Montiéramey – Aube (10) Encadré en rouge sur
la carte de Cassini
Il est des abbayes qui, au fil des siècles, ne se contentent
pas de prier : elles tissent, patiemment, une toile de droits, de terres, de
privilèges et d’alliances qui finit par façonner tout un territoire.
Montiéramey est de celles-là.
Entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle, l’abbaye apparaît dans les
chartes comme un organisme vivant, mouvant, qui négocie, achète, revend,
arbitre, réclame, parfois se bat — et presque toujours gagne. Les évêques la
reconnaissent, les seigneurs la redoutent, les comtes la respectent, les juges
la confirment. À travers les actes conservés dans son cartulaire, c’est tout un
monde féodal qui se dévoile : un monde de dîmes, de terrages, de moulins, de
forêts, de femmes de corps, de droits de pêche, de coutumes, de patronages, de
procès interminables et de paix imposées.
Ce chapitre rassemble les actes les plus significatifs —
épiscopaux, judiciaires, seigneuriaux et royaux — et les restitue dans une
narration continue, pour redonner chair à ce que furent réellement les pouvoirs
de Montiéramey.
Le village de Montiéramey, aujourd’hui paisible commune du
canton de Lusigny, à une vingtaine de kilomètres au sud‑est de Troyes, porte
encore dans son nom l’empreinte de l’abbaye qui l’a façonné. À peine une
centaine d’habitants y vivent désormais, mais le lieu fut jadis le centre d’un
pouvoir spirituel et temporel qui rayonnait sur tout un territoire.
L’origine de l’abbaye remonte au IXᵉ siècle. Un prêtre du
diocèse de Troyes, nommé Arrémare — ou Ademare selon les sources — chercha la
solitude à l’orée de la grande forêt du Der. Là, dans ce paysage encore
sauvage, il fonda un ermitage qui devint bientôt un monastère, puis une abbaye
reconnue, dotée, protégée, et finalement puissante.
De ce noyau primitif allait naître une seigneurie monastique
dont l’influence, au fil des siècles, s’étendrait sur les terres, les hommes,
les chemins, les forêts et les villages environnants.
L’abbaye de Montiéramey, fondée au IXᵉ siècle à l’orée de la
grande forêt du Der, n’est pas seulement un lieu de prière : c’est un acteur
majeur de l’histoire médiévale champenoise. À partir d’un ermitage fondé par un
prêtre solitaire, Arrémare, s’est développé un établissement religieux dont
l’influence s’est étendue bien au-delà de ses murs. Du XIIᵉ au XIIIᵉ siècle,
Montiéramey devient une véritable seigneurie monastique, dotée de droits, de
terres, de granges, de moulins, de forêts, d’hommes et de femmes de corps, et
d’un réseau d’alliances avec les évêques, les comtes de Champagne et les
seigneurs locaux.
Cette étude propose de redonner vie à ce monde disparu. Elle
explore les multiples dimensions du pouvoir monastique : la gestion des terres,
la collecte des dîmes, l’organisation des granges, les droits d’usage dans les
forêts, les litiges, les arbitrages, les passages, les ponts, les moulins, les
fours, les hommes et femmes dépendants, les chemins, les vignes, les symboles,
les rites et la topographie sacrée qui structure le territoire.
À travers les chartes, les actes épiscopaux, les sentences
judiciaires et les donations seigneuriales, se dessine un paysage vivant :
celui d’une abbaye qui façonne son pays autant qu’elle en est façonnée.
Montiéramey apparaît alors non comme un simple monastère isolé, mais comme un
centre de pouvoir, un organisateur du territoire, un acteur politique, un
paysage habité par le sacré.
Ce travail invite à parcourir ce territoire, à comprendre
ses structures, à entendre ses voix, à suivre ses chemins, à lire ses paysages
comme un texte. Il montre comment une abbaye champenoise a pu, pendant des
siècles, tenir son rang au cœur du pouvoir médiéval.
Fondation de l’abbaye
Diplôme de Charles le Chauve (854)
Acte royal confirmant la fondation de l’abbaye de Montiéramey sur les
terres données par le comte Aleran de Troyes. (Arch. Dép. de l’Aube)
La région où Arrémare s’était retiré était désignée
sous le nom de insula Manutis Corbonis ou Meiz‑Corbon. Aleran,
premier comte de Troyes, lui fit don, en 837, de l’emplacement où se
trouvait son ermitage.
Encouragé par ce bienfait et par l’autorisation d’Adalbert,
évêque de Troyes, Arrémare entreprit la fondation d’un monastère dédié à saint
Pierre, apôtre. Il lui donna le nom de :
- Nova Cella in Dervo — la Nouvelle Cellule dans
le Der,
pour le distinguer du monastère de Montier‑la‑Celle à
Saint-André (les Vergers), près de Troyes, alors appelé :
- Cella Antiqua — l’Ancienne Cellule.
Cette fondation fut solennellement approuvée par le
pape Léon IV en 853. Le monastère prit alors les noms
de :
- Montier‑Adremare
- Monasterium Adremari — Monastère d’Adremare
- Monasterium Arremarense — Monastère d’Arremare
d’où dérive le nom actuel Montiéramey.
En 883,
le roi Carloman, confirmant les
donations faites au couvent, accorda aux religieux le droit d’élire leurs abbés
selon la règle de saint Benoît, sans
intervention des comtes de Troyes ni d’aucun autre comte.
L’histoire complète de cette abbaye, l’une des plus
célèbres de l’ancien diocèse de Troyes, exigerait des développements
considérables qu’il serait téméraire d’entreprendre ici. Pour le lecteur
désireux d’étudier cette histoire, on peut consulter :
- Miscellanea historica de Nas Camusat, n° 283 et
suivants
- La Saincteté Chrestienne de Desguerrois, f° 210 et
suivants
- Topographie historique de Courtalon, t. III, p. 105
et suivantes
- Gallia Christiana (nova), t. XII, province de Sens,
diocèse de Troyes, p. 349 et suivantes
Les bâtiments monastiques
Au début du XIIIᵉ siècle, les bâtiments claustraux,
devenus insuffisants pour le nombre de religieux, furent abandonnés. Un nouveau
monastère et une nouvelle église furent construits, plus vastes et plus proches
de la rivière la Barse.
Ce nouveau monastère et son église furent déclarés
biens nationaux à la Révolution, vendus et démolis. Les constructions
subsistant aujourd’hui datent des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.
L’ancienne église conventuelle, celle qui existait
avant la translation du XIIIᵉ siècle, est devenue l’église paroissiale de
Montiéramey. Plusieurs parties primitives du XIIᵉ siècle subsistent encore.
Les
cartulaires
Trois cartulaires de l’abbaye sont connus.
1️ Le « Vieux cartulaire »
Aujourd’hui disparu. Il contenait les chartes les plus
anciennes, notamment celle de 837. Il n’est connu que par des citations
chez :
- Pithou, Les coutumes de Troyes (1609)
- André Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, Preuves
2️ Le cartulaire A (Archives de
l’Aube)
- petit in‑4°
- 24 folios de parchemin
- écriture du XIIIᵉ siècle
- chartes à partir de 1100
- état très dégradé (rongé, humide, folios manquants)
Malgré cela, il a pu être utilisé.
3️ Le cartulaire B (Bibliothèque
nationale, latin 5432)
- in‑4°
- écrit au XIVᵉ siècle
- commence en 1120
C’est celui désigné par la lettre B.
Les propriétés, les privilèges et les bénéfices que
l’abbaye de Montiéramey a possédés furent d’une grande importance. Dès les
premières années de sa fondation, cette abbaye fut enrichie par de nombreuses
libéralités dues à la piété des souverains pontifes, des évêques, des rois et
des plus grands seigneurs.
(1) Dans les Archives historiques du département de
l’Aube, page 154, M. Vallet de Viriville mentionne une lettre de 1688 qui
fait connaître que le cartulaire de Montiéramey se trouvait à la Bibliothèque
du Roi, et que les pouillés et autres pièces concernant cette abbaye, de 1011 à
1570, avaient été déposés à la Bibliothèque de Saint‑Germain‑des‑Prés, du temps
du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé commendataire de
Montiéramey. On comprend ainsi la présence de ce cartulaire à Paris.
Un pouillé conservé aux Archives de l’Aube (carton G,
n° 2) fait connaître les principaux biens de l’abbaye. Ce document n’est pas
daté, il est vrai, mais il porte trois signatures, dont celle du vicaire
général de l’abbé et celle du secrétaire du chapitre des moines. Il semble donc
présenter de réelles garanties d’authenticité. L’écriture est celle du XVIᵉ
siècle. Malheureusement, la vétusté a altéré le papier, et, en plusieurs
endroits, celui‑ci est troué et l’écriture manque.
Sur la chemise du dossier où se trouve ce pouillé,
avec d’autres listes de propriétés plus ou moins complètes, est écrit un résumé
des biens de l’abbaye. Ce résumé est daté de 1611. Il mentionne que,
dans un ancien pouillé signé, se trouvent :
- 5 offices claustraux
- 13 prieurés
- la chapelle Saint‑Hilaire à Villy‑en‑Trodes
- 19 cures dans le diocèse de Troyes
- 13 cures dans le diocèse de Langres
- la chapelle Saint‑Georges à Pargues
- la chapelle Saint‑Jean‑Baptiste à Chaource, dans le diocèse d’Autun
- la cure de Savigny
- le prieuré de Bèze, uni à la manse abbatiale
Le tout à la
nomination de l’abbé de Montiéramey, plus 3 cures dans le diocèse de Besançon, auxquelles l’abbé nommait
autrefois.
Nous donnons ici la copie entière de cet ancien
pouillé.
POUILLÉ (texte
restitué)
(Les mots entre crochets sont restitués d’après une
copie du XVIᵉ siècle.)
[Beneficia spectantia] ad
collationem, nominationem [et praesentationem] domini abbatis Arremarensis
ordinis [sancti Benedicti]
— Bénéfices relevant de la collation, nomination et
présentation du seigneur abbé d’Arremare, de l’ordre de saint Benoît.
In Trecensi
dioecesi
— Dans le diocèse de Troyes
Officia
claustralia monasterii Arremarensis
— Offices claustraux du monastère d’Arremare
- Praepositura — Prévôté
- Thesauraria seu sacristia — Trésorerie ou sacristie
- Infirmaria — Infirmerie
- Eleemosinaria — Aumônerie
- Cantoria — Chantre / maîtrise
Prioratus in
Trecensi dioecesi
— Prieurés dans le diocèse de Troyes
- Prioratus Sancti Michaelis de Cappis — Prieuré Saint‑Michel de
Cappes (2) Ce prieuré est indiqué sous le vocable de Saint‑Michel ;
cependant, dans les documents antérieurs à 1237 publiés dans le
cartulaire, il est nommé Beata Maria de Capis — “Bienheureuse Marie de
Cappes”. L’église prieurale, située in castro — “dans le château” —
était bien sous ce vocable marial.
- Prioratus Sancti Petri de Dervo — Prieuré Saint‑Pierre du
Der
- Prioratus Sanctae Theodosiae — Prieuré Sainte‑Théodosie
- Prioratus de Angledura — Prieuré d’Anglure
- Prioratus Sanctae Mariae de Parlu, vulgo dicitur Rainfroissard — Prieuré Sainte‑Marie de Parleu, vulgairement appelé
Rainfroissard
- Prioratus Sancti Joannis de Castro, in urbe Trecensi, unitus est
abbatiae — Prieuré Saint‑Jean‑du‑Château, dans la
ville de Troyes, uni à l’abbaye
Prioratus in
Lingonensi dioecesi
— Prieurés dans le diocèse de Langres
- Prioratus Sancti Salvatoris — Prieuré Saint‑Sauveur
- Prioratus de Pargiis
Églises
dépendant de l’abbaye de Montiéramey
(Diocèse de Troyes, Langres, Autun, Besançon)
Église Sainte‑Marie de l’Ulchro Visu
Ecclesia Sanctae Mariae de Pulchro Visu — Église Sainte‑Marie du Beau‑Voir
/ Beau‑Visu
Mentionnée comme succursale de Montserollio (Montereau ?), puis
comme dépendance de l’abbaye.
Une note marginale porte nulla est (“elle
n’existe plus”). L’éditeur explique :
- Dans le diocèse de Troyes, près de Chappes, existait autrefois une
église sous le vocable Sancta Maria de Bello Visu ou de Pulchro
Visu.
- Elle est citée dans une charte : Ecclesia Beatae Mariae Majoris
apud Bellum Visum — Église de Sainte‑Marie‑Majeure au Beau‑Visu.
- Elle possédait un cimetière.
- Elle dépendait certainement de Montiéramey.
- Le château voisin, place forte importante, fut assiégé plusieurs fois
pendant la guerre de Cent Ans.
- Ses fortifications, relevées en 1435, empiétèrent sur les terres du
prieuré “vers le chemin de Belvoir”.
- L’église fut probablement détruite à cette époque, ce qui expliquerait
la mention nulla est.
Une liste du XVIIᵉ siècle remplace cet article par Beauregard,
hameau près de Marolles‑les‑Bailly et Villy‑en‑Trodes. Lien possible, mais non démontré.
Vicaire
perpétuel / Églises paroissiales — diocèse de Langres
Église Saint‑Remi de Marolles
Avec ses succursales :
- Sancta Maria de Calido Furno — Sainte‑Marie du Chaud‑Four
- Sanctus Laurentius de Villiaco — Saint‑Laurent de Villy
Église Saint‑Martin de Sefons
Église Saint‑Laurent de Frigidavalle (Frédeville)
Église Saint‑Pierre de Longo Prato (Longpré)
Église Saint‑Jean de Cadusia
Avec ses succursales :
- Sancta Columba de Manso Sancti Roberti — Sainte‑Colombe du Manoir Saint‑Robert
- Sancta Maria de Pargis — Sainte‑Marie de Pargues
Église de Lochiis
Avec succursale de Landreville.
Église Beatae […] Visu
Deux mots manquent (papier pourri). Probablement Bello ou Pulchro
Visu.
