vendredi 30 janvier 2026

Le Prince de Lavau - La Dame de Vix

 


Tombe du Prince de Lavau

Dossier de presse

À Troyes, une exposition présente pour la première fois au public la tombe princière de Lavau. Une exposition du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie au musée d'Art moderne.

En 2015, le monde entier s’est fait l’écho de l’exceptionnelle découverte, par l’Inrap, de la tombe d’un prince celte à Lavau (Aube). Après dix ans de recherches, l’exposition présente pour la première fois au public l’intégralité du mobilier princier restauré et plonge les visiteurs au cœur de l’univers fascinant des élites celtiques du premier âge du Fer (8e - 5e siècles av. notre ère).

Quand l’archéologie préventive éclaire une histoire oubliée

Autour du défunt, de sa tombe et plus largement du site de Lavau, l’exposition retrace la démarche archéologique menant à reconstituer ce moment oublié de l’Histoire. Entre la Bourgogne et la Champagne, en quelques générations, émergent deux « royaumes », chacun révélant une sépulture princière quasi contemporaine : Vix et Lavau. Elles témoignent ostensiblement de la richesse de ces souverains et de leur appartenance à un monde connecté culturellement et commercialement, entre le continent celtique et les cités-états de la Méditerranée. Une connexion qui se manifeste tout particulièrement par la préciosité des objets mis au jour et la richesse de leur décoration.

De la nécropole des ancêtres aux funérailles fastueuses d’un prince

Le prince de Lavau est inhumé vers le milieu du 5e siècle av. notre ère dans une nécropole occupée depuis la fin de l’âge du Bronze vers le 12e siècle av. notre ère. Le complexe funéraire princier s’inscrit dans une continuité dynastique respectueuse des ancêtres ou héros fondateurs. Unique en son genre, ce monument est composé d’un vaste enclos quadrangulaire et d’un portique monumental donnant accès à la tombe par une rampe, le dispositif étant scellé d’un tumulus de plus de 8m de haut. Le prince, dernière incarnation connue à ce jour du phénomène princier celtique (6 et 5 siècles av. notre ère) est inhumé sur son char à deux roues, accompagné d’un riche viatique.

L’exposition présente pour la première fois au public la totalité du mobilier issu des fouilles. Ces objets finement restaurés sont mis en regard d’autres ensembles contemporains régionaux et internationaux. Les commissaires ont privilégié des objets récemment découverts et des comparaisons de séries issues de prêteurs français et européens : œnochoés grecques et étrusques, statues, bijoux… Le monde du prince de Lavau est profondément influencé par la culture méditerranéenne (grecque et étrusque) et notamment par la pratique du symposion, autour de la consommation rituelle de vin rouge. Les objets retrouvés dans la tombe par les archéologues sont la traduction de cette pratique.

La mixité culturelle de plusieurs objets précieux semble être le fruit d’un artisanat de cour mêlant techniques et répertoires stylistiques celtiques et méditerranéens. Cette mixité trouve son apogée dans l’oenochoé attique : un objet remarquable et singulier provenant de Grèce et enrichi par les Celtes avec l’ajout de garnitures en or et en argent, symbolisant notamment une divinité celtique.

Les funérailles du prince ont dû être un événement politique important, inscrit dans une histoire locale, régionale, si ce n’est transalpine. Elles ont mobilisé un monument architecturalement hors normes, un public probablement nombreux et un traitement particulier du corps, sans doute « embaumé ».

L’exposition - dont la scénographie allie objets, reconstitutions et outils numériques - entend donc raconter l’histoire de ce personnage qui, par bien des aspects, renvoie l’image d’un statut royal et cristallise ce moment paroxystique du monde princier.

Une collaboration scientifique et institutionnelle exceptionnelle rend cette exposition possible, associant la Ville de Troyes, la commune de Lavau, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), le ministère de la Culture (direction générale des patrimoines, sous-direction de l’archéologie), la DRAC Grand Est (service régional de l’archéologie), le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye et ARC-Nucléart Grenoble (atelier de conservation-restauration).

Que va devenir le trésor de Lavau ?

