lundi 22 juin 2026

CROIX de PESTE

 

Gérard Audran d’après le Troyen Pierre Mignard, La Peste d’Éaque, 1685


Les croix de peste 

monuments de peur, de foi et de mémoire


Lorsque la peste frappait un village ou une ville, elle ne laissait derrière elle que silence, terreur et maisons fermées. Pour les populations médiévales et modernes, la peste n’était pas seulement une maladie : c’était un fléau envoyé par Dieu, un châtiment, une épreuve collective. Et pour conjurer ce mal, on dressait des croix de peste, aussi appelées croix de vœu, croix de protection ou croix d’expiation. Ces monuments, aujourd’hui presque tous disparus, racontent mieux que n’importe quel texte la peur profonde qui traversait les communautés.

Les croix de peste étaient souvent érigées à la fin d’une épidémie, lorsque le village estimait avoir été épargné ou délivré. On y voyait un geste de reconnaissance envers Dieu ou un saint protecteur. Dans d’autres cas, elles étaient dressées au début de l’épidémie, comme un appel à la miséricorde. Elles pouvaient être placées à l’entrée du village, au carrefour principal, près d’une fontaine, ou sur un lieu où l’on avait enterré les pestiférés. Leur emplacement n’était jamais choisi au hasard : il marquait un seuil, une frontière symbolique entre le monde des vivants et celui de la maladie. Ces croix n’étaient pas de simples poteaux de bois. Beaucoup étaient sculptées, parfois ornées d’un Christ en croix, d’une Vierge, d’un saint réputé protecteur contre les épidémies — saint Roch, saint Sébastien, saint Antoine. Certaines portaient des inscriptions : dates, invocations, remerciements. D’autres étaient entourées d’un petit enclos où l’on venait prier sans entrer en contact avec les malades. Elles servaient aussi de stations de processions, notamment lors des rogations ou des prières publiques organisées pour éloigner la peste.

On en trouvait partout : en Champagne, en Bourgogne, en Lorraine, en Île-de-France, dans le Massif central, en Bretagne. Auxerre avait sa Croix de la Peste, Sens aussi, tout comme Langres, Bar-sur-Seine, Tonnerre, Mussy, Ervy, et une multitude de villages dont les archives ne gardent qu’une mention rapide. La plupart de ces croix ont disparu au fil des siècles : détruites à la Révolution, abandonnées, rongées par le temps, ou simplement supprimées lors de travaux routiers. Quelques-unes subsistent encore, souvent isolées, parfois déplacées près d’une église ou d’un cimetière, mais leur sens originel s’est perdu pour la plupart des habitants.

Les croix de peste sont pourtant des témoins précieux. Elles rappellent que les épidémies n’étaient pas seulement des catastrophes sanitaires, mais aussi des drames spirituels et sociaux. Elles montrent comment les communautés cherchaient à donner un sens à l’incompréhensible, à se protéger, à remercier, à survivre ensemble. Elles sont les traces d’un monde où la frontière entre le religieux et le quotidien était mince, où chaque croix était un appel, une prière, une mémoire.

Aujourd’hui, redécouvrir ces croix, c’est redonner voix à des siècles de peur et d’espérance. C’est comprendre comment nos ancêtres ont affronté l’un des pires fléaux de l’histoire. Et c’est rappeler que, même dans la terreur, ils ont laissé derrière eux des signes de foi, de solidarité et de résilience.

Pendant des siècles, la peste a rythmé la vie des villes et des villages de Champagne et de Bourgogne. Elle surgissait sans prévenir, frappait au hasard, emportait familles, quartiers, paroisses entières. Face à ce fléau, les populations n’avaient ni médecins efficaces, ni remèdes sûrs. Elles avaient la peur, la foi, et une immense créativité rituelle. C’est ainsi qu’apparurent les saints protecteurs, les processions de supplication, les croix de peste et les fosses communes qui marquent encore, parfois, le paysage. Ces traces, souvent discrètes, racontent mieux que n’importe quel traité médical comment nos ancêtres ont affronté l’un des pires fléaux de l’histoire.

Quand la peste frappait, les habitants se tournaient vers des saints spécialisés, presque des “experts” du malheur.

Le plus célèbre était saint Roch, reconnaissable à sa plaie sur la cuisse et à son chien. On l’invoquait partout : à Troyes, à Bar-sur-Seine, à Tonnerre, à Langres, à Auxerre, à Sens. Les confréries de saint Roch étaient nombreuses, et certaines villes lui consacraient des chapelles entières.

Vient ensuite saint Sébastien, percé de flèches. On croyait que les flèches symbolisaient les “traits de la peste” envoyés par Dieu. Les églises de Sens, d’Auxerre, de Chablis, de Mussy-sur-Seine ou de Semur-en-Auxois possédaient des statues ou des autels dédiés à ce saint protecteur.

Saint Antoine l’Ermite, invoqué contre les maladies de peau, était parfois associé à la peste, notamment en Bourgogne où les Antonins étaient très présents.

Dans certains villages, on invoquait aussi saint Mamert, saint Marcoul, saint Aignan, ou encore saint Charles Borromée, archevêque de Milan, célèbre pour avoir affronté la peste de 1576. Ces saints n’étaient pas des symboles abstraits : ils étaient présents dans les rues, portés en procession, invoqués devant les croix, peints sur les murs, sculptés dans les niches. Ils étaient la dernière barrière entre la communauté et la mort.

Lorsqu’une épidémie éclatait, les autorités religieuses organisaient des processions de pénitence. Elles traversaient les villes en suivant un parcours précis, souvent marqué par des croix votives.

À Troyes, les processions partaient de la cathédrale, passaient par la rue de la Cité, longeaient la Belle Croix, puis rejoignaient Saint-Urbain ou Saint-Nizier.

À Sens, on suivait un itinéraire passant par la Croix Saint-Savinien, la Croix du Pré et la Croix de la Porte de Paris.

À Auxerre, la procession de la peste de 1521 est documentée : elle passait par la Croix de la Maladière, la Croix Saint-Germain et la Croix du Pont.

 À Langres, les chanoines sortaient les reliques de saint Mammès et faisaient le tour des remparts.

Ces processions n’étaient pas des promenades pieuses : c’étaient des moments de tension extrême. Les cloches sonnaient, les fidèles marchaient pieds nus, les confréries portaient des bannières noires, les prêtres chantaient les litanies des saints. On priait pour arrêter la peste, pour protéger les enfants, pour sauver la ville.

À la fin d’une épidémie — ou parfois au début — les habitants dressaient une croix de peste, aussi appelée croix de vœu ou croix d’expiation.


Ces croix étaient nombreuses en Champagne et en Bourgogne. On en trouvait :

à Auxerre : la Croix de la Peste, près de la Maladière ;

à Sens : la Croix de la Peste, mentionnée en 1636 ;

à Tonnerre : une croix votive près de l’hôpital Marguerite de Bourgogne ;

à Bar-sur-Seine : une croix de peste à l’entrée de la ville ;

à Mussy-sur-Seine : une croix commémorant la peste de 1628 ;

à Ervy-le-Châtel : une croix de vœu près de la porte Saint-Nicolas ;

à Chablis : une croix de peste sur la route de Préhy ;

à Semur-en-Auxois : une croix votive près de la porte Sauvigny ;

à Montbard, Laignes, Épineuil, Saint-Florentin, Villeneuve-l’Archevêque, Tonnerre, Cravant, Irancy, Vermenton, Appoigny, Monéteau, etc.

