vendredi 30 janvier 2026

La ville de Tonnerre et le Chevalier d'Éon

 


Une cité primitive prend naissance sur le plateau du Montbellant vers le Ve siècle avant notre ère puis se déploie, s’amplifie et se fortifie au cours des siècles. Au Moyen Age, on ne parle pas de la ville de Tonnerre mais des villes de Tonnerre : il y a le bourg principal sur le Montbellant, la ville basse en bordure de rivière (le centre-ville actuel) et la ville de Saint-Michel autour de l’abbaye du même nom.

En l’an 1414, un raid de représailles, ordonné par le duc de Bourgogne, met à feu et à sang la ville haute. Dès lors, les Tonnerrois reconstruisent leur maison dans la plaine de l’Armançon, agrandissant ainsi la ville basse, et lui donnant un visage fortement similaire à celui qu’on lui connait aujourd’hui. Arrive l’année 1556 et son terrible incendie qui ravage à nouveau la ville. Elle tarde à se relever de ce coup du sort ; cela ne change pas grand-chose à sa physionomie, puisque les maisons se reconstruisent sur les caves existantes, mais explique le faible nombre de bâtiments à caractère médiéval.

La Révolution et l’Empire apportent dans leur sillage une nouvelle organisation administrative du pays. Tonnerre devient chef-lieu d’arrondissement (jusqu’en 1926) et accueille, dans les années qui suivent, de nouvelles voies commerciales : le canal de Bourgogne et la voie de chemin de fer de la Compagnie PLM.

La Première Guerre mondiale, qui fauche une partie de la jeunesse, est vécue comme un traumatisme mais Tonnerre n’est heureusement pas touchée dans sa chair. Ce qui n’est pas le cas lors de la guerre suivante ; les bombardements de 1940 et 1944 font de nombreuses victimes et raye de la carte le quartier Saint-Michel. La ville se relève doucement et connait même une période de prospérité à partir des années 60 qui se manifeste par le développement des quartiers périphériques (Prés-Hauts, Lices…), la construction d’écoles, du collège et l’implantation d’industries. La crise industrielle de la fin des années 90 frappe Tonnerre qui subit une régression économique.

Mais les perspectives d’avenir sont encourageantes pour la ville qui peut compter sur de solides atouts comme son patrimoine riche, sa qualité de vie agréable, des réseaux de transport qui permettent de relier Paris ou Dijon en moins de deux heures.

Historique de Tonnerre

Tonnerre apparaît à l’époque romaine sous le nom de Tornodurum, « forteresse ». Pour les Lingons, elle était la capitale du Pagus tornodorensis. Ici, sur la vallée de l’Armançon, s’est créé le Comté de Tonnerre, qui a servi de point de passage entre Paris et Dijon, à l’époque où le roi de France avait des visées sur le duché de Bourgogne.

Les étymologies de Tonnerre viendraient, pour l’époque celte, de Torn, dérivant de l’appellation d’une obscure divinité locale ; d’autres la rapportent à Douros : forteresse, enfin une autre dénomination correspondrait à Dour en liaison avec un lieu près du torrent. Il est également possible que les trois solutions se rejoignent en une seule : un lieu divinisé (1782, mise au jour des cavités contenant armes et ornements, monnaies et bijoux liés au culte de divinités).

La forteresse dominant Tonnerre se serait située sur les lieux « Mont Bellant » et « Vieux Châteaux» livrant de nombreux vestiges antiques.

Quant à la « source divinisée », le vestige en est d’une évidence flagrante, puisqu’il s’agit de la Fosse Dionne.

 

La fosse Dionne

En 2005, des recherches au lieu-dit Les Petits Ovis ont permis de découvrir que le site était occupé par une nécropole datant de la fin de l’âge du Bronze et un habitat aggloméré datant du second âge du fer. Au lieu-dit « Terre de Vauplaine », des inhumations et des incinérations, datant de la période située entre l’âge du bronze et l’âge du fer, ont été mises au jour. Un établissement rural gallo-romain, connu mais mal localisé, a pu être circonscrit.

Au cours de cette période, de nombreux ateliers de tanneurs sont apparus le long de l’Armançon ou près de la Fosse Dionne pour travailler les peaux.

Tonnerre est le siège d’un comté depuis le milieu du Xe siècle. Il administre le rebord occidental du vaste évêché de Langres.

Plusieurs membres de la famille comtale se hisseront à la tête de cet évêché. Il pourrait avoir eu dans son giron la région de Bar-sur-Seine.

Les comtes, connus par les chartes de l’abbaye Saint-Michel, portent le prénom de Miles. Au XIe siècle, les successions se font plus chaotiques.

Un vicomte de Tonnerre apparaît au début de ce siècle. En droit, cela signifie que le titulaire du comté dispose d’un droit comtal autre que celui de Tonnerre, ce qui impose l’établissement d’un vicomte (même problématique qu’à Joigny en 1080). Ce vicomte est à l’origine de la famille de Rougemont.

La dernière héritière de cette première dynastie épouse, au milieu du XIe siècle, Guillaume, comte de Nevers et d’Auxerre, quand celui-ci se relève très difficilement de la tutelle de son oncle le duc de Bourgogne qui avait tué son père. Sa sœur cadette, en épousant un fils du comte de Brienne, provoque la séparation définitive de Tonnerre du comté de Bar-sur-Seine.

La dynastie Comtale de Nevers-Auxerre (1045-1193)

Guillaume de Nevers administre longuement le comté. Un prévôt devient le représentant de son administration pour le Tonnerrois. La tendance à l’hérédité est un aveu de faiblesse comtale.

Le fils cadet de Guillaume a failli faire émerger à nouveau un comté autonome. Le comté servira fréquemment de douaire aux comtesses douairières. Des féodaux étalent leur puissance dans le comté : Argenteuil, Rougemont.

Certains se hissent au rang de vicomte quand les princes font émerger des vicomtés sur des axes commerciaux à la jointure de leurs principautés (Ligny-le-Châtel vers 1120). Ce phénomène touche d’autres contrées de la principauté.

Les sires de Noyers-sur-Serein échappent très tôt à l’autorité comtale, et bâtissent une puissante seigneurie indépendante en franc-alleu, à la lisière du comté d’Auxerre et de l’ancien comté d’Avallon.

La féodalisation atteint sa plénitude classique. Pour autant, la ville de Tonnerre se développe. Elle se dote de deux paroisses : Notre-Dame et Saint-Pierre. L’abbaye Saint-Michel fait face au château, de l’autre côté du vallon.

Les comtes tenteront tardivement et avec un succès relatif de reprendre la main sur leurs grands féodaux. Ils ne parviendront qu’à leur imposer un partage successoral (Toucy, vers 1170). Le Tonnerrois est durablement et profondément féodalisé.

