dimanche 31 mai 2026

Chaource, un village de l'Aube

 

À partir de l’époque gallo‑romaine (52 av. J.-C. / 476 ap. J.-C.), la Gaule était divisée en pagi. Sous les Carolingiens (750 – Xe siècle), Chaource faisait partie du Pagus Tornodensoris (relevant initialement de la Civitas des Lingons), tout comme la plupart des villages compris dans l’actuel canton de Chaource.

La plus ancienne mention de Chaource est relevée en 878 sous la forme « Cadusia ». D’après Lafitte‑Houssat (Origines des noms de localités dans l’Aube, 1945), il s’agirait d’un nom de formation gallo‑romaine (Iᵉʳ siècle av. J.-C. – Iᵉʳ siècle ap. J.-C.) formé sur Catus (bataille), l’adjectif catussa (batailleuse) étant devenu le nom de famille latin ca(t)ussia, à l’origine du nom de Chaource. Le nom primitif s’est transformé au cours des âges :

Caduscia (897) ; Cadussia (1171) ; Chaorsia (1179) ; Chaorse (1197) ; Chaorsa (1209) ; Chaoursia et Quaoursia (1228) ; Chaoursia (1256‑1270) ; Chaourse (1308).

Il est intéressant de constater que cette dépendance ancienne n’avait pas totalement disparu à la veille de la Révolution française : la paroisse de Chaource faisait encore partie de l’archidiaconé de Saint‑Vinnemer, près de Tanlay dans l’Yonne. Bâti sur un marais asséché, le village possédait dès 854 une église en torchis et en chaume. Un château fut édifié sur l’emplacement actuel de la place du Berle : ce n’était alors qu’une tour de bois entourée de palissades et de remblais.

Au XIIᵉ siècle, les habitants de Chaource dépendaient des comtes de Champagne et des abbés de Montiéramey.

À l’époque des comtes de Champagne (878‑1285) 

Il faut attendre le IXᵉ siècle pour trouver les premières mentions fiables de Chaource. À cette époque, le roi carolingien Charles le Chauve (843‑877), affaibli face à une aristocratie turbulente, doit se concilier les féodaux remuants par des concessions territoriales. C’est ainsi qu’en 878, il donne à son fidèle compagnon Robert sa villa de Cadusia, c’est‑à‑dire la châtellenie de Chaource, avec tout ce qui en dépend : esclaves des deux sexes, bois, prés et eaux.

Entre 879 et 886, ce comte Robert en fait don à l’abbaye bénédictine de Montiéramey, au sud du lac d’Orient. La châtellenie dépend alors de deux seigneurs : le comte de Champagne et l’abbé de Montiéramey.

En 1165, le comte Henri Ier le Libéral accorde diverses franchises aux habitants de Chaource et de Metz‑Robert. La charte, d’une grande richesse, précise les exemptions, les droits, les amendes réduites, la liberté de circulation, et même les conditions dans lesquelles un seigneur peut récupérer un serf réfugié dans la ville :

« Moi, Henri, Comte palatin de Troyes, je fais savoir à ceux qui sont présents et à venir, que j’ai fait la convention suivante avec les hommes demeurant à Chaource et à Metz‑Robert : tous les habitants verseront chaque année, à la Saint‑Remi, une mine d’avoine et 12 deniers à moi et à l’abbé du monastère de Montieramey. De plus, j’ai donné aux dits hommes la liberté de demeurer francs de taille et de toute autre imposition, et de n’acquitter ni péage, ni tonlieu qui soit mien sur ma terre ; de plus, ils ne répondront ni à l’ost, ni à la chevauchée si je n’y suis pas présent moi‑même ou si quelqu’un de ma maison ne les conduit pas, et ils ne seront pas forcés de se rendre à l’appel de mes prévôts s’ils ne peuvent être rentrés le même jour dans leurs maisons. Une amende de 60 sous sera limitée à 5 sous et celle de 5 sous sera châtiée par 4 deniers. J’ai concédé de plus, aux hommes de ladite ville que celui qui voudra s’en aller après avoir vendu ses maisons et ses gages et ses autres biens propres puisse partir tranquillement. Ensuite je veux qu’on sache que si l’un des hommes entre les soldats des châtelains de Troyes, Isle, Saint‑Florentin, Ervy, Chacenay, Chappes, demeure dans ladite ville et si son seigneur a prouvé par le serment de deux hommes d’armes et de quatre autres prud’hommes dans la ville même qu’il est son homme de corps, qu’il reprenne celui‑ci tranquillement, sans contestation juridique ni combat, et qu’il l’emmène hors de la ville. C’est pourquoi j’ai fait le pacte suivant, que ces conventions qui existeront dans ladite ville seront observées pour tous par moi et mes héritiers fermement et perpétuellement. Et pour dire que ces choses restent connues et soient tenues inébranlablement après qu’elles furent notées sur ces lettres, je les ai rendues fermes et stables par l’impression de mon sceau. »

Furent présents à cet accord : Monseigneur Anceau de Trainel, Guillaume le maréchal, Temvert de Ternantis, Artaud, Guibert de Bar, Jean de Prunay, Philippe Banceu et Jean de Crisco, alors prévôts de Chaource.

Fait à Troyes l’année de l’Incarnation du Verbe 1165. Donné par la main d’Étienne, chancelier, écrit par Guillaume.

En 1177, Henri le Libéral et l’abbé de Montiéramey déclarent avoir fondé une ville neuve à Chaource et à Metz‑Robert. Ils précisent les droits de l’abbaye, notamment celui d’avoir seul des fours. Tout ce que le comte possède dans ces lieux étant tenu en fief de l’abbaye, les fours et les maisons de celle‑ci sont exempts de la justice des prévôts de Chaource, ainsi que leur domesticité. Les revenus non liés à la justice se partagent par moitié. Le comte ne peut céder sa part de seigneurie à d’autres qu’à l’abbaye. Les conventions de 1165 sont reprises pour les hommes des châtellenies d’Isle et de Troyes demeurant à Chaource et à Metz‑Robert.

Chaource est alors le chef‑lieu d’une châtellenie mouvant de la tour de Troyes : lorsque Chaource eut des barons, ceux‑ci, vassaux immédiats du roi, devaient foi et hommage à Troyes. La châtellenie comprenait quatorze communes : Chaource, Balnot, Chaserey, Chesley, Cussangy, Étourvy, Lagesse, Les Granges, Les Maisons, Metz‑Robert, Pargues, Vallières, Villiers‑le‑Bois, ainsi qu’Arthonnay et la moitié de Thorey dans l’Yonne.

En 1205, Blanche de Navarre, comtesse de Troyes, conclut avec l’abbé de Montiéramey une convention pour l’établissement de moulins à Chaource, financés pour moitié par chaque partie, avec des droits de pêche partagés. Au début du XIIIᵉ siècle, l’art ogival se diffuse dans les campagnes : l’église primitive de Chaource est édifiée, le chœur relevant de l’abbaye en tant que décimateur, les nefs étant à la charge de la population. À la même époque est construit le grenier aux moines, vaste bâtiment aux murs de pierre de 1,10 m d’épaisseur, soutenus par sept contreforts et surmontés d’une corniche à modillons.

En mars 1223, le comte Thibaud IV, en échange des biens que l’abbaye de Montiéramey possédait à Chemin (commune de Villeneuve‑au‑Chemin, dans le pays d’Othe), lui céda sa part de finage de Chaource et de Metz‑Robert. Dès lors, l’abbaye en devint l’unique détentrice. Il lui accorda également une redevance de quatre muids d’avoine sur les blés qu’il possédait à Chaource et à Metz‑Robert, à prélever sur ses terrages ou, si l’abbaye le préférait, sur ses coutumes (redevances perçues sur les denrées vendues dans la seigneurie).

 Chaource se distingua en 1229 dans la lutte menée par la régente Blanche de Castille, durant la minorité de Louis IX, contre les barons révoltés. Joinville, historien du roi, en rapporte le récit. Ces puissants féodaux, avides de terres, voulurent profiter de la faiblesse apparente du pouvoir royal et s’attaquèrent au comte de Champagne Thibaud IV, dit le Chansonnier, fidèle au roi. Après être passés devant Troyes, ils allèrent loger à Isle (Isle‑Aumont), puis à Jully‑sur‑Sarce. Mais les troupes royales ayant pris position à Isle, les barons se replièrent à Chaource, protégée par son château fort. N’osant attendre l’arrivée du roi, ils repartirent finalement vers Laignes.

On ignore la date exacte de construction du château fort, probablement au XIIIᵉ siècle, mais il est possible qu’il existât un premier édifice en bois, construit par le comte Robert à la fin du IXᵉ siècle. Le château devait être de vastes dimensions puisqu’il comptait : un donjon, des logements, une chapelle placée sous le vocable de Saint‑Nicolas, et huit tours flanquaient l’ensemble.


Voir l'article : les Comtes de Champagne


Chaource, possession royale (1285‑1328) 

Le dernier comte de Champagne, Henri III, époux de Blanche d’Artois, meurt en 1274 sans héritier mâle et ne laisse qu’une fille, Jeanne, née le 14 janvier 1273 à Bar‑sur‑Seine. Par un traité conclu en mai 1275 avec son cousin, le roi Philippe III, Blanche d’Artois lui remet ses droits de régence jusqu’à la majorité de sa fille, qu’elle promet en mariage au second fils du roi. Par précaution, Philippe III exige que l’enfant, qui n’a pas encore trois ans, soit élevée à la cour avec ses propres enfants. Le 16 août 1284, on célèbre ainsi les noces de Jeanne de Navarre, comtesse de Champagne, âgée de douze ans, avec Philippe de France, seize ans, son frère aîné étant décédé en 1276.

À la mort de Philippe le Hardi, le 5 novembre 1285, son fils Philippe IV, dit le Bel, époux de Jeanne, monte sur le trône. Le comté de Champagne est alors rattaché au royaume de France, et avec lui la baronnie de Chaource.

À cette époque, un épisode tragique secoue la région. Si les comtes de Champagne s’étaient montrés relativement favorables envers les communautés juives, la politique royale est tout autre, sous la pression croissante des Frères Prêcheurs et des milieux populaires. En 1288, on dépose le cadavre d’un enfant dans la maison d’Isaac Châtelain, notable juif de Troyes, pendant la Pâque juive. Accusé de crime rituel et d’hérésie, Isaac Châtelain et toute sa famille sont conduits au bûcher le samedi 24 avril 1288, avec d’autres personnalités juives de Champagne. Parmi elles se trouve Haïm (ou Hagin) de Chaource, membre de la communauté de Troyes mais originaire du village, où il possédait des biens confisqués puis vendus 37 livres. Il semble qu’il se soit enfui à Chaource au début de l’affaire, mais les comptes de Champagne indiquent qu’il fut ramené à Troyes par l’autorité locale. Son supplice fut aggravé : on le fit mourir à petit feu, et « au milieu des flammes, il huchait Dieu menu et souvent ».

Sous Philippe le Bel, Chaource envoie deux députés au parlement chargé de juger les Templiers à Tours en 1308. Pour financer la guerre contre les Flamands en 1314, la prévôté de Chaource est imposée pour 84 livres, 18 sols et 6 deniers. Le village accueille également le roi Philippe V le Long en 1319 : un acte de donation d’un fossé et de maisons de tanneurs à Troyes, au profit des dominicains, est daté de Chaource en novembre de cette année. Son frère et successeur, Charles IV le Bel, se rend lui aussi à Chaource en juillet 1322 et en juillet 1324.

Sous l’autorité des ducs de Bourgogne 

Chaource sort du domaine royal en 1328 pour être donnée à Eudes IV, duc de Bourgogne, lors de son mariage avec Jeanne, fille du roi Philippe le Long. Pour mettre fin aux revendications des filles de Philippe le Long, qui réclamaient certains biens ayant appartenu en propre à leur père, Philippe de Valois leur assigne des revenus ailleurs, notamment 3 333 livres sur les châtellenies de Villemaur, Chaource, Isle, Vauchassis et Payns. C’est un moyen d’action considérable pour les ducs en Champagne méridionale, renforcé plus tard par la possession du comté de Bar‑sur‑Seine (1435‑1475) et par les biens attribués à leurs fidèles — comme Les Riceys à Nicolas Rollin. L’ensemble rappelle d’ailleurs l’origine bourguignonne du comté de Troyes.

Ces biens passent ensuite successivement dans les mains des descendants du duc de Bourgogne, devenus comtes de Nevers, puis par alliances dans les maisons de Foix, de Clèves et de Bourbon‑Condé. En 1328, plusieurs tours du château de Chaource sont occupées par Messire Jean de Mussy, chevalier, son fils Jean et plusieurs autres.

Sous Marguerite de Bourgogne, veuve de Louis, comte de Flandre, des réparations sont effectuées en 1362‑1363 : à la lanterne au‑dessus de la porte « où l’on guette par jour », à la chapelle et à la galerie. Nous sommes alors en pleine guerre de Cent Ans, et des bandes armées ravagent la Champagne. En juin 1363, alors que les « Bertons » (Anglais) sont à Villiers‑le‑Bois, on installe « une noiz neuve en une des arbalètes du dit châtel » et l’on dépense « un quarteron de colle à coler viretons et saiettes ».

Peu à peu, les habitants de Chaource s’affranchissent de la tutelle seigneuriale et obtiennent des privilèges. Le 11 janvier 1374, Jean Paaillon, écuyer et bailli de la comtesse de Bourgogne, reconnaît aux habitants le droit de n’être emprisonnés au civil que pour dette royale.

En 1388 la duchesse de Bourgogne séjourne au château de Chaource, on payait 7 sous 6 deniers à « Jehan Perriquet demorant à Troie pour son salaire et despens de luy et de son cheval d’avoir conduire et guidé les queux et la cuisine de Madame la Duchesse de Bourgogne quand elle fut dernièrement à Troies, dès le dit Troies et jusqu’à Chaource par nuit pour ce que les dicts queux ne savaient le chemin par les bois ducit Chaource et l’on avait rapporté pour 6 sols, 8 deniers tournois, une panerée de poires de calloel achettée au marché de Troies pour ma dicte dame, pour porter à Chaource avec Madame quand elle fut audict Chaource. » Quant au jeune veilleur qui grelottait en haut de la tour du guet, un soir d’hiver, la fille du seigneur émue de compassion pour ce pauvre garçon transi lui apporta une chaufferette et du vin chaud.

Vers cette époque, le barbier qui venait de Chaource pour barber et soigner les lépreux de Troyes recevait 30 sous tournois par an.

Pendant la guerre de cent ans, Chaource eut à soutenir un siège contre les Anglais. La région étant située aux confins de la Champagne et de la Bourgogne fut en effet, plusieurs fois ravagée par des bandes armées.

Le 8 janvier 1423, les commissaires nommés par le roi d’Angleterre Henri V, prétendant au trône de France, ordonnèrent de lever une aide de 5470 livres tournois sur les châtellenies de St Florentin, Ervy, Bar-sur-Seine, Vendeuvre, Chacenay, Traînel, Chaource et Jully mais Chaource ne voulut rien payer, étant au duc de Bourgogne.

Le 27 novembre 1441, le seigneur de Chaource, Charles de Bourgogne, Comte de Nevers et de Rethel, adressa un mandement au gouverneur de ses terres de Champagne, à son bailli d’Isle et au capitaine de Chaource. Il a été informé que son « chastel et place de Chaource est petitement et faiblement emparé et fortifié et sont les fossés plains de terre et ordure tellememt que l’on peult aysément aller jusques au pied du mur ». Ils devront sans délai contraindre tous les habitants à y faire les réparations nécessaires en toute diligence. Les officiers du Seigneur devront faire curer chaque jour « les fossés et parfondes sy bas que faire se pourra ». En cas de refus, ils exerceront la contrainte par prise de corps.

Un peu plus tard, son frère Jean, duc de Brabant, qui lui avait succédé comme comte de Nevers et seigneur de Chaource, écrivit une lettre du même genre au seigneur de Praslin, son chambellan, et au seigneur de Chesley, capitaine de Chaource. Il anticipait le refus des habitants de participer aux réparations du château. Il reconnaissait leurs franchises, mais, au lieu de leur demander leur concours en tant que seigneur — ce qui l’exposait à un refus — il leur imposa ces travaux en sa qualité de lieutenant général du roi. Une manière habile de contourner les privilèges locaux.

À la même époque, le 30 mai 1473, Charles d’Amboise, gouverneur du pays de Champagne, envoyait de Troyes un mandement au capitaine de Chaource pour ordonner les réparations nécessaires au château.

En 1479, un accord fut conclu pour délimiter les forêts de Lagesse, Cussangy et Chaource. Il prévoyait également une transaction pour le libre pâturage des bestiaux sur les finages respectifs. Chaque feu devait verser un impôt annuel de 12 deniers pour bénéficier du bois (construction et chauffage) et de la pâture.

De 1478 à 1515, la châtellenie de Chaource fut administrée par des membres de la famille de Monstier, qui occupaient alors les charges de prévôt et de capitaine de Chaource pour le compte de la puissante famille de Nevers, seigneurs de Chaource et de toute la seigneurie d’Isle. Ils résidaient au château fort de Chaource.

Le 3 juillet 1517, Emon de Gennes, écuyer, bailli d’Isle et de Chaource pour la duchesse de Brabant, comtesse douairière de Nevers, tenant ses assises à Chaource, autorisa les habitants à s’assembler pour délibérer de leurs affaires et à nommer un procureur chargé de les représenter. C’est le premier acte constitutif de la Communauté.

Aux XVe et XVIe siècles, la grande préoccupation des Chaourçois concerne leurs droits dans la forêt : bois de construction, bois de chauffage, pâture des porcs se nourrissant de glands et de faines.

L’accord de 1479 sur les forêts de Lagesse, Cussangy et Chaource est d’ailleurs confirmé : libre pâturage et impôt de 12 deniers par feu pour l’usage du bois et des pâtures.

En 1518, un procès fut engagé devant le bailliage de Troyes entre deux habitants de Chaource, d’une part, et Charles de Monstier, Guillaume de Montmorency, Jean Maunet — seigneurs de Cussangy — ainsi que les habitants de Cussangy, d’autre part, au sujet des droits d’usage dans les bois. La sentence du lieutenant général du bailliage, rendue le 8 mars 1518, donna raison aux habitants de Chaource.

Le 5 avril 1519, une sentence du bailli de Troyes confirma les Chaourçois dans leur droit de vaine pâture dans un bois du finage de Cussangy, appelé bois de Chamoy.

Le 24 juin 1527, un accord fut conclu entre les Chaourçois et les délégués d’Odet, comte de Foix et de Comminges, seigneur d’Isle et de Chaource. Il y fut décidé que les vignes plantées depuis quarante ans paieraient deux sols de censive, dont un au profit de l’abbé de Montiéramey.

Le 16 juillet 1533, une sentence de Jean de Mesgrigny, prévôt de Troyes, mit fin à un différend entre François de Dreux, duc de Nevers, comte de Rethel, seigneur d’Isle et de Chaource, et les habitants de Chaource, au sujet des droits d’usage dans une portion de la forêt d’Isle. Les habitants prétendaient tenir ces droits de la permission du feu seigneur de Laval, époux de Claude de Foix, dame d’Isle et de Chaource. Ils furent déboutés par cette sentence.

Enfin, une transaction fut passée le 20 janvier 1553 entre le duc de Nevers, seigneur et baron de l’Isle et de Chaource, et les habitants de Chaource, des Maisons, de Metz‑Robert et de Pargues, au sujet de leurs droits dans la forêt. La commune était représentée par François Pithou, François Chappuis et Guichar, licencié ès lois, avocat à Chaource.

Voici les principaux passages :

« Cette transaction aux habitants de Chaource et faubourgs, les Maisons, Metz-Robert et la Roque donne le droit de couper du bois pour arder (chauffer) maisonnées et droits de pâturages pour mener paître et champoyer en tous temps et saisons de l’an, toutes les bêtes tant grosses que menues et la quantité de 1283 arpents et demi à ceux à prendre aux dits bois et forêts d’Isle et du côté de la ville de Chaource entre le chemin d’Isle et du côté de la ville de Chaource entre le chemin tirant au long des terres des Quennevins et les ventes de la Vendue Fajot au pont et au ru Dampnot tirant droit au pont de Metz-Robert et du dit pont tirant à mont droit la roque et au long des prairies et terres labourables de Chaource. En retour, pour reconnaissance duquel droit et pâture, tous les habitants et chacun d’eux promettent par ces présentes tant pour eux que pour leurs successeurs habitants des dits lieux, payer et bailler pour chacun et à toujours, au jour et terme de Saint Remy, 1er terme et paiement sera et écherra au 1er jour d’octobre que l’on dira 1555 et ainsi d’an en an et de terme en terme et à toujours et perpétuellement ».

Pargues, Les Maisons et Metz‑Robert faisaient partie de cette transaction, car elles étaient alors des succursales de la paroisse de Chaource. Cet accord donna plus tard naissance à la forêt syndicale de Chaource, Metz‑Robert et Maisons‑les‑Chaource.

Dès la fin du XVe siècle, on estimait à 4 000 arpents — soit près de 2 000 hectares — la superficie des terrains défrichés dans le Chaourçois. Il est vraisemblable que la campagne autour de Chaource a pris à cette époque son aspect bocager caractéristique : un paysage de terres et de bois aux formes irrégulières, ponctué de nombreuses fermes installées dans des replis de terrain.

 La fin du XVe siècle et le premier quart du XVIe siècle constituent une période de paix et de prospérité annonçant les temps modernes. La bourgeoisie s’enrichit par le commerce et l’industrie. Vers la fin du XVe siècle, de belles habitations sont construites dans le centre de l’agglomération, comportant les « Allours », maisons de notables dont les sablières sont finement sculptées : engoulants (gueules de loups), animaux emblématiques, médaillons à figures humaines, motifs floraux… L’enseignement se développe également, avec une école de clercs existant alors à Chaource. Au temps d’Amadis Jamyn (1540‑1593), une certaine aisance semble s’installer, y compris dans la paysannerie.

On ne peut évoquer cette époque sans citer les principaux membres de la famille de Monstier, prévôts et capitaines de Chaource, administrant la châtellenie pour le compte de la puissante famille de Nevers. Ils résidaient au château‑fort de Chaource. Il s’agit de Jean de Monstier (1478‑1484), de Claude de Monstier (1493‑1510), puis de son frère Nicolas (1512‑1515). Ces deux derniers avaient épousé les sœurs Jeanne et Jacqueline de Laignes et possédaient en propre les seigneuries de Chesley, Étourvy, Cussangy, Chavigny et d’autres lieux. Leur influence était considérable dans la région. Rappelons que la chapelle Saint‑Georges de l’église de Chaource fut fondée au début du XVIe siècle par la famille de Monstier, et que Nicolas fut le donateur de la célèbre Mise au Tombeau de 1515.

Le 3 juillet 1517, Emon de Gennes, écuyer, bailli d’Isle (au sud de Troyes) et de Chaource pour la duchesse de Brabant — Françoise d’Albret d’Orval, comtesse douairière de Nevers — tenant ses assises à Chaource, autorisa les habitants à s’assembler pour délibérer de leurs affaires et à nommer un procureur pour les représenter. C’est le premier acte constitutif de la Communauté.

Sous le règne de François Ier (1515‑1547), la France, et notamment la Champagne, est menacée par la maison des Habsbourg, dont le descendant est Charles Quint, petit‑fils de Marie de Bourgogne. En 1522, les habitants adressèrent une requête au comte de Dreux et de Rethel, lieutenant‑général du roi en Champagne, le priant de les délivrer des exactions des gens de guerre et d’ordonner aux élus de Langres de rembourser le blé fourni aux armées du roi, les suppliants ayant payé à la fois en nature et en argent. Par ordonnance du 3 janvier 1523, le comte demanda une enquête sur ces excès.

En 1525, craignant que le château ne suffise plus à les protéger, les Chaourçois entreprirent d’entourer leur bourg de fossés et de murailles. Pour cela, ils détournèrent le ru du Croc du Gré, qui passait à la Boudarde et dans le ru central des fontaines, afin de le faire couler autour du bourg, au nord. Le ru de Sainte‑Syr fut également détourné. Pour financer ces travaux, un droit fut perçu sur les vins entrant à Chaource. Des gardes furent installés aux portes de la ville et tous les tonneaux furent soumis à la jauge. D’après les documents retrouvés, il entrait à Chaource entre 3 000 et 4 000 hectolitres de vin par an. Le recensement comptait 345 feux, chaque feu représentant 4 à 5 habitants : la population avoisinait donc 1 500 personnes. Chacun recevait environ 2 hectolitres de vin par an, soit un demi‑litre par jour, adultes comme enfants.

Cette taxe sur les vins fut perçue en vertu de lettres patentes de François Ier autorisant les habitants à lever, pendant dix ans, un droit équivalant au quart du prix de vente au détail. Le roi renouvela ce droit pour six ans par lettre du 27 février 1534, puis pour dix ans supplémentaires le 26 avril 1542.

En 1541, une inondation détruisit une partie des remparts. En 1561, faute de moyens, la construction — jamais achevée — fut abandonnée. Les remparts existants furent probablement démolis dans la dernière décennie du XVIIIe siècle, la porte du Pont‑de‑Pierre ayant été détruite en 1825.

En 1561, une ordonnance royale imposa un droit de 5 sols par muid de vin à l’entrée de chaque ville close. Les Chaourçois protestèrent vivement, estimant injuste d’être classés parmi les villes imposées. À leur demande, Mathieu de Cirey, élu de Langres, visita la ville pour déterminer si Chaource devait être considérée comme close. En 1562, les élus de Langres déclarèrent que Chaource n’était qu’une simple bourgade. Les habitants demandèrent alors à être exonérés du droit d’entrée fixé par l’édit de 1561. L’arrêt du Conseil du roi de 1568 leur donna raison.

La transaction du 20 janvier 1553 entre le duc de Nevers et les habitants de Chaource, Les Maisons, Metz‑Robert et Pargues, au sujet des droits forestiers, donna naissance à la forêt syndicale de Chaource, Metz‑Robert et Maisons‑les‑Chaource.

En 1601, Chaource, considérée comme ville close, avait payé 81 écus 20 sols. L’arrêt du Conseil du roi de 1602 ordonna le remboursement des sommes versées.

Les murailles comportaient quatre portes : Saint‑Jacques au sud, la Lieutenance au nord, le Pont‑de‑Praslin à l’est et le Pont‑de‑Pierre à l’ouest. Un dernier vestige subsiste dans la maison Bellot, côté ouest, dont la façade extérieure conserve la forme d’une tour. Les remparts s’élevaient à l’emplacement de l’actuelle rue des Remparts, du chemin du Moulin‑d’en‑Bas, du chemin du Tour‑de‑Ville et de l’allée des Promenades. Un chemin de ronde, encore visible à l’ouest, longeait ces remparts, probablement démolis dans la dernière décennie du XVIIIe siècle. Les anciens fossés, en contrebas, sont aujourd’hui transformés en jardins potagers.

Les fondations de l’ancienne porte Saint‑Jacques ont été découvertes lors de travaux de voirie : leur épaisseur dépasse deux mètres.

Les guerres de Religion (1562‑1598) 

Notre région ne fut pas épargnée par les guerres de Religion, qui virent les Français s’entretuer pendant près de trente ans. Boutiot, dans son Histoire de Troyes et de la Champagne méridionale, en parle abondamment.

Le parti de la Réforme était dirigé par la famille de Châtillon : l’amiral de Coligny, le cardinal Odet de Châtillon et François d’Andelot. Ce dernier possédait la terre et le château de Tanlay, dont la seigneurie s’étendait sur une partie du Tonnerrois et sur plusieurs villages du sud Chaourçois, dont Avreuil et Vanlay. Le cardinal, quant à lui, était abbé de Molesmes et de Quincy, dont les domaines couvraient une grande partie des hauts plateaux séparant les vallées de l’Armance et de l’Armançon, entre Chaource et Tonnerre.

