lundi 29 juin 2026

Moulin de Bar-sur-Seine (10)

 


Le moulin de Bar-sur-Seine : chronique d’un patrimoine en péril

 

 Genèse d’un moulin sur la Seine Au XIIIᵉ siècle, quand la Seine n’était encore qu’un fleuve de travail, de pêche et de vie, on y construisait des moulins comme on plante un arbre : pour nourrir, pour servir, pour assurer la continuité des jours. Le moulin de Bar‑sur‑Seine naît ainsi, posé sur un bras du fleuve, simple machine de bois et de pierre, destiné à moudre le grain des habitants. Il est l’un de ces lieux où l’eau devient force, où la rivière se fait alliée du pain quotidien.

Les siècles passent, et au XIXᵉ siècle, le moulin change d’échelle. Vers 1860, sous l’impulsion d’un certain Charrier, il devient une grande minoterie industrielle, témoin de la modernisation des campagnes. Les anciens systèmes à force animale disparaissent ; la Seine, elle, continue de tourner la roue, mais au service d’une production plus vaste, plus ambitieuse. Entre 1923 et 1929, on agrandit encore : le bâtiment s’étire, se renforce, s’impose comme un acteur majeur de la farine dans l’Aube.

Puis vient 1925. L’activité meunière cesse. Le monde change, les techniques aussi. Le moulin, fidèle à l’eau depuis sept siècles, se reconvertit : il devient centrale hydroélectrique. L’énergie remplace la farine, mais la logique reste la même — tirer de la rivière une force utile. La minoterie, elle, s’endort. Elle ne sera plus jamais réveillée.

C’est là que s’arrête la belle histoire, celle qui va du XIIIᵉ siècle à 1925 : un moulin né pour nourrir, devenu moteur industriel, puis transformé en centrale, toujours fidèle à la Seine.



La présence de moulin à cet emplacement, à Bar-sur-Seine, est attestée dès le XIe siècle. On trouve trace de propriétaires du moulin dès 1836 ; tandis que la micro-centrale hydroélectrique est plus récente datant de 1926, avec une production qui aurait commencé dès 1929.

 Le moulin est l’un des derniers témoins des grands moulins à pans de bois qui avaient été construits le long de la Seine. On y faisait de la farine bien sûr. Dès 1854, une huilerie et une filature y furent également installées.

La micro-centrale est sans doute aujourd’hui la plus grande du département capable de fournir l’électricité à quasiment la population de la ville.

C’est un scientifique Mauricien, Assan Dina, qui a fait construire ce bâtiment à la structure béton armé avec terrasse en toiture. Ce dernier abritait quatre turbines qui alimentaient deux alternateurs de 220 et 125 KW/heure à l’époque. La centrale était couplée avec celle de Fouchères et alimentait en électricité quatorze communes de la vallée de la Seine.

Naissance et essor industriel (XIIIᵉ siècle – 1925)

Le site du moulin de Bar-sur-Seine, situé sur un bras de la Seine, est mentionné dès le XIIIᵉ siècle comme lieu de meunerie. C’est au XIXᵉ siècle que l’édifice prend sa forme actuelle : une grande minoterie industrielle, construite vers les années 1860 par un certain Charrier. Elle incarne alors la modernisation des moulins à farine, remplaçant les anciens systèmes à force animale ou artisanale.

Entre 1923 et 1929, des extensions sont ajoutées, consolidant son rôle dans la production de farine à grande échelle. Mais dès 1925, l’activité meunière cesse. Le bâtiment est alors reconverti en centrale hydroélectrique, fonction qu’il conserve aujourd’hui, bien que la minoterie elle-même soit désaffectée.

Déclin et inertie patrimoniale (1925 – 2019)

Durant près d’un siècle, le moulin reste figé dans son état post-industriel. Malgré son architecture remarquable — pans de bois, structure imposante — il tombe dans l’oubli. La famille Prunier, propriétaire du site, ne le valorise ni ne le vend, malgré plusieurs propositions, dont un projet d’hôtel de luxe évoqué localement mais jamais concrétisé.

En 2019, le moulin est sélectionné par la Mission Bern comme patrimoine en péril. Une collecte est lancée par la Fondation du patrimoine, visant 300 000 € pour sa restauration. 59 085 € sont réunis grâce à 81 donateurs.

Blocage et rupture de transmission (2020 – 2023)

Malgré les fonds mobilisés, le projet de restauration est stoppé net. En 2023, France 3 révèle que les propriétaires ont “mené en bateau” les porteurs du projet, refusant toute avancée concrète. Le moulin devient alors un symbole de patrimoine bloqué par inertie privée, malgré l’engagement public.

Scandale écologique et procédure judiciaire (2025)

En octobre 2025, le moulin refait surface dans l’actualité pour une toute autre raison : une pollution grave de la Seine. Des rejets d’huile industrielle depuis le site provoquent une mortalité massive de moules d’eau douce et de poissons. Le tribunal ouvre une procédure contre les propriétaires pour atteinte à l’environnement. Cette pollution constitue une infraction au Code de l’environnement, notamment l’article L.432-2 qui réprime les atteintes aux eaux douces. La SCI Renaissance du Moulin est domiciliée sur le site même.

 Il s’ingénie à sauver le moulin de Bar-sur-Seine (mars 2019)

Depuis dix ans, Stéphane Prunier, ingénieur de formation, restaure dans l’Aube un immense moulin à pans de bois tout en y produisant de l’électricité. Son projet a été sélectionné par la Mission Stéphane Bern. Sérieux coup de pouce.

 Situé à Bar-sur-Seine, commune de la Côte des Bar, le vignoble le plus méridional de Champagne, ce moulin typique de la révolution industrielle va bénéficier du loto du patrimoine. Parmi les urgences, le remplissage des pans de bois.  Photo ER /C. D.

Situé à Bar-sur-Seine, commune de la Côte des Bar, le vignoble le plus méridional de Champagne, ce moulin typique de la révolution industrielle va bénéficier du loto du patrimoine. Parmi les urgences, le remplissage des pans de bois.  Photo ER /C. D.

Un sacré effet d’entraînement. Il y a dix ans, Stéphane Prunier acquiert le moulin de Bar-sur-Seine dont les pans de bois sont typiques de l’Aube. Une « verrue » pour certains, ouverte à tous les vents. Elle vient d’être retenue par la Mission Stéphane Bern, au titre de la région Grand Est, afin de bénéficier des gains du loto du patrimoine. L’an dernier, la Fondation du patrimoine avait sélectionné le théâtre des Bleus de Bar, à Bar-le-Duc.

Des travaux d’urgence

En 2009 donc, Stéphane Prunier, a 35 ans. Ingénieur chez Alsthom puis General Electrique, spécialiste de l’hydraulique, il revient dans le Barséquanais dont il est originaire, s’installe à son compte et, en parallèle, créé la SCI « La Renaissance du moulin ». D’un côté, il y installe quatre nouvelles turbines et relance la production d’électricité – elle est vendue à EdF. De l’autre, il entreprend des travaux d’urgence dans ce moulin de 1000 m2  , sur quatre niveaux, qui enjambe la Seine. « Lorsqu’on a acheté, on était très inquiet. Mais, rassure Stéphane Prunier, après l’expertise technique, on s’est aperçu que le bâtiment était très costaud. Beaucoup de pans de bois étaient détériorés, mais cela n’altère pas le bâtiment. » Mieux, poursuit-il, les courants d’air, en séchant, ont aidé à la conservation.

La bâtisse a été édifiée en plein milieu de cette commune de 3.000 habitants, cernée par le vignoble champenois, dans les années 1860. C’est le dernier vestige de ces grands moulins utilisant la force hydraulique et installés sur la Seine après la première révolution industrielle. Ils contribuaient à améliorer la qualité de la farine.

Au début du XXe  siècle, le bâtiment avait été complété par une centrale hydroélectrique, alimentant 14 communes du secteur, et construite par un ingénieur mauricien, petit-fils de maharaja et créateur de l’observatoire d’astrophysique de Haute-Provence !

Vocation touristique

« J’ai toujours eu un goût pour le patrimoine lié à l’eau, pour les métiers liés à la transformation de l’eau en énergie ». En 2013, Stéphane Prunier a aussi lancé l’association de sauvegarde du patrimoine aubois des moulins et de leurs activités (ASPAMA). Le financement des travaux de réhabilitation du moulin de Bar-sur-Seine par les gains du loto du patrimoine (à 80 % du projet, les 20 % restant étant à la charge du propriétaire) va donner un sérieux coup de pouce au remplissage des pans de bois, à la restauration de la charpente. Entre autres. Au-delà, l’objectif est d’en faire un lieu à vocation culturelle et œnologique.

dans la presse locale on peut lire : 

« 17 juin 2018

Au terme de ces deux Journées nationales du patrimoine de pays et des moulins, le moulin de Bar-sur-Seine et son propriétaire, Stéphane Prunier, ont pu vérifier l’intérêt intact des Barséquanais envers le site. S’il n’était pas possible, le jour même, de donner un chiffre précis, la matinée de dimanche a vu l’affluence doubler par rapport à la veille. « C’est difficile à comptabiliser car les gens venaient des deux côtés (RD 671 et pont de la Seine, NDLR). Mais globalement, les gens sont sortis pour le moulin et ses installations », se réjouit l’organisateur.

Vers la création d’un petit espace consacré à la culture

Le profil des visiteurs, de plus, était très divers. Des personnes intéressées par la production hydroélectrique à celles qui ont connu le moulin d’antan, les échanges étaient riches. «  Sur la question énergétique, si j’ai rencontré des gens très au fait, les interrogations portaient sur l’orientation de la production, c’est-à-dire, combien de foyers sont alimentés et si cela suffit pour une ville comme Bar-sur-Seine. Quant au côté patrimonial, on se rend compte que les gens s’en soucient », pointe Stéphane Prunier.

Cette réouverture au public, aussi brève soit-elle, a rempli son objectif : estimer l’intérêt du public. « Les deux zones, avec leurs deux univers, sont vraiment complémentaires. » Elle a confirmé l’envie du propriétaire de créer, à terme, dans la partie la plus ancienne, un petit espace pour le public afin d’accueillir des expositions, des conférences… Une ouverture à la culture qui donnerait une continuité appréciable à ce week-end.»




L’emblématique moulin de Bar-sur-Seine est à l’abandon depuis des décennies. Le voir se détériorer au fil du temps est à la fois un crève cœur et aussi un scandale innommable !

Voilà une réhabilitation qui fait beaucoup parler d’elle et ce n’est rien de le dire. Quiconque passe sur l’axe qui mène vers le Sud de l’Aube ne peut pas « rater » cette « verrue », cette « horreur » de la bonne ville de Bar-Sur-Seine. Les barséquanais n’osent même plus y croire … car, en cette fin juin 2024, le moulin de Bar-sur-Seine posé sur la Seine n’a toujours pas entamé sa cure de jouvence.

Voilà ce qu’on pouvait lire à propos du moulin de Bar-Sur-Seine dans la presse.

Et si on faisait le point ici ?

Lu dans le quotidien régional l’Est-Eclair, extraits :

« Le moulin, cet élément du patrimoine local et industriel du XIXe siècle va devenir un lieu de manifestations culturelles et de valorisation des énergies renouvelables puisqu’il a gardé son activité hydroélectrique. Avec le loto du patrimoine, l’année 2019 a été le point de départ du renouveau de ce moulin qui, appelons le, est un éminent témoin du fondement de l’industrie dans l’Aube au XIXe siècle et de son développement au XXe siècle. Un renouveau qui est soutenu par le Département et intéresse tout particulièrement la communauté de communes du Barséquanais en Champagne qui inscrit le projet dans le cadre de la redynamisation sur le plan touristique du bourg-centre. C’est dire si tout ceci est chargé d’espoir pour la ville et la comté. »

Cependant la crise sanitaire freine le projet de réhabilitation, mais la feuille de route se remplit petit à petit et évolue régulièrement. Les premiers travaux sur le moulin de Bar-sur-Seine étaient attendus depuis printemps. La pandémie en aura décidé autrement.

Toujours d’après L’Est Eclair :

« Alors que les 500 000 € attribués par la Mission Bern à sa restauration sont en passe d’être définitivement perdus, les propriétaires du moulin de Bar-sur-Seine ont ouvert la porte à une vente du site, centrale hydroélectrique comprise.

Le 10 mars 2019, il est sélectionné par le loto du Patrimoine pour la région du Grand Est. La mission Bern annonçait avoir retenu le dossier de réhabilitation au titre de la région Grand Est pour bénéficier des fonds du Loto du patrimoine : un chèque de 500 000€ pour des futurs travaux afin de commencer la réhabilitation et la sauvegarde de cet édifice, témoin du patrimoine barséquanais datant de 1854 et dernier vestige des grands moulins à pan de bois. La réhabilitation, qui aurait dû commencer par le clos et le couvert avec la réfection de la charpente, de la toiture, les murs et menuiseries.

Avec « L’architecte qui a été retenu (Mathieu Baty), un point d’étape avec la Fondation du patrimoine aurait dû suivre mais tout a été retardé à cause entre autre de la COVID qui a donné un arrêt brutal aux activités. »



Notons que des partenariats ont été créé. C’est le cas notamment d’un partenariat qui pourrait se nouer avec l’EPF, une école troyenne d’ingénieurs ouverte à l’international dans le domaine notamment de l’architecture, ou encore avec l’Institut universitaire des métiers et du patrimoine pour un éventuel chantier école.

Tout comme est à l’étude un partenariat public-privé afin d’y parvenir. Le résultat d’une étude a d’ailleurs été présenté par la communauté de communes aux élus, le 5 mars dernier 2024.

Le plein d’idées, c’est pas ce qui manque !

En revanche, les moyens de les réaliser et surtout ceux qui pourraient participer à cette grande aventure sont rares ou peu fiables !

 La partie immeuble qui a abrité autrefois une huilerie puis une filature, pourrait, en effet, devenir lieu de manifestations culturelles et d’expositions permanentes et temporaires. Des salles de réunions seraient destinées, entre autre, à la formation des vignerons lors de séminaires, un amphithéâtre pour des conférences sur la promotion du vignoble champenois et aussi très utile pour la valorisation de la production d’énergies renouvelables ; un lieu d’expérimentations et d’accueil de services publics… Pourquoi pas un restaurent, un mini-golf et d’autres structures pour accueillir et garder sur place les intervenants ainsi que les participants ? De belles idées qui seraient capables de créer des emplois, de rassembler, d’informer et d’ouvrir les horizons. De nombreuses pistes sont donc à l’étude sur l’occupation des lieux et, pourquoi non ? La population peut laisser ses suggestions à la mairie.



Tout est à bâtir et les barséquanais ont hâte de voir apparaître un échafaudage qui semble n’est pas pour demain…

Des amoureux du patrimoine à son chevet

Une association de sauvegarde est née en avril 2019 pour valoriser le moulin et en assurer la sauvegarde. Une poignée de bénévoles intéressés par cet élément du patrimoine et sa renaissance ont rejoint Stéphane Prunier. L’association, appelée Association de sauvegarde du moulin de Bar-sur-Seine tout bonnement, participe à sa manière au projet de réhabilitation.

Et elle est active !! Voyons quelques exemples : L’opération portes ouvertes lors des Journées européennes a été par exemple conduite par ces bénévoles. Du yoga s’est déroulé l’été dernier sur le toit terrasse. D’autres animations sont en gestation. Elle doit, à cet égard, organiser des manifestations sur site, ou non d’ailleurs. La vente d’objets promotionnels est également mentionnée dans les statuts de cette association. Un remue-méninges pour recueillir la parole de ceux qui ont connu le moulin par le passé ou en ont entendu parler par leurs aïeux, et ainsi pour rassembler des anecdotes ou faits à propos de ce moulin, était prévu. Il est repoussé dans le but de retracer « la vie de ce moulin » et la partager le moment venu avec le plus grand nombre.

La restauration d’un moulin historique lauréat de la Mission Bern en 2019 à l’arrêt : 

« les propriétaires nous ont menés en bateau »

Lu sur le site de FRANCE 3

« Un emblématique moulin du XIXᵉ siècle situé à Bar-sur-Seine (Aube) est à l’abandon depuis des décennies. En 2019, ce projet avait été choisi par la Mission patrimoine portée par Stéphane Bern pour la Région Grand Est. Aujourd’hui, les propriétaires souhaitent vendre. La communauté de communes du Barséquanais en Champagne s’est déjà manifestée.

D’abord retardés par la crise Covid en 2020, des travaux sont officiellement lancés en septembre 2022. « Mais il ne s’est rien passé. On y a quand même cru à un moment, car on a vu s’installer une baraque de chantier, mais rien n’a été fait. »

« Les propriétaires ont mené tout le monde en bateau dans cette affaire », souffle Claude Penot, président de la communauté de communes du Barséquanais en Champagne.

Une enveloppe de 500 000 euros avait été octroyée par la mission Bern en 2019 pour la remise en état du moulin.

Une enveloppe de 500 000 euros avait été octroyée par la mission Bern en 2019 pour la remise en état du moulin.

Pourtant, les devis étaient signés, les entreprises retenues et le permis de construire déposé en juin 2021. Ne manquait plus que le feu vert des propriétaires, les frères Prunier. « Ce dossier nous a mis en difficulté », avoue Mathieu Baty, architecte en charge du projet. « On a toujours des factures en attente, et c’est pareil pour les entreprises engagées. De notre côté, nous attendons le règlement des études, pour un montant total de 15 000 euros. Cela représente 5 % de notre chiffre d’affaires », ajoute-t-il.


