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lundi 11 novembre 2024

Autodafé de Troyes de 1288

 

Philippe le Bel et les juifs


 autodafé : Jugement sur des matières de foi, exécution du coupable à la suite de cette sentence. Cérémonie de l'Inquisition où l'on exécutait les condamnés par le feu. Par extension, destruction par le feu 

Il y a 736 ans, sous le règne de Philippe le Bel, l’autodafé de Troyes fait monter sur le bûcher le 24 avril 1288, 13 juifs troyens, victimes du fanatisme populaire, et du tribunal de l’Inquisition. C’est en récitant le " schema ", la profession de foi juive, qu’ils périssent dans les flammes.

Cet événement à la fois pathétique et tragique nous est rapporté par un manuscrit de la fin du XIIIe siècle, retrouvé dans la Bibliothèque du Vatican. Il comporte un poème connu sous le nom de « Complainte de Troyes », qui évoque la scène de façon si douloureuse, que ce document littéraire est sans doute le plus impressionnant de la littérature judéo-française du Moyen-Age.

C’est une apologie des Martyrs de Troyes, inspirée par le souvenir de leur mort tragique et exemplaire. C’est une époque des plus sombres où l’intolérance sévit avec une extrême violence. De cette guerre naît le tribunal de l’Inquisition, initialement destiné à traquer les hérétiques, utilisant la pratique de la torture, et n’hésitant pas à recourir au bûcher  à l’encontre de tous ceux qui refusent de se soumettre à l’Eglise, essentiellement les Juifs.

L’Inquisition recourt à des procédés de contrainte et de cruauté extrême, comme en use à Troyes, l’ordre des Cordeliers qui décide du sort des 13 Juifs troyens et en fait des martyrs.

Une dénonciation anonyme, des rumeurs publiques, de simples soupçons, peuvent conduire au pire. Telle est l’atmosphère qui règne au moment où prend corps l’accusation diabolique de « crime rituel », lancée contre les membres de la Communauté juive de Troyes en 1288.

Le fanatisme religieux, la haine, et l’envie semblent avoir été à l’origine de l’affaire.

Toujours est-il que le vendredi 26 mars, la maison du chef de la Communauté juive, Isaac Châtelain, riche propriétaire, est envahie par des Chrétiens, car accusé d’un crime supposé et ayant tramé un complot. Ils déposent subrepticement un cadavre dans sa maison. Celui-ci découvert, les chrétiens de la ville s’ameutent contre les Juifs, et l’accusation absurde se répand d’un  « crime rituel » : « Les Juifs n’avaient-ils pas besoin de sang humain pour célébrer leurs Pâques ? ».

Isaac Châtelain est arrêté avec sa femme, ses deux enfants et sa belle-fille. Sa maison est livrée au pillage. On s’empare ensuite des principaux notables juifs de la ville : 13 d’entre eux demeurent aux mains des Chrétiens. Comme ils sont accusés d’un crime religieux, on les livre au tribunal ecclésiastique et  l’Inquisition  (les Cordeliers) est chargée du procès.

Les 13 accusés sont condamnés au supplice du feu. Les Juifs offrent de se racheter à prix d’or. Le Saint Office refuse. On leur promet la vie sauve, à condition qu’ils veuillent abjurer. Ceux-ci préfèrent la mort à l’abjuration, et le samedi 24 avril, ils montent sur le bûcher.

Le nom, la physionomie morale, l’attitude et les propos mêmes de chacun d’eux, revivent avec une intensité pleine d’émotion dans les strophes de la « Complainte de Troyes » où l’auteur évoque les scènes successives qui précèdent le moment suprême.

C’est ainsi qu’apparaissent Isaac Châtelain, le président de la Communauté de Troyes, sa femme, ses deux fils, et sa bru qui « tant fut belle ». Ils vont à la mort, les mains liées derrière le dos, chantant des chants hébreux et s’encourageant mutuellement. La beauté de la jeune femme semble émouvoir le tribunal. On lui offre la vie sauve avec le baptême, on lui offre richesses et dignités : « Nous te donnerons un écuyer qui t’aimera beaucoup ». Elle refuse avec indignation et va rejoindre son mari dans les flammes.

Vient ensuite Samson, qui s’est dévoué pour sauver les autres et meurt en adressant des paroles d’encouragement à ses compagnons.

Salomon, le trésorier de la Communauté de Troyes, jeune homme si plein de bonté  qui souffre aussi héroïquement la mort pour l’amour de son Dieu.

Il est suivi par Simon de Chatillon, qui meurt en pleurant non sur lui-même, mais sur sa famille.

On voit alors apparaître Bonfils, d’Avirey, qui s’enhardit à outrager les bourreaux.

Puis, Isaac, le Rabbin, qui, requis par les Frères Prêcheurs de se tourner à leur croyance, déclare que prêtre de Dieu, il lui fait " l’offrande de son corps ".

Ensuite, c’est le tour de Haïm, l’illustre chirurgien, le " maître de Brinon " qui rend la vue aux aveugles et à qui le bailli lui-même promet la vie sauve s’il veut abjurer.

Enfin arrive son homonyme, Haïm de Chaource, on le fait mourir à petit feu " du milieu des flammes, il huchait Dieu, et menu et souvent ".

Que leur souvenir soit en bénédiction.


Après cette exécution, Philippe le Bel interdit de poursuivre tout Juif du Royaume de France sans informer au préalable le bailli (en 1306, le roi expulse de France tous les Juifs). Sa décision est inspirée par la volonté de porter un coup au Saint-Office et de préserver la prérogative royale.

Il inflige un blâme à son bailli pour s’être fait le serviteur de l’Inquisition et met la main sur les biens des Juifs, victimes de ce massacre, " bonne affaire " pour le trésor royal, car Philippe le Bel encaisse (et non l’Eglise) les 15.000 francs or, montant de la prise sur la fortune des 13 martyrs juifs.