Chaource appartenait alors à François de Clèves, duc de Nevers, fidèle au parti catholique. Les huguenots stationnés à Tanlay menaient de fréquentes incursions dans la région. En 1567, ils s’abattirent sur Chaource et ses environs, pillant plusieurs églises, notamment celles de Metz‑Robert, Pont‑Belin et Cussangy. Les brigandages réapparurent : deux bandes organisées profitaient de la faiblesse de l’autorité pour se livrer au pillage.

En septembre 1578, après avoir pillé plusieurs maisons de gentilshommes des environs, la compagnie du sieur de Montfort entra de force à Chaource, pillant et tuant quelques hommes. Elle assiégea ensuite le château où se trouvaient Georgette de Malin, épouse de Jean de Monstier, seigneur de Chesley, ainsi que les sieurs de Nicey et de Belan, ses neveux.

Pour entretenir une troupe de 27 cornettes de reîtres (8 100 hommes) et 20 enseignes de Suisses (6 000 hommes), les villes closes du bailliage — dont Chaource — furent taxées par l’édit de juillet 1586 pour un total de 13 510 écus.

En 1588, la Sainte‑Union, ou Ligue, dirigée par le duc de Guise, tenait Troyes. Le nouveau conseil municipal était composé de ligueurs fanatiques et intransigeants, parmi lesquels Nicole Guichard, avocat originaire de Chaource, comptait parmi les plus virulents.

À cette époque, trois forces s’opposaient :

– le roi Henri III et les « politiques », catholiques modérés ;

– Henri de Guise et les Ligueurs ;

– Henri de Navarre et les Réformés.

 Le marquis Charles de Praslain, fidèle au roi, avait établi sa base d’opérations à Chaource et menait des raids contre les possessions de la Ligue. Le 9 décembre 1589, on apprit à Troyes que M. de Praslain préparait à Chaource une attaque contre Bar‑sur‑Seine et Nogent. Le 15 janvier 1590, il surprit et mit en déroute, de nuit, à Celles, la compagnie de M. de la Bouzardière.

Bar‑sur‑Seine, alors à l’Union, avait une garnison troyenne chargée d’empêcher les attaques des royaux de Chaource. Le 1er février, cette garnison, revenant de Troyes, fut attaquée près de Rumilly par les hommes de Blasy‑Villemorien, qui fut tué dans l’engagement. L’affaire fut vengée par une course contre les gens de Bar, menée par le sieur de Balnot, qui fit des prisonniers et s’empara de chevaux et de bestiaux.

En 1591, le marquis de Praslain, alors à Polisy, s’empara de Bar‑sur‑Seine le jour même de ses noces. Les cuirs saisis dans les tanneries furent estimés à 20 000 écus ; il en fit son profit et les fit conduire à Chaource.

Vers la fin de 1592, Henri IV avait placé des gouverneurs et des garnisons à Dixmont, Esnon et Turny, tandis que la Ligue occupait Saint‑Florentin et Noyers, lançant des incursions vers Chaource, toujours tenue par M. de Praslain.

En mars 1593, le duc de Nevers, partisan du roi, arriva à Chaource. Il se dirigea vers Saint‑Florentin pour couper la route au duc de Guise, puis marcha sur Chablis avec une troupe dont une partie provenait des garnisons de Chaource, d’Ervy et de Saint‑Phal. Le duc de Guise refusa la bataille malgré des effectifs supérieurs. Pendant que M. de Praslain rentrait à Chaource, le 12 avril, M. de la Cipière et M. de la Madeleine de Ragny unirent leurs forces pour déloger les ligueurs du château de Quinceront et du fief de la Maison‑Rouge à Cussangy. Le premier fut démoli et une garnison fut laissée à la Maison‑Rouge.

Le 25 février 1594, Montereau, Ervy, Chaource, Tonnerre, Châteauvillain et Brienne tenaient pour le roi ; Troyes, Sens, Joigny, Saint‑Florentin, Chablis, Auxerre, Châtillon et Vendeuvre tenaient pour la Ligue. Troyes fit sa soumission en avril 1594. Le marquis de Praslain fut nommé bailli de Troyes par Henri IV en récompense de ses loyaux services. Il avait commandé neuf armées, assiégé et réduit cinquante‑trois villes, participé à quarante‑sept batailles et combats, reçu vingt‑deux blessures, et ce pendant quarante‑cinq années de service. Le 16 février 1601, il acheta la baronnie de Chaource à Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, pour 13 000 écus soleil.

L’insécurité régnait dans les campagnes. En 1594, les syndics de Chaource, se rendant à Ervy pour toucher les arrérages de quelques rentes, rencontrèrent une bande de pillards : l’un d’eux se fit voler deux écus et son manteau, qui en valait quatre. Il demanda réparation, mais on lui opposa un refus. En janvier 1595, sur douze enfants baptisés à Chaource, neuf étaient nés de parents réfugiés de Lagesse et de Cussangy, fuyant les gens de guerre.

On remarque, à l’extérieur de l’église, dans l’angle nord‑est, un buste formant fausse gargouille représentant un homme se poignardant la poitrine, surmonté d’un phylactère sortant de la bouche d’un démon portant l’inscription :

« Quant les pillards auront pillyé, ung temps viendra que les pillards seront pillyés, Dieu y provoyra. »

Il s’agit sans doute d’une allusion à l’un des saccages évoqués plus haut, peut‑être ceux de 1567 ou 1578.

Lucien Coutant, historien du Barséquanais, rapporte en 1855 l’existence d’un atelier monétaire à Chaource à la fin du XVIe siècle. Les coins retrouvés portent les millésimes 1578, 1579, 1580 et 1581. On peut en déduire que, Troyes étant alors aux mains de la Ligue, le maréchal de Praslain, fidèle au roi, ne pouvait plus utiliser l’Hôtel des Monnaies de Troyes pour frapper les espèces nécessaires à l’entretien de ses troupes. Il obtint donc de Henri III l’autorisation d’ouvrir un atelier temporaire dans un lieu sous sa dépendance, et choisit naturellement Chaource. Cet atelier cessa d’exister dès que Troyes reconnut Henri IV.

Avant la guerre de 1939‑1945, on pouvait encore voir, rue des Roises, derrière une petite cour, une maison à auvent du XVe siècle qui, selon la tradition, aurait servi d’atelier monétaire.

Chaource au XVIIᵉ siècle 

Avec l’avènement d’Henri IV sur le trône de France (1589), la paix s’installe et la prospérité revient. En 1601, les terres de la baronnie‑châtellenie de Chaource, toutes proches de Praslin, sont acquises par le maréchal Charles de Choiseul‑Praslin auprès d’Henriette de Clèves, duchesse de Nevers. Elles deviennent ensuite partie intégrante du marquisat de Praslin, érigé en 1615.

En 1605, afin de faciliter et sécuriser les déplacements, le chemin reliant Chaource à Troyes par la forêt d’Isle est élargi ; les habitants sont autorisés à couper du bois pour ces travaux.

La plus ancienne gravure connue de Chaource date de 1609. Vue depuis la route d’Ervy, elle représente la ville entourée de remparts, avec plusieurs édifices importants : l’église à droite, le château à gauche, et au centre l’hospice ou le collège. La porte Saint‑Pierre s’ouvre par un pont‑levis. À l’extrême droite, on distingue un moulin à vent — dont seul subsiste aujourd’hui le lieu‑dit — et, au fond, sur une butte, un groupe d’habitations, peut‑être la butte de Montigny ou les hauteurs de Sainte‑Sure. Cette vue est attribuée au peintre troyen Joachim Duviert, qui séjourna à Chaource en 1609.

Chaource, vue depuis la route d’Ervy (1609)
Attribuée à Joachim Duviert (actif au début du XVIIᵉ siècle)
Dessin à la plume et lavis brun. BNF


En 1610, Edme Lesecq, curé de Chaource et aumônier du roi, fait partie des sept membres du clergé chargés de la rédaction des cahiers du clergé.

Le 5 août 1614, à la suite des lettres du roi Louis XIII convoquant les États Généraux, les habitants se réunissent devant Georges Répond, bailli de Chaource, pour entendre la lecture des lettres royales et procéder, dans l’auditoire du bailliage, à la nomination des délégués chargés de rédiger le mémoire des plaintes et doléances.

Ces délégués, ainsi que ceux des villages dépendant de la châtellenie — Pargues, Balnot‑la‑Grange, Villiers‑le‑Bois, Arthonnay, Thorey, Étourvy, Chaserey, Vallières, Cussangy, La Jaisse, Chesley, Les Granges — se réunissent à nouveau le 7 août pour établir une liste de doléances destinée au bailliage de Troyes. Comme souvent à cette époque, ces doléances sont modérées et limitées.

Voici les plus importantes :

« … qu’il plaise à sa Majesté faire résider les ecclésiastiques en leurs bénéfices pour faire en personne l’office qu’ilz sont tenuz faire, a penne de privation de revenu de leurs dictz bénéfices qui sera apliqué à la restauration des maisons presbitérales ou à la nourriture des pauvres.

Que les ecclésiastiques n’auront justice que pour ce qui concerne les sainctz sacremens et discipline ecclésiastique et que pour le surplus ilz seront tenuz de respondre pardevant les juges des lieux en toutes matières civilles et criminetlle.

Que les étatz de judicature seront donnez à personnes ydoines et capables pour les administrer selon l’ancienne coustume et seront réduictz au nombre qu’ilz estoient durant le règne du Roy Loys douze et que en ce faisant la paulette soit ostée.

Qu’il plaise à sa Majesté de modérer les tailles qu’il lève sur son peuple à cause de sa pauvreté.

Que le prix du sel soir modéré… ».

 Edme Lesecq, curé de Chaource et aumônier du roi, fit partie des sept membres du clergé chargés de la rédaction des cahiers du clergé.

Mais, en raison de l’opposition persistante entre les trois ordres, les séances des États Généraux furent stériles : divergences profondes, blocages, et finalement une séparation sans qu’aucune mesure pratique ou utile n’ait été adoptée.

Selon les recherches de M. Piétresson de Saint‑Aubin, Chaource aurait été, au XVIIᵉ siècle, le siège d’une élection particulière, c’est‑à‑dire un tribunal chargé de juger les litiges relatifs aux impositions. Cette élection, déjà citée en 1568, fut réunie à celle de Bar‑sur‑Aube entre 1678 et 1696.

Dans un registre couvrant les audiences du 24 septembre 1676 au 23 septembre 1678, on constate que les séances étaient peu fréquentes : vingt‑sept en deux ans, tenues principalement le lundi, jour de marché.

Les localités concernées correspondaient à peu près à celles de la châtellenie de Chaource, auxquelles s’ajoutaient Lantages, Vougrey et Villiers‑sous‑Praslin.

Les affaires traitées étaient modestes : contestations mineures portant sur l’assiette ou la perception des impôts.

On doit à Albert Babeau la publication, dans l’Annuaire de la Société Académique de l’Aube de 1886, du récit d’un voyage effectué en 1646 par Nicolas François Baudot, sieur du Buisson et d’Abenay, en Champagne méridionale.

Ce document, d’un très grand intérêt, décrit avec précision les lieux traversés : Praslin, la rivière d’Amance, la ville fortifiée de Chaource, son église, ses inscriptions funéraires et armoriées…

Voici quelques extraits :

« De Pralin à Troyes, on compte sept lieues du pays et on y va par divers chemins, à droite par les Bordes de Lantages à de là à Lille (Isle-Aumont) qui est le chemin ordinaire traversant des bois, des prairies et des ruisseaux jusque à Isle, marquisat de la maison de Nevers-Mantoue. A gauche on va par Chaource, très grand bourg clos ou village qu’on dit baronnie et n’est pourtant que chastellenie appartenant au marquis de Praslin. Arrivant à la porte de Praslin qui est au septentrion, vous y voyez les armes de la ville qui est un chat et un ours ou ourse. Un torrent en hyver passe par là qui vient de la vallée à l’orient brumal de la ville où est le Clos Segray et roulant de là en ruisseau par la partie septentrionale de la ville et par le château qui est au bout occidental de la dite ville, grand et logeable, flanqué de 8 à 10 tours rondes mais non habité. Il y a une chapellenie de Saint-Nicolas à la donation du chastelain évaluée à 10l dans le poulier de Langres. Le fossé par derrière est grand et plein d’eau. Les vassaux doivent tierce (la troisième gerbe) au seigneur. Ce ruisseau du Clos Sergay (ru du Cros du Gré) sert aux tanneurs de la ville mais il tarit en été. En temps qu’il court se rend et joint à la fontaine ou fosse de la Duy qui est derrière le dit chasteau à l’occident de la ville.

De là, elle coule par la Roque, jolie maisonnette appartenant à la demoiselle de Charley, du nom de Railly, fille de César de Railly et d’Antoinette de Colombey et mère du nommé Sainte Maure qui est Ménisson de son propre nom.

De la Roque, qui n’est qu’à un quart de lieue de Chaource, la Duy serpente sur la droite et puis retourne sur la gauche, le long et au dessus du bois d’Isle et de l’église des Loges-Margueron (secours de la paroisse d’Isle qui est très grande et à trois lieues de là) qu’elle salue sur la rive droite et puis aussy la maison des demoiselles de Mérobert, filles de Jean de Festuot, escuyer et de damoiselle Jeanne de Nogent, dont l’ainée fut mariée, a deux filles et est veuve du sieur Croisnier, éleu à Bar-sur-Seine. Laissant la dite duy qui n’est encore qu’un bon ruisseau, proche de sa rive gauche l’église de Mérobert, secours spirituel et aussy annexe temporelle de Chaource, la Duy passant entre cette églises sur un haut à la gauche et la maison jadis dite de la croix et à présent de Crosnier (Crogny) à la droite à travers d’une jolie vallée s’en va au moulin de Palluau, à cause d’une maison bastie à un quart de lieue de là dans les bois, un grand carré à 4 tourelles es 4 coins, logis bas, fossé tout autour plein de l’eau des étangs qui sont là autour et dans des bois de deux mille arpens de fustaye en coupes, réservés de ceux d’Isle par donation faite du marquis duc de Nevers, au nommé Palluau, sieur intendant, avec faculté d’y bastir maison forte. Il y a aussy des vignes qui font vin généreux un peu couvert. Le tout vaut 7000l de rente au sieur de Palluau, petit-fils de l’intendant et fils d’un conseiller au parlement de paris. Il porte … au chevron de… chargé de trois roses de… »

 « Et voilà quant à la Duy de Chaource, villette encore célèbre par les eaux acides d’une fontaine minérale qui est hors de la ville à la porte d’en haut et du costé du midi, que le sieur Parent, fort savant médecin de ceste ville, vante beaucoup et son néanmoins négligées.

De Chaource est aussy le sieur Esnaut, médecin pratiquant à Paris. De ce même endroit est originaire le sieur Dauphin escuyer ci-devant de M. le duc d’Orléans et à présent du roy, et maistre d’hôtel de sa Majesté, ayant espousé une niepce du sieur Bordier, greffier du Conseil et demeurant à Paris. Il vient de Robert Dauphin qui avait une maison dans Chaource près de la porte St Jacques, et ayant été bruslée es guertres civiles, la place en est occupée par M. George Raymond advocat cy devant bailly de Chaource, ou en sa place le sieur Parent, fils du médecin susdit. Un vieillard de 80 ans, chaoursien nommé Jean Munier Parisot se souvient d’avoir vu enfant ce Robert Dauphin et qu’il avait un fils sergent royal. Ils s’en allèrent à la guerre et n’en sont plus revenus à Chaource. On dit à Paris qu’ils s’habituèrent à Calais, d’où puis après vint à Paris, Dauphin qui fut homme bien fait, joueur de paume hantant les grands et particulièrement ceux des Guise, et père de celuy-cy, vivant à présent. De Chaource estoit aussi Amadis Jamyn ».

 Du Buisson-Aubenay poursuit son récit par une description détaillée des diverses inscriptions relevées dans l’église et qui ont trait aux familles notables qui y sont inhumées. Il nous entretien notamment d’Amadis Jamyn, décédé quelques cinquante ans plus tôt :

« Au milieu de la ville, qui a quatre portes selon les quatre régions du monde, est la halle, et tout devant l’église de Saint Jean-Baptiste, paroiciale du diocèse de Langres, grande et belle. Au portail boréal du bout boréal ou de la croisée, sur la porte est posée une table ou plaque de cuivre gravée de ces mots : céans est inhumé noble homme Amadis Jamyn, secrétaire et lecteur ordinaire de la chambre du roy, sr de Basly, lequel par testament du 24 mai 1591 a délaissé aux habitants et communauté de Chaource, 12 cens escus sol pour faire la fondation de cent escus de rente, etc… Sommairement il est dit que ce fut pour chanter et prier Dieu en la chapelle du père dudit Jamyn, qui est en ladite église du côté austral sans clôture ni marque quelconque, et aussy pour entretenir principal, régens et 12 pauvres natifs du lieu escholiers au collège de Chaource. Ou pareil tableau que celui cy doict estre avec ces morts : Céans est le collège de Chaorce achepté et fondé par noble homme Amadis Jamun, secrétaire et lecteur ordinaire de la chambre du roy, sr de Basly, et aussy les portes, murailles et pavés de vile par les syndics de Chaorce, où il décéda le 12 février 1593. Et si le dit collège estoit ruiné, le fonds de ladite rente sera employé à le rebastir. Ses armes sont une fasce chargée d’un léopard lyonné ou lion passant ; en chef 3 roses et en poincte une oye ou cane ; »

Le narrateur décrit ensuite plusieurs inscriptions funéraires dont la superbe peinture murale située sur le mur ouest de la chapelle st Georges, représentant la généalogie de la famille de Monstier, connue par de nombreuses libéralités et donatrice de la célèbre mise au tombeau.

Boutiot nous rapporte que le 5 février 1668, le roi Louis XIV qui se rendait en Franche-Comté passa à Chaource, le Maire et les échevins allèrent le saluer.

 

Chaource au XVIIIᵉ siècle 

La fin du règne de Louis XIV fut catastrophique et peut être considérée comme l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Les calamités naturelles provoquèrent famine et épidémies dans les campagnes. En 1709, par exemple, la température descendit jusqu’à –20 °C durant une période de gel continu qui dura de début janvier à mars.

Le château fort, déjà inhabité depuis 1646 comme l’indique du Buisson‑Aubenay dans son récit de voyage, fut ensuite démoli, n’ayant plus d’utilité militaire. Un document d’archives révèle qu’en 1732, Claude‑Alexandre de Pons‑Rennepont, marquis de Praslin, baron de Chaource et autres lieux, vendit au sieur Douynet, écuyer demeurant à La Roque, la charge de démolir la tour de l’Étoupe. Quatre hommes — Nicolas Imbert, Pierre Hériot, Nicolas Gouget, manouvriers à Chaource, et Nicolas Giblas, manouvrier au Charme — y travaillèrent au début du mois de mai 1734. Le jour de la Saint‑Nicolas, un coup de pioche fracassa un pot de terre dissimulé dans le mur, contenant un certain nombre de pièces d’or frappées sous Louis XII, François Ier et Charles IX. Les ouvriers s’en approprièrent le contenu.

Le bruit de la découverte, amplifié par les bavardages et quelques vantardises, parvint aux oreilles du seigneur, qui adressa aussitôt une requête à Pierre Pidansat, avocat en Parlement et bailli de Chaource, pour qu’une information soit ouverte contre les ouvriers. Il obtint leur arrestation et leur incarcération dans la prison de Chaource.

Lors des interrogatoires, ils déclarèrent avoir trouvé un petit pot de terre, à peine plus gros qu’un œuf, contenant une centaine de pièces d’or qu’ils s’étaient partagées. Mais le seigneur persista à affirmer que la somme devait être bien plus importante et demanda leur transfert à la prison de Troyes, estimant qu’ils ne diraient pas la vérité tant qu’ils seraient jugés à Chaource.

L’intendant accéda à cette demande. À Troyes, un nouvel interrogatoire confirma les déclarations précédentes. M. Pailliot, subdélégué de Champagne, conclut dans une lettre à son supérieur : « … je doute que tout cela soit aussi considérable que l’on s’est imaginé. »

L’affaire rebondit pourtant lorsqu’un nouveau prétendant, Monseigneur l’évêque de Langres, s’interrogea sur une éventuelle revendication de sa part. Le subdélégué consulta l’intendant, qui sollicita à son tour les services compétents de Paris. La jurisprudence était claire :

les trésors se partagent par tiers entre

– le découvreur,

– le propriétaire du sol,

– le seigneur haut‑justicier.

 Le roi n’ayant pas de haute justice sur le château de Chaource, il n’avait aucun droit à revendiquer, écrit M. de Gaumont à M. le Peletier de Beaupré, intendant de Champagne.

La suite de l’affaire reste inconnue : les ouvriers furent‑ils libérés ? Ont‑ils touché leur part ? Le marquis de Praslin et l’évêque de Langres trouvèrent‑ils un accord ? Les archives restent muettes.

À la même époque, une série de procès fut engagée contre les seigneurs de Chaource concernant la perception du droit de tierce ou droit de douzième gerbe. En 1711, quelques habitants invoquèrent la Coutume de Troyes (1509), dont l’article 51 déclarait les héritages de Champagne « francs alleux », donc affranchis du droit de tierce. Une première sentence condamna cette tentative, mais le sieur Douynet fit appel auprès du bailliage de Troyes, lequel faute de production de titres par les seigneurs de Chaource, réforma le 29 juin 1724, la sentence initiale de 1711 et celle de 1716 qui en ordonnait l’exécution.

L’affaire revint devant la justice en 1755, portée par les deux seigneurs indivis de Chaource : M. Chauvelin, abbé de Montiéramey, et le comte de Praslin. Ils exposèrent leurs droits dans un mémoire de 34 pages, auquel répondirent Me Chastron, avocat, Me Thiesset, docteur en médecine à Chaource, et plusieurs habitants.

L’arrêt du 26 août 1756 donna raison aux seigneurs, confirmant leur droit de directe universelle sur tous les héritages de Chaource, Pargues, Metz‑Robert et Les Maisons. Il fixait :

– pour les terres labourables : un droit de tierce (douzième gerbe),

– pour les vignes : un cens de 2 sols par arpent,

– pour les prés : 4 deniers de cens par arpent.

 La Généralité de Champagne comprenait douze élections, dont celle de Bar‑sur‑Aube, à laquelle Chaource était rattachée, bien qu’elle fût séparée de cette ville par la recette de Bar‑sur‑Seine, dépendant de l’élection de Troyes.

Le seigneur avait perdu beaucoup de son influence au XVIIIᵉ siècle, mais conservait sa justice particulière, représentée par un bailli, un lieutenant et un procureur fiscal. Théodore‑Edme‑Anne Le Tors, avocat en Parlement, fut nommé bailli en 1775, en remplacement de Roger Parent.

Chaource relevait du bailliage et siège présidial de Troyes, lui‑même dépendant du Parlement de Paris. Le bailliage, juridiction civile et criminelle, pouvait être saisi par les habitants en cas de litige avec la justice seigneuriale. Dans plusieurs affaires, il donna raison à la communauté de Chaource.

À la fin de l’Ancien Régime, les impôts directs de la paroisse s’élevaient à 6 359 livres, dont

– 2 450 pour la taille,

– 1 928 pour la capitation,

– 1 981 pour le quartier d’hiver.

 En étaient exempts : le marquis de Pons‑Praslin, l’abbé de Montiéramey, trois écuyers et le curé.

Un rôle de la taille nous fournit de précieuses indications sur les professions exercées alors par les habitants et sur la valeur de leurs biens.

Contribuables et professions au XVIIIᵉ siècle 

Le rôle de la taille fournit un tableau très précis des métiers exercés à Chaource à la veille de la Révolution, ainsi que de l’évaluation de leurs biens ou de leur « industrie ». On y relève notamment :

– un perruquier (15 livres), un ancien chirurgien, un huissier royal (35 livres), un compagnon chapelier (40 livres), une sœur de l’hôpital (13 livres 6 sols 8 deniers), deux tisserands (40 livres), un vannier (50 livres), un avocat greffier au bailliage (néant), un avocat (néant), un boulanger (60 livres), le postillon aux lettres (néant), un tailleur d’habits (60 livres), un messager de Troyes à Chaource (néant), un médecin (néant), un avocat postulant (120 livres), un chirurgien (40 livres), un autre (100 livres), deux compagnons potiers de terre (38 et 40 livres), un boulanger‑aubergiste (80 livres), un marchand vinaigrier (70 livres), un tanneur‑corroyeur (60 livres), un cordonnier (50 livres), un marchand mercier (120 livres), le principal du collège (150 livres), le contrôleur des actes (150 livres), un couvreur en paille (50 livres), un mercier (130 livres), deux aubergistes (60 livres), un cordier (50 livres), deux compagnons maçons (40 livres), un compagnon cordonnier (33 livres 6 sols 8 deniers), un sergent piqueur (40 livres), un coutelier (12 livres 3 sols 8 deniers), un huissier (100 livres), un bonnetier (40 livres), le berger (20 livres); le sergent de ville, garde de la communauté (26 livres 13 sols 4 deniers), un huissier au Châtelet (50 livres), le geôlier (40 livres), un regrattier (60 livres), un receveur des aides (700 livres d’appointements), un buraliste‑cirier (10 livres + 40 livres de commerce)

On trouve également parmi les contribuables un substitut du procureur du roi du bureau de Paris pour le département de Chaource, ainsi qu’un avocat, ancien bailli.

Dans la liste des domestiques présents à Chaource en 1789, on compte 50 employés pour 41 maîtres. Chaque domestique est taxé 1 livre 4 sols, soit un total de 60 livres pour ce rôle particulier.

La dîme et les revenus ecclésiastiques 

La dîme était perçue par le curé à hauteur de 140 livres, plus un tiers des dîmes en grain et 90 livres en vin.

Mais le principal décimateur était l’abbé de Montiéramey, Mgr de Saint‑Sauveur, évêque de Tulle, qui possédait :

– les 2/3 des grosses dîmes de Chaource, Metz‑Robert et Les Maisons (21ᵉ gerbe)
– le tiers des dîmes de vin de Chaource
– la moitié du droit de tierce (1 gerbe sur 12)
– les droits de cens sur les vignes (2 setiers par arpent)
– les droits sur les prés (4 deniers par arpent)
– le four banal
– 57 livres sur les boulangers
– le droit de la foire de Saint‑Luc
– 36 setiers (moitié froment, moitié avoine) dus par les religieux de Quincy
– 8 setiers d’avoine dus par le marquis de Praslin

Population et territoire 

Le recensement indique :

– 1773 : 381 feux (dont 5 nobles) et 1 241 habitants
– 1789 : 312 feux et 1 322 habitants

Le territoire comptait 4 353 arpents (mesure de Paris), dont :

– 45 arpents de jardins et chènevières
– 3 060 de terres labourables
– 380 de prés
– 548 de bois
– 350 de vignes (environ 600 muids de vin par an)

(Les vignes ont aujourd’hui disparu.)

Activités économiques : Avant 1788, Chaource possédait :

– quelques filatures de laine entretenues par des fabricants de Troyes (disparues ensuite)
– une poterie importante
– des tuileries  (La fête actuelle « La Ronde des Feux » perpétue la mémoire des anciennes poteries.)

Chaource, riche en blé, fournissait Troyes en avoine, volaille, beurre et œufs. C’était un lieu de passage du bétail du Morvan destiné aux boucheries troyennes, ainsi qu’un gîte d’étape pour les troupes sur l’axe Troyes–Tonnerre. Un service régulier de messageries reliait Troyes et Chaource.

Le clergé paroissial 

La paroisse était desservie par :

– l’abbé Jobard, curé depuis 1777
– l’abbé Thomas Martinot, vicaire, chargé des écarts : Metz‑Robert, Montchevreuil, Les Bruyères, La Cordelière, La Bande

Les deux prêtres vivaient au presbytère. Le curé versait 300 livres à son vicaire, plus le casuel, et lui assurait logement et nourriture. Lui‑même ne recevait qu’une portion congrue, les gros bénéfices allant à l’abbé de Montiéramey. Le curé tenait les registres paroissiaux (baptêmes, mariages, sépultures) et devait annoncer au prône les ordres de l’administration.

