

Ocres et ors rompus par les bleus en damier

Vibrent dans le regard, comme un vol de lucides

 

Aucune gloire, ici, ne transcendra l’artiste

Ni la tardive fois d’un chrétien négligent

L’art en sa pureté fut d’abord pénitent

De croire en sa vertu la main de Dieu l’assiste »

 

 

Des recherches nouvelles

 Lors de l’inauguration de la “Salle Menissier” où se trouve le plafond décoré de l’ancienne chapelle du pensionnat des Dames de Saint Maure, le 8 mai 1994, Marc Barbier, Conservateur départemental des Musées du Nord de la Haute-Marne, fit une synthèse de ses recherches et apporta de nombreuses précisions fort intéressantes.

 C’est ainsi que nous apprenons que Marie Jeanne Duval, épouse de Constant Menissier était née à Glannes, dans la Marne, et non, comme l’avait signalé M. Ruotte, à Coiffy près de Bourbonne-les-Bains en Haute-Marne.

 La confusion tient au fait que, deux ans avant sa mort, Menissier avait acheté un terrain à Coiffy avec l’espoir d’y construire.

 Selon un article du journal La Marne, en 1830, l’artiste est présent à Châlons ; ce qui nous laisse perplexe car, dans le même temps, Constant Menissier se serait trouvé aux côtés d’Ingres, lorsque celui-ci ouvrit son atelier parisien… ?

 Quelle qu’en soit la période, la jeunesse de Constant passe quand même par Châlons où il aurait vécu, au 2 de la rue Sainte Croix, chez M. Desessart, chaudronnier. Il y aurait suivi les cours gratuits de dessins de l’École de Ville crée en 1772.

 En 1823, le 2 septembre, Joseph Constant qui a 15 ans ½, reçoit le 1er Pris en catégorie “Tête d’après la bosse” pour une “Tête de Paris”.

En 1824, il obtient à nouveau le 1er Prix dans la même catégorie ainsi qu’un 2ème Prix “Tête d’après gravure” et un accessit “Prix du paysage”.

 En 1828, Liénard, ancien élève de David, reconnaît que Menissier, issu d’une classe ouvrière très voisine de l’indigence, avait su, grâce à sa peinture, accéder à un rang honorable dans la société. Il aurait acquis, auprès du Ministère de la Maison du Roi, une pension annuelle de 300 Frs.

 C’est dans un article paru en 1867 dans “La semaine diocésaine ne Langres”, en Haute-Marne, que l’on mentionne Menissier, élève d’Ingres.

 Travailla-t-il par intermittence avec le Maître ?

Poursuivit-il ses cours à Châlons, tout en se rendant à Paris puisque la liaison Châlons-Paris par chemin de fer existait depuis 1849 ?

Autant de questions qui restent à élucider…

 En 1834, il est à Sainte-Menehould où il se marie, le 1er avril avec Marie Jeanne Duval née le 24 janvier 1808 à Glannes. Il a alors 26 ans.

Marie Jeanne aidera son mari dans son travail et leur fils Charles, né le 13 novembre 1834, deviendra artiste sculpteur à Cirey-sur-Blaise. Le mystère de la pierre tombale et des sculptures retrouvées à l’église et dans le cimetière de la commune est ainsi élucidé.

 Charles mourra le 14 décembre 1877 à l’âge de 43 ans. Sa mère vivra 77 ans et décèdera à Cirey-sur-Blaise, le 17 mars 1885.

Grâce à ces détails, on comprend mieux l’imbroglio ; d’autant que le père et le fils ont décoré ensemble la chapelle de l’Hôpital de Gray en Haute-Saône et que c’est Charles qui termina les fresques de l’église de Saulles, au lendemain de l’accident mortel de son Constant.

 Ajoutons pour la petite histoire que c’est au retour des obsèques de son père que Charles, qui était marié à Cirey avec une fille du pays, Louis Florence Arigot, apprit la naissance de son propre fils, Joseph Constant Hyacinthe.

