Le moulin de Bar-sur-Seine : chronique d’un patrimoine en
péril
Les siècles passent, et au XIXᵉ siècle, le moulin change d’échelle. Vers 1860, sous l’impulsion d’un certain Charrier, il devient une grande minoterie industrielle, témoin de la modernisation des
campagnes. Les anciens systèmes à force animale disparaissent ; la Seine, elle, continue de tourner la roue, mais au service d’une production plus vaste, plus ambitieuse. Entre 1923 et 1929, on agrandit encore : le bâtiment s’étire, se renforce, s’impose comme un acteur majeur de la farine dans l’Aube.
Puis vient 1925. L’activité meunière cesse. Le monde change, les techniques aussi. Le moulin, fidèle à l’eau depuis sept siècles, se reconvertit : il devient centrale hydroélectrique. L’énergie remplace la farine, mais la logique reste la même — tirer de la rivière une force utile. La minoterie, elle, s’endort. Elle ne sera plus jamais réveillée.
C’est là que s’arrête la belle histoire, celle qui va du XIIIᵉ siècle à 1925 : un moulin né pour nourrir, devenu moteur industriel, puis transformé en centrale, toujours fidèle à la Seine.
La présence de moulin à cet emplacement, à Bar-sur-Seine, est attestée dès le XIe siècle. On trouve trace de propriétaires du moulin dès 1836 ; tandis que la micro-centrale hydroélectrique est plus récente datant de 1926, avec une production qui aurait commencé dès 1929.
La micro-centrale est sans doute aujourd’hui la plus grande du département capable de fournir l’électricité à quasiment la population de la ville.
C’est un scientifique Mauricien, Assan Dina, qui a fait construire ce bâtiment à la structure béton armé avec terrasse en toiture. Ce dernier abritait quatre turbines qui alimentaient deux alternateurs de 220 et 125 KW/heure à l’époque. La centrale était couplée avec celle de Fouchères et alimentait en électricité quatorze communes de la vallée de la Seine.
Naissance et essor industriel (XIIIᵉ siècle – 1925)
Le site du moulin de Bar-sur-Seine, situé sur un bras de la
Seine, est mentionné dès le XIIIᵉ siècle comme lieu de meunerie. C’est au XIXᵉ siècle
que l’édifice prend sa forme actuelle : une grande minoterie industrielle,
construite vers les années 1860 par un certain Charrier. Elle incarne alors la
modernisation des moulins à farine, remplaçant les anciens systèmes à force
animale ou artisanale.
Entre 1923 et 1929, des extensions sont ajoutées,
consolidant son rôle dans la production de farine à grande échelle. Mais dès
1925, l’activité meunière cesse. Le bâtiment est alors reconverti en centrale
hydroélectrique, fonction qu’il conserve aujourd’hui, bien que la minoterie
elle-même soit désaffectée.
Déclin et inertie patrimoniale (1925 – 2019)
Durant près d’un siècle, le moulin reste figé dans son état
post-industriel. Malgré son architecture remarquable — pans de bois, structure
imposante — il tombe dans l’oubli. La famille Prunier, propriétaire du site, ne
le valorise ni ne le vend, malgré plusieurs propositions, dont un projet
d’hôtel de luxe évoqué localement mais jamais concrétisé.
En 2019, le moulin est sélectionné par la Mission Bern comme
patrimoine en péril. Une collecte est lancée par la Fondation du patrimoine,
visant 300 000 € pour sa restauration. 59 085 € sont réunis grâce à 81
donateurs.
Blocage et rupture de transmission (2020 – 2023)
Malgré les fonds mobilisés, le projet de restauration est
stoppé net. En 2023, France 3 révèle que les propriétaires ont “mené en bateau”
les porteurs du projet, refusant toute avancée concrète. Le moulin devient
alors un symbole de patrimoine bloqué par inertie privée, malgré l’engagement
public.
