lundi 11 novembre 2024

Autodafé de Troyes de 1288

 

Philippe le Bel et les juifs


 autodafé : Jugement sur des matières de foi, exécution du coupable à la suite de cette sentence. Cérémonie de l'Inquisition où l'on exécutait les condamnés par le feu. Par extension, destruction par le feu 

Il y a 736 ans, sous le règne de Philippe le Bel, l’autodafé de Troyes fait monter sur le bûcher le 24 avril 1288, 13 juifs troyens, victimes du fanatisme populaire, et du tribunal de l’Inquisition. C’est en récitant le " schema ", la profession de foi juive, qu’ils périssent dans les flammes.

Cet événement à la fois pathétique et tragique nous est rapporté par un manuscrit de la fin du XIIIe siècle, retrouvé dans la Bibliothèque du Vatican. Il comporte un poème connu sous le nom de « Complainte de Troyes », qui évoque la scène de façon si douloureuse, que ce document littéraire est sans doute le plus impressionnant de la littérature judéo-française du Moyen-Age.

C’est une apologie des Martyrs de Troyes, inspirée par le souvenir de leur mort tragique et exemplaire. C’est une époque des plus sombres où l’intolérance sévit avec une extrême violence. De cette guerre naît le tribunal de l’Inquisition, initialement destiné à traquer les hérétiques, utilisant la pratique de la torture, et n’hésitant pas à recourir au bûcher  à l’encontre de tous ceux qui refusent de se soumettre à l’Eglise, essentiellement les Juifs.

L’Inquisition recourt à des procédés de contrainte et de cruauté extrême, comme en use à Troyes, l’ordre des Cordeliers qui décide du sort des 13 Juifs troyens et en fait des martyrs.

Une dénonciation anonyme, des rumeurs publiques, de simples soupçons, peuvent conduire au pire. Telle est l’atmosphère qui règne au moment où prend corps l’accusation diabolique de « crime rituel », lancée contre les membres de la Communauté juive de Troyes en 1288.

Le fanatisme religieux, la haine, et l’envie semblent avoir été à l’origine de l’affaire.

Toujours est-il que le vendredi 26 mars, la maison du chef de la Communauté juive, Isaac Châtelain, riche propriétaire, est envahie par des Chrétiens, car accusé d’un crime supposé et ayant tramé un complot. Ils déposent subrepticement un cadavre dans sa maison. Celui-ci découvert, les chrétiens de la ville s’ameutent contre les Juifs, et l’accusation absurde se répand d’un  « crime rituel » : « Les Juifs n’avaient-ils pas besoin de sang humain pour célébrer leurs Pâques ? ».

Isaac Châtelain est arrêté avec sa femme, ses deux enfants et sa belle-fille. Sa maison est livrée au pillage. On s’empare ensuite des principaux notables juifs de la ville : 13 d’entre eux demeurent aux mains des Chrétiens. Comme ils sont accusés d’un crime religieux, on les livre au tribunal ecclésiastique et  l’Inquisition  (les Cordeliers) est chargée du procès.

Les 13 accusés sont condamnés au supplice du feu. Les Juifs offrent de se racheter à prix d’or. Le Saint Office refuse. On leur promet la vie sauve, à condition qu’ils veuillent abjurer. Ceux-ci préfèrent la mort à l’abjuration, et le samedi 24 avril, ils montent sur le bûcher.

Le nom, la physionomie morale, l’attitude et les propos mêmes de chacun d’eux, revivent avec une intensité pleine d’émotion dans les strophes de la « Complainte de Troyes » où l’auteur évoque les scènes successives qui précèdent le moment suprême.

C’est ainsi qu’apparaissent Isaac Châtelain, le président de la Communauté de Troyes, sa femme, ses deux fils, et sa bru qui « tant fut belle ». Ils vont à la mort, les mains liées derrière le dos, chantant des chants hébreux et s’encourageant mutuellement. La beauté de la jeune femme semble émouvoir le tribunal. On lui offre la vie sauve avec le baptême, on lui offre richesses et dignités : « Nous te donnerons un écuyer qui t’aimera beaucoup ». Elle refuse avec indignation et va rejoindre son mari dans les flammes.

Vient ensuite Samson, qui s’est dévoué pour sauver les autres et meurt en adressant des paroles d’encouragement à ses compagnons.

Salomon, le trésorier de la Communauté de Troyes, jeune homme si plein de bonté  qui souffre aussi héroïquement la mort pour l’amour de son Dieu.

Il est suivi par Simon de Chatillon, qui meurt en pleurant non sur lui-même, mais sur sa famille.

On voit alors apparaître Bonfils, d’Avirey, qui s’enhardit à outrager les bourreaux.

Puis, Isaac, le Rabbin, qui, requis par les Frères Prêcheurs de se tourner à leur croyance, déclare que prêtre de Dieu, il lui fait " l’offrande de son corps ".

Ensuite, c’est le tour de Haïm, l’illustre chirurgien, le " maître de Brinon " qui rend la vue aux aveugles et à qui le bailli lui-même promet la vie sauve s’il veut abjurer.

Enfin arrive son homonyme, Haïm de Chaource, on le fait mourir à petit feu " du milieu des flammes, il huchait Dieu, et menu et souvent ".

Que leur souvenir soit en bénédiction.


Après cette exécution, Philippe le Bel interdit de poursuivre tout Juif du Royaume de France sans informer au préalable le bailli (en 1306, le roi expulse de France tous les Juifs). Sa décision est inspirée par la volonté de porter un coup au Saint-Office et de préserver la prérogative royale.

Il inflige un blâme à son bailli pour s’être fait le serviteur de l’Inquisition et met la main sur les biens des Juifs, victimes de ce massacre, " bonne affaire " pour le trésor royal, car Philippe le Bel encaisse (et non l’Eglise) les 15.000 francs or, montant de la prise sur la fortune des 13 martyrs juifs.


Stèle funéraire à Paris, 1281


Les Juifs doivent attendre 1791 pour obtenir de l’Assemblée Constituante le droit de vivre sur un pied d’égalité avec les autres citoyens.

L’émancipation juive découle de la déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen : « les hommes naissent libres et égaux en droits ».


La Complainte des Martyrs de Troyes




Elle est mise à grand mal, la malheureuse gent ; Et ce n’est pas sa faute, si la rage la prend, car d’entre eux sont brûlés maints preux braves et gens, Qui n’ont pu pour leur vie donner rachat d’argent.

Notre joie est troublée, troublé notre déduit. Car ceux que la Torah occupait sans répit, Etudiant sans fin et de jour et de nuit, Ils ont reconnu Dieu ! Et tous ils sont détruits.

