lundi 2 février 2026

Gabrielle d'Éstrée - Nogent/Seine

 

Gabrielle d'Estrées - école de Fontainebleau


Gabrielle d’Estrées : une favorite au cœur du règne d’Henri IV

Gabrielle d’Estrées est souvent présentée comme l’un des attachements les plus profonds d’Henri IV. La tradition populaire en a fait une jeune femme innocente, entièrement dévouée au souverain et prématurément disparue. La réalité historique est plus nuancée : si Henri IV éprouva pour elle une affection durable, Gabrielle fut également une personnalité ambitieuse, issue d’un milieu où les alliances sentimentales servaient fréquemment des intérêts politiques et familiaux. Pendant près de neuf années, elle occupa auprès du roi une place comparable à celle d’une reine, et son destin aurait pu prendre cette direction si les circonstances n’en avaient décidé autrement.

 Une rencontre dans un contexte de crise

L’année 1590 est particulièrement difficile pour Henri IV. Engagé dans la lutte contre la Ligue catholique, soutenue par l’Espagne et le duc de Savoie, il peine à reprendre Paris, indispensable à la légitimation de son autorité. Les succès militaires d’Arques et d’Ivry semblent déjà compromis, et le roi traverse une période de découragement perceptible à son entourage. Séparé depuis longtemps de son épouse Marguerite de Valois, il s’éloigne également de Corisande d’Andouins, qui fut l’une de ses premières passions durables.

C’est dans ce contexte que Roger de Bellegarde, écuyer du roi, évoque devant lui une jeune femme qu’il souhaite épouser : Gabrielle d’Estrées, alors âgée d’environ dix-sept ans. Henri IV demande à la rencontrer et se rend au château de Cœuvres, près de Soissons. La jeune femme, séduite par Bellegarde, prête peu d’attention au roi, dont l’apparence marquée par les campagnes militaires contraste avec la jeunesse et l’élégance de son écuyer. Henri IV, pourtant peu habitué à essuyer un refus, se heurte à une résistance inattendue.

 Origines familiales et réputation précoce

Gabrielle appartient à une famille où les alliances galantes ont souvent joué un rôle politique. Sa grand-mère fut la maîtresse du pape Clément VII, et sa mère, Françoise Babou de La Bourdaisière, acquit une réputation de libertinage qui rejaillit sur ses filles. Après l’abandon du foyer par sa mère en 1584, Gabrielle grandit au château de Cœuvres sous la tutelle de sa tante Isabeau Babou et du comte de Cheverny. Sa beauté, conforme aux canons de l’époque, attire rapidement l’attention, et sa réputation se construit très tôt, parfois au détriment de la réalité.

 L’entrée dans la vie du roi

La famille d’Estrées, consciente de l’intérêt que le roi porte à Gabrielle, l’incite à accepter cette relation, y voyant une opportunité politique majeure. Henri IV, profondément épris, lui témoigne une affection constante et lui adresse de nombreuses lettres où transparaît son attachement. Pour préserver la discrétion de leur liaison, il la marie au sieur de Liancourt, selon une pratique courante visant à donner un statut officiel à une favorite.

 À partir de 1594, Gabrielle accompagne régulièrement le roi, y compris lors de ses déplacements militaires. Lors de l’entrée solennelle d’Henri IV dans Paris, après son abjuration, elle apparaît publiquement dans le cortège, ce qui suscite de vives réactions dans la capitale.

 Une influence croissante à la cour

Gabrielle s’adapte rapidement à sa position. Elle reçoit pensions, terres et titres, notamment celui de marquise de Montceaux, puis de duchesse de Beaufort. Elle constitue autour d’elle une véritable maison, entretient des relations suivies avec les courtisans et joue parfois un rôle d’intermédiaire politique. Bien que très ambitieuse, elle fait preuve de discernement et prodigue au roi des conseils souvent judicieux.

 Son influence, visible et assumée, lui attire cependant l’hostilité d’une partie de la population et de certains milieux politiques. Les pamphlets se multiplient, et sa promotion au rang de duchesse renforce encore les critiques.

 Une union envisagée mais impossible

Gabrielle donne trois enfants à Henri IV : César (1594), Catherine (1596) et Alexandre (1598). Le roi, très attaché à sa progéniture, légitime César et lui accorde des titres importants. Gabrielle espère alors une union officielle, qui permettrait à son fils d’être reconnu comme héritier potentiel. Mais un tel projet se heurte à plusieurs obstacles : l’impopularité de Gabrielle, les résistances politiques, et surtout le refus de Marguerite de Valois de consentir à l’annulation de son mariage.

 Une mort brutale et un tournant politique

En avril 1599, alors qu’elle est enceinte d’un quatrième enfant, Gabrielle meurt subitement à Paris, probablement d’une éclampsie puerpérale, selon les témoignages contemporains. Sa disparition met fin à une situation politique délicate. Henri IV, profondément affecté mais conscient des enjeux, accepte peu après d’épouser Marie de Médicis, union qui permettra d’assurer la succession dynastique.

