dimanche 14 juin 2026

Tourelle de l'Orfèvre à Troyes

 

1940

La maison de l'Orfèvre est un hôtel particulier du XVIe siècle situé à Troyes, au 9 rue Champeaux, dans le département de l’Aube. Elle se distingue par son architecture Renaissance, notamment sa tourelle soutenue par trois sculptures de faunes. Ce monument emblématique du patrimoine troyen est un témoignage de l’art de vivre des élites locales à la fin du XVIe siècle.



Construite entre 1578 et 1618 pour François Roize, orfèvre de profession, et son épouse Nicole Boulanger, cette demeure reflète le statut social élevé de ses commanditaires. L’édifice allie des éléments décoratifs raffinés, typiques de la période, à une structure fonctionnelle adaptée aux activités artisanales et résidentielles de l’époque.

Classée parmi les monuments historiques par arrêté du 10 février 1961, la Maison de l'Orfèvre est protégée pour ses façades et toitures. Son emplacement à l’angle des rues Molé et Champeaux, dans le centre historique de Troyes, en fait un point d’intérêt majeur pour les visiteurs explorant l’héritage architectural de la ville.

 

La célèbre crèperie de mon amie Claudine, et avant elle de sa maman.










Ma critique de la restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre



L’intervention récente sur la tourelle de la Maison de l’Orfèvre appelle plusieurs réserves quant à sa conformité avec l’état ancien documenté et avec les pratiques constructives de la Renaissance troyenne.

L’analyse des photographies antérieures à la restauration montre que la tourelle était constituée d’une structure légère en bois, essentée de bardeaux, parfaitement cohérente avec l’architecture à pans de bois du quartier Champeaux. Cette configuration, attestée par la typologie locale et par les contraintes structurelles des maisons à colombages, garantissait une compatibilité technique avec les encorbellements sculptés qui la soutiennent.

La restitution opérée substitue à cette enveloppe traditionnelle un parement d’ardoise sombre, associé à un fût crépi lisse. Ce choix matériel introduit une rupture manifeste avec l’authenticité du bâti :

l’ardoise, matériau lourd, n’est pas adaptée à une tourelle portée par des éléments sculptés en saillie ;

elle n’est pas documentée dans les usages troyens du XVIᵉ siècle pour ce type d’ouvrage ;

elle modifie profondément la lecture volumétrique et texturale de la façade.

L’aspect final, d’une géométrie très régularisée, s’éloigne de la logique constructive d’origine et produit un effet de pastiche contemporain plutôt qu’une restitution fondée sur les sources. La restauration ne respecte donc ni la matérialité ancienne, ni l’esprit du lieu, ni la cohérence d’ensemble du front bâti.

En l’état, l’intervention apparaît davantage comme une réinterprétation que comme une restauration au sens patrimonial du terme. Le parti pris adopté semble s’inscrire dans une logique proche de celle de Viollet‑le‑Duc, qui n’hésitait pas à « restaurer » en projetant ses propres conceptions idéales plutôt qu’en respectant strictement les données historiques. On se souvient que le château de Pierrefonds fut ainsi transformé en château de conte de fées, bien éloigné de la réalité médiévale qu’il avait été.

Or, comme Viollet‑le‑Duc lui‑même le reconnaissait, il s’agissait pour lui de montrer « ce que devait être idéalement un fort médiéval », formule qui, d’un point de vue historique, ne signifie rigoureusement rien.

La restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre semble s’inscrire dans cette même dérive interprétative : une vision idéalisée, théorique, déconnectée des matériaux, des techniques et des logiques constructives attestées. Une hérésie supplémentaire dans le traitement d’un monument historique, où l’on attendrait au contraire une fidélité scrupuleuse à l’état ancien documenté.

 



Depuis 1946, le rez‑de‑chaussée de la Maison de l’Orfèvre accueille un commerce alimentaire : épicerie, salon de thé ou pâtisserie selon les époques. Cette vocation commerciale s’est maintenue sans interruption jusqu’à aujourd’hui, accompagnant l’évolution du quartier des Champeaux.

