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lundi 22 avril 2024

Basilique Saint Urbain IV

 


Basilique Saint Urbain IV


Merveille de l’architecture ogivale, la basilique Saint-Urbain est un pur joyau de l’art gothique, qui rivalise avec la Sainte Chapelle de Paris, à laquelle la comparent de nombreuses personnalités. Tous les amateurs d’art n’hésitent pas à la qualifier de " joyau d’architecture ", de " véritable châsse de pierre ciselée comme un reliquaire géant ", c’est " le Parthénon de la Champagne ".

Jacques Pantaléon est né en 1185 à Troyes (un des rares papes français). Fils d’un savetier troyen, il connaît une brillante carrière ecclésiastique. Archidiacre de Laon et de Liège, évêque de Verdun, il devient pape en 1261 sous le nom d’Urbain IV en hommage au pape martyr Urbain 1er (222-230). Créateur de la fête du Saint-Sacrement (Fête-Dieu), il réorganise le gouvernement de l’Église malgré son grand âge. Attaché à sa ville d’origine et soucieux de la valoriser, il fonde une collégiale composée d’un chapitre de douze chanoines à l’emplacement de sa maison natale. Il veut laisser à Troyes, une marque d’affection et de magnificence : bâtir en 1262 une somptueuse basilique, à l’emplacement de l’échoppe paternelle et aux frais du trésor romain. Il meurt 2 ans après, et les sommes qu’il envoyait à Troyes sont arrêtées. Heureusement, le Cardinal Ancher, son neveu, prend à cœur de ne pas laisser inachevée cette œuvre.

Une consécration est prévue le 25 mai 1266 car le chœur est achevé et les parties basses de l’édifice élevées. Cependant, l’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains, Ode de Pougy, ne l’entend pas de cette manière et fait en sorte que le chantier soit saccagé par crainte de cet édifice situé sur son territoire et dépendant directement de la papauté. « Ainsi, elle fait envahir le chantier par une troupe qui arrache les portes, brise le maîtreautel, des colonnes, des chapiteaux et enlève le matériel des charpentiers. À peine de nouvelles portes sont-elles posées que la même troupe s’en revient les fracturer et les emporter ! Mais ce n’est pas tout. Quelques mois plus tard, un mystérieux incendie détruit une partie des murs, des voûtes et de la toiture de l’église. Enfin, le légat pontifical, venant bénir le nouveau cimetière en 1268, est accablé de coups, d’injures et se voit poursuivit dans les rues de Troyes. »

En conséquence, Ode de Pougy et ses complices sont excommuniés le 15 juillet 1268. Néanmoins la construction reprend vers 1267-1270. La partie haute du transept et ses deux porches sont alors édifiés. Seuls les bas-côtés de la dernière travée de la nef sont voûtés en 1286, date de la mort du cardinal Ancher.

La collégiale est consacrée en 1389, devant une foule considérable, et les reliques sont placées sur les 9 autels. Elle échappe miraculeusement à l’incendie qui ravage une partie de la ville en 1524, détruisant 3.000 maisons.

En 1565, 2 vols importants sont commis : 1 croix d’or, 2 d’argent et tous les reliquaires. Les coupables sont roués en place publique en 1574.

En 1761, la foudre tombe pour la 5ème fois sur le clocher. Les chanoines en réduisent la hauteur, en l’arrêtant au-dessus des cloches.

 La Révolution de 1789 en fait un magasin de blé, ce qui lui permet d’échapper à la rage de la destruction qui sévissait à cette époque. Un fonctionnaire municipal demande même au Conseil sa démolition, et celle des autres églises, sauf notre cathédrale ! Les 4 cloches, les cuivres du chœur, de la croix, du coq du clocher, sont fondus pour " sauver la patrie en danger " ! Les reliquaires contenant un bras de saint Urbain, la tête de saint Daniel et celle d’une des 11.000 vierges, une épine de la sainte couronne, la magnifique statue de cuivre de 4 pieds de haut de saint Urbain, datant du XIIIe siècle, sont détruits !

L’église devient paroissiale après la Révolution. A partir de 1850, la mairie démolit les maisons accolées à son abside. Paul Selmersheim, architecte diocésain, achève la nef de 1893 à 1905 après restauration du chœur et du transept de 1876 à 1886. Les maisons alentours sont, jusqu’alors, adossées aux murs de l’édifice. La flèche en bois, auparavant située sur la croisée et démontée en 1761, n’est pas restituée. L’église, classée au titre des monuments historiques en 1840, accueille en son chœur la dépouille d’Urbain IV en  1901 et devient basilique mineure en 1964 à la demande de l’évêque de Troyes, Monseigneur Julien Le Couëdic.

Le 20 février 1906, 200 fidèles et des personnalités troyennes opposés à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat occupent Saint-Urbain et résistent pendant des heures aux forces de police et militaires qui, sur ordre du maire Louis Mony (franc-maçon, tour à tour clérical, bonapartiste, conservateur, républicain modéré, radical et alors radical-socialiste), et conduites par le préfet Marais, sont venues faire l’inventaire des biens immobiliers et mobiliers de la paroisse. Ils sont finalement délogés, les portes de la collégiale défoncées à coups de hache par les pompiers. La police emprisonne des catholiques.



La basilique Saint-Urbain est un joyau de l’art gothique rayonnant se distinguant par son homogénéité et sa symétrie. Le visiteur peut appréhender l’ingéniosité des bâtisseurs de l’époque médiévale en admirant les nombreux gâbles et arcs-boutants d’une extrême finesse, véritable squelette de pierre permettant de répartir les forces des voûtes et ainsi de stabiliser l’édifice.

Une autre surprise réside dans les porches du transept maintenus par des « échafaudages » de pierre.

Quant au porche de la façade (à l’ouest), il comprend trois portails datés du XIIIe siècle dont le principal orné d’un tympan, en haut-relief représentant le Jugement dernier à la manière d’un vitrail. Ce même thème est traité différemment, en peinture, au revers de la façade à l’intérieur de l’édifice.


Tympan du portail central du XIIIe siècle, le Jugement Dernier

Haut : Christ en Majesté entouré par 2 anges ; à ses pieds les douze apôtres
Dessous, la Vierge et St Jean en prière regardant le Christ

Bas : le Paradis, Abraham et les anges accueillent les âmes des justes ; l’Enfer où des démons emportent les âmes des damnés pêcheurs : un prince ou roi couronné (pouvoir temporel), un homme muni d’une bourse (avare) et un homme d’église (pouvoir spirituel).  Ils les précipitent vers le Léviathan, monstre à la gueule ouverte, symbolisant l’entrée de l’enfer. 

Linteau gauche :  La Résurrection des morts

Linteau droit : les ressuscités


Les gargouilles de la basilique Saint-Urbain constituent une autre curiosité qui intrigue souvent le visiteur. En effet, elles révèlent des épisodes de la vie au Moyen Âge ou des scènes historiques et sont, à l’image des vitraux, des témoins du passé. A noter cinquante célèbres gargouilles, qui sont très pittoresques.









 Les restes de notre illustre Pape reposent depuis 1935, dans le chœur de l’église. A l’occasion du VIIe centenaire de sa mort, en 1964, Paul VI érige l’église Saint-Urbain en Basilique.

BAS-RELIEF REPRÉSENTANT URBAIN IV DEVANT LE CHRIST

Ce bas-relief en pierre polychrome, daté de 1936, est l’œuvre d’Henry Charlier, artiste troyen. Depuis 1935, il recouvre l’espace dans lequel repose la dépouille d’Urbain IV. On peut y apercevoir le Christ au centre portant un ostensoir (symbole du SaintSacrement). Urbain IV se trouve à droite tandis que sainte Julienne est à gauche, à genoux, en prière.

Cette collégiale est dédiée au 17ème  pape martyr, Urbain 1er, pontife de 222 à 230, enterré au cimetière de Calliste, sur la Via Appia à Rome, fêté le 19 Mai (ou le 25 Mai dans certains diocèses de France).

La basilique Saint-Urbain est souvent comparée à la Sainte-Chapelle de Paris (érigée au 13e siècle) en raison de son plan et des vitraux du chœur occupant toute la surface disponible en hauteur et en largeur, donnant ainsi un élan vertical à l’édifice. On note l’absence de déambulatoire puisque les chapelles ne communiquent pas entre-elles. On remarque une coursière devant les fenêtres basses de l’abside qui paraît former devant elles un écran ajouré particulièrement élégant. Il s’agit là d’une autre particularité de la basilique Saint-Urbain.

LES VITRAUX

Certainement posés vers 1270, les vitraux du chœur s’intègrent merveilleusement à l’architecture et se distinguent par la clarté de leur composition en grisaille car leur fonction est de faire entrer abondamment la lumière pour éclairer l’église et mettre en valeur ses formes et ses volumes. Ces vitraux comportent des panneaux colorés représentant des personnages de profil dans les baies hautes, entourés d’une bordure héraldique sur laquelle on peut reconnaître les armes de France, de Navarre, de Troyes, du pape Urbain IV et du chapitre collégial. Nous ignorons leurs auteurs car les vitraux sont souvent anonymes entre le 12e et le 17e siècle.

PAVILLON (OU OMBRELLINO PONTIFICAL)

Insigne caractérisant une basilique. Sorte de parapluie à demi-ouvert, dont l’armature en bois est recouverte de bandes de soie alternativement rouges et jaunes, couleurs du gouvernement pontifical. Le pavillon est à moitié ouvert lorsqu’il s’agit d’une basilique mineure et totalement déployé pour les basiliques majeures.


Le choeur et ses baies de lumière du XIIIe - à gauche l'Ombelle


la Crucifixion XIIIe


VITRAIL DE LA VISITATION

Ce vitrail fait partie d’un ensemble de panneaux historiés relatant des épisodes du Nouveau Testament. Il s’agit ici de la Visitation, d’après l’Évangile selon saint Luc. Marie, enceinte du Christ, rend visite à sa cousine Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste. La représentation de la scène, sous forme de médaillon, est caractéristique du 13e siècle.

la Visitation et la Nativité

VERRIÈRE DES PATRIARCHES

Cette verrière est animée par de grands personnages, prophètes et figures bibliques sur fond bleu ou rouge. Tout comme les figures des vitraux du 13e siècle, celles-ci sont particulièrement expressives. Les bordures héraldiques très colorées sont larges, ce qui est extrêmement rare au 13e siècle car on a plutôt tendance à réduire les dimensions de l’encadrement. On peut y apercevoir Abraham, Zacharie, Isaïe..

 Joël, Noé, Abraham

Lévi, Cham et Samuel


Les verrières de la nef représentent vingt-quatre saints et saintes de la région troyenne témoignant du sentiment des aubois à l’égard de la religion et de leur patrimoine à la fin du 19e siècle. Ainsi, ces vitraux furent majoritairement financés par des habitants de la paroisse.

ÉPISODES DE LA VIE D’URBAIN IV

Situés dans les bas-côtés nord de la nef, seize panneaux, restaurés par Didron (peintre-verrier) en 1897, représentent des épisodes de la vie d’Urbain IV et de son neveu, le cardinal Ancher. Parmi ceux-ci, citons Jacques Pantaléon à la maîtrise de la cathédrale, Jacques de Troyes prêchant, l’échoppe paternelle, le baptême de Jacques Pantaléon, sa première communion, le cardinal Ancher et Urbain IV…

Vitrail de la façade (Didron, 1901)

De gauche à droite : Saint Valérien, saint Louis, saint Urbain Ier, Urbain IV, saint Thomas d'Aquin, sainte Cécile


 Le cardinal Ancher tient sur des genoux une partie de l'église (1892)


STATUAIRE 


VIERGE AUX RAISINS, (classée MH en 1894)

Cette œuvre, autrefois polychrome, représente Marie portant Jésus, debout sur un croissant de lune symbolisant l’Immaculée Conception. Posé sur la main de Marie, un oiseau, apparenté à la colombe du Saint-Esprit, picore du raisin en référence à l’épisode de la Passion. Il est aussi fait allusion à l’Incarnation lorsque Marie tient le pied gauche de son fils. On remarque de nombreux éléments caractéristiques de la statuaire champenoise des années 1520 : traits du visage, longue chevelure dénouée, simplicité du vêtement, robe couverte d’un manteau ramené « en tablier » et chaussures à bout carré dit « en gueule de vache ». La bordure du manteau est digne d’un travail d’orfèvre.

 Une estampe de Dürer (1516) a pu servir de modèle à ce groupe. L’Enfant bénit de la main droite, reliée à l’origine par un ruban à la patte de l’oiseau, lequel picore le pampre de vigne en référence à la Passion. La Vierge tient le pied gauche de son Fils, allusion à l’Incarnation. Les traits du visage et la longue chevelure dénouée sont caractéristiques de la statuaire champenoise des années 1520, ainsi que la simplicité du vêtement, une robe couverte d’un manteau ramené « en tablier » et des chaussures à bout carré dit « en gueule de vache ». Le drapé nerveux ménage des effets de lumière qui résonnent dans la bordure orfévrée du manteau. La disparition de la polychromie, grattée au XIXe siècle, ne permet pas une juste appréciation de l’œuvre. Cette statue provient du même atelier que la Sainte Agnès de Saint-Nicolas à Troyes et a dû servir de modèle pour les Vierge de Pougy et de Périgny-la-Rose.

 

VIERGE ET SAINT JEAN

Ces deux sculptures de sans doute de Dominique Florentin, du  XVIe siècle  en raison de leur style et des plis amples et moelleux du drapé. Elles proviendraient de l’ancien couvent des cordeliers et auraient fait partie d’un Calvaire car destinées à être situées au pied du Christ sur la croix. On note la différence de mouvement entre les deux personnages : saint Jean semble très vivant tandis que la Vierge est accablée de douleur.

 



SAINT BERNARD DE CLAIRVAUX

Saint Bernard de Clairvaux est souvent représenté dans les églises de la région troyenne car il s’agit d’une figure locale emblématique au XIIe siècle. Théologien et auteur de nombreux ouvrages, il impose rapidement son autorité sur toute la chrétienté et fonde le monastère de Clairvaux. Il prêche la deuxième croisade sur la montagne de Vézelay en 1146. Vêtu de la robe blanche des cisterciens, saint Bernard porte, dans sa main droite, une petite église symbolisant le monastère de Clairvaux.

 


SAINT ROCH

Ce groupe de statues en pierre polychrome fait référence au miracle de saint Roch, pèlerin du 14esiècle, guéri de la peste, fléau de cette époque qui perdure au 16e siècle. Saint Roch est invoqué pour la protection des pestiférés, c’est la raison pour laquelle on le retrouve fréquemment dans l’iconographie locale. Ses attributs permettent de l’identifier : il porte la tenue caractéristique du pèlerin (chapeau, pèlerine, panetière et bourdon) ; il montre un bubon pesteux situé sur sa cuisse ; il est en compagnie de l’ange salvateur et du chien qui tient dans sa gueule le pain qu’il lui apporte quotidiennement durant sa maladie.

Saint Roch, l'ange et son chien tenant un pain - XVIe

Ce groupe en pierre polychrome fait référence au miracle de saint Roch pèlerin du XIVe, guéri de la peste, fléau de cette époque qui perdure au XVIe siècle. Saint Roch est invoqué pour la protection des pestiférés, c’est la raison pour laquelle on le retrouve fréquemment dans l’iconographie locale. Ses attributs permettent de l’identifier : il porte la tenue caractéristique du pèlerin (chapeau, pèlerine, panetière et bourdon) ; il montre un bubon pesteux situé sur sa cuisse, il est en compagnie de l’ange salvateur et du chien qui tient dans sa gueule le pain qu’il lui apporte quotidiennement durant sa maladie. 


Saint Odilon de Cluny - pierre polychrome et dorure - XIVe siècle


Sainte Barbe - calcaire polychorme XVIe


l'Education de la Vierge - calcaire polychrome XVIe

Vierge Marie - pierre  XVe


LAVABO LITURGIQUE 

Situé dans l’abside, ce lavabo date du XIIIe siècle et figure parmi les éléments les plus remarquables de ce type. Le travail de la pierre en haut-relief y est très habile car les détails sont représentés avec une grande précision. Il évoque l’histoire de la basilique et représente différents épisodes et personnages : le Couronnement de la Vierge au centre, le pape Urbain IV portant le chœur de l’église à gauche, le cardinal Ancher soutenant le transept non couvert à droite. Voir plus bas pour plus de détails 





Saint Jacques le Majeur ; une des plus belles statues de l'art troyen du XVIe

 CUVE BAPTISMALE

Cet élément de mobilier, datant du XVe siècle, se trouve dans la basilique depuis le début du XIXe s. En effet, cette cuve était autrefois dans l’église paroissiale Saint-Jacques-aux-Nonnains vendue sous la Révolution puis détruite. Son mobilier fut lui aussi vendu. Ce fut le cas de cette cuve baptismale octogonale retrouvée dans une cour troyenne, faisant office de margelle de puits ayant subi des dégradations, ce qui explique son état actuel. Il est difficile d’identifier l’ensemble des personnages mais on reconnaît saint Thomas, patron des architectes, des arpenteurs, des charpentiers et des tailleurs de pierre. Voir plus bas pour de plus amples détails.

 


DALLE FUNÉRAIREDE JACQUES JULIOT L’AÎNÉ

Cette dalle funéraire est, cas rare, celle d’un sculpteur, Jacques Juliot l’Aîné, le mieux connu d’une dynastie d’imagiers champenois du XVIe siècle, décédé en août 1562 (et non 1567 comme l’indique l’épitaphe) et enterré dans l’église. Juliot habitait rue Moyenne, près de Saint-Urbain. Il fut une personnalité importante dans la société troyenne. Marchand de pierre et de vin, il jouissait d’une situation financière aisée. En 1558, il était « marguillier à verge » de Saint-Urbain. Il obtint le privilège d’être enterré dans l’église avec sa femme en échange de la sculpture d’un grand retable en albâtre qui n’était pas achevé à sa mort. Les entrelacs gravés et dorés sur le marbre noir, qui servent de cadre à l’épitaphe, sont inspirés de motifs bellifontains. Seraient-ils dus à Jacques le Jeune, peut-être le fils de l’Aîné, qui avait travaillé à la galerie François Ier au château de Fontainebleau, et Jean l’Auvergnat, son beau-fils, lesquels s’engagèrent à terminer le retable promis ?


Transcription : Cy gist noble home jacques juliot / maistre sculpteur et margr (marguillier ?) de / céans lequel a donné la table du grad (grand) holtel (autel) il décéda le XII jo (12e jour) de / novèbre (novembre) 1567 priez dieu por (pour) les trespassez.

 

RELIEF FUNÉRAIRE, GISANT

Ce relief se distingue par son originalité. Daté de 1570, il représente un membre de la famille Cauchon-Maupas. La représentation du défunt évoque la typologie des tombeaux de la Renaissance italienne. On remarque la sinuosité du drapé animé à la manière de Dominique Florentin faisant référence au suaire. Une femme est voluptueusement étendue sur une dalle funéraire. Son bras gauche soutient sa tête. Son corps, ses membres et sa tête sont recouverts, selon toute vraisemblance d’un linceul. Dans le phylactère est inscrit en latin un passage de l’Ancien Testament (job, 14,6) suivi d’une date : « Laissez-moi reposer un peu jusqu’à ce que vienne le jour désiré. 1570 ».

 

Huile sur toile « La Sainte Famille » - début du XVIIIe 

Cette toile est peut-être l'œuvre de Jacques Carrey, élève de Lebrun

La Sainte Famille - XVIIIe


voir l'article : Le Pape Urvain IV

Un article écrit en 1890 par mon arrière-grand-père, relate l’historique de la basilique Urbain IV de Troyes ; je l’ai retranscrit ci‑dessous sans rien changer.  J’y ai simplement ajouté quelques précisions entre crochets [ ]. 