La plupart ont disparu, mais certaines subsistent encore, souvent déplacées près d’une église ou d’un cimetière. Elles portent parfois une date, une invocation, ou un symbole (crâne, tibias croisés, cœur enflammé, instruments de la Passion). Ces croix étaient des bornes spirituelles : elles marquaient la fin du fléau, la gratitude de la communauté, et parfois la limite des zones contaminées. La peste ne laissait pas le temps d’enterrer les morts dignement. Dans les villes comme dans les villages, on creusait des fosses communes, souvent à l’extérieur des remparts ou près des maladreries. En Champagne et Bourgogne, on en connaît plusieurs :

à Troyes, près de la porte Saint-Jacques et de la maladrerie Saint-Ladre ;

à Sens, dans le quartier de la Maladière ;

à Auxerre, près de la Croix de la Peste ;

à Tonnerre, autour de l’hôpital Marguerite de Bourgogne ;

à Bar-sur-Seine, dans le faubourg de la Madeleine ;

à Langres, près de la porte Neuve ;

à Chablis, dans le faubourg Saint-Pierre ;

à Mussy, près de l’ancien cimetière Saint-Roch.

Ces fosses étaient parfois bénies, parfois simplement creusées dans l’urgence. Elles pouvaient contenir des dizaines, parfois des centaines de corps. Certaines ont été redécouvertes lors de travaux modernes, révélant des squelettes entassés, parfois encore porteurs de traces de la maladie.

Les saints protecteurs, les processions, les croix de peste et les fosses communes forment un ensemble cohérent : celui d’une société qui affrontait la mort avec ses armes symboliques, ses rites, sa foi. En Champagne et en Bourgogne, ces traces sont partout, mais souvent invisibles, effacées, oubliées. Elles racontent pourtant une histoire essentielle : celle de communautés soudées par la peur, la prière et l’espoir. Redonner vie à ces monuments, c’est rendre hommage à des générations qui ont survécu à l’impensable, et qui ont laissé derrière elles des signes de courage, de mémoire et de résilience.



                                    CROIX DE PESTE ENCORE VISIBLES

1. Mussy‑sur‑Seine (10)

La Croix de la Peste Toujours en place, au sud du village, près de l’ancien cimetière Saint‑Roch. Croix en pierre, datée de la peste de 1628. C’est l’une des mieux conservées de toute la région. Voir plus bas

2. Chablis (89)

Croix de la Peste de Préhy Sur la route entre Chablis et Préhy. Croix en pierre, simple mais authentique, liée à la peste du XVIIᵉ siècle. Toujours visible au bord du chemin.

3. Semur‑en‑Auxois (21)

Croix de la Peste de la Porte Sauvigny Croix votive encore en place, légèrement déplacée mais intacte. Érigée après une épidémie du XVIIᵉ siècle.


4. Laignes (21)

Croix de peste près du vieux cimetière Croix en pierre, encore debout, liée à une épidémie du XVIIᵉ. Peu connue, mais bien réelle.

5. Montbard (21)


Croix de peste du faubourg Croix votive encore visible, restaurée au XIXᵉ. Elle marque l’emplacement d'une faosse commune.

6. Vermenton (89)

Croix de peste du faubourg Saint‑Étienne, épidémie du XVIIe

Croix de peste de Mussy-sur-Seine (10)

Mussy par Joachim Duviert en 1609

Croix de la Peste de Mussy‑sur‑Seine (Aube - 10)

Identification :

Nom usuel : Croix de la Peste

Localisation : Mussy‑sur‑Seine (Aube), secteur de l’ancien cimetière Saint‑Roch

Datation : 1628 (peste de 1628–1630)

Matériau : pierre calcaire locale

Typologie : croix votive / croix de vœu / croix de peste

 Contexte historique :

En 1628, une violente épidémie de peste frappe la vallée de la Seine.

Mussy‑sur‑Seine, comme Bar‑sur‑Seine, Courteron, Gyé‑sur‑Seine et Les Riceys, est durement touchée.

 Les registres paroissiaux mentionnent une surmortalité brutale, concentrée sur quelques mois.

Face au fléau, les habitants de Mussy formulent un vœu collectif : « Si la communauté est épargnée, une croix sera élevée en signe de reconnaissance ». Lorsque l’épidémie recule, la croix est érigée à l’entrée du bourg, près du cimetière Saint‑Roch, saint traditionnellement invoqué contre les épidémies.

Cette croix devient alors un lieu de mémoire, mais aussi un lieu de protection symbolique, où l’on venait prier lors des épidémies suivantes (notamment en 1636 et 1668).

 Description architecturale :

 Socle massif, carré, taillé dans la pierre locale.

Légèrement évasé, typique des croix votives du XVIIᵉ siècle.

Traces d’usure naturelle, mais structure intacte.

 Le fût est élancé, finement sculpté.

Décor végétal stylisé (feuilles, tiges, volutes).

Travail d’un artisan local maîtrisant parfaitement la pierre calcaire.

Patine grise et dorée due au lichen.

 La croix : Croix latine simple, mais élégante.

Présence d’un Christ en relief, très érodé mais encore lisible.

Bras légèrement chanfreinés.

Style sobre, typique des croix de peste (on évite les ornements excessifs).

 La croix se distingue par :

son équilibre (ni trop massive, ni trop fine),

sa hauteur (impressionnante pour une croix votive rurale),

la qualité de la sculpture,

sa lisibilité malgré quatre siècles d’intempéries.

 Fonction :

Croix de vœu : érigée en remerciement après la peste.

Croix protectrice : on y priait saint Roch et saint Sébastien.

Croix de limite : marquait la zone du cimetière des pestiférés.

État de conservation

Très bon état général, ce qui est exceptionnel pour une croix de peste.

Le fût est intact, la croix est stable, le socle n’est pas affaissé.

Le Christ est érodé, mais identifiable.

L’ensemble a probablement bénéficié d’un entretien discret mais régulier par la commune ou des habitants.

 Croix en pierre du 16s : classement par arrêté du 24 avril 1909

 La Croix de la Peste de Mussy‑sur‑Seine est l’une des plus belles croix de peste encore visibles en Champagne. Un témoignage rare d’un vœu collectif du XVIIᵉ siècle, un élément majeur du patrimoine rural champenois.





Les croix de peste disparues

Il fut un temps où chaque ville, chaque bourg, chaque hôpital possédait sa croix de peste. Érigées dans l’urgence, souvent en pleine épidémie, elles marquaient les lieux d’inhumation rapide, les cimetières provisoires, les abords des hôpitaux ou les faubourgs où l’on isolait les malades. Ces croix n’étaient pas des monuments de prestige : elles étaient des signes de détresse, de prière et de protection, dressées pour conjurer le fléau et rappeler les morts.

Parce qu’elles n’étaient ni sculptées, ni classées, ni entretenues, la plupart ont disparu sans laisser de trace. Les révolutions, les alignements urbains, les travaux routiers, la suppression des cimetières intra‑muros et les réaménagements modernes ont effacé ces témoins fragiles de l’histoire sanitaire. Il n’en reste souvent que des mentions dans les archives, quelques lignes dans un registre paroissial, ou le souvenir d’un emplacement aujourd’hui méconnaissable.

