Hôpital Notre-Dame de Fontenilles
L'hôtel-Dieu de Tonnerre est fondé en 1293, par
Marguerite de Bourgogne. Il est le plus long hôpital médiéval d'Europe et l'un
des plus anciens.
En 1293, Marguerite de Bourgogne, comtesse de Tonnerre, veuve de Charles d'Anjou, roi de Sicile lance la construction de l'Hôtel-Dieu, au cœur du chef-lieu de son comté, Tonnerre. Elle met à la disposition des bâtisseurs des moyens financiers conséquents ainsi que les carrières et les bois de Maulnes, à proximité ainsi que des châtaigniers de Puisaye et d'une forêt du nord de Paris, permettant d'achever l'édifice en deux ans.
En 1295, l'Hôtel-Dieu accueille ses premiers
patients dans quelque quarante lits.
Vers 1305, la Vierge Dorée gagne le chœur de la
Grande Salle.
En 1308, Marguerite de Bourgogne s'éteint et est
inhumée dans le chœur de la Grande Salle.
En 1454, un riche marchand bienfaiteur, Lancelot de
Buronfosse, fait don d'une Mise au Tombeau, sculptée par Georges et Michiel de
la Sonnette.
De 1642 à 1648, un deuxième hôpital, pour résoudre
les problèmes d'humidité et de fraîcheur du premier, est édifié autour de
l'actuel jardin. La Grande Salle désaffectée sert alors de lieu de sépulture
jusqu'en 1777.
De 1763 et 1767, une extension est effectuée à la
place de l'ancien portail de l'Hôtel-Dieu, pour y installer plusieurs salles,
dont une pour le conseil d'administration de l'Hôpital, ainsi qu'un cabinet de
chirurgie.
En 1785, une méridienne est installée sur le sol de
la Grande Salle.
En 1793, la Grande Salle est utilisée comme halle
puis magasin de paille. Les métaux de la méridienne et du tombeau de Marguerite
de Bourgogne sont volés et la flèche du clocher (attestée au XVe siècle) est
détruite.
En 1819, les descendants de Louvois reconstituent
son mausolée de l'église des Capucins, profané à la Révolution (les
profanateurs ayant dispersé ses cendres), dans la chapelle gauche de la Grande
Salle.
En 1826, le nouveau tombeau de Marguerite de
Bourgogne est installé à l'emplacement de l'ancien.
En 1850, pour pallier le manque de place, le
pavillon Dormois, du nom de l'économe Camille Dormois, est édifié sur la place
voisine, dans un style néoclassique.
En 1862, l'hôtel-Dieu est classé monument
historique.
De 1960 à 1982, les bâtiments du Centre hospitalier,
Rue des Jumériaux, sont construits. C'est la fin de l'activité hospitalière de
l'hôtel-Dieu de Tonnerre, bien que le nouvel hôpital en soit propriétaire.
L'établissement d'origine comprend une Grande Salle
des Pauvres, accessible par un porche d'ouest, destinée aux soins des indigents
malades, terminée par un chœur et deux chapelles, abritant quatre autels. Le
principal est érigé en l'honneur de la Vierge Marie, et les autres pour Saint
Jean-Baptiste, Sainte Marie-Madeleine et Sainte Élisabeth de Thuringe. Au dos
du chœur et de la chapelle sud, se tient une sacristie et une crypte. En 1454 une
Mise au Tombeau est installée dans la crypte, don d’un riche marchand. Au nord
de cette Grande salle, le cimetière est encadré par plusieurs dépendances et
trois corps de logis, démolis en 1838, deux abritant les services de l'hôpital
et un, appelé "Château", servant de résidence à la fondatrice,
Marguerite de Bourgogne.
Les bâtiments du deuxième hôpital, édifiés de 1642 à
1648, aujourd'hui disparus (sauf la buanderie), sont édifiés en L, autour de la
cour latérale (actuel jardin).
L'extension (salle Courtanvaux) réalisée de 1763 à
1767, sous la direction des architectes Chauvelot puis Chaussard, à la demande
de François-César Le Tellier, duc de Doudeauville, marquis de Courtanvaux, et
comte de Tonnerre, arrière-petit-fils de Louvois et bienfaiteur de l'hôpital,
se fait au détriment de la façade sur rue, de la partie antérieure du toit et
du porche de la Grande Salle. La partie inférieure de l'extension, cellier
antérieur conservé où l’on peut aujourd’hui acheter du vin) et la partie
supérieure, le musée de l'hôtel-Dieu.
- La Grande
Salle, bâtie sur un axe est-ouest, mesure, avec l'abside du chœur, 96 m de
long (contre 88,5 m sans), 21,5 m de large et 20 m de haut, faisant ainsi de
l'hôtel-Dieu de Tonnerre, le plus long hôpital médiéval d'Europe. De style
gothique, son vaisseau, dont les murs de pierre sont couronnés d'une corniche à
modillon, est soutenu par des contreforts à chaperon. Il est, en outre, percé
par des fenêtres jumelées en arc brisé, inscrites dans une embrasure en arc
surbaissé, et couvert d'un berceau lambrissé en chêne, laissant apparents les
entraits et poinçons de la charpente, et aéré par des ouvertures quadrilobées.
Il est prolongé, à l'est, par un chœur, à abside
polygonale, percé de hautes fenêtres en arc brisé à deux lancettes et
quadrilobe de réseau. Ce dernier est flanqué de deux chapelles. Tous trois sont
voûtés d'ogives, de même que l'ancienne sacristie, située en contrebas. Une
tour d'escalier carrée, hors œuvre, donne accès à une pièce voûtée, au-dessus
de la chapelle gauche, ainsi qu'aux combles.
Le mur sud est percé d'une porte (1764), encadrée de
pilastres, et sert aussi d'appui à un bâtiment de pierre, comprenant un
soubassement et un étage carré, couvert d'un toit à croupes.
À l'ouest du vaisseau, un escalier en équerre permet
l'accès au grand palier, formant une tribune dominant l'ensemble, menant à la
salle Courtanvaux. La façade de cette dernière, côté rue, comporte un
avant-corps surmonté d'un fronton cintré. Le toit à longs pans et croupe
polygonale est couvert de tuiles plates. Un clocheton hexagonal, à essentage
d'ardoise, domine ce dernier, à l'ouest.
La
méridienne, tracée au sol de la Grande Salle, date de
1785-1786.
Elle est réalisée par Dom Camille Férouillat, moine
de l'abbaye bénédictine Saint-Michel de Tonnerre, à l'initiative du maître des
requêtes Guermadeuc, exilé en cette ville et ayant obtenu de la commission
administrative de l'hôpital la mise à disposition de la Grande Salle
désaffectée. L'astronome Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande effectue la
vérification des calculs. La méridienne indique l’heure du midi solaire vrai et
l’heure du midi moyen, le soleil passant à travers un orifice, percé dans une
ancienne fenêtre bouchée, pour former une tache lumineuse sur la ligne
correspondant à l'un ou l'autre des midis. Elle indique en outre, les mois, les
saisons, les solstices, les équinoxes ainsi que les signes astrologiques.
Selon
André Matton !
Tombeau
de Louvois
Installé dans la chapelle du couvent des Capucines à
Paris, dès 1691, puis mis à l'abri au musée des Petits Augustins, à la
Révolution, le tombeau de François Michel Le Tellier dit "Louvois",
marquis de Louvois, de Courtanvaux et de Souvré, comte de Tonnerre, sire de
Montmirail, La Ferté-Gaucher, Chaville et Viroflay, ministre de Louis XIV, est
transféré à l'hôtel-Dieu de Tonnerre en 1819, à l'initiative de ses
descendants.
Ce monument, de marbre et de bronze est l’œuvre de
François Girardon, Martin van den Bogaert (Desjardins) et Corneille Van Clève.
Louvois est représenté, allongé de quart sur son
tombeau, dans son habit "fleurdelisé" de l'Ordre du Saint-Esprit, aux
côtés de son épouse, Anne de Souvré.
Ses armes (trois lézards d'argent et trois étoiles
d'or) figurent sur le socle du tombeau. L'ensemble est encadré, à gauche, par
une statue de Minerve, représentant la Sagesse, et à droite, par l'allégorie de
la Vigilance, le pied posé sur un globe terrestre, avec, à sa gauche, une grue tenant
un caillou dans sa patte.
Tombeau
de Louvois
François Girardon, Martin Desjardins et Corneille
Van Clève - XVIIe siècle -
Marbre, bronze
François Michel le Tellier (dit Louvois) fut
Ministre de guerre de Louis XIV de 1684 à 1691, date à laquelle il mourut
subitement d’une crise cardiaque à Versailles. Il fut comte de tonnerre par son
mariage avec Anne de Souvré, à qui il racheta le compté en 1684.
Anne
de Souvré née à Paris en 1646 – Décédée à Versailles en 1715
Comtesse
de Tonnerre – Marquise de Louvois
Ce décès soudain a demandé quelques années avant que son épouse puisse mettre sa sépulture dans ce tombeau réalisé par Girardon (à l’origine pour l’église des Capucines, place Vendôme à Paris). Pillés à la Révolution, les restes de Louvois ont été éparpillés. Ce tombeau a été ramené à Tonnerre en 1819, à l’initiative de ses descendants.
Louvois est à demi allongé en habits de l’Ordre du
Saint-Esprit (dont il était chancelier), aux côtés de sa femme.
Ses armes (trois lézards d’argent et trois étoiles
d’or) figurent sur le socle du tombeau. A sa droite une statue de Minerve,
représentant la sagesse a été exécutée par Girardon. A sa gauche, l’allégorie
de la Vigilance, le pied posé sur un globe terrestre avec à ses côtés une grue
tenant un caillou dans sa patte, a été exécutée par Desjardins.
Anne de Souvré
« Je suis Anne de Souvré, mon nom vous est sans
doute inconnu en effet, c’est le lot de toutes les épouses de grands hommes.
Néanmoins, mon mari, François Michel le Tellier, dit Louvois, le grand ministre
de la Guerre de Louis XIV n’aurait sans doute pas accompli tout cela sans moi.
Peu de temps après avoir acheté le comté de Tonnerre de mes ancêtres, sa
disparition soudaine nous accable. C’est sa respiration qui le foudroie. Il
connaissait Tonnerre de par son titre, mais ne l’a que trop peu visité.
Pourtant l’hôpital avait en ses spécialités les maladies pulmonaires et aurait
pu le soigner.
Moi j’avais ce comté en amour : Je n’ai pas oublié le bruissement du
vent dans les vignes, mes pas sabrant les bords de l’Armançon, la fraicheur de
ses sources scintillantes, la ritournelle des passereaux qui contemplait la
rondeur de la vallée.
