lundi 5 octobre 2026

Origine des comtés d’Auxerre, Nevers et Tonnerre

 

Il existe des régions dont l’histoire ne se laisse pas saisir d’un seul regard, parce qu’elle ne se déroule pas en ligne droite, mais en cercles, en retours, en héritages qui passent de main en main, de maison en maison, de siècle en siècle. Les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre appartiennent à ces terres profondes, où le pouvoir n’est jamais figé, où les dynasties se succèdent comme des saisons, où les alliances, les mariages, les guerres et les réconciliations tissent une trame complexe, presque vivante.

Dans ces vallées, sur ces collines, au bord de ces rivières, les comtes carolingiens ont posé les premières pierres d’un ordre féodal qui allait durer plus de cinq cents ans. Les évêques y ont exercé un pouvoir aussi vaste que celui des seigneurs. Les barons y ont défié les princes. Les rois y ont imposé leur autorité. Les femmes y ont transmis des comtés entiers, orientant le destin de la région avec autant de force que les plus grands guerriers.

Ici, rien n’est simple : Auxerre naît comme un comté épiscopal, Nevers devient un duché puissant, Tonnerre s’affirme comme un pivot stratégique, Donzy comme une baronnie redoutée. Les maisons se succèdent — Landri, Courtenay, Dampierre, Bourgogne, Chalon‑Auxerre — chacune apportant son souffle, ses ambitions, ses conflits, ses alliances. Et au milieu de tout cela, Vézelay, avec sa colline, son abbaye, ses reliques, ses pèlerins, ses abbés, ses rois, ses croisades, joue le rôle d’un phare spirituel et politique, attirant les foules comme les tempêtes.

Ce dossier n’est pas seulement une étude féodale. C’est une traversée. Une manière de comprendre comment trois comtés, unis puis séparés, ont façonné une région entière. Une manière de suivre les pas des comtes, des abbés, des rois, des héritières, des moines, des chevaliers. Une manière de voir comment, dans ces terres de Bourgogne et de Nivernais, l’histoire s’est écrite non pas dans le silence, mais dans les luttes, les serments, les mariages, les excommunications, les croisades, les incendies, les reconstructions.

Ce que l’on découvre ici, ce n’est pas une simple chronologie. C’est une mémoire. Une mémoire faite de pierres, de chartes, de lignages, de batailles, de prières, de transmissions. Une mémoire qui relie les Carolingiens aux Capétiens, les comtes aux ducs, les abbés aux rois, les femmes aux destinées des maisons.

Entrer dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre, c’est entrer dans un monde où chaque nom, chaque alliance, chaque conflit a laissé une trace. Un monde où les frontières ne sont jamais immobiles. Un monde où les dynasties se répondent comme des échos. Un monde où la féodalité n’est pas un décor, mais une respiration.

Bienvenue dans cette histoire. Une histoire qui ne se raconte pas d’un seul trait, mais qui se laisse approcher, comme on approche une vieille forêt : avec respect, avec patience, avec curiosité.


Auxerre, Nevers et Tonnerre


Les comtés d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre s’inscrivent dans l’un des paysages féodaux les plus anciens et les plus complexes de la Bourgogne et des marges de la Champagne. Leur origine remonte au IXᵉ siècle, à une époque où les structures carolingiennes dominent encore la vie politique, religieuse et administrative. Dans ce monde où les pouvoirs se superposent, où les évêques sont aussi des seigneurs, où les comtes exercent des fonctions civiles, militaires et judiciaires, Auxerre et Nevers apparaissent d’abord comme des comtés épiscopaux.

Sous les Carolingiens, le comté d’Auxerre correspond exactement au diocèse. L’évêque en est le maître : il détient à la fois l’autorité religieuse et la fonction comtale. Il en va de même à Nevers, où les évêques sont attestés dès le IVᵉ siècle. Ces prélats, véritables seigneurs territoriaux, distribuent des fiefs à des familles nobles, à condition qu’elles leur rendent hommage. Ainsi se forme, au fil des générations, une mosaïque de seigneuries qui couvre les deux diocèses.

Dans ce cadre, la Baronnie de Donzy occupe une place particulière. Constituée au début du XIᵉ siècle, elle regroupe des terres relevant de l’évêque d’Auxerre, mais situées hors de l’influence directe du comte. Donzy n’est donc pas un fief comtal : c’est une puissance féodale autonome, qui s’insère dans les jeux d’alliances entre Auxerre, Nevers, Tonnerre et les ducs de Bourgogne. Cette baronnie deviendra plus tard un acteur majeur dans les successions et les conflits qui marqueront la région.

Le comté d’Auxerre, très ancien, avait connu des titulaires prestigieux à l’époque carolingienne. À l’avènement des Capétiens, il reste un “honneur” important dans la politique bourguignonne. Mais à partir de 1028, il est associé au comté de Nevers, confié à la dynastie de Landri. Dès lors, Auxerre paraît secondaire, tandis que Nevers devient la résidence habituelle des comtes.

Au fil des siècles, les comtés passent entre les mains de grandes familles : – les Unrochides, comtes palatins de Bourgogne, – les comtes d’Auxonne et de Chalon, – puis les Courtenay, – les Dampierre, – et enfin les Chalon-Auxerre.

Auxerre sera finalement vendu au roi de France à la fin du XIVᵉ siècle, tandis que Nevers, devenu duché, conservera une existence féodale autonome jusqu’à la Révolution.

À partir du Xᵉ siècle, les comtes d’Auxerre sont rarement présents dans leur ville. Leur statut princier les appelle ailleurs, et Nevers est leur résidence principale. Pour administrer Auxerre, ils délèguent leurs pouvoirs à un vicomte, souvent issu de grandes familles bourguignonnes comme les Vergy ou les Toucy. Ces vicomtes disposent du château comtal, édifié en partie sur les murs de la première enceinte. Ce château, résidence royale sous les Mérovingiens et les Carolingiens, a vu passer Charlemagne en 778 et Charles le Chauve en 841. Transformé au fil des siècles, il deviendra palais de justice, puis Bibliothèque-Musée en 1864.

Ainsi se dessine le cadre général : – Auxerre, comté épiscopal ancien, administré par des vicomtes ; – Nevers, comté puis duché puissant, résidence des comtes ; – Tonnerre, comté plus petit mais stratégique, souvent lié aux deux autres ; – Donzy, baronnie indépendante, pivot des alliances féodales.

Ce triangle féodal, enrichi par les routes commerciales, les abbayes, les conflits et les mariages, forme la trame sur laquelle va se dérouler toute l’histoire des comtes d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre.

Ce premier ensemble historique révèle une région où le pouvoir n’a jamais été un bloc uniforme, mais une matière mouvante, façonnée par les circonstances, les ambitions et les héritages. Les comtés d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre ne se développent pas comme des entités isolées : ils évoluent dans un réseau de forces qui les dépasse, où les évêques, les comtes, les barons, les princes et les rois interviennent tour à tour, chacun laissant une empreinte durable. Cette pluralité d’acteurs, loin de créer le chaos, donne naissance à une structure politique étonnamment stable, capable de traverser les siècles en absorbant les crises plutôt qu’en s’effondrant sous leur poids.

Ce qui frappe, dans cette période allant des Carolingiens aux premiers Capétiens, c’est la manière dont les pouvoirs se superposent sans jamais s’annuler. Le comté épiscopal d’Auxerre, par exemple, n’est pas une anomalie : il illustre la capacité des institutions religieuses à exercer une autorité temporelle aussi forte que celle des lignages nobles. À Nevers, la montée en puissance du comté puis du duché montre comment une maison peut transformer un territoire en centre politique majeur. Tonnerre, plus discret mais stratégique, sert souvent de pivot dans les alliances régionales. Quant à Donzy, sa baronnie autonome témoigne de la force des seigneuries locales, capables de rivaliser avec les comtes eux-mêmes.

À travers ces évolutions, une continuité se dessine : les familles qui se succèdent — Unrochides, Courtenay, Dampierre, Chalon — ne créent pas un monde nouveau, mais s’inscrivent dans une tradition déjà ancienne. Chacune apporte son style, ses ambitions, ses alliances, mais aucune ne parvient à rompre le fil qui relie ces comtés depuis l’époque carolingienne. Même les interventions royales, même les ventes ou les réorganisations féodales du XIVᵉ siècle ne parviennent pas à effacer cette structure profonde. Les comtés changent de mains, mais leur logique interne demeure.

Ainsi, ce premier chapitre n’est pas seulement une présentation des origines : c’est la mise en place d’un paysage politique qui va durer près d’un millénaire. Les comtés y apparaissent comme des organismes vivants, capables de se transformer sans se dénaturer, de se transmettre sans se dissoudre, de s’adapter sans disparaître. Comprendre cette période, c’est comprendre la matrice dans laquelle vont s’inscrire toutes les évolutions ultérieures : les grandes dynasties féodales, les conflits du XIIᵉ siècle, les alliances du XIIIᵉ, les recompositions du XIVᵉ, et finalement l’intégration progressive au royaume de France.

Ce texte introductif ouvre donc sur une histoire longue, dense, parfois obscure, mais toujours cohérente. Une histoire où les comtes, les évêques, les abbés, les femmes, les chevaliers, les rois et les seigneurs ont façonné un territoire dont la mémoire, encore aujourd’hui, se lit dans les pierres, les chartes, les lignages et les paysages.

Les comtes carolingiens et post‑carolingiens


L’histoire des comtes d’Auxerre et de Nevers commence dans le cadre politique mouvant de la période carolingienne. Les sources sont rares, les noms parfois incertains, mais les quelques textes conservés permettent de reconstituer une succession de personnages qui ont joué un rôle essentiel dans la structuration féodale de la région.

 Les premiers comtes : une période obscure

Les premiers comtes d’Auxerre sont mal connus. Les documents du VIIᵉ et du VIIIᵉ siècle sont presque muets, et il faut attendre la fin du VIIIᵉ siècle pour voir apparaître des noms précis. Avant cela, Auxerre est un comté épiscopal, administré par l’évêque, mais parfois confié à des comtes nommés par les rois mérovingiens ou carolingiens.


Clotaire Ier – Abbaye St Médard de Soissons


Le premier comte clairement identifié est Peonius, nommé par Clotaire Ier après la mort de Clovis en 511. Peonius n’est pas un seigneur héréditaire : il est choisi pour son mérite, selon la tradition administrative mérovingienne. Son fils Mommole, aventurier militaire, commande les armées de Gontran et de Sigebert contre les Lombards, les Saxons et les troupes de Chilpéric. Sa vie est tumultueuse, et il ne revient jamais à Auxerre. Après lui, le silence des sources s’étend sur près de deux siècles.

Le retour des comtes sous les Carolingiens

Il faut attendre le règne de Pépin le Bref pour voir réapparaître des comtes d’Auxerre clairement attestés. Vers 768, Pépin sollicite l’aide du comte Ermenaud Ier pour lutter contre les Aquitains. Un autre Ermenaud, probablement son descendant, est mentionné en 840 comme fidèle de Lothaire.

En 853, lors de l’assemblée royale de Servais, plusieurs comtes de la région sont cités : – Jobert, comte d’Auxerre ; – Hugues, comte de Nevers et de Bourges ; – Nibelungen, comte d’Avallon ; – Miles, comte de Tonnerre et de Langres.

Ces noms montrent que les comtés d’Auxerre, Nevers, Avallon et Tonnerre sont déjà des entités politiques distinctes, tenues par des familles nobles liées aux rois carolingiens.

 Conrad et Hugues : les princes carolingiens

Crypte St Germain d'Auxerre

[ IXe siècle : sous la protection des rois carolingiens et notamment celle de Charles le Chauve, l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre connait la période la plus florissante de son histoire. Des abbés laïcs proches de la famille au pouvoir se succèdent à la tête de l’abbaye et les diplômes royaux lui attribuant des privilèges se multiplient. L’abbaye accueille un centre de formation réputé, appelé « L’Ecole d’Auxerre », où se sont distingués de grands maitres tels que Rémi, Heiric et Haymon d’Auxerre (auteur de la « théorie des trois ordres fonctionnels »). C’est à cette époque que sont construites les cryptes qui conservent un ensemble de fresques remarquables.]

Après la révolte des grands de Bourgogne en 858, Charles le Chauve nomme Conrad comte d’Auxerre (859‑864) et son frère Hugues l’Abbé abbé laïc de Saint‑Germain. Tous deux sont les neveux de la reine Judith, mère de Charles. Leur influence est immense : Hugues reconstruit l’abbaye de Saint‑Germain, tandis que Conrad reçoit de Lothaire II les comtés de Genève, Valais, Vaud et Gex, formant le duché de Bourgogne Transjurane.

Conrad abandonne Charles le Chauve en 864 et rejoint Lothaire. Cette même année, il tue Hubert, marquis de Saint‑Maurice d’Agaune, et reçoit en récompense de vastes territoires alpins. Auxerre passe alors sous l’autorité de Robert le Fort.

Robert le Fort : l’ancêtre des Capétiens

Robert le Fort (864‑866), figure majeure de l’histoire de France, reçoit les comtés d’Auxerre et de Nevers en 864. Il lutte contre les Normands, remporte plusieurs victoires, mais meurt en 866. Ses fils étant trop jeunes, ses honneurs passent à son beau‑fils Hugues l’Abbé, revenu auprès de Charles le Chauve.

Hugues devient l’un des personnages les plus puissants du royaume : – comte d’Auxerre, – comte d’Anjou, – comte de Blois, – comte du Maine, – comte de Tours, – duc des Francs.

Il assure la régence du royaume entre 882 et 884, lutte contre les Normands, et défend les villes de Bourgogne. Sa mort en 886 est considérée comme un désastre national.


Richard le Justicier : naissance du duché de Bourgogne


À la mort de Hugues, son neveu Richard le Justicier, comte d’Autun, prend possession du comté d’Auxerre et de l’abbatiat de Saint‑Germain. Il étend son autorité sur une vaste région : Auxerre, Avallon, Autun, Beaune, Brienne, Chalon, Dijon, Langres, Nevers, Sens et même Troyes.

En 918, il prend le titre de duc de Bourgogne, fondant la lignée ducale qui dominera la région pendant plusieurs siècles.

Raoul, Hugues le Grand et Héribert : la transition vers les Capétiens

Le fils de Richard, Raoul, devient comte d’Auxerre et roi des Francs (923‑936). À sa mort, le comté passe à Hugues le Grand, fils du roi Robert Ier. Hugues est l’un des hommes les plus puissants de son temps : duc des Francs, comte de Paris, duc de Bourgogne, comte d’Auxerre.

Son fils Héribert, évêque d’Auxerre (971‑996), cumule les fonctions ecclésiastiques et comtales. Il est un réformateur religieux, mais aussi un aristocrate influent, dernier représentant de la lignée carolingienne dans le comté.

Cette période carolingienne et post‑carolingienne, malgré la rareté des sources, constitue la matrice dans laquelle se forment les structures féodales qui domineront la région pendant des siècles. Les comtes qui apparaissent dans les textes, parfois fugitivement, ne sont pas de simples administrateurs nommés par les rois : ils sont les premiers acteurs d’un système territorial en construction, où l’autorité se partage entre les familles nobles, les évêques, les abbés laïcs et les princes carolingiens. Leur rôle, souvent méconnu, est pourtant essentiel : ils posent les bases d’un pouvoir comtal qui, plus tard, deviendra héréditaire, structuré et profondément enraciné.

Ce qui se dessine à travers ces noms — Peonius, Mommole, Ermenaud, Jobert, Hugues, Miles, Conrad, Robert le Fort — c’est un monde où les comtés ne sont pas encore des entités stables, mais des charges confiées à des hommes dont la loyauté, les alliances et les compétences militaires déterminent l’équilibre régional. Les comtes sont des relais du pouvoir royal, mais aussi des acteurs locaux capables d’influencer les dynasties, de soutenir les abbayes, de protéger les villes, ou de s’opposer aux ambitions des princes voisins. Leur action, même lorsqu’elle n’est attestée que par quelques lignes, révèle une société en pleine transformation.

