mercredi 11 février 2026

Le Cadran solaire de l'Hôtel-Dieu de Troyes

 

Le Cadran solaire Hôtel-Dieu le Comte à Troyes

 

« Au temps des cadrans solaires il n’y avait pas l’ombre d’une exactitude ! »

Albert Willemetz

 

 Il nous faut vite oublier cette boutade d’Albert Willemetz et continuer d’admirer, installés sur l’un des pans de mur de la Chapelle de l’Hôtel-Dieu le Comte de Troyes, les deux magnifiques cadrans solaires, pièces maitresses du patrimoine artistique et intellectuel de la ville.

La chapelle fut construite en 1760, l’année même de la pose de la grille monumentale exécutée par le serrurier parisien Pierre Delphin. Elle fut consacrée en1762 et, aussitôt on fit appel à Jean Baptiste Ludot pour dessiner les cadrans solaires et en assurer l’installation en 1764, date gravée au bas du mur.

Qui était Ludot ?

Pierre-Jean Groley (1718-1786), auteur des mémoires historiques des hommes célèbres de Troyes nous dit :

« J.B. Ludot, savant et littérateur, naquit à Troyes le 22 mai 1704 et mourut également à Troyes le 11 janvier 1771.


Littérateur, il publia les “Recherches sur les lieux où le consul Semprorius fut mis en déroute par Annibal dans la seconde guerre punique”, ainsi que le plan de la ville de Plaisance (qu’il n’a d’ailleurs jamais vue) !

Il publia aussi en 1762 la “Lettre critique de M. Hugot, maître serrurier” à l’auteur des “Éphémérides” troyennes (Troyes 1762), qui lui valut de nombreux démêlés avec Grosley.

Savant, il concourut pur le prix proposé par l’Académie des Sciences sur le sujet “la meilleure construction du Cabestan”.

Il était en correspondance suivie avec les plus grands scientifiques de l’époque : d’Alembert, Jussieu, Réaumur, etc. ; qui le tenaient en grande estime, puisqu’ils lui proposèrent de se fixer à Paris et, y être nommé membre de l’Institut.

Il ne put se décider à quitter sa ville natale et, il ne pouvait être question pour lui, d’aller régulièrement à Paris assister aux nombreuses séances de l’Académie, les voyages étant en ce temps fort longs et onéreux.

Au siècle des Lumières, pendant lequel se développaient les sciences expérimentales, disciple de Descartes, Pascal, Newton, il se livrait sur lui-même à maintes expériences. Ce qui dénotait surtout son courage.

Expériences sur l’alimentation : il préparait lui-même sa cuisine pour plusieurs jours.                      Expériences sur l’habitat, on l’appelait le Diogène de Troyes.                                                                      Expériences sur la résistance du corps humain à la chaleur, il n’hésitait pas à se mettre dans un four chauffé à différentes températures, thermomètre et montre en mains.                                       Expériences sur la résistance du corps humain au froid : stoïquement il se jetait dans la Seine gelée, toujours armé de son thermomètre et de sa montre.

Il mourut relativement jeune, succombant probablement de la tuberculose, “la phtisie” si fréquente à cette époque, victime de son courage et de son dévouement à la science ».

 Donc, en l’an de grâce 1764, lorsqu’on fit appel à lui pour installer un cadran solaire sur l’un des murs de la chapelle nouvellement construite, Jean-Baptiste Ludot, fidèle à lui-même décida de ne point copier les nombreux modèles existant autour de lui à l’époque. Il refit tous les calculs astronomiques et, fit exécuter son projet selon ses conceptions personnelles. Résolution courageuse qu’on ne peut qu’admirer car, si les formules sont bien connues, les calculs en sont longs et fastidieux.

Le travail terminé, il fit peindre sur le mur, trois inscriptions, lisibles encore au siècle dernier avec une lunette d’approche mais, actuellement effacées.