 Moins de trois semaines après la mort de Gabrielle, le roi entame une nouvelle liaison avec Henriette d’Entragues, dont l’influence sera plus conflictuelle et source de tensions durables.

 La destinée de Gabrielle d’Estrées illustre à la fois la fragilité des équilibres politiques sous les premiers Bourbons et la place singulière que certaines favorites purent occuper dans l’entourage royal. Sans jamais avoir détenu de pouvoir officiel, elle exerça une influence réelle sur Henri IV, non par intrigue, mais par la constance d’une relation qui mêlait affection, intérêt familial et enjeux dynastiques. Sa mort soudaine mit un terme à une situation devenue politiquement intenable et permit au souverain de réorienter sa politique matrimoniale vers la stabilité que lui offrait l’alliance avec Marie de Médicis. Ainsi s’achève la trajectoire d’une femme dont la présence marqua profondément les premières années du règne, et dont la mémoire demeure indissociable des hésitations, des ambitions et des recompositions qui façonnèrent la France de la fin du XVIᵉ siècle.

  

Henri IV et Gabrielle d’Estrées au pavillon de Nogent‑sur‑Seine

Chronique champenoise d’un amour royal (version longue et étoffée)

Lorsque l’on évoque les amours d’Henri IV, les historiens citent volontiers Paris, Fontainebleau ou le château de Montceaux. Pourtant, c’est dans la Champagne, au fil des routes militaires et des haltes improvisées, que se noue une partie essentielle de sa relation avec Gabrielle d’Estrées. Nogent‑sur‑Seine, modeste cité fluviale, occupe alors une position stratégique : carrefour entre la Brie, la Bourgogne et la Champagne, étape naturelle pour les troupes, refuge discret pour un roi en campagne. Le pavillon aujourd’hui connu sous le nom de pavillon Henri IV devient, durant quelques années, l’un de ces lieux où l’Histoire se glisse dans les interstices du quotidien.

Un royaume en crise, un roi sur les routes

À la fin de 1590, Henri IV n’est pas encore le souverain triomphant que l’on imagine. Paris lui échappe, la Ligue catholique multiplie les offensives, et la Champagne est un territoire disputé où chaque ville peut basculer d’un camp à l’autre. Le roi passe de longues semaines à Troyes, Provins, Sens, Nogent, Villenauxe, organisant ses troupes, négociant des ralliements, inspectant les garnisons.

Les chroniques locales rapportent qu’il appréciait particulièrement les haltes à Nogent‑sur‑Seine, où un petit pavillon de plaisance, entouré de jardins clos et dominant la Seine, offrait un repos bienvenu. Ce pavillon, propriété d’un officier royal acquis à sa cause, était suffisamment confortable pour accueillir le souverain, mais assez discret pour éviter les attroupements.

C’est dans ce contexte mouvant, entre chevauchées, négociations et incertitudes, que Gabrielle d’Estrées entre dans la vie du roi.

La rencontre de Cœuvres et l’invitation champenoise

Henri IV a rencontré Gabrielle quelques mois plus tôt, au château de Cœuvres. La jeune femme, alors âgée d’environ dix‑sept ans, l’avait accueilli avec une réserve inattendue. Le roi, habitué à plaire, avait été frappé par cette indifférence. Depuis, il n’a cessé de penser à elle.

Lorsque ses troupes stationnent en Champagne au début de 1591, il apprend que Gabrielle séjourne chez une parente à Villenauxe‑la‑Grande. Il charge un messager de lui transmettre une invitation à Nogent‑sur‑Seine, sous prétexte d’une visite de courtoisie. L’invitation est habile : Nogent n’est ni trop proche de Paris, ni trop éloigné de Cœuvres, et la présence du roi y passe pour une simple étape militaire.

Gabrielle hésite. Elle connaît la réputation du souverain, redoute les pressions de sa famille, mais la curiosité l’emporte. Elle accepte.

La première venue de Gabrielle au pavillon

Elle arrive en fin d’après‑midi, escortée par deux cavaliers. La Seine reflète les dernières lueurs du jour, et le pavillon, avec ses murs clairs et son toit d’ardoise, se détache dans la brume hivernale. Henri l’attend près de la grande cheminée, vêtu simplement, sans faste, comme un capitaine parmi ses hommes.

Leur entretien dure plus d’une heure. Les témoins rapportent que le roi se montre étonnamment réservé, presque intimidé. Gabrielle, encore méfiante, répond avec prudence. Rien, ce soir‑là, ne laisse présager la passion qui suivra. Mais le roi, déjà, est conquis par cette jeune femme qui ne ressemble à aucune autre.

Elle repart avant la nuit, mais Nogent‑sur‑Seine vient d’entrer dans leur histoire.