D’autant plus qu’en 2019, une enveloppe de 500 000 euros du Loto du patrimoine pouvait être débloquée, sur présentation des factures des travaux. En plus d’une collecte de 57 000 euros via la Fondation du Patrimoine. Mais rien n’a bougé. Certains soufflent que les frères seraient en désaccord sur les objectifs du projet. Mais Valéry Prunier, l’un des propriétaires du moulin, joint par France 3 Champagne-Ardenne, balaie cette interprétation et indique qu’il était impossible d’avancer la somme : « le constat, c’est que nous avons acheté en 2009 avec pour objectif de récupérer les bénéfices de la centrale hydroélectrique pour retaper le moulin. Le souci, c’est que la centrale ne génère pas suffisamment d’apport ».

Plutôt que de laisser les choses continuer en l’état, on se dit que l’heure est venue d’être responsable.

Valéry Prunier, propriétaire du moulin

« On n’a pas l’envergure suffisante à deux pour résoudre cette équation économique. Alors, plutôt que de laisser les choses continuer en l’état, on se dit que l’heure est venue d’être responsable. » Avec une échéance portée par les services de l’État et les collectivités pour enfin avancer : celle du 30 juin 2024. La décision de vendre s’est ensuite révélée évidente, bien que navrante pour les deux frères.



À l’époque, le clos et le couvert devaient être la première étape d’un vaste chantier qui aurait coûté, rien que pour la partie bâtiment (hors centrale hydroélectrique) « 2,6 millions d’euros » selon Dominique Baroni, maire de Bar-sur-Seine, dont 1 million d’euros pour la première phase de sécurisation.

Le moulin en vente dans son intégralité : Les Bâtiments de France estiment la valeur du moulin à zéro euro.

Claude Penot président de la communauté de communes du Barséquanais en Champagne

Entre 2022 et 2024, seule la consolidation du bâtiment a été réalisée. Après que la préfecture de l’Aube a menacé de prendre un arrêté de mise en péril en début d’année 2024, une intervention d’urgence a été menée « pour étayer et conserver le bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de risques d’éboulement », nous informe Mathieu Baty. Mais cette menace aura très certainement précipité les choses, puisque les propriétaires prennent par la suite la décision de mettre en vente le moulin dans son intégralité.

« Les Bâtiments de France estiment la valeur du moulin à zéro euro. Mais ce n’est même pas la peine de leur proposer de le récupérer gratuitement » s’en amuse presque Claude Penot. « Les Bâtiments de France ne sont pas en mesure de chiffrer la valeur d’un bien. Sur cette opération, l’idée n’est pas de gagner de l’argent, mais de retrouver le coût d’achat que mon frère et moi avons mis au départ », répond Valéry Prunier. On parle alors de 300 000 euros.



La communauté de communes entre en jeu, les 500 000 euros conservés

« À l’heure actuelle, la communauté de communes n’a pas pris la décision d’acheter ou d’entamer quoi que ce soit », lance son président. Cela a le mérite d’être clair. Mais l’élu se dit prêt à avancer sur le dossier, et souhaite récupérer les fonds de la mission Bern. 500 000 euros qui permettraient de financer les « 93 portes et fenêtres du moulin », d’après l’architecte Mathieu Baty.



Pas d’inquiétude à avoir, selon la Fondation du Patrimoine : « Nous re-signerons une convention avec le nouveau propriétaire sans problème, les fonds sont attribués au moulin et non aux propriétaires actuels. Ce qui est important, c’est que le moulin soit sauvé », rassure Pierre Possémé, délégué régional Champagne-Ardenne. De même que les 57 000 euros récoltés sur le site internet de la Fondation. Une bonne nouvelle pour celui ou celle qui voudra bien racheter le moulin. Peut-être la communauté de communes du Barséquanais en Champagne ?

Un groupe de travail constitué

Pour aller de l’avant et tenter de donner (enfin) un avenir plus radieux à ce moulin du milieu du XIXᵉ siècle et abandonné depuis des décennies, un groupe de travail a été mis en place lors du conseil communautaire du 12 juin 2024. Une quinzaine de conseillers communautaires a été désignée pour avancer sur le dossier, dont Didier Thiébaut, maire de Landreville et vice-président de la CCBC en charge du développement économique. « Les choses sérieuses commenceront à la rentrée, c’est un dossier qui sera traité en priorité » dit-il.



Pour développer une stratégie, il faudra alors être bien accompagné. Car le moulin de Bar-sur-Seine est un site complexe, entre foncier et production d’électricité. « Nous avons pu contacter différents opérateurs, comme les services de l’État, le syndicat départemental d’énergie (SDEA), le syndicat départemental des eaux (SDDEA) sur la partie exploitation hydroélectrique, ou encore l’Établissement public du foncier de Grand Est qui peut nous aider à investir. Mais il faut qu’il y ait une décision politique », confie Claude Penot. Il le reconnaît, « la communauté de communes n’a pas la possibilité d’investir ou d’attaquer quelconques travaux. Sauf aides, subventions et partenariats. » Didier Thiébaut l’assure déjà, la Région Grand Est est intéressée par le projet. Ne reste plus qu’à tout reprendre, pour qu’enfin, le moulin retrouve de sa superbe.

Après des travaux de réhabilitation, le moulin de Bar-sur-Seine devait retrouver de sa superbe.

Quel était le projet ? Les travaux devaient se dérouler en deux phases : la première se consacrait à la restauration de la façade, de la toiture et du plancher. Et la deuxième à l’aménagement intérieur. La communauté de communes du Barséquanais en Champagne (CCBC) souhaitait y installer son siège social. « Nous sommes actuellement dans l’ancien hôpital de Bar-sur-Seine, mais nous y sommes à l’étroit, et c’est un vieux bâtiment », indique Claude Penot. « Je n’ai même pas de bureau, je dois utiliser ceux de mes agents ! Ici, chacun ramène son chauffage électrique l’hiver et son ventilateur l’été », s’exaspère le président de la CCBC.

 Quelques exemples de réhabilitation

 


Sur les cinq étages du moulin, un premier aurait été consacré aux énergies vertes liées à la centrale hydroélectrique. Un autre au pôle animation, jeunesse et social, deux auraient accueilli la dizaine d’agents de la communauté de communes, et le dernier aurait servi de salle de réunion.


Fondation du  Patrimoine

Le projet : sauvegarder un moulin du XIXe siècle

Votre soutien est indispensable pour sauvegarder le moulin de Bar-sur-Seine, un édifice industriel du XIXe siècle dont l’état de péril lui a permis de devenir le projet emblématique de la Mission patrimoine portée par Stéphane Bern pour la Région Grand Est en 2019. Situé à Bar-sur-Seine, à 20 km de Chaource, à 25 km du Parc de la Forêt d’Orient et à 30 km de Troyes, le moulin est un vestige des grands moulins à pans de bois de l’Aube.

La restauration concernera l’ensemble extérieur de l’édifice : couverture, charpente, menuiseries extérieures et remplissage des pans de bois. L’état de l’édifice est préoccupant. Les boiseries côté nord sont très abimées en raison de leur exposition aux intempéries. Les travaux sont estimés à plus d’un million d’euros pour la réhabilitation de l’enveloppe extérieure.

Juillet 2019

Projet Emblématique de la Mission Bern

Juin 2020

Lancement de la souscription

Le lieu et son histoire : une filiation avec les grands moulins à pans de bois

Le Moulin actuel date de 1854. Au XIXe siècle les activités sont très diversifiées. En 1914, ce sont des milliers de quintaux de farine qui sont produits, à destination de Troyes et d’une bonne partie du département, et d’autres également, avec un effort particulier depuis la mobilisation de la Grande Guerre (les moulins sont généralement construits sur plusieurs étages et cette disposition n’est pas différente à Bar-sur-Seine, et se justifie par une activité gravitaire).

L’essor des moulins tels que celui de Nogent fait péricliter les petits moulins. Le moulin de Bar-sur-Seine est l’un des très rares grands moulins en pans de bois de l’Aube à être encore sur pied.

La mobilisation : un territoire soudé autour du projet

La restauration du moulin du XIXe siècle, s’accompagne d’un vaste projet de valorisation qui sera confié à la SCI propriétaire et à l’association de sauvegarde du moulin de Bar-sur-Seine.

La Côte des Bar est en pleine effervescence, elle se métamorphose depuis plusieurs années, les acteurs touristiques vont de l’avant, la communauté de communes et la Municipalité de Bar-sur-Seine accompagnent ces changements. La Région souhaite également s’impliquer, le Barséquanais pourrait devenir alors un exemple de redynamisation.

Grâce à vos dons, vous participez à cet effort.

Le moulin sera également visible par tous, et notamment par les visiteurs venus parcourir la route du champagne.




Je rassure le lecteur, l’argent n’a jamais été donné au propriétaire véreux !

 

Et puis vient notre époque.

Une époque où l’on parle de patrimoine, de tourisme, de redynamisation, de projets culturels, de partenariats universitaires, de Mission Bern, de 500 000 € mobilisés, de 57 000 € de dons, d’études, de devis, de permis de construire, de chantiers annoncés, de réunions publiques, de groupes de travail, d’espoirs, de discours, de promesses.

Une époque où l’on installe une baraque de chantier… mais où rien ne commence.

Une époque où les propriétaires signent, promettent, communiquent… puis bloquent.

Une époque où les collectivités veulent avancer… mais n’ont pas les moyens.

Une époque où la préfecture menace de péril… et où l’on étaye en urgence.

Une époque où l’on finit par mettre en vente un bâtiment que les Bâtiments de France estiment à zéro euro.

Une époque où la population regarde, attend, se lasse, se résigne.

Une époque où un moulin qui a nourri des générations devient un symbole de paralysie, d’inertie, de désaccords privés, de lenteurs administratives, de projets avortés, de cupidité parfois, de renoncement souvent.

 

Conclusion

Et c’est là que l’histoire prend tout son sens : ce moulin, né pour servir, pour nourrir, pour rassembler, traverse huit siècles… et se retrouve aujourd’hui prisonnier d’un monde où l’on parle beaucoup, où l’on promet souvent, mais où l’on agit peu.

Au XIIIᵉ siècle, on construisait des moulins pour nourrir les habitants.

Au XXIᵉ siècle, on laisse mourir le patrimoine par cupidité.

 

 


Montiéramey : une abbaye au cœur du pouvoir médiéval

 

Montiéramey – Aube (10)  Encadré en rouge sur la carte de Cassini




Il est des abbayes qui, au fil des siècles, ne se contentent pas de prier : elles tissent, patiemment, une toile de droits, de terres, de privilèges et d’alliances qui finit par façonner tout un territoire. Montiéramey est de celles-là.

Entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ siècle, l’abbaye apparaît dans les chartes comme un organisme vivant, mouvant, qui négocie, achète, revend, arbitre, réclame, parfois se bat — et presque toujours gagne. Les évêques la reconnaissent, les seigneurs la redoutent, les comtes la respectent, les juges la confirment. À travers les actes conservés dans son cartulaire, c’est tout un monde féodal qui se dévoile : un monde de dîmes, de terrages, de moulins, de forêts, de femmes de corps, de droits de pêche, de coutumes, de patronages, de procès interminables et de paix imposées.

Ce chapitre rassemble les actes les plus significatifs — épiscopaux, judiciaires, seigneuriaux et royaux — et les restitue dans une narration continue, pour redonner chair à ce que furent réellement les pouvoirs de Montiéramey.

Le village de Montiéramey, aujourd’hui paisible commune du canton de Lusigny, à une vingtaine de kilomètres au sud‑est de Troyes, porte encore dans son nom l’empreinte de l’abbaye qui l’a façonné. À peine une centaine d’habitants y vivent désormais, mais le lieu fut jadis le centre d’un pouvoir spirituel et temporel qui rayonnait sur tout un territoire.

L’origine de l’abbaye remonte au IXᵉ siècle. Un prêtre du diocèse de Troyes, nommé Arrémare — ou Ademare selon les sources — chercha la solitude à l’orée de la grande forêt du Der. Là, dans ce paysage encore sauvage, il fonda un ermitage qui devint bientôt un monastère, puis une abbaye reconnue, dotée, protégée, et finalement puissante.

De ce noyau primitif allait naître une seigneurie monastique dont l’influence, au fil des siècles, s’étendrait sur les terres, les hommes, les chemins, les forêts et les villages environnants.

 L’abbaye de Montiéramey, fondée au IXᵉ siècle à l’orée de la grande forêt du Der, n’est pas seulement un lieu de prière : c’est un acteur majeur de l’histoire médiévale champenoise. À partir d’un ermitage fondé par un prêtre solitaire, Arrémare, s’est développé un établissement religieux dont l’influence s’est étendue bien au-delà de ses murs. Du XIIᵉ au XIIIᵉ siècle, Montiéramey devient une véritable seigneurie monastique, dotée de droits, de terres, de granges, de moulins, de forêts, d’hommes et de femmes de corps, et d’un réseau d’alliances avec les évêques, les comtes de Champagne et les seigneurs locaux.

Cette étude propose de redonner vie à ce monde disparu. Elle explore les multiples dimensions du pouvoir monastique : la gestion des terres, la collecte des dîmes, l’organisation des granges, les droits d’usage dans les forêts, les litiges, les arbitrages, les passages, les ponts, les moulins, les fours, les hommes et femmes dépendants, les chemins, les vignes, les symboles, les rites et la topographie sacrée qui structure le territoire.

À travers les chartes, les actes épiscopaux, les sentences judiciaires et les donations seigneuriales, se dessine un paysage vivant : celui d’une abbaye qui façonne son pays autant qu’elle en est façonnée. Montiéramey apparaît alors non comme un simple monastère isolé, mais comme un centre de pouvoir, un organisateur du territoire, un acteur politique, un paysage habité par le sacré.

Ce travail invite à parcourir ce territoire, à comprendre ses structures, à entendre ses voix, à suivre ses chemins, à lire ses paysages comme un texte. Il montre comment une abbaye champenoise a pu, pendant des siècles, tenir son rang au cœur du pouvoir médiéval.

 

Fondation de l’abbaye

Diplôme de Charles le Chauve (854)

Acte royal confirmant la fondation de l’abbaye de Montiéramey sur les terres données par le comte Aleran de Troyes. (Arch. Dép. de l’Aube)


La région où Arrémare s’était retiré était désignée sous le nom de insula Manutis Corbonis ou Meiz‑Corbon. Aleran, premier comte de Troyes, lui fit don, en 837, de l’emplacement où se trouvait son ermitage.

Encouragé par ce bienfait et par l’autorisation d’Adalbert, évêque de Troyes, Arrémare entreprit la fondation d’un monastère dédié à saint Pierre, apôtre. Il lui donna le nom de :

  • Nova Cella in Dervola Nouvelle Cellule dans le Der,

pour le distinguer du monastère de Montier‑la‑Celle à Saint-André (les Vergers), près de Troyes, alors appelé :

  • Cella Antiqual’Ancienne Cellule.

Cette fondation fut solennellement approuvée par le pape Léon IV en 853. Le monastère prit alors les noms de :

  • Montier‑Adremare
  • Monasterium AdremariMonastère d’Adremare
  • Monasterium ArremarenseMonastère d’Arremare

d’où dérive le nom actuel Montiéramey.

En 883, le roi Carloman, confirmant les donations faites au couvent, accorda aux religieux le droit d’élire leurs abbés selon la règle de saint Benoît, sans intervention des comtes de Troyes ni d’aucun autre comte.

L’histoire complète de cette abbaye, l’une des plus célèbres de l’ancien diocèse de Troyes, exigerait des développements considérables qu’il serait téméraire d’entreprendre ici. Pour le lecteur désireux d’étudier cette histoire, on peut consulter :

  1. Miscellanea historica de Nas Camusat, n° 283 et suivants
  2. La Saincteté Chrestienne de Desguerrois, f° 210 et suivants
  3. Topographie historique de Courtalon, t. III, p. 105 et suivantes
  4. Gallia Christiana (nova), t. XII, province de Sens, diocèse de Troyes, p. 349 et suivantes

Les bâtiments monastiques

Au début du XIIIᵉ siècle, les bâtiments claustraux, devenus insuffisants pour le nombre de religieux, furent abandonnés. Un nouveau monastère et une nouvelle église furent construits, plus vastes et plus proches de la rivière la Barse.

Ce nouveau monastère et son église furent déclarés biens nationaux à la Révolution, vendus et démolis. Les constructions subsistant aujourd’hui datent des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles.

L’ancienne église conventuelle, celle qui existait avant la translation du XIIIᵉ siècle, est devenue l’église paroissiale de Montiéramey. Plusieurs parties primitives du XIIᵉ siècle subsistent encore.

Les cartulaires

Trois cartulaires de l’abbaye sont connus.

1️ Le « Vieux cartulaire »

Aujourd’hui disparu. Il contenait les chartes les plus anciennes, notamment celle de 837. Il n’est connu que par des citations chez :

  • Pithou, Les coutumes de Troyes (1609)
  • André Duchesne, Histoire de la maison de Vergy, Preuves

2️ Le cartulaire A (Archives de l’Aube)

  • petit in‑4°
  • 24 folios de parchemin
  • écriture du XIIIᵉ siècle
  • chartes à partir de 1100
  • état très dégradé (rongé, humide, folios manquants)

Malgré cela, il a pu être utilisé.