Scandale écologique et procédure judiciaire (2025)
En octobre 2025, le moulin refait surface dans l’actualité pour une toute autre raison : une pollution grave de la Seine. Des rejets d’huile industrielle depuis le site provoquent une mortalité massive de moules d’eau douce et de poissons. Le tribunal ouvre une procédure contre les propriétaires pour atteinte à l’environnement. Cette pollution constitue une infraction au Code de l’environnement, notamment l’article L.432-2 qui réprime les atteintes aux eaux douces. La SCI Renaissance du Moulin est domiciliée sur le site même.
Depuis dix ans, Stéphane Prunier, ingénieur de formation,
restaure dans l’Aube un immense moulin à pans de bois tout en y produisant de
l’électricité. Son projet a été sélectionné par la Mission Stéphane Bern.
Sérieux coup de pouce.
Situé à
Bar-sur-Seine, commune de la Côte des Bar, le vignoble le plus méridional de
Champagne, ce moulin typique de la révolution industrielle va bénéficier du
loto du patrimoine. Parmi les urgences, le remplissage des pans de bois. Photo ER /C. D.
Situé à Bar-sur-Seine, commune de la Côte des Bar, le
vignoble le plus méridional de Champagne, ce moulin typique de la révolution
industrielle va bénéficier du loto du patrimoine. Parmi les urgences, le
remplissage des pans de bois. Photo ER
/C. D.
Un sacré effet d’entraînement. Il y a dix ans, Stéphane
Prunier acquiert le moulin de Bar-sur-Seine dont les pans de bois sont typiques
de l’Aube. Une « verrue » pour certains, ouverte à tous les vents. Elle vient
d’être retenue par la Mission Stéphane Bern, au titre de la région Grand Est,
afin de bénéficier des gains du loto du patrimoine. L’an dernier, la Fondation
du patrimoine avait sélectionné le théâtre des Bleus de Bar, à Bar-le-Duc.
Des travaux d’urgence
En 2009 donc, Stéphane Prunier, a 35 ans. Ingénieur chez
Alsthom puis General Electrique, spécialiste de l’hydraulique, il revient dans
le Barséquanais dont il est originaire, s’installe à son compte et, en
parallèle, créé la SCI « La Renaissance du moulin ». D’un côté, il y installe
quatre nouvelles turbines et relance la production d’électricité – elle est
vendue à EdF. De l’autre, il entreprend des travaux d’urgence dans ce moulin de
1000 m2 , sur quatre niveaux, qui
enjambe la Seine. « Lorsqu’on a acheté, on était très inquiet. Mais, rassure
Stéphane Prunier, après l’expertise technique, on s’est aperçu que le bâtiment
était très costaud. Beaucoup de pans de bois étaient détériorés, mais cela
n’altère pas le bâtiment. » Mieux, poursuit-il, les courants d’air, en séchant,
ont aidé à la conservation.
La bâtisse a été édifiée en plein milieu de cette commune de
3.000 habitants, cernée par le vignoble champenois, dans les années 1860. C’est
le dernier vestige de ces grands moulins utilisant la force hydraulique et
installés sur la Seine après la première révolution industrielle. Ils
contribuaient à améliorer la qualité de la farine.
Au début du XXe
siècle, le bâtiment avait été complété par une centrale hydroélectrique,
alimentant 14 communes du secteur, et construite par un ingénieur mauricien,
petit-fils de maharaja et créateur de l’observatoire d’astrophysique de
Haute-Provence !
