Rose-Croix
et Hermétisme
L’origine
de l’hermétisme
Si l’on en croit la Tradition, l’hermétisme est un
enseignement ésotérique qui remonterait à hermès Trismégiste, personnage
probablement mythique qui aurait vécu en Egypte au IIe millénaire avant notre ère,
et auquel on attribue un ensemble d’écrits appelés les « Hermetica ».
Sur le plan étymologique, ce nom est issu de Thot, dieu égyptien de l’écriture,
de la connaissance et de la sagesse, que les grecs assimilèrent à Hermès,
messager des dieux, inventeur des poids et des mesures, gardien des routes et
des carrefours. Pourquoi « Trismégiste », c’est-à-dire « Trois
fois grand » ? Au-delà des diverses interprétations données à cette
expression, Hermès aurait lui-même déclaré : « Je suis possesseur des
trois parties de la philosophie du monde entier ».
La
philosophie hermétique
Qu’en est-il donc de cette philosophie dite «
hermétique » ? Pour répondre à cette question, il faut se reporter aux « Hermetica
», textes qui remonteraient traditionnellement à Hermès Trismégiste, mais dont
certains ne furent écrits qu’à partir du Ier siècle de notre ère. On peut les
diviser en deux groupes : le premier réunit des traités de magie, d’astrologie,
d’alchimie et de médecine ; le second regroupe des textes purement philosophiques,
parmi lesquels le célèbre « Corpus Hermeticum ». On pense que leurs auteurs
furent, soit des Égyptiens hellénisés, soient des Grecs égyptianisés. C’est ce
qui explique pourquoi on dit de l’hermétisme qu’il est « gréco-égyptien ».
Traditionnellement, la pensée hermétique prend sa
source dans la vie et l’œuvre d’Hermès Trismégiste qui aurait vécu en Égypte au
IIIe millénaire avant notre ère.
La « Table d’Émeraude »
L’un des textes les plus connus des «Hermetica» est la
célèbre «Table d’émeraude», où il est dit notamment «Ce qui est en bas est
comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas,
afin de faire les miracles d’une seule chose». Cette formule résume bien la
philosophie hermétique, dans son approche des mystères de la vie. Elle laisse
entendre que le macrocosme, monde de l’infiniment grand, est le reflet du
microcosme, monde de l’infiniment petit, et inversement. En vertu de ce
principe, l’homme, qui appartient au mésencosme, c’est-à-dire au monde
intermédiaire entre les deux infinis, peut et même doit les étudier en relation
l’un avec l’autre, au moyen de la «loi des correspondances».
L’alchimie
Comme rappelé précédemment, l’alchimie est
indissociable de l’hermétisme. Dans l’absolu, elle est fondée sur l’idée que l’homme
peut accélérer les processus que suit la nature pour transmuter ses éléments
composants, notamment les minéraux. C’est ainsi que les alchimistes se sont
employés pendant des siècles à obtenir de l’or au moyen d’opérations
successives effectuées sur une «Materia prima» soumise, à la fin du processus,
à une mystérieuse «Pierre philosophale». Rien ne permet d’affirmer qu’ils aient
réussi une telle transmutation. Ce qui est certain, c’est que leurs travaux ont
contribué à l’émergence de la chimie. Il faut savoir également que la plupart
d’entre eux menaient en parallèle une quête purement spirituelle.
La
Rose-Croix hermétique
Les Rose-Croix se sont toujours intéressés à
l’hermétisme et à l’alchimie. En témoigne, entre autres, la «Rose-Croix
hermétique», créée aux environs de 1888. Cette Rose-Croix, connue de tous les
membres de l’A.M.O.R.C., réunit les trois grands principes alchimiques (soufre,
sel, mercure), les sept planètes alchimiques (Soleil, Lune, Mars, Mercure,
Jupiter, Vénus, Saturne) et les quatre éléments (terre, eau, air, feu). Sa
particularité est d’intégrer en son centre une Rose-Croix plus petite, placée
au milieu d’une rose dont les vingt-deux pétales sont marqués d’une lettre
hébraïque. Malheureusement, ce très beau symbole ésotérique a parfois été
dévoyé à des fins occultes, voire théurgiques et même magiques.
Qu’est-ce que l’Ancien et Mystique Ordre de la
Rose-Croix ?
A : comme Ancien
Sur le plan traditionnel, l’Ordre de la Rose-Croix
remonte aux Écoles de Mystères de l’ancienne Égypte. Sur le plan historique, il
est apparu du XVIIe siècle, avec la publication de trois Manifestes : la
Fama Fraternitatis, la Confessio Fraternitatis et les Noces chymiques de
Christian Rosenkreutz, publiés respectivement en 1614, 1615 et 1616. En 2001,
l’A.M.O.R.C a fait paraitre la Positio Fraternitatis Rosae Crucis, que certains
historient de l’ésotérisme considèrent comme étant le quatrième Manifeste
rosicrucien.
M : comme Mystique
L’A.M.O.R.C. est un mouvement mystique, en ce sens
qu’il perpétue un enseignement qui se rapporte aux mystères de l’univers, de la
nature et de l’homme lui-même. Dénué de tout dogme, cet enseignement a pour but
de mieux se connaitre soi-même et de mieux comprendre le sens profond de
l’existence. De nos jours, il se présente sous forme de fascicules que chaque
membre reçoit chez lui ou auxquels il a accès par internet. Ceux qui le
souhaitent peuvent également se rendre dans une Loge et recevoir une formation
orale.
O : comme Ordre
Appliqué à l’A.M.O.R.C., le mot « Ordre »
n’a aucun caractère religieux. Il désigne le fait que ses membres forment une
authentique fraternité. Jadis, celle-ci été considérée à juste titre comme une
société secrète, car cela était une nécessité pour se préserver des
persécutions religieuses et politiques. De nos jours, l’A.M.O.R.C. est un
mouvement discret qui réunit des hommes et des femmes de toutes races, de
toutes nationalités, de toutes religions et de toutes classes sociales. Il a
pour devise : « La plus large tolérance dans la plus stricte
indépendance ».
R : comme Rose
Pour les membres de l’A.M.O.R.C., la rose symbolise
l’âme humaine. D’un point de vue rosicrucien, celle-ci est pure et parfaite en
essence, et c’est sous son impulsion que tout individu évolue au cours de son
existence, même s’il n’en a pas conscience objectivement. Si nous somme sur
Terre, c’est précisément pour conscientiser la sagesse qui lui est propre et l’exprimer
à travers notre comportement. Étant donné qu’un tel but ne peut être atteint en
une seule vie, la plupart des rosicruciens admettent comme une évidence le
principe de la réincarnation.
C : comme Croix
« Antiqus et Mysticus Ordo Rosae Crucis »
Telle qu’elle est employée dans l’A.M.O.R.C., la croix
n’a aucune connotation chrétienne. Elle représente notre corps physique, à
l’image de la croix que nous formons lorsque nous nous tenons debout, les bras
tendus à l’horizontal et les jambes serrées l’une contre l’autre. Avec la rose
placée au centre, elle représente la dualité de tout être humain, c’est-à-dire
le fait que chacun de nous est corps et âme. Cela suppose naturellement d’avoir
une conception spiritualiste de la vie et d’admettre qu’elle ne se limite pas
au monde matériel.
Dans tous les pays où il est présent, l’Ancien et
Mystique Ordre de la Rose-Croix est considéré comme un mouvement philosophique
non religieux et apolitique, ouvert à tous ceux et à toutes celles qui sont en
quête de bien-être, de connaissance et de sagesse.
Régulièrement, je reçois des courriels et des
courriers de non-membres qui m’écrivent pour me demander en quoi consiste
précisément l’enseignement rosicrucien et quelle en est la spécificité. En
règle générale, je leur recommande tout simplement de consulter le site de
l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix et de lire ce qui est expliqué à
son sujet. Cela étant, ce blog me donne la possibilité d’apporter des
précisions.
Une
transmission orale
Tout d’abord, il faut rappeler que dans les siècles
passés, l’enseignement rosicrucien était transmis uniquement de bouche à
oreille dans des lieux tenus secrets. En cela, il est un fait que l’Ordre de la
Rose-Croix s’apparentait jadis à une société secrète. Cela était nécessaire
pour préserver ses membres des persécutions religieuses et politiques, car
chacun sait que dans le passé, les penseurs et les philosophes ont souvent subi
la vindicte des autorités religieuses comme politiques. Fort heureusement, les
consciences et les mentalités ont évolué depuis, de sorte que l’A.M.O.R.C.
n’est plus dans la nécessité de cacher son existence. Le site Internet qui lui
est consacré, de même que ce blog, en sont la preuve évidente.
L’enseignement
écrit
Dès le début du XXe siècle, l’enseignement rosicrucien
a été mis par écrit et se présente désormais sous forme de fascicules qui sont
envoyés à chaque membre à raison de quatre par mois, ou auxquels ils ont accès
par Internet. Ces fascicules couvrent douze degrés, chacun d’eux étant consacré
à l’étude de sujets mystico-philosophiques majeurs. Il m’est impossible, dans
le cadre de cette rubrique, de tous les énumérer. Pour faire simple, je dirai
qu’ils se rapportent à des thèmes auxquels les mystiques se sont toujours
intéressés : les origines de l’univers, le but de la vie, les fonctions de
l’âme, les phases de la conscience, les étapes de la mort, la réincarnation, la
nature des rêves, le symbolisme, la science des nombres, etc., sans oublier
nombre d’expériences destinées à maîtriser des pratiques fondamentales en
matière de mysticisme : la concentration, la visualisation, la création
mentale, la méditation, l’harmonisation astrale, l’éveil psychique, l’alchimie
spirituelle, etc. En cela, l’enseignement rosicrucien est certes en partie
théorique, mais éminemment pratique.
Les
Loges rosicruciennes
Parallèlement à cet enseignement écrit, les membres
qui le souhaitent peuvent se rendre dans des Loges de l’Ordre et participer à
des travaux collectifs. Lors de ces réunions, qui se tiennent généralement à
raison de deux par mois, un exposé à caractère culturel ou spirituel leur est
lu (environ vingt minutes de lecture). Après quoi, ils peuvent prendre la
parole pour faire des commentaires et échanger sur ce qui a été dit. Chacun a
donc la possibilité de s’exprimer et de faire part aux autres de sa
compréhension des sujets abordés. Peut-être faut-il préciser également que ces
réunions se tiennent dans un Temple (à caractère non religieux), de sorte
qu’elles se déroulent dans une ambiance propice à la réflexion et à la
méditation.
Un
enseignement structuré et progressif
D’une manière générale, la spécificité de
l’enseignement rosicrucien réside dans le fait qu’il est à la fois structuré et
progressif. Autrement dit, il est initiatique. En cela, son but n’est pas de
nourrir le mental d’un savoir purement intellectuel (lequel disparaît au moment
de la mort), mais de s’éveiller à la conscience de l’âme et de s’ouvrir à la
connaissance qu’elle possède à l’état latent (laquelle reste un acquis de vie
en vie). Il s’agit en fait, comme l’ont enseigné tous les sages du passé, de
s’initier à la dimension divine de notre être et d’en recevoir l’inspiration,
pour ne pas dire l’illumination. En cela, le rosicrucianisme s’apparente à une
quête de sagesse.
L’Université
Rose-Croix Internationale
De nos jours, de plus en plus de personnes en quête de
connaissance et de sagesse mènent seules cette quête, en lisant des livres, en
assistant à des conférences, en surfant sur Internet, etc. Bien que cette
manière de faire soit respectable en soi, je pense qu’elle a nécessairement ses
limites et que le risque de dispersion est grand. À titre d’analogie, il est
possible d’apprendre à lire et à écrire par soi-même, mais cela nécessite
beaucoup plus de temps et d’effort qu’en allant à l’école. C’est précisément ce
qui justifie la raison d’être de l’A.M.O.R.C : transmettre avec méthode
l’enseignement traditionnel, philosophique et initiatique dont il a hérité du
passé et qu’il continue à enrichir, notamment par le biais des travaux effectués
dans le cadre de l’Université Rose-Croix Internationale.
Y’a-t-il
des Initiations dans l’Ordre de la Rose-Croix ?
L’enseignement
rosicrucien
La vocation première de l’Ancien et Mystique Ordre de
la Rose-Croix est de transmettre à ses membres l’enseignement qui lui est
propre. De nos jours, celui-ci se présente sous la forme de fascicules qui leur
sont adressés à raison de quatre par mois, ou auxquels ils ont accès par
internet. Parallèlement, ceux qui le souhaitent peuvent se rendre dans des Organismes
locaux et participer à des réunions au cours desquelles leur sont lus des
entretiens portant sur des sujets mystiques et philosophiques. Ce faisant, ils
bénéficient, non seulement de l’enseignement écrit dispensé par l’A.M.O.R.C.,
mais également de sa formation orale, en présence d’autres membres. Outre la
connaissance qui leur est transmise lors de ces rencontres, elles leur
permettent de vivre pleinement l’esprit de fraternité si cher à l’Ordre.
