samedi 31 janvier 2026

Chapelles disparues dans l'Aube (10)

 


Chapelle de Notre Dame de l’Écherelle


A l’extrémité du faubourg Croncels, pour descendre aux Trévois, on prenait à gauche, une petite rue qui portait le nom de rue de la Vierge. Au milieu de cette rue et du côté de Troyes existait de temps immémorial une chapelle sous le vocable de la Mère de Dieu, et appelée Notre-Dame de l’Echerelle, du nom de la contrée où elle était bâtie.

Les habitants des Trévois en prenaient soin : ils l’ornaient de feuillages, de fleurs et surtout de chandelles aux jours de fête.

Vers le milieu du XVIIe siècle, cette chapelle menaça de s’écrouler. Les habitants des environs et notamment ceux du faubourg se cotisèrent et entreprirent de la rebâtir, mais sur le faubourg. Ils en sollicitèrent la permission qu’ils obtinrent de l’autorité épiscopale qui applaudit à leur projet et en autorisa l’exécution.

Ils assirent leur construction en face du Couvent des Chartreux, toujours dans la contrée de l’Echerelle, afin de pouvoir lui conserver le nom dont ils respectaient l’ancienneté.

La nouvelle chapelle se dressa donc rapidement sous la volonté fervente des habitants de Croncels. Cette construction mesurait 8 m de long, 5 m de large. Les murs de pierre de petit appareil étaient arcboutés par 6 contreforts dont 3 de chaque côté, un toit de tuiles couvrait le tout, et un campanile, où pendait une petite cloche, couronnait le modeste édifice. La façade se composait d’un mur à pignon percé d’une porte en arc surbaissé à 2 vantaux, ayant de chaque côté une petite fenêtre à lancette, fermée de barreaux de fer. L’entrée était abritée par un auvent couvert en ardoises, et soutenu par des « brasseaux » de bois appuyés sur des corbeaux de pierre. Au-dessus de cet auvent, au milieu du pignon, était placée une image de la Vierge sur un cul-de-lampe avec cette inscription : Ave Maria.

A l’intérieur, l’édicule était éclairé par 4 fenêtres ogivales, dont 2 à droite et 2 à gauche. Un plafond de bois régnait sur toute la longueur, « rien n’annonçait qu’il n’y eut jamais de voûte ». Le fond était orné d’un autel rectangulaire de pierre, au-dessus duquel était une Notre-Dame-de-Pitié de pierre, grandeur nature, assise et tenant son fils mort appuyé sur ses genoux. Sur la frise qui portait ce groupe on lisait : « Videte si est dolor meus ». A droite était une Sainte Hoïlde, et à gauche une Sainte Mâthie, vierges troyennes, patronnes des jeunes filles de la ville. Une balustrade de bois protégeait le sanctuaire. Entre les 2 fenêtres de droite, sur un piédestal entouré d’une autre balustrade en hémicycle, s’élevait un bel Ecce Homo de pierre, plus grand que nature, et entre celles de gauche, un Saint-Jean-Baptiste, patron de la paroisse dont dépend cette partie du faubourg.

Ces statues indiquaient les fêtes célébrées à la chapelle, c’est-à-dire toutes les fêtes de la Vierge, le Jeudi-Saint, appelé le Grand-Jeudi, Sainte-Mâthie, le 7 mai, jour chômé sous le nom de Fêté des Viergottes, et la Saint-Jean, le 24 juin. Ces 4 dernières qui étaient des jours de foires, amenaient à Troyes « un concours immense de tous les pays environnants et même de localités éloignées ». Un religieux de l’ordre de saint Bruno, établi aux Chartreux, y célébrait la messe à chacun de ces jours.

Les habitants de Croncels s’ingéniaient à orner de leur mieux leur chapelle chérie. Ils la garnissaient de tentures blanches que fournissaient les blanchisseurs des Trévois, ils la décoraient de guirlandes de fleurs et de verdure. Au petit jour, la chapelle était ouverte et illuminée pour recevoir les pieuses personnes qui venaient prier, et attendre l’heure de la messe.

 « De l’Aube à la nuit close », la chapelle ne désemplissait pas.

La chapelle recevait, aux Rogations, la visite du clergé de Saint-Jean-au-Marché.

Quand 1789 arriva, la chapelle de l’Echerelle eut le sort du monastère des Chartreux et des autres édifices religieux. Elle fut fermée en 1792, le prêtre banni, les habitants de Croncels étant consternés.

Le décret de 1795 déclara la chapelle bien national, en ordonna la vente et la démolition dans le plus court délai.

L’acquéreur, appréhendant qu’un juste retour à l’ordre ne vint interrompre sa jouissance et lui ravir sa propriété, se hâta de la démolir.

Les statues qui ornaient la chapelle furent mises en pièces.

 Il ne reste rien de la chapelle de Notre-Dame de l’Echerelle.   

 

Chapelle Saint Gilles

 


Les bombardements de 1940 détruisirent de nombreuses maisons faubourg Croncels, dont la chapelle Saint-Gilles, ce qui suscita d’énormes regrets parmi les Troyens.

Un devoir de mémoire s’impose, faire revivre ce très bel édifice avec quelques photos.

En 1928, la Société Académique de l’Aube s’est émue de l’état d’abandon, devenu dangereux, dans lequel se trouvait la petite chapelle Saint-Gilles, et encouragée par l’offre spontanée d’une importante contribution, elle a décidé de faire appel à la générosité des habitants de Troyes, afin de réunir les fonds nécessaires à la remise en état de ce curieux édifice : « On dit que la France, devancée dans le domaine des choses pratiques par des pays mieux organisés, doit porter son effort sur les métiers d’art, où elle excelle. Montrons à nos ouvriers avec quel soin leurs ancêtres, de simples charpentiers de faubourg, ont décoré les bois de leur chapelle : sans prétention, avec de l’étude, du goût et du temps, avec l’amour aussi de leur métier, ils ont fait à la fois solide et beau. C’est leur travail qu’il s’agit de sauver.

Saint-Gilles, chef-d’œuvre d’artisanat local, ne doit pas tomber en ruines faute de subsides, il faut conserver sa silhouette pittoresque au vieux faubourg, leur cadre aux intéressantes peintures et sculptures qu’il renferme…

A l’appel de la Société, de la Presse locale et du Clergé de la paroisse, un bel élan s’est manifesté. Déjà près de 30.000 francs ont été recueillis. Encore un effort, et l’existence de Saint-Gilles sera assurée pour longtemps ».