3️ Le cartulaire B (Bibliothèque nationale, latin 5432)

  • in‑4°
  • écrit au XIVᵉ siècle
  • commence en 1120

C’est celui désigné par la lettre B.

Les propriétés, les privilèges et les bénéfices que l’abbaye de Montiéramey a possédés furent d’une grande importance. Dès les premières années de sa fondation, cette abbaye fut enrichie par de nombreuses libéralités dues à la piété des souverains pontifes, des évêques, des rois et des plus grands seigneurs.

(1) Dans les Archives historiques du département de l’Aube, page 154, M. Vallet de Viriville mentionne une lettre de 1688 qui fait connaître que le cartulaire de Montiéramey se trouvait à la Bibliothèque du Roi, et que les pouillés et autres pièces concernant cette abbaye, de 1011 à 1570, avaient été déposés à la Bibliothèque de Saint‑Germain‑des‑Prés, du temps du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé commendataire de Montiéramey. On comprend ainsi la présence de ce cartulaire à Paris.

Un pouillé conservé aux Archives de l’Aube (carton G, n° 2) fait connaître les principaux biens de l’abbaye. Ce document n’est pas daté, il est vrai, mais il porte trois signatures, dont celle du vicaire général de l’abbé et celle du secrétaire du chapitre des moines. Il semble donc présenter de réelles garanties d’authenticité. L’écriture est celle du XVIᵉ siècle. Malheureusement, la vétusté a altéré le papier, et, en plusieurs endroits, celui‑ci est troué et l’écriture manque.

Sur la chemise du dossier où se trouve ce pouillé, avec d’autres listes de propriétés plus ou moins complètes, est écrit un résumé des biens de l’abbaye. Ce résumé est daté de 1611. Il mentionne que, dans un ancien pouillé signé, se trouvent :

  • 5 offices claustraux
  • 13 prieurés
  • la chapelle Saint‑Hilaire à Villy‑en‑Trodes
  • 19 cures dans le diocèse de Troyes
  • 13 cures dans le diocèse de Langres
  • la chapelle Saint‑Georges à Pargues
  • la chapelle Saint‑Jean‑Baptiste à Chaource, dans le diocèse d’Autun
  • la cure de Savigny
  • le prieuré de Bèze, uni à la manse abbatiale

Le tout à la nomination de l’abbé de Montiéramey, plus 3 cures dans le diocèse de Besançon, auxquelles l’abbé nommait autrefois.

Nous donnons ici la copie entière de cet ancien pouillé.

POUILLÉ (texte restitué)

(Les mots entre crochets sont restitués d’après une copie du XVIᵉ siècle.)

[Beneficia spectantia] ad collationem, nominationem [et praesentationem] domini abbatis Arremarensis ordinis [sancti Benedicti]

Bénéfices relevant de la collation, nomination et présentation du seigneur abbé d’Arremare, de l’ordre de saint Benoît.

In Trecensi dioecesi

Dans le diocèse de Troyes

Officia claustralia monasterii Arremarensis

Offices claustraux du monastère d’Arremare

  • PraeposituraPrévôté
  • Thesauraria seu sacristiaTrésorerie ou sacristie
  • InfirmariaInfirmerie
  • EleemosinariaAumônerie
  • CantoriaChantre / maîtrise

Prioratus in Trecensi dioecesi

Prieurés dans le diocèse de Troyes

  • Prioratus Sancti Michaelis de CappisPrieuré Saint‑Michel de Cappes (2) Ce prieuré est indiqué sous le vocable de Saint‑Michel ; cependant, dans les documents antérieurs à 1237 publiés dans le cartulaire, il est nommé Beata Maria de Capis — “Bienheureuse Marie de Cappes”. L’église prieurale, située in castro — “dans le château” — était bien sous ce vocable marial.
  • Prioratus Sancti Petri de DervoPrieuré Saint‑Pierre du Der
  • Prioratus Sanctae TheodosiaePrieuré Sainte‑Théodosie
  • Prioratus de AngleduraPrieuré d’Anglure
  • Prioratus Sanctae Mariae de Parlu, vulgo dicitur RainfroissardPrieuré Sainte‑Marie de Parleu, vulgairement appelé Rainfroissard
  • Prioratus Sancti Joannis de Castro, in urbe Trecensi, unitus est abbatiaePrieuré Saint‑Jean‑du‑Château, dans la ville de Troyes, uni à l’abbaye

Prioratus in Lingonensi dioecesi

Prieurés dans le diocèse de Langres

  • Prioratus Sancti SalvatorisPrieuré Saint‑Sauveur
  • Prioratus de Pargiis

 

Églises dépendant de l’abbaye de Montiéramey

(Diocèse de Troyes, Langres, Autun, Besançon)

 Église Sainte‑Marie de l’Ulchro Visu

Ecclesia Sanctae Mariae de Pulchro VisuÉglise Sainte‑Marie du Beau‑Voir / Beau‑Visu

Mentionnée comme succursale de Montserollio (Montereau ?), puis comme dépendance de l’abbaye.

Une note marginale porte nulla est (“elle n’existe plus”). L’éditeur explique :

  • Dans le diocèse de Troyes, près de Chappes, existait autrefois une église sous le vocable Sancta Maria de Bello Visu ou de Pulchro Visu.
  • Elle est citée dans une charte : Ecclesia Beatae Mariae Majoris apud Bellum VisumÉglise de Sainte‑Marie‑Majeure au Beau‑Visu.
  • Elle possédait un cimetière.
  • Elle dépendait certainement de Montiéramey.
  • Le château voisin, place forte importante, fut assiégé plusieurs fois pendant la guerre de Cent Ans.
  • Ses fortifications, relevées en 1435, empiétèrent sur les terres du prieuré “vers le chemin de Belvoir”.
  • L’église fut probablement détruite à cette époque, ce qui expliquerait la mention nulla est.

Une liste du XVIIᵉ siècle remplace cet article par Beauregard, hameau près de Marolles‑les‑Bailly et Villy‑en‑Trodes. Lien possible, mais non démontré.

Vicaire perpétuel / Églises paroissiales — diocèse de Langres

Église Saint‑Remi de Marolles

Avec ses succursales :

  • Sancta Maria de Calido Furno — Sainte‑Marie du Chaud‑Four
  • Sanctus Laurentius de Villiaco — Saint‑Laurent de Villy

Église Saint‑Martin de Sefons

Église Saint‑Laurent de Frigidavalle     (Frédeville)

Église Saint‑Pierre de Longo Prato    (Longpré)

Église Saint‑Jean de Cadusia

Avec ses succursales :

  • Sancta Columba de Manso Sancti Roberti — Sainte‑Colombe du Manoir Saint‑Robert
  • Sancta Maria de Pargis — Sainte‑Marie de Pargues

Église de Lochiis     Avec succursale de Landreville.

Église Beatae […] Visu

Deux mots manquent (papier pourri). Probablement Bello ou Pulchro Visu.

Église de Haleno / La Grange près de Cadusia

Église Sainte‑Marie de Coperto Fonte    (“Fontaine‑Couverte”)

Église des Saints‑Sauveur et Pierre   Avec succursale Saint‑Martin de Pommeyo.

Église Sainte‑Marie de Montignon

Église Saint‑Victor de Charceveyo

Église Sainte‑Marie de alias Chuges     (Chuges / Chugey)

Église d’Arsiaco      (Arcy)

Église de Fayllo

(Fayl‑Billot ?)

Chapelles

Chapelle Saint‑Georges de Pargues

Capella Sancti Georgii de Pargis À la collation exclusive de l’abbé de Montiéramey.

Chapelle Saint‑Jean‑Baptiste de Cadusia

Capella Johannis Baptistae in ecclesia de Cadusia Dépendance incertaine : abbaye ou seigneur de Chesley ? Au moins en alternance.

Diocèse d’Autun

Église Saint‑Cassien de Savigny

Ecclesia Sancti Cassiani de Savigniaco Près de Beaune.

Prieuré Saint‑Maurice de Bèze

Uni à la mense abbatiale.

Diocèse de Besançon

Autrefois, trois églises relevaient de Montiéramey, mais l’abbaye n’y exerçait plus aucun droit au moment du pouillé.

Les trois églises listées :

  • Ecclesia de Sarmagia — Sarmange
  • Ecclesia Sanctorum Mariae et Johannis de Salve — Sainte‑Marie‑et‑Saint‑Jean de Salve
  • Ecclesia Sanctae Mariae de Capellis — Sainte‑Marie‑des‑Chapelles

Trois signatures suivent :

  • Charles Ternarie, vicaire général
  • Delierissun, secrétaire du chapitre
  • Un troisième nom illisible

Les 10 cures du diocèse de Besançon (liste du XVIIᵉ siècle)

L’abbé n’y nommait plus depuis longtemps.

  • Ecclesia Sancti Petri de Broyes
  • Ecclesia de Perigniaco — Périgny
  • Ecclesia Sancti Martini de Toneriaco — Tonnerre / Tincey
  • Ecclesia Sanctae Mariae de Calmis — Sainte‑Marie‑en‑Chaux
  • Ecclesia Sancti Leodegarii de Brusiliaco
  • Ecclesia Sancti Desiderii de Harro
  • Ecclesia Sancti Petri de Samaryis — Sermanges
  • Ecclesia Sanctae Mariae de Capellis — Campellis
  • Ecclesia Sanctae Mariae et Sancti Johannis de Salvos
  • Ecclesia Sancti Benigni de Nomvilla

L’abandon des droits s’explique par :

  • l’éloignement,
  • la création du comté de Bourgogne (Xe siècle),
  • l’autorité étrangère souvent hostile à la France.

 

Note

Cartulaire — Recueil manuscrit, généralement médiéval, dans lequel une abbaye, un chapitre ou un seigneur faisait copier ses chartes les plus importantes : donations, privilèges, confirmations, sentences, accords, droits de dîme, limites de terres, etc. Le cartulaire n’est pas un registre « au fil de l’eau » : c’est une sélection organisée, destinée à prouver les droits de l’institution et à les défendre en justice.

Pour Montiéramey, trois cartulaires sont connus : un ancien aujourd’hui perdu, un du XIIIᵉ siècle (Archives de l’Aube) et un du XIVᵉ siècle (Bibliothèque nationale).

Pouillé — Inventaire des biens et revenus ecclésiastiques : églises, chapelles, dîmes, terres, prieurés, cures, droits seigneuriaux, etc. Contrairement au cartulaire, qui rassemble des actes juridiques, le pouillé est un état descriptif, souvent dressé pour l’administration ecclésiastique ou fiscale.

Le pouillé de Montiéramey conservé aux Archives de l’Aube (XVIᵉ siècle) liste notamment les offices claustraux, les prieurés, les cures et les chapelles dépendant de l’abbaye.

 Charte n°1 — Année 837

(Fondation d’Arrémare — “Vieux Cartulaire” cité par Pithou)

Quidam religiosus presbyter, Adremarus territorii Tricassini, in urbe eadem ab incunabulis sanctae religionis institutionibus edoctus atque informatus, assumptione pusillis nisibus memoratae urbis antistito Adalberto, locum quendam remotioni aptissimum, ab eadem decem ferme millibus distantem, elegit; ac magnificentia religiosi comitis Aledramni adeptus est in silva, quae vulgo vocabulo Dervus dicitur, super fluvium Barsam, sub mensura videlicet perticarum centum in longitudine quingentarum, in latitudine ducentarum viginti, qui aequis partibus eodem fluvio interclusus est; in quo cellam in memoriam beatissimi Petri, apostolorum principis, construxit, hac tantum pensione taxata, ut in festo beati Petri apostoli viginti denarios partibus comitis ejusdem civitatis persolvere non differret, quatenus hoc obsequio, quia comitis fuerit, dignoscatur.

[Un prêtre religieux, Adremare, originaire du territoire de Troyes, instruit dès son enfance dans les institutions de la sainte religion, choisit — avec l’assentiment de l’évêque Adalbert — un lieu très propre à la retraite, situé à environ dix mille pas de Troyes.

Grâce à la générosité du comte Aledran, il obtint une portion de la forêt appelée vulgairement le Der, au‑dessus de la rivière la Barse, mesurant cent perches sur cinq cents en longueur, et deux cent vingt en largeur, le tout traversé par la rivière.

Il y construisit une cella en mémoire du bienheureux saint Pierre, prince des apôtres, à la condition seulement de payer chaque année, à la fête de saint Pierre, vingt deniers au comte de Troyes, afin que ce dernier conservât son droit honorifique.]

 Notes historiques

  • C’est l’acte fondateur de Montiéramey.
  • Le texte est cité par Pithou (1609) et par la Gallia Christiana.
  • La cella est l’embryon du futur monastère.
  • Le Der est encore une immense forêt au IXᵉ siècle.

Charte n°2 — 25 avril 854 ou 855

(Confirmation par Charles le Chauve)

In nomine Sanctae et Individuae Trinitatis. Karolus, gratia Dei rex…

[Charles, par la grâce de Dieu roi, confirme le privilège accordé par l’évêque Adalbert à Adremare, concernant la Nova Cella in Dervo.]

Il ordonne que :

  • le privilège épiscopal soit respecté,
  • les moines puissent élire leur abbé selon la règle de saint Benoît,
  • le comte ne puisse intervenir,
  • les vingt deniers dus à la fête de saint Pierre soient maintenus,
  • le monastère soit protégé contre toute contestation.

C’est la première grande confirmation royale. Elle établit définitivement :

  • l’autonomie du monastère,
  • le droit d’élection libre de l’abbé,
  • la reconnaissance de la Nova Cella comme établissement religieux 

  • Charte n°3 — 855 (Pape Léon IV)

Leo, episcopus, servus servorum Dei, reverendissimo et sanctissimo Prudentio, Tricassino episcopo…

[Le pape Léon IV écrit à l’évêque Prudence de Troyes pour l’informer qu’Adremare et ses moines désirent consacrer leur monastère en l’honneur de saint Pierre et de saint Léon.]

Il ordonne à l’évêque :

  • de se rendre sur place,
  • d’y déposer les reliques qu’il lui a remises,
  • de consacrer le monastère,
  • et de le placer à perpétuité sous la juridiction de l’Église romaine.

C’est l’acte pontifical fondateur. Montiéramey devient officiellement un monastère bénédictin reconnu par Rome.

 Charte n°4 — 15 mars 864

 Charles le Chauve, à la demande du comte Radulphe, confirme aux moines de Montiéramey la possession de terres situées :

  • entre la Barse, la forêt de Clérey, les terres de Saint‑Loup et la forêt commune.

Il leur accorde ces biens pour leur subsistance, en échange de prières pour le roi.

Charte n°5 — 19 avril 871

 (Charles le Chauve — donation d’un champ à Tanclaire)

Le roi donne aux moines un champ situé à Tanclaire (Tanoclaria), dans le pagus de Troyes, avec tous ses droits, pour leur usage propre.

 Charte n°6 — 25 octobre 877

 (Charles le Chauve — donation de Cadusia)

Charles, devenu empereur, donne à un certain Robert la villa de Cadusia (Chaource), puis ordonne à Odon, comte, de la lui remettre. La charte est citée car elle concerne des terres proches de possessions de Montiéramey.

 Charte n°7 — 16 septembre 878

(Pape Jean VIII — immunités)

Le pape Jean VIII place Montiéramey sous protection apostolique :

  • interdiction aux évêques et agents publics d’exiger dîmes, taxes ou redevances,
  • confirmation du droit d’élection de l’abbé,
  • interdiction de tenir des assemblées publiques dans le monastère,
  • interdiction de percevoir des droits lors des ordinations, chrismes, consécrations, etc.

C’est une charte d’immunité totale, extrêmement précieuse.

 Charte n°8 — 25 juillet 879

 (Donation de Boso et Ermengarde)

Boso, futur roi de Provence, et son épouse Ermengarde donnent à Montiéramey un domaine situé à Laticence (Lacanche ?), appelé Lontiscus, avec toutes ses dépendances.

 Charte n°9 — 18 octobre 882

 (Évêque Bodo — dîmes de Nogent et Villy)

L’évêque Bodo de Troyes cède aux moines :

  • les dîmes de Nogent‑sur‑Aube,
  • les dîmes de Villy‑en‑Trodes.
  •  

Charte n°10 — 20 février 883

 Carloman confirme :

  • les privilèges accordés par Charles le Chauve et Louis le Pieux,
  • l’élection de l’abbé Rotfrid,
  • l’immunité du monastère,
  • l’interdiction aux comtes et agents royaux d’exiger péages, gîtes, redevances, etc.

 

Charte n°11 — 30 septembre 892

 (Roi Eudes — litige avec un moine)

Un moine nommé Aginus tente de revendiquer une cella dépendant de Montiéramey. Le roi Eudes, après enquête menée par plusieurs évêques, rejette sa demande et confirme que la Nova Cella doit rester sous l’autorité de l’abbé Erchenger.

12. —21 décembre 896

Notitia — litige entre l’abbé Berthard et un vassal du comte

Notitia qualiter venit Berthardus, venerabilis abbas, una cum suo advocato, nomine Adroverto, ad Cortem Onulfi ante Richardum, illustrem comitem. Proclamavit se, quod Ragenardus, vasallus ejusdem comitis, homines ex villa Caduscia per vim et violentiam distraxerit, et sine lege et judicio ad suum servitium inclinaverit. Qua ratione diu discussa, judicatum est eidem Ragenardo, quod injuste occupavit, per legem redderet.