L’Ordre
de la Rose-Croix est un mouvement initiatique
Ce qui fait la spécificité de l’enseignement proposé
par l’A.M.O.R.C., c’est qu’il est initiatique, et ce, pour deux raisons. En
premier lieu, il est transmis aux membres par degrés successifs (douze au
total), chaque degré étant précédé par une initiation qu’ils peuvent effectuer
individuellement chez eux, ou dans une Loge en présence d’autres candidats. En
second lieu, la connaissance à laquelle ils ont accès de degré en degré et dans
chaque degré leur est dispensée graduellement, afin qu’ils puissent l’assimiler
comme il se doit sur le plan intérieur. Ainsi, de mois en mois et d’année en
année, tout Rosicrucien s’élève dans l’étude de l’enseignement qu’il reçoit
chez lui, jusqu’à ce qu’il reçoive le dernier fascicule du douzième degré.
Parvenu à ce point ultime, il a eu accès à toute la connaissance rosicrucienne.
L’enseignement de l’Ordre de la Rose-Croix comporte
douze degrés, chacun étant précédé d’une initiation.
Le
but des initiations rosicruciennes
Il importe de préciser que les initiations qui précèdent
chacun des douze degrés de l’A.M.O.R.C. ne sont pas obligatoires. Néanmoins,
elles sont vivement recommandées, car elles constituent un “marqueur” sur le
Sentier rosicrucien et permettent aux membres qui les effectuent de vivre un
beau moment de spiritualité. Elles n’ont naturellement aucun caractère occulte,
magique ou théurgique, car l’occultisme, la magie et la théurgie ne font pas
partie des pratiques rosicruciennes. Par ailleurs, elles n’ont aucun caractère
religieux, au sens courant du terme. En fait, leur impact initiatique repose
sur la profondeur des textes qui sont dits en la circonstance, sur le
symbolisme des actes accomplis, et sur l’état intérieur qu’elles induisent chez
l’initiable. D’une manière générale, leur but est de favoriser la communion
avec le Maître intérieur.
Le
Maître intérieur
Cette notion de communion avec le Maître intérieur est
très importante dans le processus initiatique suivi par les membres de
l’A.M.O.R.C. D’un point de vue rosicrucien, ce Maître virtuel correspond à ce
qu’il y a de plus divin chez tout être humain et intègre le plus haut niveau de
sagesse que nous puissions atteindre à l’issue de notre évolution spirituelle.
Dans l’absolu, il est plus proche de la Perfection que n’importe quel Maître
incarné. En vertu de ce principe, toute initiation rosicrucienne vise à établir
le contact avec lui, de manière à en recevoir le soutien et l’inspiration. Tel
est le thème des fameuses « Noces chymiques de Christian Rosenkreutz ». Tout
Rosicrucien qui parvient à établir un tel contact, à réaliser de telles Noces,
fait nécessairement l’expérience de l’Initiation Rose-Croix, dans sa forme la
plus élevée.
La spiritualité rosicrucienne
La spiritualité rosicrucienne s’apparente donc à une
quête mystique ayant pour but de conscientiser notre âme et de manifester à
travers notre comportement les vertus qui lui sont propres, parmi lesquelles la
patience, l’humilité, la générosité, la tolérance, l’intégrité, etc. Autrement
dit, elle vise à éveiller l’intelligence du cœur et le sens de l’éthique. Cela
suppose d’avoir la volonté de se parfaire et de transmuter ses défauts en leurs
qualités opposées. Tel est le fondement de l’alchimie spirituelle que les
Rosicruciens pratiquent au quotidien
pour devenir meilleurs dans leur manière
de penser, de parler et d’agir. Un tel travail de transmutation permet, non
seulement de devenir une bonne compagnie pour soi-même et pour autrui, mais
également de contribuer à l’amélioration de la société, ce qui devrait être le
but de tout spiritualiste.
Le
mysticisme rosicrucien
Le mysticisme rosicrucien ne se limite pas à pratiquer
l’alchimie spirituelle dans le but d’évoluer intérieurement et de se parfaire
sur le plan humain. Il permet également de prendre conscience de nos talents et
de nos dons (nous en avons tous) et de les exprimer dans la vie courante. En
cela, il favorise ce que l’on appelle de nos jours le «développement
personnel». C’est ainsi que les Rose-Croix œuvrent conjointement à l’évolution
de leur âme et à l’épanouissement de leur personnalité, les deux étant indissociables.
Parallèlement, ils s’emploient à maîtriser leur vie, c’est-à-dire à l’orienter
positivement et à la rendre aussi conforme que possible à leurs espérances. Vu
sous cet angle, le Rosicrucianisme s’apparente à une philosophie pratique ayant
pour but de s’épanouir aussi bien sur le plan matériel que spirituel, l’un
n’empêchant pas l’autre.
A
propos de la spiritualité
«
Les religions sont en déclin »
Dans la plupart des pays du monde, les religions sont
en déclin, y compris dans ceux où elles donnent encore lieu à des comportements
intégristes. La grande majorité des gens, notamment chez les jeunes, n’en
suivent aucune, et ceux qui le font ne sont pas des “fidèles” pratiquants. Cela
étant, je ne pense pas qu’il faille en déduire pour autant qu’ils ne croient
pas en Dieu et qu’ils n’ont aucune quête spirituelle. Sur ce point, il me
semble important de faire la distinction entre la religiosité et la
spiritualité.
La
spiritualité
Malgré le respect que j’éprouve à l’égard des
religions dans ce qu’elles ont de meilleur à offrir aux croyants pour vivre
leur foi, je pense néanmoins qu’elles ne sont plus vraiment adaptées aux
mentalités et aux consciences actuelles, que ce soit d’ailleurs sur le plan
moral ou doctrinal. Par ailleurs, elles ne répondent plus aux questions
existentielles que les hommes et les femmes se posent à l’aube du XXIe siècle.
À cela, s’ajoute le fait que les gens ont acquis un sens critique et une
liberté de pensée qui les rendent beaucoup moins réceptifs au dogme religieux.
«
Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas »
André Malraux aurait dit : « le XXIe siècle sera
spirituel (et non religieux) ou ne sera pas ». Cela suppose, d’une part de
rompre avec le matérialisme qui n’a cessé de progresser durant le XXe siècle,
et d’autre part de passer de la religiosité à la spiritualité, c’est-à-dire de
la croyance à la connaissance. En effet, il ne suffit pas de croire en Dieu
pour être heureux, d’autant que la plupart des religions font de Lui un
Surhomme qui décide personnellement du sort de chaque être humain, avec son lot
de joies et de peines. Le seul fait de croire en Lui ne rend pas non plus
meilleur sur le plan humain. C’est ainsi que de nombreux fidèles manquent
singulièrement d’humanisme.
L’athéisme
Pour les Rose-Croix, Dieu n’a rien d’un Être
anthropomorphique ; Il s’apparente à l’Intelligence, la Conscience, l’Énergie,
la Force (peu importe le terme) qui est à l’origine de toute la Création et de
tout ce qu’elle contient sur les plans visible et invisible. En tant que tel,
Il est inintelligible et inconcevable. Cela dit, Il se manifeste dans
l’univers, dans la nature et dans l’homme lui-même à travers des lois
impersonnelles que nous pouvons étudier et que nous devons respecter. En fait,
c’est dans cette étude et ce respect que résident la spiritualité, au sens
noble du terme, et par voie de conséquence le bien-être et le bonheur auquel
nous aspirons.
Le
matérialisme
Quoi qu’on en pense, l’athéisme ne peut rendre les
hommes heureux, car même s’ils n’en ont pas conscience, la spiritualité est
pour eux une nécessité vitale. En fait, elle est une exigence de l’âme qui les
anime et répond à un besoin inné. C’est ce qui explique pourquoi tant de
personnes pourtant nanties sur le plan matériel sont malheureuses et ressentent
un certain vide intérieur. Par ailleurs, le matérialisme, que ce soit au sens
de rejet de tout principe spirituel ou de mode de vie accès sur la seule
recherche des satisfactions matérielles, cultive généralement des tendances
négatives, telles le désir de possession, de domination, d’appropriation,
autant d’inclinations qui vont à l’encontre du bien commun.
Appel
à la Spiritualité
Cela fait maintenant plusieurs décennies que le monde
est confronté à une crise touchant quasiment tous les domaines de l’activité humaine.
La pandémie causée par la covid 19 n’a fait que la révéler davantage encore et
mettre l’humanité face à ses responsabilités. Les causes de cette crise
généralisée sont multiples, mais je pense que la principale réside dans le fait
que les sociétés modernes sont devenues beaucoup trop matérialistes.
Parallèlement, l’athéisme s’est développé de manière exponentielle dans de
nombreux pays, de sorte qu’un très (trop) grand nombre de personnes, notamment
en Occident, ont perdu toute notion de Transcendance.
Comme en témoigne la situation actuelle, le
matérialisme exacerbe ce qu’il y a de moins noble dans la nature humaine, tel
le désir de posséder, de dominer, de privilégier ses intérêts personnels, de
paroxyser les plaisirs physiques et de paraître. Il donne lieu également à un
véritable culte du corps et des apparences en général, ce qui éloigne les
individus des valeurs essentielles de l’existence. C’est ainsi que la mode, en
matière d’habillement et de “look”, n’a probablement jamais autant exalté l’artificiel
et le superficiel. Malheureusement, son influence est de plus en plus grande,
de sorte qu’un nombre toujours croissant de personnes, toutes générations
confondues, contribuent plus ou moins consciemment à faire du matérialisme une
culture.
La
“montée” du matérialisme
Indépendamment du fait que l’argent, les possessions
matérielles et les apparences conditionnent de nos jours les choix et la
manière de vivre d’un très grand nombre d’individus, il est un phénomène qui
traduit à lui seul la “montée” du matérialisme, à savoir le transhumanisme. De
plus en plus de personnes sont séduites par ce courant de pensée, fondé sur
l’idée que tout doit être fait pour que l’être humain devienne quasiment
immortel. Dans cette perspective, les transhumanistes plébiscitent l’usage des
biotechnologies et de l’intelligence artificielle, afin d’améliorer nos
performances physiques et mentales. En règle générale, ils ont en commun d’être
matérialistes et athées, et d’avoir peur de la mort.
Précisément, quel lien peut-on faire entre le
matérialisme et l’athéisme ? En règle générale, les matérialistes sont athées,
alors que les athées ne sont pas nécessairement matérialistes. Nombre d’entre
eux étaient même croyants, mais ont perdu la foi suite à des épreuves diverses
: disparition d’un être cher, maladie ou accident grave, perte de leurs biens
matériels lors d’une catastrophe naturelle, etc. Cela dit, tous n’en sont pas
venus pour autant à adopter un mode d’existence purement matérialiste et à
rejeter tout questionnement spirituel. Certains d’entre eux ont plutôt opté
pour l’agnosticisme, c’est-à-dire pour l’idée selon laquelle il existe sans
doute une Transcendance, mais totalement inaccessible à notre conscience et
n’exerçant aucune influence sur la destinée humaine.
S’il fallait résumer la différence essentielle qui
existe entre un mode d’existence matérialiste et un mode d’existence
spiritualiste, je dirais que le premier est fondé plutôt sur l’avoir, et le
second plutôt sur l’être. Or, de nos jours, la préoccupation la plus courante
de la grande majorité des êtres humains est d’avoir toujours plus. Certes, un
trop grand nombre d’entre eux vivent dans des conditions matérielles indignes
et ne bénéficient pas du confort auquel ils devraient avoir accès, notamment
dans les pays dits sous-développés ou en voie de développement. Il est donc
légitime de leur part de vouloir avoir plus et mieux. Mais beaucoup d’autres
ayant une vie confortable et ne manquant de rien sont perpétuellement
insatisfaits et ne mettent aucune limite à leur désir de posséder, de
s’enrichir et de consommer, d’où l’état chaotique du monde.
De mon point de vue, un spiritualiste est plus enclin
qu’un matérialiste ou un athée à privilégier l’être à l’avoir. S’il en est
ainsi, c’est parce que bien que vivant dans le monde matériel, il admet
l’existence en lui d’une dimension spirituelle, d’une âme. Par extension, il
admet l’existence hors de lui d’une Transcendance, que les religions assimilent
à Dieu. Dès lors, il ressent le besoin de s’éveiller à cette dimension
spirituelle et d’établir le contact avec cette Transcendance. Parallèlement, il
a le profond sentiment que son bien-être et le bonheur qu’il recherche ne se
réduisent pas aux possessions matérielles, aux plaisirs du corps, aux
apparences… mais dépendent tout autant si ce n’est plus de sa vie intérieure.
De ce fait, tout spiritualiste a tendance à puiser en lui l’essence de ce qui
peut le rendre heureux, ce qui n’est pas le cas d’un matérialiste.