Dès l’époque carolingienne, Croncels (Crunscellum) apparaît, avant 854, lorsque Charles le Chauve en confirme la possession à l’abbaye (qui deviendra) Montier-la-Celle, depuis le VIIe siècle.

Dans une bulle du 5 avril 1139, le pape Innocent II confirme dans ses biens la chapelle Saint-Gilles.

Elle ne faisait pas partie des paroisses de Troyes, mais sa proximité de la ville lui valut souvent d’être traitée comme tel dans le langage courant.

La guerre de Cent Ans répandit sur la Champagne les torrents dévastateurs des armées anglaises et bourguignonnes. C’est alors en 1420, que Saint-Gilles, qui a vu les ruines s’amasser autour de lui, disparaît à son tour sous la pioche.

Après la ruine de la chapelle, les paroissiens fréquentèrent l’église de Saint-André.

C’est tout au début du XVIe siècle, que fut élevé l’édifice, dont la grande originalité résidait dans sa construction entièrement en bois, procédé économique, rare aux environs de Troyes, mais qu’on a employé, dans le nord-est du département, pour les églises rurales de Lentilles, Longsols...

La chapelle dépendait alors de la cure de Saint-André.

A la fin du XVIIIe siècle, Saint-Gilles, dont la sacristie n’existait pas encore, était entourée de son cimetière.

Tout autour de la place qui s’étendait au chevet de Saint-Gilles, des auberges accueillaient les routiers : « La Bonne Âme », « La Fontaine », « l’Image Saint-Claude », « l’Ecu de France », « Le Dauphin Couronné », « La Corne de Cerf », « Le Moulin à Vent », « La Bannière de France » …

La Révolution ferme Saint-Gilles et menace de la détruire une seconde fois. Le 20 janvier 1798, la municipalité troyenne, sur la proposition de l’architecte Milony, décide la destruction de toutes les églises, sauf la Cathédrale. Saint-Gilles, vendue, ferait place à des maisons particulières. Fort heureusement cette délibération resta lettre morte. Une ordonnance royale du 20 mars 1844 érige la chapelle Saint-Gilles en secours de la paroisse Saint-Jean.

A Troyes, au XVe siècle, presque toutes les maisons sont en bois, les maîtres-charpentiers y étant fort habiles. L’Aube est à peu près seule à posséder des édifices de bois. Il n’est pas étonnant que, pour de petites églises rurales, les ressources faisant souvent défaut, les habitants se soient servis, comme pour leurs maisons, de matériaux que fournissaient abondamment les forêts de la région, la pierre manquant totalement. La chapelle dédiée à saint Gilles fut reconstruite en bois.

Cet édifice a subi de nombreux remaniements, mais il est facile de se rendre compte de ce qu’était l’œuvre primitive, une simple nef divisée par des poteaux soutenant des fermes en 5 travées inégales et un chœur à 4 pans.

A cette construction est venu s’ajouter, au XVIe siècle, un transept. La nef a été agrandie par 32 travées et 1 appentis. Des fenêtres devaient être ouvertes dans chaque travée, entre 2 potelets.

Dans ce petit édifice, les charpentiers ont voulu montrer tout leur savoir. La flèche, très champenoise, fine et élégante, entièrement en bois, est à 8 pans. Elle se termine par une croix en fer, avec des ornements en plomb. Le clocher renfermait une cloche de 1698, de 55 cm de hauteur, qui donnait le fa.

Saint-Gilles mesurait 19,50 m. de longueur sur 5,90 m. au sanctuaire et 6,10 m. au portail. La nef allait en s’élargissant à partir des transepts et donnait une longueur totale de 16,50 m. La hauteur était de 8 mètres.

Saint-Gilles recélait tout un musée d’œuvres de l’ancien art troyen, peinture et sculpture.

Parmi les peintures à l’admiration des connaisseurs, il y avait : la jolie « Vierge à l’Enfant », sur un fond d’or, très beau spécimen de l’art primitif local, datant de la fin du XV° siècle ; un « Triptyque de la Passion », sur bois à volets, reproduit ci-dessous : l’« Ecce homo », avec le « Portement de croix », le « Crucifiement », la « Résurrection » ; « La Légende de sainte Anne » racontée en 3 panneaux ; un autre triptyque : « Présentation de Jésus au Temple », « Massacre des Innocents », « Jésus au milieu des Docteurs » ; un dernier triptyque était sur l’autel : « La Salutation angélique », « l’Adoration des Bergers » et « l’Adoration des Mages ».

Espacées entre ces panneaux, se voyaient de belles sculptures du XVIe siècle : « saint Jérôme », 2 statues du patron de la chapelle, une le montrant en religieux, très âgé avec sa biche familière, l’autre en abbé revêtu de l’étole et de la chape, tenant une croix et un livre, la troisième, en religieux, une mitre à ses pieds ; une « Pietà », une « sainte Catherine », un « saint Sébastien », une « sainte Anne et la Vierge ».

La statue de « saint Roch » était citée dans l’ouvrage de M. Mâle sur « l’Art religieux de la fin du Moyen Âge en France ». Saint Roch était invoqué, au moyen âge, contre les épidémies. Ce groupe de pierre est très bon et est attribué au Maître de la sainte Marthe de l’église Sainte-Madeleine.

Voir mon précédent articleici


 

Chapelle Saint-Hippolyte à La Rivière-de-Corps

J'ai imaginé cette chapelle St Hippolyte

La chapelle Saint-Hippolyte, sur le finage de la Rivière-de-Corps, se trouvait dans l’angle formé par le chemin Saint-Hippolyte, joignant le chemin de Troyes à Vauchassis, au nord.

La chapelle Hippolyte est portée sur les cartes géographiques de 1713 et en 1789, dans la « Carte de Champagne divisée en départements et districts, suivant les décrets de l’Assemblée Nationale ».

Charles Galland, curé de Sainte-Savine, déclare le 10 juillet 1755, que « la chapelle Saint-Hippolyte est à une lieue de l’église paroissiale Sainte-Savine ». Elle sert aux paroissiens qui constituent une communauté distincte de celle de Sainte-Savine, et qui comprend La Rivière-de-Corps et le château ou vicomté de La Grange, la Maladière sur la route de Sens, le fief de La Motte, La Vauriau, Dinechien et Nagot.