Saint Urbain de Troyes

La construction

Il est des époques et des régions où l’art grandit, se développe et s’épanouit avec une force et une beauté inconnue dans d’autres temps et dans d’autres lieux. Pour l’art gothique, le treizième siècle a été une de ces époques, le nord de la France une de ces régions. Est-il besoin de rappeler à la mémoire les cathédrales de Rouen, d’Amiens, de Chartres, de Paris, de Beauvais, de Troyes ? A côté de ces superbes édifices, il en est aussi d’autres de proportions moins vastes, qui méritent également l’attention et l’admiration. Telle est la Sainte-Chapelle de Paris, telle est l’église Saint-Urbain de Troyes. Tout inachevée qu’elle est, cette dernière présente l’un des spécimens les plus originaux, les plus fiers, les plus hardis, les plus surprenants de l’architecture religieuse du Moyen-Age ; elle se distingue des constructions de son temps par des caractères propres qui en constituent l’attrait et le mérite, et le prestige qu’elle tire de l’art qui a présidé à sa conception est encore relevé par le relief que l’histoire donne aux monuments dont l’origine est mémorable.

« Troyes, patrie d’Urbain IV, un des rares papes français ! » inscrit dans ses impressions de voyage un touriste qui se dirige vers l’Autriche. Troyes a produit d’autres hommes illustres, mais c’est le seul souvenir qu’elle rappelle à l’écrivain qui ne fait que traverser sa gare. Urbain IV est français et champenois, comme Urbain II, né dans un village de Champagne. Successivement archidiacre de Reims et de Liège, légat en Poméranie et en Prusse, évêque de Verdun, patriarche de Jérusalem, il occupa le trône de saint Pierre de 1261 à 1264. Ses trois années de pontificat ne furent pas stériles. Au point de vue religieux, il institua la fête du Saint-Sacrement ; au point de vue politique, il chercha à faire prévaloir l’influence française en Italie en appelant Charles d’Anjou, frère de saint Louis, à la conquête du royaume des Deux Siciles. Lui-même, assiégé dans Rome par Manfred, contre lequel il invoqua les armes françaises, il dut se réfugier à Viterbe, puis à Pérouse, où il mourut au milieu du superbe horizon des montagnes de l’Ombrie, sans avoir vu le triomphe de Charles d’Anjou.

Les soucis de son pontificat, si rempli et si agité, ne lui firent pas oublier son origine et sa ville natale. Le 20 mai 1262, il adressa une bulle à l’abbesse et aux religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes, pour leur demander de lui céder la maison de son père. Il voulait élever sur son emplacement un temple consacré au Créateur, sous le vocable de Saint-Urbain, afin de rendre à jamais mémorable le lieu où il était né et de faire dire de la ville même ce que l’Ecriture disait de Bethléem : « Troyes, tu es une ville illustre entre les cités fameuses de la France, puisqu’il est sorti de tes murs un chef qui régit et gouverne les peuples ! »

Sans perdre de temps, Urbain IV envoya à Troyes l’argent nécessaire pour commencer la construction de l’église et pour assurer l’entretien des douze chanoines qui seraient chargés de la desservir. De 1262 à 1264, les procureurs du pape achètent, dans différents quartiers, des maisons dont le revenu assurera les prébendes des chanoines ; ces maisons sont au nombre de 83 en 1277. En même temps, les travaux sont commencés et poussés avec une singulière activité. D’après un compte qui nous a été conservé, 10.000 marcs sterlings d’argent fin, représentant plus de 300.000 fr. de notre monnaie, furent envoyés par le pape ; plus de la moitié fut employée à ia construction du chœur. La mort d’Urbain IV n’interrompit pas les travaux ; son successeur Clément IV, qui était français comme lui, son neveu le cardinal Pantaléon Ancher, qui possédait d’immenses richesses et tenait le premier rang parmi les cardinaux1, tinrent à honneur de faire poursuivre rapidement l’œuvre commencée.

Dès la fin de 1265, le chœur était terminé ; Les Combles et la couverture étaient posés ; les portes et les stalles étaient en place dans le courant de l’hiver. Le 21 octobre 1265, le pape Clément IV convoquait les fidèles à venir gagner des indulgences le jour où le maître-autel serait consacré, et bientôt la cérémonie fut fixée au 24 mai 1266, jour de la fête de saint Urbain.

Mais on avait compté sans les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains. Fières de leurs privilèges, se targuant d’une origine Fabuleuse (1), disposant d’une nombreuse clientèle, virent-elles quelque atteinte à leurs droits dans la consécration d’une église construite sur un emplacement qu’elles avaient cédé ? Toujours est-il qu’à la fin de mai 1266, aidées par leurs serviteurs et des hommes qui leur étaient dévoués, elles arrachèrent les portes de la Collégiale, en renversèrent le maître-autel, dispersèrent les outils des ouvriers, ainsi que des colonnes et des pierres taillées ; et, lorsque les chanoines eurent fait poser de nouvelles portes, elles les firent enlever de nouveau. Vers la même époque, un incendie, mentionné dans les comptes, causa de plus grands ravages dont on a retrouvé des traces profondes dans la partie supérieure des murs du chœur et du transept, lors des travaux de restauration qui ont eu lieu récemment (2).

 (1) D’après des traditions fantastiques, elles auraient dû leur origine à une princesse, supérieure d’un collège de Vestales, qui aurait été convertie au christianisme par saint Savinien.

(2) L’abbé Lalore a, le premier, croyons-nous, révélé l’existence de cet incendie, d’après le compte de 1264-1266 qu’il a publié pour la première fois dans ses Chartes de la collégiale de Saint-Urbain, t. V de sa Collection des principaux Cartulaires du diocèse de Troyes (1880). Introduction au fils contient un récit détaillé de la fondation et de la construction de l’église (p. lxxvi à lxxxiv), et il donne le texte des bulles du pape et d’autres pièces du xme siècle qui la concernent (p. 231 à 356). Il a publié également dans la Revue de Champagne quelques pages sur le même sujet (t. XIII, p. 373). 11 a donné dans ses Documents sur l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains de Troyes (MSA 1874) d’autres textes, notamment celui de la bulle de 1266 qui excommunie les religieuses de cette abbaye, et qui commence par ces mots : « Per execrabilem insolentiam » ; Bulle reproduite comme inédite, d’après une autre copie, par le Bulletin du Comité des travaux historiques de 1886 (p. 176). Des récits moins détaillés que celui de l’abbé Lalore, sur les difficultés que rencontra la construction de Saint-Urbain, se trouvent dans la Topographie historique du diocèse de Troyes, par Courtalon, 1783, t. II, p. 152 ; dans le Voyage archéologique dans l’Aube, par Arnaud, in-4°, 1837, p. 189, et aussi dans les Documents inédits pour servir à l’histoire de la collégiale de Saint-Urbain, par l’abbé Méchin (MSA, Aube, 1878.)

 A quel point en était la construction de l’église lorsque l’incendie éclata ? Quelle fut l’importance des dégâts qu’il causa ? Le chœur était couvert à coup sûr, et les transepts devaient être prêts à recevoir la toiture. La délicieuse piscine qui se trouve à droite dans le chœur, devait être terminée au moment où le sanctuaire allait être consacré. Elle nous montre, à gauche, le pape Urbain IV présentant à la Vierge couronnée par Jésus-Christ l’abside terminée d’une église, tandis qu’à droite, un personnage que l’on suppose être le cardinal Ancher, offre un corps de bâtiment rectangulaire, orné sur chacune de ses deux faces apparentes d’une fenêtre semblable à celles dont est garni le transept de Saint-Urbain. La toiture de cette dernière construction fait encore défaut. Les dégâts produits par l’incendie ont atteint particulièrement la partie supérieure de l’édifice et surtout les murs bahuts destinés à recevoir la toiture, ce qui porte à croire que c’est par la toiture du chœur que l’incendie se serait déclaré et propagé.

Il est probable que les dégâts furent promptement réparés et que, malgré les entreprises des religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, que le pape fut obligé d’excommunier, le culte ne tarda pas à y être célébré. Un inventaire de 1277, dressé par ordre du cardinal Ancher, indique l’existence de nombreux ornements religieux et décoratifs qui ne peuvent se trouver que dans une église où s’exerce le culte. Des candélabres d’argent brillant sur les autels ; des bassins et des Ampoules d’argent sont conservés dans les coffres ; la Sacristie renferme un calice d’or et des calices d’argent, des ornements d’église de tout genre. Les reliquaires contiennent le bras de saint Urbain, la tête de Daniel et celle d’une des onze mille Vierges. Des paires de courtines, des tentures, dont l’une « à images de lions, » données par le comte Thibaut et par Hannequin, camérier du cardinal Ancher, garnissent les murs ou recouvrent les sièges. L’église était sans doute telle qu’elle est aujourd’hui à la mort du cardinal Ancher, en 1286. Si Le Pape promit des indulgences en 1351 pour en hâter l’achèvement, ce fut sans doute un appel resté sans effet ; des causes tout autres que l’état de l’église, peut-être l’opposition persistante des religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains, que des excommunications successives n’avaient pu apaiser, retardèrent jusqu’en 1389 la dédicace de la Collégiale.


Saint-Urbain il y a cinq cents ans

 

Les plus anciens comptes de la fabrique de Saint-Urbain remontent à l’année 1380. Ils nous permettent de reconstituer, dans les années qui précèdent sa dédicace, l’aspect de l’église, depuis longtemps livrée au culte et construite en grande Partie. Toutes les dépenses qu’ils contiennent sont des dépenses d’entretien ou de réparations, et non de construction.

L’église était séparée par des barrières de la voie publique du côté de la rue Moyenne et de la Grande-Rue (1), pavée depuis quelque temps déjà (2). Au pied des murs des bas-côtés, croissaient des orties et d’autres mauvaises herbes que le Chapitre faisait arracher ou racler tous les ans pour laisser le passage libre à la procession de la Pentecôte. L’une de ces barrières servait de clôture au cimetière, où poussaient des pieds de vignes et des treilles, qu’on entretenait avec soin (3). Du côté de la rue Moyenne, un « portal, » garni de fortes bandes de fer et couvert, donnait accès au cimetière. Un puits, fréquemment curé, se trouvait dans l’enceinte fermée par les barrières.

Sous le portail de la grande rue, se dressait une statue de saint Urbain, portant une croix à la main. Comme elle était rehaussée de couleurs, c’est un peintre, nommé Droin, qui en 1383 « remet à point, » à cette statue, une main et le croison de la croix qui étaient brisés. La même année, on répare une gargouille rompue, du même côté de l’église. Au portail de la rue Moyenne est pendue une grande table, où sont peut-être écrites les indulgences pour l’achèvement de la Collégiale. Les voûtes, les niches et les sculptures des porches portent encore des traces de couleurs et de dorure qui, à cette époque, devaient resplendir de tout leur éclat.

(1) « Pour recouvrir ès portaux et barrières de l’église la spmaine  après Quasimodo. »  (7 jours de couvreur à 3 sous = 21s.), 1383. Liens de fer pour l’une des huis des huis barrières de l’église par devers la rue Moïenne (1386).

(2) Aux pauvres de la ville qui rassoient le pavement de la grand rue devant ceste église, par courtoisie à eux faite, et… pour faire les ruyos oudit pavement par où de la barrière de la dite grant rue decourt en lad. rue, et refere les deux conduiz devant la dite barrière par où l’iaue s’en va dehors… 7s. 6d.

(3) A. Perrin,Regnault, de la Vacherie, vigneron pour les troilles du cimetière de l’église, tailler, ploier, oziere et pessiau, la dernière spmaine de février, 5 s.

 

 Entrons dans l’église. Sans doute, les piliers et les voûtes en sont peints. Droin et l’un de ses confrères ont fait en 1388 des « ouvraiges de leur mestier au chevet derrière le grant Autel. » Dans tous les cas, au-dessous des fenêtres, pendent des « pourtendures » d’étoffes de diverses couleurs (on fait teindre en jaune un vieux drap de lit dans ce but, d’autres pourtendures sont doublées de toile de chanvre), que l’on remplace par des tentures plus précieuses les jours de fêtes. Elles sont attachées à des crochets le long des murs des bas-côtés et du chœur, (on achète en 1389 une échelle pour les pourtendures).

Devant le maître-autel a été placé en 1386 un « grand marchepied de perse (bleu) à deux raies rouges à chaque bout. » Le grand autel (derrière l’autel, Oudot le Huchier fit en 1385 un « autel de bois clos fermant »), où l’on sert à la messe des « potoz » ou burettes d’argent (Ces petits potoz avaient été « emblez, despecez et froissez par un larron » en juin 1386 et depuis « recouvrez ». L’orfèvre Jean de Premierfait avait été chargé de les refaire en 1385), est décoré de quatre statues « d’angelots » et surmonté de la statue de saint Urbain, en cuivre, de quatre pieds de haut, tenant une croix à la main. Ces statues, sans doute émaillées d’or et de couleurs, furent « vernissées » en 1401. Saint Urbain était abrité sous un « Sincenier » ou Baldaquin, garni de draperies de toile rouge et blanche, que remplacèrent bientôt des courtines de taffetas rouge à franges de soie. C’est sous un plus petit sincenier, couronné d’un « plomiau de cuivre doré » et soutenu par une colonne de bois peint, maintenue sur un pilier de maçonnerie, que l’on pendait à des chaînes de laiton les petites chaînes d’argent du ciboire d’argent doré (Jean de Premierfait reçoit en 1388 pour cette coupe et ses « chiennotz d’argent qui y sont ataichées pour y celle pendre » 7 l. 10s. pour le métal et 4 l. pour la façon… en 1499, on fait de nouvelles chaines pour le ciboire : « on achète en 1388 un « compas de fer pour arrondir le pain pour chant ». En 1425, on refait « une polie à monster et avaler Corpus Domini sur grant autel ») où l’on mettait les hosties. Au moment de la communion, on le faisait descendre et remonter au moyen d’une poulie.

 Aux jours de fêtes annuelles, l’autel était paré avec magnificence. Il était recouvert d’un « bon drap d’or » et de quatre parements, dont deux étaient « semés de fleurs de lis de sendal (étoffe de soie) jaune et d’estoilles de sendal rouge surfilées de fil Jaune. » La grande croix d’argent qu’on portait aux processions y était posée sur un pied de bois argenté.

Une grande lampe d’argent, attachée à la voûte par un cordon, brûlait sans cesse au milieu du chœur, tandis qu’on allumait, les jours de cérémonies, un grand lustre de bronze à plusieurs branches, dont la base était solidement fixée dans le sol, (il fut réparé en 1440 et surtout en 1451, ayant été « froissé » par un enfant de chœur) et que les « encensiers d’argent » étaient balancés par les vicaires au bout de leurs longues chaînettes. (1)

(1)A Jeahn Roland, orfèvre, pour un plomeau neuf doré qu’il fist pour la grant croix d’argent que l’on porte aux processions… pour redorer et venir les deux encensiers d’argent, remettre des mailles où il en fallait et livrer tout l’or et l’argent… LXX s. t. (compte de 1409). On repainct en 1411 la petite croix d’argent qu’on portait chacun jour sur le grant autel.

Le chœur était séparé du reste de l’église par un jubé auquel on attachait des « poilles » ou poêles, étoffes de soie ou de tapisseries servant de tentures, comme autour du grand autel (15 crampons à tendre les poilles autour du grant autel et autour du jubé, 15 d.). Il est vraisemblable de penser que ce jubé, dont un texte de 1425 nous a révélé l’existence, avait été construit au milieu du XIVe siècle, à l’époque où Henry de Bruxelles érigeait le jubé de la Cathédrale. Celui de Saint-Urbain était surmonté d’un crucifix que Jehan Gentil réparait en 1578 (A Jehan Gentil pour avoir racoustré lymaige du crucifix qui est au jubé, XII s. t.), et à côté duquel se dressaient les statues de la Sainte Vierge et de saint Jean. Sur la tribune de ce jubé, des enfants de chœur et des chantres se groupaient autour d’un lutrin (clous employés à rattacher le lutrin du jubé (compte de 1706)) pour psalmodier les chants liturgiques.

Des étoffes de toile peinte de diverses nuances ou teinte de couleurs uniformes garnissaient les parois des neuf chapelles que contenaient les bas-côtés (1). Une des plus anciennes était celle de Notre-Dame, fondée par le cardinal Ancher. Derrière l’autel de cette chapelle, orné de quatre colonnes de chêne, s’élevait une grande statue de la Vierge, maintenue, en 1384, par une tige de fer de sept pieds de long. En 1386, le sol qui s’étendait au-devant fut recouvert de « sept toises de pavement de pierre de Tonnerre du bon banc fendues. » La chapelle de l’Annonciation était le siège de la petite paroisse de la Collégiale 2 et d’une confrérie importante dont le marguillier constate les comptes. Son tabernacle avait été repeint en 1384 par Jehan de Dijon. Un grand « lustre » à plateau d’étain était suspendu devant l’autel par une « corde rondelette » de 35 toises. Les confrères de l’Annonciation portaient dans les processions des bâtons sur lesquels étaient peintes de « petites ymagettes de Notre Dame 3. »

Les registres de comptes mentionnent aussi la chapelle de Saint-Jean-Baptiste ou des Quatre-Saints, dont on refait la patène et en face de laquelle était accroché un tableau, et nous savons que la chapelle de la Croix avait été fondée en 1366 par Pierre de Verdun et sa femme Isabelle, dont les bustes en pierre étaient enclavés dans un des piliers adjacents.

  (1) Chapelles Notre-Dame (avant 1286), Saint-Nicolas (1286), Saint-Jean (1299), Saint Jean-Baptiste (XIIIe siècle), Saint-Léonard ou Linard (1315), Saint-Madeleine (1328), Saint-Pierre et Saint Paul (1340), Sainte-Croix (1355), Saint-Laurent ou des Quatre-Saints (1371). L’abbé Méchin ne mentionne pas la chapelle de l’Annonciation, fondée en 1362 par Jacques Déry, et qui fait sans doute double emploi avec l’une de celles qui sont dénommées ci-dessus.

 

La chapelle du Sépulcre, placée à l’extrémité du collatéral de gauche, contenait un groupe de statues représentant la Mise au tombeau. Afin de le protéger contre l’empressement des fidèles, on en garnit le devant d’un châssis treillage de fils de laiton, on recouvre d’une custode les images, « pour le poussier qui chiet dessus, » c’est-à-dire pour les garantir de la poussière ; ces custodes glissent sur des tringles de fer. Un escalier à vis, fermé à clé, conduit dans la partie supérieure du sépulcre et sans doute de l’église. C’est là que le « Vendredi Benoist, » Le Vendredi Saint, on Façonne au moyen de fers et de cordes « le paradis » que viennent vénérer les fidèles.

Les fêtes de Saint-Urbain et de la Pentecôte étaient surtout célébrées avec solennité. On s’y préparait en faisant balayer à fond l’église, en faisant même parfois « housser et nettoyer par en haut les portaux et les orbevoies. » Le jour de Saint-Urbain, le pavé du chœur était recouvert de joncs, celui du transept et de la nef de « gluis, » c’est-à-dire de paille. La statue du Saint et les quatre angelots du grand autel étaient couronnés de chapeaux de fleurs. Le chœur était également jonché le jour de la Pentecôte ; Les enfants de chœur allaient cueillir en quantité des fleurs, dont se paraient le sanctuaire et les enfants, et c’est au milieu d’un cercle formé de chapeaux de roses qu’on faisait apparaître le « coulon, » la colombe, emblème du Saint-Esprit. Le Jeudi Saint, on servait à la cène du vin blanc et du « vin vermeil », et le Corpus Domini était porté en procession sur un « béart » peint en vert, le jour de la Fête-Dieu, instituée par Urbain IV.

Le jour de Pâques-Fleuries, les chanoines distribuaient au peuple six cents grandes oublies et « quatre cents de volon. » Le dimanche de Pâques, après dîner, ils offraient une « collation et esbatement, » où l’on mangeait trois cents pommes de Blandurel, de Gapendu ou de Sergeot, où l’on buvait un sextain de vin blanc et neuf pintes de vin vermeil. (les 300 pommes coûtaient 5 s., le vin blanc 12 deniers la pinte, le rouge 15).

Des orgues prêtaient leur concours aux chants de l’église et leurs soufflets étaient réparés avec des peaux de mégis qu’on faisait adhérer avec de la colle de morue.

