L’ORGUE DE L’ÉGLISE ST JEAN-BAPTISTE DE CHAOURCE
L’âge d’or de l’orgue classique français
L’orgue classique, modèle d’équilibre
Les nombreux travaux historiques
publiés depuis 50 ans, les rééditions d’ouvrages théoriques et pratiques se
rapportant aux professions d’organiste et de facteur d’orgues, les examens
approfondis d’orgues anciens et les enregistrements de musique ancienne réalisés
sur les mieux conservés d’entre eux ont largement contribué à mettre en lumière
la véritable structure de l’orgue classique français.
Perfectionner les principes
techniques de l’instrument inventé au IIIe siècle av. J.-C. fut la tâche
principale du Moyen-Âge et de la Renaissance. Affiner la palette sonore selon
la sensibilité de chaque peuple fut la mission de la Renaissance et du
Classicisme.
Les Français s’acquittèrent magnifiquement de ces devoirs et atteignirent, au double plan de l’architecture des meubles et des sons, un équilibre aussi parfait que distingué dont l’apogée se situe pendant le règne de Louis XIV.
L’activité organistique à Troyes et alentour
Comme la plupart de ceux du
royaume, le diocèse de Troyes était au XVIIIe s., très riche en églises
paroissiales et conventuelles réparties dans les villes et les moindres
villages. Ainsi comptait-on dans la seule ville épiscopale, 3 collégiales, 10
paroisses et succursales, plus 13 abbayes, prieurés et couvents.
Beaucoup de ces édifices étaient
pourvue d’un orgue dont l’importance variait selon leurs dimensions.
L’existence d’une vingtaine d’instruments troyens justifiait, pour leur
entretien, la présence permanente d’un certain nombre de facteurs perpétuant
leur art de génération en génération.
Malgré les destructions aux
causes multiples et les mutations post-révolutionnaires, il reste encore 3
orgues du XVIIe siècle dans le département de l’Aube : Villenauxe (1626),
Ricey-Bas (1678) et Chaource (1698), dont le plus ancien, dont le plus ancien,
hélas, est aujourd’hui dépossédé de son matériel instrumental.
L’art des organistes étant basé
sur l’improvisation – voyez Rameau – il est impossible d’en juger à postériori,
à moins que des compositions écrites ne viennent préciser ce qu’il était. C’est
donc aux manuscrits des bibliothèques qu’il faut recourir, ainsi qu’aux
éditions princeps des Bergerat, Métru, Siret et quelques autres. De cet
ensemble il ressort que la valeur musicale est partout insuffisante pour
atteindre la notoriété des grands chef-d’œuvres.
Force est donc d’admettre qu’à la riche production instrumentale troyenne ne répondit jamais une création musicale aussi accomplie que celle de la Champagne du Nord, où Nicolas de Grigny s’illustra avec une suprématie incontestée.
Il semblerait que Troyes soit le
berceau de cette très ancienne famille qui apparait au XVe s. et se répand tout
au long de la Seine, de la Champagne à la Normandie et s’éteint au XVIIIe
siècle.
Particulièrement florissante à
Troyes durant tout le XVIIe s., la famille Le Bé compte en ses rangs des calligraphes,
papetiers, graveurs et fondeurs en caractères d’imprimeries, poètes,
magistrats, clercs, religieuses, etc. Les Le Bé possèdent plusieurs seigneuries
et touchent même à la noblesse. Leurs relations mondaines et leurs alliances
familiales les unissent aux grandes maisons troyennes : les Aultruy, Doé,
Lanlois, Jolly, Siret, Barbarat, etc. de sorte qu’ils constituent l’une des
plus puissantes familles qu’ait connues l’ancienne cité des Comtes de
Champagnes.
Il est à noter que beaucoup ont
tenté d’établir une généalogie des Le Bé sans distinction de métiers (Louis Le
Clert) ou pour les seuls facteurs d’orgues et organistes. C’est sur la base de
ces travaux sérieux et soigneusement vérifiés, que l’on peut établir qu’une
soixantaine de noms n’ont pas leur place ici ! Nous en extrayons seulement
ceux qui ont un rapport direct avec la musique, ou nécessaires à la
compréhension de cette généalogie abrégée.
Il est à noter qu’à propos
d’Adrien Le Bé, facteur d’orgue, le Comte de Fleury est le premier à en faire
état. Outre les précautions avec lesquelles il convient de consulter cet
ouvrage, notons que le poste d’organiste que l’auteur attribue à Adrien fut
indiscutablement occupé par Louis Le Bé » (1646+1715). Fleury donne comme
référence Prévost bien que celui-ci n’ait avancé aucun prénom dans son exposé.
J. Gardien place un Adrien Le Bé
en 6ème position dans la descendance des Le Bé-Bouclier, sans pouvoir
donner de dates précises pour la naissance et le décès… Il s’en tient
apparemment aux vagues indications fournies par Prévost, qu’il ne cite pas, et
qui concerne Louis comme nous venons de le dire.
N. Dufourcq reprend les renseignements livrés par les historiens
précédents.
En revanche, Louis le Clert ne
signale aucun Adrien Le Bé, sinon l’un des 6 enfants de Nicolas et Catherine Le
Bé, né en 1708 et mort en 1713. Martinot suivra cette voie qui s’avèrera la
seule exacte.
Si l’on se reporte aux actes de catholicité
et spécialement à l’acte de baptême (B.M. Troyes, St Jean reg.63, f° 42 v°)
l’affaire s’éclaire d’un jour nouveau. En effet, l’on s’aperçoit qu’outre le
parrain Adrien Pépin, marchand, une « Marie Bouillerot veuve d’honorable
homme Michel Bouillerot » signa le registre en qualité de marraine. Fleury
ou Gardien ont-ils assimilé cette Marie Bouillerot à la première femme d’Edme I
Le Bé vivant un bon siècle plus tôt ? Ont-ils de surcroît confondu Edme I
et Edme II ?
Voilà ce qui pourrait être à l’origine d’une erreur comportée depuis une
demi-siècle !
De plus, un récent dépouillement
des registres paroissiaux de ND de la Ronde et St Denis d’Evreux, de Ste Croix
et la Couture de Bernay, effectué par M. C. Lannette, directeur des services
d’archives de l’Eure, n’a pas permis de retrouver l’acte de mariage (3 mars
1697) dont parlent les historiens cités.
En conclusion, il reste douteux qu’un Adrien Le Bé, facteur d’orgues, issu de
la famille Troyenne ait existé.
Les travaux Champenois qui lui furent attribués sont à mettre probablement à
l’actif de l’un ou l’autres des artistes de cette dynastie, spécialement Louis
Le Bé-Guilleminot. Quant à ceux de Normandie, ils attendent un contrôle
d’archives rigoureux.
De ce milieu varié et nombreux
sont issus des organistes qui occupent les principales tribunes troyennes de
1601 à 1722 environ. Nous rencontrons Jacques à St Jean, à St Jacques aux
Nonnains et à St Remi avec Nicolas Coulon et Robert Contat comme suppléants,
aux gages annuels de 20 à 40 livres. Son fils Edme tient les claviers et St
Aventin et St Nicolas en quartier avec le m^me Robert Contat. Leurs gages
annuels pouvant atteindre 60 livres. Louis, petit-fils de Jacques, est
titulaire des orgues de St Pantaléon et surtout de St Etienne, aidé par sa fille
Catherine à la tribune paroissiale et Louis Garnier à la tribune collégiale,
pour 120 livres par an.
Leurs travaux en facture d’orgues
ne sont pas moins absorbants. Ils les accomplissent en Champagne avant
d’atteindre la Lorraine, la Franche-Comté, la Bourgogne et le Nivernais. De
1610 à 1738, plus de 100 chantiers sont répertoriés, allant des modestes
visites d’entretien aux restaurations et constructions importantes.
Jacques semble être le premier de
la lignée. En association avec Jean de Herville et Robert Contat, il assure
durant 27 ans un travail important dont rien ne subsiste plus. Son fils Edme
n’est pas toujours l’homme le plus édifiant de la famille, plus attiré par la
feuillette de vin que par la table à couler le métal, il a maille à partir avec
certains clients qui se plaignent de la lenteur des travaux… Pendant 30 ans il
mène son affaire en compagnie du fidèle Robert Contat, et exceptionnellement de
Oudart Salomon. Ensuite, 10 ans durant, il s’adjoindra son fils Louis qui
relèvera l’honneur de la famille et portera la renommée artistique des Le Bé à
son plus haut niveau.
Louis Le Bé, le plus grand facteur d’une illustre famille
C’est le 23 octobre 1646, en
l’église Saint Jean-au-Marché, que fut baptisé Louis, « fils d’honorable
homme Edme Le Bé et de dame Nicole Bouclier sa femme ». Précédemment le
foyer avait eu deux filles, Jeanne et Anne, dont une épousera un
peintre-verrier célèbre : Jean Barbarat. Plus tard, naquirent Marie et
Charles ; ce dernier fut marchan drapier, et s’installera à Châlons.
Comme ses émules, Louis fit ses
études d’organiste et son apprentissage de facteur sous la direction de son
père. Le 20 janvier 1671, il épouse la fille d’un ancien maître pâtissier de la
paroisse St Pantaléon, Catherine Guilleminot qui lui donnera 7 enfants, tous
baptisés à St Jean, ce qui situe approximativement leur demeure.
Vers la trentaine, alors que son
père vit encore, Louis entreprend seul ses premiers travaux de restauration en
Champagne et dans le Tonnerrois. A son tour, il éduque sa fille Catherine,
future organiste et un neveu qui deviendra son genre et successeur. Il entame
ainsi une brillante carrière qui durera plus d’un demi-siècle. De son temps,
aucun autre facteur troyen n’eut une telle renommé et ne rayonna davantage sur
la province. De la production de Louis Le Bé subsistent aujourd’hui les orgues
de Montiéramey (Chaource), du Palais de Troyes (Joinville) et probablement de
Wassy, tous classés Monuments Historiques.
Parallèlement à son activité
d’organier*, Louis Le Bé ne craint pas de prendre des engagements d’organistes.
Au moyen d’un contrat très circonstancié, il s’adjoint un suppléant pour les
jours où ses obligations de facteur d’orgues le retiendraient hors de Troyes.
C’est ainsi qu’à 44 ans, il prend en charge la tribune de St Pantaléon et celle
de « l’église royale de Saint Estienne », poste qu’il occupa jusqu’à
sa mort. Il fut inhumé à St Etienne le 1er janvier 1715, il avait 69
ans.
[J’ouvre une
parenthèse pour de plus amples explications utiles :
*Organier
désigne, dans le vocabulaire organologique et patrimonial, l’artisan spécialisé
dans la construction, l’entretien, la restauration et la transformation des
orgues. C’est un métier hautement technique, à la croisée de plusieurs
savoir‑faire : menuiserie, mécanique, acoustique, métallurgie, harmonisation et
histoire des instruments.
Fonction principale — L’organier conçoit et réalise la
structure matérielle de l’orgue : buffet, sommiers, soufflerie, mécanique,
tuyauterie.
Compétences techniques — travail du bois (buffet, claviers,
abrégés, chapes) ; travail du métal (tuyaux en alliage étain‑plomb,
anches) ; réglages mécaniques (transmissions, vergettes, tirants) ;
maîtrise de la pression du vent et de la soufflerie
Dimension artistique — L’organier ne se limite pas à l’assemblage
: il harmonise l’instrument, c’est‑à‑dire qu’il ajuste chaque tuyau pour
obtenir la couleur sonore voulue, en cohérence avec un style (classique
français, baroque allemand, romantique, symphonique, contemporain).
Dimension patrimoniale — Dans le cas des orgues anciens,
l’organier est aussi restaurateur, travaillant selon des principes de
conservation, de réversibilité et de respect des matériaux d’origine.
Rôle dans la vie musicale — Il assure le suivi régulier des
instruments (accord, dépoussiérage, réglages), garantissant leur stabilité
sonore dans le temps.
Nuance terminologique :
Organier = constructeur / restaurateur d’orgues (métier
artisanal).
Facteur d’orgues = synonyme exact, souvent préféré dans les
textes officiels.
Organiste = musicien qui joue de l’orgue (rien à voir avec la
construction).]
UN ORGUE CHAMPENOIS DU XVIIe Siècle
Quittant Troyes en direction de
Langres, le voyageur du Moyen-Âge devait traverser un vaste massif forestier
que les moines défricheurs allaient exploiter et marquer à jamais de leur
empreinte.
Arremar, prêtre du diocèse que
dirige alors l’évêque Adalbert, fonde la « Cella nova in derno » en
837. Confirmée par le pape Léon IV, cette fondation s’enrichit de droits
particuliers accordés à plusieurs reprises par Charles le Chauve. Placée sous
le vocable de St Léon (847), puis de St Pierre et St Paul (1122), l’Abbaye
prendra le nom de son fondateur : Monasterium Arremari (Monstier Arrame)
et le laissera au village qui subsiste à son emplacement, après une fâcheuse
contraction de mots (1472).
La mission spirituelle de la communauté fut particulièrement féconde au XIIe siècle alors que Gui III, ami de Bernard de Clairvaux, était abbé. La fin de cette ère florissante se situe sous les abbatiats de jacques Ier et Jacques II qui entreprirent la reconstruction du monastère, dont une église consacrée en 1240. De cette construction romane demeurent quatre travées constituant la nef de l’actuelle église paroissiale de Montiéramey. Au trésor de la cathédrale de Troyes est conservée une précieuse chape du XIVe s. en samit rouge qui perpétue le souvenir des fastes liturgiques de cette Haute Époque.
La guerre de cent ans, les
calamités et les mauvaises gestions précipitèrent la décadence de l’abbaye que
la mise en commende en 1501 consomma. L’affaiblissement de l’esprit monastique
n’entraîna cependant aucun ralentissement de l’activité temporelle. Le chœur de
l’ancienne église romaine fut reconstruit avec plus d’audace que de raison au
16e siècle. On ignore si les moines y chantèrent longtemps l’office,
car dès cette époque est fondée une paroisse pour la population laïque
entourant le monastère ; et c’est dans cette église rénovée que ces gens
se rassemblaient pour les cérémonies dominicales.
Ce qui est certain, c’est la
décision des religieux de s’éloigner du lieu primitif de leur vie claustrale,
et de s’établir plus bas, sur les rives de la Barse. Au moment de leur
rattachement à la congrégation de Saint Vanne et Saint Hydulfe en 1655, un
autre monastère est construit comprenant une nouvelle église dite
« Chapelle de la Vierge », un bâtiment abbatial qui seul existe
encore, d’autres logements, un cloître et quelques dépendances.
Par contre, aucun document
iconographique ne nous est parvenu sur l’aspect de la nouvelle église. Nous
savons toutefois que cet édifice avait 96 pieds de longueur sur 30 de largeur.
La hauteur des voûtes du sanctuaire, du chœur et de la nef atteignait 53 pieds,
alors que les collatéraux ne s’élevaient qu’à 16 pieds. Une rosace à l’abside
recevait les feux du soleil levant, derrière une gloire en pierre de Tonnerre
due au ciseau du parisien Gautier (1739). De part et d’autre de l’autel étaient
disposés des bas-reliefs en bronze doré sur fond de marbre, œuvre du même
artiste. Non loin se tenaient les statues de St Pierre et St Paul, tandis que sept
lampes en plomb doré éclairaient le sanctuaire. Le culte rendu dès le XIIe
siècle à Saint Victor, ermite de Plancy, justifia la construction d’une autre
châsse en 1657 exposée dans la nouvelle abbatiale, et aujourd’hui conservé avec
quelques objets mobiliers de cette époque (retable et toile de Nicot, 1657,
dans l’église paroissiale.
Le peintre, Jean Nicot est né à Troyes le 8 février 1629 et mort le 5 juin 1697. Élève de Poussin, on lui doit 10 panneaux consacrés à la vie de sainte Madeleine, conservés dans l'église de la Madeleine de Troyes.
Poursuivant leur entreprise de
rénovation, les moines de Montiéramey se devaient de doter leur église d’un orgue
en rapport avec la beauté du nouveau lieu de culte. Ce sera la phase terminale
de leur action constructrice (1696-1698).
Après que la Renaissance se soit
contentée de lignes droites comme à Saint Martin-ès-Vignes de Troyes, et que le
siècle de Louis XIII ait opté pour des buffets convexes comme à Ricey-Bas, le
règne de Louis XIV établit un compromis avant l’apothéose des courbes, apanage
du siècle suivant comme en la cathédrale de Troyes.
S’inspirant du style des nouveaux retables, le prieur
commande une tribune supportée par des colonnes torses recouvertes de pampres.
Au-dessus règnent deux buffets hauts de 6 et 18 pieds, larges de 6 et 12 pieds,
aux plates-faces agrémentées de claires-voies ajourées et aux tourelles
coiffées de dômes à écailles : décoration évitant la sécheresse que l’on
retrouve parfois dans d’autres meubles de cette époque.
Avec le chêne coupé dans les forêts de l’Abbaye et débité
par les scieurs de long, charpentiers et menuisiers se mettent à l’ouvrage. Charles
Champagne et Desacer construisent les meubles que la gouge de François
Chabouillet ornera avec un goût très sûr. Quelques maçons interviennent pour
fixer solidement l’ouvrage qui revient à 154 livres 11 sols 12 deniers, somme
représentant à peine le quart du prix total de l’orgue.
Ainsi préparé, le mobilier attend
l’instrument que s’engage à fournir pour la Saint André 1696, le facteur Troyen
Louis Le Bé. Son projet est conforme aux règles de l’art classique, fermement
établies par les facteurs parisiens. La taille moyenne de l’église nouvellement
édifiée n’impose pas au facteur d’autre formule que celle-ci :
Grand orgue : 15 jeux
Montre 8 Bourdon
à cheminé 8 Trompette 8
Prestant 8 Flûte 4 Clairon 4
Doublette 2 Nazard
à cheminée 2 2/3 Cromorne 8
Fourniture
III Quarte de nazard 2 Voix
humaine 8
Cymbale II Tierce 1
3/5
Grand
cornet V (a2)
Positif : 7 jeux
Prestant 4 Bourdon 8 Régale 8
Doublette 2 Nazard 2 2/3
Fourniture III Tierce 1
3/5
Le marché, signé le 20 juin 1696
par le facteur et le prieur Claude Hocart, s’élève à 230 livres, auxquelles
s’ajoutent le prix de tous les matériaux à fournir à Le Bé en temps utiles, ainsi
que les frais d’hébergement durant le montage, les frais de transport, sans
oublier la traditionnelle “pièce de vin de la qualité qu’il est dans les caves
de ladite Abbaye”, plus un septier de forment.
A l’évidence, le financement de
cet orgue s’annonçait difficile, puisque le devis diffère la réalisation de
plusieurs éléments (montre et flûte du G.O), restreint certaines dispositions
habituelles (positif privé de sa première octave), et envisage la récupération
d’un jeu de régale et des soufflets d’un orgue antérieur. De plus, Le Bé modifie
la composition initialement prévue et renonce même à poser les façades du grand
orgue et du positif de sorte qu’en 1779, Jean Richard trouvera un orgue
sans montres, doté en 16 jeux au lieu des 22 énoncés sur le document de 1696.
Contraint financièrement, Le Bé
avait le choix entre deux partis : soit une construction complète à plan
unique (formule retenue à Auxerre en 1632 par Jacques ; à Saint Pierre de Bar-sur-Aube
en 1670 par Edme ; à Wassy et tonnerre en 1707 par lui-même), soit un
programme à deux plans mais inachevé. Bien que moins satisfaisante sur l’heure,
Louis Le Bé préféra la seconde formule, décision que l’avenir approuvera.
Pour le reste, nous reconnaissons la manière des facteurs
troyens, spécialement le ravalement en A2 du grand cornet pratiqué depuis
jacques Le Bé (Auxerre, 1632). Nous relevons aussi le voisinage de Cromorne et
de la Voix humaine au positif rencontré ailleurs (Vézelise, K. Humbert, 1686).
La tuyauterie avec ses pieds d’étoffe ne présent pas de particularité spéciale,
pas même ce beau nazard à biberon toujours en place. Les 48 touches des
claviers en ébène sont semblables à celles de tous les orgues français de ce
temps.
Soit au choix du facteur, soit parce que les religieux ne
pouvaient faire autrement, les acomptes versés à Le Bé étaient parfois
convertis en produits de ferme. Ainsi les travaux purent-ils suivre leur cours
sans retard et s’achever au début de 1698 à en juger par les dernières
quittances.
Le “mémoire de la dépense faite
pour l’orgue de l’Abbaye de Montiéramey” que dressa le comptable Dom Hocart,
est intéressant à plus d’un titre. Outre qu’il nous renseigne sur le débours
total de 698 livres 18 sols 6 deniers, il indique également qu’un peu moins des
4/5 fut investi pour la partie instrumentale. Le document nous apprend aussi
que l’ensemble des matériaux fournis par les religieux (bois, métaux, peaux,
parchemin, etc…) tant pour les menuisiers que le facteur, coûta avec les
voyages, 335 livres 19 sols 12 deniers ; la main d’œuvre quant à elle,
revient à 362 livres 18 sols 12 deniers : égalité approximative que ne
connaissent plus les temps actuels.