La transformation du lieu en crêperie remonte aux années 1975, lorsque la mère de Claudine — une amie — y installe une activité de restauration bretonne. Claudine travaille d’abord aux côtés de sa mère, puis poursuit seule après son décès. Le nom « Crêperie La Tourelle » apparaît dans les annuaires au début des années 1990, au moment où Claudine reprend officiellement l’activité familiale. Sous son impulsion, la crêperie adopte un positionnement clair : une cuisine bretonne traditionnelle, simple et régulière, très appréciée des touristes. La famille Di Stefano développe la réputation du lieu, qui devient l’une des adresses les plus fréquentées du centre historique, avec une carte stable, un service continu en saison et une capacité d’accueil notable pour un établissement de ce type.

En 2019, Claudine décide de céder le fonds de commerce. L’acte notarié précise les éléments suivants : signature le 3 janvier 2019, enregistrement le 10 janvier, entrée en jouissance fixée au 1ᵉʳ janvier. Le fonds est vendu par la famille Di Stefano à la société ARMORIC pour un montant de 410 000 €. À partir de cette date, les nouveaux propriétaires prennent la suite et assurent la continuité de l’exploitation.

Depuis 2019, la période ARMORIC se caractérise par une modernisation légère de la carte et du fonctionnement, tout en conservant l’identité de crêperie bretonne traditionnelle qui a fait la renommée du lieu. La Tourelle demeure aujourd’hui l’un des restaurants les plus fréquentés du secteur Champeaux, perpétuant une activité commerciale ininterrompue depuis près de quatre‑vingts ans.





Saint Charles Borromée

 

St Charles Borromée - huile sur toile XVIIe – auteur inconnu. 

Collection privée

 

Charles Borromée, né Carlo Borromeo le 2 octobre 1538 à Arona, sur les rives du lac Majeur, appartient à l’une des plus anciennes familles de la noblesse lombarde. Sa mère, Marguerite de Médicis, est la sœur de Giovanni Angelo de Médicis, futur pape Pie IV. Cette parenté déterminera toute la destinée du jeune Charles. À douze ans, il reçoit la tonsure et le titre de commendataire de l’abbaye bénédictine d’Arona, qui lui assure d’importants revenus. Il choisit pourtant de reverser ces biens aux pauvres, signe précoce d’une vocation qui ne se démentira jamais. Il étudie à Milan puis à Pavie, où il obtient en 1559, à vingt‑et‑un ans, le doctorat in utroque jure, en droit civil et en droit canonique.

 La mort de son père en 1558, puis celle de son frère aîné, l’obligent à prendre en main les affaires familiales. Beaucoup pensent qu’il abandonnera sa carrière ecclésiastique pour devenir chef de famille. Mais Charles refuse : il veut servir l’Église. Cette décision est confirmée lorsque son oncle est élu pape en 1559. Pie IV l’appelle à Rome et, en 1561, le nomme cardinal secrétaire d’État, cardinal au titre de Santi Vito, Modesto e Crescenzia, puis légat apostolique à Bologne, en Romagne et dans les Marches. À vingt‑deux ans, il est déjà l’un des hommes les plus influents de la Curie. Il fonde la même année un collège à Pavie, l’Almo Collegio Borromeo, qu’il dédie à sainte Justine.

 À Rome, Charles joue un rôle décisif dans la reprise et la conclusion du concile de Trente, interrompu depuis huit ans. Il travaille à la réforme de l’Église, lutte contre les abus, supervise la rédaction du Catéchisme du concile de Trente (1566) et intervient même dans la réforme de la musique sacrée, défendant l’intelligibilité du texte liturgique et soutenant les travaux de Palestrina. Son intelligence, sa rigueur et son sens de l’organisation impressionnent ses contemporains.

 En 1565, à vingt‑sept ans, il est nommé archevêque de Milan, l’un des plus vastes diocèses d’Europe. Il quitte Rome pour résider dans son diocèse, conformément aux exigences tridentines. Dès son arrivée, il entreprend une réforme profonde : visites pastorales systématiques, synodes diocésains, conciles provinciaux, restauration de la discipline dans les couvents, fixation de grilles aux parloirs, fondation de séminaires pour former un clergé instruit et exemplaire. Ce que le concile de Trente avait formulé en principes généraux, Charles Borromée le transforme en règles précises, applicables, minutieuses. Son action devient un modèle pour toute l’Église post‑tridentine.

 Son influence dépasse largement les frontières de son diocèse. En Italie comme en Suisse, il encourage les évêques à appliquer les réformes conciliaires. En France, il tente, avec le pape Pie V, d’obtenir de Catherine de Médicis la promulgation officielle des décrets de Trente, malgré l’opposition du gallicanisme et des autorités civiles, jalouses de leurs prérogatives sur les hôpitaux et les institutions charitables. Ses lettres montrent un homme tenace, diplomate, mais lucide sur les résistances politiques.