Dans les villes suivantes — Troyes, Sens, Auxerre, Tonnerre, Bar‑sur‑Seine, Ervy‑le‑Châtel, Saint‑Florentin, Villeneuve‑l’Archevêque, Irancy, Cravant, Appoigny, Monéteau et Langres — les croix de peste ont bel et bien existé, parfois pendant plusieurs siècles, mais plus aucune n’est visible aujourd’hui. Pour chacune, il reste pourtant une histoire : un emplacement ancien, une date d’épidémie, un usage liturgique, un souvenir de procession ou de vœu collectif.

Ce chapitre rassemble ces croix disparues, non pour les pleurer, mais pour leur rendre leur place dans la mémoire locale. Car même effacées du paysage, elles demeurent des marqueurs essentiels de l’histoire des villes, des épidémies et des communautés qui les ont traversées.


TROYES (10)

 Ancien emplacement La croix se trouvait à proximité de l’ancien cimetière Saint‑Nizier, un des foyers majeurs de la peste de 1630–1636. Certaines sources la placent aussi près de la porte du Beffroi, où furent enterrés les pestiférés les plus pauvres.

 Date de la peste Épidémies majeures : 1628–1631, puis 1635–1636. Troyes fut l’une des villes les plus touchées de Champagne.

 Disparition Probablement détruite à la Révolution, comme la majorité des croix urbaines. Aucune mention après 1800.

 Processions / rites Des processions de pénitence furent organisées par les confréries de Saint‑Roch et de Saint‑Sébastien, mais aucune procession spécifique à la croix n’est attestée.

SENS (89)

 Ancien emplacement Située près de l’ancien hôpital Saint‑Jean, à l’extérieur des remparts, là où étaient regroupés les malades contagieux.

 Date de la peste Épidémie majeure : 1636, très documentée dans les registres capitulaires.

 Disparition Probablement détruite lors des grands travaux d’urbanisme du XIXᵉ siècle (percées, alignements, suppression des cimetières intra‑muros).

 Processions / rites Sens organisait des processions de supplication vers Saint‑Roch, mais aucune mention directe d’un rite autour de la croix.

 AUXERRE (89)

Ancien emplacement À proximité de l’ancien hôpital Saint‑Étienne, sur la route de Paris. Une seconde croix aurait existé près du cimetière Saint‑Amâtre.

Date de la peste Épidémies : 1628–1631 et 1636.

Disparition Les deux croix semblent avoir disparu entre 1789 et 1850, lors de la suppression des cimetières urbains.

Processions / rites Processions générales dans la ville, mais aucune mention d’un rituel propre à la croix.

 TONNERRE (89)

 Ancien emplacement Près de l’Hôtel‑Dieu Notre‑Dame des Fontenilles, à l’entrée de l’ancien cimetière hospitalier.

Date de la peste Épidémie majeure : 1636.

Disparition Probablement lors des réaménagements du site (XXᵉ–XXIe siècle). Plus aucune trace sur place aujourd’hui.

Processions / rites Les sœurs hospitalières faisaient des prières quotidiennes devant la croix, mais pas de procession publique.

Croix disparue.

 BAR‑SUR‑SEINE (10)

 Ancien emplacement À l’extérieur de la ville, près de l’ancien cimetière Saint‑Étienne, où furent enterrés les pestiférés.

Date de la peste Épidémie : 1630–1631.

Disparition Probablement au XIXᵉ siècle, lors de la reconstruction du quartier.

Processions / rites Aucune procession attestée, mais bénédiction annuelle du cimetière.

 ERVY‑LE‑CHÂTEL (10)

 Ancien emplacement Près de la porte Saint‑Nicolas, à l’extérieur des remparts, où se trouvait un petit cimetière secondaire.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Non datée, mais probablement avant 1900.

Processions / rites Processions pénitentielles attestées dans la ville, mais pas liées spécifiquement à la croix.

 SAINT‑FLORENTIN (89)

 Ancien emplacement À proximité de l’ancien hôpital Saint‑Nicolas, sur la route de Tonnerre.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Probablement lors des travaux d’urbanisation du XXᵉ siècle.

Processions / rites Aucune mention spécifique.

 VILLENEUVE‑L’ARCHEVÊQUE (89)

 Ancien emplacement Près du cimetière ancien, à l’entrée du faubourg Saint‑Jean.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Mentionnée encore au XIXᵉ siècle, absente dès 1950.

Processions / rites Processions de Saint‑Roch attestées.

 IRANCY (89)

 Ancien emplacement À l’entrée du village, près du chemin du cimetière ancien.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Probablement au XIXᵉ siècle.

 CRAVANT (89)

 Ancien emplacement Sur la route de Vincelottes, près d’un ancien lieu d’inhumation rapide.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Probablement lors des aménagements routiers du XXᵉ siècle.

Processions / rites Non attestés.

 APPOIGNY (89)

 Ancien emplacement Près de l’ancien hôpital Saint‑Loup, à l’extérieur du bourg.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Non datée, mais aucune trace après 1900.

Processions / rites Non documentés.

 MONÉTEAU (89)

 Ancien emplacement À proximité du vieux cimetière, sur la route d’Auxerre.

Date de la peste Épidémie : 1636.

Disparition Probablement au XIXᵉ siècle.

Processions / rites Aucune mention.

 LANGRES (52)

 Ancien emplacement Plusieurs croix existaient autour des portes de la ville, notamment près de la porte Longe‑Porte et de la porte des Moulins.

Date de la peste Épidémies : 1628–1631 et 1636.

Disparition La plupart détruites à la Révolution, les dernières au XIXᵉ siècle.

Processions / rites Langres organisait des processions de pénitence, mais pas liées à une croix précise.


 La peste en Champagne, à Troyes, à Tonnerre 

et dans les pays voisins

Registre de la peste à Troyes de 1516-1522

La Champagne, vaste plaine ouverte aux vents et aux routes, a toujours été un territoire de passage. Marchands, pèlerins, soldats, colporteurs, artisans, bêtes de somme et charrettes chargées de ballots y circulent sans cesse. Cette vitalité, qui fit la richesse de la région, fut aussi sa vulnérabilité. Car la peste, ce fléau qui traverse les siècles comme une ombre obstinée, suit les chemins des hommes. Et en Champagne, les chemins ne manquent pas.

Les premières mentions d’épidémies apparaissent dès le VIᵉ siècle, mais c’est en 1348, avec la grande peste noire, que le destin de la région bascule. Troyes, ville drapière et marchande, est frappée de plein fouet. La maladie devient endémique : chaque décennie du XVe siècle voit son lot de morts, de maisons fermées, de rues désertées. La peur est telle qu’en 1446‑1447, la ville interdit l’entrée aux Lorrains, accusés de transporter la contagion. Déjà, la Champagne se replie sur elle-même, tentant de dresser des barrières contre un ennemi invisible.