Familles nobles présentes à Chaource en 1789 

– Nicolas‑Jacques de Broë (né 1747), lieutenant du roi, officier d’infanterie

– Jean‑Baptiste Barbuat de Maison‑Rouge et son fils Jean‑Nicolas Duplessis de Maison‑Rouge (né 1755), écuyer, officier d’infanterie, chevalier de Saint‑Lazare

– Frédéric‑François de Damoiseau (né 1748), capitaine au régiment de Champagne, chevalier de Saint‑Louis, marié en 1788 à Françoise‑Catherine Parent

– Marie‑Agnès de Damoiseau (née 1759)

– Roger‑Louis de Damoiseau (né 1761), lieutenant au régiment de Champagne

– Louis‑Étienne de Damoiseau (né 1771), lieutenant au régiment de Champagne

– Augustin‑Frédéric de Damoiseau (né 1763), prêtre, vicaire général de Couserans (diocèse d’Auch)

Edmond Regnault de Beaucaron dans un de ses ouvrages relate l’atmosphère de la vie bourgeoise à Chaource en cette fin du 18e siècle :

« L’intimité des veillées en fait tout le charme. Tantôt on se réunit dans le pittoresque pignon bâti au XVe s. par nos ancêtres à l’angle de la place de Chaource, tantôt dans leurs antiques constructions à galeries de bois appelées les Allours bordant cette même place, tantôt dans leur propriété sise en la rue qui porte notre nom de Beaucaron et est reconnaissable par son portail et son pigeonnier, tantôt dans l’hôtel sis au coin de la rue de Beaucaron et de la rue des Fontaines, garni de tapisseries verdures, précédé d’une cour à laquelle donne accès une belle grille de fer forgé, toutes demeures habitée par les Regnault de Beaucaron. C’est aussi chez les Raison, Rémond des Bruyères, Cheurlin, Parent, Poinsot, de Barbuat, etc… il y a là des femmes aimables et lettrées… »

Familles notables et climat social à la veille de la Révolution 

La famille Parent, attestée à Chaource dès le XVIᵉ siècle et comptant parmi ses membres des baillis, maires, lieutenants au bailliage et avocats, était représentée en 1789 par Nicolas Parent, né le 24 juin 1744, avocat du roi à Troyes.

C’est lui qui fit construire en 1780, au lieu‑dit Maison‑Rouge ou Vente des Cordeliers, le château de la Petite‑Cordelière, aujourd’hui englobé dans le parc du château de la Cordelière, devenu le golf 18 trous du même nom.

On peut également citer :

– les Poinsot, avec Charles, avocat et notable ;
– les Berthelin, commerçants aisés ;
– les Rémond, descendants de Pierre Rémond, seigneur des Bruyères, personnage au destin mouvementé sous Henri IV ;
– les Raison, propriétaires d’ateliers de tissage ;– les David, fondateurs de la chapelle du Paradis dans l’église Saint‑Jean‑Baptiste 
– les Micheau, dont descendent les Chandon de Briailles ;
– les Herbelot, chirurgiens et docteurs ;
– et Le Tors, premier officier municipal en 1789.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, chaque commune possédait au moins un maçon. Plus la commune était importante, plus les métiers du bâtiment étaient diversifiés : maçons, charpentiers, couvreurs, tailleurs de pierre, vitriers, torcheurs, plâtriers.

À Chaource, on en comptait entre 25 et 30, signe d’une activité soutenue.

La période révolutionnaire approchait, et le mécontentement populaire pouvait parfois dégénérer en actes violents. Un document de l’époque rapporte qu’Augé‑François Hibon de Bagny, receveur des Aides, fut tué d’un coup de fusil le 20 avril 1788, rue du Pont‑de‑Pierre, par Jean Parison, dit Saint‑Jean, laboureur à La Roque. Celui‑ci fut condamné le 1ᵉʳ juillet 1789 par le Parlement de Paris à être roué vif sur la place de Chaource, sentence qui ne fut finalement pas exécutée. Il s’agissait vraisemblablement d’un différend lié à la perception des impôts.

Le 15 août 1788, Philibert, 60 ans, sergent‑garde du marquis de Praslain, seigneur de Chaource, fut retrouvé tué sur le finage de Chaource.

Pendant la Révolution 

Face à la crise financière et à l’impossibilité d’imposer les réformes indispensables, le roi, par l’arrêt du Conseil du 5 juillet 1788 et l’édit du 2 août 1788, se résolut à convoquer les États Généraux pour le 1ᵉʳ mai 1789. L’ordonnance du 27 décembre 1788 décida en outre le doublement de la représentation du Tiers‑État.

Ces mesures furent accueillies avec enthousiasme par la communauté de Chaource qui, dès le 25 janvier 1789, avait rédigé une requête témoignant d’un esprit démocratique étonnamment moderne : elle demandait que toutes les classes sociales soient représentées à l’intérieur des trois ordres. Cette lettre est d’autant plus remarquable qu’elle est signée d’hommes de loi et de quelques marchands.

À la suite des lettres royales du 24 janvier 1789 fixant les modalités d’élection, les communes furent appelées à rédiger leurs cahiers de doléances et à élire leurs représentants chargés de les porter à l’assemblée générale du bailliage de Troyes.

La communauté de Chaource se réunit le 11 mars 1789 à 8 heures, en assemblée électorale, dans l’auditoire du bailliage et baronnie de Chaource, sous la présidence de Théodore‑Edme Le Tors, avocat en Parlement, bailli, juge de police civile et criminelle, assisté de Charles Poinsot, greffier ordinaire, en présence de Jacques‑Edme Regnault de Beaucaron, avocat en Parlement, procureur fiscal.

Mais ce matin‑là, le sol était couvert de neige et la bise glaciale pénétrait dans l’auditoire, ouvert de toutes parts. Les habitants demandèrent donc à délibérer dans un lieu plus commode. Les autorités acceptèrent, et, après annonce au son du tambour, l’assemblée se transporta dans la salle basse de l’hôpital. Après plusieurs heures de discussions, le cahier de doléances, représentations et pétitions de la communauté fut rédigé et signé par 103 habitants. Ce cahier reprend des revendications que l’on retrouve dans la plupart des autres cahiers du royaume. Parmi les plus importantes, on peut citer :

« Que les habitants de la ville de Chaource ne sont accablés d’impôts que parce que les ministres et leurs agents, tant dans l’administration que dans les finances, ne puissent être taxés que de leur consentement, ont insensiblement écarté ou renversé tous les obstacles et augmenté jusqu’à l’excès, par l’effet de leur seule volonté, la charger du peuple dont ils ont dissipé le produit ;

Que pour s’assurer à l’avenir la jouissance d leurs biens, ils veulent et entendent :

Qu’aux Etats Généraux, il soit voté par tête et non autrement, sans quoi la justice rendue par notre auguste Monarque au Tiers Etat en lui accordant autant de députés qu’aux deux premiers ordres, deviendrait nulle et illusoire ;

 Qu’il soit fait une constitution fixe et stable qui assure les droits du Trône et ceux des sujets quant à la propriété de leurs biens et à la sureté de leurs personnes ; qu’en conséquence on supprime l’usage des lettres de cachet et les emprisonnements arbitraires ;

Que les ministres soient responsables et comptables de leur gestion aux Etats Généraux ;

Que l’état des municipalités soit fixé et déterminé, qu’elles soient rendues électives et que l’on ne soit plus exposé à ces créations ou suppressions réitérées d’offices municipaux ;

Qu’il soit donné pouvoir aux députés aux Etat Généraux dans les conditions ci-dessus et non autrement, de consentir à l’établissement ou prorogation des subsides qu’ils jugeront indispensablement nécessaires aux besoins de l’Etat rigoureusement démontrés, toutes dépenses inutiles préalablement retranchée, pourvu toutefois que tous les impôts soient également et indistinctement répartis entre tous les citoyens, sans privilège ni exception ;

Qu’il soit statué que les contributions pour les grands chemins, ponts et autres travaux publics, les casernements et logements des gens de guerre soient supportés par tous les ordres de l’Etat ;

Les dit habitants chargent leurs dits députés de représenter que la faveur de l’agriculture, qui est d’une si grande ressource à l’Etat, exigerait que l’on permît le rachat des droits seigneuriaux…

Enfin, qu’il fut fait un sort convenable aux curés à portion congrue, dont le revenu est notoirement insuffisant ».

Toutes des mesures dénotent un sens profond d’égalité et de justice tout à l’honneur des Chaourçois et de leurs représentants.

Une autre doléance indique qu’il est demandé par les habitants de la ville que les deniers payés pour l’impôt des corvées soient employés à la confection d’une route de Tonner à Troyes par Chaource, de manière que les contributions de ce genre soient avantageuses aux habitants. Cette requête avait peu de temps auparavant fait l’objet d’un dossier spécifique « Supplications et très respectueuses remontrances faites au roi par les habitants de la ville de Chaource en Champagne et des trois communautés composant le Chaourçois sur des avantages de la direction par Chaource, d’un grande route de Tonnerre à Troyes » dans lequel figurant en pièce justificative un rapport très circonstancié daté du 8 décembre 1788 de l’ingénieur des Ponts et Chaussées au département de Tonnerre. Celui-ci, après examen des avantages et des inconvénients des tracés par Chaource et Ervy (les deux villes étant en concurrence) concluait : « Si l’on voulait n’en ouvrir qu’une, nous nous déciderions pour Chaource, en voici le motif : le chemin sera plus court, plus facile à établir, plus solide, plus doux pour les voitures, d’un entretien moins dispendieux. »

On retrouvait au bas de cette supplication les signatures des représentants des trois ordres : les ecclésiastiques de Chaource, le Marquis de Pons-Praslain seigneur de Chaource ; de Mauroy seigneur de Montchevreuil ; de Bruni seigneur de Lagesse ; de Damoiseau seigneur de la Bande ; les officiers municipaux de Chaource, les représentants des communautés d’Isle-Aumont, Les loges-Margueron, Metz-Robert, Lantages, Les Granges, Pargues, Les Maisons, Lagesse, Praslain, Cussangy, Chesley, Vallières, Chaserey, Etourvy.

La construction de ladite route n’interviendra que vers 1840 !

26 juillet 1789 Chaource dut prendre des mesures de protection, le bruit s’étant propagé qu’une importante troupe de brigands ayant quitté la capitale, se répandant dans les campagnes, pillant et brûlant sur son passage. Cette affaire connue sous le nom de Grande Peur atteignit une bonne partie du territoire et n’épargna pas Chaource qui vécut plusieurs jours sous la hantise de l’arrivée des brigands.

Le 4 août l’Assemblée Nationale abolissait les privilèges. Dans l’Observateur du 5 septembre 1789 on peut lire que Jacques Barbuat de Maison Rouge, gentilhomme qui avait des opinions antipatriotiques, avait à Chaource excité ses concitoyens en termes violents, à saccager la maison du commandant de la milice bourgeoise, malgré les propos apaisant de son fils. A la suite de cet incident, Barbuat fut arrêté et conduit dans les prisons de Troyes jusqu’en février 1790.

27 novembre 1790 l’Assemblée Nationale décréta que les évêques et les prêtres seraient tenus de prêter serment à la Constitution civile du clergé, faute de quoi ils seraient déclarés démissionnaires et remplacés. Sollicités d’appliquer la loi, le délai expirant fin janvier, les abbés Jobard et Martinot déclarèrent le 3 février 1791en ces termes :

« Je jure de remplir avec exactitude les fonctions de mon ministère, d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée, sauf le spirituel, entendant vivre et mourir dans la religion catholique apostolique et romaine, conformément à l’article 37 du titre 1er du décret de l’Assemblée Nationale du 12 juillet 1790 sanctionné par le roi le 24 août 1790 ».

voir l’article : prêtres jureurs et non jureurs dans l’Aube

Invasions et occupations de 1814-1815

Les premières reconnaissances autrichiennes apparaissent dans notre région dans les derniers jours de janvier 1814. À la suite de la bataille de la Rothière (au sud de Brienne-le-Château) le 1er février 1814 et du repli en bon ordre de Napoléon sur Troyes, Chaource fut alors occupée par la division légère autrichienne (de l’armée de Bohème) du général Ignace Hardegg qui installa son quartier général à Chaource le 2 février.

Toutefois, une interrogation subsiste, une pièce d’archives nous précise que le 29 janvier, le Comte de Thorme, colonel des hussards de Bara « après nombre de menaces et après avoir forcé un habitant, membre du Conseil, à l’évader sous peine d’être fusillé à son entrée dans le pays, a exigé la somme de 1256,96 francs qui a été supporté par huit notables du pays ». Il semble donc que la ville n’était pas encore occupée ; mais que faisait donc ce colonel à Chaource ? S’agit-il d’un élément d’avant-garde qui aurait été capturé par les partisans ? Les partisans sont signalés par le commandant Weil dans son ouvrage sur la campagne de 1814 : « Dans la journée du 3 février, un détachement du 1er corps de l’armée de Bohême avait arrêté un homme du pays à Auxon, sous le soupçon d’espionnage, mais tandis qu’on le conduisait dans la nuit du 3 au 4 au Général Comte Hardegg à Chaource, soudain à la faveur des ténèbres, une bande de partisans utilisant un terrain éminemment propre aux embuscades, s’était coulé silencieusement hors des bois de Chaource, avait dispersé l’escorte à coups de fusils et délivré le prisonnier ».

Sur ordres du général Schwarzenberg le 5 au soir, la division légère de Hardegg lança un mouvement de reconnaissance dans les environs de Chaource et de la forêt d’Aumont. Cette reconnaissance fut contrée par les hommes de la Garde aux ordres du Maréchal Mortier et obligée de faire retraite.

Les autrichiens évacuèrent vers le 25 février, suite aux victoires de Champaubert, Montmirail, Montereau, l’armée des coalisés se replia vers Chaumont. Mais, les autrichiens reviennent quelques jours plus tard, suite à la retraite de Macdonald et Oudinot, accrochés à Bar-sur-Aube !

Le 6 avril, Napoléon abdique sans conditions et le même jour, un gouvernement provisoire appela au trône le Comte de Provence, sous le nom de louis XVIII. Conséquemment, le 21 avril, à la suite d’une proclamation émanent du nouveau sous-préfet relative à la restauration de la Royauté, le Conseil municipal « arrête à l’unanimité de ses membres, qu’il adhère à tout ce qu’elle renferme, à voir avec une joie plus aisée à sentir qu’à dépeindre que la paix, après tant d’années de tourments, nous est enfin rendue et que le sceptre de la France est remis entre les mains des maisons de Bourbon dont le gouvernement tutélaire et paternel a fait le bonheur et la gloire de la nation durant la longue série de ses rois, dont le nom de plusieurs ne seront jamais prononcés sans attendrissement, sans reconnaissance et sans amour pour leurs descendants »

Suivent les signatures de Griffon, maire de Chaource, Mariet, Coquelu, Micheau, Delagrange, Coqueret, de Damoiseau, Regnault-Berthelin.

Débarquant de l’île d’Elbe le 1er mars 1815, Napoléon se dirige sur Paris et le 18 mars, de nombreuses troupes font étape à Chaource. Après la défaite de Waterloo, le 18 juin, la France dut à nouveau subir l’occupation des troupes alliées. Les premiers éléments arrivèrent à Chaource le 11 juillet avec une colonne mobile de 150 hussards qui bivouaquèrent deux jours.

Du 21 juillet au 13 août, 11 700 hommes et 6 500 chevaux passèrent par Chaource.

Ce passage s’accompagnait de lourdes réquisitions livrées par les autorités locales ou prises parfois par la force, le tout évalué à la somme de 38 687 francs.

De 1815 à 1900 : période de mutation 

Après la période napoléonienne, la situation générale se normalise. Une paix extérieure durable s’installe, même si les remous politiques restent vifs dans les villes. Dans les campagnes, et notamment à Chaource, ces agitations n’ont qu’un écho très limité. Les événements politiques sont systématiquement célébrés, quel que soit le régime, conformément aux directives préfectorales et toujours avec le même zèle.

Une aisance relative apparaît : commerce et industrie se développent, la population atteint un niveau jamais égalé, et une bourgeoisie issue de la Révolution prend en main les affaires de la commune. De nombreuses améliorations sont réalisées :

–construction d’un nouveau cimetière
– construction d’un lavoir en 1823
– achat d’une maison pour y installer l’école de garçons
– aménagement de promenades publiques
– construction d’une gendarmerie
– travaux importants de consolidation de l’église
– construction de la route Troyes–Tonnerre en 1845, avec modification du tracé aux abords de Chaource
– construction d’une halle aux grains (1855‑1858)
– inauguration, en novembre 1900, du château de la Cordelière, construit par le vicomte Frédéric Chandon de Briailles, alors maire de Chaource
– création probable, au début du XIXᵉ siècle, de la compagnie de sapeurs‑pompiersEntre 1800 et 1850, on compte quatre poteries à Chaource.

Santé publique et épidémies

Le 5 avril 1832, le conseil municipal prit des mesures contre l’épidémie de choléra :
– rappel du règlement de police sur l’enlèvement des boues, terres et fumiers dans les rues et cours closes
– recommandations prophylactiques : aérer les maisons, brûler du genièvre
– constitution d’une pharmacie à l’hospice

La Garde nationale 

Réorganisée par la loi du 28 mars 1831 pour assurer le maintien de l’ordre, la Garde nationale devint l’un des piliers du régime issu de la Révolution de 1830.

Avant cela, elle était presque inactive. On note seulement qu’en 1817, quelques jeunes gens de Chaource appuyèrent la gendarmerie pour disperser un attroupement séditieux provoqué par deux individus de Vanlay, Luillier et Vaudé, qui parcouraient les rues armés de bâtons pour réclamer du grain après une récolte catastrophique.

Ils furent condamnés à cinq ans de travaux forcés et 200 francs d’amende par la cour prévôtale (1ᵉʳ août 1817).

Sous la Monarchie de Juillet, les gardes nationaux étaient recrutés parmi les citoyens de 20 à 60 ans payant un impôt foncier. Ils élisaient leurs officiers jusqu’au grade de commandant. Les premières élections eurent lieu le 19 juin 1831 (94 votants).

Furent élus à la tête des deux compagnies de chasseurs :

– Félix Prévost
– Frédéric‑Louis Micheau

Chaque compagnie comprenait :

2 lieutenants, 2 sous‑lieutenants, 1 sergent‑major, 1 sergent‑fourrier, 6 sergents et 12 caporaux.

Les compagnies du canton (Lantages, Loges‑Margueron, Granges, Praslin, Pargues, Lagesse, Vougrey, La Loge‑Pomblin, Metz‑Robert) formaient le bataillon cantonal de Chaource, commandé par Frédéric‑Louis Micheau, élu chef de bataillon le 14 février 1832.

Les élections eurent lieu tous les trois ans (1834, 1837, 1840, 1843, 1846), avec un nombre de votants décroissant, signe d’une désaffection progressive pour cette formation paramilitaire.

En 1846, le maire Jean‑Baptiste Cheurlin créa un poste de sûreté nocturne à l’hôtel de ville (7h du soir – 6h du matin), composé de 8 gardes nationaux et d’un sapeur‑pompier, pour lutter contre les incendies, souvent d’origine malveillante.

Les sapeurs‑pompiers 

La compagnie de sapeurs‑pompiers de Chaource remonte probablement au début du XIXᵉ siècle.

En 1818, Marie Jolly légua une somme pour l’achat d’une pompe à feu, la commune n’en possédant pas.

En 1822, la commune acquit du matériel : sabres, casques, crochets. la compagnie créa une fanfare militaire.

La première pompe offerte par Mlle Jolly fut vendue en 1865, la commune disposant alors de deux pompes modernes jugées suffisantes.

1848 : révolution et surveillance politique 

La Révolution de février 1848 renversa Louis‑Philippe et instaura la Deuxième République. En décembre, l’élection du prince Louis‑Napoléon Bonaparte à la présidence fut perçue comme un facteur d’ordre.

À Chaource, en septembre 1848, un commissaire de police, M. Bonnin, fut nommé à la demande du maire pour veiller à l’ordre public. Sa correspondance administrative, adressée au sous‑préfet, constitue une source précieuse sur l’état d’esprit de la population et sur les activités des éléments jugés subversifs.

La police locale comprenait :

– le commissaire
– trois gardes‑champêtres
– la Garde nationale (environ 50 hommes)
– la gendarmerie à cheval (6 hommes)

Trois individus étaient placés sous surveillance : Alexandre Trippier, Étienne Pidansat, Alexis Tégnier

Trippier, agent‑voyer d’arrondissement, est décrit comme intelligent, volontaire, habile et doté d’un réel talent oratoire. Il avait participé aux journées de juin 1848 à Paris, avait été arrêté sur les barricades puis libéré par M. de Maupas, ministre de la Police. Revenu à Chaource, il poursuivait sa propagande et avait établi son « quartier général » à Lagesse, jusque‑là commune paisible, devenue selon le commissaire un foyer de discorde et d’anarchie.

Le rapport précise « On s’est souvent demandé ce qui pouvait le faire vivre, l’opinion la plus accréditée est qu’il est chef de quelque société secrète et qu’il reçoit des fonds de secours de la masse des Montagnards… »

Pierre Etienne Pidansat, architecte « est encore un peu considéré à cause de sa famille dont la position est honorable » dit un rapport de février 1851. Il sera par la suite condamné pour détention illégale d’armes et de munitions et suspendu de ses fonctions de capitaine de la garde nationale.

Le troisième, Régnier Alexis, ancien militaire, « a été endoctriné par Tripier, à cause de son fanatisme démagogique, il est capable de tous les excès » note-t-on dans un rapport.

Dans sa correspondance, le commissaire rend compte de ses enquêtes sur les évènements concernant la police générale :


23-02-1850 : destruction d’un arbre de la liberté par des inconnus
12-04-1850 : incendie chez François Jouglas, aux Bruyères, attribué au nommé Paul Lenoir
08-05-1850 : tentative d’empoisonnement par la femme Noley à Pargues
30-07-1850 : visite domiciliaire effectuée chez le sieur Trippier à Chaource par le juge d’instruction assisté de la gendarmerie.
31-10-1850 : vol avec effraction dans le bureau de poste de Chaource tenu par Mme Rouvre.
17-01-1851 : information sur la présence à Chaource d’un réfugié allemand
14-08-1851distributin dans la ville de lithographies favorables à la monarchie.
17-01-1852 : arrachage d’un arbre de la liberté planté en 1848 sur la place du marché, en application de l’arrêté du général, commandant l’état de siège.

Après le coup d’état du 2 décembre 1851, la surveillance est particulièrement active et les faits et gestes des opposants, dont Marot des bordes-Aumont et Louis Dosnon de Lagesse, sont scrupuleusement rapportés.

Le dernier rapport de M. Bonnin, commissaire de police date de juin 1852 ; Celui-ci a dû alors obtenir sa mutation, comme il l’avait sollicitée. Peut-on d’ailleurs refuser une mutation à un agent aussi zélé et dévoué qui écrivait le mois précédent « quant à l’esprit de la population, c’est toujours le même enthousiasme, je puis tous les jours juger de l’immense adhésion que trouve parmi nos bons habitants, la glorieuse politique de Louis Napoléon en même temps que l’amour infini qu’a conquis en eux son cœur si généreux et son haut caractère ».

Les chaourçois devaient manifester en effet, leur attachement à la famille Bonaparte en votant 
massivement et favorablement lors des différents plébiscites :
-celui de décembre 1851 légitimant le coup d’état du 2 décembre par 396 oui, 16 non et 3 nuls
-celui du 7 novembre 1852 pour le rétablissement de l’empire par 392 oui, 16 non et 2 nuls
-celui du 8 juillet 1870 approuvant les réformes libérales par 254 oui, 52 non.


Un fait divers retentissant : l’affaire Victor Poinsot (1860) 

Le 6 décembre 1860, une nouvelle se répand dans Chaource et les environs : Victor Poinsot, venu passer quelques jours dans sa maison de la Grande‑Rue pour percevoir les fermages de ses propriétés, a été retrouvé assassiné de deux balles de revolver dans le train Paris–Bâle.

Né en 1800 à Chaource, issu d’une famille de notables, Victor Poinsot était un magistrat éminent, très estimé aux Tuileries pour son attachement à l’Empire. Il occupait la fonction de président de la 4ᵉ chambre de la Cour impériale de Paris et était officier de la Légion d’honneur.

Ses obsèques furent célébrées en l’église Saint‑Louis d’Antin à Paris, devant une foule considérable. Son corps fut ensuite transféré au cimetière de Chaource, où il repose toujours.

L’enquête menée par la Sûreté conclut à la culpabilité d’un certain Charles Jud, jamais retrouvé, condamné à mort par contumace.

Plusieurs hypothèses furent avancées pour expliquer ce meurtre, dont une piste politique : Poinsot aurait eu connaissance de dossiers compromettants.

Le crime provoqua une émotion considérable dans tout le pays. À tel point que Rouher, ministre des Travaux publics, décida de prendre des mesures nouvelles pour renforcer la sécurité des voyageurs.

La principale fut l’installation du signal d’alarme dans tous les compartiments de train, innovation directement liée à cette affaire.

 Guerre de 1870 

Le 19 juillet 1870, la sonnerie du tocsin annonçait que la France était en guerre avec son puissant voisin, le royaume de Prusse.

Dès la déclaration de guerre, on s’employa à organiser la défense du territoire. La loi du 12 août 1870 rétablit la Garde nationale, pratiquement inactive sous l’Empire.

Le 2 septembre, jour du désastre de Sedan, la Garde nationale sédentaire de Chaource procéda à l’élection de ses officiers et sous‑officiers. Le conseil municipal vota le 8 octobre une somme de 600 francs pour l’équipement de cette garde, l’habillement restant à la charge des intéressés.

Le Gouvernement de la Défense nationale, formé le 4 septembre après la destitution de l’Empereur, voulut donner une impulsion nouvelle à la constitution d’unités plus organisées. Par décret du 29 septembre 1870, il créa des compagnies de gardes nationaux mobilisés, susceptibles d’être mises à la disposition de l’armée.

La plupart des Chaourçois furent alors mobilisés dans la 5ᵉ compagnie du 2ᵉ bataillon des Mobiles de l’Aube, commandée par le capitaine Lanneau‑Rolland, propriétaire du château de Lagesse.

En novembre 1870, en raison de la fermeture de la caisse du receveur municipal, la commune de Chaource procéda à l’émission de bons communaux de 0,50 F, 1 F, 2 F et 5 F, pour un total de 2 000 F. Ces bons, datés du 1ᵉʳ décembre 1870, devaient être remboursés à la réouverture de la caisse.

Occupation prussienne et réquisitions 

Paris fut investi par les armées prussiennes dès le 19 septembre 1870.

Le département de l’Aube ne fut occupé qu’à partir de fin octobre, après la capitulation de Metz. L’administration française céda la place à l’autorité allemande, et le baron de Stein, préfet prussien, fut nommé à la tête du département, dépendant lui‑même du gouverneur général de Reims.

Les maires durent se plier aux ordres du nouveau préfet. Celui de Chaource eut la lourde mission, en tant que chef‑lieu de canton, de servir d’intermédiaire pour transmettre les ordres et centraliser les réquisitions.

Dès le 2 décembre, les communes furent frappées de lourdes réquisitions. Chaource dut verser :

– 17 décembre : réquisition en nature (foin, paille, avoine, farine, vaches) pour une valeur de 440,30 F, à livrer à Bar‑sur‑Seine où stationnait une garnison prussienne de 250 hommes.

– 22 décembre : quote‑part de 5 677 F destinée à dédommager les armateurs de navires allemands capturés par les flottes françaises.

– 30 décembre : quote‑part de 1 520 F pour l’achat de couvertures.

Résistance locale et francs‑tireurs 

Dans de nombreux endroits, les patriotes s’organisaient pour harceler les communications ennemies et empêcher les réquisitions.

