Merveille de l’architecture ogivale, la basilique
Saint-Urbain est un pur joyau de l’art gothique, qui rivalise avec la Sainte
Chapelle de Paris, à laquelle la comparent de nombreuses personnalités. Tous
les amateurs d’art n’hésitent pas à la qualifier de " joyau d’architecture
", de " véritable châsse de pierre ciselée comme un reliquaire géant
", c’est " le Parthénon de la Champagne ".
Jacques Pantaléon est né en 1185 à Troyes (un des rares papes français). Fils d’un savetier troyen, il connaît une brillante carrière ecclésiastique. Archidiacre de Laon et de Liège, évêque de Verdun, il devient pape en 1261 sous le nom d’Urbain IV en hommage au pape martyr Urbain 1er (222-230). Créateur de la fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), il réorganise le gouvernement de l’Église malgré son grand âge. Attaché à sa ville d’origine et soucieux de la valoriser, il fonde une collégiale composée d’un chapitre de douze chanoines à l’emplacement de sa maison natale. Il veut laisser à Troyes, une marque d’affection et de magnificence : bâtir en 1262 une somptueuse basilique, à l’emplacement de l’échoppe paternelle et aux frais du trésor romain. Il meurt 2 ans après, et les sommes qu’il envoyait à Troyes sont arrêtées. Heureusement, le Cardinal Ancher, son neveu, prend à cœur de ne pas laisser inachevée cette œuvre.
Une consécration est prévue le 25 mai 1266 car le chœur
est achevé et les parties basses de l’édifice élevées. Cependant, l’abbesse de
Notre-Dame-aux-Nonnains, Ode de Pougy, ne l’entend pas de cette manière et fait
en sorte que le chantier soit saccagé par crainte de cet édifice situé sur son
territoire et dépendant directement de la papauté. « Ainsi, elle fait envahir
le chantier par une troupe qui arrache les portes, brise le maîtreautel, des
colonnes, des chapiteaux et enlève le matériel des charpentiers. À peine de
nouvelles portes sont-elles posées que la même troupe s’en revient les
fracturer et les emporter ! Mais ce n’est pas tout. Quelques mois plus tard, un
mystérieux incendie détruit une partie des murs, des voûtes et de la toiture de
l’église. Enfin, le légat pontifical, venant bénir le nouveau cimetière en 1268,
est accablé de coups, d’injures et se voit poursuivit dans les rues de Troyes.
»
En conséquence, Ode de Pougy et ses complices sont
excommuniés le 15 juillet 1268. Néanmoins la construction reprend vers 1267-1270.
La partie haute du transept et ses deux porches sont alors édifiés. Seuls les
bas-côtés de la dernière travée de la nef sont voûtés en 1286, date de la mort
du cardinal Ancher.
La collégiale est consacrée en 1389, devant une
foule considérable, et les reliques sont placées sur les 9 autels. Elle échappe
miraculeusement à l’incendie qui ravage une partie de la ville en 1524,
détruisant 3.000 maisons.
En 1565, 2 vols importants sont commis : 1 croix
d’or, 2 d’argent et tous les reliquaires. Les coupables sont roués en place
publique en 1574.
En 1761, la foudre tombe pour la 5ème fois sur le
clocher. Les chanoines en réduisent la hauteur, en l’arrêtant au-dessus des
cloches.
L’église devient paroissiale après la Révolution. A
partir de 1850, la mairie démolit les maisons accolées à son abside. Paul
Selmersheim, architecte diocésain, achève la nef de 1893 à 1905 après restauration
du chœur et du transept de 1876 à 1886. Les maisons alentours sont,
jusqu’alors, adossées aux murs de l’édifice. La flèche en bois, auparavant
située sur la croisée et démontée en 1761, n’est pas restituée. L’église,
classée au titre des monuments historiques en 1840, accueille en son chœur la
dépouille d’Urbain IV en 1901 et devient
basilique mineure en 1964 à la demande de l’évêque de Troyes, Monseigneur
Julien Le Couëdic.
Le 20 février 1906, 200 fidèles et des personnalités troyennes opposés à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat occupent Saint-Urbain et résistent pendant des heures aux forces de police et militaires qui, sur ordre du maire Louis Mony (franc-maçon, tour à tour clérical, bonapartiste, conservateur, républicain modéré, radical et alors radical-socialiste), et conduites par le préfet Marais, sont venues faire l’inventaire des biens immobiliers et mobiliers de la paroisse. Ils sont finalement délogés, les portes de la collégiale défoncées à coups de hache par les pompiers. La police emprisonne des catholiques.
La basilique Saint-Urbain est un joyau de l’art gothique rayonnant se distinguant par son homogénéité et sa symétrie. Le visiteur peut appréhender l’ingéniosité des bâtisseurs de l’époque médiévale en admirant les nombreux gâbles et arcs-boutants d’une extrême finesse, véritable squelette de pierre permettant de répartir les forces des voûtes et ainsi de stabiliser l’édifice.
Une autre surprise réside dans les porches du transept
maintenus par des « échafaudages » de pierre.
Quant au porche de la façade (à l’ouest), il comprend
trois portails datés du XIIIe siècle dont le principal orné d’un tympan, en haut-relief
représentant le Jugement dernier à la manière d’un vitrail. Ce même thème est
traité différemment, en peinture, au revers de la façade à l’intérieur de
l’édifice.
Tympan du portail central du XIIIe siècle, le Jugement
Dernier
Haut : Christ en Majesté entouré par 2 anges ; à
ses pieds les douze apôtres
Dessous, la Vierge et St Jean en prière regardant le Christ
Bas : le Paradis, Abraham et les anges accueillent les âmes des justes ; l’Enfer où des démons emportent les âmes des damnés pêcheurs : un prince ou roi couronné (pouvoir temporel), un homme muni d’une bourse (avare) et un homme d’église (pouvoir spirituel). Ils les précipitent vers le Léviathan, monstre à la gueule ouverte, symbolisant l’entrée de l’enfer.
Ce bas-relief en pierre polychrome, daté de 1936, est l’œuvre d’Henry Charlier, artiste troyen. Depuis 1935, il recouvre l’espace dans lequel repose la dépouille d’Urbain IV. On peut y apercevoir le Christ au centre portant un ostensoir (symbole du SaintSacrement). Urbain IV se trouve à droite tandis que sainte Julienne est à gauche, à genoux, en prière.
Cette
collégiale est dédiée au 17ème pape martyr, Urbain 1er, pontife de 222 à 230,
enterré au cimetière de Calliste, sur la Via Appia à Rome, fêté le 19 Mai (ou
le 25 Mai dans certains diocèses de France).
La basilique Saint-Urbain est souvent comparée à la Sainte-Chapelle de Paris (érigée au 13e siècle) en raison de son plan et des vitraux du chœur occupant toute la surface disponible en hauteur et en largeur, donnant ainsi un élan vertical à l’édifice. On note l’absence de déambulatoire puisque les chapelles ne communiquent pas entre-elles. On remarque une coursière devant les fenêtres basses de l’abside qui paraît former devant elles un écran ajouré particulièrement élégant. Il s’agit là d’une autre particularité de la basilique Saint-Urbain.
LES VITRAUX
Certainement posés vers 1270, les vitraux du chœur s’intègrent
merveilleusement à l’architecture et se distinguent par la clarté de leur
composition en grisaille car leur fonction est de faire entrer abondamment la
lumière pour éclairer l’église et mettre en valeur ses formes et ses volumes.
Ces vitraux comportent des panneaux colorés représentant des personnages de profil
dans les baies hautes, entourés d’une bordure héraldique sur laquelle on peut reconnaître
les armes de France, de Navarre, de Troyes, du pape Urbain IV et du chapitre
collégial. Nous ignorons leurs auteurs car les vitraux sont souvent anonymes
entre le 12e et le 17e siècle.
PAVILLON (OU OMBRELLINO PONTIFICAL)
Insigne caractérisant une basilique. Sorte de parapluie à demi-ouvert, dont l’armature en bois est recouverte de bandes de soie alternativement rouges et jaunes, couleurs du gouvernement pontifical. Le pavillon est à moitié ouvert lorsqu’il s’agit d’une basilique mineure et totalement déployé pour les basiliques majeures.
VITRAIL DE LA VISITATION
Ce vitrail fait partie d’un ensemble de panneaux historiés
relatant des épisodes du Nouveau Testament. Il s’agit ici de la Visitation,
d’après l’Évangile selon saint Luc. Marie, enceinte du Christ, rend visite à sa
cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste. La représentation de la scène,
sous forme de médaillon, est caractéristique du 13e siècle.
VERRIÈRE DES PATRIARCHES
Cette verrière est animée par de grands personnages, prophètes et figures bibliques sur fond bleu ou rouge. Tout comme les figures des vitraux du 13e siècle, celles-ci sont particulièrement expressives. Les bordures héraldiques très colorées sont larges, ce qui est extrêmement rare au 13e siècle car on a plutôt tendance à réduire les dimensions de l’encadrement. On peut y apercevoir Abraham, Zacharie, Isaïe..
ÉPISODES DE LA VIE D’URBAIN IV
Situés dans les bas-côtés nord de la nef, seize panneaux,
restaurés par Didron (peintre-verrier) en 1897, représentent des épisodes de la
vie d’Urbain IV et de son neveu, le cardinal Ancher. Parmi ceux-ci, citons
Jacques Pantaléon à la maîtrise de la cathédrale, Jacques de Troyes prêchant,
l’échoppe paternelle, le baptême de Jacques Pantaléon, sa première communion,
le cardinal Ancher et Urbain IV…
De
gauche à droite : Saint Valérien, saint Louis, saint Urbain Ier, Urbain IV,
saint Thomas d'Aquin, sainte Cécile
STATUAIRE
VIERGE AUX RAISINS, (classée MH en 1894)
Cette œuvre, autrefois polychrome, représente Marie portant Jésus, debout sur un croissant de lune symbolisant l’Immaculée Conception. Posé sur la main de Marie, un oiseau, apparenté à la colombe du Saint-Esprit, picore du raisin en référence à l’épisode de la Passion. Il est aussi fait allusion à l’Incarnation lorsque Marie tient le pied gauche de son fils. On remarque de nombreux éléments caractéristiques de la statuaire champenoise des années 1520 : traits du visage, longue chevelure dénouée, simplicité du vêtement, robe couverte d’un manteau ramené « en tablier » et chaussures à bout carré dit « en gueule de vache ». La bordure du manteau est digne d’un travail d’orfèvre.
VIERGE ET SAINT JEAN
Ces deux sculptures de sans doute de Dominique Florentin, du XVIe siècle en raison
de leur style et des plis amples et moelleux du drapé. Elles proviendraient de
l’ancien couvent des cordeliers et auraient fait partie d’un Calvaire car
destinées à être situées au pied du Christ sur la croix. On note la différence
de mouvement entre les deux personnages : saint Jean semble très vivant tandis
que la Vierge est accablée de douleur.
SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX
Saint Bernard de Clairvaux est souvent représenté
dans les églises de la région troyenne car il s’agit d’une figure locale
emblématique au XIIe siècle. Théologien et auteur de nombreux ouvrages, il impose
rapidement son autorité sur toute la chrétienté et fonde le monastère de
Clairvaux. Il prêche la deuxième croisade sur la montagne de Vézelay en 1146.
Vêtu de la robe blanche des cisterciens, saint Bernard porte, dans sa main
droite, une petite église symbolisant le monastère de Clairvaux.
SAINT ROCH
Ce groupe de statues en pierre polychrome fait référence au miracle de saint Roch, pèlerin du 14esiècle, guéri de la peste, fléau de cette époque qui perdure au 16e siècle. Saint Roch est invoqué pour la protection des pestiférés, c’est la raison pour laquelle on le retrouve fréquemment dans l’iconographie locale. Ses attributs permettent de l’identifier : il porte la tenue caractéristique du pèlerin (chapeau, pèlerine, panetière et bourdon) ; il montre un bubon pesteux situé sur sa cuisse ; il est en compagnie de l’ange salvateur et du chien qui tient dans sa gueule le pain qu’il lui apporte quotidiennement durant sa maladie.
Ce groupe en pierre polychrome fait référence au miracle de
saint Roch pèlerin du XIVe,
guéri de la peste, fléau de cette époque qui perdure au XVIe siècle. Saint Roch est invoqué pour la
protection des pestiférés, c’est la raison pour laquelle on le retrouve fréquemment
dans l’iconographie locale. Ses attributs permettent de l’identifier : il
porte la tenue caractéristique du pèlerin (chapeau, pèlerine, panetière et
bourdon) ; il montre un bubon pesteux situé sur sa cuisse, il est en
compagnie de l’ange salvateur et du chien qui tient dans sa gueule le pain
qu’il lui apporte quotidiennement durant sa maladie.
LAVABO LITURGIQUE
Situé dans l’abside, ce lavabo date du XIIIe siècle et
figure parmi les éléments les plus remarquables de ce type. Le travail de la
pierre en haut-relief y est très habile car les détails sont représentés avec
une grande précision. Il évoque l’histoire de la basilique et représente
différents épisodes et personnages : le Couronnement de la Vierge au centre, le
pape Urbain IV portant le chœur de l’église à gauche, le cardinal Ancher
soutenant le transept non couvert à droite. Voir plus bas pour plus de détails
Cet élément de mobilier, datant du XVe siècle, se trouve
dans la basilique depuis le début du XIXe s. En effet, cette cuve était
autrefois dans l’église paroissiale Saint-Jacques-aux-Nonnains vendue sous la
Révolution puis détruite. Son mobilier fut lui aussi vendu. Ce fut le cas de
cette cuve baptismale octogonale retrouvée dans une cour troyenne, faisant
office de margelle de puits ayant subi des dégradations, ce qui explique son état
actuel. Il est difficile d’identifier l’ensemble des personnages mais on
reconnaît saint Thomas, patron des architectes, des arpenteurs, des
charpentiers et des tailleurs de pierre. Voir plus bas pour de plus amples détails.
DALLE FUNÉRAIREDE JACQUES JULIOT L’AÎNÉ
Cette dalle funéraire est, cas rare, celle d’un sculpteur, Jacques Juliot l’Aîné, le mieux connu d’une dynastie d’imagiers champenois du XVIe siècle, décédé en août 1562 (et non 1567 comme l’indique l’épitaphe) et enterré dans l’église. Juliot habitait rue Moyenne, près de Saint-Urbain. Il fut une personnalité importante dans la société troyenne. Marchand de pierre et de vin, il jouissait d’une situation financière aisée. En 1558, il était « marguillier à verge » de Saint-Urbain. Il obtint le privilège d’être enterré dans l’église avec sa femme en échange de la sculpture d’un grand retable en albâtre qui n’était pas achevé à sa mort. Les entrelacs gravés et dorés sur le marbre noir, qui servent de cadre à l’épitaphe, sont inspirés de motifs bellifontains. Seraient-ils dus à Jacques le Jeune, peut-être le fils de l’Aîné, qui avait travaillé à la galerie François Ier au château de Fontainebleau, et Jean l’Auvergnat, son beau-fils, lesquels s’engagèrent à terminer le retable promis ?
Transcription : Cy gist noble home jacques juliot / maistre sculpteur et margr (marguillier ?) de / céans lequel a donné la table du grad (grand) holtel (autel) il décéda le XII jo (12e jour) de / novèbre (novembre) 1567 priez dieu por (pour) les trespassez.
RELIEF FUNÉRAIRE, GISANT
Ce relief se distingue par son originalité. Daté de 1570, il représente un membre de la famille Cauchon-Maupas. La représentation du défunt évoque la typologie des tombeaux de la Renaissance italienne. On remarque la sinuosité du drapé animé à la manière de Dominique Florentin faisant référence au suaire. Une femme est voluptueusement étendue sur une dalle funéraire. Son bras gauche soutient sa tête. Son corps, ses membres et sa tête sont recouverts, selon toute vraisemblance d’un linceul. Dans le phylactère est inscrit en latin un passage de l’Ancien Testament (job, 14,6) suivi d’une date : « Laissez-moi reposer un peu jusqu’à ce que vienne le jour désiré. 1570 ».
Huile sur toile « La Sainte Famille » - début du XVIIIe
Cette toile est peut-être l'œuvre de Jacques Carrey, élève de Lebrun
Un article écrit en 1890 par mon arrière-grand-père, relate l’historique de la basilique Urbain IV de Troyes ; je l’ai retranscrit ci‑dessous sans rien changer. J’y ai simplement ajouté quelques précisions entre crochets [ ].
Saint Urbain de Troyes
La construction
Il est des époques et des régions où l’art grandit, se
développe et s’épanouit avec une force et une beauté inconnue dans d’autres
temps et dans d’autres lieux. Pour l’art gothique, le treizième siècle a été
une de ces époques, le nord de la France une de ces régions. Est-il besoin de
rappeler à la mémoire les cathédrales de Rouen, d’Amiens, de Chartres, de
Paris, de Beauvais, de Troyes ? A côté de ces superbes édifices, il en est
aussi d’autres de proportions moins vastes, qui méritent également l’attention
et l’admiration. Telle est la Sainte-Chapelle de Paris, telle est l’église
Saint-Urbain de Troyes. Tout inachevée qu’elle est, cette dernière présente
l’un des spécimens les plus originaux, les plus fiers, les plus hardis, les
plus surprenants de l’architecture religieuse du Moyen-Age ; elle se distingue
des constructions de son temps par des caractères propres qui en constituent
l’attrait et le mérite, et le prestige qu’elle tire de l’art qui a présidé à sa
conception est encore relevé par le relief que l’histoire donne aux monuments
dont l’origine est mémorable.