Il appartient pour moitié à la commune de Lavau et pour moitié à l’État. Nous attendons le partage des objets et leur évaluation. Ils seront ensuite rétrocédés au musée Saint-Loup de Troyes. Il dispose de l’appellation « musée de France » et va offrir toutes les conditions nécessaires pour le présenter au publie. Lavau reste le site de découverte où un totem patrimonial d’informations sera installé par Troyes-Champagne-Métropole.








Lavau : 10 ans d’une découverte exceptionnelle

En 2015, une équipe de l’Inrap mettait au jour dans l’Aube, en Champagne, une nécropole occupée de l’âge du Bronze à la fin de l’Antiquité. Au cœur de celle-ci, un très vaste monument accueillait la tombe d’un personnage de premier plan, décédé au milieu du Ve siècle avant notre ère. 62 ans après la princesse de Vix, la tombe du prince de Lavau est une découverte d’exception qui, elle, a bénéficié d’une fouille minutieuse et d’un programme de recherches ambitieux. 10 ans après, les restaurations s’achèvent : où en sont les recherches ? Comment préparer les objets à leur présentation au public et assurer leur conservation ?

 La DRAC Grand-Est assure le contrôle scientifique des opérations archéologiques menées sur la nécropole de Lavau. La commune de Lavau est propriétaire du mobilier avec l’Etat et la ville de Troyes contribue financièrement aux travaux de restauration. 

Une grande partie du mobilier issu des fouilles a été confié au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) par le ministère de la Culture en juillet 2015 - limitant ainsi les risques liés aux transferts vers de multiples infrastructures de recherche - pour des travaux d’analyses scientifiques et de conservation-restauration, en vue d’être exposé dans un musée. Parallèlement, dans le cadre du PCR (Projet Collectif de Recherche) piloté par l'INRAP, un travail pluridisciplinaire associant de nombreux chercheurs a été mené.

Sur le complexe funéraire

Unique en son genre, ce monument hors normes est composé d’un vaste enclos quadrangulaire, d’un portique monumental donnant accès à la tombe par une rampe, le dispositif étant scellé d’un tumulus.

Le contexte régional, exploré au travers d’une thèse de doctorat, met en avant la place privilégiée de Lavau au sein d’un réseau de relations à longues distances. Autour de la Petite Seine, Lavau comme Vix apparaissent comme les pôles dominants de territoires organisés, de petits « états émergents » préfigurant les cités gauloises des siècles suivants.

Un premier volume de la monographie du site, consacré au Complexe funéraire monumental de Lavau est paru récemment (Gallia, 2024).

Sur l’étude matérielle des objets

La plate-forme analytique du C2RMF permet d’obtenir des informations sur la nature des matériaux (composition précise du torque en or contenant également des traces d’argent et de cuivre, par exemple), ainsi que sur leur structure, le mode d’assemblage, et les décors, grâce notamment à la radiographie et tomographie. Les résultats obtenus par les chercheurs du centre contribuent ainsi à apporter des éléments de réponse sur les processus technologiques mis en jeu lors de la fabrication des objets – les traces d’outils et d’usure observés sur les bijoux, l’identification de brai de bouleau utilisé comme adhésif pour l'application de tôles d'or et d’argent sur l’œnochoé ou encore, la provenance des argiles de la bouteille cannelée par exemple. La caractérisation de la boisson fermentée contenue dans plusieurs récipients permet, quant à elle, d’en savoir plus sur les pratiques funéraires et sur les fonctions du mobilier. Les examens radiographiques pratiqués sont également importants pour déterminer le niveau de dégradation des objets, afin d’orienter les opérations de restauration et aider à définir les protocoles de conservation-restauration.

Un phénomène princier

La découverte en 2015 de Lavau constituait une occasion unique pour l’archéologie moderne de renouveler les connaissances sur le phénomène princier. Le tropisme des élites celtiques envers la culture méditerranéenne (grecque et étrusque) se traduit ainsi par la consommation « civilisée » d’un vin rouge aromatisé. Très rares en contexte celtique, les objets historiés importés ou inspirés du monde transalpin désignent le statut particulier du prince, qui a pu s’identifier aux dieux barbus ornant l’œnochoé (Dionysos) et le chaudron (Achéloos). La mixité culturelle de plusieurs objets précieux semble être le fruit d’un artisanat de cour mêlant techniques et répertoires stylistiques celtiques et méditerranéens. La symbolique portée par ces objets, la mise en scène du défunt et de son viatique participent d’un véritable discours : le dernier discours d’un chef.