Notons enfin qu’il eût suffi à
l’abbé commendataire de renoncer à quelques centaines de livres (il en
percevait 8 000 sur les 12 000 du revenu abbatial) pour que l’ouvrage de Louis
Le Bé puisse être terminé. Mais l’argent ayant d’autres attraits que l’art, il
faudra attendre près d’un siècle pour que se réalise l’achèvement souhaité.
Non seulement les lacunes
d’archives nous privent du procès-verbal de réception prévu par le devis de Le
Bé, mais encore des premiers noms d’organistes de l’abbatiale. Etaient-ce des
religieux qui se succédèrent aux claviers en cette fin du XVIIe siècle et au
début du suivant ? C’est possible mais rien ne nous autorise à le croire,
d’autant que le nombre des profès était faible, ils n’étaient que 10 ! et
ce chiffre ne fera que décroitre jusqu’à la Révolution.
Il fallut donc recourir aux services de laïques Champenois, Lorrains, Alsaciens ou autres… dont les séjours à Montiéramey furent généralement brefs. Leurs contrats prévoyaient en plus de leur participation aux fonctions liturgiques, un service domestique. Les gages d’abord fixes, devinrent mobiles en témoignage d’encouragement ou pour des raisons d’inflation. Et au cas où l’employé était nourri, le traitement se trouvait réduit du sixième environ.
“Claude François
Person, de Châlons (aujourd’hui Châlons-en-Champagne (51)) s’est engagé le 9
juillet de la présente année 1756, au service de la Maison, pour toucher
l’orgue, lire et servir au réfectoire et à la chambre d’Hôtes, et faire
d’autres petits ouvrages qu’on pourra lui commander, moyennant cinquante livres
de gage annuel”.
Person quitte l’Abbaye le 9 juillet 1757. Trois organistes se succèdent rapidement : d’Anbigny qui touche l’orgue en janvier et août 1759, Pierre Rouget, “natif de Coulommiers en Brie” dont le service commencé le 1er juin 1759 est de courte durée (75 Livres par an), et Joseph Gillot “natif de Jovilliers”. Entré en qualité de tailleur le 1er mai 1761, Gillot s’engage “à toucher l’orgue de son mieux toutes les fois qui le serait requis” à raison de 72 livres par an. Il quitte l’Abbaye le 15 juillet 1762 ayant tenu l’aiguille plus que les claviers. Dès le 21 mars 1759 est engagé l’organiste François Pascal. Sans doute mieux doué que les intérimaires précédents, Pascal “natif de Charly sur Marne” se voit promettre 50 livres pour la première année, 55 livres pour la seconde et 60 livres pour la troisième et suivantes, au cas qu’il se comporte sagement. Ainsi fit-il pendant tout juste 3 ans !
Joseph Freiber lui succède pour 4
années, du 22 juillet 1762 au 22 juillet 1766, aux gages de 60 livres
directement. Porté à 72 livres à compter du 15 octobre 1766 pour Mathieu Mayeur
“originaire de Colmar en Alsace” le
traitement des organistes ne dépassera plus cette somme.
Mayer parti depuis le 22 août
1768, Jean Flécinges est employé aux mêmes conditions jusqu’au jour où “est convenu avec le R.P. Prieur de ne gagner
que vingt écus moyennant qu’il mangerait au réfectoire”. S’il est
nécessaire le Prieur fait à l’employé une avance en cours d’année. Ainsi lit-on
en son livre de comptes, à propos de Flécinges : “Le 8 Mars 1770 je lui ai avancé dix écus pour aller à Troyes payer sa
redingotte (30.1)”.
Aux dernières conditions adoptées par Flécinges, parti le 1er octobre 1773, sont reçus à nouveau deux intérimaires : Marchand du 1/10/1772 au 18/01/1774 et Pierre Simonno du 18/01/1774 au 03/05/1774, avant que Michel Frédéric nommé le 15 avril 1774, n’assure le service 42 mois durant, jusqu’au 7 septembre 1777. C’est le dernier organiste connu de l’Abbaye de Montiéramey.
Du niveau artistique d’un
tailleur-organiste tel que Joseph Gillot à la renommé d’un Nicolas de Grigny,
il y a toute une gamme de talents dont les degrés les plus bas constituent
souvent le triste lot de la province. Nous avons déjà dit que le diocèse de
Troyes ne semble pas avoir donné le jour à de bien grands compositeurs de
musique d’orgue, mais, il ne faut pas exagérer l’indigence d’un art si
généralement pratiqué dans une région riche en instruments de valeur. A la
lecture du manuscrit 2682 de la Bibliothèque Municipale de Troyes, il est
possible de se faire une idée juste de ce que pouvait être l’art des organistes
de Montiéramey. Dans ce livre d’orgue, d’un petit format oblong, sont
rassemblées 70 pièces pour la plupart antérieures à 1700. Classées en tons ecclésiastiques
par commodité, 56 d’entre elles constituent des suites où se succèdent prélude,
fugue, récit, duo, basse et dialogue ; 10 autres sont des Noëls
variés ; le reliquat comporte diverses pièces allant des litanies au
menuet.
Le copiste ayant scrupuleusement
mentionné les noms d’auteurs, nous y relevons ceux bien connus de Mr Nivers,
organiste parisien dont le 3ème livre d’orgue parut en 1675. Mr Le
Bègue organiste de St Merry à Paris qui publia un 1er livre d’orgue
en 1676. Mr Boivin organiste de Rouen, 1er livre d’orgue en 1689. Mr
Raison organiste de l’Abbaye Ste Geneviève à Paris et des Jacobins, son 1er
livre date de 1689, et Mr d’Anglebert dont les œuvres d’orgue sont de 1689.
Mais à ces noms célèbres, s’en
ajoutent d’autres méconnus, tels que Siret et Terdier, encore que la famille du
premier ait donné plusieurs organistes au diocèse de Troyes pendant les XVIIe
et XVIIIe siècles.
Viennent enfin les anonymes qui
nous livrent des œuvres laissant poindre çà et là quelques originalités. Nous
leur devons notamment des variations sur les noëls populaires comme “Les
bourgeois de Troyes”, toutes pièces correctement écrites et registrées
parfois de manière très personnelle.
L’ensemble de cette littérature
est d’un bon niveau technique sans requérir toutefois l’usage de la pédale. La
majorité des noms illustres relevés dans ce recueil prouve combien le prestige
des hauts lieux de l’orgue était vif en Champagne. De même que la qualité des
organistes parisiens allait de pair avec celle des facteurs d’orgues, les
musiciens de province et leurs facteurs unissaient leurs efforts au service
d’un art qu’ils ne pouvaient mieux perfectionner qu’à l’école des artistes de
Paris.
A LA RECHERCHE DE L’ORGUE MONUMENTAL FRANCAIS
Évolution technique
et sonore :
S’il est un domaine dans l’orgue
où la perfection s’est faite le plus attendre, c’est bien celui de la
technique. Toujours perfectible, la construction de cet imposant instrument de
musique bénéficie de progrès remarquables au long du XVIIIe siècle.
L’alimentation, souvent défaillante précédemment devient plus sûre et facilite
l’usage de l’instrument.
Les goûts nouveaux portent l’orgue vers un gigantisme jamais atteint. A cette tendance générale s’adjoint une multiplication des plans sonores jusque-là limités à deux ou trois. L’épanouissement de la palette sonore atteint un apogée qui ne sera dépassé qu’avec l’introduction de timbres étrangers (XIXe s.). La puissance sonore plaît et s’obtient au moyen de batteries d’anches très fournies. La rondeur des flûtes charme infiniment au point que les facteurs multiplient ces jeux de 8 pieds pourtant encombrants. L’attirance du 16 pieds devient irrésistible. Aussi, cette tessiture se rencontre-t-elle à différents claviers – pédale comprise – apportant la profondeur sonore attendue.
La musique
post-Classique
Pour cet orgue en mutation les
musiciens écrivent une musique fortement influencée par l’esprit mondain. La
mentalité nouvelle, tant du clergé que de la société séculière, s’accommode
mieux de l’aspect harmonique et massif que d’une écriture contrapuntique
savante. Le récit accompagné et les variations à base de vélocité sont plus
capables de combler les amateurs que la fugue ou toute autre forme très
élaborée.
En somme, l’abandon progressif de la science musicale pour des effets faciles correspond parfaitement à ce que l’on attend de l’organiste du XVIIIe siècle. A compter de cette époque s’éloignent les voies de l’orgue et de sa musique, jusqu'alors parallèles. L’une continuera son ascension, tandis que l’autre sombrera dans la décadence.
Les orgues du diocèse
de Troyes au XVIIIe siècle
A la grande époque créatrice que
furent les XVIe et XVIIe s., succède une période étale au cours de laquelle la
transformation est plus de rigueur que la construction. Il faut convenir
d’ailleurs que les deux termes recouvrent souvent une même réalité comme nous
le verrons à propos de l’orgue de Montiéramey.
De ce temps dans l’Aube, nous
restent seulement 4 instruments créés entre 1732 et 1773. Plus ou moins bien
conservés, ils sont tous classés MH. A cela s’ajoutent les instruments antérieurs,
dont aucun n’échappa aux remaniements du XVIIIe siècle, soit avant la
Révolution, soit à la faveur d’un transfert post-révolutionnaire.
Animant la vie organistique de notre province, plusieurs familles d’organiers se consacrent au même labeur de père en fils. Citons en premier lieu les Cochu qui, du XVIIe au XIXe s. accomplissent une tâche considérable et de premier ordre. Plus modestement les Jolly réparent davantage qu’ils ne créent, sans aller bien au-delà de la Champagne. Apparaissent ensuite des isolés dont la carrière n’est pas moins glorieuse. François Mangin né à Bar-sur-Seine en 1739 et décédé à Ervy-le-Châtel en 1748, mort trop jeune pur avoir pu donner la pleine mesure de son talent et Jeans richard qui se situe au plus haut niveau des facteurs Champenois ayant travaillé jusqu’à la disparition de l’Ancien Régime.
Des Bourgeois nommés Richard.
Patronyme aussi ancien que
répandu, nous savons qu’il fut celui de nombreux musiciens de Paris au XVIIe et
de plusieurs dignitaires ecclésiastiques de la région Meusienne au siècle
suivant. Mais aucun lien de parenté ne peut être prouvé entre ceux-ci ou encore
avec ceux dont il va être question maintenant.
C’est dans le Nord-Est de la
France, au Chesne précisément, petit village du diocèse de Reims, département
des Ardennes que vécurent Pierre Richard, bourgeois et Marie Matisse. Le seul
fils que nous connaissons, Jean, naquit vers 1733.
Les actes de catholicité ayant
été détruit par les bombardements de la Grande Guerre 1914/1918, il est
maintenant impossible d’en savoir davantage sur cette famille Champenoise. Et
cela est d’autant plus regrettable que nous relevons chez certains historiens
les noms de deux facteurs d’orgues contemporains : Jean et Nicolas
Richard.
Mais un autre moyen
d’investigation existe, grâce à l’existence de plusieurs devis et marchés
conservés dans les archives de 5 départements. Leur lecture et l’examen des
signatures peuvent être d’un secours appréciable pour suppléer à la disparition
des archives du Chesne. Cette enquête révèle que le seul prénom cité dans ces
contrats est Jean. De plus, les signatures sont toutes semblables et ne
comportent jamais de prénom. Il est donc permis d’en déduire qu’il s’agit
partout du même personnage. D’autre part, ce Richard devait être seul à pratiquer
la profession, sinon il aurait pris la précaution de mentionner son prénom dans
le texte et la signature de chaque marché.
Comment se fait-il alors que
depuis plus de 70 ans les historiens aient évoqué l’existence de deux facteurs
d’orgues, Jean et Nicolas Richard, supposés frères puisque travaillant à la
même époque : Arthur Prévost (1904), Félix Raugel (1919), Paul de Fleury
(1926), Edmond Martinot (1939, 1965) et Norbert Dufourcq (1935, 1971) ?
Cela tient apparemment à une étourderie de l’Abbé Prévost qui appliqua à
Richard le nom de l’église Saint Nicolas de Troyes au moment où il retraçait
l’histoire de son orgue. Car, aucun des documents dont il faut état ne parle
d’un Nicolas Richard (Arch. Départ. Aube 17g liasse 9 nous.
Cote, et 17G reg. 158 f°11r°)
Edmond Martinot doute de
l’existence de ce mystérieux Nicolas, mais lui attibue néanmoins les travaux de
St Aventin (A.D. Aube 11G reg.11bis, 1773-1777) et de St
Pantaléon, sans justification. Quant à Félix Raugel, il accorde la paternité de
l’orgue de Jovilliers à Nicolas richard en raison sans doute du souvenir qu’il
a gardé de l’ouvrage de l’Abbé Prévost. Cette suite de distractions et
d’imprudences fut suffisante pour que l’erreur se perpétue jusqu’à nous par le
canal des citations de Norbert Dufourcq et de la compilation de Edmond Martinot
(1970).
En définitive, les Richard-Matisse n’eurent qu’un fils facteur d’orgues prénommé Jean. Aucun autre n’exerça jamais la profession. Dorénavant, il faut donc considérer le pseudo Nicolas comme n’ayant jamais existé !
Jean Richard, facteur d’orgue itinérant
Né peu après Nicolas et Joseph
Dupont, facteurs Lorrains renommés, Jean Richard fut l’exact contemporain des
célèbres François-Henri Clicquot, Adrien Lépine, Joseph Rabiny, Jean-Pierre
Cavaillé et Joseph Isnard, pratiquant partout en France un art parfait. En
Champagne rappelons que François Mangin, Jacques et René Cochu et les Jolly
témoignaient à la même époque d’un honorable talent. Les maîtres ne manquaient
donc pas pour qui voulait atteindre la perfection d’un art difficile. Quel fut
celui de Jean Richard ? Nous l’ignorons ! Les Dupont de Nancy
semblent géographiquement les plus indiqués, mais aucun document nous autorise
à le certifier.
Ignorant tout de l’enfance et de
la jeunesse de notre facteur, nous ne retrouvons sa trace qu’à Joinville où il
travaille en 1764. Nous le suivons ensuite à Chaumont où, deux ans plus tard il
construit un orgue superbe pour 8000 livres. Au hasard de ses pérégrinations
Haut-Marenaises, il rencontre un ancien huissier au baillage de Chaumont, Jean
Henry, qui lui accorde la main de sa fille Marguerite Scholastique. Le mariage
a lieu le 25 août 1767, présidé par le vicaire de St Jean-au-Marché de Troyes,
parent de la mariée.
Les conjoints s’installent très
tôt à Troyes pour y demeurer un quart de siècle. Mais au moment de la
Révolution ils quittent subitement leur domicile pour Nancy. Ont-ils rencontré
des difficultés avec le nouveau régime que le facteur d’orgues n’appréciait
guère ? Il est permis de le supposer car, nous retrouverons plus tard “Jean Richard, luthier et facteur d’orgues à
Langres, accusé d’avoir répandu la nouvelle de l’empoisonnement de Bonaparte”
en décembre 1797 (Arch. Départ. Marne, L2763). Domicilié
faubourg Saint Pierre à Nancy pendant environ 10 ans, Jean Richard revient à
Langres pour y remonter l’orgue de l’Abbaye de Morimont en 1792 et pour y vivre
ses premières années de retraite quelques temps après.
“Le 29 mais 1815,
Pierre Joseph Jobert, musicien, et Claude Mourot propriétaire résidant à Langres
(…) déclarent que Jean Richard, facteur d’orgues âgé de 83 ans (…) est décédé
ce jourd’hyer à dix heures du soir en son domicile sois rue château du Mont”.
Quinze jours après, “Le 16 juin 1815 à une heure et demie après mdi est décédée Marguerite Scholastique Henry, âgée de 77 ans (…) veuve de Jean Richard”. Le témoin cité est le même que lors du décès du facteur d’orgues : Pierre Jean Jobert, maître de musique de la cathédrale St Mammès.
L’activité professionnelle de
Jean Richard fut intense ; nous en connaissons les principales étapes en
Champagne, en Lorraine, en Bourgogne et en Franche-Comté. De 1764 à la
Révolution, Richard construit et modernise, puis de la Révolution à l’extrême
fin du XVIIIe, il transfère plusieurs orgues d’Abbayes dans les églises qui
veulent renouveler leur instrument à bon compte.
De l’excellence de son travail il tira une réputation flatteuse : Facteur d’orgues très renommé. Il compte
parmi les “fort bons artistes que Troyes
a possédé et possède encore” écrit le “Journal
de Troyes” du 17 mars 1783.
Il est vrai que Richard avait eu l’honneur de faire apprécier son travail par Dom Bédos de Celles. Le célèbre expert bénédiction reconnut à Sens (1774), que Jean richard “a bien rempli les clauses du marché, qu’il a encore été au-delà pour la plus grande solidité et perfection de l’instrument” et jugea l’orgue recevable (Landry : le grand orgue de la cathédrale de sens, 1938 – p.8)
Des plus importants ouvrages confiés à Richard deux seulement subsistent : l’orgue de Trois-fontaine, 1788 (aujourd’hui à Vitry-le-François (51)) et celui de l’Abbaye de Morimont, 1789 (aujourd’hui en la cathédrale de Langres (52)). A cela s’ajoutent des reconstructions comme celle de Pontigny (89) en 1773, Sens (89) en 1774 et 1779 et Montiéramey (10).
“Fait sous Dom Urbain Barré prieure et Dom Nicolas Jannin procureur. 1780”
Les finances de l’Abbaye St
Pierre de Montiéramey s’étant sensiblement améliorées, le moment vint d’achever
la construction de Le Bé vieille de 80 ans. Pour cela, le procureur fit appel à
Jean Richard bien connu des fils de St Benoit.
Dès qu’il fut sollicité, le facteur manifesta sans doute son intention de ne pas s’en tenir à un simple achèvement. Les goûts ayant évolué depuis la fin du XVIIe siècle, il faut corriger et agrandir la version de Le Bé selon les procédés couramment pratiqués alors. Dans un mobilier élargi (positif) et approfondi (positif et grand orgue), sur de nouveaux sommiers (50 notes au positif et au grand orgue), Richard se promet de renforcer les pleins jeux, d’ajouter le dessus de flûte 8 qui fait ses délices, d’accroître la batterie d’anches, et de doter l’instrument d’un récit entièrement neuf (34 notes à partir de f2). Faute de place sans doute, il renonce à une pédale pourtant fort utile et porte la composition aux 22 jeux que voici :
Grand orgue
+ Montre 8 Bourdon à cheminée 8 +
Grosse trompette 8
Prestant 4 + Flûtes (c2) 8 Trompette 8
Doublette 2 Nazard 2
2/3 + Clairon 4
(tremblant
fort)
Fourniture Tierce 1 3/5
Grand cornet V (c3)
Positif
+ Prestant 4 Bourdon 8 Cromorne 8
Doublette 2 Nazard 2
2/3 Voix humaine 8
(tremblant doux)
Récit. +
Cornet V +
Hautbois 8
(accouplement POS/GO)
Avec une mécanique et une
soufflerie entièrement neuves, l’orgue se trouve renouvelé. Il en coûte à
l’Abbaye 2600 livres auxquelles s’ajoutent la fourniture du bois et le logement
des ouvriers durant les travaux. Le marché fut signé le 29 août 1779 et la
dernière quittance le 4 mars 1781. Les travaux furent achevés pour la fête de Pâques
1780 comme le prévoyait le marché et comme en témoigne le texte gravé sur le
plus gros écusson de la montre.
La voix de l’architecture
Répondant à l’ornementation
massive du sanctuaire modernisé récemment l’orgue de la nouvelle église
bénédictine constitue le terme logique et indispensable des travaux
d’embellissement entrepris par les derniers Abbés. A l’aspect monumental des
constructions nouvelles correspond pour l’orgue une palette sonore non moins
puissante. On ne peut nier la justesse de vue dont fit preuve Jean Richard,
même si le mobilier dut en souffrir un peu.
A en juger par la “Manière de se servir des jeux” affichée par le facteur à l’issue des travaux de reconstruction (malheureusement en partie disparue), nous imaginons ce qu’était la pensée des musiciens de ce temps qui appréciaient le “Plain chant” (plein jeu et anches mélangées), le grand jeu” (bourdons, prestants, trompettes et clairons) et les “Fonds d’orgue” (flûtes, montres et prestants), mélanges lumineux, puissants et profonds alternant avec les “récits” plus fins et allègres.
L’art de Jean Richard s’identifie
donc parfaitement à celui de l’École de Paris. Ici et là on relève le même
désir d’intensifier la pâte sonore. Partout notre facteur renforce le plenum,
avec 16 pieds acoustique au besoin (Morimont-1789, positif). Sa synthèse flûtée
est dotée si possible d’un bourdon 16 (après 1772) et toujours de flûtes 8
ouvertes (Trois-Fontaine -1789). Son attrait pour les flûtes l’amène à isoler
les 8 et 4 pieds du cornet de récit (Morimont). La quarte de nazard
(Chaumont-1766) et le larigot (Jovillers-1769) sont exceptionnels. Ses anches
de pédale descendent au LA du ravalement (Chaumont, Trois-Fontaines), tandis
que les trompettes du grand clavier manuel sont souvent doublées (Dijon-1785).