« Troyes, patrie d’Urbain IV, un des rares papes français !
» inscrit dans ses impressions de voyage un touriste qui se dirige vers
l’Autriche. Troyes a produit d’autres hommes illustres, mais c’est le seul
souvenir qu’elle rappelle à l’écrivain qui ne fait que traverser sa gare.
Urbain IV est français et champenois, comme Urbain II, né dans un village de
Champagne. Successivement archidiacre de Reims et de Liège, légat en Poméranie
et en Prusse, évêque de Verdun, patriarche de Jérusalem, il occupa le trône de
saint Pierre de 1261 à 1264. Ses trois années de pontificat ne furent pas
stériles. Au point de vue religieux, il institua la fête du Saint-Sacrement ; au
point de vue politique, il chercha à faire prévaloir l’influence française en
Italie en appelant Charles d’Anjou, frère de saint Louis, à la conquête du
royaume des Deux Siciles. Lui-même, assiégé dans Rome par Manfred, contre
lequel il invoqua les armes françaises, il dut se réfugier à Viterbe, puis à
Pérouse, où il mourut au milieu du superbe horizon des montagnes de l’Ombrie,
sans avoir vu le triomphe de Charles d’Anjou.
Les soucis de son pontificat, si rempli et si agité, ne lui
firent pas oublier son origine et sa ville natale. Le 20 mai 1262, il adressa
une bulle à l’abbesse et aux religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes,
pour leur demander de lui céder la maison de son père. Il voulait élever sur
son emplacement un temple consacré au Créateur, sous le vocable de
Saint-Urbain, afin de rendre à jamais mémorable le lieu où il était né et de
faire dire de la ville même ce que l’Ecriture disait de Bethléem : « Troyes, tu
es une ville illustre entre les cités fameuses de la France, puisqu’il est sorti
de tes murs un chef qui régit et gouverne les peuples ! »
Sans perdre de temps, Urbain IV envoya à Troyes l’argent
nécessaire pour commencer la construction de l’église et pour assurer
l’entretien des douze chanoines qui seraient chargés de la desservir. De 1262 à
1264, les procureurs du pape achètent, dans différents quartiers, des maisons
dont le revenu assurera les prébendes des chanoines ; ces maisons sont au
nombre de 83 en 1277. En même temps, les travaux sont commencés et poussés avec
une singulière activité. D’après un compte qui nous a été conservé, 10.000
marcs sterlings d’argent fin, représentant plus de 300.000 fr. de notre
monnaie, furent envoyés par le pape ; plus de la moitié fut employée à ia
construction du chœur. La mort d’Urbain IV n’interrompit pas les travaux ; son
successeur Clément IV, qui était français comme lui, son neveu le cardinal
Pantaléon Ancher, qui possédait d’immenses richesses et tenait le premier rang
parmi les cardinaux1, tinrent à honneur de faire poursuivre rapidement l’œuvre
commencée.
Dès la fin de 1265, le chœur était terminé ; Les
Combles et la couverture étaient posés ; les portes et les stalles étaient
en place dans le courant de l’hiver. Le 21 octobre 1265, le pape Clément IV
convoquait les fidèles à venir gagner des indulgences le jour où le
maître-autel serait consacré, et bientôt la cérémonie fut fixée au 24 mai 1266,
jour de la fête de saint Urbain.
Mais on avait compté sans les religieuses de
Notre-Dame-aux-Nonnains. Fières de leurs privilèges, se targuant d’une origine
Fabuleuse (1), disposant d’une nombreuse clientèle, virent-elles quelque
atteinte à leurs droits dans la consécration d’une église construite sur un
emplacement qu’elles avaient cédé ? Toujours est-il qu’à la fin de mai 1266,
aidées par leurs serviteurs et des hommes qui leur étaient dévoués, elles
arrachèrent les portes de la Collégiale, en renversèrent le maître-autel,
dispersèrent les outils des ouvriers, ainsi que des colonnes et des pierres
taillées ; et, lorsque les chanoines eurent fait poser de nouvelles portes,
elles les firent enlever de nouveau. Vers la même époque, un incendie,
mentionné dans les comptes, causa de plus grands ravages dont on a retrouvé des
traces profondes dans la partie supérieure des murs du chœur et du transept,
lors des travaux de restauration qui ont eu lieu récemment (2).
(2) L’abbé Lalore a, le premier, croyons-nous, révélé
l’existence de cet incendie, d’après le compte de 1264-1266 qu’il a publié pour
la première fois dans ses Chartes de la collégiale de Saint-Urbain, t. V de sa
Collection des principaux Cartulaires du diocèse de Troyes (1880). Introduction
au fils contient un récit détaillé de la fondation et de la construction de
l’église (p. lxxvi à lxxxiv), et il donne le texte des bulles du pape et
d’autres pièces du xme siècle qui la concernent (p. 231 à 356). Il a publié
également dans la Revue de Champagne quelques pages sur le même sujet (t. XIII,
p. 373). 11 a donné dans ses Documents sur l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains
de Troyes (MSA 1874) d’autres textes, notamment celui de la bulle de 1266 qui
excommunie les religieuses de cette abbaye, et qui commence par ces mots : «
Per execrabilem insolentiam » ; Bulle reproduite comme inédite, d’après une
autre copie, par le Bulletin du Comité des travaux historiques de 1886 (p.
176). Des récits moins détaillés que celui de l’abbé Lalore, sur les
difficultés que rencontra la construction de Saint-Urbain, se trouvent dans la
Topographie historique du diocèse de Troyes, par Courtalon, 1783, t. II, p. 152
; dans le Voyage archéologique dans l’Aube, par Arnaud, in-4°, 1837, p. 189, et
aussi dans les Documents inédits pour servir à l’histoire de la collégiale de
Saint-Urbain, par l’abbé Méchin (MSA, Aube, 1878.)
Il est probable que les dégâts furent promptement réparés et
que, malgré les entreprises des religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, que le
pape fut obligé d’excommunier, le culte ne tarda pas à y être célébré. Un
inventaire de 1277, dressé par ordre du cardinal Ancher, indique l’existence de
nombreux ornements religieux et décoratifs qui ne peuvent se trouver que dans
une église où s’exerce le culte. Des candélabres d’argent brillant sur les
autels ; des bassins et des Ampoules d’argent sont conservés dans les coffres ;
la Sacristie renferme un calice d’or et des calices d’argent, des ornements
d’église de tout genre. Les reliquaires contiennent le bras de saint Urbain, la
tête de Daniel et celle d’une des onze mille Vierges. Des paires de courtines,
des tentures, dont l’une « à images de lions, » données par le comte Thibaut et
par Hannequin, camérier du cardinal Ancher, garnissent les murs ou recouvrent
les sièges. L’église était sans doute telle qu’elle est aujourd’hui à la mort
du cardinal Ancher, en 1286. Si Le Pape promit des indulgences en 1351 pour en
hâter l’achèvement, ce fut sans doute un appel resté sans effet ; des
causes tout autres que l’état de l’église, peut-être l’opposition persistante
des religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, que des excommunications
successives n’avaient pu apaiser, retardèrent jusqu’en 1389 la dédicace de la
Collégiale.
Saint-Urbain il y a
cinq cents ans
Les plus anciens comptes de la fabrique de Saint-Urbain
remontent à l’année 1380. Ils nous permettent de reconstituer, dans les années
qui précèdent sa dédicace, l’aspect de l’église, depuis longtemps livrée au
culte et construite en grande Partie. Toutes les dépenses qu’ils contiennent
sont des dépenses d’entretien ou de réparations, et non de construction.
L’église était séparée par des barrières de la voie publique
du côté de la rue Moyenne et de la Grande-Rue (1), pavée depuis quelque temps
déjà (2). Au pied des murs des bas-côtés, croissaient des orties et d’autres
mauvaises herbes que le Chapitre faisait arracher ou racler tous les ans pour
laisser le passage libre à la procession de la Pentecôte. L’une de ces barrières
servait de clôture au cimetière, où poussaient des pieds de vignes et des
treilles, qu’on entretenait avec soin (3). Du côté de la rue Moyenne, un «
portal, » garni de fortes bandes de fer et couvert, donnait accès au cimetière.
Un puits, fréquemment curé, se trouvait dans l’enceinte fermée par les
barrières.
Sous le portail de la grande rue, se dressait une statue de saint Urbain, portant une croix à la main. Comme elle était rehaussée de couleurs, c’est un peintre, nommé Droin, qui en 1383 « remet à point, » à cette statue, une main et le croison de la croix qui étaient brisés. La même année, on répare une gargouille rompue, du même côté de l’église. Au portail de la rue Moyenne est pendue une grande table, où sont peut-être écrites les indulgences pour l’achèvement de la Collégiale. Les voûtes, les niches et les sculptures des porches portent encore des traces de couleurs et de dorure qui, à cette époque, devaient resplendir de tout leur éclat.
(1) « Pour recouvrir ès portaux et barrières de l’église
la spmaine après Quasimodo. » (7 jours de couvreur à 3 sous = 21s.), 1383.
Liens de fer pour l’une des huis des huis barrières de l’église par devers la
rue Moïenne (1386).
(2) Aux pauvres de la ville qui rassoient le pavement de la
grand rue devant ceste église, par courtoisie à eux faite, et… pour faire les
ruyos oudit pavement par où de la barrière de la dite grant rue decourt en lad.
rue, et refere les deux conduiz devant la dite barrière par où l’iaue s’en va
dehors… 7s. 6d.
(3) A. Perrin,Regnault, de la Vacherie, vigneron pour les
troilles du cimetière de l’église, tailler, ploier, oziere et pessiau, la
dernière spmaine de février, 5 s.
Devant le maître-autel a été placé en 1386 un « grand
marchepied de perse (bleu) à deux raies rouges à chaque bout. » Le grand autel
(derrière l’autel, Oudot le Huchier fit en 1385 un « autel de bois clos
fermant »), où l’on sert à la messe des « potoz » ou burettes d’argent
(Ces petits potoz avaient été « emblez, despecez et froissez par un
larron » en juin 1386 et depuis « recouvrez ». L’orfèvre Jean de
Premierfait avait été chargé de les refaire en 1385), est décoré de quatre
statues « d’angelots » et surmonté de la statue de saint Urbain, en cuivre, de
quatre pieds de haut, tenant une croix à la main. Ces statues, sans doute
émaillées d’or et de couleurs, furent « vernissées » en 1401. Saint Urbain
était abrité sous un « Sincenier » ou Baldaquin, garni de draperies de toile
rouge et blanche, que remplacèrent bientôt des courtines de taffetas rouge à
franges de soie. C’est sous un plus petit sincenier, couronné d’un « plomiau de
cuivre doré » et soutenu par une colonne de bois peint, maintenue sur un pilier
de maçonnerie, que l’on pendait à des chaînes de laiton les petites chaînes
d’argent du ciboire d’argent doré (Jean de Premierfait reçoit en 1388 pour
cette coupe et ses « chiennotz d’argent qui y sont ataichées pour y celle
pendre » 7 l. 10s. pour le métal et 4 l. pour la façon… en 1499, on fait
de nouvelles chaines pour le ciboire : « on achète en 1388 un
« compas de fer pour arrondir le pain pour chant ». En 1425, on
refait « une polie à monster et avaler Corpus Domini sur grant
autel ») où l’on mettait les hosties. Au moment de la communion, on le
faisait descendre et remonter au moyen d’une poulie.
Une grande lampe d’argent, attachée à la voûte par un
cordon, brûlait sans cesse au milieu du chœur, tandis qu’on allumait, les jours
de cérémonies, un grand lustre de bronze à plusieurs branches, dont la base
était solidement fixée dans le sol, (il fut réparé en 1440 et surtout en 1451,
ayant été « froissé » par un enfant de chœur) et que les « encensiers
d’argent » étaient balancés par les vicaires au bout de leurs longues
chaînettes. (1)
(1)A Jeahn Roland, orfèvre, pour un plomeau neuf doré qu’il
fist pour la grant croix d’argent que l’on porte aux processions… pour redorer
et venir les deux encensiers d’argent, remettre des mailles où il en fallait et
livrer tout l’or et l’argent… LXX s. t. (compte de 1409). On repainct en 1411
la petite croix d’argent qu’on portait chacun jour sur le grant autel.
Le chœur était séparé du reste de l’église par un jubé
auquel on attachait des « poilles » ou poêles, étoffes de soie ou de
tapisseries servant de tentures, comme autour du grand autel (15 crampons à
tendre les poilles autour du grant autel et autour du jubé, 15 d.). Il est
vraisemblable de penser que ce jubé, dont un texte de 1425 nous a révélé
l’existence, avait été construit au milieu du XIVe siècle, à l’époque où Henry
de Bruxelles érigeait le jubé de la Cathédrale. Celui de Saint-Urbain était
surmonté d’un crucifix que Jehan Gentil réparait en 1578 (A Jehan Gentil pour
avoir racoustré lymaige du crucifix qui est au jubé, XII s. t.), et à côté
duquel se dressaient les statues de la Sainte Vierge et de saint Jean. Sur la
tribune de ce jubé, des enfants de chœur et des chantres se groupaient autour
d’un lutrin (clous employés à rattacher le lutrin du jubé (compte de 1706))
pour psalmodier les chants liturgiques.
Des étoffes de toile peinte de diverses nuances ou teinte de
couleurs uniformes garnissaient les parois des neuf chapelles que contenaient
les bas-côtés (1). Une des plus anciennes était celle de Notre-Dame, fondée par
le cardinal Ancher. Derrière l’autel de cette chapelle, orné de quatre colonnes
de chêne, s’élevait une grande statue de la Vierge, maintenue, en 1384, par une
tige de fer de sept pieds de long. En 1386, le sol qui s’étendait au-devant fut
recouvert de « sept toises de pavement de pierre de Tonnerre du bon banc
fendues. » La chapelle de l’Annonciation était le siège de la petite paroisse
de la Collégiale 2 et d’une confrérie importante dont le marguillier constate
les comptes. Son tabernacle avait été repeint en 1384 par Jehan de Dijon. Un
grand « lustre » à plateau d’étain était suspendu devant l’autel par une «
corde rondelette » de 35 toises. Les confrères de l’Annonciation portaient dans
les processions des bâtons sur lesquels étaient peintes de « petites ymagettes
de Notre Dame 3. »
Les registres de comptes mentionnent aussi la chapelle de
Saint-Jean-Baptiste ou des Quatre-Saints, dont on refait la patène et en face
de laquelle était accroché un tableau, et nous savons que la chapelle de la
Croix avait été fondée en 1366 par Pierre de Verdun et sa femme Isabelle, dont
les bustes en pierre étaient enclavés dans un des piliers adjacents.
La chapelle du Sépulcre, placée à l’extrémité du collatéral
de gauche, contenait un groupe de statues représentant la Mise au tombeau. Afin
de le protéger contre l’empressement des fidèles, on en garnit le devant d’un
châssis treillage de fils de laiton, on recouvre d’une custode les images, «
pour le poussier qui chiet dessus, » c’est-à-dire pour les garantir de la
poussière ; ces custodes glissent sur des tringles de fer. Un escalier à vis,
fermé à clé, conduit dans la partie supérieure du sépulcre et sans doute de
l’église. C’est là que le « Vendredi Benoist, » Le Vendredi Saint, on Façonne
au moyen de fers et de cordes « le paradis » que viennent vénérer les fidèles.
Les fêtes de Saint-Urbain et de la Pentecôte étaient surtout
célébrées avec solennité. On s’y préparait en faisant balayer à fond l’église,
en faisant même parfois « housser et nettoyer par en haut les portaux et les
orbevoies. » Le jour de Saint-Urbain, le pavé du chœur était recouvert de
joncs, celui du transept et de la nef de « gluis, » c’est-à-dire de paille. La
statue du Saint et les quatre angelots du grand autel étaient couronnés de
chapeaux de fleurs. Le chœur était également jonché le jour de la
Pentecôte ; Les enfants de chœur allaient cueillir en quantité des fleurs,
dont se paraient le sanctuaire et les enfants, et c’est au milieu d’un cercle
formé de chapeaux de roses qu’on faisait apparaître le « coulon, » la colombe,
emblème du Saint-Esprit. Le Jeudi Saint, on servait à la cène du vin blanc et
du « vin vermeil », et le Corpus Domini était porté en procession sur un «
béart » peint en vert, le jour de la Fête-Dieu, instituée par Urbain IV.
Le jour de Pâques-Fleuries, les chanoines distribuaient au
peuple six cents grandes oublies et « quatre cents de volon. » Le dimanche de
Pâques, après dîner, ils offraient une « collation et esbatement, » où l’on
mangeait trois cents pommes de Blandurel, de Gapendu ou de Sergeot, où l’on
buvait un sextain de vin blanc et neuf pintes de vin vermeil. (les 300 pommes
coûtaient 5 s., le vin blanc 12 deniers la pinte, le rouge 15).
Des orgues prêtaient leur concours aux chants de l’église et
leurs soufflets étaient réparés avec des peaux de mégis qu’on faisait adhérer
avec de la colle de morue.