Qui était ce défunt illustre ?

Qui est donc le défunt ? L’analyse archéogénétique a confirmé le sexe masculin. Âgé d’une trentaine d’années lors de son décès (selon l’étude cémentochronologique d’une dent), il semble avoir grandi et évolué dans un milieu très favorisé : l’état de sa dentition est exceptionnel. Une fracture de clavicule mal consolidée renvoie toutefois à une possible chute de cheval ou de char. 

L’organisation de funérailles, différées, dans le complexe princier, véritable écrin monumental propice à la mise en scène, a dû nécessiter un traitement du corps digne de son statut. Ses contemporains, dans le monde grec ou en Egypte, maîtrisent la momification et l’embaumement : ici, la multiplication des prélèvements, notamment à l’emplacement de l’abdomen, affirme l’absence d’intestins et suggère une éviscération. Allongé dans son char sur une jonchée d’herbes odoriférantes et fongicides, il a ainsi pu recevoir les hommages d’une assemblée réunie pour l’honorer. Les archéologues s’interrogent désormais sur son statut réel : plus qu’un « prince », ne pourrait-il s’agit d’un roi ?

10 ans pour assurer la conservation des objets et préparer leur présentation au public

A la suite d’un appel d’offre comprenant un cahier des charges élaboré par le C2RMF, un très important travail de conservation-restauration, financé par l’Etat et la ville de Troyes, dont le suivi a été confié au C2RMF, est effectué par le groupement de conservateurs-restaurateurs spécialisé en métal piloté par Renaud Bernadet, au sein des ateliers du C2RMF, et avec l’accompagnement scientifique et technique de la filière Archéologie-Ethnographie du département Restauration. Plusieurs spécialités du C2RMF ont été mobilisées comme les arts du feu (céramique et verre), notamment pour la restauration d’une magnifique bouteille cannelée brisée en 68 fragments.

Les équipes du département Conservation préventive, en collaboration avec la filière Archéologie-Ethnographie, sont chargées de garantir la conservation du mobilier tout au long des opérations qui se déroulent au C2RMF par un contrôle régulier et des modes de conditionnements optimisés par type de matériaux. Le centre conseille également la ville de Troyes pour la conservation des objets pour les générations futures et leur présentation au public. La très grande quantité de données collectées est archivée et sera accessible à la communauté de chercheurs et professionnels des musées tout comme au grand public.

 

Dans le chaudron, la fouille met à jour une céramique grecque peinte, dont le décor représente Dionysos, dans une scène de banquet

Au fond de la tombe, la fouille a mis au jour un chaudron en bronze, aux anses décorées du dieu Acheloos. L'une des plus belles pièces mises à jour. [DENIS GLISMAN / INRAP]


Chaque anse du chaudron est fixée au moyen d'un segment mouluré, riveté sur la panse

 

Des têtes de lionnes ornent l'ouverture du chaudron


Un grand fossé ceinturait le tumulus princier


Concentration de vaisselle en bronze et en céramique. Trace d'une poutre en bois effondrée


Le défunt, allongé au centre de la tombe, se dévoile peu à peu. 
Ici, détail des phalanges de doigts d'un pied


Elégante bouteille en céramique, bassin en bronze et couvercle.


Une cruche à vin originaire de Grèce. Son décor en or est exceptionnel.

Sous le pinceau de l'archéologue, le pied de cruche dévoile son élégant décor rapporté en or.



Le bon état de conservation du dépôt funéraire a permis de retrouver des traces de tissu.


Aux origines de la nécropole, on trouve des tombes à incinération de la fin de l'âge de bronze. Les cendres étaient disposées dans des urnes en céramique


Une fois fouillés, les fossés d'enclos révèlent leur gigantisme : 
le monument est plus grand que la cathédrale de Troyes


Une cuillère perforée en argent, sans doute utilisée pour filtrer le vin lors des banquets.


Aux côtés du défunt, les restes d'une roue de char apparaissent





En cours de consolidation, un fragment du chaudron de bronze orné d'une tête du dieu grec Achéelos. Cet imposant récipient était constitué d'un ensemble de 10 pièces soudées.





Le Prince Lavau repose sur son char orné de bijoux en or.


