Les croix de peste
monuments de peur, de foi et
de mémoire
Lorsque la peste frappait un village ou une ville, elle ne laissait
derrière elle que silence, terreur et maisons fermées. Pour les populations
médiévales et modernes, la peste n’était pas seulement une maladie : c’était un
fléau envoyé par Dieu, un châtiment, une épreuve collective. Et pour conjurer
ce mal, on dressait des croix de peste, aussi appelées croix de vœu, croix de
protection ou croix d’expiation. Ces monuments, aujourd’hui presque tous
disparus, racontent mieux que n’importe quel texte la peur profonde qui
traversait les communautés.
Les croix de peste étaient souvent érigées à la fin d’une épidémie,
lorsque le village estimait avoir été épargné ou délivré. On y voyait un geste
de reconnaissance envers Dieu ou un saint protecteur. Dans d’autres cas, elles
étaient dressées au début de l’épidémie, comme un appel à la miséricorde. Elles
pouvaient être placées à l’entrée du village, au carrefour principal, près
d’une fontaine, ou sur un lieu où l’on avait enterré les pestiférés. Leur
emplacement n’était jamais choisi au hasard : il marquait un seuil, une
frontière symbolique entre le monde des vivants et celui de la maladie. Ces
croix n’étaient pas de simples poteaux de bois. Beaucoup étaient sculptées,
parfois ornées d’un Christ en croix, d’une Vierge, d’un saint réputé protecteur
contre les épidémies — saint Roch, saint Sébastien, saint Antoine. Certaines
portaient des inscriptions : dates, invocations, remerciements. D’autres
étaient entourées d’un petit enclos où l’on venait prier sans entrer en contact
avec les malades. Elles servaient aussi de stations de processions, notamment
lors des rogations ou des prières publiques organisées pour éloigner la peste.
On en trouvait partout : en Champagne, en Bourgogne, en Lorraine, en
Île-de-France, dans le Massif central, en Bretagne. Auxerre avait sa Croix de
la Peste, Sens aussi, tout comme Langres, Bar-sur-Seine, Tonnerre, Mussy, Ervy,
et une multitude de villages dont les archives ne gardent qu’une mention
rapide. La plupart de ces croix ont disparu au fil des siècles : détruites à la
Révolution, abandonnées, rongées par le temps, ou simplement supprimées lors de
travaux routiers. Quelques-unes subsistent encore, souvent isolées, parfois
déplacées près d’une église ou d’un cimetière, mais leur sens originel s’est
perdu pour la plupart des habitants.
Les croix de peste sont pourtant des témoins précieux. Elles rappellent
que les épidémies n’étaient pas seulement des catastrophes sanitaires, mais
aussi des drames spirituels et sociaux. Elles montrent comment les communautés
cherchaient à donner un sens à l’incompréhensible, à se protéger, à remercier,
à survivre ensemble. Elles sont les traces d’un monde où la frontière entre le
religieux et le quotidien était mince, où chaque croix était un appel, une
prière, une mémoire.
Aujourd’hui, redécouvrir ces croix, c’est redonner voix à des siècles de
peur et d’espérance. C’est comprendre comment nos ancêtres ont affronté l’un
des pires fléaux de l’histoire. Et c’est rappeler que, même dans la terreur,
ils ont laissé derrière eux des signes de foi, de solidarité et de résilience.
Pendant des siècles, la peste a rythmé la vie des villes et des villages
de Champagne et de Bourgogne. Elle surgissait sans prévenir, frappait au
hasard, emportait familles, quartiers, paroisses entières. Face à ce fléau, les
populations n’avaient ni médecins efficaces, ni remèdes sûrs. Elles avaient la
peur, la foi, et une immense créativité rituelle. C’est ainsi qu’apparurent les
saints protecteurs, les processions de supplication, les croix de peste et les
fosses communes qui marquent encore, parfois, le paysage. Ces traces, souvent
discrètes, racontent mieux que n’importe quel traité médical comment nos
ancêtres ont affronté l’un des pires fléaux de l’histoire.
Quand
la peste frappait, les habitants se tournaient vers des saints spécialisés,
presque des “experts” du malheur.
Le
plus célèbre était saint Roch, reconnaissable à sa plaie sur la cuisse
et à son chien. On l’invoquait partout : à Troyes, à Bar-sur-Seine, à Tonnerre,
à Langres, à Auxerre, à Sens. Les confréries de saint Roch étaient nombreuses,
et certaines villes lui consacraient des chapelles entières.
Vient
ensuite saint Sébastien, percé de flèches. On croyait que les flèches
symbolisaient les “traits de la peste” envoyés par Dieu. Les églises de Sens,
d’Auxerre, de Chablis, de Mussy-sur-Seine ou de Semur-en-Auxois possédaient des
statues ou des autels dédiés à ce saint protecteur.
Saint Antoine l’Ermite, invoqué contre
les maladies de peau, était parfois associé à la peste, notamment en Bourgogne
où les Antonins étaient très présents.