Première inscription empruntée au Psaume XVIII, 1er Verset (version de la Vulgate) :

LES CIEUX PUBLIENT LA GLOIRE DU CREATEUR

Ou extraites du 2ème Verset du Psaume XIX du Roi David (version hébraïque), dont voici le texte entier :

“Les Cieux racontent la Gloire du Créateur et l’étendue manifeste l’œuvre de ses mains”


Seconde inscription, dont l’auteur est Jean-Baptiste Ludot, lui-même :

TU ES L’OUVRAGE DU TRES-HAUT, SOLEIL ADMIRABLE


 Enfin, troisième inscription, un vers de Virgile :

FUGIT IRREPARABILE TEMPUS


Réminiscence, sans doute, de la part de Ludot, d’un vers de Racine et allusion à l’impossibilité de réparer “des ans l’irréparable outrage”, sur le crops et l’esprit des malades de l’Hôtel-Dieu tout proche.





Description et lecture des cadrans solaires

 

Le cadran solaire est un instrument de mesure du temps ; il nous indique les heures de la journée, mais, quelle est la définition de l’heure.

Supposons que nous regardions le ciel, la nuit, et cherchons une étoile “fixe” Orion, par exemple. Comme la terre tourne autour d’elle-même sur son axe, à un moment donné, Orion passera juste en face de nous, puis, nous dépassera. Si nous avons la patience de rester à la même place et dans la même position, la nuit suivante, nous verrons l’étoile repasser à nouveau devant nous.

Le temps qui sépare ces deux passages est exactement le temps que met la terre pour effectuer une rotation complète autour d’elle-même, soit un jour – un jour sidéral – dont la durée est exactement de 23 heures 56 minutes 4 secondes. Si nous divisons la durée du jour en 24 intervalles égaux, la durée de chacun d’eux équivaut à une heure – une heure sidérale.

Mais, nous n’avons pas de relation privilégiée avec l’étoile Orion. Nous pouvons tout aussi bien choisir une autre étoile et pourquoi pas, le soleil qui nous apporte lumière et chaleur ; en nous rappelant toutefois que cet astre n’est pas réellement fixe, pour nous, puisque nous tournons autour.

Nous allons renouvelet, avec le soleil, la même expérience que nous avions effectuée avec Orion, à la même place et dans la même position.

La durée de l’intervalle entre deux passages successifs du soleil sur le même “méridien” mesure la durée du jour solaire. Le moment précis du passage du soleil au-dessus de notre méridien indique MIDI, midi solaire ou encore midi vrai. Mais ce n’est qu’un “midi local” puisque le soleil passera bientôt au-dessus d’un autre méridien où il sera encore midi

Ainsi, le jour sidéral a une durée constante alors que le jour solaire varie d’une façon appréciable du fait de la double rotation de la terre : rotation autour du soleil et rotation sur elle-même. Ces variations seront expliquées un peu plus loin.

L’heure que nous donne le cadran solaire doit également subir quelques corrections pour être en concordance avec l’heure de notre montre.

 

Première correction :

Le cadran solaire ne donnant qu’une heure locale, variable uniquement pour une région étroitement délimitée, son utilisation n’était valable qu’à une époque où les moyens de transport et de communication étaient très lents, ce qui n’est plus le cas de nos jours. Aussi eut-on idée d’élargir cet espace en créant des fuseaux horaires mesurant 15° de longitude où l’heure reste celle d’un point fixe choisi par convention. Ainsi, pour tout la France, d’Est en Ouest, a-t-on adopté l’heure du méridien de Greenwich, un observatoire situé dans les faubourgs de Londres, comme heure commune ou heure universelle.

Troyes, qui se trouve à 4 degrés de longitude, à l’Est de Greenwich, voit le soleil arriver 16 minutes avant cette ville. Pour se conformer au temps universel, Troyes doit donc retrancher 16 minutes à son heure locale, donc :

Temps Universel T.U. = Temps vrai T.V. + ou – la correction due à la longitude.

 

Deuxième correction :

La terre, sujette comme toutes les planètes aux lois de l’astronomie, tourne autour du soleil sur une orbite non pas circulaire mais, elliptique et avec une vitesse variable. Ainsi, la durée du jour change régulièrement. Elle s’allonge ou se raccourcit et nous dévons tenir compte de ces variations pour obtenir le temps dit- civil. Ces variations journalières sont appelées équation du temps, donc :

Temps civil T.C. = Temps universel T.U. + ou – équation du temps.