Au positif, il tolère le cromorne et la voix humaine seuls (Chaumont,
Montiéramey) mais y adjoint quand la place le permet, trompette et clairon
(Dijon, Morimont). Le hautbois de récit s’impose dès 1772 ; l’existence
d’une trompette à ce clavier ou à l’écho des grands instruments est automatique
à partir de 1785. Les tremblants fort et doux sont de rigueur en tous lieux.
Nous ne pouvons assurer qu’une
montre de 16 soit sortie de l’atelier de J. Richard, la construction d’une
bombarde complète nous parait aussi douteuse… car à Morimont et Vitry-le-François
où la question se pose, la hauteur des buffets ne permet pas le logement de ce
jeu. Vraisemblablement favorable à cette nouveauté, il est possible que Richard
l’ait introduite dans ses derniers instruments, mais à partir de la seconde
octave seulement.
Nulle part Jean Richard ne déméritait à l’égard de ses pairs. Par ses goûts et son talent il se situait au niveau des plus admirés.
“Jean Richard est un commerçant ! ” Cette apostrophe lancée
par Dom Bédos pouvait sembler justifiée par les prix pratiqués : 8050
livres à Chaumont, 5000 livres à Dijon et 2000 livres en moyenne pour les
transferts. Mais à la décharge de richard, il faut observer que tous les prix
subirent une augmentation à la fin du XVIIIe siècle. D’autre part, Richard
transforme davantage qu’il ne répare. L’extension des claviers et l’adjonction
des jeux nouveaux l’amènent à fournir sommiers, mécanique et soufflets neufs.
De plus, la qualité de son travail ne peut être remise en doute, Dom Bédos
lui-même l’admit. Aussi, Richard ne manque-t-il pas de se justifier en
répondant en 1774 :
« Je prouverai facilement au sieur Dom Bédos que je ne suis pas un
commerçant comme il le prétend, puisque j’ai fait 12 grands orgues, tant que 16
que de 8 pieds. Le dernier que je viens de faire est celui de Larrivour, maison
des Bernardins, à trois lieues de Troyes. J’en fis un autre l’année dernière à
Pontigny et je puis me flatter qu’il est de toute beauté… J’ai plusieurs
entreprises de préférence aux facteurs de Paris. Cela prouve que je ne suis pas
commerçant ! »
Tel fut sans doute l’avis des moines de Montiéramey qui s’acquittèrent sans difficultés des 2600 livres convenues, prix justifié par l’ampleur de la reconstruction d’un orgue de moyen importance !
Les conséquences de la Révolution à Montiéramey
Le détestable système de commende
et l’influence janséniste infligèrent un coup fatal aux ordres monastiques. Les
impositions excessives supportées par les abbayes hâtèrent leur disparition
avant même 1789. A Montiéramey comme ailleurs, le nombre des religieux ne fit
que s’amenuiser : l’on n’y comptait que 9 moines et 1 convers en 1791.
Cette année-là, les religieux furent expulsés, faveur leur étant faite
d’emporter leur mobilier personnel. Les biens monastiques confisqués, meubles
et immeubles, furent mis aux enchères une première fois le 29 mars, puis une
seconde avant l’adjudication du 12 avril suivant (Arch. Départ. Aube
1Q131 n°227).
On donna ensuite à choisir aux habitants du village entre leur église paroissiale et l’ancienne chapelle des moines. Les réparations à effectuer ici et là décidèrent de la conservation de l’ancien édifice et de la destruction du nouveau. Cette funestre besogne se fit sans tarder et s’étendit au reste du monastère – bâtiment abbatial excepté –. Les pierres récupérées servirent à remblayer les chemins du finage…
Chaource, son église et son vieil orgue
Les relations entre Montiéramey
et Chaource datent de l’époque féodale. Les fondations de prieuré et les
possessions de terres se sont multipliées du Moyen-Âge à la Renaissance.
Depuis qu’un groupe de guerriers
francs y campa vers 400, le nom de Caduccia (batailleuse) fut donné au groupe
d’autochtones qui s’y était fixé. Transformé en Cadussia en 1117, Chaorse en
1179, puis Chaourse en 1308, le nom parvenu jusqu’à nous « Chaource »
donna lieu au XVIe s. à l’établissement d’armes parlantes « d’or à l’ours passant, de sable au chef d’azur à deux chats
d’argent passant, affrontés, l’un se léchant la patte droite et l’autre la
patte gauche », armoiries n’ayant rien à voir par conséquent, avec les
origines du nom selon J. Durand.
[A la fin du XIIIe commença la construction de l’église Saint
Jean-Baptiste, sa dédicace fut célébrée en 1307 par le coadjuteur de l’évêque
de Langres de qui dépendait alors la paroisse ; tandis que la construction
du chœur devait être assurée aux frais de l’abbaye de tutelle, en l’occurrence
celle de Montiéramey. Il revenait à la population de prendre en charge celle de
la nef. Faite en matériaux précaires, elle menaça ruine au début du XVIe s. Il
fut donc demandé aux habitants de la réédifier. Non sans peine, les travaux
furent conduits de 1532 à 1548 sans qu’il soit possible de les terminer, faute
de ressources suffisantes (une 4ème travée et un clocher de 110
pieds étaient prévus).
Tout le
XVIe siècle fut employé à embellir l’édifice. Aux cloches de 1508 et 1515,
verrière 1512, 1532 et fondations de chapelles, sépulcre 1515 et St Jean en
1553 s’ajoutèrent les orgues signalées dès 1531 et refaites en 1596 pour 91
écus 14 sols 1 denier tournois.]
Note :
[« Orgue » est masculin au singulier, car formé sur le neutre latin organum, et féminin au pluriel lorsqu’il désigne un seul instrument. Concrètement, cette forme ne subsiste que dans l’expression figée « les grandes orgues ». André Gide a écrit « il tenait à Saint-Ouen les grandes orgues ». Sur ce modèle, on écrira : les grandes orgues de Notre-Dame.]
Deux siècles passèrent et l’état
de cet orgue était devenu lamentable. Le 2 janvier 1791, le Conseil de Fabrique
s’interrogea sur les mesures à prendre. Recherchant un avis pertinent, il
invita le sieur Jolly, facteur d’orgues
et organiste à Troyes. Visite faite aux vieilles orgues, Jolly estima que le plus court étoit de s’en procurer de nouvelles,
ce qui se pouvoit faire facilement et à bon compte vû la vente des biens du
clergé.
Après en avoir délibéré, le Conseil donna pouvoir à Edme Georges Rémond, marguillier en exercice, de faire l’acquisition de nouvelles orgues jusqu’à concurrence du prix d’environ 3000 livres. Parmi les ventes de biens réguliers, chacun savait à Chaource que s’y trouvait celle de Montiéramey avec un orgue de 8 pieds tout neuf. Cet instrument était plus indiqué que tout autre, les Jolly se chargèrent des transactions avec Cuisin, premier huissier. C’est ainsi que le 16 mai 1791, l’audiencier en la maire de Charmont signa un procès-verbal aux termes duquel fut vendu à Jean-Baptiste Jolly, organiste à Troyes, l’orgue de l’Abbaye de Montiéramey, moyennant la somme de 1360 livres. (Arch. Départ. Aube 4H225-228)
Bénigne Boillot transfère l’orgue abbatial à Chaource
Entre temps,
Monsieur Rémond, marguillier résolu, avait dirigé les affaires rondement.
Ordres furent donnés :
D’oter la vieille
orgue avant de poser les tuiaux de la nouvelle, à raison de la poussière
qu’aucasionnera de déplacement et qui endommagerois beaucoup cette nouvelle
orgue (…), de faire réparer la couverture de la nef (III), et de murer la
croisée qui donne sur l’orgue à la hauteur de trois pieds.
Le plateau
de la tribune étant construit pour recevoir le nouvel orgue, le sieur Rémond
informa le Conseil :
… que de l’acquisition
qu’il a faite des orgues de Montiéramey une tribune (et) que les colonnes et
corniches de cette tribune pourroient être ajoutées à celle de la nouvelle pour
parer et embellir l’orgue réinstallé en l’église paroissiale.
Satisfaction lui fut donnée le 29 juin 1791, de sorte que se
trouvait rassemblé à Chaource tout le mobilier construit à Montiéramey au XVIIe
siècle.
Au diligent
fabricien restait encore le soin de trouver un habile facteur pour assurer le
remontage. Or le Bourguignon Bénigne Boillot, qui fit à Saint Jean de Losne
(21) en 1768 un petit chef d’œuvre, attendrait à Ricey-Bas (10) la possibilité
de reconstruire l’orgue venant de Molesme. Profitant de cette disponibilité
momentanée, Rémond l’engagea le 20 mai 1791. Les préparatifs et le transfert du
mobilier contraignirent Boillot à ne commencer son travail à Chaource qu’au
début de juillet. Il s’en acquitta en quatre semaines.
Satisfaite
du travail, expertisé par J. Binville organiste de Molesme, la Fabrique signa
une décharge au facteur et lui versa la somme convenue au moment du marché
ainsi que 28 livres 13 sols de dépenses extraordinaires. De son côté, Boillot
grava son nom au dos du grand tuyau de façade, suivi par Rémond qui
ajouta :
“La présente orgue a
été achetée
de l’abbaye de
Monthieramey
par George Remond
marguillier de cette
église moyennant
la somme de quinze
cent livre et a été
posée pour la somme de
huit cent soixante
livres par le sieur
Boileau facteur à
dijon à Chaource ce
premier juillet mil
sept cent quatre vint
onze”.
Relevons au
passage que J.B. Jolly fit un bénéfice de 140 livres dans l’opération.
L’acquisition de l’orgue de Montiéramey et son remontage à Chaource revinrent à
2372 livres 13 sols, somme à laquelle il convient d’ajouter quelques dépenses
d’autres corporations. Le total se tenait donc dans les limites fixées par le
Conseil de Fabrique, d’autant plus que la vente des bois (à Laurent Pallerat
pour 81 livres), et des métaux de l’ancien orgue allégea la dépense de quelques
écus.
MUTATION FINALE
Inconvénients des transferts
L’argument avancé par Jolly en 1791 est, à
première vue, convaincant sur le plan économique. Mais un autre aspect
échappait souvent aux fabriciens : le rapport édifice–orgue. Un orgue est
toujours conçu pour le volume précis de l’église qui l’accueille. D’un bâtiment
à l’autre, on peut trouver une certaine équivalence — par exemple entre
l’abbatiale de Clairvaux et la cathédrale de Troyes — ou au contraire une
différence marquée, comme entre Saint‑Jacques de Troyes (disparue à la
Révolution) et Saint‑Étienne de Bar‑sur‑Seine.
Qu’en était‑il, dès lors, du passage de l’orgue de
Montiéramey à Saint‑Jean‑Baptiste de Chaource ?
La comparaison est délicate, car
les deux édifices présentent des configurations très différentes. À
Montiéramey, nef et chœur avaient la même hauteur sous voûtes : 17 m, pour une
longueur d’environ 26 m. À Chaource, au contraire, seule la nef — plus courte
(23 m) — atteint 19 m de hauteur. Jusqu’ici, l’équivalence reste acceptable.
Mais si l’on considère maintenant les largeurs, l’écart
devient décisif :
Montiéramey : 10 m / Chaource : 26,80 m
On passe ainsi d’un rapport de 1 à 2,7, bien supérieur à
celui des grandes nefs ordinaires. L’équivalence acoustique est donc rompue.
Il est vrai que l’église Saint‑Jean‑Baptiste aurait pu supporter sans difficulté un orgue plus puissant. Toutefois, celui de Montiéramey pouvait suffire, puisque Boillot le remonta tel quel, sans transformation majeure. Il jugea sans doute négligeable l’effet perturbateur des bas‑côtés très développés, principal écueil en l’occurrence, et y remédia par une alimentation et une harmonisation adaptées.
L’avènement du romantisme
Au début du XIXe s. l’orgue français franchit la dernière étape naturelle de son histoire, au-delà de laquelle il s’égarera non sans superbe. Pour l’heure, le romantisme est la convergence de plusieurs éléments étrangers qui modifient notablement son aspect (*cf. notice accompagnant le disque consacré à l’orgue de Nantua). La fidélité au classicisme est totale quant aux principes fondamentaux de construction, mais l’innovation réfome profondémen tl’alimentatin et introduit des timbres nouveaux (gambes et anches libres) au préjudice d’anciens passés de mode (tierces). La vogue du piano incite les fadcteurs à agrandir leurs claviers, et la révélation de la musique de Bach à remplacer les pédaliers “à la française” par d’autres plus grands “à l’allemande”.
*[Le disque en question : L’orgue de
Nantua – René Saorgin : 33 tours publié en 1976 chez Harmonia Mundi, dans
la collection Orgues historiques.
René
Saorgin, grand spécialiste du répertoire français. Programme : œuvres de
Lefébure‑Wely
Instrument : le grand orgue Lété (1845) de l’abbatiale Saint‑Michel de Nantua, un orgue de transition classique/romantique, 42 jeux, 3 claviers, 2883 tuyaux.]
Une transformation doublement attendue
L’orgue des
Le Bé et Richard ne fut pas épargné par ce courant d’idées nouvelles qui
avaient conquis quelques Chaourçois zélés. Mettre l’orgue de la bourgade aux
goûts du jour et le hausser au 4ème rang des orgues du département
de l’Aube (10), après la Cathédrale de Troyes, St Pierre de Bar-sur-Aube et
Nogent-sur-Seine, voilà un programme exaltant !
Il faut ajouter encore que plus de 50 années s’étaient écoulées depuis les travaux de Boillot et qu’un relevage s’imposait de toute évidence. Les bonnes raisons ne manquaient donc pas pour entreprendre une action sans tarder.
Les travaux de Nicolas Antoine Lété
Le 10
décembre 1847, l’Abbé Thiesson rédige un devis ratifié six jours plus tard par
Lété*. Le projet consiste à modifier
profondément l’ancien orgue de Montiéramey sur la base d’une mécanique nouvelle
(sommiers de 34 notes pour les deux premiers claviers, de 42 notes pour le
Récit et de 25 notes pour la pédale, abrégés, claviers, etc…) et d’une
soufflerie neuve. Seule la tuyauterie ancienne sera conservée, non sans remaniements
(accord au tempérament égal, diapason élevé d’un demi-ton, harmonie
modernisée). Le grand corps devra subir les mutilations nécessaires au postage
latéral des basses d’un bourdon de 16 et à l’installation d’un récit expressif
au sommet de la grande tour. Les piliers engagés dans le mur Ouest, aux angles
de la tribune, seront bûchés pour loger les longs sommiers de pédale.
Atteint
d’une grave maladie, Lété délègue Ernest Durant pour diriger les travaux qui
aboutissent à la composition suivante :
*[Nicolas‑Antoine Lété (1793–1872), né et mort à Mirecourt,
est l’un des facteurs d’orgues les plus actifs de l’Est de la France au XIXᵉ
siècle. Il obtient en 1841 le titre de facteur d’orgues du Roi.
Il dirige une manufacture importante (jusqu’à 25 ouvriers),
très réputée pour : ses orgues à cylindres, ses orgues d’église destinés aux
paroisses rurales, ses interventions dans Lorraine, Alsace, Champagne,
Bourgogne, Savoie.]
Ces travaux
faisaient suite à la restauration du retable de la Passion en 1828, à la construction
de la grille du chœur la même année et au renforcement de la façade Ouest de
l’église.
Les organistes amateurs
Ce n’est
pas au sens péjoratif qu’il faut entendre cette expression empruntée à l’un des
plus fidèles organistes de Chaource, Ludovic Sot, mais au sens exact de celui
qui aime son instrument et sa fonction. Certes, le talent des organistes que
nous allons présenter n’était guère plus grand que celui de leurs devanciers de
Montiéramey, mais leur ponctuel dévouement fut de très loin supérieur.
Le 31 juillet 1791 Bénigne Boillot faisait observer aux fabriciens qu’il étoit intéressant pour l’entretien dudit orgue qu’il fût touché le plus souvent possible. Or, Jean-Baptiste Delagrange, ancien titulaire resté en fonction, était gagé pour n’intervenir qu’aux grande fêtes et fondations. Edme Georges Rémond accepta donc d’en toucher tous les dimanches gratuitement sans porter atteinte aux gages dudit Sieur Delagrange qui aura le droit exclusif, comme par le passé, d’en toucher pour les mariages et pour les baptêmes. Jamais le zèle de l’ancien marguillier ne se démentit. Il exerça la suppléance comme convenu de 1791 à 1804. Puis, il devin titulaire en 1805 avec pour souffleur Michel Endrez puis Etienne Hénault, les émoluments de ceux-ci s’élevaient à 30 livres par an, étant plus élevés que ceux de l’organiste qui eux n’étaient que de 24 livres, parce qu’ils assuraient le balayage de l’église.
Au moment
où Rémond cessa ses fonctions, vers 1826, les Coqueret prirent possession de la
tribune pour un demi-siècle. Le père d’abord, Nicolas-Gérasime, né aux
Loges-Margeron le 11/11/1798, apparait dans les comptes de fabrique dès 1830.
Ce maître de pension, dont les libéralités en faveur de l’orgue seront évoquées
plus loin, vit ses honoraires augmenter d’année en année passant de 50 à 150
Francs. Il est resté en exercice jusqu’à sa mort le 25/04/1859. Prévoyant, il
avait fait donner à ses filles une éducation musicale convenable assurant ainsi
sa succession. Clémence Coqueret, après sa sœur, reprit la charge comme le
souhait son père, au même tarif que lui, avec pour souffleur Antoine Roty.
Parallèlement les ophicléides Pierre Gat, Urbain et Clément Zaigue
accompagnaient les chants tout en veillant à la bonne tenue des enfants de chœur.
Mademoiselle Coqueret tint les claviers jusqu’en 1874 environ.
Pour une trentaine d’années, la paroisse engagea ensuite Madame Armand Doublet-Duglin dont le mari tenait un petit commerce à Chaource. Les revenus de la paroisse diminuant, Madame Maria Doublet vit ses appointements suivre la même pente et passa progressivement de 150 à 100 francs par an, sort partagé avec son souffleur Emile Testard qui lui passa de 50 à 40 Frs et ceci jusqu’en 1905.
Un
architecte de Chaource, Ludovic Casimir Auguste SOT né à Chaource le 4 mars
1864 et décédé à Lusigny le 19 septembre 1940, passionné de musique et d’orgue
en particulier, prit la succession de Madame Doublet. Nommé en 1906 aux gages
annuels de 73,20Frs, il resta titulaire de l’orgue pendant 30 ans exactement,
ayant pur compagnons souffleurs Emmanuel Person jusqu’en 1911, Eugène Guinot
1913-1922 et le polonais Mika, sonneur de surcroît. La double carrière de ce
dernier s’acheva avec l’électrification des cloches et de la soufflerie de
l’orgue en 1942.
C’est avec
le même Mika que Mademoiselle Madeleine Wichard, née à Troyes le 29/09/1894,
commença son service. Ancienne élève du cours Fénelon, elle reçut une éducation
soignée d’où la musique n’était pas exclue. Mademoiselle Riel (1830-1913),
organiste de St Pantaléon, lui dispensa une formation qu’elle devait mettre à
profit plus tard. Quittant Troyes avec sa famille en 1919 pour revenir vivre à
Chaource, elle poursuivit sa pratique pianistique jusqu’au moment où la place
d’organiste étant vacante, elle comprit que son devoir était de se vouer à ce
service. Depuis 1937, elle assure la fonction ponctuellement et bénévolement,
comptant parmi les plus anciens organistes du diocèse.
Ainsi
couvrons-nous à Chaource une période de deux siècles en sept mandats seulement,
tandis que 11 organistes avaient été engagés par les moines de Montiéramey en
21 ans !
Si
l’instrument des Le Bé, Richard et Lété, confié aux soins attentifs de ces
organistes, a subit une grande évolution, la musique qui y fut interprétée ne
s’est pas moins transformée. Les dépenses en livres d’orgue dont font été les
archives sont révélatrices du répertoire en usage au XIXe siècle. En, 1837,
cinquante pièces d’orgue de Miné et un “Guide de l’organiste” sont achetés 30
Frs à deux éditeurs parisiens. Cette littérature musicale dont la médiocrité
fut tôt dénoncée par un Joseph Régnier, prêtre du diocèse de Nancy dans son
ouvrage “L’orgue, sa connaissance, son
administration et son jeu” en 1850. Quelques années plus tard, la paroisse consent
une nouvelle dépense et se procure un Journal
des dimanches et des fêtes, publié sous la direction de L.F.A Frelon avec le
concours de MM. Adrien de la Fage, H.L. d’Aubel… et contenant des
transcriptions des œuvres de S. Bach, Beethoven, Clémenti, J.L. Dussek,
Haendel, Haydn, H. Knecht, Martini, J. Mochelès, Mozart, Palestrina et C.N
Rinck (Ed. Paris 1858). Dans la première partie de ce recueil sont
rassemblés des accompagnements du plain chant romain pour la Messe (du Mnt Ier
ton), et l’office (antiennes, psaumes, Magnificat, Hymne, etc…) mélodies
travesties au moyen d’une mensuration et d’une harmonie étranges et inadaptées.
Secondairement, sont réunies dans ce “Journal” des compositions d’organistes
parisiens, éloquent témoignages d’une inspiration légère ou pompeuse…
A cela s’ajoutent des transcriptions d’œuvre religieuses de
Bah (Crédo) Mozart (Agn,us Dei), Beethoven (Sanctus) Weber (Agnus Dei) et des
pages profanes issues des sonates, symphonies, trios, quatuors, concerti,
oratorios des mêmes auteurs – en vérité rien de ce qui convient à
l’orgue !
