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jeudi 7 novembre 2024

Saint Vorles



Vie de saint Vorles

Vorles naquit au VIe siècle probablement dans le Châtillonnais. 

Le pays faisait partie de la Burgonderie, possession de Gontran, petit-fils de Clovis. Du point de vue religieux, le Châtillonnais et ses environs virent se développer assez rapidement le christianisme : Florentin qui fut décapité au IIIème siècle dans le Duesnois, Jean de Réôme fondateur du monachisme en Bourgogne, Seine qui s'établit dans la forêt de Cestre, puis Valentin et Vorles au VIe siècle.

Dès la fin du Ve siècle un premier réseau paroissial s'établit, relais de l'église-mère du diocèse de Langres, dans les zones rurales. C'est ainsi que Vorles, issu selon la tradition d'une noble et illustre famille, pratiquant vertu et chasteté, charité et justice, méprisant les honneurs, fut simple prêtre de la paroisse de Marcenay. Sa renommée se répandit au loin, et le roi Gontran, ayant entendu vanter les mérites de Vorles, se rendit près du prêtre lors d'un voyage et voulut entendre la messe. C'est là que se produisit le miracle décrit ci-dessous

Selon la tradition, Vorles mourut le 16 juin 591. Son corps fut mis dans un sarcophage placé sous le chœur de l'église de Marcenay, dans une crypte dans laquelle sourd périodiquement une source.

Peu de temps après 591, le roi Gontran fit don à l'abbaye Notre-Dame de salle à Bourges du domaine qui prit le nom de " Terre de saint Vorles ", et qui comprenait les deux villages de Marcenay et de Bissey la Pierre.

À partir du IXe siècle, il fallut faire face aux incursions des normands. Partout on mettait à l'abri les reliques des saints. En 868, Isaac, évêque de Langres, décida de transférer de Marcenay les reliques de saint Vorles pour les mettre à l'abri dans la chapelle castrale de Châtillon.

Cette translation répondait à plusieurs objectifs : outre la mise à l'abri des invasions, cela devait permettre à l'évêque de mieux contrôler le culte du saint, en prévenir les déviances, tout en l'imposant officiellement. Ainsi reconnu, le saint pouvait prendre place parmi les saints renommés du diocèse.

C'est à un autre évêque, Brun de Roucy que revint la charge de donner aux reliques de saint Vorles, une église digne d'elles : l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine (21).

église saint Vorles de Châtillon-sur-Seine (21)

Devenues protectrices à la fois de Marcenay et de Châtillon, les reliques opérèrent de nouveaux miracles. On les invoquait, surtout dans cinq cas. Cinq tableaux exposés dans l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine résumaient les domaines où le saint pouvait protéger la communauté, être l'intercesseur entre Dieu et les hommes. Ils sont intitulés : "guerre, famine, peste, infirmité, prières"

Saint Vorles pouvait guérir les cas de folie, ainsi que les paralytiques ou les gens perclus de rhumatismes. Il pouvait aussi arrêter la peste ou le choléra, et selon les circonstances, afin d'éviter la famine, faire pleuvoir ou faire cesser la pluie. Pour bénéficier de ses bienfaits, des processions furent organisées jusqu'en 1793 à Châtillon ou entre Châtillon et Marcenay essentiellement, plus rarement à Plaines, renouvelant à chaque fois la communion du châtillonnais avec le saint en assurant la cohésion sociale.

Les reliques pouvaient avoir aussi assez de puissance pour arrêter la guerre ou le brigandage ; c'est ainsi que lors du concile d'Airy, les reliques de saint Vorles, alliées à celles d'autres saints venus là pour la circonstance furent sollicitées pour rétablir la paix dans le pays.

Mais rien ne pouvait se faire sans la foi et les prières. Ce n'est qu'à cette condition que la protection de saint Vorles pouvait agir, par exemple pour sauver un soldat en 1741 en Bohême, qui sur le point d'être pendu et invoquant saint Vorles, fut sauvé par deux gentilshommes châtillonnais étonnés d'entendre prononcer ce nom. On pouvait aussi compter sur saint Vorles pour protéger les habitations. Au début XIXème, la statue du saint, à laquelle chaque année on attachait un bouquet de fleurs bénies lors de la fête Dieu, retint seule la poutre centrale d'une maison.