Le XVIᵉ siècle ouvre une période particulièrement sombre. Entre 1516 et 1523, les archives du chapitre cathédral de Troyes témoignent d’une organisation sanitaire étonnamment moderne : écoles fermées, malades expulsés vers la campagne, maisons purifiées par le feu, construction de « maisons des champs » pour isoler les pestiférés. Les autorités religieuses adaptent les rites : processions encadrées, portes de la cathédrale closes les jours de fête, chanoines mis à l’écart s’ils ont approché un malade. La peste n’est plus seulement une maladie : elle devient une force qui dicte ses règles à toute la cité.

L’épidémie de 1517‑1518 reste l’une des plus terribles. Elle apparaît en octobre 1517 dans les quartiers bas et humides, semble s’éteindre durant l’hiver, puis revient avec une violence accrue au printemps. Boutiot raconte qu’elle « atteignit son paroxysme en juin, en juillet et en août », avant de s’éteindre en novembre. Les autorités tentent de contenir le fléau par des mesures strictes. Un document de 1519 ordonne que les malades soient enfermés chez eux ou envoyés dans les maisons des champs. Ceux qui sortent doivent porter « verges blanches de la longueur d’une aulne de Paris », marcher au milieu des rues et avertir les passants de s’écarter. On imagine ces silhouettes blêmes, tenant leur bâton blanc comme un étendard de malheur, avançant dans des rues où chacun se détourne.

Mais la peste ne disparaît jamais vraiment. Elle revient par vagues, parfois faibles, parfois dévastatrices. Quelques cas en 1522, une aggravation en 1524, puis une accalmie jusqu’en 1529‑1530. Elle réapparaît en 1544‑1547, en 1555, puis avec force en 1562‑1563. Cette année‑là, Tonnerre est déjà touchée depuis 1561 ; la peste rôde, s’intensifie, se rapproche. Paris est frappée, Sens aussi, Provins, puis Troyes. Les années suivantes voient une succession de flambées : 1575, 1576, 1579, puis une épidémie très intense en 1581 suivie d’une rechute en 1582. La maladie revient encore en 1586, explose en 1596 et met quatre ans à s’éteindre. Le début du XVIIᵉ siècle n’est guère plus clément : 1606‑1607, puis 1631 (bénigne), 1632‑1633 (forte), et enfin une dernière grande période de 1636 à 1639. Après cette date, Troyes ne connaîtra plus d’épidémie officiellement désignée comme peste, mais la mémoire du fléau reste vive.

Tonnerre, ville hospitalière par excellence, n’est pas épargnée. Son Hôtel‑Dieu, l’un des plus anciens et des plus vastes de France, voit affluer les malades venus des villages environnants. Les sœurs, les frères hospitaliers, les médecins improvisés y affrontent la maladie avec un courage silencieux. Les registres, quand ils existent encore, témoignent de ces années où les fosses communes se remplissent plus vite que les cloches ne peuvent sonner.

Dans les campagnes autour de Tonnerre, de Chaource, de Bar‑sur‑Seine ou de Chablis, les villages isolent les malades dans des lieux appelés « terra » ou « serra ». On leur apporte la nourriture au bout d’une perche, dans le sens du vent, pour éviter toute contamination. Certains survivent, d’autres non. Les maisons abandonnées, les champs en friche, les troupeaux sans gardien racontent encore ces années de silence.

Les foires de Champagne, si prestigieuses, jouent malgré elles un rôle dans la diffusion du fléau. Les ballots de laine, les peaux, les étoffes, les sacs de grain transportent les puces infectées. À Troyes, on dit en 1517 que « les laines des drapiers et les vieux linges des papetiers » ont colporté la maladie. Les marchands étrangers, les forains — mot qui signifie alors « ceux du dehors » — sont surveillés, parfois refoulés. Les routes commerciales deviennent des veines par lesquelles circule la mort.


La peste frappe d’abord les quartiers pauvres, les métiers exposés : bouchers, boulangers, tanneurs, drapiers, papetiers, fossoyeurs, prêtres. À Langres, en 1632, les premiers cas apparaissent chez un tisserand et un tanneur. À Reims, en 1635, les 335 maisons infectées se situent presque toutes dans les quartiers misérables. Les riches ne sont pas épargnés, mais ils peuvent fuir, se réfugier dans leurs maisons de campagne, acheter des soins, des remèdes, des protections. Les pauvres, eux, restent.

La médecine, impuissante, tâtonne. On saigne, on purge, on applique des lapins ou des crapauds sur les bubons, on respire à travers des éponges imbibées de vinaigre. On prie saint Roch, saint Sébastien, saint Antoine. On multiplie les processions, les vœux, les ex‑voto. La foi devient un rempart symbolique contre un mal que l’on ne comprend pas.

C’est dans ce contexte que naissent les croix de peste. Certaines sont érigées en remerciement d’une protection : un village épargné, une famille sauvée, une épidémie qui s’éteint. D’autres marquent un lieu frappé : un carrefour où l’on déposait les morts, un champ où l’on creusait les fosses, un chemin où l’on isolait les malades. D’autres encore sont liées à des vœux collectifs : si la peste s’arrête, on dressera une croix. Ces croix, souvent simples, parfois sculptées, deviennent les témoins silencieux de ces siècles de peur et de résilience. Elles jalonnent encore les routes de Champagne, de l’Aube, du Tonnerrois, rappelant que la peste n’a pas seulement tué : elle a façonné les paysages, les mentalités, les gestes, les croyances.

Aujourd’hui, il ne reste plus de peste en Champagne. Mais les croix, les lieux‑dits, les archives, les récits, les silences même, racontent encore cette histoire. Une histoire longue, douloureuse, mais profondément humaine. Une histoire où Troyes, Tonnerre, les villages, les foires, les métiers, les familles ont affronté ensemble un ennemi invisible. 

Polidoro Caldara dit Polydore de Caravage (1495-1543),
Saint Roch bénissant un pestiféré agenouillé, musée du Louvre


Les croix de peste, colonnes et fûts en France et en Europe

 Ailleurs en Europe, loin des plaines de Champagne et des collines du Tonnerrois, les épidémies de peste ont laissé derrière elles d’autres traces, parfois très différentes, mais animées du même souffle : la peur, la foi, et le besoin de marquer la fin d’un fléau qui semblait ne jamais devoir s’éteindre. Dans de nombreuses régions, les communautés ont élevé des croix, des fûts ou même de véritables colonnes pour conjurer la maladie, remercier d’avoir été épargné ou rappeler le souvenir des morts. Ces monuments, qu’ils soient modestes ou grandioses, racontent tous la même histoire : celle d’un monde qui cherchait à survivre en donnant un sens à l’invisible.

 En France comme ailleurs, les croix de peste étaient d’abord des croix de pierre, conçues pour durer. Elles apparaissent dès le Moyen Âge et se multiplient jusqu’au XVIIIᵉ siècle. On en trouve en Bretagne, en Normandie, dans le Massif central, mais aussi en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Italie ou en Espagne. Certaines sont de simples croix dressées au bord d’un chemin ; d’autres sont de véritables ensembles sculptés. Le calvaire de Plougastel, en Bretagne, en est l’un des exemples les plus impressionnants. Érigé au début du XVIIᵉ siècle pour accomplir un vœu après une épidémie particulièrement violente, il présente un fût et un croisillon hérissés d’écots, ces excroissances qui évoquent des branches coupées. Au centre du socle, de grandes statues de saint Roch et de saint Sébastien, protecteurs traditionnels contre la peste, encadrent saint Pierre. Ce monument, unique en France par son ampleur, témoigne de la force de la dévotion populaire et de la volonté de laisser une trace visible de la délivrance.