Vocation touristique
« J’ai toujours eu un goût pour le patrimoine lié à l’eau, pour les métiers liés à la transformation de l’eau en énergie ». En 2013, Stéphane Prunier a aussi lancé l’association de sauvegarde du patrimoine aubois des moulins et de leurs activités (ASPAMA). Le financement des travaux de réhabilitation du moulin de Bar-sur-Seine par les gains du loto du patrimoine (à 80 % du projet, les 20 % restant étant à la charge du propriétaire) va donner un sérieux coup de pouce au remplissage des pans de bois, à la restauration de la charpente. Entre autres. Au-delà, l’objectif est d’en faire un lieu à vocation culturelle et œnologique.
dans la presse locale on peut lire :
« 17 juin 2018
Au terme de ces deux Journées nationales du patrimoine de
pays et des moulins, le moulin de Bar-sur-Seine et son propriétaire, Stéphane
Prunier, ont pu vérifier l’intérêt intact des Barséquanais envers le site. S’il
n’était pas possible, le jour même, de donner un chiffre précis, la matinée de
dimanche a vu l’affluence doubler par rapport à la veille. « C’est difficile à
comptabiliser car les gens venaient des deux côtés (RD 671 et pont de la Seine,
NDLR). Mais globalement, les gens sont sortis pour le moulin et ses
installations », se réjouit l’organisateur.
Vers la création d’un petit espace consacré à la culture
Le profil des visiteurs, de plus, était très divers. Des
personnes intéressées par la production hydroélectrique à celles qui ont connu
le moulin d’antan, les échanges étaient riches. « Sur la question énergétique, si j’ai
rencontré des gens très au fait, les interrogations portaient sur l’orientation
de la production, c’est-à-dire, combien de foyers sont alimentés et si cela
suffit pour une ville comme Bar-sur-Seine. Quant au côté patrimonial, on se
rend compte que les gens s’en soucient », pointe Stéphane Prunier.
Cette réouverture au public, aussi brève soit-elle, a rempli
son objectif : estimer l’intérêt du public. « Les deux zones, avec leurs deux
univers, sont vraiment complémentaires. » Elle a confirmé l’envie du
propriétaire de créer, à terme, dans la partie la plus ancienne, un petit
espace pour le public afin d’accueillir des expositions, des conférences… Une
ouverture à la culture qui donnerait une continuité appréciable à ce week-end.
L’emblématique moulin de Bar-sur-Seine est à l’abandon
depuis des décennies. Le voir se détériorer au fil du temps est à la fois un crève
cœur et aussi un scandale innommable !
Voilà une réhabilitation qui fait beaucoup parler d’elle et
ce n’est rien de le dire. Quiconque passe sur l’axe qui mène vers le Sud de
l’Aube ne peut pas « rater » cette « verrue », cette « horreur » de la bonne
ville de Bar-Sur-Seine. Les barséquanais n’osent même plus y croire … car, en
cette fin juin 2024, le moulin de Bar-sur-Seine posé sur la Seine n’a
toujours pas entamé sa cure de jouvence.
Voilà ce qu’on pouvait lire à propos du moulin de Bar-Sur-Seine dans la presse.
Et si on faisait le point ici ?
Lu dans le quotidien régional l’Est-Eclair, extraits :
« Le moulin, cet élément du patrimoine local et
industriel du XIXe siècle va devenir un lieu de manifestations culturelles et
de valorisation des énergies renouvelables puisqu’il a gardé son activité
hydroélectrique. Avec le loto du patrimoine, l’année 2019 a été le point de
départ du renouveau de ce moulin qui, appelons le, est un éminent témoin du
fondement de l’industrie dans l’Aube au XIXe siècle et de son développement au
XXe siècle. Un renouveau qui est soutenu par le Département et intéresse tout
particulièrement la communauté de communes du Barséquanais en Champagne qui
inscrit le projet dans le cadre de la redynamisation sur le plan touristique du
bourg-centre. C’est dire si tout ceci est chargé d’espoir pour la ville et la
comté. »
Cependant la crise sanitaire freine le projet de
réhabilitation, mais la feuille de route se remplit petit à petit et évolue
régulièrement. Les premiers travaux sur le moulin de Bar-sur-Seine étaient attendus
depuis printemps. La pandémie en aura décidé autrement.
