lundi 2 février 2026

Gabrielle d'Éstrée - Nogent/Seine

 

Gabrielle d'Estrées - école de Fontainebleau


Gabrielle d’Estrées : une favorite au cœur du règne d’Henri IV

Gabrielle d’Estrées est souvent présentée comme l’un des attachements les plus profonds d’Henri IV. La tradition populaire en a fait une jeune femme innocente, entièrement dévouée au souverain et prématurément disparue. La réalité historique est plus nuancée : si Henri IV éprouva pour elle une affection durable, Gabrielle fut également une personnalité ambitieuse, issue d’un milieu où les alliances sentimentales servaient fréquemment des intérêts politiques et familiaux. Pendant près de neuf années, elle occupa auprès du roi une place comparable à celle d’une reine, et son destin aurait pu prendre cette direction si les circonstances n’en avaient décidé autrement.

 Une rencontre dans un contexte de crise

L’année 1590 est particulièrement difficile pour Henri IV. Engagé dans la lutte contre la Ligue catholique, soutenue par l’Espagne et le duc de Savoie, il peine à reprendre Paris, indispensable à la légitimation de son autorité. Les succès militaires d’Arques et d’Ivry semblent déjà compromis, et le roi traverse une période de découragement perceptible à son entourage. Séparé depuis longtemps de son épouse Marguerite de Valois, il s’éloigne également de Corisande d’Andouins, qui fut l’une de ses premières passions durables.

C’est dans ce contexte que Roger de Bellegarde, écuyer du roi, évoque devant lui une jeune femme qu’il souhaite épouser : Gabrielle d’Estrées, alors âgée d’environ dix-sept ans. Henri IV demande à la rencontrer et se rend au château de Cœuvres, près de Soissons. La jeune femme, séduite par Bellegarde, prête peu d’attention au roi, dont l’apparence marquée par les campagnes militaires contraste avec la jeunesse et l’élégance de son écuyer. Henri IV, pourtant peu habitué à essuyer un refus, se heurte à une résistance inattendue.

 Origines familiales et réputation précoce

Gabrielle appartient à une famille où les alliances galantes ont souvent joué un rôle politique. Sa grand-mère fut la maîtresse du pape Clément VII, et sa mère, Françoise Babou de La Bourdaisière, acquit une réputation de libertinage qui rejaillit sur ses filles. Après l’abandon du foyer par sa mère en 1584, Gabrielle grandit au château de Cœuvres sous la tutelle de sa tante Isabeau Babou et du comte de Cheverny. Sa beauté, conforme aux canons de l’époque, attire rapidement l’attention, et sa réputation se construit très tôt, parfois au détriment de la réalité.

 L’entrée dans la vie du roi

La famille d’Estrées, consciente de l’intérêt que le roi porte à Gabrielle, l’incite à accepter cette relation, y voyant une opportunité politique majeure. Henri IV, profondément épris, lui témoigne une affection constante et lui adresse de nombreuses lettres où transparaît son attachement. Pour préserver la discrétion de leur liaison, il la marie au sieur de Liancourt, selon une pratique courante visant à donner un statut officiel à une favorite.

 À partir de 1594, Gabrielle accompagne régulièrement le roi, y compris lors de ses déplacements militaires. Lors de l’entrée solennelle d’Henri IV dans Paris, après son abjuration, elle apparaît publiquement dans le cortège, ce qui suscite de vives réactions dans la capitale.

 Une influence croissante à la cour

Gabrielle s’adapte rapidement à sa position. Elle reçoit pensions, terres et titres, notamment celui de marquise de Montceaux, puis de duchesse de Beaufort. Elle constitue autour d’elle une véritable maison, entretient des relations suivies avec les courtisans et joue parfois un rôle d’intermédiaire politique. Bien que très ambitieuse, elle fait preuve de discernement et prodigue au roi des conseils souvent judicieux.

 Son influence, visible et assumée, lui attire cependant l’hostilité d’une partie de la population et de certains milieux politiques. Les pamphlets se multiplient, et sa promotion au rang de duchesse renforce encore les critiques.

 Une union envisagée mais impossible

Gabrielle donne trois enfants à Henri IV : César (1594), Catherine (1596) et Alexandre (1598). Le roi, très attaché à sa progéniture, légitime César et lui accorde des titres importants. Gabrielle espère alors une union officielle, qui permettrait à son fils d’être reconnu comme héritier potentiel. Mais un tel projet se heurte à plusieurs obstacles : l’impopularité de Gabrielle, les résistances politiques, et surtout le refus de Marguerite de Valois de consentir à l’annulation de son mariage.

 Une mort brutale et un tournant politique

En avril 1599, alors qu’elle est enceinte d’un quatrième enfant, Gabrielle meurt subitement à Paris, probablement d’une éclampsie puerpérale, selon les témoignages contemporains. Sa disparition met fin à une situation politique délicate. Henri IV, profondément affecté mais conscient des enjeux, accepte peu après d’épouser Marie de Médicis, union qui permettra d’assurer la succession dynastique.

 Moins de trois semaines après la mort de Gabrielle, le roi entame une nouvelle liaison avec Henriette d’Entragues, dont l’influence sera plus conflictuelle et source de tensions durables.

 La destinée de Gabrielle d’Estrées illustre à la fois la fragilité des équilibres politiques sous les premiers Bourbons et la place singulière que certaines favorites purent occuper dans l’entourage royal. Sans jamais avoir détenu de pouvoir officiel, elle exerça une influence réelle sur Henri IV, non par intrigue, mais par la constance d’une relation qui mêlait affection, intérêt familial et enjeux dynastiques. Sa mort soudaine mit un terme à une situation devenue politiquement intenable et permit au souverain de réorienter sa politique matrimoniale vers la stabilité que lui offrait l’alliance avec Marie de Médicis. Ainsi s’achève la trajectoire d’une femme dont la présence marqua profondément les premières années du règne, et dont la mémoire demeure indissociable des hésitations, des ambitions et des recompositions qui façonnèrent la France de la fin du XVIᵉ siècle.

  

Henri IV et Gabrielle d’Estrées au pavillon de Nogent‑sur‑Seine

Chronique champenoise d’un amour royal (version longue et étoffée)

Lorsque l’on évoque les amours d’Henri IV, les historiens citent volontiers Paris, Fontainebleau ou le château de Montceaux. Pourtant, c’est dans la Champagne, au fil des routes militaires et des haltes improvisées, que se noue une partie essentielle de sa relation avec Gabrielle d’Estrées. Nogent‑sur‑Seine, modeste cité fluviale, occupe alors une position stratégique : carrefour entre la Brie, la Bourgogne et la Champagne, étape naturelle pour les troupes, refuge discret pour un roi en campagne. Le pavillon aujourd’hui connu sous le nom de pavillon Henri IV devient, durant quelques années, l’un de ces lieux où l’Histoire se glisse dans les interstices du quotidien.

Un royaume en crise, un roi sur les routes

À la fin de 1590, Henri IV n’est pas encore le souverain triomphant que l’on imagine. Paris lui échappe, la Ligue catholique multiplie les offensives, et la Champagne est un territoire disputé où chaque ville peut basculer d’un camp à l’autre. Le roi passe de longues semaines à Troyes, Provins, Sens, Nogent, Villenauxe, organisant ses troupes, négociant des ralliements, inspectant les garnisons.

Les chroniques locales rapportent qu’il appréciait particulièrement les haltes à Nogent‑sur‑Seine, où un petit pavillon de plaisance, entouré de jardins clos et dominant la Seine, offrait un repos bienvenu. Ce pavillon, propriété d’un officier royal acquis à sa cause, était suffisamment confortable pour accueillir le souverain, mais assez discret pour éviter les attroupements.

C’est dans ce contexte mouvant, entre chevauchées, négociations et incertitudes, que Gabrielle d’Estrées entre dans la vie du roi.

La rencontre de Cœuvres et l’invitation champenoise

Henri IV a rencontré Gabrielle quelques mois plus tôt, au château de Cœuvres. La jeune femme, alors âgée d’environ dix‑sept ans, l’avait accueilli avec une réserve inattendue. Le roi, habitué à plaire, avait été frappé par cette indifférence. Depuis, il n’a cessé de penser à elle.