L’hiver, pendant le chant des longs offices, les chanoines de Saint-Urbain, comme ceux de Saint-Pierre, dont l’abbé Lalore a parlé dans une de ses savantes dissertations, ont recours à des moyens de chauffage pour conjurer les rigueurs de la température. En 1388, ils font réparer « une paelle de fer à mettre le feu pour chauffer, » et, comme l’hiver de 1389 est rude, au point qu’il faut faire ôter la neige des gouttières et des portaux, ils achètent une autre « paelle de » Fer » pesant vingt-cinq livres, afin de chauffer les prêtres et l’assistance. Plus tard, ils se contentèrent, pour se dégourdir les mains, d’une « pomme de cuivre doré pertuisée à l’entournée ; » mais si l’usage de la paelle ou réchaud tombait en désuétude, les chanoines firent garnir jusqu’à la Révolution les dalles du chœur de nattes ou de paillassons, qu’on plaçait à la Toussaint et qu’on renouvelait tous les trois ou quatre ans.

Derrière le grand autel était placée « l’aumaire », l’armoire aux livres, que l’on fermait à clefs. C’est que les livres manuscrits avaient alors une réelle valeur. En 1384, un écrivain, Jehan de Mussy, reçoit 6 liv. 9 s. (ce qui représente à peu de chose près 2 000€), pour avoir écrit deux processionnaux neufs contenant vingt-six cahiers à 5 sous le cahier. Un autre reçoit 4 liv. pour « enluminer et florir l’Evangelier et l’Épistolier de l’Église. » C’était le Chapitre qui fournissait le parchemin, et, pour l’avoir à meilleur compte, il en faisait acheter à la foire du Lendit de 1388, « pour garnison », dans l’intention d’y faire écrire deux psaultiers. Jean de Mussy se chargea d’acquérir « trois bottes de grant parchemin de veslin » et une botte de petit moyennant 107 sous 6 deniers tournois, qui vaudraient plus de 1700€ de nos jours !

Des livres, qui coûtaient aussi cher et qui ne pouvaient aisément être remplacés, étaient protégés et conservés avec Soin. Aussi un écrivain est-il appelé à « coller des pièces en tous les foillets (feuillets) du psaltier du cuer (chœur) senestre, qui a reçu des coignes par personne inconnue et mauvaise voulenté. » Ces feuillets avaient été « percez et fenduz au cousteau. » La reliure des livres avait son importance. Le Chapitre achète à un parcheminier des cuirs de cerf, à un boursier de la peau rouge de mouton, pour recouvrir un Ordinaire et un Evangelier. Le relieur, « maistre Pierre, » relie un « légendal de la vie des Saints » de peau de mouton garnie à l’extérieur de peau de cerf, fermée de courroies qui sont attachées par de larges fermoirs à des « plateries de laiton, » fixées par de gros bourdons de cuivre. On met aussi des bourdons de cuivre à des « bibles et autres livres, » et l’on pose à d’autres des « enseignes de cuir mégis » ou d’autre cuir, achetées à un boursier afin de servir de sinets.

Pour protéger des volumes aussi coûteux, la reliure ne saurait être trop solide, trop résistante, trop renforcée de plaques de métal et de gros clous saillants (Notons en 1385, la reliure d’un antiphonaire par Patenôtre, relieur). On les garnit même de chaînes (Nicolas le Sarrurier, « pour retenir plusieurs chenes qui tiennent les livres de l’église et aussi pour deux charnières qui soutiennent le pulpitre du cuer, 5 s. t. »), qui, peut-être, sont attachées au pupitre du chœur surmonté d’un aigle. (voir le film « Le Nom de la Rose » où l’action se passe dans le scriptorium d’une grande abbaye bénédictine en 1327.)

Une des dépenses les plus considérables de la fabrique consiste dans l’acquisition et la façon d’étoffes pour les chasubles, les chappes et les autres ornements d’église. Des chappes sont faites de drap de « bouquassin blanc, » orné d’orfrois de « bouquassin ardant » et rehaussé de rubans noirs. Ces ornements sont renfermés dans le « revestiaire » ou sacristie, où est placé un autel.

Si, à cette époque, les chanoines ne font pas construire, ils entretiennent et réparent leur Collégiale. En 1383, le verrier Guiot Brisetout retient, avec son valet Jehan de Poniart, les grands vitraux du chœur ; il travaille au dehors et fait placer ses alours » ou échafaudages sur les couvertures des basses voûtes qu’un charpentier dépèce pour en asseoir les montants. C’est là qu’il installe son fourneau pour souder ses verres qu’il fournit à la livre (1). En 1388, un ouragan ébranle les verrières à tel point qu’elles « sont fort estrolées et en grand aventure de cheoir. » Brisetout en visite les formes avec trois charpentiers « pour adviser au remède » à apporter aux dégâts causés par la violence du vent.

(1) La journée du verrier est comptée 4 sous, celle du valet 2 s. 6d. ; Guiot fournit 25 livres de verre à 17 s., une livre et demie et sa « soldure » pour 2 s. 9 d. etc. Les 4 s. de salaire de Brisetout valent donc 52€.

Les couvreurs sont plus souvent appelés à faire des réparations que les verriers. En 1386, ils recouvrent de « fortes aisselles amenées des bois des Gastis, » une partie de la toiture des « deux esles de la nef » et les « haulx appendiz de la nef. » En 1393, un couvreur garnit de fort ciment les orbevoies, le dessus des porches et « l’une des noes de la croisée au-dessous du clocher, où il y avait plusieurs escailles brisées. » Ce fort ciment est « fait par lui de diverses matières, lesquelles il ne veut pas nommer ne enseigner à quelque personne que ce soit. » Il le vend 15 sous les 34 livres, et fournit à part les « sept pintes d’oille » qui lui sont nécessaires pour le « destremper et l’asseoir ».

Le clocher n’est pas question renfermait les cloches de la Collégiale ; on voit encore sur la voûte du transept les quatre trous par lesquels passaient les cordes destinées à les mettre en mouvement. La plus grande était appelée la Roteuse, c’est-à-dire la rude, la forte ; elle sonnait le couvre-feu et le guet, jusqu’à l’époque où la cloche du Beffroi et la Rioteuse du quartier Saint-Jacques reçurent la même destination. Celle qui venait ensuite était connue sous l’appellation de « Moïennel » ou la moyenne ; les deux autres petites cloches n’avaient pas de nom. Il est probable qu’elles étaient secouées fortement, car elles avaient souvent besoin de réparations. (dataient-elles de 1264-1266 ? Les dépenses considérables de cuivre et d’étain qui furent faites dans les comptes de ces trois années peuvent faire croire que, dès cette époque, Saint-Urbain était pourvu de cloches).  Tantôt, c’est « un breier de cuir de cerf » qu’on remet au Moïennel ; tantôt, c’est le battant de la Roteuse qu’on rattache. En 1385, le Moïennel « estait cheut de ses paaliers (paalier, paillier, machine de cuivre sur laquel porte et joue une cloche) jusque sur la cuve du clocher et en chéant rompit une de ses anses ; » Il faut refaire ses pailliers et couler le métal sur place.

Était-ce au bas du clocher que se trouvait l’horloge de l’église, dont il est question en 1383 ? Les horloges étaient alors dans leur nouveauté. Charles V venait de faire terminer, en 1378, la grande horloge du Palais, à Paris. En 1379, le Chapitre de la Cathédrale de Troyes chargeait Pierron de Saint-Marc, de Châlons, de fabriquer un « reloige » dont le cadran était peint par Denisot, « avec l’image des heures. » Le Chapitre de Saint-Urbain ne devait pas rester en retard ; il est permis de croire que son horloge était établie dès 1380. Comme celle du Palais de Paris, qu’il fallait remonter toutes les sept ou huit heures, et dont le poids moteur pesait de cinq à six cents livres, elle avait sans doute un mécanisme très primitif et facile à se déranger. Dès 1383, le vicaire Nicolas Cholet est chargé de « réparer et mettre à point l’auloige de l’église qui estoit désessez de sonner. » En 1 388, on fut obligé de recourir à « un ouvrier de faire auloiges, » nommé Hannequin, pour « la rappariller et mettre à point de diverses choses qui y failloient. » (1)

Ce qui ferait supposer que l’horloge ne devait pas être placée à la partie inférieure du clocher, c’est que cette partie, s’élançant du milieu de la toiture, ne pouvait être aperçue facilement des rues voisines de l’édifice. Elle était surmontée d’une flèche élégante qui comptait, depuis la ramée, 87 pieds de hauteur sans la croix, d’un travail admiré, qui s’élevait de quinze pieds au-dessus. Avait-elle été construite cent ans auparavant, lors de l’existence du cardinal Ancher ? Nous l’ignorons ; mais, soit vice de construction, soit mauvaise qualité des matériaux, des « ouvriers et plusieurs autres saiges en ce congnoissant » déclarèrent en 1389 qu’elle « estoit en péril de cheoir. » Un charpentier, un huchier et un couvreur furent chargés d’aller visiter le « clochier ; » ils firent faire des échafaudages à l’entour ; et le 12 juillet, quatre charpentiers y montèrent de rechef pour « adviser et avoir délibération de l’ouvraige à faire. » C’était une dépense extraordinaire ; heureusement que l’on put y affecter des ressources spéciales, provenant en partie de libéralités de chanoines, et qui s’élevaient au chiffre de 522 l. soit 146 000€. L’évêque de Troyes donna quatre pièces de gros merrien de chacun 42 pieds de long, que trois charpentiers allèrent choisir dans les forêts de l’évêque ; ils les firent abattre par des « boschons, » équarrir et charrier. Les travaux, qui commencèrent à la saint Martin d’été, furent continués jusqu’à la l’auloige de l’église qui estoit désessez de sonner. » En 1 388, on fut obligé de recourir à « un ouvrier de faire auloiges, » nommé Hannequin, pour « la rappariller et mettre à point de diverses choses qui y failloient (1). »

Ce qui ferait supposer que l’horloge ne devait pas être placée à la partie inférieure du clocher, c’est que cette partie, s’élançant du milieu de la toiture, ne pouvait être aperçue facilement des rues voisines de l’édifice. Elle était surmontée d’une flèche élégante qui comptait, depuis la ramée, 87 pieds de hauteur sans la croix, d’un travail admiré, qui s’élevait de quinze pieds au-dessus. Avait-elle été construite cent ans auparavant, lors de l’existence du cardinal Ancher ? Nous l’ignorons ; mais, soit vice de construction, soit mauvaise qualité des matériaux, des « ouvriers et plusieurs autres saiges en ce congnoissant » déclarèrent en 1389 qu’elle « estoit en péril de cheoir. » Un charpentier, un huchier et un couvreur furent chargés d’aller visiter le « clochier ; » ils firent faire des échafaudages à l’entour ; et le 12 juillet, quatre charpentiers y montèrent de rechef pour « adviser et avoir délibération de l’ouvraige à faire. » C’était une dépense extraordinaire ; heureusement que l’on put y affecter des ressources spéciales, provenant en partie de libéralités de chanoines, et qui s’élevaient au chiffre de 522 livres. L’évêque de Troyes donna quatre pièces de gros merrien de chacun 42 pieds de long, que trois charpentiers allèrent choisir dans les forêts de l’évêque ; ils les firent abattre par des « boschons, » équarrir et charrier (les boschons sont payés 4 l.). Les travaux, qui commencèrent à la saint Martin d’été, furent continués jusqu’à la semaine de la fête de saint Laurent. Les ouvriers ne travaillaient guère que cinq jours par semaine, car il y avait peu de semaines sans un jour férié. Après la Toussaint, ils poursuivirent leur tâche à la chandelle. À partir de la semaine de la saint Denis, les couvreurs commencèrent à revêtir d’écaillés les parties terminées par les charpentiers. La flèche, comme la toiture, était couverte en bois. Plus tard, sur garniture de plomb plusieurs des poteaux du clocher qui avaient été refaits.

(1) Cholet reçoit 15 sous pour fournitures et travail, Hannequin 20 sous. La grande horloge de Saint-Pierre avait coûté 7 l. 5 s., dans la peinture et l’indication des heures et du calendrier, que furent payées 6 l. 10 s.

Tel était l’état de l’église lorsque « Révérend Père en Dieu maistre Pierre d’Arcies, évêque de Troyes, » vint en faire la dédicace, le 11 juillet 1389. Ce jour-là, treize chandeliers de fer à rosettes furent fixés sur les piliers ; on y plaça douze rondeaux couleur d’azur où étaient peints des Agnus Dei et des croix de fin or (payés 45s à Guille Genevois, pointre). Le sol de l’église fut recouvert de sablon fin. L’évêque consacra les neuf autels, et y déposa, dans des trous préparés à l’avance et rescellés ensuite par un maçon, des reliques enfermées dans neuf petits « potoz d’étain. » Il aspergea ensuite l’église avec de l’eau bénite dans laquelle on avait versé du vin (une pinte de vin fut mise en l’eau benoiste, 8 d.), et que portaient dans deux seilles deux compagnons auxquels on donna une quarte de vin et un pain.

Ce ne fut pas la seule libéralité du Chapitre. Outre les 10 liv. qu’il remit à l’évêque pour son droit de dédier l’église, les 45 sous qu’il paya à ses chapelains pour la même cause, il donna six quartes de vin blanc, à 10 deniers la pinte, du pain et des cerises aux chantres et aux gens de « Msg l’Évesque. » Tous les chanoines furent, il est vrai, invités à dîner chez l’évêque, mais ils y apportèrent deux « sextes de vin, » tandis que « par courtoisie, » ils offraient 20 sous « aux vicaires et compaignons de l’église » pour les faire « disner ensemble. » (La dépense totale de la dédicace s’éleva à 21 l. 9 s. 3 d.)

Le sol de l’église, que l’on recouvrait dans les fêtes solennelles de jonc, de paille ou de sable fin, était déjà parsemé de pierres tombales, dont un certain nombre existe encore aujourd’hui. La plus ancienne date de 1289, ce qui prouve que dès cette année l’église était consacrée au culte. En 1310, on plaça celle d’Adeline, dite Castellane de Fontvanne, qui avait fondé, en 1299, l’autel de Saint-Jean-Baptiste. Les laïques qui étaient officiers de la Collégiale, leurs femmes, leurs parents et leurs serviteurs, dépendaient de la juridiction de Saint-Urbain et, à ce titre, pouvaient être enterrés dans les caveaux de l’église, qui était pour eux une paroisse. Nous en avons pour preuves, outre la pierre tombale d’Adeline, celles d’Estienne Le Diablat et de son épouse, fondateurs, en 1315, de la chapelle de Saint-Léonard, de Pierre d’Herbice, mort en 1348, de Jacquinaus le Bœugues, cordouanier, de sa femme Margot et de leur fils Johannis Terrible, de Jacques Deri, changeur (1356), de Jehan Maulery, bourgeois de Troyes comme d’Herbice et Deri, et de sa femme. Des prêtres étaient enterrés au milieu des bourgeois et des artisans ; c’est ainsi que nous rencontrons sur les dalles funéraires les noms des doyens du Chapitre Renaus de Colombier, mort en 1320, et Estienne Morce. Des chanoines, des prêtres bénéficiers, eurent également leurs pierres tombales. La plupart de celles-ci sont de grande dimension ; elles sont gravées avec une habileté et une finesse de trait des plus remarquables. Le personnage dont elles rappellent la mémoire est d’ordinaire représenté de face, sous une arcature Ogivale, dont les montants et la partie supérieure sont décorés des ornements gothiques les plus élégants et les plus variés, au milieu desquels sont représentés des saints, des prêtres ou des laïques. Les chanoines portent leur costume de chœur ; les bourgeois et leurs femmes sont revêtus des vêtements de l’époque : les bourgeois avec leurs robes drapées à capuchon, leurs femmes avec des voiles qui leur entourent le cou et la tête. Ces pierres tombales, si finement gravées, outre qu’elles fournissent de précieuses indications pour l’histoire du costume, attestent à la fois la richesse de la bourgeoisie et l’habileté surprenante des artistes que renfermait la ville de Troyes au XIVe siècle.


 Saint-Urbain sous les Valois

 Le XVe et le XVIe siècle ne paraissent avoir apporté aucune modification notable à l’église. Le chapitre n’est point riche ; il se contente de faire les réparations indispensables. Faut-il attribuer à cette époque ou à la construction primitive les deux premiers piliers de la nef en entrant par le grand portail ? Si leur forme, toute différente des autres, l’absence de colonnettes et de chapiteaux, semble indiquer qu’ils ont été refaits à la fin du XVe siècle, les lacunes qui existent dans les comptes de la fabrique ne permettent pas de résoudre le problème que fait naître leur aspect. (1)

 (1) Les registres des délibérations du Chapitre ne commencent qu’en 1509. Les comptes de la fabrique, outre ceux que nous avons consultés pour le xive siècle, existenl pour les années 1400 à 1411, 1423 à 1431, 1433 à 1435, 1440, 1443, 1450 à 1453, 1461, 1465 à 1469, 1473, 1476, 1479, 1480 à 1481, 1499, 1546, 1550, 1556, 1578, 1580, 1596 à 1597, 1600, 1607, 1674 à 1697, 1731 à 1756, 1759 à 1783, 1787. — Ces comptes, conservés aux Archives de l’Aube sous les cotes 10 G. 109 bis à 149 bis, commencent d’ordinaire au mois de juin et se continuent jusqu’au mois de juin de l’année suivante.

 Comme au siècle précédent, les dépenses de la fabrique sont des frais d’entretien. Combien de fois ne voit-on pas les couvreurs monter sur les toits, mettre des aisselles sur les basses voûtes et les portails (1), poser des écailles sur le haut toit de l’édifice et sur le clocher, dont ils refont le beffroi en 1400 et la terrasse en 1481. Tantôt c’est le temps, tantôt c’est le vent qui a fait ces dégâts, comme en 1434, où le vent enlève des fragments de la couverture, ainsi que deux colonnettes de la « verrerie de la croisée devers la rue Moyenne. » À cette époque, on emploie pour la première fois des tuiles, qu’on désigne aussi sous le nom de tieules, de tielles (2). L’ardoise n’apparaît que dans la seconde moitié du XVIe siècle. En 1 578, on achète plus de trois milliers d’ardoises, qui coûtent 23 liv. 4 s., et quatre cents tuiles. Le progrès de l’industrie et des moyens de communication permettaient de faire usage de couvertures plus résistantes et moins exposées à s’enflammer que les écailles et les aisselles de bois.

En 1499, les quatre cloches furent refaites. Le maçon Jaquet Bastide fut chargé de la fonte des nouvelles. Il y employa 19 livres d’étain et 614 livres et 1/4 de méte (métal de cloche) qu’il ajouta aux 1014 livres que pesaient les anciennes. L’opération totale revint au chapitre à 90 1. 10 s. environ (3).

Avant cette date, comme après, les charpentiers et le maçon travaillent, soit à refaire les « orbes hautes et basses », soit à soutenir le pignon du grand portail ; à l’intérieur, ils placent un ange neuf sur l’arc du sépulcre ; ils posent de la chaux et du ciment sur les allées ; ils rassoient des carreaux au chœur (4), remettent les « clères voies » ou font un « massonage au portail de la Grant rue (5), » dont ils replombent l’arceau en 1451.

 (1) En 1405, on refait de neuf la couverture du « portai de la rue Moïenne, » En aisselle. En 1428, on recouvre également d’aisselle les « basses voûtes. » En 1440, on relève la couverture de la moitié du haut de la nef.

(2) Pour 800 et un quartein de tuiles, 17 s. (1479).

(3) En 1580, on baptise une cloche. Était-ce une de celles qui avaient été refaites en 1499 ? En 1716, on donne 11 1. à Lucas, fondeur, et Aubert, taillandier, a pour avoir tourné la grande cloche. »

(4) 1451. Sans doute des carreaux émaillés, décorés de roses et de fleurs de lis, comme aux armes d’Urbain IV, de lions et de griffons. Quelques-uns ont été conservés et sont recueillis au Musée de Troyes.

(5) Compte de 1440 et 1450.

 Ce sont aussi des travaux de réparation et d’entretien que sont appelés à faire les verriers. En 1453, Jehan Tremet retient toutes les verrières, haut et bas (1). En 1467, des travaux de maçonnerie et de vitrerie sont nécessaires pour refaire « la grant forme de la grant verrière par devers la rue Moyenne, laquelle avait esté gastée par fortune des grans Vens ». Henriet, le verrier, fournit des verres de diverses couleurs et des verres blancs. Au siècle suivant, en 1578 et 1580, le verrier de Saint-Urbain est l’illustre Jean Macadré ; mais il n’y fait que des réparations sans importance.