L’intervention des grandes figures carolingiennes, comme Charles le Chauve ou Lothaire, montre à quel point Auxerre, Nevers et Tonnerre sont intégrés dans les enjeux politiques du royaume. Les comtes ne sont pas isolés : ils participent aux assemblées, aux révoltes, aux campagnes militaires, aux reconstructions d’abbayes. L’exemple de Conrad et de Hugues l’Abbé illustre parfaitement cette imbrication : l’un reçoit des comtés alpins, l’autre devient l’un des hommes les plus puissants du royaume. Auxerre, dans ce contexte, n’est pas un comté secondaire : c’est un point d’appui dans la politique bourguignonne, un lieu où se croisent les ambitions des princes, des évêques et des seigneurs.

La mort de Robert le Fort, l’ascension de Hugues l’Abbé, la présence de vicomtes issus de grandes familles bourguignonnes, tout cela montre que la région n’est jamais figée. Les charges passent, les alliances se recomposent, les maisons se succèdent, mais le cadre féodal se renforce. Peu à peu, les comtés deviennent des entités plus stables, capables de se transmettre, de s’associer, de se séparer, de s’intégrer dans des dynasties plus vastes. Ce processus, amorcé dès le VIIIᵉ siècle, prépare l’émergence des grandes maisons féodales qui domineront Auxerre, Nevers et Tonnerre à partir du XIᵉ siècle.

Ainsi, cette période obscure n’est pas un simple prélude : elle est le socle sur lequel repose toute l’histoire ultérieure des comtés. Les noms qui apparaissent dans les diplômes, les assemblées ou les récits militaires sont les premiers jalons d’une continuité qui traversera le Moyen Âge. Comprendre ces comtes carolingiens et post‑carolingiens, c’est comprendre la naissance d’un paysage politique où les pouvoirs se superposent, se complètent et se répondent, donnant à la région une identité féodale unique, faite de complexité, de rivalités, mais aussi d’une étonnante cohérence.


La première maison des comtes de Nevers, Auxerre et Tonnerre

(Maison de Landri — XIᵉ siècle)

D'azur semé de billettes d'or au lion du même,
armé et lampassé de gueules, brochant sur le tout

Avec la mort d’Héribert et la fin de la période carolingienne, une nouvelle dynastie s’impose progressivement sur les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre : la maison de Landri, issue d’une noblesse locale mais solidement liée aux grands lignages bourguignons et capétiens. C’est elle qui va donner une cohérence politique durable à ces trois comtés, jusqu’à leur union définitive au milieu du XIᵉ siècle.

Landri (970‑1028)

Comte de Nevers (989‑1028) Fils de Bodo, seigneur de Monceaux, Landri entre dans l’histoire par son mariage avec Mathilde d’Ivrée, fille d’Otte‑Guillaume, puissant seigneur de Bourgogne, de Besançon et de Mâcon. Ce mariage lui apporte le comté de Nevers en 989, puis une position stratégique dans les jeux féodaux de Bourgogne.

Landri est un personnage habile, capable de naviguer entre les ambitions du duc de Bourgogne, celles du roi de France et les rivalités locales. En 1005, après des conflits entre Otte‑Guillaume et le roi Robert II, Landri obtient même la confirmation du titre de comte d’Auxerre, ce qui prépare l’union future des comtés.

Renaud Ier (1000‑1040)

Comte de Nevers (1028‑1040) Comte d’Auxerre (1031‑1040) Fils de Landri et de Mathilde, Renaud épouse Adélaïde de France, fille du roi Robert II. Ce mariage renforce considérablement le prestige de la maison de Nevers, qui devient une famille proche des Capétiens.

Renaud lutte contre Robert le Vieux, duc de Bourgogne, au sujet des limites entre le duché et le comté d’Auxerre. Il meurt au combat en 1040, laissant une situation tendue mais une dynastie solidement établie.

Guillaume Ier (1030‑1083)

Comte de Nevers, d’Auxerre (1040‑1083) Comte de Tonnerre (1050‑1083) Guillaume, fils de Renaud, réalise l’union tant attendue des trois comtés en épousant Ermengarde de Tonnerre, fille de Renaud de Tonnerre. Cette union est capitale : elle rassemble Nevers, Auxerre et Tonnerre sous une seule autorité, créant un ensemble féodal cohérent et puissant.

Guillaume poursuit la lutte contre le duc de Bourgogne Robert le Vieux jusqu’à la mort de ce dernier en 1076. Son règne est marqué par des tensions constantes, mais aussi par une consolidation territoriale sans précédent.

Renaud II (1050‑1097)

Comte de Nevers et d’Auxerre (1083‑1097) Fils de Guillaume Ier et d’Ermengarde, Renaud II épouse Agnès de Beaugency, issue d’une grande famille ligérienne. Il marie sa fille Ermengarde à Miles de Courtenay, seigneur de Courtenay, alliance qui aura des conséquences majeures un siècle plus tard, lorsque les Courtenay deviendront comtes de Nevers.

Renaud II est un seigneur actif, engagé dans les conflits régionaux, mais son règne reste relativement stable.

Guillaume II (1080‑1148)

Comte de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre (1097‑1148) Guillaume II, fils de Renaud II, est l’un des comtes les plus marquants de la dynastie. En 1101, il s’embarque avec une armée de quinze mille hommes pour soutenir le royaume de Jérusalem, mais cette expédition tourne au désastre.

Son règne est marqué par de nombreux conflits, notamment avec le comte de Blois, Thibaut, et avec l’abbaye de Vézelay. Il est fait prisonnier à Avallon, puis libéré en 1119. Les tensions avec Vézelay sont constantes : en 1119, ses hommes pénètrent de force dans l’abbaye et maltraitent les moines, ce qui lui vaut une réprimande de l’évêque de Nevers.

Guillaume II est un ami du roi Louis VII. En 1147, le roi part en croisade et lui propose la régence du royaume, mais Guillaume refuse : il a décidé d’entrer dans les ordres pour expier ses fautes envers Vézelay. Il meurt en 1148.

Guillaume III (1105‑1161)

Comte de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre (1148‑1161) Fils de Guillaume II, Guillaume III reprend les hostilités contre Vézelay dès son retour des croisades. En 1150, il s’allie aux bourgeois de Vézelay contre l’abbé Ponce, provoquant une crise majeure. Louis VII doit intervenir plusieurs fois pour rétablir la paix.

Guillaume III partage ses terres entre ses deux fils : – Guillaume IV, qui reçoit Nevers et Auxerre ; – Guy Ier, qui reçoit Tonnerre.

Guillaume IV (1130‑1168)

Comte de Nevers et d’Auxerre (1161‑1168) Guillaume IV poursuit les conflits avec Vézelay. En 1165, il tente de déposer l’abbé Guillaume de Mello. Louis VII intervient encore une fois pour rétablir l’ordre. Guillaume part ensuite en Terre sainte pour expier ses fautes et meurt à Acre en 1168.

Guy Ier (1131‑1175)


Comte de Tonnerre (1161‑1175) Comte de Nevers et d’Auxerre (1168‑1175) Guy réunit de nouveau les trois comtés. Il épouse Mathilde de Bourgogne, petite‑fille du duc Hugues II. Son règne est marqué par des conflits extrêmes avec Vézelay, au point qu’il est excommunié. Il refuse l’hommage au duc de Bourgogne Hugues III, ce qui déclenche une guerre : Guy est battu, capturé à Beaune en 1174, libéré contre rançon, puis meurt en 1175.

Guillaume V (1168‑1181)

Comte de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre (1175‑1181) Fils de Guy et de Mathilde, Guillaume V est très jeune. Sa mère administre les comtés. Il meurt enfant, ouvrant la voie à une succession complexe qui fera basculer les comtés dans une nouvelle dynastie : les Courtenay.

  L’histoire de la maison de Landri montre comment une dynastie locale, solidement insérée dans les réseaux bourguignons et capétiens, a réussi à transformer trois comtés encore fragmentés en un ensemble politique cohérent. Ce qui frappe dans cette lignée, c’est sa capacité à utiliser les alliances matrimoniales comme des leviers de puissance. Landri, en épousant Mathilde d’Ivrée, ne se contente pas d’obtenir Nevers : il s’inscrit dans une stratégie qui relie les comtés aux grands lignages de Bourgogne et aux cercles proches du roi de France. Dès le début, la maison de Nevers n’est pas isolée : elle est au cœur des dynamiques féodales du XIᵉ siècle.

À travers les générations, cette dynastie montre une remarquable continuité dans sa manière de gouverner. Renaud Ier renforce les liens capétiens, Guillaume Ier réalise l’union des trois comtés, Renaud II consolide les alliances ligériennes, Guillaume II s’engage dans les conflits régionaux et les croisades, Guillaume III tente de maîtriser Vézelay, Guillaume IV poursuit les luttes religieuses, Guy Ier réunit à nouveau les comtés, et Guillaume V clôt la lignée en ouvrant la voie à une nouvelle maison. Chacun, à sa manière, contribue à façonner un territoire où le pouvoir comtal devient une réalité durable, structurée, reconnue.

Ce qui donne à cette maison une importance particulière, c’est sa capacité à maintenir l’équilibre entre les forces locales et les influences extérieures. Les comtes doivent composer avec les évêques d’Auxerre, les ducs de Bourgogne, les seigneurs de Donzy, les abbayes puissantes comme Vézelay, et les ambitions royales. Ils ne peuvent pas gouverner par la seule force : ils doivent négocier, arbitrer, concéder, parfois combattre, souvent s’allier. Leur pouvoir est un pouvoir de relations, de diplomatie autant que de guerre. Cette manière de gouverner donne à la région une cohésion nouvelle, qui perdurera bien au-delà de leur dynastie.

La maison de Landri est également marquée par des épisodes qui montrent la fragilité du pouvoir féodal : les conflits incessants avec Vézelay, les guerres contre les ducs de Bourgogne, les croisades qui emportent des comtes loin de leurs terres, les captivités, les excommunications, les successions difficiles. Pourtant, malgré ces crises, la dynastie parvient à maintenir l’unité des comtés pendant plus d’un siècle. Cette stabilité relative, dans un monde féodal souvent instable, témoigne de la solidité de ses alliances et de la force de son implantation territoriale.

Enfin, cette première maison prépare directement les évolutions à venir. Les mariages conclus par Renaud II et Guillaume Ier ouvrent la voie à l’arrivée des Courtenay ; les conflits avec Vézelay annoncent les tensions religieuses du XIIᵉ siècle ; les alliances bourguignonnes préfigurent les recompositions du XIIIᵉ. La maison de Landri n’est pas seulement une dynastie fondatrice : elle est le socle sur lequel vont se construire les grandes maisons féodales qui lui succéderont. Elle donne à Nevers, à Auxerre et à Tonnerre leur première véritable identité politique, leur première cohérence territoriale, leur première continuité dynastique.

Ainsi s’achève l’histoire de la première maison comtale : une dynastie qui, par ses alliances, ses conflits, ses ambitions et ses héritages, a façonné durablement le destin des trois comtés et préparé le terrain pour les grandes transformations féodales des siècles suivants.


La deuxième maison : les Courtenay

(1181 – 1257)

D’or à trois tourteaux de gueules


Avec la mort prématurée de Guillaume V et l’extinction provisoire de la lignée masculine directe, les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre passent entre les mains d’une nouvelle dynastie : la maison de Courtenay, issue d’un rameau capétien. Cette transition marque un tournant majeur : les comtés deviennent des possessions proches du pouvoir royal, et leur histoire se mêle étroitement à celle des Capétiens.

La succession d’Agnès (1181‑1189)

À la mort de Guillaume V, encore enfant, la succession masculine n’est pas totalement éteinte : Renaud, troisième fils de Guillaume III, est vivant. Mais il a commis une faute politique grave : il a défié le roi Philippe Auguste dans une joute… et l’a battu. Le roi, vexé, écarte Renaud de la succession et prend possession des comtés de Nevers et d’Auxerre.

L’héritage revient donc à Agnès, sœur de Guillaume V. Elle passe trois ans à la cour de France, sous la protection directe du roi.

Le mariage d’Agnès et de Pierre II de Courtenay (1184)

En 1184, Philippe Auguste marie Agnès à Pierre II de Courtenay, son cousin germain, petit‑fils du roi Louis VI. Ce mariage est capital : il fait entrer les comtés dans la sphère capétienne.

Pierre II devient : – comte de Nevers, – comte d’Auxerre, – comte de Tonnerre, – marquis de Namur (1193‑1217), – et plus tard empereur latin de Constantinople (1217‑1218).

Agnès, elle, reste comtesse en titre, mais Pierre exerce l’autorité réelle.

Ce mariage renoue aussi un lien ancien : un siècle plus tôt, Renaud II de Nevers avait marié sa fille Ermengarde à Miles de Courtenay. Les deux familles se retrouvent donc unies à nouveau.

Pierre II, un seigneur ambitieux et turbulent

Pierre II est un personnage complexe : – proche du roi de France, – engagé dans les affaires de Flandre, de Namur et de Champagne, – impliqué dans les croisades, – souvent en conflit avec ses voisins.

En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion se rencontrent à Vézelay avant de partir pour la troisième croisade. Pierre est présent dans l’entourage royal.

En 1192, devenu veuf, il se remarie avec Yolande de Hainaut, fille du comte Baudouin, futur empereur latin de Constantinople. Ce mariage renforce encore ses liens avec les grandes familles européennes.

Le conflit avec Hervé IV de Donzy (1199)

En 1199, un conflit éclate entre Pierre de Courtenay et Hervé IV de Donzy, puissant baron voisin. Le combat tourne à l’avantage d’Hervé : – Pierre est vaincu, – Pierre est capturé, – Pierre ne retrouve sa liberté qu’en acceptant les exigences de son vainqueur.

Ce point est crucial :  Hervé IV impose à Pierre la cession du comté d’Auxerre.

Cette cession forcée ouvre la voie à une nouvelle redistribution des pouvoirs dans la région, et prépare l’entrée des Donzy dans la haute aristocratie comtale.

Mahaut de Courtenay (1185‑1257)

Fille de Pierre II et d’Agnès, Mahaut de Courtenay hérite des comtés à la mort de ses parents. Elle devient :

– comtesse de Nevers (1207‑1257), – comtesse d’Auxerre (1218‑1257), – comtesse de Tonnerre (1218‑1257).

Mahaut est l’une des plus grandes figures féminines de l’histoire féodale de la région. Elle gouverne avec énergie, intelligence et constance pendant près de cinquante ans.

Le mariage de Mahaut avec Hervé IV de Donzy

Pour sceller la paix entre les Courtenay et les Donzy, Mahaut épouse Hervé IV de Donzy, celui‑là même qui avait vaincu son père. Ce mariage unit :

– la maison de Courtenay, – la baronnie de Donzy, – les comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre.

Hervé devient comte de Nevers par son mariage, mais Mahaut reste l’héritière légitime.

Après la mort d’Hervé, Mahaut épouse Guy de Forez, qui devient également comte de Nevers.

Agnès de Donzy (1199‑1225)

D'azur à trois pommes de pin d'or

Fille de Mahaut et d’Hervé IV, Agnès de Donzy hérite de Donzy. Elle épouse d’abord Philippe de France, fils de Louis VIII, puis Guy de Châtillon, fils du comte de Saint‑Pol. Par elle, les terres de Donzy passent dans la maison de Châtillon.

Yolande de Châtillon (1223‑1254)

De gueules, à trois pals de vair, au chef d'or

Fille d’Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon épouse Archambaud X de Dampierre, seigneur de Bourbon. Ce mariage prépare l’arrivée de la maison de Dampierre à la tête des comtés.

La maison de Courtenay aura donc : – consolidé les comtés, – renforcé les liens avec la royauté, – étendu son influence jusqu’à Constantinople, – préparé la transition vers les Dampierre.

Elle marque l’un des sommets politiques de l’histoire des comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre.

L’arrivée de la maison de Courtenay marque une transformation profonde dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Avec elle, les comtés cessent d’être seulement des possessions féodales locales pour devenir des éléments intégrés dans la politique capétienne. Ce changement n’est pas seulement dynastique : il modifie la nature même du pouvoir dans la région. Les Courtenay, issus d’un rameau direct des Capétiens, apportent avec eux une vision plus large, un réseau d’alliances plus vaste, et une capacité d’intervention qui dépasse largement le cadre bourguignon traditionnel.