Dans certains villages, on invoquait aussi saint Mamert, saint
Marcoul, saint Aignan, ou encore saint Charles Borromée, archevêque de Milan,
célèbre pour avoir affronté la peste de 1576. Ces saints n’étaient pas des
symboles abstraits : ils étaient présents dans les rues, portés en procession,
invoqués devant les croix, peints sur les murs, sculptés dans les niches. Ils
étaient la dernière barrière entre la communauté et la mort.
Lorsqu’une épidémie
éclatait, les autorités religieuses organisaient des processions de pénitence. Elles
traversaient les villes en suivant un parcours précis, souvent marqué par des
croix votives.
À Troyes, les processions partaient de la cathédrale, passaient par la rue de la
Cité, longeaient la Belle Croix, puis rejoignaient Saint-Urbain ou
Saint-Nizier.
À Sens, on suivait un itinéraire passant par la Croix Saint-Savinien, la Croix
du Pré et la Croix de la Porte de Paris.
À Auxerre, la procession de la peste
de 1521 est documentée : elle passait par la Croix de la Maladière, la Croix
Saint-Germain et la Croix du Pont.
Ces processions n’étaient pas des promenades pieuses : c’étaient des
moments de tension extrême. Les cloches sonnaient, les fidèles marchaient pieds
nus, les confréries portaient des bannières noires, les prêtres chantaient les
litanies des saints. On priait pour arrêter la peste, pour protéger les
enfants, pour sauver la ville.
À la fin d’une épidémie — ou parfois au début — les habitants dressaient
une croix de peste, aussi appelée croix de vœu ou croix d’expiation.
Ces croix étaient nombreuses en Champagne et en Bourgogne. On en trouvait :
à Auxerre : la Croix de la Peste,
près de la Maladière ;
à Sens : la Croix de la Peste,
mentionnée en 1636 ;
à Tonnerre : une croix votive près de
l’hôpital Marguerite de Bourgogne ;
à Bar-sur-Seine : une croix de peste à
l’entrée de la ville ;
à Mussy-sur-Seine : une croix commémorant la
peste de 1628 ;
à Ervy-le-Châtel : une croix de vœu près de
la porte Saint-Nicolas ;
à Chablis : une croix de peste sur la
route de Préhy ;
à Semur-en-Auxois : une croix votive près de
la porte Sauvigny ;
à Montbard, Laignes, Épineuil,
Saint-Florentin, Villeneuve-l’Archevêque, Tonnerre, Cravant, Irancy, Vermenton,
Appoigny, Monéteau, etc.
La
plupart ont disparu, mais certaines subsistent encore, souvent déplacées près
d’une église ou d’un cimetière. Elles portent parfois une date, une invocation,
ou un symbole (crâne, tibias croisés, cœur enflammé, instruments de la
Passion). Ces croix étaient des bornes spirituelles : elles marquaient la fin
du fléau, la gratitude de la communauté, et parfois la limite des zones
contaminées. La peste ne laissait pas le temps d’enterrer les morts dignement. Dans
les villes comme dans les villages, on creusait des fosses communes, souvent à
l’extérieur des remparts ou près des maladreries. En Champagne et Bourgogne, on
en connaît plusieurs :
à Troyes, près de la porte
Saint-Jacques et de la maladrerie Saint-Ladre ;
à Sens, dans le quartier de
la Maladière ;
à Auxerre, près de la Croix
de la Peste ;
à Tonnerre, autour de
l’hôpital Marguerite de Bourgogne ;
à Bar-sur-Seine, dans le
faubourg de la Madeleine ;
à Langres, près de la porte
Neuve ;
à Chablis, dans le faubourg
Saint-Pierre ;
à Mussy, près de l’ancien cimetière
Saint-Roch.
Ces
fosses étaient parfois bénies, parfois simplement creusées dans l’urgence. Elles
pouvaient contenir des dizaines, parfois des centaines de corps. Certaines ont
été redécouvertes lors de travaux modernes, révélant des squelettes entassés,
parfois encore porteurs de traces de la maladie.
Les saints protecteurs, les processions, les croix de peste et les fosses
communes forment un ensemble cohérent : celui d’une société qui affrontait la
mort avec ses armes symboliques, ses rites, sa foi. En Champagne et en
Bourgogne, ces traces sont partout, mais souvent invisibles, effacées,
oubliées. Elles racontent pourtant une histoire essentielle : celle de
communautés soudées par la peur, la prière et l’espoir. Redonner vie à ces
monuments, c’est rendre hommage à des générations qui ont survécu à
l’impensable, et qui ont laissé derrière elles des signes de courage, de
mémoire et de résilience.