Jean Macadré occupait une maison, à l’enseigne du nom de Jésus, située dans la grand rue, et qui dépendait de Saint-Urbain, au Chapitre duquel il payait une redevance de 2 livres de cire. Le verrier François Aillet, qui fut également employé à cette époque, était aussi l’un des censitaires de l’église, comme les peintres Pierre et Loys Potier, et Jean Gendret, tailleur d’images, dont la maison était située au coin de la rue Moyenne et de la rue des Mauberts, puis rue du Cardinal Ancher.

Le Chapitre de Saint-Urbain était toujours en rapport avec la Cour de Rome. En 1443, il en reçut des bulles qu’il dut renvoyer à Rome pour les faire corriger. Il remit au porteur un florin de Florence, qui valait 27 s. 6 d. Au retour des bulles, on célébra « l’union de la chapelle, » et le doyen, Gérard Jubert, offrit en son hôtel un dîner qui coûta 50 s. » En 1450, les chanoines sollicitent du pape « certains pardons et rémissions et quittance de certains arrérages de la maisle d’or que l’église est tenue chacun an de payer à la chambre apostolique. » Pour mieux les obtenir, ils s’avisèrent d’envoyer à deux cardinaux « deux paires de gants violets fourrés de gris ,(2) » et d’offrir un florin d’or au secrétaire d’un de ces cardinaux. Nous ne savons si leur démarche fut couronnée de succès, mais il est certain qu’au moment de la Révolution la Collégiale payait encore au pape une redevance annuelle d’une obole d’or.

Elle avait en revanche des privilèges, comme le droit de justice, qu’attestait la potence dressée en permanence devant le portail de la rue Moyenne. Cette potence, de temps en temps réparée, fut refaite à neuf en 1545. Il est probable que les autres collégiales et les abbayes affirmaient de même leurs juridictions, et que d’autres potences s’élevaient sur divers Points de la Ville. Pendant longtemps, les plaids de Saint-Urbain devaient être tenus sous le porche de la rue Moyenne ; mais en 1545, il fut permis au doyen de se faire faire un auditoire dans la chapelle de Toussaints, « pour seoir, tenir et plaider sa juridiction. » Celle-ci dura jusqu’au règne de Louis XVI. Elle était exercée en dernier lieu par un avocat nommé Labbé, qui portait le titre de grand maire de Saint-Urbain, comme Grosley possédait celui de grand maire de Saint-Loup. Lorsque Labbé se retira en 1778, à cause de son grand âge, le Chapitre lui continua ses honoraires, mais ne le remplaça pas.

 (1) La dépense est de 14 1. 17 s. — Citons parmi les verriers, François Berceuse (1546), Charles Verrat (1583), Madain (1716-1721), Barbarat (1746). — L’extrait suivant du compte de 1775 permet de croire qu’on garnissait certaines fenêtres de grillages pour les préserver des accidents : « Deux châssis faits à neuf et mis au-dessus de la porte collatérale du côté de la grant rue... pour le fil de fer, clous à planches, deux douzaines de clous à crochets, etc., 49 liv. ». En 1725, on avait payé 61 liv. à deux pennetiers pour « sept châssis à mettre devant les vitres. »

(2) L’un de ces cardinaux, Msg de Terouanne, était absent de Rome et la paire de gants qui lui était destinée fut rapportée à Troyes. Reg. 10 G 120.

 Le pape Urbain IV avait gratifié la Collégiale de reliques insignes, tels que le chef de Daniel, qu’on qualifiait de saint Daniel, une épine de la couronne d’épines, le bras de saint Urbain. En 1481, elles furent renfermées dans un buffet à trois guichets avec les calices, les croix et les encensiers d’argent. Ces reliques, exposées certains jours de l’année à la vénération des fidèles, qui déposaient leurs offrandes dans des troncs placés à proximité, étaient enfermées dans des reliquaires précieux comme celui des dix mille martyrs, que répare l’orfèvre Henriet Boulanger, en 1550, comme celui de l’Agnus Dei, que fait, en 1578, Nicolas Boulanger. Le plus beau était, en 1468, celui du « chef saint Daniel envaisselé en ung vaissel de cuivre doré autour duquel il y a six ymages de prophètes qui sont d’argent. »

Le culte était célébré avec plus de luxe que jamais. Le Grand Autel, recouvert d’une poille d’or « où est le couronnement de Notre-Dame et les douze Apôtres, » est garni de « textes de leton » ou de bois, ornés de sujets pieux, couverts de soie perse ouvrée d’or ; sur l’un, qui forme un tryptique, est représenté, sur un fond d’or, un crucifiement entre saint Urbain et saint Nicolas. L’autel est aussi paré de coussinets de plumes, dont l’un représentait, brodés sur velours brun, « un Dieu en jugement et les quatre évangélistes. » L’autre, de velours rayé et échiqueté, portait un écusson avec deux papegaux. La « forme » ou banc du chœur était couverte d’un formier de six aunes de long, garni de plusieurs « Cuissins. »

[L’argenterie et les joyaux furent réparés à diverses reprises par des orfèvres, tels que Nicolas Chevry (1433), Collinet Garnier (1480), Jehan Perrin (1499). Jehan Perrin, orfèvre, refait un gros reliquaire en 1499. Boulanger reçoit pour ce reliquaire 11 écus pistolets, valant 31 livres 18 sols. On désignait sous le nom de textes les riches couvertures d’évangiles, décorées souvent de plaques d’argent et de joyaux. (Laborde, Glossaire.) En 1405, Nicolas le chasublier colle sur quatre tableaux « quatre pièces de drap d’or et de soie pour mettre dessus ledit autel. » En 1597, on achète « deux aulnes de toille d’argent » pour couvrir le Corpus Domini et la vraie croix]

Les plus riches étoffes étaient suspendues autour du chœur et du jubé : « poilies à ondes d’or sur champ de brodure d’or et de velours vert et vermeil, semé de losanges de plusieurs armes, » poêle semé de florettes et de diverses bêtes appelées les simasses ; poêle semé de diverses bêtes d’or, en champ pers, blanc et vert ; autres poêles de soie de diverses couleurs, semés de paons et autres bêtes, de florettes et de des feuillages ; poêles « parans, » décorés l’un de crucifix, l’autre de l’adoration des Mages, l’autre de l’annonciation Notre-Dame « sur un champ vert et ardant » celui-ci semé de lions blancs sur fond jaune, celui-là d’aigles sur champ vert, celui-là de fleurs de lis, de griffons et de diverses bêtes. Il y a des « pourtendures » de différentes dimensions et de qualités diverses (on achète en 1451, dix draps de lit, dont huit sont teints en noir, deux en pers.). La plus grande, « la grant pourtendure, » est remise à point en 1450. (Jacquin Hermite donne la corde de la grande pourtendure pour l’amour de Dieu, en 1450. En 1580, on achète 20 toises de grosse corde pour la grande courtine ; en 1596, on « racoustre la grande courtine et custode de toile blanche, lesquelles servent en caresme »).

Mais il y a des modes pour la décoration des églises comme pour celle des habitations privées. Depuis le commencement du XVe siècle, l’industrie de la tapisserie de haute lice s’était établie à Troyes. De 1445 à 1428, le chœur de Sainte-Madeleine fut tendu de cinq draps de haute lice, qui avaient été fabriqués par des ouvriers de la ville, sur les dessins du peintre Jacquet. L’évêque Raguier donna, vers la fin du siècle, à la cathédrale deux séries de tapisserie, que l’on plaçait au-dessus des stalles du chœur ; l’une représentait la vie de saint Pierre ; l’autre, les portraits de tous les évêques qui avaient occupé le siège épiscopal de Troyes. Le Chapitre de Saint-Urbain, piqué d’émulation, fit étudier l’exécution d’une tapisserie qui aurait retracé divers épisodes de la vie de saint Urbain et de celle de sainte Cécile. Il ne paraît pas qu’elle ait été exécutée ; mais en 1525, le chanoine Claude de Lirey, dit Boulanger, fit faire à ses frais une série de tapisseries de haute lice, destinée à rappeler plusieurs traits de la vie d’Urbain IV. Cette série de panneaux décorait encore le chœur à la veille de la Révolution. En 1597, Jehan de Paris était chargée de les « esclaircir et netoyer. »

Des fresques sont, vers la même époque, peintes sur quelques parties des murs ; il en subsiste encore quelques fragments exécutés sous Charles VIII ou Louis XII, dans la chapelle de la Sainte-Vierge . Mises au jour, il y a quelques années, lors de la réparation de l’église, elles représentent sainte Geneviève et saint Yves. Le saint a été particulièrement bien conservé, avec son bonnet carré, son manteau gris bleuté, sa robe et sa pèlerine rouge bordées d’hermine, comme celles que portaient à la fin du XVe siècle les bourgeois et les avocats dont il était le patron.

C’est au milieu de ces riches tentures et de ces peintures murales aux couleurs variées que flottaient, à la Pentecôte et à la Fête-Dieu, les bannières de l’église. Sur le sandal ou soie de la plus grande apparaissait l’image de saint Urbain, entourée des armes d’Urbain IV, de France, de Champagne et de Navarre ; la seconde, également de soie, était semée de fleurs de lis vermeilles [elle fut reteinte, réparée à Paris en 1405, moyennant 40 sols tournois, et l’on paya 6 livres 15 sols pour la façon. Ces bannières existaient sans doute encore en 1790, comme on peut le voir dans l’inventaire qui fut fait cette année-là]. Les mêmes armoiries étaient reproduites sur le dais, « le sinscignier » appelé paradis, que l’on portait par la ville « à la grant procession le jour du Saint-Sacrement.

Dans ces processions resplendissaient les chappes du Chapitre. La plus belle, celle de M. le Doyen, était de samit vermeil renforcé, sur lequel étaient brodés en or « un grant ymage, » deux anges au milieu de plusieurs léopards. Des oiseaux étaient semés sur la soie vermeille, diaprée d’or, de la chappe du chantre. Le trésorier en portait une de soie cendrée semée de paons d’or. Celles que revêtaient les autres chanoines étaient parsemées soit de griffons, de paons et de pommes de pin, soit de lions et d’autres bêtes, soit d’oiseaux et de roses de soie jaune et vermeille sur fond blanc, soit de chiennes et d’oiselles. Les nombreuses chasubles n’étaient pas moins riches et variées que les chappes dans leurs ornements où toute l’imagination des brodeurs s’était donné carrière, et l’on n’y voyait pas seulement des oiseaux et des fleurs, mais, dans quelques-unes d’entre elles, des écureuils, des papillons, des chiens et des cerfs-volants (1).

 Les bannières des confréries figurent aussi dans les processions. On trouve, en 1402, outre la confrérie de l’Annonciation, celles du Saint-Sacrement, de Saint-Mor et de Sainte-Anne. En 1580, on rencontre celle des Dix-mille-Martyrs.

Comme au XIVe siècle, l’église est toujours jonchée de paille et d’herbe verte aux fêtes annuelles, auxquelles s’ajoutent celles de la Dédicace (2) et de saint Barnabé.

 (1) Inventaire de 1468. Lalore. — D’importantes dépenses de chasubles furent faites à diverses reprises, notamment en 1422.

(2)A Symon Mauvoisin, masson, pour avoir replastré treize petitz chandeliers tant dedans le chœur que de la nef... lesquelz servent à mettre les cierges au jour de la Dédicace... (1597).

 Les enfants de chœur vont chercher à la Pentecôte des « pépiots, » des violettes. Des chapeaux de fleurs ornent toujours les saints, les marguilliers et les enfants de chœur [cinq chappeaux, tant pour l’ymage saint Urbain que pour les enfants, avec deux boucquets, tant pour le bras de saint Urbain que pour l’ymage, 3 sols (compte de 1597)]. Jusqu’à la fin du XVIe siècle, le coulon, qu’on désigne vers la fin sous le nom de pigeon blanc, apparaît tenu par des lacs dans un cercle de fleurs. Jusqu’à cette époque, si l’on ne distribue plus d’oublies à Pâques-Fleuries, on en donne le Jeudi-Saint. — « Deux milliers d’oublies et un gâteau pour le Grand Jeudi, » lit-on dans les comptes de 1597. Le 25 juin, on sert des craquelins aux chanoines. [Compte de 1578. En 1550, on fournit cinq coffins d’oublies le Jeudi-Saint et à Pâques. – Au XVIe siècle, on achète « un poto d’eau roze pour le Grand-Jeudy » (1580). On en trouve encore en 1718].

La musique concourait à l’éclat des cérémonies. Des ménétriers jouaient dans l’église la veille et le jour de l’Annonciation ; en 1473, ils accompagnaient le bâtonnier (sans doute le chantre dont le bâton était surmonté d’une « cristal ». Compte de 1425) parmi la ville le jour de Notre-Dame en mars. L’orgue avait été refait à neuf la même année par messire Jacques Chomillart et Lambelot (ils reçoivent pour leurs salaires, matières et pour le vin, 63 l.6 s.). En 1568, le frère Hilaire en fournit un nouveau jeu [il coûta 262 livres. La maîtrise fut supprimée à la fin du XVIIe s. L’orgue fut « repassé » en 1689 par Le Bey et « rétabli » en 1746 par Manchin, facteur d’orgues. En 1724, Fouché en avait repeint le buffet et les vantaux]. En 1546, Adrien Royer recevait 6 livres « pour jouer des orgues un an durant en se fournissant du souffleur. » Le même gage fut donné peu de temps après à Jehan de Verrières, « à la charge qu’il montrerait aux enfants de chœur. » Ceux-ci étaient nourris par le maître ; Les Chanoines les admettaient, sur sa présentation, et les envoyaient aux écoles à leurs frais (1)

 (1) Méchin, Documents, p. 30. — Je trouve dans le compte de 1580 : « A Pierre de Molins, pour avoir racoustré un des pupitres de l’aigle, les serpents… » En 1678, un enfant de chœur, Dumay, vint à murir. Le chapitre le fit enterrer à ses frais.

 De nombreux services étaient chantés pour les bienfaiteurs de l’église qui avaient fait des fondations dans ce but. La plupart d’entre eux étaient inhumés sous les dalles funéraires qui garnissaient le chœur et la nef. Celles du XVe et du XVIe siècle ont été conservées en moins grand nombre que Celles du XIVe (Sur les 24 dalles encore existantes, 13 sont antérieures à 1400, 5 appartiennent au XVe s., 3 seulement au XVIe siècle). Parmi les personnages qu’elles recouvraient, on peut citer deux marguilliers, Simon Hennequin et Jacques Juliot. La dalle de Juliot, en marbre noir, est aujourd’hui encastrée dans la paroi du chœur ; elle rappelle que ce sculpteur célèbre avait donné la table du grand autel.

En effet, Jacques Juliot s’était engagé à faire un retable d’albâtre et jaspe enrichi de fin or, fermé de volets « peints en dehors de l’histoire saint Grégoire » et en dedans d’un semi de fleurs de lis d’or sur le champ d’azur. Nous ignorons si ce bas-relief fut posé avant sa mort, qui advint en 1567 ; mais il devait former le plus bel ornement de l’autel, sous le baldaquin que soutenaient quatre colonnes de cuivre.

Qu’est-il advenu de ce beau retable, qui était estimé 300 écus d’or, « au dire d’ouvriers à ce congnoissans ? » La Renaissance, si féconde en œuvres de sculpture à Troyes et dans les environs, n’a laissé à Saint-Urbain qu’un seul spécimen important de son art élevé et délicat. C’est une figure funéraire de femme couchée dans une niche du transept Nord. Elle est d’un style qui permet de la rattacher à la grande école troyenne des Dominique, des Gentil et des Juliot.

 

Le XVIIe et le XVIIIe siècle.

 

Le dix-septième siècle ne paraît pas avoir modifié sensiblement la décoration intérieure de Saint-Urbain. Cependant, des tendances nouvelles s’accentuent dans les détails du culte comme dans ceux de la décoration. De part et d’autre, on recherche une certaine correction classique et religieuse ; les traditions pittoresques du Moyen-Age sont proscrites par la suppression du pigeon blanc de la Pentecôte, de la collation de Pâques, des oublies du Jeudi-Saint. En revanche, nous voyons apparaître les rameaux de buis et de lauriers de Pâques-Fleuries [ils sont mentionnés pour la première fois dans le compte de 1675] ; et si l’on porte toujours des chapeaux de fleurs aux fêtes annuelles, on attache ces jours-là de nombreux mais aux portes de l’église (compte de 1679).

Suivant l’usage des collégiales, on continue pourtant de tendre le grand rideau devant le maître -autel pendant le Carême. Le Jeudi-Saint, un reposoir était construit dans la chapelle de la Croix. Il n’est plus question de sépulcre, à moins que la réparation d’une Notre-Dame de Pitié, par le sculpteur Chabouilley en 1675, ne s’applique à l’une des figures de ce sépulcre. Les tapisseries sont souvent tendues ; elles sont placées à une plus grande hauteur, en 1675 dans le chœur. En 1700, l’église achète un grand tapis de point de Hongrie à Michelin…, 40 sols. (comptes de 1699-1700). Lors du service funéraire de la reine Marie-Thérèse, en 1683, « triples tapisseries » furent mises dans le chœur, devant le jubé et aux deux portails. Décorées d’armoiries, la plupart de ces tentures étaient sans doute de celles qui servaient pour les enterrements.

Les pierres tombales du XVIIe s. n’ont pas été conservées, en effet, en 1756 on les enlève dans une partie des bas-côtés. On enterrait encore parfois dans l’église ; le souvenir des donations et des fondations était gravé ou peint sur des lames de cuivre attachées sur les murs, à côté de tableaux destinés à rappeler d’autres libéralités [A M. Savoye, peintre, pour avoir marbré le cadre où sont escrites les fondations de ceste église, 15 s. (compte de 1686)]. Ces lames, de dimensions inégales, étaient placées à droite et à gauche des portes, trois par trois, de façon que la plus grande dominât les plus petites ; elles existaient encore en 1791, et dataient presque toutes du XVIIe siècle.

Les anciennes confréries s’effaçaient ; elles étaient suppléées par les confréries de certains corps de métiers qui, moyennant un droit minime, faisaient célébrer leur fête patronale dans une des chapelles de la Collégiale. Les menuisiers et les serruriers sont les premiers en date, puis vinrent les vinaigriers, enfin les peintres, brodeurs, vitriers. Ces derniers, comme nous l’avons vu, habitaient en assez grand nombre dans le quartier voisin de Saint-Urbain. Ils obtinrent, vers 1645, de faire ériger dans la chapelle de la Croix un autel que décorèrent les artistes les plus renommés d’entre eux. Jacques de Letin fit et donna le grand tableau du retable ; Pierre Brissot, Nicolas Passot, Jacques Morel et Jacques Clément peignirent les autres. Ces tableaux furent restaurés en 1755 par Cossard. La chapelle de Saint-Luc, siège de la confrérie des peintres, subit à la même époque d’autres modifications.

Les reliques sont toujours vénérées ; elles sont exposées, sous Louis XIV, à certains jours de l’année : celles des Dix-mille-Martyrs, le 22 juin ; la Sainte Couronne, le 2ème dimanche de l’Avent ; le bras de saint Urbain, contenu dans un bras de bois argenté, le 26 mai. La sainte Épine, enfermée dans une couronne d’épines en argent que supportaient deux anges de cuivre doré (inv. de 1790, Arch. Aube), est surtout invoquée ; en 1714, elle est portée solennellement en procession pour « demander à Dieu la cessation de la mortalité des bêtes à cornes » ; en 1717, 1718, 1728, contre la grande sécheresse ; en 1725 et 1731, contre les pluies persistantes. Nous voyons aussi qu’en 1740 le Chapitre faisait sonner le carillon des cloches pour la cessation des pluies (Il sonna aussi en 1746 pour le passage de la Dauphine. En 1759 on fit faire un marteau servant à sonner les tocsins, 25 l. 15 s.]. Vers la même époque, il avait fait refaire un dais garni de damas à franges d’or et d’argent, dont les bâtons furent peints et dorés par Herluison. (Citons parmi les orfèvres de l’église, Nicolas Millet (1607), Breyer (1678), Noël (1746), Rondeau qui raccomoda et reblanchit tous les reliquaires en 1739, la croix et la lampe d’argent en 1732).