Un comte de Tonnerre doit s’attendre à être inhumé
aux yeux de tous ! Alors que le tout Versailles pleurait la perte du ministre,
la lumière semble rejaillir sur mon nom. Sa gloire passée se fige dans le
marbre pour la postérité, sous le burin de François Girardon que j’engage pour
cette œuvre en 1691. J’ai passé commande pour le tombeau de mon mari mais je
souhaitais qu’à côté d’un ministre alangui, cela soit moi, son épouse me tenant
droite et attentive que l’on remarque.
Intéressons-nous aux allégories : à gauche se tient
Minerve, la déesse de la Sagesse ; armée d’une lance et casqué, c’est une
figure guerrière et à ses pieds un chien, signe de fidélité et un bouclier,
dont le décor à tête de Gorgone est un
symbole qui éloigne le mauvais sort.
Quant à l’autre allégorie, à droite, c’est celle de
la Vigilance. C’est une figure féminine qui s’instruit, le livre ouvert posé
sur ses genoux. De sa main gauche, elle tient une lampe à huile qui éclaire les
ténèbres. Cette lumière lui évite les chemins tortueux et lui assure, comme
elle pose son pied sur le monde, d’imposer sa domination. Et si d’aventure
l’attention vient à s’endormir, comme la grue à son côté lâcherait la pierre
qu’elle tient dans ses serres, alors la Vigilance la réveille.
A travers ces allégories, mes contemporains verront
les vertus d’un ministre de la guerre. Mais pour l’avenir, pour vous, voyez-y
ma détermination à conserver mon image en ce comté de tonnerre et à rappeler
qu’il y a toujours de grandes femmes derrières les grands hommes de l’Histoire
».
Tombeau de Marguerite de Bourgogne
Le tombeau dans lequel Marguerite de Bourgogne est
inhumée en 1308, est installé dans le chœur de la Grande Salle. Il est
constitué de cuivre et de bronze et représente la fondatrice gisante, avec deux
angelots à sa tête et une colombe à ses pieds.
Les métaux sont pillés en 1793, mais les restes de
la comtesse sont épargnés, de par son bon souvenir de protectrice des pauvres
et des malades.
Le tombeau actuel, daté de 1826, est l'œuvre de
Bridant. Il est fait de marbre blanc et représente Marguerite de Bourgogne
assise, en robe fleurdelisée et couronnée. Sa main gauche est posée sur sa
poitrine tandis que sa main droite, tombante, tient la charte de fondation de
l'Hôtel-Dieu. Son corps est soutenu par la Charité, allégorie voulue par
l'auteur (les Tonnerrois aimeront voir sous les traits de cette femme la ville
de Tonnerre), qui tient dans sa main le cœur de Marguerite de Bourgogne.
La présence du cœur dans cette scène fait référence
au don qu'en fait la fondatrice aux tonnerrois, dans le dernier codicille de
son testament.
La "Mise au Tombeau", située sous l'ancienne sacristie, date de 1454.
C'est l'une des plus anciennes d'Europe.
Elle est commandée par Lancelot de Buronfosse, un riche marchand bienfaiteur, et est l’œuvre de Georges et Michiel de la Sonnette, disciples supposés de Claus Sluter, sculpteur des ducs de Bourgogne.
Cette sculpture, taillée dans la pierre locale, est
à l'origine polychrome et comporte, outre les huit personnages représentés,
deux gardes romains, aujourd'hui disparus.
Elle met en scène le Christ étendu sur son tombeau,
Saint Joseph d'Arimathie, à sa tête, la Vierge Marie, soutenue par Saint Jean,
à gauche, Sainte Marie Madeleine en orante, la chevelure dégagée, au centre,
les deux Saintes Femmes, à droite, et Saint Nicodème, à ses pieds.
Sept personnages, en dehors du Christ, composent cette mise au tombeau. L'homme situé à la tête du Christ pourrait être Joseph d'Arimathie. Ensuite, de gauche à droite, viennent : la Vierge et Jean, Marie de Magdala, Marie d'Alphée, mère de Jacques et de Joseph et Marie Salomé. Aux pieds du Christ, un marchand, peut-être Nicodème. Les plis des manteaux sont lourds et assez caractéristiques de la sculpture bourguignonne de la fin du Moyen Age. Les visages aux yeux fermés donnent aux personnages une expression très intériorisée. Ils ne se regardent pas et semblent absents de la scène, préférant le recueillement intérieur à l'expression de la douleur. 1453
Description historique
L'oeuvre a été exécutée par deux élèves de Claus Sluter, Jean Michel et Georges de la Sonnette, grâce au don d'Ancelot de Buronfosse, marchand de Tonnerre, en 1453 et placée dans la chapelle dite du Sépulcre (et plus tard dans les registres de délibérations et inventaires d'objets mobiliers du 'Revestiaire') en 1454. Le groupe a été restauré en 1861 par le sculpteur italien, originaire de Milan, Eugenio Thierry, auquel, la même année, le conseil d'administration avait commandé un buste de Camille Dormois. Les deux gardes qui complétaient la scène originelle ont disparu (cf. registre des délibérations de l'hôpital, 1861).
Il avait été envisagé de déplacer, en 1861,
la mise au tombeau, qualifiée dans tous les textes de Sépulcre. La grille de
clôture en fer forgé qui forme barrière et main-courante a été sans doute
placée là à cette date. La dernière restauration date de 1983. L'épisode source
des représentations habituelles des mises au tombeau, dont, en Bourgogne, les
plus célèbres en dehors de Tonnerre sont, celle de Semur-en-Auxois et celle de
Châtillon-sur-Seine, est décrite dans Luc, 23, 55-56 et dans Marc 16, 1-3.
Le maître-autel du chœur de la Grande Salle date du XVIe siècle de style Renaissance
L'autel en bois peint bleu est encadré par deux
paires de piliers corinthiens supportant un fronton ouvert en son milieu. Entre
les piliers de chaque paire se trouve une niche contenant, pour l'une, une
statue de Saint Augustin en évêque, et pour l'autre, une statue de Saint Pierre
en pêcheur. Le retable représente le Crucifiement de Saint Pierre, surmonté par
la Vierge Dorée, posée au milieu du fronton.
La
Vierge à l'Enfant au buisson ardent
La Vierge à l'Enfant est commandée par Marguerite de
Bourgogne vers 1305. Elle est peinte en doré, mesure 2,10 m de haut et est
installée au-dessus du maître-autel du chœur, dominant ainsi la grande salle.
Elle tient dans sa main droite un lys, symbole de pureté, et l'Enfant Jésus
dans sa main gauche. À ses pieds, Moïse est en prière devant le Buisson ardent.
Cette œuvre représente la Bible dans son ensemble, par le savant mélange de
personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament ; Jésus étant qualifié de
"nouveau Moïse", dans l'Évangile selon Jean.
Le musée de l'Hôtel-Dieu, situé à l’étage de l'extension aménagée au XVIIIe siècle, retrace la vie de l'Hôpital en présentant du mobilier, des bijoux de Marguerite de Bourgogne et de son époux, ainsi que les reconstitutions d'une chambre d'hôpital du XIXe siècle et d'un bloc opératoire du début du XXe siècle.
Le Pavillon Dormois a été construit à l'Est du château des comtes de Tonnerre, acquis en 1837. Il était prévu à l'origine de réaménager le château, mais il sera finalement détruit pour laisser place au bâtiment actuel, édifié à partir de 1850. Les pierres du château serviront à la fondation du nouvel établissement, les tomettes seront placées dans le grenier du pavillon Dormois et les poutres de chêne qui constituaient la charpente du château serviront de pilotis au pavillon Dormois construit en partie sur les anciens fossés de la ville. Le bâtiment a été conçu par l'architecte Louis François Perruchon (plans et devis définitifs approuvés par le conseil d'administration en 1848) et construit notamment par les entrepreneurs tonnerrois Louis Gaudenaire puis Charles Viard. Les ailes centrale et méridionale (destinée aux hommes avec les salles saint Charles, saint Louis et saint Augustin) ont été inaugurées en octobre 1851. L'aile nord destinée aux femmes sera construite en 1852 (salles sainte Marie et sainte Hélène à l'étage, sainte Marguerite et sainte Catherine au rez-de-chaussée). En 1904, projet de construction par Rousseau (architecte de la ville mais établi à Auxerre) de deux pavillons, l'un pour l'isolement des malades contagieux et l'autre pour la salle d'opérations ; les travaux seront adjugés en 1906 et reçus définitivement en 1909. Une salle d'hydrothérapie sera installée en 1906-1907 dans le sous-sol du pavillon de la salle d'opérations. Le bâtiment doit son nom à Camille Dormois (1799-1867), économe de l'hôpital à l'époque de la construction et également historien de l'hôtel-Dieu. Il est aujourd'hui utilisé par les services administratifs de l’hôpital.
Trésor et musée
Inscription
: SITNO MEN DOMINI BENEDICTVM LE 17 MAY 1738
Ciboire
et ostensoir en tôle de fer étamée. Vestiges de dorure sur l'ostensoir, gloire
à rayons alternativement droits et ondés.
Décor
de frises de perles sur les deux objets, lunule de l'ostensoir bordée de
festons.
H =
44 ; la = 17
Manque
la croix du couvercle du ciboire ; dorure de l'ostensoir usée. 18e siècle
Les objets du culte en étain ou en fer blanc sont assez rares, ils ont été principalement fabriqués entre la période révolutionnaire et la restauration du culte par le Concordat en 1802.
Horlogerie : Acier ; laiton ; fonte :
peint, vert ; chêne
Chevalet en chêne, châssis en fonte peinte
en vert, mécanisme en acier et laiton. L'horloge à échappement à chevilles
sonnait les quarts et les heures ; le mécanisme qui se trouvait dans le comble
du pavillon Dormois, était relié au cadran extérieur et actionnant les trois
cloches du campanile.
H = 130 ; la = 127 ; pr = 53 ; Dimensions
avec le chevalet ; cadre en fonte : h = 30, la = 110, pr = 53.
Marque sur le châssis : BREVETE / J.
