François Xavier, né Francisco de Jasso y Azpilicueta le 7 avril 1506 au
château de Javier, en Navarre, grandit dans une famille de vieille noblesse
basque, attachée à sa langue et à ses traditions. Son père, Juan de Jasso,
président du conseil du royaume de Navarre, et sa mère, María de Azpilicueta,
issue d’une lignée ancienne de la vallée du Baztan, lui transmettent un sens
aigu de l’honneur et de la foi. L’enfance de François est marquée par les
bouleversements politiques : en 1512, la Castille envahit la Navarre, amputant
le royaume. Son père et ses frères combattent, mais la défaite est inévitable.
Le jeune François, lui, ne se sent pas destiné aux armes. Il choisit la voie
des études et quitte sa terre natale pour Paris, où l’Europe entière débat des
idées nouvelles du protestantisme.
À la Sorbonne, il poursuit brillamment ses études de philosophie et de
théologie. Il loge au collège Sainte‑Barbe avec Pierre Favre, puis partage sa
chambre avec un étudiant plus âgé, Ignace de Loyola, ancien militaire converti,
animé d’une ardeur spirituelle qui impressionne autant qu’elle dérange.
François résiste longtemps à l’influence de cet homme de feu, mais finit par
être conquis. Le 15 août 1534, dans la crypte de Montmartre, lui, Ignace, Favre
et quatre autres compagnons prononcent des vœux de pauvreté, de chasteté et
d’obéissance au pape. Ce petit groupe deviendra la Compagnie de Jésus,
approuvée par le pape Paul III en 1540. François est ordonné prêtre en 1537, à
Venise.
Lorsque le roi Jean III du Portugal demande au pape des missionnaires
pour restaurer la foi dans les territoires portugais d’Orient, Ignace désigne
d’abord Nicolas Bobadilla. Mais celui‑ci tombe malade, et François accepte de
le remplacer presque par hasard. Il quitte Rome en 1540, muni d’un bréviaire,
d’un catéchisme et d’un unique livre de chevet, un traité spirituel de Marko
Marulić. En avril 1541, il embarque pour l’Inde et arrive à Goa le 6 mai 1542,
après treize mois de voyage.
Goa, capitale de l’Inde portugaise, est alors un port cosmopolite où se
mêlent marchands, soldats, aventuriers et esclaves. La population chrétienne y
est nombreuse mais peu instruite, et les missionnaires dénoncent souvent le
comportement scandaleux des colons. François commence par réformer les siens :
il prêche, soigne les malades, enseigne les enfants, parcourt les rues en
sonnant une cloche pour rassembler domestiques et catéchumènes. On lui confie
la direction du collège Saint‑Paul, première institution jésuite d’Asie.
Très vite, il apprend l’existence des Paravars, pêcheurs de perles du sud
de l’Inde, baptisés dix ans plus tôt mais laissés sans formation religieuse. Il
part les rejoindre en octobre 1542. Pendant près de trois ans, il parcourt la
côte, construit des églises, enseigne, baptise, affronte l’hostilité des
brahmanes et des autorités musulmanes. Sa hutte est incendiée plusieurs fois,
et il échappe de peu à la mort. Il visite aussi le tombeau de l’apôtre Thomas à
Mylapore, puis se tourne vers l’Extrême‑Orient.
En 1545, il part pour Malacca, puis pour les Moluques, où il fonde des
communautés chrétiennes à Ambon, Morotai et Ternate. Il inspire même les
Portugais lors d’une attaque acehnaise, les exhortant à défendre la ville. Son
influence grandit, mais son regard se tourne déjà vers un horizon plus
lointain.
À Malacca, il rencontre un Japonais, Anjirō, qui lui décrit son pays, sa
culture raffinée et son intérêt pour la philosophie. François comprend que le
Japon est une terre d’intelligence et de recherche spirituelle, et qu’il faut
s’y rendre. Il quitte Goa en 1549, accompagné d’Anjirō, de deux autres Japonais
et de deux jésuites. Le 15 août 1549, il débarque à Kagoshima. Il y est d’abord
bien accueilli, mais les autorités interdisent bientôt les conversions. Il se
rend alors à Hirado, puis à Yamaguchi, où il obtient l’usage d’un temple
abandonné. Il prêche, discute avec les moines, s’adapte, change de stratégie,
se présente comme ambassadeur du roi du Portugal, offre des présents, adopte
une tenue plus solennelle. Il convertit plusieurs centaines de personnes et
fonde les premières communautés chrétiennes du Japon. Il tente d’atteindre
Kyoto, sans succès, mais reste convaincu que le pays peut être gagné à la foi.