L’hiver, pendant le chant des longs offices, les chanoines
de Saint-Urbain, comme ceux de Saint-Pierre, dont l’abbé Lalore a parlé dans
une de ses savantes dissertations, ont recours à des moyens de chauffage pour
conjurer les rigueurs de la température. En 1388, ils font réparer « une paelle
de fer à mettre le feu pour chauffer, » et, comme l’hiver de 1389 est rude, au
point qu’il faut faire ôter la neige des gouttières et des portaux, ils
achètent une autre « paelle de » Fer » pesant vingt-cinq livres, afin de
chauffer les prêtres et l’assistance. Plus tard, ils se contentèrent, pour se
dégourdir les mains, d’une « pomme de cuivre doré pertuisée à l’entournée ; »
mais si l’usage de la paelle ou réchaud tombait en désuétude, les chanoines
firent garnir jusqu’à la Révolution les dalles du chœur de nattes ou de
paillassons, qu’on plaçait à la Toussaint et qu’on renouvelait tous les trois
ou quatre ans.
Derrière le grand autel était placée « l’aumaire »,
l’armoire aux livres, que l’on fermait à clefs. C’est que les livres manuscrits
avaient alors une réelle valeur. En 1384, un écrivain, Jehan de Mussy, reçoit 6
liv. 9 s. (ce qui représente à peu de chose près 2 000€), pour avoir écrit deux
processionnaux neufs contenant vingt-six cahiers à 5 sous le cahier. Un autre
reçoit 4 liv. pour « enluminer et florir l’Evangelier et l’Épistolier de
l’Église. » C’était le Chapitre qui fournissait le parchemin, et, pour l’avoir
à meilleur compte, il en faisait acheter à la foire du Lendit de 1388, « pour
garnison », dans l’intention d’y faire écrire deux psaultiers. Jean de Mussy se
chargea d’acquérir « trois bottes de grant parchemin de veslin » et une botte
de petit moyennant 107 sous 6 deniers tournois, qui vaudraient plus de 1700€ de
nos jours !
Des livres, qui coûtaient aussi cher et qui ne pouvaient
aisément être remplacés, étaient protégés et conservés avec Soin. Aussi un
écrivain est-il appelé à « coller des pièces en tous les foillets (feuillets)
du psaltier du cuer (chœur) senestre, qui a reçu des coignes par personne
inconnue et mauvaise voulenté. » Ces feuillets avaient été « percez et fenduz
au cousteau. » La reliure des livres avait son importance. Le Chapitre achète à
un parcheminier des cuirs de cerf, à un boursier de la peau rouge de mouton,
pour recouvrir un Ordinaire et un Evangelier. Le relieur, « maistre Pierre, »
relie un « légendal de la vie des Saints » de peau de mouton garnie à
l’extérieur de peau de cerf, fermée de courroies qui sont attachées par de
larges fermoirs à des « plateries de laiton, » fixées par de gros bourdons de
cuivre. On met aussi des bourdons de cuivre à des « bibles et autres
livres, » et l’on pose à d’autres des « enseignes de cuir mégis » ou d’autre
cuir, achetées à un boursier afin de servir de sinets.
Pour protéger des volumes aussi coûteux, la reliure ne
saurait être trop solide, trop résistante, trop renforcée de plaques de métal
et de gros clous saillants (Notons en 1385, la reliure d’un antiphonaire par
Patenôtre, relieur). On les garnit même de chaînes (Nicolas le Sarrurier,
« pour retenir plusieurs chenes qui tiennent les livres de l’église et
aussi pour deux charnières qui soutiennent le pulpitre du cuer, 5 s. t. »),
qui, peut-être, sont attachées au pupitre du chœur surmonté d’un aigle. (voir
le film « Le Nom de la Rose » où l’action se passe dans le scriptorium
d’une grande abbaye bénédictine en 1327.)
Une des dépenses les plus considérables de la fabrique
consiste dans l’acquisition et la façon d’étoffes pour les chasubles, les
chappes et les autres ornements d’église. Des chappes sont faites de drap de «
bouquassin blanc, » orné d’orfrois de « bouquassin ardant » et
rehaussé de rubans noirs. Ces ornements sont renfermés dans le
« revestiaire » ou sacristie, où est placé un autel.
Si, à cette époque, les chanoines ne font pas construire,
ils entretiennent et réparent leur Collégiale. En 1383, le verrier Guiot
Brisetout retient, avec son valet Jehan de Poniart, les grands vitraux du chœur
; il travaille au dehors et fait placer ses alours » ou échafaudages sur les
couvertures des basses voûtes qu’un charpentier dépèce pour en asseoir les montants.
C’est là qu’il installe son fourneau pour souder ses verres qu’il fournit à la
livre (1). En 1388, un ouragan ébranle les verrières à tel point qu’elles «
sont fort estrolées et en grand aventure de cheoir. » Brisetout en visite les
formes avec trois charpentiers « pour adviser au remède » à apporter aux dégâts
causés par la violence du vent.
(1) La journée du verrier est comptée 4 sous, celle du valet
2 s. 6d. ; Guiot fournit 25 livres de verre à 17 s., une livre et demie et
sa « soldure » pour 2 s. 9 d. etc. Les 4 s. de salaire de Brisetout
valent donc 52€.
Les couvreurs sont plus souvent appelés à faire des réparations
que les verriers. En 1386, ils recouvrent de « fortes aisselles amenées des
bois des Gastis, » une partie de la toiture des « deux esles de la nef » et les
« haulx appendiz de la nef. » En 1393, un couvreur garnit de fort ciment les
orbevoies, le dessus des porches et « l’une des noes de la croisée au-dessous
du clocher, où il y avait plusieurs escailles brisées. » Ce fort ciment est «
fait par lui de diverses matières, lesquelles il ne veut pas nommer ne
enseigner à quelque personne que ce soit. » Il le vend 15 sous les 34 livres,
et fournit à part les « sept pintes d’oille » qui lui sont nécessaires pour le
« destremper et l’asseoir ».
Le clocher n’est pas question renfermait les cloches de la
Collégiale ; on voit encore sur la voûte du transept les quatre trous par
lesquels passaient les cordes destinées à les mettre en mouvement. La plus
grande était appelée la Roteuse, c’est-à-dire la rude, la forte ; elle sonnait
le couvre-feu et le guet, jusqu’à l’époque où la cloche du Beffroi et la Rioteuse
du quartier Saint-Jacques reçurent la même destination. Celle qui venait
ensuite était connue sous l’appellation de « Moïennel » ou la moyenne ;
les deux autres petites cloches n’avaient pas de nom. Il est probable qu’elles
étaient secouées fortement, car elles avaient souvent besoin de réparations.
(dataient-elles de 1264-1266 ? Les dépenses considérables de cuivre et
d’étain qui furent faites dans les comptes de ces trois années peuvent faire
croire que, dès cette époque, Saint-Urbain était pourvu de cloches). Tantôt, c’est « un breier de cuir de cerf »
qu’on remet au Moïennel ; tantôt, c’est le battant de la Roteuse qu’on
rattache. En 1385, le Moïennel « estait cheut de ses paaliers (paalier,
paillier, machine de cuivre sur laquel porte et joue une cloche) jusque sur la
cuve du clocher et en chéant rompit une de ses anses ; » Il faut refaire
ses pailliers et couler le métal sur place.
Était-ce au bas du clocher que se trouvait l’horloge de
l’église, dont il est question en 1383 ? Les horloges étaient alors dans leur
nouveauté. Charles V venait de faire terminer, en 1378, la grande horloge du
Palais, à Paris. En 1379, le Chapitre de la Cathédrale de Troyes chargeait
Pierron de Saint-Marc, de Châlons, de fabriquer un « reloige » dont le cadran
était peint par Denisot, « avec l’image des heures. » Le Chapitre de
Saint-Urbain ne devait pas rester en retard ; il est permis de croire que
son horloge était établie dès 1380. Comme celle du Palais de Paris, qu’il
fallait remonter toutes les sept ou huit heures, et dont le poids moteur pesait
de cinq à six cents livres, elle avait sans doute un mécanisme très primitif et
facile à se déranger. Dès 1383, le vicaire Nicolas Cholet est chargé de «
réparer et mettre à point l’auloige de l’église qui estoit désessez de sonner.
» En 1 388, on fut obligé de recourir à « un ouvrier de faire auloiges, » nommé
Hannequin, pour « la rappariller et mettre à point de diverses choses qui y
failloient. » (1)
Ce qui ferait supposer que l’horloge ne devait pas être
placée à la partie inférieure du clocher, c’est que cette partie, s’élançant du
milieu de la toiture, ne pouvait être aperçue facilement des rues voisines de
l’édifice. Elle était surmontée d’une flèche élégante qui comptait, depuis la
ramée, 87 pieds de hauteur sans la croix, d’un travail admiré, qui s’élevait de
quinze pieds au-dessus. Avait-elle été construite cent ans auparavant, lors de
l’existence du cardinal Ancher ? Nous l’ignorons ; mais, soit vice de
construction, soit mauvaise qualité des matériaux, des « ouvriers et plusieurs
autres saiges en ce congnoissant » déclarèrent en 1389 qu’elle « estoit en
péril de cheoir. » Un charpentier, un huchier et un couvreur furent chargés
d’aller visiter le « clochier ; » ils firent faire des échafaudages à
l’entour ; et le 12 juillet, quatre charpentiers y montèrent de rechef
pour « adviser et avoir délibération de l’ouvraige à faire. » C’était une
dépense extraordinaire ; heureusement que l’on put y affecter des ressources
spéciales, provenant en partie de libéralités de chanoines, et qui s’élevaient
au chiffre de 522 l. soit 146 000€. L’évêque de Troyes donna quatre pièces de
gros merrien de chacun 42 pieds de long, que trois charpentiers allèrent
choisir dans les forêts de l’évêque ; ils les firent abattre par des « boschons,
» équarrir et charrier. Les travaux, qui commencèrent à la saint Martin d’été,
furent continués jusqu’à la l’auloige de l’église qui estoit désessez de
sonner. » En 1 388, on fut obligé de recourir à « un ouvrier de faire auloiges,
» nommé Hannequin, pour « la rappariller et mettre à point de diverses choses
qui y failloient (1). »
Ce qui ferait supposer que l’horloge ne devait pas être
placée à la partie inférieure du clocher, c’est que cette partie, s’élançant du
milieu de la toiture, ne pouvait être aperçue facilement des rues voisines de
l’édifice. Elle était surmontée d’une flèche élégante qui comptait, depuis la
ramée, 87 pieds de hauteur sans la croix, d’un travail admiré, qui s’élevait de
quinze pieds au-dessus. Avait-elle été construite cent ans auparavant, lors de
l’existence du cardinal Ancher ? Nous l’ignorons ; mais, soit vice de
construction, soit mauvaise qualité des matériaux, des « ouvriers et plusieurs
autres saiges en ce congnoissant » déclarèrent en 1389 qu’elle « estoit en péril
de cheoir. » Un charpentier, un huchier et un couvreur furent chargés d’aller
visiter le « clochier ; » ils firent faire des échafaudages à l’entour ;
et le 12 juillet, quatre charpentiers y montèrent de rechef pour « adviser et
avoir délibération de l’ouvraige à faire. » C’était une dépense extraordinaire
; heureusement que l’on put y affecter des ressources spéciales, provenant en
partie de libéralités de chanoines, et qui s’élevaient au chiffre de 522 livres.
L’évêque de Troyes donna quatre pièces de gros merrien de chacun 42 pieds de
long, que trois charpentiers allèrent choisir dans les forêts de l’évêque ; ils
les firent abattre par des « boschons, » équarrir et charrier (les boschons
sont payés 4 l.). Les travaux, qui commencèrent à la saint Martin d’été, furent
continués jusqu’à la semaine de la fête de saint Laurent. Les ouvriers ne
travaillaient guère que cinq jours par semaine, car il y avait peu de semaines
sans un jour férié. Après la Toussaint, ils poursuivirent leur tâche à la
chandelle. À partir de la semaine de la saint Denis, les couvreurs commencèrent
à revêtir d’écaillés les parties terminées par les charpentiers. La flèche,
comme la toiture, était couverte en bois. Plus tard, sur garniture de plomb
plusieurs des poteaux du clocher qui avaient été refaits.
(1) Cholet reçoit 15 sous pour fournitures et travail,
Hannequin 20 sous. La grande horloge de Saint-Pierre avait coûté 7 l. 5 s.,
dans la peinture et l’indication des heures et du calendrier, que furent payées
6 l. 10 s.
Tel était l’état de l’église lorsque « Révérend Père en Dieu
maistre Pierre d’Arcies, évêque de Troyes, » vint en faire la dédicace, le 11
juillet 1389. Ce jour-là, treize chandeliers de fer à rosettes furent fixés sur
les piliers ; on y plaça douze rondeaux couleur d’azur où étaient peints des
Agnus Dei et des croix de fin or (payés 45s à Guille Genevois, pointre). Le sol
de l’église fut recouvert de sablon fin. L’évêque consacra les neuf autels, et
y déposa, dans des trous préparés à l’avance et rescellés ensuite par un maçon,
des reliques enfermées dans neuf petits « potoz d’étain. » Il aspergea ensuite
l’église avec de l’eau bénite dans laquelle on avait versé du vin (une pinte de
vin fut mise en l’eau benoiste, 8 d.), et que portaient dans deux seilles deux
compagnons auxquels on donna une quarte de vin et un pain.
Le sol de l’église, que l’on recouvrait dans les fêtes
solennelles de jonc, de paille ou de sable fin, était déjà parsemé de pierres
tombales, dont un certain nombre existe encore aujourd’hui. La plus ancienne
date de 1289, ce qui prouve que dès cette année l’église était consacrée au
culte. En 1310, on plaça celle d’Adeline, dite Castellane de Fontvanne, qui
avait fondé, en 1299, l’autel de Saint-Jean-Baptiste. Les laïques qui étaient
officiers de la Collégiale, leurs femmes, leurs parents et leurs serviteurs,
dépendaient de la juridiction de Saint-Urbain et, à ce titre, pouvaient être
enterrés dans les caveaux de l’église, qui était pour eux une paroisse. Nous en
avons pour preuves, outre la pierre tombale d’Adeline, celles d’Estienne Le
Diablat et de son épouse, fondateurs, en 1315, de la chapelle de Saint-Léonard,
de Pierre d’Herbice, mort en 1348, de Jacquinaus le Bœugues, cordouanier, de sa
femme Margot et de leur fils Johannis Terrible, de Jacques Deri, changeur
(1356), de Jehan Maulery, bourgeois de Troyes comme d’Herbice et Deri, et de sa
femme. Des prêtres étaient enterrés au milieu des bourgeois et des artisans ;
c’est ainsi que nous rencontrons sur les dalles funéraires les noms des doyens
du Chapitre Renaus de Colombier, mort en 1320, et Estienne Morce. Des
chanoines, des prêtres bénéficiers, eurent également leurs pierres tombales. La
plupart de celles-ci sont de grande dimension ; elles sont gravées avec une
habileté et une finesse de trait des plus remarquables. Le personnage dont
elles rappellent la mémoire est d’ordinaire représenté de face, sous une
arcature Ogivale, dont les montants et la partie supérieure sont décorés des
ornements gothiques les plus élégants et les plus variés, au milieu desquels
sont représentés des saints, des prêtres ou des laïques. Les chanoines portent
leur costume de chœur ; les bourgeois et leurs femmes sont revêtus des
vêtements de l’époque : les bourgeois avec leurs robes drapées à capuchon, leurs
femmes avec des voiles qui leur entourent le cou et la tête. Ces pierres
tombales, si finement gravées, outre qu’elles fournissent de précieuses
indications pour l’histoire du costume, attestent à la fois la richesse de la
bourgeoisie et l’habileté surprenante des artistes que renfermait la ville de
Troyes au XIVe siècle.
Saint-Urbain sous les Valois
En 1499, les quatre cloches furent refaites. Le maçon Jaquet
Bastide fut chargé de la fonte des nouvelles. Il y employa 19 livres d’étain et
614 livres et 1/4 de méte (métal de cloche) qu’il ajouta aux 1014 livres que
pesaient les anciennes. L’opération totale revint au chapitre à 90 1. 10 s.
environ (3).
Avant cette date, comme après, les charpentiers et le maçon
travaillent, soit à refaire les « orbes hautes et basses », soit à soutenir le
pignon du grand portail ; à l’intérieur, ils placent un ange neuf sur l’arc du
sépulcre ; ils posent de la chaux et du ciment sur les allées ; ils rassoient
des carreaux au chœur (4), remettent les « clères voies » ou font un «
massonage au portail de la Grant rue (5), » dont ils replombent l’arceau en
1451.
(2) Pour 800 et un quartein de tuiles, 17 s. (1479).
(3) En 1580, on baptise une cloche. Était-ce une de celles
qui avaient été refaites en 1499 ? En 1716, on donne 11 1. à Lucas, fondeur, et
Aubert, taillandier, a pour avoir tourné la grande cloche. »
(4) 1451. Sans doute des carreaux émaillés, décorés de roses
et de fleurs de lis, comme aux armes d’Urbain IV, de lions et de griffons.
Quelques-uns ont été conservés et sont recueillis au Musée de Troyes.
(5) Compte de 1440 et 1450.