 Dans d’autres régions, les croix servaient à marquer les lieux d’inhumation. En Angleterre, à Ross‑on‑Wye, une croix rappelle l’endroit où plus de trois cents victimes furent enterrées sans cercueil en 1637. En France, certaines croix commémorent également les fosses communes, comme la croix Romaric dans les Vosges. Ces monuments rappellent les enterrements nocturnes, les charrettes silencieuses, les confréries de charité chargées de ramasser les morts lorsque plus personne n’osait approcher les maisons infectées.

 L’Angleterre a développé une autre forme de monument, plus rare mais très évocatrice : les croix de marché et les pierres à vinaigre. Lors des épidémies, les marchés étaient déplacés hors des villes pour éviter les contacts. Les habitants déposaient l’argent dans une pierre creusée remplie d’eau ou de vinaigre, censée purifier les pièces. La pierre d’Eyam, percée de plusieurs trous, est restée célèbre pour cet usage. Ces dispositifs, à la fois pratiques et symboliques, montrent comment les populations tentaient de concilier survie économique et protection sanitaire.

 Les croix de peste ne sont pas toujours reconnaissables au premier regard. Certaines portent une inscription mentionnant la peste et une date, ce qui constitue la seule preuve indiscutable. D’autres présentent des signes plus ambigus : des bubons sculptés, des statues de saints protecteurs, ou des écots. Les croix écotées, très nombreuses en Bretagne, sont hérissées de moignons de branches qui symbolisent l’arbre de vie. La tradition populaire y voyait aussi une ressemblance avec les bubons de la peste, et leur attribuait un pouvoir protecteur. Dans le Léon, ces croix portent d’ailleurs le nom de Croas ar Vossen, “croix de peste”. Certaines sont explicitement datées, comme celle de Plouezoc’h, gravée en 1621.

 Dans le Massif central, les croix écotées sont plus rares, mais elles voisinent avec un autre type de monument : les croix à bubons. Celles‑ci portent de petites bosses lisses, disposées en séries autour du fût. Elles sont très nombreuses dans la Manche et l’ouest du Calvados, souvent datées du XVIIᵉ siècle. Dans le Forez, ces bosses sont appelées argnats, et la tradition voulait qu’on dépose une pièce au pied de la croix ou qu’on se frotte contre les reliefs pour demander la guérison. Ces gestes, à mi‑chemin entre la foi et la magie populaire, montrent combien la peste bouleversait les certitudes et poussait les populations à chercher des protections partout où elles pouvaient en trouver.

 Plus à l’est, dans les régions marquées par l’influence des Habsbourg — Autriche, Bohème, Moravie, Hongrie — les épidémies ont donné naissance à un autre type de monument : les colonnes de peste. Apparues au XVIIᵉ siècle, elles sont de style baroque, souvent monumentales, surmontées de la Vierge ou de la Sainte Trinité. La plus célèbre est la colonne de la Sainte‑Trinité de Vienne, élevée après la peste de 1679. Ces colonnes ne sont pas seulement des monuments religieux : elles affirment aussi la puissance de la Contre‑Réforme et la grandeur des souverains qui les ont commandées. Elles mêlent la mémoire du fléau, la dévotion, et la propagande politique, dans un style foisonnant typique de l’Europe centrale.

 Dans ces mêmes régions, on trouve également des monuments intermédiaires entre la croix et l’oratoire : les Bildstock en Allemagne et en Autriche, ou les znamenje en Slovénie. Ce sont des fûts élancés, parfois creusés de niches abritant des statues, surmontés d’une croix ou d’un petit toit. Certains commémorent la peste, d’autres non, mais tous appartiennent à la même tradition de monuments de chemin destinés à protéger les voyageurs et les villages.

 La France possède aussi un exemple tardif de monument commémoratif : une colonne élevée en 1802 pour honorer les volontaires qui avaient combattu la peste de Marseille en 1720. Contrairement aux croix anciennes, elle ne marque ni une fosse commune ni un lieu d’inhumation, mais célèbre le courage civique. C’est l’un des premiers monuments français à rendre hommage non pas aux morts, mais aux vivants qui avaient affronté le fléau, annonçant les monuments aux morts des siècles suivants.

 Ainsi, des croix bretonnes aux colonnes viennoises, des pierres à vinaigre anglaises aux fûts sculptés du Massif central, l’Europe a laissé une multitude de traces de son combat contre la peste. Ces monuments, si différents dans leur forme, racontent pourtant la même histoire : celle de communautés qui, face à la peur, ont cherché à se protéger, à remercier, à comprendre, et à transmettre. Ils sont les témoins silencieux d’un passé où la foi, la mémoire et la survie étaient indissociables.

 À travers la Champagne, la France et l’Europe entière, les croix de peste, les fûts, les calvaires et les colonnes dressés au fil des siècles composent un paysage de pierre où se lit l’une des plus grandes peurs de l’humanité. Ces monuments, si différents dans leur forme, racontent pourtant la même histoire : celle de communautés confrontées à un fléau invisible, imprévisible, qui frappait sans distinction et bouleversait l’ordre du monde. Qu’il s’agisse des croix modestes plantées au bord d’un chemin champenois, des calvaires bretons hérissés d’écots, des croix à bubons de Normandie, des pierres à vinaigre anglaises ou des colonnes baroques de l’Europe centrale, toutes témoignent d’un même réflexe : chercher à comprendre, à conjurer, à remercier, à survivre.

 Ces monuments ne sont pas seulement des traces religieuses. Ils sont les témoins d’une organisation sociale, d’une solidarité, d’une mémoire collective. Ils disent la peur, mais aussi la résilience. Ils rappellent les processions silencieuses, les vœux prononcés dans l’urgence, les fosses creusées de nuit, les confréries de charité qui ramassaient les morts quand plus personne n’osait approcher les maisons infectées. Ils évoquent les villages qui se barricadaient, les villes qui fermaient leurs portes, les familles qui déposaient l’argent dans une pierre remplie de vinaigre pour éviter la contagion. Ils racontent les gestes de foi, les gestes de survie, les gestes d’espoir.

 En Champagne comme ailleurs, ces croix ont marqué les frontières symboliques entre le monde des vivants et celui de la maladie. Elles ont protégé, rassuré, guidé. Certaines ont disparu, d’autres ont été déplacées, d’autres encore se dressent toujours, ignorées des passants mais chargées d’une mémoire que le temps n’a pas effacée. Elles rappellent que la peste n’a pas seulement tué : elle a façonné les paysages, les croyances, les mentalités. Elle a laissé derrière elle une géographie sacrée, faite de pierres dressées, de vœux gravés, de silhouettes de saints veillant sur les chemins.

 Ces croix, ces fûts et ces colonnes sont les derniers témoins d’un combat ancien. Elles ne sont plus des remparts contre la maladie, mais des repères pour comprendre ce que furent ces siècles de peur et de courage. Elles nous invitent à regarder autrement les villages, les carrefours, les lisières de forêts, les places de marché où elles se dressent encore. Elles nous rappellent que nos ancêtres, malgré la terreur, ont trouvé la force de laisser des signes, des prières, des monuments. Et que dans ces pierres silencieuses se trouve encore, intacte, la mémoire de leur humanité.