 Les toiles actuellement retrouvées

 La plus ancienne, “Saint Charles Borromée en prière” est datée de 1829, se trouve dans la sacristie de la cathédrale de Châlons-sur-Marne, ainsi que “Saint Memmie ressuscitant le fils du Gouverneur de Châlons”.

A Sainte-Menehould, on peut voir au Musée un “Couronnement de la Vierge” daté de 1833 et deux grandes toiles créées pour l’église Notre-Dame : “St Memmie ressuscitant le fils du Gouverneur” et “St Alpin arrêtant le fléau de Dieu”.
La trace de 4 grande toiles a également été retrouvée : “Jésus donnant les clefs à St Pierre”, “La Conversion de St Paul”, “Le Marty de St Etienne” et enfin “La pêche miraculeuse”.

C’est en 1835 que Menissier soumissionne pour décorer le plafond du théâtre de Vitry-le-François. Il aurait mis plusieurs années pour en terminer tous les décors car il n’y venait que pour de courtes périodes. A l’église, on peut voir « Le Martyr de St Laurent » mais les quatorze toiles de chemin de crois ont disparu.

De 1836 à 1837, li réalise les décors du théâtre de Ligny-en-Barrois et pour l’église de La Nativité de la Sainte Vierge à Fontaine, dans l’Aube, “St Paul évangélisant les habitants de l’île de Malte” et “Le martyr de Ste Germaine”.
On notera que c’est ici la première fois que le peintre semble s’intéresser à l’île de Malte…

[Le projet : sauvegarder une église et son mobilier prestigieux du XIXe siècle

Votre soutien est indispensable pour sauvegarder l'église de la Nativité à Fontaine. Située au sud de Bar sur Aube, elle a été reconstruite au XIXe siècle. Sous la responsabilité de la commune, ce lieu chargé d'histoire a besoin aujourd'hui d'être restauré afin d’assurer sa pérennité. La restauration des toitures, charpentes, façades intérieures et extérieures et du mobilier, constituent les différents chantiers de l'église. La restauration d'œuvres telles qu'un tableau du peintre Ménissier, des statues du XV, XVI, XVIIème siècles et une décoration murale originale du peintre suisse Andreazzi (1887), rendront à l'église sa beauté d'antan.

Le lieu et son histoire : de l'ancienne Fontes au XIXe siècle, une église qui traverse les siècles

L’ancienne Fontes ou le Fontaine actuel est déjà cité en 1147. De l’ancienne chapelle du château du XIIème siècle, il ne subsiste plus rien. Remaniée totalement au XVIème siècle, l’église est devenue église paroissiale sous le vocable Saint Antoine. De cette même époque, il ne reste qu’une partie du chœur, de la charpente et une baie. Au XIXème siècle, de 1830 à 1833, l’église est reconstruite et agrandie. Elle se compose alors de 2 nefs couvertes différemment : celle du sud surmontée d’un berceau, celle du nord d’un plafond. La reconstruction du clocher date de 1887.]

 Les années 1838-1839 se passent dans l’Aube. A Bar-sur-Aube, il décore la salle de spectacle située dans une aile de l’ancien couvent des Ursulines. Monsieur Barbier pense que ces travaux furent réalisés à l’occasion de la venue dans cette ville de Mademoiselle Georges, artiste réputée, titulaire du théâtre de la Porte St Martin.

Toujours à Bar-sur-Aube, Ménissier réalise pour la chapelle de l’Hôpital un “Saint-Nicolas”, “St Augustin et les Ursulines” et “Ste Françoise Romaine”.

 Puis, ce sera à Bayel, une fresque : “Charité de St Martin” et “Vie de St Martin et de St Louvent*” ; et à Colombey-la-Fosse* (église St Louvent) les six principales phases de la “Vie de St Louvent”.

[* St Louvent est également nommé St Lupin”]
[*Colombey-la-Fosse s’écrit aujourd’hui Colombé-la-Fosse]

 1844 verra Ménissier à Wassy…

En 1847 il sera à Osne-le-Val, puis à Donjeux avec la “Légende de St Georges”.
En 1848 à Rachecourt-Suzemont avec “La Tentation de St Antoine” et une nouvelle fois à Wassy, à la chapelle de l’Hôpital pour “Les bienfaits de St Charles Borromée lors de la peste” ; puis il sera à Langres pour “Le petit Séminaire”.
En 1850 il crée pour Beurville “L’institution du Rosaire” ; pour Silvarouvres “St Félix et Augebert et, pour Saint Geosmes, “Le martyr des St Jumeaux”.