Peu à peu, il comprend que le Japon ne pourra être durablement évangélisé
que si la Chine, centre intellectuel de l’Asie, s’ouvre au christianisme. Il
décide donc de s’y rendre. Après un passage en Inde pour régler les affaires de
la mission, il embarque en 1552 pour la Chine. Mais les autorités portugaises
de Malacca lui refusent leur soutien, et il doit poursuivre avec une petite
équipe. En septembre 1552, il atteint l’île de Sancian, au large de Canton. Il
y attend un passeur qui ne viendra jamais. Trompé, affaibli, il tombe malade.
Le 21 novembre, il s’effondre après la messe. Il meurt le 3 décembre 1552, à
quarante‑six ans, dans une cabane de fortune, regard tourné vers la Chine qu’il
n’aura jamais pu atteindre.
Son corps est d’abord enterré sur l’île, puis transporté à Malacca, puis
à Goa, où il repose depuis 1637 dans la basilique du Bon‑Jésus. Son bras droit
est conservé à Rome, au Gesù, et son humérus gauche à Macao. Ses dernières
paroles furent prononcées en basque, sa langue maternelle. Dès le XVIIᵉ siècle,
son nom est vénéré dans toute l’Église. Il est béatifié en 1619, canonisé en
1622 avec Ignace de Loyola et Thérèse d’Avila, proclamé patron de l’Orient en
1748, patron de la Propagation de la Foi en 1904, et patron de toutes les
missions en 1927, aux côtés de Thérèse de Lisieux. Il est aussi le saint patron
de la Mongolie, du tourisme et, plus étonnamment, des joueurs de pelote basque.
Son influence est immense. Il parcourut près de 80 000 kilomètres en onze
ans, fonda des communautés chrétiennes en Inde, au Sri Lanka, aux Moluques, au
Japon, et tenta d’ouvrir la Chine. Ses lettres, rassemblées dans deux volumes,
témoignent d’un homme ardent, lucide, parfois découragé, mais toujours animé
d’un amour brûlant pour Dieu. Sa prière la plus célèbre résume sa pensée : «
Seigneur, je T’aime non pas parce que tu peux me donner le Paradis ou me
condamner à l’Enfer, mais parce que Tu es mon Dieu. Je T’aime parce que Tu es
Toi. »
Aujourd’hui encore, son nom demeure associé à l’audace missionnaire, à
l’intelligence du dialogue interculturel et à une énergie spirituelle hors du
commun. De Goa à Kagoshima, de Paris à Macao, de Javier à Sancian, François
Xavier reste l’une des figures les plus marquantes de l’histoire chrétienne, un
homme qui voulut embrasser le monde entier et qui, jusqu’à son dernier souffle,
chercha à porter la lumière là où elle n’était pas encore entrée.
🌿 Saint François Xavier
Est invoqué contre la peste en
Asie, surtout : – en Inde (Goa) – au Japon – aux Philippines – en Chine du
Sud – dans les territoires portugais d’Orient parce qu’il a été considéré comme
protecteur contre les maladies contagieuses dans les missions asiatiques.
On lui attribue des guérisons, des interventions miraculeuses, et son corps
incorrompu à Goa a renforcé cette réputation.
En Europe, il n’est pas un saint “de la peste” au sens strict, mais il apparaît
parfois dans des ensembles votifs liés aux épidémies, surtout dans les régions
marquées par les missions jésuites.
« Mon Dieu, je vous aime ! Ce n'est pas pour le ciel que je vous aime, ni
parce que ceux qui ne vous aiment pas, vous les punissez du feu éternel. A la
croix, mon Jésus, vous m'avez pressé sur votre cœur. Vous avez enduré les
clous, le coup de lance, le comble de la honte, les douleurs sans nombre, la sueur
et l'angoisse, la mort ... Tout cela pour moi, à ma place, pour mes péchés.