Église de Haleno / La Grange près de Cadusia
Église Sainte‑Marie de Coperto Fonte (“Fontaine‑Couverte”)
Église des Saints‑Sauveur et Pierre Avec succursale Saint‑Martin de
Pommeyo.
Église Sainte‑Marie de Montignon
Église Saint‑Victor de Charceveyo
Église Sainte‑Marie de alias Chuges (Chuges / Chugey)
Église d’Arsiaco
(Arcy)
Église de Fayllo
(Fayl‑Billot ?)
Chapelles
Chapelle Saint‑Georges de Pargues
Capella Sancti Georgii de Pargis À la
collation exclusive de l’abbé de Montiéramey.
Chapelle Saint‑Jean‑Baptiste de Cadusia
Capella Johannis Baptistae in ecclesia de Cadusia
Dépendance incertaine : abbaye ou seigneur de Chesley ? Au moins en alternance.
Diocèse
d’Autun
Église Saint‑Cassien de Savigny
Ecclesia Sancti Cassiani de Savigniaco Près de Beaune.
Prieuré Saint‑Maurice de Bèze
Uni à la mense abbatiale.
Diocèse de
Besançon
Autrefois, trois églises relevaient de Montiéramey,
mais l’abbaye n’y exerçait plus aucun droit au moment du pouillé.
Les trois églises listées :
- Ecclesia de Sarmagia — Sarmange
- Ecclesia Sanctorum Mariae et Johannis de Salve — Sainte‑Marie‑et‑Saint‑Jean de Salve
- Ecclesia Sanctae Mariae de Capellis — Sainte‑Marie‑des‑Chapelles
Trois signatures suivent :
- Charles Ternarie, vicaire général
- Delierissun, secrétaire du chapitre
- Un troisième nom illisible
Les 10 cures
du diocèse de Besançon (liste du XVIIᵉ siècle)
L’abbé n’y nommait plus depuis longtemps.
- Ecclesia Sancti Petri de Broyes
- Ecclesia de Perigniaco — Périgny
- Ecclesia Sancti Martini de Toneriaco — Tonnerre / Tincey
- Ecclesia Sanctae Mariae de Calmis — Sainte‑Marie‑en‑Chaux
- Ecclesia Sancti Leodegarii de Brusiliaco
- Ecclesia Sancti Desiderii de Harro
- Ecclesia Sancti Petri de Samaryis — Sermanges
- Ecclesia Sanctae Mariae de Capellis — Campellis
- Ecclesia Sanctae Mariae et Sancti Johannis de Salvos
- Ecclesia Sancti Benigni de Nomvilla
L’abandon des droits s’explique par :
- l’éloignement,
- la création du comté de Bourgogne (Xe siècle),
- l’autorité étrangère souvent hostile à la France.
Note
Cartulaire —
Recueil manuscrit, généralement médiéval, dans lequel une abbaye, un chapitre
ou un seigneur faisait copier ses chartes les plus importantes : donations,
privilèges, confirmations, sentences, accords, droits de dîme, limites de
terres, etc. Le cartulaire n’est pas un registre « au fil de l’eau » : c’est
une sélection organisée, destinée à prouver les droits de l’institution et à
les défendre en justice.
Pour Montiéramey, trois cartulaires sont connus : un
ancien aujourd’hui perdu, un du XIIIᵉ siècle (Archives de l’Aube) et un du XIVᵉ
siècle (Bibliothèque nationale).
Pouillé —
Inventaire des biens et revenus ecclésiastiques : églises, chapelles, dîmes,
terres, prieurés, cures, droits seigneuriaux, etc. Contrairement au cartulaire,
qui rassemble des actes juridiques, le pouillé est un état descriptif, souvent
dressé pour l’administration ecclésiastique ou fiscale.
Le pouillé de Montiéramey conservé aux Archives de
l’Aube (XVIᵉ siècle) liste notamment les offices claustraux, les prieurés, les
cures et les chapelles dépendant de l’abbaye.
Charte n°1 — Année 837
(Fondation d’Arrémare — “Vieux Cartulaire” cité par
Pithou)
Quidam religiosus presbyter, Adremarus territorii
Tricassini, in urbe eadem ab incunabulis sanctae religionis institutionibus
edoctus atque informatus, assumptione pusillis nisibus memoratae urbis
antistito Adalberto, locum quendam remotioni aptissimum, ab eadem decem ferme
millibus distantem, elegit; ac magnificentia religiosi comitis Aledramni
adeptus est in silva, quae vulgo vocabulo Dervus dicitur, super fluvium Barsam,
sub mensura videlicet perticarum centum in longitudine quingentarum, in
latitudine ducentarum viginti, qui aequis partibus eodem fluvio interclusus
est; in quo cellam in memoriam beatissimi Petri, apostolorum principis, construxit,
hac tantum pensione taxata, ut in festo beati Petri apostoli viginti denarios
partibus comitis ejusdem civitatis persolvere non differret, quatenus hoc
obsequio, quia comitis fuerit, dignoscatur.
[Un prêtre religieux, Adremare, originaire du territoire
de Troyes, instruit dès son enfance dans les institutions de la sainte
religion, choisit — avec l’assentiment de l’évêque Adalbert — un lieu très
propre à la retraite, situé à environ dix mille pas de Troyes.
Grâce à la générosité du comte Aledran, il obtint une
portion de la forêt appelée vulgairement le Der, au‑dessus de la rivière
la Barse, mesurant cent perches sur cinq cents en longueur, et deux cent
vingt en largeur, le tout traversé par la rivière.
Il y construisit une cella en mémoire du
bienheureux saint Pierre, prince des apôtres, à la condition seulement de payer
chaque année, à la fête de saint Pierre, vingt deniers au comte de
Troyes, afin que ce dernier conservât son droit honorifique.]
Notes historiques
- C’est l’acte fondateur de Montiéramey.
- Le texte est cité par Pithou (1609) et par la Gallia Christiana.
- La cella est l’embryon du futur monastère.
- Le Der est encore une immense forêt au IXᵉ siècle.
Charte n°2 — 25 avril 854 ou 855
(Confirmation par Charles le Chauve)
In nomine Sanctae et Individuae Trinitatis. Karolus, gratia Dei rex…
[Charles, par la grâce de Dieu roi, confirme le
privilège accordé par l’évêque Adalbert à Adremare, concernant la Nova Cella
in Dervo.]
Il ordonne que :
- le privilège épiscopal soit respecté,
- les moines puissent élire leur abbé selon la règle de saint Benoît,
- le comte ne puisse intervenir,
- les vingt deniers dus à la fête de saint Pierre soient maintenus,
- le monastère soit protégé contre toute contestation.
C’est la première grande confirmation royale. Elle établit
définitivement :
- l’autonomie du monastère,
- le droit d’élection libre de l’abbé,
- la reconnaissance de la Nova Cella comme établissement
religieux
- Charte n°3 — 855 (Pape Léon IV)
Leo, episcopus, servus servorum Dei, reverendissimo et sanctissimo
Prudentio, Tricassino episcopo…
[Le pape Léon IV écrit à l’évêque Prudence de Troyes
pour l’informer qu’Adremare et ses moines désirent consacrer leur monastère en
l’honneur de saint Pierre et de saint Léon.]
Il ordonne à l’évêque :
- de se rendre sur place,
- d’y déposer les reliques qu’il lui a remises,
- de consacrer le monastère,
- et de le placer à perpétuité sous la juridiction de l’Église
romaine.
C’est l’acte pontifical fondateur. Montiéramey devient
officiellement un monastère bénédictin reconnu par Rome.
Charte n°4 — 15 mars 864
Charles le Chauve, à la demande du comte Radulphe, confirme aux moines de
Montiéramey la possession de terres situées :
- entre la Barse, la forêt de Clérey, les terres de Saint‑Loup et la forêt
commune.
Il leur accorde ces biens pour leur subsistance, en échange de
prières pour le roi.
Charte n°5 — 19 avril 871
(Charles le Chauve — donation d’un champ à Tanclaire)
Le roi donne aux moines un champ situé à Tanclaire (Tanoclaria),
dans le pagus de Troyes, avec tous ses droits, pour leur usage propre.
Charte n°6 — 25 octobre 877
(Charles le Chauve — donation de Cadusia)
Charles, devenu empereur, donne à un certain Robert la villa de Cadusia
(Chaource), puis ordonne à Odon, comte, de la lui remettre. La charte est citée
car elle concerne des terres proches de possessions de Montiéramey.
Charte n°7 — 16 septembre 878
(Pape Jean VIII — immunités)
Le pape Jean VIII place Montiéramey sous protection apostolique :
- interdiction aux évêques et agents publics d’exiger dîmes, taxes ou
redevances,
- confirmation du droit d’élection de l’abbé,
- interdiction de tenir des assemblées publiques dans le monastère,
- interdiction de percevoir des droits lors des ordinations, chrismes,
consécrations, etc.
C’est une charte d’immunité totale, extrêmement précieuse.
Charte n°8 — 25 juillet 879
(Donation de Boso et Ermengarde)
Boso, futur roi de Provence, et son épouse Ermengarde donnent à Montiéramey
un domaine situé à Laticence (Lacanche ?), appelé Lontiscus, avec
toutes ses dépendances.
Charte n°9 — 18 octobre 882
(Évêque Bodo — dîmes de Nogent et Villy)
L’évêque Bodo de Troyes cède aux moines :
- les dîmes de Nogent‑sur‑Aube,
- les dîmes de Villy‑en‑Trodes.
-
Charte n°10
— 20 février 883
Carloman confirme :
- les privilèges accordés par Charles le Chauve et Louis le Pieux,
- l’élection de l’abbé Rotfrid,
- l’immunité du monastère,
- l’interdiction aux comtes et agents royaux d’exiger péages, gîtes,
redevances, etc.
Charte n°11 — 30 septembre 892
(Roi Eudes — litige avec un moine)
Un moine nommé Aginus tente de revendiquer une cella dépendant de
Montiéramey. Le roi Eudes, après enquête menée par plusieurs évêques, rejette
sa demande et confirme que la Nova Cella doit rester sous l’autorité de
l’abbé Erchenger.
12. —21 décembre 896
Notitia — litige entre
l’abbé Berthard et un vassal du comte
Notitia qualiter venit Berthardus, venerabilis abbas,
una cum suo advocato, nomine Adroverto, ad Cortem Onulfi ante Richardum,
illustrem comitem. Proclamavit se, quod Ragenardus, vasallus ejusdem comitis,
homines ex villa Caduscia per vim et violentiam distraxerit, et sine lege et
judicio ad suum servitium inclinaverit. Qua ratione diu discussa, judicatum est
eidem Ragenardo, quod injuste occupavit, per legem redderet.
S. Richardi, comitis, qui hanc noticiam fecit et
firmare rogavit. S. Rodulfi, filii ejus. S. Manasse,
comitis. S. Elduini, comitis et conspalatii. S. Widonis, comitis.
S. Ragenardi, comitis. S. Umberti, comitis.
Actum Corte Onulfi, jubente Richardo, inclyto comite.
XII calendas januarii, anno IIII regnante Karolo, Francorum rege. Zacharius, rogatus,
scripsit et subscripsit.
[Notice relatant que l’abbé Berthard, accompagné
de son avocat Adrovert, se rendit à la cour d’Onulf devant Richard,
illustre comte. Il déclara que Ragenard, vassal du comte, avait enlevé
par force des hommes de la villa de Cadusia (Chaource) et les avait
soumis à son service sans loi ni jugement.
Après une longue discussion, il fut jugé que Ragenard
devait rendre selon la loi ce qu’il avait injustement pris.
Signatures des comtes présents : Richard, Rodulf,
Manasse, Elduin, Wido, Ragenard, Umbert.
Acte fait à la cour d’Onulf, sur ordre du comte
Richard, le 21 décembre 896 (XII calendes de janvier), sous le règne de Charles
le Simple. Rédigé par Zacharie.]
Importance historique
- C’est un litige féodal classique : un vassal du comte tente de
détourner des hommes dépendant de l’abbaye.
- L’abbaye de Montiéramey défend ses droits et obtient gain de
cause.
- On voit apparaître Cadusia = Chaource, possession importante de
l’abbaye.
- Le comte Richard (Richard le Justicier) joue un rôle d’arbitre.
13. — Année 950
Accord entre le comte
Gislebert et l’abbé Gratien
Placuit atque convenit inter domnum Gislebertum,
comitem, et Gratianum, abbatem monasterii Sancti Petri Dervensis. Dedit itaque
domnus Gislebertus, comes, partibus Sancti Petri Alericum ex vico vel potestate
Pisniacense, consentiente Ingelberto, ex cujus beneficio habebatur. Et ut
inviolabile obtineat firmitatis judicium, ego Gislebertus, gratia Dei comes,
subter firmavi et fidelibus nostris corroborandum tradidi.
S. Ingelberti, qui consensit. S.
Roberti, comitis.
Ego Noguinus, jussu domni Gisleberti, comitis, anno XV
regnante Ludovico rege recognovi. Actum Gavilonis civitate feliciter. Amen.
[Il fut convenu entre Gislebert, comte, et Gratien,
abbé du monastère de Saint‑Pierre du Der. Le comte Gislebert donna à l’abbaye Alericum,
situé dans le village ou territoire de Pisniacum (Pisy / Pizay ?), avec
le consentement d’Ingelbert, qui en détenait le bénéfice.
Pour assurer la validité de cette donation, Gislebert
la confirma et la remit à ses fidèles pour corroboration.
Signatures : Ingelbert, Robert comte. Acte reconnu par
Noguin, sur ordre du comte, en l’an XV du règne de Louis IV. Fait à Gavillon
(Gevillon ?).]
Importance
- Première mention d’un bien nommé Alericum, aujourd’hui disparu.
- Montiéramey étend ses possessions dans le pagus de Troyes.
- Le comte Gislebert (duc de Bourgogne) intervient directement.
14. — 6 août 959
Donation du comte Robert
Placuit atque convenit inter gloriosum Trecassino urbis comitem Rotbertum
et Gratianum, abbatem monasterii Sancti Petri Dervensis. Dedit itaque
praedictus comes partibus abbatis pratum unum. Pertinet autem pratum illud de
camera comitis de potestate Podonniaco.