«
Faire de la spiritualité le fondement de notre existence »
Il me semble évident que si l’humanité poursuit sa
conversion au matérialisme, avec tout ce que cela implique en termes de
consumérisme, de productivisme, de robotisme, d’atteintes à l’environnement et
autres dérives, elle se condamne à disparaître à moyen terme. Il n’y a pas si
longtemps, seuls quelques prédicateurs et autres “prophètes de malheur”
prédisaient la fin du monde. Aujourd’hui, ce sont des scientifiques qui
l’envisagent, notamment en raison du réchauffement climatique, de
l’accroissement exponentiel de la (sur) population mondiale, et de la
propension des êtres humains à s’entretuer lorsqu’il y va de leur survie
individuelle. Il est donc urgent de changer radicalement nos comportements
individuels et collectifs, et par là même le sens que nous donnons à
l’existence, d’où cet « appel à la spiritualité ».
De nos jours, la spiritualité, au sens large, se
diffuse à travers des supports très variés : les grandes religions (Judaïsme,
Christianisme, Islam, Hindouisme, Bouddhisme…), les mouvements dits ésotériques
(Rose-Croix, Martinisme, Franc-Maçonnerie…), les groupes new age, ainsi que les
livres et les sites internet à caractère spiritualiste. A priori, on pourrait
en déduire que les personnes qui s’intéressent à la spiritualité sont beaucoup
plus nombreuses que celles qui ne lui accordent aucun intérêt. En fait, tel
n’est pas le cas, car être Juif, Chrétien, Musulman, Hindouiste, Bouddhiste…,
Rose-Croix, Martiniste, Franc-Maçon…, Adepte du New Age…, ne veut pas dire que
l’on se comporte comme devrait le faire tout spiritualiste, au sens le plus
noble de ce terme. Pour prendre un exemple extrême, un fanatique ou un
intégriste religieux est à l’opposé de ce qui est attendu d’une personne ayant
fait de la spiritualité le fondement de son existence.
Que faut-il entendre par « être spiritualiste, au sens
le plus noble de ce terme ? » Comme je l’ai indiqué précédemment, c’est
admettre l’existence de l’âme et de Dieu, quelle que soit la conception que
nous en avons. Mais c’est aussi et peut-être surtout travailler sur soi-même
pour exprimer le meilleur de la nature humaine, c’est-à-dire ce que l’on nomme
couramment « qualités » ou « vertus » : intégrité, humilité, tempérance,
détachement, bienveillance, tolérance, non-violence… Vous conviendrez
certainement que si tout être humain faisait cet effort, le monde irait
infiniment mieux sur tous les plans. En appeler à la spiritualité, c’est donc
en appeler à chacun de nous pour qu’il s’évertue à faire preuve de sagesse dans
ses jugements et dans son comportement. C’est précisément ce que les Rose-Croix
s’efforcent de faire au quotidien, en application de leur enseignement et de
leur philosophie.
Le
bien vivre ensemble
Depuis quelque temps, on entend couramment parler du «
vivre ensemble », ce qui prouve que de nombreuses personnes ont conscience que
les relations entre citoyens ne sont pas ce qu’elles devraient être. Mais cette
expression est quelque peu évasive, car il est un fait établi que nous vivons
ensemble, bon gré mal gré, dans une même région, dans un même pays, sur une
même planète. Ce qui importe, c’est de « bien vivre ensemble », c’est-à-dire
d’entretenir des relations fraternelles et d’œuvrer conjointement à l’émergence
d’un monde fondé sur les plus belles valeurs que nous puissions concevoir, dans
l’intérêt de tous et de chacun. Or, je pense sincèrement que cela n’est
possible que si l’humanité dans son ensemble se donne une orientation
spiritualiste, au sens que j’ai explicité précédemment.
Comme vous l’avez certainement remarqué, aucun chef
d’État ou de gouvernement n’a jamais appelé ses concitoyens à avoir une
approche spiritualiste plutôt que matérialiste de l’existence. Pourquoi ? Parce
qu’il est “politiquement et laïquement corrects” de dire que la croyance ou la
non-croyance, l’intérêt que l’on accorde ou non à la spiritualité, correspond à
un choix individuel et concerne la sphère privée. Certes ; j’espère néanmoins
que le jour viendra où la grande majorité des êtres humains se rendront à
l’évidence : si l’humanité veut connaître un bel avenir, elle doit faire de la
spiritualité (et pas nécessairement de la religiosité) le fondement de ses
choix individuels et collectifs. Cela suppose une prise de conscience
généralisée et la volonté de rompre avec le matérialisme et l’individualisme
ambiants. Il y va de notre survie…
Si vous êtes spiritualiste, cet appel vous semblera
sans doute inopportun, pour ne pas dire inutile. Si vous êtes matérialiste ou
athée et en avez pris connaissance par simple curiosité, vous le jugerez
probablement sans intérêt. À moins qu’il ait suscité en vous le désir de vous
interroger davantage sur vous-même et sur le sens profond de l’existence. Quoi
qu’il en soit, la situation actuelle du monde devrait inciter tous les êtres
humains à se questionner sur leurs choix de vie individuels et collectifs.
Comme indiqué dans l’« Appellatio F.R.C. », Manifeste que l’Ancien et Mystique
Ordre de la Rose-Croix a publié en 2014, « le bonheur auquel les êtres humains
aspirent plus ou moins consciemment réside dans un équilibre entre le matériel
et le spirituel, et non dans l’un à l’exclusion de l’autre ».
Si vous partagez les idées exprimées dans cet « Appel
à la spiritualité », je vous invite à le relayer et à prendre vis-à-vis de
vous-même l’engagement suivant : « Conscient que la société est devenue trop
matérialiste, je m’engage à accorder plus d’importance à l’être qu’à l’avoir,
et à donner une orientation spiritualiste à mon existence, dans le respect des
croyances et des convictions d’autrui. »
Dans les liens d’une spiritualité éclairée.
A
propos de l’âme
La
dualité de l’être humain
Dès lors que l’on est spiritualiste, on admet
l’existence de l’âme. Tel est le cas de tous ceux qui suivent une religion ou
mènent une quête spirituelle. Il en est de même des Rose-Croix, qui pensent
également que tout être humain en possède une et ne se limite pas à un corps
physique et aux processus mentaux qui lui permettent, entre autres, de penser.
À ce propos, rappelons que la Rose-Croix, en tant que symbole traditionnel, n’a
aucune connotation religieuse. Elle représente le fait que tout individu est
corps (la croix) et âme (la rose). Autrement dit, elle symbolise la dualité de
l’être humain.
En
quoi l’âme consiste-t-elle ?
Admettre l’existence de l’âme est une chose ; savoir
ce qu’elle est en est une autre. Au regard de l’ontologie rosicrucienne, elle
s’apparente à une énergie spirituelle. En tant que telle, elle imprègne toutes
les cellules de notre corps physique, à la manière dont l’air remplit toutes
les pièces d’une maison. En fait, c’est elle qui nous anime, au sens de nous
donner vie. Certes, nous savons le sentiment que notre organisme vit sous
l’effet de nos fonctions dites vitales et de ce qui les maintient en activité :
l’air que nous respirons, la nourriture que nous absorbons, l’eau que nous buvons,
etc. Mais sans l’influx spirituel généré par notre âme elle-même, il nous
manquerait une part essentielle de notre vitalité.
«
La conscience est un attribut de l’âme »
Mais l’âme ne se limite pas à animer notre corps ;
comme cela est expliqué dans l’Ordre de la Rose-Croix, c’est elle aussi qui
fait de chacun de nous un être, non seulement vivant, mais également conscient.
En effet, la conscience est un attribut de l’âme et non un produit exclusif du
cerveau. Il ne s’agit pas de minimiser l’importance de cet organe, car il joue
un rôle fondamental dans la perception du monde extérieur, le contrôle des
fonctions volontaires, et l’ensemble des processus mentaux. Mais il existe en
nous des facultés subliminales qui transcendent notre activité purement cérébrale.
C’est ce qui explique pourquoi des personnes plongées dans le coma ou en état
de vie végétative continuent, non seulement à entendre et même parfois à voir,
mais également à penser.
L’Âme
universelle
La question qui se pose à propos de l’âme est
également de savoir d’où elle provient, quelle en est la source. D’un point de
vue rosicrucien, elle est une émanation de l’Âme universelle, laquelle est
parfaite en essence. Comme son nom l’indique, cette Âme imprègne tout l’univers
et anime tous les êtres qui le peuplent. Sur Terre, elle s’exprime à travers la
nature et toutes les formes de vie qui en font partie. Plus la créature
concernée est évoluée, plus l’Âme universelle manifeste à travers elle de
fonctions, de facultés et d’attributs, ce qui explique, par exemple, pourquoi
un chimpanzé est infiniment plus intelligent et sensible qu’un ver de terre,
lequel est lui-même plus avancé qu’un arbre dans la chaîne de l’évolution.
L’état
de Sagesse
Étant donné que l’Âme universelle est parfaite en
essence et que l’âme de tout être humain émane d’elle, on peut se demander
pourquoi celui-ci est aussi imparfait dans son comportement. C’est parce qu’il
n’a pas conscience de sa perfection latente et qu’il possède le libre arbitre,
de sorte qu’il peut s’opposer à sa nature profonde et faire le mal. Si nous
vivons sur Terre, c’est précisément pour conscientiser ce qu’il y a de meilleur
en nous et le manifester à travers nos pensées, nos paroles et nos actions.
Autrement dit, c’est pour évoluer spirituellement, jusqu’à ce que notre âme
personnelle, sous l’impulsion de l’Âme universelle, atteigne l’état de Sagesse,
appelé «état de Rose-Croix» dans la Tradition rosicrucienne. Quiconque atteint
cet état dans l’une de ses vies successives n’est plus dans l’obligation de se
réincarner.
A
propos de l’âme dans le monde
L’Âme
du monde
Sur le plan philosophique, on considère généralement
que c’est Platon qui s’est référé pour la première fois à l’Âme du monde (le
«Timée»). Il pensait en effet que l’univers formait un tout organisé (le
cosmos) et qu’il était animé par une Âme. Selon lui, c’est cette Âme qui
gouvernait le mouvement des astres et, d’une manière générale, l’ensemble des
cycles universels et planétaires, ce qui explique pourquoi elle fut désignée en
latin sous le nom d’«Anima movens». C’est à elle aussi qu’il attribuait la vie,
telle qu’elle se manifeste à travers les différents règnes de la nature, et à
travers l’homme lui-même.
L’Âme
universelle
La notion d’Âme du monde a traversé les siècles et
inspiré nombre d’écoles philosophiques et de penseurs, et ce jusqu’à nos jours.
Les Rose-Croix s’y réfèrent également dans leur enseignement. Ils pensent en
effet que l’univers est imprégné d’une Âme dite «universelle», laquelle est une
émanation de Dieu, qu’ils assimilent à l’Intelligence, la Conscience,
l’Énergie, la Force (peu importe le terme) qui est à l’origine de toute la
Création. Par extension, cette Âme universelle pénètre la Terre et anime la
nature, et à travers elle tous les êtres qui la peuplent. En fait, c’est elle
qui fait de notre planète un monde
vivant, régi par des lois qui font d’elle un tout cohérent, ordonné et
harmonieux.
La
Conscience universelle
Comme cela est expliqué dans l’Ordre de la Rose-Croix,
l’Âme universelle possède un attribut majeur : la Conscience, universelle elle
aussi. Elle est présente chez tous les êtres vivants et se manifeste à travers
eux à des niveaux divers. Plus ils sont avancés dans la chaîne de la vie, plus
l’expression qu’ils donnent à cette Conscience universelle est élevée. En toute
logique, et comme le montre l’observation, elle l’est davantage dans le règne
humain que dans le règne animal, et davantage dans le règne animal que dans le
règne végétal. Ce principe est vrai à l’intérieur d’un même règne. C’est ce qui
explique par exemple qu’un dauphin ou un chien sont beaucoup plus intelligents
qu’une grenouille ou une poule.
L’âme
humaine
Conformément aux explications précédentes, tout être
humain possède une âme individuelle qui provient de l’Âme universelle. Étant
donné que Celle-ci, à l’image de sa Source, est pure et parfaite en essence, il
en résulte que nous-mêmes sommes virtuellement purs et parfaits. C’est pourquoi
nous sommes capables, lorsque nous exprimons le meilleur de nous-mêmes, de
faire preuve de tolérance, de non-violence, d’humilité, de générosité, de
bienveillance et d’amour, autant de vertus que Platon et son maître Socrate
attribuaient à la présence, en tout individu, d’une parcelle de l’Âme du monde.
L’état
de Sagesse
Mais si l’être humain possède une âme virtuellement
parfaite, on peut se demander pourquoi il est si imparfait dans ses jugements
et son comportement, au point d’être parfois malveillant ? C’est parce qu’il
n’a pas conscience de sa perfection latente. S’il vit sur Terre, c’est
précisément pour réaliser cette prise de conscience et l’exprimer à travers ses
pensées, ses paroles et ses actions. Tout individu qui y parvient au terme de
son évolution spirituelle devient un agent de l’Âme universelle, ou si vous
préférez de l’Âme du monde, et par là même de la Sagesse qui lui est propre.