Depuis longtemps, le ciboire n’était plus suspendu au-dessus du grand autel ; un tabernacle avait été construit, (à Huant, peintre, pour avoir refait et redoré le tabernacle 30 s. (compte de 1676)). Mais le jubé, le maître- autel lui-même avec ses colonnes de cuivre, étaient gothiques ; c’était un défaut irrémissible aux yeux des architectes du XVe siècle. Le jubé du XIVe siècle fut démoli en 1742 ; sur son emplacement, mais en rétrécissant de chaque côté le chœur de la largeur d’une stalle, fut érigé, sur les devis et les dessins de Dauvet, dit Duchesne et selon le devis s’élevant à 2 000 livres. Les entrepreneurs furent Néral et Belsançon. Un jubé de style classique, romain ou grec à coup sûr. Aux deux côtés de la porte centrale de ce jubé, qui fut fermée par une grille, furent élevés deux autels dont l’un était l’autel de la paroisse ; le peintre Clément les décora de deux grands tableaux qui lui furent payés 110 livres. Peut-être que l’on porta sur l’un des autel les six chandeliers de bois que les Carmélites du faubourg avaient argenté en 1722.

On ne pouvait s’arrêter dans cette voie. En 1753, le Chapitre, considérant que les « parements, rideaux et mantelets du grand autel exigeaient une dépense assez considérable pour en faire des neufs de trois différentes couleurs, » décida leur suppression, ainsi que celle des quatre colonnes de cuivre qui étaient dans le sanctuaire. Ces quatre colonnes, envoyées à la Monnaie de Troyes et pesées 881 livres, produisirent 795 1. 14 s. Grâce à ces ressources, l’architecte Milony fit Garnir, en 1764, le Sanctuaire d’un Lambris de- Bois (1), qui encadra les portes de la sacristie et de la salle du Chapitre, et construisit un autel en bois, décoré de deux cassolettes dans Le goût antique. Six candélabres de cuivre, de cinq pieds de haut, et sans doute de fabrication antérieure, furent placés sur les marches du sanctuaire. Selon l’inventaire du 2 août 1790.

(1) pour le lambry du chœur contenant 11 toises 12 pieds, prix fait à 39 livres la toise, 442 livres.

 En même temps que le maître-autel du Moyen-Age et de la Renaissance, on démolissait tous les autels des collatéraux de la nef ; on vendait à vil prix les coffres de bois que renfermait l’église, avec les statues de la Vierge et de saint Jean qui décoraient le vieux jubé [que fit-on du groupe de l’Annonciation placé sur l’autel de ce nom ? Il contenant un ange Gabriel auquel Herluison, sculpteur, fit une main en 1719]. On ne conservait avec les deux autels placés en avant du nouveau jubé que ceux de Saint-Luc et de Sainte-Anne qui terminaient la perspective des collatéraux ; on en garnit les parois de lambris peints, dans l’épaisseur desquels furent aménagées des armoires pour y placer les chappes et les devants d’autels. La chapelle de Saint-Luc fut remise à neuf ; le Cintre et les Colonnes furent peints en marbre par Gossard, qui ravivait, par la même occasion, les tableaux des artistes troyens du siècle précédent.

L’œuvre de transformation intérieure n’était pas complète. Le Chapitre de Saint-Urbain se piquait d’émulation avec celui de Saint-Pierre ; en 1732 et en 1778, celui-ci avait fait poser autour du chœur de la cathédrale des grilles faites à Besançon et à Troyes. Le Chapitre de Saint-Urbain réalisa, en 1783, son ambition d’avoir des grilles ; il en fit dresser sur les dessins de Milony et les paya 1 272 livres à madame Presvot. Ce n’est pas tout, le Chapitre de Saint-Pierre avait fait blanchir en 1779 tout l’intérieur du vaisseau de son église ; le Chapitre de Saint-Urbain fit blanchir le sien en 1785 (1). L’église présentait alors un aspect de propreté et de correction propre à charmer les gens de goût de l’époque ; le jubé, les autels corinthiens ou doriques, les lambris peints, les grilles, où rien ne rappelait plus le Moyen-Age, attiraient désormais les regards et reléguaient au second plan les grandes ogives du vaisseau qu’on aurait à coup sûr remplacé par un édifice dans le style du Panthéon ou de Saint-Philippe-du-Roule, de Paris, si le Chapitre eût été assez riche pour se donner cette satisfaction.

Il eut du moins celle de démolir la flèche. Celle-ci, qui provoquait l’admiration par la perfection, l’originalité et la délicatesse de sa structure, fut frappée par la foudre le 31 août 1761. Deux chevrons prirent feu, des ardoises furent brisées ; mais la pluie arrêta l’incendie, et les réparations nécessaires pour remettre en état le clocher n’auraient pas coûté plus de 1340 livres. Le Chapitre décida à la pluralité des voix qu’il en dépenserait 2030 pour le raser au-dessus des cloches. C’était encore une manière d’agir comme le Chapitre de Saint-Pierre, qui n’avait pas réédifié la flèche de la Cathédrale, complètement incendiée en 1700. La toiture tronquée qui dépare aujourd’hui l’église Saint-Urbain, qualifiée avec raison de « pagnier à mouches » allait remplacer la charmante et à jamais regrettable flèche du Moyen-Age, dont la silhouette élégante se profile dans les panoramas de Troyes des deux derniers siècles (2).

(1) Ce travail coûta 400 livres (journal du chanoine Tremet, Bibli. Troyes), mais les comptes publiés par l’abbé Méchin indique qu’il fut payé 511 francs à des blanchisseurs italiens. Il fut en outre payé aux peintres Butat et Cossard, ainsi qu’à différents ouvriers des travaux qui s’élevèrent avec le blanchiment à 2 808 livres 10 sols de 1785 à 1787.

(2) Dans le panorama de Troyes, de Merian, qui est de 1630 environ, comme dans celui qui figure en tête du Missale Sanctæ Ecclesiæ Trecensis [Le missel de la Sainte Église de Troyes] de 1726, le clocher s’amincit au-dessus du beffroi pour se renfler en une rangée d’arcatures gothiques d’où d’élance une aiguille couronnée d’une grande croix.

 Tel était l’état de Saint-Urbain, lorsque survint la Révolution. En 1790, elle supprima le Chapitre, malgré ses éloquentes protestations. L’église resta ouverte jusqu’à la Terreur, qui en fit un grand magasin de blé. Grâce à cette destination, elle échappa à la rage de destruction qui sévissait à cette époque, et les statues du grand portail, qui ne donnait pas sur une voie publique, ne furent pas mutilées. Lorsque la période de violence fut passée, lorsque Saint-Urbain eut été rendu au culte, il eut à courir un danger plus sérieux. L’architecte Milony, qui avait présidé aux prétendus embellissements de l’intérieur, était devenu un fonctionnaire municipal, important. Croirait-on qu’il usa de son influence sur ses collègues du corps municipal pour leur faire voter une délibération qui demandait la démolition de Saint-Urbain et des autres églises de Troyes, à l’exception de Saint-Pierre ? Heureusement, ce vœu que la profession de Milony rendait doublement coupable, ne fut pas accueilli par les autorités supérieures, et Saint-Urbain fut sauvé.

Il perdit, il est vrai, la plus grande partie de son mobilier, qui fut inventorié en 1790, selon les archives municipales du 2 août 1790 et sans doute vendu en 1794.

Les quatre cloches (1) furent destinées à la fonte, comme les cuivres du chœur et même ceux de la croix et du coq du Clocher, selon l’inventaire du 24 nivôse an II (Arch. Aube). Son argenterie, réduite déjà par le don que le Chapitre avait fait au roi, sous le ministère de M. de Silhouette, fut envoyée à Paris. Il est peu probable qu’elle contint beaucoup d’œuvres d’art dont la perte soit à regretter. La destruction des reliquaires fut plus déplorable, la garniture de deux reliquaires pesant 19 marcs 4 onces d’argent fut envoyée à Parsi avec 38 marcs provenant de chandeliers d’autels et de deux ustensiles d’argent. Ceux de Daniel et de la Sainte Épine ne devaient pas être dénués de mérite. On peut aussi déplorer la destruction de « deux textes d’évangiles, garnis d’argent doré, dont les tours étaient revêtus de Pierreries. » (inventaire de 1790).

Les chappes, les chasubles, en grand nombre, pouvaient aussi contenir quelques spécimens curieux de l’art du tisseur et du brodeur au Moyen-Age, de même que les courtines, les pantes de soie et les devants d’autels (2). Mais la perte la plus grande, au point de vue archéologique, fut à coup sûr celle de la statue de cuivre de quatre pieds de haut de saint Urbain, qui, placée sur le maître-autel, datait vraisemblablement de la fin du XIIIe siècle. Cette statue devait être semblable à l’image de ce saint, qui figure sur le sceau du Chapitre.

 

Contre‑sceau du Chapitre de l’église Saint‑Urbain de Troyes

 Sceau en cire noire, appendu sur parchemin. Au centre, la tête de saint Urbain, représentée de face, coiffée de la tiare pontificale. De chaque côté, une quintefeuille encadrée par deux fleurs de lis, symboles de pureté et de royauté.

Légende :  

+ CONTRAS : ECC(lesi)E : S(an)C(t)I VRBANI TRECEN(sis) 

[ Contre‑sceau de l’église Saint‑Urbain de Troyes.]

Encadrement :  Double filet circulaire délimitant la légende.

Ce contre‑sceau, utilisé par le chapitre de l’église Saint‑Urbain, témoigne de la vénération du pape Urbain IV, natif de Troyes, et de l’attachement du clergé local à son héritage pontifical. La présence des fleurs de lis souligne le lien spirituel entre la papauté et la monarchie française, tandis que la quintefeuille évoque la perfection divine.




[ Sceau et contre‑sceau du Chapitre de la Collégiale Saint‑Urbain de Troyes

Source : Annuaire de l’Aube, 1891 – dessin de L. Le Clerc, lithographie Dufour‑Bouquot (Troyes)

Description : Sceau en forme d’ogive représentant saint Urbain, debout, vêtu des ornements pontificaux, tenant la crosse et bénissant de la main droite. L’inscription périphérique, en capitales gothiques, indique : SIGILLVM CAPITVLI S. VRBANI TROYESIS (Sceau du chapitre de Saint‑Urbain de Troyes).

Sous le sceau principal figure le contre‑sceau circulaire, montrant le buste du saint, coiffé de la tiare, entouré de la légende : S. CAPITVLI S. VRBANI TROYESIS.

Analyse : Ce sceau double, d’une grande élégance, symbolise la dignité pontificale du saint patron et l’autonomie du chapitre troyen. La composition verticale, typique du XIVᵉ siècle, associe la majesté du pape Urbain IV à la tradition artistique champenoise. La lithographie de 1891 en restitue fidèlement les détails et la hiérarchie iconographique.

Datation : XIVᵉ siècle (sceau original) – reproduction XIXᵉ siècle (Annuaire de l’Aube). ]


(1) La première devait peser 600 livres, la seconde 370, la troisième 350 et la quatrième 250. Il est probable que c’étaient celles qui avaient été fondues en 1499 et qui pesaient ensemble 1 600 livres.

(2) Parmi les objets inventoriés le 2 fructidor an II, à Saint-Urbain, désigné ainsi : « Urbain, oratoire » se trouve sept robes de vierge en soie, des courtines, des pantes et des bonnes grâces de damas jaune, etc. (Arch. Aube 1 Q 328)


L’Architecture

 Les spoliations et les destructions de la Terreur n’atteignirent que les décorations accessoires de l’église ; elles respectèrent l’ensemble et les détails de son architecture. Sous ce rapport, l’édifice avait eu la rare bonne fortune de rester inachevé depuis le XIIIe siècle et d’échapper ainsi au sort de la plupart des églises de Troyes, qui furent continuées ou terminées sur un plan différent de celui qui avait été conçu pour leur construction. C’est ainsi que le portail occidental et surtout la tour de la Cathédrale ne sont point en rapport avec l’aspect de son vaisseau intérieur. La nef elle-même n’est pas du même style gothique que le chœur. Saint-Jean n’est qu’un assemblage de parties qui s’accordent mal entre elles ; elles forment un ensemble plus harmonieux à Sainte-Madeleine où, grâce au jubé qui attire invinciblement les regards, le chœur de la fin du XVe siècle se combine assez bien avec le transept et la nef écourtée du XIIIe. Mais que dire de son portail principal, du portail gréco-romain de Saint-Pantaléon accolé à un vaisseau où les arcades ogivales du commencement du XVIe siècle, sont surmontées de hautes fenêtres en plein cintre du XVIIe siècle ; du portail non moins classique de Saint-Martin-ès-Vignes plaqué contre un vaisseau de la dernière période du Gothique ? A Saint-Nicolas et à Saint-Nizier où les vaisseaux appartiennent à la même période d’architecture, des portails d’une période et d’un style postérieurs sont venus s’y ajouter, possédant sans doute des qualités dignes d’être appréciées, mais qui avaient le défaut de ne pas s’adapter au reste de l’édifice. Il est heureux que les chanoines et les bienfaiteurs de Saint-Urbain n’aient pas eu les ressources nécessaires pour poursuivre l’achèvement de leur église à des époques où le respect de l’archéologie n’existait pas et où l’on croyait faire preuve de bon goût en adaptant à des édifices d’un autre âge et d’un autre style des décorations et des constructions d’un caractère tout différent. Si l’intérieur a conservé longtemps quelques-uns des ornements postiches du siècle dernier, si le sanctuaire a été jusqu’à ces derniers temps alourdi par un grand autel d’un gothique mal adapté, construit en carton-pâte par Romagnesi1, la structure et les détails de l’édifice sont restés tels qu’ils étaient au moment où les travaux de l’église furent suspendus, à la fin du XIIIe siècle, tels qu’ils étaient lorsqu’ils sortirent de la main de l’architecte de génie, qui en avait tracé le plan et dirigé l’exécution.

Quel était cet architecte ? Il est question, en 1267, d’un certain Johannes Anglicus, civis trecensis, qui est qualifié d’ancien maître de l’œuvre, et à qui l’on demande compte d’une somme de 2500 livres qu’il avait reçues pour l’achèvement du chœur de l’église. Jean l’Anglais ou Langlois devait quitter Troyes à cette époque pour aller à la Croisade, et rien n’indique qu’il en soit revenu. D’ailleurs, les archéologues les plus autorisés n’osent se prononcer sur la signification exacte de la qualification de maître de l’œuvre, et, dans le cas présent, on ne saurait affirmer qu’elle désigne un architecte. Dans tous les cas, l’homogénéité du style de l’église paraît démontrer que ses travaux ont été dirigés, jusqu’à la mort du cardinal Ancher, par le même constructeur ou par un de ses élèves assez pénétré de la supériorité de son talent pour se conformer scrupuleusement à ses plans.

L’architecte doit réunir, dans ses œuvres, la science au sentiment de l’art. nulle part, ils ne s’accordent avec plus d’éclat que dans l’église Saint-Urbain.

Les témoignages les plus compétents l’attestent. L’auteur anglais de l’Histoire de l’Architecture dans tous les pays, Fergusson, cite Saint-Urbain de Troyes, à côté de la Sainte-Chapelle de Paris, comm un des spécimens du plus haut degré de perfection atteint par l’art gothique (History of Architecture in all countries, 2ème édit., 1874, t. I p.557, 558). Un autre anglais le place à côté de la cathédrale de Chartres, comme une des gloires architecturales de la France (The Graphic, 1884, t. XXIX, p. 210). Aux siècles derniers, le cavalier Bernin et Grosley égalaient avec raison cette église à la Sainte-Chapelle de Paris ; Groley la comparait aussi à Saint-Nicaise de Reims, superbe église aujourd’hui détruite. Le Père Cahier, l’un des auteurs des Annales archéologiques, la préférait même à la Sainte-Chapelle. [Congrès archéologique de France, XXe session à Troyes, visite à Saint-Urbain par l’abbé Bonnemain]. Mais, c’est surtout Viollet-le-Duc qui en a parlé dans les termes à la fois les plus raisonnés et les plus enthousiastes. Il s’est occupé surtout de la partie technique de l’œuvre, et ses conclusions sont appuyée sur de nombreuses démonstrations. Le jugement qu’il porte sur l’architecte de Saint-Urbain témoigne de l’admiration qu’il lui inspirait.

« Cet architecte, dit-il, était un de ces artistes chez qui les principes les plus avancés de la théorie s’allient à une science profonde, à une science qui n’est jamais en défaut… en un mot, c’est un homme de génie… » Aussi l’église Saint-Urbain est-elle « certainement la dernière limite à laquelle la construction de pierre puisse atteindre ; et, comme composition architectonique, c’est un chef-d’œuvre. » « C’est un chef d’œuvre, répétait-il ailleurs, que l’on considère la conception générale ou l’entente des détails. »

« L’édifice, dit-il aussi, résume à lui seul, en les exagérant avec une grande adresse, toutes les théories de construction de l’école. Il indique chez le maître de l’œuvre qui fut chargé de l’exécution une hardiesse singulière et une science de la construction faite pour étourdir ». (Viollet le Duc, Dictionnaire raisonné de l’Architecture du Moyen-Age à la Renaissance, t. IV, p. 182 à 192 ; t. IX, p.237)

 Une des difficultés de cette construction consistait dans la médiocre qualité des matériaux qu’on trouvait à proximité de la ville et dans les frais de transport qui s’appliquaient à ceux que l’on faisait venir de plus loin. L’architecte triompha de ces inconvénients en employant dans les différentes parties de son édifice un moellon smillé, solide, mais grossier, qu’il tira des environs, mais en l’habillant d’une pierre de liais fine, compacte, résistante, qui provenait des carrières de Tonnerre. Il l’employa en dalles de vingt à trente centimètres de large, avec la plus stricte économie, comme on ferait du marbre. Dans les parties supérieures, il l’adapta avec une telle sagacité que l’on croirait avoir plutôt sous les yeux « une combinaison de charpente qu’une construction de maçonnerie. »

Les détails de l’édifice possèdent chacun une fonction nette et indépendante, d’autant plus qu’ils sont assemblés et non reliés, et qu’ils sont maintenus par des enchevêtrements et des incrustations comme dans la menuiserie. Aussi en résulte-t-il un aspect extraordinaire de légèreté qui pourrait servir de modèle aux constructions en fer de nos jours et que celles-ci rappellent sous certains rapports.

Cette légèreté même a paru exagérée à certains observateurs, qui n’ont étudié l’édifice que d’une manière superficielle, ou sous l’impression d’idées préconçues. Au XVIIe siècle, Girardon aurait dit que Saint-Urbain paraissait bâti de Chenevottes ; Vauban y aurait vu une construction de copeaux. « Son principal défaut, dit Fergusson, est une témérité excessive de construction, qui tendrait à prouver que l’édifice serait passé des mains d’un artiste dans celles d’un maçon, qui aurait cherché à étonner par des tours de force... » Pour que cette critique fut juste, il faudrait que l’ensemble de l’édifice fût disproportionné et que la hauteur fut tout à fait exagérée par rapport à sa largeur. Ou, il n’en est rien. Le plan rectangulaire, sauf la saillie de l’abside, est conçu avec une harmonie parfaite. Les parties qui en sont achevées, le chœur et le transept, donnent une impression d’élévation et un caractère élancé d’une suprême élégance qui sont dus à l’art plutôt qu’à la réalité même. Il n’y a pas à Saint-Urbain, comme à la cathédrale de Beauvais, une sensation de hauteur vertigineuse. En effet, l’élévation intérieure du chœur de Saint-Urbain n’a rien d’excessif si on la compare à celle des autres églises de Troyes, à l’exception de la Cathédrale. Elle a trois mètres de plus que celle de Saint-Nicolas, et, comme le chœur de Saint-Jean, elle compte vingt mètres environ. La voûte de Saint-Pantaléon même la dépasse de trois mètres ; mais telle a été l’habileté de l’architecte que le chœur de Saint-Urbain paraît l’emporter de beaucoup sur tous les autres en élégance, en hardiesse comme en beauté.