Toujours d’après L’Est Eclair :
« Alors que les 500 000 € attribués par la Mission Bern
à sa restauration sont en passe d’être définitivement perdus, les propriétaires
du moulin de Bar-sur-Seine ont ouvert la porte à une vente du site, centrale
hydroélectrique comprise.
Le 10 mars 2019, il est sélectionné par le loto du
Patrimoine pour la région du Grand Est. La mission Bern annonçait avoir retenu
le dossier de réhabilitation au titre de la région Grand Est pour bénéficier
des fonds du Loto du patrimoine : un chèque de 500 000€ pour des futurs travaux
afin de commencer la réhabilitation et la sauvegarde de cet édifice, témoin du
patrimoine barséquanais datant de 1854 et dernier vestige des grands moulins à
pan de bois. La réhabilitation, qui aurait dû commencer par le clos et le
couvert avec la réfection de la charpente, de la toiture, les murs et
menuiseries.
Avec « L’architecte qui a été retenu (Mathieu Baty), un
point d’étape avec la Fondation du patrimoine aurait dû suivre mais tout a été
retardé à cause entre autre de la COVID qui a donné un arrêt brutal aux
activités. »
Notons que des partenariats ont été créé. C’est le cas notamment d’un partenariat qui pourrait se nouer avec l’EPF, une école troyenne d’ingénieurs ouverte à l’international dans le domaine notamment de l’architecture, ou encore avec l’Institut universitaire des métiers et du patrimoine pour un éventuel chantier école.
Tout comme
est à l’étude un partenariat public-privé afin d’y parvenir. Le résultat d’une
étude a d’ailleurs été présenté par la communauté de communes aux élus, le 5
mars dernier 2024.
Le plein
d’idées, c’est pas ce qui manque !
En revanche,
les moyens de les réaliser et surtout ceux qui pourraient participer à cette
grande aventure sont rares ou peu fiables !
Tout est à bâtir et les barséquanais ont hâte de voir apparaître un échafaudage qui semble n’est pas pour demain…
Des amoureux du patrimoine à son chevet
Une association de sauvegarde est née en avril 2019 pour
valoriser le moulin et en assurer la sauvegarde. Une poignée de bénévoles
intéressés par cet élément du patrimoine et sa renaissance ont rejoint Stéphane
Prunier. L’association, appelée Association de sauvegarde du moulin de
Bar-sur-Seine tout bonnement, participe à sa manière au projet de
réhabilitation.
Et elle est active !! Voyons quelques exemples : L’opération
portes ouvertes lors des Journées européennes a été par exemple conduite par
ces bénévoles. Du yoga s’est déroulé l’été dernier sur le toit terrasse.
D’autres animations sont en gestation. Elle doit, à cet égard, organiser des
manifestations sur site, ou non d’ailleurs. La vente d’objets promotionnels est
également mentionnée dans les statuts de cette association. Un remue-méninges
pour recueillir la parole de ceux qui ont connu le moulin par le passé ou en
ont entendu parler par leurs aïeux, et ainsi pour rassembler des anecdotes ou
faits à propos de ce moulin, était prévu. Il est repoussé dans le but de
retracer « la vie de ce moulin » et la partager le moment venu avec le plus
grand nombre.
La restauration d’un moulin historique lauréat de la Mission Bern en 2019 à l’arrêt :
« les propriétaires nous ont menés en bateau »
Lu sur le site de FRANCE 3
« Un emblématique moulin du XIXᵉ siècle situé à
Bar-sur-Seine (Aube) est à l’abandon depuis des décennies. En 2019, ce projet
avait été choisi par la Mission patrimoine portée par Stéphane Bern pour la
Région Grand Est. Aujourd’hui, les propriétaires souhaitent vendre. La
communauté de communes du Barséquanais en Champagne s’est déjà manifestée.