Au XXe siècle, alors que les organistes de Chaource avaient retrouvé un goût plus sûr, leur orgue dépérissait et ne répondait plus aux exigences phonétiques d’une littérature pour laquelle il avait été créé ; car bien des mésaventures l’avaient éprouvé depuis 1848.
LE DÉLABREMENT
On ne peut
nier ni manquer d’admirer le soin que prirent les Chaourçois à bien entretenir
l’orgue de leur église, à compter de 1830. Avant cette date il ne semble pas
que Boillot revint à Chaource pour veiller au bon fonctionnement de
l’instrument qu’il y avait installé. Seul un certain Lefiorel demande 13 livres
en 1806 pour une visite d’accord. Un autre, aussi peu réputé, Menuel intervint
irrégulièrement (1833, 1835, 1838, 1840 et 1843) pour des rétributions
oscillant entre 30 et 300 Frs.
La
régularité des visites ne commence qu’avec Lété, facteur d’orgues de Mirecourt,
qui passe un contrat avec la Fabrique le 16 décembre 1847 en vertu duquel il
s’engage à entretenir et accorder les
orgues pendant 10 années consécutives, moyennant 50 Frs pour chaque année.
Il s’acquitta de cette tache au printemps et à l’automne de chacune des années
suivantes jusqu’en 1854 seulement, date à laquelle sa santé chancelante lui
imposa une retraite prématurée.
Paul
Chazelle, d’Avallon, fut alors introduit à chaource comme auprès de toutes les
Fabriques du diocèse, par un Chanoine honoraire de Troyes, Antoine-Narcisse
Thiesson, fort écouté par le clergé d’alors en matière musicale et
organistique. Le facteur présenté par M. Thiesson avait acquis la notoriété
avec une retentissante construction symphonique à St Lazare d’Avallon ; il
vint régulièrement entretenir l’orgue de Chaource jusqu’en 1870, recevant 40
Frs pour ses deux voyages annuels. Cette modeste somme figurant au budget
jusqu’en 1876 sans nom d’affectataire, on ne sait combien de temps Chazelle
conserva la confiance de la Fabrique.
Alfred
Boitouset de Dancevoir et son frère reçoivent 140 Frs pour avoir travaillé
quatre jours à l’orgue en 1877. L’année suivante une dépense de 100 Frs indique
la réalisation d’un nouveau travail de réparation sommaire. Puis, pendant plus
de 10 ans, la Fabrique néglige l’entretien de l’orgue, se contentant des
services de l’ophicléide converti à bon compte facteur d’orgues.
C’est à
partir de 1890 que les frères Rolin de Troyes veillent au bon fonctionnement et
à la justesse de l’instrument, moyennant 45 Frs par an. Après 1900, on recourra
de temps à autre à monsieur Zaigue.
L’abandon
dura jusqu’à l’arrivée à la cure de Chaource du Chanoine Georges Lemasson (1879
†1959) grand ami des arts et fin musicien. Tout au lon de son ministère au
doyenne (1924-1951), il eut le mérite d’entourer l’orgue de soins constants
malgré des moyens financiers fort limités. Il est seulement regrettable que le
facteur sollicité fût Jules Bossier de Dijon, organier médiocre, incapable de
s’intéresser convenablement à un tel instrument.
Après l’abbé Lemasson, aucun crédit paroissial ne fut plus affecté à l’entretien du vieil orgue. En 1963, Pierre Chéron s’émut de la situation et proposa sans succès ses services ! Quelques années plus tard, nous prîmes l’initiative de faire venir Philippe Hartmann pour préparer l’instrument au récital du 20 octobre 1967. Nous voulions alors révéler la beauté de cet orgue bientôt tricentenaire, tout en attirant l’attention de la population sur la grande misère. Ce sursaut d’énergie lui valut le sauvetage souhaité !
Les assauts du symphonisme
Les
premières épreuves que connut l’orgue de Saint Jean-Baptiste, au sortir de sa
grande restauration du XIXe s., vinrent de l’existence, à Chaource, d’un mécène
entièrement conquis par les sonorités de l’orgue moderne. Si différent qu’il
était devenu – en comparaison à ses origines – l’orgue renouvelé par Lété était
toutefois assez dissemblable de ceux de Cavaillé-Coll. Cela fut-il ressenti
autant par Monsieur Coqueret que par l’abbé Thiesson que ses rêves d’artiste égarèrent plus d’une fois !
Toujours
est-il que très vite monsieur Coqueret se ravisa en demandant le remplacement
du clairon de Richard par un neuf, plus en harmonie avec la trompette de Lété.
Satisfaction lui fut donné pour 250 Frs payables en 1851, sans intérêts.
Recherchant
un modernisme plus accompli, l’organiste souhaita ensuite un nouveau “ jeu
d’harmonie ” en étain, dont la valeur était estimée 200 Frs. Afin de
prévenir l’opposition probable du Conseil de Fabrique, N.G. Coqueret proposa un
leg à la paroisse, à charge pour elle de
faire célébrer annuellement et à perpétuité deux messes basses… Les neufs
pièces qui constituent le dossier de donation ne nous renseignent pas sur le
caractère du jeu convoité. Certains documents parlent même de deux jeux
complémentaires. Ces détails rassemblés nous autorisent à penser qu’il
s’agissait d’une gambe destinée au récit, celle qui s’y trouvait déjà devenant
la “voix céleste” que nous avons connue. Au reste, les 150 Frs réclamés par le
facteur ne permettaient guère plus d’aménagements. La substitution de jeux se
fit dès 1852 alors que les formalités du leg ne s’achevèrent que six ans après.
La dernière
intervention de Lété livrant de nouveaux tuyaux eut lieu en 1854 pour remplacer
ceux qui avaient été rongés par les rats
et réparer ceux qui n’étaient qu’avariés.
Après le relevage de Paul
Chazelle qui n’entraîna, semble-t-il, aucune transformation en 1866 mais coûta
900 Frs, l’instrument subit de graves dommages en 1889 ! Le Conseil, étant
informé par l’organiste de la nécessité d’accorder et de réparer l’orgue, se
vit soumettre un projet de M. Rolin. Il
s’agissait seulement pour le temps actuel de renouveler complètement deux jeux
principaux qui ne peuvent plus être réparé, de modifier et d’accorder une
partie des autres jeux et de réparer le soufflet. Une fois de plus, les
textes ne sont pas explicites et nous invitent à la conjecture. Il apparaît que
les jeux incriminés ne pouvaient être que la fourniture et le nazard de Le Bé
comptant parmi les plus anciens et aujourd’hui disparus (sauf les basses du
nazard. Le premier fut remplacé par un Salicional et avec le second fut bricolé
le dessus d’un kéraulophone. Cette
stupéfiante métamorphose, avec le relevage, fut facturée 2.575 Frs 1075 Frs
acquittés par la paroisse de 1889 à 1892 et 1500Frs par Monsieur le Comte
Chandon de Briailles, propriétaire du château de la Cordelière.
Enfin, Jules Bossier intervint en 1942 pour l’installation d’un ventilateur électrique, en 1946 et 1950, relevage suivant la guerre et la restauration des voûtes. Il lui était impossible d’altérer davantage le pauvre orgue dont le clavier principal se trouvait maintenant affublé d’un désolant trio de gambes…
Où mènent les transformations abusives
Plus que la
négligence, c’est l’ignorance de la Fabrique de Chaource qui fut la cause
principale de ce démantèlement. Une nouvelle preuve de la bonne volonté des fabriciens
nous est donnée avec la décision prise en 1899 d’assurer l’orgue pour 12 000
Frs, au même titre que les cloches et le beffroi.
La profonde
transformation réalisée par N.A. LÉTÉ altéra sans nul doute le caractère
premier de l’orgue de Montiéramey. Il n’en pouvait supporter davantage sans
renier grandement son passé. La pédale de six jeux qu’on installa alors, et
dont aucun organiste ne se servit jamais, n’apporta que des inconvénients
esthétiques et financiers. Le changement de diapason, aussi indifférent aux
titulaires que le pédalier, fut plus néfaste à la tuyauterie qu’utile à la
musique.
Que dire des substituions de jeux entrainant la disparition d’un matériel ancien, pour mettre l’orgue au régime symphonique sans y parvenir ? A chaque fois s’accrut le déséquilibre sonore tandis que diminuait l’intérêt instrumental. Car on ne peut indéfiniment retoucher un orgue sans lui porter un préjudice fatal !
Le bombardement du 14 juin 1940
L’une des plus
tristes pages de l’histoire de Chaource est bien celle qui coûta un grand
nombre de vies humaines et provoqua la destruction d’une partie du bourg. Lors
de l’exode, les émigrés qui marchaient en colonne brinquebalante vers une zone
en définitive ni plus sûre ni plus libre que celle qu’ils fuyaient, ces hommes,
femmes et enfants furent bombardés sans pitié. Du même coup, les verrières de
l’église furent pulvérisées et les voûtes endommagées. Les buffets de l’orgue
ne protégèrent qu’imparfaitement la tuyauterie que plus tard, les travaux de
restauration encombrèrent davantage encore de poussière et de gravas.
L’ultime épreuve
Alors que
les relevages effectués en 1946 et 1950 avaient redonné un peu de souffle à
l’orgue si cruellement éprouvé, on s’avisa de décaper ses boiseries – peintes
depuis 1856 – sans au préalable démonter la partie instrumentale en 1969 !
Les conséquences de cette
procédure aussi illogique que dangereux ne se firent point attendre : deux
claviers sur trois devinrent impraticables ; un seul fonctionnait encore,
le plus dénaturé de tous, hélas !
Ainsi fut atteint le complet délabrement d’un orgue proche de la ruine. La situation était d’autant plus grave que s’estompais des mémoires, la longue histoire de ce vénérable serviteur de la liturgie, et que, peut d’hommes distinguaient encore sa réelle valeur.
MENTALITÉ ET ACTIONS NOUVELLES
L’histoire
de l’orgue met en évidence l’effort constant des facteurs et des organistes
visant à perfectionner par nécessité les pièces maîtresses de l’instrument telles
que la soufflerie et les dispositifs mécaniques. Il fallut d’ailleurs plus de
temps pour atteindre un haut niveau en ce domaine que pour obtenir un ensemble
sonore idéal. En effet, les moyens et les matériaux de fabrication furent
longtemps précaires, tandis que le bon goût des artistes et l’excellence de
leur oreille concouraient très tôt à une parfaite réussite.
Gêné
souvent par des contraintes matérielles, le facteur d’orgues resta toujours
libre d’innover dans le domaine acoustique. Ainsi s’élabora une évolution dont
la continuité et la logique sont évidentes. Nulle part mieux qu’en France cela
se trouve confirmé par les grands témoins du passé, spécialement celui de
Chaource. En comparant les compositions de Le Bé, Richard et Lété, nous
constatons que sur un tronc permanent et commun se greffent, sans heurt, les
nouveautés du moment.
Le style
français demeure égal à lui-même du XVIe siècle au XVIIIe, malgré de notables
différences de détail. Il subit toutefois une première influence germanique dès
la fin de l’Ancien Régime ; les facteurs Alsaciens sont les maîtres de ce
premier concert. Puis, en plein Romantisme, un second phénomène venant aussi
d’Outre-Rhin apparaît. Les facteurs Lorrains le répandent avec honneur. Dès
lors, tous les facteurs engagent l’orgue sur le périlleux chemin de la
synthèse, tentant d’unir des styles parfois différents.
Si les
transformations que Richard imposa à l’orgue des Bénédictins de Montiéramey ne
perturbèrent pas fondamentalement le caractère premier de l’ouvrage, il en fut
autrement de l’intervention de Lété et plus encore de ses successeurs. Les
remaniements de l’harmonie et du diapason, plus encore que ceux touchant à la
composition des jeux, transformèrent les sonorités du vieil orgue, leur faisant
perdre leur caractère original sans leur en donner d’autre que l’insignifiance.
Chez nos
facteurs nous relevons enfin la volonté d’accroître sans cesse les dimensions
des ouvrages. Dès le XVIe s., les orgues atteignent parfois des proportions
imposantes. Après la Renaissance nos artistes continueront à partager les
ambitions des architectes, parfois même bien au-delà des exigences de leur art.
Ainsi en
fut-il avec Jean Richard qui n’hésita jamais à rompre au besoin l’harmonie des
meubles pour y loger davantage de tuyauterie. A Chaource, N.A. Lété suivit la même
politique, défigurant grandement l’architecture remarquable d’un des rares
ensembles du XVIIe siècle qui subsistent en Champagne.
Il n’y a
pas moins de raisons à bousculer la partie instrumentale que le mobilier
lorsque l’on est possédé du démon de la grandeur. Il faut même recourir à la
transformation du matériel ancien par mesure d’économie, fut-ce encore au
préjudice de l’homogénéité de l’orgue antérieur. Tant que l’identité de style
demeure, il n’y a rien là de trop répréhensible (exemple de Le Bé à Richard).
Mais cette méthode devient contestable dès que l’orientation stylistique
change, comme de Richard à Lété. Seulement, cette notion échappe encore aux
musiciens du XIXe s.,
tel qu’un Coqueret ou qu’un Sot, uniquement préoccupés d’adapter leur orgue à
un répertoire sans cesse plus important et d’origines plus variées.
De tout
temps le goût du nouveau a souvent prévalu sur celui de l’ancien et c’est
heureux puisque, chaque époque pu ainsi apporter son tribut à la création
artistique. Ce qu’il est permis de regretter aujourd’hui, c’est que, dans bien
des cas l’œuvre nouvelle entraîna la destruction de l’ancienne en tout ou en
partie : à cet égard, l’architecture de nos églises Champenoises constitue
un exemple frappant. Quant au mobilier, les pauvres paroisses durent se
contenter des ouvrages hérités de leurs aïeux, en les entretenant de leur
mieux, faute de pouvoir les renouveler.
Vint le
moment où la conservation délibérée succéda à la résignation forcée. Non
seulement on s’intéressa à la valeur intrinsèque d’une œuvre d’art, quelle que
soit son époque, au plaisir qu’elle apporte et à l’enseignement qu’en tire
l’esprit attentif, mais on s’attache spécialement à son caractère historique.
Cet aspect nouveau dans l’histoire de l’art date du seulement du XIXe s. et entraîna la
conservation rigoureuse d’un édifice ou d’un élément décoratif, afin que son
témoignage demeure, aussi fidèle qu’éloquent.
L’application
de cette politique imposa la mise en place d’une organisation structurée,
chargée de l’inventaire des ouvrages d’art anciens, de leur protection et de
leur conservation. Les Arts plastiques furent en 1834, les premiers
bénéficiaires de cette mesure. Longtemps après, nos buffets d’orgues étaient
l’objet d’une disposition semblables : nous en voulons pour preuve le
classement du mobilier de Chaource intervenu le 27 juillet 1959 seulement.
Les parties
instrumentales qui subirent tant de déprédations durant la période
révolutionnaire, tant de transformations ensuite, sujettes aussi à l’usure et à
bien d’autres périls, durent attendre encore un siècle pour profiter d’une
égale sollicitude. Bien qu’un contrôle des travaux sur certains instruments fût
reconnu utile en 1922, ce n’est qu’en 1933 que fut créée la commission
supérieure des orgues historiques : décalage lourd de conséquence, on s’en
doute. Là encore, il n’y a pas de meilleur exemple que l’instrument de
Chaource, classé le 19 juillet 1962, alors qu’il était en complète décrépitude.
Dès lors, deux voies principales s’imposèrent : la
conservation rigoureuse des témoins historiques, et la création de nouveaux
instruments répondant aux exigences des compositeurs contemporains.
Ici,
prenons soin de distinguer l’organologie et la musique de notre temps. Classer
un instrument “Monument historique”, c’est lui reconnaitre un caractère
précieux et adopter par le fait même le principe de sa conservation. Mais la
rançon de cette gloire est une sérieuse contrainte au niveau de ses
possibilités techniques et sonores, le rendant capable de servir la seule musique
de son temps. C’est ce que nous appelons volontiers : grandeur et
servitude de l’orgue historique.
Cette situation restrictive implique donc une mesure compensatoire : la création d’instruments neufs parfaitement adaptés au répertoire nouveau, et, par conséquent, ne faisant plus courir aux instruments ancêtres le risque de nouvelles et regrettables transformations.
Observons
aussi que la synthèse stylistique devient de siècle en siècle plus difficile à
maîtriser. Aujourd’hui, beaucoup d’organistes sont tentés à la fois par les
chamades espagnoles et par les anches nordiques, par les principaux italiens et
les mixtures allemandes. Ainsi écartelé, l’orgue français devient apatride de
son style jusqu’ici bien marqué disparaît.
Il faut
donc tempérer ses ambitions et freiner les agrandissements. L’orgue n’y gagne
pas toujours spécialement dans le cas qui nous occupe.
En somme, l’orgue à jouer parfaitement un seul répertoire semble de jour en jour préférable à celui qui peut tout jouer médiocrement.
Du “Retour aux sources” à la “qualité de la vie”
Ces
courants que nous venons de signaler ne sont pas l’apanage exclusif de l’orgue.
Nombreuses sont les activités intellectuelles qui suivent les mêmes lois pour
rejoindre une vérité perdue. Ainsi l’histoire non romancée fait chaque jour de
nouveaux adeptes, l’archéologie intéresse des groupes de jeunes d’année en
année plus nombreux, l’ethnologie nous apporte des enseignements étonnants, les
religions améliorent leurs liturgies pour rejoindre les usages les plus
anciens, etc…
L’intensité
de nos activités et la rigueur de nos conditions de vie exigent des
compensations. Pour cela, nous veillons davantage à la beauté des sites et nous
nous appliquons à retrouver la poésie d’un habitat ancien. Ce retour aux choses
du passé n’est pas qu’une mode, c’est un mouvement puissant et durable
traversant toutes les couches sociales, en raison de causes profondes qu’il
serait vain de nier et imprudent de négliger.
Si cet
attrait du passé est vif en tous lieux, il est un domaine musical, autre que
l’orgue, où il devient particulièrement remarquable : l’édition
discographique des œuvres antérieurs à 1800. Autrefois, le public admettait que
la science musicologique ou organologique faisait défaut au plus célèbre des
interprètes. Ainsi, le style dans lequel il convenait de jouer Bach ou Haendel,
et l’ancienneté des instruments utilisés n’étaient pas liés à la nature du
substrat sonore. La musique, pensait-on dépassait l’instrument : il
suffisait de retrouver et de traduire l’intention.
Nous sommes
aujourd’hui plus exigeants et par étape, nous sommes parvenus à cette conviction
qu’il existe pour chaque œuvre, une possibilité d’équilibre ou de dosage sonore
particuliers ; que chaque œuvre a été pensée par son auteur dans un
contexte sonore spécifique, et que retrouve celui-ci est un impératif catégorique
pour l’interprète. C’est progressivement que, tant que le domaine de l’orchestre
que dans celui des instruments solistes, on s’est peu à peu rapproché de cet
idéal.
Ce flux et ce reflux
d’aspirations sont la marque de la vie. Cette prise de conscience, cette soif
de vérité et d’authenticité même imparfaite, se mêlent simultanément à l’ardent
besoin d’une action créatrice parfois surprenante. Il faut tout accepter de
l’esprit intègre, et ne rien juger, ni personne, de manière péremptoire. Le changement d’esthétique, dit très
justement Jean Guitton, ne peut être
assimilé à un progrès ou une décadence de l’art, quel que soit l’intérêt qu’on
y porte aujourd’hui ou la valeur émotive qu’il inspire. Il procède plutôt d’un
esprit différent dû à une transformation de mentalité de la société créatrice.
Cette influence déterminante sur l’action artistique est un fait qui lui est
étranger et qui ne saurait préjuger de la conscience artistique du créateur.
Une même cause, celle de l’orgue ancien, en particulier, peut donc être servie différemment au cours des siècles et même à une époque donnée. Tout est question de sensibilité et de jugement, de goût et de choix, en fonction des personnalités et de objets. Comme l’écrit Norbert Dufourcq : l’ordre artistique, administratif et technique n’obéit pas à une unique méthode et à une seule doctrine, mais bien à des méthodes et des doctrines.
Rien n’est simple quand, à la
lumière de son histoire, il s’agit de redonner vie à une œuvre défigurée. Pour
ce qui est de la reconstitution d’un orgue historique, plusieurs moyens
complémentaires sont à mettre en œuvre.
Dans un premier temps, il
convient de rassembler toute la documentation relative à la création et aux remaniements
de l’instrument, en admettant qu’il peut toujours y avoir une différence entre
le projet conçu et l’ouvrage livré. Force est bien d’admettre aussi que ni la
valeur, ni le nombre des documents découverts ne sont capables de retracer
parfaitement l’histoire d’un orgue plusieurs fois centenaire. L’histoire, disait monsieur Pouget, c’est le résidu de la vie de l’humanité (…),
c’est un grand pays inconnu, avec des points de repère parfois serrés, parfois
beaucoup moins.
La bibliographie, quant à elle,
d’accès plus facile que les archives, réserve au chercheur ses propres pièges.