De la réforme gent, nous souffrons ces douleurs, A bon droit nous pouvons bien changer de couleur. Dieu ! prends-nous en pitié : entends nos cris, nos pleurs ! Car nous avons perdu maint homme de malheur.

En place est amené Rab Isaac Châtelain Qui pour Dieu laissa rentes et maisons tout à plein. Il se rend au Seigneur. Riche était de tous bien Bon auteur de Tosphot et bon auteur de plains.

Lorsque la noble femme vit brûler son mari, Le départ lui fit mal ; elle en jeta grand cri : "Je mourrai de la mort dont mourut mon ami." Elle était grosse ; aussi grand’peine elle souffrit.

Deux frères sont brûlés, un petit et un grand ; Le plus jeune s’effraie du feu qui lors s’éprend : "Haro ! je brûle entier !" et l’aîné lui apprend : "Au paradis tu vas aller ; j’en suis garant."

La bru qui fut si belle, on vient pour la prêcher : "Pour te tenir bien chère, nous t’offrons écuyer". Elle, aussitôt, contre eux commença à cracher : "Je ne laisserai Dieu, vous pouvez m’écorcher."

D’une voix tous ensemble, ils chantaient haut et clair, Comme des gens de fête qui dussent caracoler. Leurs mains étaient liées, ils ne pouvaient baller, Jamais on ne vit gens si vivement marcher.

Le félon, le maudit, les brûlait, irrité Les uns après les autres. Alors un kadosh : "fais, Fais grand feu, méchant homme", il osa l’outrager. Elle fut belle, la fin de Biendict d’Avirey.

Il y eut un noble homme qui se prit à pleurer : "Pour mes enfants, je pleure ici désespéré, Non pour moi." Il se fit brûler sans plus tarder ; Ce fut Simon, sopher , qui sut si bien orer.

 Les prêcheurs sont venus Isaac Cohen quérir : "Qu’il abjure, ou sinon il lui faudra périr." "Que me demandez-vous ? Pour Dieu je veux mourir. Prêtre, je veux l’offrande de mon corps lui offrir."

"Tu ne peux échapper, puisque nous te tenons, Deviens chrétien." Mais lui, aussitôt répond : "Non, Pour les chiens, je ne veux laisser Dieu, ni son Nom !" On l’appelait Haïm, le maître de Brinon.

Il y eut un kadosh qui fut conduit avant ; On lui fit petit feu qu’on allait avivant. De bon coeur, il invoque Dieu, menu et souvent, Souffrant doucement peine au nom du Dieu vivant.

Dieu vengeûr, Dieu jaloux ! Venge-nous des félons ; D’attendre ta vengeance, le jour nous semble long ! A te prier d’un coeur entier, là où nous restons et allons, Nous sommes prêts et disposés, réponds, Dieu, quand nous t’appelons.

Rachi: il y a 984 ans naissait le futur Maître de Troyes


Exécution de juifs dite auto-da-fé sur la place du marché en Espagne.

 La Complainte de Troyes est une élégie française médiévale anonyme, relatant la mort sur le bûcher (autodafé) de treize Juifs le vendredi saint 24 avril 1288 à Troyes. Elle est transcrite en caractères hébraïques et accompagnée d'une seliha composée en hébreu à partir du texte primitif.

Ces textes qui se trouvent dans la bibliothèque du Vatican ont été signalés plusieurs fois avant d'être redécouvert par Adolf Neubauer alors qu'il était chargé par la commission de l'Histoire littéraire de la France du soin de recueillir en Italie les documents relatifs à l'histoire des rabbins français du XIVe siècle. En plus de leur publication dans le tome XXVIIe par Ernest Renan, les textes qui avaient été communiqués au philologue Arsène Darmesteter ont fait l'objet en 1881 d'une publication avec commentaire dans la Revue des études juives sous le titre « L'autodafé de Troyes ».

Selon les remarques de Darmesteter, la complainte est écrite en français du XIIIe siècle, plus exactement en dialecte champenois de la région Troyes, puis transcrite en caractères hébraïques pour des lecteurs ne connaissant pas l'alphabet latin. Le texte se compose de dix-sept quatrains monorimes. Ce n'est pas le texte primitif mais, compte tenu des fautes et de l'écriture, le résultat de plusieurs copies successives dérivées d'un texte, écrit une quarantaine d'années après les événements (au début du XIVe siècle) par un rabbin de l'Est sans doute lorrain. Le texte français original devait être en alexandrins.

La Seliha comporte l'indication d'un auteur, Jacob ben Juda de « Lotra », et d'un air. Comme la plupart des poésies juives du Moyen Âge, elle est composée en centons. Elle suit d'assez près le texte français, en étant beaucoup moins détaillée et précise. Elle a pu être écrite après le dernier bannissement des Juifs par Philippe le Bel en 1306.

Darmesteter donne le texte de deux autres selihot composées postérieurement sur le même événement, mais encore moins précises, l'une plus lyrique avec des éléments de lamentations et d'invocations, l'autre plus obscure et plus sentencieuse.

Les deux premiers textes décrivent chacune des victimes, les conditions de son martyre, sa piété et sa fidélité à la foi juive. On connaît leurs noms. Isaac Chatelain, sa femme, ses fils et sa belle-fille ; Samson, son gendre ; Salomon ou Salmin, fils de Phebus, receveur ; Simon, le scribe et le chantre, de Châtillon (Marne) ; Baruch Tob Elem ou Biendit Bonfils, d'Avirey (Aube), qui blâma le bourreau ; le rabbin Colon (ou Yona) Isaac ; Haim de Chaource (Aube), et Haim, le maître chirurgien de Briennon (Yonne).

Le texte français rapporte que les Juifs sont suppliciés parce qu'ils refusent de se convertir, et ils sont présentés comme le fait l'hagiographie des martyrs chrétiens. Il n'est fait mention dans aucun des textes d'autres circonstances ou griefs éventuels.

Les circonstances sont obscures. Selon une notice d’Eliakim Carmoly intitulée « Un auto-da-fé à Troyes en 1288 », publiée dans l'Annuaire israélite de Créhange de 1855-1856, on accusait d'une façon générale les Juifs d'égorger les chrétiens, de tuer leurs enfants pour recueillir le sang, mais il ne semble pas savoir les raisons de cette condamnation.

En 1288, la Champagne était réunie depuis quatre ans à la couronne de France. Dans une épave du registre des comptes du roi Philippe le Bel en Champagne en 1288 depuis le 18 juillet jusqu'au mois de janvier suivant, on retrouve un détail des recettes du bailli de Troyes où figurent :

 

«À Troyes:

Loyer des maisons qui furent celles de Haquin (Isaaquin) Chastelein, justicié, en la Juiverie (...)