La succession d’Agnès illustre parfaitement cette nouvelle logique. Le roi Philippe Auguste, en écartant Renaud pour une faute d’honneur, montre que les comtés ne sont plus seulement des héritages familiaux : ils deviennent des instruments politiques que la monarchie peut redistribuer selon ses intérêts. Le mariage d’Agnès avec Pierre II de Courtenay n’est pas un simple arrangement féodal : c’est un acte politique majeur, qui rattache les comtés à la famille royale et les insère dans les enjeux européens. Pierre II, par ses titres multiples — comte, marquis, empereur latin — incarne cette ouverture vers un monde plus vaste, où les comtés bourguignons deviennent des pièces d’un échiquier international.

Cette période est également marquée par des tensions fortes, qui montrent que la puissance des Courtenay n’est pas sans limites. Le conflit avec Hervé IV de Donzy, qui impose la cession du comté d’Auxerre, révèle la vigueur des seigneuries locales et leur capacité à résister même à un prince capétien. Cette cession forcée n’est pas un épisode isolé : elle ouvre la voie à une recomposition politique où les Donzy, jusque‑là barons puissants mais secondaires, deviennent des acteurs majeurs de la haute aristocratie régionale. La maison de Courtenay doit donc composer avec des forces locales qui ne se laissent pas absorber sans résistance.

La figure de Mahaut de Courtenay domine cette dynastie. Héritière des trois comtés, gouvernant pendant près d’un demi‑siècle, elle incarne une forme de pouvoir féminin exceptionnel dans l’histoire féodale. Son autorité, sa constance, sa capacité à maintenir l’équilibre entre les maisons rivales, les ambitions du roi, les tensions religieuses et les conflits seigneuriaux, font d’elle l’une des grandes comtesses du Moyen Âge. Son mariage avec Hervé IV de Donzy scelle une paix nécessaire, mais aussi une union politique qui renforce la cohésion des comtés. Par elle, les Courtenay et les Donzy deviennent les piliers d’un ensemble féodal solide, capable de résister aux crises.

Les générations suivantes — Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon — montrent comment les alliances matrimoniales continuent de façonner le destin des comtés. À travers elles, les terres passent dans la maison de Châtillon, puis s’orientent vers les Dampierre. Ce glissement n’est pas une rupture : c’est la continuité logique d’une politique fondée sur les mariages, les héritages et les équilibres féodaux. Les Courtenay, en consolidant les comtés, en renforçant les liens avec la royauté, en étendant leur influence jusqu’à Constantinople, préparent directement l’arrivée des Dampierre, qui donneront à la région une nouvelle impulsion.

Ainsi, la maison de Courtenay représente l’un des sommets politiques de l’histoire des comtés. Elle apporte une dimension royale, une ouverture internationale, une stabilité dynastique, mais aussi des tensions qui montrent la vitalité du paysage féodal. Elle n’est pas seulement une transition : elle est une apogée, un moment où les comtés atteignent une importance politique rare, avant de passer entre les mains d’une nouvelle maison qui poursuivra leur histoire.


La troisième maison : les Dampierre

(1254 – 1262)


D'or au lion de sable armé et lampassé de gueules

 

Avec la mort de Mahaut de Courtenay et la transmission des terres à sa descendance féminine, une nouvelle dynastie prend le contrôle des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre : la maison de Dampierre, issue des seigneurs de Bourbon. Cette transition marque une nouvelle étape dans l’histoire féodale de la région, où les alliances matrimoniales jouent un rôle déterminant.

Yolande de Châtillon : l’héritière qui ouvre la voie aux Dampierre

La maison de Dampierre arrive au pouvoir par Yolande de Châtillon, fille d’Agnès de Donzy et de Guy de Châtillon. Yolande est l’héritière de la seigneurie de Donzy, mais aussi d’une partie des droits féodaux transmis par sa mère et sa grand‑mère Mahaut de Courtenay.


Archambaud IX – Maison de Bourbon

D'or au lion de gueules accompagné de huit coquilles d'azur

En 1254, Yolande épouse Archambaud IX de Dampierre, seigneur de Bourbon. Ce mariage unit :

  • la maison de Châtillon,
  • la maison de Donzy,
  • la maison de Courtenay,
  • et la maison de Dampierre.

Par cette union, les Dampierre deviennent les nouveaux maîtres des comtés.

Mahaut de Dampierre (1234‑1262)

Comtesse de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre (1257‑1262) Fille d’Archambaud X de Dampierre et de Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre hérite des trois comtés à la mort de sa mère. Elle devient l’une des rares femmes à gouverner simultanément Nevers, Auxerre et Tonnerre.

Mahaut est une figure importante : – elle administre les comtés avec fermeté, – elle maintient l’unité territoriale héritée des Courtenay, – elle assure la continuité des alliances bourguignonnes et capétiennes.

Son règne est bref, mais décisif : il prépare la transition vers une nouvelle maison comtale, celle des Bourgogne.

Le mariage de Mahaut avec Eudes de Bourgogne

Eudes de Bourgogne – Maison de Bourgogne

Bandé d'or et d'azur en six pièces, à la bordure endentée de gueules

Pour renforcer sa position et consolider les comtés, Mahaut épouse Eudes de Bourgogne, fils du duc Hugues IV. Ce mariage est stratégique : il rattache les comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre à la puissante maison ducale de Bourgogne.

Eudes devient : – comte de Nevers, – comte d’Auxerre, – comte de Tonnerre, par son mariage avec Mahaut.

Cette union marque le passage des comtés sous l’influence directe des ducs de Bourgogne, ce qui aura des conséquences majeures pour la suite de leur histoire.

La fin de la maison Dampierre sur les comtés

Mahaut meurt en 1262, laissant les comtés entre les mains de son mari Eudes de Bourgogne. La maison de Dampierre, bien qu’ayant régné brièvement, a joué un rôle essentiel :

  • elle a assuré la continuité dynastique après les Courtenay,
  • elle a transmis les comtés à la maison de Bourgogne,
  • elle a maintenu l’unité territoriale,
  • elle a renforcé les liens entre Nevers, Auxerre, Tonnerre et le duché de Bourgogne.

La maison de Dampierre n’a donc pas marqué les comtés par la durée, mais par la transition : elle est le pont entre les Courtenay et les Chalon‑Auxerre.

 L’arrivée de la maison de Dampierre marque une période brève mais décisive dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Contrairement aux Courtenay, dont la domination s’étend sur plusieurs décennies et s’inscrit dans les grands enjeux capétiens, les Dampierre n’exercent leur autorité que quelques années. Pourtant, leur rôle est essentiel : ils assurent la transition entre deux grandes dynasties, stabilisent les comtés après une succession complexe, et préparent leur intégration dans la puissante maison ducale de Bourgogne. Leur règne, court mais structurant, agit comme un pont entre deux époques féodales.

La figure de Yolande de Châtillon est au cœur de cette transition. Héritière de Donzy, descendante des Courtenay, elle incarne la continuité des lignages féminins qui, dans cette région, jouent un rôle déterminant dans la transmission des pouvoirs. Par son mariage avec Archambaud IX de Dampierre, elle unit plusieurs maisons majeures : Châtillon, Donzy, Courtenay et Dampierre. Cette union n’est pas seulement matrimoniale : elle scelle une recomposition politique où les Dampierre deviennent les nouveaux maîtres des comtés, tout en héritant des alliances, des obligations et des rivalités accumulées par les générations précédentes.

Mahaut de Dampierre, fille de Yolande, poursuit cette logique de continuité. Son règne, bien que bref, est marqué par une volonté de maintenir l’unité territoriale héritée des Courtenay. Elle gouverne avec fermeté, s’appuie sur les alliances bourguignonnes et capétiennes, et veille à préserver la cohésion des trois comtés. Sa position est d’autant plus remarquable qu’elle fait partie des rares femmes à exercer simultanément l’autorité sur Nevers, Auxerre et Tonnerre. Dans un monde féodal où le pouvoir féminin est souvent limité aux transmissions, Mahaut incarne une forme d’autorité active, capable de stabiliser un ensemble politique fragile.

Le mariage de Mahaut avec Eudes de Bourgogne marque un tournant majeur. En s’unissant à un fils du duc Hugues IV, elle rattache les comtés à l’une des plus puissantes maisons du royaume. Ce mariage n’est pas seulement une alliance : il est une intégration. Les comtés passent sous l’influence directe des ducs de Bourgogne, ce qui aura des conséquences profondes pour leur histoire future. Eudes, devenu comte par son mariage, apporte avec lui la force politique, militaire et territoriale de la maison ducale, ouvrant la voie à une nouvelle phase de consolidation.

La maison de Dampierre, malgré la brièveté de son règne, joue donc un rôle de charnière. Elle assure la continuité dynastique après les Courtenay, transmet les comtés à la maison de Bourgogne, maintient l’unité territoriale, et renforce les liens entre Nevers, Auxerre, Tonnerre et le duché. Elle n’est pas une dynastie de longue durée, mais une dynastie de transition, un passage nécessaire entre deux puissances féodales. Sans elle, la recomposition politique du XIIIᵉ siècle n’aurait pas eu la même cohérence.

Ainsi, la maison de Dampierre occupe une place singulière : courte, mais essentielle ; discrète, mais structurante ; transitoire, mais décisive. Elle prépare directement l’arrivée des Chalon‑Auxerre, qui donneront aux comtés une nouvelle orientation et s’inscriront dans la continuité de ce travail de stabilisation.


La quatrième maison : les Chalon‑Auxerre

(1266 – 1379)

De gueule barré d’or

Avec la mort de Mahaut de Dampierre et le passage des comtés à son mari Eudes de Bourgogne, une nouvelle dynastie se met en place : la maison de Chalon‑Auxerre, issue des seigneurs de Chalon et de Salins. Cette maison va gouverner les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre pendant plus d’un siècle, jusqu’à leur vente au roi de France à la fin du XIVᵉ siècle.

Les Chalon‑Auxerre sont des seigneurs puissants, liés aux ducs de Bourgogne, aux comtes de Champagne et aux grandes familles féodales de l’Est du royaume. Leur règne marque une période de stabilisation politique, mais aussi de conflits, de successions complexes et de recompositions territoriales.

Jean Ier de Chalon‑Auxerre (1243‑1309)

Comte d’Auxerre (1273‑1290) Seigneur de Rochefort (1266‑1309)

Jean Ier est le fils de Jean de Chalon, comte de Chalon puis seigneur de Salins, et d’Isabelle de Courtenay. Par sa mère, il est directement lié à la maison de Courtenay, ce qui lui ouvre la voie vers les comtés d’Auxerre et de Tonnerre.

Jean Ier épouse successivement : – Élisabeth de Lorraine, fille du duc Mathieu II ; – Alix de Bourgogne, fille d’Eudes de Bourgogne, comte de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre ; – Marguerite de Beaujeu, fille de Louis de Forez.

Ces alliances multiples renforcent sa position dans les réseaux féodaux bourguignons et champenois.

Jean Ier administre Auxerre avec efficacité, mais son règne est marqué par des tensions avec les seigneurs voisins et par les rivalités internes à la maison de Bourgogne.

Guillaume de Chalon‑Auxerre (1266‑1304)

Comte d’Auxerre (1290‑1304) Comte de Tonnerre (1293‑1304)

Fils de Jean Ier et d’Alix de Bourgogne, Guillaume hérite du comté d’Auxerre en 1290 et du comté de Tonnerre en 1293. Il épouse Éléonore de Savoie, fille d’Amédée V, comte de Savoie, ce qui renforce les liens entre Auxerre et les puissances alpines.

Guillaume administre ses terres dans un contexte de rivalités féodales, mais son règne reste relativement stable. Il meurt en 1304, laissant les comtés à son fils Jean II.

Jean II de Chalon‑Auxerre (1292‑1361)

Comte d’Auxerre (1304‑1361) Comte de Tonnerre (1304‑1335) Seigneur de Rochefort (1309‑1361)

Jean II est l’un des comtes les plus importants de la dynastie. Il épouse Alix de Chalon, fille de Renaud de Chalon, comte de Montbéliard, ce qui renforce encore les liens entre les différentes branches de la maison de Chalon.

Son règne est long (57 ans), marqué par : – une administration solide, – une présence active dans les affaires bourguignonnes, – des relations étroites avec les ducs de Bourgogne, – des tensions avec les seigneurs locaux, – et une gestion prudente des comtés.

Jean II cède le comté de Tonnerre en 1335, mais conserve Auxerre jusqu’à sa mort en 1361.

Jean III de Chalon‑Auxerre (1318‑1379)

Comte de Tonnerre (1360‑1379) Comte d’Auxerre (1361‑1370)

Fils de Jean II et d’Alix de Chalon, Jean III hérite du comté de Tonnerre en 1360 et du comté d’Auxerre en 1361. Il épouse Marie de Crespin, fille de Guillaume VI du Bec‑Crespin.

Jean III est le dernier comte d’Auxerre de la maison Chalon‑Auxerre. Son règne est marqué par : – des difficultés financières, – des conflits féodaux, – la pression croissante du roi de France, – et la montée en puissance des ducs de Bourgogne.

En 1370, il vend le comté d’Auxerre au roi de France. En 1379, il meurt, laissant Tonnerre à sa descendance, mais Auxerre est désormais intégré au domaine royal.

La fin de la maison Chalon‑Auxerre sur les comtés

La maison Chalon‑Auxerre aura : – gouverné Auxerre pendant près d’un siècle, – administré Tonnerre pendant plusieurs générations, – consolidé les liens avec la Bourgogne, – préparé l’intégration d’Auxerre au domaine royal.

Avec la vente d’Auxerre au roi de France, une page se tourne :  Les comtés entrent dans une nouvelle phase de leur histoire, marquée par l’emprise croissante de la monarchie capétienne puis valois.


Royaume de France avant le XIVe siècle :

d'azur semé de fleurs de lys d'or, dit « France ancien »


L’arrivée de la maison de Chalon‑Auxerre ouvre une période longue, dense et structurante dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Contrairement aux Dampierre, dont le règne fut bref, les Chalon s’inscrivent dans la durée : plus d’un siècle de gouvernement, de recompositions territoriales, d’alliances, de tensions et de stabilisation. Leur domination n’est pas seulement une succession de comtes : c’est une véritable phase politique, où les comtés s’intègrent progressivement dans les dynamiques bourguignonnes et, à terme, dans l’orbite du royaume de France.

Ce qui distingue cette maison, c’est sa capacité à s’appuyer sur un réseau féodal extrêmement vaste. Les Chalon sont liés aux ducs de Bourgogne, aux comtes de Champagne, aux seigneurs de Salins, aux Montbéliard, aux Savoie, et à plusieurs branches de la noblesse de l’Est du royaume. Cette densité d’alliances donne à leur pouvoir une assise solide, mais aussi une complexité constante : chaque mariage, chaque succession, chaque conflit engage des familles puissantes, des intérêts territoriaux, des rivalités anciennes. Les comtes d’Auxerre ne gouvernent pas seuls : ils naviguent dans un système féodal où chaque décision peut avoir des répercussions régionales.

Jean Ier de Chalon‑Auxerre inaugure cette période avec une série d’alliances qui montrent la stratégie de la maison : Lorraine, Bourgogne, Forez. Son règne, marqué par des tensions locales, révèle déjà la difficulté de maintenir l’équilibre entre les ambitions des seigneurs voisins et les exigences des ducs de Bourgogne. Guillaume, son fils, poursuit cette politique en renforçant les liens alpins par son mariage avec Éléonore de Savoie. Jean II, l’un des comtes les plus importants de la dynastie, incarne la stabilité : cinquante‑sept ans de règne, une administration solide, une présence active dans les affaires bourguignonnes, une gestion prudente des comtés. Sous lui, Auxerre et Tonnerre connaissent une période de continuité rare dans l’histoire féodale.

Jean III, dernier comte d’Auxerre de la maison, illustre la fin d’un cycle. Son règne est marqué par des difficultés financières, des conflits féodaux, et surtout par la pression croissante du roi de France. Les ducs de Bourgogne montent en puissance, la monarchie capétienne puis valois étend son influence, et les comtés deviennent des enjeux politiques dépassant le cadre régional. La vente d’Auxerre au roi en 1370 n’est pas un accident : c’est l’aboutissement d’un processus où les structures féodales locales s’effacent progressivement devant l’autorité royale.