Ego Rotbertus, comes, firmavi et fidelibus meis firmare praecepi.
Actum Trecas civitate publice sub die VIII idus augusti, anno V regnante
Lothario rege Francorum.
Signum Rotberti, gloriosissimi comitis. S. Adelais, comitissae. S.
Erberti, filii eorum. S. Walterii, vicecomitis.
Ego Goduinus, levita, scripsi et subscripsi.
[Il fut convenu entre Robert, comte de Troyes,
et Gratien, abbé de Montiéramey. Le comte donna à l’abbaye un pré,
dépendant de la chambre comtale, dans la juridiction de Podonniacum
(Pontigny ? Pothières ?).
Robert confirma la donation et ordonna à ses fidèles
de la confirmer.
Acte fait à Troyes, le 6 août 959, sous le règne de
Lothaire. Signatures : Robert, la comtesse Adélaïs, leur fils Erbert, le
vicomte Walter. Rédigé par Goduin, clerc.]
Importance
- Montiéramey reçoit un pré appartenant directement au comte.
- On voit la continuité : Gratien est toujours abbé (déjà en
950).
- Le comte Robert est le père d’Eudes et de Thibaut.
15. — Année 1088
Comte
Eudes — donation générale
Eudes, comte de Troyes, concède
divers biens à l’abbaye de Montiéramey. L’acte est fait en présence de :
- sa mère Alaide,
- l’évêque Philippe,
- et les officiers comtaux.
Référence : Vieux Cartulaire, cité par Pithou.
Importance
- On entre dans la période pré‑champenoise, juste avant Thibaut
IV.
- L’abbaye bénéficie d’un soutien comtal fort.
16. — Année 1100
Grande charte du comte
Hugues
28. — 1136 (au plus tard)
Fondation d’une chapelle
sur le Mont Amalbert
Omnibus Xpisti fidelibus tam futuris quam praesentibus
notum sit, quod quidam reverendus presbyter Wido nomine, capellanus monasterii
S. Salvatoris, quod dicitur Alpha, Deo devotus cupiens existere, veniens apud
Arremarense Monasterium petiit a domno abbate Galtero et a fratribus, ut sibi
liceret in fundo S. Salvatoris in condamina regia montis Amalberti capellam cum
cimiterio construere et domum ad susceptionem pauperum et peregrinorum, ut tam
ipsis quam ibidem in obsequio pauperum degentibus solummodo et viventibus
alimenta, et defunctis exhiberetur sepultura.
Cui, nimia devicti caritate, tali tenore concessimus
ut nullius religionis vel conversationis homines ibidem substituantur, aut
prior proponatur, nisi consensu et voluntate abbatis Arremarensis Monasterii,
remota omni exactione, salvis tamen consuetudinibus quae juris ecclesiae S.
Salvatoris dignoscuntur esse, scilicet terragium et decimae.
Quod si, fraternitate deficiente per quam id operis
inceptum est, domus ad defectum venerit, praedicta omnia, scilicet capella et
domus cum omnibus ad se pertinentibus, absque alicujus contradictione in jus et
potestatem monachorum S. Salvatoris transibunt.
Quapropter concedimus eis omne usuarium pasturae tam
in silvis quam in pratis et pascuis nostris.
[Que tous les fidèles du Christ, présents et futurs,
sachent ceci : Un prêtre vénérable nommé Wido, chapelain du monastère de
Saint‑Sauveur, appelé Alpha, désireux de vivre plus parfaitement
pour Dieu, vint au monastère d’Arremarey. Il demanda à l’abbé Galter et
aux frères l’autorisation de construire, sur le domaine de Saint‑Sauveur, dans
les terres royales du Mont Amalbert, une chapelle avec cimetière,
ainsi qu’une maison pour accueillir les pauvres et les pèlerins, afin
que ceux qui y serviraient les pauvres puissent y vivre, et que les morts y
reçoivent sépulture.
Touchés par sa charité, nous lui avons accordé cela, à
condition que nul religieux ni prieur ne soit installé là sans le
consentement de l’abbé d’Arremarey, et sans aucune exaction, sauf les
droits légitimes de l’église Saint‑Sauveur : terrage et dîmes.
Si la fraternité chargée de cette œuvre venait à
disparaître et que la maison tombât en ruine, la chapelle et la maison, avec
tout ce qui en dépend, reviendraient sans contestation aux moines de Saint‑Sauveur.
Nous leur accordons en outre le droit d’usage des
pâturages, dans nos bois, prés et pâtures.]
Importance historique
- On voit ici la création d’un hospice et d’une chapelle sur le
Mont Amalbert.
- C’est un acte de charité organisée, typique du XIIᵉ siècle.
- Le texte montre la hiérarchie entre Arremarey et Saint‑Sauveur
(Alpha).
- On voit aussi la notion de terrage et dîmes, droits féodaux
essentiels.
- Le mécanisme de “retour automatique” en cas de disparition de la
fraternité est très rare et très intéressant.
29. — 5 février 1137
Lettre du pape Innocent II
— confirmation générale des biens de Montiéramey
29. 5 février 1137(~)
Innocentius, episcopus, scrvussorvot'um i)ei, cliiecto
filio Guidoni, abbati monasterii Sancti Petri, siti in loco qui vulgo .dicitui'
mansus (Jorboms et nunc Nova Cella in territorio Trccassino in regno nunc Nova
Cella in territorio Trecassino in regno Burgundiorum, ejusque successoribus
regulariter substituendis, in perpetuum. Si fratrilm nostrorum petitiones
benigno favoro prosequimur, nostri apostolatus ollicium exercemus. Dignum est
enim ut quemadmodum pater vocamur in nomine ita comprobemur in opère, et qui ad
animarùm regimen assumpt: sumus, eas a pravorum hominum nequitia tueamur, et
sub pio Apostolice Sedis gremio confovero curemus. Hujus rei gratia,
dilectissime frater in Xpisto Guido abbas, postulationibus fuis debita
benignitate impertimur assensum, et monasterium Sancti Petri, cui, Deo auctore,
presides, cum omnibus ad ipsum portinentibus sub sancte Romane ecclesie
protectiono suscipimus atque ad exemplum predecessorum nostrorum sancte memorie
Johannis et Paschalis, Romanorum pontiucum, presenti scripti pagina communimus.
Statuentes, ut quascumque possessionos, quecumque bonaidem loeus in
presentiarum juste et canonice possidet, aut in futurum concessione pontiHcum,
largitione regum vel principum, oblatione Sdelium, seu aliis justis modis, Deo
propitio, poteritadipisci, firma tibi tuisquo successoribus in perpetuum et
illibata pormaneant. in quibns hec propriis nominibus duximus exprîmenda
vidolicet, capenam Sancte Marie in villa Arromarensis Monastorii, in villa
Mosterello capellam SS. confessorum Egidii atque Victoris, in magno Maisnillo
capellam S. Andree, cum decimis et omnibus portinentiis earum apud oppidum quod
Cappas dicitureeelestam S. Lupi, S. Johannis Baptiste et capellam Sancte Marie,
cum decimis et omnibus pertinentiis oarum in civitate Trecorum ecclesiam B.
Johannis [in Castro] capellam Sancte Mario Deaurate extra civitatem ecclesiam
S. Martini do Arois (lege de Vineis), capellam Sancte Julie cum decimis et
portinontiis oarum ecclesiam Sancte Marie de Curte Argontea, cum decimis et pertinontiis
suis; occiosiam S. Martini do Ruliaco, cum docimis et portinentiis suis;
ecclesiam. SS. Gervasii et Prothasii de Anglodura, cum decimis et
pertinentiissuis ecclesiam S. Mauricii de Novigento, cum decimis et
pertinentiis suis ecclesiam Sancte Theodosie super Albam fluvium, occlesiam S.
Martini de Domno Martino, ecclesiam B. Petri de Dervo, capellam Sancte Marie de
Henfredi (al. Remfredi) Exsarto, ecclesiam S. Michaelis de Buris (al. Z!we~)
cum decimis et omnibus pertinentiis earum. Altaria-quoque a venerabili fratre
nostro Atone, Trecensi episcopo, tam vobis quam monasterio vestro confirmata,
presenti privilegio roboramus, quorum nomina sunt hec altare in honore S.
Martini etaltare in honore S. Remigii in villa Sumseis, apud Gigneium altare in
honore Sancte Julie, apud Brandovillare altare in honore Sancte Marie, apud
Hauncurtem altare in honore ë. Xpistophori, apud Manicurtem altare in honore S.
Vinebaldi. In quibus nimirum omnibus, quas in episcopatu Trecensi habetis vel
in anteahabituri estis, licentiam habeatis idoneos presbiteros eligendi, eosque
episcopo présentaodi, a que videhcet curam astmamm suscipiant, sibique de
spiritualibus, vobis autem de temporalibus juxta canonum instituta respondeant.
PorrocimiteriumdeCapis,cimiteriumdeAogledura, et cimiterium de Masnillo
Letranni a predicto episcopo concessa, vobis nichilominus confirmamus, necnon
prenominatam ecclesiam SS. Gervasii et Protasii liberam et immunem ab omni
episcopali exactione fore censemus. In episcopatu Lingonensi ecclesiam Sancte Marie
apud Monasterium juxta Insulam in pago Barrensi sine omni exactione episcopain
occlestam S. Remigii de ~w/b?tx, (al. de Sefont), cum decimis et pertinentiis
earum capellam S. Laurentii de Frodivalle apud Longum Pratum ecclesiasduas in
honore B. Petri, cum decimis et pertinentiis oarum apud Villiacum ecclesiam S.
Laurentii cum decimis et pertinentiis suis; ecclesiam S. Victoris de
Chirreviaco et capellam S. Victoris de Viveriis, capellam 8. Sulpitii de
Lentilio, cum decimis etpertinentiis earum ecclesiam Sancte Marie de C'a~Mo~,
ecelesiam Sancte Marie de Pargas, ecclesiam S. Johannis de Cadusia, ecclesiam
Sancte Columbe, ecelesiam Sancte Marie do Cooperta Fontana, cum pertinentiis
earum monagterium Sancti Salvatoris, quod Alpha dicitur, cum dignitate sua et
sine omni exactione episcopali ecclesiam S. Petri, que ejusdem monasterii
parrochia est, eeclesiam S. Martini de Pomeio, ecclesiam de Achiaco cum decimis
et portinentiis oarum In episcopatu Eduensi ecclesiam S. Mauritii de 2?e~
ecclosiam S. Cassiani de Saviniaco cum decimis et portinentiis earum. In
archiepiscopatu Bizuntino ecclesiam S. Martini de Tanoyaco, occlesiam Sancte
Marie de Calmis, ecclesiam S. Leodegarii de Brusiliaco, ecclesiam S. Desiderii
de Z~M~, ecclesiam S. Benigni de Novavilla, ecclesiam S. Pétri
deSarmagiis.ecclesiamSancto Marie etS. Johannisde ~a~ex, ecclesiam Sancte Marie
de Campellis, cum decimis et pertinentiis earum. Et quoniam equum est ut
religiosi viri, qui de elemosinis et aliorum bena&ciis debent
vivere,aliquibusvexationibusnon vexentur, conshtuimus ut nulli episcopo,
nutuque ministeriali publico vol officiali eorum, e quibuscumque prediis vestri
monasterii décimas exigere, vel aliquem censum exposcore liceat, exceptis illis
XX denariis, quos in festivitate beati Petri ipsius territorii comiti
daredebetis.Obeunte vero te, nunc ejusdem loci abbate, vel quolibet tuorum
successorum, nullus tibi qualibet subreptionis astutia seu violontia
preponatur, nisi quem fratres aut fratrum pars consilii sanioris secundum Dei
timorem et beati Benedicti regulam providerit eligendum. Xpisma vero, Oleum
sanctum, consecrationes ecclesia:'um, ordinationes monachorum autreliquorum
clericorum qui ad sacres gradus fuerint promovendi a diocesano suscipiatis
episcopo, siquidem ipso cathoUcusfuerit, etgratiam atque communionem Apostolice
Sedis habuerit, eaque vobis sine pravitate et exactionis molestia exhibere
voluerit. Missas sane publicas ab episcopo civitatis, nisi forte ab abbate
ipsius loci vel fratrihus fuerit invitatus, seu et stationes ibidem celebrari
omnimodo prohibemus, ne forte in servorum Dei recessibus popularibus prebeatur
occasio ulla conventibus. Decernimus ergo ut nulli omnino hominum liceat
prefatum monasterium temere perturbare, aut aliquam ei exactionem seu gravamon
imponere<- vel ejus possessiones auferre, vel ablatas retinere, minuere,
seuquibusiibetvexationibus fatigare sed omnia intégra conserventur eorum pro
quarum sustentatione et gubernatione concessa sunt usibus omnimodis profutura.
Si quis igitur in posterum banc nostre constitutionis paginam sciens, contra
eam temere venire temptaverit, secundo tortiove commonitus, nisi reatum suum
congrue satisfecorit, potestatis honorisque sui dignitate careat, reumque se
divino judicio existere de perpetrata iniquitate cognoscat, et a sacratissimo
corpore et sanguine Domini nostri Jhesu Xpisti alienus fiat, atque in extremo
examine districte ultioni subjaceat; cunctis autem eidem loco sua jura
servantibus sit pax Domini nostri Jhesu XpisH, quatenus et hic fructum bone
actionis suscipiant et apud districtum judicem premia eterne pacis inveniant.
Amen. Amen. Amen. Monogramme Bene valete. Dans le cercle concentrique: Ses
Petrus. Scs Paulus. Innocentius papa II. Légende Adjuva nos Deus salutaris
noster. Ego Innocentius, catholiceEcclesie opiscopus, suscripsi. -{- Ego
Conradus, Sabiniensis episcopus, suscripsi. -{- Ego Gregorius, diaconus
cardinalis Sancti Sergii,, suscripsi. t Ego Oddo, diaconus cardinalis Sancti
Georgii ad Vélum Aureum, suscripsi. -}- Ego Guido, diaconus cardinalis
Sanctor)] m Cosme et Damiani, suscripsi. t Ego Ino, diaconus cardinalis Sancte
Marie in Aquino, suscripsi. + Ego Crisogonus, diaconus cardinalis Sancte Marie
in Porticu suscripsi. -{- Ego Petrus, presbiter tituli Sancte Susanne,
suscripsi. Ego Girardus, presbiter tituli Sancte Crucis in Jérusalem,
suscripsi. -}- Ego Littifredus, presbiter cardinalis tituli Vestine, suscripsi.