Nogent, théâtre discret d’un amour naissant

Dans les mois qui suivent, Henri IV revient régulièrement en Champagne. Chaque fois que les opérations militaires le permettent, il fait halte à Nogent. Le pavillon devient un lieu de rendez‑vous discret, protégé par la rivière, les jardins clos et la fidélité des habitants.

Les archives locales évoquent plusieurs séjours du roi entre 1591 et 1593. On y mentionne des dépenses inhabituelles : – achat de chandelles fines, – livraison de draps de lin, – commande de fruits confits venus de Troyes, – présence renforcée de gardes autour du pavillon. Autant d’indices qui laissent penser que le roi n’y venait pas seul.

Gabrielle, de son côté, apprécie la tranquillité du lieu. Elle y trouve un espace où elle peut parler librement, loin des intrigues parisiennes et des ambitions de sa famille. C’est à Nogent que leur relation se transforme : d’une curiosité réciproque, elle devient une affection sincère.

On raconte qu’Henri lui offrit lors d’une de ces haltes un ruban bleu, simple mais précieux, qu’elle conserva longtemps. Un geste intime, loin des fastes qui viendront plus tard.

Le pavillon, un refuge dans la tourmente

À mesure que leur lien se renforce, Nogent‑sur‑Seine devient un refuge. Le roi y trouve un apaisement rare, loin des cris des soldats et des négociations interminables. Gabrielle y découvre un homme différent de l’image publique : moins guerrier, plus attentif, parfois mélancolique.

Les habitants de Nogent, habitués aux passages des troupes, voient bien que quelque chose a changé. On raconte qu’un soir, la litière d’une dame fut aperçue près du pavillon, escortée par des gardes du roi. Les langues se délient, mais personne n’ose parler trop fort : Nogent est fidèle au souverain.

Un lieu de transition dans leur histoire

Le pavillon de Nogent‑sur‑Seine occupe une place singulière dans la chronologie de leur relation. Il représente un entre‑deux :

  • entre la clandestinité et l’affirmation publique,

  • entre la jeune fille hésitante et la future duchesse de Beaufort,

  • entre le roi guerrier et l’homme capable d’un attachement profond.

Lorsque Gabrielle donne naissance à César en 1594, Henri IV évoque devant ses proches « les jours tranquilles de Nogent », comme un souvenir précieux d’une période où leur amour n’était pas encore soumis aux tensions politiques.

Un lieu inscrit dans la mémoire locale

Le pavillon Henri IV n’a jamais été un palais royal, mais il fut l’un de ces lieux discrets où se tissent les relations qui influencent un règne. Pour Henri IV, il symbolise un refuge dans les années les plus incertaines de la guerre civile. Pour Gabrielle, il marque le passage d’une jeune femme encore libre de ses choix à une favorite dont le destin sera lié à celui du royaume.

Aujourd’hui encore, le site conserve cette aura particulière : celle d’un lieu où l’Histoire s’est écrite non pas dans le fracas des batailles, mais dans la douceur d’une halte champenoise, au bord de la Seine.

Conclusion 

Comme souvent dans l’histoire locale, la vérité se mêle à la tradition. Nogent‑sur‑Seine revendique le passage d’Henri IV, et rien ne contredit l’idée qu’il y ait retrouvé Gabrielle d’Estrées dans ce pavillon devenu emblématique. Les archives sont silencieuses, mais la logique historique parle pour elles. Entre certitude et légende, le récit s’inscrit dans cette zone fertile où la mémoire collective façonne les lieux autant que les lieux façonnent la mémoire. Le pavillon Henri IV demeure ainsi un témoin possible, et donc précieux, de l’un des attachements les plus célèbres de la monarchie française.

Note d’auteur

Ce récit s’inscrit dans une démarche patrimoniale où l’histoire locale rencontre la vraisemblance historique. Les archives ne disent pas tout : elles éclairent certains faits, en laissent d’autres dans l’ombre, et invitent parfois à reconstituer ce qui a pu être, sans jamais trahir ce que l’on sait. Les rencontres d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées au pavillon de Nogent‑sur‑Seine ne sont pas documentées de manière formelle, mais elles s’inscrivent dans un contexte cohérent : les déplacements du roi en Champagne, la situation militaire, la géographie des lieux et les usages de l’époque rendent ces épisodes parfaitement plausibles.

L’objectif n’est pas d’inventer une légende, mais de redonner vie à un lieu en s’appuyant sur ce que l’on peut raisonnablement déduire. L’histoire locale se nourrit aussi de ces zones de silence où l’imagination, lorsqu’elle reste fidèle à l’esprit du temps, devient un outil de transmission. C’est dans cet espace — entre certitude et possibilité — que s’écrit ce chapitre, avec le respect dû aux faits et la liberté nécessaire pour faire revivre un passé qui ne demande qu’à être raconté.