1. Mussy‑sur‑Seine (10)
La Croix de la Peste Toujours en place, au sud du
village, près de l’ancien cimetière Saint‑Roch. Croix en pierre, datée de la
peste de 1628. C’est l’une des mieux conservées de toute la région. Voir plus bas
2. Chablis (89)
Croix de la Peste de Préhy Sur
la route entre Chablis et Préhy. Croix en pierre, simple mais authentique, liée
à la peste du XVIIᵉ siècle. Toujours visible au bord du chemin.
3. Semur‑en‑Auxois (21)
Croix de la Peste de la Porte Sauvigny
Croix votive encore en place, légèrement déplacée mais intacte. Érigée après
une épidémie du XVIIᵉ siècle.
4. Laignes (21)
Croix de peste près du vieux cimetière
Croix en pierre, encore debout, liée à une épidémie du XVIIᵉ. Peu connue, mais
bien réelle.
5. Montbard (21)
Croix de peste du faubourg
Croix votive encore visible, restaurée au XIXᵉ. Elle marque l’emplacement d'une faosse commune.
6. Vermenton (89)
Croix de peste de Mussy-sur-Seine (10)
Identification :
Nom
usuel : Croix de la Peste
Localisation
: Mussy‑sur‑Seine (Aube), secteur de l’ancien cimetière Saint‑Roch
Datation
: 1628 (peste de 1628–1630)
Matériau
: pierre calcaire locale
Typologie
: croix votive / croix de vœu / croix de peste
En
1628, une violente épidémie de peste frappe la vallée de la Seine.
Mussy‑sur‑Seine,
comme Bar‑sur‑Seine, Courteron, Gyé‑sur‑Seine et Les Riceys, est durement touchée.
Face
au fléau, les habitants de Mussy formulent un vœu collectif : « Si la communauté est épargnée, une croix
sera élevée en signe de reconnaissance ». Lorsque l’épidémie
recule, la croix est érigée à l’entrée du bourg, près du cimetière Saint‑Roch,
saint traditionnellement invoqué contre les épidémies.
Cette
croix devient alors un lieu de mémoire, mais aussi un lieu de protection
symbolique, où l’on venait prier lors des épidémies suivantes (notamment en
1636 et 1668).
Socle massif, carré, taillé dans la pierre locale.
Légèrement
évasé, typique des croix votives du XVIIᵉ siècle.
Traces
d’usure naturelle, mais structure intacte.
Décor
végétal stylisé (feuilles, tiges, volutes).
Travail
d’un artisan local maîtrisant parfaitement la pierre calcaire.
Patine
grise et dorée due au lichen.
Présence
d’un Christ en relief, très érodé mais encore lisible.
Bras
légèrement chanfreinés.
Style
sobre, typique des croix de peste (on évite les ornements excessifs).
son
équilibre (ni trop massive, ni trop fine),
sa
hauteur (impressionnante pour une croix votive rurale),
la
qualité de la sculpture,
sa
lisibilité malgré quatre siècles d’intempéries.
Croix
de vœu : érigée en remerciement après la peste.
Croix
protectrice : on y priait saint Roch et saint Sébastien.
Croix
de limite : marquait la zone du cimetière des pestiférés.
État de conservation
Très
bon état général, ce qui est exceptionnel pour une croix de peste.
Le
fût est intact, la croix est stable, le socle n’est pas affaissé.
Le
Christ est érodé, mais identifiable.
L’ensemble
a probablement bénéficié d’un entretien discret mais régulier par la commune ou
des habitants.
La Croix de la Peste de Mussy‑sur‑Seine est l’une des plus belles croix de peste encore visibles en Champagne. Un témoignage rare d’un vœu collectif du XVIIᵉ siècle, un élément majeur du patrimoine rural champenois.
Les croix de peste disparues
Il fut un temps où chaque ville, chaque bourg, chaque
hôpital possédait sa croix de peste. Érigées dans l’urgence, souvent en pleine
épidémie, elles marquaient les lieux d’inhumation rapide, les cimetières
provisoires, les abords des hôpitaux ou les faubourgs où l’on isolait les malades.
Ces croix n’étaient pas des monuments de prestige : elles étaient des signes de
détresse, de prière et de protection, dressées pour conjurer le fléau et
rappeler les morts.
Parce qu’elles n’étaient ni sculptées, ni classées, ni
entretenues, la plupart ont disparu sans laisser de trace. Les révolutions, les
alignements urbains, les travaux routiers, la suppression des cimetières intra‑muros
et les réaménagements modernes ont effacé ces témoins fragiles de l’histoire
sanitaire. Il n’en reste souvent que des mentions dans les archives, quelques
lignes dans un registre paroissial, ou le souvenir d’un emplacement aujourd’hui
méconnaissable.
Dans les villes suivantes — Troyes, Sens, Auxerre,
Tonnerre, Bar‑sur‑Seine, Ervy‑le‑Châtel, Saint‑Florentin, Villeneuve‑l’Archevêque,
Irancy, Cravant, Appoigny, Monéteau et Langres — les croix de peste ont bel
et bien existé, parfois pendant plusieurs siècles, mais plus aucune n’est
visible aujourd’hui. Pour chacune, il reste pourtant une histoire : un
emplacement ancien, une date d’épidémie, un usage liturgique, un souvenir de
procession ou de vœu collectif.