La maison de Chalon‑Auxerre joue donc un rôle essentiel : elle stabilise les comtés, les intègre dans les réseaux bourguignons, maintient leur cohésion pendant plus d’un siècle, et prépare leur transition vers le domaine royal. Elle n’est pas seulement une dynastie féodale : elle est un acteur politique majeur, capable de gérer des territoires complexes dans un contexte où les pouvoirs se recomposent sans cesse. Sa fin marque un tournant : Auxerre entre dans le royaume de France, Nevers s’oriente vers une nouvelle maison, Tonnerre poursuit sa trajectoire propre. Une page se tourne, et les comtés quittent définitivement le monde féodal autonome pour entrer dans celui de la monarchie.

Ainsi, la maison de Chalon‑Auxerre occupe une place charnière : longue, structurante, profondément liée aux dynamiques bourguignonnes, et décisive dans l’intégration progressive des comtés au royaume. Elle clôt l’histoire féodale indépendante d’Auxerre et ouvre celle de son destin royal.


Le comté de Tonnerre : origine et évolution

(IXᵉ – XIᵉ siècle)



Le comté de Tonnerre, bien que plus petit que ceux d’Auxerre et de Nevers, possède une histoire ancienne et singulière. Situé sur un axe stratégique entre Bourgogne, Champagne et Nivernais, il joue un rôle essentiel dans les équilibres féodaux de la région. Son origine remonte au IXᵉ siècle, et sa lignée comtale, bien que parfois interrompue, se distingue par des alliances puissantes et des figures marquantes.

Milon Ier (mentionné en 887)

Le premier comte de Tonnerre clairement identifié est Milon, cité en 887 dans un diplôme de l’empereur Charles III le Gros. Milon est un personnage influent : – fondateur du monastère de Saint‑Michel de Tonnerre, – probablement fils du comte Eudes, comte en Bourgogne sur les deux rives de la Saône, – « missus dominici » de Charles le Chauve, c’est‑à‑dire représentant royal.

En 888, Milon accueille à Langres Gui de Spolète, candidat malheureux à la succession de Charles III. Ayant soutenu le mauvais parti, Milon doit quitter son comté et suit Gui en Italie. Cette rupture marque la fin de son autorité sur Tonnerre.

Gui de Tonnerre (vers 950‑970)

Après plusieurs décennies obscures, un nouveau comte apparaît vers 940‑950 : Gui de Tonnerre, dont l’existence est attestée par son mariage avec Adèle, fille du comte Albéric Ier de Mâcon. Cette alliance rattache Tonnerre à la puissante maison de Mâcon, influente en Bourgogne et en Saône‑et‑Loire.

Gui gouverne dans une période de recomposition féodale, où les comtés cherchent à affirmer leur autonomie face aux ducs de Bourgogne et aux rois carolingiens tardifs.

Milon II (975‑990)

Fils de Gui et d’Adèle, Milon II est cité en 975 dans un texte de Saint‑Benoît‑sur‑Loire. Avec son épouse Ingeltrude, il restaure le monastère de Saint‑Michel vers 980, preuve de son rôle actif dans la vie religieuse locale.

Plus tard, Milon II se retire dans ce même monastère pour y finir ses jours, selon une tradition fréquente chez les seigneurs de l’époque.

Milon III (997‑999)

Vers 997, apparaît Milon III, arrière‑petit‑fils de Milon Ier. Il épouse Ermengarde de Bar‑sur‑Seine, héritière du Lassois. Cette alliance est importante : elle rattache Tonnerre à une région stratégique entre Champagne et Bourgogne.

Ermengarde, devenue veuve, épousera ensuite Herbert III de Vermandois, ce qui montre le niveau élevé des alliances de la maison de Tonnerre.

Renaud de Tonnerre (1002‑1038)

Fils de Milon III, Renaud est désigné comte de Tonnerre en 1002, en présence de sa mère Ermengarde. Il épouse Irvis, fille du comte Milon II, ce qui renforce les liens internes à la lignée tonnerroise.

Renaud gouverne dans une période de tensions entre les comtes de Nevers, les ducs de Bourgogne et les seigneurs de Champagne. Son rôle est essentiel dans la transition qui va mener à l’union des trois comtés.

L’histoire du comté de Tonnerre, bien que moins connue que celle de Nevers ou d’Auxerre, révèle une dynamique féodale d’une grande richesse. Sa position géographique, à la frontière de plusieurs espaces politiques — Bourgogne, Champagne, Nivernais — en fait un territoire où les influences se croisent, où les alliances se tissent, où les rivalités se jouent à plusieurs niveaux. Tonnerre n’est pas un comté périphérique : c’est un carrefour, un lieu de passage, un pivot stratégique qui attire l’attention des grandes maisons féodales dès le IXᵉ siècle.

La succession des comtes Milon, Gui, Milon II, Milon III et Renaud montre une continuité remarquable dans une période pourtant marquée par les recompositions carolingiennes. Chaque génération renforce les liens du comté avec les grandes familles de Bourgogne, de Mâcon, du Lassois ou de Bar‑sur‑Seine. Ces alliances ne sont pas de simples mariages : elles sont des stratégies territoriales qui permettent à Tonnerre de s’inscrire dans les réseaux féodaux les plus influents de la région. Le comté, bien que modeste en taille, devient un acteur reconnu, capable de peser dans les équilibres politiques du Xe et du XIᵉ siècle.

Ce qui frappe dans cette lignée, c’est la manière dont elle associe pouvoir militaire, influence religieuse et prestige dynastique. Milon Ier fonde un monastère, Milon II le restaure, Milon III s’allie à des héritières puissantes, Renaud consolide les liens internes de la maison. Le monastère de Saint‑Michel, au cœur de cette histoire, n’est pas seulement un lieu de prière : c’est un centre de pouvoir, un symbole de continuité, un espace où se manifeste l’autorité comtale. La présence des comtes dans la vie religieuse locale montre que Tonnerre, comme Auxerre ou Nevers, s’inscrit dans une tradition où le spirituel et le temporel se renforcent mutuellement.

La période est également marquée par des tensions politiques qui montrent la fragilité et la force du comté. Milon Ier perd son pouvoir pour avoir soutenu le mauvais parti ; Gui doit affirmer son autonomie dans un contexte de recomposition féodale ; Renaud gouverne au milieu des rivalités entre Nevers, Bourgogne et Champagne. Ces épisodes révèlent un comté qui, malgré sa taille, doit constamment défendre sa place dans un paysage féodal en mouvement. Tonnerre n’est jamais isolé : il est pris dans des jeux d’alliances, de conflits et de négociations qui façonnent son identité.

Enfin, cette période prépare directement l’union des trois comtés. Renaud de Tonnerre, par ses alliances et sa position stratégique, joue un rôle essentiel dans la transition qui mènera à l’union de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre sous Guillaume Ier. Le comté, loin d’être un simple appendice, devient l’un des piliers de cette union féodale majeure. Sa lignée, ses alliances, ses tensions et ses héritages contribuent à la formation d’un ensemble politique qui dominera la région pendant plusieurs siècles.

Ainsi, l’histoire ancienne de Tonnerre n’est pas une parenthèse : c’est une fondation. Elle révèle un comté dynamique, stratégique, profondément inséré dans les réseaux féodaux, et capable de jouer un rôle décisif dans les recompositions du XIᵉ siècle. Elle donne à l’union des trois comtés une profondeur historique qui éclaire toute la suite de leur destin.


L’union des trois comtés (Nevers – Auxerre – Tonnerre)

L’union des trois comtés est l’un des événements majeurs de l’histoire féodale de la région.

Renaud Ier de Nevers (1028‑1040)

En 1028, Renaud Ier, fils de Landri, succède à son père sur les comtés de Nevers et d’Auxerre. Il lutte contre le duc de Bourgogne Robert le Vieux et meurt au combat en 1040.

Guillaume Ier (1040‑1083)

Son fils Guillaume Ier épouse Ermengarde de Tonnerre, fille de Renaud de Tonnerre.

Ce mariage unit définitivement les trois comtés.

Guillaume poursuit la lutte contre le duc de Bourgogne jusqu’en 1076. Son règne marque la consolidation territoriale de l’ensemble Nevers‑Auxerre‑Tonnerre.

Après l’union : une lignée commune

Après Guillaume Ier, les comtes de Tonnerre appartiennent désormais à la même dynastie que ceux de Nevers et d’Auxerre :

  • Guillaume (fils cadet) reçoit Tonnerre,
  • Renaud II (fils aîné) reçoit Nevers et Auxerre.

Cette séparation temporaire ne remet pas en cause l’unité dynastique : les trois comtés restent liés par les mêmes alliances, les mêmes conflits et les mêmes héritages.

Tonnerre dans les conflits féodaux du XIIᵉ siècle

Tonnerre joue un rôle important dans les tensions entre : – les comtes de Nevers, – les ducs de Bourgogne, – l’abbaye de Vézelay, – les seigneurs de Donzy, – et les comtes de Champagne.

Les comtes de Tonnerre participent aux conflits : – contre Vézelay (Guillaume II, Guillaume III, Guy Ier), – contre les ducs de Bourgogne (Guy Ier, excommunié), – contre les barons voisins (Donzy, Sancerre, Blois).

Tonnerre est souvent le théâtre de luttes violentes, mais aussi un pivot stratégique entre les grandes puissances féodales.

Tonnerre sous les Chalon‑Auxerre (XIVᵉ siècle)

Avec la maison Chalon‑Auxerre, Tonnerre reste un comté important, mais progressivement isolé. Jean II puis Jean III administrent Tonnerre, mais les pressions du roi de France et des ducs de Bourgogne se font de plus en plus fortes.

Tonnerre reste autonome jusqu’à la mort de Jean III en 1379, date à laquelle son histoire se détache définitivement de celle d’Auxerre, vendu au roi en 1370.

L’union des trois comtés constitue l’un des tournants majeurs de l’histoire féodale de la région. Elle n’est pas seulement un événement dynastique : elle est la création d’un ensemble politique cohérent, capable de peser dans les équilibres bourguignons, champenois et capétiens. À travers Renaud Ier, puis Guillaume Ier, les trois comtés cessent d’être des entités parallèles pour devenir un bloc territorial, uni par le sang, les alliances et les ambitions. Cette union n’est pas le fruit du hasard : elle résulte de plusieurs générations d’alliances, de tensions, de mariages stratégiques et de rivalités qui ont préparé le terrain.

Le rôle de Guillaume Ier est déterminant. En épousant Ermengarde de Tonnerre, il réalise une union que les comtes précédents avaient seulement esquissée. Ce mariage n’est pas une simple alliance : il est la fusion de trois lignages, la réunion de trois territoires, la consolidation d’un pouvoir qui, désormais, peut rivaliser avec les ducs de Bourgogne. Sous son règne, l’ensemble Nevers–Auxerre–Tonnerre acquiert une cohésion nouvelle, une force politique qui lui permet de résister aux pressions extérieures et de s’imposer comme un acteur majeur dans les conflits régionaux.

Après Guillaume Ier, la séparation des comtés entre ses fils ne rompt pas cette unité. Guillaume reçoit Tonnerre, Renaud II reçoit Nevers et Auxerre, mais les trois comtés restent liés par une même dynastie, une même politique, une même mémoire. Cette division interne n’est qu’une répartition familiale : elle ne remet pas en cause la cohérence de l’ensemble. Les alliances, les conflits, les héritages continuent de circuler entre les trois branches, maintenant une continuité qui perdurera tout au long du XIIᵉ siècle.

Tonnerre joue un rôle essentiel dans les tensions féodales de cette période. Situé au carrefour de plusieurs influences, le comté devient un champ de bataille politique où s’affrontent les ambitions des comtes de Nevers, des ducs de Bourgogne, des seigneurs de Donzy, des comtes de Champagne et de l’abbaye de Vézelay. Les comtes de Tonnerre — Guillaume II, Guillaume III, Guy Ier — participent activement à ces conflits, parfois jusqu’à l’excommunication. Tonnerre n’est pas un comté secondaire : il est un pivot stratégique, un lieu où se jouent les équilibres de la région, un espace où les tensions féodales prennent une intensité particulière.

Au XIVᵉ siècle, sous la maison Chalon‑Auxerre, Tonnerre conserve son importance mais devient progressivement isolé. Les pressions du roi de France et des ducs de Bourgogne se font plus fortes, les structures féodales se transforment, et le comté perd peu à peu son autonomie politique. La mort de Jean III en 1379 marque la fin de son histoire commune avec Auxerre, vendu au roi en 1370. Tonnerre poursuit alors sa trajectoire propre, détaché de l’ensemble qui avait dominé la région pendant plusieurs siècles.

Ainsi, l’union des trois comtés n’est pas seulement un épisode : c’est une structure, une dynamique, une identité politique qui a façonné toute l’histoire féodale de la région. Elle a donné naissance à une puissance territoriale capable de résister aux ducs, de négocier avec les rois, de s’imposer dans les conflits religieux, et de maintenir une cohésion remarquable malgré les divisions internes. Cette union, ses tensions, ses héritages et sa dissolution progressive éclairent toute l’évolution des comtés jusqu’à leur intégration dans le royaume de France. 


Vézelay : l’abbaye, les conflits, les croisades

(IXᵉ – XIIᵉ siècle)

De gueules à trois fleurs de lys d'or, au chef cousu d'azur chargé d'une châsse romane d'argent 
accostée de dix larmes d'or, cinq à dextre et cinq à senestre, ordonnées en sautoir.

L’abbaye de Vézelay occupe une place centrale dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Plus qu’un simple établissement religieux, Vézelay est un foyer spirituel majeur, un lieu de pèlerinage international, un centre politique influent, et souvent… un champ de bataille. Les comtes, les ducs, les rois, les abbés, les moines, les bourgeois : tous s’y affrontent, s’y réconcilient, s’y excommunient, s’y pardonnent. L’histoire de Vézelay est une histoire de foi, de pouvoir, de conflits et de prestige.

Les origines : Girard de Roussillon et les moniales (IXᵉ siècle)

Illustration tirée du roman Girart de Roussillon de Jean Wauquelin, 1447,
Construction de l’abbaye de Vézelay

Vers 860, Girard de Roussillon, régent de Provence et duc du Lyonnais, fonde un monastère de nonnes au lieu‑dit Fundus Vercellacus, au pied de la colline de Vézelay, dans l’actuel Saint‑Père. Ce domaine lui avait été donné par l’empereur Louis Ier.

Girard place le monastère sous la protection directe du Saint‑Siège, afin de le soustraire aux influences locales. Le pape Nicolas Ier accepte cette donation en 863.

Mais en 875, les moniales sont attaquées par des bandes armées. Elles quittent le lieu. Girard les remplace par des moines, dirigés par l’abbé Eudes (875‑907). C’est le début de l’abbaye bénédictine de Vézelay.

Les destructions normandes et la reconstruction (887‑919)

En 887, les Normands ravagent la région. Le monastère de Vézelay est détruit. L’abbé Eudes décide de reconstruire l’abbaye au sommet de la colline, lieu plus défendable. Cette décision donne naissance à l’implantation monumentale que nous connaissons aujourd’hui.

Vers 919, un comte nommé Seguin apparaît à Nevers. Puis en 926, Geoffroy lui succède. Ces comtes protègent Vézelay contre les ambitions des ducs d’Aquitaine.

Les réformes religieuses (980‑999)

Entre 971 et 995, l’évêque d’Auxerre est Héribert Ier, fils bâtard de Hugues le Grand. Il cumule les fonctions d’évêque et de comte, et mène une politique de réforme religieuse.

En 986, Héribert fait appel à Mayeul de Cluny, l’un des plus grands réformateurs de son temps, pour réorganiser l’abbaye de Saint‑Germain d’Auxerre.

En 994, l’abbé Heldric obtient du roi Hugues Capet l’élection des abbés par les seuls moines, sans intervention laïque. Cette réforme clunisienne influence aussi Vézelay.


L’essor du culte de Marie‑Madeleine (XIᵉ siècle)

Chapître de Vézelay

D'azur, semé de fleurs de lys d'or et de larmes d'argent,
au vase d’or  brochant sur le tout.


Entre 1040 et 1050, l’abbé Geoffroy encourage le culte de sainte Marie‑Madeleine. Selon la tradition, Girard de Roussillon avait fait transporter les reliques de la sainte à Vézelay vers 863 pour les protéger des Sarrasins.

En 1058, le pape Étienne X atteste officiellement que le corps de Marie‑Madeleine repose à Vézelay. Cette reconnaissance transforme l’abbaye en un haut lieu de pèlerinage européen.