Dès lors, il peut être considéré comme un Sage, un Réalisé, un Rose-Croix.
A
propos de la sagesse
Un
archétype dans la conscience humaine
Avant de définir ce que j’entends par « Sagesse » au
regard de la philosophie rosicrucienne, il me semble important d’insister sur
le fait qu’elle correspond à un archétype dans la conscience humaine. C’est ce
qui explique pourquoi, dans nombre de contes et de légendes, on trouve des
personnages qui l’incarnent, tantôt sous l’aspect d’un vieillard, tantôt sous
celui d’une fée, tantôt sous celui d’un roi, d’une reine, d’un chevalier… En
règle générale, ces personnages ont en commun d’être bienveillants, intègres,
justes, clairvoyants… en un mot : quasiment parfaits. Vous noterez également
que nous avons tendance à respecter, et même à admirer, une personne qui nous
semble sage dans ses jugements et son comportement.
La Sophia
À propos d’archétype, on ne peut faire l’impasse sur
la Sophia, personnification de la sagesse dans la plupart des traditions
religieuses et mystiques, notamment dans le platonisme et le gnosticisme.
Socrate voyait en elle la vertu la plus élevée chez l’être humain et
considérait qu’elle était d’essence divine. Platon, son disciple, l’assimilait
à l’Âme du monde, laquelle, dans l’absolu, ne fait qu’un avec l’Âme
universelle. On trouve également des références à la Sophia dans l’Ancien
Testament et dans les Évangiles apocryphes. Dans le Christianisme canonique,
elle a été personnifiée à travers sainte Sophie.
L’état
de Sagesse
D’un point de vue rosicrucien, la Sagesse est l’état
de conscience manifesté par toute personne ayant éveillé les vertus que l’on
attribue à l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus divin. Est donc sage celui
ou celle qui fait preuve au quotidien d’humilité, d’honnêteté, de générosité,
de tolérance, de non-violence… Si vous admettez cette approche de la Sagesse,
vous comprendrez qu’il est impossible de l’atteindre en une seule vie. C’est
pourquoi la plupart des Rose-Croix adhèrent à la réincarnation. Ils pensent en
effet que tout être humain est destiné à réaliser cet état, mais que cela
nécessite de se réincarner de nombreuses fois. L’ayant atteint, nous ne sommes
plus dans l’obligation d’expérimenter la condition humaine. En termes
bouddhistes, nous avons mis fin au samsâra, à la «roue des incarnations
successives».
L’état
de Rose-Croix
Puisque tout être humain est destiné à atteindre
l’état de Sagesse, appelé « état de Rose-Croix » dans la Tradition
rosicrucienne, il est amené un jour ou l’autre, dans une vie ou dans une autre,
à commencer une « quête de Sagesse ». Autrement dit, il en vient tôt ou tard à
comprendre que le bien-être et le bonheur auquel il aspire sont liés à ses
aspirations et à son comportement. En règle générale, ce sont les expériences de
la vie, positives et négatives, heureuses et malheureuses, qui conduisent à
cette prise de conscience. Dès lors, la personne concernée ressent le besoin
intérieur de s’interroger sur elle-même et sur le sens profond de l’existence.
Ce faisant, elle s’ouvre à la spiritualité et commence à fouler le sentier du
«connais-toi toi-même».
Connaissance
et Sagesse
Précisément, quel lien peut-on faire entre « Connaissance
» et « Sagesse » ? Comme vous l’aurez compris, les deux sont intimement liées,
car on ne peut devenir sage sans s’évertuer à se connaître soi-même. Par
ailleurs, la quête de Sagesse est indissociable de la quête de Connaissance, en
ce sens que l’être humain, sous l’impulsion de l’âme qui évolue à travers lui,
ressent le désir de comprendre ce que l’on appelle communément les «mystères de
l’existence». À ce propos, rappelons que le mysticisme est par définition
l’«étude des mystères». Cela revient à dire qu’un mystique, au sens noble du
terme, est quelqu’un qui mène une quête de Connaissance et de Sagesse. C’est
précisément ce que font Rose-Croix.
A
propos de la connaissance
Les
subtilités du langage
Dans quasiment toutes les langues, le mot «
connaissance » véhicule plusieurs sens, selon le contexte, et peut-être
surtout, selon qu’il est employé au singulier ou au pluriel. C’est ainsi que
l’on parle souvent des « connaissances », mais plus rarement de la «
connaissance », et plus rarement encore de la « Connaissance », avec une
majuscule. Nous avons là un exemple particulièrement intéressant des subtilités
que comporte le langage écrit, ou même oral. Or, ces subtilités ont leur
importance lorsqu’elles concernent des notions et des concepts philosophiques.
Les
connaissances en tant que savoirs et savoir-faire
D’une manière générale, les connaissances
correspondent aux savoirs et aux savoir- faire que les êtres humains possèdent
dans tel ou tel domaine : scientifique, technologique, économique, littéraire,
culturel, artistique, etc. Selon les cas, elles peuvent être pratiques ou
théoriques et concerner par conséquent des sujets plus ou moins abstraits. La
plupart de ces connaissances ont en commun d’avoir été apprises et acquises à
travers un enseignement scolaire ou une formation professionnelle. À l’instar
de la société, elles ne sont pas figées, mais évoluent avec le temps. À titre
d’exemple, les connaissances scientifiques n’ont cessé de progresser au cours
des âges et continuent à le faire. Rappelons qu’au Moyen-Âge, on pensait que la
Terre était plate et qu’elle constituait le centre de l’univers. Nous savons ce
qu’il en est de nos jours…
L’utilisation
des connaissances
Étant donné que l’homme dispose du libre arbitre, il
peut utiliser ses connaissances à des fins positives ou négatives,
constructives ou destructrices. C’est ainsi qu’un avion, avec tout ce qu’il a
nécessité d’études et de recherches pour être capable de voler, permet de
transporter des passagers d’un pays à l’autre, ou de larguer des bombes sur des
populations civiles. Autre exemple : bien connaître les lois (civiles,
fiscales, etc.) permet à certaines personnes peu scrupuleuses de les contourner
à leur avantage. C’est peut-être ce qui fit dire à Francis Bacon, éminent
Rose-Croix du XVIIe siècle : « La plus grande erreur de toutes consiste à se
méprendre sur le but véritable de la connaissance… Peu sont poussés vers elle
pour se servir du don divin de la raison dans l’intérêt de l’humanité. »
La
Connaissance des Mystères
Qu’en est–t-il maintenant de la « connaissance ». Sans
majuscule, j’aurais tendance à dire qu’elle correspond à l’ensemble des connaissances que les êtres humains ont
acquises au cours des siècles, tous domaines confondus. Pour reprendre les
exemples précédents, ils possèdent de nombreuses connaissances scientifiques,
technologiques, économiques, littéraires, culturelles, artistiques, etc.,
lesquelles sont destinées à évoluer et à s’étendre avec le temps. Quant à la «
Connaissance », avec une majuscule, elle s’apparente pour moi à celle que les
Initiés se sont transmise à travers les âges et intègre ce que l’on appelle
traditionnellement les « Mystères ». Dans l’absolu, elle remonte aux Écoles de
Mystères de l’Antiquité, ces lieux tenus secrets où se réunissaient des
mystiques éclairés qui étudiaient les lois régissant l’univers, la nature et
l’homme lui-même.
L’importance
de la spiritualité
La « Connaissance », au sens le plus mystique du
terme, intègre donc tout ce que les êtres humains doivent connaître sur
eux-mêmes et sur le sens profond de l’existence. C’est en elle que résident le
bien-être qu’ils recherchent et le bonheur auquel ils aspirent plus ou moins
consciemment. J’ajouterai qu’elle est indissociable de la spiritualité, car on
ne peut y accéder que sous l’impulsion de l’âme qui nous anime. Comme cela est
expliqué dans l’Ordre de la Rose-Croix, elle est fondamentalement constructive
et ne peut être utilisée pour nuire à autrui, sous quelque forme que ce soit.
A
ceux qui cherchent la connaissance
« La plus grande erreur de toutes consiste à se méprendre sur le but véritable de la connaissance…
Peu sont poussés vers elle pour se servir du don divin de la raison dans l’intérêt de l’humanité. »
Francis Bacon (1561-1626)
LETTRE OUVERTE À CEUX ET CELLES QUI RECHERCHE LA
CONNAISSANCE
de Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et
Mystique Ordre de la Rose-Croix
Un adage rosicrucien énonce que « c’est de
l’ignorance, et de l’ignorance seulement, dont l’homme doit se libérer ». En
effet, c’est l’ignorance qui est à l’origine de ce qu’il y a de plus négatif
dans le comportement humain et de tout ce qui en résulte en termes d’épreuves
et de souffrances. Cela veut dire que le bien-être et le bonheur auxquels nous
aspirons résident dans la connaissance. Si vous lisez cette lettre ouverte, c’est
probablement parce que ce mot même de « connaissance » a une résonance en vous.
Aussi, je vous propose d’en faire le support d’une réflexion partagée et, je
l’espère, utile à chacun.
Avant de voir ce qu’il en est de la connaissance, il
me semble intéressant de nous arrêter sur la notion de croyance. Qu’est-ce que
la croyance ? D’une manière générale, c’est l’attitude mentale qui consiste à
entretenir des idées que l’on s’est forgées ou que l’on nous a transmises, et
qui constituent pour nous des vérités. Tous les êtres humains ont des
croyances. Si vous y réfléchissez, vous constaterez effectivement que vous
croyez en certaines choses, que ce soit dans le domaine de la religion, de la
politique, de l’économie, de l’art, de la morale ou autres. Dans nombre de cas,
vous conviendrez également que nombre de ces croyances s’apparentent pour vous
à des certitudes, en ce sens que vous êtes convaincu(e)s qu’elles sont vraies,
autrement dit, qu’elles sont fondées.
« Est-il normal d’avoir des croyances ? »
Est-il normal d’avoir des croyances ? Oui. Faut-il
s’employer à y mettre fin ? Non. L’être humain, en raison même de ses facultés
mentales, je pense notamment à la mémoire, au raisonnement et à l’imagination,
est enclin à réfléchir. C’est même un besoin vital pour lui. En fait, c’est ce
besoin qui l’incite depuis toujours à s’interroger sur lui-même et sur le sens
de l’existence. De siècle en siècle et de millénaire en millénaire, cette
curiosité intellectuelle l’a conduit à élaborer de nombreuses croyances, lesquelles
ont donné naissance à des systèmes de pensée aussi divers que variés. En un
mot, elles ont forgé ce que l’on désigne couramment sous le nom de « culture »,
dont les applications sont elles-mêmes très nombreuses. On parle en effet de
culture religieuse, politique, économique, sociale, artistique, etc., mais
également de culture occidentale, orientale, européenne, africaine, américaine,
etc.
Ce qui pose problème à propos des croyances que nous
entretenons, ce n’est donc pas leur existence en tant que telle, mais leur
nature. Ainsi, comme vous le savez, il existe ce que l’on appelle les « fausses
croyances ». Comme leur nom l’indique, elles correspondent à des idées fausses,
et ce, dans de nombreux domaines. L’histoire de l’humanité en est jalonnée.
Pour prendre quelques exemples marquants, rappelez-vous qu’on a longtemps cru
que la Terre était plate et qu’elle occupait le centre de l’univers, que le
sang était figé dans le corps humain et ne se renouvelait pas, que les animaux
étaient dénués d’intelligence et de sensibilité, etc. Depuis, nous savons que
ces croyances, que l’on tenait pour vraies et auxquelles la majorité des gens
adhéraient, étaient fausses. Mais combien de fausses croyances sont-elles
encore considérées de nos jours comme vraies ? Des centaines ? Des milliers ?
Je vous laisse le soin de répondre à cette question.
Au regard des explications précédentes, vous
comprendrez que la difficulté, pour tout être humain, est de distinguer une
croyance fausse d’une croyance vraie et, par extension, de discerner l’erreur
de la vérité. C’est là une entreprise très difficile, car nous ne sommes ni
parfaits, ni omniscients. De ce fait, ce que nous croyons être vrai à un moment
donné de notre vie peut être faux. En fait, nous avons tous évolué dans nos idées
et nos certitudes, et ce, dans des domaines divers. Pour vous en convaincre,
songez quelques instants aux croyances religieuses, aux opinions politiques et
autres convictions qui étaient jadis les vôtres. Nul doute qu’elles ont changé
avec le temps, les unes peu, les autres beaucoup. Pour certaines, ce changement
a même peut-être été radical, et il ne fait aucun doute qu’elles évolueront
encore.