La dynastie Comtale des Courtenay

De la fin du XIIe siècle au milieu du XIIIe siècle, Tonnerre vit dans le giron du comté de Nevers-Auxerre et Tonnerre. Ce vaste ensemble est de fait abandonné quand le chef du lignage se hasarde sans profit en Orient (empire de Constantinople). Copiant une institution mise en place en 1184 dans le domaine royal, ce comte institue un bailli. Mais comme en Champagne, ce nouvel agent est nettement moins efficace que son confrère de Sens. Il gère à la fois les baillies d’Auxerre et de Tonnerre. Il ne contrarie pas les féodaux locaux. Les heurts avec l’évêque d’Auxerre et la révolte d’Hervé de Donzy humilient le comte Pierre de Courtenay.

Un cadet de la famille de Courtenay prend place à la tête de la seigneurie de Tanlay.

La dynastie Comtale des Châlons (1308-1463)

Au milieu du XIIIe siècle, une comtesse de Tonnerre épouse le roi de Sicile. Elle fonde le Grand Hôtel-Dieu : le plus grand monument civil de Bourgogne.

La famille de Chalon parvient à participer au partage de la principauté et se fait remettre le comté de Tonnerre.

En prélude de la seconde phase de la guerre de Cent Ans, le comte de Tonnerre enlève une fille d’honneur de la duchesse de Bourgogne. Jean Sans Peur saute sur ce prétexte pour mener une guerre à outrance contre le comte de Tonnerre. Malgré la disproportion des forces, le comte de Tonnerre parvient à retarder l’échéance de sa ruine. mais ce combat désespéré a un prix : le Tonnerrois est ravagé. Les féodaux qui ont suivi leur suzerain naturel sont spoliés par des nobles bourguignons accourus à la curée. La guerre entre Armagnacs et Bourguignons sera de peu postérieure (1411). Tonnerre reste au pouvoir du duc de Bourgogne. Pendant ce XVe siècle, la ville gagne des institutions fiscales : la recette des Aides et l’Élection.

Elle constitue le chef-lieu du district de Tonnerre de 1790 à 1795 et de l’arrondissement de Tonnerre de 1800 à 1926.

La ville a été victime des bombardements allemands en juin 1940, puis des anglo-américains le 25 mai 1944 qui firent quatorze morts en touchant l’église Notre-Dame.

Naturel ou creusé des mains de l’homme, le bief bordait l’ancienne ville de Tonnerre et formait une ceinture protectrice de ses murailles. Les siècles passant, ce rôle défensif n’est plus à l’ordre du jour et le bief se transforme en onde nourricière puisqu’il alimente les moulins de la ville, et donne à la cité ce visage d’une petite Venise.



La petite venise de Tonnerre

Canal de Bourgogne

Le premier coup de pioche du chantier du canal de Bourgogne est donné en 1777 et débute par la section Laroche-Tonnerre (environ 45 km). En 1790, il atteint le Tonnerrois, mais est suspendu sous la Terreur. En 1809, les travaux reprennent et l’on s’aide pour cela de la main d’œuvre fournie par les centaines de prisonniers de guerre (espagnols, prussiens, autrichiens…) cantonnés à Tonnerre. Il faut attendre 1832 pour que le canal soit entièrement ouvert à la navigation.

LA FOSSE DIONNE

La Fosse Dionne, du l’ancien français Fons Divina (source divine) est une source vauclusienne alimentée de façon permanente par des infiltrations provenant des plateaux calcaires qui la surplombent et par le flux d’une ou plusieurs rivières. Même en période de sécheresse, le débit reste constant : aux alentours de 100 litres par secondes.

Des tests de colorant ont démontré que la Laignes, qui se perd dans un gouffre à 40 km à l’Est, se retrouve en infime partie dans l’eau de la Fosse Dionne et que plus de 80% du colorant versé dans la rivière souterraine passant à proximité d’Athée y avait aussi été retrouvé. Pour autant, on ne peut affirmer que cette dernière rivière alimente à elle seule la source tonnerroise.

Les explorations

Et c’est ce parfum de mystère qui a depuis toujours alimenté les légendes et les entreprises d’exploration. Dès la fin du XIXe siècle jusqu’en 1908, des plongées en scaphandre ont lieu, mais elles ne permettent pas de dépasser la vasque d’où sourd la source. Il faut attendre les progrès techniques et une nouvelle plongée en 1962 pour atteindre la cote de -28 mètres. L’année suivante, la même équipe se rassemble et poursuit l’expédition. Mais elle tourne mal et deux plongeurs trouvent la mort. D’autres tentatives ont lieu, mais l’on doit aux frères Le Guen l’exploration la plus complète jusqu’à 360 mètres de l’entrée. Elle a duré plus de 3 heures, dont 1h40 en paliers de décompression. Car la principale difficulté de cette opération tient principalement au fait que le conduit naturel de la Fosse est en « dent de scie », ce qui oblige les plongeurs à hacher leur avancée. Dix ans plus tard, P. Jolivet prolonge l’exploration et atteint la côte de -70 mètres (370 mètres de l’entrée). C’est le record ultime, qui perdure de nos jours.

Il y eut bien d’autres visites, depuis cette date, mais elle consistait principalement à prouver l’utilisation antique de la source. En 1996, après un autre accident mortel, la mairie décide d’interdire toute plongée.

A l’heure actuelle, même en tenant compte du matériel existant, on peut dire que les limites humaines quant à la découverte de la source ont été atteintes. D’une part à cause des fameux paliers de décompression, qui obligent le plongeur à se plier à de nombreuses pauses, et à utiliser un mélange gazeux spécial. Pour aller plus loin, en théorie, il faudrait qu’il porte avec lui de plus grandes réserves, mais elles ne lui permettraient pas de franchir les multiples étroitures. A cette principale contrainte, on peut en ajouter d’autres. Les mouvements des plongeurs, par exemple, soulève de grandes quantités d’argile qui troublent l’eau et réduisent la visibilité. A certains endroits, il faut passer dans des zones où les parois sont instables et proches de s’ébouler. Enfin, il faut défier le courant de l’eau qui est d’autant plus dangereux aux étroitures. La Fosse Dionne n’a donc pas livré tous ses secrets.

Historiquement parlant, la source tarde à être exploiter car les alentours sont marécageux et insalubres. Elle suscitait de la part des Tonnerrois de l’époque, autant de fascination que de craintes, comme le prouvent ces légendes terribles qui ont perduré jusqu’à nos jours.