 Les toiles peintes pour Doulevant-le-Château et qui représentaient un Chemin de Croix sont aujourd’hui disparues.

 Nous découvrons la première toile peinte par son fils Charles à Doremois-en-Ornois. Elle porte la mention « Charles Ménissier à 20 ans ».

 Pour Marc Barbier, Menissier, aidé par son fils, aurait pu intervenir dans la réfection et l’amélioration du théâtre de Voltaire.

 Ce qui semble quelque peu étonnant c’est que le “Chemin de Croix” de l’église de Saint-Amand-sur-Fion, aujourd’hui disparu des greniers du presbytère où il se trouvait il y a encore quelques années et pour lequel Menissier fit poser des habitants du village, n’aie été réalisé qu’en 1855… car le peintre était en très bons rapports avec le curé de l’époque, ainsi qu’avec l’Évêque de Châlons, Monseigneur de Prilly. Ce sont eux du reste qui décidèrent ses parents à accepter qu’il fasse une carrière autre que celle d’ouvrier de la terre…

 A partir de 1855, le travail de l’artiste commence à être connu et les commandes affluent. Il est à Chaumont, Nully, Saint-Blin, Vicq, Chaudenay, Sommevoire, Vesoul.

En 1857-1858, on le voit à Langres, Choisel, Ambonville et Cemboing en Haute-Saône. Il y eut d’ailleurs quelques démêlés et des difficultés pour se faire payer.
En 1860 on le retrouve à Bussières-les-Belmont.

En 1862 à Autreville sur la Renne, Baudrecourt, Grenant, Dommartin-le-Franc, etc.

 Le nombre des œuvres grandit encore mais, cela augmenta l’imbroglio car parfois, le père et le fils travaillèrent ensemble et, si Charles réalisa plusieurs œuvres… il oublia de les signer…

 

Église Saint Pierre et Saint Paul de Valay – Haute-Saône (70)

 

L’Apothéose de la Croix – 1866 – Menissier Joseph-Constant et Ménissier Charles

peinture murale à Tempera : largeur 750 cm -Voûte en cul de four du chœur

Iconographies :

saint Liévin

saint, agenouillé

Josué, Aaron, Abraham, David, Moïse, Adam, Eve

saint Pierre, saint Paul

sainte Scholastique, sainte Françoise, sainte Marie-Madeleine, saint Louis, saint Etienne, saint Bruno

 Les apôtres

saint Joseph, Vierge, saint Jean-Baptiste

Christ, Dieu le Père

angelot, portant : croix

Iconographie et décor : saint Liévin (?) ; saint, agenouillé ; Josué, Aaron, Abraham, David, Moïse, Adam, Eve ; saint Pierre, saint Paul ; sainte Scholastique, sainte Françoise (?), sainte Marie-Madeleine, saint Louis, saint Etienne, saint Bruno (?), prêtre, sainte Barbe, sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Cécile ;

Les apôtres ; saint Joseph, Vierge, saint Jean-Baptiste ;
Christ, Dieu le Père ;
angelot, portant : croix.
 
La scène se passe sur trois registres avec personnages classés par ordre d'importance ; registre inférieur : mise en valeur de saint Pierre et de saint Paul, entre personnages de l'Ancien Testament à droite et les apôtres à gauche ;
2ème registre : mise en valeur de la Vierge entre saint Joseph et saint Jean-Baptiste ;
3ème registre : Jésus et Dieu le Père sont au même niveau ; la croix domine l'ensemble.