Comme chacun sait, c’est dans le domaine des religions
que la notion de croyance est la plus essentielle. Si tel est le cas, c’est
parce qu’elles sont fondées sur la foi, dont on dit parfois qu’elle est
aveugle. C’est ainsi que l’on parle de la foi juive, chrétienne, musulmane,
bouddhiste, etc. Par extension, il est demandé à un Juif d’adhérer à l’Ancien
Testament, à un Chrétien au Nouveau Testament, à un Musulman au Coran, à un
Bouddhiste au Tripitaka, etc., ainsi qu’aux croyances qui s’y rapportent. Pour
justifier cette demande expresse, on laisse entendre aux fidèles que chacun de
ces Livres, considérés comme sacrés, est l’expression même de la Parole divine.
De même, on leur demande de croire sans réserve aux enseignements qui en
découlent, tant sur le plan doctrinal que moral.
À propos des Livres sacrés
Malgré le respect que j’éprouve à l’égard de ce qu’il
y a de plus positif dans les religions, il me semble évident qu’aucun Livre
sacré n’est l’expression de la Parole de Dieu. Le croire, comme le font des
millions de fidèles à travers le monde, revient à penser qu’Il s’apparente à un
Surhomme et que c’est Lui qui, de Sa propre main, a écrit la Bible, le Coran,
etc. Assurément, c’est là une conception particulièrement anthropomorphique de
Dieu. En outre, chacun devrait s’étonner que les explications données sur des
points de doctrine et de morale varient autant d’un Livre à l’autre, au point
parfois de se contredire. En réalité, tous ont été rédigés par des êtres
humains, lesquels, aussi inspirés et sincères qu’ils aient pu être, n’étaient
pas parfaits. De ce fait, ce qu’ils rapportèrent au sujet des événements dont ils
furent témoins ou des révélations qu’ils reçurent, fut également imparfait.
En dernière analyse, je pense que nombre de croyances
véhiculées par les religions, tout du moins dans leur approche exotérique, sont
erronées. Par ailleurs, les consciences et les mentalités ont beaucoup évolué
au cours des siècles, de sorte que ces mêmes croyances ne répondent plus
vraiment aux questions que les hommes et les femmes de notre époque, notamment
chez les jeunes, se posent sur le pourquoi et le comment de l’existence :
création du monde en six jours, Adam et Ève comme couple originel de
l’humanité, enfer et paradis en tant que destination post mortem, résurrection
des morts à la fin des temps, châtiment divin pour tout pêché commis, existence
du diable, etc. Certes, la foi de tout croyant est respectable en elle-même,
mais elle n’est pas un gage de vérité.
S’il ne fait pour moi aucun doute que de nombreuses
croyances véhiculées par les religions sont fausses et n’ont aucun fondement
ontologique, le fait d’y adhérer n’a en soi aucune conséquence négative pour
soi-même ou pour la société. Disons simplement que ceux et celles qui les
partagent se maintiennent dans l’ignorance de ce qu’il en est vraiment et se
ferment à une forme plus élevée de spiritualité, ce que personnellement je
regrette. Il y a également le risque, pour certains fidèles particulièrement
obtus et activistes, de céder à l’intégrisme et au fanatisme. Malheureusement,
comme l’histoire l’a montré et le montre encore, aucune religion n’est à l’abri
de ce genre de dérive. Je n’insisterai pas sur ce point, car il doit vous
sembler évident.
Il y a un domaine où les fausses croyances ont des
conséquences dramatiques, à savoir la superstition : croire que certains objets
portent bonheur ou malheur, croire que tel sorcier a le pouvoir d’envoûter ou
de désenvoûter, croire que les ailerons de requins ou que la bile des ours ont
des vertus aphrodisiaques, croire que l’on peut obtenir les faveurs de Dieu en
sacrifiant tel animal, croire qu’il est possible de connaître son avenir au
moyen de pratiques dites divinatoires, croire que le diable existe et qu’il
peut prendre possession des corps et des âmes, et que sais-je encore, sont
autant de superstitions qui avilissent ceux et celles qui voient en elles des
vérités. Pire encore, elles les conduisent à se nuire à eux-mêmes et aux
autres, à massacrer des animaux pourtant utiles, à porter atteinte à la nature,
et à bafouer l’idée que tout être humain devrait se faire de Dieu. En cela, les
croyances superstitieuses constituent probablement le poison le plus nocif que
l’humanité en est venue à sécréter d’elle-même.
La question que l’on peut se poser est de savoir
comment mettre fin aux fausses croyances, qu’elles soient de nature religieuse,
superstitieuse ou autres. Il n’y a pas de “solution miracle” pour y parvenir,
mais je pense que le meilleur moyen de s’en délivrer est de faire appel à la
raison. Cela ne veut pas dire que cette faculté est infaillible et qu’elle mène
systématiquement à la vérité, mais, dans nombre de cas, elle suffit à révéler
nos erreurs de jugement et de comportement. Utilisée au mieux, elle permet de
se forger des croyances empreintes de vérité, et ce, dans tous les domaines de
la pensée et de l’activité humaines. En cela, la raison et, par extension, le
raisonnement, sont indispensables pour accéder à la connaissance et, par là
même, se libérer de l’ignorance et de toutes formes de superstitions.
« Qu’est-ce que la connaissance ? »
Précisément, qu’est-ce que la connaissance ? D’une
manière générale, elle est l’ensemble des savoirs et des savoir-faire que les
êtres humains ont acquis par l’observation et l’étude. Elle concerne donc de
nombreux domaines : technologie, science, médecine, psychologie, histoire,
géographie, littérature, philosophie et tant d’autres. En fait, il en existe
une infinité, tant le désir d’apprendre et de comprendre est grand chez l’être
humain. Comme je l’ai dit précédemment, il n’a cessé, depuis qu’il est apparu
sur Terre, de s’interroger sur les mystères de l’univers, de la nature et de sa
propre existence. Cette interrogation a donné naissance, certes à des
croyances, mais également à des connaissances diverses et variées. À ce jour,
elles se comptent par milliers et sont autant d’étoiles dans les cieux de la
connaissance en général.
Existe-t-il de fausses connaissances ? Je pense que
non, en ce sens que toute connaissance erronée est plutôt une fausse croyance.
En revanche, toute connaissance peut être utilisée à des fins négatives ou
positives, constructives ou destructrices. À titre d’exemple, un avion, avec
tout ce qu’il a nécessité d’études et de recherches pour être capable de voler,
permet de transporter des passagers d’un pays à l’autre, ou de larguer des
bombes sur des populations civiles. Dans un tout autre domaine, bien connaître
les lois civiles permet à certaines personnes peu scrupuleuses de les
contourner à leur avantage, souvent au détriment des autres et de la société.
La connaissance, en tant que somme de savoirs et de savoir-faire, n’est donc
pas un critère de sagesse, car elle permet, certes de faire le bien, mais
également de faire le mal.
Tout comme on a tendance à associer croyance et
religion, la connaissance est souvent mise en relation avec la science. Il est
un fait que les scientifiques pourraient avoir pour devise : « Connaître et non
croire ». Quoi qu’il en soit, leur démarche est fondée sur la volonté de
comprendre ce qu’ils étudient, et si possible d’en dégager des lois, des
principes, des théorèmes et autres axiomes. Pour cela, ils s’appuient sur des
méthodes qui, selon les domaines concernés, font appel à des phases spécifiques
: observation, abstraction, extrapolation, analyse, synthèse, induction,
déduction, expérimentation, modélisation, etc. J’ajouterai qu’ils procèdent
généralement du connu vers l’inconnu, du tangible vers l’intangible, du visible
vers l’invisible, ce qui est une manière d’admettre implicitement que « tout ce
qui est en bas est comme ce qui est en haut », comme l’énonce la célèbre «
Table d’Émeraude ».
De toute évidence, l’apport de la science à la
connaissance est inestimable. Sans elle, l’humanité en serait encore à un mode
de vie primitif et se débattrait toujours dans des croyances plus fausses les
unes que les autres. Cela étant, elle n’est pas parfaite pour autant et ne détient
pas la vérité. Par ailleurs, elle a deux faiblesses majeures. En premier lieu,
elle ne s’intéresse quasiment qu’au « comment » des choses et néglige le «
pourquoi ». En second lieu, elle privilégie la raison au détriment de
l’intuition. Ce faisant, elle se donne une orientation plutôt matérialiste, ce
qui explique en partie l’état actuel de la société. Cela étant, on assiste
depuis quelque temps à l’émergence de scientifiques qui adoptent une démarche
plutôt spiritualiste, certains n’hésitant pas à envisager, sinon l’existence de
Dieu, du moins celle d’une Intelligence cosmique à l’œuvre dans l’univers. Nous
ne pouvons que nous en réjouir, car science et spiritualité ont tout intérêt à
faire cause commune au service de la connaissance.
Mais il existe une forme de connaissance plus élevée
que celle que l’on associe à la science. Il s’agit de la Connaissance, avec un
C majuscule. Dans l’absolu, elle désigne la compréhension des lois divines, au
sens de lois naturelles, universelles et spirituelles. Cela suppose d’étudier
ces lois, ce que font les Rose-Croix à travers l’enseignement qui leur est
transmis. Étant donné que l’accès à cette Connaissance s’inscrit dans une quête
mystique, elle ne peut être que positive et contribuer à notre bien-être. Par
ailleurs, elle ne s’adresse pas au mental, mais à notre conscience animique.
Elle n’est donc pas destinée à nourrir l’intellect, lequel disparaît au moment
de la mort, mais à devenir une partie intégrante de notre âme, laquelle est
immortelle et conserve la mémoire de ce qui est utile à notre évolution
spirituelle, et ce, d’incarnation en incarnation.
« Connais-toi toi-même ! »
Comme vous le savez peut-être, il existe une
étymologie ésotérique du mot « connaître », qui consiste à dire qu’il
proviendrait de la combinaison des mots « co », qui veut dire « avec », et «
noscere », qui signifie « naître ». En vertu de cette étymologie, « connaître »
voudrait dire « naître avec ». Par extension, cette étymologie laisse supposer
que tout être humain vient au monde « avec la connaissance en lui ». C’est
précisément ce que Platon affirmait à son époque. Il pensait en effet que l’âme
qui nous anime intègre tout ce que nous devons connaître pour vivre heureux
ici-bas et comprendre les mystères de l’univers, de la nature et de l’existence
elle-même. Convaincu de cela, il partait du principe que notre mission sur
Terre consiste davantage à nous éveiller à ce que nous savons déjà au plus
profond de nous- mêmes, qu’à apprendre ce que nous ignorons encore dans tel ou
tel domaine.
Les remarques précédentes me conduisent maintenant à
évoquer l’un des aspects les plus importants de la Connaissance, celui-là même
qui fit l’objet d’un adage gravé sur le Temple d’Apollon, à Delphes : «
Connais-toi toi-même ». Mais que veut dire « se connaître soi-même » ? C’est
savoir qui l’on est en tant que personne. Cela suppose de le vouloir. Or,
nombre d’individus n’ont pas cette volonté, soit parce qu’ils n’en voient pas
l’intérêt, soit parce qu’ils craignent ce face à face avec eux-mêmes. Il est
vrai qu’il faut un certain courage pour se voir tel que nous sommes sur l’écran
de notre conscience, d’autant plus que le reflet qui s’impose alors à nous est
sans concession. Autrement dit, il laisse apparaître, certes les beaux aspects
de notre personnalité, mais également ceux qui ne nous sont pas favorables a
priori. Pourtant, il n’y a rien de plus noble et de plus utile que de
travailler sur soi-même pour s’améliorer et en venir à exprimer ce qu’il y a de
meilleur dans la nature humaine.
À son niveau le plus élevé, nous connaître nous-mêmes,
c’est plus encore que nous connaître en tant que personne ; c’est connaître
notre âme elle-même, c’est-à-dire qui nous sommes en tant que personnalité
animique. En effet, savoir qu’il existe en nous une entité spirituelle qui
évolue de vie en vie est une chose, mais savoir ce qu’elle est, au point de
s’identifier à elle, en est une autre. La philosophie rosicrucienne a
précisément pour but de s’éveiller graduellement à cette dimension et de la
conscientiser, jusqu’à pouvoir se dire en parfaite connaissance de cause : « Je
me connais moi-même ». Il s’agit finalement d’en venir à penser, parler et
agir, pas seulement comme un être vivant, mais également et surtout comme une
âme vivante. Cela rappelle cette déclaration de Teilhard de Chardin : « Nous ne
sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle ; nous sommes
des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »
Lorsque les Rose-Croix sortirent de leur anonymat au début du XVIIe siècle, ils s’adressèrent à « ceux qui recherchent la Connaissance ». En témoigne notamment l’affiche qu’ils placardèrent en 1623 dans les rues de Paris. Quatre siècles plus tard, il en est également ainsi de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix. Sous des formes multiples, l’ignorance, avec son cortège de fausses croyances et de superstitions, est toujours très présente et conduit les hommes à se nuire à eux-mêmes, aux autres et à la nature. Par ailleurs, nombre de connaissances sont utilisées d’une manière négative et mises au service d’intérêts illégitimes. Si l’humanité veut se donner un bel avenir et faire le bonheur de tous, elle n’a pas d’autre choix que de se mettre en quête de Connaissance. Si c’est aussi ce que vous pensez, je vous invite à partager cette lettre ouverte, ce qui permettra à d’autres d’en faire un support de réflexion et de méditation.