WAGNER / NEVEU / RUE DES PETITS CHAMPS, 47 / PARIS
Par : Wagner Jean, dit : neveu
(horloger) ; Vassort Gilles (restaurateur)
Milieu 19e siècle
Horloge réalisée par Jean Wagner dit neveu, horloger à Paris, médaille d'or en 1849 (voir Tardy : Dictionnaire des Horlogers français). La salle de l'horloge porte de nombreux graffiti et des dates : 1853 ; Gauthier 1874 ; Emille Frèche horloger à Tonnerre 1877 et 1878 ; Nicolas Grosperrin horloger à Tonnerre1878 ; J. Guy février 1885 ; Picard fecit 1887 ; Cyrille Morize 1928, Morize 1932. L'horloge a été restaurée en 2005 par Gilles Vassort, maître-horloger, 10 rue des Ponts à Loches en Touraine.
Le pot est en forme de sphère, sur une base et possède un bouchon sur lequel est fixée une poignée ronde, décorée de stries et fixée par une bague. H = 15 ; d = 12
Pot canon sur piédouche, sur fond blanc à
décors de rinceaux et de palmes de couleur bleue. Ce pot comporte un décor de
grand feu comme il est usuel d'en retrouver sur les objets fabriqués à Nevers.
H = 28 ; d = 12,5 ; 18e siècle
De nombreux pots à pharmacie, en faïence,
sont cités dès l'inventaire des objets mobiliers de 1759.
La statue de pierre calcaire représente saint Laurent, un livre ouvert à la main, l'air pensif et les yeux mi-clos, dans une expression de méditation. Il porte une robe d'ecclésiastique de la période moderne et une coiffure dégradée. Il apparaît sous les traits d'un homme très jeune. On observe quelques traces de polychromie. H = 155 ; la = 62 ; pr = 35 Limite 16e siècle 17e siècle
La présence de cette statue s'explique sans doute par l'existence d'un mécénat actif qui, entre la fin du 16è siècle et la première moitié du 17è siècle, a permis à l'établissement de se développer pour se doter en particulier, en 1648, de nouveaux bâtiments de grande ampleur par rapport au site initial de la fin du 13è siècle. De nombreuses statues ont alors trouvé leur place dans les nouveaux bâtiments ou à l'intérieur même de l'ancienne salle des malades devenue une église à part entière, munie d'un mobilier renouvelé.
Un médaillon de marbre blanc de forme
ovale, présentant le profil en bas-relief du défunt, est un vestige de la
sépulture de cœur du marquis de Courtanvaux, arrière-petit-fils du ministre
Louvois et administrateur de l'hôpital, décédé en 1781.
H = 55 ; la = 38 (Dimensions du médaillon) par Bridan Charles André (sculpteur) Année de création 1782 ; 1785
Dès 1775, le marquis de Courtanvaux, dans
son testament, avait légué 6000 livres pour l'érection d'un mausolée. Il décède
le 21 juillet 1781 et l'on ouvre la caisse qui contient le projet de mausolée.
Un coffret de métal argenté abrite le coeur du marquis. Il est déposé sous les
dalles de la nef, aux côtés de Marguerite de Bourgogne. L'exécution du mausolée
est retardée par l'économe jusqu'en 1782 et l'ouvrage, du à Charles-André
Bridan, oncle de l'auteur du mausolée de Marguerite sous la Restauration, n'est
installé qu'en 1785. Tout est détruit sous la Révolution. En 1820, au moment de
travaux, l'on retrouve le coffret contenant le coeur du marquis et l'on remonte
le médaillon. L'ensemble est complété en 1852 par la plaque de marbre noir dont
les fragments sont retrouvés par Camille Dormois, l'économe, dans des greniers.
Une colonne, faisant partie de l'ensemble initial, était connue en 1852. On a
perdu sa trace depuis au moins 1992.
Huile sur toile H = 234 ; l = 167
Le tableau, sur fond blanc, représente,
dans un écu surmonté d'une couronne comtale et entouré d'un cordon, les armes
écartelées de la maison de France et de Marguerite de Bourgogne, comtesse de
Tonnerre. Au-dessus de l'écusson, la date de 1293 rappelant la fondation de
l'hôpital. Sous l'écusson, l'inscription commémorative « à la mémoire de
Marguerite de Bourgogne »
En 1888, l'inventaire des objets mobiliers signale la présence du tableau aux armes de Marguerite, à la suite de la salle placée sous le vocable de Sainte Marguerite, dans un vestibule plus précisément, cette représentation se trouvant déclinée dans la salle du conseil d'administration sous l'intitulé 'groupe d'écusson'. Le tableau fait partie des objets exécutés sans doute dans la seconde moitié du 19è siècle, au moment de la montée en puissance de l'établissement, après la construction du bâtiment neuf entre 1848 et 1852. L'inventaire de 1888 fait état de nombreux achats et commandes et signale que nombre de décors et de pièces de mobilier ont été renouvelés à cette époque. Par ailleurs, l'année 1864 semble être particulièrement importante pour l'hôpital qui décide de célébrer à partir de cette date, l'anniversaire de la mort de sa fondatrice. Des vitrines sont aménagées pour exposer les bijoux, des ornements à galons sont achetés, les ornements plus anciens sont exposés dans une vitrine. Il se pourrait donc que ce tableau ait été commandé entre 1864, date de ces réaménagements de type commémoratifs et emblématiques, et 1888 où l'on constate pour la première fois son existence dans l'inventaire des objets mobiliers, à un emplacement qui semble en rapport logique avec l'intitulé et la vocation des lieux.
Le deuxième tabernacle était placé dans la
salle des malades du bâtiment qui fut construit après 1648 et correspondait à
l'autel de la Croix, aménagé en 1672 au plus tard. Il illustre la période de
mécénat de François, comte de Clermont-Tonnerre, entre 1641 et 1679.
Ensemble de deux tabernacles 1621 ; 1648 ;
1672
Les deux tabernacles se présentent
démontés et donc isolés de leur support initial. Ils sont tous les deux en bois
sculpté doré et comportent un décor d'inspiration Renaissance tardive ou
Baroque. Le premier comporte sur les registres inférieur et supérieur, un décor
de cartouches et motifs végétaux alternés, le registre intermédiaire abritant
une alternance de niches à arc en plein cintre et cariatides placées contre des
pilastres de l'ordre ionique. Le second comporte un registre inférieur dont le
décor est constitué de têtes d'angelots ailés alternant avec des cabochons en
cartouches, un registre intermédiaire composé de six niches à arc en plein
cintre et voussures comprises dans un ébrasement, encadrées de colonnes torses
aux chapiteaux de l'ordre corinthien.
H = 71,5 ; h = 63 (Dimensions du premier puis du deuxième tabernacle) ; Bois doré 17e siècle
Le tableau fait partie de la série d'œuvres léguées
par l'ancien sacristain Varet en 1832.
H = 32,5 ; la = 25
Huile sur toile XVIIIe
Le tableau fait partie de l'ensemble légué par l'ancien sacristain Varet en 1832.
Les bijoux sont réputés être ceux de la
fondatrice de l'établissement en 1293, la comtesse de Tonnerre, Marguerite de
Bourgogne. En effet, par son testament, elle lègue en 1295 des bijoux à
l'hôpital placé sous le vocable de Notre Dame, qui accompagnent un morceau de
la vraie Croix.
En 1410, ces bijoux, qui font partie du
trésor de l'hôpital, sont transférés à la cathédrale d'Auxerre où ils restent
conservés pendant 36 ans. Entre 1440 et 1442, selon les sources écrites, les
archives et le trésor reviennent à l'hôpital. En 1807, les registres de
délibérations décrivent les bijoux dits « de la Reine », comme se
composant d'une alliance, de deux bagues et cachet or. Ces bijoux, déplacés
depuis l'an 2, reviennent à cette date à l'établissement et sont conservés dans
un coffre à trois clés qui aurait dû être placé à terme dans le futur mausolée
en cours de reconstitution. Une vitrine de conservation est aménagée en 1864, à
l'occasion de la célébration d'un anniversaire de la mort de la Reine. Sont
conservés à Tonnerre sept éléments, ce qui signifie que certains éléments sont
aujourd'hui désolidarisés et incomplets (fragments de la couronne).
Le retable du chœur se compose d'un
ensemble en pierre calcaire sculptée divisé en trois parties, la partie
centrale abritant le maître-autel et le tableau de la crucifixion de Saint
Pierre, qui fait l'objet d'un dossier individuel. Les deux parties latérales,
séparées de la partie centrale par deux groupes de quatre colonnes aux fûts
cannelés et aux chapiteaux de l'ordre corinthien, comportent des niches à l'arc
en plein cintre, au fond orné d'une coquille, et encadrées de pilastres
cannelés du même ordre, surmontés d'un fronton triangulaire. La partie
supérieure du retable comporte un entablement complet à architrave, corniche et
fronton en arc de cercle interrompu largement. Au centre de la corniche
interrompue, la statue de la Vierge, qui, comme les statues des deux niches
(Simon et Saint Augustin), sont étudiées dans des dossiers individuels séparés.
Au-dessus des niches, un rectangle en relief portait les armes des
Clermont-Tonnerre, bûchées.
Charles-Henri de Clermont avait épousé Catherine-Marie d'Escoubleau en 1597 et, après la mort de sa femme en 1615, se lance dans plusieurs campagnes de construction et d'améliorations : pose de la première pierre du couvent des Minimes (1611) ; pose de la première pierre du logis jouxtant l'hôpital (1621). Pour la construction du retable, la source primaire est un marché de menuiserie conclu avec Le Sourd, menuisier à Tonnerre, pour des travaux à faire 'aux vénérables maître-autel et choeur de l'hôpital' daté du 27 décembre 1619, ce qui laisse supposer que la structure du retable était déjà en place (cf. infra, source secondaire de 1653). Un autre marché, daté du 13 juin 1621, conclu avec Jean Gillot, sculpteur à Auxerre, indique qu'il avait reçu les ornements suivants, complétant la structure initiale : statues de Saint Augustin, et Saint Denis (?, que l'on ne retrouve plus aujourd'hui). D'autres marchés, de la même date, complètent la connaissance sur l'aspect initial de l'ensemble : cariatides et plusieurs tableaux dont la plupart a soit disparu, soit changé d'emplacement ; Crucifixion de Saint Pierre, qui n'est pas l'actuel, déposé par le Louvre ; deux petits formats sur fond or, Sainte Catherine de Sienne et Saint François d'Assise, un grand tableau représentant Saint-Charles Borromée, dont on ne sait rien. Un document non référencé, cité par la conservation départementale des Antiquités et Objets d'art de l'Yonne, indique qu'en 1653 (source secondaire, citation) un certain Robert Luyt date la construction du retable de 1618 et en attribue la commande à Charles-Henri de Clermont-Tonnerre. L'aspect actuel est en partie du aux réaménagements faits en 1812, quand divers objets ont été transférés dans l'ancien hôtel Dieu rendu au culte comme église, en provenance de la paroisse Notre Dame. Le maître autel placé dans la partie centrale et le devant d'autel postérieurs à la construction du retable, font partie des éléments arrivés en 1812, ce qui signifie que les marchés de 1621 en particulier celui du 11 février pour le tabernacle, conclu avec Jean Boullon, architecte et les menuisiers Jean Ranard et Jean Roy, de Tonnerre décrivent un maître autel qui n'existe plus (décor de cariatides, de pilastres de l'ordre ionique).