Ce chapitre rassemble ces croix disparues, non pour
les pleurer, mais pour leur rendre leur place dans la mémoire locale.
Car même effacées du paysage, elles demeurent des marqueurs essentiels de
l’histoire des villes, des épidémies et des communautés qui les ont traversées.
TROYES (10)
Ancien emplacement La croix se trouvait à proximité de l’ancien cimetière Saint‑Nizier, un des foyers majeurs de la peste de 1630–1636. Certaines sources la placent aussi près de la porte du Beffroi, où furent enterrés les pestiférés les plus pauvres.
SENS (89)
Ancien emplacement Située près de l’ancien hôpital Saint‑Jean, à l’extérieur des remparts, là où étaient regroupés les malades contagieux.
AUXERRE (89)
Ancien emplacement À proximité de l’ancien hôpital Saint‑Étienne, sur la
route de Paris. Une seconde croix aurait existé près du cimetière Saint‑Amâtre.
Date de la peste Épidémies : 1628–1631 et 1636.
Disparition Les deux croix semblent avoir disparu entre 1789
et 1850, lors de la suppression des cimetières urbains.
Processions / rites Processions générales dans la ville, mais aucune
mention d’un rituel propre à la croix.
Ancien emplacement Près de l’Hôtel‑Dieu Notre‑Dame des Fontenilles, à l’entrée de l’ancien cimetière hospitalier.
Date de la peste Épidémie majeure : 1636.
Disparition Probablement lors des réaménagements du site
(XXᵉ–XXIe siècle). Plus aucune trace sur place aujourd’hui.
Processions / rites Les sœurs hospitalières faisaient des prières
quotidiennes devant la croix, mais pas de procession publique.
Croix disparue.
BAR‑SUR‑SEINE (10)
Ancien emplacement À l’extérieur de la ville, près de l’ancien cimetière Saint‑Étienne, où furent enterrés les pestiférés.
Date de la peste Épidémie : 1630–1631.
Disparition Probablement au XIXᵉ siècle, lors de la
reconstruction du quartier.
Processions / rites Aucune procession attestée, mais bénédiction annuelle
du cimetière.
Ancien emplacement Près de la porte Saint‑Nicolas, à l’extérieur des remparts, où se trouvait un petit cimetière secondaire.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Non datée, mais probablement avant 1900.
Processions / rites Processions pénitentielles attestées dans la ville,
mais pas liées spécifiquement à la croix.
Ancien emplacement À proximité de l’ancien hôpital Saint‑Nicolas, sur la route de Tonnerre.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Probablement lors des travaux d’urbanisation du XXᵉ
siècle.
Processions / rites Aucune mention spécifique.
Ancien emplacement Près du cimetière ancien, à l’entrée du faubourg Saint‑Jean.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Mentionnée encore au XIXᵉ siècle, absente dès 1950.
Processions / rites Processions de Saint‑Roch attestées.
Ancien emplacement À l’entrée du village, près du chemin du cimetière ancien.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Probablement au XIXᵉ siècle.
Ancien emplacement Sur la route de Vincelottes, près d’un ancien lieu d’inhumation rapide.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Probablement lors des aménagements routiers du XXᵉ
siècle.
Processions / rites Non attestés.
Ancien emplacement Près de l’ancien hôpital Saint‑Loup, à l’extérieur du bourg.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Non datée, mais aucune trace après 1900.
Processions / rites Non documentés.
Ancien emplacement À proximité du vieux cimetière, sur la route d’Auxerre.
Date de la peste Épidémie : 1636.
Disparition Probablement au XIXᵉ siècle.
Processions / rites Aucune mention.
Ancien emplacement Plusieurs croix existaient autour des portes de la ville, notamment près de la porte Longe‑Porte et de la porte des Moulins.
Date de la peste Épidémies : 1628–1631 et 1636.
Disparition La plupart détruites à la Révolution, les dernières
au XIXᵉ siècle.
Processions / rites Langres organisait des processions de pénitence, mais
pas liées à une croix précise.
La peste en Champagne, à Troyes, à Tonnerre
et dans les pays voisins
Registre
de la peste à Troyes de 1516-1522
La Champagne, vaste plaine ouverte aux vents et aux
routes, a toujours été un territoire de passage. Marchands, pèlerins, soldats,
colporteurs, artisans, bêtes de somme et charrettes chargées de ballots y
circulent sans cesse. Cette vitalité, qui fit la richesse de la région, fut
aussi sa vulnérabilité. Car la peste, ce fléau qui traverse les siècles comme
une ombre obstinée, suit les chemins des hommes. Et en Champagne, les chemins
ne manquent pas.