Il semble cependant qu’il y ait dans cette architecture si précise et si ferme quelque chose de nerveux et de tendu, qui, selon Viollet-Le-Duc, suscite quelque peu la critique. Les arcs-boutants, réduits à leur plus simple expression, ayant la raideur d’un étais de bois, indiquent chez leur constructeur une science de mathématicien supérieure à celle des architectes de Chartres, de Reims et d’Amiens, mais qui a dépassé le but qu’elle voulait atteindre. Les Balustrades des combles, avec leurs lignes géométriques uniformes et leurs combinaisons de charpente plutôt que de maçonnerie, attestent l’habileté de la construction plutôt que le sentiment de l’art. Les fleurons qui terminent les gables des hautes fenêtres sont sculptés avec une hardiesse, une désinvolture qui atteignent l’exagération. Mais cette sobriété, cette sécheresse de lignes sur certains points, cette exagération de hardiesse sur d’autres, n’ont-elles pas été voulues par l’architecte afin de donner à l’aspect général de l’édifice plus de fermeté, de distinction et de beauté ?

 

L’extérieur

 Le meilleur endroit d’où l’on peut admirer l’extérieur de Saint-Urbain est l’angle nord-ouest de la halle au blé (aujourd’hui disparue) ; c’est de là que la plupart des dessinateurs en ont reproduit les traits ; c’est de là que les beautés du chœur, du transept et du porche qui le termine du côté du midi sont appréciées de la manière la plus complète et avec le plus de recul. Rien de plus saisissant que l’ensemble de ces larges et hautes fenêtres, séparées à l’abside par des contreforts sans lourdeur, terminés par de hardis pinacles, hérissés de deux rangs de gargouilles. Leurs frontons festonnés de crochets et couronnés de fleurons dépassent les balustrades du grand comble. Au-dessous des hautes fenêtres, sous une autre rangée de balustrades, apparaissent, avec leur décoration originale et riche, les ouvertures géminées des bas-côtés, au-dessus desquels se tendent les arcs-boutants. D’autres arcs-boutants accompagnent le porche svelte, surmonté de dais, qui se dressent à l’extrémité du transept. À certaines heures du jour, cet admirable édifice produit, par la hardiesse et l’harmonie pittoresque de l’ensemble non moins que par la richesse, la variété, la fantaisie, la délicatesse des détails, un de ces effets saisissants et profonds qui charment l’esprit en même temps qu’ils émeuvent profondément l’âme. Par un brillant clair de lune, il semble parfois voir un gigantesque coffret d’acier bruni et d’émail, ciselé avec l’art le plus affiné et scintillant, sur les pointes des fleurons comme sur les surfaces des verrières, de mille reflets étincelants. Les détails de l’église ont été vantés comme ils méritent de l’être par l’auteur anglais Fergusson. « La perfection de Saint-Urbain, dit-il, consiste dans la beauté de ses détails, beauté qui n’est surpassée nulle part en France et en Allemagne. » Plus que partout éclatent le soin, le fini, la conscience avec lesquels les artisans du Moyen-Age, qui méritaient si bien le nom d’artistes, taillaient et ciselaient la pierre. Ce sont des ornements élégants, fins sans afféterie, décoratifs sans exubérance, dans les linteaux, les gables, les voussures, sur les galeries comme sous les porches.

Halle au blé - Troyes

[Biographie de Martin‑Pierre Gauthier (1790‑1855)

Martin‑Pierre Gauthier, né à Troyes le 9 janvier 1790, est l’un des architectes français formés dans la grande tradition néoclassique. Élève de Percier à l’École des Beaux‑Arts, il remporte le Grand Prix de Rome en 1810, ce qui lance une carrière solide et respectée.

À son retour d’Italie, il devient successivement architecte des hospices (1821), puis architecte de l’Assistance publique (1833). Il participe à plusieurs chantiers importants :

  • restauration de la chapelle du château de Vincennes,
  • travaux au quartier des aliénés et à l’agrandissement de l’hospice de Bicêtre,
  • monuments à Fénelon (Cambrai) et à Duguesclin (Mende).

Comme architecte de la Ville de Paris, il réalise notamment :

  • l’école publique de la rue de Fleurus,
  • la chaire de Saint‑Gervais,
  • le bureau des nourrices,
  • le bazar des glaces Saint‑Gobain, rue Saint‑Denis,
  • et surtout l’important chantier de l’hôpital Lariboisière.

Gauthier reste attaché à sa ville natale : il conçoit la halle aux grains de Troyes et intervient à l’hospice Saint‑Nicolas, chantier qui jouera un rôle tragique dans sa vie. Malade, il délègue la surveillance des travaux ; un accident survient, entraînant une procédure judiciaire. Incapable de payer les dommages, il est incarcéré à la prison pour dettes de la rue de Clichy. Il meurt à Paris le 8 août 1855, après avoir appris que ses collègues lui avaient témoigné leur soutien et que l’État prenait en charge sa dette. Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1844.

Paragraphe critique — sur la manière dont les biographes ont romancé sa vie

Les biographes du XIXᵉ siècle, notamment Hoefer et Bellier de la Chavignerie, ont donné de la fin de Gauthier une image très dramatique : architecte brisé, victime d’une injustice, mourant dans la misère morale. Cette vision, typique de la littérature biographique de l’époque, exagère les contrastes et accentue les épisodes tragiques pour créer un récit édifiant. En réalité, si Gauthier a bien été emprisonné pour dettes à la suite d’un accident survenu à l’hospice Saint‑Nicolas, la situation était moins romanesque : il s’agissait d’un litige administratif, aggravé par sa maladie et par une délégation mal contrôlée. L’intervention de l’État — souvent présentée comme un geste personnel de l’Empereur — relève plutôt d’une décision administrative visant à clore un dossier complexe. La vie de Gauthier n’est donc pas celle d’un héros tragique, mais celle d’un architecte compétent, respecté, dont la carrière fut ternie par un incident malheureux que les auteurs du XIXᵉ ont transformé en drame.]

 Un grand nombre d’églises ont des porches latéraux construits vers le milieu du XIIIe siècle ; il s’en rencontre à Chartres, à Bourges, à Châlons-sur-Marne, au Mans, à Bayeux, comme on en voyait à Saint-Nicaise de Reims ; mais ceux de Saint-Urbain, selon Viollet-Le-Duc, sont grands d’échelle et n’ont pas la maigreur que l’on reproche à beaucoup d’édifices de la même époque. Ils sont supérieurs à ceux de Saint-Maclou et de Saint-Ouen de Rouen, surtout à ceux de Saint-Germain-l’auxerrois de Paris. Viollet-Le-Duc les compare à la dissection d’une petite église du XIVe siècle ; on peut dire que, tout en étant indépendants du monument, ils s’ajustent de la manière la plus heureuse au transept auquel il donne accès et qu’ils terminent de chaque côté. Les arcs-boutants des contreforts extérieurs viennent retomber des deux côtes sur des figures grimaçantes, d’une fantaisie puissante, où l’on croirait reconnaître : au sud-est, des têtes de singe et de bœuf ; au nord-ouest, des têtes de cheval et de bélier.

L’art de la statuaire du Moyen-Age se révèle surtout dans les nombreuses gargouilles qui se projettent sur les éperons des bas-côtés de la nef et du chœur, comme sur ceux du transept et du chœur. Les inspirations les plus hautes, l’imitation la plus stricte de la nature, comme la fantaisie la plus variée et la plus hardie, ont présidé à leur conception. Ici, ce sont des animaux domestiques ou sauvages, des chiens de diverses races, un chat, un lion, des cerfs courant, un aigle, un vautour, au milieu de chimères et de griffons ; griffons à tête et pattes de devant de vautour, à jambes de derrière de quadrupède, griffon à tête d’homme, chimères à corps de poisson ailé, tenant une crosse fleuronnée, à tête de barbet et queue de serpent, à tête de femme, corps de lion et queue de serpent ; ailleurs, à côté de femmes ou de démons personnifiant des vices obscènes, des personnages de tous genres, tels qu’un clerc en bonnet carré, un chevalier à la cotte couverte d’écailles s’apprêtant à frapper un lion, un fou dont la figure grimace sous un capuchon pointu, des femmes nues ou à peine vêtues, des femmes et des hommes largement drapés, au milieu desquels, dans la partie supérieure du chœur, resplendissent trois statues d’aspect magistral, un joueur de violon ou de vielle, un homme assis et drapé, et la femme drapée qui tient un poisson. Celle-ci peut rivaliser avec ce que l’art de la statuaire au Moyen-Age a produit de plus beau à la Cathédrale de Reims. Elle peut même être comparée à certaines productions de l’art grec. Son profil superbe se détache sur le ciel avec des lignes et des reliefs du plus grand style. Dans cette multitude et cette diversité de gargouilles se révèle la fécondité, la variété, la philosophie touffue, les conceptions bizarres et sublimes de l’esprit du Moyen -Age, ne craignant pas plus le naturalisme le plus prosaïque que la fantaisie la plus effrénée, et ne semblant descendre dans le grotesque, la laideur et le réel, que pour mieux s’élancer vers les hauteurs de l’art par les envolées de la pensée et de la foi.

On le remarquera principalement au grand portail. Aux deux côtés du tympan principal, où diverses scènes du Jugement Dernier sont sculptées entre les gables qui surmontent à droite et à gauche une série de petits dais destinés à recevoir des sculptures qui n’existent plus ou n’ont jamais existé, apparaissent des sujets inspirés par la fantaisie de l’artiste plutôt que par le sentiment ou le symbolisme religieux. C’est, à commencer par la gauche du spectateur, une grosse écrevisse la tête en l’air, une femme nue sur un bouc qui se cabre et la renverse, des goules, des dragons, des chiens, dont l’un est accompagné d’une petite écrevisse, un sanglier coiffé par un chien ; et de l’autre côté du portail, un guerrier à cottes de mailles, un coq, un hibou et un chien réunis sous le même gable, des chimères, des dragons, un lion combattant contre un chien, des personnages drapés, enfin un chien qui semble arrêter un lièvre dont les longues oreilles se dressent au-dessus de sa tête étonnée.

Au milieu de ces décorations fantaisistes se développe, sur le tympan de la porte centrale, toute une représentation du Jugement dernier. « C’est une composition géométrique, manquant un peu de style et de grandeur, mais heureusement agencée et révélant, selon Viollet-Le-Duc, une étude finie des proportions avec une perfection prodigieuse dans l’exécution des détails. » La statuaire y est subordonnée à l’architecture. Mais que d’intérêt dans ces personnages groupés ou isolés dans les compartiments du tympan. En haut, le Christ entre deux anges ; plus bas, la Vierge et saint Jean à genoux ; vers la gauche, Abraham recevant les justes dans son sein ; des anges accueillant leurs âmes dans des bosquets de rosiers ; à droite des diables entraînant des réprouvés, parmi lesquels on distingue un roi et un évêque, tandis que d’autres damnés sont précipités dans la gueule d’un monstre. Au-dessous, sur le linteau de la porte, des morts en grand nombre sortent de leurs tombeaux. Le caractère de cette composition semble plus archaïque que le reste de l’édifice, il y a quelque chose de traditionnel et de naïf que la sculpture perdra plus tard. Aussi peut-on en conclure que le portail principal n’a pas été construit plus tard que le chœur, le transept et la plus grande partie de la nef. Comme il était protégé par une toiture provisoire, le tympan a peu souffert des intempéries de l’air, et sa situation sur une cour qui autrefois n’était pas livrée au public (aujourd’hui, parvis) l’a sauvé des violences des briseurs d’images de 1793. Tous les personnages sont intacts, à l’exception de deux élus qui ont été décapités.

Les portes latérales de la façade, répondant aux collatéraux, présentent une particularité assez fréquente en Champagne : au lieu de tympan, des fenêtres ogivales en surmontent les Linteaux. Elles sont entourées d’une décoration en feuillages découpés et ciselés avec une rare finesse. Ce que l’on admirera davantage encore, ce sont les fenêtres géminées des bas-côtés, séparées par des contreforts ; leurs meneaux, s’entrecroisant en trilobés et en trèfles, surmontés d’un gable aigu, s’inscrivent dans une sorte de cadre rectangulaire couronné par une balustrade ajourée. Elles se continuent à l’abside en se groupant trois par trois, formant aux parties supérieures de l’édifice, plus nobles et plus sobres, une base d’une richesse, d’une élégance et d’une originalité incomparables.

Rien n’égale la distinction et le fini des ornements qui décorent les piédestaux dressés aux côtés des deux portes du Transept, portes massives garnies de leurs pentures et de leurs anneaux du Moyen-Âge. A droite et à gauche des gables de ces piédestaux se dressent parfois des animaux réels ou fantastiques. On peut admirer, au piédestal de droite du porche méridional, un semis de fleurs de lis dans des compartiments losangés, au-dessus desquels sont sculptés de petits animaux, tels que des coqs combattants. Sur l’un de ces piédestaux, la silhouette de la statue de Ecce Homo, qui y était placée, se distingue encore par la teinte plus blanche de la pierre ressortant sur le fond de la niche, primitivement recouverte de couleurs. Les clefs de voûtes sont formées par des médaillons au milieu desquels sont sculptés, au portail nord, un prophète et un ange tenant chacun un phylactère. Au portail sud, un ange à mi-corps et un autre en pied. Ils sont malheureusement trop hauts placés pour qu’on puisse en apprécier aisément le style et la finesse.

Avant d’entrer dans l’église, signalons un de ces petits chefs-d’œuvre que les admirables artisans du Moyen-Âge cachaient aux regards de la foule en les ciselant, on peut le dire, pour leur satisfaction personnelle, dans les parties les moins fréquentées et les moins accessibles de l’édifice. Si l’on gravit les hautes marches des escaliers placés aux deux côtés du chœur, escaliers qui méritent bien le nom de vis qu’ils portaient autrefois, on accède aux galeries garnies de balcons ajourés, qui circulent autour du chœur et de ses bas-côtés, à un tiers de la hauteur des fenêtres, comme aux galeries supérieures qui contournent les combles. À la retombée de l’arc-boutant du côté sud, un des grands sculpteurs inconnus du XIIIe siècle a sculpté à larges coups de ciseau, en guise de cul-de-lampe, un homme revêtu d’une robe, la tête malheureusement mutilée, appuyée contre la main droite, la main gauche sur son genou. Rien de plus juste que la pose de cet homme, qui a l’apparence d’un artisan, et qui fut peut-être l’architecte ou l’un des décorateurs du merveilleux édifice auquel, à défaut de son nom, il aurait essayé d’attacher son image.

L’intérieur

 Si l’extérieur de Saint-Urbain provoque l’admiration, l’intérieur est peut-être plus surprenant encore. La surface lumineuse des grandes fenêtres du chœur produit un effet prodigieux. Quand le comte de Montalembert pénétra pour la première fois dans le vaisseau de la Collégiale, il s’écria dans son enthousiasme d’artiste et de chrétien : « Quelle Délicieuse Église ! quelles belles proportions dans la croix formée par la nef, l’abside et le transept ! Quels torrents de lumière inondent le sanctuaire et le chœur, à travers les neuf vitraux immenses qui environnent l’autel du sacrifice ! On dirait les neuf chœurs angéliques devant le trône de Dieu ! »

Le caractère distinctif de Saint-Urbain, comme de la Sainte-Chapelle de Paris, c’est l’abondance de la lumière ; mais à la Sainte-Chapelle la lumière vient de tous les points du vaisseau, tandis qu’à Saint-Urbain elle éclate surtout dans le Sanctuaire. Les hautes fenêtres, ornées dans leur partie inférieure d’une arcature saillante ajourée, formant une galerie surmontée de claire- voie, s’élancent à trois mètres du sol jusqu’aux sommets, et, comme elles paraissent à peine divisées par le faisceau étroit de colonnettes élégantes qui les séparent, elles inondent de clarté le fond du chœur. L’effet est d’autant plus lumineux que les vitraux ne sont coloriés qu’en partie et que les figures de prophètes qui en occupent le centre et les bordures armoriées sont entourées de verres revêtues d’ornements en grisaille, à travers lesquels le jour passe largement, mais cependant en se tamisant suffisamment pour que la vivacité en soit amortie.

La haute fenêtre du fond de l’abside présente, dans sa rose supérieure, le Christ entre la Vierge et saint Jean ; dans les roses inférieures, des anges jouant de la trompette. Au-dessous, vers le milieu des meneaux allongés, se dressent trois prophètes debout, sur un fond bleu, se détachant sur des grisailles entre deux bandes formées alternativement des armes de France (ces armes étaient aussi celles du pape Clément IV, français d’origine, ancien secrétaire de Saint-Louis. (Il est plus vraisemblable que le Chapitre ait fait figurer à côté des siennes, les armoiries d’un pape qui l’avait protégé que celui du roi de France avec lequel il n’avait eu aucune relation)) et de celles du Chapitre. Les mêmes armes servent également de bordure au grand vitrail de la fenêtre à gauche, tandis que les bordures des trois autres fenêtres du sanctuaire sont formées des armes de Champagne et de Navarre. Le comte de Champagne, Thibaut V, qui était aussi roi de Navarre, avait été de ceux qui suscitèrent des difficultés aux chanoines de Saint-Urbain ; mais, lorsqu’il mourut en 1270, il n’oublia pas l’église dans son testament. Peut-être les chanoines employèrent-ils les 40 liv. qu’il leur laissa à la confection de ces grandes verrières qui portent ses armes.

Chacune de ces fenêtres est garnie, comme celles du milieu, de trois figures de prophètes. Les quatre premières fenêtres du chœur sont divisées par des meneaux d’un dessin quelque chose peu différent ; les deux premières renferment quatre prophètes ; les deux qui viennent ensuite n’en contiennent que trois, parce que le quart des fenêtres est aveuglé par la maçonnerie des escaliers qui, de chaque côté, s’élèvent vers les galeries supérieures et les combles. Tous ces prophètes, dont la facture rappelle celle des personnages qui brillent sur les grandes verrières du chœur de la cathédrale de Troyes, sont d’un dessin large, expressif, un peu rude dans ses traits noirs accentués sur les verres peints de couleurs vives, mais très justes dans la pose et le mouvement, et révélant dans les draperies le meilleur style de l’époque.

Il y a plus de variété et de souplesse dans les médaillons que renferment les roses supérieures des hautes fenêtres. Celle qui est à la gauche de la verrière du fond contient un couronnement de la Vierge ; celle de droite, un Christ ressuscité. On remarquera aussi au haut de la troisième fenêtre, à droite dans le chœur, un pape, la croix en main, tandis que dans les médaillons inférieurs apparaissent un chevalier et des archers. On appréciera mieux le talent des peintres verriers de la fin du XIIIe siècle dans les jolis panneaux des verrières de la galerie du chœur. C’est presque un chemin de croix, peint bien antérieurement à la création des chemins de croix, depuis la prédication du Christ et l’entrée à Jérusalem, jusqu’à l’Ascension. La composition de ces petits tableaux est heureuse dans sa simplicité, les attitudes sont justes. Selon Viollet-Le-Duc, leur aspect ne laisse rien à désirer au point de vue de l’harmonie des tons, des dessins et de l’exécution. Les couleurs rouges, vertes et bleues des trois premiers panneaux de gauche sont damasquinées de dessins d’une finesse extrême, enlevés sur une teinte posée en dehors du vitrail et non du côté de la peinture, ce qui lui donne un flou particulier.

Les mêmes qualités se révèlent dans les panneaux qui ornent les fenêtres géminées des bas-côtés du chœur, et qui représentent à gauche les principaux événements de la vie de la Vierge, à droite, les derniers épisodes de sa mort. Dans Les premiers, nous signalerons seulement une particularité digne de remarque dans le médaillon de la Nativité. Tandis que la Vierge est représentée couchée au premier plan, l’Enfant-Jésus est étendu, emmaillotté dans des bandelettes, au-dessus d’une crèche élevée sur une arcature. Les épisodes de la mort de la Vierge, qui sont peints sur les vitraux de la chapelle de droite du chœur, sont empruntés à la Légende Dorée, et méritent, comme ils sont peu connus, une analyse spéciale.