Jean Macadré occupait une maison, à l’enseigne du nom de
Jésus, située dans la grand rue, et qui dépendait de Saint-Urbain, au Chapitre
duquel il payait une redevance de 2 livres de cire. Le verrier François Aillet,
qui fut également employé à cette époque, était aussi l’un des censitaires de
l’église, comme les peintres Pierre et Loys Potier, et Jean Gendret, tailleur
d’images, dont la maison était située au coin de la rue Moyenne et de la rue
des Mauberts, puis rue du Cardinal Ancher.
Le Chapitre de Saint-Urbain était toujours en rapport avec
la Cour de Rome. En 1443, il en reçut des bulles qu’il dut renvoyer à Rome pour
les faire corriger. Il remit au porteur un florin de Florence, qui valait 27 s.
6 d. Au retour des bulles, on célébra « l’union de la chapelle, » et le doyen, Gérard
Jubert, offrit en son hôtel un dîner qui coûta 50 s. » En 1450, les chanoines
sollicitent du pape « certains pardons et rémissions et quittance de certains
arrérages de la maisle d’or que l’église est tenue chacun an de payer à la
chambre apostolique. » Pour mieux les obtenir, ils s’avisèrent d’envoyer à deux
cardinaux « deux paires de gants violets fourrés de gris ,(2) » et d’offrir un
florin d’or au secrétaire d’un de ces cardinaux. Nous ne savons si leur
démarche fut couronnée de succès, mais il est certain qu’au moment de la
Révolution la Collégiale payait encore au pape une redevance annuelle d’une
obole d’or.
Elle avait en revanche des privilèges, comme le droit de
justice, qu’attestait la potence dressée en permanence devant le portail de la
rue Moyenne. Cette potence, de temps en temps réparée, fut refaite à neuf en
1545. Il est probable que les autres collégiales et les abbayes affirmaient de
même leurs juridictions, et que d’autres potences s’élevaient sur divers Points
de la Ville. Pendant longtemps, les plaids de Saint-Urbain devaient être tenus
sous le porche de la rue Moyenne ; mais en 1545, il fut permis au doyen de se
faire faire un auditoire dans la chapelle de Toussaints, « pour seoir, tenir et
plaider sa juridiction. » Celle-ci dura jusqu’au règne de Louis XVI. Elle était
exercée en dernier lieu par un avocat nommé Labbé, qui portait le titre de
grand maire de Saint-Urbain, comme Grosley possédait celui de grand maire de
Saint-Loup. Lorsque Labbé se retira en 1778, à cause de son grand âge, le
Chapitre lui continua ses honoraires, mais ne le remplaça pas.
(2) L’un de ces cardinaux, Msg de Terouanne, était absent de
Rome et la paire de gants qui lui était destinée fut rapportée à Troyes. Reg.
10 G 120.
Le culte était célébré avec plus de luxe que jamais. Le
Grand Autel, recouvert d’une poille d’or « où est le couronnement de Notre-Dame
et les douze Apôtres, » est garni de « textes de leton » ou de bois, ornés de
sujets pieux, couverts de soie perse ouvrée d’or ; sur l’un, qui forme un
tryptique, est représenté, sur un fond d’or, un crucifiement entre saint Urbain
et saint Nicolas. L’autel est aussi paré de coussinets de plumes, dont l’un
représentait, brodés sur velours brun, « un Dieu en jugement et les quatre évangélistes.
» L’autre, de velours rayé et échiqueté, portait un écusson avec deux papegaux.
La « forme » ou banc du chœur était couverte d’un formier de six aunes de long,
garni de plusieurs « Cuissins. »
[L’argenterie et les joyaux furent réparés à diverses
reprises par des orfèvres, tels que Nicolas Chevry (1433), Collinet Garnier
(1480), Jehan Perrin (1499). Jehan Perrin, orfèvre, refait un gros reliquaire
en 1499. Boulanger reçoit pour ce reliquaire 11 écus pistolets, valant 31
livres 18 sols. On désignait sous le nom de textes les riches couvertures
d’évangiles, décorées souvent de plaques d’argent et de joyaux. (Laborde,
Glossaire.) En 1405, Nicolas le chasublier colle sur quatre tableaux « quatre
pièces de drap d’or et de soie pour mettre dessus ledit autel. » En 1597, on
achète « deux aulnes de toille d’argent » pour couvrir le Corpus Domini et la
vraie croix]
Les plus riches étoffes étaient suspendues autour du chœur
et du jubé : « poilies à ondes d’or sur champ de brodure d’or et de velours
vert et vermeil, semé de losanges de plusieurs armes, » poêle semé de florettes
et de diverses bêtes appelées les simasses ; poêle semé de diverses bêtes d’or,
en champ pers, blanc et vert ; autres poêles de soie de diverses couleurs,
semés de paons et autres bêtes, de florettes et de des feuillages ; poêles «
parans, » décorés l’un de crucifix, l’autre de l’adoration des Mages, l’autre
de l’annonciation Notre-Dame « sur un champ vert et ardant » celui-ci semé de
lions blancs sur fond jaune, celui-là d’aigles sur champ vert, celui-là de
fleurs de lis, de griffons et de diverses bêtes. Il y a des « pourtendures » de
différentes dimensions et de qualités diverses (on achète en 1451, dix draps de
lit, dont huit sont teints en noir, deux en pers.). La plus grande, « la grant
pourtendure, » est remise à point en 1450. (Jacquin Hermite donne la corde de
la grande pourtendure pour l’amour de Dieu, en 1450. En 1580, on achète 20
toises de grosse corde pour la grande courtine ; en 1596, on
« racoustre la grande courtine et custode de toile blanche, lesquelles
servent en caresme »).
Des fresques sont, vers la même époque, peintes sur quelques
parties des murs ; il en subsiste encore quelques fragments exécutés sous
Charles VIII ou Louis XII, dans la chapelle de la Sainte-Vierge . Mises au
jour, il y a quelques années, lors de la réparation de l’église, elles représentent
sainte Geneviève et saint Yves. Le saint a été particulièrement bien conservé,
avec son bonnet carré, son manteau gris bleuté, sa robe et sa pèlerine rouge
bordées d’hermine, comme celles que portaient à la fin du XVe siècle les bourgeois et
les avocats dont il était le patron.
C’est au milieu de ces riches tentures et de ces peintures
murales aux couleurs variées que flottaient, à la Pentecôte et à la Fête-Dieu,
les bannières de l’église. Sur le sandal ou soie de la plus grande apparaissait
l’image de saint Urbain, entourée des armes d’Urbain IV, de France, de
Champagne et de Navarre ; la seconde, également de soie, était semée de fleurs
de lis vermeilles [elle fut reteinte, réparée à Paris en 1405, moyennant 40
sols tournois, et l’on paya 6 livres 15 sols pour la façon. Ces bannières
existaient sans doute encore en 1790, comme on peut le voir dans l’inventaire
qui fut fait cette année-là]. Les mêmes armoiries étaient reproduites sur le
dais, « le sinscignier » appelé paradis, que l’on portait par la ville « à
la grant procession le jour du Saint-Sacrement.
Dans ces processions resplendissaient les chappes du
Chapitre. La plus belle, celle de M. le Doyen, était de samit vermeil renforcé,
sur lequel étaient brodés en or « un grant ymage, » deux anges au milieu de
plusieurs léopards. Des oiseaux étaient semés sur la soie vermeille, diaprée
d’or, de la chappe du chantre. Le trésorier en portait une de soie cendrée
semée de paons d’or. Celles que revêtaient les autres chanoines étaient
parsemées soit de griffons, de paons et de pommes de pin, soit de lions et
d’autres bêtes, soit d’oiseaux et de roses de soie jaune et vermeille sur fond
blanc, soit de chiennes et d’oiselles. Les nombreuses chasubles n’étaient pas
moins riches et variées que les chappes dans leurs ornements où toute
l’imagination des brodeurs s’était donné carrière, et l’on n’y voyait pas
seulement des oiseaux et des fleurs, mais, dans quelques-unes d’entre elles,
des écureuils, des papillons, des chiens et des cerfs-volants (1).
Comme au XIVe
siècle, l’église est toujours jonchée de paille et d’herbe verte aux fêtes
annuelles, auxquelles s’ajoutent celles de la Dédicace (2) et de saint Barnabé.
(2)A Symon Mauvoisin, masson, pour avoir replastré treize
petitz chandeliers tant dedans le chœur que de la nef... lesquelz servent à
mettre les cierges au jour de la Dédicace... (1597).
La musique concourait à l’éclat des cérémonies. Des
ménétriers jouaient dans l’église la veille et le jour de l’Annonciation ; en
1473, ils accompagnaient le bâtonnier (sans doute le chantre dont le bâton
était surmonté d’une « cristal ». Compte de 1425) parmi la ville le
jour de Notre-Dame en mars. L’orgue avait été refait à neuf la même année par
messire Jacques Chomillart et Lambelot (ils reçoivent pour leurs salaires,
matières et pour le vin, 63 l.6 s.). En 1568, le frère Hilaire en fournit un
nouveau jeu [il coûta 262 livres. La maîtrise fut supprimée à la fin du XVIIe
s. L’orgue fut « repassé » en 1689 par Le Bey et
« rétabli » en 1746 par Manchin, facteur d’orgues. En 1724, Fouché en
avait repeint le buffet et les vantaux]. En 1546, Adrien Royer recevait 6
livres « pour jouer des orgues un an durant en se fournissant du souffleur. »
Le même gage fut donné peu de temps après à Jehan de Verrières, « à la charge
qu’il montrerait aux enfants de chœur. » Ceux-ci étaient nourris par le maître
; Les Chanoines les admettaient, sur sa présentation, et les envoyaient aux
écoles à leurs frais (1)
En effet, Jacques Juliot s’était engagé à faire un retable
d’albâtre et jaspe enrichi de fin or, fermé de volets « peints en dehors de
l’histoire saint Grégoire » et en dedans d’un semi de fleurs de lis d’or sur le
champ d’azur. Nous ignorons si ce bas-relief fut posé avant sa mort, qui advint
en 1567 ; mais il devait former le plus bel ornement de l’autel, sous le
baldaquin que soutenaient quatre colonnes de cuivre.
Qu’est-il advenu de ce beau retable, qui était estimé 300
écus d’or, « au dire d’ouvriers à ce congnoissans ? » La Renaissance, si
féconde en œuvres de sculpture à Troyes et dans les environs, n’a laissé à
Saint-Urbain qu’un seul spécimen important de son art élevé et délicat. C’est
une figure funéraire de femme couchée dans une niche du transept Nord. Elle est
d’un style qui permet de la rattacher à la grande école troyenne des Dominique,
des Gentil et des Juliot.
Le XVIIe et le XVIIIe
siècle.
Le dix-septième siècle ne paraît pas avoir modifié
sensiblement la décoration intérieure de Saint-Urbain. Cependant, des tendances
nouvelles s’accentuent dans les détails du culte comme dans ceux de la
décoration. De part et d’autre, on recherche une certaine correction classique
et religieuse ; les traditions pittoresques du Moyen-Age sont proscrites par la
suppression du pigeon blanc de la Pentecôte, de la collation de Pâques, des
oublies du Jeudi-Saint. En revanche, nous voyons apparaître les rameaux de buis
et de lauriers de Pâques-Fleuries [ils sont mentionnés pour la première fois
dans le compte de 1675] ; et si l’on porte toujours des chapeaux de fleurs aux
fêtes annuelles, on attache ces jours-là de nombreux mais aux portes de
l’église (compte de 1679).
Suivant l’usage des collégiales, on continue pourtant de
tendre le grand rideau devant le maître -autel pendant le Carême. Le
Jeudi-Saint, un reposoir était construit dans la chapelle de la Croix. Il n’est
plus question de sépulcre, à moins que la réparation d’une Notre-Dame de Pitié,
par le sculpteur Chabouilley en 1675, ne s’applique à l’une des figures de ce
sépulcre. Les tapisseries sont souvent tendues ; elles sont placées à une plus
grande hauteur, en 1675 dans le chœur. En 1700, l’église achète un grand tapis
de point de Hongrie à Michelin…, 40 sols. (comptes de 1699-1700). Lors du
service funéraire de la reine Marie-Thérèse, en 1683, « triples tapisseries »
furent mises dans le chœur, devant le jubé et aux deux portails. Décorées
d’armoiries, la plupart de ces tentures étaient sans doute de celles qui
servaient pour les enterrements.
Les pierres tombales du XVIIe s. n’ont pas été conservées, en effet, en 1756
on les enlève dans une partie des bas-côtés. On enterrait encore parfois dans
l’église ; le souvenir des donations et des fondations était gravé ou
peint sur des lames de cuivre attachées sur les murs, à côté de tableaux
destinés à rappeler d’autres libéralités [A M. Savoye, peintre, pour avoir
marbré le cadre où sont escrites les fondations de ceste église, 15 s. (compte
de 1686)]. Ces lames, de dimensions inégales, étaient placées à droite et à
gauche des portes, trois par trois, de façon que la plus grande dominât les
plus petites ; elles existaient encore en 1791, et dataient presque toutes
du XVIIe siècle.
Les anciennes confréries s’effaçaient ; elles étaient
suppléées par les confréries de certains corps de métiers qui, moyennant un
droit minime, faisaient célébrer leur fête patronale dans une des chapelles de
la Collégiale. Les menuisiers et les serruriers sont les premiers en date, puis
vinrent les vinaigriers, enfin les peintres, brodeurs, vitriers. Ces derniers,
comme nous l’avons vu, habitaient en assez grand nombre dans le quartier voisin
de Saint-Urbain. Ils obtinrent, vers 1645, de faire ériger dans la chapelle de
la Croix un autel que décorèrent les artistes les plus renommés d’entre eux.
Jacques de Letin fit et donna le grand tableau du retable ; Pierre Brissot,
Nicolas Passot, Jacques Morel et Jacques Clément peignirent les autres. Ces
tableaux furent restaurés en 1755 par Cossard. La chapelle de Saint-Luc, siège
de la confrérie des peintres, subit à la même époque d’autres modifications.
Les reliques sont toujours vénérées ; elles sont exposées,
sous Louis XIV, à certains jours de l’année : celles des Dix-mille-Martyrs, le
22 juin ; la Sainte Couronne, le 2ème dimanche de l’Avent ; le bras
de saint Urbain, contenu dans un bras de bois argenté, le 26 mai. La sainte Épine,
enfermée dans une couronne d’épines en argent que supportaient deux anges de
cuivre doré (inv. de 1790, Arch. Aube), est surtout invoquée ; en 1714,
elle est portée solennellement en procession pour « demander à Dieu la
cessation de la mortalité des bêtes à cornes » ; en 1717, 1718, 1728, contre
la grande sécheresse ; en 1725 et 1731, contre les pluies persistantes. Nous
voyons aussi qu’en 1740 le Chapitre faisait sonner le carillon des cloches pour
la cessation des pluies (Il sonna aussi en 1746 pour le passage de la Dauphine.
En 1759 on fit faire un marteau servant à sonner les tocsins, 25 l. 15 s.].
Vers la même époque, il avait fait refaire un dais garni de damas à franges
d’or et d’argent, dont les bâtons furent peints et dorés par Herluison. (Citons
parmi les orfèvres de l’église, Nicolas Millet (1607), Breyer (1678), Noël
(1746), Rondeau qui raccomoda et reblanchit tous les reliquaires en 1739, la
croix et la lampe d’argent en 1732).
Depuis longtemps, le ciboire n’était plus suspendu au-dessus
du grand autel ; un tabernacle avait été construit, (à Huant, peintre, pour
avoir refait et redoré le tabernacle 30 s. (compte de 1676)). Mais le jubé, le
maître- autel lui-même avec ses colonnes de cuivre, étaient gothiques ; c’était
un défaut irrémissible aux yeux des architectes du XVe siècle. Le jubé du XIVe siècle fut démoli en 1742 ; sur son emplacement,
mais en rétrécissant de chaque côté le chœur de la largeur d’une stalle, fut
érigé, sur les devis et les dessins de Dauvet, dit Duchesne et selon le devis
s’élevant à 2 000 livres. Les entrepreneurs furent Néral et Belsançon. Un jubé
de style classique, romain ou grec à coup sûr. Aux deux côtés de la porte
centrale de ce jubé, qui fut fermée par une grille, furent élevés deux autels
dont l’un était l’autel de la paroisse ; le peintre Clément les décora de deux
grands tableaux qui lui furent payés 110 livres. Peut-être que l’on porta sur
l’un des autel les six chandeliers de bois que les Carmélites du faubourg
avaient argenté en 1722.
On ne pouvait s’arrêter dans cette voie. En 1753, le Chapitre,
considérant que les « parements, rideaux et mantelets du grand autel exigeaient
une dépense assez considérable pour en faire des neufs de trois différentes
couleurs, » décida leur suppression, ainsi que celle des quatre colonnes de
cuivre qui étaient dans le sanctuaire. Ces quatre colonnes, envoyées à la
Monnaie de Troyes et pesées 881 livres, produisirent 795 1. 14 s. Grâce à ces
ressources, l’architecte Milony fit Garnir, en 1764, le Sanctuaire d’un Lambris
de- Bois (1), qui encadra les portes de la sacristie et de la salle du
Chapitre, et construisit un autel en bois, décoré de deux cassolettes dans Le
goût antique. Six candélabres de cuivre, de cinq pieds de haut, et sans doute
de fabrication antérieure, furent placés sur les marches du sanctuaire. Selon
l’inventaire du 2 août 1790.