Des foules immenses affluent : – des seigneurs, – des rois, – des pèlerins de toute l’Europe, – des croisés.

Vézelay devient un centre spirituel majeur, rivalisant avec Cluny.

Les conflits entre les comtes et l’abbaye (XIᵉ – XIIᵉ siècle)

Les comtes de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre entretiennent des relations tumultueuses avec Vézelay. Les tensions sont constantes, parfois violentes.

Guillaume II (1097‑1148)

En 1119, ses hommes pénètrent de force dans l’abbaye et maltraitent les moines. L’évêque de Nevers le réprimande.

Guillaume III (1148‑1161)

En 1150, il s’allie aux bourgeois de Vézelay contre l’abbé Ponce. Louis VII doit intervenir pour rétablir la paix.

Guillaume IV (1161‑1168)

En 1165, il tente de déposer l’abbé Guillaume de Mello. Louis VII se rend à Vézelay en personne pour rétablir l’ordre. Guillaume part ensuite en Terre sainte pour expier ses fautes.

Guy Ier (1168‑1175)

Guy pousse les conflits à l’extrême. Il est excommunié. Il refuse l’hommage au duc de Bourgogne Hugues III. La guerre éclate. Guy est battu, capturé à Beaune, libéré contre rançon, puis meurt peu après.

Vézelay est donc un lieu où se mêlent : – foi, – politique, – violence, – prestige, – rivalités féodales.


Vézelay et les croisades

Vézelay joue un rôle majeur dans l’histoire des croisades.

La deuxième croisade (1146)


Le 31 mars 1146, Bernard de Clairvaux prêche la deuxième croisade à Vézelay, en présence : – du roi Louis VII, – de la reine Aliénor d’Aquitaine, – des grands seigneurs du royaume.

Le prêche de la deuxième croisade à Vézelay (31 mars 1146)

Sur la colline de Vézelay, devant une foule immense venue de tout le royaume, Bernard de Clairvaux s’élève sous un dais de toile, la croix levée vers le ciel. Sa voix, ardente et persuasive, appelle à la délivrance des Lieux saints.

Autour de lui, le roi Louis VII et la reine Aliénor d’Aquitaine écoutent, entourés des grands seigneurs et des prélats. Les bannières se dressent, les épées se lèvent, les cœurs s’enflamment.

Ce jour‑là, Vézelay devient le centre spirituel du monde chrétien : la parole du moine transforme la ferveur populaire en un élan de croisade.

Dans la lumière du printemps, la colline bourguignonne se fait symbole de foi et d’unité, avant que les armées ne s’ébranlent vers l’Orient.

 [Reconstitution littéraire (par moi-même) du sermon de Bernard de Clairvaux à Vézelay (1146)

La colline de Vézelay est noire de monde. Bernard s’avance, mince, ardent, les yeux brûlants d’une lumière intérieure. Il lève la croix, et sa voix, claire comme une lame, porte jusqu’aux derniers rangs.

« Peuple de Dieu, écoutez. La Terre Sainte gémit sous le joug des infidèles. Là où le Christ a versé son sang, là où Il a marché, enseigné, souffert, les sanctuaires sont profanés, les fidèles massacrés. »

Il marque un silence. La foule retient son souffle.

« Ce n’est pas une guerre que je vous annonce, mais une pénitence. Ce n’est pas une conquête que je vous demande, mais un retour à Dieu. Celui qui prendra la croix ne partira pas pour lui-même, mais pour le salut de son âme. »

Les chevaliers se regardent, ébranlés. Louis VII incline la tête. Aliénor fixe Bernard, fascinée.

« Le Seigneur vous appelle. Il ne veut pas votre or, Il ne veut pas vos terres, Il veut votre cœur. Que celui qui se sent indigne se lève : c’est pour lui que la miséricorde est ouverte. Que celui qui se sent faible se lève : c’est pour lui que la force de Dieu descend. Que celui qui se sent perdu se lève : c’est pour lui que la route s’ouvre. »

Bernard ouvre les bras, comme pour embrasser la foule entière.

« Allez, fils de France. Allez, fils de Dieu. Allez, et délivrez les lieux où le Christ a souffert pour vous. La croix sera votre lumière, et votre marche, votre rédemption. »

Alors, dans un mouvement irrésistible, les seigneurs, les chevaliers, les hommes du peuple se lèvent. Bernard déchire son étoffe, en fait des croix de tissu, les distribue une à une. La colline de Vézelay devient un océan de croix blanches.]

Ce jour-là, la France entière prend la croix.

(Pourquoi une reconstitution du sermon de Bernard ? Tout simplement parce qu'il n'écrivait pas ses sermonts et qu'aucune archive n'existe)


La troisième croisade (1190)


En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion se rencontrent à Vézelay avant de partir ensemble pour la troisième croisade. Vézelay est alors un point de rassemblement international.

Vézelay : un symbole spirituel et politique

Au XIIᵉ siècle, Vézelay est : – un centre religieux majeur, – un lieu de pèlerinage international, – un foyer de réforme, – un théâtre de conflits féodaux, – un point de départ des croisades, – un symbole de prestige pour les comtes de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre.

Son histoire est indissociable de celle des comtés.

L’histoire de Vézelay, telle qu’elle se déploie du IXᵉ au XIIᵉ siècle, révèle un phénomène unique dans le paysage féodal français : celui d’un établissement religieux capable d’exercer une influence politique, spirituelle et militaire comparable à celle des plus grands seigneurs. Vézelay n’est pas une abbaye comme les autres. Elle est un lieu où se croisent les ambitions des comtes, des ducs, des rois, des abbés, des réformateurs, des pèlerins et des croisés. Elle est un espace où la foi devient pouvoir, où le prestige devient enjeu, où les reliques deviennent armes diplomatiques, et où les conflits prennent une dimension presque sacrée.

Les origines de l’abbaye, marquées par Girard de Roussillon, montrent déjà cette singularité. En plaçant le monastère sous la protection directe du Saint‑Siège, Girard crée un établissement qui échappe aux influences locales et se rattache à une autorité supérieure. Cette autonomie initiale, renforcée par les reconstructions après les ravages normands, donne à Vézelay une position particulière : elle n’est pas seulement un lieu de prière, mais un sanctuaire protégé par Rome, un espace où les comtes doivent composer avec une puissance qui n’est pas la leur.

Les réformes du Xe siècle, menées par Héribert Ier et inspirées par Cluny, montrent que Vézelay s’inscrit dans les grands mouvements spirituels de son temps. L’élection des abbés par les moines, la réorganisation des structures religieuses, l’influence des réformateurs comme Mayeul, tout cela contribue à faire de Vézelay un centre de réforme, un lieu où se redéfinit la vie monastique. Cette dimension spirituelle, loin de l’éloigner des enjeux politiques, renforce son prestige et attire l’attention des comtes, des ducs et des rois.

L’essor du culte de Marie‑Madeleine transforme Vézelay en un haut lieu de pèlerinage international. La reconnaissance papale de 1058 fait affluer des foules immenses, des seigneurs, des rois, des croisés. Vézelay devient un centre spirituel rival de Cluny, un lieu où se joue une partie de la géographie sacrée de l’Europe médiévale. Les reliques, qu’elles soient authentiques ou contestées, donnent à l’abbaye un prestige immense, capable d’influencer les décisions politiques et les mouvements militaires.

Les conflits entre les comtes et l’abbaye montrent l’autre face de cette puissance. Guillaume II, Guillaume III, Guillaume IV, Guy Ier : tous se heurtent à Vézelay, tous tentent de la contrôler, tous échouent. Les tensions sont constantes, parfois violentes, parfois sacrées. Les comtes y envoient des hommes, les abbés excommunient, les rois interviennent. Vézelay devient un champ de bataille où s’affrontent la puissance féodale et l’autorité spirituelle. Ces conflits ne sont pas anecdotiques : ils révèlent la place centrale de l’abbaye dans les équilibres régionaux.

Enfin, le rôle de Vézelay dans les croisades donne à l’abbaye une dimension internationale. Le sermon de Bernard de Clairvaux en 1146, la rencontre de Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion en 1190, font de Vézelay un point de départ, un lieu de rassemblement, un symbole de la chrétienté en marche. Peu d’abbayes peuvent se targuer d’avoir été le théâtre de deux moments majeurs de l’histoire des croisades. Vézelay n’est pas seulement un lieu de foi : c’est un lieu où se décide une partie du destin de l’Europe.

Ainsi, Vézelay apparaît comme un centre spirituel, politique et militaire d’une importance exceptionnelle. Son histoire est indissociable de celle des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Elle éclaire leurs conflits, leurs alliances, leurs ambitions. Elle révèle un monde où la féodalité et la spiritualité ne s’opposent pas, mais se mêlent, se renforcent, se combattent. Vézelay est un phare, un champ de bataille, un sanctuaire, un tribunal, un symbole. Elle est l’un des cœurs battants de l’histoire féodale de la région.


La succession par les femmes

(1181 – XIIIᵉ siècle)

La succession par les femmes joue un rôle déterminant dans l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre. Contrairement à d’autres régions où la transmission masculine est rigoureusement privilégiée, ces trois comtés connaissent plusieurs héritières puissantes, capables de gouverner, de négocier, de conclure des alliances et de transmettre des territoires entiers à de nouvelles dynasties. Cette particularité donne à l’histoire locale une dimension singulière : les lignages se recomposent par les mariages, les comtés changent de maison par les héritières, et les femmes deviennent des actrices majeures de la politique féodale.

Guillaume V : la mort d’un enfant et un tournant dynastique

À la mort de Guillaume V en 1181, encore enfant, la succession masculine semble compromise. Un héritier existe pourtant : Renaud, troisième fils de Guillaume III. Mais Renaud a commis une faute politique grave : il a défié le roi Philippe Auguste dans une joute… et l’a battu.

Le roi, humilié, écarte Renaud de la succession et prend possession des comtés de Nevers et d’Auxerre.

La voie est donc ouverte à une succession féminine.

Agnès de Nevers (1181‑1189)

Comtesse de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre

La succession revient à Agnès, sœur de Guillaume V. Elle est envoyée à la cour de France, où elle passe trois ans sous la protection directe du roi. Philippe Auguste contrôle ainsi l’héritière et peut orienter son mariage selon ses intérêts politiques.

En 1184, il la marie à Pierre II de Courtenay, son cousin germain, petit‑fils du roi Louis VI.

Ce mariage fait entrer les comtés dans la sphère capétienne.

Mahaut de Courtenay (1185‑1257)

Comtesse de Nevers (1207‑1257) Comtesse d’Auxerre et de Tonnerre (1218‑1257)

Fille d’Agnès et de Pierre II, Mahaut de Courtenay est l’une des plus grandes figures féminines de l’histoire féodale de la région. Elle gouverne pendant près de cinquante ans, avec une autorité remarquable.

Mahaut hérite des trois comtés et les administre avec : – constance, – intelligence, – fermeté, – et une grande capacité diplomatique.

Elle épouse Hervé IV de Donzy, scellant la paix entre les Courtenay et les Donzy. Après la mort d’Hervé, elle épouse Guy de Forez, qui devient comte de Nevers.

Mahaut assure la continuité dynastique et prépare la transition vers la maison de Dampierre.

Agnès de Donzy (1199‑1225)

Dame de Donzy

Fille de Mahaut et d’Hervé IV, Agnès de Donzy hérite de la seigneurie de Donzy. Elle épouse d’abord Philippe de France, fils du roi Louis VIII, puis Guy de Châtillon, fils du comte de Saint‑Pol.

Par elle, Donzy passe dans la maison de Châtillon, ce qui influence les successions ultérieures.

Yolande de Châtillon (1223‑1254)

Dame de Donzy

Fille d’Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon épouse Archambaud X de Dampierre, seigneur de Bourbon. Ce mariage est capital : il introduit la maison de Dampierre dans la succession des comtés.

Yolande transmet à sa fille Mahaut de Dampierre les droits sur Nevers, Auxerre et Tonnerre.

Mahaut de Dampierre (1234‑1262)

Comtesse de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre (1257‑1262)

Fille d’Archambaud X de Dampierre et de Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre hérite des trois comtés. Elle épouse Eudes de Bourgogne, fils du duc Hugues IV.

Ce mariage rattache les comtés à la puissante maison ducale de Bourgogne.

Mahaut meurt en 1262, laissant les comtés à son mari Eudes, ce qui ouvre la voie à la maison Chalon‑Auxerre.

Une particularité régionale : le pouvoir des héritières

La succession par les femmes, dans ces comtés, n’est pas un accident : c’est une caractéristique structurelle.

Les héritières : – gouvernent, – négocient, – transmettent des comtés entiers, – scellent des alliances majeures, – changent le destin des dynasties.

Grâce à elles, les comtés passent successivement : – des Nevers aux Courtenay, – des Courtenay aux Dampierre, – des Dampierre aux Bourgogne, – puis aux Chalon‑Auxerre.

Sans ces femmes, l’histoire féodale de Nevers, Auxerre et Tonnerre serait méconnaissable.

La succession par les femmes, dans les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre, n’est pas une anomalie : c’est une véritable structure politique, un mode de transmission profondément enraciné dans l’histoire régionale. Alors que la plupart des principautés féodales du royaume de France privilégient strictement la lignée masculine, les trois comtés se distinguent par une série d’héritières puissantes, capables non seulement de transmettre des territoires, mais aussi de gouverner, de négocier, de conclure des alliances et de remodeler les dynasties. Cette particularité donne à l’histoire locale une dimension singulière : ici, les femmes ne sont pas des relais passifs, mais des actrices majeures de la politique féodale.

Le tournant de 1181, avec la mort de Guillaume V, illustre parfaitement cette dynamique. La succession masculine existe encore, mais une faute d’honneur — un duel malheureux contre le roi — suffit à écarter Renaud et à ouvrir la voie à une héritière. Agnès de Nevers, envoyée à la cour de France, devient l’instrument d’une politique capétienne qui cherche à intégrer les comtés dans son orbite. Son mariage avec Pierre II de Courtenay n’est pas seulement une union dynastique : c’est un acte politique majeur, qui rattache les comtés à la famille royale et prépare une recomposition féodale de grande ampleur.

Mahaut de Courtenay, héritière des trois comtés, incarne l’une des plus grandes figures féminines de l’histoire féodale. Pendant près de cinquante ans, elle gouverne avec constance, intelligence et fermeté. Elle scelle la paix entre les Courtenay et les Donzy, maintient l’unité territoriale, négocie avec les ducs de Bourgogne, compose avec les rois, et prépare la transition vers la maison de Dampierre. Son autorité n’est pas symbolique : elle est réelle, active, structurante. Mahaut montre que, dans cette région, une femme peut exercer un pouvoir comtal aussi solide que celui des plus grands seigneurs.

Les générations suivantes — Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre — poursuivent cette logique. Chacune, par ses mariages, ses héritages, ses alliances, transmet des territoires entiers à de nouvelles maisons. Par Agnès, Donzy passe aux Châtillon ; par Yolande, les Dampierre entrent dans la succession ; par Mahaut de Dampierre, les comtés se rattachent à la maison ducale de Bourgogne. Ces transmissions féminines ne sont pas des accidents : elles sont les moteurs des recompositions dynastiques. Elles orientent le destin des comtés, modifient les équilibres régionaux, et façonnent les alliances qui détermineront l’histoire des siècles suivants.

Cette succession par les femmes donne à l’histoire des comtés une fluidité particulière. Les lignages se recomposent, les maisons se succèdent, les territoires changent de mains, mais la continuité demeure. Les héritières assurent la stabilité dans les périodes de crise, permettent les transitions entre les dynasties, et maintiennent l’unité territoriale malgré les divisions internes. Sans elles, l’histoire féodale de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre serait méconnaissable : les Courtenay n’auraient pas régné, les Dampierre n’auraient pas émergé, les Bourgogne n’auraient pas intégré les comtés, et les Chalon‑Auxerre n’auraient pas consolidé leur pouvoir.

Ainsi, la succession par les femmes n’est pas une parenthèse : c’est une structure fondamentale. Elle révèle un monde féodal où le pouvoir ne se transmet pas seulement par les armes ou par les lignages masculins, mais aussi par les alliances, les héritages, les mariages, et par la capacité des femmes à gouverner, à négocier et à transmettre. Elle donne aux comtés une identité politique unique, faite de continuités, de recompositions et d’une étonnante cohésion.