Saint-Jean l’Abbé et le Basilic

La plus ancienne, ou du moins celle qui est ancrée le plus loin dans le temps, remonte au Ve ou VIe siècle après J-C. Elle fait référence à un serpent, le basilic, qui terrorise les habitants de Tonnerre. Lorsqu’il sort de sa cachette, ce serpent tue toutes les personnes qui se trouvent dans les parages par la seule force de son regard.

Saint Jean l’Aumonier, retiré dans un ermitage non loin de là, est averti de l’affaire. Il décide de se confronter à la bête et, muni d’une pelle et d’une pioche, se rend à l’endroit où le serpent a été vu la dernière fois. Il trouve son repaire et creuse pour l’en déloger. Alors qu’il porte les coups de pioche, de l’eau envahit la cavité, déborde et coule en un flot ininterrompu jusqu’au bras de l’Armançon.

Le serpent est noyé grâce à l’entreprise du saint Homme qui, après une courte retraite tonnerroise, se retire pour fonder une communauté dans le désert de Réôme (qui prendra par la suite le nom de Moutiers-Saint-Jean) où il meurt à l’âge respectable de 120 ans, en 545 !

Les sous du Diable

Il est une autre histoire, légèrement postérieure. Au mois de juillet 700, un petit garçon, prénommé Pierre, se promène dans les alentours de la source. C’est alors qu’il entend une cavalcade. En cherchant l’origine du bruit, il vit venir à lui un cavalier aux habits aussi sombres que son cheval et dominé par un panache rouge.

Ce dernier s’arrête à sa hauteur et lui demande où il peut faire boire sa monture ; Pierre lui montre du doigt la Fosse Dionne. Le chevalier s’y dirige aussitôt et, dans sa course, fait tomber une bourse bien remplie. Le garçon s’en saisit, et contemple d’un œil émerveillé les sous étincelants. Après un rapide regard autour de lui, il fourre les pièces dans sa poche et retourne chez lui. Le lendemain est jour de fête à Tonnerre.

D’un pas guilleret, Pierre se promène au milieu des forains, faisant jouer les pièces entre ses doigts. Sur un coup de tête, il achète une cage pleine d’oisillons, mais ces derniers parviennent mystérieusement à s’échapper. Bien qu’attristé, le garçon poursuit son chemin et se laisse prendre à l’ambiance festive de la ville. Il achète un bouquet pour sa mère, mais les fleurs se fanent immédiatement au contact de sa main. Plus loin, il dépose une pièce dans la paume d’un aveugle qui faisait l’aumône, mais ce dernier la refuse.

Sur le chemin du retour, Pierre rencontre des camarades et ensemble, ils se délectent de gâteaux et sucreries achetés avec les sous du cavalier. Mais quelques temps plus tard, ils sont tous pris de violents maux de ventre que rien n’arrive à soulager. A cela s’ajoutent d’incontrôlables crises de rires aux échos démoniaques. Penaud, malade et pris de remords, Pierre décide de retrouver le mystérieux inconnu pour lui rendre son bien. Mais, devant la Fosse Dionne, il ne trouve évidemment personne.

Dans un geste de désespoir, il jette les pièces dans l’eau et s’apprête à s’y jeter lui-même lorsqu’un évêque, saint Pallade, l’en empêche. L’enfant, en pleure, lui confie toute l’histoire. L’homme le console et lui accorde son pardon. Puis, sachant que les terribles douleurs de l’enfant sont dues aux pièces diaboliques, il jette son manteau dans l’eau claire de la source, afin de recouvrir la bourse qui git dans le fond.

Le cavalier sombre, tapis dans les taillis, avait observé la scène et surtout l’échec de son plan. Fou de rage, il jaillit de sa cachette et lança furieusement sa monture dans la source. L’eau bouillonna pendant un long moment puis s’apaisa progressivement. L’évêque et l’enfant sondèrent du regard l’onde à la recherche du cavalier, et se rendirent compte ébahis, que le fond sablonneux avait fait place à un trou béant et sombre par lequel l’homme, qui n’était autre que le Diable, s’était échappé.

La Vierge au manteau d’émeraude

La dernière légende est toute aussi inquiétante mais plus proche de nous en temps, puisque le quartier de Bourbérault était maintenant construit. Par une nuit sans lune, une jeune fille se hâte de regagner sa maison. Ses souliers frappent le pavé d’un pas pressé, et c’est avec des regards inquiets qu’elle sonde les rues et ruelles alentours. Alors qu’elle arrive à proximité de ce qui n’était qu’un marais à l’époque, elle sent une présence dans son dos. Qu’elle accélère le pas ou qu’elle le ralentisse, elle entend son poursuivant faire de même.

Saisit par la peur, elle se met à courir aussi vite qu’elle le peut, mais le Diable derrière elle, car il s’agit bien Diable, court bien plus vite et la rattrape en quelques enjambées. Elle sent son souffle rapide sur sa nuque et dans un sursaut de désespoir, supplie la Vierge Marie de lui venir en aide. Aussitôt, la nuit semble se déchirer pour laisser passage à une Dame d’une beauté saisissante, vêtue d’une robe et d’une cape couleur émeraude. Cette dernière, afin de soustraire la jeune fille à l’agresseur, dépose son manteau au sol qui se transforme en une vaste mare circulaire aux eaux transparentes, la Fosse Dionne, dans laquelle elle se jette avec la jeune fille.

Ces légendes anciennes, qui se transmettaient de génération en génération, et où se combattent le Mal et le Bien, reflètent en premier lieu une crainte ancestrale des Tonnerrois envers leur source. La raison en est simple : pendant des siècles, les alentours de la source étaient humides et marécageux, conditions idéales pour le développement du paludisme. Et Tonnerre n’est pas un cas isolé : de nombreuses légendes mettant en scène le Basilic traitent en réalité de cette maladie qu’elles figurent sous les traits du serpent malin. Le paradoxe vient du fait qu’elle a été un jour adorée ainsi que le prouve son nom : Source Divine.

Il faut sans doute attendre le XVIIe siècle, pour que la source soit aménagée. Et en 1758, le père du chevalier d’Éon fait construire le lavoir tel que nous le connaissons, composé d’un bassin circulaire aux eaux émeraude de 14 mètres de diamètre, entourée d’une auge dans laquelle les lavandières lessivaient les linges, et d’un appentis semi-circulaire percé de hautes cheminées pour faire chauffer les eaux. Les jours de lessive étaient l’occasion pour les lavandières d’échanger quelques nouvelles de quartiers, entre autres. Et certaines oreilles indiscrètes, notamment celles des enfants curieux, aimaient suivre ces conversations grâce aux conduits de cheminée dont les sommets donnaient sur la rue surplombant le lavoir.