Pascal V. Lamy




Le Pavillon Henri IV - Nogent/Seine (10)

 



Le Pavillon Henri IV, située dans le cœur ancien de Nogent‑sur‑Seine, est l’un des bâtiments les plus emblématiques de la ville. Avec sa façade à pans de bois, son architecture typique du XVIᵉ siècle et son ancrage dans l’histoire locale, elle constitue un repère patrimonial aussi important que la Maison de la Turque.

Un bâtiment historique de premier plan, architecture traditionnelle nogentaise, pans de bois remarquables, maison associée à la période de reconstruction post‑médiévale. L’un des rares témoins encore debout de l’urbanisme ancien. Il forme, avec la Maison de la Turque et quelques autres demeures anciennes, un ensemble patrimonial cohérent, capable de raconter l’histoire de la ville sans artifices.

Un potentiel muséal évident, Le Pavillon Henri IV aurait pu devenir :

Un centre d’interprétation du Nogent médiéval, un musée de la vie quotidienne d’autrefois, un lieu d’exposition permanent sur l’architecture à pans de bois, un point d’ancrage pour un parcours patrimonial structuré.

Elle possède la taille, la visibilité et la valeur historique nécessaires pour accueillir un projet culturel solide, enraciné dans l’identité nogentaise.

fresque d'une marine à l'intérieur du pavillon


La tradition orale situe la construction de cette maison vers 1530. Les recherches effectuées lors de sa restauration en 2000 retiennent la seconde moitié du XVIe siècle 




A cette époque, Henri IV se préparait à reconquérir le Royaume de France. Transmise au cours des siècles et entretenue par la tradition nogentaise, l'histoire de ce pavillon rejoindrait d'ailleurs celle du « bon roi Henri ». Selon la légende, cette demeure aurait même accueilli les amours, plus ou moins secrètes, d'Henri IV et de la belle Gabrielle d'Estrée.

Ainsi, aurait-il choisi ce pavillon, simple auberge, pour l’y retrouver. Sa situation au bord de l’eau, au carrefour du chemin de halage et de la route de Villenauxe-la-Grande, semble avoir fait de cette demeure un lieu de passage très fréquenté. Selon les historiens, cette maison, sorte de relais de mariniers, aurait longtemps servi à stocker des marchandises en attente d’être transportées sur la Seine. Durant plusieurs siècles, en effet, céréales, foin, vin et bois principalement transitaient sur le fleuve, par Nogent-sur-Seine, à destination de Paris, ce qui fit prospérer la ville notamment aux XVIIIe et XIXe siècles.

La majorité des archives de la ville de Nogent-sur-Seine a brûlé dans l’incendie de 1814. Quant aux minutes notariales, elles ont été détruites lors d’une inondation durant la Seconde Guerre Mondiale. Restaient alors le cadastre et le registre de l’État Civil. Le cadastre n’est pas très ancien – 1840 - mais il a permis d’établir le nom des plus anciens propriétaires. Il est donc possible d’affirmer qu’une certaine famille Gouroy résidait à cet endroit à la fin du XVIIIe siècle. Mais, rien ne permet de dire quand cette maison a été construite ni si Henri IV y a vraiment séjourné. 

Quand, en 1932, le Pavillon est classé par le service des Monuments Historiques, il est occupé par des propriétaires privés et ce jusque dans les années 1980. Le bâtiment d'origine a subi de nombreux remaniements. 

Afin d'enrayer le processus de dégradation, la Ville de Nogent-sur-Seine a racheté ce pavillon et l’a restauré en 2000-2001. Il sert désormais d'écrin à des expositions variées.







 

Henri IV



Fils d’Antoine de Bourbon et de Jeanne d’Albret, reine de Navarre, Henri (1553-1610) naît à Pau, le 14 décembre 1553. Malgré un long séjour à la Cour de France, avec les Valois, ses cousins, il reçoit, par sa mère, une éducation protestante. Devenu chef du parti calviniste, il épouse à Paris, en 1572, Marguerite de Valois, sœur de Charles IX et d’Henri III, en signe de réconciliation avec les Catholiques. Une semaine plus tard, orchestrée par Catherine de Médicis et le Duc de Guise, a lieu le massacre de la Saint-Barthélemy. Henri de Navarre n’échappe à la mort qu’en abjurant sa religion. Cette tuerie extermine près de 4000 protestants et rallume la guerre civile. La brusque mort d’Henri III, en 1589, fait de lui l’héritier du trône au grand dam des Catholiques qui, menés par les Guise, raniment la Sainte-Ligue. La guerre religieuse reprend alors de plus belle. Il faudra quatre ans à Henri IV pour reconquérir une à une les provinces de son royaume, et davantage encore pour obtenir la paix.

