St
Charles Borromée - huile sur toile XVIIe – auteur inconnu.
Collection privée
Charles Borromée, né Carlo Borromeo le 2 octobre 1538 à Arona, sur les
rives du lac Majeur, appartient à l’une des plus anciennes familles de la
noblesse lombarde. Sa mère, Marguerite de Médicis, est la sœur de Giovanni
Angelo de Médicis, futur pape Pie IV. Cette parenté déterminera toute la
destinée du jeune Charles. À douze ans, il reçoit la tonsure et le titre de
commendataire de l’abbaye bénédictine d’Arona, qui lui assure d’importants
revenus. Il choisit pourtant de reverser ces biens aux pauvres, signe précoce
d’une vocation qui ne se démentira jamais. Il étudie à Milan puis à Pavie, où
il obtient en 1559, à vingt‑et‑un ans, le doctorat in utroque jure, en droit
civil et en droit canonique.
La mort de son père en 1558, puis celle de son frère aîné, l’obligent à
prendre en main les affaires familiales. Beaucoup pensent qu’il abandonnera sa
carrière ecclésiastique pour devenir chef de famille. Mais Charles refuse : il
veut servir l’Église. Cette décision est confirmée lorsque son oncle est élu
pape en 1559. Pie IV l’appelle à Rome et, en 1561, le nomme cardinal secrétaire
d’État, cardinal au titre de Santi Vito, Modesto e Crescenzia, puis légat
apostolique à Bologne, en Romagne et dans les Marches. À vingt‑deux ans, il est
déjà l’un des hommes les plus influents de la Curie. Il fonde la même année un
collège à Pavie, l’Almo Collegio Borromeo, qu’il dédie à sainte Justine.
À Rome, Charles joue un rôle décisif dans la reprise et la conclusion du
concile de Trente, interrompu depuis huit ans. Il travaille à la réforme de
l’Église, lutte contre les abus, supervise la rédaction du Catéchisme du
concile de Trente (1566) et intervient même dans la réforme de la musique
sacrée, défendant l’intelligibilité du texte liturgique et soutenant les
travaux de Palestrina. Son intelligence, sa rigueur et son sens de
l’organisation impressionnent ses contemporains.
En 1565, à vingt‑sept ans, il est nommé archevêque de Milan, l’un des
plus vastes diocèses d’Europe. Il quitte Rome pour résider dans son diocèse,
conformément aux exigences tridentines. Dès son arrivée, il entreprend une
réforme profonde : visites pastorales systématiques, synodes diocésains,
conciles provinciaux, restauration de la discipline dans les couvents, fixation
de grilles aux parloirs, fondation de séminaires pour former un clergé instruit
et exemplaire. Ce que le concile de Trente avait formulé en principes généraux,
Charles Borromée le transforme en règles précises, applicables, minutieuses.
Son action devient un modèle pour toute l’Église post‑tridentine.
Son influence dépasse largement les frontières de son diocèse. En Italie
comme en Suisse, il encourage les évêques à appliquer les réformes
conciliaires. En France, il tente, avec le pape Pie V, d’obtenir de Catherine
de Médicis la promulgation officielle des décrets de Trente, malgré
l’opposition du gallicanisme et des autorités civiles, jalouses de leurs
prérogatives sur les hôpitaux et les institutions charitables. Ses lettres
montrent un homme tenace, diplomate, mais lucide sur les résistances
politiques.
Sa vie n’est pas exempte de dangers. L’ordre des Humiliés, qu’il tente de
réformer, organise un attentat contre lui : un moine tire sur lui pendant la
prière. La balle traverse son vêtement sans le blesser. Charles y voit un signe
de la Providence et poursuit son œuvre avec encore plus de détermination. En
1581, il fonde une congrégation de prêtres séculiers, les Oblats de saint
Charles, destinée à soutenir la réforme du clergé.
Sa charité est sans limites. Lors de la peste qui ravage Milan entre 1576
et 1577, il se dépense sans compter. Fidèle à sa devise « Humilitas », il
visite les malades, organise les secours, vend ses biens pour nourrir les
pauvres, demande à ses prêtres de devenir infirmiers. Il marche pieds nus dans
les rues en procession pénitentielle, implorant la miséricorde divine.
