vendredi 6 mars 2026

Chronique d’un aïeul

 

Louis dauphin de France et sa femme Marie-Josèphe de Saxe
Camée, sardonyx gravée par Jacques Guay et son apprentie Madame de Pompadour


Chronique d’un aïeul, aristocrate champenois au sujet du mariage du dauphin de France

Lorsque le mariage du Dauphin, fils de Louis XV et père de Louis XVI est annoncé avec Mademoiselle Marie Josèphe de Saxe, née le 4 novembre 1731, fille de Frédéric-Auguste III Roi de Pologne (1733-1763) Électeur de Saxe, on fait connaître au Conseil de Ville de Troyes que cette princesse passera par Troyes, en se rendant à Versailles, le 14 janvier 1747.

Je n’étais point encore sorti de mes appartements, ce matin-là, que déjà l’on frappait à ma porte avec une insistance peu conforme aux usages de notre maison. Mon valet, hors d’haleine, m’annonça que la ville bruissait d’une nouvelle d’importance : la future Dauphine, Mademoiselle Marie‑Josèphe de Saxe, devait traverser Troyes en se rendant à Versailles. Je répondis, non sans une pointe d’humeur, que les princesses passaient, les rumeurs aussi, et que l’on me laissât achever mon chocolat. Mais à peine avais-je porté la tasse à mes lèvres que trois autres domestiques, puis un cousin, puis un voisin, vinrent confirmer l’affaire. Il fallut bien se rendre à l’évidence : notre ville, si prompte d’ordinaire à s’endormir sur ses privilèges, allait connaître un de ces remuements qui font croire au peuple que l’Histoire se soucie de lui.

 Dès les premiers jours de janvier, les routes se couvrirent d’équipages royaux. Je les observais depuis la fenêtre de mon hôtel particulier, et je dois dire que jamais je n’avais vu tant de poudre, tant de rubans, tant de chevaux ruisselants de sueur. Les Troyens, qui n’ont pas l’habitude de pareils spectacles, se pressaient comme des mouches autour d’un pot de confiture. « Voilà les gens de la princesse saxonne ! » criait-on. Je me permis de remarquer à un voisin que ces gens-là n’étaient que des fourriers et des laquais, ce qui n’enlevait rien à leur importance mais beaucoup à leur éclat. Le voisin, qui n’avait jamais quitté la Champagne, me regarda comme si je blasphémais.

Un fourrier de Sa Majesté arriva bientôt, un homme sec comme un parchemin, qui examinait les maisons de la ville avec l’œil d’un intendant évaluant un domaine. Je le vis entrer chez les chanoines, puis chez les notables, puis chez les bourgeois, distribuant les logements comme s’il eût été maître de Troyes. « L’Évêché pour Son Altesse, les demeures séculières pour les dames, les maisons ecclésiastiques pour les gentilshommes de la suite », disait-il d’un ton qui ne souffrait pas la contradiction. Je songeai alors que la monarchie absolue avait trouvé son plus fidèle serviteur dans ce petit homme à perruque rousse.

Le 16 janvier, Mademoiselle la duchesse de Brancas fit son entrée dans la ville. Ah ! quel spectacle ! Son cortège emplissait la rue comme une procession triomphale. Les chevaux piaffaient, les manteaux de velours bruissaient, les plumes frémissaient au vent. Les Troyens, bouche bée, se poussaient, se bousculaient, se piétinaient pour apercevoir un pan de robe. Je me tins à distance, car je n’ai jamais aimé les foules : elles sentent la sueur, l’ignorance et l’enthousiasme, trois choses que je supporte mal. Un huissier criait : « Place ! place pour Madame la Duchesse ! » comme si la noblesse avait besoin de crier pour exister.

Les officiers municipaux, qui d’ordinaire ne brillent que par leur lenteur, se mirent soudain à courir comme des diables. Ils ordonnèrent l’érection d’arcs de triomphe, firent tendre des tapisseries, commandèrent des inscriptions latines dont aucun d’eux ne comprenait un mot. Je fus invité à donner mon avis sur l’une d’elles ; je répondis que la grammaire en était douteuse, mais que l’intention était louable. Ils me remercièrent avec une révérence si profonde que je craignis pour leurs vertèbres.

La princesse arriva enfin le 4 février. Je me rendis à l’Évêché, non par curiosité — ce sentiment est vulgaire — mais par devoir. Lorsque son carrosse s’arrêta, un silence presque religieux s’abattit sur la foule. La portière s’ouvrit, et j’aperçus une jeune femme au port gracieux, vêtue d’un manteau clair bordé de fourrure. Elle salua la ville d’un sourire si doux que même les plus endurcis des bourgeois en furent émus. Je me surpris moi-même à incliner légèrement la tête, ce qui, pour un homme de ma condition, équivaut à une ovation.

Deux heures plus tard, elle donna audience aux membres du corps de ville. Je fus témoin de la scène. Le doyen, tremblant comme un enfant, s’inclina profondément : « Madame, Troyes est honorée de votre présence. » Elle répondit avec une grâce qui n’était point feinte : « Messieurs, je suis touchée de tant de soins. » On lui présenta les présents d’usage : vins, confitures, étoffes fines. Elle les accepta avec une politesse exquise, qui fit murmurer à mon voisin : « Voilà une princesse qui sait être princesse. » Je lui répondis que c’était là le minimum requis.

Monseigneur Matthias Poncet de La Rivière, notre évêque, s’avança ensuite, entouré du clergé. « Madame, le chapitre vous offre son vin, et prie Dieu de bénir votre union. » Elle inclina la tête : « Je reçois votre hommage avec reconnaissance, Monseigneur. » Je remarquai que son regard avait la douceur d’une prière, ce qui est rare chez les princesses, plus accoutumées aux intrigues qu’aux dévotions.

La nuit venue, Troyes s’embrasa de lumières. Jamais je n’avais vu pareille illumination. La place Saint‑Pierre, la façade de l’église, les rues, l’Évêché : tout scintillait. Un feu d’artifice fut tiré, projetant dans le ciel des gerbes d’or et d’azur. Les enfants criaient, les vieillards souriaient, les bourgeois se rengorgeaient. Je me tins à l’écart, car je n’aime pas les foules en liesse : elles me donnent l’impression d’assister à une comédie dont je n’ai pas choisi le rôle.

Hélas, dans cette cohue, un enfant fut renversé par un carrosse. On entendit un cri, puis un tumulte. La nouvelle parvint à la Dauphine. Elle pâlit et dit aussitôt : « Qu’on porte secours à cet enfant ! Et que l’on donne deux louis d’or pour ses soins. S’il faut davantage, l’intendant y pourvoira. » Ce geste, simple et prompt, fit plus pour conquérir les cœurs que toutes les illuminations du monde. Je me surpris à murmurer : « Voilà une princesse qui mérite son rang. »

Je suivis ensuite, comme tout le royaume, la destinée de cette jeune femme. Mariée à seize ans, critiquée pour ne pas donner d’héritier, elle mit au monde huit enfants, dont trois devinrent rois. Elle forma avec le Dauphin un couple harmonieux, rare à la Cour. Mais la mort prématurée de son époux l’empêcha de devenir reine. Elle-même, surnommée la « triste Pepa », suivit son mari dans la tombe en 1767.

Et moi, qui ai vu tant de princesses passer, tant de fastes s’évanouir, je puis dire que jamais Troyes ne connut journée plus éclatante, plus vibrante, plus digne d’être consignée dans les mémoires. Car au-delà des arcs de triomphe, des feux, des décharges d’artillerie, ce que nous vîmes ce jour-là, ce fut une jeune princesse étrangère conquérir un peuple par la seule grâce de son sourire et la bonté de son cœur — ce qui, dans notre siècle si prompt à feindre, est peut-être le plus rare des prodiges.