 

Troisième correction :

D’après les dispositions légales en vigueur, nous devons ajouter une heure en hiver te deux heures en été pour avoir le temps dit “légal”, ou temps de nos montres, donc :

Temps légal T.L. = Temps civil T.C. + ou – une ou deux heures.

La construction d’un cadran solaire doit tenir compte de ces corrections, surtout celles due à l’équation du temps, les autres ayants des valeurs constantes.

Généralement il est extrêmement facile de lire un cadran solaire simple (église St Remy de Troyes). En revanche, il faut reconnaitre que la lecture des cadrans solaires de l’Hôtel-Dieu est malaisée pour le profane. Leur constructeur Jean-Baptiste Ludot, désireur de dessiner un outil de mesure du temps aussi précis que possible s’est vu contraint de jongler avec l’exiguïté de l’emplacement qui lui avait été attribué. Il eu l’idée très ingénieuse de construire deux cadrans, l’un au-dessus de l’autre, chacun ayant une fonction distincte et privilégiée.

 Pour avoir une approche de lecture de ces cadrans, il nous faut comprendre les principes directeurs de la construction de ces merveilleux instruments.


Principes de construction :

La terre tournant sur elle-même en 24 heures, le mesure du temps est basée sur le déplacement de l’ombre projetée par une tige ou “style” éclairée par le soleil, sur une surface plane servant de cadran.
Le cadran le plus facile à imaginer serait celui placé juste au pôle nord et dont le plan serait parallèle à la surface de l’équateur tandis que son style coïnciderait avec l’axe de la terre. Ce cadran tournant au même rythme que la terre, l’ombre du style va balayer toute sa surface en l’espace de 24 heures.

Notre planète étant divisée en 360 méridiens (ou degrés), le secteur balayé en une heure sera de 360° : 24 = 15° de longitude, la longitude servant de mesure angulaire à la distance entre deux méridiens. Pour cette raison, un secteur de 15° est désigné sous le nom de “fuseau horaire”, comme nous l’avons précédemment expliqué.

Un tel cadran, parce que sa surface est parallèle au plan de l’équateur est appelé :

CADRAN EQUITORIAL 

Malheureusement nous ne sommes pas au pôle nord, nous sommes à Troyes, une ville située à la latitude de 48°12’21” dans l’hémisphère Nord.

Rien ne nous empêche de transporter le cadran que nous venons de construire au pôle, jusqu’à Troyes, pour l’utiliser. Mais deux conditions s’imposent au cours de ce transfert pour que le cadran reste valable : le style doit rester parallèle à l’axe de la terre et sa surface doit aussi rester parallèle au plan de l’équateur.

De tels cadrans existent dans le commerce. Posés sur deux socles semblables à deux des globes terrestres de nos écoles, ils sont dotés d’un axe à inclinaison variable. Mais nous pouvons aussi, à parti de ce cadran, dessiner des cadrans solaires à même le sol, sur une surface horizontale, comme à Voiron (Isère) ou encore sur un plan vertical, à même le mur, comme à l’Hôtel-Dieu de Troyes.


Construction d’un cadran solaire horizontal

Le Schéma (fig.II) nous permet aisément d’imaginer le transfert de notre cadran équatorial polaire du Pôle à Troyes.

On commence à niveler le sol bien horizontalement pour y déposer une plaque de ciment ou de marbre. On n’a plus qu’à fixer la tige du cadran de sorte qu’elle fasse, avec le méridien et dans son plan, un angle égal à la latitude de Troyes, soit 48°13’31”, d’après le théorème de

Géométrie qui postule que deux angles dont les côtés sont perpendiculaires l’un à l’autre sont égaux.

Nous pouvons lire les heures directement sur notre cadran, ainsi transféré. Nous pouvons l’utiliser pour tracer un cadran horizontal et nous en débarrasser ensuite – en conservant cependant le style. Il nous suffit de prolonger les tracés horaires du cadran équatorial jusqu’à l’intersection avec le sol aux points XII, XI, X, IX, etc. puis de joindre ces points au pied du style en A, et voilà notre cadran horizontal achevé (fig. IV)

Une telle installation est d’autant plus aisée que ce mur est orienté plein sud (ou presque) et c’est ce petit détail qui a entrainé Ludot dans des calculs supplémentaires et fastidieux.