Un prodigieux chaudron de bronze de 200 litres, un torque et des bracelets en or, des éléments de ceinture précieux, des vaisselles de banquet, un couteau et son fourreau, les restes d’un char à deux roues… L’extraordinaire mobilier funéraire de Lavau (Aube), un tombeau celte du milieu du Ve siècle avant notre ère exhumé en mars 2015, est actuellement en cours d’étude dans les sous-sols du Louvre, à Paris, au laboratoire de recherche et d’analyses C2RMF* dédié aux 1220 musées de France.  Ce trésor est issu des fouilles menées par l’Institut national de recherche archéologique préventive (Inrap). Ces ornements raffinés appartenaient à un jeune aristocrate dont le corps reposait depuis plus de 2500 ans au cœur d’un tumulus de 40 m de diamètre. Sans doute un représentant de cette élite princière apparue en Europe à la fin de l’âge du bronze, après l’introduction de la métallurgie du fer (VIIIe siècle av. J.C).

En cours de consolidation, un fragment du chaudron de bronze orné d'une tête du dieu grec Achéelos. Cet imposant récipient était constitué d'un ensemble de 10 pièces soudées.

Les chercheurs tentent désormais d’en percer les secrets de fabrication : techniques de mises en forme du métal, teneur des alliages… Autant de données qui pourraient être révélées par la tomographie de rayons X ou les microscopes électroniques à balayage ; de même, les traces d’usure des objets en or vont être explorées par les scanners 3D à haute résolution. Car un tel trésor archéologique est unique en France. La plus célèbre découverte étant celle de la « Dame de Vix » (Côte-d’or) qui remonte à 1953 ! « Si autant d’analyses sont nécessaires, c’est en raison des nombreuses questions toujours sans réponses concernant l’orfèvrerie et l’art celtique», rappelle Dominique Garcia, le président de l’Inrap. A partir de quelle matière première les Celtes ont-ils travaillé ? Qui exécutait ces pièces fastueuses ? Avec quels outils ? Comment ces objets inestimables étaient-ils mis en circulation ? Provenaient-ils d’Etrurie, de Grèce ou d’Ibérie ? Etait-ce les productions locales d’une société indigène ou peut-on y voir des influences extérieures ? Quelle était leur fonction ? Pourquoi les retrouve-t-on surtout dans des sépultures ?


Oenochoé, bracelets et torques d'or de la tombe princière de Lavau 
analysés par les laboratoires du C2RMF. © Inrap


Ces recherches devraient également permettre l’identification de vestiges en matière organique (cuir) ainsi que des textiles pris dans des concrétions. Mais les archéologues tentent surtout de comprendre s’il existait des « ateliers » de production en Europe utilisant des techniques similaires. Les sociétés celtes du Hallstatt (VIIIe-Ve siècle avant notre ère) – nom attribué aux Celtes du Premier Age du Fer pour les distinguer de leurs successeurs plus tardifs de La Tène (450-25 av. JC) - ne possédaient pas d’économie monétaire. Les objets précieux circulaient donc dans un système de don. L’or comme le vin (importé de Méditerranée) étaient chez ces peuples de l’âge du fer, une manifestation ostentatoire de la richesse.

Etude de l'oenochoe, vase à vin, décoré de fil d'or mis au jour dans la sépulture de Lavau. Tartres et dépôts de vin y sont encore visibles. © Inrap

D’où ces étonnants services à boire fabriqués par les Grecs à destination des « Barbares » celtiques retrouvés dans les sépultures, et en particulier celle de Lavau. Les archéologues y avaient ainsi mis au jour en plus du chaudron de bronze, une oenochoé, un vase grec rehaussé de fils d’or, orné d’un décor peint incarnant Dyonisos, et un gobelet d’argent. 


Le torque en or pur retrouvé autour du cou du prince de Lavau

Plusieurs objets sont le fruit du travail d’artisans et d’orfèvres hyper spécialisés et particulièrement doués. Sur certaines œuvres, les décors ne sont visibles qu’au microscope et compréhensibles qu’au moyen de techniques d’imagerie moderne. Ils seraient d’ailleurs difficilement réalisables aujourd’hui !