Patrimoine Religieux

Couvent des Ursulines



On doit l’origine de cet édifice aux religieuses Ursulines de Tonnerre qui, chassées de leur couvent par la Révolution française, furent obligées de se trouver un nouveau lieu de vie aux premières heures de l’Empire. Elles achetèrent d’abord une modeste maison puis, les années passant, les bâtiments limitrophes. En 1905, l’exécution de la loi de séparation de l’Église et de l’État entraîne une nouvelle dissolution de la communauté. Les bâtiments sont rachetés par la ville qui y installe le collège des garçons.

Le bâtiment joliment décoré que nous pouvons admirer est l’actuelle propriété de l’école primaire.

Dans le courant de l’année 1790, le couvent historique des Ursulines, c’est-à-dire celui de leur implantation au siècle précédent, est fermé. Les bâtiments hébergent alors une des nouvelles administrations de la Révolution : le District. Certaines religieuses retournent dans leur famille ou demandent asile à l’hôpital de Tonnerre dont la communauté (Augustine) n’est pas encore supprimée. Mais la plus grande partie est accueillie par M. Bazile chez lequel elle demeure durant toute la période Révolutionnaire.

Sous l’Empire, bien que les communautés religieuses soient rétablies dans leurs droits, la plupart de celles-ci se retrouve sans toit puisque dans la grande majorité des cas, les abbayes, monastères et couvents ont été vendus comme biens nationaux. Tonnerre n’y fait pas exception.

Les religieuses se cherchent donc un nouveau point de chute et, en mettant en commun leurs économies, achètent une petite maison rue des Prêtres Notre-Dame (actuelle rue Pasteur).  De suite, elles ouvrent une salle en vue d’y faire la classe aux jeunes Tonnerroises. Les années passant, la qualité de leur enseignement gagne en popularité et les lieux se retrouvent bientôt trop restreints. La communauté achète les terrains et bâtiments qui voisinent leur maison, et se constituent un parc. En 1860, la nouvelle propriété conventuelle consiste en une grande chapelle, des bâtiments communautaires, un pensionnat, des cours et jardins.

En 1905, l’exécution de la loi de séparation de l’Église et de l’État entraine une nouvelle dissolution de la communauté religieuse. Les bâtiments sont rachetés par la ville qui y installe le collège des garçons.

Abbaye Saint Michel



Sur le sommet du Mont Voutois, faisant face à la ville antique de Tonnerre, est fondée l’abbaye Saint-Michel dans le courant du Ve siècle. Complètement ruinée par les invasions normandes, elle est restaurée au Xe siècle. Alors qu’il y était de passage, Saint-Thierry y décède et devint le saint protecteur de la ville. À la veille de la Révolution, l’abbaye n’est plus que l’ombre de ce qu’elle fut. Elle est vendue comme bien national. Ne reste des bâtiments médiévaux que deux salles voûtées. 

Propriété privée

Église Notre Dame


Au XIe siècle, l’Hôtel-Dieu Notre-Dame, modeste maison d’accueil des pèlerins de la route de Saint-Jacques, est doté d’une petite chapelle dédiée à Marie. Au cours des siècles, l’oratoire s’agrandit et gagne en importance ; il devient cure, paroisse puis doyenné. C’est aux XVIe et XVIIe siècles que le monument revêt le visage que nous lui connaissons aujourd’hui avec sa haute tour surmontée des inscriptions « Jesus Maria Ave Gacia » et des initiales « CHC » pour Charles-Henri de Clermont, comte de Tonnerre. Pourtant, ces différentes transformations architecturales ne se firent pas sans mal : en 1359, les troupes anglaises mirent le feu à l’église, de même que les troupes bourguignonnes en 1414. En 1556, un vaste incendie la consume à nouveau (la base de la tour est encore noire de suie) et le bombardement de 1944 détruit couverture et voûtes.

 

 Église Saint Pierre


Construite aux alentours du XIe siècle, l’église Saint-Pierre est presqu’entièrement brûlée par l’incendie ravageur de 1556. Les travaux de restauration tardent, et s’étalent de la fin du XVIe siècle à la moitié du XVIIe. Ce qui explique son visage si particulier mêlant Renaissance italienne et style classique. C’est durant cette même campagne de réfection que l’on pare ses baies de panneaux de grisaille, dont il reste si peu d’exemplaires en France.

La destruction de la ville haute et de Saint-Aignan (1414) par les troupes du duc de Bourgogne, donne une importance toute nouvelle à l’église Saint-Pierre qui, bien qu’incendiée, se relève de ces cendres et acquiert, par la disparition du bourg principal, un ascendant cultuel unique sur le quartier du Perron.

L’Eglise Saint Pierre est un mélange de style Gothique et de style Renaissance. Le chœur gothique, épaulé d’épais contreforts, est couronné par une corniche de type bourguignon.


Couvent des Minimes

Suite aux guerres de religion, une nouvelle piété chrétienne se met en place, consistant notamment en actions charitables. En 1611, Charles-Henri de Clermont-Tonnerre fonde le couvent des Minimes accolé à l’antique église Saint-Nicolas, bâtie autour du XIIIe siècle. Pour cette édification, le comte autorise l’utilisation des pierres issues des ruines du château médiéval.

Lorsque la Révolution éclate, le convent est vendu comme bien national. Propriété privée

 Marché couvert


Depuis le Moyen Age, les habitants de Tonnerre ont l’habitude de se retrouver plusieurs fois par semaine à la Halle Daret, pour faire leur marché. Sauf qu’en cette fin de XIXe siècle, commerçants comme clients sont las de monter ces ruelles pentues et de se bousculer dans une salle étroite et peu commode. Le site de la halle aux grains est jugé plus pratique et l’architecte Rousseau, chargé de construire un nouveau marché, opte pour une charpente métallique à la Baltard. Les lieux sont inaugurés en avril 1903 en présence du ministre de l’agriculture M. Mougeot.

En février 1901, une Commission spéciale se réunit pour la première fois. Elle a pour charge de trouver un nouveau site d’implantation pour le marché communal, puisque la Halle Daret est incommode, terrain sur lequel on construirait une structure ou dont on utiliserait les bâtiments existants. Et assez vite, la piste la plus sérieuse est celle de l’Hôtel-Dieu. Cette vaste salle, construite par Marguerite de Bourgogne en 1293, totalement désaffectée, est idéalement située au centre de la ville.