Stèle funéraire à Paris, 1281


Les Juifs doivent attendre 1791 pour obtenir de l’Assemblée Constituante le droit de vivre sur un pied d’égalité avec les autres citoyens.

L’émancipation juive découle de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : « les hommes naissent libres et égaux en droits ».


La Complainte des Martyrs de Troyes




Elle est mise à grand mal, la malheureuse gent ; Et ce n’est pas sa faute, si la rage la prend, car d’entre eux sont brûlés maints preux braves et gens, Qui n’ont pu pour leur vie donner rachat d’argent.

Notre joie est troublée, troublé notre déduit. Car ceux que la Torah occupait sans répit, Etudiant sans fin et de jour et de nuit, Ils ont reconnu Dieu ! Et tous ils sont détruits.

De la réforme gent, nous souffrons ces douleurs, A bon droit nous pouvons bien changer de couleur. Dieu ! prends-nous en pitié : entends nos cris, nos pleurs ! Car nous avons perdu maint homme de malheur.

En place est amené Rab Isaac Châtelain Qui pour Dieu laissa rentes et maisons tout à plein. Il se rend au Seigneur. Riche était de tous bien Bon auteur de Tosphot et bon auteur de plains.

Lorsque la noble femme vit brûler son mari, Le départ lui fit mal ; elle en jeta grand cri : "Je mourrai de la mort dont mourut mon ami." Elle était grosse ; aussi grand’peine elle souffrit.

Deux frères sont brûlés, un petit et un grand ; Le plus jeune s’effraie du feu qui lors s’éprend : "Haro ! je brûle entier !" et l’aîné lui apprend : "Au paradis tu vas aller ; j’en suis garant."

La bru qui fut si belle, on vient pour la prêcher : "Pour te tenir bien chère, nous t’offrons écuyer". Elle, aussitôt, contre eux commença à cracher : "Je ne laisserai Dieu, vous pouvez m’écorcher."

D’une voix tous ensemble, ils chantaient haut et clair, Comme des gens de fête qui dussent caracoler. Leurs mains étaient liées, ils ne pouvaient baller, Jamais on ne vit gens si vivement marcher.

Le félon, le maudit, les brûlait, irrité Les uns après les autres. Alors un kadosh : "fais, Fais grand feu, méchant homme", il osa l’outrager. Elle fut belle, la fin de Biendict d’Avirey.

Il y eut un noble homme qui se prit à pleurer : "Pour mes enfants, je pleure ici désespéré, Non pour moi." Il se fit brûler sans plus tarder ; Ce fut Simon, sopher , qui sut si bien orer.

 Les prêcheurs sont venus Isaac Cohen quérir : "Qu’il abjure, ou sinon il lui faudra périr." "Que me demandez-vous ? Pour Dieu je veux mourir. Prêtre, je veux l’offrande de mon corps lui offrir."

"Tu ne peux échapper, puisque nous te tenons, Deviens chrétien." Mais lui, aussitôt répond : "Non, Pour les chiens, je ne veux laisser Dieu, ni son Nom !" On l’appelait Haïm, le maître de Brinon.

Il y eut un kadosh qui fut conduit avant ; On lui fit petit feu qu’on allait avivant. De bon coeur, il invoque Dieu, menu et souvent, Souffrant doucement peine au nom du Dieu vivant.

Dieu vengeûr, Dieu jaloux ! Venge-nous des félons ; D’attendre ta vengeance, le jour nous semble long ! A te prier d’un coeur entier, là où nous restons et allons, Nous sommes prêts et disposés, réponds, Dieu, quand nous t’appelons.

Rachi: il y a 984 ans naissait le futur Maître de Troyes


Exécution de juifs dite auto-da-fé sur la place du marché en Espagne.

 La Complainte de Troyes est une élégie française médiévale anonyme, relatant la mort sur le bûcher (autodafé) de treize Juifs le vendredi saint 24 avril 1288 à Troyes. Elle est transcrite en caractères hébraïques et accompagnée d'une seliha composée en hébreu à partir du texte primitif.

Ces textes qui se trouvent dans la bibliothèque du Vatican ont été signalés plusieurs fois avant d'être redécouvert par Adolf Neubauer alors qu'il était chargé par la commission de l'Histoire littéraire de la France du soin de recueillir en Italie les documents relatifs à l'histoire des rabbins français du XIVe siècle. En plus de leur publication dans le tome XXVIIe par Ernest Renan, les textes qui avaient été communiqués au philologue Arsène Darmesteter ont fait l'objet en 1881 d'une publication avec commentaire dans la Revue des études juives sous le titre « L'autodafé de Troyes ».

Selon les remarques de Darmesteter, la complainte est écrite en français du XIIIe siècle, plus exactement en dialecte champenois de la région Troyes, puis transcrite en caractères hébraïques pour des lecteurs ne connaissant pas l'alphabet latin. Le texte se compose de dix-sept quatrains monorimes. Ce n'est pas le texte primitif mais, compte tenu des fautes et de l'écriture, le résultat de plusieurs copies successives dérivées d'un texte, écrit une quarantaine d'années après les événements (au début du XIVe siècle) par un rabbin de l'Est sans doute lorrain. Le texte français original devait être en alexandrins.

La Seliha comporte l'indication d'un auteur, Jacob ben Juda de « Lotra », et d'un air. Comme la plupart des poésies juives du Moyen Âge, elle est composée en centons. Elle suit d'assez près le texte français, en étant beaucoup moins détaillée et précise. Elle a pu être écrite après le dernier bannissement des Juifs par Philippe le Bel en 1306.