Lorsque ses troupes stationnent en Champagne au début de 1591, il apprend que Gabrielle séjourne chez une parente à Villenauxe‑la‑Grande. Il charge un messager de lui transmettre une invitation à Nogent‑sur‑Seine, sous prétexte d’une visite de courtoisie. L’invitation est habile : Nogent n’est ni trop proche de Paris, ni trop éloigné de Cœuvres, et la présence du roi y passe pour une simple étape militaire.

Gabrielle hésite. Elle connaît la réputation du souverain, redoute les pressions de sa famille, mais la curiosité l’emporte. Elle accepte.

La première venue de Gabrielle au pavillon

Elle arrive en fin d’après‑midi, escortée par deux cavaliers. La Seine reflète les dernières lueurs du jour, et le pavillon, avec ses murs clairs et son toit d’ardoise, se détache dans la brume hivernale. Henri l’attend près de la grande cheminée, vêtu simplement, sans faste, comme un capitaine parmi ses hommes.

Leur entretien dure plus d’une heure. Les témoins rapportent que le roi se montre étonnamment réservé, presque intimidé. Gabrielle, encore méfiante, répond avec prudence. Rien, ce soir‑là, ne laisse présager la passion qui suivra. Mais le roi, déjà, est conquis par cette jeune femme qui ne ressemble à aucune autre.

Elle repart avant la nuit, mais Nogent‑sur‑Seine vient d’entrer dans leur histoire.

Nogent, théâtre discret d’un amour naissant

Dans les mois qui suivent, Henri IV revient régulièrement en Champagne. Chaque fois que les opérations militaires le permettent, il fait halte à Nogent. Le pavillon devient un lieu de rendez‑vous discret, protégé par la rivière, les jardins clos et la fidélité des habitants.

Les archives locales évoquent plusieurs séjours du roi entre 1591 et 1593. On y mentionne des dépenses inhabituelles : – achat de chandelles fines, – livraison de draps de lin, – commande de fruits confits venus de Troyes, – présence renforcée de gardes autour du pavillon. Autant d’indices qui laissent penser que le roi n’y venait pas seul.

Gabrielle, de son côté, apprécie la tranquillité du lieu. Elle y trouve un espace où elle peut parler librement, loin des intrigues parisiennes et des ambitions de sa famille. C’est à Nogent que leur relation se transforme : d’une curiosité réciproque, elle devient une affection sincère.

On raconte qu’Henri lui offrit lors d’une de ces haltes un ruban bleu, simple mais précieux, qu’elle conserva longtemps. Un geste intime, loin des fastes qui viendront plus tard.

Le pavillon, un refuge dans la tourmente

À mesure que leur lien se renforce, Nogent‑sur‑Seine devient un refuge. Le roi y trouve un apaisement rare, loin des cris des soldats et des négociations interminables. Gabrielle y découvre un homme différent de l’image publique : moins guerrier, plus attentif, parfois mélancolique.

Les habitants de Nogent, habitués aux passages des troupes, voient bien que quelque chose a changé. On raconte qu’un soir, la litière d’une dame fut aperçue près du pavillon, escortée par des gardes du roi. Les langues se délient, mais personne n’ose parler trop fort : Nogent est fidèle au souverain.

Un lieu de transition dans leur histoire

Le pavillon de Nogent‑sur‑Seine occupe une place singulière dans la chronologie de leur relation. Il représente un entre‑deux :

  • entre la clandestinité et l’affirmation publique,

  • entre la jeune fille hésitante et la future duchesse de Beaufort,

  • entre le roi guerrier et l’homme capable d’un attachement profond.

Lorsque Gabrielle donne naissance à César en 1594, Henri IV évoque devant ses proches « les jours tranquilles de Nogent », comme un souvenir précieux d’une période où leur amour n’était pas encore soumis aux tensions politiques.

Un lieu inscrit dans la mémoire locale

Le pavillon Henri IV n’a jamais été un palais royal, mais il fut l’un de ces lieux discrets où se tissent les relations qui influencent un règne. Pour Henri IV, il symbolise un refuge dans les années les plus incertaines de la guerre civile. Pour Gabrielle, il marque le passage d’une jeune femme encore libre de ses choix à une favorite dont le destin sera lié à celui du royaume.

Aujourd’hui encore, le site conserve cette aura particulière : celle d’un lieu où l’Histoire s’est écrite non pas dans le fracas des batailles, mais dans la douceur d’une halte champenoise, au bord de la Seine.

Conclusion 

Comme souvent dans l’histoire locale, la vérité se mêle à la tradition. Nogent‑sur‑Seine revendique le passage d’Henri IV, et rien ne contredit l’idée qu’il y ait retrouvé Gabrielle d’Estrées dans ce pavillon devenu emblématique. Les archives sont silencieuses, mais la logique historique parle pour elles. Entre certitude et légende, le récit s’inscrit dans cette zone fertile où la mémoire collective façonne les lieux autant que les lieux façonnent la mémoire. Le pavillon Henri IV demeure ainsi un témoin possible, et donc précieux, de l’un des attachements les plus célèbres de la monarchie française.

Note d’auteur

Ce récit s’inscrit dans une démarche patrimoniale où l’histoire locale rencontre la vraisemblance historique. Les archives ne disent pas tout : elles éclairent certains faits, en laissent d’autres dans l’ombre, et invitent parfois à reconstituer ce qui a pu être, sans jamais trahir ce que l’on sait. Les rencontres d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées au pavillon de Nogent‑sur‑Seine ne sont pas documentées de manière formelle, mais elles s’inscrivent dans un contexte cohérent : les déplacements du roi en Champagne, la situation militaire, la géographie des lieux et les usages de l’époque rendent ces épisodes parfaitement plausibles.

L’objectif n’est pas d’inventer une légende, mais de redonner vie à un lieu en s’appuyant sur ce que l’on peut raisonnablement déduire. L’histoire locale se nourrit aussi de ces zones de silence où l’imagination, lorsqu’elle reste fidèle à l’esprit du temps, devient un outil de transmission. C’est dans cet espace — entre certitude et possibilité — que s’écrit ce chapitre, avec le respect dû aux faits et la liberté nécessaire pour faire revivre un passé qui ne demande qu’à être raconté.


Pascal V. Lamy




Le Pavillon Henri IV - Nogent/Seine (10)

 



Le Pavillon Henri IV, située dans le cœur ancien de Nogent‑sur‑Seine, est l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville. Avec sa façade à pans de bois, son architecture typique du XVIᵉ siècle et son ancrage dans l’histoire locale, elle constitue un repère patrimonial aussi important que la Maison de la Turque.

Un bâtiment historique de premier plan, architecture traditionnelle nogentaise, pans de bois remarquables, maison associée à la période de reconstruction post‑médiévale. L’un des rares témoins encore debout de l’urbanisme ancien. Il forme, avec la Maison de la Turque et quelques autres demeures anciennes, un ensemble patrimonial cohérent, capable de raconter l’histoire de la ville sans artifices.

Un potentiel muséal évident, Le Pavillon Henri IV aurait pu devenir :

Un centre d’interprétation du Nogent médiéval, un musée de la vie quotidienne d’autrefois, un lieu d’exposition permanent sur l’architecture à pans de bois, un point d’ancrage pour un parcours patrimonial structuré.

Elle possède la taille, la visibilité et la valeur historique nécessaires pour accueillir un projet culturel solide, enraciné dans l’identité nogentaise.

fresque d'une marine à l'intérieur du pavillon


La tradition orale situe la construction de cette maison vers 1530. Les recherches effectuées lors de sa restauration en 2000 retiennent la seconde moitié du XVIe siècle 




A cette époque, Henri IV se préparait à reconquérir le Royaume de France. Transmise au cours des siècles et entretenue par la tradition nogentaise, l'histoire de ce pavillon rejoindrait d'ailleurs celle du « bon roi Henri ». Selon la légende, cette demeure aurait même accueilli les amours, plus ou moins secrètes, d'Henri IV et de la belle Gabrielle d'Estrée.