30 janvier 1749

Lorsque je quittai le bal donné pour le mariage de Monseigneur le Dauphin, je pris un moment de repos dans les jardins, afin de contempler l’illumination du château et, surtout, celle des deux écuries martiales, qui resplendissaient comme deux palais de feu. Le spectacle était si magnifique qu’il faisait oublier, pour un instant, la cohue et l’étouffement du banquet royal, tenu dans une salle beaucoup trop petite pour la foule qu’on y avait entassée.

Je regardai la nouvelle Dauphine, qui m’importait plus que je ne voudrais l’avouer. Elle paraissait charmante, assise à la droite du Roi, entourée du Dauphin, de la princesse de Conti, de Mademoiselle et de Madame de La Roche-sur-Yon. En face d’elle, la Reine, Madame Adélaïde, Madame de Modène et Mademoiselle de Sens formaient un tableau fort imposant. La duchesse de Chartres, grosse de plusieurs mois, n’y parut point.

Après le banquet, nous fûmes admis à voir la robe de soirée de la Dauphine, exposée au public jusqu’au moment où la Reine lui remit elle-même sa chemise de nuit. Le Roi, selon l’usage, envoya ensuite tous les gentilshommes auprès du Dauphin, à qui il remit la sienne. Ces deux cérémonies achevées, l’on se rendit dans la chambre de la Dauphine. Elle y entra, tenant son dernier verre, et parut fort aimable, quoique un peu embarrassée — moins toutefois que le Dauphin, qui semblait ne savoir où poser ses yeux. Lorsque tous deux furent glissés dans le lit, les rideaux furent tirés, puis rouverts, afin que chacun pût les contempler un moment : rituel pénible, qui montre tout ce que la pompe des rois peut avoir d’indiscret et de cruel.

10 février

Les jeunes mariés dînèrent en public. À cinq heures commencèrent les amusements et les jeux dans les appartements. Il était presque impossible de se frayer un passage. Je n’avais jamais vu pareille magnificence : dans la galerie, superbement décorée et illuminée, de grandes et petites tables invitaient au jeu ; devant les fenêtres, des tribunes avaient été dressées ; partout, des dames et des seigneurs admirablement vêtus animaient la scène. C’était un véritable festin pour les yeux. Avec quelque peine, je parvins jusqu’à Monsieur et Madame de Robecque.

La Dauphine est d’une taille parfaite et d’un teint frais ; ses yeux enchantent lorsqu’elle s’anime. Son nez et sa bouche sont ordinaires, mais l’ensemble plaît infiniment : c’est un adorable vilain petit canard qui tourne toutes les têtes. Son expression et ses gestes sont d’une grâce naturelle ; elle paraît joyeuse, vive, et montre un plaisir extrême à plaire, taquinant volontiers ceux qui l’approchent. Cela contraste singulièrement avec la nature glaciale du défunt Dauphin, et ne la rend que plus charmante. Venue de Saxe, où les princesses reçoivent une éducation excellente, elle a été dès l’enfance formée à la vie de cour.

À minuit, le grand bal masqué commença dans toutes les pièces. Je demeurai pour tout voir. J’aperçus le Roi, déguisé, aux pieds de Madame de Pompadour, qu’il semblait adorer. Je ne le reconnus qu’à son malaise, que la favorite ne prenait même plus la peine de dissimuler lorsqu’elle l’appelait à ses côtés. Sans me démasquer, et un peu philosophe, je traversai le bal en méditant sur la vanité de toutes ces choses. À quatre heures du matin, je regagnai enfin mes appartements.

 Je l’avais vue passer à Troyes deux ans plus tôt, encore étrangère à notre royaume ; je la retrouvai en 1749, devenue Dauphine de France, et déjà fort différente de la jeune princesse que nous avions saluée



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Tombeau de Louis, dauphin de France, fils de Louis XV, et de sa femme, Marie-Josèphe de Saxe
Cathédrale Saint Laurent à Sens (89)



Louis, dauphin de France, fils de Louis XV mort en 1765, il est le père Louis XVI, de Charles X et de Louis XVIII. Sa femme, Marie-Josèphe de Saxe, est morte en 1767. La localisation de la tombe princière dans la cathédrale de Sens, et non à Saint-Denis, s'explique par le lien particulier qui unissait Albert de Luynes, archevêque de Sens, au dauphin et à son épouse.

Le tombeau se trouve sans la chapelle Sainte-Colombe, il est fait en marbre blanc ; socle et urnes en marbre vert, ornements en bronze doré ou verdi.

Année de création : 1777 par Coustou Guillaume II (sculpteur)

Description de l'iconographie :

Points cardinaux : Nord (côté Dauphine), Sud (côté Dauphin), Est (allégorie de la science), Ouest (allégorie de l'amour).

Le tombeau est entouré de figures allégoriques. Est : l'Immortalité, femme couronnée tenant un miroir et une balance, la Religion, femme qui tient une croix et brandit du bras dextre une couronne d'étoiles, au pied desquelles un chérubin penché sur une mappemonde un compas dans la main personnifie le Génie des Sciences et des Arts. Ouest : Génie de l'hymen, jeune homme ailé, dont la flamme s'éteint, l'Amour conjugal ou le Mariage représenté en un chérubin qui brise une chaine, le Temps ou vieil homme tenant une faux, qui couvre les urnes d'un linceul.

Dimensions normalisées (en cm)

h = 357 ; la = 198 ; pr = 282













D.O.M. 

(À Dieu très bon, très grand)

Ici repose le très excellent prince Louis, Dauphin, 

enlevé par une mort envieuse

dans la fleur de l’âge,

et déjà mûre espérance du royaume,

au milieu des vœux et des prières

que les peuples adressaient à Dieu

pour sa prospérité et pour le salut de l’Église.

 

Il brillait pour la France 

comme un prince accompli entre tous,

arraché à tous les bons,

versé dans toutes les fortunes du royaume,

très aimant envers sa patrie,

très respectueux envers son illustre père,

époux fidèle,

père formant ses enfants

selon l’exemple récent d’une mère vertueuse.

 

Il brillait pour la Religion 

comme un prince chrétien

par le nom et par les œuvres,

d’une pureté de mœurs sans tache

et d’une douceur accomplie,

recommandable par sa grande piété envers Dieu,

très fidèle à la loi divine,

sûr dans la foi, ferme dans l’espérance,

ardent dans la charité.

 

Il vécut jusqu’au dernier jour avec un grand esprit.

Méprisant les choses de la terre,

il soupirait de toute son âme vers les biens éternels,

et, consolé par la grâce céleste,

il laissa un incroyable regret de sa personne.

 

Il mourut le 20 décembre de l’an 1765,

à l’âge de 37 ans.

 



Pascal V. Lamy

Rencontre entre Clovis et Clotilde

 

Gisant de Clovis Ier à Saint-Denis. 

Après que Clovis (né en 466), eut défait, près de Soissons, le patrice Siagrus, gouverneur pour les Romains de la dernière province des Gaules, reconnaissant encore le pouvoir de ces anciens maîtres du monde, la cité des Tricasses, qui, depuis cinq siècles, avait, comme plusieurs autres, courbé sa tête humiliée sous le joug étranger des Césars, s’en vit tout-à-coup et pour toujours affranchie pour passer sous la domination naissante de ce jeune roi des Francs et s’incarner avec elle.