 Sa vie n’est pas exempte de dangers. L’ordre des Humiliés, qu’il tente de réformer, organise un attentat contre lui : un moine tire sur lui pendant la prière. La balle traverse son vêtement sans le blesser. Charles y voit un signe de la Providence et poursuit son œuvre avec encore plus de détermination. En 1581, il fonde une congrégation de prêtres séculiers, les Oblats de saint Charles, destinée à soutenir la réforme du clergé.

 Sa charité est sans limites. Lors de la peste qui ravage Milan entre 1576 et 1577, il se dépense sans compter. Fidèle à sa devise « Humilitas », il visite les malades, organise les secours, vend ses biens pour nourrir les pauvres, demande à ses prêtres de devenir infirmiers. Il marche pieds nus dans les rues en procession pénitentielle, implorant la miséricorde divine. L’historiographie appellera cette épidémie « la peste de saint Charles », tant sa présence fut constante et déterminante. Alexandre Manzoni, dans Les Fiancés, évoquera encore son courage trois siècles plus tard.

 En 1578, il se rend à pied à Turin pour vénérer le Saint‑Suaire, récemment transféré de Chambéry par les ducs de Savoie. Il jeûne, prie, et accomplit ce pèlerinage comme un acte d’humilité et de foi.

 Épuisé par les austérités, les voyages, les réformes et les années de peste, Charles Borromée meurt à Milan le 3 novembre 1584, à quarante‑six ans. Son corps repose dans la crypte de la cathédrale de Milan, dans un mausolée recouvert de plaques d’argent retraçant sa vie. Très vite, des guérisons sont rapportées près de son tombeau. Son procès en béatification est ouvert et aboutit en 1602. Il est canonisé le 1er novembre 1610 par Paul V, l’un des rares saints dont la canonisation suit de si près la béatification.

 Modèle d’évêque réformateur, artisan majeur de la Contre‑Réforme, père des pauvres, pasteur infatigable, Charles Borromée demeure l’une des figures les plus marquantes de l’Église du XVIᵉ siècle. Son exemple inspira des générations de prêtres et d’évêques, et continue d’être proposé comme modèle de vie pastorale. Sa fête liturgique est célébrée le 4 novembre.

 

🌿 Saint Charles Borromée

Est un saint de la peste à part entière et même un des plus important du XVIᵉ siècle car il a  affronté la grande peste de Milan (1576‑1577), celle que l’historiographie appelle encore :

« La peste de saint Charles »

Il visite les malades, organise les secours, vend ses biens, marche pieds nus en procession, transforme les églises en hôpitaux, impose des quarantaines, nourrit les pauvres, reste dans la ville quand les autorités civiles fuient !

Son attitude héroïque en a fait un modèle d’évêque en temps d’épidémie.

Il est représenté dans l’art votif lié à la peste

Il apparaît sur des tableaux, des ex‑voto, des chapelles, des croix

Il est invoqué comme protecteur contre les pestes modernes (XVIᵉ‑XVIIᵉ siècles)


Saint Charles Borromée. Joseph Vaudechamp XIXe. Langres


Trois magnifiques prières de saint Charles Borromée

 « Ce qui m’attire vers vous, Seigneur, c'est vous ! Vous seul, cloué à la Croix avec le corps déchiré par les agonies de la mort. Et votre Amour s’est tellement emparé de mon cœur que, quand bien même il n’y eût pas le paradis, je vous aimerais quand même. Vous n’avez rien à me donner pour provoquer mon amour parce que même si je n’espérais pas ce que j’espère, je vous aimerais comme je vous aime ».

Prière de saint Charles Borromée à son Ange gardien

« Regardez mon âme comme vous étant toute confiée, ô mon très tendre Gardien ; et au sortir de la prison de mon corps, daignez la remettre entre les mains de son Créateur et Rédempteur, afin qu'avec vous et avec tous les saints du ciel, elle puisse jouir de sa présence, l'aimer parfaitement et le posséder pleinement pendant toute l'éternité. Amen. »

Prière de saint Charles Borromée devant le Saint Sacrement

« Nous voici en votre présence, ô Jésus, vous êtes là, nous le savons, nous le proclamons : notre foi ne saurait nous tromper. Et cependant nous n'osons lever les yeux vers vous : ah ! vous, du moins, arrêtez sur nous ces regards de tendresse et de miséricorde que vous jetiez sur Pierre. Nous sommes là avec nos misères, incapables de rester plus longtemps à vos pieds, si vous ne nous pardonnez nos iniquités. N’êtes-vous pas le Sauveur qui seul purifie ? N'êtes-vous pas le médecin qui seul guérit ? Purifiez donc nos âmes, guérissez-les, sauvez-les, et qu'ainsi nous devenions moins indignes de votre Grâce ». 