Orné aux angles de feuillages et, au
centre de la partie antérieure, d'une Vierge sur un nuage (Assomption, vocable
de l'église Notre-Dame).
H = 100 ; la = 293 ; pr = 88 (Dimensions
de l'autel)
Bois : taillé, peint, doré, polychrome ; Ornementation ; Vierge ; 18e siècle
1990 : nombreux soulèvements, pose de
papiers de protection aux endroits les plus menacés. 1991 1992 : autel essuyé
et lavé, peut-être même poncé ; le tabernacle est emporté afin d'être restauré.
1992 : le tabernacle a été poncé, décapé ; les lacunes ont été complétées par
des sculptures neuves et les parties fragiles ont été supprimées et recréées à
neuf (quoique consolidables par injection de cire résine ; présence de
remontées de sels, preuve de l'utilisation d'un produit de nettoyage). Aucun
ordre n'est parti de la CAOA.
L'autel, le tabernacle et le gradin constituaient le maître-autel de Notre-Dame de Tonnerre avant 1812.
Le tableau se rattache aux grandes scènes
de genre de la peinture religieuse du 17è siècle, de tradition italienne. Saint
Pierre, la tête en bas, est maintenu sur la croix par deux hommes dans une
position qui illustre l'effort physique, tandis que le troisième, placé au
sommet de la composition triangulaire, attend que le placement soit fait pour
planter le clou de la crucifixion. L'arrière - plan, sombre et formé pour
partie de nuées, offre un contraste avec les vêtements et la carnation blanche
des personnages, renforçant l'effet dramatique que le peintre souhaite
suggérer.
Huile sur toile : H = 315 ; la = 194
Au dos du tableau, étiquette collée :
'Ministère de l'Education nationale. direction générale des arts et lettres.
Fabre. La Crucifixion de saint Pierre d'après Guido Reni. Appartenant aux
collections nationales. Dépôt des œuvres de l'Etat. Inv. n° 22608 - 1952. Ne
peut être déplacée, ni restaurée sans autorisation...'. Peint au tampon sur le
châssis : 'Musée de Lyon'.
Auteur de l'œuvre : Fabre (peintre)
Auteur du projet : Reni Guido (d'après, peintre) ; Tinti Camillo (d'après, graveur)
Siècle de création : 19e siècle
Cette crucifixion n'a été placée dans la partie centrale du maître autel qu'à la suite de nombreux remaniements, de manière tardive, en 1975. Il s'agit d'un dépôt du Musée du Louvre. Le tableau est une copie du 19è siècle par Fabre, d'un tableau de Guido Reni. Ce tableau prend la suite de trois autres tableaux. Le premier tableau, cité dans le marché de 1621, était une Purification et a été détruit en 1793. En 1811, est installée la Présentation de Jésus au Temple par Bruloy, élève de David. En 1945, après les bombardements de la ville, le Louvre dépose une Annonciation par Guido Reni, qui part en restauration en 1972 et se trouve donc remplacée en 1975 par la copie de l'original conservé au Musée de Lyon.
La Vierge est représentée inclinée et les
mains croisées, dans un costume de paysanne méditerranéenne, en buste. Huile sur toile H = 40 ; la = 32
Au dos, étiquette collée : « communauté
des Augustines de Tonnerre »
Le tableau fait partie de l'ensemble légué
par l'ancien sacristain Varet en 1832.
Saint Jérôme au désert est placé dans une
position instable et anti-anatomique, nu à l'exception d'un manteau pourpre
posé sur ses jambes et les livres saints sont posés soit à ses pieds, soit
devant lui. A l'arrière-plan, un crâne illustrant la fin humaine et au premier
plan de la composition, à droite, un lion, symbole de force et de courage. Le
type de composition, maladroite, laisse apparaître l'influence des recueils de
gravures, en particulier celles qui diffusaient les œuvres de l'école de
Bologne et dans lesquels les artistes qui travaillaient pour les communautés
d'habitants trouvaient plusieurs scènes et modèles qui les inspiraient et
qu'ils juxtaposaient pour arriver à un tableau unique.
Huile sur toile : H = 55,5 ; la = 42. Copie de ( ?) d’après le peintre Palma le jeune Jacopo et Goltzius Hendrik (graveur) 17e siècle
Le tableau fait partie des œuvres léguées
par le sacristain Varet en 1832. Il était assez usuel également, au cours d'un
voyage en Italie, de faire exécuter une copie des nombreuses œuvres des
peintres des écoles italiennes présentes dans les églises de Rome. Saint Jérôme
est un thème très répandu dans la peinture d'inspiration du Caravage. Dans ce
cas, il s'agirait d'un don bien en rapport avec les goûts et les manières de
l'époque. Ce tableau, peint au 17e siècle, est une copie d'après une œuvre de
Jacopo Palma le jeune, via la gravure d'Hendrik Goltzius.
Pierre et plâtre de 1621
Un marché du 13 juin 1621 avec le
sculpteur Gillot d'Auxerre, désigne deux images en plâtre représentant saint
Augustin et Saint Denis, pour le maître autel qui, à cette date, fait l'objet
d'aménagements totalement nouveaux. Cette statue de pierre tendre pourrait bien
être le saint Augustin, dans la mesure où saint Denis est plutôt représenté,
dans l'iconographie traditionnelle, portant sa tête et qu'aucune statue pouvant
être identifiée ainsi ne figure plus aujourd'hui dans les collections. Une
autre statue, aujourd'hui placée dans une niche du maître autel, est réputée
représenter saint Augustin (dossiers documentaires de la conservation
départementale des antiquités et objets d'art). Il ne serait pas étonnant que
plusieurs statues de ce saint aient figuré dans les collections de l'hôpital,
au vu de sa signification pour l'établissement, servi et dirigé par deux
communautés d'Augustins et d'Augustines (service des malades). Enfin, cette
statue est plus petite que les autres et pourrait en effet correspondre à un
objet placé dans une niche d'autel et non dans une niche de tribune, plus
grande, comme c'est le cas pour son emplacement actuel.
Marbre (noir) : gravé H = 42 ; la = 28
Inscription : DOM / DE PIETRO / CATINO
VIRO / TOGATO ET / MARGARETAE / COUTONIERAE / PIISS OPTIMISQVE / PARENTIBVS /
IOSEPH CATINVS / VOVEBAT / 1574.
Cette inscription était sur le mur sud de
l'ancienne salle des malades entre la 7e et la 8e baie
Droite : Plaque commémorative à la
mémoire de Nicolas Callot
Salle des malades, entre la 8e et la 9e
baie sud
Nicolas Callot, décédé le 23 juillet 1731, était : maître chirurgien de l'hôpital, opérateur du Roi, neveu du célèbre graveur Lorrain Jacques Callot, âgé de 66 ans lors de son décès.
L'étude préparatoire au tableau représentant
Marguerite de Bourgogne est très proche du portrait définitif. Seuls des
éléments de décor changent. L'étude représente, en pied, la fondatrice, devant
une table et la volonté de la représenter en fondatrice, désignant du doigt des
chartes de fondation de type médiéval, qui montrent un ensemble foncier est
manifeste. Le portrait est légèrement différent. Marguerite de Bourgogne y
apparaît plus comme la réalisatrice d'un établissement moderne et ce sont des
documents d'architecture, des plans et élévations de bâtiments, qui figurent
sur les documents qu'elle désigne du doigt. L'accent est donc plus mis sur le
rôle de la comtesse dans la construction que sur la fondation juridique de
l'institution. Ce changement de parti n'est pas innocent. De même, le fauteuil
placé derrière la fondatrice est de type médiéval dans l'étude et d'esprit plus
moderne dans le portrait définitif. Le costume de Marguerite de Bourgogne est
blanc dans la version définitive, a donc une connotation plus royale que la
robe jaune de l'étude. Enfin, dans l'étude, Marguerite ne porte pas de couronne
puisque celle-ci est posée au second plan, derrière les documents de fondation
qu'elle désigne, mais une simple coiffure tressée, alors que le portrait la
représente en représentante de la maison de France, comtesse de Tonnerre,
portant couronne. La mention de la date du portrait et de l'auteur se trouve
peinte sur la tranche de la marche de l'estrade sur laquelle est placée la
comtesse.
H = 232 ; la = 165 ; h = 32 ; la = 24
(Dimensions du portrait puis de l'étude)
[A partir des années 1819 - 1822, le conseil d'administration prend plusieurs décisions relatives à l'exécution d'objets mobiliers rappelant la mémoire de Marguerite de Tonnerre, dans un but de commémoration, d'édification mais aussi avec une intention politique. Il s'agit en effet de s'appuyer sur le personnage et l'esprit de la fondation pour s'inscrire dans une histoire de longue durée, afin d'assurer à l'hôpital une renaissance après les troubles de la Révolution et ceux des Cent jours marquant la fin du premier Empire. L'étude et le tableau de la fondatrice doivent donc être rapprochés de la commande du nouveau mausolée qui sera inauguré en 1826.]
Divers
morceaux archéologiques
Dais ; clef de voûte ; niche ; statue
mutilée
En pierre calcaire, éléments sculptés en
ronde bosse, de style gothique flamboyant ou Renaissance. La base de colonne
engagée porte un décor de feuilles de choux ; les deux dais de style gothique
sont en forme de quart de rond et comportent un décor de remplages et l'un est
surmonté d'un gable ; la niche de style Renaissance, pourvue d'un arc en plein
cintre, flanquée de pilastres de l'ordre ionique, porte des traces de
polychromie.
L'hôpital de Tonnerre a connu une première campagne de construction achevée en 1295. On note des réparations en 1442 et l'aménagement de la chapelle dite du 'revestiaire' en 1453 et 1454.
Ces
éléments sculptés ont été trouvés au moment des sondages et fouilles
accompagnant la campagne de restauration de l'hôtel Dieu de 1992. Il est
impossible, les éléments ayant été déplacés plusieurs fois pour être présentés
dans des lieux divers, et se rattachant à des bâtiments sans doute détruits au
19e siècle, d'attribuer chacun à une provenance précise. Les comptes rendus des
sondages de 1992 avancent l'hypothèse, pour les dais gothiques, qu'il s'agirait
d'éléments provenant du jubé, détruit à la Révolution et dont les fragments ont
été enterrés sous un mur de refend en 1842.