Le Duc de Nemours, Seigneur de Nogent, prend parti pour les Catholiques. En avril 1590, après Provins, Henri IV et sa puissante armée obtiennent la reddition de Nogent et de toutes les contrées voisines comme Bray, Montereau, puis Troyes. En 1594, Henri IV est sacré à Chartres et fait son entrée royale dans Paris. La personnalité d’Henri IV lui permet de renforcer rapidement le pouvoir royal, usé par 30 ans de guerre civile. Aidé de remarquables conseillers, tel Sully, il redresse l’économie du royaume en développant l’agriculture, l’industrie et le commerce. En 1598, il promulgue l’Édit de Nantes, instaurant un équilibre, certes fragile, entre Catholiques et Protestants. Il s’apprête à entrer en guerre contre l’Espagne, quand un fanatique, Ravaillac, l’assassine à Paris. Il laisse pour successeur, un fils de 9 ans, le futur Louis XIII.

 

Henri IV quitte Gabrielle d'Estrées
XVIIIe par François-André Vincent
école de France
musée du Louvre inv. 8461 ; MR 2692




Voir le chapitre : Gabrielle d'Estrées





Musée Camille Claudel - Nogent/Seine (10)

 



Musée Camille Claudel



À l’origine du projet : Alfred Boucher

En 1902, Alfred Boucher était un artiste connu, reconnu, qui accumulait les distinctions et les commandes publiques. Il vivait entre Aix-les-Bains et Paris où, cette année-là, il ouvre la Ruche pour loger ses collègues artistes moins fortunés. Pourtant, il n’avait pas oublié la ville qui l’avait vu grandir et, en 1902 toujours, il est à l’origine de la création du musée de Nogent-sur-Seine. Dès l’inauguration, la collection renferme un fonds de sculptures significatif qui s’accroît rapidement dans les années qui suivent. Aux dons d’Alfred Boucher, s’ajoutent ceux d’autres sculpteurs ou de leurs ayants droit. Ainsi, quelques-unes des pièces maîtresses du musée Camille Claudel sont déjà présentées en 1902 : Le Souvenir de Paul Dubois, Première Pensée d’amour de Marius Ramus, les bustes de ses parents par Alfred Boucher. Cependant, la collection ne se cantonne alors pas à la sculpture. Alfred Boucher offre une partie de sa collection de peintures et d’arts graphiques, à laquelle s’ajoutent les dons de peintres contemporains tels que le paysagiste Léonce Vaÿsse. D’autres donateurs sont à l’origine d’un fonds hétéroclite de gravures, antiques, médailles, monnaies… Un ensemble très complet de céramiques est dû à la générosité conjuguée de la manufacture de Sèvres (792 objets) et d’Élise Boucher, l’épouse d’Alfred Boucher (54 objets). Cette participation exceptionnelle de la Manufacture de Sèvres a été certainement favorisée par les relations personnelles d’Alfred Boucher et trouve son prolongement dans les très importants dépôts accordés par la Cité de la céramique pour la réouverture du musée en 2017.

Naissance du musée Camille Claudel

En 2003, une exposition Camille Claudel est organisée à Nogent-sur-Seine avec les collections réunies par Reine-Marie Paris, la petite-nièce de l’artiste, et Philippe Cressent. Son énorme succès - quelques 40 000 visiteurs en trois mois – fait naître l’idée de donner une nouvelle ambition au musée Dubois-Boucher en le dotant d’un fonds Camille Claudel significatif. Deux premières œuvres sont acquises : une Étude pour la Tête d’Hamadryade (2006) et L’Implorante (petit modèle) (2007) puis, en 2008, Reine-Marie Paris et Philippe Cressent acceptent de vendre à la ville les collections qu’ils ont constituées au cours de longues années de recherches. La même année, Persée et la Gorgone, le seul marbre monumental de l’artiste, est acquis grâce au mécénat d’entreprises et à la participation de l’État (Fonds national du patrimoine). Enfin, en 2008 toujours, la municipalité acquiert la maison habitée par Camille Claudel avec ses parents de 1876 à 1879. Les bases du projet du musée Camille Claudel sont posées. Yves Bourel puis, à partir de 2012, Françoise Magny, conçoivent un projet qui allie la présentation de la carrière de Camille Claudel à sa contextualisation. La première partie du parcours présente ainsi un panorama de la sculpture française au temps de Camille Claudel grâce au fonds du musée Dubois-Boucher et à une soixantaine de dépôts accordés par quinze institutions différentes. L’ensemble est remis en valeur grâce à une campagne de restauration complète et à l’écrin conçu par l’architecte Adelfo Scaranello.

En juillet 2013, vue sur la façade extérieure de la maison
 Claudel dégagée après les déconstructions.


Ouverture du musée Camille Claudel

Le musée Camille Claudel ouvre ses portes à Nogent-sur-Seine le 26 mars 2017. Musée à la double identité, héritée à la fois du premier musée fondé par Alfred Boucher en 1902 et de l'acquisition de la collection Camille Claudel en 2008. Il déploie un parcours à la fois thématique, sur la sculpture de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, et monographique, autour de l'œuvre de Camille Claudel.