Darmesteter donne le texte de deux autres selihot composées postérieurement sur le même événement, mais encore moins précises, l'une plus lyrique avec des éléments de lamentations et d'invocations, l'autre plus obscure et plus sentencieuse.

Les deux premiers textes décrivent chacune des victimes, les conditions de son martyre, sa piété et sa fidélité à la foi juive. On connaît leurs noms. Isaac Chatelain, sa femme, ses fils et sa belle-fille ; Samson, son gendre ; Salomon ou Salmin, fils de Phebus, receveur ; Simon, le scribe et le chantre, de Châtillon (Marne) ; Baruch Tob Elem ou Biendit Bonfils, d'Avirey (Aube), qui blâma le bourreau ; le rabbin Colon (ou Yona) Isaac ; Haim de Chaource (Aube), et Haim, le maître chirurgien de Briennon (Yonne).

Le texte français rapporte que les Juifs sont suppliciés parce qu'ils refusent de se convertir, et ils sont présentés comme le fait l'hagiographie des martyrs chrétiens. Il n'est fait mention dans aucun des textes d'autres circonstances ou griefs éventuels.

Les circonstances sont obscures. Selon une notice d’Eliakim Carmoly intitulée « Un auto-da-fé à Troyes en 1288 », publiée dans l'Annuaire israélite de Créhange de 1855-1856, on accusait d'une façon générale les Juifs d'égorger les chrétiens, de tuer leurs enfants pour recueillir le sang, mais il ne semble pas savoir les raisons de cette condamnation.

En 1288, la Champagne était réunie depuis quatre ans à la couronne de France. Dans une épave du registre des comptes du roi Philippe le Bel en Champagne en 1288 depuis le 18 juillet jusqu'au mois de janvier suivant, on retrouve un détail des recettes du bailli de Troyes où figurent :

 

«À Troyes:

Loyer des maisons qui furent celles de Haquin (Isaaquin) Chastelein, justicié, en la Juiverie (...)

(Vente) d'une vache et d'un vel qui se trouvait dans la maison dudit Haquin;

Des bien smeubles de Haquin Chastelain et des autres Juifs de Troie justiciés

À Chaource et Estounvy:

Des biens de Haguin, le Juif justicié à Troyes

Despens en ladite baillie

À Rénier de La Bele, bailli de Troie, pour ses gages en ladite baillie ... et pour ses dépens à Paris au allement ? de la Pentecôte et de la Toussaint.

Et pour les dépens à Robert Chenonel et Baudoin de Senlis à Troie, pour garder et exploiter les biens des Juifs justiciés; et pour abattre la maison Haquin Chastelein; et pour garder les biens Hagin de Chaource, les mener à Troie et pour louer l'hôtel où il demeurait. »

Les documents royaux relatifs aux Grands jours de Troie de 1788 (janvier-juin) auxquels, dit Darmeister, font allusion çà et là à ces mêmes comptes, ont disparu dans l'incendie de la Cour des comptes en 1727.

Darmesteter s'appuie sur un autre document, les Selihot de Meïr ben Eliav et de Salomon Simcha, qui donnent une autre version de cette histoire. Pour eux, les causes furent le fanatisme religieux et la jalousie. D'autant plus que la communauté juive de Troyes était florissante et qu'à se tête se trouvaient comme notables et riches propriétaires Haquin Châtelain et Hagin, de Chaource. Un complot fut ourdis par un homme pervers, sorti de la maison de Jekkomèn. Un cadavre fut découvert chez Haquin Chastelain en mars 1288, la foule des chrétiens s'ameute, sa maison est pillée, il est arrêté avec sa femme, ses deux enfants et sa bru. Rapidement, treize juifs qui sont tous riches, mais qui habitant diverses paroisses de la région, se retrouvent arrêtés. Ils monteront au bûcher le 24 avril 1288.

Darmesteter déduit, du fait qu'un Franciscain assiste à l'exécution et requiert le rabbin Isaac de se convertir au christianisme, que le tribunal est ecclésiastique, et que par conséquent c'est l'Inquisition. Dans toutes les condamnations à mort, il y avait un ecclésiastique chargé d'amender et de convertir le condamné, quelle que soit la cause. L'organisation judiciaire du temps, la mention des diligences et des gages du bailli et d'autres officiers, les peines de confiscation et d'abattement de maison qui sont mentionnées dans le registre des comptes du roi, et surtout l'évocation des Grands jours de Troie indiquent que la cause, la procédure et le tribunal sont incontestablement royaux. En tant qu'étrangers privilégiés, les Juifs dépendaient toujours des juridictions royales et jamais des juridictions locales. À défaut de preuve d'un abus de pouvoir d'un tribunal ecclésiastique pour condamner des juifs, la note additionnelle de Darmesteter indique les mobiles possibles compte tenu de la situation de fort endettement des ordres religieux à l'égard des juifs en Champagne à cette époque.

Dans une séance solennelle du parlement de Paris tenue le lundi de la Pentecôte, 17 mai 1288, Philippe IV le Bel a interdit « aux pères et frères de tous ordres de poursuivre aucun Juif du royaume de France, sans information spéciale faite par le bailli ou le sénéchal, et seulement sur de faits clairs et patents et qui ressortent à leur juridiction religieuse, selon la forme du mandement apostolique ».

Philippe Bourdrel dans les pages qu'il a consacré à la Complainte de Troyes conclut : « Ces manières d'agir contre les Juifs sont parfaitement conciliables avec les méthodes du roi lui-même »

 

voir : Études juives


Autodafé de livres 

Livres brûlés, Nuremberg chronicles, 1440-1514.




samedi 12 octobre 2024

Saint Mesmin

 Saint Mesmin  et ses compagnons martyrs 


C’était le temps où Saint Loup gouvernais glorieusement l’Église de Troyes. Sous sa houlette pastorale, la cité jouissait d’une paix fond et sans mélange. L’idolâtrie disparaissait chaque jour et faisait place à la foi du Christ ; les études sacrées florissaient à l’ombre du sanctuaire, et la milice sainte, dont les rangs devenaient plus nombreux et plus serrés, réjouissait, par ses progrès rapides dans la science et la vertu, le cœur de l’illustre prélat.