Ainsi, aurait-il choisi ce pavillon, simple auberge, pour l’y retrouver. Sa situation au bord de l’eau, au carrefour du chemin de halage et de la route de Villenauxe-la-Grande, semble avoir fait de cette demeure un lieu de passage très fréquenté. Selon les historiens, cette maison, sorte de relais de mariniers, aurait longtemps servi à stocker des marchandises en attente d’être transportées sur la Seine. Durant plusieurs siècles, en effet, céréales, foin, vin et bois principalement transitaient sur le fleuve, par Nogent-sur-Seine, à destination de Paris, ce qui fit prospérer la ville notamment aux XVIIIe et XIXe siècles.

La majorité des archives de la ville de Nogent-sur-Seine a brûlé dans l’incendie de 1814. Quant aux minutes notariales, elles ont été détruites lors d’une inondation durant la Seconde Guerre Mondiale. Restaient alors le cadastre et le registre de l’État Civil. Le cadastre n’est pas très ancien – 1840 - mais il a permis d’établir le nom des plus anciens propriétaires. Il est donc possible d’affirmer qu’une certaine famille Gouroy résidait à cet endroit à la fin du XVIIIe siècle. Mais, rien ne permet de dire quand cette maison a été construite ni si Henri IV y a vraiment séjourné. 

Quand, en 1932, le Pavillon est classé par le service des Monuments Historiques, il est occupé par des propriétaires privés et ce jusque dans les années 1980. Le bâtiment d'origine a subi de nombreux remaniements. 

Afin d'enrayer le processus de dégradation, la Ville de Nogent-sur-Seine a racheté ce pavillon et l’a restauré en 2000-2001. Il sert désormais d'écrin à des expositions variées.







 

Henri IV



Fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, reine de Navarre, Henri (1553-1610) naît à Pau, le 14 décembre 1553. Malgré un long séjour à la Cour de France, avec les Valois, ses cousins, il reçoit, par sa mère, une éducation protestante. Devenu chef du parti calviniste, il épouse à Paris, en 1572, Marguerite de Valois, sœur de Charles IX et d’Henri III, en signe de réconciliation avec les Catholiques. Une semaine plus tard, orchestrée par Catherine de Médicis et le Duc de Guise, a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy. Henri de Navarre n’échappe à la mort qu’en abjurant sa religion. Cette tuerie extermine près de 4000 protestants et rallume la guerre civile. La brusque mort d’Henri III, en 1589, fait de lui l’héritier du trône au grand dam des Catholiques qui, menés par les Guise, raniment la Sainte-Ligue. La guerre religieuse reprend alors de plus belle. Il faudra quatre ans à Henri IV pour reconquérir une à une les provinces de son royaume, et davantage encore pour obtenir la paix.

Le Duc de Nemours, Seigneur de Nogent, prend parti pour les Catholiques. En avril 1590, après Provins, Henri IV et sa puissante armée obtiennent la reddition de Nogent et de toutes les contrées voisines comme Bray, Montereau, puis Troyes. En 1594, Henri IV est sacré à Chartres et fait son entrée royale dans Paris. La personnalité d’Henri IV lui permet de renforcer rapidement le pouvoir royal, usé par 30 ans de guerre civile. Aidé de remarquables conseillers, tel Sully, il redresse l’économie du royaume en développant l’agriculture, l’industrie et le commerce. En 1598, il promulgue l’Édit de Nantes, instaurant un équilibre, certes fragile, entre Catholiques et Protestants. Il s’apprête à entrer en guerre contre l’Espagne, quand un fanatique, Ravaillac, l’assassine à Paris. Il laisse pour successeur, un fils de 9 ans, le futur Louis XIII.

 

Henri IV quitte Gabrielle d'Estrées
XVIIIe par François-André Vincent
école de France
musée du Louvre inv. 8461 ; MR 2692




Voir le chapitre : Gabrielle d'Estrées





Musée Camille Claudel - Nogent/Seine (10)

 



Musée Camille Claudel



À l’origine du projet : Alfred Boucher

En 1902, Alfred Boucher était un artiste connu, reconnu, qui accumulait les distinctions et les commandes publiques. Il vivait entre Aix-les-Bains et Paris où, cette année-là, il ouvre la Ruche pour loger ses collègues artistes moins fortunés. Pourtant, il n’avait pas oublié la ville qui l’avait vu grandir et, en 1902 toujours, il est à l’origine de la création du musée de Nogent-sur-Seine. Dès l’inauguration, la collection renferme un fonds de sculptures significatif qui s’accroît rapidement dans les années qui suivent. Aux dons d’Alfred Boucher, s’ajoutent ceux d’autres sculpteurs ou de leurs ayants droit. Ainsi, quelques-unes des pièces maîtresses du musée Camille Claudel sont déjà présentées en 1902 : Le Souvenir de Paul Dubois, Première Pensée d’amour de Marius Ramus, les bustes de ses parents par Alfred Boucher. Cependant, la collection ne se cantonne alors pas à la sculpture. Alfred Boucher offre une partie de sa collection de peintures et d’arts graphiques, à laquelle s’ajoutent les dons de peintres contemporains tels que le paysagiste Léonce Vaÿsse. D’autres donateurs sont à l’origine d’un fonds hétéroclite de gravures, antiques, médailles, monnaies… Un ensemble très complet de céramiques est dû à la générosité conjuguée de la manufacture de Sèvres (792 objets) et d’Élise Boucher, l’épouse d’Alfred Boucher (54 objets). Cette participation exceptionnelle de la Manufacture de Sèvres a été certainement favorisée par les relations personnelles d’Alfred Boucher et trouve son prolongement dans les très importants dépôts accordés par la Cité de la céramique pour la réouverture du musée en 2017.

Naissance du musée Camille Claudel

En 2003, une exposition Camille Claudel est organisée à Nogent-sur-Seine avec les collections réunies par Reine-Marie Paris, la petite-nièce de l’artiste, et Philippe Cressent. Son énorme succès - quelques 40 000 visiteurs en trois mois – fait naître l’idée de donner une nouvelle ambition au musée Dubois-Boucher en le dotant d’un fonds Camille Claudel significatif. Deux premières œuvres sont acquises : une Étude pour la Tête d’Hamadryade (2006) et L’Implorante (petit modèle) (2007) puis, en 2008, Reine-Marie Paris et Philippe Cressent acceptent de vendre à la ville les collections qu’ils ont constituées au cours de longues années de recherches. La même année, Persée et la Gorgone, le seul marbre monumental de l’artiste, est acquis grâce au mécénat d’entreprises et à la participation de l’État (Fonds national du patrimoine). Enfin, en 2008 toujours, la municipalité acquiert la maison habitée par Camille Claudel avec ses parents de 1876 à 1879. Les bases du projet du musée Camille Claudel sont posées. Yves Bourel puis, à partir de 2012, Françoise Magny, conçoivent un projet qui allie la présentation de la carrière de Camille Claudel à sa contextualisation. La première partie du parcours présente ainsi un panorama de la sculpture française au temps de Camille Claudel grâce au fonds du musée Dubois-Boucher et à une soixantaine de dépôts accordés par quinze institutions différentes. L’ensemble est remis en valeur grâce à une campagne de restauration complète et à l’écrin conçu par l’architecte Adelfo Scaranello.

En juillet 2013, vue sur la façade extérieure de la maison
 Claudel dégagée après les déconstructions.


Ouverture du musée Camille Claudel

Le musée Camille Claudel ouvre ses portes à Nogent-sur-Seine le 26 mars 2017. Musée à la double identité, héritée à la fois du premier musée fondé par Alfred Boucher en 1902 et de l'acquisition de la collection Camille Claudel en 2008. Il déploie un parcours à la fois thématique, sur la sculpture de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, et monographique, autour de l'œuvre de Camille Claudel.