-}- Ego Lucas, presbiter cardinalis tituli Johannis et Pauli, suscripsi. Ego
Martinus, presbiter cardinalis tituli Sancti Stephani in Celio Monte, suscripsi.
t Ego indignus Guido, sacerdos, suscripsi. Datum Rome, per manum Almerici,
sancte Romane ecclesie diaconus cardinalis, cancellarius, nonis februarii,
indict. I*, Incarnationis Dominice anno M" C" XXX" VU"
pontificatus vero domini Innocentii pape II"anuoVtir. Copie.
[Traduction
française du privilège d’Innocent II (5 février 1137)
Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, au
cher fils Guy, abbé du monastère Saint‑Pierre, situé en un lieu que l’on
appelle communément Mansus Jorbons, et maintenant Nova Cella, dans le
territoire de Troyes, au royaume de Bourgogne, ainsi qu’à ses successeurs
régulièrement établis, pour toujours.
Si nous accueillons avec bienveillance les demandes de
nos frères, nous accomplissons le devoir de notre apostolat.
Il est en effet juste que, de même que nous sommes
appelés « père » en nom, nous le soyons aussi en acte ; et que, ayant été
chargés du gouvernement des âmes, nous les protégions de la malice des hommes
pervers et les gardions sous l’aile pieuse du Siège apostolique.
C’est pourquoi, très cher frère en Christ, Guy, abbé,
nous accordons avec la bienveillance due l’assentiment à tes demandes, et nous
recevons sous la protection de la sainte Église romaine le monastère
Saint‑Pierre que tu présides, avec tout ce qui lui appartient.
À l’exemple de nos prédécesseurs de sainte mémoire
Jean et Pascal, pontifes romains, nous le confirmons par la présente page
écrite.
Nous établissons que toutes les possessions et tous
les biens que ce lieu détient maintenant justement et canoniquement, ou qu’il
pourra acquérir à l’avenir par concession des pontifes, libéralité des rois ou
des princes, offrandes des fidèles, ou par tout autre moyen légitime, demeurent
fermes et intactes pour toi et tes successeurs à perpétuité.
Parmi ces biens, nous avons jugé bon d’énoncer par
leurs noms propres les suivants :
la chapelle Sainte‑Marie dans le village d’Arremare du Monastère ;
dans le village de Mosterel, la chapelle des saints confesseurs Gilles et
Victor ;
dans le grand Maisnil, la chapelle Saint‑André, avec les dîmes et toutes
leurs dépendances ;
dans le bourg appelé Cappas, les églises Saint‑Loup, Saint‑Jean‑Baptiste et
la chapelle Sainte‑Marie, avec dîmes et dépendances ;
dans la cité de Troyes, l’église Saint‑Jean [du Château], la chapelle
Sainte‑Marie‑Dorée hors les murs, l’église Saint‑Martin d’Arois (lire : de
Vineis), la chapelle Sainte‑Julie, avec dîmes et dépendances ;
l’église Sainte‑Marie de Courte‑Argentée, avec dîmes et dépendances ;
l’église Saint‑Martin de Ruliac, avec dîmes et dépendances ;
l’église des saints Gervais et Protais d’Anglure, avec dîmes et dépendances
;
l’église Saint‑Maurice de Nogent, avec dîmes et dépendances ;
l’église Sainte‑Théodosie sur la rivière Alba ;
l’église Saint‑Martin de Dommartin ;
l’église Saint‑Pierre de Derve ;
la chapelle Sainte‑Marie du défrichement d’Henfredi ;
l’église Saint‑Michel de Buris (ou Zives), avec dîmes et dépendances.
Nous confirmons également les autels que notre vénérable frère Aton, évêque
de Troyes, a confirmés pour vous et votre monastère, à savoir :
l’autel en l’honneur de Saint‑Martin,
l’autel en l’honneur de Saint‑Remi dans le village de Sumseis,
à Gigny, l’autel en l’honneur de Sainte‑Julie,
à Brandovillar, l’autel en l’honneur de Sainte‑Marie,
à Hauncourt, l’autel en l’honneur de saint Christophe,
à Manicourt, l’autel en l’honneur de saint Winebald.
Pour tous ces lieux que vous possédez dans l’évêché de
Troyes ou que vous posséderez à l’avenir, vous aurez la liberté de choisir des
prêtres idoines, de les présenter à l’évêque, afin qu’ils reçoivent de lui la
charge des âmes, répondant à l’évêque pour le spirituel, et à vous pour le
temporel, selon les institutions canoniques.
Nous confirmons aussi les cimetières de Cappas,
d’Anglure et de Maisnil‑Létran, concédés par ledit évêque, ainsi que l’église
des saints Gervais et Protais, libre et exempte de toute exaction épiscopale.
Dans
l’évêché de Langres :
— l’église Sainte‑Marie près du Monastère, près de l’Île, en pays
Barrensis, sans aucune exaction épiscopale ;
— l’église Saint‑Remi de Sefont, avec dîmes et dépendances ;
— la chapelle Saint‑Laurent de Frodival ;
— à Longpré, deux églises en l’honneur de saint Pierre, avec dîmes et
dépendances ;
— à Villiac, l’église Saint‑Laurent ;
— l’église Saint‑Victor de Chirreviac et la chapelle Saint‑Victor de
Viveriis ;
— la chapelle Saint‑Sulpice de Lentille ;
— l’église Sainte‑Marie de Calmont ;
— l’église Sainte‑Marie de Pargas ;
— l’église Saint‑Jean de Cadusia ;
— l’église Sainte‑Colombe ;
— l’église Sainte‑Marie de la Fontaine‑Couverte, avec dépendances ;
— le monastère Saint‑Sauveur, appelé Alpha, avec sa dignité et sans aucune
exaction épiscopale ;
— l’église Saint‑Pierre, qui est la paroisse dudit monastère ;
— l’église Saint‑Martin de Pomeio ;
— l’église d’Achiac, avec dîmes et dépendances.
Dans l’évêché d’Autun :
— l’église Saint‑Maurice de Reo ;
— l’église Saint‑Cassien de Savigny, avec dîmes et dépendances.
Dans l’archevêché de Besançon :
— l’église Saint‑Martin de Tanoy ;
— l’église Sainte‑Marie de Calmis ;
— l’église Saint‑Léger de Brusillac ;
— l’église Saint‑Désiré de Zema ;
— l’église Saint‑Bénigne de Novavilla ;
— l’église Saint‑Pierre de Sarmagis ;
— l’église Sainte‑Marie et Saint‑Jean de Larex ;
— l’église Sainte‑Marie de Campellis, avec dîmes et dépendances.
Et parce qu’il est juste que les religieux, qui
doivent vivre d’aumônes et de bienfaits, ne soient pas tourmentés par des
vexations, nous décidons qu’aucun évêque, ni aucun officier public, ne pourra
exiger des dîmes ou des redevances sur les domaines de votre monastère, sauf
les vingt deniers que vous devez donner au comte du territoire à la fête de
saint Pierre.
À la mort de l’abbé, nul ne doit être imposé par
fraude ou violence, sinon celui que les frères, ou la partie la plus sage des
frères, auront choisi selon la crainte de Dieu et la règle de saint Benoît.
Pour le saint chrême, l’huile sainte, les
consécrations d’églises, les ordinations de moines ou de clercs, vous les
recevrez de l’évêque diocésain, s’il est catholique, en paix avec le Siège
apostolique, et s’il consent à vous les donner sans exaction.
Nous interdisons absolument que l’évêque de la cité
célèbre des messes publiques ou des stations dans votre monastère, à moins d’y
être invité par l’abbé ou les frères, afin d’éviter que les lieux des
serviteurs de Dieu ne deviennent occasions de rassemblements populaires.
Nous décrétons donc que nul ne peut troubler
témérairement le monastère, lui imposer exaction ou charge, enlever ou retenir
ses biens, ou le fatiguer par quelque vexation que ce soit.
Que tout demeure intact pour les usages auxquels cela
a été concédé.
Si quelqu’un, sachant cela, tente d’aller contre cette
constitution, qu’après deux avertissements, s’il ne se corrige pas, il soit
privé de son honneur et de sa dignité, qu’il sache être coupable devant le
jugement divin, qu’il soit séparé du corps et du sang du Seigneur, et qu’au
dernier jugement il subisse une juste vengeance.
À ceux qui garderont les droits de ce lieu, qu’il y
ait la paix de notre Seigneur Jésus‑Christ, afin qu’ils reçoivent ici le fruit
de leurs bonnes actions et trouvent auprès du juste juge la récompense de la
paix éternelle.
Amen. Amen. Amen.
Monogramme.
Bénédiction.
Signatures des cardinaux.
Donné à Rome, par la main d’Almeric, diacre cardinal
de la sainte Église romaine, chancelier, aux nones de février, indiction 15,
l’an de l’Incarnation 1137, la cinquième année du pontificat du pape Innocent
II.]
Acte 28
DONATION DE LA FAMILLE D’ANGLEURE — vers 1180–1183
Magister Bernardus, magister Petrus. Huic donationi
primo factae apud Angleuram interfuerunt Hugo, sacerdos de Angleurra; Aubertus
Sapiens; Humbertus, frater ejus; Godinus; Guido et Garnerius, fratres;
Rainaudus et Harduinus, fratres; Henricus et Petrus, fratres. Actum anno
Incarnationis Verbi M° C° LXXX° III°.
[Maître Bernard et maître Pierre furent témoins de
cette donation. À la première rédaction de l’acte, faite à Angleure,
étaient présents :
- Hugo, prêtre d’Angleure
- Aubert le Sage
- Humbert, son frère
- Godin
- Guido et Garnerius, frères
- Rainaud et Harduin, frères
- Henri et Pierre, frères
Acte fait en l’an 1183 de l’Incarnation du
Verbe.]
Importance
- On voit ici une donation locale, faite à Angleure, avec une liste de
témoins typique des actes champenois du XIIᵉ siècle.
- Le texte est bref mais précieux : il fixe la présence de plusieurs
familles locales.
75. — Année 1184
Arbitrage de l’évêque Manassès de Troyes —
partage d’une chapelle
Manasses, Dei gratia Trecensis episcopus… (Je te mets la version propre
complète, car elle est longue mais importante.)
Notum universis, quod controversia quae inter abbatem Arremarensem et
Petrum, canonicum Esthonensem, super quadam capella in fundo Arremarensis
ecclesiae et infra terminos parrochiae Sancti Martini fundata vertebatur, per
manum nostram sopita est in hunc modum :
- quicquid ad edificationem praedictae capellae de cetero legetur,
tertia pars erit monachorum et sacerdotis Sancti Martini ;
- duae vero partes canonicorum.
Omnium etiam oblationum et legatorum mobilium medietas cedet monachis et
sacerdoti Sancti Martini, quae inter se per medium dividenda sunt.
Legatorum vero immobilium… medietas erit canonicorum et medietas monachorum
et presbyteri, per medium dividenda, salvo jure decimarum et censuum annuorum
monachorum.
Si aliqua ornamenta capellae data fuerint, remanebunt capellae, sed
canonicis non licebit ea vendere sine assensu monachorum et sacerdotis.
Canonicus cui cura capellae committetur, fidelitatem jurabit monachis et
sacerdoti Sancti Martini.
Si quis hanc compositionem infringere praesumpserit, auctoritate Apostolica
anathematis vinculo innodamus.
Actum anno Incarnationis Verbi M° C° LXXX° III°.
[Manassès, évêque de Troyes, fait savoir que le litige
entre :
- l’abbé de Montiéramey
- et Pierre, chanoine d’Esthon
au sujet d’une chapelle construite sur un terrain
de l’abbaye mais située dans la paroisse Saint‑Martin, a été réglé ainsi :
- tout ce qui sera donné pour la chapelle sera partagé : 1/3 pour les
moines + le prêtre de Saint‑Martin, 2/3 pour les chanoines.
- les oblations et legs mobiliers : moitié pour les moines et le prêtre,
moitié pour les chanoines.
- les legs immobiliers situés dans la paroisse Saint‑Martin ou sur les
terres de l’abbaye : moitié pour les chanoines, moitié pour les moines et le
prêtre.
- les ornements donnés à la chapelle ne peuvent être vendus sans accord
des moines et du prêtre.
- le chanoine chargé de la chapelle devra jurer fidélité aux
moines et au prêtre.
Toute violation de cet accord entraîne l’anathème. Acte fait en 1183.]
Importance
- C’est un arbitrage épiscopal majeur.
- On voit la complexité des droits paroissiaux et réguliers.
- L’évêque impose un partage précis des revenus et des droits.
- L’anathème final montre la tension du dossier.
74. — Année 1185
Comte Érard de Brienne — reconnaissance de cens
Ego Erardus, comes Brenc, notum facio…
Il reconnaît avoir reçu de l’abbé de Montiéramey, avec l’accord du
chapitre, tout ce que l’abbaye possédait à Crispeium (Crispy / Crespy
?), en bois, terres, hommes et revenus.
En échange, il donne à l’abbaye 3 sous de cens annuel, que son
prévôt devra payer.
[Érard, comte de Brienne, déclare qu’il reçoit de
l’abbé de Montiéramey tout ce que l’abbaye possède à Crispey, et qu’en retour
il lui accorde 3 sous de cens, garantis par son prévôt.]
Importance
- On voit ici un accord féodal classique : l’abbaye reconnaît le
comte comme seigneur haut‑justicier, le comte garantit les biens de
l’abbaye.
75. — Année 1186
Décanus de Bar-sur-Aube — litige avec Dominicus
Les moines avaient un litige avec Dominicus, au sujet de 5 sous
de cens dus sur la maison de Dame Candide. Dominicus niait.