En mai 1902, l’architecte Baume soumet les plans de son projet aux élus et au public. Le pignon ouest de l’édifice serait percé de 5 portes monumentales, surmontées d’une demi rosace en verrière. Cette réalisation nécessiterait la destruction de la terrasse donnant sur la rue de l’hôpital, de la façade néoclassique et de la salle des malades du 18e siècle. Les portes latérales seraient remplacées par d’autres vitrées et l’on ferait un mur séparatif dans la Grande Salle pour laisser l’usage de l’église à l’hôpital.

Mais très vite, un vaste mouvement de protestations accueille cette initiative. Le docteur Chaput, chirurgien des hôpitaux de Paris et d’origine tonnerroise, se pose en défenseur de l’Hôtel-Dieu. Il publie deux ouvrages sur l’édifice médiéval et lève une souscription nationale en vue de le restaurer, à condition qu’il n’y ait pas d’installation du marché sous son toit.

La vague de protestation est telle que le maire, Edmond Jacob, justifie son projet dans une tribune du Bourguignon. Il explique que, contrairement à certaines rumeurs, il n’est pas dans ses intentions de faire disparaitre ou de déclasser l’Hôtel-Dieu. L’architecte choisi serait agréé par les Beaux-Arts, et, si jamais le projet était validé par le conseil municipal, la ville resterait à l’écoute de toutes les critiques.

La position de l’hôpital, principal intéressé du projet, est assez ambigüe. Au début, dans le courant de l’été 1901, le conseil d’administration « refuse formellement l’installation d’un marché couvert en lieu et place de l’Eglise dite de l’Hôpital . Puis, les mois passants, il se rallie à ce projet qui lui permettrait de toucher la somme providentielle de 40 000 francs, si nécessaire à la création d’une salle d’opération et de nouvelles chambres de malades.

Le mouvement de protestation prend une telle ampleur qu’il arrive jusqu’aux oreilles du gouvernement. Le 3 février 1903, le maire est sommé d’expliquer le projet en cours au ministre de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts. Le mois suivant, une visite d’inspection a lieu in situ et ne convainc pas du tout le commissaire des Beaux-Arts. Le projet est refusé par ce dernier qui s’engage, pour calmer les esprits, à faire restaurer l’Hôtel-Dieu aux frais de l’État. Il va même jusqu’à offrir une subvention à l’hôpital pour lui permettre de financer son bloc opératoire et ses salles d’isolement. Le docteur Chaput, présent lors de la visite, indique que le montant de la souscription servira alors à l’entretien du monument.

Si tout se termine bien pour l’Hôtel-Dieu, le dossier concernant le marché couvert revient à son point de départ. Où l’installer à Tonnerre? La commission spéciale se remet au travail et propose quatre projets :

Le pâtis : le site appartient déjà à la ville et lui épargne d’onéreux frais d’acquisition. Le lieu est vaste, proche de la gare et des voies de communication, mais il gâche la quiétude de ce parc et est trop éloigné des commerces. Les habitants des villages voisins qui s’y rendraient en repartiraient sans « être rentrés en ville » .

La Halle Daret : un élu propose de continuer à occuper la place du marché actuelle. Selon lui, les marchandises exposées seront moindres dans les années à venir, ce qui amène à reconsidérer la position de cette halle. Ce projet est écarté pour les raisons évoquées plus haut : difficulté d’accès, étroitesse des lieux.

Un marché volant : pourquoi ne pas utiliser une structure démontable et facilement déplaçable? Si l’idée est appliquée dans des grandes villes, elle ne s’adapte pas à Tonnerre. Les frais de montage et démontage risquent, à terme, de coûter plus chers qu’une nouvelle construction. De plus, il faut tout de même trouver un emplacement à ce marché volant. La place de la République est pressentie, mais sa proximité avec l’école des filles fait craindre pour leur sécurité (circulation accrue).

La Halle au blé : il existe sous la nouvelle mairie une halle. Son emplacement est idéal, en plein centre urbain, et les travaux d’agrandissement seraient, finalement, peu couteux. Le site remporte l’adhésion de la majorité des élus.

Le 27 mai 1903, l’architecte Rousseau présente ses plans et devis estimatif. La halle située sous la mairie sera prolongée par une charpente métallique totalement vitrée et les cloisons seront montées en briques. Pour amener un peu de lumière dans la partie semi-enterrée, l’on placera des pavés de verre sur le perron de l’Hôtel de Ville.

Le 4 juin 1903, le conseil adopte le projet de Rousseau, qui s’élève à 92 000 francs.

Les travaux commencent à l’automne et le 16 mars 1904, le nouveau marché couvert de Tonnerre est inauguré en présence du ministre de l’Agriculture.

Inspirée par Baltard, l’architecture de ce bâtiment relève d’une certaine audace. On y voit mêlé la fonte, le verre, la céramique et la brique dans des lignes verticales et harmonieuses qui diffèrent des autres bâtiments industriels. Si ces structures ont eu un certain succès au début du XXe siècle, elles ont souvent été détruites par la suite. Celle de Tonnerre fait donc office de témoin de ce patrimoine méconnu ou oublié. En 1991, le marché couvert est classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques et porte le label « Patrimoine du XXe siècle ».

Hôtel d’Uzès


Construit vraisemblablement dans la première moitié du 16e siècle, cet hôtel particulier appartenait à l’origine à la famille Cannelle, issue de la grande bourgeoisie de la ville. On lui a préféré le nom d’hôtel d’Uzès en hommage à la comtesse de Tonnerre et duchesse d’Uzès, Louise de Clermont, qui y faisait de fréquents séjours.

A peine sorti de terre, le bâtiment est détruit par l’incendie ravageur de juillet 1556. On le rebâtit avec plus de faste en lui accolant cette belle façade ouvragée, avec ces fenêtres à meneau et sa tour à encoignures. Seul indice du sinistre, cette inscription « NISI DOMINUS CUSTODIERIT DOMUM, FRUSTRA VIGILAT QUI CUSTODIT » au-dessus de la porte, qui ne prend sens qu’en référence au psaume 126 : « Si l’Éternel ne bâtit la maison, ceux qui la bâtissent travaillent en vain ; si l’Éternel ne garde la ville, celui qui la garde veille en vain ».


Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, l’immeuble est détenu par de grandes famille de la ville. C’est entre ces murs que nait le chevalier d’Éon, célèbre espion de Louis XV, en 1728. Tout change avec la Révolution. A partir de 1793, l’habitation est convertie en prison. Ironie du sort, son dernier propriétaire, le sieur de Chamon y est détenu entre 1793 et 1794.

