La maison de l'Orfèvre est un hôtel particulier du XVIe
siècle situé à Troyes, au 9 rue Champeaux, dans le département de l’Aube. Elle
se distingue par son architecture Renaissance, notamment sa tourelle soutenue
par trois sculptures de faunes. Ce monument emblématique du patrimoine troyen
est un témoignage de l’art de vivre des élites locales à la fin du XVIe siècle.
Construite entre 1578 et 1618 pour François Roize, orfèvre
de profession, et son épouse Nicole Boulanger, cette demeure reflète le statut
social élevé de ses commanditaires. L’édifice allie des éléments décoratifs
raffinés, typiques de la période, à une structure fonctionnelle adaptée aux
activités artisanales et résidentielles de l’époque.
Classée parmi les monuments historiques par arrêté du 10
février 1961, la Maison de l'Orfèvre est protégée pour ses façades et toitures.
Son emplacement à l’angle des rues Molé et Champeaux, dans le centre historique
de Troyes, en fait un point d’intérêt majeur pour les visiteurs explorant
l’héritage architectural de la ville.
Ma critique de la
restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre
L’intervention récente sur la tourelle de la Maison de
l’Orfèvre appelle plusieurs réserves quant à sa conformité avec l’état ancien
documenté et avec les pratiques constructives de la Renaissance troyenne.
L’analyse des photographies antérieures à la restauration
montre que la tourelle était constituée d’une structure légère en bois,
essentée de bardeaux, parfaitement cohérente avec l’architecture à pans de bois
du quartier Champeaux. Cette configuration, attestée par la typologie locale et
par les contraintes structurelles des maisons à colombages, garantissait une
compatibilité technique avec les encorbellements sculptés qui la soutiennent.
La restitution opérée substitue à cette enveloppe
traditionnelle un parement d’ardoise sombre, associé à un fût crépi lisse. Ce
choix matériel introduit une rupture manifeste avec l’authenticité du bâti :
l’ardoise, matériau lourd, n’est pas adaptée à une tourelle
portée par des éléments sculptés en saillie ;
elle n’est pas documentée dans les usages troyens du XVIᵉ
siècle pour ce type d’ouvrage ;
elle modifie profondément la lecture volumétrique et
texturale de la façade.
L’aspect final, d’une géométrie très régularisée, s’éloigne
de la logique constructive d’origine et produit un effet de pastiche
contemporain plutôt qu’une restitution fondée sur les sources. La restauration
ne respecte donc ni la matérialité ancienne, ni l’esprit du lieu, ni la
cohérence d’ensemble du front bâti.
En l’état, l’intervention apparaît davantage comme une
réinterprétation que comme une restauration au sens patrimonial du terme. Le
parti pris adopté semble s’inscrire dans une logique proche de celle de
Viollet‑le‑Duc, qui n’hésitait pas à « restaurer » en projetant ses propres
conceptions idéales plutôt qu’en respectant strictement les données
historiques. On se souvient que le château de Pierrefonds fut ainsi transformé
en château de conte de fées, bien éloigné de la réalité médiévale qu’il avait
été.
Or, comme Viollet‑le‑Duc lui‑même le reconnaissait, il
s’agissait pour lui de montrer « ce que devait être idéalement un fort
médiéval », formule qui, d’un point de vue historique, ne signifie
rigoureusement rien.
La restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre
semble s’inscrire dans cette même dérive interprétative : une vision idéalisée,
théorique, déconnectée des matériaux, des techniques et des logiques
constructives attestées. Une hérésie supplémentaire dans le traitement d’un monument
historique, où l’on attendrait au contraire une fidélité scrupuleuse à l’état
ancien documenté.
Depuis 1946, le rez‑de‑chaussée de la Maison de l’Orfèvre accueille un commerce alimentaire : épicerie, salon de thé ou pâtisserie selon les époques. Cette vocation commerciale s’est maintenue sans interruption jusqu’à aujourd’hui, accompagnant l’évolution du quartier des Champeaux.
La transformation du lieu en crêperie remonte aux années
1975, lorsque la mère de Claudine — une amie — y installe une activité de
restauration bretonne. Claudine travaille d’abord aux côtés de sa mère, puis
poursuit seule après son décès. Le nom « Crêperie La Tourelle » apparaît dans
les annuaires au début des années 1990, au moment où Claudine reprend
officiellement l’activité familiale. Sous son impulsion, la crêperie adopte un
positionnement clair : une cuisine bretonne traditionnelle, simple et régulière,
très appréciée des touristes. La famille Di Stefano développe la réputation du
lieu, qui devient l’une des adresses les plus fréquentées du centre historique,
avec une carte stable, un service continu en saison et une capacité d’accueil
notable pour un établissement de ce type.
En 2019, Claudine décide de céder le fonds de commerce.
L’acte notarié précise les éléments suivants : signature le 3 janvier 2019,
enregistrement le 10 janvier, entrée en jouissance fixée au 1ᵉʳ janvier. Le
fonds est vendu par la famille Di Stefano à la société ARMORIC pour un montant
de 410 000 €. À partir de cette date, les nouveaux propriétaires prennent la
suite et assurent la continuité de l’exploitation.
Depuis 2019, la période ARMORIC se caractérise par une
modernisation légère de la carte et du fonctionnement, tout en conservant
l’identité de crêperie bretonne traditionnelle qui a fait la renommée du lieu.
La Tourelle demeure aujourd’hui l’un des restaurants les plus fréquentés du
secteur Champeaux, perpétuant une activité commerciale ininterrompue depuis
près de quatre‑vingts ans.