Critique : un écrin somptueux pour un contenu déroutant

À Nogent‑sur‑Seine, le musée Camille Claudel s’impose par son architecture contemporaine, ses volumes élégants et son ambition affichée. Sur le papier, tout semble réuni pour offrir à la ville un lieu culturel majeur. Mais derrière cette façade impeccable se cache une réalité beaucoup moins convaincante : un musée dont le contenu ne correspond ni à son titre, ni à son ambition, ni à l’histoire profonde de la ville.

Une collection trop maigre pour un musée monographique

Le musée porte le nom de Camille Claudel, mais il ne possède qu’un nombre limité d’œuvres authentiques de l’artiste. Le reste est constitué de copies, de moulages ou d’œuvres d’autres sculpteurs du XIXᵉ siècle, ajoutées pour combler un vide impossible à masquer.

Le résultat est un parcours qui peine à convaincre : un musée monothématique… sans la collection nécessaire pour soutenir ce thème.

Un musée de substitution

Pour masquer cette insuffisance, la scénographie juxtapose des œuvres sans lien direct avec Claudel, créant un ensemble disparate, presque hétéroclite. On passe d’une salle à l’autre sans véritable cohérence, comme si l’on tentait de remplir un espace trop grand pour le fonds réel.

C’est un musée qui donne l’impression d’avoir été conçu à l’envers : on a décidé du nom avant de vérifier si l’on avait la matière.

Le musée Camille Claudel est un bel objet architectural, mais un musée conceptuellement fragile, construit sur un vide que même la meilleure scénographie ne peut combler.

Il incarne une vision culturelle déconnectée du patrimoine réel de la ville, tandis que des lieux authentiques, comme la Maison de la Turque, auraient pu devenir des musées légitimes, enracinés, cohérents, et profondément nogentais.






L'Abandon - CLAUDEL Camille (1864-1943) - vers 1886

Bronze (fonte) H. 42,3 cm • L. 39,1 cm • Pr. 20,5 cm

Origine : achat à Reine-Marie Paris en 2008 - N° d'inventaire : 2010.1.23

Fonte Eugène Blot n°2, 1905

 

Cette sculpture en bronze est un petit modèle édité en 1905 par le fondeur et collectionneur Eugène Blot d’après un groupe réalisé par Camille Claudel entre 1886 et 1888, alors qu’elle travaillait dans l’atelier d’Auguste Rodin. Cette version a été légèrement revue par rapport au plâtre plus grand que nature qui fut exposé en 1888 au Salon des artistes français sous le titre Sakountala et qui obtint une mention honorable. L’homme est agenouillé, il soutient la jeune femme qui est debout. Celle-ci replie son bras droit pour cacher son sein, s’appuie sur sa jambe gauche. Le reste du corps se relâche, la femme s’abandonne entièrement dans les bras de l’homme. Les visages sont proches, il semble murmurer à son oreille ou prêt à lui donner un baiser. La source première, comme l’indique le titre du plâtre, est un drame écrit au IVe ou Ve siècle par le poète hindou Kalidasa : lors d’une partie de chasse, le roi Douchmanta rencontre la jeune Sakountala. Tous deux tombent immédiatement amoureux mais le roi doit quitter la jeune femme. En gage de son amour, il lui offre un anneau pour lui permettre de se faire reconnaître. Toutefois, victimes d’une vengeance, Sakountala se fait dérober l’alliance et Douchmanta oublie sa fiancée. Il finit par recouvrer la mémoire grâce à un pêcheur qui lui rapporte la bague trouvée dans le ventre d’un poisson. Un doute subsiste sur l’épisode qui a inspiré Camille Claudel. L’artiste a peut-être représenté la rencontre entre les deux amoureux. Il est aussi possible de voir dans cette sculpture le moment des retrouvailles alors que l’amant implore le pardon de Sakountala. Quoi qu’il en soit, cette sculpture dépasse la transcription d’un moment d’une histoire. L’Abandon : le titre de l’édition en bronze, est désormais allégorique, montrant l’importance accordée à la posture de l’amante confiante, qui s’abandonne dans les bras de l’être aimé. Camille Claudel interroge le lien amoureux, ses nuances et ses subtilités. L’enlacement du couple dévoile la ferveur amoureuse. Dans L’Abandon, les corps s’effleurent à peine, soulignant la délicatesse des sentiments.










Maison de la Turque à Nogent-sur-Seine (10)

 


Il existe à Nogent, dans l’enceinte du quartier du Moyen-Âge de la ville, une maison à pans de bois tout à fait remarquable, qui se délabre chaque jour davantage, abandonnée, faute d’en avoir mesuré sa valeur inestimable.

Située à l’angle de la rue de la Grosse Armée et de la rue de l’abreuvoir, elle fait partie du Nogent reconstruit après le terrible incendie de 1442, qui détruisit une bonne parie de la ville. Elle n’est pas postérieure à la première moitié du XVIe siècle.

Sa présence parmi nous, est tout à fait miraculeuse. En effet, elle est située dans un des quartiers où se sont déroulés les violents combats de février 1814, qui opposèrent les 1 200 hommes des Troupes de napoléon et les Nogentais, au corps d’armée austro-russe du Prince de Schwartzenberg. Combats intensément meurtriers et destructeurs, qui furent suivis de pillages et d’incendies par la soldatesque ennemie pour punir les malheureux habitants d’avoir si bien résisté. Mais ceci est une autre histoire…

Cette demeure dont le style est encore à bien des égards, médiéval, a donc échappé à toutes les destructions au cours de siècles. Si elle a subi certaines transformations durant sa longue existence, en particulier par l’occultation de fenêtres, elle n’en garde pas moins son allure générale intacte.

Son encorbellement, ses fenêtres aux linteaux en arc à accolade, en usage dès le XVe siècle, un beau pilier de bois sculpté, les curieuses et élégantes poutres séparant les croisillons ainsi que les poteaux d’huisserie se présentant sous l’aspect d’une colonnette torsadée finement ouvragée ; voici quelques-uns des détails particulièrement représentatifs de la lente transition de l’époque médiévale à celle de la Renaissance.

Mais, indépendamment de son indéniable intérêt architectural, témoignage de la construction urbaine de cette époque, elle possède un autre atout… son surnom « Maison de la Turque », lui vient de sa mention dans le célèbre roman de Gustave Flaubert : « L’Education sentimentale ».

« Cependant à vingt toises des ponts, sur la rive gauche, une lumière brillait dans la lucarne d’une maison basse… »

Et encore :

« Or, un dimanche pendant qu’on était aux vêpres, Frédéric et Deslaurier, s’étant fait préalablement friser, cueillirent des fleures dans le jardin de Mme Moreau, puis sortirent par la porte des champs et, après un grand détour dans les vignes, revinrent par la Pêcherie et se glissèrent chez la Turque, en tenant toujours leurs gros bouquet ».

« …On appelait ainsi une femme qui se nommait de son vrai nom Zoraïde Turc ».

L’emplacement de cette maison mentionnée dans l’œuvre du grand écrivain a été mis en évidence par une étude très détaillée de la présence et des attaches de Gustave Flaubert à Nogent, par Claude Chevreuil. Ce très intéressant ouvrage est épuisé mais l’on peut le consulter à la bibliothèque de Nogent-sur-Seine.

Ainsi, cette demeure fait non seulement partie du patrimoine architectural nogentais – et national – mais aussi du patrimoine littéraire.

Pourtant, malgré son pittoresque et les témoignages qu’elle représente, cette maison est à l’abandon depuis des années. Des fenêtres ont été arrachées, des carreaux cassés, elle a failli brûler, de jeunes irresponsables ayant allumé un feu à l’intérieur. Des ruissellements d’eau ravagent un pignon…

Pourquoi semblable bâtiment n’est-il pas encore classé et restauré ?

Appartenant à une société de construction, celle-ci a promis d’effectuer sa restauration, mais cette promesse dure depuis des années, et à force d’attendre, des dommages irréparables risquent de se produire.

Cette restauration doit être entreprise d’urgence, avec compétence, en respectant chaque détail de son architecture et cela sous la conduite et la responsabilité des Monuments Historiques.