Parmi ces jeunes lévites se trouvait Mesmin une piété plus tendre, une innocence plus angélique, une inclination plus marquée pour les cérémonies du culte l’avaient fait distinguer de ses condisciples et lui avaient mérité l’honneur du diaconat. Avec quel respect il portait sur sa poitrine l’Évangile de Jésus-Christ. Avec quel saint tremblement il montait les degrés de l’autel pour assister le Pontife, quand il immolait solennellement la victime du salut ! Remplissant ici-bas la fonction de l’ange du ciel, il en rappelait le recueillement et la modestie bientôt il devait en partager la gloire.

Des bruits sinistres circulent dans la ville. Un ennemi redoutable approche, ne laissant après lui que ruines et désolation : c’est Attila, le roi des Huns. Déjà sa tente est dressée, et son camp installé dans les plaines de Méry-sur-Seine, la terreur se répand partout ; les campagnes sont délaissées c’est derrière les faibles murailles de Troyes qu’on vient chercher asile contre l’ennemi commun. Ainsi fuit la brebis en présence du lion aussi l’oiseau timide en face du vautour. Saint Loup n’est pas non plus sans inquiétude ; il redouble ses jeûnes, il prolonge ses veilles, il s’offre en holocauste pour ses ouailles chéries. Dieu a entendu sa prière ; mais d’autres victimes doivent apaiser le courroux du ciel.

Un soir que la fatigue a épuisé les forces du saint prélat et fermé ses paupières dans un repos mérité, un ange lui apparait en songe et lui fait entendre ces paroles : « Ne crains rien, soldat du Seigneur, ne laisse pas l’inquiétude déchirer ton âme, car tes prières et tes gémissements ont touché le cœur de Dieu. Prends courage ; ta puissance est grande auprès du Très-Haut. Voici que tes larmes ont lavé les péchés de ton peuple ; elles ont éteint l’incendie allumé contre ta ville par la colère du Seigneur. Non seulement Troyes ne passera point par les flammés, mais elle aura la gloire de donner au ciel des citoyens nouveaux, empourprés de leur sang. Tu élèves dans ton église de jeunes disciples, qui recueillent avec avidité les paroles saintes dont tu les nourris, et qui marchent à l’envi sur tes traces dans le chemin des bonnes œuvres ; Dieu en destine quelques-uns à la couronne du martyre. Je te dirai leurs noms pour éviter toute erreur. C’est d’abord Mesmin, honoré du diaconat ; sept autres jeunes gens parmi ceux qui fréquentent tes écoles lui seront adjoints comme victimes. Quand le barbare ennemi approchera de la ville, tu lui enverras ceux que je t’ai désignés, portant avec eux la croix et le texte des Évangiles. Ne t’effraie point de leur mort, c’est ainsi que Dieu les appelle au séjour des bienheureux ». Après ces mots, l’ange disparut.

Saint Loup s’éveille ; il rend grâces à Dieu et passe le reste de la nuit en prières. Au point du jour, il assemble ses disciples et leur fait part de sa vision céleste. Ses yeux s’humectent de larmes, car il pense à la mort cruelle qui attend ses enfants ; mais eux, pleins d’un intrépide courage et enflammés par la perspective d’un glorieux martyre, font résonner les airs de leurs chants d’allégresse.

Quelques jours se passent encore ; puis bientôt arrive l’heure du sacrifice. L’ennemi campe à Méry-sur-Seine ; il faut obéir à l’ordre du ciel. Les généreuses victimes sont prêtes : Mesmin et ses compagnon, parmi lesquels certains auteurs comptent deux diacres, du nom de Félix et Sensatus, et un sous-diacre, Maximien, ont revêtu leurs aubes les plus précieuses, le peuple se presse autour d’eux et les accompagne au chant des psaumes jusqu’aux portes de la ville, où ils donnent à tous le baiser de paix et reçoivent du Pontife ému sa dernière bénédiction.

Ils arrivent à Brolium (aujourd’hui Saint Mesmin), sur la rive de la Seine. Attila, monté sur un coursier fougueux est environné de ses farouches guerriers. Mesmin s’avance respectueusement pour s’acquitter de son message. Attila l’aperçoit et vient au-devant de lui. Tout à coup, un tourbillon s’élève et lance un nuage de poussière dans les yeux des barbares.

En même temps, la blancheur éclatante des aubes des lévites, le miroitement de l’or qui environne le texte des Évangiles effraient le cheval ombrageux d’Attila, qui renverse son cavalier. Attila se relève aussitôt, mais la colère enflamme son visage. « Qui sont ces gens ? » s’écrit-il irrité. « Seigneur » dit Mesmin, « nous sommes envoyés par Loup, notre évêque, pour vous supplier de sa part de ne point réduire en captivité la ville de Troyes ». L’un des officiers du roi des Huns prend alors la parole : « Ces gens », dit-il, « sont la cause de l’accident qui vous est arrivé ; ce sont des magiciens ; ordonnez qu’ils périssent par le glaive ». –« Vous me donnez un bon conseil » répond le roi « allez, faites-leur trancher la tête ».

Aussitôt les soldats fondent sur les jeunes clercs sans défense, et en font un affreux massacre. Mesmin allait aussi tomber sous les coups de ces furieux, quand Attila les arrêta par ces paroles : « Ne frappez point celui-ci », dit-il en montrant le chef de l’ambassade « qu’il s’en retourne et qu’il annonce dans sa ville ce qui vient de se passer. Brisez les vases qu’ils portaient comme les instruments de leur magie, et brûlez-en une parties ».