APPEL
À LA SAGESSE
Quand on parle du monde actuel avec les gens, que ce
soit des proches ou non, quasiment tous sont unanimes pour dire qu’il est en
proie à une folie collective qui pourrait le mener à sa perte. Tous les
domaines sont concernés : politique, économie, technologie, science, médecine,
écologie… Le bon sens, c’est-à-dire le sens de ce qui est bon pour la société,
a cédé la place à la déraison. Quant à l’éthique, autrement dit le sens de ce
qui est bien dans le comportement humain, elle est assimilée par beaucoup à ce
que l’on désignait autrefois sous le nom de « morale » et connaît un rejet
généralisé. De nos jours, on préfère être amoral, voire immoral. Quoi qu’il en
soit, il est évident que si l’humanité persiste dans son manque de sagesse, les
épreuves, les difficultés et les problèmes auxquels elle est confrontée
actuellement ne vont cesser de s’amplifier, avec toutes les souffrances qui ne
manqueront pas d’en résulter pour un très grand nombre de personnes.
Quelle que soit notre nationalité, quelle que soit
notre situation sociale, quelles que soient nos idées politiques, quelle que
soit notre religion si nous en suivons une, vous conviendrez certainement que
c’est folie de fabriquer des armes toujours plus puissantes et destructrices,
d’inciter les gens à consommer toujours plus à travers des promotions en tous
genres, de mettre sur le marché toujours plus de médicaments chimiques dont on
ne maîtrise pas les effets secondaires, de faire toujours plus l’apologie de la
violence et de la luxure par films interposés, de remplacer toujours plus
d’êtres humains par des machines de plus en plus sophistiquées, de cloner toujours
plus de plantes et d’animaux à des fins reproductives, de rendre toujours plus
présente et performante l’intelligence artificielle, d’abattre toujours plus de
forêts aux quatre coins du monde… Assurément, cette liste de nos folies
collectives n’est pas exhaustive.
Les risques à venir pour l’humanité
Il n’est nul besoin d’être voyant, devin ou prophète
pour prédire où notre manque de sagesse risque de mener l’humanité : épuisement
des ressources naturelles, augmentation des conflits armés, banalisation des
comportements portant atteinte à autrui, extension du chômage de masse,
accroissement de la paupérisation dans nombre de pays, assujettissement des
êtres humains aux machines et autres robots prétendument intelligents,
dégénérescence des espèces végétales et animales, multiplication des
catastrophes naturelles, altération des conditions de vie sur l’ensemble de la
planète… Vous admettrez, même si vous êtes optimiste de nature, que l’avenir
est très préoccupant, non pas à long mais à court terme. Si nous persistons
dans cette voie, les enfants et les adolescents d’aujourd’hui vont hériter
d’une situation très chaotique dans nombre de domaines, en particulier sur le
plan écologique, ce qui engage leur survie.
Que faut-il donc faire pour que les choses changent en
profondeur et pour longtemps, au point d’inverser la tendance actuelle et de
rendre l’avenir prometteur pour tous les peuples et toutes les nations ? La
réponse à cette question cruciale est relativement simple : en finir avec la
folie ambiante et faire preuve de sagesse dans nos choix et nos comportements,
c’est-à-dire renouer avec le bon sens et remettre l’éthique (plutôt que la
morale) à l’ordre du jour. Conformément à la philosophie prônée par l’Ordre de
la Rose-Croix, cela suppose que chacun d’entre nous fasse l’effort d’exprimer
le meilleur de lui-même, non seulement dans ses relations avec autrui, mais
également à l’égard de la nature. Il est évident que si nous étions infiniment
plus nombreux à nous montrer tolérants, non-violents, honnêtes, généreux,
bienveillants, respectueux des biens d’autrui et de l’environnement…, la
situation changerait radicalement, et tous en bénéficieraient.
Comme chacun sait, de nombreux pays, sinon tous, sont
confrontés à une crise économique et sociale majeure. Face à cette crise, la
plupart des citoyens se tournent vers ceux qui les gouvernent et exigent,
parfois avec force et violence, qu’ils trouvent les solutions adéquates. Une
telle attente est légitime, car le rôle des gouvernements est de faire en sorte
que les peuples soient aussi heureux que possible. Mais la politique ne peut
résoudre tous les problèmes, d’autant qu’elle se nourrit de divisions,
d’oppositions et de désaccords. L’éthique, au contraire, est un vecteur
d’union, d’harmonie et de concorde. En faire preuve au quotidien revient à bien
se gouverner soi-même, de sorte que si tous les citoyens s’y employaient
(gouvernants et gouvernés confondus), la Société idéale prônée jadis par les
philosophes grecs ne serait plus vraiment une utopie.
Vers une « culture de l’éthique »
Si nous voulons changer le monde, nous devons opter
individuellement et collectivement pour une « culture de l’éthique », et par
extension pour une « éthocratie », c’est-à-dire pour un « gouvernement fondé
sur l’éthique ». Cela suppose de remettre l’éducation au centre de nos
préoccupations, afin que les enfants d’aujourd’hui soient demain des adultes
épris de sagesse, respectueux d’eux-mêmes, des autres, de la société en général
et de la nature. Certes, comme je l’ai suggéré précédemment, une telle
perspective peut sembler utopiste, mais c’est pourtant en tendant vers ce but
que l’humanité pourra s’accomplir sur tous les plans et connaître le bonheur
auquel la plupart d’entre nous aspirent. Il y va même de sa survie.
En guise de conclusion, je souhaiterais vous soumettre
un texte intitulé « L’idéal éthique des Rose-Croix ». J’espère qu’il trouvera
chez vous un écho favorable et que vous en viendrez, vous aussi, à en faire un
guide dans votre vie :
« Sois patient, car la patience nourrit l’espérance et
fait du temps un allié sur le sentier de la vie.
Sois confiant, car la confiance en soi est une source
d’épanouissement, et celle qu’on accorde aux autres une source d’amitié.
Sois tempéré, car la tempérance évite de tomber dans
les excès et procure l’apaisement.
Sois tolérant, car la tolérance élargit l’esprit et
favorise les relations humaines.
Sois détaché, car le détachement est un gage de
liberté et cultive la richesse intérieure.
Sois généreux, car la générosité fait autant de bien à
celui qui donne qu’à celui qui reçoit.
Sois intègre, car l’intégrité est le garant d’une
bonne conscience et apporte la sérénité.
Sois humble, car l’humilité grandit celui qui en fait
preuve et lui vaut le respect des autres.
Sois courageux, car le courage construit au quotidien
et rend fort dans l’adversité.
Sois non violent, car la non-violence génère
l’harmonie intérieure et répand la paix entre les êtres.
Sois bienveillant, car la bienveillance réjouit le
cœur et embellit l’âme.
Étant cela, on pourra dire de toi que tu es sage, car
la sagesse est l’application de ces vertus… »
Si vous partagez les idées exprimées dans cet « Appel
à la sagesse », je vous invite à le relayer et à prendre vis-à-vis de vous-même
l’engagement suivant : « Conscient de la situation préoccupante dans laquelle
se trouve l’humanité, je m’engage à privilégier le bon sens et l’éthique dans
mon comportement à l’égard d’autrui et de la nature. »
Tous mes voeux de Paix Profonde
Les
Rose-Croix Kabbalistes
Comme le confirment les livres sérieux consacrés à
l’ésotérisme, les Rose-Croix, comme les Martinistes, se sont toujours
intéressés à la Kabbale. Parmi les mystiques qui œuvrèrent au XVIIe siècle à
l’émergence de l’Ordre de la Rose-Croix, nombre d’entre eux étaient Kabbalistes.
Tel était le cas de Johann Arndt, Johann Valentin Andreae, Tobias Hess et
Robert Fludd, lequel s’intéressait également à l’alchimie. Stanislas de Guaita,
figure marquante du rosicrucianisme au XIXe siècle, l’était aussi. Pour ce qui
est du Martinisme, on peut citer entre autres Papus (Gérard Encausse), qui
écrivit plusieurs livres sur ce sujet.
Les origines de la Kabbale
Qu’est-ce que la Kabbale ? D’après la Tradition juive,
c’est la Connaissance que Moïse, suite à son illumination sur le mont Sinaï,
aurait transmise à un cercle de disciples dûment choisis, lesquels l’auraient à
leur tour perpétuée. Durant des siècles, cette Connaissance se perpétua
uniquement de bouche à oreille, d’une manière, sinon secrète, du moins discrète
et confidentielle. Avec le temps, certains de ses aspects furent mis par écrit.
D’une manière générale, on peut dire que le Kabbalisme est au Judaïsme ce que
le Gnosticisme est au Christianisme et le Soufisme à l’Islam. Autrement dit,
elle en constitue la contrepartie ésotérique, ce qui explique pourquoi elle est
relativement peu étudiée.
Le
corpus de la Kabbale
Comme le savent ceux et celle qui s’intéressent à la
Kabbale, elle repose sur un corpus constitué de plusieurs livres fondamentaux :
le «Sepher Yetzirah» (le Livre de la Création), le «Sepher ha-Bahir» (le Livre
de l’Éclat) et le «Sepher ha-Zohar» (le Livre de la Splendeur), rédigés entre le
IIIe et le IVe siècle, probablement en terre d’Israël. Pour bien comprendre les
concepts et les notions traités dans ces livres, l’idéal est de maîtriser
l’hébreu, car cette langue, outre sa beauté, intègre nombre de subtilités qui
confèrent à chaque mot plusieurs sens. C’est pourquoi il est dit que la Kabbale
peut être abordée à quatre niveaux différents : le sens littéral, le sens
allusif, le sens allégorique, le sens secret.
L’Arbre kabbalistique
L’un des éléments fondamentaux de la Kabbale est
l’Arbre kabbalistique, appelé également «Arbre de Vie». D’une manière générale,
il symbolise à lui seul le comment et le pourquoi de la Création, à la lumière
de l’ésotérisme juif. En résumé, celle-ci a pris naissance dans la Pensée, la
Parole et l’Action divines (Aïn, Aïn Soph et Aïn Soph Aur) et s’est manifestée
ensuite à travers une succession d’émanations (les séphiroth), depuis la plus
spirituelle (Kether) jusqu’à la plus matérielle (Malkuth), cette dernière
correspondant à l’univers manifesté, dont notre système solaire et la Terre
elle-même font partie. Par ailleurs, les dix séphiroth, qui représentent à la fois différents mondes et
divers plans de conscience, se répartissent sur trois piliers symboliques ayant
chacun une signification ésotérique : Boaz (pilier de gauche) symbolise la
Rigueur ; Jachin (pilier de droite) symbolise la Miséricorde ; entre les deux
se trouve le pilier de l’Équilibre, qui représente l’état de sagesse atteint
par quiconque s’est rendu maître des oppositions de la vie.
La
Rose-Croix kabbalistique
De toute évidence, l’étude de la Kabbale présente un
grand intérêt pour toute personne qui mène une quête mystique. C’est ce qui
explique pourquoi elle fait partie intégrante des enseignements rosicruciens et
martinistes (l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix parraine l’Ordre
Martiniste Traditionnel depuis le début du XXe siècle). La Rose-Croix kabbalistique
est en elle-même un symbole du lien existant entre la Rose-Croix et la Kabbale.
D’autres mouvements et groupements s’y consacrent également, ce qui est
naturellement leur droit. Mais il faut être prudent dans ce domaine, car il en
est de la Kabbale comme d’autres Traditions : elle est souvent galvaudée et
dévoyée au profit d’intérêts qui n’ont que très peu de rapport avec ce qu’elles
sont, à savoir des voies de connaissance et de sagesse.
Rose-Croix
et Martinisme
Louis Claude de Saint Martin
Qu’est-ce
que le Martinisme ?
Le Martinisme est un courant de pensée qui prend sa
source dans les écrits de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803). Connu
également sous le pseudonyme de Philosophe Inconnu, il a écrit plusieurs
livres, parmi lesquels : «Des erreurs et de la vérité», «Le tableau naturel des
rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers», «L’Homme de désir»,
«Ecce Homo», «Le Nouvel Homme», «L’esprit des choses», «Le ministère de
l’Homme-Esprit». En généralisant, on peut dire que sa préoccupation majeure fut
de sensibiliser ses contemporains à la nécessité de mener une vie empreinte de
spiritualité. Convaincu que tout être humain possède en lui un «germe divin»
qui le rend virtuellement parfait, il consacra l’essentiel de son œuvre à
expliquer comment faire fructifier ce germe et retrouver ainsi l’état adamique.