Le site comprend :
un hôtel-Dieu fondé en 1293 par Marguerite de Bourgogne, comtesse de Tonnerre, veuve de Charles d'Anjou et belle-soeur de Louis IX, remanié au 18e siècle ;
une extension du 17e siècle (détruite) ;
le "pavillon Dormois", du milieu du 19e siècle et les bâtiments de l'actuel centre hospitalier (1960-1982).
L'établissement initial comprenait une vaste salle pour héberger les pauvres, avec quatre autels, le principal en l'honneur de la Vierge Marie, et les trois autres dédiés à saint Jean-Baptiste, sainte Marie Madeleine et sainte Elisabeth de Thuringe, ainsi que des salles de service et dépendances.
Une sacristie, ou revestiaire, fut construite au sud-est, dans l'angle de la chapelle axiale et de la chapelle droite ; elle fut réaménagée, un peu plus tard, pour y installer le Sépulcre donné à l'hôpital, en 1454, par Lancelot de Buronfosse. Marguerite de Bourgogne fit aussi bâtir, au sein de l'hôpital, un corps de logis, dit le château, où elle résida jusqu'à sa mort en 1308. Son tombeau fut placé dans la chapelle axiale, face à l'autel. Corps de logis et dépendances ont disparu ; selon le témoignage de l'économe Camille Dormois, qui les avait visités avant leur démolition, le château de Marguerite de Bourgogne, proche des chapelles, comprenait des pièces de service au-rez-de-chaussée et à l'étage de grandes salles couvertes d'un berceau lambrissé. Il existait deux corps de logis dont le plus grand, long de quarante mètres abritait notamment la cuisine, au rez-de-chaussée.
En 1838, le conseil d'administration délibéra de démolir toutes ces constructions, y compris le château, au vu du rapport rédigé par l'architecte de la ville. Le plan initial n'est pas connu avec certitude : disposés irrégulièrement, les corps de logis et dépendances encadraient le cimetière, au nord de la grande salle des pauvres à laquelle on accédait par un porche, à l'ouest.
Entre 1642 et 1648 (plan daté de 1650) , la construction de bâtiments en L autour de la cour latérale (actuellement jardin) permirent la désaffectation de l'ancienne salle, humide et reposant sur un sol instable ; celle-ci servit de lieu d'inhumation jusqu'en 1777.
Entre 1763 et 1767, Chauvelot, architecte à Ancy-le-Franc, puis l'architecte Chaussard, édifièrent la salle Courtanvaux (du nom du marquis, comte de Tonnerre et bienfaiteur de l'hôpital) , puis d'autres salles, une salle du conseil et un cabinet de chirurgie (1776-1777) ; cette construction nécessita la démolition de la façade sur rue, de la partie antérieure du toit et du porche de la grande salle. En 1785, Beaudoin de Guermadeuc et le bénédictin Camille Ferrouillat réalisèrent un gnomon dans la grande salle, sur les conseils du mathématicien de Lalande, tonnerrois d'origine. Après 1792, l'église fut utilisée comme halle puis magasin de paille et la flèche du clocher placé au-dessus des chapelles (attestée avant 1442) fut détruite.
Au cours des 19e et 20e siècles, l'utilisation du grand vaisseau médiéval fit l'objet de débats et de projets divers.
Il fut classé Monument Historique en 1862 et en 1879, le Ministère de l'Instruction publique et des Beaux-Arts projeta sa restauration complète. Les travaux entrepris entre 1900 et 1925 concernèrent la maçonnerie, la charpente, le lambris du berceau et la couverture.
Le bombardement du 15 juin 1940 détruisit les verrières et une partie du toit, au sud.
Sept siècles après sa fondation, la grande nef a fait l'objet, en 1992, d'une importante campagne de restauration. Un musée, où documents et objets évoquent la longue histoire de l'établissement, occupe désormais les salles du 18e siècle. Construit entre 1850 et 1854, le nouvel hôpital dit pavillon Dormois inaugure une période d'expansion, qui se poursuit jusqu'à l'aménagement d'une salle d'opération et d'un bâtiment d'hydrothérapie (1899, 1904) , aujourd'hui disparus. Les bâtiments du centre hospitalier (non étudiés) ont été bâtis entre 1960 et 1982.
Le
trésor de l’hôpital de Tonnerre : usages et significations (XIVe-XIXe siècle)
Le dossier coté C7 conservé dans les archives de l’hôpital de Tonnerre, contient des actes originaux ou des copies d’actes relatifs au trésor, constitué de bijoux, reliques et objets de culte. Notre intérêt a été éveillé par la présence de trois documents, de 1361, 1446 et 1863-1864, donnant une description d’objets d’orfèvrerie et de reliques, ou attestant de leur présence, mais dont les vocations différentes donnaient aux objets des valeurs dissemblables. Dans le cadre du programme quadriennal de l’UMR Artehis de Dijon consacré au statut de l’objet, nous souhaitons donc, par l’édition ou le commentaire, donner une publicité plus grande à ces trois documents et à leur interprétation. Ils permettent de constater que l’apport d’un trésor est de plusieurs ordres, selon les périodes : matériel et financier, dans un monde où le métal précieux est rare, où les guerres provoquent des famines, où les jeux d’écriture comptable se constituent ; canonique dans le cas des Indulgences ; représentant la tradition de l’Église catholique dans un contexte de concurrence avec le modernisme, dans la seconde moitié du XIXe siècle.
Le
document de 1361
Le premier document, daté du 27 avril 1361 et rédigé en latin, est le premier acte qui décrive une partie du trésor comme objet d’une transaction financière. La présence d’un trésor constitué de bijoux était attestée par la fondation et le testament de Marguerite de Tonnerre en 1291, mais le texte de 1361, daté par erreur au dos de 1360, fait entrer ce trésor dans une phase dynamique qui le fait quitter sa position statique de dotation charitable initiale. 1361 constitue une pause dans la guerre de Cent Ans, mais les conditions économiques restent difficiles et les propriétaires, face à la baisse de la population après la peste de 1348, aux guerres et rapines, voient les revenus de leurs biens baisser. L’établissement possède un actif constitué de terres et d’objets, mais aussi d’espérances de récoltes, qui peuvent intéresser des consommateurs urbains, qui ne cultivent pas et doivent acheter les subsistances. L’hôpital fait donc commerce de son froment, encore sur pied, dans un contexte où la monnaie est rare mais où les pratiques comptables et bancaires se sont développées. Il va donc fixer une valeur financière à 6 muids de froment vendus à un chanoine de Troyes et s’engage à verser, pour garantir la fourniture des blés au client, une garantie de 406 Florins. Ces Florins sont ici une monnaie de compte, virtuelle, mais les objets du trésor existent, peuvent être estimés selon leur poids et sont ornés de pierres précieuses. Ils représentent la matérialité de la garantie ainsi qu’un moyen commode de fixer un cours aux 6 muids de froment.
En 1361, le capital initial obtenu pour les pauvres de l’hôpital par Marguerite de Tonnerre, à partir de transactions avec ses neveux, n’est peut-être plus suffisant pour que l’hôpital puisse faire face à ses obligations : entretien d’un vaste bâtiment, accueil de la population démunie. Jean de Paris, procureur de l’hôpital, vend donc à Drocon de la Marche, proche du roi Philippe V et chanoine de Troyes, 6 muids de froment qu’il s’engage à fournir avant la Toussaint, qui inaugure l’entrée dans l’hiver et représente un terme usuel pour les engagements. Un dépôt révocable est constitué d’objets du trésor et l’acte leur donne une valeur élevée. Les « bijoux de la comtesse », qui faisaient l’objet de la dotation initiale de la fondation, n’y sont pas compris. Le texte de 1361 est très formaliste et la priorité est donc donnée à la première et à la dernière partie, contenant l’invocation et la titulature des parties puis les formules juridiques de garantie contre toute fraude ou défaut. L’inventaire ne constitue qu’une petite partie du dispositif de l’acte, mais il est précis, selon l’usage notarial d’instrumentum publicum.
La solennité des formules garantit l’exécution de la promesse dans une société qui charge l’écrit juridique d’une valeur dominante et décrit des gestes solennels faisant visualiser l’engagement : la procédure écrite est décrite comme publique, effectuée devant témoins, mais l’acte fait aussi l’objet d’une lecture à haute voix. Dès l’invocation, les mots inspecturi et audituri le précisent. Le serment est recueilli par le notaire devant lequel les deux parties, physiquement présentes, munies des mandats adéquats, énoncent clairement leurs engagements par la parole et le geste de mettre la main sur la poitrine. L’acte rédigé ne suffit pas, dans une société où symbole visuel et oralité de la parole donnée comptent. Les objets sont décrits avec précision et leur valeur connue de tous. Ainsi, chacun pourra les reconnaître et cette précaution est une sécurité au moment où l’ensemble sera restitué à l’hôpital. Chacun a un poids exprimé en marcs d’argent. Le soin de la description est aussi lié à leur puissance canonique. Reliquaires, bijoux et objets de culte ne peuvent être vendus, car ils sont les témoins du lien qui unit le fidèle à Dieu, dans une religion catholique sacerdotale qui fait grand cas des objets.
Les
prêtres et religieux seraient alors accusés de simonie. On garantit donc le
retour du trésor à l’hôpital, dans toute son intégrité, par une énumération de
neuf articles commençant par Item, qui décrivent, soit un objet, croix et pied
de croix, soit, quand il s’agit d’un ensemble de même nature et ayant la même
vocation, des gobelets et des plats. On ne précise pas en revanche s’il s’agit
de croix reliquaires ou d’autel, mais les deux types doivent s’y trouver
puisque le terme de « reliquaire » est bien présent, associé aux croix. Ce qui
est plus étonnant est l’absence de dénomination des reliques contenues dans les
« reliquaires ». Cette absence des intitulés précis des reliques des saints
peut s’expliquer de diverses manières : il s’agit d’un acte financier, la
priorité est donnée à la valeur financière ; d’autres inventaires de reliques
peuvent avoir été faits ailleurs, afin de faire valoir les droits de propriété
de l’établissement. Pour la période du Moyen Âge à Tonnerre, on ne dispose que
de la description de 1361, du texte global de 1446, le premier inventaire ne
commençant qu’en 1479. Les inventaires de reliques sont réunis aux inventaires
d’ornements. Dressés en 1571, 1607, 1652, 1688, 1736, 1741, 1773, 1776, en l’an
XIII, en 1814 et en 1863-1864, on les connaît sous forme d’originaux ou de
copies du XVIIIe siècle. La description
de 1361 est précieuse, car elle permet de connaître la qualité d’une partie du
trésor et de la puissance du plus grand établissement hospitalier d’Europe au
Moyen Âge. Ces objets, en argent ou en argent doré, sont caractéristiques des
objets exposés aujourd’hui dans les collections des musées d’Europe, pour
lesquels un travail d’orfèvre a sans doute fait l’objet d’une commande
particulière. Rubis, perles, grenats et saphirs sont en usage dans les cours aristocratiques
fréquentées par les grands commanditaires du Moyen Âge, de même que les décors
qui représentent des motifs d’inspiration végétale ou le Christ et la Crucifixion.
