dimanche 14 juin 2026

Saint Roch

 

Saint Roch, l’Ange et son chien XVIe
Pierre polychrome
Église de Saint‑André‑les‑Vergers (Aube)

Cette statue en pierre polychrome, placée sur une console ornée de rinceaux, représente Saint Roch en pèlerin, vêtu du manteau court, du chapeau à coquille et tenant le bourdon. Le saint montre la plaie de sa cuisse, signe de la peste, tandis qu’un ange se penche vers lui pour lui apporter secours et réconfort. À ses pieds, le chien fidèle lui apporte le pain quotidien, symbole de charité et de fidélité.

L’ensemble, d’un style encore gothique mais déjà sensible à la grâce de la Renaissance, traduit la piété populaire du XVIᵉ siècle et la dévotion à Saint Roch, protecteur contre les épidémies. La polychromie, bien que partiellement altérée, conserve des traces de dorure et de rouge, soulignant la noblesse du saint et la douceur du geste angélique.

Saint Roch naquit vers le milieu du XIVᵉ siècle à Montpellier, alors en plein cœur de la guerre de Cent Ans, dans une famille noble et très pieuse. Ses parents, France et Jehan, déjà âgés, avaient longtemps prié pour obtenir un enfant qu’ils promettaient de consacrer à Dieu. À sa naissance, l’enfant portait sur la poitrine une tache de vin en forme de croix, signe qui marquera toute sa destinée. On racontait même qu’il refusait de téter le vendredi, comme s’il pratiquait déjà la pénitence. Élevé dans une foi ardente, il se distingua dès l’enfance par une charité naturelle envers les pauvres, les voyageurs et les malades. Avant de mourir, son père lui laissa quatre commandements : servir le Christ, être miséricordieux envers les faibles, distribuer ses biens et soigner les malades. Sa mère mourut peu après. À vingt ans, fidèle à ces dernières volontés, Roch vendit son héritage, en distribua une grande partie aux pauvres, plaça le reste chez son oncle pour subvenir à ses besoins de pèlerin, entra dans le Tiers‑Ordre franciscain et prit la route de Rome, vêtu du simple habit du voyageur, vivant d’aumônes.

La peste ravageait alors l’Italie. Dès son arrivée à Acquapendente, il se dévoua aux pestiférés, traçant sur eux un simple signe de croix qui, disait‑on, suffisait à les guérir. À Cesena, toute la cité fut délivrée du fléau grâce à lui. À Rome, il soigna un cardinal originaire de Bretagne et les malades de l’hôpital du Saint‑Esprit. Le pape Urbain V, témoin de ces guérisons, lui remit ses fautes et le reçut avec bienveillance. Roch demeura trois ans dans la Ville sainte, sans jamais révéler son nom ni son origine, puis reprit la route pour continuer son œuvre de miséricorde. À Plaisance, il contracta lui‑même la peste. Chassé par ceux qu’il avait pourtant sauvés, il se réfugia dans une forêt, où un ange fit jaillir une source pour apaiser sa fièvre. Un chien, appartenant au seigneur Gothard, venait chaque jour lui voler un pain pour le lui apporter. Touché par ce prodige, Gothard retrouva Roch, le recueillit et devint son disciple. Miraculeusement guéri, Roch comprit que la véritable guérison n’était pas seulement celle du corps, mais celle de l’âme, et que celui qui se dévoue pour les autres finit souvent par porter leur souffrance.

Lorsqu’il revint vers Montpellier, la ville était déchirée par des troubles politiques. Méconnaissable après des années d’errance, amaigri, vêtu comme un étranger, il fut pris pour un espion. Fidèle à son vœu d’humilité, il refusa de décliner son identité. On l’emprisonna à Voghera, où il demeura cinq ans dans l’oubli, acceptant sa détention comme une ultime épreuve. Il y mourut après avoir reçu les sacrements. Ce ne fut qu’après sa mort qu’on reconnut son corps grâce à la marque de naissance en forme de croix. L’Église, constatant qu’il n’était pas mort en martyr mais en confesseur, lui donna ce titre canonique.

Très vite, son culte se répandit dans toute l’Europe. Dès le concile de Ferrare, il fut invoqué comme protecteur contre les épidémies venues d’Orient, qui frappaient Venise, Marseille, Lisbonne, Anvers ou l’Allemagne. Sa renommée gagna la France méridionale, l’Italie, l’Espagne et les pays germaniques. Ses reliques, d’abord conservées à Arles, furent transférées à Venise en 1485, dans l’église San Rocco, où elles se trouvent encore en grande partie aujourd’hui. Montpellier conserve toutefois un os du saint ainsi que son bâton de pèlerin.