D’abord retardés par la crise Covid en 2020, des travaux
sont officiellement lancés en septembre 2022. « Mais il ne s’est rien passé. On
y a quand même cru à un moment, car on a vu s’installer une baraque de
chantier, mais rien n’a été fait. »
« Les
propriétaires ont mené tout le monde en bateau dans cette affaire »,
souffle Claude Penot, président de la communauté de communes du Barséquanais en
Champagne.
Une enveloppe de 500 000 euros avait été octroyée par la
mission Bern en 2019 pour la remise en état du moulin.
Une enveloppe de 500 000 euros avait été octroyée par la
mission Bern en 2019 pour la remise en état du moulin.
Pourtant, les devis étaient signés, les entreprises retenues
et le permis de construire déposé en juin 2021. Ne manquait plus que le feu
vert des propriétaires, les frères Prunier. « Ce dossier nous a mis en
difficulté », avoue Mathieu Baty, architecte en charge du projet. « On a toujours
des factures en attente, et c’est pareil pour les entreprises engagées. De
notre côté, nous attendons le règlement des études, pour un montant total de 15
000 euros. Cela représente 5 % de notre chiffre d’affaires », ajoute-t-il.
D’autant plus qu’en 2019, une enveloppe de 500 000 euros du Loto du patrimoine pouvait être débloquée, sur présentation des factures des travaux. En plus d’une collecte de 57 000 euros via la Fondation du Patrimoine. Mais rien n’a bougé. Certains soufflent que les frères seraient en désaccord sur les objectifs du projet. Mais Valéry Prunier, l’un des propriétaires du moulin, joint par France 3 Champagne-Ardenne, balaie cette interprétation et indique qu’il était impossible d’avancer la somme : « le constat, c’est que nous avons acheté en 2009 avec pour objectif de récupérer les bénéfices de la centrale hydroélectrique pour retaper le moulin. Le souci, c’est que la centrale ne génère pas suffisamment d’apport ».
Plutôt que de laisser les choses continuer en l’état, on se
dit que l’heure est venue d’être responsable.
Valéry Prunier, propriétaire du moulin
« On n’a pas l’envergure suffisante à deux pour résoudre
cette équation économique. Alors, plutôt que de laisser les choses continuer en
l’état, on se dit que l’heure est venue d’être responsable. » Avec une échéance
portée par les services de l’État et les collectivités pour enfin avancer :
celle du 30 juin 2024. La décision de vendre s’est ensuite révélée évidente,
bien que navrante pour les deux frères.
À l’époque, le clos et le couvert devaient être la première étape d’un vaste chantier qui aurait coûté, rien que pour la partie bâtiment (hors centrale hydroélectrique) « 2,6 millions d’euros » selon Dominique Baroni, maire de Bar-sur-Seine, dont 1 million d’euros pour la première phase de sécurisation.
Le moulin en vente dans son intégralité : Les Bâtiments de
France estiment la valeur du moulin à zéro euro.
Claude Penot président de la communauté de communes du
Barséquanais en Champagne
Entre 2022 et 2024, seule la consolidation du bâtiment a été
réalisée. Après que la préfecture de l’Aube a menacé de prendre un arrêté de
mise en péril en début d’année 2024, une intervention d’urgence a été menée «
pour étayer et conserver le bien. Aujourd’hui, il n’y a plus de risques d’éboulement
», nous informe Mathieu Baty. Mais cette menace aura très certainement
précipité les choses, puisque les propriétaires prennent par la suite la
décision de mettre en vente le moulin dans son intégralité.
« Les Bâtiments de France estiment la valeur du moulin à
zéro euro. Mais ce n’est même pas la peine de leur proposer de le récupérer
gratuitement » s’en amuse presque Claude Penot. « Les Bâtiments de France ne
sont pas en mesure de chiffrer la valeur d’un bien. Sur cette opération, l’idée
n’est pas de gagner de l’argent, mais de retrouver le coût d’achat que mon
frère et moi avons mis au départ », répond Valéry Prunier. On parle alors de
300 000 euros.