(Vente) d'une vache et d'un vel qui se trouvait dans la maison dudit Haquin;

Des bien smeubles de Haquin Chastelain et des autres Juifs de Troie justiciés

À Chaource et Estounvy:

Des biens de Haguin, le Juif justicié à Troyes

Despens en ladite baillie

À Rénier de La Bele, bailli de Troie, pour ses gages en ladite baillie ... et pour ses dépens à Paris au allement ? de la Pentecôte et de la Toussaint.

Et pour les dépens à Robert Chenonel et Baudoin de Senlis à Troie, pour garder et exploiter les biens des Juifs justiciés; et pour abattre la maison Haquin Chastelein; et pour garder les biens Hagin de Chaource, les mener à Troie et pour louer l'hôtel où il demeurait. »

Les documents royaux relatifs aux Grands jours de Troie de 1788 (janvier-juin) auxquels, dit Darmeister, font allusion çà et là à ces mêmes comptes, ont disparu dans l'incendie de la Cour des comptes en 1727.

Darmesteter s'appuie sur un autre document, les Selihot de Meïr ben Eliav et de Salomon Simcha, qui donnent une autre version de cette histoire. Pour eux, les causes furent le fanatisme religieux et la jalousie. D'autant plus que la communauté juive de Troyes était florissante et qu'à se tête se trouvaient comme notables et riches propriétaires Haquin Châtelain et Hagin, de Chaource. Un complot fut ourdis par un homme pervers, sorti de la maison de Jekkomèn. Un cadavre fut découvert chez Haquin Chastelain en mars 1288, la foule des chrétiens s'ameute, sa maison est pillée, il est arrêté avec sa femme, ses deux enfants et sa bru. Rapidement, treize juifs qui sont tous riches, mais qui habitant diverses paroisses de la région, se retrouvent arrêtés. Ils monteront au bûcher le 24 avril 1288.

Darmesteter déduit, du fait qu'un Franciscain assiste à l'exécution et requiert le rabbin Isaac de se convertir au christianisme, que le tribunal est ecclésiastique, et que par conséquent c'est l'Inquisition. Dans toutes les condamnations à mort, il y avait un ecclésiastique chargé d'amender et de convertir le condamné, quelle que soit la cause. L'organisation judiciaire du temps, la mention des diligences et des gages du bailli et d'autres officiers, les peines de confiscation et d'abattement de maison qui sont mentionnées dans le registre des comptes du roi, et surtout l'évocation des Grands jours de Troie indiquent que la cause, la procédure et le tribunal sont incontestablement royaux. En tant qu'étrangers privilégiés, les Juifs dépendaient toujours des juridictions royales et jamais des juridictions locales. À défaut de preuve d'un abus de pouvoir d'un tribunal ecclésiastique pour condamner des juifs, la note additionnelle de Darmesteter indique les mobiles possibles compte tenu de la situation de fort endettement des ordres religieux à l'égard des juifs en Champagne à cette époque.

Dans une séance solennelle du parlement de Paris tenue le lundi de la Pentecôte, 17 mai 1288, Philippe IV le Bel a interdit « aux pères et frères de tous ordres de poursuivre aucun Juif du royaume de France, sans information spéciale faite par le bailli ou le sénéchal, et seulement sur de faits clairs et patents et qui ressortent à leur juridiction religieuse, selon la forme du mandement apostolique ».

Philippe Bourdrel dans les pages qu'il a consacré à la Complainte de Troyes conclut : « Ces manières d'agir contre les Juifs sont parfaitement conciliables avec les méthodes du roi lui-même »

 

voir : Études juives


Autodafé de livres 

Livres brûlés, Nuremberg chronicles, 1440-1514.




vendredi 8 novembre 2024

Sainte Syre

 

Sainte Syre XVIe, église St Laurent de Prémierfait (Aube-10) 

Syre est représentée ici avec ses attributs : le bâton de pèlerinage dans la main droite et l'évangile ouvert dans l'autre. Elle porte une gibecière en bandoulière et chapeau à fond plat et au bord relevé par-dessus un voile. Sa robe à encolure circulaire est resserrée sous la poitrine par une ceinture qui forme un large repli. Un drapé est posé sur son épaule gauche et forme des plis épais le long de sa jambe droite, fléchie en arrière. Au bas de la statue, posée sur une terrasse hexagonale, nous pouvons voir ses chaussures à bouts pointus.

Le culte de sainte Syre est très lié à celui de saint Savinien de Troyes. C’est en effet elle qui découvrit le corps du saint martyr et remit en honneur son culte en lui construisant une chapelle. Un culte local existait déjà au début du XIVe siècle.

En effet, un village au nord de Troyes s’appelle depuis longtemps Rilly-Sainte-Syre, après s’être appelé Rilly-Saint-Savinien. Des Guerrois écrit : « Le lieu où saint Savinien est enterré s’appelle Rilly, éloigné de 4 lieues sur le bord du fleuve Seine, à l’entrée duquel village est l’église de sainte Syre, depuis laquelle en venant du côté de Troyes ce village fut appelé autrefois du nom de Saint-Savinien, auquel est l’église paroissiale qui porte le nom du même saint, mais maintenant le tout s’appelle communément Sainte-Syre, du nom de notre sainte, tellement qu’en ce lieu il y a 2 églises, l’une qui regarde vers le midi à l’entrée du village quand on vient de Troyes là, et c’est la paroisse qui se nomme Saint-Savinien, l’autre plus bas allant vers Méry, qui n’est pas aussi grosse que la précédente, à l’entrée de Rilly, et c’est l’église de Sainte-Syre, et en celle-ci, saint Savinien est enterré ».

Sainte Syre serait née vers 230 dans la ville d’Arcis-sur-Aube ou dans le voisinage. Elle fut mariée à l’âge de 18 ans, et peu de temps après son mariage, elle devint aveugle par un accident inconnu.

Vers 250, le christianisme fut annoncé dans Troyes et ses parents furent du nombre de ceux qui se soumirent à la foi de Jésus-Christ. Elle-même y fut instruite. Saint Savinien avait souffert le martyre auprès de Rilly en 275. Syre en eut connaissance et elle apprit que plusieurs miracles s’étaient opérés par l’intercession de ce saint. Le champ où il était inhumé était devenu fameux. Syre, pleine de confiance aux mérites du glorieux martyr, se sentit embrasée de zèle et du désir de chercher ses ossements et de glorifier son saint corps. Elle pria plusieurs personnes de sa famille de la mener à Rilly, mais personne ne voulut lui rendre ce service. Il ne se trouva qu’un jeune enfant de 6 à 12 ans qui se chargea de la conduire.