Dans l’iconographie, il est presque toujours représenté en pèlerin, montrant le bubon de sa cuisse, accompagné de son chien fidèle. Cet animal, devenu inséparable de sa figure, tient généralement un pain dans sa gueule. La tradition raconte qu’alors que Roch, frappé par la peste, s’était retiré dans une forêt pour ne contaminer personne, le chien d’un seigneur voisin venait chaque jour lui apporter ce pain volé à la table de son maître. Il léchait aussi la plaie du saint, geste interprété comme un signe de guérison et de fidélité. Ce chien, symbole de secours providentiel et de charité humble, est devenu l’un des attributs les plus constants de saint Roch, au point d’apparaître sur presque toutes les statues, croix de peste, vitraux et peintures votives. Le tableau de Daniel Hallé, peint en 1669, montre un ange lui désignant le ciel tandis qu’un autre se penche sur la plaie de sa cuisse, rappelant sa propre épreuve.


Daniel Hallé (1614‑1675) Retable Saint Roch secouru par les anges, 1669

Église Saint‑Symphorien, Versailles (Montreuil)

Huile sur toile — H. 200 cm ; L. 135 cm

Classé Monument historique le 12 novembre 1908



Saint Roch, vêtu de l’habit de pèlerin, est représenté assis sous un arbre, dans une clairière proche de Plaisance, où il s’est retiré après avoir contracté la peste. Deux anges l’assistent : celui de gauche découvre sa cuisse, laissant voir le bubon, tandis que l’autre lui désigne le ciel, signe de consolation et de salut. À l’arrière‑plan, son chien fidèle lui apporte le pain quotidien, et la ville de Plaisance se devine dans la lumière du soir.

La composition, d’un maniérisme tardif empreint de douceur, illustre la double dimension du saint : le pèlerin souffrant et l’intercesseur secouru par la grâce divine. Par son clair‑obscur maîtrisé et ses draperies fluides, Hallé traduit la compassion céleste dans une atmosphère de recueillement et de lumière.



Depuis le Moyen Âge, saint Roch est le saint le plus invoqué contre les épidémies. Sa protection s’est étendue aux animaux, au monde agricole, aux catastrophes naturelles et aux maladies graves. Il est devenu un modèle de charité chrétienne, de solidarité et d’abandon confiant à Dieu. Sur les chemins de Saint‑Jacques, il est, avec saint Jacques lui‑même, l’un des saints les plus représentés dans les églises, les chapelles de carrefour et les oratoires, car les pèlerins se plaçaient sous sa garde pour être préservés des maladies. Sa vénération est ancienne dans tout le pays languedocien et piscénois, et son nom demeure attaché à de nombreuses paroisses. Le Martyrologe romain rappelle simplement : « En Lombardie, vers 1379, le trépas de saint Roch. Né à Montpellier, il se fit pèlerin et, en soignant des pestiférés à travers l’Italie, il s’acquit une réputation de sainteté. »

Ainsi se dessine la figure de Roch : un jeune homme riche devenu pauvre du Christ, pèlerin infatigable, thaumaturge discret, serviteur des malades, frappé lui‑même par le fléau qu’il combattait, puis mort dans l’ombre avant d’être reconnu comme l’un des saints les plus aimés de l’Occident chrétien.

 

Prier Saint Roch contre les épidémies

« Saint Roch,

Vous avez soigné avec tant de générosité, de charité, les malades atteints de la peste.

 Dieu vous a accordé plusieurs fois de guérir par le signe de la Croix, des malades considérés comme perdus.

Avec grande confiance, nous nous adressons à vous et nous vous supplions :

 Intercédez auprès du Seigneur,

 Pour nous obtenir amélioration, guérison,

 Si Dieu le permet, dans les maladies graves.

 

Préservez-nous des épidémies,

 Secourez-nous dans les maladies du corps,

 Mais aussi de l’âme.

 Avec grande confiance, nous vous prions

 De nous protéger de la foudre dans les orages.

Saint Roch, priez pour nous.

 Cœur Sacré de Jésus, j’ai confiance en vous,

 Cœur douloureux et immaculé de Marie, priez pour nous.

Amen. »

 

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Tourelle de l'Orfèvre à Troyes

  1940 La maison de l'Orfèvre est un hôtel particulier du XVIe siècle situé à Troyes, au 9 rue Champeaux, dans le département de l’Aube....