Ainsi pour l’orgue de Chaource, A. Prévost et Ed. Martinot fournissent des
renseignements appréciables ; toutefois, leurs travaux ne sont pas exempts
d’erreurs de transcription ou d’appréciation. Un autre article de 1966 apporte
des précisions erronées à propos de l’église abbatiale de Montiéramey et de
l’inscription gravée par richard sur la montre du grand orgue.
Malgré cela, l’étude critique des archives et de la bibliographie apporte une base irremplaçable d’informations que le restaurateur aurait tort de négliger.
Dans un
second temps, le restaurateur doit examiner attentivement le matériel
subsistant. La tâche est d’autant plus difficile que l’orgue est ancien. Si
d’aventure la paroisse est importante, il est à craindre que les remaniements
aient été nombreux : autant de motifs qui rendent floue la physionomie
première de l’orgue.
Il ne faut donc pas verser dans l’utopie en croyant que tous
ces moyens d’investigation réunis conduisent immanquablement à une parfaire
reconstitution des éléments perdus. Quoi de plus insaisissable que le
son ?
En
possession de ces éléments divers et concordants, suffisants ou non, une
réflexion s’impose avant d’orienter les travaux de restauration. Un choix entre
plusieurs programmes possible doit être fait, exigeant des renoncements et
suscitant la critique.
Ainsi, pour l’orgue de St Jean
Baptiste de Chaource, la reconstitution de l’orgue classique ne s’imposait pas
absolument, en raison des importantes transformations opérées par Lété et ses
successeurs. Ne fallait-il pas y voir un point de non-retour ?
La version de L. Le Bé, même
portée à son achèvement, se révélait notoirement insuffisante. Comment
concevoir un positif de 3 octaves seulement ? Comment se passer d’un récit
si utile au XVIIe
siècle ?
Celle de J. Richard était plus
satisfaisante, à deux réserves près : l’agrandissement du buffet de
positif fort dommageable à l’architecture du mobilier, et l’absence de pédale.
Entre l’insuffisance des origines
et l’outrance du denier remaniement, la voie médiane parut celle de la sagesse.
Mais elle entraînait une diminution importante du nombre de jeux (25 au lieu de
32), mesure contraire à l’habitude du passé comme du présent.
Par contre, l’orgue de Chaource
restauré selon cette optique deviendrait le premier de l’Aube – après Moussey –
à retrouver sa version d’origine : exemple déterminant pour les travaux
ultérieurs de Bar-sur-Aube, St Jean de Troyes, Nogent-sur-Seine, etc… Ce serait
aussi le premier des 3 ouvrages de L. Le Bé, conservés en Champagne, à servir
une si noble cause.
LES ARTISANS D’UNE RENAISSANCE
Avant que
ne soit envisagée la restauration complète du vieil orgue de Chaource,
l’organiste souhaita un relevage qui serait financé par quelques mécènes et ce
en 1971. Mais, le Maire de la bourgade estima, avec l’assentiment du Conseil
Municipal, qu’une participation municipale s’imposait. Impressionnée par ces
bonnes intentions, la Commission Supérieure des Orgues Historiques – dont l’accord
était nécessaire pour les travaux envisagés – décida la restauration complète
de l’orgue en octobre 1972.
L’avoir
primitif rassemblé à Chaource s’avérant inférieur à la participation communale,
une souscription fut ouverte en 1973. La population du canton, du département,
de la province toute entière et au-delà y répondit avec confiance et
spontanéité.
Le 29 juin
1974 une flamme postale fut créée, informant les correspondants que Chaource
restaurait son orgue des XVIIe et XVIIIe siècles.
Ce sauvetage constituait une
phase importante de la restauration générale de l’église. Après l’architecture,
le mobilier “chaire et boiseries du chœur”, la statuaire et l’orgue, il ne
resterait plus qu’à présenter la précieuse crèche en vois polychromé du XVIe pour
que cet ensemble, parfaitement remis en valeur émerveille davantage encore les
nombreux touristes qui le viennent visiter.
Les premières mesures en faveur
de l’orgue furent, les classements successifs, au titre des MH, de la tribune
avec ses buffets, puis de la partie instrumentale.
Le financement des travaux de
restauration fut pris en charge par l’État au taux exceptionnel de 66%, le
dernier tiers restant à partager entre le département et la commune.
Dépendant du Secrétariat d’État à
la culture, la Commission supérieur des Monuments Historique rassemble, en sa 5ème
section, les organistes français les plus éminents pour présider à la destinée
des orgues classés, groupés par province. Depuis la dernière restructuration du
service en 1968, la Champagne est placée sous l’autorité du Maître Gaston
Litaize, rapporteur et de Monsieur Marc Schaefer, technicien-conseil. Enfin, le
membre correspondant assure l’information permanente des divers services
administratifs.
A l’échelon de la Conservation
Régionale à Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne), Messieurs
Lepoittevin, Conservateur régional des Bâtiments de France et Nominé, Réviseur
Principal, veillent à l’exécution des ordres ministériels – Au niveau
départemental monsieur Morisseau architecte des Bâtiments de France et Mgr
Marsat Conservateur des Antiquités et Objets d’Art, suivent ponctuellement le
développement des opérations.
Ces personnalités travaillent en
étroite collaboration avec monsieur Esterle, Inspecteur principal des MH, et
les collectivités locales.
C’est au rapporteur et à ses
collaborateurs que revient le choix d’une politique de restauration. D’eux
seuls et du facteur pressenti, auquel ils accordent leur confiance, dépend le
sort d’un orgue à relever de ses ruines. L’enjeu est considérable si l’on admet
que, dans un cas comme celui de Chaource, aucune intervention importante ne
sera plus possible après celle-ci, en raison de l’état de vétusté avancé des
éléments sonores.
Fort de leur expérience et de leur réflexion, animés par le service de l’orgue et attachés à la sauvegarde du patrimoine français, c’es techniciens optèrent délibérément pour une restauration historique rigoureuse !
C’est en 1933 que Athanase Durand né en 1907, fonde une manufacture d’orgues à Villeurbanne (69). Très tôt attiré par l’instrument à tuyaux, il fit son apprentissage chez Merklin de Lyon. La particularité de sa carrière tient non seulement au fait qu’il observa, comme tout un chacun, les ouvrages des Maîtres d’hier et d’aujourd’hui, mais surtout à son étonnant capacité dévolution. Ces qualités rassemblées en firent un facteur de premier ordre, à l’amabilité, à la probité et au talent unanimement reconnus. Parmi ses ouvrages les plus célèbres, citons les restaurations d’Aix-en-Provence en 1966 et Saint Martin-ès-Aires à Troyes en 1970. Quant à ses constructions, non moins réussies, celle de Charlieu en 1966 et Saint Etienne en 1967 retiennent spécialement l’attention
Après quarante années d’activité,
Athanase Durand confia à son fils le 1 février 1973, le soin de poursuivre
l’œuvre commencée. La manufacture d’orgues Jean Dunand travaille à son tour à
la création d’ouvrages important tel qu’à St Victor de Marseille en 1974, et
s’applique à restaurer les orgues historiques comme celui de La Chaise-Dieu en 1976.
C’est elle qui se vit confier le chantier de Chaource pour lequel Athanase
Durand avait établi un devis de restauration le 11 décembre 1972.
UNE RESTAURATION HISTORIQUE
Archives relatives à la construction
Sous la cote 6 H 100 des Archives départementales de l’Aube, sont rassemblés les deux documents remontant à l’origine de l’orgue :
-
le devis des travaux de Louis Le Bé (non daté)
suivi du marché du 20 juin 1696 et des quittances du facteur : 1697-1698
-
le mémoire général de toutes les dépenses dressé
par le comptable de l’Abbaye du 26 mars 1698
Edmond Martinot les publia en
1941 (op. cit. p 210-211). Une seconde fois, le même texte fut édité dans la
revue « L’orgue » en 1966. Avec une orthographe modernisée, ces
transcriptions nous rapportent de larges extraits de ces actes essentiels à la
connaissance de l'orgue de Montiéramey, et par conséquent, à sa reconstitution
historique.
Parmi les erreurs que nous
analyserons plus loin, doit être signalée dès maintenant celle touchant à la
datation du devis. Sur la première page du premier document figure, hors texte,
la mention “3 janvier 1698” écrite par la même main et avec la même encre que
l’avant dernière quittance. Il est évident que cette date ne peut être celle du
devis comme le croit Martinot, puisque ce document ne saurait être postérieur
au marché du 20 juin 1696. C’est plutôt une indication de classement écrite par
le comptable au moment de la clôture des comptes. A cette erreur
d’interprétation s’ajoute une erreur de lecture, Martinot ayant vu 1678 au lieu
de 1698. Toute hypothèse d’attente entre le projet et sa réalisation devient
donc sans objet. En conséquence, les travaux de construction sont à situer entre le 20 juin 1696 et le 19 juin 1698
au plus tard.
La
rédaction du devis présente, quant à elle, des anomalies qu’il faut relever dès
à présent :
- Dans la
nomenclature des jeux du Grand Orgue, il y a deux doublettes (§ 2 et 5). La
première citée est bien le principal entrant dans le plein jeu. Mais la seconde
est probablement une quarte de nazard, destinée à la composition du jeu de
tierce dont il est alors question.
- A propos
de la Montre du G.O. c’est évidemment 8 pieds qu’il faut comprendre et non 4
comme il est indiqué.
- a la
ligne 11 du f°1r° l’étendue du cornet est difficile à lire. Mais toute autre
version que celle d’Ed. Martinot n’aurait aucun sens.
Notons toutefois que cette étendue (A.2-C5) est
exceptionnelle dans la production de Louis Le Bé.
- Au verso du folio 1, lire Hocart et non Nocard (cf la signature du prieur f° 2 r°)
Le devis d’achèvement (1779)
C’est au Registre des ouvriers et domestiques de la Maison de Montiéramey
que nous devons le devis de Jean Richard (Arch. Aube 6H251). Il ne
nous emble pas qu’il y ait eu d’autre pièce que celle-ci. En effet, nous avons
là toutes les caractéristiques propres à ce genre de document.
Dans son édition, Ed. Martinot a
expurgé le texte initial de tout ce qui ne concerne pas les jeux et lit
« feinte d’or » au lieu de “feinte d’os”, sans égard à la pauvreté
monastique.
Il est évident que les regrettables lacunes des Archives Paroissiale du XIXe s. ont privé tant Martinot que nous de précieux renseignements. Ce qui subsiste est constitué de liasses éparses, de quelques registres de délibérations et de comptes. Aucune de ces sources ne rapporte les termes du devis rédigé en 1847 par le facteur de Mirecourt – cela eut été fort utile pour confirmer l’ampleur des travaux de 1780 et préciser au besoin ceux de 1791.
Un ensemble architectural d’un exceptionnel intérêt
Très tôt les
historiens de l’art ont reconnu la valeur du mobilier d’orgue de Chaource. G.
Servières le premier dans son ouvrage “La
décoration artistique des buffets d’orgues, paris 1928, p.54” signale les six colonnes torses
supportant la tribune. Il s’agit là d’un cas sinon unique, au moins très rare.
N. Dufourcq dans “Le livre de l’orgue
français, Paris 1969-T.II” n’en cite aucun autre tandis que Servières
retient le cas de Vire (Calvados) et celui de St Maclou à Rouen, utilisant le
marbre et non plus le bois.
Les deux
buffets de Chaource ont une ordonnance tout à fait classique avec leurs trois
tourelles – en A au grand corps et en V au positif – et leurs deux plates-faces
garnies de hautes claires-voies. Chaque tout est coiffée d’un dôme à écailles
surmonté d’un pot à feu, sauf au centre du positif où se trouve une statuette
représentant Ste Cécile (selon Martinot) à moins que ce ne soit la Vierge
Marie, Patronne de la dernière abbatiale de Montiéramey !
Aux coins
de la tribune, sont placés deux pots à fleurs semblables à ceux du banc
d’œuvre. Nous supposons qu’ils furent apportés ici vers 1791, dans un souci
d’unité de style, car aucun document de Montiéramey n’en fait état. Deux autres
auraient été posés de part et d’autre du positif, soit au même moment, soit en
1848, pour masquer les mutilations infligées au grand corps par Lété.
La restauration des buffets
Un tel style et une pareille homogénéité militaient en faveur d’une reconstitution scrupuleuse du plan primitif. Il convenait donc de débarrasser cet ensemble de toute promiscuité fâcheuse et de réparer chaque élément avec soin. Le postage de tuyauterie extérieur au buffet fut exclu et la largeur du petit meuble ramenée à ses cotes initiales. Pour que chaque meuble puisse remplir son office d’élément protecteur et acoustique, il fallut remplacer tous les toits vermoulus et une partie des côtés, abîmés en 1780 (POS.) et en 1848 (G.O), puis reconstruire le fond du grand corps, disparu depuis plus d’un siècle. Quant à la charpente intérieure du meuble principal, réduite de restauration en restauration, elle s’avéra trop faible pour soutenir le grand sommier. Faute de moyens financiers pour reprendre toute l’infrastructure selon les règles anciennes, on dut se résoudre à renforcer traverses et montants à l’aide de pièces métalliques dissimulées par les boiseries bientôt tricentenaires. Ainsi, réapparut l’ordonnance première de la tribune et des buffets de Montiéramey, ne manquant ni de noblesse ni d’élégance.
Logement d’une tuyauterie
Nous avons
dit combien il était regrettable que Richard ait renoncé à l’installation d’un
ou deux jeux de pédale, si nécessaires au répertoire classique français. Trop
encombrant pour être placés dans le grand buffet, ces tuyaux durent être logés
derrière, en un caisson séparé, le long du mur ouest de l’église. D’une
conception propre à la Manufacture Jean Dunand, il est invisible de la nef et
n’altère aucunement la distinction du mobilier ancien.
L’inventaire instrumental
La lecture
du tableau suivant nous montre la succession rapide des éléments mécaniques de
l’orgue jusqu’en 1848. Au contraire, pour ce qui est de la tuyauterie, la
conservation est de règle (non sans pertes regrettables). Nous nous apercevons
que le nombre des jeux double de 1696 à 1848. Enfin, de 1848 à 1975, nous constatons
qu’à quantité égale de timbres, ne correspond pas le même nombre de tuyaux, ce
qui condamne les optons prises durant cette période : la valeur d’un orgue
tenant davantage à la qualité et à la richesse de ses timbres qu’à la grandeur
et au nombre de ses jeux. C’est bien ce principe qu’applique la restauration de
1976, réduisant le nombre des registres tout en augmentant celui des tuyaux.
Reconstitution des plans sonores primitifs
Les conceptions organistiques du XIXe siècle étant très différentes de celles des époques antérieures, il importait en 1976 de remanier grandement la disposition de Lélé, afin de restituer l’orgue ancien. Le grand clavier et le clavier secondaire resteraient à leur place, jamais contestée. Le récit expressif de 1848, plus de mise selon l’esprit de restitution, serait remplacé par un plan de moindre étendue, situé derrière la majestueuse tour de huit pieds. La pédale, quant à elle, occuperait toujours le fond de la tribune, en s’étalant moins qu’auparavant pour des raisons esthétiques. Nul doute que cette répartition séculaire est la plus favorable à la libre diffusion des sons, d’autant plus nécessaire que l’édifice est vaste.
Regroupement logique des jeux
Au fil des
siècles, la tuyauterie de tout orgue subit des transferts et des remaniements
abusifs. On fait fi trop souvent de l’art du créateur en réutilisant, ailleurs
et autrement, ce qu’il a conçu pour une place précise et une fonction réfléchie.
Aussi, faut-il rassembler ces individus dispersés pour qu’ils retrouvent la
seule situation donnant pleine et entière satisfaction.
Au moyen du
tableau ci-dessous, nous exposons le détail de cette opération menée à Chaource
en 1976. Tous les jeux anciens disparus ont été refaits en matériel neuf !
Les impératifs financiers et leurs conséquences
Du relevage prévu initialement à la restauration décidée ensuite, le chemin à parcourir était aussi considérable financièrement que techniquement. Si les dépenses occasionnées par la restauration du matériel historique furent engagées sans parcimonie, une substantielle économie fut de rigueur avec le réemploi des sommiers de grand orgue et de positif, de leur mécanique, et des claviers du XIXe s. Bien que l’on puisse considérer ce matériel plus historique que du neuf, fut-il copié de l'ancien, il faut admettre qu’il présente de inconvénients techniques et esthétiques importants. Au plan pratique, la réutilisation des deux sommiers de Lété était un pis-aller, pour le positif surtout, leurs dimensions ne correspondant pas plus exactement à celles des buffets ramenés à leurs proportions d’origine. De plus, en incorporant dans la vieille fenêtre rétablie les claviers de Lété, se commettait un anachronisme certain. Il est à souhaiter que ces défauts soient corrigés ultérieurement.
Entorse à l’Histoire
Dans la
nomenclature des jeux quelques différences mineures apparaissent des origines à
nos jours : il convient de les expliquer.
La présence
d’une quarte de nazard prévue au rand clavier de Le Bé ne figure pas dans le
relevé rédigé en 1791, de sorte que sa construction devient douteuse. C’est
pourquoi elle ne fut pas restituée en 1976.
Bien que
Jean richard ait envisagé le renforcement du plein jeu de positif, nous
ignorons s’il l’a réalisé. De plus, le sommier de Lété ne permettant pas cette
adjonction, nous en sommes restés à la version du XVIIIe siècle.
Au récit
enfin, nous avons opté pour une formule couramment pratiquée par Richard, à
savoir la séparation des deux premiers rangs du cornet. Cette disposition
présente d’indéniables avantages qu’il eut été dommage de ne pouvoir exploiter.
La reconstitution ne va pas obligatoirement jusqu’à la reconstruction d’une soufflerie cunéiforme. Un réservoir neuf, astucieusement dissimulé par Jean Dunand et alimenté par un ventilateur électrique caché lui aussi, remplit son office avec toutes les qualités désirables.
Diapason, accord et harmonie
Dans une
telle entreprise, la question du diapason se pose d’abord. Soigneusement
réparée, la tuyauterie ancienne est destinée à retrouver sa tessiture primitive
selon les indications gravées dans le plomb ou l’étain. Chaque tuyau reprend
ainsi la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. A Chaource, nous obtenons en
conséquence, un LA 3 plus bas d’un ton environ au LA 440 admis depuis 1939.
Tout
musicien sait que la manière d’accorder les instruments de musique a autant
varié que le diapason. Il s’agit ici d’une question de tempérament, dont aucune
des formules pratiquées ne s’accorda jamais à la résonance naturelle, pas même
celle magnifiquement célébrée pour le clavier par J.S. Bach. L’esprit général
de la rénovation de l’orgue de Chaource s’accommodant mal du tempérament
moderne, les restaurateurs choisir la partition donnée par Dom Bédos de Celles,
parce que contemporaine de Jean Richard. Ajoutons qu’il était intéressant, dans
une région aussi riche en orgues historiques que la Champagne méridionale,
qu’au moins un orgue ancien soit restitué de la sorte, pour témoigner de cet
usage et servir plus parfaitement la musique de son temps.
Sur la base de ces choix, le facteur entreprend alors la phase cruciale de la restauration, celle qui touche plus intimement à la musique : l’harmonisation. Non seulement la hauteur relative de l’ensemble est fixée, les sons égalisés, mais chaque timbre revit selon son caractère, sa personnalité propre, sorte d’entité phonétique. C’est là que l’artiste se révèle à force d’adresse, d’esprit et de goût. Monsieur Athanase Dunand accomplit cette tâche rendue particulièrement délicate en raison de la vétusté de la tuyauterie.
Un orgue ancien retrouvé
L’application
apportée à l’étude historique et archéologique du matériel de
Montiéramey-Chaource, la rigueur des choix possibles parmi les divers procédés
de restauration, la conscience des spécialistes qui œuvrèrent durant deux ans à
cette tribune, sont-elles garantes d’une renaissance exacte de l’orgue Le Bé –
Richard ? Il serait illusoire de le croire. Non seulement plusieurs de ses
éléments ne sont pas des copies conformes aux originaux, mais ce qui est
disparu ne peut, dans tous les cas, être reconstitué avec une absolue certitude.
Au reste, qui pourrait en juger ?
Ce vers
quoi il faut tendre plus modestement, c’est une approche de la version
première, c’est satisfaire la lettre et plus encore l’esprit, c’est laisser le
vieil orgue réapparaître librement, en nous étonnant éventuellement, mais en
nous charmant toujours.
L’orgue restauré vu en
coupe
Pour tout
artiste la vérité devance la beauté. A lui aurait très bien pu s’adresser Saint
Paul, sans rien changer du texte qu’il destinait aux Philippiens (IV,8) :
Tout
ce qui est vrai,
Tout
ce qui est digne,
Tout
ce qui est juste,
Tout
ce qui est pur,
Tout
ce qui est aimable,
Tout
ce qui a bon renom,
S’il
est quelque vertu
Et
s’il est quelque chose de louable,
Que
ce soit pour vous ce qui compte.
L’humilité est la meilleure servante de l’Art
La grande
leçon d’une telle entreprise est aussi celle de l’humilité, qualité essentielle
du restaurateur pour qu’enfin l’art ait le dernier mot et non pas la mode.
D’ailleurs, la restauration est en soi suffisamment ardue, pour qu’on
s’applique d’abord à tenter de faire aussi bien, avant de vouloir faire mieux.