En 1940, un châtillonnais fit le vœu que, si sa maison n'était pas détruite, il ferait tous les ans, à pied, le pèlerinage de Châtillon à Marcenay, le jour de la saint Vorles. Le vœu s'étant réalisé, il fit le pèlerinage chaque année avec sa femme ; celle-ci ayant des difficultés, les années passant, à marcher, il continua le pèlerinage en la poussant dans un fauteuil roulant.

Au XIXème siècle, la " dent de saint Vorles " conservée dans l'église, aidait les jeunes enfants dont les dents poussaient. Aujourd'hui encore, à Marcenay, une statue de saint Vorles est conservée chaque année dans une famille abritant de jeunes enfants, le tirage au sort ayant lieu lors de la messe du 16 juin.

Une (mauvaise) légende, enfin, est attribuée à saint Vorles : si la commune de Marcenay ne possède aucune forêt alors que les communes limitrophes en ont, c'est parce que le saint les a jouées aux dés avec saint Valentin et a perdu.


La légende de saint Vorles


Le roi Gontran arriva un jour de fête à Marcenay où le saint faisait l'office de pasteur…

Il prit à dessein la matinée pour donner à sa dévotion le contentement d'assister à la messe de saint Vorles avec toute sa cour. Le saint commença ce divin mystère dans un tempérament d'humilité et de majesté…

Il avait déjà lu le saint évangile et s'approchait du temps de la consécration, quand il devint immobile comme une statue de marbre et privé de l'usage de tous ses sens, de même que si son âme eut fait divorce avec son corps et qu'elle s'en fut envolée dans le ciel.

Il demeura une heure entière en cette extase entre l'admiration et le désir du roi et de ses gens…

Le voilà donc qui retourne, lui qui n'était pas sorti de là, et qui achève la messe avec autant de présence d'esprit que si rien ne lui fut arrivé. La messe achevée, le roi ne lui donna pas le loisir de faire un peu d'actions de grâces : à peine a-t-il mis bas ses habits sacerdotaux qu'il lui demande ce qu'il a fait une heure durant pendant qu'il était immobile à l'autel.

Était-ce une extase? Était-ce une faiblesse de cœur ?

Bref, il le presse si fort que le saint homme, qui n'avait pas appris à mentir ni à dissimuler, lui dit tout franc

« Sire, j'étais allé secourir un pauvre innocent que le feu eût dévoré, si je ne fusse accouru ; maintenant, grâce à Dieu, l'incendie est éteint et l'enfant en assurance.

- Quel enfant dit le roi, quel feu, quel incendie, en quel lieu ?

- Les habitants de Plaines répondit saint-Vorles (c'est le bourg distant de Marcenay de trois lieues), étaient allés ouïr la messe à Mussy, quand le diable, par un juste mais secret jugement de Dieu, a mis le feu dans une maison du village où personne n'était demeuré qu'un petit enfant, dans son berceau, qui eût été la victime innocente de cet incendie, si Dieu ne m'eût fait voir en esprit le danger où était cette petite créature. Au même temps, je m'y suis transporté*, j'ai délivré l'enfant et conservé le village. Voilà, Sire, ce qui a fait la messe plus longue qu'elle n'eut été sans cela. »

Chacun s'étonna au récit de cette merveille ; quelques gaillards qui font gloire d'être incrédules disent avec un branlement de tête : croyez le porteur. Le roi, qui n'entend pas raillerie, dépêche sur-le-champ des personnes affidées pour voir et s'informer sur les lieux de la vérité du fait.

Les envoyés trouvent des poutres encore toutes fumantes dans la maison, le petit enfant sain et vivant, le père et la mère, qui étaient retournés de Mussy, joyeux du salut de leur fils et des restes de leur maison conservée, qui cherchaient partout saint Vorles pour le remercier, parce que quelques villageois les assuraient qu'ils avaient vu le saint entrer courageusement dans la flamme et la fumée, tirer l'enfant hors du danger, arrêter soudainement l'activité du feu par sa présence.

 

Texte du R.P. Legrand (1651) d'après Aganon, chanoine de l'abbaye Notre-Dame de Châtillon (vers 1040)

 

* Ce phénomème s'appelle: Bilocation ou décorporation






lundi 5 août 2024

Légende de Saint Gengoult

 

Pays d’Othe – Saint Benoit sur Vanne

Chapelle Saint Gengoult de Courmononcle à Saint-Benoit-sur-Vanne (Aube-10)

 Gengoult était un seigneur franc né à Langres et qui vivait au VIIe siècle. Il était  mal marié : lui qui était vertueux, calme et tranquille, eut le tort d’épouser une nommée Ganéa, jolie jeune femme certes, mais légère et volage. Dans de telles conditions, on reste à la maison pour surveiller son bien ; l’imprudent Gengoult ne comprit pas cette vérité et, trop confiant, il partit à la guerre avec Pépin le Bref dans les pays Bataves. (le plus souvent et pour que la légende soit plus chrétienne et plus pieuse, on dit simplement : Gengoult était un seigneur qui partit à la Croisade et on vieillit ainsi l’histoire de plusieurs siècles).