 

Trois conseils de saint Charles Borromée

« Aie grande confiance dans le Seigneur, il veut toujours ton bien. »

« Exerce-toi à la connaissance de toi-même. »

« Dans la prospérité, évite une trop forte allégresse. Elle risquerait de te faire oublier à ton âme les misères et périls existentiels. »

 



Saint François Xavier

 

Les miracles de François Xavier par Rubens - 1618

Musée d’Arts de Vienne (Autriche)

Huile sur toile : 535 cm × 395 cm

François Xavier, né Francisco de Jasso y Azpilicueta le 7 avril 1506 au château de Javier, en Navarre, grandit dans une famille de vieille noblesse basque, attachée à sa langue et à ses traditions. Son père, Juan de Jasso, président du conseil du royaume de Navarre, et sa mère, María de Azpilicueta, issue d’une lignée ancienne de la vallée du Baztan, lui transmettent un sens aigu de l’honneur et de la foi. L’enfance de François est marquée par les bouleversements politiques : en 1512, la Castille envahit la Navarre, amputant le royaume. Son père et ses frères combattent, mais la défaite est inévitable. Le jeune François, lui, ne se sent pas destiné aux armes. Il choisit la voie des études et quitte sa terre natale pour Paris, où l’Europe entière débat des idées nouvelles du protestantisme.

 À la Sorbonne, il poursuit brillamment ses études de philosophie et de théologie. Il loge au collège Sainte‑Barbe avec Pierre Favre, puis partage sa chambre avec un étudiant plus âgé, Ignace de Loyola, ancien militaire converti, animé d’une ardeur spirituelle qui impressionne autant qu’elle dérange. François résiste longtemps à l’influence de cet homme de feu, mais finit par être conquis. Le 15 août 1534, dans la crypte de Montmartre, lui, Ignace, Favre et quatre autres compagnons prononcent des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance au pape. Ce petit groupe deviendra la Compagnie de Jésus, approuvée par le pape Paul III en 1540. François est ordonné prêtre en 1537, à Venise.

 Lorsque le roi Jean III du Portugal demande au pape des missionnaires pour restaurer la foi dans les territoires portugais d’Orient, Ignace désigne d’abord Nicolas Bobadilla. Mais celui‑ci tombe malade, et François accepte de le remplacer presque par hasard. Il quitte Rome en 1540, muni d’un bréviaire, d’un catéchisme et d’un unique livre de chevet, un traité spirituel de Marko Marulić. En avril 1541, il embarque pour l’Inde et arrive à Goa le 6 mai 1542, après treize mois de voyage.

 Goa, capitale de l’Inde portugaise, est alors un port cosmopolite où se mêlent marchands, soldats, aventuriers et esclaves. La population chrétienne y est nombreuse mais peu instruite, et les missionnaires dénoncent souvent le comportement scandaleux des colons. François commence par réformer les siens : il prêche, soigne les malades, enseigne les enfants, parcourt les rues en sonnant une cloche pour rassembler domestiques et catéchumènes. On lui confie la direction du collège Saint‑Paul, première institution jésuite d’Asie.

 Très vite, il apprend l’existence des Paravars, pêcheurs de perles du sud de l’Inde, baptisés dix ans plus tôt mais laissés sans formation religieuse. Il part les rejoindre en octobre 1542. Pendant près de trois ans, il parcourt la côte, construit des églises, enseigne, baptise, affronte l’hostilité des brahmanes et des autorités musulmanes. Sa hutte est incendiée plusieurs fois, et il échappe de peu à la mort. Il visite aussi le tombeau de l’apôtre Thomas à Mylapore, puis se tourne vers l’Extrême‑Orient.

 En 1545, il part pour Malacca, puis pour les Moluques, où il fonde des communautés chrétiennes à Ambon, Morotai et Ternate. Il inspire même les Portugais lors d’une attaque acehnaise, les exhortant à défendre la ville. Son influence grandit, mais son regard se tourne déjà vers un horizon plus lointain.