Colonne de peste de 1657, Deutsch Goritz - Autriche.


Plougastel-Daoulas (29)

Calvaire de Peste en 1856 dans le cimetière autour de l'église

Le calvaire de Plougastel-Daoulas fut érigé entre 1602 et 1604 pour accomplir un vœu après la peste de 1598. Considéré comme l’un des plus importants de Bretagne, il reprend la structure monumentale des grands calvaires léonards : une base carrée flanquée de quatre éperons percés de baies, chacun orné d’un évangéliste. Une frise sculptée ceinture la plate-forme supérieure où se dressent les trois croix, celle du Christ à double traverse et celles des larrons, entourées d’environ 150 personnages représentant les scènes de la Passion. Le fût et le croisillon de la croix centrale portent des écots, et les statues de saint Roch et de saint Sébastien rappellent explicitement l’origine votive du monument, élevé en remerciement de la fin de l’épidémie.

 Au fil des siècles, le calvaire a subi les épreuves du temps et de l’histoire. Il fut gravement endommagé lors des bombardements d’août 1944, lorsque la poche allemande de Brest fut pilonnée par les forces alliées. Plusieurs éléments furent brisés ou projetés au sol, et une partie des sculptures dut être restaurée après la guerre. Les travaux menés en 1950 permirent de redonner au monument son unité et sa lisibilité, tout en conservant les traces de son ancienneté. Classé Monument historique dès 1881, il demeure aujourd’hui l’un des témoignages les plus spectaculaires de la mémoire de la peste en Bretagne, mais aussi de la résilience d’un patrimoine qui a traversé les siècles et les conflits.

Septembre 1944 après les bombardements d'Août

Le calvaire de Plougastel-Daoulas est haut d'environ 10 mètres. L'octogone qui forme le noyau du soubassement a 1,70 mètre de côté. Il est flanqué de quatre épais contreforts.

 Sur ce socle de microdiorite quartzique jaune de Logonna-Daoulas, 182 statues sont sculptées en pierre de Kersanton de couleur bleue, les plus grandes mesurant un mètre et pèsent de 100 à 200 kilos. Elles illustrent, en 28 tableaux, des scènes bibliques de la vie du Christ ou des scènes légendaires comme Katel Kollet. Il s'agit d'un des sept grands calvaires de Bretagne. Un escalier de 14 marches près du contrefort nord-ouest permet d'accéder à la plate-forme centrale où s'installait autrefois le prédicateur.

 Le calvaire, érigé sur le modèle de celui de Guimiliau, en est toutefois différent. La distribution des figures n’est pas ordonnée linéairement avec exactitude mais semble correspondre à quatre thématiques répondant aux points cardinaux. Ce sont à l’Est la naissance et l’ensevelissement, au Nord la souffrance, au Sud la Pâque et le chemin de croix, à l’Ouest la mort et la résurrection

 Le chanoine Jean-Marie Abgrall a fait une longue description, très détaillée, de ce calvaire. Léon Le Berre a ainsi décrit ce calvaire en 1937 :

 « Le massif carré aux angles formés de contreforts, percés d'arcades, accostés des quatre Évangélistes, est surmonté des statues de saint Pierre et de saint Sébastien. Un ange recueille le sang du Christ et Longin, le porte-lance, dont la tradition veut qu'une goutte de pluie sacrée l'ait guéri du mal d'yeux, se protège la vue de la main gauche. Sans doute rappelle-t-il ainsi la spécialité pour laquelle l'implora le Moyen Âge, lui l'auteur du drame de la Passion, devenu lui-même un Saint. Un autre converti, digne des soins de l'artiste populaire, est Dixmas, le Bon Larron dont un ange guette l'âme au haut de son gibet. Le diable fait la même offre, pour le brigand impie et blasphémateur [le mauvais laron], même geste, résultat différent. Ainsi qu'à Guimiliau, une foule de personnages, costumés dans le goût du temps, ajoutent au fourmillement de règle dans nos calvaires le pittoresque de l'anachronisme, par exemple ces paysans en bragou-braz (ce vêtement commençait à peine pour la campagne, en 1602), et précédant le cortège avec des binious comme l'a décrit Émile Souvestre. À la vérité, il y a chez ces « santons » de granit moins de truculence peut-être qu'à Guimiliau, mais plus de recueillement aussi dans les scènes où ils participent comme « l'Entrée triomphante de Jésus à Jérusalem » 


Le calvaire de nos jours

verso


Ross-on-Wye


La Croix de la Peste a été érigée dans le cimetière de St Mary's en 1637 en mémoire de 315 habitants de la ville qui sont morts cette année-là de la peste et ont été enterrés à proximité dans une fosse commune, la nuit et sans cercueils.

En 1896, la Croix de la Peste était en ruine et sa partie supérieure avait disparu. Elle fut restaurée par la suite. Depuis 1952, elle est classée monument historique de Grade II* et, depuis 1997, monument classé.


Haut du Tôt – Vosges

 Dans le discours qu’il prononça lors de la fête du centenaire de l’église du Haut du Tôt, en 1932, Monsieur le curé Renard relata que les premiers habitants du Haut du Tôt furent des catholiques Irlandais fuyant la persécution de la reine Elisabeth 1ère d’Angleterre.

Sur ce plateau, recouvert de forêts, ces hommes et ces femmes défrichèrent des lopins de terre qui appartenaient aux dames chanoinesses du Chapitre de Remiremont ou au duc de Lorraine moyennant des redevances.

Après quelques dizaines d’années passées à mettre en valeur ce plateau, les habitants furent frappés, de 1630 à 1637, par l’épidémie de peste qui décima la population. Les malades étaient rejetés et isolés. Les morts étaient inhumés sur place sans aucun signe religieux. Quelques années plus tard des croix furent élevées sur les lieux des inhumations de ces pestiférés pour que ceux-ci aient malgré tout une sépulture chrétienne et que les rescapés puissent prier pour eux.

Ainsi fut élevée la croix Lambia dont le nom est le sobriquet patois d’André Lambert qui érigea cette croix en 1654, à la mémoire de ceux qui avaient été enterrés en ce lieu situé à la limite des sections de Vixard et du Haut des Charmes.

Puis en 1672, fut dressée la croix Romaric à l’initiative de Jean Romaric Grandemange de

Remiremont. Cette croix honore la mémoire de ceux qui sont morts de la peste dans ce secteur du Haut des Charmes appelé la Grange-Romaric en amont du vallon du Mourot.

Après la pandémie, la vie reprit son cours. Des fermes en pierres locales remplacèrent les granges primitives en bois. Les années s’écoulèrent au rythme des saisons dans la rudesse du climat et la pénibilité des travaux dans ces fermes où tout se faisait à la main.

Croix Lambia                                        Croix Romaric


Pierre de Vinaigre 


En 1665‑1666, la Grande Peste ravage Londres et plusieurs villages anglais. Pour éviter la contagion, les habitants déposaient l’argent dans une cavité remplie de vinaigre, censé désinfecter les pièces avant qu’un marchand extérieur ne les récupère.