Le peuple de la ville de Troyes, dans cet âge d’or de son église où ses évêques ne savaient être que des saints, toujours guidés par le flambeau de la vraie foi que faisait briller à ses yeux saint Camélien, le successeur immédiat de saint Loup, et rassuré qu’il était par son catholique pasteur qui sut comprendre les garanties que Clovis offrait à la foi romaine, n’eut rien à redouter, pour l’orthodoxie de sa croyance, de la part de son nouveau maître, tout idolâtre qu’il était, comme les nations de la Germanie. Ce prince païen et à demi barbare se convertit à la religion catholique. Une simple femme opéra cette merveille, et Clovis reçut des mains de saint Remi, à Reims, l’eau sainte du baptême qui le fit chrétien.

Clotilde, jeune orpheline (née entre 465 et 474), cruellement éprouvée par le malheur (fille de l’infortuné Chilpéric, égorgé par son frère Gondebaud, fils de Gondioc roi des Burgondes, qui noya la femme de Chilpéric en lui attachant une pierre au cou), « apporta sur le territoire des Tricasses l’aurore d’un beau jour dont la lumière bienfaisante rejaillira sur tous les siècles ».

La ville de Troyes, la première de toutes les cités des états du fils de Childéric, aura l’honneur de posséder dans son enceinte, cette princesse accompagnée de son auguste époux. Cette fille courageuse avait su, dans sa captivité, au sein d’un pays infesté de l’hérésie arienne, sous la main de son oncle Gondebaud, arien lui-même et l’auteur de tous ses maux, faire sa consolation de l’étude et de la pratique de la religion de l’église romaine. Personne n’était plus propre que cette jeune princesse, d’une piété si éclairée et d’un esprit si distingué, à servir les desseins secrets de la Providence avait sur la maison de Clovis et le puissant empire des Francs qu’il voulait affermir et faire marcher à la tête des nations catholiques. Ce jeune héros, malgré sa valeur, sentait le besoin de se choisir une compagne pour partager avec elle le diadème qu’il venait de ceindre, et transmettre dans sa famille, avec son sceptre, les états soumis à sa puissance. Touché de la beauté, de l’esprit et des malheurs de Clotilde, Clovis jeta les yeux sur elle pour la faire asseoir sur son trône. En politique adroit, il chercha à se ménager l’alliance et l’amitié de Gondebaud roi des Burgondes et oncle de celle qu’il ambitionnait pour épouse.

Aurélius, illustre gaulois, fut l’homme qu’il choisit pour le députer à ce prince, en l’année 493, et lui demander sa nièce en mariage. Cet ambassadeur, avec sa suite, offrit les présents de Clovis, et obtint la princesse. Clotilde ne consentit à épouser Clovis qu’à la condition qu’elle serait libre dans la profession de la foi de l’église romaine, qui était sa religion, que les enfants qui naîtraient de leur union seraient baptisés et élevés dans la foi catholique, enfin que Clovis lui-même se ferait instruire et embrasserait la croyance de son épouse. « Ces 3 clauses reçurent leur exécution ».

Aurélius la fiança au nom de son maître, en lui donnant, suivant l’ancienne coutume (depuis un temps immémorial) des Francs, un sol d’or et un denier d’argent pour prix de sa liberté. Il lui demanda ensuite la permission de la conduire au lieu où Clovis était convenu de venir la recevoir. Gondebaud, craignant d’irriter un prince si valeureux, accorda tout ce qu’on demandait de lui, et fit préparer de suite le trousseau et tout ce que réclamaient les noces d’une telle princesse. Elle monta dans une basterne qu’on lui avait apprêtée : c’était une espèce de char couvert tiré par des bœufs, selon l’usage des Romains, pour les grandes dames, et Aurélius l’emmena sans différer, suivi de son monde et de plusieurs chariots chargés des effets de la reine des Francs. En chemin, Clotilde, apprend que l’ambassadeur de son oncle est de retour, et envoie des cavaliers à sa poursuite. Elle quitte la voiture et s’enfuit sur un cheval avec Aurélien, vers la frontière des Etats de Clovis. Arrivée, elle s’écrie : « Je te rends grâce, Dieu tout puissant, de voir le commencement de la vengeance que je devais à mes parents et à mes frères ! ».

Clovis s’était avancé de Soissons par Troyes, pour aller au-devant de sa fiancée et l’attendre à 16 kilomètres, « dans un lieu nommé Villery, du canton de Bouilly ». C’est là que se fit leur première entrevue.

Ce village servait les desseins de Clovis, car appuyé « sur les derrières par la ville de Troyes, fortifiée par les Romains, et, à sa droite, du côté du couchant, par la forteresse de Mont-Aigu, cette antique sentinelle de la cité des Tricasses » qui la couvrait alors du côté des Burgondes, et qui devait être largement pourvue de soldats de la part du roi des Francs, pour tenir en respect ce pays nouvellement conquis et porter la crainte dans les états de Gondebaud.

C’est en 498 que Clovis reçoit le baptême de la part de l’évêque Rémi à Reims, et il devient le premier roi chrétien. Près de trois mille guerriers francs reçoivent aussi ce baptême.

En 508, Clovis quitte Soissons pour Paris et en fait sa capitale. Il s’installe dans un palais situé dans l’île de la Cité. Seul maître des Francs, son royaume s’étend du Rhin jusqu’aux Pyrénées.

Pour affirmer sa foi chrétienne récente, Clovis, à la demande de la reine Clotilde, fait construire une basilique sur une colline proche de Paris. Il est enterré dans la crypte avec Clotilde. Un peu plus tard on y dépose les reliques de Sainte-Geneviève et la basilique prend son nom. A cet emplacement Louis XV fera construire le Panthéon.

De Clotilde, Clovis aura quatre enfants : Ingomer qui meurt très jeune, Clodomir en 495, Childebert aux alentours de 497, Clotaire en 500.

Clovis décède en 511.

Clotilde, retirée à Tours, auprès du tombeau de saint Martin, où elle paraissait entièrement oublier qu’elle avait été reine, et que ses enfants étaient assis sur le trône, ses pensées n’étant que pour le ciel, meurt le 3 juin 545, « vivement regrettée des peuples et du clergé romain qui perdait en elle sa plus constante protectrice ».

Une pancarte rappelant ce fait a été posée à Villery !

Miniature extraite des « Grandes Chroniques de France » 
Sainte Clothilde priant Saint Martin


Sainte Clotilde - Jardin du Luxembourg - Paris

Cliché par @Gilles



Sainte Clotilde par Jean-Baptiste Klagmann

Clotilde (vers 475-545), princesse d’origine germanique, devient reine des Francs en épousant Clovis, et contribua à le convertir au christianisme.

L’évêque et historien Grégoire de Tours raconte qu’au cours de la bataille de Tolbiac (496), Clovis invoqua le Dieu de Clotilde (Jésus) en lui promettant qu’en cas de victoire, il se convertirait. Son baptême eut lieu entre 496 et 499. La reine Clotilde fut canonisée vers 550 ou 560.

Pascal V. Lamy

 

 

Le Bernin à Troyes, une erreur historique !

 

Gian Lorenzo Bernini (1619-1683), Giovanni Battista Gaulli, vers 1666. Huile sur toile, 72 x 61 cm. 
Gallerie Nazionali d’Arte Antica di Roma

Giovanni Lorenzo Bernini, que l’Europe entière nommait le Cavalier Bernin en raison de son titre de Chevalier de l’Ordre du Christ, naquit à Naples le 7 décembre 1598. Dès l’enfance, son génie se manifesta avec une évidence presque insolente : à quatorze ans, il sculptait déjà le buste du cardinal Borghèse, et avant d’avoir atteint sa majorité, Rome se pressait pour admirer les œuvres du jeune prodige, dont certains affirmaient qu’elles surpassaient la statuaire antique elle‑même. Favori des papes, il devint l’architecte de Saint‑Pierre, façonnant la Rome baroque avec une autorité souveraine : la colonnade embrassant la place, le baldaquin monumental, les palais Barberini et Chigi, les fontaines, les extases, les saints. On le surnommait alors « le second Michel‑Ange », ce qui, dans la bouche des Romains, n’était pas un compliment léger.