L’Ordre
Martiniste Traditionnel
Après la mort de Louis-Claude de Saint-Martin,
plusieurs de ses disciples directs ou indirects voulurent perpétuer sa pensée
(Papus, Augustin Chaboseau, Victor-Émile Michelet, Lucien Chamuel, etc.), ce
qui donna naissance à divers mouvements «martinistes», parmi lesquels l’Ordre Martiniste
Traditionnel, fondé en 1931. Après avoir fonctionné en toute indépendance
pendant plusieurs années, cet Ordre fut placé sous le parrainage de l’Ancien et
Mystique Ordre de la Rose-Croix. C’est toujours le cas actuellement, ce qui
explique son dynamisme à l’échelle mondiale. À titre d’information, environ 30
% des Rosicruciens sont également Martinistes, étant entendu que l’on peut
s’affilier à l’O.M.T. sans faire partie de l’A.M.O.R.C.
L’enseignement
martiniste
De quoi traite l’enseignement martiniste ? Depuis
Louis-Claude de Saint-Martin, il s’est enrichi de nombreux sujets. De nos
jours, il inclut les thèmes majeurs que l’on trouve dans l’ésotérisme
judéo-chrétien et plus largement dans la Tradition occidentale, étant entendu
qu’ils sont étudiés sous un angle, non pas religieux, mais ésotérique et
philosophique : le Grand Architecte de l’Univers, la chute de l’Homme, les
étapes de la Création, les fondements de la Kabbale, l’Ancien Testament, le
Nouveau Testament, les Évangiles apocryphes, la Jérusalem céleste, la Sophia,
les chœurs angéliques, les rêves, etc. Précisons que ces sujets ne sont pas
traités uniquement sous un angle théorique ; ils font l’objet d’expériences
mystiques destinées à mieux intégrer les notions abordées.
Parrainé depuis le début du XXe siècle par l’Ancien et
Mystique Ordre de la Rose-Croix, l’Ordre Martiniste Traditionnel se consacre à
perpétuer l’ésotérisme judéo-chrétien.
Les
réunions martinistes
Il faut préciser également que l’enseignement
martiniste peut être étudié de deux manières : sous forme de manuscrits que
l’on reçoit chaque mois à son domicile (ou auxquels on a accès par Internet) et
que l’on étudie individuellement, ou en se rendant dans un Organisme local de
l’Ordre Martiniste Traditionnel et en participant à des réunions collectives.
Les membres qui le souhaitent peuvent naturellement combiner ces deux formes
d’étude. Ainsi, de mois en mois et d’année en année, chacun d’eux est initié
graduellement aux arcanes du Martinisme, en toute liberté de pensée et selon
une méthode fondamentalement traditionnelle. À titre d’information, il faut six
ans pour étudier les trois degrés de base, auquel vient s’ajouter un ultime
degré connu sous le nom de « Cercle du Philosophe Inconnu ».
La Rose-Croix et le Martinisme : deux mouvements
complémentaires
Bien que le Martinisme se rattache fondamentalement à
l’ésotérisme judéo-chrétien, il ne faut pas en déduire pour autant qu’il
s’adresse uniquement aux personnes qui ont des accointances avec le Judaïsme et
le Christianisme. C’est ainsi qu’il y a parmi les Martinistes, certes des Juifs
et des Chrétiens, mais également des Musulmans, des Bouddhistes, etc., et même
des personnes qui ne suivent aucune religion. De nos jours, c’est d’ailleurs le
cas pour la grande majorité des membres de l’Ordre Martiniste Traditionnel. Vu
sous cet angle, il s’agit d’une Fraternité internationale et cosmopolite, au
même titre que l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, dont il est en
quelque sorte l’Ordre “frère”.
LETTRE OUVERTE AUX MARTINISTES
de Serge Toussaint,
Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la
Rose-Croix
Grand Maître de l’Ordre Martiniste Traditionnel
Il y a quelques années, j’ai adressé une lettre ouverte aux membres de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, afin de partager avec eux des réflexions sur leur affiliation rosicrucienne, tout en prenant à témoin des personnes qui n’en font pas partie. J’ai pensé que c’était une manière de montrer ce qu’il en est des relations qui existent entre Rosicruciens et Rosicruciennes, et si besoin était de démystifier leurs préoccupations, leurs centres d’intérêt et les idéaux qui les animent. Sachant que nombre d’entre eux sont également affiliés à l’Ordre Martiniste Traditionnel, il m’a semblé utile de m’adresser aux Martinistes qu’ils sont, là aussi dans un esprit d’ouverture vis-à-vis de ceux et de celles qui ne le sont pas, et dans le but de lever le voile sur un mouvement philosophique relativement peu connu.
Tout d’abord, et comme je viens de le préciser, cette lettre ouverte s’adresse avant tout aux membres de l’Ordre Martiniste Traditionnel. En effet, il existe d’autres mouvements ou groupuscules martinistes, mais elle n’est pas destinée à ceux qui en font partie, étant entendu que certains parmi eux la liront peut-être. En outre, et afin d’éviter toute polémique, je me garderai de citer ces autres mouvements ou groupuscules et d’émettre un quelconque jugement à leur sujet, d’autant que je ne les connais pas tous. C’est là éventuellement l’affaire des historiens de l’ésotérisme, ce que je ne suis pas. En revanche, je sais que l’O.M.T. est considéré comme l’un des plus sérieux en la matière, et que sa légitimité et son authenticité traditionnelles ne font aucun doute. Nombre de documents officiels figurant dans ses archives permettent d’ailleurs de certifier et d’authentifier la filiation qui lui est propre.
L’Ordre Martiniste Traditionnel
À propos des archives de l’Ordre Martiniste
Traditionnel, je peux vous assurer qu’elles sont vraiment conséquentes et que
nous nous faisons un devoir, au niveau de la Grande Heptade, de les enrichir
continuellement à travers des acquisitions aussi rares que variées. Outre de
nombreux livres anciens liés au Martinisme, ces archives contiennent plusieurs
fonds très intéressants. J’en nommerai quelques-uns : fonds Philippe Encausse,
Gérard Encausse (Papus), Charles Barlet (Albert Faucheux); Stanislas de Guaita,
Augustin Chaboseau, Louis-Claude de Saint-Martin, Kirchberger, F.U.D.O.S.I.,
etc. Chacun de ces fonds contient des lettres, des photographies, des
manuscrits, des chartes, des certificats, des diplômes et des documents divers.
L’une de nos dernières acquisitions est le fonds comportant des correspondances
entre Saint-Martin et le baron Kirchberger, dont certaines sont inédites. Il est
possible de les consulter sur place, après avoir pris rendez-vous, en présence
des archivistes.
Puisque vous êtes membres de l’O.M.T., je suppose que vous avez pris le temps de vous renseigner sur son histoire, que ce soit en consultant son site (www.martiniste.org) ou en lisant la brochure « Lumière Martiniste ». Le cas échéant, vous pouvez également prendre connaissance de la revue « Spiritualité et Société » consacrée au Martinisme, librement accessible sur internet. Sans entrer dans les détails, l’Ordre Martiniste Traditionnel prend sa source dans l’Ordre Martiniste fondé en 1891 par Papus et Augustin Chaboseau, que ce dernier réactiva en 1931 avec l’aide de Victor-Émile Michelet et de Lucien Chamuel. Ils lui donnèrent alors le nom d’« Ordre Martiniste Traditionnel », afin de le distinguer des quelques mouvements fondés par des personnes qui prétendaient abusivement être les successeurs de Papus. Après avoir fonctionné en toute indépendance pendant plusieurs années, il œuvra sous le parrainage de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix, ce qui est toujours le cas actuellement. C’est grâce à ce parrainage que l’O.M.T. a pu se développer autant, au point de devenir le mouvement martiniste actuellement le plus dynamique.
Une précision avant de poursuivre : contrairement à ce que beaucoup de chercheurs pensent à tort, il n’est pas nécessaire d’être membre de l’A.M.O.R.C. pour s’affilier à l’O.M.T. C’est ainsi qu’un non-Rosicrucien peut le faire. Dans ce cas, il y a néanmoins une restriction, à savoir qu’il reçoit chez lui l’enseignement martiniste sous forme de manuscrits (ou y a accès par internet), mais n’est pas habilité à fréquenter les Organismes locaux (Heptades ou Ateliers, selon le nombre de membres qui en font partie). Cette règle s’explique par le fait que les réunions martinistes (conventicules) ont quasiment toujours lieu dans les locaux des Organismes rosicruciens, ce qui implique pour les Martinistes qui s’y rendent d’être familiarisés avec le fonctionnement de l’A.M.O.R.C. Naturellement, tout Martiniste non Rosicrucien a la possibilité, à quelque moment que ce soit, d’opter également pour une affiliation rosicrucienne ; c’est d’ailleurs ce qui se produit régulièrement.
Par expérience, je sais que ce n’est pas l’histoire de l’Ordre Martiniste Traditionnel qui intéresse le plus ses membres, mais l’enseignement qu’il perpétue, lequel est accessible sous une forme écrite ou (et) sous une forme orale. D’une manière générale, et comme ils le savent, cet enseignement traite de sujets faisant partie de ce que l’on désigne sous le nom générique d’« ésotérisme occidental », lequel intègre l’ésotérisme judéo-chrétien : la Kabbale, les étapes de la Création, la chute de l’Homme, le Grand Architecte de l’Univers, l’Ancien Testament, le Nouveau Testament, les Évangiles apocryphes, la Jérusalem céleste, la Sophia, les chœurs angéliques, etc. Si je précise « ésotérisme », c’est parce que ces sujets sont étudiés sous un angle, non pas religieux, mais mystique. Autrement dit, ce qui en est dit s’inscrit dans une quête de connaissances et non dans un système de croyances. Il en résulte que les explications données n’ont rien de dogmatique et ne concordent pas nécessairement avec les “canons” de l’Église chrétienne.
Si vous n’êtes pas Martiniste, ne déduisez pas des remarques précédentes que le Martinisme s’adresse uniquement à ceux et celles qui ont des accointances avec le Judaïsme et le Christianisme. L’O.M.T. compte parmi ses membres des Musulmans, des Bouddhistes et, d’une manière générale, des personnes appartenant à toutes les religions existantes. Mais la grande majorité de ses membres ne suivent en fait aucune religion ; ils ont simplement en commun d’être spiritualistes et de s’intéresser à l’ésotérisme occidental, lequel, comme je l’ai indiqué, intègre l’ésotérisme judéo-chrétien. En cela, l’Ordre Martiniste Traditionnel est une fraternité universelle et cosmopolite, ouverte à ceux et celles qui sont en quête de connaissance et de sagesse. C’est ce qui explique qu’il est actif dans le monde entier, étant entendu que son enseignement est identique dans tous les pays où il est présent.
Louis-Claude de Saint-Martin
Pour des raisons évidentes, l’enseignement martiniste
se réfère également aux ouvrages de Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803),
parmi lesquels : « Des erreurs et de la vérité », « L’Homme de désir », « Le
Nouvel Homme », « Le ministère de l’Homme-Esprit », « Ecce Homo», «L’esprit des
choses », etc. Il ne peut en être autrement, car le Martinisme ne peut se
concevoir indépendamment de celui qui rédigea la plupart de ses ouvrages sous
le pseudonyme de « Philosophe Inconnu ». Cela étant, dans l’O.M.T., il n’est
pas considéré comme un « Maître à penser », au sens dogmatique de cette
expression. Autrement dit, s’il est une source d’inspiration et un exemple à
suivre pour ses membres, il ne fait pas l’objet d’un culte personnel. Lui-même,
de son vivant, ne se prêta jamais à un tel culte et fit preuve d’une grande
humilité, ce qui lui valut le respect de ceux et celles qui le fréquentaient.
Ses livres doivent donc être considérés comme une base de réflexion et de
méditation, et non comme l’expression de la Vérité divine, laquelle est
inaccessible en essence.
Parmi les livres écrits par Louis-Claude de Saint-Martin, il en est trois qui, de mon point de vue, résument sa doctrine et expriment la voie que tout Martiniste doit suivre pour se réaliser sur le plan spirituel. Tout d’abord, « L’Homme de Désir » (1790), dans lequel il exalte ce qu’il y a de meilleur en l’Homme et met en évidence ce qui l’incite un jour où l’autre à désirer connaître Dieu et à s’unir à Lui. Ensuite, « Le Nouvel Homme » (1792), qui explique comment procéder pour mourir au « vieil Homme » et renaître au « nouvel Homme », et par là même sortir définitivement de la « forêt des erreurs ». Enfin, « Le Ministère de l’Homme Esprit » (1802), dans lequel le Philosophe Inconnu explique comment opérer pour contribuer à la régénération de toute l’humanité et à sa réintégration définitive dans le Monde divin. En fait, ces trois livres exposent en quelque sorte les trois étapes qui marquent le cheminement de tout être humain vers l’état de sagesse, but ultime qu’il doit s’évertuer à atteindre ici-bas. Naturellement, il faut les lire en tenant compte du fait qu’ils ont été écrits il y a plus de deux siècles et qu’une transposition à notre époque est nécessaire.