S. Richardi, comitis, qui hanc noticiam fecit et firmare rogavit. S. Rodulfi, filii ejus. S. Manasse, comitis. S. Elduini, comitis et conspalatii. S. Widonis, comitis. S. Ragenardi, comitis. S. Umberti, comitis.

Actum Corte Onulfi, jubente Richardo, inclyto comite. XII calendas januarii, anno IIII regnante Karolo, Francorum rege. Zacharius, rogatus, scripsit et subscripsit.

[Notice relatant que l’abbé Berthard, accompagné de son avocat Adrovert, se rendit à la cour d’Onulf devant Richard, illustre comte. Il déclara que Ragenard, vassal du comte, avait enlevé par force des hommes de la villa de Cadusia (Chaource) et les avait soumis à son service sans loi ni jugement.

Après une longue discussion, il fut jugé que Ragenard devait rendre selon la loi ce qu’il avait injustement pris.

Signatures des comtes présents : Richard, Rodulf, Manasse, Elduin, Wido, Ragenard, Umbert.

Acte fait à la cour d’Onulf, sur ordre du comte Richard, le 21 décembre 896 (XII calendes de janvier), sous le règne de Charles le Simple. Rédigé par Zacharie.]

Importance historique

  • C’est un litige féodal classique : un vassal du comte tente de détourner des hommes dépendant de l’abbaye.
  • L’abbaye de Montiéramey défend ses droits et obtient gain de cause.
  • On voit apparaître Cadusia = Chaource, possession importante de l’abbaye.
  • Le comte Richard (Richard le Justicier) joue un rôle d’arbitre.

13. — Année 950

Accord entre le comte Gislebert et l’abbé Gratien

Placuit atque convenit inter domnum Gislebertum, comitem, et Gratianum, abbatem monasterii Sancti Petri Dervensis. Dedit itaque domnus Gislebertus, comes, partibus Sancti Petri Alericum ex vico vel potestate Pisniacense, consentiente Ingelberto, ex cujus beneficio habebatur. Et ut inviolabile obtineat firmitatis judicium, ego Gislebertus, gratia Dei comes, subter firmavi et fidelibus nostris corroborandum tradidi.

S. Ingelberti, qui consensit. S. Roberti, comitis.

Ego Noguinus, jussu domni Gisleberti, comitis, anno XV regnante Ludovico rege recognovi. Actum Gavilonis civitate feliciter. Amen.

[Il fut convenu entre Gislebert, comte, et Gratien, abbé du monastère de Saint‑Pierre du Der. Le comte Gislebert donna à l’abbaye Alericum, situé dans le village ou territoire de Pisniacum (Pisy / Pizay ?), avec le consentement d’Ingelbert, qui en détenait le bénéfice.

Pour assurer la validité de cette donation, Gislebert la confirma et la remit à ses fidèles pour corroboration.

Signatures : Ingelbert, Robert comte. Acte reconnu par Noguin, sur ordre du comte, en l’an XV du règne de Louis IV. Fait à Gavillon (Gevillon ?).]

Importance

  • Première mention d’un bien nommé Alericum, aujourd’hui disparu.
  • Montiéramey étend ses possessions dans le pagus de Troyes.
  • Le comte Gislebert (duc de Bourgogne) intervient directement.

14. — 6 août 959

Donation du comte Robert

Placuit atque convenit inter gloriosum Trecassino urbis comitem Rotbertum et Gratianum, abbatem monasterii Sancti Petri Dervensis. Dedit itaque praedictus comes partibus abbatis pratum unum. Pertinet autem pratum illud de camera comitis de potestate Podonniaco.

Ego Rotbertus, comes, firmavi et fidelibus meis firmare praecepi.

Actum Trecas civitate publice sub die VIII idus augusti, anno V regnante Lothario rege Francorum.

Signum Rotberti, gloriosissimi comitis. S. Adelais, comitissae. S. Erberti, filii eorum. S. Walterii, vicecomitis.

Ego Goduinus, levita, scripsi et subscripsi.

 [Il fut convenu entre Robert, comte de Troyes, et Gratien, abbé de Montiéramey. Le comte donna à l’abbaye un pré, dépendant de la chambre comtale, dans la juridiction de Podonniacum (Pontigny ? Pothières ?).

Robert confirma la donation et ordonna à ses fidèles de la confirmer.

Acte fait à Troyes, le 6 août 959, sous le règne de Lothaire. Signatures : Robert, la comtesse Adélaïs, leur fils Erbert, le vicomte Walter. Rédigé par Goduin, clerc.]

Importance

  • Montiéramey reçoit un pré appartenant directement au comte.
  • On voit la continuité : Gratien est toujours abbé (déjà en 950).
  • Le comte Robert est le père d’Eudes et de Thibaut.

15. — Année 1088

Comte Eudes — donation générale

Eudes, comte de Troyes, concède divers biens à l’abbaye de Montiéramey. L’acte est fait en présence de :

  • sa mère Alaide,
  • l’évêque Philippe,
  • et les officiers comtaux.

Référence : Vieux Cartulaire, cité par Pithou.

Importance

  • On entre dans la période pré‑champenoise, juste avant Thibaut IV.
  • L’abbaye bénéficie d’un soutien comtal fort.

16. — Année 1100

Grande charte du comte Hugues

28. — 1136 (au plus tard)

Fondation d’une chapelle sur le Mont Amalbert

Omnibus Xpisti fidelibus tam futuris quam praesentibus notum sit, quod quidam reverendus presbyter Wido nomine, capellanus monasterii S. Salvatoris, quod dicitur Alpha, Deo devotus cupiens existere, veniens apud Arremarense Monasterium petiit a domno abbate Galtero et a fratribus, ut sibi liceret in fundo S. Salvatoris in condamina regia montis Amalberti capellam cum cimiterio construere et domum ad susceptionem pauperum et peregrinorum, ut tam ipsis quam ibidem in obsequio pauperum degentibus solummodo et viventibus alimenta, et defunctis exhiberetur sepultura.

Cui, nimia devicti caritate, tali tenore concessimus ut nullius religionis vel conversationis homines ibidem substituantur, aut prior proponatur, nisi consensu et voluntate abbatis Arremarensis Monasterii, remota omni exactione, salvis tamen consuetudinibus quae juris ecclesiae S. Salvatoris dignoscuntur esse, scilicet terragium et decimae.

Quod si, fraternitate deficiente per quam id operis inceptum est, domus ad defectum venerit, praedicta omnia, scilicet capella et domus cum omnibus ad se pertinentibus, absque alicujus contradictione in jus et potestatem monachorum S. Salvatoris transibunt.

Quapropter concedimus eis omne usuarium pasturae tam in silvis quam in pratis et pascuis nostris.

[Que tous les fidèles du Christ, présents et futurs, sachent ceci : Un prêtre vénérable nommé Wido, chapelain du monastère de Saint‑Sauveur, appelé Alpha, désireux de vivre plus parfaitement pour Dieu, vint au monastère d’Arremarey. Il demanda à l’abbé Galter et aux frères l’autorisation de construire, sur le domaine de Saint‑Sauveur, dans les terres royales du Mont Amalbert, une chapelle avec cimetière, ainsi qu’une maison pour accueillir les pauvres et les pèlerins, afin que ceux qui y serviraient les pauvres puissent y vivre, et que les morts y reçoivent sépulture.

Touchés par sa charité, nous lui avons accordé cela, à condition que nul religieux ni prieur ne soit installé là sans le consentement de l’abbé d’Arremarey, et sans aucune exaction, sauf les droits légitimes de l’église Saint‑Sauveur : terrage et dîmes.

Si la fraternité chargée de cette œuvre venait à disparaître et que la maison tombât en ruine, la chapelle et la maison, avec tout ce qui en dépend, reviendraient sans contestation aux moines de Saint‑Sauveur.

Nous leur accordons en outre le droit d’usage des pâturages, dans nos bois, prés et pâtures.]

Importance historique

  • On voit ici la création d’un hospice et d’une chapelle sur le Mont Amalbert.
  • C’est un acte de charité organisée, typique du XIIᵉ siècle.
  • Le texte montre la hiérarchie entre Arremarey et Saint‑Sauveur (Alpha).
  • On voit aussi la notion de terrage et dîmes, droits féodaux essentiels.
  • Le mécanisme de “retour automatique” en cas de disparition de la fraternité est très rare et très intéressant.

29. — 5 février 1137

Lettre du pape Innocent II — confirmation générale des biens de Montiéramey

29. 5 février 1137(~)

Innocentius, episcopus, scrvussorvot'um i)ei, cliiecto filio Guidoni, abbati monasterii Sancti Petri, siti in loco qui vulgo .dicitui' mansus (Jorboms et nunc Nova Cella in territorio Trccassino in regno nunc Nova Cella in territorio Trecassino in regno Burgundiorum, ejusque successoribus regulariter substituendis, in perpetuum. Si fratrilm nostrorum petitiones benigno favoro prosequimur, nostri apostolatus ollicium exercemus. Dignum est enim ut quemadmodum pater vocamur in nomine ita comprobemur in opère, et qui ad animarùm regimen assumpt: sumus, eas a pravorum hominum nequitia tueamur, et sub pio Apostolice Sedis gremio confovero curemus. Hujus rei gratia, dilectissime frater in Xpisto Guido abbas, postulationibus fuis debita benignitate impertimur assensum, et monasterium Sancti Petri, cui, Deo auctore, presides, cum omnibus ad ipsum portinentibus sub sancte Romane ecclesie protectiono suscipimus atque ad exemplum predecessorum nostrorum sancte memorie Johannis et Paschalis, Romanorum pontiucum, presenti scripti pagina communimus. Statuentes, ut quascumque possessionos, quecumque bonaidem loeus in presentiarum juste et canonice possidet, aut in futurum concessione pontiHcum, largitione regum vel principum, oblatione Sdelium, seu aliis justis modis, Deo propitio, poteritadipisci, firma tibi tuisquo successoribus in perpetuum et illibata pormaneant. in quibns hec propriis nominibus duximus exprîmenda vidolicet, capenam Sancte Marie in villa Arromarensis Monastorii, in villa Mosterello capellam SS. confessorum Egidii atque Victoris, in magno Maisnillo capellam S. Andree, cum decimis et omnibus portinentiis earum apud oppidum quod Cappas dicitureeelestam S. Lupi, S. Johannis Baptiste et capellam Sancte Marie, cum decimis et omnibus pertinentiis oarum in civitate Trecorum ecclesiam B. Johannis [in Castro] capellam Sancte Mario Deaurate extra civitatem ecclesiam S. Martini do Arois (lege de Vineis), capellam Sancte Julie cum decimis et portinontiis oarum ecclesiam Sancte Marie de Curte Argontea, cum decimis et pertinontiis suis; occiosiam S. Martini do Ruliaco, cum docimis et portinentiis suis; ecclesiam. SS. Gervasii et Prothasii de Anglodura, cum decimis et pertinentiissuis ecclesiam S. Mauricii de Novigento, cum decimis et pertinentiis suis ecclesiam Sancte Theodosie super Albam fluvium, occlesiam S. Martini de Domno Martino, ecclesiam B. Petri de Dervo, capellam Sancte Marie de Henfredi (al. Remfredi) Exsarto, ecclesiam S. Michaelis de Buris (al. Z!we~) cum decimis et omnibus pertinentiis earum. Altaria-quoque a venerabili fratre nostro Atone, Trecensi episcopo, tam vobis quam monasterio vestro confirmata, presenti privilegio roboramus, quorum nomina sunt hec altare in honore S. Martini etaltare in honore S. Remigii in villa Sumseis, apud Gigneium altare in honore Sancte Julie, apud Brandovillare altare in honore Sancte Marie, apud Hauncurtem altare in honore ë. Xpistophori, apud Manicurtem altare in honore S. Vinebaldi. In quibus nimirum omnibus, quas in episcopatu Trecensi habetis vel in anteahabituri estis, licentiam habeatis idoneos presbiteros eligendi, eosque episcopo présentaodi, a que videhcet curam astmamm suscipiant, sibique de spiritualibus, vobis autem de temporalibus juxta canonum instituta respondeant. PorrocimiteriumdeCapis,cimiteriumdeAogledura, et cimiterium de Masnillo Letranni a predicto episcopo concessa, vobis nichilominus confirmamus, necnon prenominatam ecclesiam SS. Gervasii et Protasii liberam et immunem ab omni episcopali exactione fore censemus. In episcopatu Lingonensi ecclesiam Sancte Marie apud Monasterium juxta Insulam in pago Barrensi sine omni exactione episcopain occlestam S. Remigii de ~w/b?tx, (al. de Sefont), cum decimis et pertinentiis earum capellam S. Laurentii de Frodivalle apud Longum Pratum ecclesiasduas in honore B. Petri, cum decimis et pertinentiis oarum apud Villiacum ecclesiam S. Laurentii cum decimis et pertinentiis suis; ecclesiam S. Victoris de Chirreviaco et capellam S. Victoris de Viveriis, capellam 8. Sulpitii de Lentilio, cum decimis etpertinentiis earum ecclesiam Sancte Marie de C'a~Mo~, ecelesiam Sancte Marie de Pargas, ecclesiam S. Johannis de Cadusia, ecclesiam Sancte Columbe, ecelesiam Sancte Marie do Cooperta Fontana, cum pertinentiis earum monagterium Sancti Salvatoris, quod Alpha dicitur, cum dignitate sua et sine omni exactione episcopali ecclesiam S. Petri, que ejusdem monasterii parrochia est, eeclesiam S. Martini de Pomeio, ecclesiam de Achiaco cum decimis et portinentiis oarum In episcopatu Eduensi ecclesiam S. Mauritii de 2?e~ ecclosiam S. Cassiani de Saviniaco cum decimis et portinentiis earum. In archiepiscopatu Bizuntino ecclesiam S. Martini de Tanoyaco, occlesiam Sancte Marie de Calmis, ecclesiam S. Leodegarii de Brusiliaco, ecclesiam S. Desiderii de Z~M~, ecclesiam S. Benigni de Novavilla, ecclesiam S. Pétri deSarmagiis.ecclesiamSancto Marie etS. Johannisde ~a~ex, ecclesiam Sancte Marie de Campellis, cum decimis et pertinentiis earum. Et quoniam equum est ut religiosi viri, qui de elemosinis et aliorum bena&ciis debent vivere,aliquibusvexationibusnon vexentur, conshtuimus ut nulli episcopo, nutuque ministeriali publico vol officiali eorum, e quibuscumque prediis vestri monasterii décimas exigere, vel aliquem censum exposcore liceat, exceptis illis XX denariis, quos in festivitate beati Petri ipsius territorii comiti daredebetis.Obeunte vero te, nunc ejusdem loci abbate, vel quolibet tuorum successorum, nullus tibi qualibet subreptionis astutia seu violontia preponatur, nisi quem fratres aut fratrum pars consilii sanioris secundum Dei timorem et beati Benedicti regulam providerit eligendum. Xpisma vero, Oleum sanctum, consecrationes ecclesia:'um, ordinationes monachorum autreliquorum clericorum qui ad sacres gradus fuerint promovendi a diocesano suscipiatis episcopo, siquidem ipso cathoUcusfuerit, etgratiam atque communionem Apostolice Sedis habuerit, eaque vobis sine pravitate et exactionis molestia exhibere voluerit. Missas sane publicas ab episcopo civitatis, nisi forte ab abbate ipsius loci vel fratrihus fuerit invitatus, seu et stationes ibidem celebrari omnimodo prohibemus, ne forte in servorum Dei recessibus popularibus prebeatur occasio ulla conventibus. Decernimus ergo ut nulli omnino hominum liceat prefatum monasterium temere perturbare, aut aliquam ei exactionem seu gravamon imponere<- vel ejus possessiones auferre, vel ablatas retinere, minuere, seuquibusiibetvexationibus fatigare sed omnia intégra conserventur eorum pro quarum sustentatione et gubernatione concessa sunt usibus omnimodis profutura. Si quis igitur in posterum banc nostre constitutionis paginam sciens, contra eam temere venire temptaverit, secundo tortiove commonitus, nisi reatum suum congrue satisfecorit, potestatis honorisque sui dignitate careat, reumque se divino judicio existere de perpetrata iniquitate cognoscat, et a sacratissimo corpore et sanguine Domini nostri Jhesu Xpisti alienus fiat, atque in extremo examine districte ultioni subjaceat; cunctis autem eidem loco sua jura servantibus sit pax Domini nostri Jhesu XpisH, quatenus et hic fructum bone actionis suscipiant et apud districtum judicem premia eterne pacis inveniant. Amen. Amen. Amen. Monogramme Bene valete. Dans le cercle concentrique: Ses Petrus. Scs Paulus. Innocentius papa II. Légende Adjuva nos Deus salutaris noster. Ego Innocentius, catholiceEcclesie opiscopus, suscripsi. -{- Ego Conradus, Sabiniensis episcopus, suscripsi. -{- Ego Gregorius, diaconus cardinalis Sancti Sergii,, suscripsi. t Ego Oddo, diaconus cardinalis Sancti Georgii ad Vélum Aureum, suscripsi. -}- Ego Guido, diaconus cardinalis Sanctor)] m Cosme et Damiani, suscripsi. t Ego Ino, diaconus cardinalis Sancte Marie in Aquino, suscripsi. + Ego Crisogonus, diaconus cardinalis Sancte Marie in Porticu suscripsi. -{- Ego Petrus, presbiter tituli Sancte Susanne, suscripsi. Ego Girardus, presbiter tituli Sancte Crucis in Jérusalem, suscripsi. -}- Ego Littifredus, presbiter cardinalis tituli Vestine, suscripsi. -}- Ego Lucas, presbiter cardinalis tituli Johannis et Pauli, suscripsi. Ego Martinus, presbiter cardinalis tituli Sancti Stephani in Celio Monte, suscripsi. t Ego indignus Guido, sacerdos, suscripsi. Datum Rome, per manum Almerici, sancte Romane ecclesie diaconus cardinalis, cancellarius, nonis februarii, indict. I*, Incarnationis Dominice anno M" C" XXX" VU" pontificatus vero domini Innocentii pape II"anuoVtir. Copie.