Une fois restaurée, cette maison se prêtant difficilement à un usage d’habitation, compte tenu des transformations que nécessiterait la vie domestique moderne, pourquoi ne pas en faire un musée historique, retraçant l’histoire de la ville, et regroupant les différents documents iconographiques et autres, relatifs à cette histoire et en même temps reconstituer un intérieur régional…

Ce genre d’établissement fait défaut à Nogent-sur-Seine, ville dont le passé historique est pourtant riche et passionnant, et quel endroit idéal pour cela, qui permettrait en plus d’y associer Gustave Flaubert et son « Éducation sentimentale ».

 

Par l’abbé Jean D. Bonnard 1970


Depuis 10 ans, il ne se passe pas une année sans qu’un journaliste ou un érudit local ne lance un appelle au secours pour cette « Maison de la Turque » nogentaise. Sans entrer dans la polémique, il nous parait pour le moins surprenant qu’en un temps où le Patrimoine est à l’honneur dans tous les discours officiels… il ne se passe rien sur le terrain. Il est vrai qu’il y a beaucoup à faire en Champagne car notre province est restée encore pour partie inconsciente de sa propre valeur. On y a nié le tourisme de façon systématique et si, aujourd’hui, certains tentent de valoriser cette activité économique, combien d’autres restent encore inertes ou pire, agissent à l’encontre !

Il serait dommageable – le mot n’est pas trop fort – d’attendre que cette maison s’effondre dans une tourmente pour affirmer qu’il n’y a plus rien à faire ! M. Sottas, directeur de la société « “Mon Logis”, propriétaire des lieux, confirme, dans un article paru le 13 janvier 1987, que l’opération de réhabilitation est prévue pour cette année 1988. L’espoir fait vivre, dit-on ; alors, espérons que la ‘Maison de la Turque » vivra encore un an, le temps que des hommes de l’art la prennent en main et lui redonnent l’attrait touristique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’avoir….

 

Par l’abbé Jean D. Bonnard 1988




Cette maison à pans de bois et meneaux a servi de cadre à l'Education Sentimentale, Flaubert écrit :

« Ce lieu de perdition projetait dans tout l'arrondissement un éclat fantastique (...). Les fermières en tremblaient pour leur mari, les bourgeoises le redoutaient pour leur bonne, parce que la cuisinière de M. le sous-préfet y avait été surprise, et c'était bien entendu l'obsession secrète de tous les adolescents. »

 Il aura fallu attendre des années pour qu’enfin, le 26 mai 2021, la ville de Nogent-sur-Seine honore Gustave Flaubert et établisse un marquage au sol « Sur les pas de Flaubert »

Ce triangle doré représentant le profil du célèbre écrivain et permettra de mieux valoriser le nouveau parcours touristique autour de l'auteur dont son roman l'Education Sentimentale, paru en 1869.  Sur les pas de Flaubert vous mènera de la Place de l'église vers les Ponts, la Maison de la Turque, et d’autres lieux à découvrir !

 



Le père de Gustave Flaubert, Achille-Cléophas (1784-1846), né à Maizières-la-Grande-Paroisse, a grandi à Nogent-sur-Seine avant de partir exercer la chirurgie à l'Hôtel Dieu de Rouen. Son buste est exposé au Musée municipal Dubois-Boucher.

Sa sœur aînée Eulalie reste vivre à Nogent-sur-Seine et épouse un orfèvre : Parain, pour lequel Gustave avait une tendresse particulière, car comme lui, il aimait brocarder la petite bourgeoisie provinciale. Tous les deux ans, la famille Flaubert effectue le voyage. Le jeune Gustave en profite pour faire des excursions, pêcher et se baigner dans la Seine. Nogent-sur-Seine est le cadre de son troisième roman : "L'Éducation Sentimentale", paru en 1869. Il s'agit de l'œuvre la plus intime de Flaubert puisqu'elle est fondée sur certains éléments autobiographiques.

Le héros, Frédéric Moreau, ressemble à Gustave Flaubert lui-même, d'ailleurs le sous-titre de l'Éducation Sentimentale est "Histoire d'un jeune homme". Le roman débute par un voyage à Nogent, le 15 septembre 1840 et s'y termine, en mars 1867. Il y a un incessant va-et-vient entre Paris et Nogent, le lien étant assuré par la Seine. Sept chapitres sur les dix-sept qui composent le roman se déroulent à Nogent, soit sur les onze années de la vie du héros, Frédéric Moreau, deux ans et neuf mois.

Ainsi il écrit à son ami Ernest Chevallier en 1832 (il a 11 ans) : « Nous avons été l'autre jour à Courtadant (Courtavant) où il y a une ferme de papa. Nous avons pêché, (…) il y avait de l'eau et une petite barque ; je me suis bien amusé et si tu y avais été, tu aurais éprouvé la même joie que moi". Ou encore en 1837, toujours à Ernest Chevallier : "Tu me feras penser (...) à te donner une relation détaillée de mon voyage au Paraclet, ancienne demeure de la grosse Héloïse et de maître Abelard, espèce de bourru et d'imbécile qui n'a gagné à tous ses amours qu'à avoir un testicule en moins ».

 

2023 la maison de la Turque est encore à vendre…..159 500€




Perte d’un potentiel muséal public

Son intérêt ne s’arrête pas à la pierre et au bois : cette demeure est aussi un lieu littéraire. Elle est identifiée comme la maison de Zoraïde Turc, personnage réel mentionné dans L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert. Sept chapitres du roman se déroulent à Nogent-sur-Seine, et cette maison incarne le lien entre la ville et l’un des plus grands écrivains français.

Restaurée récemment, la maison a été re-mise en vente en 2023 pour devenir une habitation privée. Ce choix, bien que légal, constitue une perte patrimoniale majeure. Car cette maison, par son architecture et son ancrage flaubertien, avait toutes les qualités requises pour devenir un musée historique : un lieu dédié à l’histoire de Nogent, à la vie quotidienne d’autrefois, et à la mémoire littéraire.

Nogent-sur-Seine ne dispose d’aucun musée consacré à son histoire urbaine, à son architecture vernaculaire ou à ses liens avec Flaubert. La Maison de la Turque aurait pu combler ce vide. Elle aurait pu devenir un lieu de transmission, de pédagogie, de valorisation du patrimoine local.

Sa privatisation, même après restauration, empêche toute appropriation collective. Elle devient invisible, silencieuse, alors qu’elle aurait pu parler à tous.



samedi 31 janvier 2026

Chapelles disparues dans l'Aube (10)

 


Chapelle de Notre Dame de l’Écherelle


A l’extrémité du faubourg Croncels, pour descendre aux Trévois, on prenait à gauche, une petite rue qui portait le nom de rue de la Vierge. Au milieu de cette rue et du côté de Troyes existait de temps immémorial une chapelle sous le vocable de la Mère de Dieu, et appelée Notre-Dame de l’Echerelle, du nom de la contrée où elle était bâtie.

Les habitants des Trévois en prenaient soin : ils l’ornaient de feuillages, de fleurs et surtout de chandelles aux jours de fête.

Vers le milieu du XVIIe siècle, cette chapelle menaça de s’écrouler. Les habitants des environs et notamment ceux du faubourg se cotisèrent et entreprirent de la rebâtir, mais sur le faubourg. Ils en sollicitèrent la permission qu’ils obtinrent de l’autorité épiscopale qui applaudit à leur projet et en autorisa l’exécution.

Ils assirent leur construction en face du Couvent des Chartreux, toujours dans la contrée de l’Echerelle, afin de pouvoir lui conserver le nom dont ils respectaient l’ancienneté.