Les flammes dévoraient l’image de la croix, quand un fragment, se détachant, sauta dans l’œil d’un serviteur qui tomba en poussant de grands cris. Mesmin dit alors à Attila : « Si vous croyez en mon Dieu, il est assez puissant pour guérir ce jeune homme ». Et faisant en même temps un signe de croix sur l’œil du blessé, il lui rendit l’usage de la vue.

            Ce miracle n’opéra nullement la conversion du prince, car, cédant aux instances de l’officier qui déjà avait conseillé le massacre des jeunes lévites, il ordonna la mort de Mesmin. Celui-ci demanda quelque temps pour prier, et, lorsqu’il eut conjuré le ciel d’accepter son sang pour le salut de sa patrie : « Achevez ce que vous avez commencé », dit-il à ses bourreaux. Aussitôt sa tête roula sur le sol et fut jetée à la rivière.

            Cependant, un des sept avait échappé au carnage. A la faveur des buissons qui bordaient la Seine en cet endroit, il avait pu attendre la nuit, profiter des ténèbres pour couvrir de branchages les corps des martyrs et retourner à la ville. Grande fut la consternation des citoyens, quand il raconta ce qui s’était passé. Saint Loup ne put retenir ses larmes ; toutefois, il bénit le Seigneur de ses conseils mystérieux, et s’imposa une rude pénitence, comme s’il eut été la cause de ce malheur.


CULTE ET RELIQUES

 

            Saint Mesmin et ses nobles compagnons furent inhumés à Brolium, et quand Attila se fut momentanément éloigné de la terre qu’il dévastait, saint Loup vint avec plusieurs personnes, fit jeter des filets dans la rivière, et en retira la tête du saint martyr Mesmin, qui fut réunie à son corps. Il eût désiré remporter dans sa ville épiscopale les restes précieux du chef de l’ambassade, mais un obstacle invisible s’opposait à ce dessein. Saint Loup comprit alors que le diacre martyr voulait être inhumé au lieu même de son triomphe, et le corps reçut à Brolium les derniers honneurs. On en conserve encore aujourd’hui une partie considérable dans l’église paroissiale de Saint-Mesmin.

            Visitées en 1544 par Mgr Louis de Lorraine, plus connu sous le nom de  Cardinal de Guise, ces saintes reliques le furent de nouveau le 30 septembre 1828 par l’un des vicaires généraux de Mgr de Seguin des Hons. Elles avaient été sauvées des fureurs révolutionnaires en 1792, par Jacques Porentru, Jean-Baptiste Berthier et Etienne Herluison, habitants de Saint-Mesmin.

            Quant aux reliques des jeunes compagnons de saint Mesmin, elles reposèrent longtemps dans l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires à Troyes, sous le nom de Reliques des saints Innocents. La Révolution en a fait perdre la trace.

            Aucun monument, après l’église de Saint-Mesmin, ne rappelle aujourd’hui le souvenir du diacre martyr. Mais autrefois, une chapelle dont les ruines forment un petite tertre gazonné que surmonte une croix, existait sous le vocable du Saint, dans la contrée du pays qui s’appelle encore la Chapelatte. Une autre chapelle, à l’ouest du village, près de la station actuelle du chemin de fer, a également abrité, plus tard, les corps des saints Martyrs mais, comme la première elle a depuis longtemps disparu.

 

Vie des Saints de Troyes, par l’abbé Defer

 

 

mardi 3 septembre 2024

Les Juifs à Troyes, synagogue Rachi

 


C’est donc au Xe siècle que la Juiverie s’installe à Troyes, et une " académie " fonctionne, d’où est issu le célèbre Rachi (1040-1105), auteur de travaux littéraires considérables. Ce Rabbin, est le plus grand commentateur de la Tora et du Talmud et son influence s’étend rapidement aux quatre coins de l’Europe et les élèves affluent de partout. Non seulement il est reconnu comme Grand Sage juif, mais également comme personnalité marquante de l’histoire de France.

Aux XIe et XIIe siècles, Troyes compte un grand nombre de juifs puissants, leur aptitude aux affaires commerciales aidant au développement et à la prospérité de notre ville. Ils sont banquiers des comtes et acquièrent de grandes richesses.

Au règne de Philippe Auguste, ils sont persécutés, expulsés et leur synagogue remplacée par l’église Saint-Frobert, en 1183, qui se trouvait placée au milieu du quartier appelé La Juiverie, ou la Broce-aux-Juifs.

En 1216, l’église Saint-Pantaléon remplace une synagogue érigée à l’intention des marchands juifs, locaux ou étrangers fréquentant les Foires de Troyes. Elle est d’ailleurs longée par la Rue de la Synagogue.

Le 24 avril 1288, 13 juifs, accusés de crime rituel, refusant d’abjurer, montent sur le bûcher.

L’autodafé de Troyes de 1288

Larousse: autodafé : " Jugement sur des matières de foi. Exécution du coupable à la suite de cette sentence ".

Il y a 725 ans, sous le règne de Philippe le Bel, l’autodafé de Troyes fait monter sur le bûcher le 24 avril 1288, 13 juifs troyens, victimes du fanatisme populaire, et du tribunal de l’Inquisition. C’est en récitant le " schema ", la profession de foi juive, qu’ils périssent dans les flammes.

Cet événement à la fois pathétique et tragique nous est rapporté par un manuscrit de la fin du XIIIe siècle, retrouvé dans la Bibliothèque du Vatican.

Il comporte un poème connu sous le nom de " Complainte de Troyes ", qui évoque la scène de façon si douloureuse, que ce document littéraire est sans doute le plus impressionnant de la littérature judéo-française du Moyen-Age.