[Traduction française du privilège d’Innocent II (5 février 1137)

Innocent, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, au cher fils Guy, abbé du monastère Saint‑Pierre, situé en un lieu que l’on appelle communément Mansus Jorbons, et maintenant Nova Cella, dans le territoire de Troyes, au royaume de Bourgogne, ainsi qu’à ses successeurs régulièrement établis, pour toujours.

Si nous accueillons avec bienveillance les demandes de nos frères, nous accomplissons le devoir de notre apostolat.

Il est en effet juste que, de même que nous sommes appelés « père » en nom, nous le soyons aussi en acte ; et que, ayant été chargés du gouvernement des âmes, nous les protégions de la malice des hommes pervers et les gardions sous l’aile pieuse du Siège apostolique.

C’est pourquoi, très cher frère en Christ, Guy, abbé, nous accordons avec la bienveillance due l’assentiment à tes demandes, et nous recevons sous la protection de la sainte Église romaine le monastère Saint‑Pierre que tu présides, avec tout ce qui lui appartient.

À l’exemple de nos prédécesseurs de sainte mémoire Jean et Pascal, pontifes romains, nous le confirmons par la présente page écrite.

Nous établissons que toutes les possessions et tous les biens que ce lieu détient maintenant justement et canoniquement, ou qu’il pourra acquérir à l’avenir par concession des pontifes, libéralité des rois ou des princes, offrandes des fidèles, ou par tout autre moyen légitime, demeurent fermes et intactes pour toi et tes successeurs à perpétuité.

Parmi ces biens, nous avons jugé bon d’énoncer par leurs noms propres les suivants :

la chapelle Sainte‑Marie dans le village d’Arremare du Monastère ;

dans le village de Mosterel, la chapelle des saints confesseurs Gilles et Victor ;

dans le grand Maisnil, la chapelle Saint‑André, avec les dîmes et toutes leurs dépendances ;

dans le bourg appelé Cappas, les églises Saint‑Loup, Saint‑Jean‑Baptiste et la chapelle Sainte‑Marie, avec dîmes et dépendances ;

dans la cité de Troyes, l’église Saint‑Jean [du Château], la chapelle Sainte‑Marie‑Dorée hors les murs, l’église Saint‑Martin d’Arois (lire : de Vineis), la chapelle Sainte‑Julie, avec dîmes et dépendances ;

l’église Sainte‑Marie de Courte‑Argentée, avec dîmes et dépendances ;

l’église Saint‑Martin de Ruliac, avec dîmes et dépendances ;

l’église des saints Gervais et Protais d’Anglure, avec dîmes et dépendances ;

l’église Saint‑Maurice de Nogent, avec dîmes et dépendances ;

l’église Sainte‑Théodosie sur la rivière Alba ;

l’église Saint‑Martin de Dommartin ;

l’église Saint‑Pierre de Derve ;

la chapelle Sainte‑Marie du défrichement d’Henfredi ;

l’église Saint‑Michel de Buris (ou Zives), avec dîmes et dépendances.

Nous confirmons également les autels que notre vénérable frère Aton, évêque de Troyes, a confirmés pour vous et votre monastère, à savoir :

l’autel en l’honneur de Saint‑Martin,

l’autel en l’honneur de Saint‑Remi dans le village de Sumseis,

à Gigny, l’autel en l’honneur de Sainte‑Julie,

à Brandovillar, l’autel en l’honneur de Sainte‑Marie,

à Hauncourt, l’autel en l’honneur de saint Christophe,

à Manicourt, l’autel en l’honneur de saint Winebald.

Pour tous ces lieux que vous possédez dans l’évêché de Troyes ou que vous posséderez à l’avenir, vous aurez la liberté de choisir des prêtres idoines, de les présenter à l’évêque, afin qu’ils reçoivent de lui la charge des âmes, répondant à l’évêque pour le spirituel, et à vous pour le temporel, selon les institutions canoniques.

Nous confirmons aussi les cimetières de Cappas, d’Anglure et de Maisnil‑Létran, concédés par ledit évêque, ainsi que l’église des saints Gervais et Protais, libre et exempte de toute exaction épiscopale.

Dans l’évêché de Langres :

— l’église Sainte‑Marie près du Monastère, près de l’Île, en pays Barrensis, sans aucune exaction épiscopale ;

— l’église Saint‑Remi de Sefont, avec dîmes et dépendances ;

— la chapelle Saint‑Laurent de Frodival ;

— à Longpré, deux églises en l’honneur de saint Pierre, avec dîmes et dépendances ;

— à Villiac, l’église Saint‑Laurent ;

— l’église Saint‑Victor de Chirreviac et la chapelle Saint‑Victor de Viveriis ;

— la chapelle Saint‑Sulpice de Lentille ;

— l’église Sainte‑Marie de Calmont ;

— l’église Sainte‑Marie de Pargas ;

— l’église Saint‑Jean de Cadusia ;

— l’église Sainte‑Colombe ;

— l’église Sainte‑Marie de la Fontaine‑Couverte, avec dépendances ;

— le monastère Saint‑Sauveur, appelé Alpha, avec sa dignité et sans aucune exaction épiscopale ;

— l’église Saint‑Pierre, qui est la paroisse dudit monastère ;

— l’église Saint‑Martin de Pomeio ;

— l’église d’Achiac, avec dîmes et dépendances.

Dans l’évêché d’Autun :

— l’église Saint‑Maurice de Reo ;

— l’église Saint‑Cassien de Savigny, avec dîmes et dépendances.

Dans l’archevêché de Besançon :

— l’église Saint‑Martin de Tanoy ;

— l’église Sainte‑Marie de Calmis ;

— l’église Saint‑Léger de Brusillac ;

— l’église Saint‑Désiré de Zema ;

— l’église Saint‑Bénigne de Novavilla ;

— l’église Saint‑Pierre de Sarmagis ;

— l’église Sainte‑Marie et Saint‑Jean de Larex ;

— l’église Sainte‑Marie de Campellis, avec dîmes et dépendances.

Et parce qu’il est juste que les religieux, qui doivent vivre d’aumônes et de bienfaits, ne soient pas tourmentés par des vexations, nous décidons qu’aucun évêque, ni aucun officier public, ne pourra exiger des dîmes ou des redevances sur les domaines de votre monastère, sauf les vingt deniers que vous devez donner au comte du territoire à la fête de saint Pierre.

À la mort de l’abbé, nul ne doit être imposé par fraude ou violence, sinon celui que les frères, ou la partie la plus sage des frères, auront choisi selon la crainte de Dieu et la règle de saint Benoît.

Pour le saint chrême, l’huile sainte, les consécrations d’églises, les ordinations de moines ou de clercs, vous les recevrez de l’évêque diocésain, s’il est catholique, en paix avec le Siège apostolique, et s’il consent à vous les donner sans exaction.

Nous interdisons absolument que l’évêque de la cité célèbre des messes publiques ou des stations dans votre monastère, à moins d’y être invité par l’abbé ou les frères, afin d’éviter que les lieux des serviteurs de Dieu ne deviennent occasions de rassemblements populaires.

Nous décrétons donc que nul ne peut troubler témérairement le monastère, lui imposer exaction ou charge, enlever ou retenir ses biens, ou le fatiguer par quelque vexation que ce soit.

Que tout demeure intact pour les usages auxquels cela a été concédé.

Si quelqu’un, sachant cela, tente d’aller contre cette constitution, qu’après deux avertissements, s’il ne se corrige pas, il soit privé de son honneur et de sa dignité, qu’il sache être coupable devant le jugement divin, qu’il soit séparé du corps et du sang du Seigneur, et qu’au dernier jugement il subisse une juste vengeance.

À ceux qui garderont les droits de ce lieu, qu’il y ait la paix de notre Seigneur Jésus‑Christ, afin qu’ils reçoivent ici le fruit de leurs bonnes actions et trouvent auprès du juste juge la récompense de la paix éternelle.

Amen. Amen. Amen.

Monogramme.

Bénédiction.

Signatures des cardinaux.

Donné à Rome, par la main d’Almeric, diacre cardinal de la sainte Église romaine, chancelier, aux nones de février, indiction 15, l’an de l’Incarnation 1137, la cinquième année du pontificat du pape Innocent II.]

Acte 28 

DONATION DE LA FAMILLE D’ANGLEURE — vers 1180–1183

Magister Bernardus, magister Petrus. Huic donationi primo factae apud Angleuram interfuerunt Hugo, sacerdos de Angleurra; Aubertus Sapiens; Humbertus, frater ejus; Godinus; Guido et Garnerius, fratres; Rainaudus et Harduinus, fratres; Henricus et Petrus, fratres. Actum anno Incarnationis Verbi M° C° LXXX° III°.

[Maître Bernard et maître Pierre furent témoins de cette donation. À la première rédaction de l’acte, faite à Angleure, étaient présents :

  • Hugo, prêtre d’Angleure
  • Aubert le Sage
  • Humbert, son frère
  • Godin
  • Guido et Garnerius, frères
  • Rainaud et Harduin, frères
  • Henri et Pierre, frères

Acte fait en l’an 1183 de l’Incarnation du Verbe.]

Importance

  • On voit ici une donation locale, faite à Angleure, avec une liste de témoins typique des actes champenois du XIIᵉ siècle.
  • Le texte est bref mais précieux : il fixe la présence de plusieurs familles locales.

75. — Année 1184

Arbitrage de l’évêque Manassès de Troyes — partage d’une chapelle

 Manasses, Dei gratia Trecensis episcopus… (Je te mets la version propre complète, car elle est longue mais importante.)

Notum universis, quod controversia quae inter abbatem Arremarensem et Petrum, canonicum Esthonensem, super quadam capella in fundo Arremarensis ecclesiae et infra terminos parrochiae Sancti Martini fundata vertebatur, per manum nostram sopita est in hunc modum :

  • quicquid ad edificationem praedictae capellae de cetero legetur, tertia pars erit monachorum et sacerdotis Sancti Martini ;
  • duae vero partes canonicorum.

Omnium etiam oblationum et legatorum mobilium medietas cedet monachis et sacerdoti Sancti Martini, quae inter se per medium dividenda sunt.

Legatorum vero immobilium… medietas erit canonicorum et medietas monachorum et presbyteri, per medium dividenda, salvo jure decimarum et censuum annuorum monachorum.

Si aliqua ornamenta capellae data fuerint, remanebunt capellae, sed canonicis non licebit ea vendere sine assensu monachorum et sacerdotis.

Canonicus cui cura capellae committetur, fidelitatem jurabit monachis et sacerdoti Sancti Martini.

Si quis hanc compositionem infringere praesumpserit, auctoritate Apostolica anathematis vinculo innodamus.

Actum anno Incarnationis Verbi M° C° LXXX° III°.

[Manassès, évêque de Troyes, fait savoir que le litige entre :

  • l’abbé de Montiéramey
  • et Pierre, chanoine d’Esthon

au sujet d’une chapelle construite sur un terrain de l’abbaye mais située dans la paroisse Saint‑Martin, a été réglé ainsi :

  • tout ce qui sera donné pour la chapelle sera partagé : 1/3 pour les moines + le prêtre de Saint‑Martin, 2/3 pour les chanoines.
  • les oblations et legs mobiliers : moitié pour les moines et le prêtre, moitié pour les chanoines.
  • les legs immobiliers situés dans la paroisse Saint‑Martin ou sur les terres de l’abbaye : moitié pour les chanoines, moitié pour les moines et le prêtre.
  • les ornements donnés à la chapelle ne peuvent être vendus sans accord des moines et du prêtre.
  • le chanoine chargé de la chapelle devra jurer fidélité aux moines et au prêtre.

Toute violation de cet accord entraîne l’anathème.  Acte fait en 1183.]

Importance

  • C’est un arbitrage épiscopal majeur.
  • On voit la complexité des droits paroissiaux et réguliers.
  • L’évêque impose un partage précis des revenus et des droits.
  • L’anathème final montre la tension du dossier.

74. — Année 1185

Comte Érard de Brienne — reconnaissance de cens

Ego Erardus, comes Brenc, notum facio…

 Il reconnaît avoir reçu de l’abbé de Montiéramey, avec l’accord du chapitre, tout ce que l’abbaye possédait à Crispeium (Crispy / Crespy ?), en bois, terres, hommes et revenus.

En échange, il donne à l’abbaye 3 sous de cens annuel, que son prévôt devra payer.

[Érard, comte de Brienne, déclare qu’il reçoit de l’abbé de Montiéramey tout ce que l’abbaye possède à Crispey, et qu’en retour il lui accorde 3 sous de cens, garantis par son prévôt.]

Importance

  • On voit ici un accord féodal classique : l’abbaye reconnaît le comte comme seigneur haut‑justicier, le comte garantit les biens de l’abbaye.

 

75. — Année 1186

Décanus de Bar-sur-Aube — litige avec Dominicus

 Les moines avaient un litige avec Dominicus, au sujet de 5 sous de cens dus sur la maison de Dame Candide. Dominicus niait.

L’accord final :

  • Dominicus paiera 5 sous chaque année à l’octave de Pâques.
  • Il abandonne aussi une vigne qu’il revendiquait.
  • Témoins : le doyen Pierre, Girard le pelletier, Martin de Frédeville, etc.
  •  

76. — Année 1186

Bonusamicus — litige sur une cloaca et un cens

 Bonusamicus, avec l’accord de sa femme Nigra et de ses enfants, abandonne ses prétentions sur :

  • une cloaca (canalisation / égout)
  • 4 deniers de cens

Il reçoit en échange :

  • 7 livres pour la cloaca
  • 25 sous pour le cens

Acte scellé par le doyen de Bar.

 77. — Année 1186

Gilon, tonnelier, s’engage à fournir une poutre de cave (camlatam) à la maison de Vitalis, dépendant des moines.

 78. — Année 1186

Archevêque de Sens — litige avec le prêtre de Chappes

Le pape avait délégué l’affaire à :

  • Guido, archevêque de Sens
  • Raduifus, abbé de Sainte‑Colombe

Le prêtre de Chappes, Hugo, ne s’est jamais présenté malgré les convocations.

Les juges mettent donc les moines en possession de la moitié des revenus du presbytère de Saint‑Loup de Chappes.

183. — 1189 (Henri, comte palatin de Troyes)

Donation d’une portion de vigne à Saint‑Jean‑au‑Marché

Ego Henricus, Trecensis comes palatinus, notum facio praesentibus et futuris, quod intuitu Dei et interveniente gratia Theobaldi, dilecti hospitis mei, prioris Sancti Johannis in Castello, dedi ecclesiae Sancti Johannis partem quandam vineae Girardi, fratris Milonis de Braio, quae erat ad caput dictae ecclesiae, de assensu et voluntate dicti Girardi, videlicet octoginta pedes in latitudine, et longitudinem vero a termino muri civitatis usque ad viam quae de Sancto Quintino ducit in civitatem.

Quod ut notum permaneat, litteris annotatum sigillo meo confirmavi. Actum Trecis, anno Verbi Incarnati M° C° LXXX° IX°. Datum per manum Galteri, cancellarii, nota Petri.

[Moi, Henri, comte palatin de Troyes, fais savoir que, par dévotion et sur l’intervention de Thibaut, prieur de Saint‑Jean‑au‑Marché, j’ai donné à l’église Saint‑Jean une portion de vigne appartenant à Girard, frère de Milon de Bray, avec son consentement.

La portion donnée mesure :

  • 80 pieds de large,
  • et en longueur du mur de la ville jusqu’à la route venant de Saint‑Quentin.

Acte fait à Troyes en 1189, scellé par le comte.]

Importance

  • On voit ici un don comtal en faveur d’une église urbaine.
  • Le texte donne une description topographique précise de la vigne.
  • Le prieur Thibaut joue un rôle d’intermédiaire.

156. — Sans date (1185–1190)

Accord entre Saint‑Sauveur et le clerc Pierre de Payns

Notum est voluntas modernis et futuris, quod Guido, decanus de Cacy, pacem et concordiam composuit inter ecclesiam S. Salvatoris et Petrum, clericum de Payns, super tali parte sui juris quod possidebat in ecclesia de Payns et de Saron, excepta capellania quam in praefatis ecclesiis obtinebat, hanc scilicet, quod sextam portionem beneficiorum et proventuum ecclesiarum praefati S. Salvatoris ecclesiae concessit.

[Guido, doyen de Cacy, établit la paix entre l’église Saint‑Sauveur et Pierre, clerc de Payns, au sujet des droits qu’il possédait dans les églises de Payns et de Saron.