(1) pour le lambry du chœur contenant 11 toises 12 pieds,
prix fait à 39 livres la toise, 442 livres.
L’œuvre de transformation intérieure n’était pas complète.
Le Chapitre de Saint-Urbain se piquait d’émulation avec celui de Saint-Pierre ;
en 1732 et en 1778, celui-ci avait fait poser autour du chœur de la cathédrale
des grilles faites à Besançon et à Troyes. Le Chapitre de Saint-Urbain réalisa,
en 1783, son ambition d’avoir des grilles ; il en fit dresser sur les dessins
de Milony et les paya 1 272 livres à madame Presvot. Ce n’est pas tout, le
Chapitre de Saint-Pierre avait fait blanchir en 1779 tout l’intérieur du
vaisseau de son église ; le Chapitre de Saint-Urbain fit blanchir le sien en
1785 (1). L’église présentait alors un aspect de propreté et de correction
propre à charmer les gens de goût de l’époque ; le jubé, les autels corinthiens
ou doriques, les lambris peints, les grilles, où rien ne rappelait plus le
Moyen-Age, attiraient désormais les regards et reléguaient au second plan les
grandes ogives du vaisseau qu’on aurait à coup sûr remplacé par un édifice dans
le style du Panthéon ou de Saint-Philippe-du-Roule, de Paris, si le Chapitre
eût été assez riche pour se donner cette satisfaction.
Il eut du moins celle de démolir la flèche. Celle-ci, qui
provoquait l’admiration par la perfection, l’originalité et la délicatesse de
sa structure, fut frappée par la foudre le 31 août 1761. Deux chevrons prirent
feu, des ardoises furent brisées ; mais la pluie arrêta l’incendie, et les
réparations nécessaires pour remettre en état le clocher n’auraient pas coûté
plus de 1340 livres. Le Chapitre décida à la pluralité des voix qu’il en
dépenserait 2030 pour le raser au-dessus des cloches. C’était encore une
manière d’agir comme le Chapitre de Saint-Pierre, qui n’avait pas réédifié la
flèche de la Cathédrale, complètement incendiée en 1700. La toiture tronquée
qui dépare aujourd’hui l’église Saint-Urbain, qualifiée avec raison de «
pagnier à mouches » allait remplacer la charmante et à jamais regrettable
flèche du Moyen-Age, dont la silhouette élégante se profile dans les panoramas
de Troyes des deux derniers siècles (2).
(1) Ce travail coûta 400 livres (journal du chanoine Tremet,
Bibli. Troyes), mais les comptes publiés par l’abbé Méchin indique qu’il fut
payé 511 francs à des blanchisseurs italiens. Il fut en outre payé aux peintres
Butat et Cossard, ainsi qu’à différents ouvriers des travaux qui s’élevèrent
avec le blanchiment à 2 808 livres 10 sols de 1785 à 1787.
(2) Dans le panorama de Troyes, de Merian, qui est de 1630
environ, comme dans celui qui figure en tête du Missale Sanctæ Ecclesiæ Trecensis [Le missel de la Sainte Église de
Troyes] de 1726, le clocher s’amincit au-dessus du beffroi pour se renfler en
une rangée d’arcatures gothiques d’où d’élance une aiguille couronnée d’une
grande croix.
Il perdit, il est vrai, la plus grande partie de son
mobilier, qui fut inventorié en 1790, selon les archives municipales du 2 août
1790 et sans doute vendu en 1794.
Les quatre cloches (1) furent destinées à la fonte, comme
les cuivres du chœur et même ceux de la croix et du coq du Clocher, selon
l’inventaire du 24 nivôse an II (Arch. Aube). Son argenterie, réduite déjà par
le don que le Chapitre avait fait au roi, sous le ministère de M. de
Silhouette, fut envoyée à Paris. Il est peu probable qu’elle contint beaucoup
d’œuvres d’art dont la perte soit à regretter. La destruction des reliquaires
fut plus déplorable, la garniture de deux reliquaires pesant 19 marcs 4 onces
d’argent fut envoyée à Parsi avec 38 marcs provenant de chandeliers d’autels et
de deux ustensiles d’argent. Ceux de Daniel et de la Sainte Épine ne devaient
pas être dénués de mérite. On peut aussi déplorer la destruction de « deux
textes d’évangiles, garnis d’argent doré, dont les tours étaient revêtus de
Pierreries. » (inventaire de 1790).
Les chappes, les chasubles, en grand nombre, pouvaient aussi
contenir quelques spécimens curieux de l’art du tisseur et du brodeur au
Moyen-Age, de même que les courtines, les pantes de soie et les devants
d’autels (2). Mais la perte la plus grande, au point de vue archéologique, fut
à coup sûr celle de la statue de cuivre de quatre pieds de haut de saint
Urbain, qui, placée sur le maître-autel, datait vraisemblablement de la fin du XIIIe siècle. Cette statue
devait être semblable à l’image de ce saint, qui figure sur le sceau du
Chapitre.
Contre‑sceau du Chapitre de
l’église Saint‑Urbain de Troyes
Sceau en cire noire, appendu sur parchemin. Au centre, la tête de saint Urbain, représentée de face, coiffée de la tiare pontificale. De chaque côté, une quintefeuille encadrée par deux fleurs de lis, symboles de pureté et de royauté.
Légende :
+ CONTRAS : ECC(lesi)E : S(an)C(t)I VRBANI TRECEN(sis)
[ Contre‑sceau de l’église Saint‑Urbain de Troyes.]
Encadrement : Double
filet circulaire délimitant la légende.
Ce contre‑sceau, utilisé par le chapitre de l’église
Saint‑Urbain, témoigne de la vénération du pape Urbain IV, natif de Troyes, et
de l’attachement du clergé local à son héritage pontifical. La présence des
fleurs de lis souligne le lien spirituel entre la papauté et la monarchie française,
tandis que la quintefeuille évoque la perfection divine.
[ Sceau et
contre‑sceau du Chapitre de la Collégiale Saint‑Urbain de Troyes
Source : Annuaire de l’Aube, 1891 –
dessin de L. Le Clerc, lithographie Dufour‑Bouquot (Troyes)
Description : Sceau en forme d’ogive représentant
saint Urbain, debout, vêtu des ornements pontificaux, tenant la crosse
et bénissant de la main droite. L’inscription périphérique, en capitales
gothiques, indique : SIGILLVM
CAPITVLI S. VRBANI TROYESIS (Sceau du chapitre de Saint‑Urbain de Troyes).
Sous le sceau principal figure le contre‑sceau
circulaire, montrant le buste du saint, coiffé de la tiare,
entouré de la légende : S. CAPITVLI
S. VRBANI TROYESIS.
Analyse : Ce sceau double, d’une grande
élégance, symbolise la dignité pontificale du saint patron et l’autonomie
du chapitre troyen. La composition verticale, typique du XIVᵉ siècle,
associe la majesté du pape Urbain IV à la tradition artistique champenoise. La
lithographie de 1891 en restitue fidèlement les détails et la hiérarchie
iconographique.
Datation : XIVᵉ siècle (sceau original) –
reproduction XIXᵉ siècle (Annuaire de l’Aube). ]
(1) La première devait peser 600 livres, la seconde 370, la
troisième 350 et la quatrième 250. Il est probable que c’étaient celles qui avaient
été fondues en 1499 et qui pesaient ensemble 1 600 livres.
(2) Parmi les objets inventoriés le 2 fructidor an II, à
Saint-Urbain, désigné ainsi : « Urbain, oratoire » se trouve
sept robes de vierge en soie, des courtines, des pantes et des bonnes grâces de
damas jaune, etc. (Arch. Aube 1 Q 328)
L’Architecture
Quel était cet architecte ? Il est question, en 1267, d’un
certain Johannes Anglicus, civis trecensis, qui est qualifié d’ancien maître de
l’œuvre, et à qui l’on demande compte d’une somme de 2500 livres qu’il avait
reçues pour l’achèvement du chœur de l’église. Jean l’Anglais ou Langlois
devait quitter Troyes à cette époque pour aller à la Croisade, et rien
n’indique qu’il en soit revenu. D’ailleurs, les archéologues les plus autorisés
n’osent se prononcer sur la signification exacte de la qualification de maître
de l’œuvre, et, dans le cas présent, on ne saurait affirmer qu’elle désigne un architecte.
Dans tous les cas, l’homogénéité du style de l’église paraît démontrer que ses
travaux ont été dirigés, jusqu’à la mort du cardinal Ancher, par le même
constructeur ou par un de ses élèves assez pénétré de la supériorité de son
talent pour se conformer scrupuleusement à ses plans.
L’architecte doit réunir, dans ses œuvres, la science au
sentiment de l’art. nulle part, ils ne s’accordent avec plus d’éclat que dans
l’église Saint-Urbain.
Les témoignages les plus compétents l’attestent. L’auteur
anglais de l’Histoire de l’Architecture
dans tous les pays, Fergusson, cite Saint-Urbain de Troyes, à côté de la
Sainte-Chapelle de Paris, comm un des spécimens du plus haut degré de
perfection atteint par l’art gothique (History
of Architecture in all countries, 2ème édit., 1874, t. I p.557, 558).
Un autre anglais le place à côté de la cathédrale de Chartres, comme une des
gloires architecturales de la France (The
Graphic, 1884, t. XXIX, p. 210). Aux siècles
derniers, le cavalier Bernin et Grosley égalaient avec raison cette église à la
Sainte-Chapelle de Paris ; Groley la comparait aussi à Saint-Nicaise de
Reims, superbe église aujourd’hui détruite. Le Père Cahier, l’un des auteurs
des Annales archéologiques, la
préférait même à la Sainte-Chapelle. [Congrès
archéologique de France, XXe session à Troyes, visite à Saint-Urbain par l’abbé
Bonnemain]. Mais, c’est surtout Viollet-le-Duc qui en a parlé dans les
termes à la fois les plus raisonnés et les plus enthousiastes. Il s’est occupé
surtout de la partie technique de l’œuvre, et ses conclusions sont appuyée sur
de nombreuses démonstrations. Le jugement qu’il porte sur l’architecte de
Saint-Urbain témoigne de l’admiration qu’il lui inspirait.
« Cet architecte, dit-il, était un de ces artistes chez
qui les principes les plus avancés de la théorie s’allient à une science
profonde, à une science qui n’est jamais en défaut… en un mot, c’est un homme
de génie… » Aussi l’église Saint-Urbain est-elle « certainement la
dernière limite à laquelle la construction de pierre puisse atteindre ;
et, comme composition architectonique, c’est un chef-d’œuvre. »
« C’est un chef d’œuvre, répétait-il ailleurs, que l’on considère la
conception générale ou l’entente des détails. »
« L’édifice, dit-il aussi, résume à lui seul, en les
exagérant avec une grande adresse, toutes les théories de construction de
l’école. Il indique chez le maître de l’œuvre qui fut chargé de l’exécution une
hardiesse singulière et une science de la construction faite pour
étourdir ». (Viollet le Duc, Dictionnaire raisonné de l’Architecture du Moyen-Age à la Renaissance, t. IV, p. 182 à 192 ; t. IX, p.237)
Les détails de l’édifice possèdent chacun une fonction nette
et indépendante, d’autant plus qu’ils sont assemblés et non reliés, et qu’ils
sont maintenus par des enchevêtrements et des incrustations comme dans la
menuiserie. Aussi en résulte-t-il un aspect extraordinaire de légèreté qui
pourrait servir de modèle aux constructions en fer de nos jours et que
celles-ci rappellent sous certains rapports.
Cette légèreté même a paru exagérée à certains observateurs,
qui n’ont étudié l’édifice que d’une manière superficielle, ou sous
l’impression d’idées préconçues. Au XVIIe siècle, Girardon aurait dit que Saint-Urbain paraissait bâti
de Chenevottes ; Vauban y aurait vu une construction de copeaux. « Son
principal défaut, dit Fergusson, est une témérité excessive de construction,
qui tendrait à prouver que l’édifice serait passé des mains d’un artiste dans
celles d’un maçon, qui aurait cherché à étonner par des tours de force... »
Pour que cette critique fut juste, il faudrait que l’ensemble de l’édifice fût
disproportionné et que la hauteur fut tout à fait exagérée par rapport à sa
largeur. Ou, il n’en est rien. Le plan rectangulaire, sauf la saillie de
l’abside, est conçu avec une harmonie parfaite. Les parties qui en sont
achevées, le chœur et le transept, donnent une impression d’élévation et un
caractère élancé d’une suprême élégance qui sont dus à l’art plutôt qu’à la
réalité même. Il n’y a pas à Saint-Urbain, comme à la cathédrale de Beauvais,
une sensation de hauteur vertigineuse. En effet, l’élévation intérieure du
chœur de Saint-Urbain n’a rien d’excessif si on la compare à celle des autres
églises de Troyes, à l’exception de la Cathédrale. Elle a trois mètres de plus
que celle de Saint-Nicolas, et, comme le chœur de Saint-Jean, elle compte vingt
mètres environ. La voûte de Saint-Pantaléon même la dépasse de trois
mètres ; mais telle a été l’habileté de l’architecte que le chœur de
Saint-Urbain paraît l’emporter de beaucoup sur tous les autres en élégance, en
hardiesse comme en beauté.
Il semble cependant qu’il y ait dans cette architecture si
précise et si ferme quelque chose de nerveux et de tendu, qui, selon
Viollet-Le-Duc, suscite quelque peu la critique. Les arcs-boutants, réduits à
leur plus simple expression, ayant la raideur d’un étais de bois, indiquent
chez leur constructeur une science de mathématicien supérieure à celle des
architectes de Chartres, de Reims et d’Amiens, mais qui a dépassé le but
qu’elle voulait atteindre. Les Balustrades des combles, avec leurs lignes
géométriques uniformes et leurs combinaisons de charpente plutôt que de
maçonnerie, attestent l’habileté de la construction plutôt que le sentiment de
l’art. Les fleurons qui terminent les gables des hautes fenêtres sont sculptés
avec une hardiesse, une désinvolture qui atteignent l’exagération. Mais cette
sobriété, cette sécheresse de lignes sur certains points, cette exagération de
hardiesse sur d’autres, n’ont-elles pas été voulues par l’architecte afin de
donner à l’aspect général de l’édifice plus de fermeté, de distinction et de
beauté ?
L’extérieur
[Biographie
de Martin‑Pierre Gauthier (1790‑1855)
Martin‑Pierre Gauthier, né
à Troyes le 9 janvier 1790, est
l’un des architectes français formés dans la grande tradition néoclassique.
Élève de Percier à l’École des
Beaux‑Arts, il remporte le Grand Prix
de Rome en 1810, ce qui lance une carrière solide et respectée.
À son retour d’Italie, il devient successivement architecte des hospices (1821), puis architecte de l’Assistance publique
(1833). Il participe à plusieurs chantiers importants :
- restauration de la chapelle du
château de Vincennes,
- travaux au quartier des
aliénés et à l’agrandissement de l’hospice de Bicêtre,
- monuments à Fénelon
(Cambrai) et à Duguesclin
(Mende).
Comme architecte
de la Ville de Paris, il réalise notamment :
- l’école publique de la rue de
Fleurus,
- la chaire de Saint‑Gervais,
- le bureau des nourrices,
- le bazar des glaces Saint‑Gobain,
rue Saint‑Denis,
- et surtout l’important chantier de l’hôpital Lariboisière.
Gauthier reste attaché à sa ville natale : il conçoit
la halle aux grains de Troyes et intervient à l’hospice Saint‑Nicolas,
chantier qui jouera un rôle tragique dans sa vie. Malade, il délègue la
surveillance des travaux ; un accident survient, entraînant une procédure
judiciaire. Incapable de payer les dommages, il est incarcéré à la prison
pour dettes de la rue de Clichy. Il meurt à Paris le 8 août 1855,
après avoir appris que ses collègues lui avaient témoigné leur soutien et que
l’État prenait en charge sa dette. Il avait été nommé chevalier de la Légion
d’honneur en 1844.
Paragraphe
critique — sur la manière dont les biographes ont romancé sa vie
Les biographes du XIXᵉ siècle, notamment Hoefer
et Bellier de la Chavignerie, ont donné de la fin de Gauthier une image
très dramatique : architecte brisé, victime d’une injustice, mourant dans la
misère morale. Cette vision, typique de la littérature biographique de
l’époque, exagère les contrastes et accentue les épisodes tragiques pour créer
un récit édifiant. En réalité, si Gauthier a bien été emprisonné pour dettes à
la suite d’un accident survenu à l’hospice Saint‑Nicolas, la situation était
moins romanesque : il s’agissait d’un litige administratif, aggravé par sa
maladie et par une délégation mal contrôlée. L’intervention de l’État — souvent
présentée comme un geste personnel de l’Empereur — relève plutôt d’une décision
administrative visant à clore un dossier complexe. La vie de Gauthier n’est
donc pas celle d’un héros tragique, mais celle d’un architecte compétent,
respecté, dont la carrière fut ternie par un incident malheureux que les
auteurs du XIXᵉ ont transformé en drame.]