En somme,
il faut rejoindre l’esprit de St Benoît, vécu par ceux qui construisirent cet
orgue en l’Abbatiale de Montiéramey. Pour l’artiste comme pour le moine, le
dépassement s’acquiert dans la soumission aux règles du maître, dans la pureté
d’intention et dans la pauvreté du cœur.
Conduits entre 1973 et 1978, ces travaux ont redonné souffle
et cohérence à l’instrument, tout en respectant son identité sonore et sa
structure ancienne. Cette intervention, menée avec le sérieux et la précision
qui caractérisent l’atelier Dunand, constitue aujourd’hui encore la dernière
restauration organologique d’envergure dont l’orgue ait bénéficié.
Il est accusé réception des travaux le mercredi 22 décembre
1976 à 15 heures. L’orgue possède depuis cette date 25 jeux (13 de Le Bé, 5 de
Richard, 3 de Lété, 4 de Dunand) sur 3 claviers (53 et 37 notes) et pédale (29
notes).
Il attire des artistes internationaux, enchantés de faire
résonner ce vénérable instrument à la sonorité si particulière.
Il apparait néanmoins qu’une certaine usure commence à se
manifester et qu’il faudra bientôt entreprendre un nouveau relevage et
améliorer la soufflerie.
20 octobre 2012, M. Pouillot, maire de Chaource, a informé
le Conseil d’administration que les crédits d’état étaient alloués pour
remplacer les claviers de l’orgue. Comme prévu, 40 % de la dépense sont pris en
charge par l’État, ce qui permet d’obtenir la participation de la Région pour
20 % et du Département pour 20 %.
La mauvaise nouvelle est confirmée aussi : les deux tranches
de travaux suivantes (la soufflerie et le relevage) sont reportées sans
qu’aucune échéance ne soit envisagée.
L’orgue est accordé régulièrement par le facteur d’orgues
troyen Laurent Plet. Mais l’instrument n’a pas connu d’autre intervention
depuis 1976. Il faut reconnaitre que les concerts étaient bien rares, jusqu’à
l’arrivée de l’organiste Géraud Guillemot. Les festivals 2010 et 2011 ont mis en
évidence une certaine fatigue et la nécessité d’un relevage.
La nef et ses bas-côtés datent du début du XIIIe siècle pour les murs et du XVIe pour les voûtes. Le transept double et l'abside ont été édifiés dans les années 1540-1545. Les piles isolées du transept ont été étrésillonnées en 1695. Le clocher, édifié au-devant de la façade au XVIIIe siècle, protège le portail à voussures roman de la nef. Une restauration des voûtes du chœur et de la nef a eu lieu en 1994. L’édifice comprend une nef à trois vaisseaux de quatre travées suivie par un transept double saillant. Ce dernier se raccorde au chœur à travée droite et abside à trois pans par l'intermédiaire de pans coupés. Des vitraux datant de la reconstruction du transept et de l’abside sont partiellement conservés dans les baies 1 à 4 (la baie 4 est datée de 1540) . La baie d’axe (baie 0) a été bouchée en 1674. Les vitraux d’origine ont été mélangés et très restaurés au cours des siècles, notamment après 1570, date du pillage de l’église pendant les guerres de religion, puis au cours de la réfection générale de l’édifice menée à la fin du XVIIe siècle. Plus près de nous, des restaurations sont intervenues en 1910, puis après la Seconde Guerre, en 1975-1976 et enfin en 1995 par l’atelier Vinum qui a créé à cette occasion quatre nouvelles verrières pour le transept. Une verrière donnée par un certain Etienne Emery et son épouse Marguerite est consacrée à leurs saints patrons respectifs et à des scènes de la vie de saint Jacques (baie 3). Une autre, offerte par un chanoine Pierre et un couple de donateurs, est dédiée au premier des apôtres et montre une Transfiguration (baie 4). Enfin, les baies 1 et 2 présentent une iconographie mariale avec les Litanies de la Vierge et la Crucifixion, sa Présentation au Temple et son Assomption. Depuis l’automne 2021, des ouvriers avaient pris possession des lieux pour y assurer de grands travaux. La toiture du bas-côté a été refaite en ardoises, celle des chapelles en plomb, les eaux pluviales ont été canalisées et, en parallèle, les charpentes ont été remplacées. Débarrassées de la patine des pluies acides et de la pollution, façades et gargouilles montrent leur plus bel aspect. La pose d’un dispositif anti pigeons met fin à la restauration.
2ème Partie
ANNEXES
Transcription des différents Actes
I – Pièces justificatives
n°1 Acte de baptême de Louis Le
Bé (23/10/1646)
(Bib. Troyes, St Jean, reg 26 f°4v°
Du 23 octobre 1646
Loys, fils d’honorable homme Edme Le
Bé, et de dame Nicole Bouclier sa femme ;
le parrain
noble homme Loys Bailly maieur des faux bourgs ; la marraine Elisabeth
fille d’honorable homme Nicolas Laurent
NB : La
date de cet acte a été corrigée, ce qui fit écrire à Ed. Martinot 24 au lieu de
23. Mais il n’y a aucun doute sur celle que nous retenons, car ce n’est
qu’après cet acte qu’apparait le 24 nettement calligraphié.
Le maieur (etym. = majorem, major) était un magistrat qui assurait une sorte de justice de paix sur un petit territoire extra-muros, selon Fr. Bibolet
n° 2 Acte de baptême de Catherine
Guilleminot (01/09/1650)
(Bibl. Troyes, St Jen, reg. 26, f°105v°)
Catherine fille de Marc Guilleminot, et de Catherine le Gendre, le parrain noble homme Loys Bailly maieur des faurbourgs. La marraine demoiselle Catherine Paillot femme feu du noble homme Guillaume Doué.
n°3 Acte
de mariage de Louis Le Bé et Catherine Guilleminot (20/01/1671)
(Arch. Départ. Troyes st Pantaléon, années 1671-1684, f°3,année 1671)
Le
vingtième jour de Janvier Louis fils d’honorable homme Edme Le Bé facteur
d’orgues et de deffuncte Nicole Bouclier ses père et père de la paroisse St
Jean a espouzé Catherine fille de feffunct Marc Guilleminot vivant maitre
particier et de Catherine Le Gendre ses père et père de la paroisse St
Pantaléon et lesdictz mariés ont signé en présence d’Edme Le Bé père et
l’espouzé et de maitre Courcier marchand cousin de l’espouzé et d’Edme Legendre
maitre tonnelier oncle maternel de l’espouzée et de Jen Legendre maitre
tisserant oncle de l’espouzée qui ont tous signé sur la minute.
NB : Ce texte n’est pas celui de la minute mais seulement d’une grosse. IL nous paraît néanmoins plus exact que celui d’une copie conservée à la Biblio. Municipale de Troyes (St Pantaléon regi.1f°1) qui rapporte l’acte dans ce qu’il a d’essentiel seulement.
n°4 Acte de sépulture de Louis
Le Bé (01/01/1715)
(B.M. Troyes, St
Nicolas, reg., f°34 r°)
Le premier du mois de Janvier
1715 Monsieur Louis Le Bé, organiste de l’église royale de St Estienne et de
cette Eglise facteur dhorgues âgé de soixante neuf ans et muni des sacrements a
été inhumé en cette Eglise en présence des soussignés. Signé
Le Bé N. Le Bé Savin
NB : Les Le Bé qui ont signé ici sont probablement fils du défunt : Simon (38 ans) et Nicolas (39 ans). Ce dernier ne doit pas être confondu avec son cousin, le facteur d’orgue (1667-1743).
n°5 Devis de construction de
l’orgue de Montiéramey par Louis Le Bé et marché (20.6.1696) suivi des
quittances
(Arch. Aube 6H100)
Mémoire de cequ’il convient faire à lorgue de l’église de
Mrs les Relligieux de labbaye de Montiramé ordre de St Benoist.
Premierement
il faut faire un bourdon de quatre pieds bouché de grosse taille sonnant le
huit pieds, les douze premiers tuyaux seront de bois de chesne.
Plus faire
un prestant de quatre pieds ouverts, plus une doublette de deux pieds, le
prestant ci-dessus aura cinq pieds et demi de hauteüre
plus un
cornet de cinq tuyaux par touche qui commencera en a mi la au dessoubs de la
clef de g re sol ut, et finira en C sol ut fa tout en haut.
Plus faire
un jeu de nazar proportionné au prestant, il y aura douze tuyaux des basses a
cheminés, et le reste ouvert
Plus faire
une doublette proportionnée.
Plus un jeu
de tierce en grosse taille
Plus une
fourniture de trois tuyaux par touche faits de quint en quarte,
Plus une
cimballe de deux tuyaux par touche
Plus un
cromorne sonnant de huit pieds
Plus un
cléron sonnant le quatre pieds de grosse taille et les quarant 8 tuyaux
parleront
Plus le
sommier propre a tenir les jeux ci-dessus, et en outre faire la place pour une
trompetter, une flutte, une voix humaine et une montre de quatre pieds que lon
fera quand on le jugera apropos.
Plus deux
claviers de bois de chesne garnis d’ébenne et les feinte dos
Plus un sommier pour le positif propre pour tenir un prestant, un bourdon, un nazar, une doublette, une tierce, une fourniture de trois tuyaux par touche, et faire servir la petitte régale qui est présentement a la petitte orgue posée sur les chaises du chœurs, les quels jeux ci-dessus sera tenu le soubs signé Le bé faire trois octaves pour le présent, sçavoir a commencer en C sol ut fa au dessoubs de la clef de F ut fa et finir au dernier C sol ut fa en haut.
Les jeux ci-dessus seront faits des materiaux fournis par Mrs les Relligieux du dit Montiramé.
Ce jourdhuy vingt juin quatre vingt seize marché a esté fait entre le Sr Loüis Le Bé, maistre facteur d’orgue demeurant à Troye d’une part, et le Rd père Dom Claude Hocart prieur de l’abbaye du dit Monteramé d’autre part, par lequel marché le dit Le Bée s’oblige a faire et parfaire le devi ci-dessus, fournir ses façon, a la réserve de la menuiserie que les dits Relligieux feront faire par les menusiers, et le dit Le bé sera obligé de tracer l’ouvrage au dit menuisier et collera et finira les tuyaux de bois, plus le dit Le bée sera obligé de venir au dit Montiramé choisir les bois nécessaire en luy fournissant un cheval, plus le dit Le bée fournira deux gros soufflets pour l’orgue ci-dessus, au moyen de quoi il prenfdra les trois soufflets qui sont pour le présent sur le grand orgue du dit Montiramé, plus posera le dit orgue le rendra fait et parfait, avec tous les mouvements prést à jouer a dire d’expers apeine de déspens dommages et interests, tirera le plom, fera tous les tuyaux necessaires et choses generallement quelquonque, et fera le tout fait et parfait recevable a dire d’expers pour le joure de St André prochain venant, et viendra au dit Montiramé repasser le dit orgue l’an révolu qu’ill sra receü a ses frais et dépens, moyennant que le tout ci-dessus Mrs les Relligieux de Montiramé seront obligé de donner au dit Sr Le bée la somme de deux cent trente livres, une pièce de vin et la qualité qu’il est dans les caves de la ditte Abbaye, un septier de foment et un septier de métail mené au dit Troye, plus deux cordes de bois des quelles dittes deux cordes les dits Srs Relligieux seront tenu en mener une charrette chargée, au dit Troy, et le dit le bée sera chargé de faire mener le reste du dit bois a ses frais et dépens au dit Troy. Plus les dits Relligieux seront tenu nourrir le dit Le Bé pendent le tem qu’il posera le dit orgue. Le dit Sr Le bé fera le gros orgue chez luy, et fera le positif au dit Montiramé pendent le quel temp il sera nouri au dit Montiramé. Fait à Troy le joue et an que dessus
Dom Claude Hocart Le
B é
Ce jourdhuy cinq juin mil six cent quatre vingt dix sept compte faire et arresté avec Mr Le Bée du marché cy dessus et de tout cequil a fourni et avancé pour l’orgue et le dit marché, pour touttes choses génerallement quelquonque il est du a Mr Le Bée quatre vingt dinq livres. Fait a Montiramé le jour et an que dessus
Dom Claude Hocart Le Bé
L’arresté de compte ci-dessus est double dont le Sr Le Bé en a un vers luy
Reçu sur le
sus-dict aresté de compte vingt six livres. Faict a Montieramé le dernier
jullier 1697
Le
Bé
Le 12 septembre 1697 envoyé a Mr Le Bé par F Claude Millier
quinze livres
Le 26 septembre 1697 envoyé au Sr Le Bé vingt cinq livres
pezan de boeüre a 6 s l’un
Le 3 decembre pour l’entrée de deux voitures de bois à Troys
vingt sols
Reste a me paier sur le marché d’autre par la somme de dix
livres faict ce troies Janvier 1698
Le
Bé
Le 19 juin 1698 anvoyé au Sr Le Bé vingt livres de boeüre a
4 s 6 d vallant
N°6 Mémoire
de toutes les dépenses faites pour la construction de l’orgue de Montiéramey
(26.3.1698) (A.D Aube 6G100)
f° 1 r°
26 Mars 1698
Mémoire de la dépense faitte
pour l’orgue de l’église de l’abbaye de Montiramé.
En
allant faire de marché de l’orgue trois livres
Aux
charpantiers pour la façon de la tribune dix sept livres dis sept sols six
deniers
Au
masson et aux manouvriers trois livres onze sols
cy
Au
Sr Lajoye pour une pièce de vois quarant sols
Cy
Aux
scieürs de long trois livres dix sols
A
Charle Champagne et Desacer menuisier cent huit livres six deniers
Au
Sr Chaboüllet sculpteur dis livres
Pour
l’étein tant fin que commun cent cinq livres six deniers
Pour
du plomb quatre vingt neuf livres dix sept sols
Pour
des boütons de bois pour tirer les tirans, vingt trois sols
Au
sérurier de Vandeüvre pour oüvrages de son méstier douze livres dix sols
A
François mareschal pour les ferrures qu’il a fournis, trent trois livres huit
sols
Pour
l’entrée d’un muid de vin mené à Troys au Sr Le Bée facteur d’orgue, cent sols
Pour entrée de plusieurs voitures de bois menées à Troys au dit Le Bée, et les déspens
des valléts et cevaux allants au dit Troys pour le dit orgue dis livres
quatre sols
Pour
une cuve quatre livres dix sols
Pour
des peaüx, douze livres
Pour
du léton, peaü de chien marin et …. De poincon cent onze sols, six deniers
Pour
un parchemin dix hui sols
A un
menuisier de Troys pour des planches et vollilles secqs neuf livres treise sols
A Mr
Le Bée pour plusieurs danrées pour l’orgue, par luy argent avancé, suivant son
mémoire, trent huit livres dix huit sols
A Mr
Le Bée facteur d’orgue deux cent vingt livres sur la somme de deux cent trent
livres pour le marché de l’orgue
Pour des cloüx quarant sept sols
Toutte
la dépense ci-dessus d’argent débourcé, tant pour la facture que materiaux
fournis pour l’orgue
f° 2 r°
de l’église du monastére de Montiramé monte la somme de
six cent quatre vingt dix huit livres dix huit sols six deniers, en foy de quoi
les Relligieux anciens ont signé a Montiramé Le vingt six mars mil six cent
quatre vingt dix huit 698 l. 18 s. 6 d.
Dom Jean Bricart D. Joseph Caillet Dom
Benoist Crespin
soubprieur
Dom
Claude Hocart
comptable
n°7 Acte de mariage de Jean
Richard et Margueritte Henry (25.8.1967
(A.D. Haute-Marne, Chaumont : Acte de catholicité de
1766 à 1771)
Le sieur Jean Richard facteur d’orgues
âgé de trente trois ans, fils de Pierre richard bourgeois demeurant au Chesne,
diocèse de Reims, et de Marie Matisse, ses père et mère de droit de la paroisse
de Joinville et de fait de cette paroisse, d’une part,
et Margueritte Scolastique Henry âgée
de vingt sept ans, fille de deffunt sieur Jean HENRY huissier priseur au
Baillage de cette ville, et de Jeanne Marie Nicolle BAROTTE ses père et mère de
cette paroisse, d’autre part,
Les trois bancs publiés aux prônes de
la Messe paroissialle de Nostre Dame de Joinville les deux cinq et neuf aoust
de la présente année sans qu’il s’y soit trouvé aucune opposition ainsy qu’il
nous la été attesté par Monsieru Petit jeans prestre vicaire de ladite paroisse
par son certiffica en datte du douez du présant mois et vu ban publié au prône
de la Messe paroissialle de cette ville le vingt trois dudit mois avec dispense
des deux autres accordée par Monsieur labbé Daubrude vicaire général de ce
discèse le treize aoust duement enregistrée….. et controllée le dit jour par
Forgeot pour opposition ou enpeschement.
Les
fiancailles célébrées préalablement ont été solennellement conjoins en légitime
mariage en cette Eglise le vingt cinq aoust mil sept cent soixante sept par moy
soussigné prestre vicaire de lcette paroisse en presence
de
Louis BAROTTE marchant tanneur, cousin germain de la contractante, de François
BAROTTE, Me [Maître]
drappier, grand oncle de la contractante, de Jean-Baptiste LOQUENEUX, Me
perruquier, cousin germain de la contractante, de Charles PETIT, huissier au
baillage de cette ville, cousin issu de germain de la contractante témoins
soussignés avec nous le contractant et la contractante
Henry
RICHARD Jean RICHARD L.
BAROTTE F. BAROTTE
Noël
GERARD Joachim GABENY LOCQUENEUX
BABOUOT PETIT HENRY vicaire
Curé
chanoine
n°8
Acte de décès de Jean Richard 28.5.1815
(A.D. Langres : actes de décès – n°
78)
Jean
RICHARD – 83 ans – n° 78
Le
vingt neuf mai dix huit cent quinze à sept heures du matin par devant nous
François Marie Royer adjoint au maire de Langres, Officier de l’Etat civil de
la ditte ville, sont comparus Pierre Joseph JOBERT, musicien, et Claude MOUROT,
propriétaire résidant à Langres, qui nous on déclaré que Jean RICHARD, facteur
d’orgues, âgé de quatre vingt trois ans, né à St Jacques du Chesne, résidant à
Langres, fils de défunt Pierre RICHARD et de Marie MATISSE, époux de Marguerite
Scolastique HENRY, est décédé ce jourd’hyer à dix heures du soir dans son
domicile scis rue château du Mont, et les déclarant ont signés avec nous le
présent acte après que lecture leur en a été faite.
ROYER P.J. JOBERT MOUROT
NB : Cet acte fut découvert par Monsieur le Chanoine P.
Viard, organiste de la cathédrale de Langres, auquel nous exprimons notre
gratitude pour nous l’avoir signalé.
n° 9 Acte de décès de Marguerite
Scolastique HENRY (16.6.1815)
(A.M. Landres, transcription du Chanoine Viard)
Le
16 juin 1815 à une heure et demie après midi et décédée à son domicile, rue des
pilliers, Marguerite Scolastique HENRY, âgée de 77 ans, née à Chaumont,
résidente à Langres, fille de défunts HENRY… veuve de Jean RICHARD.
T2MOINS
Pierre Joseph JOBERT, musicien maître de musique de la cathédrale de Langres,
Claude MOUROT, propriétaire.
n° 10 Devis et marché
d’achèvement de l’orgue de Montiéramey par Jean Richard
(19.8.1779)
suivi du contrat d’entretien (4.3.1781)
(Arch. Aube : 6H251 “Registre des
ouvriers et domestiques de la maison” 1756
f° 241 r°
& v° (noir) ou f° 123 r° & v° (rouge)
Ce
jourdhui dix neuf aoust mille sept cent soixante dix neuf entre les parties
soussignées a été fait le marché qui suit sçavoir que moi Jean Richard facteur
d’orgues m’oblige et m’engage par ces presentes a faire touttes les reparations
et augmentations necessaires a l’orgue des Religieux de l’abbaie de St Pierre
de Montieramé et dont le détail s’ensuit.
1°
faire a neuf deux parties de sommier au grand orgue composé de 50 gravûres et
une partie seule au positif du meme nombre avec touttes leurs dependances, le
tout en etat de recevoir tous les jeux qui sont dans le grand orgue, qui sont,
grand cornet bourdon prestant nazard doublette tierce, fourniture et trompette.
2°
de faire l’augmentation a neuf de tous ces jeux qui ne sont qu’en ut et qu’il
faut mettre en Re au dessus.
3°
de faire une montre neufve tant au grand orgue qu’au positif, n’y en ayant jamais
eu. Cette montre en etain fin d’Angleterre.
4°
faire un cornet de recit et un jeu de hautbois.
5°
faire trois claviers neufs a l’entendüe de quatre octaves ut eieze et re en
haut plaqué d’ébeine et les feintes d’os
6°
faire a neuf une trompette de grosse taille et un clairon de bon etain et bien
proportionné.
7°
une flutte de 8 a l’étendue de toise octaves.
8°
completter le positif par la quatrieme octave de la basse, dans tous les jeux
qui sont chromorne, voix humaine bourdon prestant tierce nazard doublette et
fourniture qu’il faut renforcer d’une quatieme rangée de tuyaux.
9°
faire toutte la mécanique et les portevens qui sert a faire jouer ledit
instrument.