Les premières mentions d’épidémies apparaissent dès le
VIᵉ siècle, mais c’est en 1348, avec la grande peste noire, que le destin de la
région bascule. Troyes, ville drapière et marchande, est frappée de plein
fouet. La maladie devient endémique : chaque décennie du XVe siècle voit son
lot de morts, de maisons fermées, de rues désertées. La peur est telle qu’en
1446‑1447, la ville interdit l’entrée aux Lorrains, accusés de transporter la
contagion. Déjà, la Champagne se replie sur elle-même, tentant de dresser des
barrières contre un ennemi invisible.
Le XVIᵉ siècle ouvre une période particulièrement
sombre. Entre 1516 et 1523, les archives du chapitre cathédral de Troyes
témoignent d’une organisation sanitaire étonnamment moderne : écoles fermées,
malades expulsés vers la campagne, maisons purifiées par le feu, construction
de « maisons des champs » pour isoler les pestiférés. Les autorités religieuses
adaptent les rites : processions encadrées, portes de la cathédrale closes les
jours de fête, chanoines mis à l’écart s’ils ont approché un malade. La peste
n’est plus seulement une maladie : elle devient une force qui dicte ses règles
à toute la cité.
L’épidémie de 1517‑1518 reste l’une des plus
terribles. Elle apparaît en octobre 1517 dans les quartiers bas et humides,
semble s’éteindre durant l’hiver, puis revient avec une violence accrue au
printemps. Boutiot raconte qu’elle « atteignit son paroxysme en juin, en
juillet et en août », avant de s’éteindre en novembre. Les autorités tentent de
contenir le fléau par des mesures strictes. Un document de 1519 ordonne que les
malades soient enfermés chez eux ou envoyés dans les maisons des champs. Ceux
qui sortent doivent porter « verges blanches de la longueur d’une aulne de
Paris », marcher au milieu des rues et avertir les passants de s’écarter. On
imagine ces silhouettes blêmes, tenant leur bâton blanc comme un étendard de
malheur, avançant dans des rues où chacun se détourne.
Mais la peste ne disparaît jamais vraiment. Elle
revient par vagues, parfois faibles, parfois dévastatrices. Quelques cas en
1522, une aggravation en 1524, puis une accalmie jusqu’en 1529‑1530. Elle
réapparaît en 1544‑1547, en 1555, puis avec force en 1562‑1563. Cette année‑là,
Tonnerre est déjà touchée depuis 1561 ; la peste rôde, s’intensifie, se
rapproche. Paris est frappée, Sens aussi, Provins, puis Troyes. Les années
suivantes voient une succession de flambées : 1575, 1576, 1579, puis une
épidémie très intense en 1581 suivie d’une rechute en 1582. La maladie revient
encore en 1586, explose en 1596 et met quatre ans à s’éteindre. Le début du
XVIIᵉ siècle n’est guère plus clément : 1606‑1607, puis 1631 (bénigne), 1632‑1633
(forte), et enfin une dernière grande période de 1636 à 1639. Après cette date,
Troyes ne connaîtra plus d’épidémie officiellement désignée comme peste, mais
la mémoire du fléau reste vive.
Tonnerre, ville hospitalière par excellence, n’est pas
épargnée. Son Hôtel‑Dieu, l’un des plus anciens et des plus vastes de France,
voit affluer les malades venus des villages environnants. Les sœurs, les frères
hospitaliers, les médecins improvisés y affrontent la maladie avec un courage
silencieux. Les registres, quand ils existent encore, témoignent de ces années
où les fosses communes se remplissent plus vite que les cloches ne peuvent
sonner.
Dans les campagnes autour de Tonnerre, de Chaource, de
Bar‑sur‑Seine ou de Chablis, les villages isolent les malades dans des lieux
appelés « terra » ou « serra ». On leur apporte la nourriture au bout d’une
perche, dans le sens du vent, pour éviter toute contamination. Certains
survivent, d’autres non. Les maisons abandonnées, les champs en friche, les
troupeaux sans gardien racontent encore ces années de silence.
Les foires de Champagne, si prestigieuses, jouent
malgré elles un rôle dans la diffusion du fléau. Les ballots de laine, les
peaux, les étoffes, les sacs de grain transportent les puces infectées. À
Troyes, on dit en 1517 que « les laines des drapiers et les vieux linges des
papetiers » ont colporté la maladie. Les marchands étrangers, les forains — mot
qui signifie alors « ceux du dehors » — sont surveillés, parfois refoulés. Les
routes commerciales deviennent des veines par lesquelles circule la mort.
La peste frappe d’abord les quartiers pauvres, les métiers exposés : bouchers, boulangers, tanneurs, drapiers, papetiers, fossoyeurs, prêtres. À Langres, en 1632, les premiers cas apparaissent chez un tisserand et un tanneur. À Reims, en 1635, les 335 maisons infectées se situent presque toutes dans les quartiers misérables. Les riches ne sont pas épargnés, mais ils peuvent fuir, se réfugier dans leurs maisons de campagne, acheter des soins, des remèdes, des protections. Les pauvres, eux, restent.