Dès le Moyen-Âge, la chapelle de Saint-Hippolyte est unie comme succursale à l’église paroissiale de Sainte-Savine, qui est « à la présentation de l’abbé de Montier-la-Celle ».

Thibaut 1er, comte de Champagne, qui tient en fief l’église de Sainte-Savine, la donne à l’abbaye de Montier-la-Celle. Cette donation est confirmée, le 25 avril 1071, par le roi Philippe 1er, dans une assemblée d’évêques à Sens, et par le pape Pascal II, le 25 mai 1107.

Le plus ancien document connu sur Saint-Hippolyte, est de 1185, c’est une charte de Manassès de Pougy, évêque de Troyes, réglant les droits annuels de l’abbaye de Montier-la-Celle et du curé de Sainte-Savine, par rapport à l’église paroissiale de Sainte-Savine et à la chapelle succursale de Saint-Hippolyte. Ce règlement est confirmé le 27 juin 1188, par une bulle du pape Clément III.

Les religieux de Montier-la-Celle possédaient près de la chapelle Saint-Hippolyte un établissement agricole qui est ainsi désigné dans une bulle du pape Grégoire IX, en date du 30 janvier 1237 : « la grange de la Rivière, près Saint-Hippolyte ». La grange de Montier-la-Celle devient un hameau de la Rivière-de-Corps.

En 1629, la ville de Troyes reçoit les propositions d’un fontainier qui demande l’autorisation de faire venir l’eau de la fontaine située entre Torvilliers et la chapelle de Saint-Hippolyte, sans aucun frais pour la ville.

Les registres ecclésiastiques écrits dans la seconde moitié du XVIIIe siècle portent : « Saint-Hippolyte, autrefois succursale de Sainte-Savine. On y dit la messe seulement les dimanches et fêtes. Le revenu va à 250 livres environ. L’abbé de Montier-la-Celle paie 50 écus pour cette desserte ».

La chapelle de Saint-Hippolyte est vendue comme bien national le 8 fructidor an IV (25 août 1795).

François-Joseph Deloynes s’en rend acquéreur moyennant la somme de 1.075 livres. Dans le procès-verbal du 5 thermidor an IV (23 juillet 1795), nous lisons : « la chapelle Saint-Hippolyte sise sur le territoire de la Rivière-de-Corps consiste en un corps de bâtiment formant croix, construit en pierres de craies, couverte en tuiles, voûtée aussi en pierres de craie ayant 78 pieds de long sur 23 pieds de large, et les 2 côtés formant une croix de 17 pieds chaque, sur 21 pieds 6 pouces de large. La hauteur sous clef est de 19 pieds 6 pouces. Sur le centre de la croix, il y a un petit clocher, construit en bois et couvert en ardoise, dans lequel il y a une cloche.

Lors de la vente, le commissaire du Directoire exécutif observe que la cloche, d’après la loi, doit appartenir à la commune « étant unique audit lieu de la Rivière-de-Corps. Cette cloche étant d’une nécessité indispensable à la commune pour appeler au secours les citoyens dans le cas d’un incendie particulier, et aussi pour l’appel aux assemblées communales ».

 

Chapelles des Riceys

Le bourg des Riceys, chef-lieu de canton dans l’Aube, niché dans la vallée de la Laigne, aux confins de la Champagne et de la Bourgogne, est surtout connu par ses églises et son vignoble.

Dans un temps pas tellement éloigné, la vie religieuse était intense, les confréries vivantes, les offices et processions suivis activement, d’où l’édification, aux Riceys, de nombreuses chapelles et calvaires dont la plupart s’offrent encore aujourd’hui à la dévotion… ou à la curiosité des passants.

 

Sainte-Anne 

Chapelle très ancienne, restaurée en 1600 par un Sergent Royal, on y lisait l’inscription suivante : « Cette chapelle fut fondée par M. Claude Gaultherot et par sa femme Salomé Le Secq, priant qu’après leur mort, Dieu veuille recevoir leurs âmes, et à tous deux leur pardonner, et afin d’éviter les flammes de l’enfer, paradis leur donner ». Cette chapelle était en ruines en 1798, et complètement détruite en mai 1830.

Saint-Sébastien 

J'ai imaginé cette chapelle

Au Magny, à l’extrémité du bourg, à l’est de la route. Fut érigée en 1577. Des travaux de réparation furent effectués de mai 1869 à juin 1970, par souscription des habitants de Magny. A cette époque, une croix de pierre fut ajoutée au-dessus de la porte. On s’y rendait en procession 2 fois l’an, le premier jour des rogations et le dimanche de la Fête-Dieu. Lors de la vente des biens nationaux, cette chapelle fut acquise, avec Saint-Claude et Saint-Clair par un même vigneron, agissant comme mandataire des marguilliers de la paroisse en 1798. Cette chapelle était encore en bon état avant la deuxième guerre mondiale, mais laissée à l’abandon, sa porte ouverte à tous les vents, elle fut livrée au pillage et à la destruction.

 Saint-Prudent 

Se trouvait sur l’emplacement de la route actuelle de Tonnerre, à mi-côté en sortant de Riceys-Haut. Il en reste un lieu-dit. Elle était déjà en ruines en 1789 et ne fit pas partie des biens nationaux mis en vente. La route de Tonnerre fut construite en 1823. On découvrit alors, dans les fondations de la chapelle, une fosse où se trouvaient plusieurs squelettes portant au cou des cœurs en cuivre suspendus à un fil en laiton et contenant chacun un papier devenu indéchiffrable. Ces squelettes étaient très grands.

 Saint-Claude 

Se trouvait sur la route de Riceys-Haut à Mussy, au nord de la route un peu plus haut que le calvaire. Elle appartenait en 1798 à la fabrique de Ricey-Haut, et fut vendue avec celle de Saint-Sébastien. Déjà abandonnée en 1850, elle s’est écroulée vers 1900. Il n’en reste plus qu’une butte de terre. Elle avait été relevée en 1764 par Edme Carraux (1703-1769), commerçant en bois aux Riceys, et devait être entretenue par sa famille à perpétuité.

 Saint-Robert 

Il n’en reste plus que le nom d’une rue dans le quartier de Lanne. Cette chapelle était enclavée dans une habitation mais avait son entrée sur la rue. En 1790 elle possédait encore quelques ornements destinés au culte. Elle appartenait en 1835 à Jobelot Cuny.