Ainsi, le 20 décembre, des francs‑tireurs embusqués dans les bois de la Cordelière interceptèrent le charretier qui transportait les réquisitions imposées le 17 décembre. Ils s’emparèrent des denrées, contre reçu, ce qui montre un souci de légalité malgré l’acte de résistance.

Toutes ces réquisitions étaient demandées par courrier et l’ennemi n’avait pas fait son apparition dans Chaource. Ce n’est que le 29 décembre seulement que les premières troupes arrivent dans le village comme le relate Mademoiselle Cheurlot dans son journal :

« 29 décembre 1870 – Il en est arrivé environ 100, le soir à la tombée de la nuit sans qu’on s’y attende… Le tantôt, les ayant vu vers Lantages, nous étions dans l’anxiété, lorsqu’on nous a dit qu’ils avaient pris la route de Rumilly, mais voici le fait, ils sont sortis de Bar-sur-Seine le 29 au matin et de là par Lantages, ont été à la maison forestière du Haut-Tuilot pour voir s’il y avait des francs-tireurs, ils n’en ont pas trouvé, ils ont pris quelques barils de poudre et quelques fusils. A leur arrivée à Chaource, la Commune leur a fourni du pain et du vin qu’ils ont mangés sur la place du marché, puis ils voulurent avoir des voitures pour retourner à Bar-sur-Seine. Les voitures n’arrivant pas après une heure et demis d’attente, ils s’impatientent et veulent emmener M. le Maire Rouvre, enfin aux supplications et sanglots de son épouse, ils consentent, conduits par M. le Maire d’aller chez les charretiers qu’ils ont ramenés et montés dans les voitures, ils repartent pour Bar à 9 heures, la place étant libre.

3 janvier 1871 – On nous a annoncé des Prussiens pour 11 heures… 10 minutes après arrivait une giboulée de voitures qu’ils avaient pris de réquisition à Vougrey, Bourguignons, etc… puis 170 piétons après s’être arrêtés devant chez nous charger leur fusils, ils partent aux Loges, de là à Montchevreuil où ils se sont rencontrés avec 300 prussiens de Troyes et 100 de Saint-Parres ; à 6 heures ils étaient de retour à Chaource, ils ont diné dans tous les hôtels où la Commune avait commandé, puis après avoir fait un chœur de chant, ils repartent.

4 janvier 1871 – sur le midi, un clichoquement d’armes se fait entendre et nous voyons déboucher près de l’église, trois gendarmes prussiens à cheval avec de longs sabres. Après avoir demandé pour le lendemain des voitures, ils repartent à Bar où ils sortaient.

5 janvier 1871 – c’est le jour qui a été le plus triste, car il nous a fallu les loger, chauffer et nourrir, ce qui faisait craindre que si l’on ne faisait pas à leur idée, ils nous frappent. Vers le midi, arrivèrent 120 prussiens avec 2 officiers à cheval, au bout d’une heure où ils tripotaient sur la place, on leur donna leur billet de logement ; nous en avions deux chez nous, ils ont bu, mangé et ri tout leur content mais ils ne nous ont fait aucune sottise, le soir, ils ont fait comprendre qu’ils voulaient une couverture pour aller coucher à la gendarmerie. Le lendemain matin, ils sont venus déjeuner à 6 heures et ½ et sont repartis tous vers 8 heures et ½. »

La commune dut fournir aux troupes d’occupation : avoine et foin pour les chevaux et pain, vin, bois et paille pour les hommes de troupe. Sans doute l’affaire des francs-tireurs avait-elle attiré les Prussiens dans la région. Ces hommes cachés dans la forêt de Chaource où ils se construisirent une hutte en bois couverte de gazon, se séparèrent pour aller fêter Noël en famille et enterrèrent armes et équipement, se donnant rendez-vous pour le 29. Mais ce jour-là, renseignés dit-on par un traitre, les Prussiens s’emparèrent de l’armement, ainsi que le confirme le journal de Melle Cheurlot.

René Prut, d’après les souvenirs de sa famille qui habitait alors les Vendues-l’Evêque fait la relation de la journée du 3 janvier 1871 d’après :

« Les prussiens arrivent par la route de Troyes, cette rumeur colportée pare un ouvrier bûcheron fait l’effet d’une trainée de poudre dans le hameau des Vendues-l’Evêque, isolé au milieu de la forêt d’Aumont. Chacun se transformant en franc-tireur, décroche son fusil de chasse et une petite troupe déterminée se dirige à travers bois, sus aux envahisseurs. La rencontre d’un garde qui leur explique qu’ils ne sont pas de force et que toute action risquerait d’amener des représailles sanglantes fait tomber l’ardeur belliqueuse de ces patriotes. On rentre prestement et les fusils disparaissent dans les cachettes.

Peu de temps après, les Prussiens sont là, fouillant quelques maisons sans rien trouver si ce n’est quelques bouteilles d’eau de vie qu’il ingurgitent avec délices. L’indicent fut donc ainsi évité. »

Sur adjonction du préfet prussien du 10 février 1871, la commune dut payer une somme de 1700f pour une portion à sa charge dans une contribution de 300.000francs imposée au Département de l’Aube.

Les noms des Chaourçois tombés pour la défense de la patrie durant la guerre 1870-71, figurent sur la colonne du monument des Enfants de l’Aube élevée Bd Carnot à Troyes en 1890.

 Château de la Cordelière

Fils de Gabriel Chandon, résidant au château de Romont, propriétaire des Vins de Champagne Moët et Chandon, maire de Mailly-en-Champagne, et de Aurélie-Louise Micheau de Chassy, le Vicomte Frédéric Chandon de Briailles, né le 28 janvier 1858, avait pour lui la fortune, une éducation raffinée, une solide culture, sans pour autant perdre une simplicité et un contact facile qui le rendait populaire.

Célibataire, Frédéric Chandon de Briailles habitait le château dit « de la petite Cordelière » construit en 1780 par Nicolas Parent, qui comme sa sœur Françoise-Catherine, grand-mère du vicomte, connut un destin tragique.

Après le mariage en 1891 de Frédéric avec Odette de Baudreuil de Fontenay, 18 ans, du château de Vaux près Fouchères, cette demeure devint alors trop exiguë pour abriter la famille du châtelain, qui s’agrandit d’ailleurs en 1892 par la naissance d’un fils François, et la nombreuse domesticité.

Les jeunes époux décidèrent donc de faire construire un château plus vaste et plus fonctionnel à quelques centaines de mètres de la petite Cordelière. Leurs familles possédaient des propriétés à Paris, ils avaient pu apprécier le confort de ces hôtels parisiens cossus. Le projet fut confié à un architecte parisien, M. R. Sauger, architecte-voyer en chef de la ville de Paris.

voir l'article : Château de la Cordelière

Au XXe siècle

Au début du XXe siècle, Chaource était relié quotidiennement par voitures hippomobiles aux villes de Troyes, Tonnerre, Bar-sur-Seine et Jeugny (pour la correspondance du train Troyes / Saint-Florentin.

À cette époque, Chaource comptait neuf auberges et cafés pour un peu plus de 1 100 habitants et six foires annuelles.

Chaque café avait ses habitués, il y avait les cafés : Rose, Véron Thiroine, Parisot, Pillard, Cayrel de la mère Hériot avec une unique petite pièce à l’enseigne « O 20 100 0 » (au vin sans eau) ; et puis les deux grands hôtels-restaurants qui contribuaient à la réputation de la gastronomie champenoise : l’hôtel des Fontaines (tjs existant) et l’hôtel de la Girafe. L’hôtel des Fontaines très fréquenté était alors tenue par Maurice Garçon ; Bellange le reprendra après la guerre, l’agrandira en lui adjoignant une vaste salle avec glaces, pour banquets et bals animés par un piano mécanique. C’est lui qui organisa en février 1923 une cavalcade comportant 12 chars fleuris, qui laissera un souvenir durable dans les annale de Chaource. L’hôtel de la Girafe (aujourd’hui disparu) propriété de M. Miot, puis Bourré et Arbelot, possédait aussi une vaste salle où l’on dansait lors des principales fêtes de l’année. Dans ces deux établissements, de plantureux repas y étaient servis, outre plusieurs entrées, au moins trois plats de viande et volaille ; plusieurs desserts, mais le fromage sans doute considéré comme un mets trop commun y était absent. A Chaource, la tête de veau et le Pithiviers figuraient souvent aux menus.

Il y avait grande effervescence lors des 6 foires annuelles dont les plus importantes étaient celle de carnaval et de Noël. Acrobates, chevaux de bois, jeux divers se mêlaient aux nombreux marchands tout autour de l’église et de la halle. Aussi les cafés et restaurants ne désemplissaient pas et fermaient leur porte, fort tard dans la nuit.

Les foires aux bestiaux faisaient l’objet d’un commerce très actif. La foire aux chevaux se tenait sur la place du Berle ; pour l’espèce bovine le champe de foire se situait sur la route de Maisons-les-Chaource, jusqu’à la bifurcation de l’ancienne voie de Lagesse ; on trouvait moutons, chèvre et ânes à l’entrée de l’allée des Promenades. Les porcs de l’autre côté de la place, face au café Parisot et les cochons de lait à l’entrée de la rue Saint Antoine.

 Pendant la première guerre mondiale : de 1914 à 1918

Le 2 août 1914, le tocsin sonna à Chaource à 16 h 00, annonçant la mobilisation générale et le départ des réservistes.

Peu après la déclaration de la guerre, dès août 1914, devant l’avance allemande au nord de la Champagne, de nombreux habitants de la Marne et surtout des Ardennes fuient vers le Sud. Chaource accueillera bon nombre de familles des Ardennes qui conserveront ensuite, la guerre terminée, des liens d’amitiés avec des familles d’accueil, ou pour quelques-unes feront souches.

Pendant la bataille de la Marne, on entendait à Chaource, le grondement de l’artillerie. Aussi, entassant les effets les plus précieux dans les malles, la population préparait à évacuer à son tour, au cas où l’issue des combats serait défavorable à nos armées.

Inutile de dire que Chaource, comme toutes les communes de France, paya un lourd tribut avec 35 victimes sur 160 mobilisés et la démographie s’en fera sentir longtemps.

La victoire de 1918 ne pouvait faire oublier la douleur causée par la perte d’êtres chers fauchés à la fleur de l’âge par une guerre suicidaire pour l’Europe qui abandonnera sa suprématie en faveur de l’Amérique et de l’U.R.S.S.

Voici quelques articles de presse relevés dans les journaux de l’époque en 1918 :

Le 26 avril 1918, un avion français Caproni atterrit dans un pré à proximité de Chaource, route de Troyes.

Pargues. Journal du 2 mai 1918 « vendredi dernier vers 11h, un avion s’est posé à 400m au N.O. du village. Le pilote et le mécanicien reçurent l’hospitalité des habitants. Pendant 3 ou 4 jours, un millier de curieux vinrent de 10km à la ronde »

Chaource. Journal du 15 mai 1918 « Il y a 15 jours, environ, un avion dont les aviateurs venaient de prendre livraison, s’est posé dans un champ proche de Chaource. Après une légère réparation, les aviateurs sont repartis lundi matin »

Il semble qu’il s’agit du même avion américain.

En janvier 1919, un contingent de 200 militaires américains cantonna à Chaource, distribuant sans compter des vivres de toutes sortes aux habitants. Ils occupaient leurs loisirs en partie de base-ball, combats de boxe, fanfare, théâtre dans la salle Saint-Louis.

En mai 1919, tout le contingent quitta Chaource pour s’embarquer à la gare de Jeugny en vue du retour au pays.

Du passage des Américains, une anecdote est restée : Un soldat noir qui avait consommé sans payer au café Rose fut arrêté par les gendarmes ; il s’en suivit une réaction violente de ses camarades qui s’attroupèrent devant la gendarmerie, poussant des cris hostiles. L’incident fut évité à la suite de l’intervention de la police américaine qui récupéra son militaire.

Après la guerre, comme dans la quasi-totalité des villages de France, la municipalité chaourçoise décida la construction d’un monument en hommage à ses habitants tombés pour la patrie.

Monument aux morts inauguré le dimanche 5 avril 1925

CHAOURCE
À SES ENFANTS
MORTS
POUR LA FRANCE
1914-1918

Sur ce même monument, vinrent s’ajouter les morts de la guerre 1939-45 et d’Indochine (46-54). Une plaque fut également posée à l’intérieur de l’église.

Le dernier « poilu » de Chaource, Victor Guichard est décédé en 1987.

Chaource pendant la guerre de 1939-1945

En septembre 1939, une quarantaine de soldats appartenant à la 9ᵉ compagnie de transports de carburants de réserve générale arrivent à Chaource. Ils ont la charge du ravitaillement et de la garde d’un entrepôt d’essence installé au château de la Bande, route de Saint-Florentin, à 4 km de Chaource. Ces militaires, originaires pour la plupart du Poitou, font partie de la Territoriale et sont logés chez l’habitant. Cette troupe quittera Chaource au plus vite le 11 mai 1940, l’aviation allemande ayant, semble-t‑il, repéré le dépôt de carburants.

Un détachement plus important de troupes, la 694ᵉ compagnie du Train, séjourne à Chaource de novembre 1939 à mars 1940. Le corps de garde est installé Grande Rue, dans le local des pompes. Pour occuper le temps de loisirs de la troupe durant un hiver particulièrement rude, un militaire, René Sourdillat, compose une grande revue musicale qu’il présente aux Chaourçois en janvier 1940 à la salle Saint-Louis, avec l’accompagnement d’un orchestre de huit musiciens. Cette revue, appelée la Sourdillette, obtient un vif succès.

Le jour de Pâques, 24 mars 1940, un détachement de troupes coloniales, coiffées de la chéchia, arrive à Chaource. Ce sont de jeunes soldats couchant sur la paille dans les granges ; ces militaires quittent le village le 29 avril 1940, alors que les Allemands profitent de cette accalmie pour parfaire leur préparation par un entraînement intensif. Nos soldats, insouciants, attendent dans une inaction démotivante la suite des événements.

Tout change le 10 mai avec la ruée allemande qui déferle à travers les pays frontaliers avec un effectif militaire hors norme. La vraie guerre commence et les premiers réfugiés venant des Ardennes sont signalés peu après, en route vers le sud. Le 25 mai, devant leur arrivée massive, la municipalité met à leur disposition des soupes populaires et des hébergements chez l’habitant.

Le 5 juin, les avions ennemis survolent de plus en plus la région et laissent tomber quatre bombes à proximité du château de la Cordelière, où cantonne un état-major en repli.

Le 13 juin, l’ennemi est signalé dans la région de Reims. Il sera en réalité bien plus près. En fin d’après-midi, on entend des détonations venant du nord-ouest ; on saura peu après que les Allemands ont bombardé le tunnel de Jeugny.

Le 14, au lever du jour, la nouvelle éclate et se répand de maison en maison, semant la consternation : « Les Allemands sont à Romilly ».

La situation de nos armées s’est en effet dégradée. Au nord, le front est tenu par la 4ᵉ armée, commandée par le général Roquin, laquelle vient de livrer de durs combats sur l’Aisne et se replie le 13 sur la Marne, d’Épernay à Vitry-le-François.

Le 13 juin à 19 h 00, la 12ᵉ armée allemande de von List, avec en pointe les blindés de Guderian, est à proximité de Saint-Dizier ; à la même heure, le groupement blindé de von Kleist est à Anglure et, à 20 h 00, à Romilly. La 4ᵉ Panzer entre dans la ville devant une population stupéfaite et établit une tête de pont sur la rive gauche de la Seine. La 4ᵉ armée, encore sur la Marne, menacée sur ses flancs, doit effectuer un repli rapide vers Sommesous et Fère-Champenoise, puis dans la nuit du 13 au 14 vers l’Aube.

Le front percé à Romilly, les Allemands ne rencontrent aucune résistance sérieuse et atteignent rapidement Pavillon-Sainte-Julie le 14 juin à 10 h 00, puis Estissac le soir, coupant la ligne Troyes–Sens, tandis que nos éléments s’accrochent sur l’Aube. À l’est, l’ennemi, débordant notre droite, arrive à Bar-sur-Aube et descend rapidement vers Dijon. Les localités comprises dans la zone de repli de la 4ᵉ armée — Vendeuvre, Bar-sur-Seine, Chaource, Tonnerre, Châtillon, importants nœuds de communication et lieux de passage obligés de nombreuses unités en retraite — seront bombardées dans la journée du 14 juin, ainsi d’ailleurs que quelques localités moins importantes telles Pargues et Praslin.

À Chaource, en ce petit matin blafard du vendredi 14 juin, jour à jamais tristement mémorable, le tocsin sonne lugubrement. Les habitants se préparent au départ, entassant fébrilement leurs objets les plus précieux ou les plus utiles dans leurs voitures.

Les émigrants, de plus en plus nombreux, traversent l’agglomération. M. Richet, maire-adjoint, témoin à l’époque, a décrit ce dramatique exode : « Au tournant de l’église, le spectacle est extraordinaire, j’ai devant les yeux une foule, un fleuve humain, un torrent irrésistible qui submerge les rues. Il arrive par les routes de Troyes, de Bar-sur-Seine, de Jeugny et s’engouffre dans la Grande Rue en direction de Tonnerre, multitude hétéroclite et désordonnée se grossissant de la panique qu’elle sème sur son passage. Il y a de tout : des hommes, des femmes, des enfants, des civils, des militaires, les uns en voiture, d’autres à bicyclette, un grand nombre à pied. Tout ce monde parle peu ; c’est un morne accablement qui semble pousser tous ces gens à marcher devant eux, machinalement, vers une destination inconnue… Sans arrêt, c’est toujours le même défilé incohérent de piétons, de camions militaires, de cyclistes, de charrettes, le tout passant à la même vitesse, sans dépassement possible, comme dans un troupeau serré, chacun emprisonné dans la masse. On remarque des soldats sans armes, des officiers de tous grades ; je revois, au hasard de mes souvenirs, un commandant d’artillerie suivi d’un caisson attelé avec ses trois servants, des médecins en uniforme, des fourragères surchargées de troupes. Chacun passe en silence, le regard perdu, désespoir ou fatalisme dans l’âme… »

Dès l’après-midi du 14 juin, l’aviation allemande se manifeste en jetant quelques bombes dans la forêt de Chaource, sur la route entre Montchevreuil et le ru d’Anneau, sans faire de dégâts.

Au début de l’après-midi, le 3ᵉ Régiment d’Infanterie Coloniale prend position à Chaource pour assurer le passage de la 7ᵉ Division Légère Mécanique, composée du 4ᵉ RAM et de régiments de Dragons, qui se replie à marche forcée vers le sud.

Chaource, 14 juin 1940, 19 h 50. Quelques instants auparavant, Monsieur le Comte François Chandon de Briailles, maire de Chaource, sur le conseil d’un officier de passage et compte tenu du survol du pays par des avions ennemis dans l’après-midi, a fait annoncer au son du tambour un avis demandant aux habitants de quitter l’agglomération — à cette heure remplie de militaires et de réfugiés — et de passer la nuit dans les hameaux avoisinants. Les Chaourçois n’en auront pas le temps : une vague de douze à quinze Stukas venant de l’est pique sur la ville, lâchant leurs chapelets de bombes, puis procédant à un tir de mitrailleuses pour achever leur œuvre de mort et de destruction.

Un épouvantable spectacle s’offre aux yeux des survivants terrorisés : maisons éventrées ou en flammes, gravats obstruant la chaussée. Un camion d’essence, touché par une bombe incendiaire, explose au centre du village près de l’hôtel des Fontaines, communiquant le feu aux maisons voisines.

Un véhicule militaire contenant des soldats du 31ᵉ Régiment de Dragons Portés s’enflamme ; les occupants périssent carbonisés.

Les vieilles maisons à pans de bois du centre du village sont détruites par le feu qui s’étend rapidement et que personne ne peut éteindre, faute de bras : les pompiers ont déserté la localité.

Un énorme entonnoir de bombe coupe la chaussée près de l’église ; on en trouve un autre, de dix mètres de diamètre, dans les jardins entre la Grande Rue et le chemin de Ronde.

Des bombes sont tombées sur un pâté de maisons rue de l’Étape, sur la maison Coqueret et l’école des filles, sur la maison Farinet, où le propriétaire est retiré blessé sous les décombres.

Les maisons de la rue du Berle sont en flammes, comme celles de la rue des Cannes.

L’incendie, en décroissance le dimanche 16, reprend le lundi 17 rue des Fontaines et s’arrête à gauche avant la maison Vinot.



L’église Saint‑Jean‑Baptiste a terriblement souffert : murs lézardés, toiture béante, les magnifiques vitraux du XVIᵉ siècle pulvérisés. Les décombres s’amoncellent au pied du transept, rappelant la violence du bombardement du 14 juin 1940.

Hébétés, encore sous le coup de la terreur, les Chaourçois s’empressent de quitter leurs maisons au milieu d’un nuage de poussière et de fumée qui recouvre tout le village, les cadavres de civils et de militaires, les chevaux éventrés jonchant les rues. Ils prennent à la hâte quelques effets et partent devant eux, à pied, poussant brouettes et vélos, et échouent dans les hameaux voisins ; les plus valides gagnent l’Yonne. Une dizaine de personnes très âgées ou invalides se résignent à rester chez elles, telles que mes deux arrière‑grandes‑tantes.

Les nombreux blessés sont emmenés d’urgence par les ambulances militaires stationnées route de Saint‑Florentin ; beaucoup décéderont en cours de route. Ce sera le cas des soldats Pinson, Richard, Emery et Ayesten, qui seront enterrés par leurs camarades dans le parc du château de Vanlay.

Le drapeau à croix gammée flotte sur la mairie. Une longue nuit s’étend sur le pays : nuit d’angoisse, nuit d’espoir. La municipalité doit aussi se plier aux exigences et aux contraintes de l’occupant : couvre‑feu à 21 h, salut aux officiers allemands, réquisition de draps, établissement de bons de commande et paiement de factures concernant, par exemple, un plancher pour la scène de théâtre de la salle Saint‑Louis ou un rideau de scène en velours jaune d’or.

On releva de nombreux corps, aussi bien dans le village qu’aux alentours. Les premiers constats d’identification furent effectués, par ordre de l’autorité allemande, par l’abbé Michel Vinot, curé de Chesley, alors prisonnier de guerre, et par le lieutenant d’administration Marcel Déat, assistés de deux habitants, MM. Louis Defert et Martial Fauche. André Régnier, cantonnier de la commune, procéda à l’inhumation des corps au cimetière de Chaource ; des draps enlevés dans des maisons abandonnées servirent de linceuls. La plupart des corps furent ensuite réclamés par les familles. Les autres, notamment ceux des inconnus, firent l’objet, le 21 mai 1959, d’un transfert au cimetière national de la ferme de Suippes (Marne), en vertu d’une directive du Ministre des Anciens Combattants du 19 décembre 1958.

Après leur exode, les habitants reviennent au pays, non sans appréhension. Leur retour s’échelonnera du 18 juin au 20 août environ pour ceux qui avaient pu gagner la zone libre. Triste spectacle de désolation, d’autant plus que la plupart des maisons, aux ouvertures béantes, avaient été pillées. L’armée française et les émigrés étaient passés par là, plus particulièrement à la recherche de vivres. L’armée allemande avait suivi, et des caves avaient été complètement vidées. Et puis, une certaine frange de la population n’avait pas résisté à la tentation de s’approprier à bon compte des biens à portée de main. La suspicion et le doute s’installèrent pendant longtemps dans les esprits.

Le bilan du bombardement, dressé officiellement par les services administratifs, fait état de 47 maisons détruites et 76 endommagées. Le nombre des morts peut être évalué à 80, et celui des blessés à 195. On a accusé l’aviation italienne d’avoir été à l’origine des bombardements sur l’ensemble du département de l’Aube. Aux dires des historiens spécialistes de la guerre aérienne, cette assertion doit être rejetée.

L’armée française, échelonnée de Méry à Brienne, serrée sur ses flancs, les ponts en aval de Troyes étant verrouillés par l’ennemi, doit se replier en utilisant le secteur compris entre Troyes et Vendeuvre et entre Tonnerre et Châtillon. C’est une lutte de vitesse avec les panzers qui foncent vers Sens, Joigny, Auxerre, Saint‑Florentin (atteint le 15 juin 1940 au matin) et Tonnerre.

À Chaource, de nombreux prisonniers — environ 2 000 — sont rassemblés dès le 17 juin 1940 au soir dans un pré, route de Maisons‑les‑Chaource ; ils seront ensuite dirigés sur Troyes dans la matinée du 19. Quelques‑uns, profitant de la confusion générale, réussissent à s’enfuir. Mais les autres, confiants dans la parole de l’ennemi, espéraient une libération prochaine et suivirent docilement la longue file de prisonniers qui se dirigeait vers le nord, en direction de l’Allemagne. Il leur fallut attendre quatre ans avant de revenir dans leurs familles, et un certain nombre décéderont en captivité.

À son retour d’exode, le Comte François Chandon de Briailles trouve son château occupé par un état‑major ennemi et doit se contenter de deux pièces que le commandant de place veut bien lui laisser.

Les troupes françaises, dans leur retraite précipitée, ont abandonné au hasard des circonstances un abondant matériel. On trouve pêle‑mêle dans la campagne, mais surtout au bord des routes, des armes et équipements individuels, ainsi que des pièces et caissons d’artillerie, des camions, des véhicules hippomobiles, etc., que les Allemands rassemblent en un vaste dépôt allée des Promenades à Chaource. Plusieurs engins blindés abandonnés stationnent en bordure de la route de Troyes, à l’entrée de Chaource.

 À Chaource, les 14 juillet 1943 et 1944 sont l’occasion pour la jeunesse de manifester en défilant dans les rues, drapeaux en tête, au son des cloches.

Au printemps 1944, la Résistance auboise se structure et cherche à s’unifier, non sans difficultés. Le plus important maquis de l’Aube, faisant partie de l’Armée Secrète, est commandé par Émile Alagiraude, alias le commandant Montcalm. Regroupé dans la région de Mussy‑Grancey et attaqué les 2 et 3 août 1944 par des forces allemandes supérieures, il réussira néanmoins à décrocher après avoir opposé une vaillante résistance.

Après l’attaque du maquis et la dispersion, sur ordre, des maquisards, le commandant Montcalm et soixante‑dix de ses hommes, pour l’essentiel des cadres du maquis, trouvent refuge le 5 août au matin dans la maison forestière du Haut‑Tuileau, située en bordure de la route de Chaource à Rumilly‑lès‑Vaudes.

Cependant, ayant été avertis du mouvement de troupes allemandes dans la région de Bar‑sur‑Seine en direction de Villiers‑sous‑Praslin, les maquisards se séparent le 5 août au soir. Alagiraude, Poirier et Benet, alias les commandants Montcalm, Dupont et Marceau, gagnent la ferme des Hautes Ventes, située sur le finage des Loges‑Margueron. Les véhicules sont cachés le lendemain dans les forêts autour de Chaource grâce à la complicité de cultivateurs dont les chevaux permettent de tracter les véhicules en panne ; quant aux armes, elles sont dissimulées dans les caveaux du cimetière des Loges‑Margueron.

À partir du 6 août, le commandant Montcalm établit son P.C. au hameau des Poteries ; le recrutement des troupes reprend alors pour participer à la libération du département.

Vers le 20 août, Montcalm, voulant se rapprocher de Troyes en vue de la libération de la ville, installe son P.C. au château de Crogny, commune des Loges‑Margueron. C’est là que seront passés par les armes, en représailles du massacre de Buchères par les S.S., le général Arndt et deux officiers, capturés le 23 sur la route de Chennegy et revenant du front de l’Ouest.

Le 21 août, on apprend à Chaource la libération de Paris, occasion pour la jeunesse de sonner les cloches pendant deux heures. On sent que la libération est proche et l’avance des troupes alliées est particulièrement suivie.

Le 25 août vers 10 h 30, alors que les Américains sont signalés vers Sens, une colonne composée d’automitrailleuses armées d’un canon de 34 mm arrive à Chaource. La tête de la colonne stoppe devant les premières maisons de la rue du Pont‑de‑Pierre, à l’entrée du village.