Pierre conserve sa chapellenie, mais cède le sixième des revenus des deux églises à Saint‑Sauveur.]

 157. — Vers 1200

Restitution de terres à Saint‑Sauveur par Humbert, chanoine de Dijon

Humbertus, canonicus S. Stephani Divionensis, terras quasdam et prata, quae ab antecessoribus suis ecclesiae S. Salvatoris olim in elemosina collata fuerant, aliquanto temporis spatio suae subegit dominationi…

Il finit par tout rendre à l’église Saint‑Sauveur, en déposant son offrande sur l’autel.

[Humbert, chanoine de Saint‑Étienne de Dijon, avait depuis quelque temps usurpé des terres autrefois données à Saint‑Sauveur. Touché par la grâce, il restitue tout, et promet de défendre l’église contre tout futur contestataire.]

158. — 1200–1202

Donation du bois de l’Escange — Vendœuvre

Hingerbert le Noir de Vendœuvre et ses fils (Milo, Hugo de Paris, Leodegarius, Legardis) abandonnent toute revendication sur le bois de l’Escange, qu’ils contestaient aux moines.

Le doyen de Langres confirme par son sceau.

159. — Sans date (vers 1190–1200)

Arbitrage entre les moines et le prêtre de Chappes — Saint‑Loup et Belle‑Vue

Les juges délégués par le pape reçoivent un compromis :

  • Le prêtre de Chappes garde :
    • baptêmes,
    • procurations de noces,
    • oblations personnelles,
    • visites aux malades.
  • Les moines reçoivent la moitié :
    • des réconciliations,
    • des bénédictions de pains,
    • des oblations de noces,
    • des legs,
    • des cierges,
    • des offrandes annuelles.
  • Dans la chapelle de Belle‑Vue (Pulchro Visu), le prêtre reçoit un tiers des oblations en présence d’un défunt.

Importance

  • On voit la complexité des droits paroissiaux.
  • Belle‑Vue (Pulchro Visu) apparaît encore comme chapelle active.

160. — Vers 1189–1214

Lettre au pape Pierre II d’Autun — église de Savigny

Le prêtre Pierre de Savigny reconnaît devant l’abbé de Macey et l’archidiacre de Beaune que :

  • l’église de Savigny appartient à Montiéramey,
  • il la tient de l’abbé et du chapitre,
  • l’évêque d’Autun avait confirmé cette possession.

161. — Avant 1200

Donation de la terre « la Folie » — Vendœuvre

Odo, Hugo, Androin et Tailfer de Vendœuvre donnent aux moines :

  • la terre appelée la Folie,
  • située dans le fossé du lieu,
  • libre et absolue.

Acte confirmé par les sceaux du doyen de Langres et du doyen de Vendœuvre.

174. — Septembre 1200

L’abbaye de Burlancourt reconnaît les droits de Montiéramey sur :

  • le bois,
  • l’essart,
  • les terres jusqu’au Mont Lesum.

Elle paiera :

  • 7 setiers + 3 quartes de froment,
  • autant d’avoine,
  • 7 deniers pour le pré de la Tournelle.

175. — Novembre 1200

Accord sur un virgultum à Troyes

Le chanoine Hato et les moines se partagent un verger / taillis près de Saint‑Jean‑au‑Marché :

  • moitié pour les moines,
  • moitié pour Hato,
  • frais partagés.

Après la mort de Hato, tout revient aux moines.

177. — Avril 1200

Vente des revenus des foires de Troyes — Lambert de Bar

Guillaume Bischoz vend à Lambert de Bar :

  • 100 sous de revenus annuels des foires de Troyes.

Lambert donne ensuite ces 100 sous en aumône au prieuré de l’abbaye à Bar‑sur‑Aube.

182. — 1201

Partage de la « minuta decima » de Sainte‑Maure

L’abbaye de Saint‑Martin et Montiéramey se partagent :

  • la petite dîme de Sainte‑Maure,
  • à parts égales.

185. — 1201

Galterus, comte de Brienne — 20 sous annuels

Le comte Galterus donne :

  • 20 sous annuels,
  • sur le marché de Brienne,
  • pour réparer les torts faits à l’abbaye par lui et ses ancêtres.

259. — Année 1208

(Clarembaud de Chappes confirme la donation d’Hugo Curebois)

Ego Clarembaudus, dominus de Capis, notum facio quod Hugo Curebois, miles, in mea praesentia constitutus, recognovit quod ipse dedit in perpetuam elemosinam ecclesiae B. Petri Arremarensis quicquid habebat in villa Media et de Corbeil in modis omnibus… Hanc autem donationem laudo et approbo et si quid in eadem donatione juris habeo idem quitto ecclesiae et concedo.

Actum anno Incarnati Verbi M° CC° VIII°. Sigillo meo munivi.

[Moi, Clarembaud, seigneur de Chappes, fais savoir que le chevalier Hugo Curebois, en ma présence, a reconnu avoir donné en aumône perpétuelle à l’église Saint‑Pierre d’Arremarey tout ce qu’il possédait :

  • à la Ville‑Moyenne (Villa Media),
  • et à Corbeil,
  • sous toutes formes et droits.

Je loue et approuve cette donation, et si j’avais quelque droit sur ces biens, je les abandonne également à l’abbaye.

Acte fait en 1208.]

 Importance

  • Confirmation seigneuriale indispensable pour sécuriser la donation.
  • On voit Hugo Curebois apparaître plusieurs fois dans les actes de 1200–1210.

340. — 28 mars 1208

Lettre du pape Innocent III — confirmation d’une composition avec l’abbaye de Gaye

Innocent III confirme la composition conclue entre :

  • l’abbaye d’Arremarey,
  • et le prieuré de Gaye,
  • avec l’accord de l’abbé de Cluny.

La composition porte sur tout ce que l’abbaye possédait à Vaissy :

  • terrages,
  • cens,
  • hommes de Bovo,
  • terre du prêtre Hecelin.

Ces biens sont définitivement concédés au prieuré de Gaye.

Le pape Innocent III confirme, par autorité apostolique, l’accord par lequel l’abbaye d’Arremarey a cédé au prieuré de Gaye tous ses droits à Vaissy, y compris :

  • les terrages,
  • les cens,
  • les hommes dépendant de Bovo,
  • et la terre du prêtre Hecelin.

Importance

  • Acte majeur : cession définitive d’un ensemble de biens.
  • Intervention directe du pape → sécurité juridique maximale.

341. — Mai 1208

Manasses, abbé de Saint‑Loup — reconnaissance d’une tenure donnée par Milo Petaz

Plusieurs hommes (Costelin, Martin, Théobald, Adam, Martin le cordier…) attestent que :

  • Milo Petaz, devenu moine d’Arremarey,
  • a donné en aumône une tenure située dans le finage de La Saulsotte.

Cette tenure doit chaque année :

  • 3 sous et 6 deniers à la Saint‑Jean,
  • 3 sous à la Saint‑Remi.

Et une personne parmi les tenanciers doit venir manger au réfectoire des moines le jour du paiement.

L’acte détaille ensuite toutes les parcelles dépendant de cette tenure.

Importance

  • Très belle description d’une tenure complète, avec champs, prés, bois.
  • Obligation originale : un repas annuel au monastère.

342. — Mai 1208

Blanche de Navarre — renonciation d’Henri de Saint‑Maurice

Blanche, comtesse palatine de Troyes, notifie que :

  • Henri de Saint‑Maurice,
  • et la femme d’Aubert de Pratz,
  • avec leurs enfants,

ont abandonné au monastère d’Arremarey tout ce qu’ils y revendiquaient.

344. — 22 juillet 1208

(Hervé, official de Troyes — vente de serfs par Baucendus)

Le chevalier Baucendus vend à l’abbé Rolland :

  • tous ses hommes et femmes de Montablain,
  • avec leurs familles,
  • pour 80 livres provinoises.

Il donne en plus :

  • 1 000 deniers de cens sur une vigne.

Il promet garantie totale. L’abbé reçoit Baucendus et sa femme dans les prières du monastère.

347. — Novembre 1208

Blanche de Navarre — confirmation de la donation de Baucendus

Blanche confirme que Baucendus a donné à l’abbaye :

  • tous ses hommes et femmes de Montablain.

L’abbaye lui a versé 80 livres en compensation.

348. — 1208

Bouchard de Vendœuvre — pacte matrimonial entre serfs

Accord entre Bouchard et l’abbé :

  • Si un homme de Bouchard épouse une femme de l’abbaye → elle reste à Bouchard.
  • Si un homme de l’abbaye épouse une femme de Bouchard → elle reste à l’abbaye.

Les mariages sont autorisés sans opposition.

360. — Mars 1209

Grande charte de paréage de Pargis — Blanche de Navarre

Blanche de Navarre et l’abbaye d’Arremarey établissent un paréage sur la ville de Pargis :

 Blanche reçoit la moitié :

    • des coutumes,
    • des justices,
    • des ventes,
    • du tonlieu,
    • du minage,
    • de la roue des hommes.

L’abbaye garde tout le reste :

    • terrages,
    • dîmes,
    • fours,
    • église,
    • finage.
  • Les deux parties nomment chacun un prévôt, qui doivent agir ensemble.
  • La grange de Pargis reste entièrement libre pour l’abbaye.
  • Les hommes de Pargis ont droit d’usage dans les bois comme ceux de Chaource.
  • Si Blanche ou un comte de Champagne viole le paréage → la ville revient entièrement à l’abbaye.
  • Aucun religieux ne peut s’installer à Pargis sauf les moines d’Arremarey.
  • Les hommes nobles ou de fief ne peuvent s’y établir sans preuve de leur statut.

Importance

C’est l’un des plus grands actes politiques du cartulaire.

Il fonde la ville neuve de Pargis sous régime mixte : moitié comtesse / moitié abbaye.

L’abbaye garde le contrôle foncier et spirituel.

La comtesse obtient la moitié des revenus urbains.

319. — Novembre 1222

Investiture de deux prêtres par l’évêque de Troyes

L’évêque Hervé de Troyes confirme que, sur présentation de l’abbaye de Montiéramey, il investit :

Maître Henri → curé de Clerey

Pierre de Reims → curé de Follis (Faux), près de Plancy

L’abbaye a prouvé son droit de patronage sur ces deux églises. L’évêque se réserve toutefois la question de la propriété.

Importance

  • Confirme les droits de Montiéramey sur Clerey et Faux.
  • Rien de direct pour Pulchro Visu, mais utile pour comprendre l’emprise territoriale de l’abbaye.

320. — Décembre 1222 / Juin 1223

Accord entre Erard de Rameru et l’abbé Rolland sur Nogent

Erard de Rameru et l’abbé Rolland règlent un litige concernant la copropriété indivise de la ville de Nogent près Rameru.

Points essentiels :

  • Ni Erard ni ses successeurs ne pourront forcer l’abbaye à faire une partition.
  • Ni l’abbaye ne pourra forcer Erard.
  • Chaque successeur d’Erard devra prêter serment dans les 40 jours, au prieuré de Nogent, de respecter les accords.
  • Si le serment n’est pas prêté → les revenus de sa part sont bloqués et conservés par les deux “majeurs” de Nogent.
  • Réciprocité : à chaque changement d’abbé, celui-ci doit aussi prêter serment.

  •  Importance
  • Montiéramey possède des droits importants à Nogent.
  • Montre la sophistication des accords féodaux de l’abbaye.

 321. — Janvier 1222 (v. st.)

 Échange de personnes entre Odo de Pogey et Montiéramey

Odo de Pogey, chanoine d’Orléans, donne à Montiéramey :

  • Helluide, fille de Bonard, sa “femme de corps”,

en échange de :

  • Jaqueta, fille de Virricus Verreglas, femme de corps de Montiéramey.

Importance

 Exemple de transfert de servage personnel.

323. — Mai 1223

Accord sur les hommes et femmes de la rivière Barbuise

Philippe de Plancy et l’abbé Rolland règlent un litige sur :

  • les hommes et femmes nés de couples mixtes (homme de l’abbaye + femme du seigneur, ou inversement),
  • les eschetes (biens des serfs morts sans héritiers),
  • les redevances (chevage, gîte, etc.).

Décision :

  • Partage par moitié des hommes et femmes déjà nés.
  • Partage par moitié de ceux à naître.
  • Pour les eschetes :
    • 2/3 pour Montiéramey
    • 1/3 pour Philippe
Les serfs de l’abbaye doivent un gîte d’un jour et une nuit.

ACTES ÉPISCOPAUX

1231 – Évêque Robert de Troyes

  • Investiture de l’abbaye de Montiéramey dans ⅛ de la dîme de Clerey, donnée par un chevalier (Jean, armiger).
  • L’évêque confirme la cession, reçoit la renonciation du donateur et investit l’abbé.

1234 – Cantor Henricus, juge délégué du pape

  • Décide que des blés aliénés illégitimement par un ancien prieur de l’Île doivent être restaurés à Montiéramey.

1236 – Évêque Robert de Langres

  • Demande à Montiéramey de laisser l’évêque choisir le nouveau curé de Fagny, après la résignation du précédent.

1237 – Évêque Robert de Langres

  • Confirme la présentation par Montiéramey d’un prêtre pour les cures de Longeville et Landreville.

1238 – Évêque Nicolas de Troyes

  • Reconnaît que Montiéramey possède le droit de patronage sur plusieurs églises (Rully, Gigny, Bussières, Lignon, Brévonnes).
  • Il retire les prêtres qu’il avait nommés à tort et rend le patronage à l’abbaye.

1242 – Officiaux de Troyes

  • Plusieurs actes de reconnaissance de dettes, dîmes ou cens dus à Montiéramey (Ruilliac, Cecey, etc.).

1246 – Évêque Hugues de Langres

  • Réorganisation des dîmes entre le prieur de l’Île et le curé local.
  •  

SENTENCES JUDICIAIRES

1231 – Juges délégués du pape (Bray-sur-Seine)

  • Arbitrage entre les moniales d’Andecy et les moines d’Angleure (Montiéramey) sur des sextiers de blé en terrage.
  • Les moniales renoncent contre paiement.

1236 – Juges délégués (abbé de St-Martin, cantor de Troyes)

  • Condamnent l’abbaye de Sainte-Marguerite à payer 40 boisseaux de blé par an au prieur de Savigny-lès-Beaune (Montiéramey).

1240 – Évêque Nicolas

  • Sentence sur la dîme de Clerey : Montiéramey rachète ⅛ de la dîme à un chevalier.

1245 – Bailli royal de Mâlay-le-Roi

  • Arbitrage entre Montiéramey et un bourgeois de Mâlay sur le partage des récoltes dans des terres relevant du charruage de l’abbaye.

ACTES SEIGNEURIAUX

1230–1250 : nombreux dons / ventes / reconnaissances

Je ne garde que les plus significatifs :

Seigneurs de Capis (Clarembaud, puis ses successeurs) :

    • approuvent des ventes de terres, prés, dîmes ;
    • donnent des droits de passage, de pont, de mur percé ;
    • reconnaissent Montiéramey comme seigneur pour certains hommes ou tenures.

Erard de Brienne, seigneur de Ramerupt :

    • 1223–1248 : série d’accords majeurs sur Nogent-près-Ramerupt :
      • partage des droits,
      • renonciation aux partages forcés,
      • ventes massives de terrages, corvées, coutumes,
      • donations pures et simples,
      • engagements sous peine d’excommunication.

Seigneurs de Chacenay :

    • confirment les droits d’usage et de pâture de Montiéramey dans les bois de Pothières et Chaource.

Seigneurs de Colaverdey, Boloigne, etc.

    • reconnaissances de cens, dîmes, eschetes, droits de four, etc.

ACTES ROYAUX / COMTAUX

Thibaut IV, comte de Champagne (1223–1253)

  • Plusieurs confirmations d’échanges et d’accords, notamment :
    • Échange de Chiminy : Montiéramey cède ses droits contre le minage de Chaource.
    • Paréage de Pargues (acte majeur) :
      • Thibaut et Montiéramey se partagent justice, tailles, coutumes, droits de four, etc.
      • Acte confirmé ensuite par la reine Marguerite en 1254.

Henri Ier de Navarre (1250)

  • Confirme la restitution de la seigneurie de Nogent à Montiéramey après rachat.

Blanche de Navarre (1228)

  • Confirme la donation d’un homme et de ses biens à Montiéramey.

Roi de France (via son bailli, 1245)

  • Arbitrage sur les récoltes de Ruilliac (voir plus haut).

 

MONTIÉRAMEY, POUVOIRS ET TERRITOIRES

(XIIᵉ–XIIIᵉ siècle)

 

Breviarium ad usum monasterii Arremarensis, 1175-1300
Abbaye Saint Pierre de Montiéramey – BNF

I. L’ÉVÊQUE : ARBITRE, GARANT, PROTECTEUR

Les évêques de Troyes et de Langres apparaissent dans les chartes comme les gardiens naturels de l’équilibre féodal. Ils confirment, arbitrent, parfois corrigent leurs propres erreurs.

En 1231, l’évêque Robert de Troyes reçoit un chevalier venu renoncer à une part de la dîme de Clerey :

« Johannes armiger recognovit se in perpetuam elemosinam contulisse… octavam partem totius decimae de Clareio. » « Le chevalier Jean reconnaît avoir donné en aumône perpétuelle un huitième de toute la dîme de Clerey. »

L’évêque investit aussitôt l’abbé, scellant l’acte de son autorité.