La tradition du pays assure qu’elle passa par le village des Grandes-Chapelles qui est sur la route qu’elle devait tenir en venant d’Arcis ou des environs. On dit qu’elle se reposa sur la hauteur d’où l’on descend à Tilly, et pour conserver la mémoire de cette station, on y avait planté une croix où tous les ans on porte la châsse de cette sainte en procession.

Elle pria avec beaucoup de ferveur le saint martyr de lui procurer l’usage de la vue. Arrivée au champ où elle savait trouver le trésor précieux qu’elle cherche, elle est exaucée et elle recouvre parfaitement la vue. Au bruit de ce miracle, on accourt à Rilly des villes, bourgs et villages voisins. Pénétrée de reconnaissance, elle fait découvrir le corps du saint et, sur ses exhortations, on construit une chapelle sur le lieu de sa sépulture, et on lui érige un tombeau.

Syre se consacra au service de Dieu et à la garde du tombeau, son plaisir fut d’entretenir et d’orner cette chapelle. Elle y passa le reste de ses jours, devint l’objet de la vénération la plus profonde, et les habitants des environs réclamèrent le secours de ses prières dans les calamités.

 Syre resta dans le village une dizaine d’années et mourut aux environs de 298, elle avait 78 ans. C’est depuis ce temps que le village qui portait le nom de saint Savinien, prit celui de sainte Syre qu’il porte encore aujourd’hui.

En 1200, Boson, seigneur du village, donna Rilly à la cathédrale. Peu après 1300, le doyen du chapitre de la cathédrale donna des revenus pour qu’on célèbre un culte officiel en l’honneur de la sainte, et, en 1326, Jean d’Aubigny faisait cadeau de l’un de ses bras aux Chartreux.

Les reliques de saint Savinien furent mises dans une châsse et transportées en l’église cathédrale de Troyes où elles sont aujourd’hui. Celles de sainte Syre furent mises dans une autre châsse d’airain.

En août 1461, devant toutes les autorités religieuses du diocèse, la châsse fut ouverte et trouvées les reliques de la sainte enveloppées d’un drap de soie. Une châsse neuve en cuivre fut inaugurée.

La chapelle de Sainte-Syre fut reconstruite vers 1518. En 1520, l’évêque Guillaume Parvi y vint en pèlerinage et offrit une tunique et une dalmatique de soie blanche.

L’année 1539 vit un miracle retentissant : Gaspard de Coligny y fut guéri de la maladie de la pierre pour laquelle on  invoquait habituellement sainte Syre, ainsi que pour des coliques néphrétiques.

Cette précieuse châsse fut remplacée par une autre en mai 1553 et en 1567, elle fut cachée en lieu sûr de peur qu’elle soit profanée par les Huguenots.

Chaque année, la fête de sainte Syre se déroulait du 8 au 29 juin : « il y a si grande affluence du peuple qu’on ne s’y peut presque tourner. Forces malades s’y acheminent, et ceux-là principalement qui sont affligés de la gravelle et de la pierre, qui journellement par grâce de Dieu et les mérites de sainte Syre sont délivrés ou allégés ».

Le 27 mars 1794, des énergumènes entreprirent  de jeter au feu châsse et reliques. Les habitants intervinrent rapidement et purent sauver du désastre une grande partie des restes de la sainte.

On les partagea entre diverses paroisses du diocèse de Troyes : Le Chêne, Jully-sur-Sarce, Saint-Martin-ès-Vignes et la cathédrale. La paroisse de Rilly conserve un morceau du chef et divers ossements authentifiés en 1816 et 1835.

Une partie du crâne avait été détachée au XVIe siècle et envoyée à Saint-Merry de Paris.

L’église de Montceaux-les-Vaudes est sous le vocable de sainte Syre. De nombreuses statues lui sont attribuées à Saint-Julien, Saint-Germain, Javernant, Premierfait, Rigny-le-Ferron, Saint-Jean-de-Bonneval, Saint-Phal, Verrières, Méry et Rilly-Sainte-Syre. Dans cette dernière église, ainsi que dans celle de Marolles-sous-Lignières il y a un tableau représentant la sainte. On  la voit aussi dans les vitraux de Saint-Nizier, de Montceaux-les-Vaudes, Rilly-sainte-Syre et Torvilliers.       


Sainte Syre XVIe, église st Pierre de Verrières (Aube-10) 

Sainte Syre XVIe "Expo le Beau XVIe" Troyes


Nous trouvons dans le village de  Rilly-Sainte-Syre (Aube-10) l’église paroissiale sous le vocable : Saint-Savinien et Sainte Syre

Historique

Avant la Révolution, les communautés, distinctes, de Rilly et de Sainte-Syre ressortissaient l'une du bailliage de Troyes, l'autre de celui de Sens. 

Dès le 9e siècle, Rilly appartenait à Montier-la-Celle (à St André) ; (aujourd'hui St André les Vergers))

C'est sans doute à Sainte-Syre que fut enterré, au 3e siècle, saint Savinien, premier apôtre du christianisme en pays de Troyes. 

Le corps de sainte Syre, d'abord dans un tombeau de pierre, puis dans une châsse, resta jusqu'à la Révolution l'objet d'un pèlerinage très fréquenté. 

Église romane que l'on voulut reconstruire au XVIe siècle d'est en ouest. L'abside, le transept doublé, la travée orientale de la nef furent seuls réalisés.

Période(s) principale(s) : XIIe siècle ;  Période(s) secondaire(s) : XVIe siècle

Description

Église à plan en croix latine ; nef à 3 vaisseaux à 4 travées ; transept double à collatéraux ; abside pentagonale ; tour-clocher






jeudi 7 novembre 2024

Église Saint Vorles de Châtillon-sur-Seine (21)

 


Voir :  Saint Vorles

Isolée sur son promontoire, dominant Châtillon-sur-Seine depuis la limite orientale de l’agglomération, l’église Saint‑Vorles se dresse comme un vaisseau immobile depuis plus de mille ans. Sa silhouette trapue, ses volumes étagés, ses deux clochers — l’un occidental, l’autre sur la croisée — composent une architecture qui ne ressemble à aucune autre dans la région. Saint‑Vorles est un édifice préroman du tournant de l’an mil, l’un des plus anciens monuments romans de Bourgogne, et l’un des plus singuliers du Châtillonnais.

L’histoire de l’église commence dans l’enceinte du castrum épiscopal. Dès le Haut Moyen Âge, une église dédiée à Notre‑Dame puis à Saint‑Martin se dressait dans le château des évêques de Langres. En 868, l’évêque Isaac y transfère les reliques de Saint Vorles, prêtre du VIᵉ siècle, pour les protéger des incursions normandes. Ce geste fonde la vocation spirituelle du lieu. Lorsque Brun de Roucy devient évêque de Langres (980‑1016), il entreprend la construction d’une nouvelle collégiale, plus vaste, plus ambitieuse, placée sous le triple patronage de Notre‑Dame, Saint‑Martin et Saint‑Vorles. C’est dans ces années, entre environ 1000 et 1020, que naît l’édifice que nous voyons aujourd’hui.