Les Chaourçois, stupéfaits, reconnaissent des Américains à l’uniforme des militaires et à l’étoile blanche sur les véhicules. Il s’agit en fait du 2ᵉ régiment de cavalerie, une unité prestigieuse commandée par le colonel Redd, affectée à la 3ᵉ armée du général Patton, avec mission de protéger le flanc sud, très exposé, du XIIᵉ corps. Mais voici qu’apparaissent dans le ciel deux chasseurs‑bombardiers P‑47 Thunderbolt, qui piquent brusquement sur le convoi, lâchant plusieurs rafales de mitrailleuses, faisant cinq blessés parmi les Américains — dont deux grièvement — et provoquant un incendie à la maison Ragonneau, au hameau de la Feuilie. Les panneaux d’identification roses et jaunes sont rapidement déployés sur les véhicules, et les avions, se rendant compte de leur méprise, s’éloignent. Le convoi pénètre au centre du village alors que l’enthousiasme est indescriptible. On apporte à boire aux soldats, hommes au teint bronzé, la plupart originaires du Texas, tandis que les cloches sonnent à toute volée. Le convoi, quittant Chaource après avoir pris contact avec les F.F.I. stationnés à Crogny, se dirige vers Bar‑sur‑Seine et Les Riceys.

Dans l’après‑midi et le lendemain 26 août, seules quelques voitures F.F.I. et des jeeps de liaison américaines patrouillent. Un petit groupe de soldats allemands est intercepté le 25 août par les F.F.I. dans l’allée du Beau Soleil ; ils seront passés par les armes.

Le 27 août, un important convoi américain composé de jeeps, de canons et de chars traverse Chaource en direction de Troyes et de Bar‑sur‑Seine. Une unité campe aux Bailly, une autre près de la tuilerie Sainte‑Anne ; les habitants vont leur rendre visite, apportant œufs et tomates, et recevant abondamment du café et des cigarettes, particulièrement appréciés.

Le 28 août, les Américains quittent le village, ne laissant que quelques chars de protection.

À partir du 10 septembre 1944, tout danger est définitivement écarté. Il n’y a plus de troupes à Chaource.

Le 8 mai 1945, la signature de la capitulation allemande est annoncée à la radio. Aussitôt, les drapeaux sont mis aux fenêtres ; à 13 h 00, les cloches carillonnent pendant deux heures, tandis qu’une Croix de Lorraine est attachée à l’extérieur du clocher. Un mât, sur lequel flotte une oriflamme tricolore, y est monté et domine le coq. À 15 h, toute la jeunesse s’assemble et se rend en défilé au monument et au cimetière pour y déposer des gerbes. À 20 h, la population se rassemble sur la place. Un mannequin représentant Hitler, la corde au cou, est promené dans une charrette, fusillé, puis brûlé sur un tas de fagots. Tout le monde danse autour du brasier. Ensuite, les Chaourçois se rendent au bal sous le marché couvert. On n’a pas dansé depuis cinq ans : l’enthousiasme et la joie sont indescriptibles.

En mai et juin, les prisonniers libérés retrouvent leur famille. Imaginez la joie des retrouvailles après 5 ans passés dans les stalags. Le cauchemar est fini.

Bombardement Juin 1940 à Chaource

Des photos prises juste après le bombardement (le restaurant des Fontaines bombardé, le centre du village détruit, le Berle détruit, la grande rue en ruine, les troupes allemandes défilant dans la commune, l’exode, le départ de prisonniers, etc…

Les photos proviennent du livre de Roger Barat 
« Les évènements tragiques de juin 1940 dans le Chaourçois »

Le Junkers Ju 87 - Bombardement de Chaource Juin 1940 (BundesArchiv)

Le Junkers Ju 87, surnommé Stuka, fut le plus célèbre bombardier en piqué de la Luftwaffe durant la Seconde Guerre mondiale. En allemand, Sturzkampfflugzeug signifie littéralement « avion de combat 
en piqué », contraction de Sturz (chute), Kampf (combat) et Flugzeug (avion).
Reconnaissable à son train fixe et à ses ailes en W, le Ju 87 plongeait presque à la verticale sur sa cible avant de larguer ses bombes avec une précision redoutable. Son hurlement caractéristique, produit par la sirène dite « Trompette de Jéricho », précédait souvent les explosions et semait la panique au sol.
C’est ce type d’appareil qui, le 14 juin 1940, participa au bombardement de Chaource, provoquant la destruction d’une partie du village et de son église. L’image du Stuka reste aujourd’hui l’un des symboles les plus marquants de la guerre aérienne et de la terreur qu’elle inspira aux populations civiles.

Grande Rue de Chaource après les bombardements de 1940

Dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, les changements dans les modes de vie, l’évolution des mœurs et des mentalités, liés à un développement scientifique et technique extraordinaire, ont été à l’origine de nombreuses réalisations dont les répercussions furent particulièrement sensibles sur la vie locale.

La reconstruction de Chaource, commencée en 1947, devait apporter de profonds changements dans l’aspect de l’agglomération. Le plan d’urbanisme dressé par le service de la Reconstruction prévoyait la création d’une voie nouvelle en direction de Saint‑Florentin et l’aménagement d’une place centrale. Les travaux préliminaires de terrassement furent effectués par un contingent de prisonniers allemands en 1946 et 1947 ; les travaux d’infrastructure de voirie commencèrent en 1948. Pour cela, il fallut procéder à la démolition de quelques habitations. Parallèlement, un système d’égout fut mis en place pour drainer les eaux pluviales et les évacuer vers un collecteur principal : le ru des Fontaines, aménagé en aqueduc‑dalot. On procéda également à l’élargissement de diverses voies secondaires situées à l’intérieur du périmètre de reconstruction. L’ensemble de ces travaux fut achevé en 1953, à la satisfaction générale. Le remembrement et la reconstruction des immeubles, menés parallèlement à partir de 1947, étaient pratiquement achevés en 1954. Pendant sept ans, Chaource fut ainsi transformé en un vaste chantier, dont le point culminant fut atteint en 1950.

Après les années sombres de l’Occupation, où toute réjouissance publique avait été bannie, Chaource retrouva enfin le goût de la fête. En 1947 et 1948, la JAC du secteur décida de marquer ce retour à la vie en organisant les Fêtes de la Terre dans le cadre somptueux du parc du château de la Cordelière. On n’avait rien vu de tel depuis des décennies.

Dès le matin, les chemins, les routes, les sentiers se remplissaient de monde. On venait de partout : des villages voisins, des fermes isolées, de la vallée de l’Armance, parfois même de l’autre bout du département. À pied, à vélo, en carriole, en camionnette bringuebalante… tout le monde convergait vers Chaource comme vers un grand rendez‑vous attendu depuis trop longtemps.

Dans le parc, les chars décorés avançaient lentement sous les applaudissements. Les stands de kermesse s’alignaient sous les arbres, les enfants couraient partout, les musiciens accordaient leurs instruments, et l’odeur des gaufres et des grillades se mêlait à celle de l’herbe fraîchement coupée. À la tombée du jour, les lampions s’allumaient, les orchestres prenaient place, et la fête de nuit transformait la Cordelière en un véritable théâtre à ciel ouvert. Le feu d’artifice, tiré au-dessus des frondaisons, illuminait les visages émerveillés.

Et surtout, il y avait la foule. Une foule immense, compacte, joyeuse, presque irréelle pour un village de cette taille. Les témoignages de l’époque parlent de près de 6000 personnes rassemblées dans le parc.

Six mille, un chiffre qui paraît démesuré aujourd’hui, mais qui traduit l’explosion d’enthousiasme d’une population qui avait été privée de tout pendant la guerre. Une folie douce, un besoin vital de se retrouver, de rire, de danser, de se sentir vivant.

Ces fêtes de la Terre restent, pour beaucoup, l’un des plus grands souvenirs collectifs de l’après‑guerre : un moment où Chaource, l’espace d’un week‑end, devint le cœur battant de tout un pays.

[ La JAC : Jeunesse Agricole Chrétienne, mouvement d’éducation populaire fondé pour former, rassembler et dynamiser la jeunesse rurale. Très implantée dans l’Aube après la guerre, elle joua un rôle majeur dans l’organisation des grandes fêtes agricoles et des rassemblements populaires de l’époque.

C’était la jeunesse des campagnes, celle qui se retrouvait après les travaux des champs pour discuter, s’entraider, monter des projets, apprendre à prendre la parole, à organiser, à bouger les lignes.

Un mouvement chrétien, oui, mais surtout un formidable moteur d’énergie rurale : des garçons et des filles qui voulaient moderniser leurs fermes, dynamiser leurs villages, et qui savaient mobiliser des foules entières pour une fête, une kermesse ou une action collective. Sans eux, les grandes Fêtes de la Terre n’auraient jamais eu cette ampleur. La JAC, c’était la jeunesse qui relevait la tête après la guerre — et qui faisait battre le cœur du pays. ]

La commune, grâce aux dommages de guerre versés pour l’école maternelle, s’enrichit en 1953 d’un stade d’éducation physique et sportive, lieu‑dit Les Promenades, sur un terrain donné à la ville par son propriétaire, le comte François Chandon de Briailles. Chaource, en tant que ville sinistrée, bénéficia également, de 1953 à 1957, de la construction d’un réseau d’adduction d’eau potable entièrement pris en charge par l’État à l’intérieur du périmètre de reconstruction.

L’église, classée Monument Historique et très endommagée lors du bombardement, fit l’objet d’importants travaux : réfection complète de la toiture, remise en état des verrières sauvegardables, restauration des murs intérieurs et des voûtes, etc.

Quinze ans après les tragiques événements de juin 1940, la ville de Chaource avait complètement pansé ses plaies. De larges rues goudronnées, des maisons bien disposées, propres et fleuries, témoignaient de la renaissance d’une cité qui avait courageusement souffert, mais qui avait compris que l’espérance fait vivre.

Conscientes de la nécessité de préserver ce patrimoine prestigieux, les municipalités successives firent procéder à de judicieux travaux d’aménagement de l’église : électrification des cloches en 1966 ; restaurations en 1993 ; restauration de la crèche et réalisation d’un meuble de protection permettant le retour, en 1979, de cette œuvre unique déposée pendant seize ans au trésor de la cathédrale de Troyes ; rénovation et nettoyage de la statuaire du XVIᵉ siècle ; restauration par Athanase et Jean Dunant de l’orgue du XVIIᵉ siècle ; confection d’une niche‑trésor inaugurée en juillet 1990.

Les bâtiments qui ne répondaient plus aux besoins d’une administration en pleine mutation furent soit rénovés, soit reconstruits. Les P.T.T., devenus la Poste, se dotèrent à partir de 1961 d’un parc de fourgonnettes pour desservir un secteur étendu, puis abandonnèrent leur bâtiment trop exigu pour s’installer dans des locaux neufs inaugurés en juillet 1971 par M. Robert Galley, ministre des P.T.T.

De même, le bâtiment austère et sans confort abritant la gendarmerie, construit sous Louis‑Philippe pour loger la brigade à cheval de Chaource, ne répondant plus aux exigences modernes, fut remplacé par deux bâtiments construits rue des Roises, dans l’ancienne propriété Bailly‑Giblat, de février 1972 à mars 1973. Un centre de secours fut installé dans la même rue, dans des locaux neufs destinés à abriter véhicules et matériel des pompiers chargés de couvrir tout le grand secteur du Chaourçois.

En 1982, un collège neuf fut construit entre les routes de Troyes et Bar‑sur‑Seine, à l’initiative de Camille Martin, conseiller général de l’époque. Il fut baptisé tout naturellement collège Amadis‑Jamyn, en hommage à cet illustre enfant de la commune, décédé le 12 février 1593.

En 1962, les sœurs de la Providence de Troyes, qui occupaient les locaux de l’hospice de Chaource, quittèrent les lieux, remplacées par du personnel civil. Pour augmenter la capacité d’hébergement et améliorer les conditions de vie des pensionnaires, la construction d’une nouvelle maison de retraite fut décidée en 1960. Les travaux ne débutèrent qu’en 1978. L’inauguration de la nouvelle maison de retraite, comprenant 30 pensionnaires, eut lieu le 28 octobre 1981. Une complète restructuration des locaux, permettant d’augmenter la capacité à 40 lits — dont 8 médicalisés — en chambres individuelles, fut entreprise entre 1999 et 2001.

À la suite des violents orages et inondations de 1977 et 1978, la voirie et plusieurs habitations avaient subi d’importants dégâts. Pour éviter le renouvellement de telles calamités, des travaux furent entrepris afin de réguler le cours des rus du Croc‑du‑Gré et de Sainte‑Syre. Le 4 février 1981, la station d’épuration des eaux vannes et eaux usées, construite en bordure de l’Amance aux Arpents, fut mise en service après un an de travaux.

En 1994, dernière grande innovation du XXᵉ siècle, le centre‑ville fut complètement redessiné et transformé, partiellement en zone piétonne pavée, avec arbres, massifs floraux, mobilier urbain, trottoirs abaissés et parkings bordant les voies de circulation. Cet embellissement fut complété par un nouvel éclairage mettant en valeur l’église.

Fontaine de la place centrale – Œuvre de Bernard Provin

Au chevet de l’église Saint‑Jean‑Baptiste, une fontaine de conception originale, œuvre du sculpteur chaourçois Bernard Provin, orne la place centrale. Sa structure moderne, aux lignes épurées, contraste avec la pierre ancienne de l’édifice et symbolise la rencontre entre patrimoine et renouveau. L’eau jaillissant au cœur de l’ouvrage évoque la vitalité retrouvée du village après les années de reconstruction, tandis que les arcs clairs qui l’encadrent rappellent subtilement l’élan et la lumière de la foi.

Maison de pays – Office du tourisme et bibliothèque municipale

Entre 2001 et 2002, la commune de Chaource s’est dotée d’une maison de pays construite dans le style des maisons chaourçoises des XVᵉ et XVIᵉ siècles, avec pans de bois apparents, avancée de corps de ferme et toiture à forte pente.

Édifiée au cœur du village, à deux pas de l’église, elle abrite désormais l’office du tourisme et la bibliothèque municipale.

Ce bâtiment, fidèle à l’esprit des constructions anciennes tout en répondant aux besoins contemporains, illustre la volonté de préserver l’identité architecturale locale et de faire vivre le patrimoine dans un cadre accueillant et harmonieux.

La Fête du Muguet – Une tradition populaire chaourçoise


La Fête du Muguet, telle qu’on la connut à Chaource, naquit en 1964 sous l’impulsion de Camille Martin, conseiller général, et de toute une génération de bénévoles qui voulaient offrir au canton une grande fête printanière, joyeuse et fédératrice.

Dès sa première édition, le succès fut éclatant. On venait de tous les villages alentour, parfois de très loin, pour assister au défilé des chars fleuris, véritables œuvres d’art éphémères patiemment décorées par les habitants. Chaque commune rivalisait d’imagination : scènes champêtres, personnages géants, compositions florales extravagantes… tout était bon pour émerveiller la foule.

Au cœur de la fête, il y avait aussi la Reine du Muguet, entourée de ses demoiselles d’honneur, choisies parmi les jeunes filles du canton. Leur apparition, perchées sur un char abondamment fleuri, était l’un des moments les plus attendus du cortège.

Les rues de Chaource se remplissaient d’une foule compacte, joyeuse, bruissante, et la fête se prolongeait tard dans la soirée avec bals, animations et stands tenus par les associations locales. Pour beaucoup, c’était l’un des grands rendez‑vous de l’année : un moment où tout le canton se retrouvait, où l’on riait, où l’on dansait, où l’on célébrait simplement le retour des beaux jours.

Cette fête, qui avait marqué les mémoires finit par disparaître, comme tant d’autres traditions rurales emportées par les changements de société.

Mais en 2026, portée par l’enthousiasme d’une nouvelle génération de jeunes Chaourçois, la Fête du Muguet renaît.

Un clin d’œil au passé, un hommage aux anciens, et surtout la preuve que les traditions ne meurent jamais vraiment : elles dorment, puis reviennent quand quelqu’un décide de les réveiller.

 La Foire aux Fromages – Naissance d’une tradition gourmande

La foire aux fromages vit le jour en octobre 1966, dans un contexte où le canton cherchait à affirmer son identité et à mettre en lumière ses richesses gastronomiques. Ma grande‑tante, qui y assistait chaque année, m’a souvent raconté l’émerveillement des visiteurs devant la table de Lucullus, dressée comme un véritable banquet antique : une longue nappe immaculée, des pyramides de fromages, des plateaux débordant de produits du terroir, des décorations soignées…

Elle disait que c’était le clou de la manifestation, celui qui arrêtait les gens, qui faisait ouvrir de grands yeux, qui donnait faim rien qu’en regardant.

Cette fête, à la fois populaire et élégante, eut un effet considérable : elle contribua à faire connaître encore davantage le fromage de Chaource, déjà réputé mais pas encore protégé.

Grâce au combat opiniâtre de Camille Martin, conseiller général, et du Syndicat de Défense du Chaource, le fromage obtint finalement en 1970 la précieuse Appellation d’Origine Contrôlée.

Une victoire locale, mais aussi une reconnaissance nationale pour un produit qui faisait la fierté des fermes du pays.

Au fil des années, la foire évolua naturellement vers une foire gastronomique, élargissant son horizon : charcuteries, vins, pâtisseries, spécialités régionales… mais toujours avec le Chaource en vedette, trônant au centre des stands comme un roi dans son royaume.

Pour beaucoup, cette foire reste l’un des symboles de la vitalité du village : un moment où l’on célébrait non seulement un fromage, mais tout un art de vivre.


Du lait entier de vaches pâturant dans la champagne humide, un savoir-faire séculaire et une recette immuable donnent à ce fromage une typicité exceptionnelle.

Le Chaource c’est :

Un fromage au lait de vache entier à pâte molle et croûte fleurie
Une pâte légèrement salée, onctueuse et souple.
Un cœur crayeux et un affinage plus prononcé sous la croûte
Un goût lactique avec des arômes de crème fraîche (fromage jeune)
Un goût beurré de noisette avec des arômes de champignons (fromage plus affiné)

Le Chaource propose une croûte blanche et duveteuse à l’extérieur, et une pâte fine et fondante à l’intérieur accompagnée d’arômes de crème et de champignons frais, relevés par une légère pointe de sel. Sa saveur douce et fruitée de noisette sera délicieuse à déguster

L’usine de bonneterie – Une page industrielle de Chaource

En 1966, une nouvelle activité industrielle prit racine au cœur de Chaource : une usine de bonneterie, installée dans les anciens locaux de l’usine Robert. Dirigée par le groupe Devanlay et Recoing, elle fabriquait de la lingerie féminine pour la marque alors très en vue : Scandale.

Pendant des années, les ateliers résonnèrent du bruit des machines, du claquement régulier des métiers, et des conversations des ouvrières qui formaient l’âme de l’usine. Car cette usine faisait travailler des femmes venues des villages alentour, parfois de plusieurs kilomètres. On y voyait arriver chaque matin des ouvrières de Cussangy, Turgy, Chesley, Lagesse, mais aussi — et c’est dire l’importance du site — des femmes venues de Chessy‑les‑Prés, voire de Bar‑sur‑Seine. L’usine était un véritable poumon économique pour Chaource.

En 1992, l’activité quitta le centre‑ville pour s’installer dans des locaux neufs, plus adaptés, dans la zone artisanale des Maisons. L’usine employait alors 85 ouvrières, un chiffre considérable pour le secteur. Mais la mondialisation du textile, les restructurations et les délocalisations eurent raison de cette activité locale. En 2001, l’usine ferma définitivement ses portes et de nombreuses femmes se retrouvèrent au chômage.

La marque Scandale, elle, fut vendue à la Chine — symbole d’une époque où les savoir‑faire ruraux s’effaçaient devant les logiques internationales. Cette fermeture marqua la fin d’un chapitre important de l’histoire économique de Chaource : celui d’une industrie textile qui avait fait vivre des dizaines de familles pendant près de quarante ans.

 [La marque Scandale fondée en 1932, fut l’une des marques françaises de lingerie les plus innovantes du XXᵉ siècle. Elle révolutionna le sous‑vêtement féminin avec des matières nouvelles, des coupes modernes et une communication audacieuse pour l’époque. Dans les années 1950‑1970, Scandale était synonyme d’élégance, de féminité et de modernité — un nom qui faisait rêver, et qui s’affichait dans les vitrines des grands magasins. Produire pour Scandale à Chaource, c’était donc participer à une aventure industrielle prestigieuse, reconnue bien au‑delà du département. La marque fut ensuite rachetée à plusieurs reprises, avant d’être finalement vendue à un groupe chinois au début des années 2000, marquant la fin de son ancrage français.]

L’église Saint-Jean-Baptiste


voir l'article : Église Saint Jean-Baptiste de Chaource

Administration ecclésiastique

Pendant des siècles, la vie religieuse de Chaource s’inscrivit dans une organisation complexe, héritée du Moyen Âge, où se mêlaient droits anciens, privilèges rares et influences monastiques. Chaource dépendait alors du diocèse de Langres, l’un des plus vastes du royaume, et du doyenné rural de Saint‑Vinnemer, qui regroupait plusieurs paroisses de la région.

Dès le début du XIIᵉ siècle, l’abbaye de Montiéramey, puissante institution bénédictine, joua un rôle essentiel dans l’histoire spirituelle du village. Le 6 avril 1117, le pape Pascal II confirma solennellement à l’abbaye le droit de présentation à la cure de Chaource : autrement dit, c’était l’abbé qui choisissait le prêtre chargé de la paroisse. Trois ans plus tard, le 10 mai 1120, Joseran, évêque de Langres, ratifia à son tour ce privilège, preuve que ce droit était reconnu et respecté par les autorités ecclésiastiques.

Mais les choses n’étaient jamais simples dans l’Église médiévale. En 1315, après la mort du pape Clément V, le Saint‑Siège était vacant. Profitant de cette période d’incertitude, Guillaume de Durfort de Duras, évêque de Langres, décida d’ouvrir une enquête pour vérifier si l’abbaye de Montiéramey détenait réellement ce droit de présentation. Les témoins, entendus sous serment, furent unanimes : les trois derniers curés de Chaource avaient bien été nommés par les abbés de Montiéramey, et les archives du diocèse — le Pollerius dyocesis Lingonensis — confirmaient ce droit ancien. L’affaire fut donc tranchée en faveur de l’abbaye.

Chaource bénéficiait par ailleurs d’un privilège exceptionnel : la paroisse ne pouvait être visitée que par l’évêque lui‑même, et non par l’archidiacre de Tonnerre, pourtant chargé de la surveillance des paroisses du secteur. Pour cette raison, Chaource était qualifiée de “Camera episcopalis”, littéralement « chambre épiscopale ». Le 11 novembre 1524, Michel de Boudet, évêque de Langres, rappela que ce droit appartenait aux évêques “ab antiquo”, depuis des temps immémoriaux.

Ce privilège fut encore confirmé en 1608 par un arrêt du Parlement. Là encore, il s’agissait de défendre la paroisse contre les prétentions d’un archidiacre trop ambitieux, Antoine Pietrequin, qui revendiquait un droit de visite. La justice trancha en faveur du curé de Chaource, Edme Lesecq, et des marguilliers Melchior Giblat et Jules Jamin, réaffirmant que l’église de Chaource relevait exclusivement de l’évêque de Langres.

Au fil des siècles, la paroisse évolua. En 1436, Metz‑Robert était sa seule succursale. Plus tard, les pouillés de Montiéramey — ces registres qui recensaient les bénéfices ecclésiastiques — mentionnent Pargues comme succursale dans la seconde moitié du XVe siècle. La chapelle des Maisons, elle, devint succursale au XVIᵉ siècle, signe de l’extension progressive de la vie religieuse dans le territoire.

L’administration matérielle de la paroisse reposait sur un conseil de fabrique, composé de plusieurs fabriciens et de deux marguilliers, chargés de gérer les biens, les travaux, les revenus et les dépenses de l’église. Ce conseil, mis en sommeil pendant la Révolution, reprit vie en 1804, après le Concordat signé entre Napoléon et le pape Pie VII.

Mais tout cela prit fin avec la grande loi de 1905, qui institua la séparation de l’Église et de l’État. La fabrique fut dissoute, et l’administration des biens religieux passa à la commune, comme partout en France.

Ainsi se referme un long chapitre de l’histoire ecclésiastique de Chaource, fait de privilèges anciens, de droits jalousement défendus, et d’une organisation religieuse qui, pendant près de huit siècles, structura profondément la vie du village.

Les Chapelles de Chaource – Un chapelet de pierres dans le paysage

Pendant des siècles, Chaource fut entouré et traversé d’une constellation de petites chapelles, certaines nichées dans les rues du bourg, d’autres perdues dans les bois, au détour d’un chemin, près d’une fontaine ou d’un clos. L’état de la paroisse présenté à la chambre ecclésiastique de Langres au XVIIIᵉ siècle nous en offre un tableau précieux : une véritable cartographie spirituelle du territoire.

Les chapelles dans les murs

Saint‑Nicolas – La chapelle du vieux château

Située dans l’enceinte même du vieux château, la chapelle Saint‑Nicolas apparaît encore dans le testament d’Anne Cerveau, daté du 7 avril 1622. On imagine une petite chapelle seigneuriale, discrète, adossée aux bâtiments du château, où l’on venait prier à l’abri des murs épais.

Saint‑Antoine – La chapelle oubliée de la rue Saint‑Antoine

Interdite et abandonnée au XVIIIᵉ siècle, elle est pourtant bien vivante dans les archives : citée dans le testament d’Étienne Philibert (27 novembre 1594), réparée en 1596, elle se trouvait dans l’actuelle rue Saint‑Antoine. Une chapelle de quartier, simple, populaire, aujourd’hui disparue.

Saint‑Roch – La chapelle des dévotions privées

Entretenue par la piété de quelques particuliers, elle se situait sans doute rue Saint‑Roch. Une petite chapelle modeste, mais aimée, comme il en existait tant dans les villages.

Les chapelles hors les murs

Saint‑Jacques – Sur la route de Tonnerre

À un demi‑quart de lieue du bourg, entretenue par des particuliers, elle apparaît dans le testament de Claude Enfer (1557). Elle se dressait rue d’En Haut, près de la fontaine Saint‑Jacques, sur la route de Tonnerre. Une chapelle de passage, pour les voyageurs, les pèlerins, les gens de la campagne.

Sainte‑Anne – Aux portes du faubourg

Entretenue par la fabrique de Chaource, citée en 1557, réparée en 1596, elle se trouvait au faubourg Sainte‑Anne, à l’angle du chemin de Cussangy et de la route de Saint‑Florentin. Une chapelle bien implantée, presque un petit sanctuaire d’entrée de ville.

Sainte‑Syre – La chapelle reconstruite

Interdite au XVIIIᵉ siècle mais entretenue par un particulier qui possédait un clos dépendant d’elle, elle est citée dans les testaments de 1557 et 1622. Détruite puis reconstruite en 1596, elle témoigne d’une dévotion tenace malgré les aléas du temps.

Saint‑Laurent – La survivante

Située dans la propriété de la Bande, c’est la seule chapelle encore existante aujourd’hui. Elle fut bénie solennellement le 8 août 1757. Un petit bijou rescapé, témoin silencieux d’un monde disparu.

Saint‑Nicolas – La chapelle de la Mivoie

À une demi‑lieue à l’est, sur l’ancien chemin de Pargues, dans un bois proche de la ferme de la Mivoie, se trouvait une autre chapelle Saint‑Nicolas. Une chapelle forestière, presque secrète.

Les chapelles disparues avant le XVIIIᵉ siècle

Deux chapelles, pourtant attestées, ne figurent plus dans l’état du XVIIIᵉ siècle.

Saint‑Joseph – Sur le chemin du même nom

Mentionnée dès 1557 et encore en 1633 dans le testament de Charlotte Guillaumat, elle nécessitait déjà de grosses réparations. Elle se situait sur le chemin de Saint‑Joseph, entre les routes de Troyes et de Bar‑sur‑Seine.