Saint-Gond 

Signalée en 1648 sous le nom de Saint-Gaon, cette chapelle disparut au XVIIe siècle. Gond est l’un des 4 saints sous l’invocation desquels fut placée la confrérie fondée par le père Champion en 1637. Jadis, en 1236, s’élevait, à l’emplacement de la ferme de la Grélèe, une autre chapelle Saint-Jean-de-Gond, on en voyait encore les ruines à la fin du XIXe siècle.

 Saint-Louis 

château de Ricey-Bas

Dès 1104, l’abbaye de Molesme avait la plus grande partie de la côte de Tronchoy, qui a toujours donné les vins de première qualité des vignobles des Riceys. Il y fut établi le cellier de Saint-Louis, qui renfermait en outre du vendangeoir, une maison seigneuriale.

A la fin du Moyen Age c’était une maison forte entourée de fossés. On y érigea, sous le nom de Saint-Louis, une chapelle qui lui donna son nom.

A la Révolution, le fief fut vendu à Jean-Jacques Houet de Ricey-Bas en 1791 qui le vendit quelques années plus tard pour acheter le château de Ricey-Bas.

Les bâtiments furent vendus par la suite, démolis et remplacés par le château actuel bâti en 1848.

Mise en vente en 1798, elle ne trouva pas d’acquéreur et fut rendue à la fabrique au Concordat.

Saint-Clair (ou Sainte-Claire) 

Existait en 1771. Elle fut vendue à la fabrique en même temps que Saint-Sébastien. Pillée en partie, démolie après 1900, il ne restait plus rien à l’intérieur. En 1980, il y une restauration partielle, en particulier la toiture de laves.  

 Saint-Jean (Ricey-Haute-Rive) 

Cette chapelle se trouvait entre les deux piliers extérieurs du chœur de l’église de Ricey-Haute-Rive et fut détruite en 1861. C’était une chapelle « bénéficiale » (ces Eglises jouissent de certains privilèges qui ont leur fondement dans la munificence de leurs illustres Fondateurs). Au-dessus de la porte étaient sculptées les armes de France, martelées en 1792. Cette chapelle avait été construite en remplacement d’une chapelle plus ancienne détruite au XVIIe siècle. On devait y dire la messe au moins une fois par mois.

 Saint-Jacques (Ricey-Haut) 


A l’est de Ricey-Haute-Rive. Autour de cette chapelle se trouvait un cimetière où furent enterrés les habitants victimes de la peste en 1631. 

En 1948, la serrure de la porte a été démolie et pour empêcher le pillage et les destructions, il a été transporté ce qui s’y trouvait dans la chapelle des fonds-baptismaux de Ricey-Hauterive en 1949. Malheureusement, les bancs avaient déjà disparu. 

En 1850, elle était encore en bon état d’entretien. En 2019 elle est toujours entretenue.

 Sainte-Sabine (Ricey-Bas) 


Se trouve à la sortie sud de Ricey-Bas. On s’y rendait en procession le second jour des rogations pour y chanter la messe en plein air. Chapelle intacte en 1949, la seule des trois Riceys.

 Saint-Antoine (Ricey-Bas) 

A l’est, sur la route de Gyé. Les contrées de ce nom surtout lorsque, comme ici, s’y trouve une fontaine, sont en général considérées comme ayant offert un refuge aux personnes atteintes du mal des ardents ou du feu de Saint-Antoine.  C’est en ce lieu que se trouvait la maladrerie de Ricey-Bas, occupée en 1614 par une lépreuse.                                                                                                                                     

Vers 1850, elle fut transformée en grange et servit de chenil à la meute du château. Les statues qui l’ornaient furent transportées à Ricey-Bas où elles se trouvent encore dans les niches du grand portail.                                                                                                                                                                        En 1874 la chapelle fut restaurée par M. et Mme Charles de Taisne. On plaça à l’intérieur les statues de saint Antoine, saint Charles Borromée et de sainte Madeleine. On y admire les deux bénitiers. Celui de droite appartient à la chapelle primitive. Une dernière messe y fut dite en 1939.  

 Saint-Roch (Ricey-Bas) 


Bien antérieure à 1612 (première mention). En 1637, les Riceys étaient décimés par une épidémie de peste avec 300 décès cette année-là. Le père Champion, implorant le ciel pour la cessation de cette épidémie qui dévastait les Riceys depuis 1631, groupa sous le patronage de saint Roch, en une seule, les 3 confréries existant dans les trois paroisses : Saint-Roch à Ricey-Bas, SaintGond à Ricey-Haute-Rive et Saint-Sébastien à Ricey-Haut. Il donna ainsi une nouvelle impulsion à la dévotion envers ce saint. La chapelle fut restaurée à cette occasion.            

 A la Révolution, elle fut achetée en 1797 par le sieur Chameroy et donnée par lui, en 1803, à la confrérie de Saint-Roch, à charge d’une messe haute à perpétuité pour lui et sa famille. Peu à peu la chapelle tomba en ruines.                                                                                                                    

La nouvelle chapelle fut construite derrière l’ancienne et inaugurée en août 1867. Mme Monginet offrit la cloche qui surmonte le porche. Le chemin de croix a été mis en place en 1869, ainsi que la verrière principale représentant saint Roch. On célébrait à la chapelle la grand-messe, le jour de la fête de saint Roch, la fête de la Sainte-Croix et le premier jour des Rogations.                                                                                                                                           

 En 1875 furent transférées dans cette chapelle les restes du père Champion. Au-dessus de la tombe fut élevé un monument représentant la chapelle primitive de Saint-Roch et le père Champion à genoux implorant le saint Bienfaiteur des Riceys.

 Chapelle de L’Hermitage 

Dès 1612, il existait une chapelle à la lisière du bois de Thouan.

En 1632, le père Champion, prêtre ermite, releva les bâtiments, et contribua de ses deniers avec Nicolas Vignier, seigneur de Ricey-Bas, à la reconstruction de la chapelle où fut transféré le vocable de Notre-Dame-du-Prieuré-du-Fau. Le lundi de Pâques, des processions se rendaient des villages voisins à Notre-Dame-de-Thouan, selon une coutume déjà très ancienne. L’emplacement de l’ermitage est, en effet, à égale distance de Ricey, Balnot, Neuville, Gué et Courteron. A la Révolution, l’ermitage, bien ecclésiastique fut vendu en 1792. Les bâtiments tombaient en ruines. Les pierres furent enlevées et une vigne occupe l’emplacement.     