 À Malacca, il rencontre un Japonais, Anjirō, qui lui décrit son pays, sa culture raffinée et son intérêt pour la philosophie. François comprend que le Japon est une terre d’intelligence et de recherche spirituelle, et qu’il faut s’y rendre. Il quitte Goa en 1549, accompagné d’Anjirō, de deux autres Japonais et de deux jésuites. Le 15 août 1549, il débarque à Kagoshima. Il y est d’abord bien accueilli, mais les autorités interdisent bientôt les conversions. Il se rend alors à Hirado, puis à Yamaguchi, où il obtient l’usage d’un temple abandonné. Il prêche, discute avec les moines, s’adapte, change de stratégie, se présente comme ambassadeur du roi du Portugal, offre des présents, adopte une tenue plus solennelle. Il convertit plusieurs centaines de personnes et fonde les premières communautés chrétiennes du Japon. Il tente d’atteindre Kyoto, sans succès, mais reste convaincu que le pays peut être gagné à la foi.

 Peu à peu, il comprend que le Japon ne pourra être durablement évangélisé que si la Chine, centre intellectuel de l’Asie, s’ouvre au christianisme. Il décide donc de s’y rendre. Après un passage en Inde pour régler les affaires de la mission, il embarque en 1552 pour la Chine. Mais les autorités portugaises de Malacca lui refusent leur soutien, et il doit poursuivre avec une petite équipe. En septembre 1552, il atteint l’île de Sancian, au large de Canton. Il y attend un passeur qui ne viendra jamais. Trompé, affaibli, il tombe malade. Le 21 novembre, il s’effondre après la messe. Il meurt le 3 décembre 1552, à quarante‑six ans, dans une cabane de fortune, regard tourné vers la Chine qu’il n’aura jamais pu atteindre.

 Son corps est d’abord enterré sur l’île, puis transporté à Malacca, puis à Goa, où il repose depuis 1637 dans la basilique du Bon‑Jésus. Son bras droit est conservé à Rome, au Gesù, et son humérus gauche à Macao. Ses dernières paroles furent prononcées en basque, sa langue maternelle. Dès le XVIIᵉ siècle, son nom est vénéré dans toute l’Église. Il est béatifié en 1619, canonisé en 1622 avec Ignace de Loyola et Thérèse d’Avila, proclamé patron de l’Orient en 1748, patron de la Propagation de la Foi en 1904, et patron de toutes les missions en 1927, aux côtés de Thérèse de Lisieux. Il est aussi le saint patron de la Mongolie, du tourisme et, plus étonnamment, des joueurs de pelote basque.

 Son influence est immense. Il parcourut près de 80 000 kilomètres en onze ans, fonda des communautés chrétiennes en Inde, au Sri Lanka, aux Moluques, au Japon, et tenta d’ouvrir la Chine. Ses lettres, rassemblées dans deux volumes, témoignent d’un homme ardent, lucide, parfois découragé, mais toujours animé d’un amour brûlant pour Dieu. Sa prière la plus célèbre résume sa pensée : « Seigneur, je T’aime non pas parce que tu peux me donner le Paradis ou me condamner à l’Enfer, mais parce que Tu es mon Dieu. Je T’aime parce que Tu es Toi. »

 Aujourd’hui encore, son nom demeure associé à l’audace missionnaire, à l’intelligence du dialogue interculturel et à une énergie spirituelle hors du commun. De Goa à Kagoshima, de Paris à Macao, de Javier à Sancian, François Xavier reste l’une des figures les plus marquantes de l’histoire chrétienne, un homme qui voulut embrasser le monde entier et qui, jusqu’à son dernier souffle, chercha à porter la lumière là où elle n’était pas encore entrée.

 

🌿 Saint François Xavier

Est invoqué contre la peste en Asie, surtout : – en Inde (Goa) – au Japon – aux Philippines – en Chine du Sud – dans les territoires portugais d’Orient parce qu’il a été considéré comme protecteur contre les maladies contagieuses dans les missions asiatiques. On lui attribue des guérisons, des interventions miraculeuses, et son corps incorrompu à Goa a renforcé cette réputation.

En Europe, il n’est pas un saint “de la peste” au sens strict, mais il apparaît parfois dans des ensembles votifs liés aux épidémies, surtout dans les régions marquées par les missions jésuites.