Saint‑Lazare – La chapelle des lépreux

Aussi appelée Saint‑Ladre, elle dépendait de la léproserie ou maladrerie du lieu. Elle se trouvait au Povosts, dans un endroit isolé, comme il était d’usage pour les établissements destinés aux malades contagieux.

La grande croix monumentale de la Grande Rue

On peut assimiler à une chapelle la belle croix monumentale qui se dressait dans la Grande Rue, au carrefour de la rue Saint‑Antoine. C’était une œuvre remarquable : croix en cuivre fondu, posée sur un piédestal de pierre, protégée par un grand baldaquin en plomb ouvragé, soutenu par des colonnes.

Elle fut réparée et décorée en 1596 puis en 1610. Le marché du 16 novembre 1610, passé entre Jacques Passot, peintre de Troyes, et Maître Edme Lesecq, curé de Chaource, pour 90 livres, décrit une croix richement ornée de dorures fines. Elle fut détruite sous la Révolution, comme beaucoup de symboles religieux.

La chapelle de la Cordelière (1931)

En 1931, une nouvelle chapelle gothique fut construite sur la propriété de la Cordelière par le Comte François Chandon de Briailles, sur les plans de l’architecte Jean‑Louis Ernest Quintallet (Bar‑sur‑Seine). Elle abrite le caveau familial. Une chapelle moderne, mais dans l’esprit des anciennes.

L’Ermitage des Baillys – Un monde à part

Au nord‑est du village se trouvait l’ermitage des Baillys, sous le vocable de l’Annonciation, fondé vers 1414 et autorisé par le duc de Bourgogne. C’était un petit monde en soi : deux ermites, dont un “visiteur particulier”, des bois, un clos, un revenu de 60 livres, une chapelle, une cuisine, un réfectoire, trois cellules, une chambre à four, une grange, une cave, un jardin d’un demi‑arpent, moitié vigne.

Les habitants de Chaource en assuraient l’entretien. En 1733, ils furent autorisés à abattre 40 chênes de la haie de l’enclos pour réparer la chapelle et la maison.

L’ermitage se trouvait près de la fontaine de l’Ermitage, qui donne naissance au ru du même nom, au lieu‑dit le Vieux Fourneau, au nord de la ferme des Baillys et à l’ouest de l’ancienne ferme des Baillys‑aux‑Bois.

Il fut abandonné dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle.

Conclusion

Ce réseau de chapelles, aujourd’hui presque entièrement disparu, formait autrefois un véritable paysage sacré, un maillage de lieux de prière, de dévotion, de passage et de mémoire. Elles racontent une autre manière d’habiter le territoire, où chaque chemin, chaque fontaine, chaque faubourg avait son saint protecteur et sa petite chapelle.

La Halle et les Marchés – Le cœur battant de Chaource


Le marché est une vieille bâtisse en torchis et à arcades, aux piliers de bois tortueux qui sert à la fois de marché et d’hôtel de ville. Il est situé au centre du pays face aux arcades de style renaissance : les Allours. Sous les arcades se tient le marché aux grains ; place de l’église.

Les plus anciennes maisons des Arcades ou Allours datent du XVème siècle. L’ensemble est occupé par plusieurs commerces : un café, une épicerie, une boulangerie.

Depuis le Moyen Âge, Chaource vit au rythme de ses marchés. Un document de 1276 mentionne déjà un marché se tenant le lundi, preuve que le bourg était alors un centre d’échanges actif. Les revenus de ce marché étaient partagés entre les deux seigneurs indivis de Chaource : le Comte de Champagne et l’abbé de Montiéramey. Une alliance étonnante entre pouvoir princier et pouvoir monastique, mais typique de l’organisation féodale du pays.

La première halle – 1362

En 1362, les abbés de Montiéramey firent construire une halle, vaste bâtiment couvert où l’on vendait principalement des grains et du bois, deux richesses essentielles de la région. Cette halle était le cœur économique du village : on y discutait, on y négociait, on y échangeait des nouvelles autant que des marchandises.

Pourtant, en 1387, il semble que la halle ait été démolie ou déplacée. Un texte du duc de Bourgogne mentionne en effet des censives perçues « sur un po de place assisse en la ville neufve de Chaource, là où la halle salait estre ». Autrement dit : la halle n’était plus là où elle avait été.

En 1566, les habitants durent contribuer pour moitié aux réparations de la halle, l’autre moitié revenant à l’abbé de Montiéramey. La halle était alors située derrière le château. Mais le 21 mars 1578, décision fut prise de la transférer près de l’église. C’est probablement cette halle-là — celle du XVIᵉ siècle — qui fut finalement démolie en 1883.

Au XVIIIᵉ siècle, Chaource était un bourg animé : un marché le lundi, un autre le jeudi (attesté en 1739), et des foires régulières.

Les prix du blé, soigneusement consignés, montrent les fluctuations de l’époque :

1737 : 26 sols le boisseau (prix bas),

1749 : 4 livres 5 sols (prix très élevé). Ces variations reflètent les crises agricoles, les mauvaises récoltes, les disettes.

Avant 1789, la halle appartenait aux seigneurs de Chaource. La commune l’acquit vers 1791‑1792. C’était alors un vieux bâtiment à arcades, soutenu par des piliers de bois, avec un étage qui servait à tout : hôtel de ville, auditoire de justice, prison.

Sous les arcades se tenait le marché aux grains du lundi. Un épicier nommé Sasset y habitait, ce qui valut au bâtiment le surnom de halle à Sasset.

En 1814, la municipalité entra en conflit avec un certain sieur Jolly, qui prétendait percevoir un droit de halage sur les marchands utilisant la petite halle. Il fut débouté.

En 1881, l’hôtel de ville fut transféré Grande Rue. La vieille halle, devenue vétuste, fut démolie en 1883.

La halle Baltard – 1889‑1890


Pour remplacer l’ancien bâtiment, la commune acheta la maison Grisier, située en face de l’ancien hôtel de ville, afin de dégager une place suffisante pour une halle moderne.

Le 1er juillet 1888, sous la présidence du maire Ludovic de Damoiseau, le conseil municipal décida la construction d’une nouvelle halle destinée à abriter les marchands les jours de foire et de marché. Le projet, d’abord estimé à 30 000 francs, fut réévalué à 39 715 francs par l’architecte Ludovic Sot (Chaource), le 6 janvier 1889.

La halle fut construite en 1889‑1890 par l’entreprise Maison des Riceys. C’est une halle métallique, de style Baltard, avec : une structure de fer, des murs de briques, des verrières en lames de verre, une élégance industrielle typique de la fin du XIXᵉ siècle.

Un bâtiment moderne, lumineux, aéré, qui tranchait avec les vieilles halles de bois du passé.

Chaque lundi matin, la halle et les rues avoisinantes s’animent encore d’un marché très actif, fréquenté par une grande partie de la population du canton et même au‑delà. On y retrouve l’esprit des anciens marchés médiévaux : les voix, les étals, les produits du terroir, les rencontres, les habitudes. Un héritage vivant, qui relie le Chaource d’aujourd’hui à celui d’hier.

En 1966, la municipalité achète le bâtiment « des arcades »t pour en faire la M.J.C.

projet 2026 : redonner son éclat à un monument emblématique de Chaource

La halle de Chaource est aujourd'hui le cœur battant de la commune. Dans un état de péril avancé, une restauration est nécessaire afin de la préserver.

L’état actuel des structures en fonte et en acier de la charpente ainsi que des couvertures est préoccupant. Le système électrique est à revoir et les murs en mortier et sols présentent également de nombreuses fissures. Les travaux concernent donc la restauration de la charpente métallique et de la couverture dans une première tranche, avant la reprise de tous les autres éléments dans une seconde tranche.

Depuis plus d'un siècle, elle anime ainsi de manière hebdomadaire le centre-bourg via son marché mettant en avant l'artisanat local et le terroir local.

Sa restauration permettra, en lien étroit avec les autres espaces commerçants de la commune, de pérenniser l’accueil des exposants et artisans lors du marché hebdomadaire du lundi et des nombreuses foires et manifestations qui rythment la vie locale et touristique : foire du 1er mai, marché de Noël, marché nocturne du 14 août, départ du Run and Bike de Chaource… Elle pourra également accueillir des animations culturelles, à commencer par une exposition réalisée en partenariat avec les services de la DRAC sur la restauration de la Mise au Tombeau de Chaource, œuvre majeur de 1515 abritée au sein de l’église Saint-Jean-Baptiste.

Montant global des restaurations : 270 000€

L’Hôtel de ville ou Mairie

Depuis la Révolution, la Mairie était installée au premier étage, au-dessus de la halle construite en 1578.

Le bâtiment, trop exigu et vétuste, la municipalité jugera en 1853 que la construction d’un nouvel hôtel de ville s’avérait indispensable. Un projet fut alors dressé par M. Batier, architecte, avec halle au rez-de-chaussée, salles de marie et justice de paix à l’étage, mais abandonné, car trop onéreux pour la commune.

Des pourparlers et débats furent engagés à nouveau au sein de la municipalité en 1862 et 1869 sans parvenir à un accord sur un projet définitif de construction.

Finalement, une solution intéressante fut trouvée. Le Vicomte Chandon de Briailles acceptait de céder sa vaste propriété de la Grande Rue en vue d’y établir un hôtel de ville. Le propriétaire n’habitait plus dans cette propriété construite vers 1800 par les époux Micheau-Parent, ancêtres de la famille Chandon. C’est là, dans le bâtiment principal que murut le 16 août 1802, Françoise-Catherine Parent, épouse de Pierre-Louis Micheau, et sa fille de 13 ans, victimes de l’éboulement du plafond.

La vente fut conclue moyennant la somme de 40 000 francs. L’acte de vente signé en 1880, donne la composition de la propriété :

Un bâtiment principal avec un rez-de-chaussée : 9 pièces, corridor et vestibule, au 1er étage : 8 pièces, couloir et antichambre, grenier sur le tout.
Un bâtiment formant aile droite : 4 chambres et 2 cabinets, corridor et grenier
Un bâtiment formant aile gauche : 1 chambre, une remise à voitures.
Derrière : un bâtiment comprenant 1 grand bûcher, 1 cour, 2 greniers superposés
Un bâtiment servant de hangar et de vinée avec comble au-dessus
Un bâtiment ancien servant de serre et écurie
Colombier, lieu d’aisance
Cour d’honneur, fermée par une grille portant les lettre M et P entrelacées (Micheau-Parent) Terrasse gazonnée derrière avec accès sur le chemin de Saint-Antoine par une grille de fer
Grand jardin clos tenant à la rue des Tanneries
La commune prit possession des bâtiments le 1er janvier 1881.

De 1882 à 1892, d’importants travaux de restauration furent effectués, notamment l’installation de la justice de paix dans une salle du rez-de-chaussée et l’installation du logement de l’instituteur dans une aile, l’autre aile servant de local pour le matériel de défense contre l’incendie.

Pendant la seconde guerre mondiale : S’en suivra l’occupation du village par les troupes allemandes en 1940 qui instaurent le couvre-feu et installeront leur « Kommandantur » à la Mairie de Chaource.


L’Hôpital

En 1322, le bourg de Chaource possédait un modeste hôpital fondé par la charité publique.

« Domus St antonü » ; cet hôpital n’était pas doté.

Une circulaire de l’évêque de Langres, Jean IV d’Amboise, en date du 6 novembre 1496 nous apprend que l’hôpital de Chaource tombe en ruines, qu’il manque de linge et de couvertures et que tout y fait défaut pour les pauvres qui affluent jour et nuit. Cette circulaire autorise une quête par le diocèse en faveur de l’hôpital.

Peut-être que le bâtiment qui menaçait ruine en 1496 disparut complètement ou changea de place. Un document de 1608, ainsi qu’une gravure de la ville de Chaource de la même année, nous décrit l’hôpital tel qu’il était à cette époque. « La fabrique de ladite esglise aurait acquis une petite maisonnette des derniers et ausmônes des gens de bien, proche de l’église dudict lieu, en laquelle il y a deux chambres basses seulement et un grenier dessus, l’une pour loger le concierge et l’autre les plus pauvres valétudénaires ou passans, en laquelle il y a trois ou quatre licts qui ont été achetés des deniers de ladicte fabrique. Et il y a aucune rente ou revenu. Ainsi au contraire sont les marguilliers tenus de donner sept livres de gage par chacun an, à celuy qui garde la dicte maison et qui se tient en icelle, afin de se donner de garde desdicts licts et de blanchir le linge servant à iceux » (Archi. De l’Aube).

En 1688-1689, un petit bâtiment fut construit à côté de l’ancien édifice pour loger le gardien de l’hôpital. Chacune des deux pièces de l’hôpital contenait à cette date deux lits et chaque lit pouvait recevoir deux malades ; les hommes occupaient une pièce et les femmes l’autre.

Le personnel de l’hôpital jusqu’en 1688, consistait en un gardien salarié. Il fut remplacé ensuite par deux filles charitables : Melles Lesecq et Giblat qui se chargèrent gratuitement du soin des malades, mais aussi de l’instruction des jeunes filles, les bâtiments de l’hôpital servant aussi de salles d’école.
Pour cette double mission, de nombreux legs furent effectués au profit de l’hôpital par des personnes charitables :

Le 31 août 1700 ; Edmée Hénault lègue 200f de rente
Le 14 août 1707, Melles Lesecq et Giblat lèguent une maison et 600f de rente avec pour condition, l’installation d’une troisième sœur.
Le 15 mars 1716, Nicolas Bourguignat fait don de 500f et Melle Lesecq 1000f le 9 avril 1716
Le 16 mai 1724, Mme Dumonceau lègue un immeuble et 360f de mobilier…
En 1721, l’hôpital était desservi par trois religieuses ; on ignore à quel ordre elles appartenaient.

Par arrêt du conseil du 30 septembre 1695, confirmé par lettre patentes du roi du 26 mars 1745, il fut accordé à la commune de Chaource le droit d’envoyer à l’hospice de Bar-sur-Aube, ses malades en prenant pour base de ce droit la quotité du revenu des biens comprenant sa maladrerie. Chaource possédait en effet une maladrerie datant du XIIe siècle, sise aux Povosts, qui fut donné par édit de Luis XIV à l’ordre de St Lazare et rattachée ainsi à l’hospice de Bar-sur-Aube. Le registre des délibérations de la commission administrative de l’hospice civile de Bar/Aube du 3 octobre 1819 stipule que la commune de Chaource aura dans la salle des hommes, un lit pour 78 jours et qu’il n’y aura pas plus de malade à la fois. Le mémoire de l’hospice de Chaource du 17 juin 1823 mentionne la difficulté d’envoyer des malades à 12 lieues et, en conséquence voulant le retour des biens à Chaource, demande 1er octobre 1825, une indemnité. Cette demande fut refusée par l’hospice de Bar/Aube le 7 décembre 1826 et l’arrêté préfectoral du 6 août 1829 confirma que cette demande est non admissible.

Après nouvelles réclamations de l’hospice de Chaource des 14 juillet 1855 et 4 décembre 1858 appuyées d’une lettre du 13 septembre 1858 à l’empereur Napoléon III, une transaction intervint enfin entre les deux établissements de Chaource et Bar-sur-Aube. Cette dernière faisait abandon des biens composés d’un petit domaine portant le nom de maladrerie soit 1ha 70a de terre en une pièce de 3ha 42a de prés en 5 pièces dont deux sur les Loges-Margueron. En contrepartie, Chaource devait donner à Bar/Aube un titre de rente de 100f à 3% avec jouissance du 22 juin 1860.

L’arrêté préfectoral du 18 août 1860 approuva cette transaction et mit fin à un différend qui durait depuis plusieurs décennies.

Melle Georgette Eléonore Berthelin et sa sœur Catherine, issues d’une famille bourgeoise de Chaource, se dévouèrent gracieusement au soulagement des malheureux, aux bonnes œuvres et également à l’enseignement primaire des jeunes filles à l’hospice. Jusqu’à sa mort en 1832, Georgette Berthelin assura en plus, les fonctions d’économe de l’hôpital de Chaource et bien entendu gratuitement.

Par acte du 10 novembre 1820, avec sa sœur et Mme Despagnet sa cousine, elle fit don à cet hôpital de deux labourages rapportant environ 600f par an à condition expresse que le dit hôpital sera après son décès, gardé et habité par deux sœurs prises dans une association religieuse tolérée par le gouvernement. Les sœurs seront tenues à donner l’instruction aux jeunes filles et les soins aux pauvres malades de la commune et recevront chacune 300f par an.

Par décision du 3 juillet 1821, le Ministre de l’Intérieur autorisa la nomination de deux sœurs de la Providence, congrégation fondée vers 1820 à Pargues, par l’abbé Boigegrain, desservant du lieu.

Un traité passé le 26 septembre 1839 entre le Conseil d’Administration de l’hospice de Chaource et la Congrégation de la Providence, prévoyait l’installation à Chaource de 3 sœurs chargées du service de l’hospice et 2 sœurs chargées de l’instruction des jeunes filles.

Nouveaux legs d’importance au profit de l’hospice au milieu du XIXe siècle : En 1837, l’abbé de Damoiseau lègue 4000f, en 1850 Antoine Delagrange 1000f, puis en 1867 Melle de Bruni, propriétaire du château de Lagesse 30.000f pour fondation de trois lits aux pauvres. Aussi en 1867, la commission administrative de l’hospice demanda d’effectuer des réparations aux bâtiments existants et de construire une nouvelle salle de classe pour l’école des filles et proposa pour ce faire la vente d’un labourage sis aux Maisons. Un bâtiment en briques fut alors construit dans la cour, sur un terrain acheté en 1871 aux héritiers Paynot.

 Par une circulaire du 30 mars 1896, le préfet demanda la suppression de l’école dans les locaux de l’hospice, arguant que le nombre de malades était faible et que les revenus destinés surtout à l’instruction des jeunes filles, n’étaient pas utilisés pour leur véritable destination. Une polémique entre la municipalité et les services préfectoraux entraina des divisions dans la population.

La construction d’une école de filles inaugurée en 1907 libéra des bâtiments de l’hospice et les deux grandes salles de classe furent converties en deux dortoirs, chacun étant occupé par 10 hommes dans l’un et 10 femmes dans l’autre. Les trois sœurs de la Providence de Troyes se partageaient les tâches. Les dernières sœurs attachées à l’hospice furent sœur Monique, supérieur et infirmière, sœur Madeleine, chargée du service des pensionnaires et sœur Alfred, cuisinière.

Par décision de la Congrégation de Troyes, les trois sœurs quittèrent Chaource le 1er septembre 1962 emportant le regret de la population. Elles furent remplacées par du personnel civil. L’ancien hospice demandant de nombreux travaux de réfection et de mise aux normes, c’est en 1960 que la commission décida de construire un nouvel hospice. Mais, le 24 mars 1976, cette même commission décida de renoncer à la construction de nouveaux bâtiments et de moderniser les locaux existants. Le projet de modernisation adopté en 1977. Les travaux furent effectués au cours des années 1978-1980 et l’inauguration du nouvel hospice eut lieu en 1981. D’autres travaux d’agrandissements effectués de janvier 1999 à mai 2001 ont permis de porter la capacité d’accueil de 32 à 40 lits.

Cette maison de retraite a tout récemment pris le nom de « Résidence du Mortier d’Or ».

 Le village de Chaource a eu quelques célébrités

 Amadis Jamyn


Amadis Jamyn est né à Chaource, très vraisemblablement en 1540, date de la parution de l’Amadis de Gaule de Herberay des Essarts, d’après l’œuvre en espagnol de Montaldo.

Il fut confié comme page à Pierre de Ronsard dont il devint le secrétaire et l’ami. Devenu « Secrétaire et lecteur ordinaire de la chambre du roi », il a vécu au Louvre dans l’entourage de Charles IX puis d’Henri III. Sa notoriété fut assurée par sa traduction en dodécasyllabes de l’Iliade à partir du texte grec, publiée partiellement dès 1577.

Une première édition de ses Œuvres poétiques parut en 1575 et connut de nombreuses rééditions.

En 1584 parut le Second Volume des Œuvres. Ses poèmes sont le reflet de cette époque tragique des guerres de Religion. À côté de nombreux poèmes d’amour, œuvres sincères ou de commandes, figurent nombre de pièces qui nous renseignent sur la vie de la cour. Toujours Vers 1584, il quitta la cour et revint dans son domaine de Basly à Chaource.

 « poussé par la bonne amytié et affection qu’il porte audict lieu de sa naissance et patrie » donna à ses compatriotes une maison avec la destination « d’y faire un collège pour instruire les enffans ductict Chaource et autres lieux parce que la jeunesse de Chaource demeure la plupart sans instruction aux bonnes lettres pour n’y avoir aulcun homme docter audict Chaource qui y tienne escole publique » Cette maison consistant en « Chambre basse et haulte à chauffoir, grenier au dessus, chambre et appentis sur le derrière et une grande cour ».

Par son testament du 15 mai 1591, Amadis Jamyn légua 300 livres de rente dont une moitié devait être employée au traitement du régent ou maitre d’école qui serait en outre logé gratuitement en percevrait les mois d’école de ses élèves, sauf douze pris parmi les plus pauvres jeunes gens de Chaource pour qui l’école devait être gratuite, mais il devait prélever 20 livres par an sur son traitement pour les réparations du bâtiment. Le régent était tenu de faire chanter par ses écoliers à haute voix, le cantique Te Deum quatre fois l’an ; les douze élèves étant obligés de chanter chaque dimanche un De Profundis en mémoire et sur la sépulture du testateur.

Une déclaration faire en 1640 nous apprend que le collège se composait alors « d’un bâtiment consistant en deux chambres basses à feu avec grenier dessus, deux autres chambres servant de classe aux écoliers et une petite cour ; chargé de censive envers le chapelain de la Chapelle St Jehan, tenant d’un bout à la rue du dit Chaource, d’autres aux murailles, dans lesquelles chambres demeurent les régents du dit collège ».

Cet établissement avait une pièce de pré de 4 arpents au finage de Cussangy louée pour 20 livres et qui était en terrain pierreux, 9 quartiers de pré au finage de Chaource loués pour 10 livres. Ces prix de location servaient à payer les gages des régents, le surplus des dits gages se prenait sur le revenu des près de la fabrique avec ce que les parents des élèves donnaient par mois pour chaque écolier, c’est à dire 10 sous ; autrement « le dict collège demeureroit inutille et les enfans sans instruction ».

Les rentes léguées par Amadis Jamyn étaient sans doute devenues insuffisantes, en 1649 par acte testamentaire, Nicolas Hénault, médecin du roi, donna 2000 livres et fonda 4 boursiers. Enfin en 1732, pour augmenter les revenus du collège, on y unit la chapelle bénéficiale de Saint Jean l’Evangéliste, en l’église de Chaource.

Un traité passé en 1724 avec le sieur Dumont, nous indique que ce dernier « emploiera les jeudi et samedi à l’étude du plain chant, conduira les enfans aux saluts et processions, assistera à la messe des clercs tous les jours, recevra pour la rétribution des escholliers huit sols pour chacun de ceux qui apprendront l’arithmétique et trois sols pour ceux qui apprendront à lire, assistera les jours de fêtes et dimanches au service divin pour y tenir les escholliers en respect et chaner au lutrin à la manière accoutumée ».

Une plaque de cuivre fut placée sur la façade de l’établissement avec cette inscription :

Céans est le collège

De Chaource, achepté

Et fondé par noble

Homme amadis Jamyn

Secrétaire et lecteur

Ordinaire de la chmabre

Du Roy, sieur de Bailly

1585

 On relève encore :

Fils de Claude-Nicolas Jamin et de Marie Chemelet, Amadis Jamyn, poète champenois, est proche du cercle littéraire de la Pléiade, ami de Pierre de Ronsard et le traducteur en vers français des 13 derniers livres de l’Iliade d’Homère publiés en 1580. Il commence également la traduction de l’Odyssée du même auteur mais la laisse inachevée. Il se « spécialise » dans les poèmes d’amours. Secrétaire de la Chambre de Charles IX, puis de Henri III. Il fréquente, sous Henri III, l’Académie du Palais, première « ébauche » d’une « Académie française ».

Son père Claude Nicolas, prévôt de Chaource et Procureur général, a très certainement trouvé son prénom dans le roman de chevalerie Amadis de Gaule du portugais Vasco de Lobeira, récemment traduit en français.

Il reçoit une éducation soignée, en tant que clerc du diocèse de Langres. Les premiers vers que l’on connait de lui ont pour titre « Stance à la reine mère passant à Nogent-sur-Seine », et datent de 1564. Il était alors page de Ronsard qui le forma à la poésie galante, aux belles manières et au fin langage. Il suit son maître en Vendômois, au prieuré de Saint-Cosme puis au prieuré de Croix-Val.

Durant les années 1569-1570, il quitte cette région pour rejoindre la Cour du roi où son nom, comme poète, s’affirmait déjà. Grâce à Ronsard, le roi Charles IX le retient comme lecteur ordinaire de la chambre du roi en 1571 et comme secrétaire du roi vers 1573.

Vient ensuite l’« Ancien chant nuptial fait sur le mariage du Roi Charles IX et Elisabeth d’Autriche », en 1570. D’autres poésies qu’il réunit sous le titre d’« œuvres poétiques du Roi de France », en 1575, le placent au rang des premiers auteurs de son époque. Il y célèbre, pour son compte et pour celui de son royal maître, les beautés qu’il avait connues à la cour ou dans les salons, sous les noms d’Oriane, Arthémis, et Callyrée. Elles furent réimprimées en 1577.

Depuis quelques années, Amadis Jamyn s’occupait d’une œuvre vraiment sérieuse, qui devait mettre le sceau à sa réputation : sa traduction en vers de l’« Iliade » d’Homère. Ce travail avait été commencé par Hugues Salel, qui en avait fait les 11 premiers livres. Jamyn se les appropria en les retouchant et traduisit les 13 derniers en 1580. Le tout est intitulé : « Les XXIV livres de l’Iliade d’Homère, Prince des poètes Grecs, traduits en vers français, les XI premiers par Hugues Salel, abbé de Saint-Cheron, et les XIII derniers par Amadis Jamyn, tous les XXIV revus et corrigés par Amadis Jamyn, avec les 3 premiers livres d’Homère, plus une Table bien ample sur l’Iliade d’Homère ». Cet ouvrage avait paru une première fois en 1577, et Ronsard avait proclamé son admiration pour son élève dans une ode imprimée en tête de la traduction de Jamyn. C’est dire de quelle estime était entourée l’œuvre de notre poète, dont le style est assurément plus naturel, plus facile, plus agréable que celui de Ronsard.

Mais il se lasse de la cour et fit des séjours de plus en plus fréquents à Chaource surtout après la mort de Ronsard en 1585. Ainsi en 1584, il fait donation d’une maison avec la destination d’en faire un collège, et en 1591, par testament, il laisse une somme de 300 livres pour subvenir aux besoins du dit collège. Il est à noter que l’actuel collège de Chaource porte son nom depuis 1993. Une rue de Chaource porte également son nom.

Il meurt à Chaource le 12 janvier 1593 et est inhumé dans l’église paroissiale.

Seigneur de Basly, Amadis eut trois frères : Claude (Procureur du Roi et Lieutenant général au bailliage de Chaource), Benjamin (poète et traducteur, secrétaire du Duc d’Alençon), et Gabriel, riche marchand.

[Il est à noter que l’on trouve dans les archives une école dès le commencement du XIVe siècle. En 1321, l’Abbé de Montiéramey fit saisir quatre setiers de forment, trois de muids et demi d’avoine que le maître d’école de Chaource devait à l’Abbaye. Cette école parait avoir été une sorte d’école secondaire destinée à former des sujets pour l’exercice du culte et le recrutement du clergé local. En effet, en 1527, dans le testament de Jacqueline de Laignes, Dame de Lagesse, veuve de Nicolas de Monstier, on lit « et sera distribué aux diacres choraulx, clercs de l’escolle et autres petits enffans ». D’après un compte de 1546, un prêtre est chargé de dire la messe pour cette école et il s’appelle le vicaire des écoles de Chaource, les élèves sont désignés sous le nom de clercs et la messe sous celui des messes des clercs.]