 Fixons sur le mur notre cadran Equatorial en ayant soin de faire en sorte que sa tige, son style, fasse avec le méridien du lieu un angle b égal à 90° - a ; “a“ étant la latitude du lieu, 48°13’31”.

Si, de nouveau on veut supprimer notre équatorial, bien encombrant et tracer les ligne horaires sur le plan même du mur, on va procéder comme précédemment en faisant attention toutefois à ce que la ligne horaire de midi soit sur la verticale passant par le pied du style.

 


Fig. IV




Variation de l’heure dite équation du temps

Nous avons vu que la durée du jour solaire subit des variations quotidiennes, ces irrégularités sont dues à plusieurs paramètres mais, la cause principale en est que la terre, comme toutes les planètes, obéit aux trois lois de Kepler, en particulier aux deux premières :

Première loi :

Chaque planète décrit de l’occident à l’orient une ellipse d’ont le soleil occupe l’un des foyers, l’ellipse étant ovale, symétrique et ayant deux foyers également symétriques

Deuxième loi :

Les surfaces balayées par le rayon vecteur (dans notre cas, la ligne droite terre-soleil) sont proportionnelles au temps mis à les parcourir. Plus simplement énonçons qu’à des temps égaux correspondent des surfaces égales.

Sur le schéma (fig.V), les deux surfaces (A et B) balayées par le rayon soleil-terre, en un même temps, sont égales entre elles. Nous remarquons sans peine que, plus le rayon sera court, plus la base située sur l’ellipse – c’est-à-dire la distance à parcourir – sera longue et inversement.

En conséquence et comme on le voit sur ce schéma, la terre étant plus proche du soleil en hiver qu’en été, elle doit, en un même temps parcourir une distance plus longue pendant la période hivernale et plus courte pendant la saison estivale. Ainsi sa vitesse diminue en été et s’accélère en hiver.

Etant donné que :

1 – la rotation de la terre sur elle-même est régulière

2 – le jour vrai ou temps vrai est défini comme étant la durée entre deux passages consécutifs du même méridien devant le soleil

3 – le parcours de la terre sur l’écliptique est variable suivant les saisons

Il est donc forcément probable que le même méridien se présente devant le soleil soit avant la fin du parcours, en hiver, soit après la fin du parcours, en été. Ce qui veut dire que le jour vrai est tout à fait variable selon les mois. C’est-à-dire suivant la place que la terre occupe sur l’écliptique.

Ces décalages du temps solaire vis-à-vis du temps civil (celui de nos montres) sont consignés dans des éphémérides, soit sous forme de tableaux – avec de longues colonnes de chiffres – soit sous forme de courbes donnant les variations horaires suivant les dates (fig.VIII).

Les variations du temps solaire étant mensuelles et même quotidiennes, les corrections nécessaires ne pourront être faites que si l’on connait précisément la date du jour de lecture de l’heure sur le cadran. Autrement dit, un cadran solaire n’est réellement complet que s’il comporte également un calendrier.


Construction du Calendrier solaire


Voici le principe sur lequel repose un tel calendrier :

La terre tourne autour du soleil en gardant constamment son axe dirigé vers le Nord, c’est-à-dire l’étoile polaire. Cet axe fait un angle dont la valeur est de 23°27” (fig.IX)

C’est en raison de cette inclinaison que l’on voit le soleil, tantôt au-dessus du Tropique du Cancer, on dit alors que le soleil est haut sur l’horizon et c’est l’époque du solstice d’été ; tantôt au-dessus du Tropique du Capricorne on dit alors qu’il est bas sur l’horizon et c’est l’époque du solstice d’hiver ; tantôt encore il et à l’horizon de l’équateur et c’est l’époque de l’équinoxe de printemps ou d’automne (fig.X)

Ces changements de positions du soleil se traduisent sur le cardan par des variations de la longueur de l’ombre projetée par le style (fig. XI). Très courte au solstice d’été, très longue au solstice d’hier, cette ombre varie régulièrement d’une saison à l’autre, d’un mois à l’autre et même d’un jour à l’autre. La mesure de cette ombre permet d’établir un calendrier.