10°
faire deux soufflets neufs d’une nouvelle construction beaucoup meilleurs que
ceux que l’on a eû jusqu’à present. Le tout bien conditionné et au dire des
connoisseurs. Et pour icelles reparations et augmentations le procureur aussi
soussigné promet et s’oblige de paier audit Sr Richard la somme de deux mille
six cent livres et de fournir les bois necessaires, sera ledit Richard nourri
cahufé éclairé avec ses ouvriers, tout le temps qu’il travaillera aux dits
ouvrages. A été convenu aussi entre lesdittes parties qu’en fin desdits
ouvrages il sera paié audit Sr Richard acompte sur lesdits ouvrages la somme de
quinze cent livres, et les onze cent livres restantes en deux termes, sçavoir
cinq cent cinquant livres a Noel prochain, et le restant a Pasques aussi
prochain terme auquel il s’oblige a repaésser ledit orgue pour le remettre en
accord, fait a Montieramé les jours et an que dessus, et ont lesdittes parties
signé donné un louis d’épingles au compagnons facteurs. 24 l.
0s. 0 d.
D.R. Jeannin Richard
Procureur
Reçu
a contes sur le present marché la somme de quinze cent livre
Richard
Reçus
les onze cent livre restent poure sol du present marchée a Motieramée
Ce
quatre mars Mile sept cent quatrevieng un
Richard
Et
ledit jour a été convenü avec ledit Sr Richard qu’il se chargeroit de
l’entretien de notre orgue moiennant vingt quatre livres por chacune année
n° 11 Extraits
des registres de délibaration du Conseil de fabrique de Chaource (1791 à 1899)
(A.D. Aube : 108 G.
4 – reg. 13)
(Sans date entre le 30.1.1791 et le 19.5.1791)
L’an mil
sept cent quatre vingt onze le Dimanche après midy au lieu ordinaire où se tiennent
les assemblées du bureau de la fabrique de Chaource les fabriciens étant
avertis par une publication faire au prône de la messe paroissiale de ce
jourd’huy et encore présentement au son de la cloche à la manière accoutumée en
présence de Mtre Sebastien Jobard curé de Chaource et du sieur Edme George
Remond Marguillier en exercice.
1° A été présenté par Ledit Sieur Remond marguillier en
exercice qu’étant sur le point de faire une acquisition d’orgue en vertu du
pouvoir qui lui étoit accordé, il lui falloit un second pouvoir pour deplacer,
transporter et replacer ledit ouvrage dans la nouvelle tribune de cette église.
2.1.1791
Qu’ayant fait venir le sieur Jolly facteur et organiste à
Troyes pour visiter les orgues de cette église il les avoient trouvé dans un
état à ne pouvoir être réparés, et que le plus court étoit de s’en procurer de
nouvelles, ce qui ce pouvoit faire facillement et a bon compte vû la vente des
biens du clergé.
Pour se rendre la tribune plus solide ledit Marguillier a été obligé de faire
faire des ancres et autres ferments necessaires, ainsy que de fournir du plâtre
tant pour placer les gonds de la grande porte qui tomboient, que pour remplir
les vuides qui l’environnoient.
A été délibéré…
Sur le quatrième article il a été délibéré et donné
pouvoir audit marguillier en exercice de faire lacquisition de nouvelles orgues
jusqu’à la concurrence du prix d’environ trois milles livres.
Sur le cinquième article il a été delibéré et donné pouvoir audit marguillier en exercice de payer les ancres ferments platre et verouils et cadenas pour la grande porte.
(A.D. Aube : 108G4 – reg 14)
13.6.1791
1° A
été représenté par ledit sieur Remond Marguillier en exercice qu’il étoit
absolument essencielle d’oter la vielle orgue avant de poser les tuiaux de la
nouvelle, à raison de la poussière qu’ocasionnera ce déplacement et qui
endommagerait beaucoup cette nouvelle orgue.
Secondement
de faire reparer la couverture de la nef qui est audessus des grandes portes à
cause de l’eau qui tombe sur la tribune
3°
De faire murer la croisée qui donne sur l’orgue à la hauteur de trois pieds.
4°
De lui donner pouvoir de ce transporter à Montieramey et d’en faire venir les
six colonnes qui soutenoient l’orgue nouvelle.
….
A été
délibéré d’une voix unanime consenti et donné pouvoir audit sieur Remond
marguillier en exercice de faire toutes les réparations cydessus enoncée et de
faire venir la tribune avec les colones de la nouvelle orgue.
Il a
été aussi mis en délibération et aresté d’une voix unanime qu’il feroit procédé
sur le champ à la vente en adjudication de l’orgue et du bois ainsy que la
poutre et escalier qui remferme suporte et conduisent à l’orgue, et l’enchère
est faite et criée pour ce concerne la tribune le bufet les souflets les
poutres et escalier se reservant laditte fabrique vendre pour une enchère
separée le plond les fers et le cuivre qui composent les tuiaux…
A la
charge pour l’adjudicataire de payer dans la huitaine et d’enlever lesdits bois
de la vielle orgue dans la semaine.
29.6.1791 f°3,4
A
été representé ledit sieur Remond marguillier en exercice que l’acquisition
qu’il a faite des orgues de Montieramey dependoient une tribune, que les
colones et corniches de cette tribune pourroient être ajoutées à celle de la
nouvelle pour parer et embellir l’orgue, s’il est délibéré que la somme qu’il
faudroit payer pour la main d’œuvre ne seroit point onereuse à la fabrique…
Pour
les objets mis en délibération, il a été unanimement aresté que ledit sieur
Remond demeure otorisé à faire placer les colonnes et les corniches de la
tribune du nouvel orgue à la tribune neuve faite pour le recevoir et d’emploier
ouvriers à cet effet nonobstant la sortie d’exercice.
31.7.1791
f°6-8
Le
sieur Edme Geroge Remond dernier Marguillier en exercice et fondé de pouvoir du
bureau pour differents ouvrage de la fabrique et notamment pour la position
d’un nouvel orgue à observé aux Membres assemblés que le sieur Boillot chargé
de poser et d’accorder cet orgue, ayant fini son ouvrage en à prevenu lesdits
sieurs Parent et Chitry en leur déclarant qu’il étoit instant qu’il y eut un
bureau de tenu pour recevoir l’ouvrage dudit Sr Boillot, qu’il lui a été
repondu par ledit sieur Parent qu’il ne pouvait pas se trouver un bureau que ledit
Sr Remond desiroit pour ce jourd’huy et le dit sieur Chitry lu avoit dit qu’il
si trouveroit.
Qu’enconséquence
lui Remonda voit prié Mr le Curé de cette ville d’annoncer le present bureau,
ce qu’il a fait et qu’il est on ne pêut plus étonné que ledit sieur Citry ne se
trouve pas malgré qu’il ait été invité.
Que
cependant comme le bureau est suffisemment composé il requiere qu’il soit
présentement delibéré sur le marché fait entre lui et ledit Sr Boillot le vingt
may dernier. Le double duquel il a presentement deposé sur le bureau.
Lecture
faite du marché susdatté et la matière mise en deliberation ledit sieur Remond
ayant en execution dudit marché nommé pour expert à l’effet d’examiner ledit
orgue pour savoir s’il est d’accord et si la position en est faite suivant les
règles de l’art, la personne du Sr Binville cidevant organiste à Molesme, et le
dit Sr Boillot présent à déclaré qu’il s’en raporte pour laditte visite audit
Sr Binville.
En
conséquence le bureau autorise ledit Sr Remond à faire venir incessement ledit
Sr Binville en cette ville aux fins de laditte visite, et le jour qui sera pris
ledit Sr Remond fera prévenir les Membres présents pour être présent à laditte
visite si bon leur semble, de laquelle visite sera dressé procès verbal sur le
présent registre. Et attendu que Lesdits Srs Parent et Chitry Marguilliers
nommés n’ont encore remplis aucunes fonctions de leurs charges, le bureau a
unanimement aresté qu’il sera necessairement fait une signification à la
requeste des Src Curé et autres marguilliers de cette paroisse portant
sommation de déclarer dans le delay de vingt quatre heures du jour de laditte
sommation, s’ils entendent ou non exercer les fonctions de leurs charges…
Et
à l’instant il a été observé pour ledit Sr Boillot qu’il etoit interressant
pour l’entretien dudit orgue qu’il en fut touché le plus souvent possible et
comme le sieur Delagrange organiste est gagé pour en toucher que les grandes
fêtes et dondations et qu’il ne pourroit se livrer a en toucher autant que les
circonstances actuelles l’xigent pour une plus forte rétribution que celle qu i
lui est accordée. Sur la proposition faite par ledit Sr Remond ancien
marguillier d’en toucher tous les dimanches gratuittement et sans porter aucune
atteinte aux gages dudit Sr Delagrange qui aura le droit exclusif comme par le
passé d’en toucher pour les mariages et pour les baptêmes.
Le
bureau en approuvant le zèle dudit Sr Remond l’aurorise à toucher dudit orgue
les dimanches seulement pendant toute l’année les jours que ledit Sf Delagrange
n’est pas dans l’usage d’en toucher.
Il
a été aussi aresté que les clefs du bufet dudit orgue resteront entre les mains
de Monsieur le Curé pour être remise lorsqu’il en sera requis par ledit sr
Lagrange ou par ledit Sr Remond pour y faire les reparations qui y seront
necessaires ; et ont tous les comparants signés avec nous secretaire et
ledit sieur Boillot après lecture faite.
J. Binville Zaigue Remond Boillot
Voisin Delagrange
Curé
de Chaource organiste
Jolly
7 août 1791
f° 9-12
… Qu’en exécution de la même
délibération du trente un juillet dernier, il a conjointement avec le sieur
Boillot facteur d’orgue denommé audit actre fait procéder par le sieur
Bainville expert nommé par icelui à la visite de l’orgue nouvellement placé
dans cette église par ledit Sr Boillot de laquelle visite faite en présence de
plusieurs habitants de cette ville ledit Sr Bainville a dressé procès verbal le
deux du present mois, jour de laditte visite pour lequel il est constaté que le
dit orgue a été posé suivant les règles de l’art et que tous les jeux qui le
compose sont d’accord.
En conséquence ledit sieur Remond, et
ledit Sr Boillot present requierent la réception dudit orgue, comme aussi ledit
sieur Remond requiere que les depenses extraordinaires indispensablement faites
pour la position dudit orgue soient prrésentement examinées sur les mémoires
représentés.
Le nombre des comparants étant
suffisant pour délibérer il a été aresté que nonobstant la non comparution
desdits Sieurs Parent et Chitry (et vû la necessité de recevoir l’orgue pour
decharger ledit sieur Boillot) il sera sur le champ procédé à laditte
réception.
En conséquence vû le procès verbal
dudit sieur Bainville susdatté, et la matière mise en délibération et les voix
requeuillies ledit orgue a été reçu à l’unanimité et ledit Sieur Boillot
demeure entièrement dechargé au moien de quoi ledit Remond est autorisé a
executé vis à vis de lui les conditions dudit marché fait entre eux le vingt
May dernier aux termes portés par icelui.
Après quoi l’assemblée ayant examiné un
mémoire de dépense extraordinaire faite par ledit Sr Boillot montant à la somme
de vingt huit livres treize sols laditte dépense ayant été trouvée légitime a
étée approuvée en son entier et ledit sieur Remond est autorisé a rembourser
laditte somme audit Sieur Boillot, de laquelle il sera fait emply dans on
compte et lui sera alloüée en vertu de la present déliberation….
Et ont tous les comparants signés avec
ledit sieur Boillot après lecture faite.
Boillot
facteur.
Archiv. Paroi.
Chaource – Registre pour servir aux délibérations du
Conseil de
Fabrique de la paroisse St Jean-Baptiste de Chaource
à partir du 23
Avril 1865
Page 1 23 Avril 1865
… La première de ces
allocations présente un chiffre de 500 fr. Elle est destinée à couvrir les
frais que doit occasionner la réparation de l’orgue de l’église, laquelle
réparation ne peut plus être différée. (…) Dépenses pour 1897. Réparation de
l’orgue : 300Fr
Page 7 8 avril 1866
… Ce buffet porte inscrite
aux dépenses extraordinaires deux allocations chacune de 300 Fr destinées la
première à parfaire la dépense occasionnée par la réparation de l’orgue de
l’église, réparation qui ne peut plus être différée… (…) Dépenses pour 1867.
Réparation de l’orgue : 300 Fr
Page 128 28 avril 1889
Réparation des orgues
M. Maréchaux trésorier
expose au Conseil que les Orgue de l’Eglise ont besoin d’être accordées et
réparées, ce qui n’a pas été fait depuis plusieurs années.
Dans
ce but, il s’est adressé à §. Rollin, facteur d’orgues demeurant à Troyes, dont
la réputation est bien connue. M. Rollin est venu il y a quelque temps examiner
l’orgue, et il a dressé un devis des réparations ou modifications les plus
urgentes ; ce devis s’élève à la somme totale de deux mille cinq cent
soixante quinze francs ; il n’a point été communiqué au conseil.
D’après
les explications verbales données tant pas M. Maréchaux que par M. Ludovic Sot
organiste amateur appelé à cet effet, il s’agirait seulement pour le temps
actuel, de renouveler complètement deux jeux principaux qui ne peuvent plus
être réparés, de modifier et d’accorder une partie des autres jeux, et de
réparer le soufflet.
A
l’égard des autres jeux qui, bien qu’étant aussi en mauvais état ne sont pas
indispensables, on pourrait attendre quelques années.
Mais
les réparations actuelles ne sauraient être différées plus longtemps sans
s’exposer à voir augmenter le chiffre de la dépense.
M.
le Trésorier ajoute que suivant les conventions qui ont été prises avec lui, M.
Rollin se rendra demain 29 avril à l’Eglise, à l’effet de démonter les tuyaux,
soufflet, et pièces à réparer, et que de les faire conduire à Troyes dans ses
ateliers pour commencer immédiatement ses travaux.
En
conséquence, M. le trésorier demande au conseil de voter la somme nécessaire
pour faire face à la dépense.
Don
par M. Chandon
M.
Chandon de Briailles, l’un des membres du conseil, voulant venir en aide à la
Fabrique, offre de contribuer personnellement à cette dépense pour une somme de
quinze cents francs. Le Conseil de Fabrique accepte avec empressement cette
offre généreuse, et d’un vois unanime remercie M. Chandon de sa libéralité et
lui témoigne une profonde reconnaissance.
M.
le Président met ensuite l’affaire en délibération. Deux membres du Conseil, Mrs
Gat Emilien et Gat Gabriel, vue la diminution toujours croissante des revenus
de la Fabrique, demandent qu’avant d’entreprendre une dépense aussi important
et de commencer aucun travail à l’orgue, on le fasse d’abord visiter par un
organiste capable, de Troyes ou d’une autre ville, lequel indiquera les travaux
actuellement indispensables, et qu’ensuite on s’adresse au mois à deux facteurs
d’orgues afin d’établir une concurrence et d’obtenir ainsi un rabais sur le
montant des dépenses, sans nuire à la bonne exécution, comme cela se pratique
pour les travaux communaux.
Ces
deux membres ne contestent aucunement la nécessité des réparations demandées,
et encore moins la capacité de M. Rollin, mais ils protestent contre la fazçon
dont cette affaire a été traitées en dehors du Conseil, et contre les
conventions qui ont été prises avec M. Rollin avant toute délibération ;
et ils demandent que le devis que l’ont dit avoir été dressé par ce dernier,
soit préalablement soumis au Conseil, afin que tous les membres puissent en
prendre connaissance et se renseigner exactement sur l’opportunité des travaux
proposés, ou se faire renseigner par des hommes compétents.
Le
conseil, après avoir délibéré,
Approuve,
à la majorité de cinq voix contre deux, le devis dressé par M. Rollin, pour la
réparation des orgues, et s’élevant à deux mille cinq cent soixante quinze
francs ;
Autorise
M. le Trésorier à passer et signer tous traités avec M. Rollin aux conditions
de ce devis, c’est-à-dire que le prix sera payé en quatre ans par quart, le
premier quart après l’achèvement et la réception des travaux ; dès qu’il sera pourvu au paiement de la
dépense au moyen de l’emploi :
1°
des quinze cents franc s montant du don promis par M. Chaudron ;
2°
d’une somme de deux cents francs inscrite au budget de la présent année
1889 ;
3°
d’une somme de trois cent soixante quinze francs qui va être inscrite au budget
de 1890 ; de sorte qu’il restera dû, cinq cents francs qui seront à porter
au budget des années suivantes.
Page 180 2
Juillet 1899
Assurance des cloches et des orgues
M. le Président expose que suivant
police en date du 15 juillet 1889, la Fabrique a fait assurer contre l’incendie
et la foudre, par la Compagnie du Phénix, 1° les cloches de l’Eglie avec leurs
montures, armatures et beffroi pour une somme de 18 000 Fr ; 2° et les
orgues pour une somme de 12 000 Fr.
Que
cette assurance contractée pour une durée de dix ans doit expirer le 16 de ce
mois, et qu’il est de l’intérêt de la Fabrique de la faire renouveler.
Le
Conseil, après avoir entendu l’exposé qui précède,
Décide
à l’unanimité qu’il y a lieu de renouveler l’assurance sont il s’agit, pour une
durée de dix ans, aux mêmes conditions que la précédente ;
Dit
que cette assurance sera contractée avec la Compagnie Le Monde,
Et
autorise M. Maréchaux président, à signer toutes polices nécessaires à cet
effet.
n°12 Extrait des
livres de comptes du Conseil de Fabrique de Chaource (1804 à 1892)
(Arch. Paroi. Chaource
reg. “recettes & dépenses de la Fabrique : 1717 à 1823”)
f° 101-103, 68-69
1805 à 1814
1805 le 23 mars payé
au Sr Lefiorel facteur d’orgues 13
f
1806 le 1er janvier payé à Michel
Andrez pour les 6 derniers mois de
Soufflage à l’orgue et balayage à
l’église 15
f
le 20 janvier payé à M. Remond pour
son traitement comme
organiste pendant l’année 1805 24
f
1807 le 8 décembre Remond organiste en 1806 24
f
1808 Janvier. Michel Endrez
balayeur et soufleur 30
f
l’organiste 24
f
Novembre. Michel
Endrés balayeur et soufleur ½ année 15
f
Décembre. Etienne
Henaut balayeur et soufleur ½ année 15
f
pour l’orgue 24
f
1811 l’organiste pour 6 mois 12
f
soufleur d’orgue et balayage 15
f
1812 l’organiste 24
f
soufleur 30
f
1813 à M. Remond organiste 24
f
au soufleur 30
f
1814 à Henost 30
f
à M. remond 24
f
1815 à 1825
f° 71-74
1818 à M. Remon aurganiste 24
f
1816 à Enost soufleur d’orgue et balayeur 30
f
à Mr Remond 24
f
N.B ni les employés ni leur traitement ne changent jusqu’en
1825
Arch. Départ. Aube V 332 : Chaource - comptabilité
1838 Traitement de M. l’organiste 50
f
Traitement de l’ophicléide 30
f
Soufleur d’orgue et balayeur 42
f
Entretien de l’orgue 100 f
Acquisition de cahiers de musique à l’usage de l’organiste 30 f
et caetera jusqu’en 1892
n° 13 documents
relatifs aux travaux de Lété (1847-1853)
(Archi. Municipales
Chaource : dossier “orgue”
a) Devis primitif de 4.000 Fr dressé par Monsieur l’abbé Thiesson
le 10.12.1847 : perdu
b) Devis supplémentaire de 1.200 Fr : perdu
c) Marché passé entre la fabrique de Chaource et
Nicola-Antoine Leté le 16.12.1847
d) Lettre de Lété au Doyen de Joinville (42) évoquant les
travaux de Chaource.
Mirecourt, le 27 juillet
1848
Monsieur le Doyen,
Il m’a été impossible de répondre plus tôt à votre lettre
du 19 juin, pas plus qu’à une lettre que j’ai reçu de Mr Uffoltz pour le même
motif. Je suis en convalessance d’une maladie très grave qui réclame… beaucoup
de ménagement.
J’ai des ouvriers à Chaource, diocèse de Troyes, qui y pose un orgue. C’est Mr
Durand que vous connaissez qui conduit ces travaux là et aussitôt qu’il pourra
se passer du mécanicien il vous l’enverra. Car ce qui m’a été signalé de défectueux
par Mr Uffoltz appartient au mécanisme et c’est très peu de chose. Mais si vous
désirez qu’on passe l’accord de votre orgue, veuillez écrire directement à Mr
Ernst Durand, facteur d’orgues, chez Mr le Doyen à Chaource (Aube). D’après une
réparation comme celle que nous avons faite à votre orgue, il convient de
repasser l’instrument en entier, et maintenant que tout y a pris son tassement
ce serait le moment de faire une vérification et d’en repasser l’accord. Cela
vous coutera 60 Fr. Vous pouvez demander avis à Mr Uffoltz, qui aviserait
lui-même Mr Durand de ce qu’il aurait à faire, mais il faudrait que vous
écriviez de suite.
Recevez, Monsieur le Doyen, l’assurance de ma
considération très distinguée.