A la fin du 19e siècle, la Caisse d’Epargne se porte acquéreur et entreprend une vaste campagne de restauration qui suscite bien des polémiques, tant l’architecte s’est joué de l’architecture originelle. On lui reproche l’adjonction de deux colonnes torses de chaque côté de la porte, la création d’un campanile (aujourd’hui disparu) entre les deux fenêtres de toit du corps central, le remplacement de la tuile par de l’ardoise, la suppression des meneaux (la faute à l’impôt qui facture pour une fenêtre à meneaux quatre baies !) et surtout d’avoir inscrit dans le marbre la date de 1533 comme année d’érection dudit hôtel, alors que personne ne dispose de la date exacte, et surtout, que le bâtiment d’origine a été ravagé par l’incendie en 1556.

Le bâtiment est converti en banque et l’on demande en 1907 à un peintre tonnerrois, Georges-Henri Carré de décorer la salle du Conseil d’Administration. Il y crée de grandes scènes bucoliques s’inspirant des saisons ainsi qu’un panneau installé sur la partie supérieure de la façade.

Le bâtiment est en 2024 a l’état d’abandon

 


Hôtel de Coeurderoy


Construit dans le courant du XVIe siècle, il consistait au départ en un unique bâtiment, le long de la rue de Rougemont, agrémenté d’un jardin en pente menant à la rue Pasteur.

L’hôtel doit son nom à la famille des derniers propriétaires. Mme Coeurderoy a émis le souhait de léguer son immeuble et tous ses biens à la ville de Tonnerre à condition d’y faire une bibliothèque et un musée. Elle est la mère du dissident politique Ernest Coeurderoy, qui, pour ses idées socialistes, est contraint à l’exil en 1850. Il se suicide dans le canton de Genève à l’âge de 37 ans en 1862.

Si un musée a bien été ouvert en cet hôtel, en 2024 celui-ci est en état d’abandon

 

Hôtel  Gautier de Sibert


Sans doute antérieur à 1537, c’est une des rares maisons de Tonnerre à avoir échappé à l’incendie de 1556, ainsi que le rappelait cette inscription gravée autrefois côté rue : « 1556-DOMINE SALVA NOS PERIMUS » (« Seigneur, sauve-nous, nous mourons »). Au cours du XVIIIe siècle, l’immeuble appartient à la noble famille Desnoyers, pourtant, c’est sous le nom d’hôtel Gauthier de Sibert qu’il est identifié dans la mémoire locale. On peut l’expliquer par le fait, qu’en 1793, au cœur de la Révolution, l’abbé Gauthier de Sibert y célébra des offices religieux en secret.

 Petit Logis

Construite vraisemblablement dans le courant du XVIIe siècle sur un ancien terrain hospitalier dévolu ensuite au jeu de Paume, cette demeure bourgeoise est achetée en 1766 par le comte de Courtanvaux. C’est un bâtiment d’importance composé d’une cave, salle basse, de chambres, antichambres et cabinet, cuisine, grenier et d’un donjon. On peut supposer qu’il s’agissait en fait de la construction forte de la porte des Fontenilles auquel il semblait accroché. L’originalité de cette maison tient à sa forme particulière composée de deux « C » accolés par le dos.

 Hôpital Saint-Antoine

Plus ancien établissement hospitalier de Tonnerre, il aurait été bâti au cours du IIe siècle, afin de recueillir les malheureux souffrant du « feu de saint Antoine » ou « mal ardent » consécutif d’un empoisonnement à long terme par l’ergot du seigle. Le malade souffre alors d’hallucinations, de démangeaisons extrêmes lui donnant l’impression d’avoir le corps en feu avant d’être atteint de gangrène. Sans doute peu utilisé hors période d’épidémie, il est rattaché aux Antonins de Troyes à la fin du XVIIe siècle.

 Hôpital du Saint-Esprit

Construit en 1204, la même année que la maison mère à Dijon, à l’initiative du duc de Bourgogne, cet hôpital consistait en une chapelle, garnie de quelques lits, une cuisine, des communs et un bout de jardin. Des religieux dijonnais venaient diriger l’antenne tonnerroise et une relation étroite régnait entre les deux institutions. Elle est vendue comme bien national en 1791. Ne reste du bâtiment d’origine qu’une ogive partielle de baie.

Maison Émile Bernard

(12,14 Rue Armand-Collin)

En 1914, le peintre Émile Bernard, fervent acteur de l’école de Pont-Aven, acquiert cette maison, au pied de l’église Saint-Pierre, et y dresse son atelier. Il décore les parties privatives de son foyer, et orne notamment sa cuisine de guirlandes de fleurs et de fruits.



Maison du chevalier d'Éon



Le chevalier d’Éon résidait, lors de ses séjours à Tonnerre, dans cette maison familiale et paisible. C’est d’ailleurs entre ces murs qu’il est assigné à résidence entre 1779 et 1785, avec obligation de porter des vêtements de femme. Jusque-là, il avait pourtant glorieusement servi le pays en tant que diplomate auprès des cours étrangères. Mais il commet l’irréparable en révélant des secrets d’État. Il meurt à Londres en 1810. Les médecins légistes, lors de l’autopsie, tranche une fois pour toute ce mystère : le chevalier d’Éon est bien un homme.




Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d’Éon de Beaumont, dit le « chevalier d’Éon » (5 octobre 1728 à l’hôtel d’Uzès, Tonnerre – 21 mai 1810 à Londres) est un auteur, diplomate et espion français.

Il est resté célèbre pour son habillement qui le faisait passer pour une femme. À sa mort cependant, il fut reconnu par un concile de médecins comme de sexe masculin et parfaitement constitué.
Charles d’Éon de Beaumont est le fils de Louis d’Éon de Beaumont, avocat au Parlement de Paris ayant fait fortune dans le commerce du vin en étant directeur des domaines du roi, et de Françoise de Charanton, fille d’un commissaire général des guerres aux armées d’Espagne et d’Italie.
D’Éon raconte dans son autobiographie, Les Loisirs du chevalier d’Éon de Beaumont, qu’il est né « coiffé », c’est-à-dire couvert de membranes fœtales, tête et sexe cachés, et que le médecin de la ville a été incapable de déterminer son sexe.

Jeunesse

Il naît à Tonnerre, où son père de petite noblesse est élu maire. Il y commence ses études, puis, en 1743, les poursuit à Paris chez son oncle, au collège Mazarin, où il obtient un diplôme en droit civil et en droit canon en 1749 ; il a alors vingt et un ans. Dans la lignée de sa famille de noblesse de robe, il s’inscrit comme avocat au Parlement de Paris le 22 août 1748.
Il montre également des talents en équitation et en escrime.
Il publie en 1753 plusieurs Considérations historiques et politiques. L’ouvrage est remarqué, et le jeune homme se crée un réseau de relations, au nombre desquelles le prince de Conti, cousin du roi Louis XV, qui le nomme censeur royal pour l’Histoire et les Belles-Lettres.