Au retour, Gengoult reprit tranquillement sa vie dans son domaine, aux côtés de sa femme. Mais des bruits couraient dans la région ; ils vinrent aux oreilles du seigneur, troublèrent peu à peu sa quiétude, et, il en vient à perdre sa belle assurance et à se demander s’il n’aurait pas été trompé. Pour s’en assurer, il s’en remit au jugement de Dieu. Il emmena sa femme dans les champs, au pied du coteau et frappa le sol de son bâton. Aussitôt une source jaillit. Il demanda à Ganéa d’y plonger le bras. Celle-ci, sans méfiance, obéit à son mari. Horreur ! elle retira son bras tout dépiauté, prouvant ainsi sa faute.

Gengoult, frappé de ce coup du sort, fut cependant généreux. Il pardonna à sa femme, lui abandonna son château et une partie de ses biens, et se retira dans un autre château près d’Avallon, à Annéot.

Ganéa aurait dû être touchée de cette bonté. Il n’en fut rien. Elle vécut avec son amant et, sans doute pour pouvoir l’épouser, elle médita la perte de son mari ; et, après avoir élaboré un plan minutieux, elle envoya son amant au château avallonnais pour assassiner Gengoult. Ce qu’il fit, et la légende se termine ainsi par un crime impuni.

A l’endroit où jaillit la fontaine miraculeuse, on a construit une chapelle et la statue du Saint y figure à l’intérieur, au-dessus de l’autel. Le saint est figuré à cheval et ce n’est pas sans importance, comme on le verra plus loin.

La fête de St Gengoult a lieu le 2ème dimanche de mai. Elle se faisait lors d’un pèlerinage où les pèlerins faisaient provision d’eau de la fontaine, qui guérissait les fièvres et les maux d’yeux des enfants. Lors du pèlerinage, les mères trempaient leurs enfants dans la fontaine pour les préserver des fièvres.

Le culte et le pèlerinage ont disparu ; toutefois, une fois l’an, en mai, le curé va dire la messe dans la chapelle. De plus, vers 1942, M. Favin, originaire de St Benoist, entendit une vieille de 85 ans qui voulait mener ses petites-filles à la fontaine pour savoir si elles seraient fidèles à leur mari.

La légende de St Gengoult, patron des maris trompés, se raconte aussi dans les mêmes termes à quelque distance de là, à Rouilly-Sacey près de Piney. On la rencontre aussi exactement semblable à la fontaine de Choiseul-en-Bassigny (Haute-Marne). On la trouve à Wierres, dans le Boulonnais où St Gengoult devient St Gandouf, ainsi que dans la Moselle, entre Briey et Avril.

Le Saint est honoré aussi en Allemagne, en Belgique, à Toul, à St Gengoux-le-National (Saône-et-Loire), sur les bords du lac Léman à St Gengolph, àAbbeville où l’on voit une statue du Saint et de son épouse à qui Gengoult fait subir l’épreuve du bras plongé dans la fontaine.

En Franche-Comté à Montgeroye, St Gengoult est aussi le patron des cocus. Il avait été trompé, puis assassiné par son rival avec la complicité de sa femme. Son corps faisait maint miracle ; aussi sa femme, agacée s’écria : « Jour de Dieu, il fait des miracles comme je pète ! ». A ce blasphème, une punition céleste s’abattit sur elle : aussitôt qu’elle prononçait un mot, elle ne pouvait s’empêcher de péter et, elle dut se réfugier dans un couvent où existait la règle du silence absolu et elle y termina ses jours.

A Chassericourt, dans l’Aube, la légende est différente. St Georges et St Gengoult cheminaient ensemble. Or, sur le finage de Chassericourt, le cheval de St Gengoult mit le pied dans un trou, enfonça si brusquement qu’il se cassa la jambe et l’eau jaillit. St Georges, qui ne s’était pas arrêté continua jusqu’à Chavanges où il attendit son compagnon. C’est pourquoi les deux églises sont dédiées, l’une à St Georges (Chavanges), l’autre à St Gengoult (Chassericourt). Dans cette dernière existait une statue de St Gengoult et de son cheval, celui-ci avec la jambe brisée. La fontaine ouverte par le pas du cheval est une source pétrifiante, et elle guérissait, disait-on les maladies de la peau (eczéma, écrouelles) ce qui marque le lien avec la légende de Saint-Benoist.