La nouvelle chapelle se dressa donc rapidement sous la volonté fervente des habitants de Croncels. Cette construction mesurait 8 m de long, 5 m de large. Les murs de pierre de petit appareil étaient arcboutés par 6 contreforts dont 3 de chaque côté, un toit de tuiles couvrait le tout, et un campanile, où pendait une petite cloche, couronnait le modeste édifice. La façade se composait d’un mur à pignon percé d’une porte en arc surbaissé à 2 vantaux, ayant de chaque côté une petite fenêtre à lancette, fermée de barreaux de fer. L’entrée était abritée par un auvent couvert en ardoises, et soutenu par des « brasseaux » de bois appuyés sur des corbeaux de pierre. Au-dessus de cet auvent, au milieu du pignon, était placée une image de la Vierge sur un cul-de-lampe avec cette inscription : Ave Maria.

A l’intérieur, l’édicule était éclairé par 4 fenêtres ogivales, dont 2 à droite et 2 à gauche. Un plafond de bois régnait sur toute la longueur, « rien n’annonçait qu’il n’y eut jamais de voûte ». Le fond était orné d’un autel rectangulaire de pierre, au-dessus duquel était une Notre-Dame-de-Pitié de pierre, grandeur nature, assise et tenant son fils mort appuyé sur ses genoux. Sur la frise qui portait ce groupe on lisait : « Videte si est dolor meus ». A droite était une Sainte Hoïlde, et à gauche une Sainte Mâthie, vierges troyennes, patronnes des jeunes filles de la ville. Une balustrade de bois protégeait le sanctuaire. Entre les 2 fenêtres de droite, sur un piédestal entouré d’une autre balustrade en hémicycle, s’élevait un bel Ecce Homo de pierre, plus grand que nature, et entre celles de gauche, un Saint-Jean-Baptiste, patron de la paroisse dont dépend cette partie du faubourg.

Ces statues indiquaient les fêtes célébrées à la chapelle, c’est-à-dire toutes les fêtes de la Vierge, le Jeudi-Saint, appelé le Grand-Jeudi, Sainte-Mâthie, le 7 mai, jour chômé sous le nom de Fêté des Viergottes, et la Saint-Jean, le 24 juin. Ces 4 dernières qui étaient des jours de foires, amenaient à Troyes « un concours immense de tous les pays environnants et même de localités éloignées ». Un religieux de l’ordre de saint Bruno, établi aux Chartreux, y célébrait la messe à chacun de ces jours.

Les habitants de Croncels s’ingéniaient à orner de leur mieux leur chapelle chérie. Ils la garnissaient de tentures blanches que fournissaient les blanchisseurs des Trévois, ils la décoraient de guirlandes de fleurs et de verdure. Au petit jour, la chapelle était ouverte et illuminée pour recevoir les pieuses personnes qui venaient prier, et attendre l’heure de la messe.

 « De l’Aube à la nuit close », la chapelle ne désemplissait pas.

La chapelle recevait, aux Rogations, la visite du clergé de Saint-Jean-au-Marché.

Quand 1789 arriva, la chapelle de l’Echerelle eut le sort du monastère des Chartreux et des autres édifices religieux. Elle fut fermée en 1792, le prêtre banni, les habitants de Croncels étant consternés.

Le décret de 1795 déclara la chapelle bien national, en ordonna la vente et la démolition dans le plus court délai.

L’acquéreur, appréhendant qu’un juste retour à l’ordre ne vint interrompre sa jouissance et lui ravir sa propriété, se hâta de la démolir.

Les statues qui ornaient la chapelle furent mises en pièces.

 Il ne reste rien de la chapelle de Notre-Dame de l’Echerelle.   

 

Chapelle Saint Gilles

 


Les bombardements de 1940 détruisirent de nombreuses maisons faubourg Croncels, dont la chapelle Saint-Gilles, ce qui suscita d’énormes regrets parmi les Troyens.

Un devoir de mémoire s’impose, faire revivre ce très bel édifice avec quelques photos.

En 1928, la Société Académique de l’Aube s’est émue de l’état d’abandon, devenu dangereux, dans lequel se trouvait la petite chapelle Saint-Gilles, et encouragée par l’offre spontanée d’une importante contribution, elle a décidé de faire appel à la générosité des habitants de Troyes, afin de réunir les fonds nécessaires à la remise en état de ce curieux édifice : « On dit que la France, devancée dans le domaine des choses pratiques par des pays mieux organisés, doit porter son effort sur les métiers d’art, où elle excelle. Montrons à nos ouvriers avec quel soin leurs ancêtres, de simples charpentiers de faubourg, ont décoré les bois de leur chapelle : sans prétention, avec de l’étude, du goût et du temps, avec l’amour aussi de leur métier, ils ont fait à la fois solide et beau. C’est leur travail qu’il s’agit de sauver.

Saint-Gilles, chef-d’œuvre d’artisanat local, ne doit pas tomber en ruines faute de subsides, il faut conserver sa silhouette pittoresque au vieux faubourg, leur cadre aux intéressantes peintures et sculptures qu’il renferme…

A l’appel de la Société, de la Presse locale et du Clergé de la paroisse, un bel élan s’est manifesté. Déjà près de 30.000 francs ont été recueillis. Encore un effort, et l’existence de Saint-Gilles sera assurée pour longtemps ».

Dès l’époque carolingienne, Croncels (Crunscellum) apparaît, avant 854, lorsque Charles le Chauve en confirme la possession à l’abbaye (qui deviendra) Montier-la-Celle, depuis le VIIe siècle.

Dans une bulle du 5 avril 1139, le pape Innocent II confirme dans ses biens la chapelle Saint-Gilles.

Elle ne faisait pas partie des paroisses de Troyes, mais sa proximité de la ville lui valut souvent d’être traitée comme tel dans le langage courant.

La guerre de Cent Ans répandit sur la Champagne les torrents dévastateurs des armées anglaises et bourguignonnes. C’est alors en 1420, que Saint-Gilles, qui a vu les ruines s’amasser autour de lui, disparaît à son tour sous la pioche.

Après la ruine de la chapelle, les paroissiens fréquentèrent l’église de Saint-André.

C’est tout au début du XVIe siècle, que fut élevé l’édifice, dont la grande originalité résidait dans sa construction entièrement en bois, procédé économique, rare aux environs de Troyes, mais qu’on a employé, dans le nord-est du département, pour les églises rurales de Lentilles, Longsols...

La chapelle dépendait alors de la cure de Saint-André.

A la fin du XVIIIe siècle, Saint-Gilles, dont la sacristie n’existait pas encore, était entourée de son cimetière.

Tout autour de la place qui s’étendait au chevet de Saint-Gilles, des auberges accueillaient les routiers : « La Bonne Âme », « La Fontaine », « l’Image Saint-Claude », « l’Ecu de France », « Le Dauphin Couronné », « La Corne de Cerf », « Le Moulin à Vent », « La Bannière de France » …

La Révolution ferme Saint-Gilles et menace de la détruire une seconde fois. Le 20 janvier 1798, la municipalité troyenne, sur la proposition de l’architecte Milony, décide la destruction de toutes les églises, sauf la Cathédrale. Saint-Gilles, vendue, ferait place à des maisons particulières. Fort heureusement cette délibération resta lettre morte. Une ordonnance royale du 20 mars 1844 érige la chapelle Saint-Gilles en secours de la paroisse Saint-Jean.

A Troyes, au XVe siècle, presque toutes les maisons sont en bois, les maîtres-charpentiers y étant fort habiles. L’Aube est à peu près seule à posséder des édifices de bois. Il n’est pas étonnant que, pour de petites églises rurales, les ressources faisant souvent défaut, les habitants se soient servis, comme pour leurs maisons, de matériaux que fournissaient abondamment les forêts de la région, la pierre manquant totalement. La chapelle dédiée à saint Gilles fut reconstruite en bois.

Cet édifice a subi de nombreux remaniements, mais il est facile de se rendre compte de ce qu’était l’œuvre primitive, une simple nef divisée par des poteaux soutenant des fermes en 5 travées inégales et un chœur à 4 pans.

A cette construction est venu s’ajouter, au XVIe siècle, un transept. La nef a été agrandie par 32 travées et 1 appentis. Des fenêtres devaient être ouvertes dans chaque travée, entre 2 potelets.