Carrière

Sollicité, Charles d’Éon est recruté dans le « Secret du Roi », cabinet noir de Louis XV, qui mène une politique en parallèle des conseils officiels ; le prince de Conti, le maréchal de Noailles, Beaumarchais, M. de Tercier en font également partie. Il est aussitôt dépêché à la Cour de Russie comme secrétaire d’ambassade en juin 1756, alors que débute la guerre de Sept Ans, pour obtenir de la tsarine Élisabeth une alliance avec la France.
Il racontera plus tard, dans la publication romancée de ses Mémoires, y avoir été « lectrice » de la tsarine sous le nom de Lia de Beaumont.



La tsarine se serait alors rendu compte du déguisement et aurait tenté de « consommer », mais il serait resté « mou » et aurait été traité de fou. En fait, le poste n’existait pas à la cour de Russie, et l’histoire n’apparaît qu’à l’époque où il est en Angleterre. À la cour russe, la tsarine donnant des bals costumés où l’on inversait les rôles – les hommes devaient être vêtus en femmes et les femmes en hommes –, d’Éon prend sans doute plaisir à se travestir, sa faible corpulence lui permettant de mystifier tout le monde.
Il est de nouveau à Saint-Pétersbourg comme secrétaire d’ambassade de 1758 à 1760. Il porte le texte du traité d’alliance au roi à Versailles, où il arrive deux jours avant le courrier dépêché par la tsarine. Le roi le récompense en lui donnant un brevet de capitaine de dragons en 1760. D’Éon participe aux dernières campagnes de la guerre de Sept Ans, où il est blessé.


Il quitte l’armée en 1762 pour redevenir agent secret.


D’Éon est ensuite envoyé à Londres en 1762, où il collabore, en tant que « secrétaire de l’ambassade de France pour la conclusion de la paix générale » auprès de l’ambassadeur, le duc de Nivernais, à la rédaction du traité de paix de Paris, qui sera signé le 10 février 1763. Sa grande habileté diplomatique et la subtilisation des documents préparatoires au traité, alors que la France est vaincue par l’Angleterre qui veut s’emparer de tout l’empire colonial français, lui valent d’être décoré de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, l’une des plus grandes distinctions du temps.
Parallèlement, d’Éon est chargé par le Secret du Roi de la composition d’un plan d’invasion de la Grande-Bretagne, plus précisément d’un projet de descente sur l’Angleterre et le Pays de Galles, dont il a reconnu les côtes avec le marquis Carlet de la Rozière. Il est nommé ambassadeur par intérim lorsque le duc de Nivernais, malade, retourne à Paris. Dans l’attente d’un nouvel ambassadeur, il mène un train de vie fastueux, dont Choiseul, le ministre des Affaires étrangères, finit par ne plus vouloir que l’on assume les dépenses.



À l’arrivée du nouvel ambassadeur, le comte de Guerchy, d’Éon en devient le secrétaire en tant que ministre plénipotentiaire. Les deux hommes ne parviennent pas à s’entendre. L’estime du roi lui semblant acquise, et tandis qu’il est redevenu secrétaire après avoir été ministre, d’Éon accepte difficilement les remarques de son supérieur, qu’il juge incompétent. Une guerre ouverte se déclare alors à l’ambassade de France, deux camps se forment, et une guerre de libelles voit le jour.
Le 4 novembre 1763, Louis XV demande l’extradition du chevalier, mais la législation anglaise l’interdit. Redevenu simple particulier, d’Éon, par provocation, continue à se rendre à l’ambassade de France et, en 1764, il divulgue des secrets d’État et une partie de sa correspondance personnelle, étant prêt à saborder sa carrière afin de discréditer Guerchy et de faire chanter le roi, en révélant notamment l’ordre de mission pour le débarquement. Le conflit est marqué par plusieurs procès devant la Cour de sa Majesté britannique. Au cours de l’un d’eux, un témoin surprise accuse l’ambassadeur de France d’avoir tenté d’empoisonner son ex-secrétaire lors d’un repas8. Le dernier procès, en septembre 1767, donne raison au chevalier d’Éon, qui poursuit alors son métier d’espion et perçoit à nouveau sa pension. Devant comparaître à l’un de ses nombreux procès mais n’ayant ni avocat, ni témoins, il préfère se dérober et se déguiser en femme, et il se réfugie chez un ami. En fait, disgracié et tombant dans l’oubli depuis qu’il a abandonné le chantage, il éprouve le besoin de provoquer en se travestissant en femme et de répandre la rumeur qu’il a toujours été une femme.

Sexe

Satire du duel d’escrime entre « Monsieur de Saint-George et Mademoiselle la chevalière d’Éon de Beaumont » à Carlton House le 9 avril 1787. Gravure de Victor Marie Picot basée sur l’œuvre originale de Charles Jean Robineau


Sa prétendue folie alimente les arguments de Treyssac de Vergy et d’Ange Goudar, deux hommes de plume aux ordres de l’ambassadeur. La rumeur se fait persistante, alimentée par l’attitude équivoque, non-conformiste du chevalier. Son changement de sexe n’y est pas non plus étranger. De fou, on le prétend hermaphrodite, puis femme. Les Britanniques réalisent de nombreuses caricatures du chevalier qu’ils baptisent Épicène d’Éon. Ils vont même jusqu’à ouvrir des paris sur son sexe : un parieur traînant en justice un autre parieur, le tribunal, avec de faux-témoins et en l’absence d’Éon, le reconnaît comme femme. Ce changement de sexe et ce travestissement supportent plusieurs interprétations, interprétations freudiennes (névrose, délire narcissique, schizophrénie, etc.) comme des lectures purement politiques ou stratégiques.


À cette même époque, d’Éon est en liaison avec le libelliste français Charles Théveneau de Morande. En 1775, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais est envoyé à Londres par le roi de France Louis XVI pour récupérer auprès du chevalier d’Éon la correspondance échangée avec le feu roi Louis XV (notamment ses projets de débarquement et les Mémoires de Mme du Barry écrites par Théveneau de Morande). Après maintes péripéties, une transaction de plus de vingt pages est conclue entre eux deux qui stipule notamment la remise intégrale des documents et que la chevalière ne quittera plus jamais ses vêtements féminins, se faisant désormais appeler Mlle Éon. En échange de quoi la rente viagère lui était accordée. Les négociations ont duré quatorze mois.