L’accord final :
- Dominicus paiera 5 sous chaque année à l’octave de Pâques.
- Il abandonne aussi une vigne qu’il revendiquait.
- Témoins : le doyen Pierre, Girard le pelletier, Martin de Frédeville,
etc.
-
76. — Année
1186
Bonusamicus — litige sur une cloaca et un cens
Bonusamicus, avec l’accord de sa femme Nigra et de ses enfants, abandonne
ses prétentions sur :
- une cloaca (canalisation / égout)
- 4 deniers de cens
Il reçoit en échange :
- 7 livres pour la cloaca
- 25 sous pour le cens
Acte scellé par le doyen de Bar.
77. — Année
1186
Gilon, tonnelier, s’engage à fournir une poutre de cave (camlatam) à
la maison de Vitalis, dépendant des moines.
78. — Année 1186
Archevêque de Sens — litige avec le prêtre de
Chappes
Le pape avait délégué l’affaire à :
- Guido, archevêque de Sens
- Raduifus, abbé de Sainte‑Colombe
Le prêtre de Chappes, Hugo, ne s’est jamais présenté malgré les
convocations.
Les juges mettent donc les moines en possession de la moitié des revenus
du presbytère de Saint‑Loup de Chappes.
183. — 1189 (Henri, comte palatin de Troyes)
Donation d’une portion de vigne à Saint‑Jean‑au‑Marché
Ego Henricus, Trecensis comes palatinus, notum facio
praesentibus et futuris, quod intuitu Dei et interveniente gratia Theobaldi,
dilecti hospitis mei, prioris Sancti Johannis in Castello, dedi ecclesiae
Sancti Johannis partem quandam vineae Girardi, fratris Milonis de Braio, quae
erat ad caput dictae ecclesiae, de assensu et voluntate dicti Girardi,
videlicet octoginta pedes in latitudine, et longitudinem vero a termino muri
civitatis usque ad viam quae de Sancto Quintino ducit in civitatem.
Quod ut notum permaneat, litteris annotatum sigillo
meo confirmavi. Actum Trecis, anno Verbi Incarnati M° C° LXXX° IX°. Datum per
manum Galteri, cancellarii, nota Petri.
[Moi, Henri, comte palatin de Troyes, fais savoir que,
par dévotion et sur l’intervention de Thibaut, prieur de Saint‑Jean‑au‑Marché,
j’ai donné à l’église Saint‑Jean une portion de vigne appartenant à Girard,
frère de Milon de Bray, avec son consentement.
La portion donnée mesure :
- 80 pieds de large,
- et en longueur du mur de la ville jusqu’à la route venant de Saint‑Quentin.
Acte fait à Troyes en 1189, scellé par le
comte.]
Importance
- On voit ici un don comtal en faveur d’une église urbaine.
- Le texte donne une description topographique précise de la
vigne.
- Le prieur Thibaut joue un rôle d’intermédiaire.
156. — Sans date (1185–1190)
Accord entre Saint‑Sauveur
et le clerc Pierre de Payns
Notum est voluntas modernis et futuris, quod Guido,
decanus de Cacy, pacem et concordiam composuit inter ecclesiam S. Salvatoris et
Petrum, clericum de Payns, super tali parte sui juris quod possidebat in
ecclesia de Payns et de Saron, excepta capellania quam in praefatis ecclesiis
obtinebat, hanc scilicet, quod sextam portionem beneficiorum et proventuum
ecclesiarum praefati S. Salvatoris ecclesiae concessit.
[Guido, doyen de Cacy, établit la paix entre l’église
Saint‑Sauveur et Pierre, clerc de Payns, au sujet des droits qu’il possédait
dans les églises de Payns et de Saron.
Pierre conserve sa chapellenie, mais cède le
sixième des revenus des deux églises à Saint‑Sauveur.]
157. — Vers 1200
Restitution de terres à Saint‑Sauveur
par Humbert, chanoine de Dijon
Humbertus, canonicus S. Stephani Divionensis, terras
quasdam et prata, quae ab antecessoribus suis ecclesiae S. Salvatoris olim in
elemosina collata fuerant, aliquanto temporis spatio suae subegit dominationi…
Il finit par tout rendre à l’église Saint‑Sauveur,
en déposant son offrande sur l’autel.
[Humbert, chanoine de Saint‑Étienne de Dijon, avait
depuis quelque temps usurpé des terres autrefois données à Saint‑Sauveur.
Touché par la grâce, il restitue tout, et promet de défendre l’église contre
tout futur contestataire.]
158. — 1200–1202
Donation du bois de
l’Escange — Vendœuvre
Hingerbert le Noir de Vendœuvre et ses fils (Milo,
Hugo de Paris, Leodegarius, Legardis) abandonnent toute revendication sur le bois
de l’Escange, qu’ils contestaient aux moines.
Le doyen de Langres confirme par son sceau.
159. — Sans date (vers 1190–1200)
Arbitrage entre les moines
et le prêtre de Chappes — Saint‑Loup et Belle‑Vue
Les juges délégués par le pape reçoivent un compromis
:
- Le prêtre de Chappes garde :
- baptêmes,
- procurations de noces,
- oblations personnelles,
- visites aux malades.
- Les moines reçoivent la moitié :
- des réconciliations,
- des bénédictions de pains,
- des oblations de noces,
- des legs,
- des cierges,
- des offrandes annuelles.
- Dans la chapelle de Belle‑Vue (Pulchro Visu), le prêtre reçoit un
tiers des oblations en présence d’un défunt.
Importance
- On voit la complexité des droits paroissiaux.
- Belle‑Vue (Pulchro Visu) apparaît encore comme chapelle active.
160. — Vers 1189–1214
Lettre au pape Pierre II
d’Autun — église de Savigny
Le prêtre Pierre de Savigny reconnaît devant l’abbé de
Macey et l’archidiacre de Beaune que :
- l’église de Savigny appartient à Montiéramey,
- il la tient de l’abbé et du chapitre,
- l’évêque d’Autun avait confirmé cette possession.
161. — Avant 1200
Donation de la terre « la
Folie » — Vendœuvre
Odo, Hugo, Androin et Tailfer de Vendœuvre donnent aux
moines :
- la terre appelée la Folie,
- située dans le fossé du lieu,
- libre et absolue.
Acte confirmé par les sceaux du doyen de Langres et du
doyen de Vendœuvre.
174. — Septembre 1200
L’abbaye de Burlancourt reconnaît les droits de
Montiéramey sur :
- le bois,
- l’essart,
- les terres jusqu’au Mont Lesum.
Elle paiera :
- 7 setiers + 3 quartes de froment,
- autant d’avoine,
- 7 deniers pour le pré de la Tournelle.
175. — Novembre 1200
Accord sur un virgultum à
Troyes
Le chanoine Hato et les moines se partagent un verger
/ taillis près de Saint‑Jean‑au‑Marché :
- moitié pour les moines,
- moitié pour Hato,
- frais partagés.
Après la mort de Hato, tout revient aux moines.
177. — Avril 1200
Vente des revenus des
foires de Troyes — Lambert de Bar
Guillaume Bischoz vend à Lambert de Bar :
- 100 sous de revenus annuels des foires de Troyes.
Lambert donne ensuite ces 100 sous en aumône au
prieuré de l’abbaye à Bar‑sur‑Aube.
182. — 1201
Partage de la « minuta
decima » de Sainte‑Maure
L’abbaye de Saint‑Martin et Montiéramey se partagent :
- la petite dîme de Sainte‑Maure,
- à parts égales.
185. — 1201
Galterus, comte de Brienne
— 20 sous annuels
Le comte Galterus donne :
- 20 sous annuels,
- sur le marché de Brienne,
- pour réparer les torts faits à l’abbaye par lui et ses ancêtres.
259. — Année 1208
(Clarembaud de Chappes
confirme la donation d’Hugo Curebois)
Ego Clarembaudus, dominus de Capis, notum facio quod
Hugo Curebois, miles, in mea praesentia constitutus, recognovit quod ipse dedit
in perpetuam elemosinam ecclesiae B. Petri Arremarensis quicquid habebat in
villa Media et de Corbeil in modis omnibus… Hanc autem donationem laudo et
approbo et si quid in eadem donatione juris habeo idem quitto ecclesiae et
concedo.
Actum anno Incarnati Verbi M° CC° VIII°. Sigillo meo
munivi.
[Moi, Clarembaud, seigneur de Chappes, fais savoir que
le chevalier Hugo Curebois, en ma présence, a reconnu avoir donné en aumône
perpétuelle à l’église Saint‑Pierre d’Arremarey tout ce qu’il possédait
:
- à la Ville‑Moyenne (Villa Media),
- et à Corbeil,
- sous toutes formes et droits.
Je loue et approuve cette donation, et si j’avais
quelque droit sur ces biens, je les abandonne également à l’abbaye.
Acte fait en 1208.]
Importance
- Confirmation seigneuriale indispensable pour sécuriser la donation.
- On voit Hugo Curebois apparaître plusieurs fois dans les actes de
1200–1210.
340. — 28 mars 1208
Lettre du pape Innocent III
— confirmation d’une composition avec l’abbaye de Gaye
Innocent III confirme la composition conclue entre :
- l’abbaye d’Arremarey,
- et le prieuré de Gaye,
- avec l’accord de l’abbé de Cluny.
La composition porte sur tout ce que l’abbaye
possédait à Vaissy :
- terrages,
- cens,
- hommes de Bovo,
- terre du prêtre Hecelin.
Ces biens sont définitivement concédés au
prieuré de Gaye.
Le pape Innocent III confirme, par autorité
apostolique, l’accord par lequel l’abbaye d’Arremarey a cédé au prieuré de Gaye
tous ses droits à Vaissy, y compris :
- les terrages,
- les cens,
- les hommes dépendant de Bovo,
- et la terre du prêtre Hecelin.
Importance
- Acte majeur : cession définitive d’un ensemble de biens.
- Intervention directe du pape → sécurité juridique maximale.
341. — Mai 1208
Manasses, abbé de Saint‑Loup
— reconnaissance d’une tenure donnée par Milo Petaz
Plusieurs hommes (Costelin, Martin, Théobald, Adam,
Martin le cordier…) attestent que :
- Milo Petaz, devenu moine d’Arremarey,
- a donné en aumône une tenure située dans le finage de La
Saulsotte.
Cette tenure doit chaque année :
- 3 sous et 6 deniers à la Saint‑Jean,
- 3 sous à la Saint‑Remi.
Et une personne parmi les tenanciers doit venir
manger au réfectoire des moines le jour du paiement.
L’acte détaille ensuite toutes les parcelles dépendant
de cette tenure.
Importance
- Très belle description d’une tenure complète, avec champs,
prés, bois.
- Obligation originale : un repas annuel au monastère.
342. — Mai 1208
Blanche de Navarre —
renonciation d’Henri de Saint‑Maurice
Blanche, comtesse palatine de Troyes, notifie que :
- Henri de Saint‑Maurice,
- et la femme d’Aubert de Pratz,
- avec leurs enfants,
ont abandonné au monastère d’Arremarey tout ce
qu’ils y revendiquaient.
344. — 22 juillet 1208
(Hervé, official de Troyes — vente de serfs par
Baucendus)
Le chevalier Baucendus vend à l’abbé Rolland :
- tous ses hommes et femmes de Montablain,
- avec leurs familles,
- pour 80 livres provinoises.
Il donne en plus :
- 1 000 deniers de cens sur une vigne.
Il promet garantie totale. L’abbé reçoit Baucendus et
sa femme dans les prières du monastère.
347. — Novembre 1208
Blanche de Navarre — confirmation de la donation
de Baucendus
Blanche confirme que Baucendus a donné à l’abbaye :
- tous ses hommes et femmes de Montablain.
L’abbaye lui a versé 80 livres en compensation.
348. — 1208
Bouchard de Vendœuvre —
pacte matrimonial entre serfs
Accord entre Bouchard et l’abbé :
- Si un homme de Bouchard épouse une femme de l’abbaye → elle reste à
Bouchard.
- Si un homme de l’abbaye épouse une femme de Bouchard → elle reste à
l’abbaye.
Les mariages sont autorisés sans opposition.
360. — Mars 1209
Grande charte de paréage de Pargis — Blanche de
Navarre
Blanche de Navarre et l’abbaye d’Arremarey établissent un paréage
sur la ville de Pargis :
Blanche reçoit la moitié :
- des coutumes,
- des justices,
- des ventes,
- du tonlieu,
- du minage,
- de la roue des hommes.
L’abbaye garde tout le reste :
- terrages,
- dîmes,
- fours,
- église,
- finage.
- Les deux parties nomment chacun un prévôt, qui doivent agir ensemble.
- La grange de Pargis reste entièrement libre pour l’abbaye.
- Les hommes de Pargis ont droit d’usage dans les bois comme ceux de
Chaource.
- Si Blanche ou un comte de Champagne viole le paréage → la ville
revient entièrement à l’abbaye.
- Aucun religieux ne peut s’installer à Pargis sauf les moines
d’Arremarey.
- Les hommes nobles ou de fief ne peuvent s’y établir sans preuve de
leur statut.
Importance
C’est l’un des plus grands actes politiques du cartulaire.
Il fonde la ville neuve de Pargis sous régime mixte : moitié
comtesse / moitié abbaye.
L’abbaye garde le contrôle foncier et spirituel.
La comtesse obtient la moitié des revenus urbains.
319. — Novembre 1222
Investiture de deux prêtres
par l’évêque de Troyes
L’évêque Hervé de Troyes confirme que, sur présentation de l’abbaye de Montiéramey,
il investit :
Maître Henri → curé de Clerey
Pierre de Reims → curé de Follis (Faux), près de Plancy
L’abbaye a prouvé son droit de patronage sur
ces deux églises. L’évêque se réserve toutefois la question de la propriété.
Importance
- Confirme les droits de Montiéramey sur Clerey et Faux.
- Rien de direct pour Pulchro Visu, mais utile pour comprendre l’emprise
territoriale de l’abbaye.
320. — Décembre 1222 / Juin 1223
Accord entre Erard de Rameru et l’abbé Rolland
sur Nogent
Erard de Rameru et l’abbé Rolland règlent un litige concernant la copropriété
indivise de la ville de Nogent près Rameru.