Saint François Xavier, cathédrale Sainte‑Marie de l’Assomption

 Jakarta - Indonésie

 

Trois belles prières de Saint François-Xavier

 

« Mon Dieu, je vous aime ! Ce n'est pas pour le ciel que je vous aime, ni parce que ceux qui ne vous aiment pas, vous les punissez du feu éternel. A la croix, mon Jésus, vous m'avez pressé sur votre cœur. Vous avez enduré les clous, le coup de lance, le comble de la honte, les douleurs sans nombre, la sueur et l'angoisse, la mort ... Tout cela pour moi, à ma place, pour mes péchés. Alors, ô Jésus très aimant, pourquoi donc ne pas vous aimer d'un amour désintéressé, oubliant le ciel et l'enfer, non pour être récompensé, mais simplement comme vous m'avez aimé ? C'est ainsi que je vous aime, ainsi que je vous aimerai : uniquement parce que vous êtes mon roi, uniquement parce que vous êtes mon Dieu. Ainsi soit-il. »

 

« Ô ma divine souveraine ! Ô Marie ! Vous l'espérance des chrétiens, la Reine des anges et des saints qui environnent le trône de Dieu dans le ciel ! Je me remets entre vos mains, je me recommande à votre puissante protection et à celle de tous les saints, pour tous les jours de ma vie et pour le moment de ma mort. Ô ma Souveraine, qui êtes aussi ma mère, préservez-moi des dangers qui m'entourent ! Le monde et le démon ne cessent de me tendre des pièges, ils font tous leurs efforts pour m'entraîner dans l'abîme et me précipiter dans l'enfer. Ô Mère pleine de tendresse et de bonté ! Ne permettez pas qu'ils triomphent ; sauvez-moi ! Je vous en conjure ! Ainsi soit-il. »

 

« Je veux Vous servir, ô mon Dieu ! Je veux Vous servir parce que je Vous aime, et non par la crainte que pourrait m'inspirer votre justice et les châtiments qu'elle réserve à ceux qui Vous offensent. Je veux Vous servir parce que Vous m'attirez à Vous. Ô Jésus, mon Sauveur et mon Rédempteur ! Votre adorable cœur, ouvert par une lance, la Croix à laquelle votre sacré corps est attaché, le sang divin qui coule de vos plaies, m'attachent à Vous pour toujours. N’eussé-je pas d'enfer à redouter ou de gloire immortelle à espérer, je Vous aimerais, ô mon Dieu, mon Créateur ! Je Vous aimerais par vos perfections infinies ! Je Vous aimerais pour les tendres soins de votre ineffable Providence ! Je Vous aimerais pour votre seul Amour ! Ô Fils unique de Dieu, Fils d'une Vierge ! Vous, plein de douceur et de force, d'innocence et d'amour, Jésus-Christ, ô mon Dieu ! qui avez voulu mourir pour moi, accordez-moi de Vous aimer de tout l'amour que mérite votre Amour ! Amen. »

 

 

Vitrail de la chapelle néo‑gothique du sanatorium de Béthanie (1875), Hong Kong

St François-Xavier baptisant un homme chinois


Citation d’une lettre de Saint François-Xavier

Dans sa lettre à son ami, Saint Ignace de Loyola, Saint François-Xavier nous raconte comment il a enseigné aux peuples les fondements de la foi catholique et à quel point il a été touché par la soif de connaissance des enfants portugais.

Nous avons parcouru les villages de chrétiens qui s'étaient convertis il y a quelques années.  Aucun portugais n'habite en ces lieux, car la terre y est extrêmement stérile, et les chrétiens qui y vivent, faute de prêtres, ne savent rien d'autre que dire qu'ils sont chrétiens. Ils n’ont personne pour dire la Messe ; personne pour leur enseigner le Credo, le Pater Noster, l’Ave Maria ou les Commandements de la loi de Dieu.

 Aussi, depuis que je suis venu ici, je n'ai pas arrêté : j’ai activement parcouru tous les villages, j’ai baptisé tous les enfants qui ne l'étaient pas encore. Ainsi, j’ai fait enfants de Dieu un grand nombre de petits enfants qui, comme on dit, ne savaient pas distinguer leur droite de leur gauche. Les enfants ne me laissaient ni réciter l'office divin ni manger ni me reposer tant que je ne leur avais pas enseigné des prières ; je commençai alors à comprendre que c'est à eux qu'appartient le Royaume des Cieux.” 