Saint‑Vorles appartient à la première génération de l’art roman bourguignon. Son plan est d’une rare originalité : un westbau occidental, véritable transept antérieur à deux étages, une nef de quatre travées flanquée de bas‑côtés, un transept saillant surmonté d’une haute coupole‑lanterne, et un chœur terminé par une abside. L’édifice était couronné de deux clochers, l’un sur le westbau, l’autre sur la croisée. Les bandes lombardes qui décorent les pignons et les murs extérieurs témoignent d’une influence méridionale, tandis que le westbau évoque les grandes églises rhénanes, révélant une étonnante synthèse entre traditions carolingiennes, ottoniennes et bourguignonnes.

L’extérieur frappe par son aspect massif, presque militaire. Le westbau, avec son pignon nord intact, montre encore ses deux étages de baies romanes et ses bandes lombardes sur trois faces. Le pignon sud, remanié au XVIIᵉ siècle, a perdu son caractère primitif, mais la structure générale demeure lisible. La nef, épaulée de contreforts ajoutés au XVIIᵉ siècle, conserve au nord deux travées d’origine avec leurs lésènes, témoins de bandes lombardes disparues lors du rehaussement des bas‑côtés. Le transept, avec ses pignons décorés de triples bandes lombardes, est l’un des plus beaux ensembles romans de la région. La coupole‑lanterne, posée sur une souche carrée, est surmontée d’un clocher du XIIᵉ ou du XIIIᵉ siècle, dont les baies géminées et la corniche rythment la silhouette du monument. Le chevet, avec sa travée de chœur et son abside, est également animé par des bandes lombardes. Les toitures en lave complètent cette impression d’austérité archaïque.

L’intérieur est tout aussi remarquable. Le westbau, profondément remanié entre 1601 et 1619, laisse deviner son organisation primitive à deux étages. La partie basse, avec son vestibule en berceau, s’ouvre sur la nef par un arc outrepassé d’une rare originalité. Les bas‑côtés du westbau, plus bas que ceux de la nef, conservent leurs arcades romanes, même si l’arcade sud a été murée pour former la chapelle du Sépulcre. À l’étage, la grande tribune centrale, voûtée d’arêtes au XVIIᵉ siècle, servit longtemps de tribune d’orgue. La salle haute nord, intacte, conserve sa voûte en berceau et ses arcs de décharge, offrant un précieux témoignage de l’architecture de l’an mil.

La nef est l’un des joyaux de Saint‑Vorles. Ses piliers quadrilobés, formés de colonnes engagées maçonnées, soutiennent les grandes arcades en plein cintre. Les colonnes aplaties se prolongent en pilastres montant vers la voûte sans chapiteaux ni impostes, créant une verticalité continue, presque graphique. Les voûtes d’arêtes actuelles datent de 1619, mais les bas‑côtés conservent des voûtes d’arêtes probablement d’origine. Les murs latéraux, cantonnés de colonnes engagées, renforcent l’impression d’un espace roman très structuré. Deux chapelles du XVIIᵉ siècle flanquent les dernières travées : la chapelle Sainte‑Croix au sud (1610) et l’oratoire Notre‑Dame‑de‑Toutes‑Grâces au nord.

Le transept est l’un des premiers ensembles voûtés de Bourgogne. La croisée, sous une haute coupole‑lanterne, repose sur quatre arcs en plein cintre. Les croisillons, voûtés en berceau, conservent leurs fenêtres hautes romanes, leurs arcades primitives donnant autrefois sur les absidioles, et leurs arcs murés. Dans le croisillon nord se trouve la chapelle du Sépulcre, où est conservée la Mise au Tombeau du début du XVIᵉ siècle, provenant du couvent des Cordeliers. Cette œuvre, d’influence champenoise, est d’une intensité rare : les personnages, resserrés autour du corps du Christ, expriment une douleur contenue, presque silencieuse. Dans la lumière basse, la scène prend une force émotionnelle que les visiteurs n’oublient pas.

Le chœur, voûté en berceau, conserve ses baies romanes, même si les trois fenêtres de l’abside ont été agrandies tardivement. Les chapelles du XIVᵉ et du XVᵉ siècle — Sainte‑Thérèse, le Carmel, le Rosaire — ajoutent une touche gothique à l’ensemble. La chapelle Sainte‑Thérèse conserve des peintures médiévales de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les boiseries du chœur datent du XVIIᵉ siècle.

Sous le transept nord, la chapelle Saint‑Bernard, longtemps considérée comme une crypte primitive, révèle en réalité les fondations du XIᵉ siècle, destinées à compenser la déclivité du terrain. On y trouve un autel roman décoré de pilastres et de chapiteaux, ainsi qu’une statue de la Vierge. Les ossuaires anciens témoignent de la fonction funéraire du lieu.

Les restaurations du XXᵉ siècle ont profondément marqué l’édifice. Entre 1959 et 1974, on détruit la sacristie de 1854, le faux cul‑de‑four de la chapelle Saint‑Bernard et les tourelles du porche. On refait l’enduit intérieur, on rouvre des fenêtres, on rétablit la couverture du clocher occidental en bardeau, on consolide le transept et on restaure le chœur. Ces travaux redonnent à Saint‑Vorles son caractère roman, débarrassé des ajouts du XIXᵉ siècle. Dans les années 1990 puis 2000, de nouvelles interventions complètent l’ensemble. L’église, non paroissiale depuis 1807, n’accueille plus de cérémonies régulières, mais elle demeure ouverte pour les baptêmes, les mariages et les grandes célébrations liées à Saint Vorles. Lors du millénaire du saint, des fêtes médiévales ont animé le site.

Enfin, un détail architectural précieux mérite d’être mentionné : les marques de tâcheron. Gravées sur l’empattement du massif antérieur, sur les bas‑côtés, sur la chapelle Sainte‑Croix, sur les contreforts et sur les murs latéraux du porche, elles témoignent du travail des bâtisseurs de l’an mil et des siècles suivants. Ces signes discrets, souvent ignorés, sont pourtant l’une des signatures les plus émouvantes de l’édifice.

Saint‑Vorles n’est pas seulement une église : c’est un palimpseste architectural, un monument où se superposent les influences lombardes, rhénanes, bourguignonnes, gothiques et modernes. C’est un lieu où l’on sent encore la présence du Moyen Âge, un lieu où l’on descend pour écouter le silence, un lieu où chaque pierre porte la mémoire des siècles.