L’art de la statuaire du Moyen-Age se révèle surtout dans
les nombreuses gargouilles qui se projettent sur les éperons des bas-côtés de
la nef et du chœur, comme sur ceux du transept et du chœur. Les inspirations
les plus hautes, l’imitation la plus stricte de la nature, comme la fantaisie
la plus variée et la plus hardie, ont présidé à leur conception. Ici, ce sont
des animaux domestiques ou sauvages, des chiens de diverses races, un chat, un
lion, des cerfs courant, un aigle, un vautour, au milieu de chimères et de
griffons ; griffons à tête et pattes de devant de vautour, à jambes de derrière
de quadrupède, griffon à tête d’homme, chimères à corps de poisson ailé, tenant
une crosse fleuronnée, à tête de barbet et queue de serpent, à tête de femme,
corps de lion et queue de serpent ; ailleurs, à côté de femmes ou de démons
personnifiant des vices obscènes, des personnages de tous genres, tels qu’un
clerc en bonnet carré, un chevalier à la cotte couverte d’écailles s’apprêtant
à frapper un lion, un fou dont la figure grimace sous un capuchon pointu, des
femmes nues ou à peine vêtues, des femmes et des hommes largement drapés, au
milieu desquels, dans la partie supérieure du chœur, resplendissent trois
statues d’aspect magistral, un joueur de violon ou de vielle, un homme assis et
drapé, et la femme drapée qui tient un poisson. Celle-ci peut rivaliser avec ce
que l’art de la statuaire au Moyen-Age a produit de plus beau à la Cathédrale
de Reims. Elle peut même être comparée à certaines productions de l’art grec.
Son profil superbe se détache sur le ciel avec des lignes et des reliefs du
plus grand style. Dans cette multitude et cette diversité de gargouilles se
révèle la fécondité, la variété, la philosophie touffue, les conceptions
bizarres et sublimes de l’esprit du Moyen -Age, ne craignant pas plus le
naturalisme le plus prosaïque que la fantaisie la plus effrénée, et ne semblant
descendre dans le grotesque, la laideur et le réel, que pour mieux s’élancer
vers les hauteurs de l’art par les envolées de la pensée et de la foi.
On le remarquera principalement au grand portail. Aux deux
côtés du tympan principal, où diverses scènes du Jugement Dernier sont
sculptées entre les gables qui surmontent à droite et à gauche une série de
petits dais destinés à recevoir des sculptures qui n’existent plus ou n’ont
jamais existé, apparaissent des sujets inspirés par la fantaisie de l’artiste
plutôt que par le sentiment ou le symbolisme religieux. C’est, à commencer par
la gauche du spectateur, une grosse écrevisse la tête en l’air, une femme nue
sur un bouc qui se cabre et la renverse, des goules, des dragons, des chiens,
dont l’un est accompagné d’une petite écrevisse, un sanglier coiffé par un
chien ; et de l’autre côté du portail, un guerrier à cottes de mailles, un coq,
un hibou et un chien réunis sous le même gable, des chimères, des dragons, un
lion combattant contre un chien, des personnages drapés, enfin un chien qui
semble arrêter un lièvre dont les longues oreilles se dressent au-dessus de sa
tête étonnée.
Au milieu de ces décorations fantaisistes se développe, sur le tympan de la porte centrale, toute une représentation du Jugement dernier. « C’est une composition géométrique, manquant un peu de style et de grandeur, mais heureusement agencée et révélant, selon Viollet-Le-Duc, une étude finie des proportions avec une perfection prodigieuse dans l’exécution des détails. » La statuaire y est subordonnée à l’architecture. Mais que d’intérêt dans ces personnages groupés ou isolés dans les compartiments du tympan. En haut, le Christ entre deux anges ; plus bas, la Vierge et saint Jean à genoux ; vers la gauche, Abraham recevant les justes dans son sein ; des anges accueillant leurs âmes dans des bosquets de rosiers ; à droite des diables entraînant des réprouvés, parmi lesquels on distingue un roi et un évêque, tandis que d’autres damnés sont précipités dans la gueule d’un monstre. Au-dessous, sur le linteau de la porte, des morts en grand nombre sortent de leurs tombeaux. Le caractère de cette composition semble plus archaïque que le reste de l’édifice, il y a quelque chose de traditionnel et de naïf que la sculpture perdra plus tard. Aussi peut-on en conclure que le portail principal n’a pas été construit plus tard que le chœur, le transept et la plus grande partie de la nef. Comme il était protégé par une toiture provisoire, le tympan a peu souffert des intempéries de l’air, et sa situation sur une cour qui autrefois n’était pas livrée au public (aujourd’hui, parvis) l’a sauvé des violences des briseurs d’images de 1793. Tous les personnages sont intacts, à l’exception de deux élus qui ont été décapités.
Les portes latérales de la façade, répondant aux
collatéraux, présentent une particularité assez fréquente en Champagne : au
lieu de tympan, des fenêtres ogivales en surmontent les Linteaux. Elles sont
entourées d’une décoration en feuillages découpés et ciselés avec une rare
finesse. Ce que l’on admirera davantage encore, ce sont les fenêtres géminées
des bas-côtés, séparées par des contreforts ; leurs meneaux, s’entrecroisant en
trilobés et en trèfles, surmontés d’un gable aigu, s’inscrivent dans une sorte
de cadre rectangulaire couronné par une balustrade ajourée. Elles se continuent
à l’abside en se groupant trois par trois, formant aux parties supérieures de
l’édifice, plus nobles et plus sobres, une base d’une richesse, d’une élégance
et d’une originalité incomparables.
Rien n’égale la distinction et le fini des ornements qui
décorent les piédestaux dressés aux côtés des deux portes du Transept, portes
massives garnies de leurs pentures et de leurs anneaux du Moyen-Âge. A droite
et à gauche des gables de ces piédestaux se dressent parfois des animaux réels
ou fantastiques. On peut admirer, au piédestal de droite du porche méridional,
un semis de fleurs de lis dans des compartiments losangés, au-dessus desquels
sont sculptés de petits animaux, tels que des coqs combattants. Sur l’un de ces
piédestaux, la silhouette de la statue de Ecce Homo, qui y était placée, se
distingue encore par la teinte plus blanche de la pierre ressortant sur le fond
de la niche, primitivement recouverte de couleurs. Les clefs de voûtes sont
formées par des médaillons au milieu desquels sont sculptés, au portail nord,
un prophète et un ange tenant chacun un phylactère. Au portail sud, un ange à
mi-corps et un autre en pied. Ils sont malheureusement trop hauts placés pour
qu’on puisse en apprécier aisément le style et la finesse.
Avant d’entrer dans l’église, signalons un de ces petits chefs-d’œuvre que les admirables artisans du Moyen-Âge cachaient aux regards de la foule en les ciselant, on peut le dire, pour leur satisfaction personnelle, dans les parties les moins fréquentées et les moins accessibles de l’édifice. Si l’on gravit les hautes marches des escaliers placés aux deux côtés du chœur, escaliers qui méritent bien le nom de vis qu’ils portaient autrefois, on accède aux galeries garnies de balcons ajourés, qui circulent autour du chœur et de ses bas-côtés, à un tiers de la hauteur des fenêtres, comme aux galeries supérieures qui contournent les combles. À la retombée de l’arc-boutant du côté sud, un des grands sculpteurs inconnus du XIIIe siècle a sculpté à larges coups de ciseau, en guise de cul-de-lampe, un homme revêtu d’une robe, la tête malheureusement mutilée, appuyée contre la main droite, la main gauche sur son genou. Rien de plus juste que la pose de cet homme, qui a l’apparence d’un artisan, et qui fut peut-être l’architecte ou l’un des décorateurs du merveilleux édifice auquel, à défaut de son nom, il aurait essayé d’attacher son image.
L’intérieur
Le caractère distinctif de Saint-Urbain, comme de la Sainte-Chapelle
de Paris, c’est l’abondance de la lumière ; mais à la Sainte-Chapelle la
lumière vient de tous les points du vaisseau, tandis qu’à Saint-Urbain elle
éclate surtout dans le Sanctuaire. Les hautes fenêtres, ornées dans leur partie
inférieure d’une arcature saillante ajourée, formant une galerie surmontée de
claire- voie, s’élancent à trois mètres du sol jusqu’aux sommets, et, comme
elles paraissent à peine divisées par le faisceau étroit de colonnettes
élégantes qui les séparent, elles inondent de clarté le fond du chœur. L’effet
est d’autant plus lumineux que les vitraux ne sont coloriés qu’en partie et que
les figures de prophètes qui en occupent le centre et les bordures armoriées
sont entourées de verres revêtues d’ornements en grisaille, à travers lesquels
le jour passe largement, mais cependant en se tamisant suffisamment pour que la
vivacité en soit amortie.
La haute fenêtre du fond de l’abside présente, dans sa rose
supérieure, le Christ entre la Vierge et saint Jean ; dans les roses
inférieures, des anges jouant de la trompette. Au-dessous, vers le milieu des meneaux
allongés, se dressent trois prophètes debout, sur un fond bleu, se détachant
sur des grisailles entre deux bandes formées alternativement des armes de France
(ces armes étaient aussi celles du pape Clément IV, français d’origine, ancien
secrétaire de Saint-Louis. (Il est plus vraisemblable que le Chapitre ait fait
figurer à côté des siennes, les armoiries d’un pape qui l’avait protégé que
celui du roi de France avec lequel il n’avait eu aucune relation)) et de celles
du Chapitre. Les mêmes armes servent également de bordure au grand vitrail de
la fenêtre à gauche, tandis que les bordures des trois autres fenêtres du
sanctuaire sont formées des armes de Champagne et de Navarre. Le comte de
Champagne, Thibaut V, qui était aussi roi de Navarre, avait été de ceux qui
suscitèrent des difficultés aux chanoines de Saint-Urbain ; mais, lorsqu’il
mourut en 1270, il n’oublia pas l’église dans son testament. Peut-être les
chanoines employèrent-ils les 40 liv. qu’il leur laissa à la confection de ces
grandes verrières qui portent ses armes.
Chacune de ces fenêtres est garnie, comme celles du milieu,
de trois figures de prophètes. Les quatre premières fenêtres du chœur sont
divisées par des meneaux d’un dessin quelque chose peu différent ; les deux
premières renferment quatre prophètes ; les deux qui viennent ensuite n’en
contiennent que trois, parce que le quart des fenêtres est aveuglé par la
maçonnerie des escaliers qui, de chaque côté, s’élèvent vers les galeries
supérieures et les combles. Tous ces prophètes, dont la facture rappelle celle
des personnages qui brillent sur les grandes verrières du chœur de la
cathédrale de Troyes, sont d’un dessin large, expressif, un peu rude dans ses
traits noirs accentués sur les verres peints de couleurs vives, mais très justes
dans la pose et le mouvement, et révélant dans les draperies le meilleur style
de l’époque.
Il y a plus de variété et de souplesse dans les médaillons
que renferment les roses supérieures des hautes fenêtres. Celle qui est à la
gauche de la verrière du fond contient un couronnement de la Vierge ; celle de
droite, un Christ ressuscité. On remarquera aussi au haut de la troisième
fenêtre, à droite dans le chœur, un pape, la croix en main, tandis que dans les
médaillons inférieurs apparaissent un chevalier et des archers. On appréciera
mieux le talent des peintres verriers de la fin du XIIIe siècle dans les jolis panneaux des verrières de
la galerie du chœur. C’est presque un chemin de croix, peint bien
antérieurement à la création des chemins de croix, depuis la prédication du
Christ et l’entrée à Jérusalem, jusqu’à l’Ascension. La composition de ces
petits tableaux est heureuse dans sa simplicité, les attitudes sont justes.
Selon Viollet-Le-Duc, leur aspect ne laisse rien à désirer au point de vue de
l’harmonie des tons, des dessins et de l’exécution. Les couleurs rouges, vertes
et bleues des trois premiers panneaux de gauche sont damasquinées de dessins
d’une finesse extrême, enlevés sur une teinte posée en dehors du vitrail et non
du côté de la peinture, ce qui lui donne un flou particulier.
Les mêmes qualités se révèlent dans les panneaux qui ornent
les fenêtres géminées des bas-côtés du chœur, et qui représentent à gauche les
principaux événements de la vie de la Vierge, à droite, les derniers épisodes
de sa mort. Dans Les premiers, nous signalerons seulement une particularité
digne de remarque dans le médaillon de la Nativité. Tandis que la Vierge est
représentée couchée au premier plan, l’Enfant-Jésus est étendu, emmaillotté
dans des bandelettes, au-dessus d’une crèche élevée sur une arcature. Les
épisodes de la mort de la Vierge, qui sont peints sur les vitraux de la
chapelle de droite du chœur, sont empruntés à la Légende Dorée, et méritent,
comme ils sont peu connus, une analyse spéciale.
Lorsque la Vierge fut arrivée au terme de sa carrière, un
Ange vint lui annoncer sa mort prochaine. Les apôtres s’empressèrent de se
réunir autour du lit où elle expirait. C’est le sujet des deux premiers
panneaux. Dans le troisième, la Vierge est morte. Le Christ vient recevoir dans
un linge blanc son âme, représentée sous la forme d’une petite figure Non. À
droite et à gauche, deux anges sont en adoration. Voici maintenant deux femmes
auprès du lit de Marie : l’une d’elle verse sur son front le contenu d’un vase
de parfums. Dans le cinquième panneau, les disciples sont autour du corps de la
Vierge, étendue dans un linceul blanc, sur lequel est tracée une croix noire à
la place de la figure qu’elle recouvre. Maintenant, quatre apôtres s’avancent
dans les rues de Jérusalem, portant le corps de la Vierge dans un cercueil
recouvert d’une draperie blanche. Un mécréant veut y porter des mains
profanatrices : ses mains restent adhérentes à la draperie et se détachent de
ses bras. Les deux derniers panneaux renferment l’Assomption et le couronnement
de la Vierge, sujet que nous retrouverons traité par la sculpture dans d’autres
endroits de l’église.
Avant de quitter les vitraux de la chapelle de la Vierge,
admirons la finesse et l’ingénieuse disposition des arabesques et des entrelacs
en grisailles qui en forment le fond. Remarquons particulièrement les masques
de personnages et d’animaux sur les deux fenêtres du fond. Ils sont dessinés au
trait sur des verres jaunes, rouges ou gris, avec une verve, une vivacité et
une fécondité d’invention qui surprennent.
Les hautes fenêtres du transept ont été décorées avec moins
de luxe que celles du chœur. Les ornements en grisailles, les bandes de verres
de couleurs diverses, les verres blancs y dominant. Quelques-uns des médaillons
qui les garnissaient ont été brisés et non remplacés. Il en existe pourtant
encore neuf dans les deux fenêtres du pignon nord et dans celle de gauche du
pignon sud. Leurs sujets sont empruntés à la vie des Saints. Tracés, comme les
autres, à la fin du XIIIe
siècle, ils sont traités avec une naïveté pittoresque et peuvent donner de
précieuses indications pour l’histoire du costume au Moyen-âge.
À l’exception des vitraux, des arcatures découpées qui garnissent
la galerie basse des hautes fenêtres et surmontent les fenêtres des bas-côtés,
la décoration de l’intérieur de Saint-Urbain est sobre. Les bases des piliers
et les chapiteaux des colonnettes, groupées en faisceaux, sont aussi restreints
que possible afin de donner plus d’élancement au vaisseau, les lignes verticales
l’emportant complètement sur les lignes horizontales. Les pignons du transept,
au lieu d’être éclairés par des roses dominant des murs pleins percés seulement
de portes à rez-de-chaussée, laissent passer la lumière par deux hautes
fenêtres ogivales, qui contribuent à rendre l’aspect de l’édifice plus léger et
plus aérien.
Nous ne ferons que mentionner ici les divers objets d’art
qui sont placés dans l’église ; une seule statue est encastrée dans ses murs :
c’est la figure de femme couchée sur un Tombeau, statue du XVIe siècle dont nous avons
antérieurement parlé. Les autres sont posées provisoirement sur un entablement
courant placé au niveau de la base des fenêtres des bas-côtés. Très
postérieures à la construction de l’église, elles ne paraissent y avoir été
apportées qu’après la Révolution, lors du partage qui fut fait des dépouilles
des églises réunies dans les salles basses de l’ancienne abbaye de Saint-Loup.
Quelques-unes ont une valeur réelle que nous ferons connaître dans une liste
que contiendra l’Appendice.
Nous en ferons de même pour les objets d’art que renferme la
Sacristie. La voûte de ce petit édicule, qui fait face à un autre semblable
désigné sous le nom de trésor, et qui nous paraît avoir servi avant 1789 de
salle capitulaire, mérite particulièrement l’attention ; les nervures viennent
retomber au centre en une clef pendante se terminant par un médaillon sur
lequel est sculpté le Couronnement de la Vierge, petit chef-d’œuvre de l’art
simple et grand du Moyen-Âge.
L’achèvement.
Les beautés de l’église Saint-Urbain, que nous avons essayé
de faire connaître d’une manière trop rapide et superficielle pour être
complète, ont été appréciées comme elles méritent de l’être dans notre siècle.
Le XVIIe et le XVIIIe siècle ne comprenaient
point le génie du Moyen-Age. Ils n’avaient pas le sentiment de cette grande
époque des Croisades, qui est vraiment l’âge épique de notre histoire et qui
finissait, avec la mort d’un saint roi sur le rivage de Tunis, précisément à
l’époque où l’église fondée par le pape Urbain s’élevait dans les airs. Le XVIIIe siècle, qui
méconnaissait Jeanne d’Arc, l’avait laissée insulter par le plus célèbre de ses
hommes d’esprit, ne saisissait pas le pittoresque, le charme et la grandeur de
l’architecture ogivale qu’il attribuait aux anciens Goths. Notre époque, dont
on médit parfois avec excès, a été plus éclairée et plus juste en ce qui
concerne l’art du passé. Elle en a eu l’intelligence et le respect, et, sans
répudier les progrès de la science, elle a souvent reconnu le mérite des œuvres
de nos pères en s’efforçant de les conserver et de les terminer.