La communauté de communes entre en jeu, les 500 000 euros
conservés
« À l’heure actuelle, la communauté de communes n’a pas pris
la décision d’acheter ou d’entamer quoi que ce soit », lance son président.
Cela a le mérite d’être clair. Mais l’élu se dit prêt à avancer sur le dossier,
et souhaite récupérer les fonds de la mission Bern. 500 000 euros qui
permettraient de financer les « 93 portes et fenêtres du moulin », d’après
l’architecte Mathieu Baty.
Pas d’inquiétude à avoir, selon la Fondation du Patrimoine :
« Nous re-signerons une convention avec le nouveau propriétaire sans problème,
les fonds sont attribués au moulin et non aux propriétaires actuels. Ce qui est
important, c’est que le moulin soit sauvé », rassure Pierre Possémé, délégué
régional Champagne-Ardenne. De même que les 57 000 euros récoltés sur le site
internet de la Fondation. Une bonne nouvelle pour celui ou celle qui voudra
bien racheter le moulin. Peut-être la communauté de communes du Barséquanais en
Champagne ?
Un groupe de travail constitué
Pour aller de l’avant et tenter de donner (enfin) un avenir
plus radieux à ce moulin du milieu du XIXᵉ siècle et abandonné depuis des
décennies, un groupe de travail a été mis en place lors du conseil
communautaire du 12 juin 2024. Une quinzaine de conseillers communautaires a
été désignée pour avancer sur le dossier, dont Didier Thiébaut, maire de
Landreville et vice-président de la CCBC en charge du développement économique.
« Les choses sérieuses commenceront à la rentrée, c’est un dossier qui sera
traité en priorité » dit-il.
Pour développer une stratégie, il faudra alors être bien accompagné. Car le moulin de Bar-sur-Seine est un site complexe, entre foncier et production d’électricité. « Nous avons pu contacter différents opérateurs, comme les services de l’État, le syndicat départemental d’énergie (SDEA), le syndicat départemental des eaux (SDDEA) sur la partie exploitation hydroélectrique, ou encore l’Établissement public du foncier de Grand Est qui peut nous aider à investir. Mais il faut qu’il y ait une décision politique », confie Claude Penot. Il le reconnaît, « la communauté de communes n’a pas la possibilité d’investir ou d’attaquer quelconques travaux. Sauf aides, subventions et partenariats. » Didier Thiébaut l’assure déjà, la Région Grand Est est intéressée par le projet. Ne reste plus qu’à tout reprendre, pour qu’enfin, le moulin retrouve de sa superbe.
Après des travaux de réhabilitation, le moulin de
Bar-sur-Seine devait retrouver de sa superbe.
Quel était le projet ? Les travaux devaient se dérouler en
deux phases : la première se consacrait à la restauration de la façade, de la
toiture et du plancher. Et la deuxième à l’aménagement intérieur. La communauté
de communes du Barséquanais en Champagne (CCBC) souhaitait y installer son
siège social. « Nous sommes actuellement dans l’ancien hôpital de
Bar-sur-Seine, mais nous y sommes à l’étroit, et c’est un vieux bâtiment »,
indique Claude Penot. « Je n’ai même pas de bureau, je dois utiliser ceux de
mes agents ! Ici, chacun ramène son chauffage électrique l’hiver et son
ventilateur l’été », s’exaspère le président de la CCBC.
Sur les cinq étages du moulin, un premier aurait été
consacré aux énergies vertes liées à la centrale hydroélectrique. Un autre au
pôle animation, jeunesse et social, deux auraient accueilli la dizaine d’agents
de la communauté de communes, et le
dernier aurait servi de salle de réunion.
Fondation du Patrimoine
Le projet : sauvegarder un moulin du XIXe siècle
Votre soutien est indispensable pour sauvegarder le moulin
de Bar-sur-Seine, un édifice industriel du XIXe siècle dont l’état de péril lui
a permis de devenir le projet emblématique de la Mission patrimoine portée par
Stéphane Bern pour la Région Grand Est en 2019. Situé à Bar-sur-Seine, à 20 km
de Chaource, à 25 km du Parc de la Forêt d’Orient et à 30 km de Troyes, le
moulin est un vestige des grands moulins à pans de bois de l’Aube.