 


[Le XIXème siècle a vu la construction de l’église Saint Pierre et Saint Paul sur l’emplacement d’une ancienne chapelle. Bâtie en 1842, il s’agit d’un “édifice bien conçu dans ses proportions extérieures” qui contient notamment un “Chemin de croix et une Remise des clés, peintures qui sont fort estimées. En 1864, un artiste distingué, Monsieur Ménissier, avait commencé des ouvrages de décor au chœur et sous les coupoles.” Tout ce qui était alors prévu n’a toutefois pas pu être terminé en raison du décès accidentel de l’artiste sur un autre chantier. Plusieurs objets d’art sont classés : chemin de croix, statues, tableaux, etc. L’église et ses escaliers sont inscrits au titre des Monuments Historiques]

 

Hôtel Dieu à Gray (70)

L'hôtel a été construit à partir de 1716 sur les plans de l'architecte Tripard, par Florent Gauthier, apparailleur-architecte. Le bâtiment avait un plan en croix grecque, avec une chapelle au centre.

Des bâtiments annexes ont été édifiés aux XVIIIe et XIXe siècles.

En 1850, un grand corps de bâtiment destiné aux enfants est bâti selon les plans de Christophe Colard, et orné d'un fronton couronné de statues représentant la Foi et la Charité, œuvres de Grandgirard.

De 1862 à 1865, le décor de la chapelle est entièrement refait (tableaux muraux et décors peints par Joseph Constant Menissier et son fils Charles).

L'hôtel a par la suite subi des transformations radicales qui, tout en épargnant l'enveloppe du bâtiment de 1850 et le plan-masse de l'hôpital ancien, ont modifié volumétrie, structure et dispositions intérieures.

Lettres patentes de Louis XIV pour l'établissement d'un hôtel-Dieu du 6 juin 1715 ; plans fournis par l'architecte bisontin Jacques François Tripard le 26 mai 1716 ; pose de la 1ère pierre le 25 août 1716 (inscription conservée dans le corps de bâtiment construit en 1854 indiquant qu'elle fut posée par le comte de Montcault, maréchal des camps et armées du roi, en présence de messieurs d'Ancier et Richardot, vicomte mayeur de la ville) ; l'entrepreneur Gauthier se charge du gros-oeuvre ; en 1772, la chapelle et une aile sont terminées ; entre 1732 et 1750, achèvement complet de l'édifice (plan en croix grecque avec chapelle au centre) ; en 1755, Christian Strolz, ouvrier allemand, obtient le marché pour la construction de parties agricoles (détruites après 1886) ; en 1787, devis de l'architecte Antoine Mielle pour le logement de l'aumônier ; en 1811, devis de l'architecte Jean-Baptiste Mielle pour la grille de la cour sur la Grande rue ; en 1842, Christophe Colard devient architecte des hospices et hôpitaux de Gray ; en 1849 il dessine la grille de la cour des militaires ; en 1850, hôpital agrandi par un grand corps de bâtiment longitudinal, sur un devis de Christophe Colard, avec fronton orné de 2 statues commandées au sculpteur graylois Constant Grandgirard ; entre 1890 et 1892 construction d'une buanderie par E. Bertrand ; entre 1903 et 1905 création d'un pavillon pour les services administratifs par Louis Colard et V. Natey portant la date 1903 sur les portes d'entrée : 1 vitrail est commandé au maître-verrier Joseph Beyer ; hôtel-Dieu transformé en hospice au XXe siècle


L’Assomption – 1833

Église st Martin de Bayel (10)



Aujourd'hui, l'oeuvre de Menissier étant quasi exclusivement monumentale, réalisée in situ, plusieurs ensembles ont disparu ou sont très dégradés.

Les archives départementales de Haute‑Marne montrent bien que Ménissier est présent dans la région, mais elles ne listent pas d’œuvres conservées, seulement des traces biographiques et judiciaires.

Les seules œuvres identifiables aujourd’hui sont :

  • Wassy : La Nativité

  • Langres : fresques des Carmes (attribuées)

  • Cirey‑sur‑Blaise : fresques (attribuées)

Tout le reste semble perdu, repeint, ou non documenté.

J.-C. Menissier est devenu un peintre oublié



Chronique d’un aïeul

  Louis dauphin de France et sa femme Marie-Josèphe de Saxe Camée, sardonyx gravée par Jacques Guay et son apprentie Madame de Pompadour Chr...