 

 

vendredi 30 janvier 2026

Le Prince de Lavau - La Dame de Vix

 


Tombe du Prince de Lavau

Dossier de presse

À Troyes, une exposition présente pour la première fois au public la tombe princière de Lavau. Une exposition du musée des Beaux-Arts et d'Archéologie au musée d'Art moderne.

En 2015, le monde entier s’est fait l’écho de l’exceptionnelle découverte, par l’Inrap, de la tombe d’un prince celte à Lavau (Aube). Après dix ans de recherches, l’exposition présente pour la première fois au public l’intégralité du mobilier princier restauré et plonge les visiteurs au cœur de l’univers fascinant des élites celtiques du premier âge du Fer (8e - 5e siècles av. notre ère).

Quand l’archéologie préventive éclaire une histoire oubliée

Autour du défunt, de sa tombe et plus largement du site de Lavau, l’exposition retrace la démarche archéologique menant à reconstituer ce moment oublié de l’Histoire. Entre la Bourgogne et la Champagne, en quelques générations, émergent deux « royaumes », chacun révélant une sépulture princière quasi contemporaine : Vix et Lavau. Elles témoignent ostensiblement de la richesse de ces souverains et de leur appartenance à un monde connecté culturellement et commercialement, entre le continent celtique et les cités-états de la Méditerranée. Une connexion qui se manifeste tout particulièrement par la préciosité des objets mis au jour et la richesse de leur décoration.

De la nécropole des ancêtres aux funérailles fastueuses d’un prince

Le prince de Lavau est inhumé vers le milieu du 5e siècle av. notre ère dans une nécropole occupée depuis la fin de l’âge du Bronze vers le 12e siècle av. notre ère. Le complexe funéraire princier s’inscrit dans une continuité dynastique respectueuse des ancêtres ou héros fondateurs. Unique en son genre, ce monument est composé d’un vaste enclos quadrangulaire et d’un portique monumental donnant accès à la tombe par une rampe, le dispositif étant scellé d’un tumulus de plus de 8m de haut. Le prince, dernière incarnation connue à ce jour du phénomène princier celtique (6 et 5 siècles av. notre ère) est inhumé sur son char à deux roues, accompagné d’un riche viatique.

L’exposition présente pour la première fois au public la totalité du mobilier issu des fouilles. Ces objets finement restaurés sont mis en regard d’autres ensembles contemporains régionaux et internationaux. Les commissaires ont privilégié des objets récemment découverts et des comparaisons de séries issues de prêteurs français et européens : œnochoés grecques et étrusques, statues, bijoux… Le monde du prince de Lavau est profondément influencé par la culture méditerranéenne (grecque et étrusque) et notamment par la pratique du symposion, autour de la consommation rituelle de vin rouge. Les objets retrouvés dans la tombe par les archéologues sont la traduction de cette pratique.

La mixité culturelle de plusieurs objets précieux semble être le fruit d’un artisanat de cour mêlant techniques et répertoires stylistiques celtiques et méditerranéens. Cette mixité trouve son apogée dans l’oenochoé attique : un objet remarquable et singulier provenant de Grèce et enrichi par les Celtes avec l’ajout de garnitures en or et en argent, symbolisant notamment une divinité celtique.

Les funérailles du prince ont dû être un événement politique important, inscrit dans une histoire locale, régionale, si ce n’est transalpine. Elles ont mobilisé un monument architecturalement hors normes, un public probablement nombreux et un traitement particulier du corps, sans doute « embaumé ».

L’exposition - dont la scénographie allie objets, reconstitutions et outils numériques - entend donc raconter l’histoire de ce personnage qui, par bien des aspects, renvoie l’image d’un statut royal et cristallise ce moment paroxystique du monde princier.

Une collaboration scientifique et institutionnelle exceptionnelle rend cette exposition possible, associant la Ville de Troyes, la commune de Lavau, l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), le ministère de la Culture (direction générale des patrimoines, sous-direction de l’archéologie), la DRAC Grand Est (service régional de l’archéologie), le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye et ARC-Nucléart Grenoble (atelier de conservation-restauration).

Que va devenir le trésor de Lavau ?

Il appartient pour moitié à la commune de Lavau et pour moitié à l’État. Nous attendons le partage des objets et leur évaluation. Ils seront ensuite rétrocédés au musée Saint-Loup de Troyes. Il dispose de l’appellation « musée de France » et va offrir toutes les conditions nécessaires pour le présenter au publie. Lavau reste le site de découverte où un totem patrimonial d’informations sera installé par Troyes-Champagne-Métropole.








Lavau : 10 ans d’une découverte exceptionnelle

En 2015, une équipe de l’Inrap mettait au jour dans l’Aube, en Champagne, une nécropole occupée de l’âge du Bronze à la fin de l’Antiquité. Au cœur de celle-ci, un très vaste monument accueillait la tombe d’un personnage de premier plan, décédé au milieu du Ve siècle avant notre ère. 62 ans après la princesse de Vix, la tombe du prince de Lavau est une découverte d’exception qui, elle, a bénéficié d’une fouille minutieuse et d’un programme de recherches ambitieux. 10 ans après, les restaurations s’achèvent : où en sont les recherches ? Comment préparer les objets à leur présentation au public et assurer leur conservation ?

 La DRAC Grand-Est assure le contrôle scientifique des opérations archéologiques menées sur la nécropole de Lavau. La commune de Lavau est propriétaire du mobilier avec l’Etat et la ville de Troyes contribue financièrement aux travaux de restauration. 

Une grande partie du mobilier issu des fouilles a été confié au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) par le ministère de la Culture en juillet 2015 - limitant ainsi les risques liés aux transferts vers de multiples infrastructures de recherche - pour des travaux d’analyses scientifiques et de conservation-restauration, en vue d’être exposé dans un musée. Parallèlement, dans le cadre du PCR (Projet Collectif de Recherche) piloté par l'INRAP, un travail pluridisciplinaire associant de nombreux chercheurs a été mené.

Sur le complexe funéraire

Unique en son genre, ce monument hors normes est composé d’un vaste enclos quadrangulaire, d’un portique monumental donnant accès à la tombe par une rampe, le dispositif étant scellé d’un tumulus.