La médecine, impuissante, tâtonne. On saigne, on
purge, on applique des lapins ou des crapauds sur les bubons, on respire à
travers des éponges imbibées de vinaigre. On prie saint Roch, saint Sébastien,
saint Antoine. On multiplie les processions, les vœux, les ex‑voto. La foi
devient un rempart symbolique contre un mal que l’on ne comprend pas.
C’est dans ce contexte que naissent les croix de
peste. Certaines sont érigées en remerciement d’une protection : un village
épargné, une famille sauvée, une épidémie qui s’éteint. D’autres marquent un
lieu frappé : un carrefour où l’on déposait les morts, un champ où l’on
creusait les fosses, un chemin où l’on isolait les malades. D’autres encore
sont liées à des vœux collectifs : si la peste s’arrête, on dressera une croix.
Ces croix, souvent simples, parfois sculptées, deviennent les témoins
silencieux de ces siècles de peur et de résilience. Elles jalonnent encore les
routes de Champagne, de l’Aube, du Tonnerrois, rappelant que la peste n’a pas
seulement tué : elle a façonné les paysages, les mentalités, les gestes, les
croyances.
Aujourd’hui, il ne reste plus de peste en Champagne.
Mais les croix, les lieux‑dits, les archives, les récits, les silences même,
racontent encore cette histoire. Une histoire longue, douloureuse, mais
profondément humaine. Une histoire où Troyes, Tonnerre, les villages, les
foires, les métiers, les familles ont affronté ensemble un ennemi invisible.
Les croix de peste, colonnes et fûts en France
et en Europe
Plougastel-Daoulas (29)
Le calvaire de Plougastel-Daoulas fut érigé entre 1602 et 1604 pour accomplir un vœu après la peste de 1598. Considéré comme l’un des plus importants de Bretagne, il reprend la structure monumentale des grands calvaires léonards : une base carrée flanquée de quatre éperons percés de baies, chacun orné d’un évangéliste. Une frise sculptée ceinture la plate-forme supérieure où se dressent les trois croix, celle du Christ à double traverse et celles des larrons, entourées d’environ 150 personnages représentant les scènes de la Passion. Le fût et le croisillon de la croix centrale portent des écots, et les statues de saint Roch et de saint Sébastien rappellent explicitement l’origine votive du monument, élevé en remerciement de la fin de l’épidémie.
Le
calvaire de Plougastel-Daoulas est haut d'environ 10 mètres. L'octogone qui
forme le noyau du soubassement a 1,70 mètre de côté. Il est flanqué de quatre
épais contreforts.
Ross-on-Wye
En 1896, la Croix de la Peste était en ruine et sa partie supérieure avait disparu. Elle fut restaurée par la suite. Depuis 1952, elle est classée monument historique de Grade II* et, depuis 1997, monument classé.
Haut du Tôt – Vosges
Sur
ce plateau, recouvert de forêts, ces hommes et ces femmes défrichèrent des
lopins de terre qui appartenaient aux dames chanoinesses du Chapitre de
Remiremont ou au duc de Lorraine moyennant des redevances.
Après
quelques dizaines d’années passées à mettre en valeur ce plateau, les habitants
furent frappés, de 1630 à 1637, par l’épidémie de peste qui décima la
population. Les malades étaient rejetés et isolés. Les morts étaient inhumés
sur place sans aucun signe religieux. Quelques années plus tard des croix
furent élevées sur les lieux des inhumations de ces pestiférés pour que ceux-ci
aient malgré tout une sépulture chrétienne et que les rescapés puissent prier
pour eux.
Ainsi
fut élevée la croix Lambia dont le nom est le sobriquet patois d’André Lambert
qui érigea cette croix en 1654, à la mémoire de ceux qui avaient été enterrés
en ce lieu situé à la limite des sections de Vixard et du Haut des Charmes.
Puis
en 1672, fut dressée la croix Romaric à l’initiative de Jean Romaric
Grandemange de
Remiremont.
Cette croix honore la mémoire de ceux qui sont morts de la peste dans ce
secteur du Haut des Charmes appelé la Grange-Romaric en amont du vallon du
Mourot.
Après
la pandémie, la vie reprit son cours. Des fermes en pierres locales
remplacèrent les granges primitives en bois. Les années s’écoulèrent au rythme
des saisons dans la rudesse du climat et la pénibilité des travaux dans ces
fermes où tout se faisait à la main.
En 1665‑1666, la Grande Peste ravage Londres et plusieurs villages anglais. Pour éviter la contagion, les habitants déposaient l’argent dans une cavité remplie de vinaigre, censé désinfecter les pièces avant qu’un marchand extérieur ne les récupère.