Quelques années plus tard, en 1238, l’évêque Nicolas rectifie une situation embarrassante : croyant d’abord que le patronage de plusieurs églises lui revenait, il découvre que Montiéramey en est légitimement titulaire.

« Jus patronatus… ad ecclesiam Arremarensem pertinere… personas amovimus et jus restitutimus. » « Le droit de patronage appartient à Montiéramey… nous avons démis les prêtres nommés à tort et restitué le droit. »

Ce geste n’est pas anodin : il reconnaît publiquement la puissance spirituelle et temporelle de l’abbaye.

L’évêque intervient aussi pour protéger les biens monastiques. En 1234, un juge délégué du pape, le cantor Henricus, ordonne la restitution de blés indûment aliénés :

« Ad jus et proprietatem monasterii pertinere… » « Ces blés appartiennent au droit et à la propriété du monastère. »

Montiéramey n’est pas seulement protégée : elle est respectée.

II. LA JUSTICE : PROCÈS, SENTENCES ET PAIX IMPOSÉES

Le XIIIᵉ siècle est un siècle de conflits. Les chartes montrent un monde où chaque droit peut devenir un litige, chaque dîme une querelle, chaque femme de corps un procès.

En 1231, un arbitrage oppose les moniales d’Andecy aux moines d’Angleure (dépendance de Montiéramey) au sujet de blé en terrage :

« Tandem inter se composuerunt… moniales quitaverunt… receptis XII libris. » « Finalement, elles composèrent… les moniales renoncèrent contre paiement de douze livres. »

En 1236, une sentence condamne l’abbaye de Sainte-Marguerite à verser chaque année quarante boisseaux de blé au prieur de Savigny-lès-Beaune, dépendant de Montiéramey. Le conflit est clos, la paix est imposée.

En 1245, un arbitrage royal tranche un litige agricole : un bourgeois de Mâlay-le-Roi et Montiéramey se partagent les récoltes d’un terroir contesté.

« Arremarenses habebunt medietatem omnium messium… » « Les moines auront la moitié de toutes les moissons… »

La justice, ici, n’est pas une abstraction : elle est un outil de domination.

III. LES SEIGNEURS : ALLIÉS, ADVERSAIRES, SOUVENT DÉPENDANTS

1. Les seigneurs de Capis : voisins puissants

Clarembaud de Capis apparaît dans les chartes comme un voisin incontournable. Il approuve des ventes, confirme des donations, et va jusqu’à autoriser les moines à percer le mur du château pour accéder à leur grange :

« Licentiam perforandi murum castri… » « Permission de percer le mur du château… »

Ce geste, rare, dit tout de la relation : une proximité contrainte, mais réelle.

 2. Erard de Brienne, seigneur de Ramerupt : un dossier colossal

Entre 1223 et 1248, Erard multiplie les accords avec Montiéramey concernant Nogent-près-Ramerupt. Il renonce aux partages forcés, vend ses terrages, cède ses coutumes, puis finit par donner purement et simplement ce qui lui restait.

« In puram et perpetuam elemosinam… partem suam omnium censuum et costumarum de Nogento… » « En pure et perpétuelle aumône… sa part de tous les cens et coutumes de Nogent… »

Il accepte même d’être excommunié s’il revenait sur sa parole.

3. Les Chacenay : forêts, pâtures et usages

Les seigneurs de Chacenay confirment les droits d’usage de Montiéramey dans les bois de Pothières et Chaource — ressources vitales pour les granges monastiques.

IV. LES COMTES ET LES ROIS : ALLIÉS DE POIDS

1. Thibaut IV de Champagne : le paréage de Pargues

Le paréage de Pargues est l’un des actes les plus importants du XIIIᵉ siècle pour Montiéramey. Thibaut IV et l’abbaye se partagent justice, tailles, coutumes, droits de four, minage, etc.

« In justiciis, laudationibus, venditionibus… medietatem habebo et abbas alteram medietatem. » « Dans les justices, les lods, les ventes… j’aurai la moitié et l’abbé l’autre moitié. »

Cet acte est ensuite confirmé par la reine Marguerite en 1254.

2. Henri Ier de Navarre (1250)

Il confirme la restitution à Montiéramey de la seigneurie de Nogent, rachetée par le comte au nom de sa femme.

3. Blanche de Navarre (1228)

Elle valide la donation d’une femme de corps à l’abbaye — rappel de la puissance comtale sur les personnes.

 I. LE CORPS DU DOMAINE : HOMMES, FEMMES, GRANGES

Montiéramey n’est pas un monastère immobile, replié derrière ses murs. C’est un organisme vivant, un corps immense dont les granges sont les organes, les hommes et femmes de corps les muscles, et les chemins les veines. Rien n’est laissé au hasard : chaque lieu, chaque personne, chaque droit s’inscrit dans une stratégie territoriale.

Les granges : le réseau secret du pouvoir

La grange n’est pas une ferme. C’est un poste avancé, un centre d’exploitation, un nœud de pouvoir. On y trouve des hommes et femmes dépendants, des troupeaux, des charrues, des pressoirs, des fours, des moulins, des celliers, des bois, des pâtures, des dîmes en nature, des terrages, des cens.

Elles sont implantées près d’un moulin, à la lisière d’une forêt, au croisement de deux finages, à proximité d’un château, ou au bord d’une rivière. Elles permettent de prélever, de surveiller, de négocier, de s’imposer.

Ainsi, la grange de Villers bénéficie d’un droit d’usage confirmé par un chevalier :

« Habitantes grangiam… plenum usuarium habent in nemore de Mananto… » « Les habitants de la grange ont plein droit d’usage dans le bois de Manantum… »

La grange de Pargues devient même le centre d’un paréage avec Thibaut IV. Les granges sont les yeux et les mains du monastère.

Les femmes de corps : vies liées, destins transmis

Dans les chartes, les femmes apparaissent comme des êtres juridiques, des vecteurs de droits, des capitales vivantes. Leur fécondité est un enjeu politique.

En 1238, Marie reconnaît sa condition :

« Maria… recognovit se esse feminam ecclesiae Arremarensis… tanquam femina de corpore et de capite. »

Elle appartient au seigneur par son corps, sa personne, sa descendance.

Certaines sont échangées comme des terres :

« Helluidim… feminam suam de capite et de corpore, dedit in escambium… »

Le mariage d’une femme de corps engage des territoires, des revenus, des lignées. Elles sont silencieuses, mais essentielles.

Les hommes de corps : les piliers invisibles

Ils labourent, sèment, moissonnent, transportent, réparent, gardent, coupent, tirent. Ils sont la main‑d’œuvre stable, celle qui ne part pas.

En 1225, Clarellus reconnaît sa condition :

« Clarellus… recognovit se esse hominem ecclesiae Arremarensis… sub potestate, dominio, justitia et jurisdictione ecclesiae. »

Ils doivent tallia, corvées, fidélité. Ils sont donnés, vendus, échangés, transmis.

Sans eux : pas de granges, pas de dîmes, pas de terrages, pas de pouvoir.

Les vignes : paysage façonné, richesse transformée

Les vignes portent des noms poétiques : in Montecula, in Alboreto, in Vinea Alba, in Vinea Rubea, juxta Sanctum Aventinum. Elles sont toujours liées à un moulin, un chemin, un bois.

En 1233 :

« Vineam suam sitam ad molendinum de Cecey… »

La vigne est une borne, une monnaie d’échange, un objet de litige. Le vin, lui, est une redevance, un symbole, une nécessité — parfois dû même sans récolte :

« II modios vini boni… veniat vel non veniat vinum in vinea. »

Le vin nourrit, relie, célèbre, prie. Il est un compagnon du temps.

 II. LES RESSOURCES : DÎMES, TERRAGES, FORÊTS, VIN

Le domaine vit de flux constants : dîmes, terrages, bois, vin. C’est le sang du système.

La dîme : impôt sacré, revenu politique

En théorie, un impôt religieux. En pratique, un revenu stable, cher, disputé.

En 1231 :

« Octavam partem totius decimae de Clareio… contulisse. »

En 1240 :

« Abbas… redemerunt octavam partem… pro novies viginti libris. »

La dîme vaut une fortune. Elle est indispensable.

Le terrage : prix de la terre, contrôle des hommes

Prélevé en blé, avoine, vin, argent. Il fixe les rapports de force.

En 1235 :

« Homines de Convinio VII denarios solvere… escasure debent esse prioris. »

Le terrage n’est pas qu’un revenu : c’est un droit de regard sur les terres et les hommes.

Les forêts : pouvoir silencieux, marges stratégiques

La forêt est un monde : bois, pâture, glandée, fagots, amendes, chemins, étangs.

En 1243 :

« Usuario et pasturis de bosco… »

Les forêts sont disputées, surveillées, négociées. Elles marquent les frontières, protègent les granges, nourrissent les hommes.

Le vin : redevance, symbole, nécessité

Le vin est compté, exigé, offert, échangé. Il sert à la messe, aux fêtes, aux fondations pieuses. Il est mémoire, prière, rite.

III. LES MACHINES DU POUVOIR : MOULINS, FOURS, CHEMINS, PONTS

Le pouvoir féodal repose sur des infrastructures. Contrôler un moulin, un four, un chemin, un pont, c’est contrôler la vie quotidienne.

Les moulins : nœuds économiques

Ils attirent les terres, les hommes, les revenus.

En 1238 :

« Quartam partem molendini… pro XXII libris. »

Sans moulin, pas de farine. Sans farine, pas de pain.

Les fours : monopole absolu

Tous doivent y cuire leur pain. Ils paient. Ils ne peuvent pas cuire ailleurs.

En 1225 :

« Furnum… quem homines tenebant… »

Le four contrôle les habitants autant que le pain.

Les chemins : lignes de force

Traces mouvantes, mais axes juridiques.

En 1238 :

« ad chominum de l’Oie… »

Le chemin marque, sépare, prouve. Il est un instrument de pouvoir.

Les ponts et passages : goulots de contrôle

Un pont est un monopole. Un passage, un lieu de tension.

En 1225 :

« Licentiam perforandi murum castri… et facere plancham sive pontem… »

Percer un mur de château : un geste politique. Les passages décident des conflits, des alliances, des procès.

IV. LES SYMBOLES ET LA JUSTICE : SCEAUX, SERMENTS, EXCOMMUNICATIONS

Le pouvoir n’est pas seulement matériel. Il est rituel, symbolique, juridique.

Le sceau : la signature du pouvoir

En 1248 :

« Presentes litteras sigilli mei munimine roboravi. »

Un acte sans sceau n’existe pas.

Le serment : la parole liée au corps

En 1248 :

« Juramento prestito corporali… »

Le serment engage l’âme, le corps, la lignée.

L’excommunication : l’arme absolue

En 1248 :

« Nos ipsum et heredes suos excommunicemus… »

C’est la mort sociale. Personne ne s’y risque.

La justice monastique : ordre, domination, stabilité

Montiéramey possède basse, moyenne, parfois haute justice. Elle perçoit eschetes, amendes, coutumes.

En 1223 :

« Abbas habebit duas partes eschetarum… »

La justice est un pilier du pouvoir.

 V. SYNTHÈSE : LA TOPOGRAPHIE DU POUVOIR

Le pouvoir médiéval s’inscrit dans la terre. Montiéramey sculpte son territoire comme un maître d’œuvre.

  • Le monastère est le cœur.
  • Les granges sont les organes.
  • Les chemins sont les veines.
  • Les ponts sont les goulots.
  • Les forêts sont les réserves.
  • Les moulins sont les moteurs.
  • Les villages sont les satellites.
  • Le vin est la mémoire.
  • Les hommes et femmes de corps sont la chair.
  • Les dîmes et terrages sont le sang.
  • La justice est l’esprit.

Montiéramey n’est pas un monastère isolé. C’est un pouvoir structuré, un territoire organisé, une seigneurie vivante. Un pays dans le pays.

 

 Nous donnons la copie entière de cet ancien pouillé :

 [DRNEKICIA SPECTANTIA] AI) COLLATIONKM NOMIXATIOXEM [ET PltESEXTATIOXEM DOMIXIJ ABHATIS aiuikmahensls ohdixis [s11 ijeneuictij (i). IN Trecensi diocksi

OFFICIA claustualia monasterh Arremarensis Prœpositura

Tlicsau[ra]ria scu sacristia

Infirmoria

Elcmosinana

Cantoria.

PnioRATt's in Trecknsi diocesi

Priorntus Sancli Micliaclis de Cappis (2).

Prioralus Sancti Pétri de Dcrvo.

Priornlus Sancta; Theodosiœ

Prioratus de Anglcdura

Prioratus Sanclœ Mariœ de Parlu, vulgo dicitur liainfroissard

Prioratus Sancti Joannisdc Castro, tu urbe Trecensi, unitus est abbaline.

PniORATUS IN LlNGONENSI DIOCESI

l'rioralus Sancti Salvatoris

Prioralus de Pargiis

 

(I) Les mots placés entre crochets manquent par suite de la pourriture du papier.

Ce titre a été rétabli d'après une copie de ce pouillé écrite fin iln xvi" siècle.

(2i Co prieuré est indiqué sous le vocable de Saint-Michel, cependant dans les documents publiés dans le cartulaire et tous antérieurs h I'2;i7, le vocable sous lequel il est énoncé est celui de: IteaU liari.v de Capis et l'église prieurale, qui se trouvait in rnslro, est bien sous le munie vocable Ikatx Maria-.

Prioratus clo Vivariis

Prioratus de Fayllo

Prioratus de Lentiseo

Prioratus de Marehota

Prioratus de Insula alias de Mole en Isle.

Capclla Sancti Hylarii prope Villiacum in Trodis. VlCAIW.K l'KRPETU.K SIX1 KCCI.ESI.K PAMIOCHIALKS, IN DIOCKSI TRKCENSl.

Eeclesia domina1 Virginis Maria* Arremarensis cum suo succursu de Monslcrolio

Ecclcsinm (sic) Sancti Petri de Clareyo, alias de Cleroj cum suo succursu de Francyo (l)

Keclcsia Sancti Joannis [et Sancti Lupij de Cappis Kcclcsia Sancli Martini [in vineis] prope Trccas Kcclesia de Gigncio et Buceio

Kcclcsia de Curie Argcntca, alias de Courtrangiis Kcclcsia Sancti Martini de Ruliaco

Kcclcsia Sanctorum Gervasii et Prothasii de Anglcdura

Kcclcsia Sanctcn Maria; do lirando[n]villiers

Kcclcsia Sancti Christophori de Hancuria

Kcclesia de Sournois

Kcclesia S'ancti' Vinehaldi de Magnicuria

Kcclcsia Sancti Mauricii de Nogento super Albam cum suo succursu de Cocloix

Kcclesia Sancti Martini de Donno Martino

Kcclcsia de Palo et Dcrvo

Kcclesia de Fo!!iis et Franeyo

il) Cet article est en entier d'une autre écriture et d'une autre encre, mais i! paraît écrit à la même époque.

Kcclcsia Sancla; Maria; de l'ulchro Visu (1)

de Noiis propo Trceas

Kcclesia de, Ikirriis, est succursus de Monstorolio Ci) Ecclcsia donuii Audrtu apostoli de Mugnillo Sancti Petri.

VlCAIU.K PKUPETU.i: SEU IXCl.K.SI.K l'AHKOCHlALKS, in Lixgoxexsi mocicsi.

Kcclcsia Sancti Rcmigii (le Mnrollis cum suis succursibus, uimiruin Sancla; Marias de; Calido Furno et Snneti Laurentii de Villiaco.

il) lin margo est écrit nulla us t. Cependant, dans le diocèse do Troyes, à Choppcs, on près de Chappos, existait antérieurement a lïiOUune église ou chapolle sous le vocable du Sanrlc .llaric de Ih'llo lis» ou de l'ulcro Visu. Celte église est encore nommée dans Une cliartc (page 271! Rrrlrsia Iknir Mnrir Maiirinlftin upud hélium Visum, auprès se trouvait le cimetiore de Cette église ccrtaiiiPtnont faisait partie des bénéfices de l'abbaye do Monliéraincy. Lo château, ipii était une place impoi tante, a subi lors de la guerre de Cent ans plusieurs sièges. Ses fortifications, qui furent relevées en \.W> avec de grands développements, s'étendirent sur les propriété du prieuré « devers le chemin de Iklveoir » (page .'KKil. l'rubableiueut cette église aura été détruite a cette époque, telle serait la raison de la mention nulla est. Il y a lieu de faire encore remarquer que dimsune liste succincte des bénéfices de l'abbaye, sans dale.maisseniblanlécrile par la même main que colle qui a écrit le résumé de Iftëfi, on a substitué à l'article mrnullé le nom de « lieauregard, uni à Marolles et h Villy-cn-Trodes ». lleauregard est un hameau près de ces deux communes, il dépendait de l'ancien diocèse de l.angres. l'n lien quelconque a-t-il existé entre l'ancienne éylise de liello Visu de Cajris et lieauregard, m\ diocèse de Langres? On ne saurait le dire, mais on croit utile de signaler ces diverses mentions. (ii Cet article est barre, on a écrit en marge nulla est mais la liste des bénéfices dressée au xvn' siècle, maintient Bures uni a Montreiiil, aussi l'église da Pulcru Vi.m étant supprimée, c'est bien l'.t cures qui sont dans le diocèse de Troyes. ainsi qu'il est indiqué dans le résumé de Kii>i, dont il a déjà été fait mention.