Certains, qualifiés de deauratum, « qui a perdu sa dorure », pourraient être rattachés à la période de fondation de l’institution. Leur présence et leur nombre illustrent l’importance de la fondation, due à une princesse issue de la cour capétienne et dont les proches appartiennent à la haute aristocratie (Catherine de Courtenay, Marguerite de Beaumont).
Jean de Paris, frère et procureur de la maison-Dieu et hôpital Notre-Dame-des-Fontenilles de
Tonnerre,
diocèse de Troyes, remet en gage à Drocon de la Marche, chanoine de Troyes, une
somme
d’une valeur de 406 Florins d’or, assise sur l’estimation de vases sacrés,
croix et
reliquaires
d’or, d’argent et de pierres précieuses, appartenant à l’hôpital. Cette
transaction est
assortie
de l’engagement, pour le futur, de la communauté de l’hôpital de verser en
nature à Jean de Paris, un volume de six boisseaux de froment.
NB : par convention, quand un mot est coupé au début de la ligne suivante, le numéro de la nouvelle ligne commence à la première lettre de ce mot. Le début des lignes est indiqué entre parenthèses.
(1) In Dei nomine amen. Noverint universi presens publicum instrumentum inspecturi et audituri quod, anno ejusdem domini millesimo trecentesimo sexagesimo primo, Indictione quartadecima, (2) pontificatus sanctissimi in Christo patris ac domini nostri [domini] Innocentii divina providentia pape sexti anno nono, mensis Aprilis die vicesima septima, in mei publici notarii et testium subscriptorum presencia, propter hoc personaliter (3) constitutis, venerabili et discreto viro Drocone de Marchia canonico trecensis ex parte una, et religioso ac honesto viro fratre Johanne Parisii, fratre et procuratore domus dei seu hospitalis Beate Marie de Fonteneillis de (4) Tornodoro Lingonensis diocesis, nomine procuratorio religiosarum personarum magistri fratrum et sororum dicti hospitalis et pro ipsis cum litteris procuratoriis sigillo dicti hospitalis sigillatis, ut prima facie apparebat, quas (5) ego notarius publicus vidi, tenui atque legi, ex parte altera. Quiquidam canonicus et procurator sponte recognoverunt, dixerunt et asseruerunt, videlicet dictus canonicus se recepisse a dicto procuratore nominis (6) procuratorio predicto tradente et dictus procurator nomine quosupra se tradidisse dicto canonico recipienti in pignus et pro pignore, quatercentum et sex florenorum regalium auri de cugno illustrissimi principis (7) ac domini domini Johannis regis Francie, in quibus dicte religiose persone dicto canonico tenentur pro sex modiis siliginis ad mensuram trecensem dicto procuratori nomine quo supra a dicto canonico trecio [sic] venditio
(8)
[pliure] ditis deliberatis ac legitimemens… [pliure] a quo supra ratione
videlicet quod vigoris necessitate dicti hospitalis et personarum ejusdem in
ipsius que hospitalis utilitatem et necessitatem jam versis bona vasa et
jocalia (9) aurea et argentea inferius designata videlicet, pedem unius crucis argenteum
ponderis sex marcarum cum divina. Item pedem cujusdam capse argenteum ponderis
quinque marcharum cum divina. Item (10) duo candelabra argentea ponderis trium
marcharum et septem onciarum. Item quoddam reliquiarum argenteum in quo continetur
Anunciacio dominica tam in bosco quam argento ponderis quinque marcharum duarum
(11) onciarum. Item unam pilam gobeletorum argenteorum ponderis trium marcharum
cum divina. Item duos platellos argenteos ponderis duarum marcharum et septem
onciarum. Item quatuor ciphos argenteos planos (12) ponderis trium marcharum et
sex onciarum cum divina. Item quandam crucem auream in qua sunt sex grosse
pelle rotonde tres saphiry et duo rubiz ponderis unius marche cum duodecim
scillinis et dimidio. (13) Item pedem dicte crucis argenteum deauratum operatum
de saphiris et aliis lapidibus preciosis nuncupatis gallice « grenaz » ponderis
duarum marcharum. Item aliam crucem auream in qua sunt duo saphiri duo rubiz
(14) et quinque grosse pelle rotonde ponderis unius marche in qua cruce deficit
deretro unus saphirus. Item pedem dicte crucis argenteum deauratum operatum de saphiris
et grenaz ponderis duarum marcharum. (15) Promittentes dicti canonicus et
procurator, per sua juramenta super hoc ab ipsis corporaliter prestita in manu
mei publici notarii et coram me solenniter ac legitime stipulante et recipiente
vice nomine et (16) ad opus cuiuslibet dictarum parcium et aliorum quorum
interest et poterit interesse, videlicet a dicto canonico per fidem suam super
hoc prestitam et a dicto procuratore nomine procuratorio predicto in verbo veritatis
et (17) sacerdocii [sic] manu pectori apposita scilicet dictus canonicus, dicta
bona et jocalia ac vasa aurea et argentea reddere et restituere dictis
religiosis personis seu dicto fratri Johanni Parisii aut alteri procuratori
dictorum religiosorum
(18)
et sui hospitalis habenti super hoc potestatem et speciale mandatum mediantibus
dictis
florenis
regalibus sibi reddendis et solvendis infra festum omnium sanctorum proximo
venturum
prout actum conventum (19) ac etiam concordatum extitit inter canonicum et procuratorem
predictos ut dicebant. Et dictus procurator, nomine procuratorio predicto, dictos
florenos infra dictum festum dicto canonico reddere et solvere resignatione
(20) dictorum jocalium et bonorum mediante eisdem religiosis aut dicto
procuratori suo facienda, promisit insuper dictus procurator infra unum mensem
a data presencium kalendarum immediate computandum coram me publico notario
aliud procuratorium dicti hospitalis et religiosorum eiusdem. In quo
procuratorio dictus procurator habeat potestatem et speciale mandatum premissa
omnia et singula et alia infrascripta faciendi et (21) concedendi. Et propter
hoc, dua quevis dictarum partium parti alteri specialiter obligavit et
juridictioni curie Trecensis supposuit et subnisit. Videlicet dictus canonicus se
heredesque suos omnia bona sua et heredum surorum (22) mobilia et immobilia presencia et futura
et dictus procurator nomine quosupra se dicto nomine dictosque religiosos et
dictum hospitale ac bona eiusdem et successores dictorum religiosorum. Renunciantes
in hoc facto omni fori chori crucis (23) et cuiuslibet exemptionis privilegio exceptioni
doli mali et fraudis rei ita non geste omnibus que aliis exceptionibus deceptionibus
racionibus cavillacionibus barris et deffausionibus ac ceteris auxilliis juris et
facti que contra (24) presentes litteris obici possent vel specialiter jure
generalem renunciacionem reprobanti specialiter etiam dictus canonicus
exceptioni dictorum
bonorum
et jocalium non receptorum et non ponderitorum et dictus procurator (25) nomine
quosupra exceptioni dicti sigali vel sigilinus non habiti et non mensurati.
Super quibus omnibus et singulis dicti canonicus et procurator nomine predicto
petierunt a me, publico notario subscripto cuilibet (26) eorumdem fieri et
tradi publicum instrumentum. Acta fuerunt hec Trecis, presentibus discreto viro
domino Petro dicto de Ongione, curato parrochialis ecclesie de Sano Puteo,
Autissiodorensis diocesis presbytero et colecto dicto Tecel de Sancto Giorgio
Trecensis diocesis (27) dicti canonici clerico ad premissa vocatis testibus et
rogatis. Anno indictione pontificatu, mense et die supradictis, harum dictionum
dei Innocentii approbando.