C’est une apologie des Martyrs de Troyes, inspirée par le souvenir de leur mort tragique et exemplaire. C’est une époque des plus sombres où l’intolérance sévit avec une extrême violence. De cette guerre naît le tribunal de l’Inquisition, initialement destiné à traquer les hérétiques, utilisant la pratique de la torture, et n’hésitant pas à recourir au " bûcher " à l’encontre de tous ceux qui refusent de se soumettre à l’Eglise, essentiellement les Juifs.

 L’Inquisition recourt à des procédés de contrainte et de cruauté extrême, comme en use à Troyes, l’ordre des Cordeliers qui décide du sort des 13 Juifs troyens et en fait des martyrs.

Une dénonciation anonyme, des rumeurs publiques, de simples soupçons, peuvent conduire au pire. Telle est l’atmosphère qui règne au moment où prend corps l’accusation diabolique de " crime rituel ", lancée contre les membres de la Communauté juive de Troyes en 1288.

Le fanatisme religieux, la haine, et l’envie semblent avoir été à l’origine de l’affaire. Toujours est-il que le vendredi 26 mars, la maison du chef de la Communauté juive, Isaac Châtelain, riche propriétaire, est envahie par des Chrétiens, car accusé d’un crime supposé et ayant tramé un complot. Ils déposent subrepticement un cadavre dans sa maison. Celui-ci découvert, les chrétiens de la ville s’ameutent contre les Juifs, et l’accusation absurde se répand d’un " crime rituel " : " Les Juifs n’avaient-ils pas besoin de sang humain pour célébrer leurs Pâques ? ".

Isaac Châtelain est arrêté avec sa femme, ses 2 enfants et sa belle-fille. Sa maison est livrée au pillage. On s’empare ensuite des principaux notables juifs de la ville : 13 d’entre eux demeurent aux mains des Chrétiens. Comme ils sont accusés d’un crime religieux, on les livre au tribunal ecclésiastique et " l’Inquisition "(les Cordeliers) est chargée du procès.

Les 13 accusés sont condamnés au supplice du feu. Les Juifs offrent de se racheter à prix d’or. Le Saint Office refuse. On leur promet la vie sauve, à condition qu’ils veuillent abjurer. Ceux-ci préfèrent la mort à l’abjuration, et le samedi 24 avril, ils montent sur le bûcher.

Le nom, la physionomie morale, l’attitude et les propos mêmes de chacun d’eux, revivent avec une intensité pleine d’émotion dans les strophes de la " Complainte de Troyes " où l’auteur évoque les scènes successives qui précèdent le moment suprême. C’est ainsi qu’apparaissent Isaac Châtelain, le président de la Communauté de Troyes, sa femme, ses 2 fils, et sa bru qui " tant fut belle ". Ils vont à la mort, les mains liées derrière le dos, chantant des chants hébreux et s’encourageant mutuellement. La beauté de la jeune femme semble émouvoir le tribunal. On lui offre la vie sauve avec le baptême, on lui offre richesses et dignités :  " Nous te donnerons un écuyer qui t’aimera beaucoup ". Elle refuse avec indignation et va rejoindre son mari dans les flammes.

Vient ensuite Samson, qui s’est dévoué pour sauver les autres et meurt en adressant des paroles d’encouragement à ses compagnons.

Salomon, le trésorier de la Communauté de Troyes, " jeune homme si plein de bonté " qui souffre aussi héroïquement la mort pour l’amour de son Dieu.

Il est suivi par Simon de Chatillon, qui meurt en pleurant non sur lui-même, mais sur sa famille.

On voit alors apparaître Bonfils, d’Avirey, qui s’enhardit à outrager les bourreaux.

Puis, Isaac, le Rabbin, qui, requis par les Frères Prêcheurs de se tourner à leur croyance, déclare que prêtre de Dieu, il lui fait " l’offrande de son corps ".

Ensuite, c’est le tour de Haïm, l’illustre chirurgien, le " maître de Brinon " qui rend la vue aux aveugles et à qui le bailli lui-même promet la vie sauve s’il veut abjurer.

Enfin arrive son homonyme, Haïm de Chaource, on le fait mourir à petit feu " du milieu des flammes, il huchait Dieu, et menu et souvent ".

Après cette exécution, Philippe le Bel interdit de poursuivre tout Juif du Royaume de France sans informer au préalable le bailli (en 1306, le roi expulse de France tous les Juifs). Sa décision est inspirée par la volonté de porter un coup au Saint-Office et de préserver la prérogative royale. Il inflige un blâme à son bailli pour s’être fait le serviteur de l’Inquisition et met la main sur les biens des Juifs, victimes de ce massacre, " bonne affaire " pour le trésor royal, car Philippe le Bel encaisse (et non l’Eglise) les 15.000 francs or, montant de la prise sur la fortune des 13 martyrs juifs.

En 1311 Philippe-le-Bel chasse les juifs du royaume, en 1315, Louis X les rappelle, leur permettant de rester 12 ans à condition de porter un signe distinctif sur leurs vêtements (comme le fit Hitler 625 ans plus tard). Le quartier porte alors le nom de Saint-Frobert. Les juifs retournent dans le quartier de la Juiverie où se trouve leur synagogue. Ils sont inhumés près du rû Cordé, lieu-dit appelé "le champ aux Juifs ".

Philippe V les expulse à nouveau en 1321, après les avoir rançonnés.

Jean le Bon et le Dauphin Charles les autorisent à revenir.

Mais en 1394, Charles VI prononce le bannissement des Juifs à perpétuité, et prescrit la peine de mort pour ceux qui transgresseraient cet ordre.

Les juifs ont, au moyen âge, à Troyes, des établissements considérables.

Le commerce important qui se fait dans la capitale de la Champagne y attire cette race financière et marchande, chassée et rappelée tour à tour, suivant que la haine populaire ou l’intérêt pécuniaire des nobles venait à triompher.