Parmi ceux-ci, le torque et les deux bracelets en or d’une pureté très difficile à obtenir. Les animaux ailés qui ornent le torque à la jonction du jonc avec les extrémités en forme de goutte et les oiseaux aquatiques qui masquent le mécanisme de fermeture sur les bracelets, sont d’une finesse remarquable. Les mécanismes des bracelets sont d’ailleurs extrêmement usés, ce qui signifie que leur propriétaire les a largement portés ! Il ne s’agissait donc pas d’objets funéraires commandés à sa mort dans le seul but d’être ensevelis avec lui.

Certaines pièces sont uniques car visiblement importées de très loin. Les perles en ambre retrouvées autour de la tête de la dépouille proviennent du nord de l’Europe. Le bestiaire figuré sur d’autres accessoires, notamment les têtes d’oiseaux aquatiques, évoque de réelles influences orientales.

 Trois objets sont particulièrement rares : une passoire à la poignée décorée d’une tête de serpent à cornes de bélier, une petite cuillère perforée qui servait certainement à enlever le surplus d’épices qui nageait à la surface du vin, et un pied de coupe orné d’un fil perlé.

Tous sont en argent doré : l’utilisation d’un tel matériau pour cette période n’est attestée qu’à Lavau !

La pièce maîtresse est un extraordinaire chaudron en bronze dont les anses sont ornées d’une tête du dieu-fleuve Achéloos, reconnaissable à ses cornes de taureau, sa moustache et sa longue barbe. Les influences sont donc aussi grecques, mais également italiennes puisque la technique de fabrication fait plutôt penser à un atelier étrusque !

 



Passoire à tête de bélier





FIN DU DOSSIER DE PRESSE


Vous venez de parcourir le dossier de presse officiel consacré au Trésor de Lavau et à son exposition à Troyes. Pour compléter cette présentation institutionnelle, il me semble utile de replacer cette découverte dans un cadre plus large. En effet, la tombe du prince de Lavau ne peut être pleinement comprise qu’en la mettant en relation avec une autre sépulture majeure du premier âge du Fer : celle de la Dame de Vix, découverte près de Châtillon-sur-Seine. Ces deux tombes princières, séparées d’environ un siècle mais situées dans le même axe géographique, appartiennent à un système aristocratique cohérent qui structurait alors la vallée de la Seine et de l’Aube. C’est dans cette perspective comparative que je prends maintenant le relais, afin de montrer comment Lavau et Vix s’éclairent mutuellement et révèlent l’existence d’un véritable corridor princier entre Bourgogne et Champagne.


Lavau et Vix : deux tombes princières pour une même histoire

 Entre Vix et Lavau, la distance géographique est réduite, mais les deux tombes princières appartiennent à un même système politique, économique et culturel qui caractérise le premier âge du Fer dans le nord-est de la France. La découverte de la sépulture de Lavau en 2015, datée du milieu du Ve siècle avant notre ère, a confirmé l’existence d’un axe aristocratique structuré le long de la vallée de la Seine et de l’Aube, déjà illustré depuis les années 1950 par la tombe de la Dame de Vix, près de Châtillon-sur-Seine, datée d’environ 530 avant notre ère. Ces deux monuments funéraires, séparés d’environ un siècle, témoignent d’une continuité des pratiques, des réseaux et des formes de pouvoir au sein des élites celtiques du Hallstatt final.

À Vix, la défunte est inhumée avec un char et un mobilier exceptionnel, dont le célèbre cratère grec, pièce monumentale de plus d’un mètre soixante de haut, importée de Méditerranée et intégrée dans les pratiques aristocratiques locales. Ce vase, destiné au mélange du vin, illustre la participation des élites bourguignonnes aux circuits d’échanges contrôlés par les Grecs et les Étrusques. La tombe de Vix constitue l’un des premiers témoignages majeurs de ce phénomène princier, caractérisé par la monumentalité funéraire, l’usage du char, la présence d’objets d’importation et la mise en scène du banquet comme élément central de la représentation du pouvoir.