A Bar-sur-Aube, le 10 mai, veille de St Gengoult, patron des cocus, les gens allaient dans les prés chercher des fleurs jaunes nommées « bassinets » et en faisaient des bouquets qu’ils allaient attacher la nuit à la porte des maris trompés. (Revue des Traditions Populaires -1899)

Si l’on s’en rapport à l’impression général donné par ces légendes et ces traditions, il ne fait aucun doute que St Gengoult est avant tout le patron des cocus, ce qui, dans l’hagiographie, lui donne une place curieuse et probablement peu orthodoxe. Mai, si l’on y regarde de plus près, cette interprétation facétieuse s’efface devant un fait plus important : partout, dans ces légendes, l’eau jaillit miraculeusement et une fontaine se crée sous les efforts du Saint et de son cheval.

Or, par deux fois, il nous fut bien spécifié qu’à Courmononcle (St Benoit sur Vanne) on prononçait « Gengon ». A Chassericourt également. Cela nous amène à rapprocher le nom et la légende d’un autre nom et d’une autre légende : St Gorgon, qui lui aussi, dans toute la France, fait jaillir des sources miraculeuses. Par exemple près de notre département, dans l’Yonne, à Véron où le cheval de St Gorgon, s’impatientant et grattant la terre, creusa une fontaine.

Or, d’après Henri Dontenville, dont le livre « La Mythologie Française » est fondamental, St Gorgon est le substitut chrétien d’un être surnaturel adoré par les paysans et dont le culte était si vivace quand le christianisme s’affermit en France que, faute de pouvoir l’extirper, il fallut le baptiser et le christianiser. Cet être surnaturel était « le Géant », le vieux Gargantua des « Chroniques » qui a laissé des traces innombrables sur tout le territoire de notre pays. Saint-Benoist-sur-Vanne est précisément l’un des lieux de l’itinéraire de Gargantua dans l’Aube.

Le rapprochement devint plus troublant quand on se transporte à l‘autre extrémité du département, à Chassericourt, et qu’on y retrouve St Gengoult, son cheval et sa fontaine. Un habitant de Chassericourt a fourni une étymologie qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui par hasard se rapproche de notre interprétation. Gengoult serait Jean Goult, qui viendrait de Jean Gueule. Nous ne nous arrêterons qu’un instant à ce détail, mais il fallait le noter en tout cas, pour st Gengoult à Chassericourt, deux remarques s’imposent : d’une part, la proximité au S-O et à une douzaine de kilomètres de la commune de St Christophe au Xe siècle, en l’honneur de ce Saint qui, lui aussi, était un géant dont la statue de bois haute de huit mètres se dressait autrefois dans la cathédrale d’Auxerre et aussi, entre autres, dans l’église de St Christophe sur le Nais, en Touraine où les jeunes filles à marier plantent encore aujourd’hui des épingles dans son corps pour trouver un époux. D’autre part, la chevauchée de St Georges accompagnant St Gengoult ; St Georges le vainqueur du dragon.

Il convient de signaler aussi, non seulement la position de St Christophe, mais aussi celle de Rouilly-Sacey, où la légende de St Gengoult est la même exactement qu’à St-Benoist.

 

Légende de Saint Gengoult

 

Une légende que, naguère

On ne lisait, sans pitié,

Apprend que, rentrant de la guerre,

Le saint aborda sa moitié

 

Et sur un ton inconnu d’elle,

Lui dit, tout en la caressant :

Ton cœur m’est-il resté fidèle,

Cependant que j’étais absent ?

 

Elle fut plus qu’affirmative

Mais lui fut moins que convaincu

Et pour preuve définitive

Que son honneur n’avait vécu,

 

Plonge ton bras dans la fontaine

Et si tu peux l’en retirer,

Ajouta-t-il sois certaine,

Mon doute ne saurait durer !...

 

Mais au contact de la chair nue,

L’eau chauffa, comme l’or qui fond,

Et l’infidèle est revenue,

En laissant son bras dans le fond.

 

L’histoire également, rapporte

Qu’à la Saint Gengoult sans fracas,

La nuit, on décorait les portes

Des maris qui sont dans ce cas

 


 

 

 


 

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