Cette noble tendance, qui a eu son point de départ sous la
Restauration, s’est précisée et a fini par arriver à des résultats pratiques
pendant le règne de Louis-Philippe, sous l’impulsion d’un ministre d’une vaste
intelligence, Guizot, avec le concours d’hommes dont les convictions étaient
différentes, mais le but identique, Mérimée, Victor Hugo, Montalembert, de
Gaumont, et plus tard Viollet-Le-Duc. Elle s’est manifestée providentiellement
à l’heure où beaucoup d’admirables monuments, comme Saint-Pierre et
Saint-Urbain de Troyes, commençaient à chanceler sous les étreintes du temps.
Dans notre contrée surtout, où les matériaux n’offrent à son action, par leur
nature, qu’une résistance relativement peu durable, six siècles paraissent être
l’extrême limite que les monuments peuvent atteindre. Il y a cent ans, on se
serait résigné facilement à les démolir pour en reconstruire d’autres ; de
nos jours, on a eu la noble ambition de les achever, et, avant de les terminer,
de consolider d’une manière raisonnée leurs parties menacées, afin d’en mieux
conserver les beautés.
En 1837, le peintre Arnaud, auquel l’archéologie doit tant
de reconnaissance dans notre région, consacrait plusieurs pages de son Voyage
pittoresque et archéologique dans le département de l’Aube à faire connaître
dans ses détails l’église Saint-Urbain. Il en donnait la première description
technique et complète, avec des dessins de Charles Fichot. Celui-ci employait
déjà les ressources de son infatigable crayon à retracer les merveilles de
l’art et de l’architecture dans notre région. Il lithographiait, en 1845 et en
1852, des vues de Saint-Urbain, tandis que Dauzats et Sagot reproduisaient
plusieurs de ses aspects dans le superbe ouvrage du baron Taylor sur la
Champagne.
Vers la même époque, au Congrès archéologique de Reims de
1847, l’abbé Tridon élevait une voix éloquente en faveur de Saint-Urbain. Il ne
lui suffisait pas de provoquer « l’extase en face de la floraison de pierres
qui couronne le chevet, la croisée et les portes » de l’édifice. Il ne lui
suffisait pas de rappeler l’opinion d’un habile archéologue qu’il ne nomme pas,
mais qui avait dit de cette église : « C’est l’impossible, c’est la pierre
spiritualisée ; » il montrait l’état où elle était, il signalait ses ruines. «
La nef principale n’a pas de voûte, disait-il ; son clocher, sa couronne, lui a
été arraché. D’illustres archéologues, ajoutait-il, ont émis des vœux qui
tendent à obtenir une protection digne d’un monument que se disputent
l’histoire, l’archéologie et les arts. Messieurs du Congrès, amis intelligents
de nos vieux monuments, j’oserai presque dire nos amis personnels, venez-nous
en aide de tout votre crédit, unissez-vous à nos protecteurs, et la cause de
Saint-Urbain est gagnée. »
Elle était gagnée aux yeux de l’opinion ; mais les vœux
éloquents que celle-ci ratifiait étaient encore loin d’être réalisés. Des
travaux importants de consolidation furent entrepris cependant vers 1850 au
porche méridional sous la direction de l’architecte Fléchey, qui avait fait
approuver des Plans de restauration en 1845. Un autre architecte, originaire de
Troyes, M. Paul Lorrain, faisait aussi une étude spéciale des diverses parties
de l’église, dont les dessins ont été gravés dans le Moniteur des architectes. Mais les divers articles, illustrés pour
la plupart d’estampes sur bois, que Viollet-Le-Duc allait lui consacrer, dans
son monumental Dictionnaire de l’architecture au Moyen-Age, devaient lui
acquérir parmi les églises de France une notoriété hors ligne, motivée sur la
compétence exceptionnelle du savant architecte qui en étudiait les diverses
parties et concluait presque toujours par des éloges sans réserve.
Le Conseil général et la Société Académique de l’Aube ne
pouvaient rester étrangers au mouvement qui portait à rendre à l’église
d’Urbain IV la justice qui lui était due et à réclamer son achèvement. Le
Conseil général le demanda à plusieurs reprises, en priant le Préfet de
solliciter du Gouvernement les allocations que nécessiteraient les travaux. Ce
vœu fut renouvelé particulièrement en 1865, en même temps que le Conseil
exprimait ses sympathies pour l’érection d’une statue au pape Urbain IV sur
l’une des places de la ville de Troyes. On sait qu’une souscription fut ouverte
dans ce but généreux, que le Souverain Pontife s’inscrivit en tête de la liste,
et que les versements montaient déjà à un chiffre sérieux lorsque les
événements de 1870 survinrent. Mais les fonds ont été déposés entre les mains
de la Société Académique, et nous avons la ferme confiance que la statue
d’Urbain IV s’élèvera dans un temps rapproché en face ou sous l’un des porches
de son église achevée.
La restauration de Saint-Urbain, cependant, s’imposait comme
une nécessité, et les événements de 1870 la retardèrent seulement de peu
d’années. La ville de Troyes prit une très large part au dégagement de l’église,
elle inscrivit à son budget des sommes importantes pour l’achat et la démolition
des maisons qui, depuis le XIVe
siècle, étaient venues s’accoler à son abside et à ses bas-côtés, comme des
végétaux. L’Etat alloua, de son côté, des fonds considérables pour la réfection
du chœur et grâce à cette allocation, nous avons vu de 1876 à 1886 retenir de
la base au sommet, dans tous ses détails, la partie orientale de l’édifice,
sous l’habile et savante direction de M. Selmersheim, architecte en chef des
édifices diocésains et de M. Brouard inspecteur diocésain, membre de notre
Société Académique. C’est avec le plus scrupuleux souci de rétablir l’œuvre du XIIIe siècle, telle qu’elle
avait été conçue par son constructeur primitif, que tous deux ont tracé les
plans et dirigé les travaux de consolidation de réfection et d’ornementation,
avec le concours pratique de M. Vital, appareilleur et de M. Delagoule,
sculpteur distingué.
Mais leur œuvre est restée en suspens, par suite d’un arrêt
dans les allocations de l’État. Si beaucoup a été fait, beaucoup reste encore à
faire, avant de songer à l’achèvement de la nef et du portail principal, avant
de penser à la réédification de la flèche. Le transept et les bas-côtés de la
nef sont dans un état de vétusté qui nécessitera de coûteux travaux ; si l’on
se promène sur les galeries supérieures du transept, il faut craindre de
s’appuyer sur les balustrades dont les pierres mal jointes pourraient céder
sous la main ; on apercevra les ardoises qui s’effritent et tombent ; on verra
d’autres traces d’une prochaine destruction, sans compter celles qui échappent
à un examen superficiel. Avant de terminer, il faut consolider, et les travaux
de consolidation exigeront pour le transept et la nef, selon les devis des
architectes, une somme de près de 280 000 francs.
Heureusement que Saint Urbain a eu l’heureuse fortune de
rencontrer des curés passionnés pour l’achèvement de leur église. Je ne puis
oublier ici M. l’abbé Méchin, qui avait vu commencer les travaux de
restauration du chœur. Orateur éloquent, il avait publié dans les Mémoires de
la Société Académique de l’Aube de savantes études sur la belle église dont il
était le pasteur. Non moins disert, non moins zélé, M. l’abbé Jossier curé
actuel, est aussi pénétré du noble désir et de l’ambition légitime de voir
terminer ce chef-d’œuvre d’architecture qu’un pape troyen a construit il y a
six cents ans. Sous le patronage de Msg Gortet, son évêque. Il a suscité une
souscription, et tel est son zèle, tel est l’irrésistible attrait du bel
édifice en faveur duquel il agit, que déjà des sommes élevées ont été
recueillies, grâce à la générosité privée à laquelle on ne fait jamais appel en
vain dans notre pays.
Le Gouvernement s’est associé à ce noble élan. Il a reconnu
la nécessité de conserver à la France un de ses monuments les plus originaux et
des plus intéressants, en le terminant selon son plan primitif. Grâce à de
nouvelles allocations de l’État, les travaux vont être repris sous la direction
des mêmes savants architectes, et nous avons le ferme espoir qu’ils ne
s’arrêteront qu’après l’achèvement de l’édifice. Si notre temps n’a pas
toujours le respect des traditions historiques et religieuses, il a du moins
celui des traditions artistiques et du beau sous ses diverses formes. On
représente trop souvent la fin du XIXe siècle comme une époque d’indifférence et de scepticisme. Il
serait consolant, autant que piquant, de montrer à ceux qui l’attaquent de la
sorte comment s’est achevé de nos jours et par ses soins un ravissant édifice,
créé par un pape français, à une époque d’enthousiasme et de foi, et que six
siècles écoulés depuis lors n’avaient point su terminer.
APPENDICE
Nomenclature des gargouilles
NEF
Bas-côté nord-ouest (sur chaque éperon, en commençant par
l’ouest) :
1) La gargouille manque
2) Tête d’homme à l’extrémité d’un caniveau
3) Chat
4) Griffon à tête d’home, poitrine drapée
5) Cerf courant (tête mutilée)
Bas-côté sud-est :
1) Femme nue avec draperies sur le cou et la tête. Elle
parait représenter la luxure
2) Clerc en bonnet carré, en robe avec petite bourse au côté
3) Lion
4) Chevalier en cotte revêtue d’écailles, tirant son épée du
fourreau pour frapper un lien qui, monté sur son épaule menace de le dévorer
5) Femme drapée
TRANSEPT
Nord-ouest :
1) Lévrier (sans tête), au-dessous, un bouc (refait par M.
Delagoule)
2) Chimère à tête de barbet et queue de serpent (au milieu
du pignon)
3) Chimère ailée ; au-dessous : un chien
Sur les contreforts du porche : 1° Tête d’homme ; 2° Tête de loup ; 3° Tête d’animal (indéterminé) ; Chacune de ces têtes sert d’amortissement à un caniveau.
Sud-est :
1) Cerf brisée
2) (au-dessous) Chimère ailée à tête de femme, corps de
lion, queue de serpent
3) (au milieu du pignon) Aigle
4) Chien (sans tête)
5) (au-dessous) Griffon à tête et pattes de devant de
vautour, jambes arrière d’un quadrupède
Sur les contreforts du porche : Trois têtes d’homme,
mutilées.
SACRISTIE
Trois têtes amortissant les caniveaux : 1° sorcière, 2° juif, 3° juge (sculptés par Delagoule).
TRÉSOR
Trois têtes de même : un bélier, deux chimères (sculptés par Chédeville).
CHŒUR
Bas-côté nord-ouest
1) Griffon
2) Un fou avec la tête grimaçante, un capuchon pointu, une
veste courte
3) Diable nu (refait par Delagoule)
4) Léopard (refait par Delagoule)
Bas-côté sud-est :
1)Griffon
2) Chimère ailée
3) Chien (refait par Delagoule)
4) Chimère à corps de poisson ailé, avec de grandes oreilles
ailées, tenant une crosse fleuronnée
Hautes fenêtres et contreforts de l’abside
(en partant du nord-ouest pour s’arrêter au-dessus de la sacristie au sud-est)
Au haut de la tourelle de l’escalier nord
1) Femme drapée tenant de la main droite un poisson, de la
main gauche elle en ouvre la bouche qui laisse échapper l’eau (œuvre d’un style
et d’une beauté supérieurs, très bien conservés)
2) (au-dessus) Petit moine à la tête rasée
3) à l’éperon suivant : homme drapé, la bouche ouverte
(refait par Delagoule). Le torse et la partie inférieure sont conservés au
musée de Troyes. Du même style que le n° 1 ci-dessus
4) (au-dessus) Chimère
5) à l’éperon, formant le côté Est de la grande fenêtre du
fonds de l’abside : Chimère
6) (au-dessous) Femme nue, peut-être personnification de la
volupté (la tête et un bras ont été refaits en partie par M. Delagoule)
7) de l’autre côté de la grande fenêtre : Musicien
drapé, jouant de la viole (la tête a été refaite par Delagoule)
8) Laie avec ses petits
9) personnage drapé, figure délitée
10) (au-dessous) Lion
11) chien courant d’un mouvement très juste
12) Chimère à tête de chien et queue de serpent
En tout, 51 gargouilles dont 7 refaites à neuf, 6 neuves et 2 réparées
OBJETS D’ART
Saint Urbain renferme un assez grand nombre d’objets d’art, disséminés dans l’église ou recueillis dans la sacristie, et qui, pour la plupart, ne paraissent pas provenir de l’ancienne Collégiale. Nous nous contenterons de les énumérer, sans indiquer la place provisoire qu’ils occupent !
STATUES
Vierge au raisin
– La Vierge présente un raisin à l’Enfant Jésus assis sur son bras. – Œuvre
charmante, polychrome du début du XVIe siècle.
Sainte barbe, début XVIe
s., elle présente une analogie frappante avec une sainte barbe du musée de
Cluny, catalogué sous le n° 272
Saint
Bernard en moine tenant une église dans la main droite ; fin XVe de l’école Bourguignonne.
Sainte
Anne et la Vierge. (L’Éducation de Marie) Époque Louis XII
[Note : Époque Louis XII veut dire : début du XVIᵉ siècle (vers 1500‑1515),
gothique tardif de transition vers la première Renaissance.]
Vierge
à l’Enfant, École de tours, même époque. Groupe intéressant comme le
suivant ; autre Vierge à l’Enfant de la même époque
et même caractère.
Vierge
à l’Enfant, milieu du XVIe
par Dominique le Florentin
Vierge
Marie et Saint Jean. Ces deux statues proviennent sans doute d’un
calvaire. Fin XVIe
Saint
Roch, une petite fille et son chien, groupe de l’époque de Louis XII
Épisodes
de la Passion – Bas-relief en pierre. En haut le Christ en croix entre
les deux larrons. A droite, descente de croix. En bas, Ecce Homo. Portement de
croix, reniement de croix. Première partie du XVIe.
Sainte
femme au tombeau. – Mutilée en partie ; milieu du XVIe s.
Saint
Joseph et l’Enfant Jésus par Dominique Florentin
Évêque
avec petit donateur, milieu du XVIe
Saint,
statue en bois, XVIe siècle
Sainte Famille – Jésus enfant adoré par des anges – deux médaillons en cuivre doré, remarquables par le dessin et le fini de la ciselure, attribués à Girardon XVIIe siècle
TABLEAUX
Visitation,
Présentation – Tableaux du XVIIIe s., du même peintre inconnu.
Adoration des Bergers,
fin du XVIe s.
Saint Pierre-ès-liens,
XVIIe s.
Sainte Famille, fin
XVIIe-début XVIIIe. Cette toile pourrait
être attribuée à Carrey.
SACRISTIE
Sculpture du XVIe s. avec traces de
polychromie – Vierge agenouillée devant l’Enfant Jésus, sous une arcature de
forme arrondie, au-dessus de laquelle sont écrites en caractères
gothiques : « Voicy le bien et la sainte chapelle de Notre-Dame de
Bonne-Nouvelle. »
Vierge à l’Enfant –
Bas-relief en bois de chêne, XIVe
siècle
Quatre bas-reliefs sur marbre,
dans leur cadre de la Renaissance, XVIe s.
1° Le Jugement de Salomon ;
2° Adoration des Bergers ; 3° Portement de croix ; 4° Crucifiement.
Plaque en argent ou cuivre doré,
formant le plat supérieur d’une reliure entourée de baguettes d’argents et
représentant l’Adoration des Mages en relief. – Œuvre Flamande de la fin du XVIe siècle, remarquable par
le style de la composition et la finesse de l’exécution. Cette plaque recouvre
un missel bien conservé sur le titre duquel est imprimé : « Missale
romanum, ex officinâ Christophori Plantini, 1572 » in-fo. Les lettres
ornées en grand nombre sont coloriées avec soin.
Meuble
en chêne, composé de parties appartenant au XVIe et surtout à la fin du XVIIe siècle. Le soubassement
et le fronton qui sont de cette dernière époque, sont médiocres. Dans la partie
centrale, deux saints, l’un tenant une colonne l’autre une grande épée, représenteraient
saint Pierre et saint Paul. Leur costume est celui du XVIe s. L’influence flamande se révèle dans
leur style. Sur la porte centrale a été appliquée une Vierge tenant sur ses
genoux le Christ mort. – Groupe en bois de tilleul. La Vierge rappelle le style
de l’école florentine du XVIe siècle. La sculpture du Christ est aussi mauvaise
que possible.
Christ
en bronze doré de l’école, sinon de la main de Girardon.
Bon
Pasteur, statuette en bois de chêne du XVIIe siècle
Vierge
et Enfant debout. Statuette en bois de poirier, très médiocre.
Note : [ Missel
romain, sorti de l’atelier de Christophe Plantin, 1572. Christophe Plantin
(1520‑1589) est l’un des plus grands imprimeurs de la Renaissance. Son
officine, la Plantin-Moretus, était un véritable phare du savoir : typographies
d’une finesse rare, contrôle maniaque de la qualité, et une production qui
allait des ouvrages religieux aux traités scientifiques.