Points essentiels :
- Ni Erard ni ses successeurs ne pourront forcer l’abbaye à faire
une partition.
- Ni l’abbaye ne pourra forcer Erard.
- Chaque successeur d’Erard devra prêter serment dans les 40 jours,
au prieuré de Nogent, de respecter les accords.
- Si le serment n’est pas prêté → les revenus de sa part sont bloqués
et conservés par les deux “majeurs” de Nogent.
- Réciprocité : à chaque changement d’abbé, celui-ci doit aussi prêter
serment.
- Importance
- Montiéramey possède des droits importants à Nogent.
- Montre la sophistication des accords féodaux de l’abbaye.
321. — Janvier 1222 (v. st.)
Échange de personnes entre Odo de Pogey et
Montiéramey
Odo de Pogey, chanoine d’Orléans, donne à Montiéramey :
- Helluide, fille de Bonard, sa “femme de
corps”,
en échange de :
- Jaqueta, fille de Virricus Verreglas,
femme de corps de Montiéramey.
Importance
Exemple de transfert de servage personnel.
323. — Mai 1223
Accord sur les hommes et femmes de la rivière
Barbuise
Philippe de Plancy et l’abbé Rolland règlent un litige sur :
- les hommes et femmes nés de couples mixtes (homme de l’abbaye +
femme du seigneur, ou inversement),
- les eschetes (biens des serfs morts sans héritiers),
- les redevances (chevage, gîte, etc.).
Décision :
- Partage par moitié des hommes et femmes déjà nés.
- Partage par moitié de ceux à naître.
- Pour les eschetes :
- 2/3 pour Montiéramey
- 1/3 pour Philippe
Les serfs de l’abbaye doivent un gîte d’un jour et une nuit.ACTES ÉPISCOPAUX
1231 –
Évêque Robert de Troyes
- Investiture de l’abbaye de Montiéramey dans ⅛ de la dîme de Clerey,
donnée par un chevalier (Jean, armiger).
- L’évêque confirme la cession, reçoit la renonciation du donateur et
investit l’abbé.
1234 –
Cantor Henricus, juge délégué du pape
- Décide que des blés aliénés illégitimement par un ancien prieur
de l’Île doivent être restaurés à Montiéramey.
1236 –
Évêque Robert de Langres
- Demande à Montiéramey de laisser l’évêque choisir le nouveau curé
de Fagny, après la résignation du précédent.
1237 – Évêque
Robert de Langres
- Confirme la présentation par Montiéramey d’un prêtre pour les cures
de Longeville et Landreville.
1238 –
Évêque Nicolas de Troyes
- Reconnaît que Montiéramey possède le droit de patronage sur
plusieurs églises (Rully, Gigny, Bussières, Lignon, Brévonnes).
- Il retire les prêtres qu’il avait nommés à tort et rend le
patronage à l’abbaye.
1242 –
Officiaux de Troyes
- Plusieurs actes de reconnaissance de dettes, dîmes ou cens dus à
Montiéramey (Ruilliac, Cecey, etc.).
1246 –
Évêque Hugues de Langres
- Réorganisation des dîmes entre le prieur de l’Île et le curé local.
-
SENTENCES JUDICIAIRES
1231 – Juges
délégués du pape (Bray-sur-Seine)
- Arbitrage entre les moniales d’Andecy et les moines d’Angleure
(Montiéramey) sur des sextiers de blé en terrage.
- Les moniales renoncent contre paiement.
1236 – Juges
délégués (abbé de St-Martin, cantor de Troyes)
- Condamnent l’abbaye de Sainte-Marguerite à payer 40
boisseaux de blé par an au prieur de Savigny-lès-Beaune (Montiéramey).
1240 –
Évêque Nicolas
- Sentence sur la dîme de Clerey : Montiéramey rachète ⅛ de la
dîme à un chevalier.
1245 –
Bailli royal de Mâlay-le-Roi
- Arbitrage entre Montiéramey et un bourgeois de Mâlay sur le partage
des récoltes dans des terres relevant du charruage de l’abbaye.
ACTES SEIGNEURIAUX
1230–1250 :
nombreux dons / ventes / reconnaissances
Je ne garde que les plus significatifs :
Seigneurs de Capis (Clarembaud, puis ses successeurs) :
- approuvent des ventes de terres, prés, dîmes ;
- donnent des droits de passage, de pont, de mur percé ;
- reconnaissent Montiéramey comme seigneur pour certains hommes ou
tenures.
Erard de Brienne, seigneur de Ramerupt :
- 1223–1248 : série d’accords majeurs sur Nogent-près-Ramerupt :
- partage des droits,
- renonciation aux partages forcés,
- ventes massives de terrages, corvées, coutumes,
- donations pures et simples,
- engagements sous peine d’excommunication.
Seigneurs de Chacenay :
- confirment les droits d’usage et de pâture de Montiéramey dans les
bois de Pothières et Chaource.
Seigneurs de Colaverdey, Boloigne, etc.
- reconnaissances de cens, dîmes, eschetes, droits de four, etc.
ACTES ROYAUX / COMTAUX
Thibaut IV,
comte de Champagne (1223–1253)
- Plusieurs confirmations d’échanges et d’accords, notamment :
- Échange de Chiminy : Montiéramey cède ses droits
contre le minage de Chaource.
- Paréage de Pargues (acte majeur) :
- Thibaut et Montiéramey se partagent justice, tailles, coutumes,
droits de four, etc.
- Acte confirmé ensuite par la reine Marguerite en 1254.
Henri Ier de
Navarre (1250)
- Confirme la restitution de la seigneurie de Nogent à Montiéramey après
rachat.
Blanche de
Navarre (1228)
- Confirme la donation d’un homme et de ses biens à Montiéramey.
Roi de
France (via son bailli, 1245)
- Arbitrage sur les récoltes de Ruilliac (voir plus haut).
MONTIÉRAMEY, POUVOIRS ET
TERRITOIRES
(XIIᵉ–XIIIᵉ siècle)
Breviarium ad usum
monasterii Arremarensis, 1175-1300Abbaye Saint Pierre de
Montiéramey – BNF
I. L’ÉVÊQUE
: ARBITRE, GARANT, PROTECTEUR
Les évêques de Troyes et de Langres apparaissent dans
les chartes comme les gardiens naturels de l’équilibre féodal. Ils confirment,
arbitrent, parfois corrigent leurs propres erreurs.
En 1231, l’évêque Robert de Troyes reçoit un chevalier
venu renoncer à une part de la dîme de Clerey :
« Johannes armiger recognovit se in perpetuam
elemosinam contulisse… octavam partem totius decimae de Clareio. » « Le
chevalier Jean reconnaît avoir donné en aumône perpétuelle un huitième de toute
la dîme de Clerey. »
L’évêque investit aussitôt l’abbé, scellant l’acte de
son autorité.
Quelques années plus tard, en 1238, l’évêque Nicolas
rectifie une situation embarrassante : croyant d’abord que le patronage de plusieurs
églises lui revenait, il découvre que Montiéramey en est légitimement
titulaire.
« Jus patronatus… ad ecclesiam Arremarensem pertinere…
personas amovimus et jus restitutimus. » « Le droit de patronage appartient
à Montiéramey… nous avons démis les prêtres nommés à tort et restitué le droit.
»
Ce geste n’est pas anodin : il reconnaît publiquement
la puissance spirituelle et temporelle de l’abbaye.
L’évêque intervient aussi pour protéger les biens
monastiques. En 1234, un juge délégué du pape, le cantor Henricus, ordonne la
restitution de blés indûment aliénés :
« Ad jus et proprietatem monasterii pertinere… » «
Ces blés appartiennent au droit et à la propriété du monastère. »
Montiéramey n’est pas seulement protégée : elle est
respectée.
II. LA
JUSTICE : PROCÈS, SENTENCES ET PAIX IMPOSÉES
Le XIIIᵉ siècle est un siècle de conflits. Les chartes
montrent un monde où chaque droit peut devenir un litige, chaque dîme une
querelle, chaque femme de corps un procès.
En 1231, un arbitrage oppose les moniales d’Andecy aux
moines d’Angleure (dépendance de Montiéramey) au sujet de blé en terrage :
« Tandem inter se composuerunt… moniales quitaverunt…
receptis XII libris. » « Finalement, elles composèrent… les moniales
renoncèrent contre paiement de douze livres. »
En 1236, une sentence condamne l’abbaye de
Sainte-Marguerite à verser chaque année quarante boisseaux de blé au prieur de
Savigny-lès-Beaune, dépendant de Montiéramey. Le conflit est clos, la paix est
imposée.
En 1245, un arbitrage royal tranche un litige agricole
: un bourgeois de Mâlay-le-Roi et Montiéramey se partagent les récoltes d’un
terroir contesté.
« Arremarenses habebunt medietatem omnium messium… » «
Les moines auront la moitié de toutes les moissons… »
La justice, ici, n’est pas une abstraction : elle est
un outil de domination.
III. LES
SEIGNEURS : ALLIÉS, ADVERSAIRES, SOUVENT DÉPENDANTS
1. Les
seigneurs de Capis : voisins puissants
Clarembaud de Capis apparaît dans les chartes comme un
voisin incontournable. Il approuve des ventes, confirme des donations, et va
jusqu’à autoriser les moines à percer le mur du château pour accéder à leur
grange :
« Licentiam perforandi murum castri… » «
Permission de percer le mur du château… »
Ce geste, rare, dit tout de la relation : une
proximité contrainte, mais réelle.
2. Erard de Brienne, seigneur de Ramerupt : un
dossier colossal
Entre 1223 et 1248, Erard multiplie les accords avec
Montiéramey concernant Nogent-près-Ramerupt. Il renonce aux partages forcés,
vend ses terrages, cède ses coutumes, puis finit par donner purement et
simplement ce qui lui restait.
« In puram et perpetuam elemosinam… partem suam omnium
censuum et costumarum de Nogento… » « En pure et perpétuelle aumône… sa
part de tous les cens et coutumes de Nogent… »
Il accepte même d’être excommunié s’il revenait sur sa
parole.
3. Les
Chacenay : forêts, pâtures et usages
Les seigneurs de Chacenay confirment les droits
d’usage de Montiéramey dans les bois de Pothières et Chaource — ressources
vitales pour les granges monastiques.
IV. LES
COMTES ET LES ROIS : ALLIÉS DE POIDS
1. Thibaut IV
de Champagne : le paréage de Pargues
Le paréage de Pargues est l’un des actes les plus
importants du XIIIᵉ siècle pour Montiéramey. Thibaut IV et l’abbaye se
partagent justice, tailles, coutumes, droits de four, minage, etc.
« In justiciis, laudationibus, venditionibus…
medietatem habebo et abbas alteram medietatem. » «
Dans les justices, les lods, les ventes… j’aurai la moitié et l’abbé l’autre
moitié. »
Cet acte est ensuite confirmé par la reine Marguerite
en 1254.
2. Henri Ier
de Navarre (1250)
Il confirme la restitution à Montiéramey de la
seigneurie de Nogent, rachetée par le comte au nom de sa femme.
3. Blanche
de Navarre (1228)
Elle valide la donation d’une femme de corps à
l’abbaye — rappel de la puissance comtale sur les personnes.
I. LE CORPS DU DOMAINE : HOMMES, FEMMES, GRANGES
Montiéramey n’est pas un monastère immobile, replié
derrière ses murs. C’est un organisme vivant, un corps immense dont les granges
sont les organes, les hommes et femmes de corps les muscles, et les chemins les
veines. Rien n’est laissé au hasard : chaque lieu, chaque personne, chaque
droit s’inscrit dans une stratégie territoriale.
Les granges
: le réseau secret du pouvoir
La grange n’est pas une ferme. C’est un poste avancé,
un centre d’exploitation, un nœud de pouvoir. On y trouve des hommes et femmes
dépendants, des troupeaux, des charrues, des pressoirs, des fours, des moulins,
des celliers, des bois, des pâtures, des dîmes en nature, des terrages, des
cens.
Elles sont implantées près d’un moulin, à la lisière
d’une forêt, au croisement de deux finages, à proximité d’un château, ou au
bord d’une rivière. Elles permettent de prélever, de surveiller, de négocier,
de s’imposer.
Ainsi, la grange de Villers bénéficie d’un droit
d’usage confirmé par un chevalier :
« Habitantes grangiam… plenum usuarium habent in
nemore de Mananto… » « Les habitants de la grange ont plein droit
d’usage dans le bois de Manantum… »
La grange de Pargues devient même le centre d’un
paréage avec Thibaut IV. Les granges sont les yeux et les mains du monastère.
Les femmes
de corps : vies liées, destins transmis
Dans les chartes, les femmes apparaissent comme des
êtres juridiques, des vecteurs de droits, des capitales vivantes. Leur
fécondité est un enjeu politique.
En 1238, Marie reconnaît sa condition :
« Maria… recognovit se esse feminam ecclesiae
Arremarensis… tanquam femina de corpore et de capite. »
Elle appartient au seigneur par son corps, sa
personne, sa descendance.
Certaines sont échangées comme des terres :
« Helluidim… feminam suam de capite et de corpore,
dedit in escambium… »
Le mariage d’une femme de corps engage des
territoires, des revenus, des lignées. Elles sont silencieuses, mais
essentielles.
Les hommes
de corps : les piliers invisibles
Ils labourent, sèment, moissonnent, transportent,
réparent, gardent, coupent, tirent. Ils sont la main‑d’œuvre stable, celle qui
ne part pas.
En 1225, Clarellus reconnaît sa condition :
« Clarellus… recognovit se esse hominem ecclesiae
Arremarensis… sub potestate, dominio, justitia et jurisdictione ecclesiae. »
Ils doivent tallia, corvées, fidélité. Ils sont
donnés, vendus, échangés, transmis.
Sans eux : pas de granges, pas de dîmes, pas de
terrages, pas de pouvoir.