Ces pierres servaient donc de point d’échange “sanitaire” entre zones infectées et zones saines. Bloc de pierre taillé avec une cuve ou cavité sur le dessus

Souvent gravé de la date de la peste et d’une inscription comme “Plague 1666”.

Certaines sont encore visibles à Eyam, le “village de la peste” dans le Derbyshire, célèbre pour s’être volontairement isolé pour éviter de propager la maladie.

Le mot anglais Plague veut dire en français : Peste 


Slovénie

La colonne de la peste de Maribor

Sur la place principale de Maribor (Glavni trg) se dresse un monument historique majeur : le Mémorial de la Peste, ou Colonne de la Peste (Kužno znamenje). Érigé entre 1743 et 1745 par le sculpteur Joseph Straub, cette œuvre baroque rend hommage à la fin de la terrible épidémie de peste de 1680 qui décima la ville. Elle rappelle avec force le tribut que ces maladies ont imposé à l’Europe au fil des siècles.

 La colonne est dédiée à la Vierge Marie, vénérée sous le nom de Marie, Auxiliatrice des Chrétiens, protectrice invoquée contre les épidémies. Cette tradition d’ériger des monuments votifs après la fin d’une peste était courante en Europe centrale aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

 Au sommet, la statue dorée de la Vierge Marie se dresse sur un nuage, écrasant un dragon symbolisant le mal et la maladie ; Marie incarne la protection divine et la miséricorde. Autour de la base, six statues de saints veillent sur la ville : saint Sébastien, saint Roch, saint François Xavier, saint Antoine de Padoue, saint Jacques et saint François d’Assise, chacun représenté avec ses attributs traditionnels — flèches pour Sébastien, chien portant du pain pour Roch, globe missionnaire pour François Xavier.

 Le Mémorial de la Peste transcende la simple expression religieuse : c’est un témoignage de résilience et de gratitude. Il demeure le symbole de la foi des habitants de Maribor, reconnaissants d’avoir survécu à l’épidémie, et un repère baroque d’une beauté saisissante au cœur de la ville.



LA LÉGENDE DE CROAS AR VOSSEN



En 1598, un jeune couple de Plougastel croisa une vieille femme misérable près du Camfrout, à Guipavas, alors qu’ils revenaient de Brest. Pris de pitié, ils l’aidèrent à traverser l’Elorn jusqu’à Plougastel. Une fois sur la rive, elle révéla être Ar Vossen, la Peste, annonçant qu’elle allait frapper la région. Par gratitude, elle promit d’épargner leur moulin, situé près de Toul ar Groas, sur le chemin de la Pointe de l’Armorique. L’épidémie ravagea tout, mais s’arrêta à leur porte.

Aujourd’hui, la Croix de la Peste (Croas ar Vossen) rappelle cette légende bretonne.

(monument en restaurations)

 

Bildstock


Un Bildstock désigne en Allemagne occidentale, en Autriche, en Moselle germanophone et en Alsace une sculpture religieuse située aussi bien en bordure de chemin qu'en façade d'édifices pour rappeler les affres de la peste. C'est une sorte d'oratoire, le plus souvent composé d'un socle supportant un fût coiffé d'un édicule cubique comportant quatre niches dans lesquelles sont sculptés des saints avec leurs attributs, le tout parfois surmonté d'une croix.

 Le terme « bildstock » est d’origine germanique, « stock » signifiant « bâton » et « bild » « image ». Constitué d’un socle, d’un fût de 1,50 à 2 mètres et d’un dé de pierre, creusé de niches susceptibles de recevoir des statuettes en haut ou bas relief et surmonté d’une bâtière, le monument ressemble effectivement à un « bâton à images ». En réalité, il s’agit tout simplement d’une catégorie des nombreuses croix qui jalonnaient les chemins ruraux dès la fin du Moyen Age, et qui ne peuvent se concevoir que si l’on se replace dans le contexte de la foi religieuse, vivante et sincère, de l’époque.

 Cette ferveur religieuse est du reste ravivée par le climat d’insécurité, voire d’angoisse, consécutif aux famines, épidémies de peste et guerres incessantes, la seule source d’espoir consistant à s’en remettre à Dieu, soit pour éviter les fléaux, soit pour le remercier d’y avoir échappé. C’est ce qui explique pourquoi la grande majorité de bildstocks a été érigée par des particuliers fortunés aux alentours de la Guerre de Trente Ans, particulièrement atroce ; Mais on en a construit à toutes les époques (voir ci-dessous : « l’exemple de Kœnigsmacker »), toujours à des moments d’incertitude : les premiers datent du XIVème siècle ; au XVIIIème siècle, leur forme est quelque peu différente ; ils connaissent un regain d’intérêt au XIXème siècle.

 A l’instar des vitraux des cathédrales, pour suppléer au fait que le grande majorité de la population ne savait pas lire, les bildstocks représentent un témoignage parmi d’autres de l’imagerie chrétienne populaire héritée du Moyen Age : la crucifixion, symbole de Rédemption, est largement majoritaire ; la représentation de Saint Pierre, dont les clés ouvrent la porte du paradis, figure en bonne place ; vient ensuite le cortège de tous les saints, dont les figures sont en général accompagnées de leur symbole.

 

 Wallerstein - Bavière

Colonne de la Trinité du XVIIe siècle avec les Saints de la peste

 À Wallerstein, en Bavière, se dresse une élégante colonne de la Trinité datant du XVIIᵉ siècle, érigée en hommage à la fin d’une épidémie de peste. Comme beaucoup de monuments votifs de cette époque, elle exprime la gratitude des habitants envers la Sainte Trinité pour avoir épargné la communauté ou mis un terme au fléau.

L’ensemble adopte le langage du baroque d’Europe centrale : nuées sculptées, anges protecteurs, symboles de foi et de victoire sur le mal. La peste y est souvent figurée comme une force sombre ou terrassée, tandis que la Trinité domine le sommet, signe de protection retrouvée.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette colonne n’est pas en Autriche, même si elle rappelle les grandes colonnes votives viennoises. Elle appartient bien au patrimoine religieux de la Bavière souabe, dans le petit bourg de Wallerstein, où elle demeure un témoignage de la piété populaire face aux grandes épidémies du XVIIᵉ siècle.


Alsace

Steinbrunn, croix de peste de 1662

À Steinbrunn, dans le Haut‑Rhin, subsiste une croix de peste datée de 1662, l’une des plus anciennes et des plus parlantes d’Alsace. Elle fut érigée à la suite d’une épidémie qui frappa le Sundgau au milieu du XVIIᵉ siècle, dans un contexte encore marqué par les ravages de la guerre de Trente Ans et les résurgences de peste qui suivirent.

 La croix, taillée dans le grès local, adopte la forme simple et dépouillée typique des monuments votifs ruraux : un fût droit, un croisillon court, et un socle massif portant la date 1662. L’ensemble n’a rien de monumental, mais il exprime avec force la piété populaire et la volonté de marquer un lieu de protection. Comme souvent, elle se situe à l’écart du village, près d’un ancien chemin, rappelant la fonction de ces croix : demander la sauvegarde des habitants, sanctifier les abords, et tenir à distance le mal.