Un autre personnage important occupe une place privilégiée dans le Martinisme : Martinès de Pasqually (1727?-1774). Louis-Claude de Saint-Martin voyait en lui son premier instructeur, le second ayant été Jacob Boehme (1575-1624), dont il traduisit les livres. Si Martinès de Pasqually est lui aussi indissociable du Martinisme, c’est parce qu’il rédigea un ouvrage qui fait désormais partie intégrante de la Tradition martiniste : « Le Traité sur la réintégration des êtres ». Précisons qu’il mourut avant d’en avoir achevé l’écriture. D’une manière générale, il présente dans ce livre sa conception des origines de la Création et de la chute de l’Homme. Selon lui, l’humanité s’est retrouvée plongée dans le monde matériel en raison de la prévarication de certains des êtres que Dieu avait émanés de Lui-même à l’origine, dans l’« Immensité divine ». Pour retrouver sa condition première et l’état de félicité qui était le sien, elle doit se purifier et se régénérer graduellement, prélude à sa réintégration dans le Monde divin. En raison de son importance, ce livre fait l’objet d’une étude approfondie dans le premier degré de l’Ordre Martiniste Traditionnel.
À propos de Louis-Claude de Saint-Martin et de Martinès de Pasqually, une “polémique” existe de nos jours entre historiens de l’ésotérisme et spécialistes du Martinisme, quant à la question de savoir si le Martinisme se rattache plutôt au Philosophe Inconnu ou à son premier instructeur. Je sais que les membres de l’O.M.T. ne se sentent pas vraiment concernés par ce débat ; c’est mon cas également, car ce point me semble tout à fait secondaire par rapport à ce qui fait la valeur de l’enseignement martiniste. En ce qui me concerne, mon cœur et mon âme m’inclinent à pencher vers Louis-Claude de Saint-Martin, car l’héritage spirituel et philosophique qu’il nous a transmis à travers ses ouvrages me semblent beaucoup plus conséquent que celui que nous avons reçu de Martinès de Pasqually, dont l’œuvre se limite à un livre inachevé. Par ailleurs, on ignore quasiment tout de sa vie et de la source où il puisa ses “révélations”. Rappelons également que l’Ordre des Élus Coëns, qu’il fonda entre 1754 et 1767, intégrait des pratiques magico-théurgiques que le Philosophe Inconnu lui-même désapprouva.
Le « Traité sur la réintégration des êtres »
Régulièrement, certains d’entre vous, membres de
l’Ordre Martiniste Traditionnel, me font part de leur grande difficulté à
comprendre le « Traité sur la réintégration des êtres », et ce, malgré les
explications données à son sujet dans les manuscrits du premier degré. Il y en
a aussi qui me confient ne pas se sentir intéressés par ce livre, et même ne
pas adhérer aux explications données sur les origines de la Création et la chute
de l’Homme. Il est un fait qu’il est quelque peu abscons et difficile à
comprendre sur le plan purement intellectuel. Je comprends également que l’on
puisse ne pas souscrire à son contenu. Au risque de vous étonner, je fais
d’ailleurs partie de ceux et de celles qui voient plutôt dans cet ouvrage une
vue de l’esprit, certes intéressante et respectable, mais pas nécessairement
conforme à la Vérité. Personnellement, je me sens beaucoup plus en résonance
avec ce qui est dit à ce sujet dans l’enseignement rosicrucien. Pour autant, je
n’ai pas le sentiment d’être un “mauvais” Martiniste ; en revanche, je suis
peut-être un “mauvais” Martinésiste…
Comme j’ai souvent eu l’occasion de le rappeler lors de Convents martinistes, ce serait une grave erreur de réduire le Martinisme au « Traité » de Martinès de Pasqually. Dans l’O.M.T., son étude, abordée dès le premier degré, ne couvre d’ailleurs “que” quatre manuscrits sur vingt-deux, ce qui veut dire que nombre d’autres sujets sont étudiés dans ce degré et ceux qui lui font suite. Et en ce qui me concerne, j’ai pris à l’époque beaucoup plus de plaisir et d’intérêt à étudier la Kabbale, la science des nombres, la symbolique céleste, les textes apocryphes, le Livre de l’Homme, les cycles de l’Humanité, etc. Par ailleurs, il me semble important d’insister sur le fait que l’enseignement martiniste n’est en aucun cas dogmatique, de sorte que chacun est entièrement libre d’adhérer ou non aux explications données. S’il en est ainsi, c’est précisément parce que le Martinisme, tel qu’il s’exprime à travers l’Ordre Martiniste Traditionnel, n’est pas une voie de croyance ; il privilégie la réflexion personnelle et ne s’oppose pas à l’esprit critique.
L’un des dangers, sur le Sentier martiniste, est de tomber dans le piège de l’intellect. En effet, les sujets étudiés donnent lieu à des explications qui nécessitent une certaine réflexion, ce qui est le cas pour tout enseignement, de quelque nature qu’il soit. Certains de ces sujets, en raison de leur caractère hiératique, symbolique ou cosmogonique, font appel à l’abstraction et à la conceptualisation. Le risque existe alors de vouloir les “mentaliser” et en faire l’objet d’une cogitation purement intellectuelle. De mon point de vue, l’idéal en la matière est, certes de réfléchir intellectuellement sur les notions abordées, mais aussi et surtout d’ouvrir notre cœur aux émotions qu’elles suscitent en nous. Que nous en ayons conscience ou non, il existe en l’être humain une forme de perception et d’intellection qui est inhérente à l’âme elle-même, et qui, par conséquent, transcende la raison et le mental. À ce propos, rappelons le conseil de Louis-Claude de Saint-Martin : « Ce n’est pas la tête qu’il faut se casser, mais le cœur. » On dit d’ailleurs que le Martinisme est une « voie cardiaque », ce qui est significatif.
Un tout autre point maintenant : régulièrement, la question m’est posée de savoir s’il est mieux d’étudier l’enseignement martiniste chez soi, à l’aide des manuscrits conçus à cet effet, ou de se rendre dans une Heptade ou un Atelier (l’Heptade comporte plus de membres que l’Atelier). Au regard de la Tradition martiniste, la méthode la plus authentique est la seconde, car elle est fondée sur une transmission orale ponctuée par des initiations (une par degré) qui font du récipiendaire un maillon de la filiation martiniste, telle qu’elle se perpétue depuis Louis-Claude de Saint-Martin. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un travail collectif mené dans un cadre rituel particulièrement inspirant. Cela étant, il n’est pas toujours possible, pour des raisons diverses, de fréquenter une Heptade ou un Atelier. Dans ce cas, l’étude individuelle présente tout son intérêt, sachant que le contenu et la durée de l’enseignement sont les mêmes. Certains membres conjuguent les deux méthodes, ce qui leur permet d’approfondir chez eux les manuscrits qui leur ont été lus lors des réunions collectives et qu’ils n’ont pu qu’écouter.
La philosophie martiniste
Mais le Martinisme ne se réduit pas à un enseignement,
aussi inspirant soit-il. C’est également une philosophie, c’est-à-dire une
façon d’être et d’appréhender l’existence. Cette philosophie peut se résumer à
un précepte que tous les Martinistes connaissent : « Ne faites pas aux autres
ce qui vous ne voudriez pas qu’ils vous fassent » et, par extension, « Faites
aux autres ce que vous voudriez qu’ils vous fassent ». Comme chacun sait, ce
précepte fait aussitôt penser à Jésus, car il en fit l’un des fondements de son
enseignement. Mais sa vie et son œuvre ne sauraient être la “propriété
exclusive” de l’Église chrétienne, qu’elle soit catholique, protestante,
orthodoxe ou autre. De son vivant, lui-même ne chercha aucunement à fonder une
religion ou à établir un culte voué à sa personne. Ce qu’il souhaita, c’est que
la sagesse qu’il exprima à travers ses sermons et son comportement rayonnent à
travers le monde, dans l’intérêt de tous les êtres humains, quelles que soient
leur race, leur nationalité, leur culture… Fidèles à ce souhait, les membres de
l’O.M.T. s’inspirent de cette sagesse pour conduire leur vie et contribuer à
l’amélioration de l’humanité.
S’il est un fait que les Martinistes éprouvent un grand respect à l’égard de Jésus, ils ne voient pas en lui ce que l’Église chrétienne en dit. En particulier, ils ne considèrent pas qu’il a été, est et sera à jamais le « fils unique de Dieu ». De même, ils ne l’assimilent pas à Dieu Lui-même, d’autant que Celui-ci n’a rien d’un Être anthropomorphique susceptible d’engendrer un être humain. Enfin, ils se sentent libres d’adhérer ou non au dogme fondamental du Christianisme : le résurrection du Christ. En ce qui me concerne, et là encore au risque d’étonner certains Martinistes, je considère que le plus important concernant Jésus n’est pas de savoir s’il est mort sur la croix et s’il a ressuscité, mais l’exemple de sagesse qu’il donna tout au long de son ministère et le très haut niveau de spiritualité qui fut le sien. C’est aussi l’amour inconditionnel qu’il éprouva à l’égard de tous les êtres humains, mais aussi des animaux et de la nature en général, au point de nous engager à aimer ceux qui ne nous aiment pas, et même nos ennemis. Assurément, c’est là la marque d’un être exceptionnel. Et puisqu’il affirma que nous-mêmes pouvons faire ce qu’il a fait, il incarna l’idée que nous sommes tous perfectibles, et donc capables de nous transcender pour exprimer ce qu’il y a de meilleur, pour ne pas dire de plus divin, en nous.
Assurément, Jésus fut un humaniste d’exception, en ce sens qu’il mit le bien-être et le bonheur de tous les êtres humains au centre de ses préoccupations. En cela, même un athée pourrait adhérer à son message, à condition, naturellement, que lui-même fasse de l’humanisme le fondement de son existence. Par ailleurs, on peut considérer qu’il fut le premier à énoncer le principe de la laïcité : « Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Autrement dit, il ne faut pas mélanger ce qui concerne le temporel et le matériel, avec ce qui concerne l’intemporel et le spirituel. Il ne fait pourtant aucun doute que Jésus était profondément spiritualiste et que son plus cher désir était de voir ses contemporains mener une vie spirituelle (pas nécessairement religieuse). Vous noterez également qu’il ne chercha jamais à convaincre quiconque d’adhérer à son message ou de croire en lui. Il savait parfaitement que la foi ne s’impose ni ne se décrète. Elle est un élan du cœur et de l’âme qui ne peut que jaillir du plus profond de chacun ; « Heureux quiconque a la foi ! » aurait pu être sa devise en la matière.
Précisément, qu’en est-il de la foi martiniste ? D’une manière générale, elle repose sur l’idée que nous possédons tous un « germe divin » et que nous devons faire fructifier ce germe, jusqu’à manifester à travers notre comportement la sagesse qu’il contient à l’état latent. Tout être humain qui y parvient devient une pure expression de la Perfection divine et, par là-même, un « agent de la Divinité». Dès lors, il peut être assuré, à l’issue de son incarnation, de réintégrer définitivement le monde spirituel et de recouvrer l’état qui était le sien avant la « chute ». Étant donné qu’un tel but ne peut être atteint en une seule vie, il est pour moi évident que ce processus de réintégration est indissociable d’une doctrine à laquelle adhèrent la plupart des Rose-Croix et des membres de l’Ordre Martiniste Traditionnel : la réincarnation. À ce propos, rappelons que les premiers Chrétiens admettaient cette doctrine, ce qui laisse supposer que Jésus lui-même y souscrivait. Malheureusement, au VIe siècle de notre ère, elle fut rejetée lors du deuxième concile de Constantinople, et c’est probablement à cette époque que les Pères de l’Église officialisèrent le dogme de la « résurrection des corps ». Personnellement, je le regrette profondément.
Mais les Martinistes ne se limitent pas à œuvrer à leur régénération spirituelle. En tant qu’humanistes, ils ont à cœur également de contribuer à l’émergence d’une nouvelle humanité, c’est-à-dire éprise de fraternité et soucieuse de vivre en paix. Par ailleurs, considérant que tous les êtres humains sont des âmes sœurs ayant à la fois la même origine et la même destinée, ils s’efforcent de mettre en pratique l’idéal d’amour prôné par Jésus et s’emploient à se comporter, non pas comme des hommes et des femmes résidant dans tel pays, mais comme des citoyens et des citoyennes du monde. Bien que laïcs, ils nourrissent également l’espoir que l’humanité se tourne graduellement vers une spiritualité universelle non religieuse, fondée sur des relations harmonieuses entre le Divin, la Nature et l’Homme. Alors, le Ternaire si cher aux Anciens sera rétabli pour le plus grand bonheur de tous. C’est sur cette belle perspective que je conclurai cette lettre ouverte. Si vous le jugez utile, je vous invite à la partager, que vous soyez d’ailleurs membres ou non de l’Ordre Martiniste Traditionnel.
Et comme le veut notre formule traditionnelle, « Que
la Lumière éternelle de la Sagesse divine vous éclaire à jamais ! ».
Avec mes pensées les plus fraternelles.