Une telle renommée ne pouvait qu’attirer l’attention de Louis XIV. Le jeune roi, insatisfait des projets français pour la façade orientale du Louvre, cherchait un geste éclatant, un nom qui impressionnerait l’Europe. En 1664, il sollicita des plans auprès de plusieurs artistes, dont Bernin. Après une correspondance nourrie, et sous l’influence du cardinal Antonio Barberini, évêque de Poitiers et grand aumônier de France, le Roi invita le maître romain à venir discuter de ses projets à Paris. Bernin accepta, non sans réticence : il quittait Rome comme on quitte un royaume dont on est le souverain.

Il partit le 29 avril 1665, accompagné de son fils Paolo, de ses élèves Matthia de Rossi et Giulio Cartari, de son maître d’hôtel et de plusieurs familiers. Ce voyage, nous le connaissons presque heure par heure grâce au Journal du voyage de Bernin en France, tenu par Paul Fréart de Chantelou, ami de Poussin et maître d’hôtel du Roi, choisi pour servir de guide et d’interprète au sculpteur. Chantelou le prit en charge dès son entrée en France et ne le quitta qu’à son retour à Rome. Le parcours est limpide : entrée par Pont‑de‑Beauvoisin, halte à Lyon le 22 mai, descente de la Loire depuis Roanne jusqu’à Briare, puis route vers Paris par Châtillon‑sur‑Loing, Montargis, Fontainebleau, Essonnes. À Juvisy, le 2 juin, Chantelou vint à sa rencontre. Le soir même, Bernin s’installa à l’hôtel de Frontenac.

À Paris, il travailla avec une ardeur presque fébrile. Il corrigeait, remaniait, réinventait sans cesse les plans du Louvre. Le 24 juin, il commença le buste de Louis XIV, aujourd’hui conservé à Versailles. Il sortait peu, sinon pour visiter églises et monuments, et recevait artistes et courtisans. Parmi eux, Pierre Mignard, natif de Troyes, qui fréquentait assidûment le maître italien. S’il avait existé un ambassadeur naturel pour inviter Bernin à découvrir Troyes, c’était bien lui. Mais rien, dans les écrits de Chantelou, ne laisse supposer une telle démarche.

Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin, Louis XIV, roi de France, 1665. Marbre blanc, 105 x 95,5 x 46,5 cm. Versailles


Malgré les honneurs, les flatteries, la faveur royale, malgré la pose solennelle de la première pierre du Louvre selon ses plans le 14 octobre 1665, Bernin brûlait de rentrer à Rome. Il repartit le 20 octobre, richement doté : 3 000 pistoles, une pension de 6 000 livres, et pour son fils un brevet de 1 200 livres. C’est ici que commence la tradition troyenne : on affirma qu’il se serait arrêté à Troyes.

Grosley, dans ses Éphémérides de 1765, rapporte que Bernin, admiratif des œuvres de François Gentil et de Dominique Florentin, aurait passé deux mois à Troyes à les copier, allant jusqu’à déclarer : « Troyes est une petite Rome ». Il ajoute que Bernin aurait été sollicité pour le tombeau de Roger de Choiseul, destiné au chœur de la cathédrale, sur l’insistance de Mme du Plessis de Guénégaud et de l’évêque de Comminges, Gilbert de Choiseul, ancien abbé de Saint‑Martin‑ès‑Aires. Courtalon‑Delaistre, au XVIIIᵉ siècle, attribue même au Bernin la statue de Roger de Choiseul et lui prête un jugement admiratif sur Saint‑Urbain, qu’il aurait comparée à la Sainte‑Chapelle.


Priant de Choiseul-Praslin - musée de Troyes - attribué à Bernin (?)


Ces récits, séduisants, ont nourri une légende locale tenace. Ils ont aussi servi, consciemment ou non, à rehausser le prestige des artistes troyens en les plaçant sous le regard approbateur du plus grand sculpteur du siècle. Mais l’historien se heurte à un obstacle majeur : le silence absolu des sources contemporaines. Le Journal de Chantelou, d’une précision presque maniaque, ne laisse aucune place à un détour par Troyes. Pas une ligne, pas une allusion, pas un blanc dans le calendrier. Le retour de Bernin vers l’Italie est aussi documenté que son arrivée. Ce silence n’est pas une omission : c’est une preuve.

Les érudits modernes, à commencer par Lucien Morel‑Payen en 1916, ont démonté la légende avec une rigueur presque chirurgicale. Ils montrent comment un « mot historique » mal interprété, repris sans vérification, amplifié par l’enthousiasme local, a fini par se transformer en certitude. La mécanique est classique : un grand nom, une ville fière de son patrimoine, un érudit du XVIIIᵉ siècle prompt à enjoliver, et l’absence de contradiction immédiate. Le résultat : une fiction devenue tradition.

Pourtant, la légende persiste, parce qu’elle est belle. On imagine aisément le maître italien, habitué aux marbres romains et aux fastes pontificaux, découvrant les pans de bois, les ruelles étroites, les hôtels Renaissance de Troyes. Peut‑être aurait‑il admiré la lumière blonde de la cathédrale Saint‑Pierre‑et‑Saint‑Paul, ou les vitraux flamboyants qui auraient pu nourrir son sens du drame sculptural. Peut‑être aurait‑il trouvé dans les œuvres de Gentil et de Florentin une vigueur provinciale, une liberté que Rome avait depuis longtemps polie. Cette vision appartient à la littérature, non à l’histoire. Mais la littérature, parfois, éclaire ce que l’histoire ne peut que constater.

Bernin n’est jamais venu à Troyes. Les archives sont formelles, le journal de Chantelou implacable. Mais la légende, elle, dit autre chose : elle raconte le désir d’une ville de se mesurer aux plus grands, de se rêver digne du regard du maître. Elle dit aussi la puissance d’attraction du Bernin, capable d’aimanter vers lui des récits qui n’ont jamais eu lieu. Et parfois, dans l’histoire des arts, les mythes en disent autant que les faits.

 Ainsi, si le Cavalier Bernin ne traversa jamais les rues de Troyes, son absence même éclaire quelque chose de profond dans la manière dont une ville construit sa mémoire. Les cités anciennes, surtout celles dont les pierres portent encore la marque des siècles, n’ont jamais vécu seulement de faits : elles vivent aussi de récits, de projections, de désirs. Que Troyes ait voulu accueillir Bernin dans son histoire, comme on accueille un hôte prestigieux dans un salon trop longtemps silencieux, dit moins une naïveté qu’une fidélité à elle-même. Car la ville, depuis le Moyen Âge, a toujours cherché à dialoguer avec les grands courants artistiques de son temps : par ses ateliers de sculpture, par ses maîtres verriers, par ses chantiers religieux, par ses humanistes. Imaginer Bernin s’arrêtant devant Saint‑Urbain ou s’inclinant devant les œuvres de Gentil et de Florentin, c’est affirmer que Troyes possédait — et possède encore — une dignité artistique capable de soutenir la comparaison avec les plus hautes traditions européennes.