La restauration concernera l’ensemble extérieur de
l’édifice : couverture, charpente, menuiseries extérieures et remplissage des
pans de bois. L’état de l’édifice est préoccupant. Les boiseries côté nord sont
très abimées en raison de leur exposition aux intempéries. Les travaux sont
estimés à plus d’un million d’euros pour la réhabilitation de l’enveloppe
extérieure.
Juillet 2019
Projet Emblématique de la Mission Bern
Juin 2020
Lancement de la
souscription
Le lieu et son histoire : une filiation avec les grands
moulins à pans de bois
Le Moulin actuel date de 1854. Au XIXe siècle les activités
sont très diversifiées. En 1914, ce sont des milliers de quintaux de farine qui
sont produits, à destination de Troyes et d’une bonne partie du département, et
d’autres également, avec un effort particulier depuis la mobilisation de la
Grande Guerre (les moulins sont généralement construits sur plusieurs étages et
cette disposition n’est pas différente à Bar-sur-Seine, et se justifie par une
activité gravitaire).
L’essor des moulins tels que celui de Nogent fait péricliter
les petits moulins. Le moulin de Bar-sur-Seine est l’un des très rares grands
moulins en pans de bois de l’Aube à être encore sur pied.
La mobilisation : un
territoire soudé autour du projet
La restauration du moulin du XIXe siècle, s’accompagne d’un
vaste projet de valorisation qui sera confié à la SCI propriétaire et à
l’association de sauvegarde du moulin de Bar-sur-Seine.
La Côte des Bar est en pleine effervescence, elle se
métamorphose depuis plusieurs années, les acteurs touristiques vont de l’avant,
la communauté de communes et la Municipalité de Bar-sur-Seine accompagnent ces
changements. La Région souhaite également s’impliquer, le Barséquanais pourrait
devenir alors un exemple de redynamisation.
Grâce à vos dons, vous participez à cet effort.
Le moulin sera également visible par tous, et notamment par
les visiteurs venus parcourir la route du champagne.
Je rassure le lecteur, l’argent n’a jamais été donné au
propriétaire véreux !
Et puis vient notre
époque.
Une époque où l’on parle de patrimoine, de tourisme, de
redynamisation, de projets culturels, de partenariats universitaires, de
Mission Bern, de 500 000 € mobilisés, de 57 000 € de dons, d’études, de devis,
de permis de construire, de chantiers annoncés, de réunions publiques, de
groupes de travail, d’espoirs, de discours, de promesses.
Une époque où l’on installe une baraque de chantier… mais où
rien ne commence.
Une époque où les propriétaires signent, promettent,
communiquent… puis bloquent.
Une époque où les collectivités veulent avancer… mais n’ont
pas les moyens.
Une époque où la préfecture menace de péril… et où l’on
étaye en urgence.
Une époque où l’on finit par mettre en vente un bâtiment que
les Bâtiments de France estiment à zéro euro.
Une époque où la population regarde, attend, se lasse, se
résigne.
Une époque où un moulin qui a nourri des générations devient
un symbole de paralysie, d’inertie, de désaccords privés, de lenteurs administratives,
de projets avortés, de cupidité parfois, de renoncement souvent.
Conclusion
Et c’est là que l’histoire prend tout son sens : ce moulin,
né pour servir, pour nourrir, pour rassembler, traverse huit siècles… et se
retrouve aujourd’hui prisonnier d’un monde où l’on parle beaucoup, où l’on
promet souvent, mais où l’on agit peu.
Au XIIIᵉ siècle, on
construisait des moulins pour nourrir les habitants.
Au XXIᵉ siècle, on
laisse mourir le patrimoine par cupidité.
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