L’historiographie appellera cette épidémie « la peste de saint Charles », tant
sa présence fut constante et déterminante. Alexandre Manzoni, dans Les Fiancés,
évoquera encore son courage trois siècles plus tard.
En 1578, il se rend à pied à Turin pour vénérer le Saint‑Suaire,
récemment transféré de Chambéry par les ducs de Savoie. Il jeûne, prie, et
accomplit ce pèlerinage comme un acte d’humilité et de foi.
Épuisé par les austérités, les voyages, les réformes et les années de
peste, Charles Borromée meurt à Milan le 3 novembre 1584, à quarante‑six ans.
Son corps repose dans la crypte de la cathédrale de Milan, dans un mausolée
recouvert de plaques d’argent retraçant sa vie. Très vite, des guérisons sont
rapportées près de son tombeau. Son procès en béatification est ouvert et
aboutit en 1602. Il est canonisé le 1er novembre 1610 par Paul V, l’un des
rares saints dont la canonisation suit de si près la béatification.
Modèle d’évêque réformateur, artisan majeur de la Contre‑Réforme, père
des pauvres, pasteur infatigable, Charles Borromée demeure l’une des figures
les plus marquantes de l’Église du XVIᵉ siècle. Son exemple inspira des
générations de prêtres et d’évêques, et continue d’être proposé comme modèle de
vie pastorale. Sa fête liturgique est célébrée le 4 novembre.
🌿 Saint Charles Borromée
Est un saint
de la peste à part entière et même un des plus important du XVIᵉ
siècle car il a affronté la
grande peste de Milan (1576‑1577), celle que l’historiographie appelle
encore :
« La peste de saint Charles »
Il visite les malades, organise les secours, vend ses
biens, marche pieds nus en procession, transforme les églises en hôpitaux,
impose des quarantaines, nourrit les pauvres, reste dans la ville quand les
autorités civiles fuient !
Son attitude héroïque en a fait un modèle d’évêque en temps d’épidémie.
Il est représenté dans l’art
votif lié à la peste
Il apparaît sur des
tableaux, des ex‑voto, des chapelles, des croix
Il est invoqué comme
protecteur contre les pestes modernes (XVIᵉ‑XVIIᵉ siècles)
Saint Charles Borromée. Joseph
Vaudechamp XIXe. Langres
Trois magnifiques prières de saint
Charles Borromée
« Ce qui m’attire vers vous, Seigneur, c'est vous ! Vous seul,
cloué à la Croix avec le corps déchiré par les agonies de la mort. Et votre
Amour s’est tellement emparé de mon cœur que, quand bien même il n’y eût pas le
paradis, je vous aimerais quand même. Vous n’avez rien à me donner pour
provoquer mon amour parce que même si je n’espérais pas ce que j’espère, je
vous aimerais comme je vous aime ».
Prière de saint Charles Borromée à son Ange gardien
« Regardez mon âme comme vous étant toute confiée, ô mon très
tendre Gardien ; et au sortir de la prison de mon corps, daignez la remettre
entre les mains de son Créateur et Rédempteur, afin qu'avec vous et avec tous
les saints du ciel, elle puisse jouir de sa présence, l'aimer parfaitement et
le posséder pleinement pendant toute l'éternité. Amen. »
Prière de saint Charles Borromée devant le Saint Sacrement
« Nous voici en votre présence, ô Jésus, vous êtes là, nous le
savons, nous le proclamons : notre foi ne saurait nous tromper. Et cependant
nous n'osons lever les yeux vers vous : ah ! vous, du moins, arrêtez sur nous
ces regards de tendresse et de miséricorde que vous jetiez sur Pierre. Nous
sommes là avec nos misères, incapables de rester plus longtemps à vos pieds, si
vous ne nous pardonnez nos iniquités. N’êtes-vous pas le Sauveur qui seul
purifie ? N'êtes-vous pas le médecin qui seul guérit ? Purifiez donc nos âmes,
guérissez-les, sauvez-les, et qu'ainsi nous devenions moins indignes de votre
Grâce ».
Trois conseils de saint Charles Borromée
« Aie grande confiance dans le Seigneur, il veut toujours ton
bien. »
« Exerce-toi à la connaissance de toi-même. »
« Dans la prospérité, évite une trop forte allégresse. Elle
risquerait de te faire oublier à ton âme les misères et périls
existentiels. »
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