Le contexte régional, exploré au travers d’une thèse de doctorat, met en avant la place privilégiée de Lavau au sein d’un réseau de relations à longues distances. Autour de la Petite Seine, Lavau comme Vix apparaissent comme les pôles dominants de territoires organisés, de petits « états émergents » préfigurant les cités gauloises des siècles suivants.

Un premier volume de la monographie du site, consacré au Complexe funéraire monumental de Lavau est paru récemment (Gallia, 2024).

Sur l’étude matérielle des objets

La plate-forme analytique du C2RMF permet d’obtenir des informations sur la nature des matériaux (composition précise du torque en or contenant également des traces d’argent et de cuivre, par exemple), ainsi que sur leur structure, le mode d’assemblage, et les décors, grâce notamment à la radiographie et tomographie. Les résultats obtenus par les chercheurs du centre contribuent ainsi à apporter des éléments de réponse sur les processus technologiques mis en jeu lors de la fabrication des objets – les traces d’outils et d’usure observés sur les bijoux, l’identification de brai de bouleau utilisé comme adhésif pour l'application de tôles d'or et d’argent sur l’œnochoé ou encore, la provenance des argiles de la bouteille cannelée par exemple. La caractérisation de la boisson fermentée contenue dans plusieurs récipients permet, quant à elle, d’en savoir plus sur les pratiques funéraires et sur les fonctions du mobilier. Les examens radiographiques pratiqués sont également importants pour déterminer le niveau de dégradation des objets, afin d’orienter les opérations de restauration et aider à définir les protocoles de conservation-restauration.

Un phénomène princier

La découverte en 2015 de Lavau constituait une occasion unique pour l’archéologie moderne de renouveler les connaissances sur le phénomène princier. Le tropisme des élites celtiques envers la culture méditerranéenne (grecque et étrusque) se traduit ainsi par la consommation « civilisée » d’un vin rouge aromatisé. Très rares en contexte celtique, les objets historiés importés ou inspirés du monde transalpin désignent le statut particulier du prince, qui a pu s’identifier aux dieux barbus ornant l’œnochoé (Dionysos) et le chaudron (Achéloos). La mixité culturelle de plusieurs objets précieux semble être le fruit d’un artisanat de cour mêlant techniques et répertoires stylistiques celtiques et méditerranéens. La symbolique portée par ces objets, la mise en scène du défunt et de son viatique participent d’un véritable discours : le dernier discours d’un chef.

Qui était ce défunt illustre ?

Qui est donc le défunt ? L’analyse archéogénétique a confirmé le sexe masculin. Âgé d’une trentaine d’années lors de son décès (selon l’étude cémentochronologique d’une dent), il semble avoir grandi et évolué dans un milieu très favorisé : l’état de sa dentition est exceptionnel. Une fracture de clavicule mal consolidée renvoie toutefois à une possible chute de cheval ou de char. 

L’organisation de funérailles, différées, dans le complexe princier, véritable écrin monumental propice à la mise en scène, a dû nécessiter un traitement du corps digne de son statut. Ses contemporains, dans le monde grec ou en Egypte, maîtrisent la momification et l’embaumement : ici, la multiplication des prélèvements, notamment à l’emplacement de l’abdomen, affirme l’absence d’intestins et suggère une éviscération. Allongé dans son char sur une jonchée d’herbes odoriférantes et fongicides, il a ainsi pu recevoir les hommages d’une assemblée réunie pour l’honorer. Les archéologues s’interrogent désormais sur son statut réel : plus qu’un « prince », ne pourrait-il s’agit d’un roi ?

10 ans pour assurer la conservation des objets et préparer leur présentation au public

A la suite d’un appel d’offre comprenant un cahier des charges élaboré par le C2RMF, un très important travail de conservation-restauration, financé par l’Etat et la ville de Troyes, dont le suivi a été confié au C2RMF, est effectué par le groupement de conservateurs-restaurateurs spécialisé en métal piloté par Renaud Bernadet, au sein des ateliers du C2RMF, et avec l’accompagnement scientifique et technique de la filière Archéologie-Ethnographie du département Restauration. Plusieurs spécialités du C2RMF ont été mobilisées comme les arts du feu (céramique et verre), notamment pour la restauration d’une magnifique bouteille cannelée brisée en 68 fragments.

Les équipes du département Conservation préventive, en collaboration avec la filière Archéologie-Ethnographie, sont chargées de garantir la conservation du mobilier tout au long des opérations qui se déroulent au C2RMF par un contrôle régulier et des modes de conditionnements optimisés par type de matériaux. Le centre conseille également la ville de Troyes pour la conservation des objets pour les générations futures et leur présentation au public. La très grande quantité de données collectées est archivée et sera accessible à la communauté de chercheurs et professionnels des musées tout comme au grand public.

 

Dans le chaudron, la fouille met à jour une céramique grecque peinte, dont le décor représente Dionysos, dans une scène de banquet

Au fond de la tombe, la fouille a mis au jour un chaudron en bronze, aux anses décorées du dieu Acheloos. L'une des plus belles pièces mises à jour. [DENIS GLISMAN / INRAP]


Chaque anse du chaudron est fixée au moyen d'un segment mouluré, riveté sur la panse

 

Des têtes de lionnes ornent l'ouverture du chaudron


Un grand fossé ceinturait le tumulus princier


Concentration de vaisselle en bronze et en céramique. Trace d'une poutre en bois effondrée


Le défunt, allongé au centre de la tombe, se dévoile peu à peu. 
Ici, détail des phalanges de doigts d'un pied


Elégante bouteille en céramique, bassin en bronze et couvercle.


Une cruche à vin originaire de Grèce. Son décor en or est exceptionnel.

Sous le pinceau de l'archéologue, le pied de cruche dévoile son élégant décor rapporté en or.



Le bon état de conservation du dépôt funéraire a permis de retrouver des traces de tissu.


Aux origines de la nécropole, on trouve des tombes à incinération de la fin de l'âge de bronze. Les cendres étaient disposées dans des urnes en céramique


Une fois fouillés, les fossés d'enclos révèlent leur gigantisme : 
le monument est plus grand que la cathédrale de Troyes


Une cuillère perforée en argent, sans doute utilisée pour filtrer le vin lors des banquets.


Aux côtés du défunt, les restes d'une roue de char apparaissent





En cours de consolidation, un fragment du chaudron de bronze orné d'une tête du dieu grec Achéelos. Cet imposant récipient était constitué d'un ensemble de 10 pièces soudées.