Alors, ô Jésus très aimant, pourquoi donc ne pas vous aimer d'un amour
désintéressé, oubliant le ciel et l'enfer, non pour être récompensé, mais
simplement comme vous m'avez aimé ? C'est ainsi que je vous aime, ainsi que je
vous aimerai : uniquement parce que vous êtes mon roi, uniquement parce que
vous êtes mon Dieu. Ainsi soit-il. »
« Ô ma divine souveraine ! Ô Marie ! Vous l'espérance des chrétiens, la
Reine des anges et des saints qui environnent le trône de Dieu dans le ciel !
Je me remets entre vos mains, je me recommande à votre puissante protection et
à celle de tous les saints, pour tous les jours de ma vie et pour le moment de
ma mort. Ô ma Souveraine, qui êtes aussi ma mère, préservez-moi des dangers qui
m'entourent ! Le monde et le démon ne cessent de me tendre des pièges, ils font
tous leurs efforts pour m'entraîner dans l'abîme et me précipiter dans l'enfer.
Ô Mère pleine de tendresse et de bonté ! Ne permettez pas qu'ils triomphent ;
sauvez-moi ! Je vous en conjure ! Ainsi soit-il. »
« Je veux Vous servir, ô mon Dieu ! Je veux Vous servir parce que je Vous
aime, et non par la crainte que pourrait m'inspirer votre justice et les
châtiments qu'elle réserve à ceux qui Vous offensent. Je veux Vous servir parce
que Vous m'attirez à Vous. Ô Jésus, mon Sauveur et mon Rédempteur ! Votre
adorable cœur, ouvert par une lance, la Croix à laquelle votre sacré corps est
attaché, le sang divin qui coule de vos plaies, m'attachent à Vous pour
toujours. N’eussé-je pas d'enfer à redouter ou de gloire immortelle à espérer,
je Vous aimerais, ô mon Dieu, mon Créateur ! Je Vous aimerais par vos
perfections infinies ! Je Vous aimerais pour les tendres soins de votre
ineffable Providence ! Je Vous aimerais pour votre seul Amour ! Ô Fils unique
de Dieu, Fils d'une Vierge ! Vous, plein de douceur et de force, d'innocence et
d'amour, Jésus-Christ, ô mon Dieu ! qui avez voulu mourir pour moi,
accordez-moi de Vous aimer de tout l'amour que mérite votre Amour ! Amen. »

Vitrail
de la chapelle néo‑gothique du sanatorium de Béthanie (1875), Hong Kong
St
François-Xavier baptisant un homme chinois
Citation d’une lettre de Saint
François-Xavier
Dans sa lettre à son ami, Saint Ignace de Loyola, Saint François-Xavier
nous raconte comment il a enseigné aux peuples les fondements de la foi
catholique et à quel point il a été touché par la soif de connaissance des
enfants portugais.
“Nous avons parcouru les villages
de chrétiens qui s'étaient convertis il y a quelques années. Aucun portugais n'habite en ces lieux, car la
terre y est extrêmement stérile, et les chrétiens qui y vivent, faute de
prêtres, ne savent rien d'autre que dire qu'ils sont chrétiens. Ils n’ont
personne pour dire la Messe ; personne pour leur enseigner le Credo, le Pater
Noster, l’Ave Maria ou les Commandements de la loi de Dieu.
Aussi, depuis que je suis venu ici,
je n'ai pas arrêté : j’ai activement parcouru tous les villages, j’ai baptisé
tous les enfants qui ne l'étaient pas encore. Ainsi, j’ai fait enfants de Dieu
un grand nombre de petits enfants qui, comme on dit, ne savaient pas distinguer
leur droite de leur gauche. Les enfants ne me laissaient ni réciter l'office
divin ni manger ni me reposer tant que je ne leur avais pas enseigné des
prières ; je commençai alors à comprendre que c'est à eux qu'appartient le
Royaume des Cieux.”
Reliquaire
du Bras de saint François-Xavier
église
Saint-Joseph de Macao
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