Une histoire féodale unique en France

L’histoire des comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre forme un ensemble exceptionnel dans le paysage féodal français. Peu de régions présentent une telle continuité historique, une telle richesse de lignages, une telle diversité d’alliances, et surtout une telle plasticité dynastique, où les comtés passent de maison en maison par les héritières, les mariages, les conflits et les ventes.

Ce territoire, situé entre Bourgogne, Nivernais, Champagne et Orléanais, est un véritable carrefour politique, religieux et militaire. Pendant près de six siècles, il voit se succéder des familles prestigieuses, des princes carolingiens, des seigneurs bourguignons, des barons puissants, des empereurs latins, des ducs, des rois… et des femmes remarquables qui tiennent les comtés avec autant de fermeté que les hommes.

Une origine carolingienne solide

Auxerre et Nevers naissent comme comtés épiscopaux, administrés par des évêques puissants qui cumulent les fonctions religieuses et civiles. Les premiers comtes laïcs apparaissent sous Pépin le Bref et Charles le Chauve, dans un contexte où les Carolingiens cherchent à structurer le royaume par des comtés fidèles.

Les noms d’Ermenaud, Jobert, Conrad, Hugues l’Abbé, Robert le Fort ou Richard le Justicier montrent que ces comtés sont au cœur des enjeux politiques du IXᵉ siècle.

L’union des trois comtés : un événement majeur

L’union de Nevers, Auxerre et Tonnerre au XIᵉ siècle, par le mariage de Guillaume Ier et d’Ermengarde de Tonnerre, crée un ensemble territorial cohérent, puissant et stratégique. Cette union donne naissance à une lignée comtale qui dominera la région pendant plus de deux siècles.

Les comtes de Nevers deviennent alors : – seigneurs de vastes territoires, – acteurs des conflits bourguignons, – protecteurs ou adversaires de Vézelay, – alliés des rois de France, – participants aux croisades.

Vézelay : un foyer spirituel et politique incontournable

L’abbaye de Vézelay, avec le culte de Marie‑Madeleine, les réformes clunisiennes, les pèlerinages et les croisades, joue un rôle central dans l’histoire régionale. Les comtes s’y affrontent, s’y repentent, s’y excommunient, s’y réconcilient.

Vézelay est : – un lieu de foi, – un lieu de pouvoir, – un lieu de conflits, – un lieu de rassemblement international.

Son influence dépasse largement le cadre local.

Les dynasties successives : une mosaïque féodale

Les comtés passent successivement entre les mains de :

  • La maison de Landri (XIᵉ siècle)
  • La maison de Courtenay (1184‑1257), liée aux Capétiens
  • La maison de Dampierre (1257‑1262), issue de Bourbon
  • La maison de Bourgogne (par Eudes de Bourgogne)
  • La maison de Chalon‑Auxerre (1266‑1379)

Chaque maison apporte : – ses alliances, – ses conflits, – ses ambitions, – ses réformes, – ses héritages.

Cette succession fait des comtés un véritable laboratoire féodal, où les lignages se recomposent sans cesse.

Le rôle déterminant des héritières

Contrairement à d’autres régions, les comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre doivent leur continuité à des femmes puissantes :

  • Agnès de Nevers,
  • Mahaut de Courtenay,
  • Agnès de Donzy,
  • Yolande de Châtillon,
  • Mahaut de Dampierre.

Ces femmes : – gouvernent, – négocient, – transmettent des comtés entiers, – scellent des alliances majeures, – orientent le destin de la région.

Sans elles, les comtés n’auraient jamais connu une telle richesse dynastique.

La fin féodale : l’intégration au domaine royal

Au XIVᵉ siècle, les pressions du roi de France et des ducs de Bourgogne deviennent trop fortes. Jean III de Chalon‑Auxerre vend le comté d’Auxerre au roi en 1370. Tonnerre reste autonome jusqu’en 1379, mais l’ensemble féodal se disloque.

Nevers deviendra plus tard un duché puissant, mais Auxerre et Tonnerre entrent progressivement dans la sphère royale.

L’histoire des comtés de Nevers, Auxerre et Tonnerre est une histoire :

de pouvoir, de foi, de guerres, de croisades, de dynasties, de femmes puissantes, de territoires unis puis dispersés, de prestige féodal, de transition vers la monarchie.

C’est une histoire unique en France, où les comtés, loin d’être de simples divisions administratives, sont de véritables acteurs politiques, religieux et militaires, au cœur des grands événements du Moyen Âge.



Royaume de France après le XIVe siècle

d'azur aux trois fleurs de lys d'or, dit « France moderne » 


Les grandes mutations des comtés (XIᵉ – XIVᵉ siècle)

L’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre n’est pas une ligne droite : c’est une succession de secousses, de rééquilibrages, de ruptures et de renaissances. Entre le XIᵉ et le XIVᵉ siècle, cinq grands événements vont transformer en profondeur la structure politique de la région, comme autant de vagues qui redessinent le rivage.

La première de ces vagues survient en 1050, lorsque le mariage de Guillaume Ier de Nevers avec Ermengarde de Tonnerre unit définitivement les trois comtés. Ce n’est pas seulement une alliance matrimoniale : c’est la naissance d’un ensemble territorial cohérent, capable de rivaliser avec les puissances voisines. Pour la première fois, Nevers, Auxerre et Tonnerre parlent d’une seule voix. Cette union donne aux comtes une force nouvelle, mais elle les expose aussi à des responsabilités plus lourdes, à des conflits plus vastes, à des ambitions plus grandes.

La deuxième vague est celle des croisades, qui emportent les comtes dans le tourbillon de l’histoire européenne. En 1101, Guillaume II part avec quinze mille hommes pour soutenir le royaume de Jérusalem. En 1146, Bernard de Clairvaux prêche la deuxième croisade sur la colline de Vézelay, devant Louis VII et toute la noblesse du royaume. En 1190, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion se rencontrent à Vézelay avant de partir pour la troisième croisade. Ces départs, ces rassemblements, ces serments prononcés devant la basilique font de Vézelay un phare spirituel, mais aussi un théâtre politique où se croisent les ambitions des rois, des comtes et des abbés. Les croisades ne sont pas un épisode isolé : elles modèlent les alliances, les dettes, les rivalités, les repentirs, et parfois même les successions.

La troisième vague est celle des conflits avec Vézelay, qui s’étendent de 1119 à 1175. Les comtes de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre, fiers de leur puissance nouvelle, se heurtent à l’autorité spirituelle de l’abbaye. Guillaume II attaque les moines. Guillaume III s’allie aux bourgeois contre l’abbé Ponce. Guillaume IV tente de déposer l’abbé Guillaume de Mello. Guy Ier pousse la querelle jusqu’à l’excommunication. Louis VII doit intervenir à plusieurs reprises pour rétablir la paix. Ces conflits montrent que la région n’est pas seulement un territoire féodal : c’est un espace où le sacré et le politique s’affrontent, où l’abbaye défend son indépendance avec autant de vigueur que les comtes défendent leurs droits.

La quatrième vague est l’une des plus surprenantes : la succession par les femmes, entre 1181 et 1262. Agnès de Nevers, Mahaut de Courtenay, Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre… Ces femmes ne sont pas des héritières passives : elles gouvernent, négocient, transmettent des comtés entiers, scellent des alliances qui changent le destin de la région. Grâce à elles, les comtés passent des Landri aux Courtenay, des Courtenay aux Dampierre, des Dampierre aux Bourgogne, puis aux Chalon‑Auxerre. Dans une époque où le pouvoir féminin est souvent invisible, les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre offrent un exemple éclatant de transmission matrilinéaire, qui façonne la géopolitique locale pendant près d’un siècle.

Enfin, la cinquième vague est celle de la fin féodale, lorsque le comté d’Auxerre est vendu au roi de France en 1370. Après des siècles de luttes, d’alliances, de croisades, de réformes et de transmissions, Auxerre entre dans le domaine royal. Tonnerre suit une trajectoire différente, Nevers deviendra duché, mais l’ensemble féodal qui avait dominé la région depuis le XIᵉ siècle se disloque. La monarchie Capétienne puis Valois impose son autorité, et les comtés perdent leur autonomie politique.

Ces cinq grandes mutations — l’union des comtés, les croisades, les conflits avec Vézelay, la succession par les femmes, la vente d’Auxerre — forment la colonne vertébrale de l’histoire régionale. Elles montrent que les comtés ne sont pas de simples entités administratives : ce sont des acteurs vivants, capables de s’unir, de se battre, de se réformer, de se transmettre, de disparaître. Elles montrent aussi que l’histoire locale n’est jamais isolée : elle est traversée par les grands mouvements de l’Europe médiévale, par les ambitions des rois, par les réformes des abbés, par les croisades, par les rivalités féodales.

 Ce vaste ensemble historique, qui s’étend du IXᵉ au XIVᵉ siècle, révèle une région dont l’évolution féodale n’a pas d’équivalent en France. Les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre ne sont pas de simples circonscriptions administratives : ce sont des organismes politiques vivants, capables de se transformer, de se recomposer, de s’unir, de se diviser, de se transmettre, de disparaître et de renaître. Leur histoire n’est pas linéaire : elle est faite de vagues successives, de secousses, de rééquilibrages, de ruptures et de continuités qui donnent à la région une profondeur exceptionnelle.

Ce qui frappe, dans cette longue trajectoire, c’est la manière dont les comtés s’inscrivent dans les grands mouvements de l’Europe médiévale. Les origines carolingiennes montrent une région intégrée aux enjeux du royaume, où les évêques cumulent les pouvoirs et où les premiers comtes laïcs sont des acteurs politiques majeurs. L’union des trois comtés, au XIᵉ siècle, révèle une capacité rare à créer un ensemble territorial cohérent, capable de rivaliser avec les ducs de Bourgogne et de dialoguer avec les rois de France. Les croisades, qui emportent les comtes jusqu’en Terre sainte, montrent que la région n’est jamais isolée : elle participe aux grands élans spirituels et militaires de son temps.

Les conflits avec Vézelay donnent à cette histoire une dimension presque dramatique. Peu de régions connaissent une telle intensité dans les rapports entre pouvoir féodal et autorité spirituelle. À Vézelay, les comtes se heurtent à une abbaye qui n’est pas seulement un lieu de prière, mais un centre politique, un foyer de réforme, un sanctuaire prestigieux, un théâtre de rassemblements internationaux. Les tensions entre les comtes et les abbés, les interventions des rois, les excommunications, les violences, les repentirs, montrent que la région est un espace où le sacré et le politique s’affrontent avec une vigueur rare.

La succession par les femmes donne à cette histoire une singularité remarquable. Dans une époque où le pouvoir féminin est souvent invisible, les comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre offrent un exemple éclatant de transmission matrilinéaire. Agnès de Nevers, Mahaut de Courtenay, Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre : ces femmes ne se contentent pas de transmettre des titres. Elles gouvernent, négocient, scellent des alliances, orientent le destin des comtés, et permettent les transitions entre les grandes maisons féodales. Grâce à elles, les comtés passent des Landri aux Courtenay, des Courtenay aux Dampierre, des Dampierre aux Bourgogne, puis aux Chalon‑Auxerre. Sans elles, l’histoire régionale serait méconnaissable.

Enfin, la fin féodale, avec la vente d’Auxerre au roi de France en 1370, marque l’achèvement d’un cycle. Après des siècles de luttes, d’alliances, de croisades, de réformes et de transmissions, les comtés entrent dans la sphère royale. Tonnerre suit une trajectoire propre, Nevers deviendra duché, mais l’ensemble féodal qui avait dominé la région depuis le XIᵉ siècle se disloque. La monarchie capétienne puis valois impose son autorité, et les comtés perdent leur autonomie politique. Ce passage n’est pas une rupture brutale : c’est l’aboutissement d’une évolution longue, où les dynasties féodales cèdent progressivement la place à l’État royal.

Ainsi, l’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre est une histoire unique en France. Une histoire où les comtes, les abbés, les rois, les héritières, les moines, les chevaliers, les ducs et les empereurs ont façonné un territoire d’une richesse exceptionnelle. Une histoire où la féodalité n’est pas un décor, mais une respiration. Une histoire où les dynasties se succèdent comme des saisons, où les alliances redessinent les frontières, où les conflits révèlent les ambitions, où les femmes orientent les destinées, où les croisades ouvrent les horizons, où les abbayes deviennent des phares, où les comtés deviennent des acteurs politiques à part entière.

Une histoire qui, aujourd’hui encore, se lit dans les pierres, les chartes, les paysages, les lignages et les mémoires.


CHRONOLOGIE GÉNÉRALE DES COMTÉS 

D’AUXERRE, NEVERS ET TONNERRE

(VIᵉ – XIVᵉ siècle)

VIᵉ – VIIIᵉ siècles : les origines mérovingiennes et le silence des sources

511 – Mort de Clovis ; Auxerre passe sous Clotaire Ier. Peonius devient le premier comte connu d’Auxerre. Mommole, son fils, commande les armées de Gontran et Sigebert. VIIᵉ – VIIIᵉ siècles : aucune trace de comtes d’Auxerre dans les sources.

IXᵉ siècle : naissance féodale des comtés

768 – Pépin le Bref sollicite le comte Ermenaud Ier contre les Aquitains. 840 – Ermenaud III, fidèle de Lothaire. 853 – Assemblée de Servais : Jobert (Auxerre), Hugues (Nevers), Nibelungen (Avallon), Miles (Tonnerre). 858‑864 – Conrad II et Hugues l’Abbé administrent Auxerre. 864 – Robert le Fort reçoit Auxerre et Nevers. 866‑886 – Hugues l’Abbé, duc des Francs, gouverne Auxerre. 887 – Les Normands détruisent Vézelay. 888 – Milon Ier, comte de Tonnerre, soutient Gui de Spolète et doit quitter son comté.

Xe siècle : recompositions féodales

911 – Rollon assiège Auxerre ; la ville résiste. 918 – Richard le Justicier devient duc de Bourgogne. 926 – Geoffroy devient comte de Nevers. 971‑995 – Héribert Ier, évêque et comte d’Auxerre. 980 – Eudes‑Henri remet Nevers à Otte‑Guillaume. 986 – Réforme de Saint‑Germain par Mayeul de Cluny. 989 – Otte‑Guillaume donne Nevers à Landri.

XIᵉ siècle : union des trois comtés

1002‑1005 – Conflits entre Otte‑Guillaume et le roi Robert II autour d’Auxerre. 1005 – Landri confirmé comte d’Auxerre. 1023 – Incendie d’Auxerre. 1028 – Renaud Ier devient comte de Nevers et d’Auxerre. 1040 – Mort de Renaud Ier au combat. 1050‑1083 – Guillaume Ier épouse Ermengarde de Tonnerre → union des trois comtés. 1058 – Le pape Étienne X confirme les reliques de Marie‑Madeleine à Vézelay. 1076 – Mort du duc Robert le Vieux ; fin des conflits avec Guillaume Ier.

XIIᵉ siècle : croisades et conflits avec Vézelay

1097‑1148 – Règne de Guillaume II ; expédition en Terre sainte (1101). 1119 – Guillaume II attaque Vézelay ; réprimande de l’évêque. 1146 – Bernard de Clairvaux prêche la deuxième croisade à Vézelay. 1147 – Louis VII part en croisade ; Guillaume II refuse la régence. 1150‑1154 – Conflits entre Guillaume III et l’abbé Ponce ; interventions de Louis VII. 1165‑1166 – Guillaume IV tente de déposer l’abbé de Vézelay ; Louis VII intervient. 1168 – Mort de Guillaume IV à Acre. 1174‑1175 – Guy Ier excommunié, capturé, libéré contre rançon ; mort en 1175. 1181 – Mort de Guillaume V ; succession féminine.

Fin XIIᵉ – XIIIᵉ siècles : les Courtenay et les héritières

1184 – Mariage d’Agnès avec Pierre II de Courtenay. 1190 – Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion se rencontrent à Vézelay avant la troisième croisade. 1199 – Pierre II vaincu par Hervé IV de Donzy ; cession d’Auxerre. 1207‑1257 – Règne de Mahaut de Courtenay, grande comtesse. 1225 – Mort d’Agnès de Donzy. 1254 – Yolande de Châtillon épouse Archambaud X de Dampierre. 1257‑1262 – Règne de Mahaut de Dampierre ; mariage avec Eudes de Bourgogne.