Derrière le chevet de Saint‑Vorles, le cimetière actuel occupe un lieu qui fut autrefois l’un des points les plus stratégiques du Châtillonnais : l’emplacement du château‑fort des évêques de Langres et des ducs de Bourgogne. Avant même le Xe siècle, la colline servait déjà de castrum, dominant la vallée de la Seine. Une église s’y trouvait, abritant dès 868 les reliques de Saint Vorles. Lorsque l’église primitive fut remplacée par la collégiale de l’an mil, le castrum continua d’être partagé entre les évêques de Langres et, à partir de 973, les ducs de Bourgogne.

Au XIIᵉ siècle, le duc de Bourgogne fit construire un véritable château fort, occupant une partie de l’ancien castrum. Le château du duc et la résidence de l’évêque étaient réunis dans la même enceinte, formant un ensemble défensif avancé du duché face au comté de Champagne et au royaume de France. Cette forteresse fut endommagée par les Anglais en 1359, puis probablement reconstruite en partie au XIVᵉ siècle, comme en témoignent les reprises visibles dans les maçonneries.

Les habitants, lassés des troupes militaires et des troubles qu’elles entraînaient, obtinrent du roi Henri IV l’autorisation de démanteler le château. Les lettres patentes du 30 janvier 1598 scellèrent sa destruction. Au XVIIᵉ siècle, ce qu’il en restait fut réutilisé : en 1608, le rez‑de‑chaussée de la tour Sainte‑Anne servit de corps de garde, puis devint un four à pain, probablement au XIXᵉ siècle.

Du château ne subsistent aujourd’hui que des tours et des murs, consolidés entre 1979 et 1982. Au nord, la tour de Gissey, avec ses crénelures du XIVᵉ siècle, domine la falaise et offre un point de vue sur la ville. Au sud, deux autres tours subsistent : la tour Sainte‑Anne, dont seul le rez‑de‑chaussée est conservé, et la tour de la Guette, dont la partie haute est très endommagée. Le donjon, réduit mais toujours debout, comprend une tour ronde percée d’une baie romane archaïque, flanquée de deux meurtrières et d’une porte murée en arc brisé. Ce sont là les derniers témoins d’une forteresse qui fut, pendant des siècles, un élément majeur de la défense bourguignonne.

Ce lieu chargé d’histoire a continué de jouer un rôle dans les grandes heures nationales. En février 1814, Châtillon‑sur‑Seine accueillit un congrès entre les puissances alliées — Autriche, Russie, Angleterre, Prusse — et les représentants de Napoléon. Le général refuse les conditions jugées intenables. Un siècle plus tard, en septembre 1914, le maréchal Joffre installe son quartier général dans la ville et y prononce sa phrase célèbre : « au moment où s’engage une bataille dont dépend le salut du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière ».

Aujourd’hui, le cimetière occupe le cœur des ruines. On y trouve notamment la tombe du maréchal Marmont et plusieurs chapelles funéraires. Ce voisinage entre l’église et le château n’est pas anodin : il explique la position dominante de Saint‑Vorles, son rôle spirituel mais aussi symbolique, et la manière dont son architecture s’est développée dans un espace contraint, partagé entre le sacré et le militaire. Les volumes trapus, les murs épais, les pignons massifs, les bandes lombardes qui rythment les façades, tout cela dialogue avec les vestiges du château. On comprend mieux, en observant ces ruines, pourquoi Saint‑Vorles possède cette allure de forteresse sacrée, ce caractère presque martial qui la distingue des autres églises romanes de la région.



La nef romane très haute et ses deux bas-côtés comportent trois travées débouchant sur un double transept également de trois travées, le transept nord étant en partie dévolu à la descente à la crypte. L'ensemble se termine sur un chœur profond avec abside entouré de deux petites chapelles, la chapelle Sainte Thérèse et la chapelle du Carmel, qui datent du XIVe siècle et du XVe siècle.



Le clocher qui se situe à la croisée du transept a été reconstruit au XIIe siècle alors que sur la même colline fut également construit le château des ducs de Bourgogne, un cimetière existe au moins depuis le XIXe siècle au milieu de ses ruines. L'église comporte une remarquable mise au tombeau et dans sa crypte un oratoire daté du IVe siècle.


La crypte abrite la chapelle Saint-Bernard aménagée au début du XVIIe siècle. Elle comporte une statue de la Vierge à l’Enfant que les premiers fidèles venaient vénérer en tant que Notre-Dame la Grande ou la Grande Dame. Celle-ci fut rebaptisée Notre-Dame de Toutes Grâces pour les faveurs accordées et en hommage à saint Bernard de Clairvaux qui y aurait vécu le miracle de la lactation.

Bannière de procession de Saint Vorles

Reliquaire de Saint Vorles XVIIe


Reliquaires du Trésor de Saint Vorles

Baldaquin d'Autel XVIIIe (bois doré)


Ensemble de 2 tableaux : translation des reliques de saint Vorles de Marcenay à l'église Saint-Vorles de Châtillon-sur-Seine. XVIe

Panneau gauche : QUAND. SAINCT. VORLE. FUT. TRANSLATE. / DE MERCENNAY. EN. CESTE. VILLE. / YSAAC. LE. FIT. MAGNIFESTER. / AVANT. LES. ANS. COMPLETZ. DE. MILLE. ; sur le village : MERCENNAY ; 

panneau droit : CE. BON. YSAAC. VOULT. S'EMPLOYER. / D'UNE. ARDEUR. DE. DEVOTION. / JUSQUE. EN. CE. LIEU. LE. CONVOYER. / POUR. Y. FAIR. SA. MENSION. ; 

au revers, noms des Evangélistes sur phylactères ; au-dessus de saint Jean, sous l'image de la Vierge : DEVS ; dans les écoinçons des arcades écu armorié, dont les émaux sont peu sûrs à cause des repeints : écartelé, aux 1 et 4, de sinople (?), au chef de..., chargé de trois merlettes de... (qui est de Gand), aux 2 et 3, d'azur, à la fasce d'or, au chef d'azur chargé de trois quintefeuilles d'or, à la champagne de..., chargée d'un cor de chasse de... (qui est de Courcelles.)

La scène de la translation est antérieure à 1599, date du démantèlement du château de Châtillon-sur-Seine, qui y est représenté ; les 4 Evangélistes au revers ont été ajoutés postérieurement, au début du 17e siècle, époque de la pose des écus armoriés, non identifiées précisément.