Le Prince Lavau repose sur son char orné de bijoux en or.


Un prodigieux chaudron de bronze de 200 litres, un torque et des bracelets en or, des éléments de ceinture précieux, des vaisselles de banquet, un couteau et son fourreau, les restes d’un char à deux roues… L’extraordinaire mobilier funéraire de Lavau (Aube), un tombeau celte du milieu du Ve siècle avant notre ère exhumé en mars 2015, est actuellement en cours d’étude dans les sous-sols du Louvre, à Paris, au laboratoire de recherche et d’analyses C2RMF* dédié aux 1220 musées de France.  Ce trésor est issu des fouilles menées par l’Institut national de recherche archéologique préventive (Inrap). Ces ornements raffinés appartenaient à un jeune aristocrate dont le corps reposait depuis plus de 2500 ans au cœur d’un tumulus de 40 m de diamètre. Sans doute un représentant de cette élite princière apparue en Europe à la fin de l’âge du bronze, après l’introduction de la métallurgie du fer (VIIIe siècle av. J.C).

En cours de consolidation, un fragment du chaudron de bronze orné d'une tête du dieu grec Achéelos. Cet imposant récipient était constitué d'un ensemble de 10 pièces soudées.

Les chercheurs tentent désormais d’en percer les secrets de fabrication : techniques de mises en forme du métal, teneur des alliages… Autant de données qui pourraient être révélées par la tomographie de rayons X ou les microscopes électroniques à balayage ; de même, les traces d’usure des objets en or vont être explorées par les scanners 3D à haute résolution. Car un tel trésor archéologique est unique en France. La plus célèbre découverte étant celle de la « Dame de Vix » (Côte-d’or) qui remonte à 1953 ! « Si autant d’analyses sont nécessaires, c’est en raison des nombreuses questions toujours sans réponses concernant l’orfèvrerie et l’art celtique», rappelle Dominique Garcia, le président de l’Inrap. A partir de quelle matière première les Celtes ont-ils travaillé ? Qui exécutait ces pièces fastueuses ? Avec quels outils ? Comment ces objets inestimables étaient-ils mis en circulation ? Provenaient-ils d’Etrurie, de Grèce ou d’Ibérie ? Etait-ce les productions locales d’une société indigène ou peut-on y voir des influences extérieures ? Quelle était leur fonction ? Pourquoi les retrouve-t-on surtout dans des sépultures ?


Oenochoé, bracelets et torques d'or de la tombe princière de Lavau 
analysés par les laboratoires du C2RMF. © Inrap


Ces recherches devraient également permettre l’identification de vestiges en matière organique (cuir) ainsi que des textiles pris dans des concrétions. Mais les archéologues tentent surtout de comprendre s’il existait des « ateliers » de production en Europe utilisant des techniques similaires. Les sociétés celtes du Hallstatt (VIIIe-Ve siècle avant notre ère) – nom attribué aux Celtes du Premier Age du Fer pour les distinguer de leurs successeurs plus tardifs de La Tène (450-25 av. JC) - ne possédaient pas d’économie monétaire. Les objets précieux circulaient donc dans un système de don. L’or comme le vin (importé de Méditerranée) étaient chez ces peuples de l’âge du fer, une manifestation ostentatoire de la richesse.

Etude de l'oenochoe, vase à vin, décoré de fil d'or mis au jour dans la sépulture de Lavau. Tartres et dépôts de vin y sont encore visibles. © Inrap

D’où ces étonnants services à boire fabriqués par les Grecs à destination des « Barbares » celtiques retrouvés dans les sépultures, et en particulier celle de Lavau. Les archéologues y avaient ainsi mis au jour en plus du chaudron de bronze, une oenochoé, un vase grec rehaussé de fils d’or, orné d’un décor peint incarnant Dyonisos, et un gobelet d’argent. 


Le torque en or pur retrouvé autour du cou du prince de Lavau

Plusieurs objets sont le fruit du travail d’artisans et d’orfèvres hyper spécialisés et particulièrement doués. Sur certaines œuvres, les décors ne sont visibles qu’au microscope et compréhensibles qu’au moyen de techniques d’imagerie moderne. Ils seraient d’ailleurs difficilement réalisables aujourd’hui !






Parmi ceux-ci, le torque et les deux bracelets en or d’une pureté très difficile à obtenir. Les animaux ailés qui ornent le torque à la jonction du jonc avec les extrémités en forme de goutte et les oiseaux aquatiques qui masquent le mécanisme de fermeture sur les bracelets, sont d’une finesse remarquable. Les mécanismes des bracelets sont d’ailleurs extrêmement usés, ce qui signifie que leur propriétaire les a largement portés ! Il ne s’agissait donc pas d’objets funéraires commandés à sa mort dans le seul but d’être ensevelis avec lui.

Certaines pièces sont uniques car visiblement importées de très loin. Les perles en ambre retrouvées autour de la tête de la dépouille proviennent du nord de l’Europe. Le bestiaire figuré sur d’autres accessoires, notamment les têtes d’oiseaux aquatiques, évoque de réelles influences orientales.

 Trois objets sont particulièrement rares : une passoire à la poignée décorée d’une tête de serpent à cornes de bélier, une petite cuillère perforée qui servait certainement à enlever le surplus d’épices qui nageait à la surface du vin, et un pied de coupe orné d’un fil perlé.

Tous sont en argent doré : l’utilisation d’un tel matériau pour cette période n’est attestée qu’à Lavau !

La pièce maîtresse est un extraordinaire chaudron en bronze dont les anses sont ornées d’une tête du dieu-fleuve Achéloos, reconnaissable à ses cornes de taureau, sa moustache et sa longue barbe. Les influences sont donc aussi grecques, mais également italiennes puisque la technique de fabrication fait plutôt penser à un atelier étrusque !

 



Passoire à tête de bélier





FIN DU DOSSIER DE PRESSE


Vous venez de parcourir le dossier de presse officiel consacré au Trésor de Lavau et à son exposition à Troyes. Pour compléter cette présentation institutionnelle, il me semble utile de replacer cette découverte dans un cadre plus large. En effet, la tombe du prince de Lavau ne peut être pleinement comprise qu’en la mettant en relation avec une autre sépulture majeure du premier âge du Fer : celle de la Dame de Vix, découverte près de Châtillon-sur-Seine. Ces deux tombes princières, séparées d’environ un siècle mais situées dans le même axe géographique, appartiennent à un système aristocratique cohérent qui structurait alors la vallée de la Seine et de l’Aube. C’est dans cette perspective comparative que je prends maintenant le relais, afin de montrer comment Lavau et Vix s’éclairent mutuellement et révèlent l’existence d’un véritable corridor princier entre Bourgogne et Champagne.