Il ne faut pas oublier l’académie juive de Troyes où les études sont florissantes, et la renommée du Rabbin Raschi.


Il n’y reste cependant que de rares et faibles traces de l’existence des juifs, un seul document, par sa date et son contenu, a été trouvé jusqu’à présent, dans les Archives de l’Aube.

C’est un mandement du roi Philippe le Long, adressé le 26 février 1620 au bailli de Troyes, afin que, « de concert avec le Prieur des Dominicains, le gardien des Cordeliers, et d’autres personnes ecclésiastiques de probité », il ait à réprimer les excès commis par les juifs.

Ils ne sont rentrés que depuis 5 ans en France, et déjà ce mandement les représente comme assez forts pour se soustraire aux règlements qui leurs sont imposés.


Ils ne portent plus la marque destinée à les faire reconnaître, et, affranchis de cette distinction incommode, ils se mêlent ouvertement aux réunions des chrétiens, hors de leur quartier, dans les maisons, et jusque dans les églises, où, à leur arrivée, les personnes pieuses, et les prêtres eux-mêmes, se lèvent souvent par respect, les prenant, à leur faste et à leur cortège opulent, pour de hauts et puissants personnages.

Ils montrent une telle arrogance, dit le mandement du roi, qu’ils ne craignent pas d’irriter les catholiques par les cris lamentables qu’ils poussent dans leurs synagogues de la Juiverie, qui sera plus tard la paroisse Saint-Frobert. Les hurlements, se mêlant au chant des offices célébrés par les Cordeliers, leurs plus proches voisins, par les Dominicains, beaucoup plus éloignés, et par les prêtres attachés aux autres églises bâties dans les environs, troublent l’attention des assistants, et les empêchent de prêter l’oreille aux louanges divines.

rue st Frobert

Une telle conduite au milieu d’une population naturellement hostile, serait inexplicable, s’il n’était à peu près certain que les juifs se trouvaient les créanciers de la plupart de leurs ennemis.

Peut-être aussi, moyennant finance, avaient-ils obtenu quelques privilèges, dont ils usaient largement.

Au moins, le mandement le donne à penser, puisqu’il enjoint au bailli de ne tenir aucun compte de ceux qu’ils pourraient avoir, de les contraindre à reprendre leur marque distinctive, et de les châtier si rudement, pour leurs excès passés, qu’ils perdissent l’envie d’en commettre de semblables à l’avenir.

Le mandement est sur parchemin. En plusieurs endroits, il semble avoir été rongé par des rats. « Il est scellé sur simple queue », il n’y reste qu’un fragment du sceau en cire blanche

Les Juifs doivent attendre 1791 pour obtenir de l’Assemblée Constituante le droit de vivre sur un pied d’égalité avec les autres citoyens. L’émancipation juive découle de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : " les hommes naissent libres et égaux en droits ".



En 1846, la Cour d’Appel tranche " Egalité totale des droits civils et politiques des Juifs de France. Ce sont des citoyens Français ", et en 1848, 2 ministres juifs entrent au Gouvernement.

Après la guerre de 1870, les juifs reviennent à Troyes, et se réunissent pour leur culte, dans une salle de l’arrière de l’Hôtel du Sauvage (à l’angle de la rue Saint Vincent de Paul). Le maire met à la disposition de la quinzaine de familles juives, un local, dans une maison de la Cour de la Rose Conseil municipal leur attribue en 1876, un local vétuste, pour leur servir de synagogue, à l’angle des rues Charles gros et des Archives.

En 1900, est envisagée la construction d’une synagogue place du Vouldy, mais le projet n’aboutit pas. La maison tombant en ruine, de fin 1944 à 1950, l’église protestante met une salle à la disposition des juifs pour leur culte. En 1951, deux pièces sont louées rue Charbonnet, pour servir d’oratoire, en face la ruelle des chats, pendant 10 ans.

Dès 1940, il y a à Troyes une succession de mesures anti-juives : perquisitions, arrestations, emprisonnements, séquestres de 46 affaires commerciales et industrielles des juifs… conformes aux décisions du Commissariat Général au Questions Juives du gouvernement de Vichy.

Le 28 janvier 1944, 70 juifs sont raflés (dont 16 enfants séparés de leurs parents) et conduits au siège de la Gestapo (conservatoire de la rue Diderot), puis rassemblés au Camp des hauts-Clos, et transférés à Drancy le 31 janvier. Le 10 février, ils sont embarqués dans des wagons à bestiaux plombés, direction finale de ces malheureux aubois : Auschwitz.

Au total, 138 juifs de l’Aube sont victimes de la barbarie nazie.

En 1951, à proximité de l’ancienne " allée juive " du cimetière, est apposée un plaque de marbre sur laquelle sont gravés les noms des disparus, avec à son pied, scellée, une urne maçonnée renfermant terre et cendres prélevées au camp d’Auschwitz.

En 1960, la communauté israélite (170 familles) achète le presbytère de l’Eglise de la Madeleine, rue Brunneval, et en 1970, s’agrandit des maisons voisines, et y installe la synagogue, l’aumônerie israélite, le centre communautaire. Une vie culturelle conforme au rituel s’organise alors avec le Rabbin Samoun.



La nouvelle synagogue est construite en style champenois, avec des pans de bois datant du XIVe siècle, donnant à l’édifice une allure solennelle absolue.


Lors de l’inauguration en 1897 sont entrés les textes et rouleaux de la Loi de la Torah, qui la consacre définitivement comme lieu de prière. Une bibliothèque Rachi est installée au 1er étage, et nous y trouvons dans des vitrines, des livres très anciens. 