Dans ce petit édifice, les charpentiers ont voulu montrer tout leur savoir. La flèche, très champenoise, fine et élégante, entièrement en bois, est à 8 pans. Elle se termine par une croix en fer, avec des ornements en plomb. Le clocher renfermait une cloche de 1698, de 55 cm de hauteur, qui donnait le fa.

Saint-Gilles mesurait 19,50 m. de longueur sur 5,90 m. au sanctuaire et 6,10 m. au portail. La nef allait en s’élargissant à partir des transepts et donnait une longueur totale de 16,50 m. La hauteur était de 8 mètres.

Saint-Gilles recélait tout un musée d’œuvres de l’ancien art troyen, peinture et sculpture.

Parmi les peintures à l’admiration des connaisseurs, il y avait : la jolie « Vierge à l’Enfant », sur un fond d’or, très beau spécimen de l’art primitif local, datant de la fin du XV° siècle ; un « Triptyque de la Passion », sur bois à volets, reproduit ci-dessous : l’« Ecce homo », avec le « Portement de croix », le « Crucifiement », la « Résurrection » ; « La Légende de sainte Anne » racontée en 3 panneaux ; un autre triptyque : « Présentation de Jésus au Temple », « Massacre des Innocents », « Jésus au milieu des Docteurs » ; un dernier triptyque était sur l’autel : « La Salutation angélique », « l’Adoration des Bergers » et « l’Adoration des Mages ».

Espacées entre ces panneaux, se voyaient de belles sculptures du XVIe siècle : « saint Jérôme », 2 statues du patron de la chapelle, une le montrant en religieux, très âgé avec sa biche familière, l’autre en abbé revêtu de l’étole et de la chape, tenant une croix et un livre, la troisième, en religieux, une mitre à ses pieds ; une « Pietà », une « sainte Catherine », un « saint Sébastien », une « sainte Anne et la Vierge ».

La statue de « saint Roch » était citée dans l’ouvrage de M. Mâle sur « l’Art religieux de la fin du Moyen Âge en France ». Saint Roch était invoqué, au moyen âge, contre les épidémies. Ce groupe de pierre est très bon et est attribué au Maître de la sainte Marthe de l’église Sainte-Madeleine.

Voir mon précédent articleici


 

Chapelle Saint-Hippolyte à La Rivière-de-Corps

J'ai imaginé cette chapelle St Hippolyte

La chapelle Saint-Hippolyte, sur le finage de la Rivière-de-Corps, se trouvait dans l’angle formé par le chemin Saint-Hippolyte, joignant le chemin de Troyes à Vauchassis, au nord.

La chapelle Hippolyte est portée sur les cartes géographiques de 1713 et en 1789, dans la « Carte de Champagne divisée en départements et districts, suivant les décrets de l’Assemblée Nationale ».

Charles Galland, curé de Sainte-Savine, déclare le 10 juillet 1755, que « la chapelle Saint-Hippolyte est à une lieue de l’église paroissiale Sainte-Savine ». Elle sert aux paroissiens qui constituent une communauté distincte de celle de Sainte-Savine, et qui comprend La Rivière-de-Corps et le château ou vicomté de La Grange, la Maladière sur la route de Sens, le fief de La Motte, La Vauriau, Dinechien et Nagot.

Dès le Moyen-Âge, la chapelle de Saint-Hippolyte est unie comme succursale à l’église paroissiale de Sainte-Savine, qui est « à la présentation de l’abbé de Montier-la-Celle ».

Thibaut 1er, comte de Champagne, qui tient en fief l’église de Sainte-Savine, la donne à l’abbaye de Montier-la-Celle. Cette donation est confirmée, le 25 avril 1071, par le roi Philippe 1er, dans une assemblée d’évêques à Sens, et par le pape Pascal II, le 25 mai 1107.

Le plus ancien document connu sur Saint-Hippolyte, est de 1185, c’est une charte de Manassès de Pougy, évêque de Troyes, réglant les droits annuels de l’abbaye de Montier-la-Celle et du curé de Sainte-Savine, par rapport à l’église paroissiale de Sainte-Savine et à la chapelle succursale de Saint-Hippolyte. Ce règlement est confirmé le 27 juin 1188, par une bulle du pape Clément III.

Les religieux de Montier-la-Celle possédaient près de la chapelle Saint-Hippolyte un établissement agricole qui est ainsi désigné dans une bulle du pape Grégoire IX, en date du 30 janvier 1237 : « la grange de la Rivière, près Saint-Hippolyte ». La grange de Montier-la-Celle devient un hameau de la Rivière-de-Corps.

En 1629, la ville de Troyes reçoit les propositions d’un fontainier qui demande l’autorisation de faire venir l’eau de la fontaine située entre Torvilliers et la chapelle de Saint-Hippolyte, sans aucun frais pour la ville.

Les registres ecclésiastiques écrits dans la seconde moitié du XVIIIe siècle portent : « Saint-Hippolyte, autrefois succursale de Sainte-Savine. On y dit la messe seulement les dimanches et fêtes. Le revenu va à 250 livres environ. L’abbé de Montier-la-Celle paie 50 écus pour cette desserte ».

La chapelle de Saint-Hippolyte est vendue comme bien national le 8 fructidor an IV (25 août 1795).

François-Joseph Deloynes s’en rend acquéreur moyennant la somme de 1.075 livres. Dans le procès-verbal du 5 thermidor an IV (23 juillet 1795), nous lisons : « la chapelle Saint-Hippolyte sise sur le territoire de la Rivière-de-Corps consiste en un corps de bâtiment formant croix, construit en pierres de craies, couverte en tuiles, voûtée aussi en pierres de craie ayant 78 pieds de long sur 23 pieds de large, et les 2 côtés formant une croix de 17 pieds chaque, sur 21 pieds 6 pouces de large. La hauteur sous clef est de 19 pieds 6 pouces. Sur le centre de la croix, il y a un petit clocher, construit en bois et couvert en ardoise, dans lequel il y a une cloche.

Lors de la vente, le commissaire du Directoire exécutif observe que la cloche, d’après la loi, doit appartenir à la commune « étant unique audit lieu de la Rivière-de-Corps. Cette cloche étant d’une nécessité indispensable à la commune pour appeler au secours les citoyens dans le cas d’un incendie particulier, et aussi pour l’appel aux assemblées communales ».

 

Chapelles des Riceys

Le bourg des Riceys, chef-lieu de canton dans l’Aube, niché dans la vallée de la Laigne, aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, est surtout connu par ses églises et son vignoble.

Dans un temps pas tellement éloigné, la vie religieuse était intense, les confréries vivantes, les offices et processions suivis activement, d’où l’édification, aux Riceys, de nombreuses chapelles et calvaires dont la plupart s’offrent encore aujourd’hui à la dévotion… ou à la curiosité des passants.

 

Sainte-Anne 

Chapelle très ancienne, restaurée en 1600 par un Sergent Royal, on y lisait l’inscription suivante : « Cette chapelle fut fondée par M. Claude Gaultherot et par sa femme Salomé Le Secq, priant qu’après leur mort, Dieu veuille recevoir leurs âmes, et à tous deux leur pardonner, et afin d’éviter les flammes de l’enfer, paradis leur donner ». Cette chapelle était en ruines en 1798, et complètement détruite en mai 1830.

Saint-Sébastien 

J'ai imaginé cette chapelle

Au Magny, à l’extrémité du bourg, à l’est de la route. Fut érigée en 1577. Des travaux de réparation furent effectués de mai 1869 à juin 1970, par souscription des habitants de Magny. A cette époque, une croix de pierre fut ajoutée au-dessus de la porte. On s’y rendait en procession 2 fois l’an, le premier jour des rogations et le dimanche de la Fête-Dieu. Lors de la vente des biens nationaux, cette chapelle fut acquise, avec Saint-Claude et Saint-Clair par un même vigneron, agissant comme mandataire des marguilliers de la paroisse en 1798. Cette chapelle était encore en bon état avant la deuxième guerre mondiale, mais laissée à l’abandon, sa porte ouverte à tous les vents, elle fut livrée au pillage et à la destruction.

