dimanche 14 juin 2026

Tourelle de l'Orfèvre à Troyes

 

1940

La maison de l'Orfèvre est un hôtel particulier du XVIe siècle situé à Troyes, au 9 rue Champeaux, dans le département de l’Aube. Elle se distingue par son architecture Renaissance, notamment sa tourelle soutenue par trois sculptures de faunes. Ce monument emblématique du patrimoine troyen est un témoignage de l’art de vivre des élites locales à la fin du XVIe siècle.



Construite entre 1578 et 1618 pour François Roize, orfèvre de profession, et son épouse Nicole Boulanger, cette demeure reflète le statut social élevé de ses commanditaires. L’édifice allie des éléments décoratifs raffinés, typiques de la période, à une structure fonctionnelle adaptée aux activités artisanales et résidentielles de l’époque.

Classée parmi les monuments historiques par arrêté du 10 février 1961, la Maison de l'Orfèvre est protégée pour ses façades et toitures. Son emplacement à l’angle des rues Molé et Champeaux, dans le centre historique de Troyes, en fait un point d’intérêt majeur pour les visiteurs explorant l’héritage architectural de la ville.

 

La célèbre crèperie de mon amie Claudine, et avant elle de sa maman.










Ma critique de la restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre



L’intervention récente sur la tourelle de la Maison de l’Orfèvre appelle plusieurs réserves quant à sa conformité avec l’état ancien documenté et avec les pratiques constructives de la Renaissance troyenne.

L’analyse des photographies antérieures à la restauration montre que la tourelle était constituée d’une structure légère en bois, essentée de bardeaux, parfaitement cohérente avec l’architecture à pans de bois du quartier Champeaux. Cette configuration, attestée par la typologie locale et par les contraintes structurelles des maisons à colombages, garantissait une compatibilité technique avec les encorbellements sculptés qui la soutiennent.

La restitution opérée substitue à cette enveloppe traditionnelle un parement d’ardoise sombre, associé à un fût crépi lisse. Ce choix matériel introduit une rupture manifeste avec l’authenticité du bâti :

l’ardoise, matériau lourd, n’est pas adaptée à une tourelle portée par des éléments sculptés en saillie ;

elle n’est pas documentée dans les usages troyens du XVIᵉ siècle pour ce type d’ouvrage ;

elle modifie profondément la lecture volumétrique et texturale de la façade.

L’aspect final, d’une géométrie très régularisée, s’éloigne de la logique constructive d’origine et produit un effet de pastiche contemporain plutôt qu’une restitution fondée sur les sources. La restauration ne respecte donc ni la matérialité ancienne, ni l’esprit du lieu, ni la cohérence d’ensemble du front bâti.

En l’état, l’intervention apparaît davantage comme une réinterprétation que comme une restauration au sens patrimonial du terme. Le parti pris adopté semble s’inscrire dans une logique proche de celle de Viollet‑le‑Duc, qui n’hésitait pas à « restaurer » en projetant ses propres conceptions idéales plutôt qu’en respectant strictement les données historiques. On se souvient que le château de Pierrefonds fut ainsi transformé en château de conte de fées, bien éloigné de la réalité médiévale qu’il avait été.

Or, comme Viollet‑le‑Duc lui‑même le reconnaissait, il s’agissait pour lui de montrer « ce que devait être idéalement un fort médiéval », formule qui, d’un point de vue historique, ne signifie rigoureusement rien.

La restauration de la tourelle de la Maison de l’Orfèvre semble s’inscrire dans cette même dérive interprétative : une vision idéalisée, théorique, déconnectée des matériaux, des techniques et des logiques constructives attestées. Une hérésie supplémentaire dans le traitement d’un monument historique, où l’on attendrait au contraire une fidélité scrupuleuse à l’état ancien documenté.

 



Depuis 1946, le rez‑de‑chaussée de la Maison de l’Orfèvre accueille un commerce alimentaire : épicerie, salon de thé ou pâtisserie selon les époques. Cette vocation commerciale s’est maintenue sans interruption jusqu’à aujourd’hui, accompagnant l’évolution du quartier des Champeaux.

La transformation du lieu en crêperie remonte aux années 1975, lorsque la mère de Claudine — une amie — y installe une activité de restauration bretonne. Claudine travaille d’abord aux côtés de sa mère, puis poursuit seule après son décès. Le nom « Crêperie La Tourelle » apparaît dans les annuaires au début des années 1990, au moment où Claudine reprend officiellement l’activité familiale. Sous son impulsion, la crêperie adopte un positionnement clair : une cuisine bretonne traditionnelle, simple et régulière, très appréciée des touristes. La famille Di Stefano développe la réputation du lieu, qui devient l’une des adresses les plus fréquentées du centre historique, avec une carte stable, un service continu en saison et une capacité d’accueil notable pour un établissement de ce type.

En 2019, Claudine décide de céder le fonds de commerce. L’acte notarié précise les éléments suivants : signature le 3 janvier 2019, enregistrement le 10 janvier, entrée en jouissance fixée au 1ᵉʳ janvier. Le fonds est vendu par la famille Di Stefano à la société ARMORIC pour un montant de 410 000 €. À partir de cette date, les nouveaux propriétaires prennent la suite et assurent la continuité de l’exploitation.

Depuis 2019, la période ARMORIC se caractérise par une modernisation légère de la carte et du fonctionnement, tout en conservant l’identité de crêperie bretonne traditionnelle qui a fait la renommée du lieu. La Tourelle demeure aujourd’hui l’un des restaurants les plus fréquentés du secteur Champeaux, perpétuant une activité commerciale ininterrompue depuis près de quatre‑vingts ans.





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