Lavau et Vix : deux tombes princières pour une même histoire

 Entre Vix et Lavau, la distance géographique est réduite, mais les deux tombes princières appartiennent à un même système politique, économique et culturel qui caractérise le premier âge du Fer dans le nord-est de la France. La découverte de la sépulture de Lavau en 2015, datée du milieu du Ve siècle avant notre ère, a confirmé l’existence d’un axe aristocratique structuré le long de la vallée de la Seine et de l’Aube, déjà illustré depuis les années 1950 par la tombe de la Dame de Vix, près de Châtillon-sur-Seine, datée d’environ 530 avant notre ère. Ces deux monuments funéraires, séparés d’environ un siècle, témoignent d’une continuité des pratiques, des réseaux et des formes de pouvoir au sein des élites celtiques du Hallstatt final.

À Vix, la défunte est inhumée avec un char et un mobilier exceptionnel, dont le célèbre cratère grec, pièce monumentale de plus d’un mètre soixante de haut, importée de Méditerranée et intégrée dans les pratiques aristocratiques locales. Ce vase, destiné au mélange du vin, illustre la participation des élites bourguignonnes aux circuits d’échanges contrôlés par les Grecs et les Étrusques. La tombe de Vix constitue l’un des premiers témoignages majeurs de ce phénomène princier, caractérisé par la monumentalité funéraire, l’usage du char, la présence d’objets d’importation et la mise en scène du banquet comme élément central de la représentation du pouvoir.

Un siècle plus tard, la tombe de Lavau reprend ces codes tout en les transformant. Le défunt repose également sur un char, mais l’architecture funéraire est plus élaborée : enclos quadrangulaire, portique monumental, rampe d’accès et tumulus de plus de huit mètres de haut. Le mobilier associe des objets grecs et étrusques à des productions celtiques de très haut niveau, comme l’oenochoé attique enrichie de garnitures en or et en argent, dont l’iconographie mêle références méditerranéennes et symboles locaux. Cette hybridation témoigne d’un artisanat de cour maîtrisant à la fois les techniques importées et les traditions régionales. Lavau représente ainsi une phase tardive du phénomène princier, marquée par une intensification des échanges et une sophistication accrue des pratiques funéraires.

L’analyse conjointe de Vix et de Lavau montre que ces deux tombes ne sont pas des cas isolés, mais les manifestations les plus visibles d’un réseau aristocratique structuré. La vallée de la Seine, depuis la Saône jusqu’au bassin parisien, constitue alors un corridor majeur reliant la Méditerranée à l’Europe du Nord. Les élites locales contrôlent les flux de vin, de vaisselle, d’ambre, d’étain et d’autres produits de prestige, et entretiennent des relations régulières avec les cités grecques et étrusques. Les similitudes entre les deux sépultures — char, tumulus, vaisselle de banquet, objets d’importation, parures en métaux précieux — traduisent une idéologie du pouvoir partagée, fondée sur la démonstration de richesse, la maîtrise des échanges et la continuité dynastique.

La question d’un lien familial direct entre les personnages de Vix et de Lavau ne peut pas être tranchée : les restes humains sont trop fragmentaires pour permettre une analyse génétique fiable. En revanche, les données archéologiques indiquent clairement qu’ils appartiennent à des lignages intégrés dans un même système politique. Les pratiques funéraires, les choix architecturaux, les objets déposés et les réseaux d’échanges mobilisés relèvent d’une même culture aristocratique, active sur plusieurs générations. Dans ce cadre, parler de « parenté politique » est pertinent : Vix et Lavau représentent deux moments successifs d’une même tradition de pouvoir.

L’ensemble formé par ces deux tombes constitue aujourd’hui un corpus exceptionnel pour comprendre l’organisation des élites celtiques du premier âge du Fer. Vix illustre l’émergence d’un modèle princier fortement connecté à la Méditerranée ; Lavau en montre l’apogée tardive, juste avant les transformations profondes du Ve siècle. Leur mise en parallèle permet de restituer la cohérence d’un territoire qui fut, il y a 2 500 ans, l’un des axes majeurs de circulation et d’influence en Europe occidentale. Les photographies du trésor de Lavau, du cratère de Vix et du torque que tu ajouteras à ton article permettront de visualiser cette continuité et de souligner la qualité exceptionnelle des objets associés à ces deux sépultures.


 CORRIDOR PRINCIER (VIIIe – Ve siècle av. n.è.)

├── PÔLE BOURGOGNE : VIX (vers 530)

│     ├── Centre aristocratique du Mont Lassois

│     ├── Tombe de la Dame de Vix (char)

│     ├── Cratère grec monumental

│     ├── Contrôle Saône → Seine

│     └── Première grande expression du phénomène princier

├── AXE STRUCTURANT : SAÔNE → SEINE → AUBE

│     ├── Route du vin méditerranéen

│     ├── Circulation de la vaisselle grecque et étrusque

│     ├── Redistribution de l’ambre, de l’étain, du sel

│     ├── Réseau d’élites interconnectées

│     └── Continuité culturelle et politique sur plusieurs générations

└── PÔLE CHAMPAGNE : LAVAU (vers 450)

      ├── Centre aristocratique de la vallée de l’Aube

      ├── Tombe du prince de Lavau (char)

      ├── Oenochoé attique enrichie d’orfèvrerie celtique

      ├── Tumulus monumental (8 m) + portique + rampe

      └── Dernière grande expression du phénomène princier

 

Ce que montre ce schéma : Vix et Lavau ne sont pas deux mondes séparés : ce sont deux pôles d’un même système. Le corridor Saône–Seine–Aube est l’élément central :

un axe économique, politique et culturel qui relie les deux.

Vix représente l’émergence du modèle princier.

Lavau représente son apogée tardive.


Trésor du tombeau de la Dame de Vix


Anse du cratère du Trésor de Vix - musée de Châtillon sur Seine (21)


Torque de la Dame de Vix - musée de Châtillon-sur-Seine (21)


Le prochain article sera consacré aux clichés que je prendrais à l'exposition ! 

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