Critique : un écrin somptueux pour un contenu déroutant

À Nogent‑sur‑Seine, le musée Camille Claudel s’impose par son architecture contemporaine, ses volumes élégants et son ambition affichée. Sur le papier, tout semble réuni pour offrir à la ville un lieu culturel majeur. Mais derrière cette façade impeccable se cache une réalité beaucoup moins convaincante : un musée dont le contenu ne correspond ni à son titre, ni à son ambition, ni à l’histoire profonde de la ville.

Une collection trop maigre pour un musée monographique

Le musée porte le nom de Camille Claudel, mais il ne possède qu’un nombre limité d’œuvres authentiques de l’artiste. Le reste est constitué de copies, de moulages ou d’œuvres d’autres sculpteurs du XIXᵉ siècle, ajoutées pour combler un vide impossible à masquer.

Le résultat est un parcours qui peine à convaincre : un musée monothématique… sans la collection nécessaire pour soutenir ce thème.

Un musée de substitution

Pour masquer cette insuffisance, la scénographie juxtapose des œuvres sans lien direct avec Claudel, créant un ensemble disparate, presque hétéroclite. On passe d’une salle à l’autre sans véritable cohérence, comme si l’on tentait de remplir un espace trop grand pour le fonds réel.

C’est un musée qui donne l’impression d’avoir été conçu à l’envers : on a décidé du nom avant de vérifier si l’on avait la matière.

Le musée Camille Claudel est un bel objet architectural, mais un musée conceptuellement fragile, construit sur un vide que même la meilleure scénographie ne peut combler.

Il incarne une vision culturelle déconnectée du patrimoine réel de la ville, tandis que des lieux authentiques, comme la Maison de la Turque, auraient pu devenir des musées légitimes, enracinés, cohérents, et profondément nogentais.






L'Abandon - CLAUDEL Camille (1864-1943) - vers 1886

Bronze (fonte) H. 42,3 cm • L. 39,1 cm • Pr. 20,5 cm

Origine : achat à Reine-Marie Paris en 2008 - N° d'inventaire : 2010.1.23

Fonte Eugène Blot n°2, 1905

 

Cette sculpture en bronze est un petit modèle édité en 1905 par le fondeur et collectionneur Eugène Blot d’après un groupe réalisé par Camille Claudel entre 1886 et 1888, alors qu’elle travaillait dans l’atelier d’Auguste Rodin. Cette version a été légèrement revue par rapport au plâtre plus grand que nature qui fut exposé en 1888 au Salon des artistes français sous le titre Sakountala et qui obtint une mention honorable. L’homme est agenouillé, il soutient la jeune femme qui est debout. Celle-ci replie son bras droit pour cacher son sein, s’appuie sur sa jambe gauche. Le reste du corps se relâche, la femme s’abandonne entièrement dans les bras de l’homme. Les visages sont proches, il semble murmurer à son oreille ou prêt à lui donner un baiser. La source première, comme l’indique le titre du plâtre, est un drame écrit au IVe ou Ve siècle par le poète hindou Kalidasa : lors d’une partie de chasse, le roi Douchmanta rencontre la jeune Sakountala. Tous deux tombent immédiatement amoureux mais le roi doit quitter la jeune femme. En gage de son amour, il lui offre un anneau pour lui permettre de se faire reconnaître. Toutefois, victimes d’une vengeance, Sakountala se fait dérober l’alliance et Douchmanta oublie sa fiancée. Il finit par recouvrer la mémoire grâce à un pêcheur qui lui rapporte la bague trouvée dans le ventre d’un poisson. Un doute subsiste sur l’épisode qui a inspiré Camille Claudel. L’artiste a peut-être représenté la rencontre entre les deux amoureux. Il est aussi possible de voir dans cette sculpture le moment des retrouvailles alors que l’amant implore le pardon de Sakountala. Quoi qu’il en soit, cette sculpture dépasse la transcription d’un moment d’une histoire. L’Abandon : le titre de l’édition en bronze, est désormais allégorique, montrant l’importance accordée à la posture de l’amante confiante, qui s’abandonne dans les bras de l’être aimé. Camille Claudel interroge le lien amoureux, ses nuances et ses subtilités. L’enlacement du couple dévoile la ferveur amoureuse. Dans L’Abandon, les corps s’effleurent à peine, soulignant la délicatesse des sentiments.










Maison de la Turque à Nogent-sur-Seine (10)

 


Il existe à Nogent, dans l’enceinte du quartier du Moyen-Âge de la ville, une maison à pans de bois tout à fait remarquable, qui se délabre chaque jour davantage, abandonnée, faute d’en avoir mesuré sa valeur inestimable.

Située à l’angle de la rue de la Grosse Armée et de la rue de l’abreuvoir, elle fait partie du Nogent reconstruit après le terrible incendie de 1442, qui détruisit une bonne parie de la ville. Elle n’est pas postérieure à la première moitié du XVIe siècle.