Ces pierres servaient donc de point d’échange “sanitaire” entre zones infectées et zones saines. Bloc de pierre taillé avec une cuve ou cavité sur le dessus
Souvent
gravé de la date de la peste et d’une inscription comme “Plague 1666”.
Certaines sont encore visibles à Eyam, le “village de la peste” dans le Derbyshire, célèbre pour s’être volontairement isolé pour éviter de propager la maladie.
Slovénie
La colonne de la peste de
Maribor
Sur la place principale de Maribor (Glavni trg) se dresse un monument historique majeur : le Mémorial de la Peste, ou Colonne de la Peste (Kužno znamenje). Érigé entre 1743 et 1745 par le sculpteur Joseph Straub, cette œuvre baroque rend hommage à la fin de la terrible épidémie de peste de 1680 qui décima la ville. Elle rappelle avec force le tribut que ces maladies ont imposé à l’Europe au fil des siècles.
LA LÉGENDE DE CROAS AR VOSSEN
En 1598, un jeune couple de Plougastel croisa une vieille femme misérable près du Camfrout, à Guipavas, alors qu’ils revenaient de Brest. Pris de pitié, ils l’aidèrent à traverser l’Elorn jusqu’à Plougastel. Une fois sur la rive, elle révéla être Ar Vossen, la Peste, annonçant qu’elle allait frapper la région. Par gratitude, elle promit d’épargner leur moulin, situé près de Toul ar Groas, sur le chemin de la Pointe de l’Armorique. L’épidémie ravagea tout, mais s’arrêta à leur porte.
Aujourd’hui,
la Croix de la Peste (Croas ar Vossen) rappelle cette légende bretonne.
(monument
en restaurations)
Bildstock
Un Bildstock désigne en Allemagne occidentale, en Autriche, en Moselle germanophone et en Alsace une sculpture religieuse située aussi bien en bordure de chemin qu'en façade d'édifices pour rappeler les affres de la peste. C'est une sorte d'oratoire, le plus souvent composé d'un socle supportant un fût coiffé d'un édicule cubique comportant quatre niches dans lesquelles sont sculptés des saints avec leurs attributs, le tout parfois surmonté d'une croix.
Le terme « bildstock » est d’origine germanique, « stock » signifiant « bâton » et « bild » « image ». Constitué d’un socle, d’un fût de 1,50 à 2 mètres et d’un dé de pierre, creusé de niches susceptibles de recevoir des statuettes en haut ou bas relief et surmonté d’une bâtière, le monument ressemble effectivement à un « bâton à images ». En réalité, il s’agit tout simplement d’une catégorie des nombreuses croix qui jalonnaient les chemins ruraux dès la fin du Moyen Age, et qui ne peuvent se concevoir que si l’on se replace dans le contexte de la foi religieuse, vivante et sincère, de l’époque.
L’ensemble adopte le langage du baroque d’Europe centrale : nuées sculptées, anges protecteurs, symboles de foi et de victoire sur le mal. La peste y est souvent figurée comme une force sombre ou terrassée, tandis que la Trinité domine le sommet, signe de protection retrouvée.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette colonne n’est pas en Autriche, même si elle rappelle les grandes colonnes votives viennoises. Elle appartient bien au patrimoine religieux de la Bavière souabe, dans le petit bourg de Wallerstein, où elle demeure un témoignage de la piété populaire face aux grandes épidémies du XVIIᵉ siècle.
Alsace
À
Steinbrunn, dans le Haut‑Rhin, subsiste une croix de peste datée de 1662, l’une
des plus anciennes et des plus parlantes d’Alsace. Elle fut érigée à la suite
d’une épidémie qui frappa le Sundgau au milieu du XVIIᵉ siècle, dans un
contexte encore marqué par les ravages de la guerre de Trente Ans et les
résurgences de peste qui suivirent.
À Purbach am Neusiedler See, dans le Burgenland autrichien, se dresse une colonne de peste datée de 1759, érigée en remerciement pour la fin d’une épidémie. Adossée à une façade du centre historique, elle témoigne de la persistance des traditions votives en Europe centrale jusque dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle.
Le monument se compose d’un fût baroque en pierre, richement décoré de rinceaux et de motifs végétaux polychromes. Ce fût soutient un chapiteau orné de têtes d’angelots, typique de l’art populaire régional. Au sommet, sous une petite toiture galbée, se trouve le groupe sculpté de la Vierge et l’Enfant, trônant au‑dessus du globe terrestre, symbole de protection et de victoire sur le mal. À leurs côtés prennent place les saints protecteurs de la peste, souvent représentés dans ce type de monuments : saint Roch, saint Sébastien ou saint Charles Borromée.
Par son iconographie et sa composition, cette colonne exprime la gratitude des habitants et leur confiance dans l’intercession mariale face aux fléaux. Elle illustre parfaitement la continuité des monuments votifs tardifs, où la piété populaire se mêle à un décor baroque encore très vivant dans les campagnes autrichiennes. Aujourd’hui, elle demeure un élément marquant du patrimoine religieux de Purbach, rappel discret mais éloquent des épidémies qui ont rythmé l’histoire de la région.