XIIIᵉ – XIVᵉ siècles : les Chalon‑Auxerre

1266‑1309 – Jean Ier de Chalon‑Auxerre, seigneur de Rochefort. 1290‑1304 – Guillaume de Chalon‑Auxerre, comte d’Auxerre. 1304‑1361 – Jean II de Chalon‑Auxerre, long règne (57 ans). 1360‑1379 – Jean III de Chalon‑Auxerre, dernier comte d’Auxerre. 1370 – Vente du comté d’Auxerre au roi de France. 1379 – Mort de Jean III ; Tonnerre se détache définitivement.

 

Synthèse chronologique des dynasties

Maison de Landri : 989 – 1181 Maison de Courtenay : 1184 – 1257 Maison de Dampierre : 1257 – 1262 Maison de Bourgogne : 1262 – 1266 Maison de Chalon‑Auxerre : 1266 – 1379

Événements majeurs

  • Union des trois comtés : 1050
  • Croisades : 1101, 1146, 1190
  • Conflits avec Vézelay : 1119 – 1175
  • Succession par les femmes : 1181 – 1262
  • Vente d’Auxerre au roi : 1370

 

 

Le blason de la Bourgogne


Écartelé aux I et IV d'azur semé de fleurs-de-lys d'or, à la bordure componée d'argent et de gueules ; aux II et III bandé d'or et d'azur, à la bordure de gueules. 


Ce blason est un écartelé qui réunit deux traditions héraldiques distinctes, chacune porteuse d'une identité forte. Voici la signification de chaque composant :

Les fleurs-de-lys d'or sur fond d'azur (quartiers I et IV) : elles représentent les armes de la Touraine, province apportée dans le blason par Philippe le Hardi, et renvoient plus largement à la souveraineté capétienne et à la fidélité au royaume de France.

La bordure componée d'argent et de gueules : cette bordure alternée blanc et rouge, encadrant les quartiers aux fleurs-de-lys, est un signe distinctif qui différencie les armes bourguignonnes des lys royaux purs, marquant ainsi l'autonomie du duché.

Le bandé d'or et d'azur (quartiers II et III) : ces six bandes obliques alternées jaune et bleu constituent l'ancien blason des ducs de Bourgogne, hérité de la lignée des ducs capétiens depuis le XIIe siècle.

La bordure de gueules (rouge) : encadrant les quartiers bandés, elle accentue la distinction héraldique et confère à l'ensemble une solennité propre aux grandes maisons princières.

 Les fleurs-de-lys bourguignonnes

Contrairement aux armes royales de France qui portent un semé de fleurs-de-lys sans bordure, les quartiers de Touraine du blason de Bourgogne sont encadrés d'une bordure componée, signe héraldique distinctif propre à la branche cadette. Ce détail permettait d'identifier immédiatement un prince du sang sans confondre ses armes avec celles du roi.

L'histoire du blason de la Bourgogne remonte aux premiers ducs capétiens. Le blason primitif, constitué du bandé d'or et d'azur à la bordure de gueules, est attesté dès le règne d'Eudes II, duc de Bourgogne de 1143 à 1162. Ces armes resteront pratiquement inchangées pendant plus de deux siècles, portées avec fierté par une lignée qui fit de Dijon l'une des cours les plus influentes d'Occident.

Le tournant décisif survient en 1364, quand Philippe le Hardi, quatrième fils du roi Jean II le Bon, reçoit le duché de Bourgogne en apanage de son frère Charles V. Philippe avait été duc de Touraine depuis 1360, et il choisit de conserver dans ses nouvelles armes les lys de Touraine encadrés de la bordure componée. Ce geste héraldique fort consacra l'union symbolique des deux provinces sous une même autorité ducale.

Philippe de Rouvres, dernier duc de la première maison capétienne de Bourgogne, mourut de la peste en 1361 à l'âge de quinze ans seulement, sans laisser d'héritier. Sa disparition provoqua une crise de succession qui permit au roi Jean II le Bon de rattacher temporairement la Bourgogne à la Couronne avant de l'attribuer à son fils Philippe le Hardi.

Le blason écartelé que nous connaissons aujourd'hui fut ainsi définitivement fixé sous Philippe le Hardi et transmis à ses successeurs, les ducs Valois de Bourgogne, qui en firent l'un des emblèmes les plus redoutés de l'Europe du XVe siècle. Aujourd'hui encore, ce blason reste le symbole officiel de la région Bourgogne-Franche-Comté et figure dans de nombreux édifices, monuments et institutions bourguignonnes.

 

                                                          Conclusion 

L’histoire des comtés de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre forme un ensemble d’une richesse exceptionnelle, où se mêlent les grandes dynasties féodales, les ambitions des rois, les réformes des abbés, les élans des croisades, les rivalités des seigneurs, et les transmissions parfois inattendues qui redessinent les lignages. Pendant près de six siècles, ces territoires ont été le théâtre d’une histoire dense, complexe, profondément humaine, où chaque génération a laissé une empreinte durable.

Ce qui frappe, dans cette longue trajectoire, c’est la continuité. Malgré les crises, les guerres, les excommunications, les successions difficiles, les comtés ne cessent de se recomposer, de s’unir, de se transmettre, de renaître. Ils ne sont jamais figés : ils sont des organismes vivants, capables de s’adapter aux bouleversements politiques du royaume, aux ambitions des ducs de Bourgogne, aux exigences de la monarchie capétienne, aux réformes spirituelles venues de Cluny ou de Rome.

Cette histoire est également marquée par une extraordinaire diversité dynastique. Peu de régions françaises ont vu se succéder autant de maisons prestigieuses : les Landri, les Courtenay, les Donzy, les Dampierre, les Bourgogne, les Chalon‑Auxerre. Chacune apporte ses alliances, ses conflits, ses ambitions, ses héritages. Chacune transforme les comtés, les agrandit, les divise, les renforce, les rattache à de nouveaux réseaux politiques. Les comtés deviennent ainsi un véritable laboratoire féodal, où les lignages se recomposent sans cesse.

Mais l’un des traits les plus singuliers de cette histoire est le rôle déterminant des femmes. Agnès de Nevers, Mahaut de Courtenay, Agnès de Donzy, Yolande de Châtillon, Mahaut de Dampierre : ces héritières ne se contentent pas de transmettre des titres. Elles gouvernent, négocient, scellent des alliances majeures, orientent le destin des comtés, et permettent les transitions entre les grandes maisons. Grâce à elles, les comtés passent d’une dynastie à l’autre sans perdre leur cohérence. Leur action donne à la région une fluidité politique rare, où le pouvoir féminin devient un moteur essentiel de l’histoire.

Enfin, cette histoire est indissociable de Vézelay, foyer spirituel et politique d’une importance exceptionnelle. L’abbaye, avec le culte de Marie‑Madeleine, les réformes clunisiennes, les pèlerinages et les croisades, joue un rôle central dans les équilibres régionaux. Les comtes s’y affrontent, s’y repentent, s’y excommunient, s’y réconcilient. Vézelay est un lieu où le sacré et le politique se rencontrent, se heurtent, se mêlent. Elle donne à l’histoire des comtés une dimension spirituelle qui dépasse largement le cadre local.

La fin féodale, avec la vente d’Auxerre au roi de France en 1370, marque l’achèvement d’un cycle. Après des siècles de luttes, d’alliances, de croisades, de réformes et de transmissions, les comtés entrent dans la sphère royale. Tonnerre poursuit sa trajectoire propre, Nevers deviendra duché, mais l’ensemble féodal qui avait dominé la région depuis le XIᵉ siècle se disloque. La monarchie impose son autorité, et les comtés perdent leur autonomie politique.

Ainsi s’achève une histoire unique en France : une histoire de pouvoir, de foi, de guerres, de croisades, de dynasties, de femmes puissantes, de territoires unis puis dispersés, de prestige féodal et de transition vers la monarchie. Une histoire où les comtés, loin d’être de simples divisions administratives, sont de véritables acteurs politiques, religieux et militaires, au cœur des grands événements du Moyen Âge.

Une histoire qui, aujourd’hui encore, se lit dans les pierres, les chartes, les paysages, les blasons, les lignages… et dans la mémoire de ceux qui savent regarder.

 

Le château-Fort des Comtes d'Auxerre et de Nevers

à Druyes-les-Belles-Fontaines (89)

Porte d'accès au village bas

Le château fort de nos jours

en 1827

2026

Tour porche en 2026

Tout porche vue depuis la cour du fort


Escalier dans la tour sud

L’importance de Druyes

Parmi les lieux qui ont accompagné la longue histoire des comtes d’Auxerre, de Nevers et de Tonnerre, le château de Druyes‑les‑Belles‑Fontaines occupe une place singulière. Non pas parce qu’il fut le plus vaste ou le plus prestigieux, mais parce qu’il est l’un des rares à avoir traversé les siècles en conservant sa silhouette médiévale. Druyes est un témoin intact : un château philippien du XIIᵉ siècle, encore debout sur son rocher, où Pierre de Courtenay reçut la couronne de l’Empire latin et où Mathilde de Courtenay signa la charte d’affranchissement d’Auxerre. Dans l’immense géographie féodale des comtes, Druyes n’est pas un décor secondaire : c’est un lieu de pouvoir, un refuge, un palais, un poste avancé, et surtout un fragment authentique de leur monde. L’évoquer ici n’est pas un ajout : c’est une pièce manquante qui complète l’ensemble et lui donne sa profondeur.

Au commencement, Druyes n’était qu’un recoin paisible au pied des sources, un lieu où l’eau jaillissait claire et où, vers 543, des moines vinrent planter leur monastère. Le village naquit autour d’eux, modeste, vulnérable, et lorsque les Normands déferlèrent au IXᵉ siècle, les habitants abandonnèrent les fontaines pour grimper sur le plateau rocheux, là où la vallée se creuse comme une défense naturelle. C’est sur ce promontoire, cent mètres au-dessus des marécages, que Druyes prit sa forme définitive : un bourg serré, protégé par une palissade, puis par des murs, et enfin par un château.

Pendant que le village se réorganisait, les grands du royaume se disputaient la Bourgogne. Druyes, rattaché au comté d’Auxerre, passa entre les mains de Richard le Justicier, puis de Hugues le Grand, puis de ses fils. À la mort du duc Henri en 1002, la succession tourna à la guerre, et c’est dans ce chaos que Landry, comte de Nevers, étendit son autorité sur Saint‑Sauveur et Druyes. Son fils Renaud réunit en 1032 les comtés de Nevers et d’Auxerre, et Druyes devint alors un bien propre du comte, échappant à la tutelle de l’évêque d’Auxerre. Une singularité qui allait compter.

Le premier château, au XIᵉ siècle, n’était qu’une construction de bois, un poste avancé sur le plateau. Mais à la fin du XIIᵉ siècle, les comtes de Nevers entreprirent de bâtir un château de pierre, solide, moderne, inspiré des nouvelles fortifications que Philippe Auguste faisait ériger partout dans le royaume. Druyes appartient à cette première génération de “châteaux philippiens” : un plan carré, quatre tours rondes aux angles, trois tours carrées sur les courtines, une porte fortifiée qui domine la vallée. Pas de donjon, mais un logis princier, vaste, lumineux, adossé à la courtine sud et percé d’une galerie romane qui ouvrait sur la campagne.

C’est dans ce palais que Pierre II de Courtenay, cousin du roi, comte de Nevers, d’Auxerre et de Tonnerre, aimait séjourner. Il y venait souvent, avec sa femme Agnès de Nevers, et Druyes devint l’une de leurs résidences favorites. Mais en 1199, Pierre fut vaincu par son vassal Hervé de Donzy, et pour recouvrer sa liberté, il dut lui céder le comté de Nevers et donner sa fille Mathilde en mariage. Druyes passa alors dans les possessions de Donzy, mais Pierre continua d’y venir, comme un vieux lion qui refuse de quitter son rocher.

C’est à Druyes, en 1216, que les barons vinrent lui proposer la couronne de l’Empire latin de Constantinople. On imagine la scène : la grande salle romane, les fenêtres en plein cintre, les bannières, les chevaux dans la cour, et Pierre, ému, acceptant la charge. Il partit défendre son empire, mais ne parvint jamais à Constantinople : une embuscade en Albanie mit fin à sa vie, quelque part dans l’hiver 1218‑1219.

Mathilde de Courtenay hérita des comtés d’Auxerre et de Tonnerre, et Druyes devint son refuge, son lieu de pouvoir. Elle y séjourna souvent, généreuse, aimée, et c’est là, le 15 août 1223, qu’elle remit aux députés d’Auxerre la charte d’affranchissement qui fonda leur commune. Druyes, ce jour-là, fut le théâtre d’un acte politique majeur.

Après Mathilde, les successions se compliquèrent, les comtés furent partagés, disputés, morcelés. Druyes passa aux comtes de Flandre, perdit son rôle résidentiel, ne garda qu’une garnison et un capitaine. La guerre de Cent Ans ravagea la région, et le château souffrit comme Auxerre, Pontigny, Cravant ou Donzy.

Puis vint le temps des ducs de Bourgogne. En 1369, Marguerite de Flandre épousa Philippe le Hardi, et Druyes entra dans l’État bourguignon. La nouvelle comtesse fit dresser l’état de ses châteaux : celui de Druyes était en mauvais état, et entre 1378 et 1384, on entreprit de grandes réparations. La bannière du duc flottait sur la tour du Sault, et le château reprit vie. Mais en 1477, la mort de Charles le Téméraire dispersa l’État bourguignon, et Druyes retomba dans l’ombre.

Les Clèves, puis les Gonzague, puis les Mantoue se succédèrent. En 1659, Charles II de Mantoue vendit le comté de Nevers à Mazarin, qui en fit un duché-pairie pour son neveu Mancini. Le dernier duc, Louis‑Jules Mancini-Mazarini, vendit Druyes en 1738 à Louis de Damas, marquis d’Anlezy. Les Damas, déjà présents depuis le XVIᵉ siècle, avaient construit un château moderne à côté du vieux château féodal. Mais les dettes les accablèrent, la Révolution les frappa, et en 1795, les deux châteaux furent mis en vente pour la démolition. Le château moderne disparut entièrement. Le vieux château, lui, survécut — peut-être parce que ses murailles étaient trop hautes, trop massives, trop coûteuses à abattre.

Il survécut, mais il souffrit. Trois siècles d’abandon, de pillages, de pierres arrachées, de toitures effondrées. En 1924, on le classa monument historique, mais il fallut attendre 1958 pour que les habitants de Druyes se mobilisent. Ils débroussaillèrent, déblayèrent, firent revivre le château par des reconstitutions historiques. Les propriétaires entreprirent des travaux, les Amis du château de Druyes prirent le relais, et depuis 1981, le château est ouvert à la visite.

 Aujourd’hui, Druyes se dresse toujours sur son rocher, carré, puissant, avec ses quatre tours rondes, ses courtines épaisses, sa porte fortifiée, ses traces romanes, ses voûtes en coupole. Le village fortifié, en triangle derrière lui, veille encore comme une première ligne de défense. Et lorsque le soleil couchant frappe la pierre blonde, on peut presque voir Pierre de Courtenay sortir sur la terrasse, regarder la vallée, et rêver à Constantinople.

Vue depuis la courtine sud

vue depuis le village bas


Eglise Saint Romain de Druyes les belles fontaines




Au sommet du rocher, les comtes d’Auxerre et de Nevers vivaient dans leur monde clos : tours rondes, courtines épaisses, logis princier, et une chapelle seigneuriale où se célébraient les offices quotidiens. Mais lorsque venaient les grandes fêtes — Noël, Pâques, Pentecôte, ou les processions en l’honneur de saint Romain — les portes du château s’ouvraient et les seigneurs descendaient vers la ville basse. Ils rejoignaient alors le peuple dans l’église Saint‑Romain, sous le portail roman sculpté, dans la nef voûtée où résonnaient les chants.

Ainsi, entre la chapelle du château et l’église du bourg, les comtes vivaient une double appartenance : la prière intime du pouvoir et la célébration publique de la communauté. C’est cette relation, à la fois politique et spirituelle, qui donne à Saint‑Romain sa place naturelle dans l’histoire de Druyes.