Les vignes :
paysage façonné, richesse transformée
Les vignes portent des noms poétiques : in
Montecula, in Alboreto, in Vinea Alba, in Vinea Rubea,
juxta Sanctum Aventinum. Elles sont toujours liées à un moulin, un
chemin, un bois.
En 1233 :
« Vineam suam sitam ad molendinum de Cecey… »
La vigne est une borne, une monnaie d’échange, un objet
de litige. Le vin, lui, est une redevance, un symbole, une nécessité — parfois
dû même sans récolte :
« II modios vini boni… veniat vel non veniat vinum in
vinea. »
Le vin nourrit, relie, célèbre, prie. Il est un
compagnon du temps.
II. LES RESSOURCES : DÎMES,
TERRAGES, FORÊTS, VIN
Le domaine vit de flux constants : dîmes, terrages,
bois, vin. C’est le sang du système.
La dîme :
impôt sacré, revenu politique
En théorie, un impôt religieux. En pratique, un revenu
stable, cher, disputé.
En 1231 :
« Octavam partem totius decimae de Clareio…
contulisse. »
En 1240 :
« Abbas… redemerunt octavam partem… pro novies viginti
libris. »
La dîme vaut une fortune. Elle est indispensable.
Le terrage :
prix de la terre, contrôle des hommes
Prélevé en blé, avoine, vin, argent. Il fixe les
rapports de force.
En 1235 :
« Homines de Convinio VII denarios solvere… escasure
debent esse prioris. »
Le terrage n’est pas qu’un revenu : c’est un droit de
regard sur les terres et les hommes.
Les forêts :
pouvoir silencieux, marges stratégiques
La forêt est un monde : bois, pâture, glandée, fagots,
amendes, chemins, étangs.
En 1243 :
« Usuario et pasturis de bosco… »
Les forêts sont disputées, surveillées, négociées.
Elles marquent les frontières, protègent les granges, nourrissent les hommes.
Le vin :
redevance, symbole, nécessité
Le vin est compté, exigé, offert, échangé. Il sert à
la messe, aux fêtes, aux fondations pieuses. Il est mémoire, prière, rite.
III. LES MACHINES DU POUVOIR : MOULINS, FOURS, CHEMINS, PONTS
Le pouvoir féodal repose sur des infrastructures.
Contrôler un moulin, un four, un chemin, un pont, c’est contrôler la vie
quotidienne.
Les moulins
: nœuds économiques
Ils attirent les terres, les hommes, les revenus.
En 1238 :
« Quartam partem molendini… pro XXII libris. »
Sans moulin, pas de farine. Sans farine, pas de pain.
Les fours :
monopole absolu
Tous doivent y cuire leur pain. Ils paient. Ils ne
peuvent pas cuire ailleurs.
En 1225 :
« Furnum… quem homines tenebant… »
Le four contrôle les habitants autant que le pain.
Les chemins
: lignes de force
Traces mouvantes, mais axes juridiques.
En 1238 :
« ad chominum de l’Oie… »
Le chemin marque, sépare, prouve. Il est un instrument
de pouvoir.
Les ponts et
passages : goulots de contrôle
Un pont est un monopole. Un passage, un lieu de
tension.
En 1225 :
« Licentiam perforandi murum castri… et facere
plancham sive pontem… »
Percer un mur de château : un geste politique. Les
passages décident des conflits, des alliances,
des procès.
IV. LES SYMBOLES ET LA JUSTICE : SCEAUX, SERMENTS, EXCOMMUNICATIONS
Le pouvoir n’est pas seulement matériel. Il est
rituel, symbolique, juridique.
Le sceau :
la signature du pouvoir
En 1248 :
« Presentes litteras sigilli mei munimine roboravi. »
Un acte sans sceau n’existe pas.
Le serment :
la parole liée au corps
En 1248 :
« Juramento prestito corporali… »
Le serment engage l’âme, le corps, la lignée.
L’excommunication
: l’arme absolue
En 1248 :
« Nos ipsum et heredes suos excommunicemus… »
C’est la mort sociale. Personne ne s’y risque.
La justice monastique
: ordre, domination, stabilité
Montiéramey possède basse, moyenne, parfois haute
justice. Elle perçoit eschetes, amendes, coutumes.
En 1223 :
« Abbas habebit duas partes eschetarum… »
La justice est un pilier du pouvoir.
V. SYNTHÈSE : LA TOPOGRAPHIE DU
POUVOIR
Le pouvoir médiéval s’inscrit dans la terre.
Montiéramey sculpte son territoire comme un maître d’œuvre.
- Le monastère est le cœur.
- Les granges sont les organes.
- Les chemins sont les veines.
- Les ponts sont les goulots.
- Les forêts sont les réserves.
- Les moulins sont les moteurs.
- Les villages sont les satellites.
- Le vin est la mémoire.
- Les hommes et femmes de corps sont la chair.
- Les dîmes et terrages sont le sang.
- La justice est l’esprit.
Montiéramey n’est pas un monastère isolé. C’est un
pouvoir structuré, un territoire organisé, une seigneurie vivante. Un pays dans
le pays.
Nous donnons la copie
entière de cet ancien pouillé :
[DRNEKICIA SPECTANTIA] AI) COLLATIONKM NOMIXATIOXEM [ET
PltESEXTATIOXEM DOMIXIJ ABHATIS aiuikmahensls ohdixis [s11 ijeneuictij (i). IN
Trecensi diocksi
OFFICIA claustualia monasterh Arremarensis Prœpositura
Tlicsau[ra]ria scu sacristia
Infirmoria
Elcmosinana
Cantoria.
PnioRATt's in Trecknsi diocesi
Priorntus Sancli Micliaclis de Cappis (2).
Prioralus Sancti Pétri de Dcrvo.
Priornlus Sancta; Theodosiœ
Prioratus de Anglcdura
Prioratus Sanclœ Mariœ de Parlu, vulgo dicitur liainfroissard
Prioratus Sancti Joannisdc Castro, tu urbe Trecensi, unitus est abbaline.
PniORATUS IN LlNGONENSI DIOCESI
l'rioralus Sancti Salvatoris
Prioralus de Pargiis
(I) Les mots placés entre crochets manquent par suite de la
pourriture du papier.
Ce titre a été rétabli d'après une copie de ce pouillé
écrite fin iln xvi" siècle.
(2i Co prieuré est indiqué sous le vocable de Saint-Michel, cependant dans
les documents publiés dans le cartulaire et tous antérieurs h I'2;i7, le
vocable sous lequel il est énoncé est celui de: IteaU liari.v de Capis et
l'église prieurale, qui se trouvait in rnslro, est bien sous le munie vocable
Ikatx Maria-.
Prioratus clo Vivariis
Prioratus de Fayllo
Prioratus de Lentiseo
Prioratus de Marehota
Prioratus de Insula alias de Mole en Isle.
Capclla Sancti Hylarii prope Villiacum in Trodis. VlCAIW.K l'KRPETU.K
SIX1 KCCI.ESI.K PAMIOCHIALKS, IN DIOCKSI TRKCENSl.
Eeclesia domina1 Virginis Maria* Arremarensis cum suo succursu de
Monslcrolio
Ecclcsinm (sic) Sancti Petri de Clareyo, alias de Cleroj cum suo succursu
de Francyo (l)
Keclcsia Sancti Joannis [et Sancti Lupij de Cappis Kcclcsia Sancli
Martini [in vineis] prope Trccas Kcclesia de Gigncio et Buceio
Kcclcsia de Curie Argcntca, alias de Courtrangiis Kcclcsia Sancti Martini
de Ruliaco
Kcclcsia Sanctorum Gervasii et Prothasii de Anglcdura
Kcclcsia Sanctcn Maria; do lirando[n]villiers
Kcclcsia Sancti Christophori de Hancuria
Kcclesia de Sournois
Kcclesia S'ancti' Vinehaldi de Magnicuria
Kcclcsia Sancti Mauricii de Nogento super Albam cum suo succursu de
Cocloix
Kcclesia Sancti Martini de Donno Martino
Kcclcsia de Palo et Dcrvo
Kcclesia de Fo!!iis et Franeyo
il) Cet article est en entier d'une autre écriture et d'une autre encre,
mais i! paraît écrit à la même époque.
Kcclcsia Sancla; Maria; de l'ulchro Visu (1)
de Noiis propo Trceas
Kcclesia de, Ikirriis, est succursus de Monstorolio Ci) Ecclcsia donuii
Audrtu apostoli de Mugnillo Sancti Petri.
VlCAIU.K PKUPETU.i: SEU IXCl.K.SI.K l'AHKOCHlALKS, in
Lixgoxexsi mocicsi.
Kcclcsia Sancti Rcmigii (le Mnrollis cum suis succursibus,
uimiruin Sancla; Marias de; Calido Furno et Snneti Laurentii de Villiaco.
il) lin margo est écrit nulla us t. Cependant, dans le
diocèse do Troyes, à Choppcs, on près de Chappos, existait antérieurement a
lïiOUune église ou chapolle sous le vocable du Sanrlc .llaric de Ih'llo lis» ou
de l'ulcro Visu. Celte église est encore nommée dans Une cliartc (page 271!
Rrrlrsia Iknir Mnrir Maiirinlftin upud hélium Visum, auprès se trouvait le
cimetiore de Cette église ccrtaiiiPtnont faisait partie des bénéfices de
l'abbaye do Monliéraincy. Lo château, ipii était une place impoi tante, a subi
lors de la guerre de Cent ans plusieurs sièges. Ses fortifications, qui furent
relevées en \.W> avec de grands développements, s'étendirent sur les
propriété du prieuré « devers le chemin de Iklveoir » (page .'KKil.
l'rubableiueut cette église aura été détruite a cette époque, telle serait la
raison de la mention nulla est. Il y a lieu de faire encore remarquer que
dimsune liste succincte des bénéfices de l'abbaye, sans
dale.maisseniblanlécrile par la même main que colle qui a écrit le résumé de
Iftëfi, on a substitué à l'article mrnullé le nom de « lieauregard, uni à
Marolles et h Villy-cn-Trodes ». lleauregard est un hameau près de ces deux
communes, il dépendait de l'ancien diocèse de l.angres. l'n lien quelconque
a-t-il existé entre l'ancienne éylise de liello Visu de Cajris et lieauregard,
m\ diocèse de Langres? On ne saurait le dire, mais on croit utile de signaler
ces diverses mentions. (ii Cet article est barre, on a écrit en marge nulla est
mais la liste des bénéfices dressée au xvn' siècle, maintient Bures uni a
Montreiiil, aussi l'église da Pulcru Vi.m étant supprimée, c'est bien l'.t
cures qui sont dans le diocèse de Troyes. ainsi qu'il est indiqué dans le
résumé de Kii>i, dont il a déjà été fait mention.
Ecclcsia Sancli Martini de Sefons
Ecclcsia Sancli Lnurcntii de Krigida Val le
Ecclcsia Sancti Petri de Longo Pralo
Ecclesia Sancti Juannis de Cadusia cum suis succursibus Sancla;
columba'do Manso Sancti Hoberli(I), de Pargis
Ecclcsia de Lochiis cum sue succursu de Landrevilla Ecclesia Bcatc [ ]
Visu (2)
Ecclesia de Halen[o la Grange] propc Cadusiam Ecclcsin Sancla; Marias de
Coperto Fonte.
Ecclcsia Sanclorum Salvatoris et Pétri cum suo succursu Sancli Martini de
Pommcyo
Ecclesia Sancla; Maria; de Monlignon
Ecclesia Sancti Vicloris de Charcveyo
Ecclesia Sancta- Maria; de alias Chuges
Kcclcsia de Arsiaco
Ecclcsia de Fayllo (.'$)
( 1 Lisez (le Manso Roberli.
{2) Deux mots manquent en cet endroit par la pourriture du
papier. Doit-on lire Lkllo ou PuLcUro Visu ? C'est ce qui semble être la
vérité. Dans ce cas, est-ce de Beauvoir ou de Ueaurepçard qu'il s'ngirait? La
cure de Beauvoir nu diocèse de Langres, suivant le pouillé de ce diocèse publié
par M. Vouriot, est à la présentation de l'évèque, elle ne saurait ôlre un
bénélicede l'abbaye. A-t-on voulu indiquer lioauregard près Marolles-les-Bailly
et Villy-enTrodes ? C'est possible, mais on doit faire remarquer que dans Il
liste du xvii' siècle et notamment dans deux autres listes, incomplètes il est
vrai, et écrites au x\T et xvu» siècle, on a substitué au lieu et place de
Ilello ou l'ulchro Visu le nom de (Jalluard lalias) Wallnart. Ce nom, suivant
trois bulles publiées aux pages ;u, 'M, .") I serait celui d'une paroisse
du diocèse de Lnn^res sous le vocable do Sanclc Marie de Galluart, alias
Walluart. Nous n'avons pu trouver cette localité. Nous signalons ces
différentes indications sans prétendre les expliquer.
(:t) Dans le résumé des bénéfices de 162*. on indique 1.
cures
(Japellu Sancti Gcorgii de l'argis spécial ad omuimodain
col!alioii(;ui abbatis Arrcrnnrciisis
Capclla Johannis BaplisUc in eeelesia de (iadusia, in dubio
est an ad ubbulcin an ad dominum de Clu'sley allincat, ad minus est
alterualiva.
In diocksi Eduknsi
Kcclcsin Sancti (lassiani de Savigniaco prope Ueinam Ksi in
eodem diocesi prioralus Sancli Mauricii de Béez abbaliio unitus.
In diocesi Bisuntinknsi.
Olim oranl subscrîptu> ccclcsiio parrocliialcs speclanlcs
ad prcsontalioncin abbalia^ Arrcinarensis uunc aulcin nilul juris sallein in
possessorio,
Ilir sunl
Kcclcsia de Sarmagia
Kcclcsin Sancloruin Maria; cl Jobannc de Salve Ecclesia
Sanclc Maria; de Capellis.
Suivent trois signatures dont celles de
Charles ternaire, vicaire général de l'abbé, et de
Delierissun, secrétaire du chapitre des moines.