Lorsque la Vierge fut arrivée au terme de sa carrière, un Ange vint lui annoncer sa mort prochaine. Les apôtres s’empressèrent de se réunir autour du lit où elle expirait. C’est le sujet des deux premiers panneaux. Dans le troisième, la Vierge est morte. Le Christ vient recevoir dans un linge blanc son âme, représentée sous la forme d’une petite figure Non. À droite et à gauche, deux anges sont en adoration. Voici maintenant deux femmes auprès du lit de Marie : l’une d’elle verse sur son front le contenu d’un vase de parfums. Dans le cinquième panneau, les disciples sont autour du corps de la Vierge, étendue dans un linceul blanc, sur lequel est tracée une croix noire à la place de la figure qu’elle recouvre. Maintenant, quatre apôtres s’avancent dans les rues de Jérusalem, portant le corps de la Vierge dans un cercueil recouvert d’une draperie blanche. Un mécréant veut y porter des mains profanatrices : ses mains restent adhérentes à la draperie et se détachent de ses bras. Les deux derniers panneaux renferment l’Assomption et le couronnement de la Vierge, sujet que nous retrouverons traité par la sculpture dans d’autres endroits de l’église.

Avant de quitter les vitraux de la chapelle de la Vierge, admirons la finesse et l’ingénieuse disposition des arabesques et des entrelacs en grisailles qui en forment le fond. Remarquons particulièrement les masques de personnages et d’animaux sur les deux fenêtres du fond. Ils sont dessinés au trait sur des verres jaunes, rouges ou gris, avec une verve, une vivacité et une fécondité d’invention qui surprennent.

Les hautes fenêtres du transept ont été décorées avec moins de luxe que celles du chœur. Les ornements en grisailles, les bandes de verres de couleurs diverses, les verres blancs y dominant. Quelques-uns des médaillons qui les garnissaient ont été brisés et non remplacés. Il en existe pourtant encore neuf dans les deux fenêtres du pignon nord et dans celle de gauche du pignon sud. Leurs sujets sont empruntés à la vie des Saints. Tracés, comme les autres, à la fin du XIIIe siècle, ils sont traités avec une naïveté pittoresque et peuvent donner de précieuses indications pour l’histoire du costume au Moyen-âge.

À l’exception des vitraux, des arcatures découpées qui garnissent la galerie basse des hautes fenêtres et surmontent les fenêtres des bas-côtés, la décoration de l’intérieur de Saint-Urbain est sobre. Les bases des piliers et les chapiteaux des colonnettes, groupées en faisceaux, sont aussi restreints que possible afin de donner plus d’élancement au vaisseau, les lignes verticales l’emportant complètement sur les lignes horizontales. Les pignons du transept, au lieu d’être éclairés par des roses dominant des murs pleins percés seulement de portes à rez-de-chaussée, laissent passer la lumière par deux hautes fenêtres ogivales, qui contribuent à rendre l’aspect de l’édifice plus léger et plus aérien.

 Le seul motif de sculpture un peu riche qui fasse corps avec l’édifice et date de son origine, est l’admirable piscine du côté droit du chœur, où l’on aperçoit entre les gables le Christ couronnant la Vierge, qu’adorent à gauche et à droite les deux fondateurs de l’église, Urbain IV et le cardinal Ancher. C’est un véritable bijou de l’art du XIIIe siècle ; l’excellente pose des personnages, l’heureuse disposition des plis de leurs vêtements, ne font qu’augmenter les regrets causés par leur décapitation à l’époque de la Terreur, mutilation non moins fâcheuse pour l’art que pour l’histoire, puisque les têtes des donateurs devaient reproduire leurs traits authentiques sculptés par des artistes qui avaient pu les connaître. De petits guerriers apparaissent sur la plateforme crénelée, surmontant les quatre dais à triple arcade trilobée qui recouvrent les figures principales.

Nous ne ferons que mentionner ici les divers objets d’art qui sont placés dans l’église ; une seule statue est encastrée dans ses murs : c’est la figure de femme couchée sur un Tombeau, statue du XVIe siècle dont nous avons antérieurement parlé. Les autres sont posées provisoirement sur un entablement courant placé au niveau de la base des fenêtres des bas-côtés. Très postérieures à la construction de l’église, elles ne paraissent y avoir été apportées qu’après la Révolution, lors du partage qui fut fait des dépouilles des églises réunies dans les salles basses de l’ancienne abbaye de Saint-Loup. Quelques-unes ont une valeur réelle que nous ferons connaître dans une liste que contiendra l’Appendice.

Nous en ferons de même pour les objets d’art que renferme la Sacristie. La voûte de ce petit édicule, qui fait face à un autre semblable désigné sous le nom de trésor, et qui nous paraît avoir servi avant 1789 de salle capitulaire, mérite particulièrement l’attention ; les nervures viennent retomber au centre en une clef pendante se terminant par un médaillon sur lequel est sculpté le Couronnement de la Vierge, petit chef-d’œuvre de l’art simple et grand du Moyen-Âge. 

L’achèvement.

 

Les beautés de l’église Saint-Urbain, que nous avons essayé de faire connaître d’une manière trop rapide et superficielle pour être complète, ont été appréciées comme elles méritent de l’être dans notre siècle. Le XVIIe et le XVIIIe siècle ne comprenaient point le génie du Moyen-Age. Ils n’avaient pas le sentiment de cette grande époque des Croisades, qui est vraiment l’âge épique de notre histoire et qui finissait, avec la mort d’un saint roi sur le rivage de Tunis, précisément à l’époque où l’église fondée par le pape Urbain s’élevait dans les airs. Le XVIIIe siècle, qui méconnaissait Jeanne d’Arc, l’avait laissée insulter par le plus célèbre de ses hommes d’esprit, ne saisissait pas le pittoresque, le charme et la grandeur de l’architecture ogivale qu’il attribuait aux anciens Goths. Notre époque, dont on médit parfois avec excès, a été plus éclairée et plus juste en ce qui concerne l’art du passé. Elle en a eu l’intelligence et le respect, et, sans répudier les progrès de la science, elle a souvent reconnu le mérite des œuvres de nos pères en s’efforçant de les conserver et de les terminer.

Cette noble tendance, qui a eu son point de départ sous la Restauration, s’est précisée et a fini par arriver à des résultats pratiques pendant le règne de Louis-Philippe, sous l’impulsion d’un ministre d’une vaste intelligence, Guizot, avec le concours d’hommes dont les convictions étaient différentes, mais le but identique, Mérimée, Victor Hugo, Montalembert, de Gaumont, et plus tard Viollet-Le-Duc. Elle s’est manifestée providentiellement à l’heure où beaucoup d’admirables monuments, comme Saint-Pierre et Saint-Urbain de Troyes, commençaient à chanceler sous les étreintes du temps. Dans notre contrée surtout, où les matériaux n’offrent à son action, par leur nature, qu’une résistance relativement peu durable, six siècles paraissent être l’extrême limite que les monuments peuvent atteindre. Il y a cent ans, on se serait résigné facilement à les démolir pour en reconstruire d’autres ; de nos jours, on a eu la noble ambition de les achever, et, avant de les terminer, de consolider d’une manière raisonnée leurs parties menacées, afin d’en mieux conserver les beautés.

En 1837, le peintre Arnaud, auquel l’archéologie doit tant de reconnaissance dans notre région, consacrait plusieurs pages de son Voyage pittoresque et archéologique dans le département de l’Aube à faire connaître dans ses détails l’église Saint-Urbain. Il en donnait la première description technique et complète, avec des dessins de Charles Fichot. Celui-ci employait déjà les ressources de son infatigable crayon à retracer les merveilles de l’art et de l’architecture dans notre région. Il lithographiait, en 1845 et en 1852, des vues de Saint-Urbain, tandis que Dauzats et Sagot reproduisaient plusieurs de ses aspects dans le superbe ouvrage du baron Taylor sur la Champagne.

Vers la même époque, au Congrès archéologique de Reims de 1847, l’abbé Tridon élevait une voix éloquente en faveur de Saint-Urbain. Il ne lui suffisait pas de provoquer « l’extase en face de la floraison de pierres qui couronne le chevet, la croisée et les portes » de l’édifice. Il ne lui suffisait pas de rappeler l’opinion d’un habile archéologue qu’il ne nomme pas, mais qui avait dit de cette église : « C’est l’impossible, c’est la pierre spiritualisée ; » il montrait l’état où elle était, il signalait ses ruines. « La nef principale n’a pas de voûte, disait-il ; son clocher, sa couronne, lui a été arraché. D’illustres archéologues, ajoutait-il, ont émis des vœux qui tendent à obtenir une protection digne d’un monument que se disputent l’histoire, l’archéologie et les arts. Messieurs du Congrès, amis intelligents de nos vieux monuments, j’oserai presque dire nos amis personnels, venez-nous en aide de tout votre crédit, unissez-vous à nos protecteurs, et la cause de Saint-Urbain est gagnée. »

Elle était gagnée aux yeux de l’opinion ; mais les vœux éloquents que celle-ci ratifiait étaient encore loin d’être réalisés. Des travaux importants de consolidation furent entrepris cependant vers 1850 au porche méridional sous la direction de l’architecte Fléchey, qui avait fait approuver des Plans de restauration en 1845. Un autre architecte, originaire de Troyes, M. Paul Lorrain, faisait aussi une étude spéciale des diverses parties de l’église, dont les dessins ont été gravés dans le Moniteur des architectes. Mais les divers articles, illustrés pour la plupart d’estampes sur bois, que Viollet-Le-Duc allait lui consacrer, dans son monumental Dictionnaire de l’architecture au Moyen-Age, devaient lui acquérir parmi les églises de France une notoriété hors ligne, motivée sur la compétence exceptionnelle du savant architecte qui en étudiait les diverses parties et concluait presque toujours par des éloges sans réserve.

Le Conseil général et la Société Académique de l’Aube ne pouvaient rester étrangers au mouvement qui portait à rendre à l’église d’Urbain IV la justice qui lui était due et à réclamer son achèvement. Le Conseil général le demanda à plusieurs reprises, en priant le Préfet de solliciter du Gouvernement les allocations que nécessiteraient les travaux. Ce vœu fut renouvelé particulièrement en 1865, en même temps que le Conseil exprimait ses sympathies pour l’érection d’une statue au pape Urbain IV sur l’une des places de la ville de Troyes. On sait qu’une souscription fut ouverte dans ce but généreux, que le Souverain Pontife s’inscrivit en tête de la liste, et que les versements montaient déjà à un chiffre sérieux lorsque les événements de 1870 survinrent. Mais les fonds ont été déposés entre les mains de la Société Académique, et nous avons la ferme confiance que la statue d’Urbain IV s’élèvera dans un temps rapproché en face ou sous l’un des porches de son église achevée.

La restauration de Saint-Urbain, cependant, s’imposait comme une nécessité, et les événements de 1870 la retardèrent seulement de peu d’années. La ville de Troyes prit une très large part au dégagement de l’église, elle inscrivit à son budget des sommes importantes pour l’achat et la démolition des maisons qui, depuis le XIVe siècle, étaient venues s’accoler à son abside et à ses bas-côtés, comme des végétaux. L’Etat alloua, de son côté, des fonds considérables pour la réfection du chœur et grâce à cette allocation, nous avons vu de 1876 à 1886 retenir de la base au sommet, dans tous ses détails, la partie orientale de l’édifice, sous l’habile et savante direction de M. Selmersheim, architecte en chef des édifices diocésains et de M. Brouard inspecteur diocésain, membre de notre Société Académique. C’est avec le plus scrupuleux souci de rétablir l’œuvre du XIIIe siècle, telle qu’elle avait été conçue par son constructeur primitif, que tous deux ont tracé les plans et dirigé les travaux de consolidation de réfection et d’ornementation, avec le concours pratique de M. Vital, appareilleur et de M. Delagoule, sculpteur distingué.

Mais leur œuvre est restée en suspens, par suite d’un arrêt dans les allocations de l’État. Si beaucoup a été fait, beaucoup reste encore à faire, avant de songer à l’achèvement de la nef et du portail principal, avant de penser à la réédification de la flèche. Le transept et les bas-côtés de la nef sont dans un état de vétusté qui nécessitera de coûteux travaux ; si l’on se promène sur les galeries supérieures du transept, il faut craindre de s’appuyer sur les balustrades dont les pierres mal jointes pourraient céder sous la main ; on apercevra les ardoises qui s’effritent et tombent ; on verra d’autres traces d’une prochaine destruction, sans compter celles qui échappent à un examen superficiel. Avant de terminer, il faut consolider, et les travaux de consolidation exigeront pour le transept et la nef, selon les devis des architectes, une somme de près de 280 000 francs.

Heureusement que Saint Urbain a eu l’heureuse fortune de rencontrer des curés passionnés pour l’achèvement de leur église. Je ne puis oublier ici M. l’abbé Méchin, qui avait vu commencer les travaux de restauration du chœur. Orateur éloquent, il avait publié dans les Mémoires de la Société Académique de l’Aube de savantes études sur la belle église dont il était le pasteur. Non moins disert, non moins zélé, M. l’abbé Jossier curé actuel, est aussi pénétré du noble désir et de l’ambition légitime de voir terminer ce chef-d’œuvre d’architecture qu’un pape troyen a construit il y a six cents ans. Sous le patronage de Msg Gortet, son évêque. Il a suscité une souscription, et tel est son zèle, tel est l’irrésistible attrait du bel édifice en faveur duquel il agit, que déjà des sommes élevées ont été recueillies, grâce à la générosité privée à laquelle on ne fait jamais appel en vain dans notre pays.

Le Gouvernement s’est associé à ce noble élan. Il a reconnu la nécessité de conserver à la France un de ses monuments les plus originaux et des plus intéressants, en le terminant selon son plan primitif. Grâce à de nouvelles allocations de l’État, les travaux vont être repris sous la direction des mêmes savants architectes, et nous avons le ferme espoir qu’ils ne s’arrêteront qu’après l’achèvement de l’édifice. Si notre temps n’a pas toujours le respect des traditions historiques et religieuses, il a du moins celui des traditions artistiques et du beau sous ses diverses formes. On représente trop souvent la fin du XIXe siècle comme une époque d’indifférence et de scepticisme. Il serait consolant, autant que piquant, de montrer à ceux qui l’attaquent de la sorte comment s’est achevé de nos jours et par ses soins un ravissant édifice, créé par un pape français, à une époque d’enthousiasme et de foi, et que six siècles écoulés depuis lors n’avaient point su terminer.

 

APPENDICE

Nomenclature des gargouilles 

NEF

Bas-côté nord-ouest (sur chaque éperon, en commençant par l’ouest) :

 

1) La gargouille manque

2) Tête d’homme à l’extrémité d’un caniveau

3) Chat

4) Griffon à tête d’home, poitrine drapée

5) Cerf courant (tête mutilée)

Bas-côté sud-est :

1) Femme nue avec draperies sur le cou et la tête. Elle parait représenter la luxure          

2) Clerc en bonnet carré, en robe avec petite bourse au côté

3) Lion

4) Chevalier en cotte revêtue d’écailles, tirant son épée du fourreau pour frapper un lien qui, monté sur son épaule menace de le dévorer

5) Femme drapée

TRANSEPT

            Nord-ouest :

1) Lévrier (sans tête), au-dessous, un bouc (refait par M. Delagoule)

2) Chimère à tête de barbet et queue de serpent (au milieu du pignon)

3) Chimère ailée ; au-dessous : un chien

            Sur les contreforts du porche : 1° Tête d’homme ; 2° Tête de loup ; 3° Tête d’animal (indéterminé) ; Chacune de ces têtes sert d’amortissement à un caniveau.

            Sud-est :

1) Cerf brisée

2) (au-dessous) Chimère ailée à tête de femme, corps de lion, queue de serpent

3) (au milieu du pignon) Aigle

4) Chien (sans tête)

5) (au-dessous) Griffon à tête et pattes de devant de vautour, jambes arrière d’un quadrupède

Sur les contreforts du porche : Trois têtes d’homme, mutilées.

SACRISTIE 

Trois têtes amortissant les caniveaux : 1° sorcière, 2° juif, 3° juge (sculptés par Delagoule).

TRÉSOR

Trois têtes de même : un bélier, deux chimères (sculptés par Chédeville).

CHŒUR

            Bas-côté nord-ouest

1) Griffon

2) Un fou avec la tête grimaçante, un capuchon pointu, une veste courte

3) Diable nu (refait par Delagoule)

4) Léopard (refait par Delagoule)

            Bas-côté sud-est :

1)Griffon

2) Chimère ailée

3) Chien (refait par Delagoule)

4) Chimère à corps de poisson ailé, avec de grandes oreilles ailées, tenant une crosse fleuronnée

 

Hautes fenêtres et contreforts de l’abside

(en partant du nord-ouest pour s’arrêter au-dessus de la sacristie au sud-est)

Au haut de la tourelle de l’escalier nord

1) Femme drapée tenant de la main droite un poisson, de la main gauche elle en ouvre la bouche qui laisse échapper l’eau (œuvre d’un style et d’une beauté supérieurs, très bien conservés)

2) (au-dessus) Petit moine à la tête rasée

3) à l’éperon suivant : homme drapé, la bouche ouverte (refait par Delagoule). Le torse et la partie inférieure sont conservés au musée de Troyes. Du même style que le n° 1 ci-dessus

4) (au-dessus) Chimère

5) à l’éperon, formant le côté Est de la grande fenêtre du fonds de l’abside : Chimère

6) (au-dessous) Femme nue, peut-être personnification de la volupté (la tête et un bras ont été refaits en partie par M. Delagoule)

7) de l’autre côté de la grande fenêtre : Musicien drapé, jouant de la viole (la tête a été refaite par Delagoule)

8) Laie avec ses petits

9) personnage drapé, figure délitée

10) (au-dessous) Lion

11) chien courant d’un mouvement très juste

12) Chimère à tête de chien et queue de serpent

            En tout, 51 gargouilles dont 7 refaites à neuf, 6 neuves et 2 réparées

OBJETS D’ART

            Saint Urbain renferme un assez grand nombre d’objets d’art, disséminés dans l’église ou recueillis dans la sacristie, et qui, pour la plupart, ne paraissent pas provenir de l’ancienne Collégiale. Nous nous contenterons de les énumérer, sans indiquer la place provisoire qu’ils occupent !

STATUES

            Vierge au raisin – La Vierge présente un raisin à l’Enfant Jésus assis sur son bras. – Œuvre charmante, polychrome du début du XVIe siècle.

Sainte barbe, début XVIe s., elle présente une analogie frappante avec une sainte barbe du musée de Cluny, catalogué sous le n° 272

            Saint Bernard en moine tenant une église dans la main droite ; fin XVe de l’école Bourguignonne.

            Sainte Anne et la Vierge. (L’Éducation de Marie) Époque Louis XII

[Note : Époque Louis XII veut dire : début du XVIᵉ siècle (vers 1500‑1515), gothique tardif de transition vers la première Renaissance.]

            Vierge à l’Enfant, École de tours, même époque. Groupe intéressant comme le suivant ; autre Vierge à l’Enfant de la même époque et même caractère.

            Vierge à l’Enfant, milieu du XVIe par Dominique le Florentin

            Vierge Marie et Saint Jean. Ces deux statues proviennent sans doute d’un calvaire. Fin XVIe

            Saint Roch, une petite fille et son chien, groupe de l’époque de Louis XII

            Épisodes de la Passion – Bas-relief en pierre. En haut le Christ en croix entre les deux larrons. A droite, descente de croix. En bas, Ecce Homo. Portement de croix, reniement de croix. Première partie du XVIe.

            Sainte femme au tombeau. – Mutilée en partie ; milieu du XVIe s.

            Saint Joseph et l’Enfant Jésus par Dominique Florentin

            Évêque avec petit donateur, milieu du XVIe

            Saint, statue en bois, XVIe siècle

            Sainte Famille – Jésus enfant adoré par des anges – deux médaillons en cuivre doré, remarquables par le dessin et le fini de la ciselure, attribués à Girardon XVIIe siècle

TABLEAUX 

            Visitation, Présentation – Tableaux du XVIIIe s., du même peintre inconnu.

            Adoration des Bergers, fin du XVIe s.

            Saint Pierre-ès-liens, XVIIe s.

            Sainte Famille, fin XVIIe-début XVIIIe. Cette toile pourrait être attribuée à Carrey.

 

SACRISTIE

Sculpture du XVIe s. avec traces de polychromie – Vierge agenouillée devant l’Enfant Jésus, sous une arcature de forme arrondie, au-dessus de laquelle sont écrites en caractères gothiques : « Voicy le bien et la sainte chapelle de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. »

Vierge à l’Enfant – Bas-relief en bois de chêne, XIVe siècle

Quatre bas-reliefs sur marbre, dans leur cadre de la Renaissance, XVIe s.