Saint‑Romain de Druyes — L’église au pied du château

À Druyes‑les‑Belles‑Fontaines, le château féodal domine la vallée comme un seigneur immobile. Mais au pied du rocher, dans le bourg serré autour des sources, une autre pierre raconte l’histoire du village : l’église Saint‑Romain, l’un des plus purs joyaux romans de l’Yonne.

La tradition veut qu’un monastère ait été fondé ici au VIᵉ siècle par saint Romain, venu de Subiaco. Sa mort, vers 560, aurait attiré des pèlerins vers son tombeau, et Druyes apparaît dès 596 comme paroisse de l’évêché d’Auxerre, sous le nom de Drogia. Le premier monastère, installé près des sources, fut abandonné lors des invasions normandes du IXᵉ siècle ; les moines se réfugièrent à Andryes, emportant les reliques du saint vers Saint‑Romain‑le‑Preux. Le village, lui, grimpa sur le plateau, là où la colline offrait une défense naturelle. C’est dans ce contexte que naquirent le bourg fortifié et, un peu plus tard, le château des comtes de Nevers.

Saint Romain

Une première église, sans doute modeste, fut détruite par un incendie à la fin du XIᵉ siècle. L’édifice actuel, roman et harmonieux, fut construit au milieu du XIIᵉ siècle, en même temps que le château-fort voisin. Cette simultanéité n’est pas un hasard : Druyes était alors un lieu de pouvoir, une résidence comtale.


L’église, de dimensions modestes, est d’une remarquable homogénéité. Sa nef de trois travées, aveugle et voûtée en berceau brisé, semble d’inspiration clunisienne — rare dans cette partie de la Bourgogne. Le plan est parfaitement équilibré : une nef à bas‑côtés, un transept non saillant, et une abside flanquée de deux absidioles qui s’ouvrent directement sur la croisée. Le clocher, posé sur le transept, présente un étage de baies géminées à doubles colonnettes, qui donne au chevet une silhouette d’une grande élégance.

quelques sculptures romanes du porche

Le portail roman, ouvrant dans un avant-corps saillant, est un véritable bijou. Le tympan est nu, mais les voussures sont décorées de perles, d’entrelacs, d’étoiles et de pointes de diamant. Les chapiteaux montrent masques, animaux affrontés, feuillages, monstres ailés ; les modillons sculptés de la corniche ajoutent une touche presque narrative à l’ensemble. À l’intérieur, les 28 chapiteaux de la nef et de la croisée forment l’un des ensembles sculptés les plus intéressants du nord de la Bourgogne : lions affrontés, monstres vomissant des entrelacs, scènes de combat — peut‑être Roland contre un géant — et symboles chrétiens comme l’agneau flanqué d’un coq et d’un lion.


Les absidioles conservent leurs lavabos liturgiques romans, décorés de motifs géométriques ou perlés, témoins précieux de la liturgie médiévale. Les croisillons, rehaussés à l’époque gothique, sont éclairés par de larges baies flamboyantes. Au XIVᵉ siècle, on ajouta la chapelle Notre‑Dame‑de‑la‑Pitié ; au XVe, une tour de défense ; au XIXᵉ, la sacristie et les vitraux.

Aux pieds de cet autel XIXe lavabo XIIe s. - à droite le même

un autre lavabo liturgique du XIIe s.



Les siècles ont laissé leur marque : les Guerres de Religion causèrent quelques dégâts, mais l’église fut toujours entretenue. En 1698, les reliques de saint Romain furent retrouvées et transférées dans la chapelle du château. Le cimetière, qui entourait l’église, fut déplacé en 1856. En 1882, la cloche Constance, 1,215 m de diamètre pour plus d’une tonne, remplaça l’ancienne cloche Perette de 1642. Et en 1888, l’église fut classée Monument Historique.

Reliquaire de Saint Romain

Aujourd’hui, Saint‑Romain se dresse comme un livre de pierre : roman dans son âme, gothique dans ses ajouts, paisible dans sa lumière. Elle forme avec le château un couple indissociable : la forteresse pour la puissance, l’église pour la permanence. Et lorsque la musique résonne sous les voûtes — Bach, comme sur ton ardoise — on comprend que Druyes n’est pas seulement un village médiéval : c’est un lieu où l’histoire continue de respirer.




Château des comtes de Tonnerre

Selon la légende, alors qu’il se promène dans le paysage verdoyant et bosselé de la vallée de l’Armançon, Jupiter est pris d’une si grande colère qu’il foudroie le sol à ses pieds. De la terre jaillit une eau limpide et bleutée qui s’écoule paisiblement jusqu’à la rivière : la Fosse Dionne. Sa présence aurait favorisé la fondation d’une première ville fortifiée, Tornodorum, dont le nom se rattache à une divinité locale, Torn ou Turnus, protectrice du lieu selon Fromageot (1973). Mais la réalité historique est plus longue, plus complexe, et bien plus fascinante.

Une cité primitive apparaît sur le plateau du Montbellant vers le Ve siècle avant notre ère. Elle décline, puis une vaste ville gauloise se développe dans la plaine de Ovis, comme l’a révélé un diagnostic archéologique en 2006. Pour une raison inconnue, cette ville florissante s’effondre au Ier siècle avant J.-C., permettant au site du plateau supérieur de reprendre son essor et de se fortifier au fil des siècles. Au VIe siècle, Grégoire de Tours mentionne le Tornodorense castrum, preuve que le site est déjà un centre fortifié important, intégré au vaste territoire des Lingons, dont l’oppidum principal est Andemantunnum (Langres).

Entre les VIIe et IXe siècles, le pagus tornodorensis couvre un quadrilatère irrégulier allant de Vergigny à Montigny-Montfort, de Chaource à Courcelles-Montberthault. Le chanoine Chaume recense près de quarante-neuf localités attestées dans les notices topographiques du Tonnerrois. Ce pagus est un pays de marge et de transition, soumis aux influences champenoises et bourguignonnes, ses limites variant au gré des tensions régionales. Il est placé sous l’autorité des évêques et comtes de Langres, et administré par un officier « tenant lieu de comte » (officio vicem comitis agens), comme le rapporte Ardeval au IXe siècle.

La tradition locale évoque un certain Hilarius, fonctionnaire romain du Ve siècle, qui aurait accueilli en 444 les évêques Germain d’Auxerre et Loup de Troyes sur la colline du Montbellant. Son titre de « comte » et celui de « comtesse » attribué à son épouse Quiéta ne reposent sur aucun document, mais témoignent de la mémoire ancienne du lieu. Au VIIe siècle, Bello ou Bellon, père supposé de saint Loup, aurait fait édifier une chapelle sur le tombeau de Michomer, compagnon des évêques. Il aurait précédé Ebbon, considéré par Chaume comme le plus ancien titulaire du comté.

Selon la chronique de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, les possesseurs du château de Tonnerre sont Guerri/Géry/Géric († 708), puis son neveu Ebbon († après 750). Il faut cependant attendre le IXe siècle pour que le Tonnerrois soit clairement associé à un comitatus. Un diplôme attribué à Louis le Pieux, « retardé » jusqu’en 889, mentionne le castrum tornotrinse, « tête du comté », aux côtés de Langres et Dijon. Le comté de Tonnerre prend véritablement naissance à cette période.

Au milieu du Xe siècle apparaît la première dynastie comtale attestée : les Milonides, probablement issus de la famille comtale de Langres. Ils occupent le château du Montbellant, battent monnaie du XIe siècle jusqu’en 1315, rendent justice, perçoivent taxes et impôts. Le monastère Saint‑Michel, fondé ou restauré par Milon Ier, devient un centre religieux majeur, étroitement lié à la dignité comtale. Le territoire du comté diffère du pagus : il occupe la frange occidentale de l’évêché de Langres, encadré par les comtés d’Auxerre, de Sens, de Joigny, de Troyes, de Bar-sur-Aube, et semble avoir contrôlé le Barséquanais avant l’an Mil.

Au Moyen Âge, Tonnerre n’est pas une ville, mais trois villes :

  • le bourg principal sur le Montbellant, ceint de hauts murs crénelés,
  • la ville basse, en bordure de l’Armançon,
  • la ville de Saint‑Michel, autour de l’abbaye du même nom.

Le bourg principal abrite le château comtal, l’église Saint‑Aignan, une place de marché et des maisons serrées contre les remparts. Ce château, siège des Milonides puis des comtes de Nevers, est un quadrilatère fortifié flanqué de quatre tours rondes, doté d’un logis rectangulaire, d’une tour d’escalier octogonale, d’une chapelle intégrée à une tour, de canonnières et de baies chanfreinées. Aujourd’hui, il est englobé dans la ville, morcelé après la Révolution, ses vestiges intégrés aux habitations autour de la ruelle du Château.

Au XIe siècle, la dynastie milonide disparaît. Par le mariage d’Ermengarde de Tonnerre avec Guillaume Ier de Nevers, le comté passe sous le contrôle de la maison de Nevers, qui possède déjà Auxerre. Le comté sert alors de terre d’apprentissage pour les héritiers, puis de douaire pour les comtesses veuves, chacune disposant de son propre prévôt. La petite féodalité se développe, des chevaliers émergent, et le comté s’inscrit dans les réseaux politiques de la région.

Mais l’histoire de Tonnerre connaît un tournant brutal en 1414. Un raid de représailles ordonné par le duc de Bourgogne ravage la ville haute. Le château comtal, symbole politique majeur, est méthodiquement détruit. Les habitants, privés de leur forteresse et de leurs maisons, reconstruisent dans la plaine de l’Armançon, donnant à la ville basse le visage qu’on lui connaît aujourd’hui.

Le comté poursuit son histoire jusqu’à son érection en duché en 1572 en faveur d’Henri Antoine de Clermont — érection sans effet faute d’enregistrement. Jusqu’en 1789, le comté de Tonnerre demeure le plus ancien de France, jamais réuni à la couronne, jamais transformé en marquisat ou duché effectif.

 




Blasons retrouvés lors de fouilles

murs du château fort retrouvés lors de fouilles


Les vestiges du château des comtes de Tonnerre

Sous les façades tranquilles de la ruelle du Château, derrière les murs blanchis et les toitures de tuiles plates, se cache encore l’ombre d’une forteresse qui fut, durant des siècles, le cœur battant du pouvoir comtal. Ce que l’on voit aujourd’hui n’est qu’un fragment, un éclat de pierre rescapé : pourtant, il suffit de regarder attentivement pour que le château des comtes de Tonnerre réapparaisse, presque intact, dans l’imagination.

À l’origine, l’édifice se présentait comme un quadrilatère puissant, défendu par quatre grosses tours rondes. Celle du nord‑ouest, la plus noble, abritait la chapelle comtale. Après la Révolution, le château fut vendu par lots, morcelé, tronqué, absorbé peu à peu par les maisons voisines. Aujourd’hui, il est englouti dans un îlot d’habitations, dissous dans le tissu urbain comme une épave monumentale dont subsistent les membrures.

La façade antérieure se lit en deux temps : – à gauche, elle borde directement la ruelle du Château ; – à droite, elle se cache au fond d’une petite impasse serrée entre des maisons. La façade postérieure s’ouvre sur des jardins, tandis que les côtés sont pris dans des venelles étroites ou intégrés à des bâtiments d’exploitation. Le château n’est plus un monument : c’est un paysage, un puzzle de pierres anciennes enchâssé dans la ville moderne.

Le corps de logis, rectangulaire, est encore cantonné de ses tours circulaires. Sur la façade antérieure, une tour d’escalier octogonale, demi‑hors‑œuvre, marque l’entrée : elle est l’un des plus beaux témoins des remaniements du XVIᵉ siècle. On devine qu’autrefois, le bâtiment comprenait un rez‑de‑chaussée, deux étages carrés et un comble élevé. Les ouvertures ont été remaniées, mais un larmier régnant court encore sous la toiture, sauf sur la tour octogonale.

Si l’on lève les yeux, on aperçoit, au troisième niveau, les traces d’anciennes arcades brisées, vestiges d’un décor disparu. La tour octogonale, elle, porte trois baies superposées : deux croisées en partie murées, et une haute baie à traverse. Sur son pan droit, trois baies murées s’alignent ; sur le pan gauche, une baie subsiste au troisième niveau. La tour d’angle droite montre encore une canonnière, placée à côté de la porte, et une baie chanfreinée au niveau supérieur.

Les toits, en tuiles plates, couvrent le logis de longs pans. Le comble d’origine semble conservé à droite, tandis que la partie gauche a été abaissée. La tour postérieure droite porte un toit conique, lui aussi en tuiles plates, comme un chapeau médiéval oublié.

Devant la façade, un puits à margelle octogonale rappelle la vie quotidienne du château. Trois de ses faces portent des écus : l’un sculpté d’armoiries, l’autre bûché, le troisième lisse. C’est un témoin silencieux, mais d’une grande force évocatrice.

L’ensemble est aujourd’hui en mauvais état : logis morcelés, étages tronqués, ouvertures transformées. Mais malgré les mutilations, malgré les siècles, malgré l’engloutissement dans la ville, le château des comtes de Tonnerre n’a pas disparu. Il survit dans ces pierres, dans ces tours, dans ces baies murées, dans ce puits armorié. Il suffit de regarder — vraiment regarder — pour que le château médiéval se redresse, fier et entier, dans la mémoire du lieu.

 

Corps de lois, cantonné d’une tour circulaire et d’une tour d’escalier octogonale 
en demi-hors-œuvre. 89, rue ravières de l’Égalité


Puits avec faces ornées d’écus en relief

Saint‑Aignan, l’église disparue de la ville haute

Construite au XIᵉ siècle, l’église Saint‑Aignan était la paroisse de la ville haute médiévale, adossée au château comtal et au cœur du bourg fortifié. Détruite en 1414 lors du sac de Tonnerre par les troupes du duc de Bourgogne, elle ne fut jamais reconstruite. Sa succursale, Saint‑Pierre, devint alors l’unique église de la ville haute et conserva, malgré les incendies et les remaniements, son chœur médiéval. L’édifice actuel, mêlant structure romane, chapelles Renaissance et façade classique, est l’héritier direct de cette histoire mouvementée.

Aucun vestige de l’église Saint‑Aignan n’a subsisté après sa destruction en 1414, et aucun dessin ou représentation ancienne n’est connu. L’édifice a totalement disparu du paysage et de la mémoire visuelle.

 De l’époque des comtes de Tonnerre, il ne subsiste aujourd’hui aucun édifice dans la ville haute : le château comtal et l’église Saint‑Aignan ont été détruits en 1414. Le seul bâtiment encore visible lié à la lignée comtale est le château de Maulnes, construit au XVIᵉ siècle par Louise de Clermont, comtesse de Tonnerre.

 

Château de Maulnes (89) - 12 août 2026 - éclipse solaire 

 

Mes remerciements vont aux Évêchés de Troyes, Langres et Sens, aux Archives nationales, aux archives départementales, à la BNF, et aux archives personnelles de mon grand-père le marquis de Beauchamp et à celles de mon parrain Mgr Jean Dieudonné Bonnard, dont les documents, patiemment préservés, ont été d’une aide inestimable pour mener à bien ce travail.

 

Pascal Jean V. Lamy




Les trois cartes ci-dessous montrent la lente construction du royaume de France, depuis la fragmentation féodale du XIᵉ siècle jusqu’à l’unité politique du XVe siècle.

La France en 1030

Une France encore morcelée : duchés, comtés et seigneuries se partagent le territoire. Le roi n’a qu’un petit domaine autour de Paris. C’est le temps des grands féodaux — Anjou, Blois, Bourgogne, Aquitaine, Toulouse — chacun maître chez soi.



La France en 1180

Sous Philippe Auguste, le royaume commence à se structurer. Les Plantagenêts dominent l’ouest (Normandie, Anjou, Aquitaine), mais le pouvoir royal s’affirme. Les croisades, les alliances et les guerres redessinent les équilibres.




La France en 1477

Fin du Moyen Âge : la couronne a absorbé la plupart des grands fiefs. La Bourgogne s’effondre, la Bretagne résiste encore, mais la France devient un royaume unifié. Les maisons capétiennes et leurs branches (Valois, Bourbon, Anjou…) dominent désormais la carte.




F  I  N





Origine des comtés d’Auxerre, Nevers et Tonnerre

  Il existe des régions dont l’histoire ne se laisse pas saisir d’un seul regard, parce qu’elle ne se déroule pas en ligne droite, mais en c...