 Benjamin Jamyn (v. 1540 – 1606)

Né vers 1540 à Chaource, dans l’actuel département de l’Aube, Benjamin Jamyn appartient à une famille modeste mais instruite. Il est le frère cadet d’Amadis Jamyn, célèbre disciple de Ronsard et figure reconnue de la Pléiade. Contrairement à son frère, Benjamin ne suit pas la voie des cercles littéraires parisiens : il mène une vie plus retirée, tout en cultivant une solide culture humaniste.

Benjamin s’établit à Châtillon‑sur‑Seine (Côte‑d’Or), où il exerce la fonction de grainetier, charge municipale importante qui implique la gestion des réserves de grains, la surveillance des poids et mesures et la régulation du commerce local. Cette position témoigne d’une réputation d’intégrité et d’un niveau d’instruction supérieur à la moyenne. Comme son frère, Benjamin reçoit une éducation classique. Il maîtrise suffisamment le latin pour entreprendre la traduction française d’un ouvrage majeur de la pédagogie humaniste : les Exercitatio linguae latinae de Juan Luis Vivès, manuel de dialogues destiné à l’apprentissage du latin.

Sa traduction, publiée à la fin du XVIᵉ siècle, est accompagnée de vers liminaires de sa main, courts poèmes moraux destinés au lecteur. Ces pièces témoignent d’un style sobre, clair, didactique, très éloigné de la virtuosité poétique d’Amadis mais parfaitement représentatif de la littérature spirituelle et pédagogique de son temps.

Bien que Benjamin Jamyn n’ait jamais publié de recueil personnel, il a laissé plusieurs poèmes spirituels insérés dans la Muse chrétienne de Pierre Poupo, un ouvrage collectif de dévotion. Ses contributions y prennent la forme de prières en vers, de sonnets moraux ou de courtes méditations religieuses. Ces textes, rares et dispersés, montrent un homme de foi, attaché à une poésie simple, tournée vers la morale chrétienne et l’examen de conscience.

Benjamin Jamyn meurt à Châtillon‑sur‑Seine en 1606. Sa postérité est restée discrète, éclipsée par la renommée d’Amadis. Cependant, les érudits du XIXᵉ siècle ont rétabli son existence littéraire, rappelant qu’il fut l’un des rares poètes et traducteurs humanistes issus du pays de Chaource.

Poème extrait de La Muse chrétienne de Pierre Poupo (édition de la fin du XVIᵉ siècle)

« À Dieu seul soit l’honneur, la gloire et la puissance,
Lui qui tient en sa main le monde et son essence,
Qui fait luire le jour, qui fait régner la paix,
Et dompte les orgueils des superbes mortels.

O Seigneur tout-puissant, conduis-moi par ta grâce,
Affermis mon esprit, que nul mal ne m’embrasse,
Et que ton saint vouloir soit mon unique appui,
Afin que je te serve et te craigne aujourd’hui.
»

 Vers liminaires à sa traduction de Vivès (édition de la fin du XVIᵉ siècle)

« Lecteur, si tu veux bien profiter de ce livre,
Apprends à te connaître, et puis à bien te vivre ;
Car qui s’entend soi-même, et règle ses désirs,
Peut sans trouble passer le cours de ses plaisirs. »


La Muse Chrestienne – Pierre Poupo
 réédition du Cabinet du Bibliophile, Paris, 1886

RICHER Edmond

Né à Chaource en 1559, dans ce pays de collines et de sources où les villages semblent encore tenir conseil autour de leur clocher, Edmond Richer appartient à cette lignée rare d’enfants modestes que la seule force de l’esprit arrache à leur condition. On le dit issu d’une famille pauvre, et l’on imagine sans peine ce garçon sérieux, appliqué, qui payait ses études en servant dans un collège, déjà tendu vers un avenir plus vaste que les chemins de son village natal. Très tôt, Paris l’attire, et c’est là, dans l’atmosphère sévère et brillante du collège du Cardinal-Lemoine, qu’il se forme, qu’il s’affirme, et qu’il devient docteur en Sorbonne avant d’en être l’un des maîtres.

Richer est un homme de son siècle, c’est‑à‑dire un homme de feu. Les guerres de Religion le trouvent engagé, parfois trop, jusqu’à approuver l’attentat de Jacques Clément contre Henri III. Mais c’est surtout dans les débats théologiques qu’il déploie sa véritable nature : une intelligence aiguë, un courage presque imprudent, et cette manière très française de défendre la liberté de l’Église de France contre les prétentions romaines. Élu syndic de la Faculté de théologie en 1608, il s’oppose avec une vigueur peu commune à l’infaillibilité pontificale et à l’autorité absolue du pape sur les conciles. Son grand ouvrage, De la puissance ecclésiastique et politique, fait l’effet d’un coup de tonnerre. Les Jésuites s’en indignent, les évêques le condamnent, la Sorbonne elle‑même se retourne contre lui. On le dépose, on le surveille, on l’enferme même quelque temps. Mais rien n’efface l’empreinte de ses idées : les États généraux de 1614 puiseront largement dans ses écrits pour défendre le gallicanisme politique.

Il y a chez Richer une noblesse têtue, une manière de tenir tête au pouvoir sans jamais renoncer à la rigueur du raisonnement. Pourtant, l’homme finira par se rétracter en 1629, usé par les pressions, peut‑être aussi par la solitude de celui qui a trop longtemps tenu la barre contre tous. Il meurt à Paris en 1631, chanoine respecté, mais marqué par les combats qu’il a menés.

On lui doit pourtant plus qu’un tumulte doctrinal. Richer fut aussi un érudit d’une grande finesse, éditeur des œuvres de Gerson, et l’auteur de la première histoire moderne de Jeanne d’Arc, restée manuscrite jusqu’au XXᵉ siècle. Dans cette œuvre tardive, on sent poindre un autre homme : moins polémiste, plus méditatif, presque attendri par la figure de la Pucelle, comme si la vie, après tant de controverses, lui avait rendu le goût des âmes simples et droites.

Ainsi apparaît Edmond Richer, enfant de Chaource devenu théologien redouté, esprit libre dans un siècle de fer, figure singulière dont la trajectoire, de la pauvreté villageoise aux querelles de la Sorbonne, raconte à sa manière la puissance d’un destin façonné par l’étude, la conviction et l’audace. Un homme de Chaource, oui, mais un homme qui porta son village bien au‑delà de ses frontières, jusque dans les débats les plus brûlants de son temps.

 RAISIN Jacques

Né à Chaource le 7 décembre 1653, Jacques Raisin appartient à ces destins que rien ne semblait prédestiner à la scène, sinon peut‑être l’atmosphère musicale et studieuse de sa maison. Son père, Edme Raison, ancien organiste de Troyes devenu principal du collège de Chaource et organiste de la paroisse, avait fait de son foyer un lieu où l’on respirait la musique, la discipline et l’ambition tranquille. Lorsque la famille monte à Paris en 1660, emmenant Jacques, ses frères et sa sœur, c’est pour former une petite troupe de comédiens placée sous la protection de Monseigneur le Dauphin. Le jeune garçon, encore presque un enfant, découvre alors les coulisses, les planches, les voix qui répètent, les lumières qui s’allument, et cette vie de théâtre qui ne le quittera plus.

Raisin grandit dans ce monde mouvant où l’on apprend autant par l’oreille que par les livres. Il se fait remarquer par son naturel, sa vivacité, et cette manière de dire les vers qui semble jaillir sans effort. En 1684, il est reçu à la Comédie-Française, ce qui, pour un fils d’organiste venu d’un village champenois, représente une ascension remarquable. Pendant les dix années qu’il y passe, il fait représenter quatre petites pièces de sa composition : Le Niais de Sologne en 1686, Le Petit Homme de la foire en 1687, Le Faux Gascon en 1688 et Merlin gascon en 1689. Ce sont des œuvres vives, légères, pleines de malice, dans le goût du théâtre comique de la fin du XVIIᵉ siècle, où l’on aime les types régionaux, les caractères outrés, les situations rapides et les dialogues qui claquent.

Mais Jacques Raisin n’est pas seulement auteur : il est aussi musicien, héritier de la formation paternelle. Il compose la musique des divertissements de plusieurs pièces jouées à la cour, preuve que son talent dépassait le seul cadre de la scène parisienne. On devine chez lui un tempérament souple, capable de passer du jeu à l’écriture, de la plume à la partition, avec cette aisance propre aux artistes complets de son époque.

Il meurt à Paris le 3 mars 1702, célibataire, sans avoir laissé une œuvre immense, mais avec la trace discrète et charmante d’un homme de théâtre qui avait su se faire une place dans un monde exigeant. Sa carrière, commencée dans les salles modestes d’un collège de Chaource et achevée sous les lambris de la Comédie-Française, raconte une autre facette du village : celle d’un lieu capable d’envoyer vers Paris non seulement des théologiens redoutés, mais aussi des comédiens, des musiciens, des auteurs, des hommes de scène. Jacques Raisin demeure ainsi l’un de ces fils de Chaource dont la vie, sans éclat tapageur, témoigne pourtant de la vitalité culturelle d’un terroir qui n’a jamais cessé de produire des esprits singuliers.

 PIDANSAT de MAIROBERT Mathieu-François

Né à Chaource le 20 février 1727, Mathieu‑François Pidansat de Mairobert appartient à cette lignée d’esprits vifs, nerveux et pénétrants que le XVIIIᵉ siècle a portés comme des étincelles. Son père, François Pidansat, bailli du duché d’Aumont et du marquisat de Praslin, subdélégué des prévôts et échevins de Paris, lui offre une éducation solide, ouverte sur les affaires, les lettres et les intrigues du monde. Très tôt, l’enfant quitte son pays natal pour Paris, où il est élevé dans la maison de Madame Doublet du Persan, femme d’esprit qui tient l’un des salons littéraires les plus informés de la capitale. C’est là, dans cette ruche de conversations, de lectures et de confidences, qu’il se forme, qu’il observe, qu’il écoute, et qu’il participe à la rédaction du journal manuscrit que l’on y compile jour après jour, véritable chronique secrète du royaume.

Mairobert entre ensuite dans les rouages officiels : il obtient un emploi de censeur royal, puis devient secrétaire des commandements du duc de Chartres, futur Philippe‑Égalité. Mais derrière ces fonctions sages se cache un tempérament autrement plus aventureux. Grâce à sa finesse d’observation, à son goût du détail piquant et à une audace presque imprudente, il devient l’un des collaborateurs masqués des libelles les plus violents et des pamphlets les plus corrosifs de son temps. Sa plume circule sous le manteau, frappe juste, et inquiète. Paradoxalement, l’homme qui alimente les écrits clandestins est aussi l’auxiliaire discret de Gabriel de Sartine et de Pierre Lenoir, les puissants lieutenants généraux de la police. Il renseigne, il note, il transmet : Mairobert est un observateur né, un homme de l’ombre qui connaît les salons comme les bureaux, les confidences comme les archives.

Cette double vie finit par le compromettre. Dans l’affaire de Brunoy, où il ne fut pourtant que le prête‑nom d’un personnage haut placé, il reçoit un blâme du Parlement. Pour lui, c’est une humiliation insupportable. L’homme qui avait vécu de sa plume, de son intelligence et de sa réputation se sent déshonoré. Le 27 mars 1779, dans un geste tragique, il s’ouvre les veines avec un rasoir avant de s’achever d’un coup de pistolet. Restif de La Bretonne, son ami fidèle, racontera la scène avec une émotion déchirante.

Son œuvre, diverse, vive et souvent audacieuse, témoigne de son esprit mordant et de son goût pour les affaires du temps. On lui doit La querelle de MM. de Voltaire et de Maupertuis (1753), où il chronique avec une ironie précise l’un des grands duels intellectuels du siècle ; les Lettres sur les véritables limites des possessions anglaises et françaises en Amérique (1755), texte politique où perce déjà l’inquiétude des rivalités coloniales ; la Correspondance secrète et familière du chancelier de Maupéou avec Sorhouet (1772), plongée indiscrète dans les coulisses du pouvoir ; les Anecdotes sur la comtesse du Barry (1776), où sa plume se fait plus acérée encore ; et L’Observateur anglais, réimprimé sous le titre de L’Espion anglais (1778), satire politique où l’on reconnaît sa manière de tout voir et de tout entendre. Après la mort de Bachaumont, il rédige également plusieurs volumes des Mémoires secrets, ces chroniques quotidiennes qui constituent aujourd’hui l’une des sources les plus précieuses sur la vie parisienne du XVIIIᵉ siècle.

Mathieu‑François Pidansat de Mairobert incarna, par sa vie comme par ses écrits, ces idées nouvelles qui furent les prémices de la Révolution française : goût de la critique, défiance envers les puissants, passion pour l’opinion publique, et cette liberté de ton qui annonçait déjà la fin d’un monde. Enfant de Chaource devenu chroniqueur redouté, il laisse l’image d’un homme de plume dont la vie, aussi brillante que tourmentée, appartient à l’histoire secrète de la monarchie finissante.

REGNAUTL de BEAUCARON Jacques-Edme

voir l'article : REGNAUTL de BEAUCARON Jacques-Edme

Les Seigneurs de Chaource – Une double autorité au fil des siècles

Pour terminer cette étude consacrée au village de Chaource, il serait impossible de clore ce chapitre sans évoquer ceux qui, pendant des siècles, exercèrent l’autorité sur le territoire : les seigneurs de Chaource.

Dès le haut Moyen Âge, la situation seigneuriale de Chaource présente une particularité remarquable : le village dépendait en indivis de deux seigneurs, qui se partageaient droits, revenus et prérogatives.

Un seigneur ecclésiastique : l’abbé de Montiéramey, chef d’une abbaye bénédictine puissante, influente, solidement implantée dans la région.

Un seigneur laïc : le comte de Champagne, l’un des plus grands princes territoriaux du royaume, dont l’autorité s’étendait sur une vaste partie du nord‑est de la France.

Ces deux seigneurs percevaient moitié des revenus chacun, ce qui faisait de Chaource une seigneurie partagée, un cas relativement rare mais attesté dans plusieurs régions où les abbayes avaient acquis des droits très anciens.

La seigneurie ecclésiastique : une autorité durable

La part ecclésiastique de la seigneurie, détenue par l’abbaye de Montiéramey, perdura jusqu’à la Révolution. Pendant des siècles, les abbés exercèrent leurs droits seigneuriaux : justice, cens, dîmes, présentation à la cure, perception de revenus divers. Mais cette autorité, solide au Moyen Âge, commença à s’affaiblir à partir du XVIᵉ siècle, avec l’instauration du régime de la commende.

Le régime de la commende : un tournant décisif

À partir du XVIᵉ siècle, les abbayes françaises furent progressivement confiées à des abbés commendataires. Ce système, voulu par la monarchie, consistait à nommer à la tête des abbayes non plus des religieux élus par la communauté, mais des clercs proches du pouvoir, voire parfois des laïcs issus de familles nobles.

Ces abbés commendataires : ne résidaient pas dans leur abbaye, n’assuraient pas la direction spirituelle de la communauté, mais percevaient les revenus, souvent considérables, attachés au titre abbatial.

Ce régime entraîna un déclin progressif des abbayes : moins de vocations, moins d’entretien des bâtiments, moins de présence spirituelle. Montiéramey n’échappa pas à cette évolution, et la seigneurie ecclésiastique de Chaource, bien que toujours juridiquement active, perdit peu à peu de sa vigueur.

Une seigneurie jusqu’à la Révolution

Malgré ces transformations, la seigneurie ecclésiastique subsista jusqu’en 1789, date à laquelle les droits féodaux furent abolis. La Révolution mit fin à cette longue histoire de co‑seigneurie entre l’abbaye et le comte de Champagne, et Chaource entra dans l’ère moderne, libéré des structures féodales qui l’avaient façonné pendant près d’un millénaire.

Citons parmi les principaux abbés :

Guillaume de Dinteville (1483-1501)

Jean-Baptiste de Beaumanoir de Lavardin (1696-1711)

Pierre II de Grondin de Pardaillan d’Antin (1771-1730)

Philippe de Chauvelin (1731-1770) qui plaida plusieurs fois contre les habitants de Chaource

Charles Joseph Marie Rafaelis de Saint-Sauveur (1772-1789), évêque de Tulle.

La Seigneurie laïque remonte à une date incertaine, au moins au temps du Comte de Champagne Henri Ier le Libéral (1152-1181) auquel succéderont :

Henri II (1181-1197)

Thibaut III (1197-1201)

Blanche de Navarre (1201-1222) Régente

Thibaut IV dit le Chansonnier (1222-1253)

Thibaut V (1253-1270)

Henri III (1270-1274)

Puis Jeanne de Navarre, sa fille, épouse du roi Philippe IV le Bel

 La Seigneurie passe alors dans le domaine royal sous les rois :

Philippe IV le Bel (1284-1314)

Louis X le Hutin (1314-1316)

Philippe V le Long (1316-1322)

Charles IV le Bel (1322-1328)

La Baronnie de Chaource passe ensuite dans la Maison de Bourgogne par le mariage en 1326 de Jeanne de Bourgogne, fille du roi Philippe V, avec Eudes, duc de Bourgogne.

On trouve ensuite : Philippe de Rouvre, comte de Bourgogne, petit-fils d’Eudes et de Jeanne de (1347 à 1361)

Marguerite II de Flandre, petite fille de Marguerite Ière, épouse de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, frère du roi de France Charles V. Elle hérita des comtés de Flandre, d’Artois, de Bourgngoe, de Nevers et de Rethel, qui passèrent ainsi à la maison de Bourgogne. Lors de la folie du roi Charles VI en 1392, elle contribua à assurer le gouvernement de la France à son mari par son influence personnelle sur la reine Isabeau de Bavière.

Froissard le dit « haute et crueuse (dure) ».

Au cours de 1388, Marguerite de Bourgogne séjourna au château de Chaource. Elle décéda en 1405, âgée de 55 ans.

Tombeau de Marguerite de Bourgogne – Hôtel-Dieu de Tonnerre (89)

Philippe de Bourgogne, 3ème fils de Philippe le Hardi, comte de Nevers et de Rethel (1045-1415) ; Chaource passa ainsi dans le domaine de la puissante famille de Nevers

Charles de Bourgogne, fils du précédent, comte de Nevers et de Rethel (1415-1464), puis sa veuve Marie d’Albret (1464-1485)

Jean de Bourgogne, son frère, comte de Nevers et de Rethel, duc de Brabant (1485-1491), puis sa veuve Françoise d’Albret (1491-1521).

Charlotte d’Albret, petite fille de Jean de Bourgogne, (1521-1525) mariée à Odet, comte de Foix, puis ses deux enfants :

Henri de Foix (1525-1540)

Claude de Foix, marié à Guy de Laval (1540—1553)

François de Clèves, duc de Nevers, qui se distingua dans la défense des frontières de l’Est (1553-1562)

Jacques de Clèves, son fils, duc de Nevers, marquis d’Isle (Aumont) (1562-1564)

Marie de Clèves, mariée à Henri de Bourbon, prince de Condé (1564-1574), d’une grande beauté, elle dut aimée du roi Henri III

Catherine de Bourbon-Condé, sa fille (1574-1595)

Henriette de Clèves, fille de François de Clèves, duchesse de Nevers, marquise d’Isle, mariée à Louis de Gonzague.

Elle vendit la baronnie de Chaource le 16 février 1601 à Charles de Choiseul, marquis de Praslin, lieutenant général au Gouvernement de Champagne, bailli et gouverneur de Troyes.

Inutile de dire que ces seigneurs qui possédaient des domaines considérables, n’habitaient pas Chaource, n’y sont d’ailleurs jamais venus, hormis quelques-uns qui y ont fait un bref séjour ou y ont simplement passé.

Charles de Choiseul, marquis de Praslin, marié à Claude de Cazillac, devint donc seigneur de la baronnie de Chaource jusqu’à sa mort survenue en 1626.

Lui succéda son fils Roger de Choiseul, lieutenant général du Gouvernement de Champagne, mort en 1641 lors de la bataille de la Marfée, sans alliance.

François de Choiseul, frère puiné du précédent, décédé en 1690 aussi lieutenant général au Gouvernement de Champagne, marié à Charlotte de Hautefort. Celle-ci décéda à Pralin en 1712 à l’âge de 102 ans.

Marie-Françoise de Choiseul-Praslin, fille du précédent, qui épousa en 1679 Louis Armand de Labadie de Sautour mort en 1680 sans enfant. En 1683 Gaston Jean-Baptiste de Choiseul d’Hostel, colonel au régiment royal du Roussillon, en troisième noce Nicolas Martial de Choiseul-Beaupré, sans postérité.

Charlotte Françoise de Choiseul-Hostel, née du second mariage, marquise de Praslin, femme de Claude Alexandre de Pons, seigneur de Rennepont, baron de Sexfontaine, décédée en 1738.

Gaston Jean-Baptiste de Pons, comte de Praslin, fils des précédents, marié à Louise Barbier de Broyes. Décédé en 1778, ledit seigneur réside à Pralin en 1770 et 1773.

Auquel succédèrent de 1781 à 1789 comme co-seigneurs les deux frères :

Marie Claude Alexandre Joseph Gaston Louis de Pons

et

Marie Claude Alexandre Jean-Baptiste Gaston Louis de Pons, résidant au château de Praslin en 1780.

 La famille de Choiseul-Praslin, qui comporte plusieurs branches, a donné naissance à de nombreux personnages qui se sont illustrés dans la diplomatie, l’église, l’armée, notamment Etienne François duc de Choiseul, ministre de Louis XV (1719-1785), César Gabriel de Choiseul-Chevigny, duc de Praslin, Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères, puis à la Marine sous Louis XVI (1712-1785).

 Le régime de la commende – Une révolution silencieuse dans les abbayes

À partir du XVIᵉ siècle, une transformation profonde bouleversa la vie monastique en France : l’instauration du régime de la commende. Ce système, voulu par la monarchie, modifia radicalement la manière dont les abbayes étaient dirigées et eut des conséquences durables sur les seigneuries ecclésiastiques, dont celle de Montiéramey, co‑seigneur de Chaource depuis le haut Moyen Âge.

Jusqu’alors, l’abbé était élu par les moines, vivait au sein de la communauté, en assurait la direction spirituelle, l’administration, la discipline, l’entretien des bâtiments, la gestion des terres et des revenus. Il était un père au sens plein du terme, un guide, un chef, un responsable.

Avec la commende, tout changea. Le roi se réserva le droit de nommer lui‑même les abbés, non plus parmi les religieux de la communauté, mais parmi :

  • des clercs proches du pouvoir,
  • des évêques cumulards,
  • parfois même des laïcs issus de familles nobles, récompensés pour leurs services.

Ces abbés commendataires :

  • ne résidaient pas dans leur abbaye,
  • n’exerçaient pas l’autorité spirituelle,
  • ne participaient pas à la vie monastique,
  • mais percevaient les revenus, souvent considérables, attachés au titre abbatial.

Les moines, eux, se retrouvaient dirigés par un prieur claustral, chargé de la vie quotidienne, tandis que l’abbé commendataire vivait à la cour ou dans ses terres, loin de la communauté.

Ce système entraîna un déclin progressif des abbayes : moins de vocations, moins d’entretien, moins de rayonnement spirituel. Montiéramey, autrefois puissante, n’échappa pas à cette lente érosion. La seigneurie ecclésiastique de Chaource, bien que toujours active juridiquement, perdit peu à peu de sa vigueur, jusqu’à disparaître avec l’abolition des droits féodaux en 1789.

Portrait d’un abbé de Montiéramey – Un seigneur en soutane

Pour donner chair à cette histoire, il est juste d’évoquer l’un de ces abbés qui marquèrent la vie de Montiéramey et, par ricochet, celle de Chaource. Parmi eux, Dom Jean de Montigny, abbé au XVIIᵉ siècle, incarne parfaitement la figure de l’abbé commendataire de l’époque moderne.

Dom Jean de Montigny – Un abbé entre deux mondes né dans une famille noble de Champagne, Jean de Montigny reçut une éducation soignée, destinée à le préparer à une carrière ecclésiastique prestigieuse. Il fut nommé abbé de Montiéramey par décision royale, sans avoir jamais vécu dans la communauté bénédictine.

Il résidait le plus souvent à Troyes ou à Paris, fréquentant les cercles lettrés et les salons où se mêlaient prélats, magistrats, officiers et gens de lettres. Pourtant, malgré son absence, il restait seigneur de Chaource, percevant sa part des revenus, signant des actes, confirmant des droits, arbitrant parfois des litiges par l’intermédiaire de ses officiers.

Dom Jean de Montigny n’était pas un homme indifférent : il fit réparer plusieurs bâtiments de l’abbaye, confirma des donations anciennes, et veilla à maintenir les droits seigneuriaux de Montiéramey. Mais il n’était pas un moine. Il ne connaissait la vie de la communauté que par les rapports qu’on lui envoyait.

À Chaource, son nom apparaissait dans les actes : présentation à la cure, perception des cens, confirmation des usages, arbitrage des conflits de pâturage ou de bois. Il était un seigneur ecclésiastique, mais un seigneur absent, représentatif de son époque.

Dom Jean de Montigny mourut dans son hôtel particulier, loin de Montiéramey. Son successeur fut nommé de la même manière, par le roi, perpétuant un système qui, peu à peu, vidait les abbayes de leur substance spirituelle.

Lorsque la Révolution abolit les droits féodaux, la seigneurie ecclésiastique de Chaource disparut avec lui. Les abbés commendataires, figures élégantes mais lointaines, s’effacèrent, laissant derrière eux un monde qui n’existait déjà plus que par habitude.

A contrario, voici le portrait d’un abbé médiéval

À l’opposé de l’abbé commendataire de l’époque moderne — seigneur absent, homme de cour, percepteur de revenus — l’abbé médiéval était un personnage d’une tout autre nature. Il vivait au cœur de son abbaye, partageait la vie des moines, dirigeait la prière, administrait les terres, rendait justice, recevait les voyageurs, et veillait sur les villages dépendant de son domaine, dont Chaource.

Pour incarner cette figure, prenons l’exemple d’un abbé comme Dom Hugues de Montiéramey, personnage typique du XIIᵉ siècle, époque où l’abbaye était à son apogée.

Dom Hugues de Montiéramey – Un abbé du XIIᵉ siècle

Dom Hugues naquit dans une petite famille chevaleresque de Champagne, à une époque où les cadets de noblesse entraient volontiers dans les ordres. Il reçut une formation solide : lecture, chant liturgique, copie des manuscrits, droit canonique, gestion des biens. Lorsqu’il fut élu abbé par ses frères, vers le milieu du XIIᵉ siècle, Montiéramey était une abbaye prospère, entourée de terres, de bois, de moulins, et dotée de droits seigneuriaux sur plusieurs villages, dont Chaource.

Contrairement aux abbés commendataires des siècles suivants, Dom Hugues vivait à l’abbaye. Il se levait avant l’aube pour les matines, présidait les offices, supervisait les travaux, recevait les paysans, les officiers, les voyageurs, les pauvres. Il connaissait les terres, les bois, les chemins, les moulins, les hommes. Il se rendait régulièrement à Chaource, non pour percevoir des revenus, mais pour exercer la justice, arbitrer un conflit de pâturage, confirmer un droit d’usage, ou simplement visiter la cure dont il avait la présentation.

Sous son abbatiat, on réparait un mur, on reconstruisait une grange, on plantait un verger, on ouvrait un vivier. Il veillait à la bonne gestion des récoltes, à la qualité du vin, à l’entretien des bâtiments, à la discipline monastique. Dom Hugues était un homme de prière, mais aussi un administrateur. Il signait des chartes, scellait des actes, recevait les serments de fidélité, confirmait les donations. Il représentait l’abbaye devant les comtes de Champagne, les évêques de Langres, les seigneurs voisins.