L’ombre ne reste pas immobile puisque le soleil change de position tout au long de la journée. L’extrémité du style va dessiner une courbe à concavité très ouverte, une hyperbole, de forme et de position différente chaque jour.

Chaque courbe, appelée “arc diurne”, nous indique une date et le cadran, avec son réseau d’arcs diurnes, devient un calendrier solaire.

Sur ce calendrier, notre point de repère est l’arc diurne des équinoxes (21 mars et 23 septembre) qui est en fait une droite, horizontale si le calendrier est tourné plein Sud, ce qui est presque le cas de celui de l’Hôtel-Dieu de Troyes. Le cadran est alors appelé non-déclinant.


Fig XI

Construction et description des cadrans solaires de l’Hôtel-Dieu de Troyes

Nous avons donné les principes théoriques de base pour la construction des cadrans solaires. Reste à savoir comment J.-B. Ludot, en parlant de ces principes a conçu et dessiné son chef-d’œuvre gnomonique.

Il avait à surmonter d’énormes difficultés dues à l’étroitesse du pan de mur qui lui avait été attribué et à sa volonté de dessiner un cadran doté d’une précision aussi grande que possible.

Il résolut le problème avec élégance en construisant deux cadrans, l’un au-dessus de l’autre, l’un de petites dimensions, tout en haut, l’autre nettement plus important en bas.

 Dans les deux cas, au lieu d’utiliser comme styles, des tiges de fer très longues et rigides, difficiles à planter et à maintenir en place, il a préféré des plaques métalliques retenues par un solide système d’entretoises. Ces plaques sont percées d’une fente dans le sens du méridien, encadrée par deux trous ovales. La fente remplace le corps du style et les deux trous soulignent les extrémités de ce style. La lumière du soleil passant au travers de ces orifices, indique bien mieux la ligne horaire, peinte en noir, que l’ombre d’un style qui, souvent, se confond avec la grisaille de la muraille (aujourd’hui restaurée).

 

Le petit cadran

Le petit cadran est divisé en heures et demi-heures, et grâce à la brièveté de son style, il permet malgré ses faibles dimensions, de couvrir le temps de la journée de 7h30 du matin à 6h de l’après-midi avec un précision de l’ordre de 10 minutes.

L’heure est indiquée vers le bas, par des chiffres romains et au milieu, par des chiffres arabes beaucoup plus fins.


Petit cadran


Le grand cadran

Sur le grand cadran, en raison de la longueur du style, les lignes horaires s’étirant vers le bas en s’écartant progressivement, couvent très vite toute la partie inférieure du mur. De ce fait et à cause de l’exiguïté du panneau, la graduation se limite à deux heures, de 10h40 du matin à 13h30 de l’après-midi.

Nous devons remarquer, et c’est important, que de 11h30 à 12h30, les graduations sont très serrées et vont de cinq en cinq minutes, ceci pour donner plus de précision à la méridienne du temps, ce 8 vertical, dissymétrique, axé sur le trait horaire de midi.

Entre 10h40 et 11h30 et entre 12h30 et 13h40, les graduations s’écartent et ne s’échelonnent plus que de 10 en 10 minutes.

Il faut donc rectifier les erreurs sans doute dues au graveur et lire 11h20 au lieu de 11h25 marqué sur le cadran et 11h10 au lieu de 11h20.

Signalons encore une troisième erreur, erreur de calcul de la part de Ludot. Celle-ci, qui se traduit par la déformation de la méridienne dont l’extrémité inférieure devrait être arrondie au lieu d’être aigue comme sur le cadran.

J.-B. Ludot a mis beaucoup de soin dans le tracé de ses arcs diurnes. Evidemment, on pourrait toujours dessiner un réseau d’arcs diurnes quotidiens. Le calendrier serait plus complet, mais le cadran, embrouillé, serait de lecture difficile – pour ne pas dire impossible. J.-B. Lucot s’est donc contenté de graduer de dix jours en dis jours, soit les 1, 10 et 20 de chaque mois. La précision ainsi obtenue est largement suffisante.

Comme point de départ des arcs diurnes, Ludot a pris l’arc commun aux dates du 20 avril et du 20 août, sur lequel il a dessiné, d’un côté le signe de la Vierge et de l’autre celui du Taureau.