Sur la façade du XVIIIe siècle, 4 corbeaux supportent le 1er étage en encorbellement. Ils sont décorés de coquilles et de motifs de la période Louis XV. Une inscription en hébreu a été ajoutée au-dessus du portail : " Ouvrez-moi les portes de la Justice. J’y entrerai pour louer Dieu ". 



Deux grilles de fenêtres représentent l’étoile de David, deux autres le chandelier à 7 branches.

En 1968, il y a 170 familles juives dans le département.

Une plaque est dévoilée en 1993, après le décret instituant une journée nationale commémorative de la rafle du Vél-d’Hiv où 13.000 juifs de la région parisienne furent arrêtés en 1942.


L'Institut Universitaire Européen Rachi ouvre ses portes en 1990. C’est un établissement d'enseignement supérieur, Centre universitaire d'études et de recherches hébraïques.

Institut Universitaire Rachi

une salle de conférences

Joël Mergui, président du Consistoire central  israélite de France, le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, François Baroin Sénateur-Maire de Troyes, Philippe Richert président de la région Grand Est, Isabelle Dilhac préfète de l’Aube, Charles Aîdan président de la communauté israélite et du Centre culturel Rachi et bien entendu René Pitoun, la cheville ouvrière de cette restauration, ont inauguré le 4 septembre 2016, les bâtiments magnifiquement restaurés de la Synagogue de la rue Bruneval.

 

Salomon Rachi

 


Il y a encore à Troyes quelques vestiges de l’ancienne juiverie : la " Brosse-aux-Juifs " (près de la prison de la rue Hennequin), où deux églises (il n'en reste plus qu'une) auraient été d’anciennes synagogues.

Salomon RASCHI (ortographe d'origine), naît à Troyes en 1040, et y décède en 1105.

Cet érudit, chef de l’Académie Juive établie à Troyes depuis le dixième siècle, reste le premier, le plus connu des juifs de France et même du monde, ajoutait le Grand rabbin Samoun.

 Ses contemporains le nomment l’Interprète de la Loi, la Grande Lumière, la Bouche Sainte, le Prince des Commentateurs, le Père de la doctrine talmudique... Il devient " le maître de tout Israël ".

 Il voyage dans les Yechivoth en Italie, en Grèce, en Palestine, en Perse, en Tartarie, en Moscovie, en Egypte et en Rhénanie, particulièrement à Worms et Mayence, pour y parfaire ses connaissances religieuses.

Il revient à Troyes vers l’âge de 24 ans, où il écrit et enseigne jusqu’à sa mort. Il connaît toutes les langues de l’Europe, de l’Orient et celles de l’antiquité.

En 1475, son commentaire du pentateuque est le premier ouvrage hébreu imprimé.

Rabbin de Troyes, il fonde en 1070 une école qui devient célèbre, et est fréquentée par de nombreux étudiants. Aucun rabbin n’a formé un plus grand nombre de bons disciples que lui. Les rabbins viennent de toute la France pour étudier avec le maître. On assure que soixante d’entre eux savaient par cœur chacun des livres du Thalmud et qu’ils se livraient, les uns contre les autres, à des objections et à des discussions, en s’opposant mutuellement les divers passages des livres dont se compose le Thalmud.

 Pendant plus de 200 ans, la Yechiva de Troyes devient " l’un des foyers les plus féconds et les plus brillants du judaïsme européen et peut-être mondial ".

 De nos jours, les juifs du monde entier, bénéficient encore des connaissances de Rachi, et de ses réflexions dans de nombreux domaines. Sa recherche poussée d’explications claires et précises servent toujours de références pour la bonne compréhension des Écritures.

Rachi a été marié et eut trois filles qui " épousèrent de savants Rabbins ".

Le jeudi 13 juillet 1105, le maire de Troyes Hugues 1er, qui a toujours entretenu de bons rapports et apprécié Rachi, va se recueillir sur sa dépouille :

" l’Arche divine, le Saint des Saints, le grand maître Rabenou Salomon (que le nom du juste soit une bénédiction), fils du saint R. Isaac le Français, nous a été enlevé le jeudi 29 Tamouz 865 de la création du monde. Il avait soixante-cinq ans lorsqu’il fut appelé dans le collège céleste ".

 En décembre 1990, est inauguré à Troyes l’Institut Européen Rachi (Centre européen d’études et de recherches hébraïques de Troyes), par le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, et le mémorial de Raymond Moretti, sphère orientée en direction de Jérusalem, avec un rayon laser jaillissant vers le ciel.

salle d'étude de la synagogue Rachi


 Deux anecdotes ou légendes :

- Isaac, le père de Rachi, possédait une pierre précieuse que les chrétiens convoitaient et dont il ne voulait se défaire. Un jour, ils l’attirent sur un vaisseau et le somment de leur livrer son trésor. Le juif jette dans la mer l’objet de leur convoitise. Alors, une voix miraculeuse se fait entendre : " un fils va te naître, oh Isaac, qui éclairera les yeux de tout Israël ".

- un jour que la femme d’Isaac, enceinte de Salomon Rachi marche Ruelle des Chats, une voiture passe et va l’écraser. Elle se raidit contre le mur, et celui-ci s’enfonce par miracle pour lui faire de la place.

En 1959, la Mairie choisit une rue pour porter le nom de « Salomon Rachi ».

Neuf siècles après sa disparition, Rachi est toujours présent par ses commentaires, dans les synagogues et les lieux d’enseignement juif du monde entier, et son nom est indissociable de celui de notre ville.

Depuis le 10 septembre 2017, "La Maison Rachi" rue Bruneval, rénovée, ouvre ses portes au public avec une muséographie permanente.

Du 16 au 18 juin 2018 se tient (à la Maison Rachi) le 1er Congrès Mondial réunissant "les voix des femmes dans le judaïsme".

voir Route Médiévale Rachi

 

Mémorial Rachi - Troyes



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