Sa présence parmi nous, est tout à fait miraculeuse. En effet, elle est située dans un des quartiers où se sont déroulés les violents combats de février 1814, qui opposèrent les 1 200 hommes des Troupes de napoléon et les Nogentais, au corps d’armée austro-russe du Prince de Schwartzenberg. Combats intensément meurtriers et destructeurs, qui furent suivis de pillages et d’incendies par la soldatesque ennemie pour punir les malheureux habitants d’avoir si bien résisté. Mais ceci est une autre histoire…

Cette demeure dont le style est encore à bien des égards, médiéval, a donc échappé à toutes les destructions au cours de siècles. Si elle a subi certaines transformations durant sa longue existence, en particulier par l’occultation de fenêtres, elle n’en garde pas moins son allure générale intacte.

Son encorbellement, ses fenêtres aux linteaux en arc à accolade, en usage dès le XVe siècle, un beau pilier de bois sculpté, les curieuses et élégantes poutres séparant les croisillons ainsi que les poteaux d’huisserie se présentant sous l’aspect d’une colonnette torsadée finement ouvragée ; voici quelques-uns des détails particulièrement représentatifs de la lente transition de l’époque médiévale à celle de la Renaissance.

Mais, indépendamment de son indéniable intérêt architectural, témoignage de la construction urbaine de cette époque, elle possède un autre atout… son surnom « Maison de la Turque », lui vient de sa mention dans le célèbre roman de Gustave Flaubert : « L’Education sentimentale ».

« Cependant à vingt toises des ponts, sur la rive gauche, une lumière brillait dans la lucarne d’une maison basse… »

Et encore :

« Or, un dimanche pendant qu’on était aux vêpres, Frédéric et Deslaurier, s’étant fait préalablement friser, cueillirent des fleures dans le jardin de Mme Moreau, puis sortirent par la porte des champs et, après un grand détour dans les vignes, revinrent par la Pêcherie et se glissèrent chez la Turque, en tenant toujours leurs gros bouquet ».

« …On appelait ainsi une femme qui se nommait de son vrai nom Zoraïde Turc ».

L’emplacement de cette maison mentionnée dans l’œuvre du grand écrivain a été mis en évidence par une étude très détaillée de la présence et des attaches de Gustave Flaubert à Nogent, par Claude Chevreuil. Ce très intéressant ouvrage est épuisé mais l’on peut le consulter à la bibliothèque de Nogent-sur-Seine.

Ainsi, cette demeure fait non seulement partie du patrimoine architectural nogentais – et national – mais aussi du patrimoine littéraire.

Pourtant, malgré son pittoresque et les témoignages qu’elle représente, cette maison est à l’abandon depuis des années. Des fenêtres ont été arrachées, des carreaux cassés, elle a failli brûler, de jeunes irresponsables ayant allumé un feu à l’intérieur. Des ruissellements d’eau ravagent un pignon…

Pourquoi semblable bâtiment n’est-il pas encore classé et restauré ?

Appartenant à une société de construction, celle-ci a promis d’effectuer sa restauration, mais cette promesse dure depuis des années, et à force d’attendre, des dommages irréparables risquent de se produire.

Cette restauration doit être entreprise d’urgence, avec compétence, en respectant chaque détail de son architecture et cela sous la conduite et la responsabilité des Monuments Historiques.

Une fois restaurée, cette maison se prêtant difficilement à un usage d’habitation, compte tenu des transformations que nécessiterait la vie domestique moderne, pourquoi ne pas en faire un musée historique, retraçant l’histoire de la ville, et regroupant les différents documents iconographiques et autres, relatifs à cette histoire et en même temps reconstituer un intérieur régional…

Ce genre d’établissement fait défaut à Nogent-sur-Seine, ville dont le passé historique est pourtant riche et passionnant, et quel endroit idéal pour cela, qui permettrait en plus d’y associer Gustave Flaubert et son « Éducation sentimentale ».

 

Par l’abbé Jean D. Bonnard 1970


Depuis 10 ans, il ne se passe pas une année sans qu’un journaliste ou un érudit local ne lance un appelle au secours pour cette « Maison de la Turque » nogentaise. Sans entrer dans la polémique, il nous parait pour le moins surprenant qu’en un temps où le Patrimoine est à l’honneur dans tous les discours officiels… il ne se passe rien sur le terrain. Il est vrai qu’il y a beaucoup à faire en Champagne car notre province est restée encore pour partie inconsciente de sa propre valeur. On y a nié le tourisme de façon systématique et si, aujourd’hui, certains tentent de valoriser cette activité économique, combien d’autres restent encore inertes ou pire, agissent à l’encontre !

Il serait dommageable – le mot n’est pas trop fort – d’attendre que cette maison s’effondre dans une tourmente pour affirmer qu’il n’y a plus rien à faire ! M. Sottas, directeur de la société « “Mon Logis”, propriétaire des lieux, confirme, dans un article paru le 13 janvier 1987, que l’opération de réhabilitation est prévue pour cette année 1988. L’espoir fait vivre, dit-on ; alors, espérons que la ‘Maison de la Turque » vivra encore un an, le temps que des hommes de l’art la prennent en main et lui redonnent l’attrait touristique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’avoir….