D’Éon quitte Londres le 13 août 1777 et se présente à la Cour en capitaine de dragons. Une ordonnance est prise le 27 août 1777 par le roi Louis XVI qui, par vengeance ou parce qu’il croyait que c’était vraiment une femme, lui donne ordre « de quitter l’uniforme de dragons qu’elle continue à porter et de reprendre les habits de son sexe avec défense de paraître dans le royaume sous d’autres habillements que ceux convenables aux femmes » : habillé par Rose Bertin aux frais de Marie-Antoinette, il est présenté à la Cour en robe à panier et corset le 23 novembre 1777. Il devient la coqueluche de la capitale mais voulant participer à la guerre d’indépendance des États-Unis, il se rhabille en dragon. Arrêté le 20 mars 1779, il est exilé à Tonnerre où il se résout à s’occuper de son domaine familial.

Fin de vie

En 1783, le roi le laisse revenir à Paris. En novembre 1785 muni d’un passeport, il regagne la Grande-Bretagne où le propriétaire londonien de son appartement lui réclame ses loyers alors qu’il ne bénéficie plus de sa rente. Bien qu’ayant accueilli favorablement la Révolution française et proposé à l’Assemblée nationale de conduire une unité d’Amazones, il perd en effet sa pension. La déclaration de guerre du 1er février 1793 et de lourdes dettes le contraignent à demeurer sur le sol britannique7. Il se retrouve dans une demi-misère, doit survivre par des duels en escrime et vendre sa bibliothèque en mai 1791. Il est finalement recueilli par une dame britannique de son âge, la veuve Mrs Mary Cole. Il continue de se battre en escrime, toujours en habits de femmes (gardant une agilité malgré une forte corpulence), jusqu’à l’âge de 68 ans. Il est gravement blessé lors d’un dernier duel en août 1796 : il est blessé par un fleuret qui casse et qui lui transperce le poumon.



En 1804, il est emprisonné pour dettes ; libéré, il signe un contrat pour publier une autobiographie mais est paralysé à la suite d’une chute due à une attaque vasculaire. Grabataire, il vivra encore quatre ans dans la misère, avant de mourir, à Londres, le 21 mai 1810 à l’âge de 81 ans.
En effectuant la dernière toilette de la défunte, on découvre avec stupéfaction que cette vieille dame… est un homme. Le chirurgien M. Copeland accompagné de dix-sept témoins, membres de la Faculté médicale de la Grande-Bretagne déclare dans un rapport médico-légal11, le 23 mai 1810 : « Par la présente, je certifie que j’ai examiné et disséqué le corps du chevalier d’Éon en présence de M. Adair, de M. Wilson, du père Élysée et que j’ai trouvé sur ce corps les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports ».
Le chevalier d’Éon, habillé quarante-neuf ans en homme et trente-deux en femme, est enterré au cimetière de la paroisse Saint-Pancrace, dans le comté de Middlesex.



La maison du Chevalier d'Éon est resté dans la famille de ce dernier jusqu'en 1992 date à laquelle elle est vendue. En 2010 Philippe Luyt (membres éloigné de la famille du chevalier d'Éon) achète la maison pour  y créer  un musée qui sera ouvert en 2015. 


Sur les huit arrières grands-parents du chevalier d’Éon, 
quatre sont membres de la famille de Philippe Luyt

le Chevalier d'Éon





« Les visiteurs sont surtout des personnes qui ont déjà des connaissances historiques et qui souhaitent en savoir plus sur le chevalier d'Éon », selon Philippe Luyt, propriétaire des lieux, lui-même apparenté à l'illustre personnage tonnerrois. C'est sa collection de 250 à 300 'uvres, démarrée il y a soixante ans, qui est à découvrir.

« Beaucoup de personnes me disent qu'elles ont cherché le musée », note Philippe Luyt, expliquant que la signalisation n'a pas encore été mise en place par la ville. « Je vais peut-être faire quelque chose moi-même. Heureusement, l'office de tourisme en parle beaucoup. »




Dans l'attente d'un regain d'activité, le musée se transforme. L'espace a été doublé pour que les oeuvres soient moins collées les unes aux autres. Et des travaux ont été entrepris.

Prochaine étape, l'ouverture de cinq à six chambres d'hôtes, d'un salon de thé et d'une boutique.

Passionné par le chevalier d'Éon, Philippe Luyt organise les visites du musée. Celui-ci comprend des portraits du chevalier, l'une des robes confectionnées pour lui par Marie-Antoinette, ou encore certains de ses écrits.

Philippe Luyt, passionné par l’histoire de son ancêtre, expose une collection de deux cents objets ayant appartenu à cet agent double. De ses épées jusqu’à ses jupons. 

Le propriétaire du lieu se bat pour faire vivre son musée qui ne fait pas le plein et qui a du mal à repartir, surtout après deux ans de pandémie.


Coup de théâtre : fin 2023 le musée ferme faute de moyen, la maison du Chevalier d'Éon est mise en vente! Ce musée n’a jamais été une structure municipale, ni associative, ni subventionnée. C’était un musée privé, tenu par un seul passionné, dans sa propre maison, avec ses propres moyens. Et dans tout cela, voici ce que Tonnerre fait de son patrimoine historique historique...


fermé définitivement


A VENDRE 385 000 €
Demeure à Tonnerre (89700)

  15 chambres ; 16 pièces ; 507 m² ; 4 498 m² de terrain

Maison du Chevalier d’Éon – Joyau historique à Tonnerre

Plongez dans l’histoire au cœur de Tonnerre avec cette maison du XVIIIᵉ siècle, autrefois propriété du célèbre Chevalier d’Éon. Nichée en plein centre-ville, cette demeure allie charme authentique, espaces généreux et un parc arboré de 4 498 m² incluant un verger.

Une propriété d’exception :

Maison principale de 507 m² : salon, salle à manger, 2 séjours, 2 cuisines, 2 bureaux, 2 paliers, 15 chambres, 3 salles de bain, 7 salles d’eau (dont 3 avec toilettes), 3 toilettes indépendants.

Dépendances : greniers, caves voûtées, un pigeonnier, un atelier, une grange et une salle de théâtre.

Un lieu chargé d’histoire, idéal pour un projet familial, touristique ou culturel, proche la gare de Tonnerre (Paris Bercy à 1h45).

Une occasion rare de devenir propriétaire d’un patrimoine emblématique de Tonnerre.




sculpture représentant le Chevalier d'Éon





Vignes et Vignerons

Car ce territoire généreux, entre Bourgogne et Champagne, se prête bien à la culture de la vigne, on la travaille depuis fort longtemps et le vin qui en est issu possède une grande renommée puisqu’on le retrouvait sur la plupart des tables des royautés européennes, grâce, notamment, à la publicité qu’en faisait le chevalier d’Éon.

 

Vignes de la Montée de Tonnerre


L'Hôtel Dieu de Tonnerre, voir : ici




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