Panneau de gauche :  saint Matthieu, saint Luc


Panneau de droite : Saint Marc, saint Jean


Dalle funéraire de Philibert de Frettes et d'Antoine Joly 

Inscription en bordure : CY GIST HONORABLE H/OME ME ANTHOINE JOLY EN SON VIVANT P/RCOCVREVR ET NOTAIRE ROYAL AV BAILLIE DE LA MONTAIGNE QVI TRESPASSA/LE QVATORZIESME AVRIL 1697/PRIEZ DIEV POVR LVY ; lettres et chiffres modifiés

1577 ; 1697

A l'origine, la dalle funéraire fût exécutée pour Philibert de Frettes, notaire au bailliage de la Montagne (dont le siège était à Châtillon), mort en 1577 ; puis elle fût réutilisée, par substitution, visible, des chiffres 6 à 5 et 9 à 7, en gardant le portrait en pied, pour Antoine Joly, également procureur et notaire au bailliage de la Montagne, mort en 1697

 Emplacement 2ème chapelle Nord : Ste Thérèse


Mise au tombeau ; portraits (homme et femme : en donateur)  XVIe 

Restauré pour la 2e exposition d'art Sacre en bourgogne, Dijon, 1958, puis déplacé de la 1ère chapelle sud au bras nord du transept, en 1991, non sans dégâts ; manques et parties abîmées ; traces de polychromie, les chairs ayant été badigeonnées en noir et beige entre 1832 et 1958.

voir l'article : 


Fresque XVIe

Buste reliqiaire de Saint Vorles XVIIe

Peinture monumentale XIIe (?) XIIIe


Cul de Lampe XIIe

image d'archives, l'intérieur de St Vorles - Hôpital de guerre






La tour de la Guette à gauche — massive, éventrée, avec ses ouvertures romanes — et la tour Sainte‑Anne à droite, reconnaissable à son plan circulaire et à son toit en lave couvert de mousse. Ces deux tours formaient autrefois le flanc sud du château, dans l’enceinte même où se trouvait l’église Saint‑Vorles. On voit bien que tout était imbriqué : le sacré et le militaire partageaient le même espace, les mêmes murs, la même pierre.

La tour Sainte‑Anne à droite, devenue corps de garde puis four à pain, garde encore cette allure domestique, presque paisible, tandis que la tour de la Guette, plus haute et plus austère, rappelle la fonction défensive du lieu. Ensemble, elles racontent la vie du castrum à travers les siècles — un château fortifié, une collégiale, puis un cimetière, tout dans un même enclos suspendu au-dessus de la ville.

 

Tour de la Guette, côté intérieur

La tour de Gissey, côté extérieur

Sommet de la tour de Gissey.


L’église Saint‑Vorles vue de la tour de Gissey.


Compléments sur le fort

Les archives les plus anciennes mentionnent le château dès le IXᵉ siècle, alors résidence des comtes de Lassois. En 868, l’évêque Isaac le Bon y transfère les reliques de Saint Vorles, confirmant que l’église se trouvait déjà dans l’enceinte du castrum. En 973, l’évêque de Langres partage le château avec le duc de Bourgogne, ce qui marque le début d’une longue co‑gestion entre pouvoir religieux et pouvoir ducal.

Au fil des siècles, le château est régulièrement cité dans les actes : hommages féodaux, traités entre ducs et évêques, ventes de revenus, nominations de capitaines. On y rattache aussi la figure de Técelin le Sore, père de saint Bernard, chevalier réputé pour sa bravoure et sa piété, né à Châtillon.

Le site subit plusieurs épisodes militaires : siège du roi de France en 1186, renforcements au XIVᵉ siècle pour résister aux routiers, mobilisation d’écuyers et d’arbalétriers au début du XVe siècle. Les guerres de Religion achèvent de ruiner la ville : en 1594, plusieurs églises sont détruites, et en 1597 les habitants commencent à démanteler le château, destruction confirmée par Henri IV en 1598.

Les vestiges actuels — tour de Gissey au nord, tours de la Guette et Sainte‑Anne au sud, courtines et bases de murailles — permettent encore de lire le tracé de l’ancienne enceinte. L’église Saint‑Vorles elle‑même porte des traces de fortification : les chapelles gothiques du transept nord sont surmontées d’un étage défensif percé de jours‑en‑archère et de canonnières.

Annexes :

La première trace écrite date de 840 : le château fut habité par les comtes de Lassois, il se forma peu à peu à l'entour des habitations qui furent à l'origine de la ville. Isaac le Bon, 37e évêque de Langres, durant les ravages des normands, y transféra en 868 les reliques de Saint Vorles. En 973, l'évêque de Langres Widric donne en précaire au duc Henri, en échange de biens en Atuyer, le château de Châtillon et ses dépendances, 30 meix et le village de Crépan, à charge de payer annuellement une livre d'argent à la Saint-Mammez et de fournir des hommes d'armes pour défendre le bourg. Il est fait mention qu'en 1090 dans le territoire de Langres se trouve un château, jadis fameux et remarquable, nommé Châtillon, dont les seigneurs se sont fort distingués dans le métier des armes et plus encore par leur respect pour les lois. Un des plus remarquables de tous, fut Técelin, surnommé le Sore, ce qui veut dire en langue vulgaire, le roux. Cet homme était d'une noble extraction, riche en domaines, doux de moeurs, grand ami des pauvres, d'une piété fort grande, et d'un zèle incroyable pour la justice. C'était un chevalier plein de bravoure, il ne recourut jamais aux armes que pour la défense de ses domaines ou pour marcher sous la bannière de son seigneur, le duc de Bourgogne, avec qui il était lié d'une étroite amitié. Il était né à Châtillon, mais il était seigneur d'un château moins important, nommé Fontaines, qui domine le fameux château-fort de Dijon et se trouve placé au haut d'un rocher. Il eut pour femme une fille du duc de Montbar, nommée Elizabeth; sa famille était une des meilleures de Bourgogne.

 En 1168, traité entre Hugues III et Gauthier de Langres au sujet des fortifications que le duc avait dessin de faire en la ville de Châtillon. L'évêque, premier seigneur de cette ville, lui permet de les faire et d'exécuter son dessin, mais à condition qu'elles ne pourront jamais, même en temps de guerre, être un obstacle qui empêche les hommes de l'évêque d'entrer ou de sortir de la ville. En 1186, le roi de France, ayant demandé en vain au duc de Bourgogne Hugues III de rembourser ce qu'il avait pris aux églises, mit le siège devant le château qu'on appelle Châtillon ; et, après quinze jours ou trois semaines, après avoir fait installer des machines autour du château, le roi lança vigoureusement l'assaut. Dans la bataille, les assiégeants comme les assiégés perdirent quelques hommes, d'autres, blessés, recouvrèrent leur première santé par le secours de la médecine. Bientôt le château ébranlé succombe ; ses ruines, jonchant la terre, ouvrent un passage au vainqueur. On y capture d'innombrables citoyens, avec de nombreux chevaliers. En 1210, Eudes, duc de Bourgogne, notifie que son prévot et ses sergents de Châtillon-sur-Seine avaient enfermé au château de Châtillon, qu'il tenait de l'évêque, des hommes de ce même évêque, accusés de meurtre, que ce fait s'était passé sans son consentement et avant qu'il n'en eût pris connaissance, et qu'on avait fait injure à l'évêque en ne lui rendant pas ces hommes, et en les tenant enfermés au château dont on n'avait pas ouvert les portes aux mandataires de l'évêque. Le duc rend ces hommes à la justice de l'évêque.