À Chaource, son autorité était respectée : il y présentait le curé, percevait la moitié des revenus seigneuriaux, protégeait les droits de l’abbaye, et veillait à ce que les habitants puissent exploiter les terres, les bois, les pâtures selon les usages anciens.

Dom Hugues n’était pas un intellectuel de cabinet : il connaissait la terre, les saisons, les hommes. Il savait lire les nuages, juger une récolte, évaluer un troupeau, sentir la qualité d’un vin. Il parlait le latin des chartes, mais aussi le parler champenois des paysans. Il était un père pour ses moines, un seigneur pour ses tenanciers, un interlocuteur pour les puissants, un protecteur pour les pauvres.

À sa mort, Dom Hugues fut enterré dans le cloître, comme il se devait. Son successeur fut élu parmi les moines, perpétuant une tradition séculaire. Son nom resta dans les archives, non comme celui d’un percepteur absent, mais comme celui d’un abbé vivant, présent, bâtisseur, pasteur, seigneur et moine à la fois. Un homme qui incarnait pleinement ce qu’était un abbé médiéval : un chef spirituel et temporel, enraciné dans sa terre et dans sa communauté.

Portrait d’un prieur claustral

Si l’abbé médiéval était le père de la communauté, le prieur claustral en était le bras droit, l’homme du quotidien, celui qui veillait à la vie réelle du monastère. Là où l’abbé représentait l’abbaye à l’extérieur, signait les chartes, rencontrait les seigneurs et les évêques, le prieur claustral, lui, vivait au cœur du cloître, au plus près des moines, des novices, des travaux, des offices, des règles.

Pour incarner cette figure essentielle, prenons un personnage typique du XIIIᵉ siècle : Frère Lambert, prieur claustral de Montiéramey.

Frère Lambert n’était pas un noble, ni un homme de cour. Il était entré jeune à Montiéramey, fils de paysans aisés, attiré par la vie régulière, le silence, la prière, mais aussi par l’ordre et la discipline qui régnaient dans les abbayes bénédictines. Élu prieur claustral par ses frères, il devint l’homme qui faisait tenir debout toute la maison. Chaque jour, avant même que les cloches ne sonnent les matines, Frère Lambert était debout. Il vérifiait que les novices étaient réveillés, que les lampes brûlaient encore dans le chœur, que les frères convers avaient allumé le feu dans la cuisine. Il connaissait par cœur la Règle de saint Benoît, et veillait à ce qu’elle soit appliquée : silence aux heures prescrites, travail manuel pour tous, lecture au réfectoire, offices célébrés avec exactitude, discipline dans les dortoirs, charité envers les pauvres.

Il n’était pas un homme sévère, mais un homme juste, respecté pour sa droiture. Pendant que l’abbé s’occupait des affaires extérieures, Frère Lambert gérait tout ce qui faisait vivre l’abbaye : les réserves de grain, les celliers, les jardins, les ateliers, les cuisines, les relations avec les frères convers, l’accueil des voyageurs.

Il savait combien de sacs de blé restaient dans le grenier, combien de tonneaux de vin étaient prêts, combien de bêtes paissaient dans les prés de l’abbaye. Il connaissait les artisans, les paysans, les tenanciers, les besoins de chacun.

Le prieur claustral était aussi un médiateur. Quand un novice se décourageait, c’est lui qui l’écoutait. Quand deux frères se disputaient, c’est lui qui tranchait. Quand un convers se plaignait d’un travail trop lourd, c’est lui qui rééquilibrait les tâches. Il était la voix de la raison, celui qui apaisait, qui expliquait, qui rappelait la règle sans humilier.

Même si l’abbé représentait officiellement Montiéramey à Chaource, Frère Lambert connaissait bien le village. Il y envoyait les frères pour percevoir les dîmes, superviser les travaux, vérifier les terres, rencontrer le curé. Il savait quels chemins étaient praticables, quels bois étaient mûrs pour la coupe, quelles terres donnaient le meilleur froment. Il n’était pas seigneur, mais il était l’œil et la main de l’abbaye sur le terrain. Frère Lambert ne signait pas les chartes. Il n’apparaissait pas dans les actes officiels. Il ne portait pas la crosse ni la mitre. Mais sans lui, l’abbaye n’aurait pas tenu une semaine. Il était l’homme de l’ombre, celui qui faisait tourner la maison, celui qui connaissait chaque pierre, chaque frère, chaque outil, chaque règle.

À sa mort, il fut enterré dans le cimetière des moines, sans statue, sans épitaphe grandiose. Mais dans la mémoire de la communauté, il resta comme l’un de ces hommes discrets et fidèles qui, siècle après siècle, ont fait vivre les abbayes.

Chaource c’est également la forêt d’Aumont

S’étendant en éventail sur plus de 13 000 hectares, la forêt d’Aumont forme l’un des plus vastes massifs forestiers de Champagne méridionale. À quelques pas seulement du village de Chaource, elle déploie un monde à part : un univers de clairières, de futaies profondes, de chemins moussus, de sources discrètes et de vallons secrets. C’est un territoire ancien, préservé, où la nature a conservé sa majesté.

La forêt d’Aumont offre une flore d’une richesse remarquable. Il serait fastidieux d’en dresser la liste complète tant les espèces sont nombreuses, mais un arbre domine tous les autres : le chêne, véritable seigneur de ces bois. On y rencontre des spécimens centenaires, aux troncs massifs, aux branches noueuses, témoins silencieux des siècles passés. Autour d’eux s’épanouissent hêtres, charmes, bouleaux, pins sylvestres, houx, noisetiers, fougères, mousses épaisses et tapis de myrtilles selon les saisons.

Au printemps, les sous‑bois se couvrent d’anémones et de jacinthes sauvages. En été, la lumière filtre en nappes dorées à travers les frondaisons. En automne, la forêt devient un incendie de couleurs. En hiver, elle se fait cathédrale silencieuse, sculptée par le givre.

La faune de la forêt d’Aumont est tout aussi variée. Elle abrite une population importante de grands gibiers : cerfs majestueux, biches et faons, chevreuils, daguets, sangliers, laies et marcassins.

Les sangliers, particulièrement nombreux, deviennent dangereux en hiver. La nuit, ils descendent en hordes sur les bas‑côtés de la route reliant Les Bordes‑Aumont à Chaource, attirés par les restes de végétation et les glands tombés. Chaque année, des accidents graves surviennent, dus à la fois à la présence des animaux et à la vitesse excessive de certains automobilistes.

Mais la forêt ne se limite pas aux grands animaux. Elle abrite aussi une multitude d’espèces plus discrètes, essentielles à l’équilibre de l’écosystème : écureuils, lièvres, renards, fouines et belettes furtives, et même quelques chats sauvages, rares mais encore présents. Cette diversité fait de la forêt d’Aumont un véritable sanctuaire naturel, un lieu où la vie circule, se cache, se révèle, selon les heures et les saisons.

La forêt est parcourue de sentiers balisés, accessibles à pied, à cheval ou en VTT. Ces chemins, ponctués de points de vue, de carrefours forestiers et de signalétiques, permettent de découvrir la forêt en toute sécurité. S’y promener, c’est s’offrir une parenthèse : le calme, le repos, la fraîcheur des sous‑bois, le chant des oiseaux, le craquement des feuilles sous les pas. C’est un lieu où l’on respire, où l’on se ressource, où l’on retrouve un peu de cette magie primitive que les forêts ont su conserver.

La forêt d’Aumont n’est pas seulement un décor : c’est un écosystème complexe, un patrimoine naturel, un espace de mémoire et de vie. Elle fait partie de l’identité de Chaource, de son paysage, de son histoire. Qu’on y marche, qu’on y observe, qu’on y écoute, qu’on y médite, la forêt d’Aumont offre toujours quelque chose : un souffle, une lumière, une présence.


Le brame du cerf en septembre – La voix sauvage de la forêt

À l’automne, lorsque les premières brumes s’accrochent aux futaies et que les nuits s’allongent, la forêt d’Aumont devient le théâtre d’un spectacle saisissant : le brame du cerf. C’est l’un des moments les plus impressionnants de la vie sauvage, un rituel ancestral où le grand cerf élaphe affirme sa puissance, son territoire et sa place dans la hiérarchie de la forêt.

Dès la tombée du jour, un silence étrange s’installe, comme si toute la forêt retenait son souffle. Puis, soudain, un cri profond, rauque, presque guttural, résonne entre les troncs : le brame. Un appel puissant, vibrant, qui traverse les sous‑bois et fait frissonner même les habitués des lieux.

Le CIE d’Othe et d’Armance propose chaque année des sorties encadrées pour suivre les traces du cerf en toute sécurité. Accompagnés de guides expérimentés, les visiteurs s’enfoncent dans la forêt, apprennent à reconnaître les empreintes, les frottis, les coulées, et découvrent la vie secrète de ce noble animal. En immersion dans son milieu naturel, on perçoit mieux la force de ce moment : la tension dans l’air, les craquements lointains, les silhouettes furtives, et ce brame qui résonne comme une voix venue d’un autre âge.

Une expérience fascinante… mais pas sans danger

Il est possible d’aller écouter le brame seul, mais cela demande prudence et respect. Le cerf, en période de rut, est à son maximum de tension : il défend son harem, son territoire, et peut devenir extrêmement agressif s’il se sent menacé.

Un cerf qui vous sent, vous voit ou vous surprend peut charger, et sa force est telle qu’un accident peut être dramatique. Chaque année, des incidents surviennent parce que des promeneurs s’approchent trop près, utilisent des lampes trop vives, ou se placent entre un cerf et ses biches.

Règles essentielles de sécurité

  • Ne jamais s’approcher d’un cerf, même s’il semble calme.
  • Ne jamais utiliser de flash ou de lumière vive.
  • Rester silencieux, immobile, à bonne distance.
  • Ne jamais se placer sur une coulée ou un passage fréquenté.
  • Toujours privilégier les sorties encadrées si l’on ne connaît pas la forêt.

Le brame est un moment magique, mais c’est aussi un moment où la forêt rappelle qu’elle est un monde sauvage, régi par ses propres lois.

Une chasse seigneuriale médiévale dans la forêt d’Aumont


À l’époque médiévale, la forêt d’Aumont n’était pas seulement un espace naturel : c’était un territoire seigneurial, un domaine réservé où les puissants venaient affirmer leur autorité, leur prestige et leur droit de chasse. Imagine une matinée d’automne, vers le XIIIᵉ siècle. La brume flotte encore entre les troncs, les feuilles ruissellent de rosée, et un silence profond enveloppe les futaies.

Soudain, un cor retentit : un son long, grave, qui roule entre les chênes centenaires. La chasse commence.

Le seigneur de Chaource, accompagné de quelques chevaliers, avance à cheval, capuchon relevé, arc court à l’épaule. À ses côtés, les veneurs tiennent les chiens, impatients, tirant sur leurs laisses. Les bêtes sentent déjà la piste.

Les hommes de pied, armés de lances et de coutelas, s’enfoncent dans les fourrés pour rabattre le gibier. On entend leurs voix, leurs appels, leurs pas dans les feuilles mortes. Puis un cri : « Il est levé ! »

Un grand cerf surgit, majestueux, bondissant entre les troncs. Ses bois se détachent dans la lumière pâle du matin. Les chiens sont lâchés. La forêt s’emplit d’aboiements, de galops, de branches qui claquent.

La poursuite s’engage. Le cerf traverse une clairière, franchit un ruisseau, disparaît dans un taillis. Les chasseurs suivent, haletants, exaltés. Le seigneur pousse son cheval, le cor sonne à nouveau, plus pressant.

Après une longue course, le cerf s’arrête, épuisé, dans un vallon encaissé. Les chiens l’encerclent. Les veneurs arrivent, puis le seigneur, qui descend de cheval pour donner le coup d’estoc, geste rituel qui met fin à la chasse.

Le silence retombe. On remercie la forêt, on honore l’animal, on partage un peu de vin tiré d’une outre. La chasse n’est pas seulement un divertissement : c’est un rite social, un acte politique, un moment où le seigneur affirme son pouvoir sur la terre, les hommes et les bêtes.

La forêt d’Aumont, ce jour-là, a vibré au rythme des cors, des sabots et des cris — comme elle l’a fait pendant des siècles.

Légendes de la forêt d’Aumont – Ombres, murmures et récits anciens

La forêt d’Aumont n’est pas seulement un massif de chênes et de hêtres : c’est un lieu chargé de récits, de peurs anciennes, de croyances populaires. Les habitants de Chaource, depuis des générations, racontent des histoires qui se transmettent au coin du feu, les soirs d’hiver, quand le vent souffle dans les branches.

Voici quelques‑unes des légendes les plus connues.

La Bête des Trois‑Chênes

On raconte qu’au XVIIᵉ siècle, un animal gigantesque hantait le carrefour des Trois‑Chênes. Ni loup, ni chien, ni sanglier, il apparaissait à la tombée de la nuit, poussant un cri rauque qui glaçait le sang.

Les chasseurs qui tentèrent de le poursuivre ne retrouvèrent jamais sa trace. Certains disaient qu’il s’agissait d’un cerf monstrueux, aux yeux rouges comme des braises. D’autres affirmaient que c’était l’esprit d’un veneur mort en chasse, condamné à errer pour l’éternité.

La Dame Blanche du Vieux‑Fourneau

Près de la fontaine de l’Ermitage, au lieu‑dit du Vieux‑Fourneau, plusieurs voyageurs jurèrent avoir vu, par nuits de brume, une femme vêtue de blanc, immobile au bord du chemin.

Elle ne parlait pas. Elle ne bougeait pas. Mais ceux qui la croisèrent sentirent un froid soudain, comme si la forêt retenait son souffle.

On disait qu’elle était l’âme d’une jeune fille morte d’amour, venue attendre un fiancé qui ne revint jamais de la guerre.

Le Cerf aux Bois d’Or

Une légende plus ancienne encore raconte qu’un cerf aux bois dorés apparaît parfois au lever du soleil, dans les clairières les plus profondes. Ceux qui le voient seraient bénis pour l’année entière : récoltes abondantes, santé préservée, chance assurée.

Mais il ne faut jamais tenter de le suivre. Car ceux qui l’ont fait se seraient perdus dans la forêt, incapables de retrouver leur chemin, comme si le cerf les avait entraînés dans un monde qui n’était pas le nôtre.

Le Souffle des Arbres

Les bûcherons d’autrefois affirmaient que, certains soirs d’orage, les arbres de la forêt d’Aumont « parlaient ». Le vent, pris dans les hautes futaies, produisait un grondement sourd, presque humain. On disait alors que les vieux chênes murmuraient entre eux, se souvenant des siècles passés, des batailles, des chasses, des hommes qui avaient foulé leurs racines.

Une forêt vivante, entre réalité et mystère

Ces légendes ne sont pas des histoires pour effrayer les enfants : elles disent quelque chose de profond sur la forêt d’Aumont. Un lieu où la nature est si présente, si ancienne, si puissante, qu’elle semble parfois dépasser le réel.

La forêt n’est pas seulement un paysage : c’est un personnage, un monde à part, un espace où l’imaginaire et la réalité se mêlent.

LES CHAMPIGNONS La forêt offre une multitude d’espèces pour tous les amateurs de cueillette de champignons. Suivant les saisons : girolles (Cantharellus cibarius), chanterelles d’abondance, trompettes de la mort (Craterellus cornucopioides), petits gris de sapin (Tricholoma terreum), morilles (Morchella sp.), psalliote champêtre, rosé des prés, boule de neige (Psalliota campestris), coulemelle (Lepiota procera), cèpes (Boletus sp. : edulis, aereus, reticulatus), coulemelles, girolles de sapin, tripes de chêne, mousserons, truffes de Bourgogne, lactaires délicieux, pieds-de-mouton (Hydnum repandum), pieds violets… remplissent les paniers des ramasseurs pour ensuite accompagner et parfumer les plats de viande.

LA RIVIÈRE ARMANCE



La rivière Armance prend sa source sur la commune de Chaource, dans un paysage encore très marqué par l’alternance de prairies humides, de boisements et de légers vallons. Dès son émergence, elle porte l’empreinte de la Champagne humide : sols gorgés d’eau, nappes affleurantes, mares forestières et végétation luxuriante. Ici, l’eau n’est pas un élément du décor : elle structure le territoire, façonne les usages et rythme la vie locale.

Après Chaource, l’Armance poursuit son cours vers l’ouest, traversant plusieurs villages du Chaourçois avant de rejoindre l’Armançon, dont elle est un affluent. Son tracé sinueux épouse les courbes du relief, glissant entre prairies bocagères, peupleraies et zones de pâture. Les berges, souvent ombragées, abritent une végétation typique : aulnes glutineux, frênes, saules blancs, iris des marais, renoncules aquatiques… autant d’espèces qui témoignent de la bonne qualité écologique du cours d’eau.

L’Armance est un lieu apprécié des pêcheurs. On y rencontre truites fario, goujons, vairons, chevesnes, et dans les secteurs plus profonds, quelques brochets. Les fonds graveleux et les eaux fraîches favorisent également la présence d’insectes aquatiques — éphémères, trichoptères, plécoptères — qui constituent un excellent indicateur de la santé du milieu.

Au printemps, les berges s’animent : libellules, demoiselles, grenouilles rousses et couleuvres à collier profitent de la chaleur retrouvée. Les oiseaux d’eau — hérons, martins-pêcheurs, poules d’eau — trouvent dans les méandres de l’Armance un territoire de chasse et de nidification.

Discrète mais essentielle, l’Armance a longtemps été exploitée pour ses ressources. Jusqu’au début du XXᵉ siècle, plusieurs moulins jalonnaient son cours : moulins à grain, à huile, à tan, parfois même de petits ateliers artisanaux utilisant la force motrice de l’eau. Ces installations ont aujourd’hui disparu ou ont été reconverties, mais elles ont profondément marqué l’histoire économique du Chaourçois. La rivière servait également à l’irrigation des prairies, indispensables à l’élevage bovin. Les anciens systèmes de dérivation, fossés et biefs témoignent encore de cette organisation rurale patiente et ingénieuse.

L’Armance contribue à maintenir un réseau de zones humides d’une grande valeur écologique. Ces milieux jouent un rôle essentiel : régulation naturelle des crues, filtration de l’eau, refuge pour la faune, maintien de la fraîcheur en période estivale.

Dans un contexte de changement climatique, ces fonctions deviennent encore plus précieuses. La rivière agit comme un véritable corridor écologique, reliant les massifs forestiers, les prairies et les milieux aquatiques du territoire.

L’Armance n’est pas une grande rivière spectaculaire, elle est de celles qui façonnent un pays en silence : elle nourrit les sols, irrigue les prairies, attire la vie, apaise les paysages. Elle accompagne depuis toujours l’histoire de Chaource et de ses habitants, et demeure aujourd’hui encore un élément fort de l’identité du territoire.

Un lundi de marché au XVIIIᵉ siècle




Imaginez Chaource vers 1739. Le jour n’est pas encore levé que déjà, dans les rues étroites du bourg, on entend le bruit des sabots, le grincement des charrettes, les appels des marchands qui arrivent des villages voisins. Le marché du lundi est le grand rendez‑vous de la semaine : on y vient pour vendre, acheter, discuter, apprendre les nouvelles, régler des affaires, parfois même chercher un domestique ou conclure un mariage.

Autour de la halle de bois, encore sombre sous son toit à arcades, les premiers étals s’installent. Les paysannes déplient leurs toiles grossières, posent leurs paniers d’œufs, de fromages, de légumes. Les hommes, eux, apportent les sacs de grain, lourds, poussiéreux, qu’on ouvre pour montrer la qualité du blé. On parle fort, on marchande, on plaisante, on se jauge.

Le marché aux grains, sous la halle, est le plus animé. Les boisseaux s’entrechoquent, les mesures se vérifient, les prix se discutent âprement. Un bon blé, sec, doré, bien vanné, peut faire monter les enchères. Un blé humide ou noirci fait grimacer les acheteurs.

Dans l’air flotte une odeur mêlée de paille, de terre, de bois humide, de bêtes qu’on attache un peu plus loin. Les enfants courent entre les jambes des adultes, les chiens flairent les paniers, les cloches de l’église sonnent la messe basse, rappelant que le commerce ne doit pas faire oublier la dévotion.

Plus loin, dans les rues adjacentes, les marchands ambulants déploient leurs marchandises : rubans, étoffes, couteaux, sabots, chandelles, sel, épices rares. On entend les cris : « À la belle chandelle ! À la belle chandelle ! » « Qui veut du bon fromage frais ? » « Blé de la vallée ! Blé de la vallée ! »

Les habitants du canton affluent : des femmes de Cussangy avec leurs paniers, des hommes de Lagesse menant une charrette, des jeunes de Pargues venus “voir le monde”, des marchands de Tonnerre ou de Saint‑Florentin qui font halte.

Le marché, c’est le cœur battant de Chaource. On y règle les affaires, on y échange les nouvelles, on y parle des récoltes, des impôts, des guerres lointaines, des prix du blé qui montent ou qui s’effondrent. C’est un lieu de vie, de bruit, de chaleur humaine — un théâtre populaire où chacun joue son rôle.

Mesures, prix et boisseaux au XVIIIᵉ siècle

Le boisseau est une mesure de capacité utilisée pour les grains. Sa contenance varie selon les provinces, mais dans notre région, il représente environ 13 litres. On ne vend pas le blé au poids, mais au volume.

Les prix fluctuent énormément selon les récoltes, les hivers, les guerres, les disettes.

1737 : 26 sols le boisseau → prix très bas, année d’abondance.

1749 : 4 livres 5 sols le boisseau → prix très élevé, signe de pénurie ou de mauvaise récolte.

Pour donner une idée : 1 livre = 20 sols. Donc 4 livres 5 sols = 85 sols, soit plus de trois fois le prix de 1737.

Pourquoi ces variations ? Mauvaises récoltes, gel tardif, pluies d’été, guerres qui perturbent les transports, spéculation des marchands, taxes seigneuriales ou royales.

Le rôle de la halle La halle n’est pas seulement un abri : c’est un lieu de contrôle, où l’on vérifie les mesures, où l’on surveille les prix, où l’on évite les fraudes. Les boisseaux doivent être justes, les sacs ouverts, les grains vannés.

Les grandes foires annuelles de Chaource (XVIIIᵉ siècle)



Une journée extraordinaire dans le bourg. Les foires annuelles de Chaource n’avaient rien à voir avec le marché du lundi. C’étaient des journées exceptionnelles, où le bourg se transformait en une véritable ruche humaine, vibrante, bruyante, colorée, débordante de vie.

Dès l’aube, les routes venant de Tonnerre, Saint‑Florentin, Cussangy, Lagesse, Pargues et de tous les villages du canton se couvraient de charrettes grinçantes, de troupeaux poussiéreux, de marchands ambulants, de colporteurs chargés de ballots, de paysans endimanchés venus “faire affaire”.

On entendait de loin les meuglements des vaches, les bêlements des moutons, les aboiements des chiens, les appels des hommes qui guidaient les bêtes.

L’arrivée des marchands : un spectacle en soi. Les premiers à arriver étaient les marchands de bétail : des hommes rudes, bottés, la blouse serrée à la taille, menant vaches, veaux, moutons, parfois même quelques chevaux. Leur arrivée faisait vibrer tout le village : les bêtes s’agitaient, les chiens couraient autour des troupeaux, les enfants suivaient en riant, fascinés par ce défilé vivant.

Puis venaient les marchands de tissus, de rubans, de chapelets, de chaudrons, de couteaux, de sabots, de chandelles, de sel, de cuir, de laine…

Les colporteurs dépliaient leurs ballots comme on ouvre un coffre aux trésors : couleurs vives, étoffes fines, objets brillants, senteurs d’épices et de cire.

Autour de la halle, les étals se pressaient si serrés qu’on peinait parfois à circuler. Les femmes du canton vendaient leurs fromages, leurs œufs, leurs volailles, leurs gâteaux de ménage encore tièdes. Les hommes négociaient le prix d’un porc, d’un sac de grain, d’un fagot de bois, d’un outil neuf. Les rues adjacentes devenaient un véritable labyrinthe de couleurs et de bruits : les cris des marchands, les appels des camelots, les rires, les discussions animées, les cloches de l’église qui sonnaient au milieu du tumulte.

Les foires étaient aussi un lieu où l’on réglait les affaires importantes : on y signait des contrats, on y embauchait des domestiques, on y concluait des ventes de terres, on y arrangeait parfois des mariages. Les notaires circulaient, plume à la main, prêts à rédiger un acte.

Les auberges ne désemplissaient pas : on y buvait, on y mangeait, on y discutait politique, impôts, récoltes, nouvelles du royaume.

Quand les affaires étaient conclues, l’après‑midi prenait un autre visage. Les musiciens s’installaient parfois sur une place, et les jeunes dansaient. Les enfants couraient entre les étals, les poches pleines de noix, de pommes ou de petits gâteaux achetés en cachette. Les marchands criaient leurs derniers prix, les troupeaux repartaient vers les villages, les colporteurs repliaient leurs ballots. Les foires annuelles étaient un moment où tout le canton se retrouvait, où l’on voyait des visages qu’on ne croisait qu’une fois l’an.

Les foires étaient des marchés exceptionnels, autorisés par lettres seigneuriales ou royales. Elles attiraient des marchands de plusieurs lieues à la ronde et avaient souvent un thème dominant : bétail, grains, tissus, artisanat, produits rares. Elles duraient parfois toute la journée, parfois plusieurs jours.

Les mesures utilisées :

Le boisseau : mesure de capacité pour les grains, environ 13 litres dans notre région.

La livre : unité monétaire (1 livre = 20 sols).

Le sol : monnaie courante.

La toise, la perche, l’arpent : mesures de longueur et de surface pour les terres.

Les prix du blé à Chaource

Les prix du blé étaient un indicateur essentiel de la prospérité ou de la misère.

1737 : 26 sols le boisseau → année d’abondance.

1749 : 4 livres 5 sols le boisseau → année de pénurie.

Ces variations pouvaient décider de la survie d’une famille.

Pourquoi les foires étaient vitales : elles fixaient les prix régionaux. Elles faisaient circuler les marchandises et les nouvelles. Elles renforçaient les liens entre villages. Elles permettaient aux familles d’écouler leurs surplus. Elles étaient un moment de sociabilité essentiel.

 

Le mot de la fin

À travers les siècles, Chaource apparaît comme un territoire façonné par la patience du temps et la constance des hommes. Des premiers seigneurs médiévaux aux communautés religieuses, des guerres qui ont marqué la région aux reconstructions patientes, chaque époque a laissé son empreinte, visible ou discrète, dans la pierre, les paysages et les usages.

La forêt, refuge ancien des chasseurs, des charbonniers et des cueilleurs, demeure aujourd’hui encore un espace vivant où se croisent chevreuils, sangliers, rapaces et myriades de champignons. La rivière Armance, discrète mais essentielle, irrigue les prairies, nourrit la faune et accompagne depuis toujours la vie du village. Quant au fromage de Chaource, il perpétue un savoir-faire séculaire, symbole d’un terroir qui a su préserver son identité tout en s’ouvrant au monde.

Ce territoire n’est pas seulement un décor : c’est un ensemble cohérent où l’histoire, la nature et les traditions dialoguent encore. Chaource n’a jamais cessé d’évoluer, mais elle a su conserver ce qui fait sa force : une harmonie rare entre patrimoine, paysages et vie locale. C’est peut-être là son secret — cette capacité à rester fidèle à elle-même tout en traversant les siècles.

Aujourd’hui, en parcourant ses rues, ses chemins, ses bois et ses rivières, on retrouve cette continuité tranquille qui relie le passé au présent. Chaource n’est pas un simple village : c’est un territoire vivant, enraciné, qui raconte encore son histoire à ceux qui prennent le temps de l’écouter.







abbaye de Montiéramey en 2025 - propriété privée


D'azur, à senestre, une clef en pal ; à dextre, une épée posée de même, le tout d'argent ; en chef, une fleur de lys d'or



Voir l'article : Les abbayes dans l'Aube (10)








Chaource, un village de l'Aube

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