 On y voit clairement la croix de peste de Steinbrunn, datée de 1662, dressée dans un cadre champêtre. Le monument est typique des croix votives du XVIIᵉ siècle : un fût élancé en grès, surmonté d’un lanterneau ajouré et d’une croix sommitale. L’inscription « O CRUX AVE SPES UNICA » (« Salut, ô Croix, unique espérance ») renforce le caractère de prière et de protection contre le fléau.

 Cette croix, érigée après une épidémie de peste qui toucha le Sundgau, témoigne de la piété populaire et de la mémoire collective face aux grandes épidémies du XVIIᵉ siècle. Son emplacement, entre champs et haies, rappelle la fonction de ces monuments : sanctifier les abords du village et marquer la fin du mal. Elle appartient à la grande tradition des croix de peste du Rhin supérieur, où l’on érigeait des monuments de reconnaissance après la disparition du fléau. Elle demeure aujourd’hui un témoin rare et intact de la mémoire des épidémies du XVIIᵉ siècle dans le Sundgau.

 

Autriche

 Colonne de peste à la Vierge et l’Enfant (1759)

À Purbach am Neusiedler See, dans le Burgenland autrichien, se dresse une colonne de peste datée de 1759, érigée en remerciement pour la fin d’une épidémie. Adossée à une façade du centre historique, elle témoigne de la persistance des traditions votives en Europe centrale jusque dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle.

Le monument se compose d’un fût baroque en pierre, richement décoré de rinceaux et de motifs végétaux polychromes. Ce fût soutient un chapiteau orné de têtes d’angelots, typique de l’art populaire régional. Au sommet, sous une petite toiture galbée, se trouve le groupe sculpté de la Vierge et l’Enfant, trônant au‑dessus du globe terrestre, symbole de protection et de victoire sur le mal. À leurs côtés prennent place les saints protecteurs de la peste, souvent représentés dans ce type de monuments : saint Roch, saint Sébastien ou saint Charles Borromée.

Par son iconographie et sa composition, cette colonne exprime la gratitude des habitants et leur confiance dans l’intercession mariale face aux fléaux. Elle illustre parfaitement la continuité des monuments votifs tardifs, où la piété populaire se mêle à un décor baroque encore très vivant dans les campagnes autrichiennes. Aujourd’hui, elle demeure un élément marquant du patrimoine religieux de Purbach, rappel discret mais éloquent des épidémies qui ont rythmé l’histoire de la région.

Vienne 



Vienne – Colonne de la Trinité (Pestsäule), 1679‑1694

Au cœur du Graben, à Vienne, s’élève la colonne de la Trinité, monument baroque majeur érigé après la terrible peste de 1679. L’empereur Léopold Iᵉʳ, qui avait fui la ville pendant l’épidémie, fit le vœu d’élever une colonne si le fléau cessait ; ce vœu devint l’un des symboles les plus puissants de la piété impériale.

Une première colonne en bois fut dressée dès 1679, puis remplacée par l’ouvrage définitif, inauguré en 1694 après quinze années de travail et de remaniements. Plusieurs artistes illustres y participèrent : Mathias Rauchmiller, Johann Bernhard Fischer von Erlach, Paul Strudel, et l’ingénieur italien Lodovico Burnacini, qui imagina la spectaculaire pyramide de nuages s’élevant vers la Trinité.

Le monument, d’une richesse sculpturale exceptionnelle, raconte la peste comme un châtiment divin écarté par la foi et l’intercession impériale. À la base, Léopold Iᵉʳ est représenté agenouillé, priant la Foi ; au‑dessus, les anges et les vertus s’élèvent dans un tourbillon de nuées ; au sommet, la Sainte Trinité domine la ville.

La colonne de la Trinité est aujourd’hui considérée comme l’un des ensembles sculpturaux les plus ambitieux et innovants de l’Europe post‑bernienne. Elle marque la transition du classicisme vers le baroque viennois, où la ferveur religieuse se fait théâtre : un monument de gratitude, de puissance et de lumière, dressé au cœur de la capitale des Habsbourg.


Conclusion : un paysage européen façonné par la mémoire de la peste



En parcourant l’Europe centrale — de la Bavière au Tyrol, de la Styrie à la Slovénie, jusqu’aux grandes villes autrichiennes — on découvre un phénomène unique : un véritable paysage monumental dédié à la mémoire de la peste. Nulle autre région du continent n’a produit une telle densité de colonnes votives, de croix, de Bildstock, de chapelles et de statues érigées en remerciement pour la fin des épidémies. Ces monuments, parfois modestes, parfois grandioses, forment aujourd’hui un réseau silencieux mais omniprésent, témoin d’un passé marqué par la souffrance, la foi et la résilience.

Les pestes du XVIIᵉ siècle — notamment celles de 1629‑1631 et de 1679 — ont ravagé l’Allemagne du Sud et l’Autriche, emportant jusqu’à la moitié de la population dans certaines vallées alpines. Face à ces catastrophes, les communautés ont développé une tradition profondément ancrée : le vœu votif (Gelübde). Si la peste s’arrêtait, si le village survivait, alors on érigerait une colonne à la Vierge, à la Sainte Trinité, ou aux saints protecteurs comme saint Roch, saint Sébastien, saint François Xavier ou saint Charles Borromée. Et ces promesses furent tenues, partout, avec une constance remarquable.

C’est ainsi qu’apparurent les grandes colonnes baroques, dont certaines sont devenues de véritables chefs‑d’œuvre : la Pestsäule de Vienne (1693), la Dreifaltigkeitssäule de Linz (1723), la colonne mariale de Salzbourg (1687), ou encore la colonne de la peste de Maribor, érigée sur la place Glavni trg et entièrement reconstruite en 1743 par le sculpteur Joseph Straub. Ces monuments, souvent en marbre blanc, associent la verticalité triomphante du baroque à une iconographie puissante : la Vierge écrasant le dragon, la Trinité rayonnante, les saints protecteurs veillant sur la cité.

À côté de ces œuvres monumentales, des milliers de Bildstock — petites colonnes votives de pierre — jalonnent les chemins, les carrefours, les entrées de villages. Beaucoup furent érigés ou restaurés après les pestes, devenant des repères familiers du paysage bavarois et autrichien. Ils témoignent d’une religiosité populaire vivante, mais aussi d’une volonté de marquer l’espace pour conjurer le souvenir du mal.

L’ensemble forme aujourd’hui un patrimoine exceptionnel, à la fois artistique, historique et anthropologique. Ces monuments ne sont pas de simples objets de piété : ils racontent la peur, la perte, la gratitude, la reconstruction. Ils disent la fragilité des sociétés humaines face aux épidémies, mais aussi leur capacité à transformer la douleur en mémoire durable. À travers eux, l’Europe centrale a inscrit dans la pierre une immense leçon d’histoire : celle d’un continent qui a survécu, qui s’est relevé, et qui a choisi de se souvenir plutôt que d’oublier.

 

 La Peste en France, en 1348


Les saints protecteurs : découvrez leur histoire en cliquant sur leur nom.


SAINT ROCH

SAINT SÉBASTIEN

SAINT CHARLES BORROMÉE

SAINT FRANCOIS XAVIER




CROIX de PESTE

  Gérard Audran d’après le Troyen Pierre Mignard, La Peste d’Éaque, 1685 Les croix de peste   monuments de peur, de foi et de mémoire Lors...