La légende, en ce sens, n’est pas une erreur : elle est un miroir. Elle reflète l’orgueil discret d’une cité qui sait ce qu’elle vaut, même lorsque les archives la contredisent. Elle rappelle que le patrimoine n’est pas seulement un ensemble de monuments, mais un tissu vivant où se mêlent vérité, transmission, interprétation et parfois embellissement. Et si l’histoire, dans sa rigueur, refuse au Bernin un séjour troyen, le patrimoine, lui, accepte volontiers cette ombre prestigieuse, comme une manière d’honorer les artistes locaux en les plaçant dans une conversation imaginaire avec le plus grand sculpteur du XVIIᵉ siècle.

Il reste alors à Troyes, non pas la trace d’un passage, mais quelque chose de plus subtil : la preuve que son patrimoine inspire, qu’il appelle le regard, qu’il suscite des rapprochements audacieux. La ville n’a pas besoin que Bernin y soit venu pour que son héritage artistique demeure digne d’attention. Elle n’a besoin que de ce qu’elle possède déjà : ses ateliers, ses maîtres, ses pierres, ses vitraux, et cette capacité singulière à faire naître des récits qui prolongent la vie de ses monuments. C’est peut‑être là, finalement, la plus belle forme de présence : celle que l’on prête à un grand homme parce que la ville, elle, en avait la stature.


Notes

Le titre de Cavalier provient bien de l’Ordre du Christ, distinction pontificale prestigieuse.

Le buste du cardinal Scipione Borghèse (1619) est l’une des premières œuvres à établir la réputation du jeune Bernin.

Le Journal du voyage de Bernin en France de Chantelou est une source primaire d’une fiabilité exceptionnelle : aucune lacune n’y permet d’insérer un séjour à Troyes.

Grosley écrit au XVIIIᵉ siècle, soit plus d’un siècle après les faits ; ses affirmations ne reposent sur aucune source contemporaine.

Courtalon‑Delaistre, également tardif, attribue au Bernin des œuvres dont l’analyse stylistique moderne ne confirme pas la paternité.

Lucien Morel‑Payen, dans son étude de 1916, démontre l’impossibilité matérielle du séjour troyen et l’origine purement littéraire de la tradition.


Repères chronologiques du séjour du Bernin à Paris en 1665

 – 11 avril : Louis XIV invite le Bernin à se rendre à Paris afin de restructurer sa résidence parisienne, le palais du Louvre.

– 21 avril : Le pape Alexandre VII Chigi autorise le Bernin à aller servir le roi de France pendant trois mois. Aussitôt celui-ci envoie au roi deux projets.

– Fin mai : Le Bernin, devant surseoir à l’achèvement de commandes majeures (la Cathedra Petri, la Colonnade de la place Saint-Pierre et la Scala Regia), quitte Rome et arrive en France.

– 2 juin : Il arrive à Paris.

– 19 juin : Le Bernin présente son projet pour le Louvre à Colbert (qui ne l’agrée pas) ; il est approuvé par le roi. Le Bernin décide le lendemain d’en entreprendre la réalisation. Pendant son séjour parisien, de nombreux autres dessins d’architecture lui seront demandés : le baldaquin du Val-de-Grâce, une chapelle des Bourbons à Saint-Denis, une cascade à Saint-Cloud, des hôtels particuliers (pour le duc de Lionne, la duchesse d’Aumont, le commandeur de Souvré).

– 20 juin : Le roi prie le Bernin de sculpter son portrait. L’artiste accepte mais déclare qu’il lui faudra alors prolonger son séjour à Paris de deux mois et demi.

– 23 juin : Le Bernin rencontre le roi pour la première fois à Saint-Germain-en-Laye et dessine son portrait de face et de profil.

– 24 juin-1er juillet : Il réalise le modèle en terre du buste.

– 2 juillet-20 août : Il sculpte le buste en marbre.

– 1er septembre : Louis Le Vau, François Mansart et Pierre Cottard envisagent de nouveaux plans pour le Louvre.

– 13 octobre : Le Bernin porte au Louvre le buste du roi qui est achevé.

– 17 octobre : Pose de la première pierre du Louvre du Bernin.

– 20 octobre : Le Bernin quitte Paris et rentre à Rome.

– Entre 1673 et 1677 : Le Bernin réalise la statue équestre du roi, qui ne parviendra à Paris qu’en 1685.

 

 Au sujet du  Baldaquin de Saint-Pierre



Le Baldaquin (ou Baldacchino) de Gian Lorenzo Bernini, qui domine depuis 1667 le maître-autel de la basilique Saint-Pierre de Rome, constitue bien plus qu'une œuvre d'art : c'est une apothéose architecturale et liturgique de la foi eucharistique. Haute de vingt-neuf mètres et réalisée en bronze doré massif, cette structure d'une complexité théâtrale extraordinaire transforme le cœur même de l'église catholique en un hymne éclatant à la gloire du Très Saint Sacrement.

Le Bernin, génie absolu du Baroque romain, a créé ici un chef-d'œuvre qui synthétise la sculpture, l'architecture, l'orfèvrerie et la liturgie en une harmonie transcendante. Le Baldaquin n'est pas seulement une œuvre de marbre et de bronze : c'est une théophanie architecturale qui concrétise la Présence Réelle du Christ dans l'Eucharistie. Chaque détail procède d'une intention théologique profonde et d'une maîtrise technique sans pareille. En le contemplant, le fidèle ne peut qu'être saisi par l'évidence de la majesté divine incarnée en ce lieu et en ce mystère.

La construction du Baldaquin s'inscrit dans le vaste chantier de la nouvelle basilique Saint-Pierre, entrepris au début du XVIe siècle sous le pontificat de Jules II et poursuivi à travers les générations. Cependant, c'est au XVIIe siècle, sous le pontificat du Pape Urbain VIII Barberini (1623-1644) et poursuivi par le Pape Innocent X, que le Bernin entreprend la création du Baldaquin, commandé dès 1629 par Urbain VIII lui-même.

L'époque du Baroque romain (fin XVIe-XVIIe siècles) correspond à la phase la plus triomphante de la Contre-Réforme catholique. Après les secousses protestantes, l'Église entend affirmer avec une clarté nouvelle l'importance centrale de l'Eucharistie, de la médiation sacerdotale et du culte des images sacrées. Le concile de Trente (1545-1563) avait réaffirmé doctrinalement ces points fondamentaux. À présent, il s'agit de les exprimer avec une splendeur visuelle capable de captiver les âmes et de mobiliser les émotions au service de la foi.

Le Pape Urbain VIII, lui-même homme de culture raffinée et protecteur des arts, reconnaît en Bernini l'artiste capable de traduire en pierre et en bronze cette vision de triomphe ecclésial. La paternité des abeilles Barberini (emblème de la famille papale) gravées sur la base du Baldaquin rappelle ce mécénat : le chef de l'Église place sous son autorité suprême l'œuvre d'art majeure qui marquera l'histoire spirituelle de la Chrétienté.

Bernini lui-même, né à Naples en 1598, s'est établi à Rome dès sa jeunesse et a rapidement surpassé tous ses rivaux par son génie créatif inépuisable. Le Baldaquin, commencé en 1629 et achevé en 1667 (quelques années avant la mort de l'artiste en 1680), représente l'aboutissement d'une vie entière consacrée à la glorification de Dieu par les moyens de l'art.

Le Baldaquin se présente comme un édifice autonome en miniature, une demeure spirituelle en trois dimensions qui encadre et valorise l'autel papal situé à sa base. La structure repose sur quatre socles massifs placés aux extrémités de l'autel et renfermant les reliques de saints. Ces socles supportent quatre colonnes torses monumentales de bronze massif, revêtues de motifs en relief rappelant des feuillages, des abeilles Barberini et des symboles eucharistiques.