 

Par l’abbé Jean D. Bonnard 1988




Cette maison à pans de bois et meneaux a servi de cadre à l'Education Sentimentale, Flaubert écrit :

« Ce lieu de perdition projetait dans tout l'arrondissement un éclat fantastique (...). Les fermières en tremblaient pour leur mari, les bourgeoises le redoutaient pour leur bonne, parce que la cuisinière de M. le sous-préfet y avait été surprise, et c'était bien entendu l'obsession secrète de tous les adolescents. »

 Il aura fallu attendre des années pour qu’enfin, le 26 mai 2021, la ville de Nogent-sur-Seine honore Gustave Flaubert et établisse un marquage au sol « Sur les pas de Flaubert »

Ce triangle doré représentant le profil du célèbre écrivain et permettra de mieux valoriser le nouveau parcours touristique autour de l'auteur dont son roman l'Education Sentimentale, paru en 1869.  Sur les pas de Flaubert vous mènera de la Place de l'église vers les Ponts, la Maison de la Turque, et d’autres lieux à découvrir !

 



Le père de Gustave Flaubert, Achille-Cléophas (1784-1846), né à Maizières-la-Grande-Paroisse, a grandi à Nogent-sur-Seine avant de partir exercer la chirurgie à l'Hôtel Dieu de Rouen. Son buste est exposé au Musée municipal Dubois-Boucher.

Sa sœur aînée Eulalie reste vivre à Nogent-sur-Seine et épouse un orfèvre : Parain, pour lequel Gustave avait une tendresse particulière, car comme lui, il aimait brocarder la petite bourgeoisie provinciale. Tous les deux ans, la famille Flaubert effectue le voyage. Le jeune Gustave en profite pour faire des excursions, pêcher et se baigner dans la Seine. Nogent-sur-Seine est le cadre de son troisième roman : "L'Éducation Sentimentale", paru en 1869. Il s'agit de l'œuvre la plus intime de Flaubert puisqu'elle est fondée sur certains éléments autobiographiques.

Le héros, Frédéric Moreau, ressemble à Gustave Flaubert lui-même, d'ailleurs le sous-titre de l'Éducation Sentimentale est "Histoire d'un jeune homme". Le roman débute par un voyage à Nogent, le 15 septembre 1840 et s'y termine, en mars 1867. Il y a un incessant va-et-vient entre Paris et Nogent, le lien étant assuré par la Seine. Sept chapitres sur les dix-sept qui composent le roman se déroulent à Nogent, soit sur les onze années de la vie du héros, Frédéric Moreau, deux ans et neuf mois.

Ainsi il écrit à son ami Ernest Chevallier en 1832 (il a 11 ans) : « Nous avons été l'autre jour à Courtadant (Courtavant) où il y a une ferme de papa. Nous avons pêché, (…) il y avait de l'eau et une petite barque ; je me suis bien amusé et si tu y avais été, tu aurais éprouvé la même joie que moi". Ou encore en 1837, toujours à Ernest Chevallier : "Tu me feras penser (...) à te donner une relation détaillée de mon voyage au Paraclet, ancienne demeure de la grosse Héloïse et de maître Abelard, espèce de bourru et d'imbécile qui n'a gagné à tous ses amours qu'à avoir un testicule en moins ».

 

2023 la maison de la Turque est encore à vendre…..159 500€




Perte d’un potentiel muséal public

Son intérêt ne s’arrête pas à la pierre et au bois : cette demeure est aussi un lieu littéraire. Elle est identifiée comme la maison de Zoraïde Turc, personnage réel mentionné dans L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert. Sept chapitres du roman se déroulent à Nogent-sur-Seine, et cette maison incarne le lien entre la ville et l’un des plus grands écrivains français.

Restaurée récemment, la maison a été re-mise en vente en 2023 pour devenir une habitation privée. Ce choix, bien que légal, constitue une perte patrimoniale majeure. Car cette maison, par son architecture et son ancrage flaubertien, avait toutes les qualités requises pour devenir un musée historique : un lieu dédié à l’histoire de Nogent, à la vie quotidienne d’autrefois, et à la mémoire littéraire.

Nogent-sur-Seine ne dispose d’aucun musée consacré à son histoire urbaine, à son architecture vernaculaire ou à ses liens avec Flaubert. La Maison de la Turque aurait pu combler ce vide. Elle aurait pu devenir un lieu de transmission, de pédagogie, de valorisation du patrimoine local.

Sa privatisation, même après restauration, empêche toute appropriation collective. Elle devient invisible, silencieuse, alors qu’elle aurait pu parler à tous.



Gabrielle d'Éstrée - Nogent/Seine

  Gabrielle d'Estrées - école de Fontainebleau Gabrielle d’Estrées : une favorite au cœur du règne d’Henri IV Gabrielle d’Estrées est ...