Pourquoi direz-vous, le même arc diurne est-il valable pour deux dates différentes ?

Reportons-nous au schéma “inclinaison du plan de l’équateur sur le plan de l’écliptique” (fig.IX). Les dates qui se trouvent sur le même arc diurne correspondent à deux positions de la terre sur son orbite, positions opposées mais parfaitement symétriques par rapport au grand axe de l’ellipse. Ainsi les ombres projetées par le soleil sur l’extrémité du style décrivent deux arcs superposables. La seule différence est que l’une débute à droite alors que l’autre part de la gauche suivant la position de la terre à la date correspondante.

 

Grand cadran


Petit cadran


Lecture des cadrans

Premier cas : L’heure est lisible sur le grand cadran
1er exemple :

Supposons que la fente éclaire le point A qui se trouve à l’intersection de la ligne horaire 11h50 et l’arc diurne du 1er novembre. L’équation du temps moyen est mesurée par la distance séparant la ligne horaire de midi et le point d’intersection de la méridienne avec le méridien de midi. Dans notre cas, nous pouvons compter trois intervalles de 5 minutes et environ 2 minutes dans le 4ème intervalle, soit 17 minutes.

Pour avoir le temps moyen, il nous faut retrancher du temps solaire indiqué sur le cadran la valeur de 17’ soit :

T.M. = 11h50’ – 17’ = 11h33’

Pour obtenir le temps universel, il nous faut, pour Troyes, retrancher encore 16 minutes, soit :

T.U. = 11h33’ – 16’ = 11h17’

Enfin pour avoir le temps légal marqué par nos montres, on se doit d’ajouter 1 heure en été, soit :

T.L. Hiver = 11h17’ + 1h = 12h17’

Ou d’ajouter 2 heures en été, soit :

T.L. Été = 11h17’ + 2h = 13h17’

 

Règle générale :

Quand la ligne horaire se situe à droite de la ligne horaire de midi, il faut retrancher la valeur de l’équation du temps, de l’heure solaire indiquée, pour obtenir le temps moyen.

2ème exemple :

Supposons maintenant que l’heure indiquée se trouve à l’intersection de la ligne horaire de 11h20 et de l’arc diurne du 1er avril ; pour avoir le temps moyen il faut, dans ce cas, ajouter la valeur de l’équation du temps soit 4 minutes, ce qui nous donne :

T.M. = 11h20’ + 4’ = 11h24’

Le calcul du temps universel et du temps légal reste identique au cas précédent.

 

Règle générale :

Quand la ligne horaire se situe à gauche de la ligne horaire de midi, il faut ajouter la valeur de l’équation du temps, à l’heure solaire indiquée, pour obtenir le temps moyen.

Deuxième cas :

L’ombre du style dépasse les limites du grand cadran. Pour connaitre l’heure solaire il nous faut interroger le petit cadran qui est lui, très facile à lire.

Supposons que le petit cadran indique 3h00, heure solaire. Pour avoir le temps moyen, nous devons consulter un calendrier afin de connaitre la date du jour. Mettons, comme précédemment le 1er avril.

L’équation du temps étant la même pour toutes les heures de la journée, nous consultons celle de la ligne horaire de midi au grand cadran.  Nous cherchons l’arc diurne du 1er avril et nous trouvons ce qu’il faut ajouter en minutes, valeur de l’équation du temps pour cette date, soit :

T.M. = 3h00’ + 4’ = 3h04’

A la fin de ce long commentaire sur les cadrans solaires de l’Hôtel-Dieu de Troyes, il nous faut bien admettre que leur lecture est longue et malaisée et que malgré les efforts de Jean-Baptiste Ludot, la précision n’est pas leur qualité dominante !

Ce qui nous renvoie à la boutade d’Albert Willemetz qui sert d’épitaphe à cette étude :

« Au temps des cadrans solaires ; il n’y avait pas l’ombre d’une exactitude »

 

Grand cadran

D'après des recherches et écrits de l'Abbé Jean D. Bonnard


Les cadrans solaires de l’Hôtel-Dieu le Comte de Troyes après restauration










 Pascal V. Lamy




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