 Saint-Prudent 

Se trouvait sur l’emplacement de la route actuelle de Tonnerre, à mi-côté en sortant de Riceys-Haut. Il en reste un lieu-dit. Elle était déjà en ruines en 1789 et ne fit pas partie des biens nationaux mis en vente. La route de Tonnerre fut construite en 1823. On découvrit alors, dans les fondations de la chapelle, une fosse où se trouvaient plusieurs squelettes portant au cou des cœurs en cuivre suspendus à un fil en laiton et contenant chacun un papier devenu indéchiffrable. Ces squelettes étaient très grands.

 Saint-Claude 

Se trouvait sur la route de Riceys-Haut à Mussy, au nord de la route un peu plus haut que le calvaire. Elle appartenait en 1798 à la fabrique de Ricey-Haut, et fut vendue avec celle de Saint-Sébastien. Déjà abandonnée en 1850, elle s’est écroulée vers 1900. Il n’en reste plus qu’une butte de terre. Elle avait été relevée en 1764 par Edme Carraux (1703-1769), commerçant en bois aux Riceys, et devait être entretenue par sa famille à perpétuité.

 Saint-Robert 

Il n’en reste plus que le nom d’une rue dans le quartier de Lanne. Cette chapelle était enclavée dans une habitation mais avait son entrée sur la rue. En 1790 elle possédait encore quelques ornements destinés au culte. Elle appartenait en 1835 à Jobelot Cuny.

Saint-Gond 

Signalée en 1648 sous le nom de Saint-Gaon, cette chapelle disparut au XVIIe siècle. Gond est l’un des 4 saints sous l’invocation desquels fut placée la confrérie fondée par le père Champion en 1637. Jadis, en 1236, s’élevait, à l’emplacement de la ferme de la Grélèe, une autre chapelle Saint-Jean-de-Gond, on en voyait encore les ruines à la fin du XIXe siècle.

 Saint-Louis 

château de Ricey-Bas

Dès 1104, l’abbaye de Molesme avait la plus grande partie de la côte de Tronchoy, qui a toujours donné les vins de première qualité des vignobles des Riceys. Il y fut établi le cellier de Saint-Louis, qui renfermait en outre du vendangeoir, une maison seigneuriale.

A la fin du Moyen Age c’était une maison forte entourée de fossés. On y érigea, sous le nom de Saint-Louis, une chapelle qui lui donna son nom.

A la Révolution, le fief fut vendu à Jean-Jacques Houet de Ricey-Bas en 1791 qui le vendit quelques années plus tard pour acheter le château de Ricey-Bas.

Les bâtiments furent vendus par la suite, démolis et remplacés par le château actuel bâti en 1848.

Mise en vente en 1798, elle ne trouva pas d’acquéreur et fut rendue à la fabrique au Concordat.

Saint-Clair (ou Sainte-Claire) 

Existait en 1771. Elle fut vendue à la fabrique en même temps que Saint-Sébastien. Pillée en partie, démolie après 1900, il ne restait plus rien à l’intérieur. En 1980, il y une restauration partielle, en particulier la toiture de laves.  

 Saint-Jean (Ricey-Haute-Rive) 

Cette chapelle se trouvait entre les deux piliers extérieurs du chœur de l’église de Ricey-Haute-Rive et fut détruite en 1861. C’était une chapelle « bénéficiale » (ces Eglises jouissent de certains privilèges qui ont leur fondement dans la munificence de leurs illustres Fondateurs). Au-dessus de la porte étaient sculptées les armes de France, martelées en 1792. Cette chapelle avait été construite en remplacement d’une chapelle plus ancienne détruite au XVIIe siècle. On devait y dire la messe au moins une fois par mois.

 Saint-Jacques (Ricey-Haut) 


A l’est de Ricey-Haute-Rive. Autour de cette chapelle se trouvait un cimetière où furent enterrés les habitants victimes de la peste en 1631. 

En 1948, la serrure de la porte a été démolie et pour empêcher le pillage et les destructions, il a été transporté ce qui s’y trouvait dans la chapelle des fonds-baptismaux de Ricey-Hauterive en 1949. Malheureusement, les bancs avaient déjà disparu. 

En 1850, elle était encore en bon état d’entretien. En 2019 elle est toujours entretenue.

 Sainte-Sabine (Ricey-Bas) 


Se trouve à la sortie sud de Ricey-Bas. On s’y rendait en procession le second jour des rogations pour y chanter la messe en plein air. Chapelle intacte en 1949, la seule des trois Riceys.

 Saint-Antoine (Ricey-Bas) 

A l’est, sur la route de Gyé. Les contrées de ce nom surtout lorsque, comme ici, s’y trouve une fontaine, sont en général considérées comme ayant offert un refuge aux personnes atteintes du mal des ardents ou du feu de Saint-Antoine.  C’est en ce lieu que se trouvait la maladrerie de Ricey-Bas, occupée en 1614 par une lépreuse.                                                                                                                                     

Vers 1850, elle fut transformée en grange et servit de chenil à la meute du château. Les statues qui l’ornaient furent transportées à Ricey-Bas où elles se trouvent encore dans les niches du grand portail.                                                                                                                                                                        En 1874 la chapelle fut restaurée par M. et Mme Charles de Taisne. On plaça à l’intérieur les statues de saint Antoine, saint Charles Borromée et de sainte Madeleine. On y admire les deux bénitiers. Celui de droite appartient à la chapelle primitive. Une dernière messe y fut dite en 1939.  

 Saint-Roch (Ricey-Bas) 


Bien antérieure à 1612 (première mention). En 1637, les Riceys étaient décimés par une épidémie de peste avec 300 décès cette année-là. Le père Champion, implorant le ciel pour la cessation de cette épidémie qui dévastait les Riceys depuis 1631, groupa sous le patronage de saint Roch, en une seule, les 3 confréries existant dans les trois paroisses : Saint-Roch à Ricey-Bas, SaintGond à Ricey-Haute-Rive et Saint-Sébastien à Ricey-Haut. Il donna ainsi une nouvelle impulsion à la dévotion envers ce saint. La chapelle fut restaurée à cette occasion.            

 A la Révolution, elle fut achetée en 1797 par le sieur Chameroy et donnée par lui, en 1803, à la confrérie de Saint-Roch, à charge d’une messe haute à perpétuité pour lui et sa famille. Peu à peu la chapelle tomba en ruines.                                                                                                                    

La nouvelle chapelle fut construite derrière l’ancienne et inaugurée en août 1867. Mme Monginet offrit la cloche qui surmonte le porche. Le chemin de croix a été mis en place en 1869, ainsi que la verrière principale représentant saint Roch. On célébrait à la chapelle la grand-messe, le jour de la fête de saint Roch, la fête de la Sainte-Croix et le premier jour des Rogations.                                                                                                                                           

 En 1875 furent transférées dans cette chapelle les restes du père Champion. Au-dessus de la tombe fut élevé un monument représentant la chapelle primitive de Saint-Roch et le père Champion à genoux implorant le saint Bienfaiteur des Riceys.

 Chapelle de L’Hermitage 

Dès 1612, il existait une chapelle à la lisière du bois de Thouan.

En 1632, le père Champion, prêtre ermite, releva les bâtiments, et contribua de ses deniers avec Nicolas Vignier, seigneur de Ricey-Bas, à la reconstruction de la chapelle où fut transféré le vocable de Notre-Dame-du-Prieuré-du-Fau. Le lundi de Pâques, des processions se rendaient des villages voisins à Notre-Dame-de-Thouan, selon une coutume déjà très ancienne. L’emplacement de l’ermitage est, en effet, à égale distance de Ricey, Balnot, Neuville, Gué et Courteron. A la Révolution, l’ermitage, bien ecclésiastique fut vendu en 1792. Les bâtiments tombaient en ruines. Les pierres furent enlevées et une vigne occupe l’emplacement.     

 

 

Gabrielle d'Éstrée - Nogent/Seine

  Gabrielle d'Estrées - école de Fontainebleau Gabrielle d’Estrées : une favorite au cœur du règne d’Henri IV Gabrielle d’Estrées est ...