Traduction
Au nom du Seigneur, Amen. Sachent tous ceux qui verront et entendront le présent acte public que l’an du dit Seigneur 1361, quatorzième Indiction, la neuvième année du pontificat de notre très saint père et seigneur dans le Christ, le seigneur Innocent VI, pape par la divine Providence, vingt-sept du mois d’avril, en présence de moi-même, notaire public, et des témoins souscrits, à cet effet furent personnellement constitués vénérable et discret homme Drocon de la Marche, chanoine de Troyes, d’une part et religieux et honnête homme Jean de Paris, frère et procureur de la maison-Dieu ou hôpital de la bienheureuse Marie (sainte Marie) des Fontenilles de Tonnerre, diocèse de Langres, au nom et par procuration de religieuses personnes maître, frères et sœurs du dit hôpital et pour leur compte, avec des lettres de procuration scellées du sceau du dit hôpital, ainsi qu’on pouvait le constater dès qu’on les voyait, que moi, notaire public, j’ai vues, eues en main et lues, d’autre part. Le chanoine et le procureur reconnurent spontanément, dirent et affirmèrent : ledit chanoine, qu’il avait reçu du dit procureur, faisant remise au titre de sa dite procuration, et ledit procureur qu’il avait remis au titre ci-dessus au dit chanoine, qui recevait en gage et comme gage, 406 Florins royaux d’or du coin du très illustre prince et seigneur Monseigneur Jean, roi de France, pour lesquels les dits religieux sont tenus envers ledit chanoine pour 6 muids de froment à la mesure de Troyes, au nom du dit procureur dont il est question ci-dessus [le reste, illisible, ne peut faire l’objet d’une traduction compréhensible] [ceci fut conclu] du fait du besoin impérieux du dit hôpital et des personnes du même hôpital, pour être utile et répondre au besoin de l’hôpital lui-même. Ci-dessous, des vases de valeur et des bijoux en or et en argent, sont décrits : le pied d’une croix en argent pesant six marcs « avec le sacrifice ». Item, le pied d’un coffret en argent pesant cinq marcs, « avec le sacrifice ». Item, deux chandeliers en argent, pesant trois marcs et sept onces. Item, un reliquaire en argent contenant l’Annonciation du Seigneur, d’un poids total bois et argent, de cinq marcs et deux onces. Item, une pile de gobelets en argent, pesant trois marcs, « avec le sacrifice ». Item, deux petits plats en argent pesant deux marcs et sept onces. Item, quatre coupes en argent pesant trois marcs et six onces, « avec le sacrifice ». Item, une croix en or sur laquelle il y a six grosses perles rondes, trois saphirs et deux rubis, pesant un marc, avec douze scilles et demi. Item, le pied en argent de ladite croix a perdu sa dorure et est décoré de saphirs et autres pierres précieuses appelées en français « grenats », pesant deux marcs. Item, une autre croix en or, sur laquelle il y a deux saphirs, deux rubis et cinq grosses perles rondes, pesant un marc, à l’arrière de laquelle manque un saphir. Item, le pied en argent de ladite croix a perdu son or, est décoré de saphirs et grenats et pèse deux marcs. Lesdits chanoine et procureurs promettent et s’engagent par leurs serments prêtés en personne, dans la main du notaire public et devant moi, stipulent solennellement et en toute légitimité, en recevant ce serment au nom de l’un et de l’autre, pour chacune des dites parties et pour tous ceux qui y ont un intérêt et pourront y avoir un intérêt – à cet effet le dit chanoine, en témoignage de sa foi susdite et le dit procureur, mettent la main sur la poitrine en gage de sincérité – que le dit chanoine rendra et restituera les dits biens, bijoux et vases d’or et d’argent aux dits religieux ou au dit frère Jean de Paris ou à un autre procureur des dits religieux et à son hôpital ayant sur ce sujet pouvoir et mandat spécial, moyennant le remboursement et le solde des monnaies royales, avant la prochaine fête de tous les saints, selon ce qui a été acté, convenu et décidé par accord entre le dit chanoine et le dit procureur, ainsi qu’ils le déclaraient. [suit une série de clauses juridiques visant à garantir l’accord écrit de toute fraude ou intention de nuire, à garantir l’exécution de la transaction pour la Toussaint, mesures qui engagent les religieux et l’hôpital pour eux-mêmes et leurs successeurs, et qui garantissent l’acte écrit de toute contestation en justice. À cet effet, chacune des deux parties reçoit un exemplaire de l’acte lui-même, de la part du notaire public.]
Fait
à Troyes, en présence des témoins suivants, qui ont été appelés : ledit Pierre de
Ongio, curé de l’église paroissiale du saint Puits, le prêtre du diocèse
d’Autun, avec lui ledit Tecel de Saint-Georges, clerc du diocèse de Troyes.
Fait
l’an de l’Indiction, sous le pontificat et le mois sus dits, et muni de
l’approbation du pape Innocent.
Le
document de 1446
L’acte de 1446, rédigé en français, est différent, même si l’intérêt économique des objets n’est pas caché et que l’acte est d’abord rédigé pour garantir à l’établissement un revenu en numéraire supplémentaire à une période où il se reconstruit après les difficultés de la guerre de Cent Ans. En 1446, le trésor, un temps conservé à la cathédrale d’Auxerre, est revenu à Tonnerre et il convient d’en tirer le meilleur parti.
Son
prêt, pour exposition et adoration des fidèles dans les paroisses de plusieurs diocèses
contre l’espérance de dons, est la formule choisie par les religieux de
l’hôpital qui s’inscrivent dans un phénomène courant au Moyen Âge, qui connaît
son apogée au XVe siècle, les indulgences.
L’Europe gère la fin du grand schisme et le concile de Bâle se réunit de 1431 à 1449. En 1446, le concile de Florence, reconnaissant et confortant le purgatoire, redonne sa force à l’octroi d’indulgences, gérées, si elles sont plénières, par la Pénitencerie apostolique de Rome et si elles sont partielles, par les autorités épiscopales. Le texte, qui pourrait être comparé aux « chartes-affiches d’indulgence collective », présente les reliquaires, objets de dévotion, comme des moyens pour l’octroi d’une « remise de peine » temporelle dans le cadre de la pénitence faite par le pécheur auquel le péché a déjà été pardonné. Son objectif, puisqu’il s’agit d’un document général et d’affichage d’une disposition de l’autorité ecclésiastique, n’est donc pas de faire un inventaire pièce à pièce, comme en 1361, mais de conférer aux reliquaires de saints et de saintes, une valeur canonique et de leur fixer un périmètre de diffusion. Ce type de charte permet à l’Église de propager un dogme réaffirmé dans un concile de sortie de crise, d’encadrer la piété populaire et de la canaliser à son profit. C’est la raison pour laquelle le texte est court. Il s’agit d’un document de communication qui explique aux croyants qu’ils feront une bonne action pour l’entretien de l’hôpital de Tonnerre, église et établissement de soin. Ce phénomène se reproduit notamment en 1506 quand le pape lance la plus grande campagne d’indulgences que Rome ait jamais lancée, pour la construction de la basilique Saint Pierre, conduisant Luther à les condamner en 1517.
Dans
le contexte bourguignon, le chef de sainte Sigerne, qui fait l’objet d’un culte
particulier originaire d’Europe du Nord, celui des 11 000 vierges de Cologne,
est un élément majeur du trésor, en dehors du morceau de la vraie Croix,
d’inspiration capétienne et relevant de la tradition des croisades. Il est
annoncé en premier et décrit comme un unicum, tandis que les autres reliquaires
sont appréhendés dans le cadre de leur valeur collective.
De
quelle valeur canonique s’agit-il ? L’objet reliquaire incarne la pratique des indulgences,
définie en droit canon depuis les Décrétales du pape Grégoire au XIIe siècle.
Si le pardon des pêchés est donné par Dieu seul, il existe une mesure
temporelle, dont l’Église, dépositaire des mérites des saints, est la
gestionnaire, qui traduit une réconciliation du pêcheur avec l’Église par le
biais d’un acte de piété, pèlerinage, prière, mortification, fait dans un
esprit de repentir et contrition.
L’indulgence
abrège le temps de la pénitence pour un péché déjà pardonné. Elle exprime que le
salut apporté par le Christ et la communion des saints bénéficie au fidèle dont
l’intention est de renoncer au péché en se convertissant, comme l’atteste Paul
quand il écrit « Portez les fardeaux les uns des autres, c’est ainsi que vous
accomplirez la loi du Christ ». La foi catholique, sacerdotale et
sacramentelle, s’incarne dans des lieux, rites, actions et objets. Se voir délivrer
une indulgence contre une bonne action – aider un hôpital de pauvres malades
–et un acte de piété – le pèlerinage, la prière à un saint devant son
reliquaire – est l’expression d’une relation personnelle à Dieu qui fait
cependant, dès le Moyen-Âge, l’objet de vives critiques par John Wyclif
(1320-1384) et Jean Hus (1369-1415). On peut lui reprocher son ambiguïté, le
fidèle étant tenté d’assimiler la relique à un objet magique et monnayable plus
qu’à un support de spiritualité. La pratique est réaffirmée parce qu’elle permet
à l’Église d’agir spirituellement dans le siècle et de développer une gestion
du salut individuel dans un contexte où les croyants sont angoissés par le
salut et la rédemption.
À Tonnerre, l’année 1446 inaugure une période de renaissance de l’institution et de reprise en main de ses intérêts spirituels et matériels. La paix revenue, l’établissement développe son action dans un contexte concurrentiel. Vézelay est proche et conserve les reliques de Marie Madeleine. Tonnerre jouit d’un trésor, qui, revenu de son exil, peut être montré, circulé. L’Hôtel-Dieu se donne, quelques années plus tard, en 1454, les moyens de redevenir un lieu de pèlerinage par la réalisation du groupe sculpté de la mise au tombeau. Cette vision est radicalement différente de la foi réformée qui n’admet pas d’intermédiaire entre le fidèle et Dieu. Plus proche d’une interprétation radicale des écrits de saint Paul, celle-ci dispose que le salut est gratuit. Les fidèles ne doivent pas dépenser pour leur rachat, mais faire fructifier un capital, car le succès dans les affaires est une marque de la grâce.
L’acte
de 1446 illustre comment l’Hôtel-Dieu, communauté ecclésiastique traitant avec l’épiscopat,
encadre la dévotion populaire, gère les effets de la communion des saints et adhère
à l’introduction de barèmes, dont l’Église estimait qu’il s’agissait autant de puissants
moyens d’action envers les fidèles que de garde-fou pour un clergé local, dont les
pratiques pouvaient dévier vers la simonie. Comme en 1361, les objets sont au
cœur d’un dispositif qui n’ignore pas la recherche de profit, mais l’encadre.
On ne vend pas un objet en 1361, c’est une faute du clergé, mais il sert de
dépôt de garantie. En 1446, le reliquaire, objet portant les mérites d’un
saint, est une source de financement sans faute canonique. En cela, les objets
de l’hôpital incarnent les tensions du catholicisme, moralisateur et
culpabilisant vis-à-vis de l’argent. L’argent est un mal nécessaire, « mauvais
maître » mais « bon serviteur ». Le roi de la Bible qui lève les impôts est un homme
cupide, mais l’autorité religieuse, par les indulgences, permet l’expression de
la foi incarnée dans les objets en restant fidèle à sa mission de gestion des
mérites du Christ, de la Vierge Marie et de la communion des saints.
Les reliquaires de 1446 peuvent être rapprochés de ceux de 1361 et relèvent du même fonds d’objets précieux. Mention de l’inventaire des reliquaires de l’hôpital de Tonnerre, 21 septembre 1446
Cet
accord dispose que les reliques des saints, conservés à l’hôpital, dont la plus
connue est celle du chef de sainte Sigerne, circulent dans les paroisses des
diocèses de Sens, Langres, Troyes, Auxerre et Nevers, afin que les fidèles
fassent parvenir leurs aumônes destinées aux travaux d’amélioration et
d’entretien de l’hôpital de Tonnerre et de ses manoirs, et en retour bénéficier
d’indulgences de la part de l’hôpital.