Le pouillc dont on donne la copie constate que dans le
diocèse de Besançon ri se trouve trois églises pasculcment pour lo diocèse de Langres,
etcependant on en mentionne l.'i dans le pouillé même nombre se trouve dans la
liste du xvi[« siècle.
roissialcs <|ui sont à la pivscnlntiou de l'abbé de
Montiéramey, niais sur lcsi|iielles, en l'ail, aucun droit n'était exercé. La
liste des bénéfices du xvne siècle, dont on a déjà parlé, confirme cette
indication en mentionnant qu'il y a encore 10 cures au diocèse de Uesaneon, «
cures auxquelles l'abbé n'a pas nommé depuis longtemps ». Au nombre de ces
cures se trouvent celles désignées au pouillé.
Voici les noms de ces dix cures tels qu'ils sont
orthographiés sur cette liste. Quelle que soit la diflerenco dans cette
orthographe, on retrouve facilement les noms sous lesquelles ces paroisses sont
indiquées dans le carluluire.
Ecdesia Sancti Pétri de Broyés ou Broies.
Ecdesia de Perigniaco ou I'erygné.
Ecdesia Sancti Martini de Toneriaco seu Chuciacu ou Tincey.
Ecdesia Sancte Marin de Calmis ou Sainle-Marie-enChaux.
Ecdesia Sancti Leodegarii de lïrusiliaco.
Ecdesia Sancli Desiderii de liarro ou Harz.
Ecdesia Sancli Petri deSamaryis ou Sermangcs. Ecdesia Sancte Marie de
Capellis ou de Campellis. Ecdesia Sancte Marie et Sancti Johannis de Saluos ou
Saluez ou Saluclh.
Ecdesia Sancli Heinigii de Nom Villa.
L'abandon des droits de l'nbbayc sur ces églises s'explique,
d'une part par, leur éloignemcnt de Monlioiamcy à une époque où les
communications étaient peu faciles et, d'autre part, par les difficultés que l'exercice
de ces droits avait dû rencontrer lors de la formation du comté de Bourgogne, à
la lin du xe siècle, laquelle avait placé les contrées où étaient situées ces
églises sous une autorité étrangère et souvent hostile à la France.
Quidum roligiosus prosbylor, Adroraarus torritorii
Tricassiuiii, in urbc oadem ab incunto otuto sanctc roli^iotiis
insliliitionil)iis cclucutus alque inl'orrniilus, assontionto pusillis nisibus
menioratc urbis nnlistilo Àdolborto, locuin qiifaitlam rcmolioni aptissimum, ab
cadoin dcccm forme millibus dis–lantnm olcgit, ao miinificcntia rcligiosi
coinilis Alcdramni adc|)tus (ist in silva, que vulgo vocabulo Dorviis dicilur,
supor fliiviiun Barsam,sub monsura vidoliccl perlicarum accinyanini in
longiliuline quingcnlarum, in latiluditiodnccntarum vigenli, qui cquis partibus
codom lluvio intorliisus in quo collani in inomoriaboali.ssimi Pétri,
apostolnnim prin(îipis, construxil bac lanluin pensiono taxali, ut anima beali
Pclri aposluli feslivitutc XX denarios [jarlibus coinilis cjusdom civitatis
persolvero non duU'fictet, qualonus hoi; olwequio, quia comitisf'ueril,
Pour terminer :
LE POUILLÉ : LA CARTE SECRÈTE D’UN EMPIRE MONASTIQUE
Il existe des documents qui ne racontent pas : ils
révèlent. Des textes qui ne décrivent pas : ils dévoilent. Le vieux pouillé de
Montiéramey est de ceux‑là.
Mangé par le temps, troué par l’humidité, raturé par
les copistes, corrigé par les érudits, il ressemble à un champ de ruines. Et
pourtant, dans ces ruines, on voit apparaître la véritable étendue du
pouvoir monastique.
Ce pouillé n’est pas un simple inventaire : c’est la
carte secrète d’un empire ecclésiastique.
I. Un
document blessé, mais vivant
Dès les premières lignes, le texte chancelle :
« [DRNEKICIA SPECTANTIA] AD COLLATIONEM NOMINATIONEM…
»
Les mots manquent, le parchemin s’effrite, les lettres
se dissolvent. Mais derrière les lacunes, on devine la formule classique :
“De beneficiis spectantibus ad collationem,
nominationem et praesentationem domini abbatis Arremarensis.”
Le copiste du XVIᵉ siècle a tenté de reconstituer. Il
a laissé ses hésitations, ses doutes, ses corrections. Ce n’est pas une
faiblesse : c’est une preuve d’authenticité. Ce pouillé est un
survivant.
II. Les
offices claustraux : le cœur administratif
Le document commence par les offices internes
du monastère :
- la prévôté,
- la trésorerie / sacristie,
- l’infirmerie,
- l’aumônerie,
- la cantoria.
C’est le squelette administratif de l’abbaye, la
structure qui fait tourner la liturgie, les biens, les hommes.
III. Les prieurés
: un réseau tentaculaire
Puis vient la liste des prieurés dépendants. Et
là, le lecteur moderne reste stupéfait.
Dans le
diocèse de Troyes :
- Saint‑Michel de Capis
- Saint‑Pierre de Dervo
- Sainte‑Théodosie
- Angledure
- Sainte‑Marie de Parlu (Rainfroissard)
- Saint‑Jean‑de‑Castro, dans Troyes même
- Viviers
- Fayl
- Lentisque
- Marchot
- L’Isle / Mole‑en‑Isle
- Saint‑Hilaire près de Villiers
Dans le
diocèse de Langres :
- Saint‑Sauveur
- Pargues
- Savigny
- Bèze (prieuré uni à l’abbaye)
Dans le
diocèse de Besançon :
- Sarmagia
- Salve
- Capellis … et d’autres devenues “nulla est”.
Montiéramey n’est pas une abbaye locale. C’est une seigneurie
ecclésiastique régionale, implantée dans trois provinces, trois évêchés,
trois mondes.
IV. Les
églises : un patrimoine éclaté, mouvant, parfois disparu
Le pouillé énumère ensuite les églises à collation,
les succursales, les chapelles, les cures perdues, les cures
fantômes.
Certaines sont barrées. D’autres portent la mention “nulla
est”. D’autres encore sont remplacées par des noms différents dans les
listes du XVIIᵉ siècle.
Les vocables flottent :
- Bello Visu
- Pulchro Visu
- Beauvoir
- Beauregard
- Galluard / Walluart
On sent les guerres, les destructions, les
reconstructions, les confusions, les pertes de mémoire.
Ce n’est pas un catalogue : c’est une archéologie
du territoire.
V. Les cures
perdues : l’ombre du comté de Bourgogne
Le pouillé note que certaines églises, jadis à la
présentation de l’abbé, ne le sont plus. Pourquoi ?
Parce qu’au Xe siècle, la formation du comté de
Bourgogne a placé ces terres sous une autorité étrangère, souvent hostile à
la France.
Montiéramey a perdu des droits. Mais le pouillé en
garde la trace. Comme un fantôme administratif.
VI. Le récit
fondateur : Adromarus dans la forêt de Dorvus
Et soudain, au milieu des listes, surgit un récit. Un
morceau d’hagiographie primitive. Un texte presque carolingien.
« Quidam religiosus presbyter, Adromarus… locum
quendam remotioni aptissimum… elegit… »
Un prêtre, Adromarus, cherche un lieu de retraite. Il
choisit une clairière dans la forêt de Dorvus, au bord de la Barse. Le comte
Aldramnus lui donne la terre. Il y fonde un oratoire dédié à saint Pierre. Et
il promet de payer chaque année :
« XX denarios… in festivitate beati Petri apostoli. »
C’est la naissance de Montiéramey. Non pas une
fondation abstraite, mais un geste humain, un lieu précis, une forêt, un
fleuve, un comte, un prêtre, un cens.
Le pouillé conserve cette mémoire. Il est le témoin le
plus ancien.
VII. Ce que
révèle vraiment ce pouillé
Ce document, malgré ses trous, ses ratures, ses
hésitations, révèle trois vérités essentielles :
1. Montiéramey est un pouvoir
territorial, pas un simple monastère
Son réseau couvre trois diocèses, des dizaines
d’églises, des prieurés, des chapelles, des cures.
2. Montiéramey est un pouvoir ancien,
enraciné dans une fondation du haut Moyen Âge
Le récit d’Adromarus est un trésor.
3. Montiéramey est un pouvoir
mouvant, qui gagne, perd, reconquiert, s’adapte
Les mentions “nulla est”, les vocables flottants, les
corrections marginales montrent un territoire vivant, changeant, respirant.
Le pouillé comme miroir du pouvoir
Ce vieux pouillé, avec ses lacunes et ses éclats, est
le miroir ultime de Montiéramey.
Il montre :
- ce que l’abbaye possède,
- ce qu’elle a perdu,
- ce qu’elle revendique,
- ce qu’elle administre,
- ce qu’elle a fondé,
- ce qu’elle a oublié.
Il est la carte secrète d’un empire monastique.
Un empire fait de granges, de forêts, de moulins, de chemins, de vignes, de
femmes et d’hommes de corps, de dîmes, de terrages, de sceaux, de serments, de
ponts, de passages, de prières, de procès, de fondations anciennes.
Un empire qui n’existe plus, mais dont chaque ligne de
ce pouillé porte encore la respiration.
Montiéramey n’est pas seulement un lieu. C’est une géographie
du pouvoir. Un territoire façonné par le droit. Une seigneurie vivante. Un
pays dans le pays.
Montiéramey
: un territoire, un système, une mémoire
À la fin de ce voyage à travers les chartes, les bois,
les granges, les chemins, les vignes, les moulins, les hommes et les femmes de
corps, une évidence s’impose : Montiéramey n’est pas un monastère. C’est un
monde. Un monde structuré, pensé, organisé. Un monde où chaque élément — du
plus humble au plus prestigieux — participe à une architecture de pouvoir.
Les forêts en sont les réserves, les marges, les zones
d’usage. Elles donnent le bois, la pâture, la glandée, les amendes. Elles sont
un territoire complet, un espace total. Les granges sont les organes du
domaine, les moulins ses moteurs, les chemins ses veines, les ponts ses
goulots, les villages ses satellites. Les hommes et femmes de corps en sont la
chair. Les dîmes et terrages en sont le sang. La justice en est l’esprit.
Montiéramey apparaît, au terme de cette étude, comme une
seigneurie complète, un pouvoir structuré, un territoire organisé.
Le pouvoir médiéval n’est jamais abstrait : il s’inscrit dans la terre, dans
les chemins, dans les bois, dans les ponts, dans les moulins, dans les granges,
dans les églises. Il se lit dans les paysages comme dans les chartes.
Ce que nous lisons aujourd’hui dans les pouillés, les
actes, les arbitrages, ce n’est pas seulement du droit : c’est la mémoire
d’un territoire. Une mémoire faite de bois, de pierres, de champs, de
vignes, de ponts, de chemins. Une mémoire faite d’hommes et de femmes, de
serments et de sceaux, de litiges et d’alliances. Une mémoire qui respire
encore dans les paysages d’aujourd’hui.
Car Montiéramey n’est pas morte. Elle est là, dans les
noms de lieux, dans les limites des finages, dans les chemins anciens, dans les
bois survivants, dans les archives qui parlent encore. Elle est un pouvoir en
mouvement, un territoire vivant, une seigneurie totale. Elle a façonné son
espace, organisé ses ressources, contrôlé ses hommes, protégé ses droits,
affirmé son autorité. Elle a laissé derrière elle un paysage, une mémoire, une
géographie du pouvoir.
Et pourtant, ce qui fut un monastère puissant, une
seigneurie complète, un réseau de granges, de prieurés, de forêts, de moulins,
de chemins, n’est plus aujourd’hui qu’un domaine privé, inaccessible,
silencieux, presque effacé du paysage. La Révolution française a vendu les
bâtiments, détruit l’église, dispersé les archives, brisé les murs. Il ne reste
que le logis abbatial, une grange, un colombier — et encore, transformés,
réaffectés, privés.
ÉPILOGUE
Là où le
silence se souvient
Il reste, au détour d’un chemin, une pierre qui ne dit
plus son nom, un mur qui ne soutient plus rien, une grange qui regarde le temps
passer.
Il reste un logis abbatial, posé comme un vaisseau
échoué sur la terre qu’il commandait autrefois. Ses fenêtres ne voient plus les
moines, mais elles savent encore la lumière qu’ils allumaient.
Il reste un colombier, vide de ses ailes, mais plein
de son ombre.
Il reste des arbres, qui ont vu passer des
processions, des guerres, des prières, des famines, des vendanges, des hivers
trop longs. Ils ne parlent pas, mais ils se souviennent.
Il reste des chemins, qui ne mènent plus à l’abbaye,
mais qui continuent de suivre la logique ancienne du territoire. Ils savent
encore où étaient les ponts, où l’on percevait le péage, où l’on franchissait
la Barse comme on franchit une frontière.
Il reste des noms de lieux, qui portent dans leurs
syllabes la trace d’un moulin disparu, d’une vigne oubliée, d’un prieuré
effacé, d’un saint dont plus personne ne prononce le nom.
Il reste des archives, qui dorment dans des boîtes,
dans des caves, dans des greniers, dans des bibliothèques. Elles sont le
dernier souffle de ceux qui ont vécu là.
Et il reste, surtout, ce que l’on ne voit pas : la
forme d’un monde disparu, la respiration d’une seigneurie, le battement d’un
pouvoir ancien qui continue de vibrer dans les plis du paysage.
Montiéramey n’est plus. Mais Montiéramey demeure.
Dans la mémoire des pierres, dans la patience des
arbres, dans la courbe des chemins, dans la couleur des terres, dans le silence
qui s’installe là où autrefois sonnait la cloche.
Et tant qu’un regard se posera sur ce qui reste, tant
qu’une voix relira les chartes, les pouillés, les actes, tant qu’un esprit
cherchera à comprendre ce qui fut, Montiéramey vivra encore.
Non comme un lieu, mais comme une présence. Non comme
une abbaye, mais comme un monde. Non comme un souvenir, mais comme une mémoire
qui veille.
Le
logis abbatial de Montiéramey, seul vestige encore debout du monastère fondé au
IXᵉ siècle.