 Les colonnes torses constituent l'élément architectural caractéristique du Baldaquin. Inspirées par l'Antiquité chrétienne (notamment les colonnes du temple de Salomon et des églises primitives), elles symbolisent la force spirituelle qui s'élève vers le ciel. Les spirales des colonnes créent un mouvement ascendant qui guide le regard vers le haut, vers la Divinité. Cette ascension visuelle est délibérément conçue pour traduire le mouvement de l'âme qui, par la contemplation du Très Saint Sacrement, s'élève vers Dieu en une prière silencieuse mais infiniment puissante.

Entre les colonnes, le Bernin a suspendu des draperies de marbre blanc qui semblent flotter dans une brise divine. Ces draperies, traitées avec la virtuosité qui caractérise le maître, expriment un dynamisme baroque incomparable : elles ondulent comme des flammes de feu surnaturel, comme les voiles du Saint-Esprit lui-même. Leur texture contrastée avec le bronze doré crée une richesse chromatique subtile mais profondément impressionnante.

Au sommet du Baldaquin règne une structure couronnée d'une croix latine monumentale surmontée d'une sphère de bronze. Cette croix marque l'ultime orientation théologique de l'ensemble : c'est le Golgotha, c'est la Rédemption qui justifie et sanctifie tout ce qui se déploie en dessous. Les quatre anges situés aux angles du Baldaquin, sculpts dans le marbre blanc le plus pur, se penchent vers l'autel papal dans une adoration perpétuelle. Leurs ailes déployées, leurs expresions ravis, incarnent la louange céleste qui accompagne sans cesse le miracle eucharistique.

Des guirlandes de feuilles de laurier, de fleurs et de fruits en relief ornent chaque colonne et chaque surface plane. Ces éléments floraux ne sont pas de simples décorations : ils symbolisent la Vie éternelle, la Résurrection et l'Abondance des grâces divines qui coulent du Très Saint Sacrement. Les abeilles Barberini, gravées avec délicatesse, apparaissent comme de petites sentinelles du mystère eucharistique, des créatures humbles qui adorent la Divinité à leur façon.

Le Baldaquin de Bernini est une résurrection architecturale du Temple de Salomon biblique et du Tabernacle du désert. À ce titre, il affirme la continuité entre l'Ancienne Alliance et la Nouvelle Alliance : ce qui était préfiguration dans le Temple devenu pierre du Seigneur se réalise et s'accomplit dans la Présence Réelle du Christ à l'autel. Le Christ eucharistique est le véritable Temple, et le Baldaquin en est l'expression visible en ce monde terrestre.

Les colonnes torses, directement inspirées de l'Antiquité chrétienne, renvoient à la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem et aux églises primitives. En utilisant cet élément architectural chargé de signification historique et spirituelle, Bernini établit un pont temporel : l'Église du XVIIe siècle se réclame de l'héritage direct des apôtres et des martyrs. Le Baldaquin devient ainsi un témoignage en trois dimensions de l'apostolicité de la Succession apostolique romaine.

La croix qui couronne le Baldaquin incarne le mystère central du Calvaire. Chaque sacrifice eucharistique qui se déploie à l'autel papal réactualise le Sacrifice du Golgotha. La croix suspendue dans les airs fait redescendre le Salut du Ciel dans l'Hostie sainte, unissant ainsi les trois niveaux de l'existence chrétienne : le Ciel de la Divinité, la Terre du Tabernacle eucharistique, et les profondeurs de l'âme du fidèle qui, en communiant, reçoit le Corps et le Sang du Sauveur.

 Les anges adorateurs qui encadrent le Baldaquin présentent une révérence extatique qui invite le fidèle à un acte similaire de dévotion. Ils proclament sans paroles que tout ce qui existe dans l'univers - du plus grand au plus petit - doit se plier devant le mystère insondable de la Présence Réelle. L'Eucharistie est le cœur de la création, le point focal vers lequel convergent tous les êtres créés.

Les abeilles Barberini, bien que symboles du pouvoir papal temporel, subliment le pouvoir en le soumettant à celui de Dieu. Le Pape, malgré toute son autorité terrestre, n'est que le serviteur et le gardien du Très Saint Sacrement. Cette humilité théologique, exprimée par des abeilles minuscules gravées sur une structure monumentale de bronze, incarne la paradoxale sagesse chrétienne : la grandeur dans la petitesse, la puissance dans le service.

Le Baldaquin représente un exploit technique d'une envergure sans précédent. La quantité de bronze utilisé, notamment pour les quatre colonnes massives, dépasse plusieurs centaines de tonnes. Les matériaux ont dû être d'abord coulés en portions, puis assemblés et soudés avec une précision remarquable. Cette opération de fonte de bronze était un défi logistique colossal à l'époque du XVIIe siècle.

Les colonnes torses ont dû être façonnées avec un soin extrême. Les motifs en relief (feuillages, abeilles, croisillons) ont été gravés ou moulés individuellement, puis appliqués à la surface. Le travail de l'orfèvrerie proprement dite - la création de ces minuscules détails qui ornent chaque colonne - a nécessité l'intervention de dizaines d'artisans spécialisés pendant des années. Chaque abeille, chaque feuille, chaque volute est une œuvre d'art en soi.

Les draperies de marbre blanc qui flottent entre les colonnes témoignent d'une compréhension magistrale des propriétés du marbre. Bernini a taillé ces draperies avec une légèreté telle qu'elles semblent vraiment suspendues dans l'air, défiant l'inertie même du matériau. Les extrémités effrangées et les plis complexes créent un jeu de lumière et d'ombre qui change selon l'heure du jour et la position du spectateur. C'est une sculpture qui respire et vit.

Les anges, sculptés dans un marbre blanc de Carrare d'une pureté extrême, présentent une tendresse expressionniste remarquable. Leurs expressions ravis, leurs mouvements gracieux, leurs ailes richement travaillées démontrent que Bernini maîtrisait aussi bien la micro-sculpture que la macro-architecture. Chaque ange est une méditation individuelle sur la sainteté et l'émerveillement devant le divin.

L'intégration du Baldaquin dans l'espace intérieur de Saint-Pierre représente également un triomphe d'architecte. La structure a dû être calculée pour s'harmoniser avec les proportions colossales de la basilique, tout en restant visible et impressionnante du loin. C'est un équilibre architecturique d'une délicatesse subtile : le Baldaquin ne doit ni disparaître ni écraser l'ensemble, mais affirmer son autorité spirituelle de manière juste et proportionnée.

Le Baldaquin de Bernini a immédiatement établi un nouvel standard pour la compréhension de ce que pouvait être une architecture religieuse à l'apogée du Baroque. Partout en Europe catholique, les églises de prestige ont cherché à reproduire des effets similaires, à intégrer dans leurs propres espaces liturgiques cette fusion de sculpture, d'architecture et de lumière qui caractérise le chef-d'œuvre romain.

 Les églises jésuites, en particulier, ont absorbé les leçons du Baldaquin : elles ont cherché à créer des espaces intérieurs dramatiques et spectaculaires, capables d'émouvoir les fidèles et de les élever spirituellement. L'Église du Gesù à Rome elle-même, bien antérieure au Baldaquin, a inspiré à Bernini ses solutions architecturales.

À la Renaissance baroque tardive et au XVIIIe siècle rococo, les artistes ont continué à s'inspirer de Bernini. Les baldaquins des églises baroques de Vienne, de Nuremberg, de Varsovie, d'Amérique latine et d'autres lieux catholiques portent tous l'empreinte de l'invention bernienne, même s'ils présentent leurs propres caractéristiques régionales.