A
tous ceulx qui ces presentes lettres verront. Jean Coquelart, commis de par le
Roy
nostre
seigneur au gouvernement du baillage de Tonnerrois, salut. Savoir faisons que
aujourd’hui, daté de ces presentes lettres, honestes et religieuses personnes,
les maistre, freres et seurs de l’ospital de Notre Dame de Fontenilles de
Tonnerre, de l’ordre de saint Augustin ou diocese de Langres, en la presence de
plusieurs notables personnes, gens d’eglise, officiers du Roy nostre seigneur
audit lieu et autres gens dignes de foy, nous ont fait ostencion et
demonstrance de plusieurs sainctuaires et reliquiares d’or et d’argent semeez
une grande partie de pierres precieuses soubz diverses coulours ensemble, d’ung
chief d’une benoite vierge et martire nommée madame sainte Sigerne, que l’on
dit estre fille du feu roy de Coloigne, du nombre des onze mille vierges,
coronnée d’une riche coronne d’or semée de pierres precieuses ensemble et
plusieurs autres reliquiares et sainctuares semées en petiz breves escripts
chacun selon son nom, tous lesquelx reliquiares et sainctuaires ont esté
inventoriés
en nostre presence, et en la presence de George Barbe, tabellion apostolique et
de Jehan Pilon, clerc orthographe juré ou baillage de Tonnerrois. Et tous
lesquelx reliquiares et sainctuaires selon ce que contenu sont oudit
inventaire.Sur ce fait, ont audit jourd’huy esté baillez et delivreez par les
mains desdits maistre, freres et seurs didit hospital a religieuse personne
frere Gerard Le Clerc, religieux et procureur dudit hospital, pour les porter
par les dioceses de Sens, de Langres, de Troyes, d’Aucerre, de Nevers et autres
lieux desquels ilz ont et auront les placetz des dioceses. Et pour iceulx
representer nos eglises cathedrales, collegiales, parrochiales, chapelles
exs…es de th… et autres lieux ou il appartiendra a la
louange
de Dieu nostre Seigneur, de la glorieuse Vierge Marie sa mere, de la glorieuse
vierge et martire de madame sainte Sigerne et de tous les benoitz sains et sainctes
de Paradis, desquelx les ossemens sont et apperent esdits reliquiares et au salut
de toutes les devottes creatures auxquelz lesdits reliquiares seront monstrez et
qui par bonne devocion vouldront largir de leurs biens temporels que Dieux notre
Seigneur leur a prestés en ce monde et envoier leurs aulmoignes [aumônes] audit
hospital par les messaiges d’icelluy pour acquerir les pardons et indulgences données
et ottoryéez a tous les bienfacteurs d’icelluy hospital pour icelles aulmoignes
mettre, alouer et convertir en la sustenne [latinisme pour soutien] et
reparations
d’icelluy hospital et des mannoirs y appartenans. Et affin que aucun ne puissent
pretendre cause d’ignorance des sains reliquiares dessus nommés, nous tous
iceulx avons veuz baillier et delivrer audit frere Gerard, pour faire le devoir
qui en tel cas appartient. Et lequel l’a ainsi juré en parole de prebtre. Et
ces choses certiffions estre vrayes et avoir esté faictes par la maniere que
dessus. Soubz le seel aux causes dudit baillage mis e appendu a ces presentes
lettres qui furent faictes et données l’an de grace mil quatre cens quarante
six, le vint quatre jour du mois de septembre.
Le
document de 1863
Le troisième document est une enquête de l’archevêque de Sens, Monseigneur Mellon de Jolly, du 4 novembre 1863, sous forme de questionnaire diffusé par voie de circulaire. Elle concerne les reliques de l’établissement et le rédacteur, dans ses réponses, fait appel à des outils variés : descriptions pièce à pièce, lecture des étiquettes, authentiques et dépouillement des archives, transcriptions. Mellon de Jolly, fils de l’archiviste du district de Sézanne, fut, avant d’être archevêque de Sens de 1843 à 1867, ambassadeur du roi de France à Rome et aumônier de la duchesse de Berry. Il démissionne pour raisons de santé en 1867 et meurt à Fontainebleau en 1872. C’est un proche du pouvoir en place. Nous ne proposons pas l’édition de l’enquête car le document est trop long et plus facile à lire que les documents médiévaux, mais un commentaire.
Cette
enquête, menée dans un contexte de reconquête catholique et de promotion du
pouvoir canonique des prêtres, est justifiée par la volonté de retrouver les
reliques du trésor par tout moyen, car, comme le déclare le rédacteur des
réponses, elles ont été oubliées. L’enquête est renseignée en 1864. Il s’agit
d’un moment de forte concurrence entre les reliques des saints et les objets de
la fondatrice, auxquels, la même année, les administrateurs donnent une valeur
patrimoniale en les conservant dans un meuble adéquat.
L’Église
lutte contre tout type de « reliques laïques », celles des grands hommes promus
au rang de héros nationaux par les historiens, et se fait le chantre d’un
patriotisme clérical illustré par le choix de certaines reliques, celles des rois
de France, parti choisi par le rédacteur des réponses. Elle tente d’utiliser à
son tour les outils de la recherche historique, pour retrouver une authenticité
aux objets. Dans la réponse à la première question, « Y a-t-il des reliques
dans votre église ? », le rédacteur reste prudent. Les archives doivent livrer
des « secrets » (sic), mais c’est parce que les anciennes étiquettes ou
authentiques n’ont pas été toutes conservées : « C’est d’après les données
exactes fournies par les divers papiers de la maison, traitant de cette
matière, après une étude attentive des reliquaires et de ce qu’ils contiennent,
que nous livrons, dans toute la garantie de notre bonne foi, le travail qui
suit. On verra, on pèsera le résultat de nos recherches. » Le rédacteur
revient, de manière chronologique, sur l’errance des objets, dans une
perspective de justification spirituelle des reliques, qui contrebalance leur
dimension historique donc temporelle. Ces vols, translations, dispersions,
avant ce retour et rassemblement, sont identifiés comme autant de «
profanations » – sic, pour les événements se rattachant à la peste de 1633 et la
Révolution. L’accent est mis sur la spécificité de la relique du chef de sainte
Sigerne, compagne de sainte Ursule, qui fait partie des 11 000 vierges
décapitées à Cologne. À elle, est réservé le « grand reliquaire » et on
constate que, pour le rédacteur, la référence à une sainte de tradition de
l’Europe du Nord est comparable en importance à celle de saint Louis. Les
réponses sont rédigées de manière à attester l’existence de reliques, dont 12
ont disparu à la Révolution, liées à la fondation. Pourtant, le processus écrit
d’authentification ne peut être prouvé pour les 21 reliques qu’à partir de
1644. Les documents médiévaux ne sont pas vus – en particulier l’acte de 1361 –
ou ne sont pas exploités sous forme originale mais par des transcriptions
postérieures. L’enquête ne fait donc pas de critique des sources en distinguant
les originaux des copies – en particulier l’inventaire de 1479 –, ne mentionne
pas que les originaux sont perdus ou en omet. Sont intéressantes les questions
sur la tradition orale relative aux reliques et aux pèlerinages qui témoignent
d’un souci quasi sociologique d’étude du rapport entretenu depuis l’origine
entre les fidèles et les reliques, supports de dévotion et objets de prestige
de l’hôpital. L’Église agit là dans un contexte de reprise de sa mission d’évangélisation,
à un moment où les antagonismes entre catholiques traditionalistes, sociaux et
anticléricaux commencent.
L’archevêché de Sens s’intéresse aux pratiques religieuses associées aux reliques, les chants, les processions locales et les « légendes » (sic). L’acte de 1479, qui n’existe plus sous sa forme originale, est traduit du latin à partir d’une transcription qui pourrait remonter aux années 1750, et figure en annexe de l’enquête comme élément primordial. La mise en valeur de ce document est un choix délibéré du rédacteur des réponses. En effet, la transcription établit l’existence de reliques de saint Louis, capitale pour le rayonnement de l’Hôtel-Dieu, qui se situe alors dans une tradition nationale. Le personnage du roi-saint fait pièce à son pendant laïc, exploité par les historiens de la Sorbonne, dans la tradition d’un Victor Duruy.
Le
niveau de langage des questions et des réponses et le choix du vocabulaire révèlent
cependant un intérêt et une connaissance de la pratique de l’histoire
académique, centrée sur la construction d’un récit d’interprétation dont la
source est représentée soit par l’observation des objets, de leur état
matériel, soit par l’enquête de mémoire, de nature orale, auprès des habitants,
ce qui révèle un souci d’histoire contemporaine, laquelle reçoit sa première
définition en 1867 27, soit par la recherche de pièces écrites, même si
l’exploitation est maladroite. Dormois, le directeur-économe, est celui qui garantit
une exploitation sérieuse de l’histoire de l’Hôtel-Dieu. Les habitants,
interrogés sur la probable présence du « grand reliquaire » de sainte Sigerne,
fournissent, d’après le rédacteur, des témoignages « précis » ou « vénérables
», qui ont surtout le grand intérêt d’être concordants sur la probable
ancienneté de la relique. Le rédacteur est satisfait, les témoignages
permettraient de prouver que le chef de sainte Sigerne est un objet doublement
légitime : d’abord, parce que c’est une relique de la plus haute importance dans
l’histoire de la chrétienté médiévale du nord de l’Europe, ensuite, parce que
la relique a sans doute été donnée par Marguerite. Suivent une description très
précise de la forme du crâne et la transcription de l’authentique contenue dans
le reliquaire, lequel date en fait, dans sa nouvelle version, de 1811. La même
attention est portée à l’examen de la relique de la vraie Croix, qui fait aussi
partie des objets donnés par la comtesse et dont le rédacteur rappelle la
certification faite par l’archevêque, dès 1845. On passe cependant sur les
vicissitudes de la croix-reliquaire qui, en tant qu’objet, date du tout début
du XIXe siècle, les sœurs ayant fait refaire une croix après la Révolution.
L’objectif du récit est donc différent d’un récit de type historique, même si des emprunts de méthode sont faits. Il ne s’agit pas seulement de conter les péripéties des reliques à travers les siècles, mais bien de les faire renaître à la pratique du XIXe siècle et de leur donner une dimension universelle, hors temps laïc, puisque l’histoire, dans une conception chrétienne, a une fin, la Parousie lors du Jugement dernier. Les reliques sont alors des « objets vénérables » et la foi du rédacteur est engagée dans la réponse donnée.
Chaque authentification, celle de 1479 pour saint Louis, celle de 1845 de Mellon de Jolly, justifie la volonté de prouver le caractère exceptionnel des reliquaires du trésor de Tonnerre.
Ces
trois documents mettent en scène un fond d’objets communs, qui révèlent ainsi, par
la description et les dispositions dont ils sont la cible, les usages et
valeurs données par les populations à travers une très longue durée. Économique
à une période difficile de la vie de l’Hôtel-Dieu, politique au XIXe siècle,
toujours canonique, l’objet du trésor reste bien le signifié d’un signifiant,
dont l’historien aime à traquer la longue marche à travers les images et les
textes.

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