Vienne
Vienne – Colonne de la Trinité (Pestsäule), 1679‑1694
Au cœur du
Graben, à Vienne, s’élève la colonne de la Trinité, monument baroque majeur
érigé après la terrible peste de 1679. L’empereur Léopold Iᵉʳ, qui avait fui la
ville pendant l’épidémie, fit le vœu d’élever une colonne si le fléau cessait ;
ce vœu devint l’un des symboles les plus puissants de la piété impériale.
Une
première colonne en bois fut dressée dès 1679, puis remplacée par l’ouvrage
définitif, inauguré en 1694 après quinze années de travail et de remaniements.
Plusieurs artistes illustres y participèrent : Mathias Rauchmiller,
Johann Bernhard Fischer von Erlach, Paul Strudel, et l’ingénieur italien
Lodovico Burnacini, qui imagina la spectaculaire pyramide de nuages s’élevant
vers la Trinité.
Le
monument, d’une richesse sculpturale exceptionnelle, raconte la peste comme un
châtiment divin écarté par la foi et l’intercession impériale. À la base,
Léopold Iᵉʳ est représenté agenouillé, priant la Foi ; au‑dessus, les anges et
les vertus s’élèvent dans un tourbillon de nuées ; au sommet, la Sainte Trinité
domine la ville.
La colonne
de la Trinité est aujourd’hui considérée comme l’un des ensembles sculpturaux
les plus ambitieux et innovants de l’Europe post‑bernienne. Elle marque la
transition du classicisme vers le baroque viennois, où la ferveur religieuse se
fait théâtre : un monument de gratitude, de puissance et de lumière, dressé au
cœur de la capitale des Habsbourg.
Conclusion :
un paysage européen façonné par la mémoire de la peste
En parcourant l’Europe centrale — de la Bavière au Tyrol, de la Styrie à la Slovénie, jusqu’aux grandes villes autrichiennes — on découvre un phénomène unique : un véritable paysage monumental dédié à la mémoire de la peste. Nulle autre région du continent n’a produit une telle densité de colonnes votives, de croix, de Bildstock, de chapelles et de statues érigées en remerciement pour la fin des épidémies. Ces monuments, parfois modestes, parfois grandioses, forment aujourd’hui un réseau silencieux mais omniprésent, témoin d’un passé marqué par la souffrance, la foi et la résilience.
Les pestes du XVIIᵉ siècle — notamment celles de 1629‑1631
et de 1679 — ont ravagé l’Allemagne du Sud et l’Autriche, emportant jusqu’à
la moitié de la population dans
certaines vallées alpines. Face à ces catastrophes, les communautés ont
développé une tradition profondément ancrée : le vœu votif (Gelübde).
Si la peste s’arrêtait, si le village survivait, alors on érigerait une colonne
à la Vierge, à la Sainte Trinité, ou aux saints protecteurs comme saint Roch,
saint Sébastien, saint François Xavier ou saint Charles
Borromée. Et ces promesses furent tenues, partout, avec une constance
remarquable.
C’est ainsi qu’apparurent les grandes colonnes
baroques, dont certaines sont devenues de véritables chefs‑d’œuvre : la Pestsäule de Vienne (1693), la Dreifaltigkeitssäule de Linz (1723),
la colonne mariale de Salzbourg (1687), ou encore la colonne de la peste de Maribor, érigée sur la place Glavni trg et entièrement
reconstruite en 1743 par le
sculpteur Joseph Straub. Ces
monuments, souvent en marbre blanc, associent la verticalité triomphante du
baroque à une iconographie puissante : la Vierge écrasant le dragon, la Trinité
rayonnante, les saints protecteurs veillant sur la cité.
À côté de ces œuvres monumentales, des milliers de Bildstock — petites colonnes votives
de pierre — jalonnent les chemins, les carrefours, les entrées de villages.
Beaucoup furent érigés ou restaurés après les pestes, devenant des repères
familiers du paysage bavarois et autrichien. Ils témoignent d’une religiosité
populaire vivante, mais aussi d’une volonté de marquer l’espace pour conjurer le souvenir du mal.
L’ensemble forme aujourd’hui un patrimoine exceptionnel, à la fois
artistique, historique et anthropologique. Ces monuments ne sont pas de simples
objets de piété : ils racontent la peur, la perte, la gratitude, la
reconstruction. Ils disent la fragilité des sociétés humaines face aux
épidémies, mais aussi leur capacité à transformer la douleur en mémoire
durable. À travers eux, l’Europe centrale a inscrit dans la pierre une immense
leçon d’histoire : celle d’un continent qui a survécu, qui s’est relevé, et qui
a choisi de se souvenir plutôt que
d’oublier.
Les saints protecteurs : découvrez leur histoire en cliquant sur leur nom.
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