Ecclcsia Sancli Martini de Sefons

Ecclcsia Sancli Lnurcntii de Krigida Val le

Ecclcsia Sancti Petri de Longo Pralo

Ecclesia Sancti Juannis de Cadusia cum suis succursibus Sancla; columba'do Manso Sancti Hoberli(I), de Pargis

Ecclcsia de Lochiis cum sue succursu de Landrevilla Ecclesia Bcatc [ ] Visu (2)

Ecclesia de Halen[o la Grange] propc Cadusiam Ecclcsin Sancla; Marias de Coperto Fonte.

Ecclcsia Sanclorum Salvatoris et Pétri cum suo succursu Sancli Martini de Pommcyo

Ecclesia Sancla; Maria; de Monlignon

Ecclesia Sancti Vicloris de Charcveyo

Ecclesia Sancta- Maria; de alias Chuges

Kcclcsia de Arsiaco

Ecclcsia de Fayllo (.'$)

( 1 Lisez (le Manso Roberli.

{2) Deux mots manquent en cet endroit par la pourriture du papier. Doit-on lire Lkllo ou PuLcUro Visu ? C'est ce qui semble être la vérité. Dans ce cas, est-ce de Beauvoir ou de Ueaurepçard qu'il s'ngirait? La cure de Beauvoir nu diocèse de Langres, suivant le pouillé de ce diocèse publié par M. Vouriot, est à la présentation de l'évèque, elle ne saurait ôlre un bénélicede l'abbaye. A-t-on voulu indiquer lioauregard près Marolles-les-Bailly et Villy-enTrodes ? C'est possible, mais on doit faire remarquer que dans Il liste du xvii' siècle et notamment dans deux autres listes, incomplètes il est vrai, et écrites au x\T et xvu» siècle, on a substitué au lieu et place de Ilello ou l'ulchro Visu le nom de (Jalluard lalias) Wallnart. Ce nom, suivant trois bulles publiées aux pages ;u, 'M, .") I serait celui d'une paroisse du diocèse de Lnn^res sous le vocable do Sanclc Marie de Galluart, alias Walluart. Nous n'avons pu trouver cette localité. Nous signalons ces différentes indications sans prétendre les expliquer.

(:t) Dans le résumé des bénéfices de 162*. on indique 1. cures

(Japellu Sancti Gcorgii de l'argis spécial ad omuimodain col!alioii(;ui abbatis Arrcrnnrciisis

Capclla Johannis BaplisUc in eeelesia de (iadusia, in dubio est an ad ubbulcin an ad dominum de Clu'sley allincat, ad minus est alterualiva.

In diocksi Eduknsi

Kcclcsin Sancti (lassiani de Savigniaco prope Ueinam Ksi in eodem diocesi prioralus Sancli Mauricii de Béez abbaliio unitus.

In diocesi Bisuntinknsi.

Olim oranl subscrîptu> ccclcsiio parrocliialcs speclanlcs ad prcsontalioncin abbalia^ Arrcinarensis uunc aulcin nilul juris sallein in possessorio,

Ilir sunl

Kcclcsia de Sarmagia

Kcclcsin Sancloruin Maria; cl Jobannc de Salve Ecclesia Sanclc Maria; de Capellis.

Suivent trois signatures dont celles de

Charles ternaire, vicaire général de l'abbé, et de Delierissun, secrétaire du chapitre des moines.

Le pouillc dont on donne la copie constate que dans le diocèse de Besançon ri se trouve trois églises pasculcment pour lo diocèse de Langres, etcependant on en mentionne l.'i dans le pouillé même nombre se trouve dans la liste du xvi[« siècle.

roissialcs <|ui sont à la pivscnlntiou de l'abbé de Montiéramey, niais sur lcsi|iielles, en l'ail, aucun droit n'était exercé. La liste des bénéfices du xvne siècle, dont on a déjà parlé, confirme cette indication en mentionnant qu'il y a encore 10 cures au diocèse de Uesaneon, « cures auxquelles l'abbé n'a pas nommé depuis longtemps ». Au nombre de ces cures se trouvent celles désignées au pouillé.

Voici les noms de ces dix cures tels qu'ils sont orthographiés sur cette liste. Quelle que soit la diflerenco dans cette orthographe, on retrouve facilement les noms sous lesquelles ces paroisses sont indiquées dans le carluluire.

Ecdesia Sancti Pétri de Broyés ou Broies.

Ecdesia de Perigniaco ou I'erygné.

Ecdesia Sancti Martini de Toneriaco seu Chuciacu ou Tincey.

Ecdesia Sancte Marin de Calmis ou Sainle-Marie-enChaux.

Ecdesia Sancti Leodegarii de lïrusiliaco.

Ecdesia Sancli Desiderii de liarro ou Harz.

Ecdesia Sancli Petri deSamaryis ou Sermangcs. Ecdesia Sancte Marie de Capellis ou de Campellis. Ecdesia Sancte Marie et Sancti Johannis de Saluos ou Saluez ou Saluclh.

Ecdesia Sancli Heinigii de Nom Villa.

L'abandon des droits de l'nbbayc sur ces églises s'explique, d'une part par, leur éloignemcnt de Monlioiamcy à une époque où les communications étaient peu faciles et, d'autre part, par les difficultés que l'exercice de ces droits avait dû rencontrer lors de la formation du comté de Bourgogne, à la lin du xe siècle, laquelle avait placé les contrées où étaient situées ces églises sous une autorité étrangère et souvent hostile à la France.

Quidum roligiosus prosbylor, Adroraarus torritorii Tricassiuiii, in urbc oadem ab incunto otuto sanctc roli^iotiis insliliitionil)iis cclucutus alque inl'orrniilus, assontionto pusillis nisibus menioratc urbis nnlistilo Àdolborto, locuin qiifaitlam rcmolioni aptissimum, ab cadoin dcccm forme millibus dis–lantnm olcgit, ao miinificcntia rcligiosi coinilis Alcdramni adc|)tus (ist in silva, que vulgo vocabulo Dorviis dicilur, supor fliiviiun Barsam,sub monsura vidoliccl perlicarum accinyanini in longiliuline quingcnlarum, in latiluditiodnccntarum vigenli, qui cquis partibus codom lluvio intorliisus in quo collani in inomoriaboali.ssimi Pétri, apostolnnim prin(îipis, construxil bac lanluin pensiono taxali, ut anima beali Pclri aposluli feslivitutc XX denarios [jarlibus coinilis cjusdom civitatis persolvero non duU'fictet, qualonus hoi; olwequio, quia comitisf'ueril,


Pour terminer :

LE POUILLÉ : LA CARTE SECRÈTE D’UN EMPIRE MONASTIQUE

Il existe des documents qui ne racontent pas : ils révèlent. Des textes qui ne décrivent pas : ils dévoilent. Le vieux pouillé de Montiéramey est de ceux‑là.

Mangé par le temps, troué par l’humidité, raturé par les copistes, corrigé par les érudits, il ressemble à un champ de ruines. Et pourtant, dans ces ruines, on voit apparaître la véritable étendue du pouvoir monastique.

Ce pouillé n’est pas un simple inventaire : c’est la carte secrète d’un empire ecclésiastique.

I. Un document blessé, mais vivant

Dès les premières lignes, le texte chancelle :

« [DRNEKICIA SPECTANTIA] AD COLLATIONEM NOMINATIONEM… »

Les mots manquent, le parchemin s’effrite, les lettres se dissolvent. Mais derrière les lacunes, on devine la formule classique :

“De beneficiis spectantibus ad collationem, nominationem et praesentationem domini abbatis Arremarensis.”

Le copiste du XVIᵉ siècle a tenté de reconstituer. Il a laissé ses hésitations, ses doutes, ses corrections. Ce n’est pas une faiblesse : c’est une preuve d’authenticité. Ce pouillé est un survivant.

II. Les offices claustraux : le cœur administratif

Le document commence par les offices internes du monastère :

  • la prévôté,
  • la trésorerie / sacristie,
  • l’infirmerie,
  • l’aumônerie,
  • la cantoria.

C’est le squelette administratif de l’abbaye, la structure qui fait tourner la liturgie, les biens, les hommes.

III. Les prieurés : un réseau tentaculaire

Puis vient la liste des prieurés dépendants. Et là, le lecteur moderne reste stupéfait.

Dans le diocèse de Troyes :

  • Saint‑Michel de Capis
  • Saint‑Pierre de Dervo
  • Sainte‑Théodosie
  • Angledure
  • Sainte‑Marie de Parlu (Rainfroissard)
  • Saint‑Jean‑de‑Castro, dans Troyes même
  • Viviers
  • Fayl
  • Lentisque
  • Marchot
  • L’Isle / Mole‑en‑Isle
  • Saint‑Hilaire près de Villiers

Dans le diocèse de Langres :

  • Saint‑Sauveur
  • Pargues
  • Savigny
  • Bèze (prieuré uni à l’abbaye)

Dans le diocèse de Besançon :

  • Sarmagia
  • Salve
  • Capellis … et d’autres devenues “nulla est”.

Montiéramey n’est pas une abbaye locale. C’est une seigneurie ecclésiastique régionale, implantée dans trois provinces, trois évêchés, trois mondes.

IV. Les églises : un patrimoine éclaté, mouvant, parfois disparu

Le pouillé énumère ensuite les églises à collation, les succursales, les chapelles, les cures perdues, les cures fantômes.

Certaines sont barrées. D’autres portent la mention “nulla est”. D’autres encore sont remplacées par des noms différents dans les listes du XVIIᵉ siècle.

Les vocables flottent :

  • Bello Visu
  • Pulchro Visu
  • Beauvoir
  • Beauregard
  • Galluard / Walluart

On sent les guerres, les destructions, les reconstructions, les confusions, les pertes de mémoire.

Ce n’est pas un catalogue : c’est une archéologie du territoire.

V. Les cures perdues : l’ombre du comté de Bourgogne

Le pouillé note que certaines églises, jadis à la présentation de l’abbé, ne le sont plus. Pourquoi ?

Parce qu’au Xe siècle, la formation du comté de Bourgogne a placé ces terres sous une autorité étrangère, souvent hostile à la France.

Montiéramey a perdu des droits. Mais le pouillé en garde la trace. Comme un fantôme administratif.

VI. Le récit fondateur : Adromarus dans la forêt de Dorvus

Et soudain, au milieu des listes, surgit un récit. Un morceau d’hagiographie primitive. Un texte presque carolingien.

« Quidam religiosus presbyter, Adromarus… locum quendam remotioni aptissimum… elegit… »

Un prêtre, Adromarus, cherche un lieu de retraite. Il choisit une clairière dans la forêt de Dorvus, au bord de la Barse. Le comte Aldramnus lui donne la terre. Il y fonde un oratoire dédié à saint Pierre. Et il promet de payer chaque année :

« XX denarios… in festivitate beati Petri apostoli. »

C’est la naissance de Montiéramey. Non pas une fondation abstraite, mais un geste humain, un lieu précis, une forêt, un fleuve, un comte, un prêtre, un cens.

Le pouillé conserve cette mémoire. Il est le témoin le plus ancien.

VII. Ce que révèle vraiment ce pouillé

Ce document, malgré ses trous, ses ratures, ses hésitations, révèle trois vérités essentielles :

1. Montiéramey est un pouvoir territorial, pas un simple monastère

Son réseau couvre trois diocèses, des dizaines d’églises, des prieurés, des chapelles, des cures.

2. Montiéramey est un pouvoir ancien, enraciné dans une fondation du haut Moyen Âge

Le récit d’Adromarus est un trésor.

3. Montiéramey est un pouvoir mouvant, qui gagne, perd, reconquiert, s’adapte

Les mentions “nulla est”, les vocables flottants, les corrections marginales montrent un territoire vivant, changeant, respirant.


Le pouillé comme miroir du pouvoir

Ce vieux pouillé, avec ses lacunes et ses éclats, est le miroir ultime de Montiéramey.

Il montre :

  • ce que l’abbaye possède,
  • ce qu’elle a perdu,
  • ce qu’elle revendique,
  • ce qu’elle administre,
  • ce qu’elle a fondé,
  • ce qu’elle a oublié.

Il est la carte secrète d’un empire monastique. Un empire fait de granges, de forêts, de moulins, de chemins, de vignes, de femmes et d’hommes de corps, de dîmes, de terrages, de sceaux, de serments, de ponts, de passages, de prières, de procès, de fondations anciennes.

Un empire qui n’existe plus, mais dont chaque ligne de ce pouillé porte encore la respiration.

Montiéramey n’est pas seulement un lieu. C’est une géographie du pouvoir. Un territoire façonné par le droit. Une seigneurie vivante. Un pays dans le pays.

 

Montiéramey : un territoire, un système, une mémoire

À la fin de ce voyage à travers les chartes, les bois, les granges, les chemins, les vignes, les moulins, les hommes et les femmes de corps, une évidence s’impose : Montiéramey n’est pas un monastère. C’est un monde. Un monde structuré, pensé, organisé. Un monde où chaque élément — du plus humble au plus prestigieux — participe à une architecture de pouvoir.

Les forêts en sont les réserves, les marges, les zones d’usage. Elles donnent le bois, la pâture, la glandée, les amendes. Elles sont un territoire complet, un espace total. Les granges sont les organes du domaine, les moulins ses moteurs, les chemins ses veines, les ponts ses goulots, les villages ses satellites. Les hommes et femmes de corps en sont la chair. Les dîmes et terrages en sont le sang. La justice en est l’esprit.

Montiéramey apparaît, au terme de cette étude, comme une seigneurie complète, un pouvoir structuré, un territoire organisé. Le pouvoir médiéval n’est jamais abstrait : il s’inscrit dans la terre, dans les chemins, dans les bois, dans les ponts, dans les moulins, dans les granges, dans les églises. Il se lit dans les paysages comme dans les chartes.

Ce que nous lisons aujourd’hui dans les pouillés, les actes, les arbitrages, ce n’est pas seulement du droit : c’est la mémoire d’un territoire. Une mémoire faite de bois, de pierres, de champs, de vignes, de ponts, de chemins. Une mémoire faite d’hommes et de femmes, de serments et de sceaux, de litiges et d’alliances. Une mémoire qui respire encore dans les paysages d’aujourd’hui.

Car Montiéramey n’est pas morte. Elle est là, dans les noms de lieux, dans les limites des finages, dans les chemins anciens, dans les bois survivants, dans les archives qui parlent encore. Elle est un pouvoir en mouvement, un territoire vivant, une seigneurie totale. Elle a façonné son espace, organisé ses ressources, contrôlé ses hommes, protégé ses droits, affirmé son autorité. Elle a laissé derrière elle un paysage, une mémoire, une géographie du pouvoir.

Et pourtant, ce qui fut un monastère puissant, une seigneurie complète, un réseau de granges, de prieurés, de forêts, de moulins, de chemins, n’est plus aujourd’hui qu’un domaine privé, inaccessible, silencieux, presque effacé du paysage. La Révolution française a vendu les bâtiments, détruit l’église, dispersé les archives, brisé les murs. Il ne reste que le logis abbatial, une grange, un colombier — et encore, transformés, réaffectés, privés.

 

ÉPILOGUE

Là où le silence se souvient

Il reste, au détour d’un chemin, une pierre qui ne dit plus son nom, un mur qui ne soutient plus rien, une grange qui regarde le temps passer.

Il reste un logis abbatial, posé comme un vaisseau échoué sur la terre qu’il commandait autrefois. Ses fenêtres ne voient plus les moines, mais elles savent encore la lumière qu’ils allumaient.

Il reste un colombier, vide de ses ailes, mais plein de son ombre.

Il reste des arbres, qui ont vu passer des processions, des guerres, des prières, des famines, des vendanges, des hivers trop longs. Ils ne parlent pas, mais ils se souviennent.

Il reste des chemins, qui ne mènent plus à l’abbaye, mais qui continuent de suivre la logique ancienne du territoire. Ils savent encore où étaient les ponts, où l’on percevait le péage, où l’on franchissait la Barse comme on franchit une frontière.

Il reste des noms de lieux, qui portent dans leurs syllabes la trace d’un moulin disparu, d’une vigne oubliée, d’un prieuré effacé, d’un saint dont plus personne ne prononce le nom.

Il reste des archives, qui dorment dans des boîtes, dans des caves, dans des greniers, dans des bibliothèques. Elles sont le dernier souffle de ceux qui ont vécu là.

Et il reste, surtout, ce que l’on ne voit pas : la forme d’un monde disparu, la respiration d’une seigneurie, le battement d’un pouvoir ancien qui continue de vibrer dans les plis du paysage.

Montiéramey n’est plus. Mais Montiéramey demeure.

Dans la mémoire des pierres, dans la patience des arbres, dans la courbe des chemins, dans la couleur des terres, dans le silence qui s’installe là où autrefois sonnait la cloche.

Et tant qu’un regard se posera sur ce qui reste, tant qu’une voix relira les chartes, les pouillés, les actes, tant qu’un esprit cherchera à comprendre ce qui fut, Montiéramey vivra encore.

Non comme un lieu, mais comme une présence. Non comme une abbaye, mais comme un monde. Non comme un souvenir, mais comme une mémoire qui veille.

 

Le logis abbatial de Montiéramey, seul vestige encore debout du monastère fondé au IXᵉ siècle. 


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