 En août 1245, Gui, abbé de Notre-Dame de Châtillon, et Clément, chapelain du château de Châtillon, notifient qu’en leur présence Guillaume de Nesle a reconnu avoir vendu à André de Nesle, chevalier, son neveu, tout ce qu’il avait sur les tiers, les décimes et tous les autres revenus dans toute la "castellatio" du château et des villages de Noyers et de Chapelgrimau. En février 1273, Robert de Bourgogne fait hommage à l'évêque de Langres pour Montbard, et reconnaît tenir de l'évêque ce qu'il a à Châtillon, Griselles et Larrey. En mai 1273, accord entre Béatrice, veuve du Hugues de Bourgogne, et Robert, duc de Bourgogne son fils, à propos des fiefs de la châtellenie de Châtillon. En 1320, Eudes IV rend hommage à l'évêque de Langres au château de Châtillon, dans l'endroit appelé le perron de Mauconseil. Le 12 février 1364, Philippe le Hardi ordonne aux nobles du duché, aux habitants de Nuits, aux châtelains de Vergy, d'Argilly, aux maires, échevins et baillis de Beaune, Autun, Châlon, de faire bonne garde, parce que les ennemis de La Charité étaient assemblés pour entrer au duché et surprendre Châtillon. Du 24 février au 31 mars 1368, d'importants travaux sont fait au château pour permettre à la garnison de résister au flot envahisseur des routiers. On avait fortifié la porte d'entrée du côté de la ville, et celle "estant devers les champs soubs laquelle on trouva une autre ancienne". Les vieilles tours furent remaniées ainsi que les barrières. Le comte de Sancerre, préposé par le duc à la garde de la rue de Chaumont et du bourg de Châtillon, quitta son poste en mars, pensat que cette partie de la ville n'était pas suffisamment défendable.

 En 1380, quittance par Erard de Gevrolle, capitaine du château de Châtillon. Le 9 octobre 1396, "de par la duchesse de Bourgogne, comtesse de Flandre, aux gens des comptes de Monseigneur à Dijon... Monseigneur nous a tantost escript que le XVIIe jour de ce mois, beau neveu de Valois (le futur duc d'Orleans) partira pour aller en Hongrie, et qu'il passera par le payx dudit Monseigneur, ou mondit seigneur le veult veoir, si comme il appartient, et que très hastivement nous faisons faire provisions pour ladite venue, à Chastillon, Aisey, Villaines et les autres lieux sur le chemin en alant à Dijon, pour lesquelles provisions faire nous escripsons à Jehan Daubenton". Montre des écuyers et arbalétriers ordonnés en 1411 pour la défense des châteaux de Châtillon, Thorey, Tanlay, Lesigne, Argenteuil, Dracy, Noyer, Aisey-le-Duc et Maisey à l'encontre des ennemis étant à Tonnerre. Le 8 janvier 1414, prestation de serment de Pierre Damont, capitaine du château de Châtillon. En 1447, compte de Jean de Villecessey, receveur du bailliage. Frais de quatre charpentes placées sur les quatre tours du château de Châtillon. Chapelle Sainte-Catherine au château de Châtillon en 1544. Le 27 juillet 1576, lettre de provision de l'office de capitaine châtelain d'Aisey-le-Duc et Châtillon-sur-Seine pour Edme de Montmoyen, écuyer. En 1594, "le baron de Tenicey a eu advertissement qu'il avoit charge du roy, sur toutes choses, d'assiéger la ville de Chastillon, il s'est mis en devoir comme de faict, il a fait abatre trois ou quatre eglises de ladite ville et, entre aultre, celle de Notre Dame, les Cordeliers et l'abbaye, qu'il a fait en telle sorte ruyner et demolir, que n'y a plus aulcune demourance pour les religieux". A la mort du baron de Thénissey en 1597, les habitants de Châtillon se rendent acquéreur du château, et en commencent la démolition sans attendre d'autorisation.

 Aujourd'hui, de ce château il subsiste les bases des murailles qui suivent le contour du rocher, une tour sur la courtine nord, et la façade sud d'un bâtiment éventré sur la courtine sud. La tour nord renferme un étage de cave voûtée, un étage carré et un étage de terrasse, peut-être originellement couvert. L'étage de cave est percé de deux canonnières flanquantes à fente de visée verticale ; l'étage s'ouvre de 3 archères-canonnières à courte fente de visée, d'une fenêtre à accolade dont l'allège est percée d'une canonnière à ébrasement externe ovale, et vers l'intérieur du château d'une seconde canonnière à ébrasement. Le niveau de terrasse, partiellement détruit, était percé de 12 créneaux-archères étroits à ébrasement externe et plongée de tir. Les merlons occidentaux ont été détruits ; deux créneaux donnant sur la place ont été transformés en canonnières. Le massif sud est composé de trois tourelles demi-hors-œuvres reliées par des façades. La tourelle occidentale est semi-circulaire à l'extérieur, et rectangulaire à l'intérieur de la place ; elle est assez basse, et percée de trois canonnières à courte fente de visée. La tourelle orientale est de même plan, mais plus saillante et moins bien conservée. La tourelle centrale, très élevée, fait à peine saillie à l'extérieur des murailles. Son dégagement interne est rectangulaire, et elle est percée en son troisième étage d'une archère dont l'ébrasement intérieur est couvert d'une voûte à trois ressauts. A l'ouest de cette tour, la courtine et percée de deux archères à ébrasement interne voûté en berceau ; à l'est, d'une porte en berceau outrepassé, qui a été murée. Toute cette façade a été fortement remaniée. L'église Saint-Vorles est elle-même fortifié : les deux chapelles à remplage gothique construites à l'est du transept nord sont surmontées d'un étage défensif, celui de la première chapelle est ouvert vers d'est d'un jour-en-archère, celui de la seconde d'une canonnière à ébrasement externe vers l'est, et vers le sud d'un jour-en-archère. 


 Le cimetière s’étend aujourd’hui à l’endroit même où se trouvait jadis la cour du château des ducs de Bourgogne.


Le château  vu depuis la montée qui mène à l'église St Vorles






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