Cependant, avec l'avènement de l'art néo-classique au XVIIIe siècle, puis du rationalisme du XIXe siècle, l'héritage de Bernini et du Baroque en général est tombé en disgrâce. Les critiques jugeaient l'art baroque comme excessif, maniéré, peu respectable. Ce n'est qu'au XXe siècle, avec la redécouverte de l'importance spirituelle et historique du Baroque, que le Baldaquin a recouvré la place d'honneur qui lui revient de droit.

Aujourd'hui, le Baldaquin demeure l'une des attractions majeures de Saint-Pierre de Rome. Les pèlerins qui viennent en foule se prosterner devant le Très Saint Sacrement le contemple avec un mélange de révérence et d'émerveillement. Les théologiens et les historiens de l'art reconnaissent en lui non seulement une merveille technique, mais une expression achevée de la foi catholique en l'Eucharistie. Le Baldaquin de Bernini continue de proclamer à travers les siècles : "Ecce Corpus Christi" - Voici le Corps du Christ.

 




Pascal V. Lamy




Dates importantes à Troyes

 

Solidus à la Victoire. Monnayage au nom et au type d'Anastase sous Clovis Ier.

En 493, Clovis, Roi des Francs, vient à Troyes, pour sa première rencontre avec Clotilde, fille de Chilpéric, Roi des Burgondes, pour conclure son mariage. Ce fait décide du sort religieux de la Gaule, car Clotilde était chrétienne.

En 789, Charlemagne fait venir en France “le docte Alcuin” et le met à la tête de l’abbaye de Saint-Loup. Il introduit pour la première fois en France, le chant Grégorien, par la création d’une première école, qui devient le modèle pour les autres.

En 845, Saint Prudence est nommé, par Charles le Chauve Évêque de Troyes. Il est le chapelain du Prince, et a passé plusieurs années à la cour. Le Roi lui demande de tenir les Annales du Royaume et le charge en 853, de visiter en son nom, tous les monastères de France. 

Le 10 janvier 859, entrée solennelle de Charles le Chauve, Roi de France venant passer quelques temps à Troyes.

Le 7 septembre 878, le Pape Jean VIII, au concile à Troyes, couronne empereur Louis le Bègue, en l’église Saint Jean au marché.
Lors de son avènement en 923, Raoul, Roi de France, fait de l’Évêque Anségise de Troyes, Grand Aumônier de France et son Chancelier, car disent les textes de l’époque, ce prélat "avait beaucoup de crédit auprès du Prince". Il met en déroute en 925, les Normands, qui perdent plus de 800 hommes.

A partir du XIIe siècle, Troyes est l’une des trois cours souveraines de France, avec Paris et Rouen.

A l’occasion de l’excommunication de notre Roi Philippe 1er et de sa maîtresse Bertrade de Montfort, puis de son absolution, le Pape Pascal II convoque un concile à Troyes le 2 avril 1104.
A cette occasion, le mariage du comte Hugues avec Constance, fille de Philippe 1er est également dissout, pour cause de parenté.

Le 13 janvier 1127, au Concile de Troyes, Saint Bernard rédige la règle des Templiers. C'est ainsi que naît l'ordre du Temple.

En 1135, le monastère de Clairvaux doit sa reconstruction au comte Thibaud II. Il attire toute l’Europe aux Foires de Troyes.

1137 : Thibaut II, comte de Champagne, qui fait fonction de maire de Troyes, a des démêlés avec le Roi Louis le Gros, qu’il ose provoquer en combat singulier.

1149 et 1152 : le Roi Louis VII envoie, comme ambassadeur en Hongrie, auprès de l’Empereur Frédéric 1er Barberousse Empereur Romain Germanique, l’Évêque de Troyes Henri de Carinthie.

1150 : c’est à Pierre Comestor, célèbre prêtre Troyen, que nous devons le nom des trois rois mages qui vinrent adorer Jésus : Gaspard, Balthazar et Melchior.

 En 1154, le célèbre géographe arabe Muhammad al-Idrisi, au service du roi Roger II de Sicile, donne une représentation circulaire de la Terre, qui sert de base à toutes les cartes des siècles suivants, et écrit dans ses récits de voyages : “la ville de Troyes est considérée, dans toute l’Europe et même en Asie, comme une des plus importantes de France. Elle doit sa réputation à ses Comtes, à son commerce et à ses foires. Elle est solidement bâtie, dans une position pittoresque et réunissant toute espèce de ressources et d’agréments qu’on s’y procure à bon compte, au moyen de ses vignobles et de ses jardins. Troyes a une grande étendue tandis que Paris n’a qu’une médiocre grandeur, et Dijon n’est qu’une ville peu considérable”.  

Adèle, sœur du comte Henri 1er le Libéral, épouse le Roi de France Louis VII et donne naissance à celui qui sera Philippe Auguste.

Henri 1er accompagne le Roi Louis VII (mari d’Aliénor d’Aquitaine) à la croisade et se marie en 1164 avec sa fille aînée.

En 1171, le roi Louis VII choisit comme commissaire, Matthieu, LVII° évêque de Troyes.

En 1190, le maire Henri II emmène la fleur de la noblesse champenoise en Terre Sainte.

Un des frères d’Henri 1er, Guillaume-aux-Blanches-Mains est Conseiller du Roi et deviendra Archevêque de Reims.

En 1253 : Thibault V, 13ème Comte de Champagne, épouse à Troyes, Isabelle, fille aînée de Saint Louis.

En 1261 : Jacques Pantaléon de Troyes, est élu Pape sous le nom d'Urbain IV.

Le 15 août 1284, Jeanne de Navarre, dernière Comtesse de Champagne, se marie avec Philippe, qui devient Roi le 6 octobre 1285.

Le 3 août 1315, le Roi de France, Louis X le Hutin, vient à Troyes, pour épouser en deuxièmes noces, Clémence, fille de Charles Martel, Roi de Hongrie, et nièce de Robert, Roi de Sicile.

En 1412 pour Charles VI, Troyes est la place la plus forte de France. 

Le 6 janvier 1418, le Roi donne plein pouvoir de faire battre de la monnaie d’or et d’argent dans la ville. Le Parlement de Paris est une nouvelle fois transféré à Troyes. La reine "veut et ordonne que les Chambres des Comptes, du Trésor, des généraux ou commissaires sur le fait des finances et des monnaies, ainsi que tous les conseillers composant ces cours spéciales soient dorénavant tenues à Troyes".

Le roi meurt le 1er septembre 1422.

Catherine, est veuve à 22 ans, sans enfants. Elle aura 3 fils de son second mariage avec Owen Tudor, gentilhomme du pays de Galles, dont Edmond qui fut le père de Henri VII et Henri VIII, rois d’Angleterre.
Ce dernier eut pour fils Édouard VI, père des reines Marie et Élisabeth d’Angleterre.
Le roi Henri V d'Angleterre, gendre de Charles VI, meurt le 1er septembre (ou plutôt le 31 août ?) 1422.
Catherine de France est veuve à 22 ans, mère du petit Henri VI qui est proclamé Roi de France et d'Angleterre. Elle aura trois enfants de son second mariage avec Owen Tudor, gentilhomme du pays de Galles, dont l'aîné Edmond fut le père d'Henri VII Tudor, lui-même père d'Henri VIII (d'où les roi et reine Edouard VI, Marie et Elisabeth Ière), de Marguerite (femme de Jacques IV d'Ecosse, dont descendent les rois Stuarts), et de Mary (grand-mère de la reine Jane Grey).