 

Reliquaire du Bras de saint François-Xavier

église Saint-Joseph de Macao




Saint Roch

 

Saint Roch, l’Ange et son chien XVIe
Pierre polychrome
Église de Saint‑André‑les‑Vergers (Aube)

Cette statue en pierre polychrome, placée sur une console ornée de rinceaux, représente Saint Roch en pèlerin, vêtu du manteau court, du chapeau à coquille et tenant le bourdon. Le saint montre la plaie de sa cuisse, signe de la peste, tandis qu’un ange se penche vers lui pour lui apporter secours et réconfort. À ses pieds, le chien fidèle lui apporte le pain quotidien, symbole de charité et de fidélité.

L’ensemble, d’un style encore gothique mais déjà sensible à la grâce de la Renaissance, traduit la piété populaire du XVIᵉ siècle et la dévotion à Saint Roch, protecteur contre les épidémies. La polychromie, bien que partiellement altérée, conserve des traces de dorure et de rouge, soulignant la noblesse du saint et la douceur du geste angélique.

Saint Roch naquit vers le milieu du XIVᵉ siècle à Montpellier, alors en plein cœur de la guerre de Cent Ans, dans une famille noble et très pieuse. Ses parents, France et Jehan, déjà âgés, avaient longtemps prié pour obtenir un enfant qu’ils promettaient de consacrer à Dieu. À sa naissance, l’enfant portait sur la poitrine une tache de vin en forme de croix, signe qui marquera toute sa destinée. On racontait même qu’il refusait de téter le vendredi, comme s’il pratiquait déjà la pénitence. Élevé dans une foi ardente, il se distingua dès l’enfance par une charité naturelle envers les pauvres, les voyageurs et les malades. Avant de mourir, son père lui laissa quatre commandements : servir le Christ, être miséricordieux envers les faibles, distribuer ses biens et soigner les malades. Sa mère mourut peu après. À vingt ans, fidèle à ces dernières volontés, Roch vendit son héritage, en distribua une grande partie aux pauvres, plaça le reste chez son oncle pour subvenir à ses besoins de pèlerin, entra dans le Tiers‑Ordre franciscain et prit la route de Rome, vêtu du simple habit du voyageur, vivant d’aumônes.

La peste ravageait alors l’Italie. Dès son arrivée à Acquapendente, il se dévoua aux pestiférés, traçant sur eux un simple signe de croix qui, disait‑on, suffisait à les guérir. À Cesena, toute la cité fut délivrée du fléau grâce à lui. À Rome, il soigna un cardinal originaire de Bretagne et les malades de l’hôpital du Saint‑Esprit. Le pape Urbain V, témoin de ces guérisons, lui remit ses fautes et le reçut avec bienveillance. Roch demeura trois ans dans la Ville sainte, sans jamais révéler son nom ni son origine, puis reprit la route pour continuer son œuvre de miséricorde. À Plaisance, il contracta lui‑même la peste. Chassé par ceux qu’il avait pourtant sauvés, il se réfugia dans une forêt, où un ange fit jaillir une source pour apaiser sa fièvre. Un chien, appartenant au seigneur Gothard, venait chaque jour lui voler un pain pour le lui apporter. Touché par ce prodige, Gothard retrouva Roch, le recueillit et devint son disciple. Miraculeusement guéri, Roch comprit que la véritable guérison n’était pas seulement celle du corps, mais celle de l’âme, et que celui qui se dévoue pour les autres finit souvent par porter leur souffrance.

Lorsqu’il revint vers Montpellier, la ville était déchirée par des troubles politiques. Méconnaissable après des années d’errance, amaigri, vêtu comme un étranger, il fut pris pour un espion. Fidèle à son vœu d’humilité, il refusa de décliner son identité. On l’emprisonna à Voghera, où il demeura cinq ans dans l’oubli, acceptant sa détention comme une ultime épreuve. Il y mourut après avoir reçu les sacrements. Ce ne fut qu’après sa mort qu’on reconnut son corps grâce à la marque de naissance en forme de croix. L’Église, constatant qu’il n’était pas mort en martyr mais en confesseur, lui donna ce titre canonique.