1° Le Jugement de Salomon ; 2° Adoration des Bergers ; 3° Portement de croix ; 4° Crucifiement.

Plaque en argent ou cuivre doré, formant le plat supérieur d’une reliure entourée de baguettes d’argents et représentant l’Adoration des Mages en relief. – Œuvre Flamande de la fin du XVIe siècle, remarquable par le style de la composition et la finesse de l’exécution. Cette plaque recouvre un missel bien conservé sur le titre duquel est imprimé : « Missale romanum, ex officinâ Christophori Plantini, 1572 » in-fo. Les lettres ornées en grand nombre sont coloriées avec soin.

Meuble en chêne, composé de parties appartenant au XVIe et surtout à la fin du XVIIe siècle. Le soubassement et le fronton qui sont de cette dernière époque, sont médiocres. Dans la partie centrale, deux saints, l’un tenant une colonne l’autre une grande épée, représenteraient saint Pierre et saint Paul. Leur costume est celui du XVIe s. L’influence flamande se révèle dans leur style. Sur la porte centrale a été appliquée une Vierge tenant sur ses genoux le Christ mort. – Groupe en bois de tilleul. La Vierge rappelle le style de l’école florentine du XVIe siècle. La sculpture du Christ est aussi mauvaise que possible.

Christ en bronze doré de l’école, sinon de la main de Girardon.

Bon Pasteur, statuette en bois de chêne du XVIIe siècle

Vierge et Enfant debout. Statuette en bois de poirier, très médiocre.

 

Note :   [ Missel romain, sorti de l’atelier de Christophe Plantin, 1572. Christophe Plantin (1520‑1589) est l’un des plus grands imprimeurs de la Renaissance. Son officine, la Plantin-Moretus, était un véritable phare du savoir : typographies d’une finesse rare, contrôle maniaque de la qualité, et une production qui allait des ouvrages religieux aux traités scientifiques.

Un missel sorti de chez lui, c’est un peu comme une pièce d’orfèvrerie : papier choisi, encre stable, mise en page rigoureuse, et un respect absolu du texte liturgique.

Le Missale Romanum de 1572 s’inscrit dans le contexte de la réforme tridentine : Rome impose une uniformisation des rites, et Plantin devient l’un des imprimeurs de confiance pour diffuser ces textes officiels. Ce n’est donc pas un missel “local”, mais un missel normatif, destiné à fixer la liturgie romaine dans toute l’Europe catholique.

En résumé, cette mention latine dit plus que ce qu’elle montre : elle signale un livre officiel, soigné, autorisé, et sorti des presses d’un maître imprimeur dont la réputation dépasse largement son siècle.]

 

Les Chanoines, les vicaires et le Bedeau

On trouvera d’assez nombreux détails sur les chanoines et vicaires de Saint-Urbain dans le travail de l’abbé Méchin. Les vicaires, d’abord au nombre de 14 furent réduits à 8 en 1621 ; leurs ressources étaient de 323 livres 14 sols à partager entre tous. A la veille de la Révolution, où on les supprima en principe, il en restait 4 qui touchaient 31 livres par mois chacun. On a vu que quelques-uns d’entre eux reliaient, raccommodaient ou enluminaient des livres.

Les chanoines eux-mêmes auraient été dans un état très précaire au XVIIe siècle. Beaugier évalue le revenu de la prébende de chacun d’eux à 150 francs. Cependant, en 1790, il fut constaté que les différentes sources de revenus du Chapitre lui donnaient 27 416 livres, de sorte que chacune des douze prébendes aurait rapporté 1 958 livres 10 sols 4 deniers à son titulaire. Le doyen avait deux prébendes, les autres dignitaires du Chapitre, le chantre et le trésorier, chacun une et demie.

[Le doyen était élu en dehors du Chapitre]

Le chapitre ne parait pas avoir eu de suisse, mais vers 1719, nous voyons apparaitre un portier qui prote une robe violette et dont la baguette de baleine est garnie de cuivre ou surmontée d’une croix à trois branches.

En 1790, le chapitre devait 108 livres aux quatre enfants de chœur, 108 livres à l’organiste, 10 au souffleur et 18 au bedeau.

Les livres du Chapitre

A partir de la découverte de l’imprimeries, l’acquisition des livres figure pour des sommes relativement moins élevées dans les comptes. Mais on se préoccupe toujours de leur conservation, on a toujours recours aux relieurs. En 1451, Jeahn Lorat le jeune, travaille à l’église quatre-vingt-douze jours, de la fin de juin à la Toussaint, moyennant 11 l. 10 s. (pour relier, nettoier, recoler et réparer la plus grande partie des livres. » On lui fournit des peaux de cerf et du parchemin. Plus tard, si l’on, vend en 1550 à Jean Collet, libraire, « de vieille quelles de livres, » en 1568 Gillebert Moreau, relieur, reçoit 5 livres pour relier le grand légendaire et « le livre de la grant messe ; » il fait d’autres reliures et fournit trois enseignes. En 1597, Pierre de Villiers, marchand libraire, reçoit 9 livres pour avoir relié deux missels, dont l’un en parchemin velin, servait au grand autel. Le missel est posé sur un pupitre, et l’on se sert en 1675 pour tourner les pages de tourne-feuillets. Nous trouvons encore plus tard des réparations de livres : en 1679 et en 1691 par le libraire Bouillerot ; en 1686, par le libraire Febvre.

Notons aussi à la même époque : Reliure d’un graduel, 5 l. 10 s (1674) ; reliure d’un martyrologue à Febvre (1715). En 1756, un bas vicaire raccommode un psautier. Au XVIIe siècle, ce sont d’ordinaire les libraires qui sont relieurs, comme la veuve Michelin en 1759.

En 1777, le Chapitre acheta pour 570 l. de livres d’église à Madame Hérissant à Paris ; il en fit relier à André moyennant 200 livres et les fit transporter à Troyes par ballots.

 

Sceau du Chapitre de Saint-Urbain

            Le sceau et contre-sceau du Chapitre de Saint-Urbain vu précédemment a été reconstitué d’après plusieurs exemplaires incomplets qui se trouvent au Archives départementales de l’Aube, notamment :

            1° Au bas d’une charte daté de mars 1277, le premier mercredi après la Résurrection de N. S., contenant un accusé de réception des joyaux destinés à l’église Saint-Urbain par le cardinal Ancher, et que le doyen est allé chercher à Lyon (10 G 12).

            2° Sceau détaché et par conséquent sans date, provenant de la saisie faite au cours du procès Harmand, dans le cabinet de ce dernier.

Ces sceaux sont empreints sur cire verte et pendent par deux queues en parchemin

Légende : S (sigillum) CAPITVLI . SCI (sancti) VRBANI . PAPE . ET . MARTIRIS . TRECENSIS

[Sceau du Chapitre de la ville de Troyes, placé sous le patronage de saint Urbain, pape et martyr]

            Contre sceau rond : Buste de pape vue de face sous l’apparence d’un jeune homme.

[Les saints ayant la jouissance de la béatitude éternelle, ne vieillissent pas et conserve toujours l’aspect de la jeunesse]

            Le sujet qui se trouve au bas du sceau, dans l’arcature trilobée, est très fruste. On croit cependant y reconnaitre un pélican s’ouvrant la poitrine pour nourrir ses petits. Sur le vêtement du pape et sur le tapis qui est placé sous ses pieds, on peut à la rigueur voire les roses qui se retrouvent sur le contre-sceau, placées de chaque côté de la figure du pape entre deux fleurs de lis.

            3° Autre sceau semblable (10G8), appendu à une pièce datée de 1355, le vendredi de la vigile de l’Assomption, semblable aux précédents.

            Donation par Guillaume dit le Potencier, saunier à Troyes et Marie sa femme, de cinq quartiers de terre au finage de Chaufour, à charge d’anniversaire.

            4° Autre sceau semblable appendu à une pièce de mars 1457.
Fondation d’une messe par François de la Garmoise, écuyer et Henriette de Lintelles sa femme.


FIN

 


Il existe, sous le porche occidental, non terminé, de Saint-Urbain de Troyes, un bas-relief de bois datant des dernières années du XIIIe siècle, qui représente la Trinité (fig. 1) Le Père est au milieu, coiffé de la tiare à triple couronne, comme un pape ; de la main droite, il bénit ; de la gauche, il tient la terre. À sa droite est le Fils couronné d'épines et portant la croix. À sa gauche, l'Esprit, sous la figure d'un jeune homme imberbe, tenant une colombe. Ces trois personnages n'ont ensemble que quatre jambes, adroitement drapées de façon à faire croire qu'ils en ont deux chacun. De petites figures d'un homme et d'une femme agenouillés (les donateurs) sont sculptées aux deux extrémités du groupe ...

Source Dictionnaire raisonné de l'architecture française du XIe au XIe siècle 


Porte principale ; dessin vers 1856 par Eugène Viollet le Duc

"La porte principale de l'église de Saint-Urbain s'ouvrait sous un porche qui ne fut pas achevé. Elle est dépourvue de voussures, le formeret de la voûte du porche lui en tenant lieu. Sur le trumeau central s'élevait, croyons-nous, la statue de saint Urbain, pape..."


Eglise Saint Urbain à Troyes du livre : Eusèbe Girault de Saint-Fargeau, 
Guide pittoresque du voyageur en France, 1838.


Archives de XIXe s., on remarque les maisons construites sur l’église


Mobilier classé Monument Historique conservé dans l'édifice en 2026 :

Verrières
Lavabo en niche
Dalle funéraire
Fonts baptismaux
Bas-relief : Calvaire
Statue : Vierge à l'Enfant dite Vierge aux raisins
Statue : Vierge à l'Enfant
Statue : Sainte Barbe
Haut-relief : Vierge agenouillée devant l'Enfant
Statue : Vierge de calvaire
2 médaillons en bas-relief : Sainte Famille, Jésus adoré par les anges
Statue : Saint Roch
Tableau : Adoration des bergers, cadre
Statue : Saint Bernard
Livre liturgique : Missel romain
Statue : Saint Jacques
Statue : Saint Odilon
Statue : Vierge à l'Enfant
Statue : Christ aux liens
Statuette de calvaire : Vierge
Statue : Saint évêque et donateur
Groupe sculpté : Éducation de la Vierge
Statue : Sainte femme
Groupe sculpté : Saint Joseph et l'Enfant Jésus
Statue : Saint au livre (saint Jean ?)
Statue : Christ en majesté
Statue : Saint Michel
Statue : Vierge de calvaire
Bas-relief : Jugement de Salomon, cadre
Commode (disparue)
Statue : Vierge à l'Enfant (disparue)
Statue : Force
Statuette : Sainte Agnès
Statue : Justice
Statuette : Vierge à l'Enfant
Statue : peut-être saint Étienne (disparue)
Statuette : Bon Pasteur
Statuette : Vierge à l'Enfant
Statuette : Sainte tenant un livre et une palme
Groupe sculpté : Saint Joseph et l'Enfant Jésus
Tableau : Vierge entre sainte Anne et saint Joachim
Statue-reliquaire : Vierge à l'Enfant
Vitraux
Ostensoir (disparu ?)
Tableau : Adoration des bergers
Dalle funéraire de la famille La Rüe (?)
Dalle funéraire
Dalle funéraire de Pierre de Droup ou Drout (?)
Dalle funéraire de Milo Berthier, chanoine
Dalle funéraire de Jehanne, femme de feu Peireron Lannesval
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire
Dalle funéraire de Renaud de Columbier
Dalle funéraire d'Etienne Morce (?), chanoine de Saint-Etienne de Troyes
Dalle funéraire de Gui de Bosco
Dalle funéraire de Pierre Derbice
Dalle funéraire
Dalle funéraire de Marguerite la Caillate
Dalle funéraire de Jean Bompas et sa femme Anne Saulnier
Dalle funéraire
Dalle funéraire de Félis (Félix ?) Gras de Chauchigny, bourgeois de Troyes, et sa femme Jehanne
Dalle funéraire
Dalle funéraire de Pierre le Breton, notaire des foires, et sa femme, Laurette Mérille
Dalle funéraire de (?) Fonuens (?)
Statue : Saint Jean d'un calvaire
Tableau : Saint Pierre aux liens
Statue : Saint Jean d'un calvaire
Bas-relief : Adoration des bergers, cadre
Bas-relief : Portement de Croix, cadre
Bas-relief : Crucifixion, cadre
15 statuettes : Christ, apôtres et deux anges (détruites)
Statue : Saint évêque (disparue)
Statue : Christ en croix
Maître-autel et tabernacle
Groupe sculpté : Vierge de Pitié
Stalles
Sculpture : Christ en croix


On notera encore que la Sacristie ne contient plus d’objets de grande valeur, ceux-ci se trouve aujourd’hui dans le Trésor de la Cathédrale St Pierre et St Paul de Troyes qui se visite gratuitement.


Notre-Dame de Bonne Nouvelle – ex-voto du XVIe

[Cet ex‑voto du XVIᵉ siècle, conservé dans la basilique Urbain IV de Troyes, représente Notre‑Dame de Bonne‑Nouvelle dans une scène de Nativité. Il s’agit d’un haut relief en calcaire polychrome, placé sous un portique Renaissance à pilastres engagés corinthiens, dont les traces de dorure et de peinture témoignent encore de la richesse originelle de l’œuvre. La Vierge Marie est figurée agenouillée devant l’Enfant Jésus couché dans la crèche, les mains croisées sur la poitrine dans une attitude d’adoration. Autour de l’Enfant, trois anges se penchent avec douceur, soulignant le caractère sacré et intime de la scène. À l’arrière‑plan, les têtes du bœuf et de l’âne complètent l’iconographie traditionnelle de la Nativité.

L’inscription, aujourd’hui très usée, laisse encore deviner la mention de « la saunce dame de bonne no… », c’est‑à‑dire Notre‑Dame de Bonne‑Nouvelle, vocable marial lié à l’Annonciation et à la naissance du Christ. L’ensemble constitue un ex‑voto, probablement offert en remerciement d’une protection ou d’une grâce obtenue, selon une pratique très répandue dans les paroisses troyennes du XVIᵉ siècle.

De part et d’autre du portique, deux zones latérales présentent une surface anormalement lisse et dépourvue de décor. Ces emplacements correspondent exactement à ceux où l’on plaçait traditionnellement les blasons des donateurs dans les œuvres votives de la Renaissance. Leur disparition peut s’expliquer par l’usure naturelle de la pierre, par des restaurations anciennes ayant supprimé des détails, ou par un bûchage volontaire, notamment durant la période révolutionnaire où les marques nobiliaires étaient souvent effacées. Il est donc très probable que deux armoiries, appartenant aux donateurs de l’ex‑voto, figuraient à l’origine sur cette sculpture.

Daté du premier XVIᵉ siècle, probablement entre 1520 et 1550, ce haut relief témoigne de l’esthétique des ateliers troyens, où les formes renaissantes s’intègrent à une iconographie encore empreinte de tradition médiévale. Par son sujet, son style et sa fonction votive, il constitue un témoignage précieux de la piété mariale locale et de l’histoire religieuse de la basilique Urbain IV.]


La Passion ; haut-relief du XVIe s.

[Ce haut‑relief en calcaire polychrome, daté du XVIᵉ siècle, représente la Passion du Christ dans une composition d’une intensité dramatique exceptionnelle. Au centre, le Christ crucifié domine la scène, couronné d’épines, les bras étendus sur la croix sous l’inscription INRI (Iesus Nazarenus Rex Iudaeorum). Autour de lui, une foule dense de personnages s’agite : soldats à cheval, bourreaux, disciples, saintes femmes et témoins du supplice. La pierre, encore rehaussée de traces de polychromie ocre et blanche, restitue le mouvement et la tension du drame avec une vigueur remarquable.

La composition s’organise en plusieurs registres : dans la partie supérieure, le Christ isolé dans sa souffrance ; au centre, les cavaliers et les bourreaux accentuant la violence du moment ; dans la partie inférieure, les fidèles et les saintes femmes formant une frise de recueillement et de prière. Chaque figure est traitée avec une grande individualité : visages expressifs, gestes tendus, drapés nerveux. L’ensemble traduit la ferveur religieuse et la sensibilité humaniste propres à la sculpture troyenne du premier XVIᵉ siècle.

Cette œuvre, probablement exécutée entre 1520 et 1550, appartient à la tradition des ateliers de Troyes, dont les Mises au tombeau et Passions de Chaource, Mussy‑sur‑Seine ou Rumilly‑lès‑Vaudes constituent les modèles les plus célèbres. Elle illustre la piété populaire de la Renaissance : un art narratif et spirituel où la pierre devient prière. Par son ampleur, sa densité et son réalisme, ce haut‑relief est un témoignage majeur de la dévotion troyenne et de l’expression religieuse du XVIᵉ siècle.]


Calvaire en bois , XVIe




Cuve baptismale XVe s.

Cuve acquise, lors de la démolition de l'église Saint-Jacques-aux-Nonnains, par un maître maçon de Troyes, nommé Chanté, qui la vendit à un boulanger pour en faire une margelle de puits dans la cour de sa maison. Elle fut défoncée et servit à cet usage jusqu'en 1849, époque où le propriétaire vendit sa maison pour habiter la rue Notre-Dame. En quittant son ancien domicile, il la donna à l'église Saint-Urbain, sa nouvelle paroisse, où elle fut rendue à son ancienne destination. Nous remarquons quelques traces de polychromie.

 

H : St Thomas et un évangéliste ; 2 personnages ? ; Baptême du Christ ; Couronnement de la Vierge

B : St Jacques et St Christophe ; St Christophe et St Jean ; 2 apôtres


 Piscine liturgique 3e quart XIIIe siècle (1265)





 [Description : Constituée de deux arcades trilobées avec gâbles, ornées dans les écoinçons de trois scènes historiées surmontées de dais habités.

Iconographie : Couronnement de la Vierge ; Construction de la cathédrale de Troyes ; Donateur : Urbain IV, pape ; Donateur : Anchero Pantaléon, cardinal ; Assaut

Description : Au centre, le Couronnement de la Vierge. Selon la convention, le Christ est assis à droite ; son bras tendu tenait la couronne ou bénissait la mère de Dieu déjà couronnée. D'en haut deux anges thuriféraires s'inclinent.

Grâce aux maquettes d'architecture qu'ils tiennent dans leurs mains, les deux autres personnages sont identifiés comme des donateurs. Debout près de Marie se tient Urbain IV : d'une part le rational qu'il porte le désigne comme pape, d'autre part le chœur dont il tient une maquette a été bâti de son vivant. Le personnage agenouillé près du Christ, habillé de manière moins dispendieuse, a été identifié comme étant le cardinal Ancher ; la maquette d'architecture qu'il porte pourrait représenter le transept ou la nef - privé de sa toiture -, ces deux parties de l'église étant commencées durant le temps d'activité du cardinal. Il est intéressant que le successeur d'Urbain, Clément IV, ne soit pas représenté. Les quatre statues sont couronnées de dais finement travaillés. Ceux-ci se terminent par une bordure de créneaux, évoquant un château fort ou les fortifications d'une ville. Entre les créneaux, des hommes armés semblent se défendre contre des assaillants avec des arcs et des massues. Ces combats pourraient faire allusion à la défense de Saint-Urbain contre l'offensive de l'abbaye et auraient ainsi une signification historique. Mais cette thèse paraît contestable. Ladner déjà l'a réfutée en se basant sur le fait que l'objet que les soldats défendent représente une ville plutôt qu'une église, faisant penser à la Jérusalem céleste. On ne connaît rien d'une défense héroïque de Saint-Urbain hormis ces événements. Or, à travers les attaques portées par l'abbaye, non seulement l'église a subi des dégâts considérables mais la dignité de maints clercs a été aussi gravement lésée ; et puisque la fin de la querelle ne pouvait guère apparaître assurée, on se demande qui aurait voulu en faire le sujet d'une représentation.]




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Origine des comtés d’Auxerre, Nevers et Tonnerre

  Il existe des régions dont l’histoire ne se laisse pas saisir d’un seul regard, parce qu’elle ne se déroule pas en ligne droite, mais en c...