Le 21 octobre 1422, Charles VI meurt à son tour. Deux souverains prétendent au trône de France : le fils de Charles VI, Charles VII, qui sera sacré à Reims en 1429 après la chevauchée conduite par jeanne d'Arc, et Henry VI qui sera sacré à Paris en 1431.

Le 13 mai 1423, est célébré à Troyes le mariage d’Anne de Bourgogne, sœur du duc, avec le duc de Bedfort, régent du royaume pour Henri VI roi d‘Angleterre.

Charles VII récompense de ses bons services l’évêque de Troyes, pour la reddition de la ville en lui accordant, en 1430, des lettres de noblesse pour lui et toute sa famille à perpétuité.

Le roi choisit en juillet 1431 notre évêque, pour être son ambassadeur au concile de Bâle.

Notre évêque Henri Lesguisé fait supprimer en 1446 les cérémonies extravagantes de la fête des fous et de celle de l’âne.

Pendant sa royauté, Louis XI, prend souvent conseil de ses bons amis les Troyens. Il écoute tout le monde, puis décide lui seul.

En 1466, Louis XI fait de notre évêque Louis Raguier qu’il tient en haute considération, son ambassadeur à Liège.

En mai 1480, Louis XI nous demande de lui envoyer à Paris nos experts en monnaies, pour mettre les monnaies étrangères hors circulation et empêcher les monnaies de France de sortir du royaume.  

En septembre 1516, François 1er demande à nos spécialistes en monnaies de se rendre près de lui à Paris, pour avoir leurs avis et conseils.

En novembre 1519, notre évêque décède. François 1er prie le Pape Léon X de nommer comme successeur Guillaume Parvi. Ce docteur en théologie a été conseiller et confesseur de Louis XII, de qui il était très estimé. Il assista à la mort de la reine Anne de Bretagne, et fit jusqu’à trois fois son oraison funèbre, à Blois où elle était morte, à Notre-Dame de Paris et à Saint-Denis où elle fut inhumée, et il fit aussi celle de Louis XII.
François 1er fait de cet homme savant et vertueux, son conseiller et son confesseur. Le nouvel évêque aimant les savants, engage François 1er à faire venir Erasme à sa cour.

En avril 1528, l’Évêque de Troyes, Odard Hennequin est l’Aumônier de François 1er depuis déjà 13 ans.

En raison de notre expérience le Roi envoie à Troyes en 1555, le Président de la Cour des Monnaies, pour y apprendre le commerce des métaux fins.  

Grâce aux démarches auprès du roi Charles IX, des maîtres papetiers Troyens, en 1565 est aboli en France l'impôt sur le papier.

En 1587, Henri III fait de René Benoît (futur évêque de Troyes), sujet fidèle et zélé, son Premier Lecteur et Professeur Royal en Théologie. Le troyen Claude Denis, ingénieur fontainier ordinaire du roi, ingénieur hydrographe a une très grande renommée et Louis XIII l’estime particulièrement.

Sous Louis XIV, en 1643 il est nommé Premier Fontainier de la Cour, et chargé de diriger les eaux de Versailles et de Saint-Cloud, magnifique travail qui fait encore l'admiration de la France et de l'Etranger.

Prédicateur et confesseur de Marie Stuart, épouse de François II, grand aumônier, prédicateur, confesseur et intime conseiller de Henri IV, nommé par le Roi Évêque de Troyes en 1593, Benoît soutient constamment les droits du Roi de Navarre au trône, et c’est lui qui, par ses conversations et ses soins contribue à la conversion du monarque, qui abjure le protestantisme le 25 juillet

En 1658 notre célèbre peintre Pierre Mignard fait le fameux portrait de Louis XIV jeune pour l'infante d'Espagne Marie-Thérèse. Toute la cour de Madrid en est frappée. A la vue des traits augustes qu'il représente, Marie-Thérèse forme les vœux les plus ardents pour la paix et pour son hyménée qui doit en être le sceau. C'est une fois de plus à un Troyen que l'on doit cet événement à jamais mémorable.

Le 11 octobre 1678 meurt notre évêque François Malier. A cette occasion, Louis XIV dit « Que c’était l’exemple et le modèle des évêques tant pour la résidence que pour les autres vertus ».
Louis XIV envoie en 1700 notre évêque pour « aller haranguer la reine d’Angleterre » à qui le Roi avait donné un asile à Saint-Germain-en-Laye.

Le Roi nomme en 1715, l’Évêque de Troyes, François Bouthillier Conseiller de la Régence, et il le reçoit toujours avec distinction à la Cour.

En 1747, Louis XV demande à notre Évêque de prononcer l’Oraison Funèbre de la Reine de Pologne, épouse du Roi Stanislas I, à Notre-Dame de Paris. 

Matthias Poncet de la Rivière, Évêque de Troyes est une nouvelle fois choisi par le roi en 1752, pour faire, à Saint-Denis, l’oraison funèbre de Madame Anne-Henriette de France, en présence de Monsieur le Dauphin et de toute la cour.

En 1758, le roi nomme notre évêque, grand maître de la chapelle du roi Stanislas de Pologne, puis doyen de Saint Marcel à Paris, et le décore commandeur ecclésiastique des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint Lazare de Jérusalem.

En 1766, Louis XV choisit encore notre évêque pour faire l’oraison funèbre de Madame Élisabeth de France, infante d’Espagne, duchesse de Parme, à Notre-Dame de Paris, et en 1774, c’est encore lui qui est demandé pour prononcer l’oraison funèbre de Louis XV, dans la chapelle de l‘école royale militaire.

Le 8 août 1787, Messieurs du Parlement de Paris, exilés par un édit royal, arrivent à Troyes. Ils firent de nombreuses et abondantes aumônes.

En 1789, 1er assassinat de la Révolution : notre maire Claude Huez.

En 1995, lors des fouilles de la Porte de Chaillouet a été découverte une amphore remplie de 186.200 pièces de monnaies (102 kg de pièces de cuivre de type antoniniani de 11 à 19 mm de diamètre et de 0,3 à 2 mm d’épaisseur, à l’état de conservation excellent et degré d’usure limité).  C’est le plus important dépôt monétaire de l’empire romain d’occident mis à jour dans le monde !

Cela prouve bien l'importance, le rayonnement, la proximité, le savoir-faire des ateliers Tricasses ayant produit ces monnaies, dès l'époque gauloise.

En 2014, découverte de la tombe du « Prince de Lavau ». Dans le cadre du développement de la ZAC du Moutot à Lavau à 5 km de Troyes, le Préfet a prescrit une fouille archéologique préventive. Au sein d’une vaste nécropole, l’INRAP a mis au jour une tombe princière celtique, intégralement conservée, avec son mobilier d’accompagnement : torque et bracelets en or, grand chaudron, bassins et ciste en bronze, poignards en fer, vase en céramique attique…

Une découverte exceptionnelle du point de vue de son état de conservation et de la diversité ainsi que la richesse du mobilier. 60 ans après la découverte de la tombe de la princesse de Vix, village situé près de Châtillon-sur-Seine (21) et à 70 km de Lavau, elle modifie totalement notre vision du monde celtique. Une chambre funéraire de 14 m2 abritait un squelette paré d’un torque et de bracelets en or. Etendue sur un char à deux roues, la dépouille était entourée de vaisselle utilisée lors des banquets.

 

détail du chaudron "à vin" du Prince de Lavau




Saint‑Denis 1793 : La Fin des Tombeaux Royaux

  « Première page du Journal historique des exhumations de 1793, copie de Dom Druon (1796). » La Nécropole Royale de Saint‑Denis face à la...