Cette statue en pierre polychrome, placée sur une console
ornée de rinceaux, représente Saint Roch en pèlerin, vêtu du manteau court, du
chapeau à coquille et tenant le bourdon. Le saint montre la plaie de sa cuisse,
signe de la peste, tandis qu’un ange se penche vers lui pour lui apporter
secours et réconfort. À ses pieds, le chien fidèle lui apporte le pain
quotidien, symbole de charité et de fidélité.
L’ensemble, d’un style encore gothique mais déjà sensible à
la grâce de la Renaissance, traduit la piété populaire du XVIᵉ siècle et la
dévotion à Saint Roch, protecteur contre les épidémies. La polychromie, bien
que partiellement altérée, conserve des traces de dorure et de rouge,
soulignant la noblesse du saint et la douceur du geste angélique.
Saint Roch naquit vers le milieu du XIVᵉ siècle à Montpellier, alors en
plein cœur de la guerre de Cent Ans, dans une famille noble et très pieuse. Ses
parents, France et Jehan, déjà âgés, avaient longtemps prié pour obtenir un
enfant qu’ils promettaient de consacrer à Dieu. À sa naissance, l’enfant
portait sur la poitrine une tache de vin en forme de croix, signe qui marquera
toute sa destinée. On racontait même qu’il refusait de téter le vendredi, comme
s’il pratiquait déjà la pénitence. Élevé dans une foi ardente, il se distingua
dès l’enfance par une charité naturelle envers les pauvres, les voyageurs et
les malades. Avant de mourir, son père lui laissa quatre commandements : servir
le Christ, être miséricordieux envers les faibles, distribuer ses biens et
soigner les malades. Sa mère mourut peu après. À vingt ans, fidèle à ces
dernières volontés, Roch vendit son héritage, en distribua une grande partie aux
pauvres, plaça le reste chez son oncle pour subvenir à ses besoins de pèlerin,
entra dans le Tiers‑Ordre franciscain et prit la route de Rome, vêtu du simple
habit du voyageur, vivant d’aumônes.
La peste ravageait alors l’Italie. Dès son arrivée à Acquapendente, il se
dévoua aux pestiférés, traçant sur eux un simple signe de croix qui, disait‑on,
suffisait à les guérir. À Cesena, toute la cité fut délivrée du fléau grâce à
lui. À Rome, il soigna un cardinal originaire de Bretagne et les malades de
l’hôpital du Saint‑Esprit. Le pape Urbain V, témoin de ces guérisons, lui remit
ses fautes et le reçut avec bienveillance. Roch demeura trois ans dans la Ville
sainte, sans jamais révéler son nom ni son origine, puis reprit la route pour
continuer son œuvre de miséricorde. À Plaisance, il contracta lui‑même la
peste. Chassé par ceux qu’il avait pourtant sauvés, il se réfugia dans une
forêt, où un ange fit jaillir une source pour apaiser sa fièvre. Un chien,
appartenant au seigneur Gothard, venait chaque jour lui voler un pain pour le
lui apporter. Touché par ce prodige, Gothard retrouva Roch, le recueillit et
devint son disciple. Miraculeusement guéri, Roch comprit que la véritable
guérison n’était pas seulement celle du corps, mais celle de l’âme, et que
celui qui se dévoue pour les autres finit souvent par porter leur souffrance.
Lorsqu’il revint vers Montpellier, la ville était déchirée par des troubles
politiques. Méconnaissable après des années d’errance, amaigri, vêtu comme un
étranger, il fut pris pour un espion. Fidèle à son vœu d’humilité, il refusa de
décliner son identité. On l’emprisonna à Voghera, où il demeura cinq ans dans
l’oubli, acceptant sa détention comme une ultime épreuve. Il y mourut après
avoir reçu les sacrements. Ce ne fut qu’après sa mort qu’on reconnut son corps
grâce à la marque de naissance en forme de croix. L’Église, constatant qu’il
n’était pas mort en martyr mais en confesseur, lui donna ce titre canonique.