Un missel sorti de chez lui, c’est un peu comme une pièce
d’orfèvrerie : papier choisi, encre stable, mise en page rigoureuse, et un respect
absolu du texte liturgique.
Le Missale Romanum de 1572 s’inscrit dans le contexte de la
réforme tridentine : Rome impose une uniformisation des rites, et Plantin
devient l’un des imprimeurs de confiance pour diffuser ces textes officiels. Ce
n’est donc pas un missel “local”, mais un missel normatif, destiné à fixer la
liturgie romaine dans toute l’Europe catholique.
En résumé, cette mention latine dit plus que ce qu’elle
montre : elle signale un livre officiel, soigné, autorisé, et sorti des presses
d’un maître imprimeur dont la réputation dépasse largement son siècle.]
Les Chanoines, les vicaires et le Bedeau
On trouvera d’assez nombreux
détails sur les chanoines et vicaires de Saint-Urbain dans le travail de l’abbé
Méchin. Les vicaires, d’abord au nombre de 14 furent réduits à 8 en 1621 ;
leurs ressources étaient de 323 livres 14 sols à partager entre tous. A la
veille de la Révolution, où on les supprima en principe, il en restait 4 qui
touchaient 31 livres par mois chacun. On a vu que quelques-uns d’entre eux
reliaient, raccommodaient ou enluminaient des livres.
Les chanoines eux-mêmes auraient
été dans un état très précaire au XVIIe siècle. Beaugier évalue le revenu de la
prébende de chacun d’eux à 150 francs. Cependant, en 1790, il fut constaté que
les différentes sources de revenus du Chapitre lui donnaient 27 416 livres, de
sorte que chacune des douze prébendes aurait rapporté 1 958 livres 10 sols 4
deniers à son titulaire. Le doyen avait deux prébendes, les autres dignitaires
du Chapitre, le chantre et le trésorier, chacun une et demie.
[Le doyen était élu en dehors du Chapitre]
Le chapitre ne parait pas avoir
eu de suisse, mais vers 1719, nous voyons apparaitre un portier qui prote une
robe violette et dont la baguette de baleine est garnie de cuivre ou surmontée
d’une croix à trois branches.
En 1790, le chapitre devait 108
livres aux quatre enfants de chœur, 108 livres à l’organiste, 10 au souffleur
et 18 au bedeau.
Les livres du Chapitre
A partir de la découverte de l’imprimeries, l’acquisition
des livres figure pour des sommes relativement moins élevées dans les comptes.
Mais on se préoccupe toujours de leur conservation, on a toujours recours aux
relieurs. En 1451, Jeahn Lorat le jeune, travaille à l’église
quatre-vingt-douze jours, de la fin de juin à la Toussaint, moyennant 11 l. 10
s. (pour relier, nettoier, recoler et réparer la plus grande partie des
livres. » On lui fournit des peaux de cerf et du parchemin. Plus tard, si
l’on, vend en 1550 à Jean Collet, libraire, « de vieille quelles de
livres, » en 1568 Gillebert Moreau, relieur, reçoit 5 livres pour relier
le grand légendaire et « le livre de la grant messe ; » il fait
d’autres reliures et fournit trois enseignes. En 1597, Pierre de Villiers,
marchand libraire, reçoit 9 livres pour avoir relié deux missels, dont l’un en
parchemin velin, servait au grand autel. Le missel est posé sur un pupitre, et l’on
se sert en 1675 pour tourner les pages de tourne-feuillets. Nous trouvons
encore plus tard des réparations de livres : en 1679 et en 1691 par le libraire
Bouillerot ; en 1686, par le libraire Febvre.
Notons aussi à la même époque : Reliure d’un graduel, 5
l. 10 s (1674) ; reliure d’un martyrologue à Febvre (1715). En 1756, un
bas vicaire raccommode un psautier. Au XVIIe siècle, ce sont d’ordinaire les
libraires qui sont relieurs, comme la veuve Michelin en 1759.
En 1777, le Chapitre acheta pour 570 l. de livres d’église à
Madame Hérissant à Paris ; il en fit relier à André moyennant 200 livres
et les fit transporter à Troyes par ballots.
Sceau du Chapitre de Saint-Urbain
Le sceau et
contre-sceau du Chapitre de Saint-Urbain vu précédemment a été reconstitué
d’après plusieurs exemplaires incomplets qui se trouvent au Archives
départementales de l’Aube, notamment :
1° Au bas d’une charte daté de mars 1277, le premier mercredi après la Résurrection de N. S., contenant un accusé de réception des joyaux destinés à l’église Saint-Urbain par le cardinal Ancher, et que le doyen est allé chercher à Lyon (10 G 12).
2° Sceau
détaché et par conséquent sans date, provenant de la saisie faite au cours du
procès Harmand, dans le cabinet de ce dernier.
Ces sceaux sont empreints sur cire verte et pendent par deux
queues en parchemin
Légende : S (sigillum) CAPITVLI . SCI (sancti) VRBANI .
PAPE . ET . MARTIRIS . TRECENSIS
[Sceau du Chapitre de la ville de Troyes, placé sous le
patronage de saint Urbain, pape et martyr]
Contre
sceau rond : Buste de pape vue de face sous l’apparence d’un jeune homme.
[Les saints ayant la jouissance de la béatitude éternelle,
ne vieillissent pas et conserve toujours l’aspect de la jeunesse]
Le sujet qui se trouve au bas du sceau, dans l’arcature trilobée, est très fruste. On croit cependant y reconnaitre un pélican s’ouvrant la poitrine pour nourrir ses petits. Sur le vêtement du pape et sur le tapis qui est placé sous ses pieds, on peut à la rigueur voire les roses qui se retrouvent sur le contre-sceau, placées de chaque côté de la figure du pape entre deux fleurs de lis.
3° Autre
sceau semblable (10G8), appendu à une pièce datée de 1355, le vendredi de la
vigile de l’Assomption, semblable aux précédents.
Donation par Guillaume dit le Potencier, saunier à Troyes et Marie sa femme, de cinq quartiers de terre au finage de Chaufour, à charge d’anniversaire.
4° Autre sceau
semblable appendu à une pièce de mars 1457.
Fondation d’une messe par François de la Garmoise, écuyer et Henriette de
Lintelles sa femme.
FIN
Source Dictionnaire
raisonné de l'architecture française du XIe au XIe siècle
"La porte principale de
l'église de Saint-Urbain s'ouvrait sous un porche qui ne fut pas achevé. Elle
est dépourvue de voussures, le formeret de la voûte du porche lui en tenant
lieu. Sur le trumeau central s'élevait, croyons-nous, la statue de saint
Urbain, pape..."
Mobilier classé Monument Historique conservé dans l'édifice en 2026 :
Verrières
Lavabo en niche
Dalle funéraire
Fonts baptismaux
Bas-relief : Calvaire
Statue : Vierge à
l'Enfant dite Vierge aux raisins
Statue : Vierge à
l'Enfant
Statue : Sainte Barbe
Haut-relief : Vierge
agenouillée devant l'Enfant
Statue : Vierge de
calvaire
2 médaillons en
bas-relief : Sainte Famille, Jésus adoré par les anges
Statue : Saint Roch
Tableau : Adoration
des bergers, cadre
Statue : Saint Bernard
Livre liturgique :
Missel romain
Statue : Saint Jacques
Statue : Saint Odilon
Statue : Vierge à
l'Enfant
Statue : Christ aux
liens
Statuette de calvaire
: Vierge
Statue : Saint évêque
et donateur
Groupe sculpté :
Éducation de la Vierge
Statue : Sainte femme
Groupe sculpté : Saint
Joseph et l'Enfant Jésus
Statue : Saint au
livre (saint Jean ?)
Statue : Christ en
majesté
Statue : Saint Michel
Statue : Vierge de
calvaire
Bas-relief : Jugement
de Salomon, cadre
Commode (disparue)
Statue : Vierge à
l'Enfant (disparue)
Statue : Force
Statuette : Sainte
Agnès
Statue : Justice
Statuette : Vierge à
l'Enfant
Statue : peut-être
saint Étienne (disparue)
Statuette : Bon
Pasteur
Statuette : Vierge à
l'Enfant
Statuette : Sainte
tenant un livre et une palme
Groupe sculpté : Saint
Joseph et l'Enfant Jésus
Tableau : Vierge entre
sainte Anne et saint Joachim
Statue-reliquaire :
Vierge à l'Enfant
Vitraux
Ostensoir (disparu ?)
Tableau : Adoration
des bergers
Dalle funéraire de la
famille La Rüe (?)
Dalle funéraire
Dalle funéraire de
Pierre de Droup ou Drout (?)
Dalle funéraire de
Milo Berthier, chanoine
Dalle funéraire de
Jehanne, femme de feu Peireron Lannesval
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire de
Renaud de Columbier
Dalle funéraire
d'Etienne Morce (?), chanoine de Saint-Etienne de Troyes
Dalle funéraire de Gui
de Bosco
Dalle funéraire de
Pierre Derbice
Dalle funéraire
Dalle funéraire de
Marguerite la Caillate
Dalle funéraire de
Jean Bompas et sa femme Anne Saulnier
Dalle funéraire
Dalle funéraire de
Félis (Félix ?) Gras de Chauchigny, bourgeois de Troyes, et sa femme Jehanne
Dalle funéraire
Dalle funéraire de
Pierre le Breton, notaire des foires, et sa femme, Laurette Mérille
Dalle funéraire de (?)
Fonuens (?)
Statue : Saint Jean
d'un calvaire
Tableau : Saint Pierre
aux liens
Statue : Saint Jean
d'un calvaire
Bas-relief : Adoration
des bergers, cadre
Bas-relief : Portement
de Croix, cadre
Bas-relief :
Crucifixion, cadre
15 statuettes :
Christ, apôtres et deux anges (détruites)
Statue : Saint évêque
(disparue)
Statue : Christ en
croix
Maître-autel et
tabernacle
Groupe sculpté :
Vierge de Pitié
Stalles
Sculpture : Christ en
croix
On notera encore que la Sacristie ne contient plus d’objets
de grande valeur, ceux-ci se trouve aujourd’hui dans le Trésor de la Cathédrale
St Pierre et St Paul de Troyes qui se visite gratuitement.
[Cet ex‑voto du XVIᵉ siècle, conservé dans la basilique Urbain IV de Troyes, représente Notre‑Dame de Bonne‑Nouvelle dans une scène de Nativité. Il s’agit d’un haut relief en calcaire polychrome, placé sous un portique Renaissance à pilastres engagés corinthiens, dont les traces de dorure et de peinture témoignent encore de la richesse originelle de l’œuvre. La Vierge Marie est figurée agenouillée devant l’Enfant Jésus couché dans la crèche, les mains croisées sur la poitrine dans une attitude d’adoration. Autour de l’Enfant, trois anges se penchent avec douceur, soulignant le caractère sacré et intime de la scène. À l’arrière‑plan, les têtes du bœuf et de l’âne complètent l’iconographie traditionnelle de la Nativité.
L’inscription, aujourd’hui très usée, laisse encore deviner la mention de « la saunce dame de bonne no… », c’est‑à‑dire Notre‑Dame de Bonne‑Nouvelle, vocable marial lié à l’Annonciation et à la naissance du Christ. L’ensemble constitue un ex‑voto, probablement offert en remerciement d’une protection ou d’une grâce obtenue, selon une pratique très répandue dans les paroisses troyennes du XVIᵉ siècle.
De part et d’autre du portique, deux zones latérales présentent une surface anormalement lisse et dépourvue de décor. Ces emplacements correspondent exactement à ceux où l’on plaçait traditionnellement les blasons des donateurs dans les œuvres votives de la Renaissance. Leur disparition peut s’expliquer par l’usure naturelle de la pierre, par des restaurations anciennes ayant supprimé des détails, ou par un bûchage volontaire, notamment durant la période révolutionnaire où les marques nobiliaires étaient souvent effacées. Il est donc très probable que deux armoiries, appartenant aux donateurs de l’ex‑voto, figuraient à l’origine sur cette sculpture.
Daté du premier XVIᵉ siècle, probablement entre 1520 et 1550, ce haut relief témoigne de l’esthétique des ateliers troyens, où les formes renaissantes s’intègrent à une iconographie encore empreinte de tradition médiévale. Par son sujet, son style et sa fonction votive, il constitue un témoignage précieux de la piété mariale locale et de l’histoire religieuse de la basilique Urbain IV.]
La Passion ; haut-relief du XVIe s.
[Ce haut‑relief en calcaire polychrome, daté du XVIᵉ siècle, représente la Passion du Christ dans une composition d’une intensité dramatique exceptionnelle. Au centre, le Christ crucifié domine la scène, couronné d’épines, les bras étendus sur la croix sous l’inscription INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum). Autour de lui, une foule dense de personnages s’agite : soldats à cheval, bourreaux, disciples, saintes femmes et témoins du supplice. La pierre, encore rehaussée de traces de polychromie ocre et blanche, restitue le mouvement et la tension du drame avec une vigueur remarquable.
La composition s’organise en plusieurs registres : dans la partie supérieure, le Christ isolé dans sa souffrance ; au centre, les cavaliers et les bourreaux accentuant la violence du moment ; dans la partie inférieure, les fidèles et les saintes femmes formant une frise de recueillement et de prière. Chaque figure est traitée avec une grande individualité : visages expressifs, gestes tendus, drapés nerveux. L’ensemble traduit la ferveur religieuse et la sensibilité humaniste propres à la sculpture troyenne du premier XVIᵉ siècle.
Cette œuvre, probablement exécutée entre 1520 et 1550, appartient à la tradition des ateliers de Troyes, dont les Mises au tombeau et Passions de Chaource, Mussy‑sur‑Seine ou Rumilly‑lès‑Vaudes constituent les modèles les plus célèbres. Elle illustre la piété populaire de la Renaissance : un art narratif et spirituel où la pierre devient prière. Par son ampleur, sa densité et son réalisme, ce haut‑relief est un témoignage majeur de la dévotion troyenne et de l’expression religieuse du XVIᵉ siècle.]
Cuve acquise, lors de la démolition de l'église Saint-Jacques-aux-Nonnains, par un maître maçon de Troyes, nommé Chanté, qui la vendit à un boulanger pour en faire une margelle de puits dans la cour de sa maison. Elle fut défoncée et servit à cet usage jusqu'en 1849, époque où le propriétaire vendit sa maison pour habiter la rue Notre-Dame. En quittant son ancien domicile, il la donna à l'église Saint-Urbain, sa nouvelle paroisse, où elle fut rendue à son ancienne destination. Nous remarquons quelques traces de polychromie.
H : St Thomas et un évangéliste ; 2
personnages ? ; Baptême du Christ ; Couronnement de la Vierge
B : St Jacques et St Christophe ; St Christophe et St Jean ; 2 apôtres
[Description : Constituée de deux arcades trilobées avec
gâbles, ornées dans les écoinçons de trois scènes historiées surmontées de dais
habités.
Iconographie : Couronnement de la Vierge ; Construction de
la cathédrale de Troyes ; Donateur : Urbain IV, pape ; Donateur : Anchero
Pantaléon, cardinal ; Assaut
Description : Au centre, le Couronnement de la Vierge. Selon
la convention, le Christ est assis à droite ; son bras tendu tenait la couronne
ou bénissait la mère de Dieu déjà couronnée. D'en haut deux anges thuriféraires
s'inclinent.
Grâce aux maquettes d'architecture qu'ils tiennent dans
leurs mains, les deux autres personnages sont identifiés comme des donateurs.
Debout près de Marie se tient Urbain IV : d'une part le rational qu'il porte le
désigne comme pape, d'autre part le chœur dont il tient une maquette a été bâti
de son vivant. Le personnage agenouillé près du Christ, habillé de manière
moins dispendieuse, a été identifié comme étant le cardinal Ancher ; la
maquette d'architecture qu'il porte pourrait représenter le transept ou la nef
- privé de sa toiture -, ces deux parties de l'église étant commencées durant le
temps d'activité du cardinal. Il est intéressant que le successeur d'Urbain,
Clément IV, ne soit pas représenté. Les quatre statues sont couronnées de dais
finement travaillés. Ceux-ci se terminent par une bordure de créneaux, évoquant
un château fort ou les fortifications d'une ville. Entre les créneaux, des
hommes armés semblent se défendre contre des assaillants avec des arcs et des
massues. Ces combats pourraient faire allusion à la défense de Saint-Urbain
contre l'offensive de l'abbaye et auraient ainsi une signification historique.
Mais cette thèse paraît contestable. Ladner déjà l'a réfutée en se basant sur
le fait que l'objet que les soldats défendent représente une ville plutôt
qu'une église, faisant penser à la Jérusalem céleste. On ne connaît rien d'une
défense héroïque de Saint-Urbain hormis ces événements. Or, à travers les
attaques portées par l'abbaye, non seulement l'église a subi des dégâts
considérables mais la dignité de maints clercs a été aussi gravement lésée ; et
puisque la fin de la querelle ne pouvait guère apparaître assurée, on se
demande qui aurait voulu en faire le sujet d'une représentation.]

















































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