N.A Lété
e) Procès-verbal de réception de l’orgue de Chaource, dressé
par M. l’abbé Rhiesson le 19.91848 : perdu
f) Echéancier établie le 19.9.1848
g) Quittance et billets divers (1849, 1850,1851,1853)
Reçu
de Mr Coqueret, trésorier de la Fabrique de Chaource, la somme de 825 Frs,
savoir 800 Fr à valoir sur le traité fait en décembre 1847 pour l’entretien et
la réparation des orgues et 25 Frs pour l’accord donné ce jour aux dites
orgues, suivant l’article deux du devis ou traité susrelaté, en vertu duquel je
me suis engagé à entretenir et accorder les orgues pendant dix années
consécutives moyennant cinquant francs par chaque année.
Chaource
le 15 février 1851
Bon
pour huit cent vingt cinq francs
Chaource
le 16 février 1851
N.A. Lété
Je soussigné, reconnait devoir à Mr Lété, facteur
d’orgues à Mirecourt la somme de 250 Fr pour fourniture d’un jeu de clairon
faite pour les orgues de Chaource, laquelle somme je lui payerai le 15 mai 1851
sans intérêt.
Chaource le 15 mai 1850. Bon pour 250 Frs
Coqueret Bachelier
Etat du chargement remis par N.A. Lété le 27 juin 1853 à
Mr René
1° une caisse à l’adresse de Mr Coqueret maître de
pension à Chaource, pour être mise à sa disposition à l’Hôtel St Laurent à
Troyes. Cette caisse pèse Kgs 145 dont le prix de la voiture est fixé à 4 Frs
les cent Kgs, prix total de la voiture Fr 10,15 qui seront payés au voiturier à
la délivrance en bon état à Troyes.
Mirecourt le 27 juin 1853
N.A. Lété
Détail des comptes de 1848 à 1854, avec la dernière
quittance de Lété du 31.10.1854
n° 14 Dossier
concernant la donation Coqueret (1852-1858)
(Arch. Aube – V365 –
Chaource (1810-1858)
NB : Cette longue affaire a nécessité l’établissement
de neuf documents sur une période de six années. Nous nous contenterons d’en
dresser la liste sans rien transcrire d’autre que la Délibération du conseil
Municipal © en résumant parfaitement la procédure.
a) Extrait du registre des délibérations
du Conseils de Fabrique (1.12.1854)
(Donation par M. Coqueret d’une
somme de 200 Fr pour un jeu d’orgues, à charge pour la fabrique de faire
célébrer deux services annuels à perpétuité.)
b) Acceptation provisoire de la donation
faite à l’église de Chaource par Mr Coqueret (4.1.1856)
(Il s’agit ici de “2 jeux d’harmonie
qui ont été ajoutés à l’orgue de ladite église pour le compléter”).
c) Extrait du registre des délibération du Conseil Municipal
L’an
mil huit cent cinquante six, le dix hui Mai.
Le Conseil Municipal de la ville de
Chaource étant réuni au lieu ordinaire des séances, sous la Présidence Mr
Cheurlin, maire.
Etaient présents MM. Prunier, Viardot,
richar, Masson, Gat Hipolite, Habert, Laurent Gat, Cheurlin, Barrois, Raclot et
Pidensat.
Monsieur le Maire a communiqué au
Conseil municipal l’exécution d’une donation reçue chez Me Cretey Notaire à
Chaource en date du 2 7bre 1854 faite par Mr Coqueret Nicolas Gérasime, Maître
de pension en cette ville, en faveur de la fabrique de l’Eglise St Jean
Baptiste de Chaource, d’un jeu d’orgue pour compléter celui qui est posé dans
ladite Eglise dans le courant de 1852, et a invité le Conseil à donner son avis
sur l’acceptation de de con.
Le
Conseil municipal après pris connaissance de l’expédition de la donation sus
visée, ainsi que de la délibération du Conseil de fabrique, considérant que ce
son est fait à la charge pour la fabrique de faire célébrer annuellement et à
perpétuité dans l’église de Chaource deux messes basses l’une pour la
prospérité de l’œuvre de la Ste enfance et qui sera dite le jeudi de la 3ème
semaine après Pâques, l’autre pour le repos de l’âme de M. Ernest Coqueret et
qui sera dite le vingt et un octobre de chaque année. Par ces motifs le conseil
est d’avis que la fabrique de Chaource soit autorisée à accepter ce son et
charge Monsieur le Maire de lui faire ses remerciements.
Ainsi
faut et délibéré à Chaource, les jour mois et an sus dits.
Et
ont les membres présents à la séance signé au registre après lecture faite.
Suivent
les signatures
Pour
expédition certifiée conforme, le Maire, CHEURLIN
d) Procès verbal d’évaluation de deux jeux
d’harmonie donnés à l’église de Chaource par M. Coqueret (12.2.1858) (Prix de
deux jeux en étain, sur mémoire du facteur : plus de 200 fr)
e) Certificat de vie de G. Coqueret, né à
Chaource le 11.11.1798, maître de pension (24.2.1858)
f) Autorisation de la sous-préfecture de
Bar-sur-Seine, selon l’acte établi par Me Cretey le 2.9.1854 pour un jeu
d’orgue de 200 Fr (8.3.1858)
g) Demande d’autorisation de la fabrique
de Chaource à l’Évêque de Troyes (19.3.1858)
h) Autorisation définitive de l’Évêché de
Troyes (23.3.1858)
i) Avis de l’Évêché de Troyes à la
Préfecture de l’Aube (26.3.1858).
n°15 Devis pour la restauration complète du Grand
orgue de tribune
de l’église St Jean-Baptiste de Chaource (Aube)
Établi sur les directives de M. Jean-Marie Meignien,
Membre correspondant de la Commission supérieure des
orgues historique.
Rédigé par A. Dunand le 11.12.1972
(Arch. Municipale Chaource)
Restauration du Grand Orgue
Reconstitution de la Composition établie par les Facteurs
troyens
Louis Le Bé (XVIIe) et Jean Richard (XVIIIe)
25 jeux sur 3
claviers manuels
1° clavier Positif
54 N. 8 jeux
Prestant 4 Bourdon 8 Cromorne 8
Doublette 2 Nazard 2 2/3 Voix
humaine 8
Cymbale 3
Rgs 1/2 Tierce 1
3/5
2ème
clavier Grand Orgue 54 N. 11 jeux
Montre 8 Bourdon 8 à cheminée Trompette 8
Prestant 4 Flûte
(UT 2) 8
Doublette 2 Nazard 2 2/3
Plein jeu 5
Rgs 1 Tierce
1 3/5
Grand
Cornet (UT 3) 5 Rgs
Nota : si les registres existent encore, la Trompette 8
G.O. sera commandé en Basses et Dessus
3ème
clavier Récit N. 4 jeux
Bourdon
8 Haubois
8
Flûte 4
Cornet
3 Rgs
Pédale 30 N. 2 jeux
Flûte 8 Trompette 8
Accouplement
I/II
Tremblant
Positif
Tremblant
Récit
GRAND ORGUE DE
CHAOURCE
Travaux à exécuter
Buffets
Afin de redonner aux très belles
boiseries des Buffets toute leur beauté, les travaux suivants devront être
obligatoirement exécutés.
1° Positif
Supprimer les placards, ajoutés de part et d’autre du buffet au XIXe
pour loger les basses d’une flûte 8, qui doit être remise au Grand Orgue.
Le plafond du buffet est à remplacer
2° Grand Orgue
La tour centrale, mutilée au siècle
dernier, devra être reconstituée sur toutes sa profondeur, pour loger la boite
du Récit, qui n’a plus de raison d’être.
Refaire en totalité le plafond du grand buffet.
Disposer en retrait de 15 cm l’approfondissement fait par richard au
XVIIIe siècle, afin d’améliorer l’aspect des côtés du Grand corps, rendus
apparents par la suppression des basses du Bourdon 16 du XIXe siècle, postées.
Refaire les panneaux du fond du grand corps, tous disparus, tant au rez
de chaussée qu’à l’étage.
Reconstituer les panneaux latéraux du soubassement du grand corps, côté
gauche face à l’instrument supprimés au XIXe s. pour loger le réservoir de la
soufflerie.
3° Pédale
Supprimer
la construction actuelle établie au XIXe, qui déborde en hauteur et en largeur,
le grand corps et dont l’effet est des plus inesthétiques.
Sommiers
Les sommiers actuels construits par
Lété en 1848, seront conservés, c’est-à-dire, le sommier Positif et le sommier
Grand Orgue, ce dernier en deux parties.
Ces sommiers seront révisés et réparés avec soin.
Les faux sommiers seront retirés,
ainsi que les supports des grands tuyaux.
L’enchapage et le bon fonctionnement
des registres seront vérifiés, afin de supprimer les emprunts.
Les boursettes défectueuses remplacées.
Les peaux en mauvais état remplacées.
Les soupapes nettoyées et vérifiées.
L’étanchéité des layes vérifiée.
Sommiers neufs
Fabrication d’un sommier de 4 jeux
et 37 notes pour le Récit
Fabrication d’un sommier de 2 jeux et 30 notes pour la Pédale
La fabrication de ces sommiers sera très soignée.
Les barrages extérieurs seront en chêne, les barrages intérieurs en
sapin, les tables, chapes, registres et faux sommiers en chêne.
Tous ces bois de premier choix et parfaitement secs.
Les soupapes en chêne, seront garnies de peau de mouton doublée de
premier choix, les ressorts en acier nickelé.
Les boursettes seront en peau de mouton fine et souple, les portevents
seront en bois de sapin et dimensionnés en fonction du débit d’air demandé.
Soufflerie Alimentation
Le réservoir actuel trop encombrant
horizontalement et verticalement sera supprimé et remplacé par un nouveau
réservoir de 140 x 140 cm environ, avec pli.
Les peaux de mouton employées,
seront très fortes, souples et de premier choix
Le montage sera fait avec des bandes
d’attaches et des bandes de recouvrement
Les plis seront ensuite recouverts
d’un papier chagriné.
Le nouveau réservoir sera relié aux
conduites d’air actuelles.
Soufflerie
Électrique
La soufflerie actuelle usée, sera
remplacé par un nouveau groupe électro ventilateur à marche techniquement
silencieuse spécial pur orgue, ayant les caractéristiques suivantes :
Débit 11 m³
Vitesse 2 800 tours minute
Puissance absorbée 0,6 ch
Courant 220/380 v – 50 Hz
Un bloc collecteur avec dispositif silencieux sera construit et
installé directement à la sortie d’air du ventilateur, duquel partira la
conduite d’air allant au réservoir.
Le groupe électro ventilateur sera disposé dans une caisse insonorisée
construite spécialement
L’ensemble de cette installation sera disposé dans le coin de la
tribune, opposé à l’escalier.
Mécanique
Les abrégés, ainsi que la mécanique
du grand orgue et du positif, construits par Lété en 1848 seront conservé et
réparés.
Il en sera de même pour la console
de 3 claviers également de Lété. L’accouplement I/II sera conservé, mais la
pédale de commande remplacée.
Les claviers en très mauvais état,
seront démontés et transportés en atelier pour être nettoyés et refeutrés.
Les ivoires usés des claviers Récit
et Positif, seront changés. Le Grand Orgue sera complètement replaqué en
ivoire.
Le pédalier actuel usé, sera
remplacé par un nouveau pédalier à la Française d’une étendue de 30 notes.
Le petit banc du XVIIe siècle
restera en service
La mécanique du nouveau Récit et de
la Pédale sera neuve et construite dans l’esprit de la mécanique actuelle.
12 boutons
de registre modernes seront remplacés par des nouveaux tournées d’après la
forme des anciens.
Toutes les
étiquettes seront remplacées.
Partie Sonore
L’ensemble de la tuyauterie de Le Bé
et Richard sera scrupuleusement conservée, reclassée, déchiffrée et remise à sa
place d’origine.
Différents compléments de jeux,
ainsi que les jeux neufs pourront être tirés dans la mesure du possible, en
totalité ou en partie, dans les jeux non réutilisés du siècle dernier ou d’une
époque plus récente.
Positif :
Prestant
4 Basses en façade à partir de Ré 3
Tuyaux du XVIIe, environ
10% d’étain
Bourdon 8 Basses en bois, dessus en métal à partir
de DO 2 du XVIIe, Cheminée à partir de F # 2 Ø 1/3, longueur trois diamètres.
Nazard 2
2/3 Avec l’actuelle flûte 4 bouchée
du XVIIe. Fourniture de 7 tuyaux coniques aigues, alliage 30%
Doublette
2 Basses en étain du XIXe à partir
de C 2’ tuyaux du XVIIe à partir du F # 3, les tuyaux proviennent du plein jeu,
ce jeu constitué de 4 origines différentes, sera remis en bon ordre et
rediapasonné. Fourniture de 10 tuyaux neufs environ.
Cymbale 3
Rgs (XVIIe) commençant sur
1/2-1/3-1/4 ensuite très ordonné, il sera rediapasonné et reconstitué avec les
reprises sur FA et DO, fourniture environ de 20 tuyaux neufs refait dans le
même esprit que les anciens.
Cromorne 8 De UT 2 à FA 5, tuyaux du XVIIe, anches
plates au 1/2. Première octave du XVIIIe faite dans le même style. Fabrication
de deux tuyaux manquants Iè UT et Iè UT#
Tierce 1
3/5 Jeu neuf, alliage d’étain
martelé à 30%
Voix
humaine 8 Entièrement du
XVIIe siècle
Grand Orgue
Grand
Cornet 5 Rgs Entièrement du XVIIe
siècle, sauf les dessus ajoutés par Richard au XVIIIe et les basses ajoutées
par Lété au XIXe.
Montre 8 Basses en façade jusqu’au Ré # 3, sauf
4 des 5 tuyaux de la tourelle centrale remplacés par basses en bois postées à
l’intérieur, et qui seront supprimées afin de remettre en honneur les tuyaux de
façade.
A partir de Mi 3,
les tuyaux sont sur le sommier, mais ces dessus de plusieurs factures, très
désordonnés, devront être reclassés et rediapasonnés.
Prestant 4 (XVIIe) Basses en façade, dessus sur le
sommier à partir de Mi 2. Bouches larges, tailles assez menues.
Flûte 8 (XVIIIe) corps en étain, pieds en
plomb, UT 2 à FA 5 en bourdon de UT 4 à
F # 4’, le reste en tuyaux ouverts
Bourdon à cheminée 8 Basses en bois, dessus en métal à
partir de F 2 – cheminée 1/2 du diamètre (XVIIe)
Nazard 2
2/3 12 Basses à biberon du XVIIe, le
reste ouvert de factures divers, à reclasser et rediapasonner
Doublette
2 Même facture que le Prestant 4.
Jeu particulièrement en mauvais état.
Tierce 1
3/5 Jeu neuf en métal martelé à
30%. Les tuyaux retrouvés dans d’autres jeux au cours des réparations seront
réintégrés.
Plein jeu
5 Rgs Fourniture 3 Rgs et Cymbale 2
Rgs, d’après Dom Bedos, seront fabriqués à neuf en étain martelé à 60%
Trompette
8 Anches modernes limées aux 2/3
Clairon 4 Anches modernes limées aux 2/3. La
dernière octave reprise en 8’ sera prise dans le clairon 4 Positif non
réutilisé.
Récit
Bourdon 8 De FA 2, 9 tuyaux modernes en bois plus 2
en métal de Lété. Dessus à partir de Mi 3, tuyaux du XVIIIe, cheminées à partir
de Sol 3 au 1/3 la hauteur également 3 fois le diamètre.
Flûte 4 Tuyaux ouverts du XVIIIe siècle
Cornet 3
Rgs Flageolet 2 en partie du XVIIIe.
Nazard 2 2/3 et Terce 1 3/5, seront fabriqués à neuf en métal martelé à 30%
Haubois 7 premières notes de Lété. La suite,
tuyaux du XVIIIe
Pédale
Flûte 8
Fabrication de 24 tuyaux en
bois de chêne. Les 6 derniers en métal seront pris et retaillés dans un des
jeux de Gambe supprimé.
Trompette
8 Réutilisation du jeu Trompette 8
de Lété.
L’ensemble de la
tuyauterie décrite ci-dessus, sera nettoyé avec soin et
restauré.
Les corps repassés au
moule pour être débosselés et reformés ; Les pointes des
Pieds en mauvais
état, seront refraisées et les oreilles manquantes ressoudées. Les soudures
défectueuses
refaites ;
Les anches et languettes
des jeux d’anches seront remises en état. Les
languettes en
trop mauvais état seront changées. A leur remontage sur les tuyaux, les rasettes
seront graissées,
pour leur parfait fonctionnement. Les noyaux oxydés seront remis en état de
vernis.
En ce qui concerne la
tuyauterie de façade des deux buffets, ressouder les
entailles
détériorées, asticage des tuyaux au blanc de Troyes.
Les tuyaux de bois
seront aussi ressuivis dans tous les détails. Démontage des
tampons,
réfection des peaux détériorées, graissage des tampons, réajustage et remontage.
Réparation
des fentes et biseaux décollés. Démontage et réajustage des lèvres.
Remontage des tuyaux de
bois et croissants à leur place respective.
Les basses en bois du
Bourdon 8 positif seront disposées couchées de chaque
côté
du buffet positif, contre la balustrade un caissonnage de protection ajouré
sera construit.
Les 2 jeux de pédale,
seront disposés dans un caisson de 8’. Cette réalisation ne
devra
pas dépasser la largeur du Buffet.
Tremblant Inutilisable sera réparé et son mouvement
de commande refait
Montage Le nouveau sommier Récit, sera installé
à l’intérieur du grand buffet, en arrière
des tuyaux de
façade, au dessus du Cornet Gran Orgue.
Le nouveau sommier de
pédale sera installé en arrière de l’instrument, ses
dimensions
n’excèderont pas la largeur du buffet.
Les
nouvelles transmissions : abrégés, vergettes etc… seront disposées de
façon accessible et réglées minutieusement.
Chaque
jeu sera ajusté avec soin à sa place respective.
Les
basses de la Trompette Pédale seront soutenues par des croissants découpés et
non par des attaches.
Harmonie Les
tuyaux seront remis à leur place respective jeu par jeu pour être harmonisés
dans l’esprit classique français
Chaque
jeu sera égalisé et équilibré sur lui-même et dans l’ensemble.
L’accord
sera exécuté d’après le ton imposé par les Bourdons avec calottes soudées.
Réception Après
les travaux d’harmonisation et de règlage terminal, l’instrument sera
réceptionné.
Délai d’exécution : Début des travaux : Troisième trimestre 1973.
Garantie Les
travaux de restauration de l’instrument sont garantis Cinq ans et les parties
neuves Dix ans.
La
soufflerie électrique bénéficie de la garantie accordée par son constructeur,
en cas de remplacement, la main d’œuvre et les frais de déplacement s’y
rattachant ne sont pas compris dans la Garantie.
Sont
exclus de la garantie : les visites d’accords, les dégâts provoqués par
les rongeurs, les insectes, les poussières et gravats, les infiltrations d’eau,
la chaleur et l’humidité excessives ainsi que la mauvaise manipulation de
l’instruments.
Cette
garantie tombe d’elle-même si des travaux quels qu’ils soient sont exécutés
dans l’instrument sans l’assentiment de notre Etablissement, que ce soit par
des personnes qualifiées ou non.
Cette
garantie n’est valable que si l’instrument est entretenu régulièrement et
exclusivement par notre Etablissement ou personne désignée par lui même.
VILLEURBANNE, le
11/12/1972
Signé :
DUNAND
Elle commence dès son plus jeune âge l’étude du piano et à
13 ans elle entre au Conservatoire de Troyes pour y étudier, outre le solfège
et le piano, la musique d’ensemble et la composition musicale. Elève particulièrement
brillante, elle remporte les plus hautes récompenses dans chacune de ces
disciplines devenant ainsi la plus titrée de tous les élèves du Conservatoire.
Madeleine Dauphin disparaît le 25 juin 2013, laissant
derrière elle des générations de musiciens à qui elle a enseigné le piano, mais
également une carrière de compositrice. Si elle publie Six études de salon,
œuvre pour piano et une Toccata en ut mineur, œuvre pour orgue, c’est avec son
Concerto pour hautbois et orchestre en La b Majeur qu’elle s’affirme.
La Médiathèque de Troyes Champagne Métropole conserve ses
archives personnelles ainsi que les partitions originales de ses compositions.
Une rue de Troyes porte son nom.
Le 5 mai 2022 à Troyes (Aube), s’est éteint à l’aube de ses
88 ans Jean-Marie Meignien, organiste, musicologue, technicien conseil pour les
orgues protégées à la Direction du Patrimoine au Ministère de la Culture. Né à
Troyes, en 1934, Jean-Marie Meignien débute ses études musicales dans sa ville
natale auprès de Madeleine Dauphin à qui, plus tard, il consacrera une
communication intitulée Madeleine Dauphin, pianiste, organiste et compositeur
(1915-2013) publiée dans La Vie en Champagne.
"Monté à Paris", il poursuit son cursus à l’Ecole
César Franck, et au Conservatoire National Supérieur de Musique (1er Prix en
1968). A cette époque, il devient organiste titulaire de Saint-Martin-ès-Vignes
de Troyes et enseigne à l’Ecole Nationale de Musique de cette ville, l’orgue,
l’écriture et l’histoire de la musique. Auteur de nombreuses communications sur
les orgues de la région comme celui de la Cathédrale de Troyes, il sera reçu
chevalier des Arts et des Lettres en 1995.