Très vite, son culte se répandit dans toute l’Europe. Dès le concile de
Ferrare, il fut invoqué comme protecteur contre les épidémies venues d’Orient,
qui frappaient Venise, Marseille, Lisbonne, Anvers ou l’Allemagne. Sa renommée
gagna la France méridionale, l’Italie, l’Espagne et les pays germaniques. Ses
reliques, d’abord conservées à Arles, furent transférées à Venise en 1485, dans
l’église San Rocco, où elles se trouvent encore en grande partie aujourd’hui.
Montpellier conserve toutefois un os du saint ainsi que son bâton de pèlerin.
Dans l’iconographie, il est presque toujours représenté en pèlerin, montrant
le bubon de sa cuisse, accompagné de son chien fidèle. Cet animal, devenu
inséparable de sa figure, tient généralement un pain dans sa gueule. La
tradition raconte qu’alors que Roch, frappé par la peste, s’était retiré dans une
forêt pour ne contaminer personne, le chien d’un seigneur voisin venait chaque
jour lui apporter ce pain volé à la table de son maître. Il léchait aussi la
plaie du saint, geste interprété comme un signe de guérison et de fidélité. Ce
chien, symbole de secours providentiel et de charité humble, est devenu l’un
des attributs les plus constants de saint Roch, au point d’apparaître sur
presque toutes les statues, croix de peste, vitraux et peintures votives. Le
tableau de Daniel Hallé, peint en 1669, montre un ange lui désignant le ciel
tandis qu’un autre se penche sur la plaie de sa cuisse, rappelant sa propre
épreuve.
Daniel Hallé (1614‑1675) Retable Saint Roch
secouru par les anges, 1669
Église Saint‑Symphorien, Versailles (Montreuil)
Huile sur toile — H.
200 cm ; L. 135 cm
Classé Monument
historique le 12 novembre 1908
La composition, d’un maniérisme tardif empreint de douceur, illustre la
double dimension du saint : le pèlerin souffrant et l’intercesseur secouru par
la grâce divine. Par son clair‑obscur maîtrisé et ses draperies fluides, Hallé
traduit la compassion céleste dans une atmosphère de recueillement et de
lumière.
Depuis le Moyen Âge, saint Roch est le saint le plus invoqué contre les
épidémies. Sa protection s’est étendue aux animaux, au monde agricole, aux
catastrophes naturelles et aux maladies graves. Il est devenu un modèle de
charité chrétienne, de solidarité et d’abandon confiant à Dieu. Sur les chemins
de Saint‑Jacques, il est, avec saint Jacques lui‑même, l’un des saints les plus
représentés dans les églises, les chapelles de carrefour et les oratoires, car
les pèlerins se plaçaient sous sa garde pour être préservés des maladies. Sa
vénération est ancienne dans tout le pays languedocien et piscénois, et son nom
demeure attaché à de nombreuses paroisses. Le Martyrologe romain rappelle
simplement : « En Lombardie, vers 1379, le trépas de saint Roch. Né à
Montpellier, il se fit pèlerin et, en soignant des pestiférés à travers
l’Italie, il s’acquit une réputation de sainteté. »
Ainsi se dessine la figure de Roch : un jeune homme riche devenu pauvre du
Christ, pèlerin infatigable, thaumaturge discret, serviteur des malades, frappé
lui‑même par le fléau qu’il combattait, puis mort dans l’ombre avant d’être
reconnu comme l’un des saints les plus aimés de l’Occident chrétien.
Prier Saint Roch
contre les épidémies
« Saint Roch,
Vous avez soigné avec tant de générosité, de charité, les malades
atteints de la peste.
Dieu vous a accordé plusieurs fois
de guérir par le signe de la Croix, des malades considérés comme perdus.
Avec grande confiance, nous nous adressons à vous et nous vous supplions
:
Intercédez auprès du Seigneur,
Pour nous obtenir amélioration,
guérison,
Si Dieu le permet, dans les
maladies graves.
Préservez-nous des épidémies,
Secourez-nous dans les maladies du
corps,
Mais aussi de l’âme.
Avec grande confiance, nous vous
prions
De nous protéger de la foudre dans
les orages.
Saint Roch, priez pour nous.
Cœur Sacré de Jésus, j’ai
confiance en vous,
Cœur douloureux et immaculé de
Marie, priez pour nous.
Amen. »
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