Un siècle plus tard, la tombe de Lavau reprend ces codes tout en les transformant. Le défunt repose également sur un char, mais l’architecture funéraire est plus élaborée : enclos quadrangulaire, portique monumental, rampe d’accès et tumulus de plus de huit mètres de haut. Le mobilier associe des objets grecs et étrusques à des productions celtiques de très haut niveau, comme l’oenochoé attique enrichie de garnitures en or et en argent, dont l’iconographie mêle références méditerranéennes et symboles locaux. Cette hybridation témoigne d’un artisanat de cour maîtrisant à la fois les techniques importées et les traditions régionales. Lavau représente ainsi une phase tardive du phénomène princier, marquée par une intensification des échanges et une sophistication accrue des pratiques funéraires.

L’analyse conjointe de Vix et de Lavau montre que ces deux tombes ne sont pas des cas isolés, mais les manifestations les plus visibles d’un réseau aristocratique structuré. La vallée de la Seine, depuis la Saône jusqu’au bassin parisien, constitue alors un corridor majeur reliant la Méditerranée à l’Europe du Nord. Les élites locales contrôlent les flux de vin, de vaisselle, d’ambre, d’étain et d’autres produits de prestige, et entretiennent des relations régulières avec les cités grecques et étrusques. Les similitudes entre les deux sépultures — char, tumulus, vaisselle de banquet, objets d’importation, parures en métaux précieux — traduisent une idéologie du pouvoir partagée, fondée sur la démonstration de richesse, la maîtrise des échanges et la continuité dynastique.

La question d’un lien familial direct entre les personnages de Vix et de Lavau ne peut pas être tranchée : les restes humains sont trop fragmentaires pour permettre une analyse génétique fiable. En revanche, les données archéologiques indiquent clairement qu’ils appartiennent à des lignages intégrés dans un même système politique. Les pratiques funéraires, les choix architecturaux, les objets déposés et les réseaux d’échanges mobilisés relèvent d’une même culture aristocratique, active sur plusieurs générations. Dans ce cadre, parler de « parenté politique » est pertinent : Vix et Lavau représentent deux moments successifs d’une même tradition de pouvoir.

L’ensemble formé par ces deux tombes constitue aujourd’hui un corpus exceptionnel pour comprendre l’organisation des élites celtiques du premier âge du Fer. Vix illustre l’émergence d’un modèle princier fortement connecté à la Méditerranée ; Lavau en montre l’apogée tardive, juste avant les transformations profondes du Ve siècle. Leur mise en parallèle permet de restituer la cohérence d’un territoire qui fut, il y a 2 500 ans, l’un des axes majeurs de circulation et d’influence en Europe occidentale. Les photographies du trésor de Lavau, du cratère de Vix et du torque que tu ajouteras à ton article permettront de visualiser cette continuité et de souligner la qualité exceptionnelle des objets associés à ces deux sépultures.


 CORRIDOR PRINCIER (VIIIe – Ve siècle av. n.è.)

├── PÔLE BOURGOGNE : VIX (vers 530)

│     ├── Centre aristocratique du Mont Lassois

│     ├── Tombe de la Dame de Vix (char)

│     ├── Cratère grec monumental

│     ├── Contrôle Saône → Seine

│     └── Première grande expression du phénomène princier

├── AXE STRUCTURANT : SAÔNE → SEINE → AUBE

│     ├── Route du vin méditerranéen

│     ├── Circulation de la vaisselle grecque et étrusque

│     ├── Redistribution de l’ambre, de l’étain, du sel

│     ├── Réseau d’élites interconnectées

│     └── Continuité culturelle et politique sur plusieurs générations

└── PÔLE CHAMPAGNE : LAVAU (vers 450)

      ├── Centre aristocratique de la vallée de l’Aube

      ├── Tombe du prince de Lavau (char)

      ├── Oenochoé attique enrichie d’orfèvrerie celtique

      ├── Tumulus monumental (8 m) + portique + rampe

      └── Dernière grande expression du phénomène princier

 

Ce que montre ce schéma : Vix et Lavau ne sont pas deux mondes séparés : ce sont deux pôles d’un même système. Le corridor Saône–Seine–Aube est l’élément central :

un axe économique, politique et culturel qui relie les deux.

Vix représente l’émergence du modèle princier.

Lavau représente son apogée tardive.


Trésor du tombeau de la Dame de Vix


Anse du cratère du Trésor de Vix - musée de Châtillon sur Seine (21)


Torque de la Dame de Vix - musée de Châtillon-sur-Seine (21)


Le prochain article sera consacré aux clichés que je prendrais à l'exposition ! 

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