Très vite, son culte se répandit dans toute l’Europe. Dès le concile de Ferrare, il fut invoqué comme protecteur contre les épidémies venues d’Orient, qui frappaient Venise, Marseille, Lisbonne, Anvers ou l’Allemagne. Sa renommée gagna la France méridionale, l’Italie, l’Espagne et les pays germaniques. Ses reliques, d’abord conservées à Arles, furent transférées à Venise en 1485, dans l’église San Rocco, où elles se trouvent encore en grande partie aujourd’hui. Montpellier conserve toutefois un os du saint ainsi que son bâton de pèlerin.

Dans l’iconographie, il est presque toujours représenté en pèlerin, montrant le bubon de sa cuisse, accompagné de son chien fidèle. Cet animal, devenu inséparable de sa figure, tient généralement un pain dans sa gueule. La tradition raconte qu’alors que Roch, frappé par la peste, s’était retiré dans une forêt pour ne contaminer personne, le chien d’un seigneur voisin venait chaque jour lui apporter ce pain volé à la table de son maître. Il léchait aussi la plaie du saint, geste interprété comme un signe de guérison et de fidélité. Ce chien, symbole de secours providentiel et de charité humble, est devenu l’un des attributs les plus constants de saint Roch, au point d’apparaître sur presque toutes les statues, croix de peste, vitraux et peintures votives. Le tableau de Daniel Hallé, peint en 1669, montre un ange lui désignant le ciel tandis qu’un autre se penche sur la plaie de sa cuisse, rappelant sa propre épreuve.


Daniel Hallé (1614‑1675) Retable Saint Roch secouru par les anges, 1669

Église Saint‑Symphorien, Versailles (Montreuil)

Huile sur toile — H. 200 cm ; L. 135 cm

Classé Monument historique le 12 novembre 1908



Saint Roch, vêtu de l’habit de pèlerin, est représenté assis sous un arbre, dans une clairière proche de Plaisance, où il s’est retiré après avoir contracté la peste. Deux anges l’assistent : celui de gauche découvre sa cuisse, laissant voir le bubon, tandis que l’autre lui désigne le ciel, signe de consolation et de salut. À l’arrière‑plan, son chien fidèle lui apporte le pain quotidien, et la ville de Plaisance se devine dans la lumière du soir.

La composition, d’un maniérisme tardif empreint de douceur, illustre la double dimension du saint : le pèlerin souffrant et l’intercesseur secouru par la grâce divine. Par son clair‑obscur maîtrisé et ses draperies fluides, Hallé traduit la compassion céleste dans une atmosphère de recueillement et de lumière.



Depuis le Moyen Âge, saint Roch est le saint le plus invoqué contre les épidémies. Sa protection s’est étendue aux animaux, au monde agricole, aux catastrophes naturelles et aux maladies graves. Il est devenu un modèle de charité chrétienne, de solidarité et d’abandon confiant à Dieu. Sur les chemins de Saint‑Jacques, il est, avec saint Jacques lui‑même, l’un des saints les plus représentés dans les églises, les chapelles de carrefour et les oratoires, car les pèlerins se plaçaient sous sa garde pour être préservés des maladies. Sa vénération est ancienne dans tout le pays languedocien et piscénois, et son nom demeure attaché à de nombreuses paroisses. Le Martyrologe romain rappelle simplement : « En Lombardie, vers 1379, le trépas de saint Roch. Né à Montpellier, il se fit pèlerin et, en soignant des pestiférés à travers l’Italie, il s’acquit une réputation de sainteté. »

Ainsi se dessine la figure de Roch : un jeune homme riche devenu pauvre du Christ, pèlerin infatigable, thaumaturge discret, serviteur des malades, frappé lui‑même par le fléau qu’il combattait, puis mort dans l’ombre avant d’être reconnu comme l’un des saints les plus aimés de l’Occident chrétien.

 

Prier Saint Roch contre les épidémies

« Saint Roch,

Vous avez soigné avec tant de générosité, de charité, les malades atteints de la peste.

 Dieu vous a accordé plusieurs fois de guérir par le signe de la Croix, des malades considérés comme perdus.

Avec grande confiance, nous nous adressons à vous et nous vous supplions :

 Intercédez auprès du Seigneur,

 Pour nous obtenir amélioration, guérison,

 Si Dieu le permet, dans les maladies graves.

 

Préservez-nous des épidémies,

 Secourez-nous dans les maladies du corps,

 Mais aussi de l’âme.

 Avec grande confiance, nous vous prions

 De nous protéger de la foudre dans les orages.

Saint Roch, priez pour nous.

 Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en vous,

 Cœur douloureux et immaculé de Marie, priez pour nous.

Amen. »

 

 


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