La marquise de Maillé demanda au nouveau propriétaire que
tout soit fait pour que le visiteur ait le « sentiment d’une
présence ». Voulait-elle par-là rappeler sa propre présence ?
Souhait-elle lancer les prémices d’une animation pour que cette demeure en
s’installe pas, à tout jamais, dans l’attitude figé d’un musée sans vie ?
Ou bien désirait-elle saluer, par quelques délicates attentions, le visiteur et
lui laisser, au hasard de sa promenade, le soin de découvrir « l’âme des
lieux », façonnée par deux cents ans d’histoire ?
1787 : Dans deux ans éclatera la Révolution qui, pour
certains sera l’couverture vers une ère nouvelles tandis que, pour d’autres, ce
ne sera qu’un énorme pétard mouillé de sang.
Comment vivait-on sous cet « Ancien Régime » ?
Il y avait, nous dit-on, trois classes : la Noblesse, le Clergé, le
Tiers-Etat. Cette classification n’est qu’arbitraire. La réalité est à la fois
plus simplet et plus complexe. Il n’existait que deux sociétés qui s’ignoraient
et qui n’avaient entre elles que des rapports obligés : la Noblesse et le
Haut-Clergé d’une part, le peuple et le bas-clergé d’autre part.
Cependant, comme les mauvais romans d’amour, un troisième larron allait se glisser entre ces deux protagonistes. Né de l’un comme de l’autre il a nom : Bourgeoisie. C’est son souffle qui déchainera la tempête…
LA MOTTE TILLY
Le nom même de la Motte Tilly indique qu’il y eut ici une
motte féodale, c’est-à-dire un château-fort bâti sur une hauteur.
Tilly signifierait que ce lieu devait être entouré de
tilleuls (lat. Tilia)
Cet emplacement s’élevait au bord de la Seine, à l’extrémité
du parc actuel du château. Le tracé des douves qui l’encerclaient se lit encore
sur le terrain.
La motte Tilly appartint successivement aux seigneurs de
Tilly, aux Maison de Traînel et de Chateauvillain, aux Raguier, aux d’Elbeyne
et aux Noailles. Le 24 mai 1748, le Maréchal du de Noailles cède la terre à
l’abbé Joseph-Marie Terray et à son frère Pierre, Vicomte de Rosières,
Conseiller du Roy.
L’abbé Joseph-Marie Terray né en 1715, n’était alors que
conseiller au Parlement de Paris. Ce n’est qu’en 1769 que, protégé de la
Marquise de Pompadour, il entrera dans le « trimvirat Maupeou » et
deviendra Contrôleur Général des Finances, Ministre d’Etat et Ordonnateur des
Bâtiments du Roi. Les mesures financières qu’il prit pour rétablir le trésor
royal le rendirent parfaitement impopulaire et, en 1774, Louis XVI dut le faire
remplacer par Turgot.
Au XVIIIe siècle, les « abbés de cour » (de
l’araméen abba, père) n’ont que de très
lointains rapports avec les prêtres (du grec
presbuteros, vieillard). Il est logique à cette époque que dans une famille
–même de petite noblesse- l’un des fils fasse une carrière militaire, se marie
et aie des enfants qui prolongeront le nom tandis que l’autre fils devient abbé
et reste –officiellement - célibataire. Cette façon de faire, approuvée par
l’Église, est essentiellement dictée par le désir impérieux de conserver
l’héritage indivis.
Ces fils entrant ainsi « en religion » n’ont, bien évidemment, aucune vocation pour la vie monacale et restent clercs, sans être ordonnés. Faute de la fortune des armes, ils briguent les fonctions honorifiques et recherchent la fortune de l’argent et… des femmes. Jean-Marie Terray ne fera pas exception à la règle, et, puisque la considération vient de l’argent que l’on perd, avec indifférence, aux jeux, des maîtresses qui vous « protègent », de la magnificence du château qu’on possède et du faste des réceptions qu’on y donne, en 1754 devenu Seigneur de la Motte Tilly, il fera raser le vieux château du Moyen-Age et reconstruira une « demeure champêtre » sur une hauteur en retrait de l’ancienne motte.
Les travaux seront confiés en 1755 à François-Nicolas
Lancret, neveu et filleul du peintre, auquel on doit également d’Hôte de ville
de Chaumont et celui de Châteauvillain en Haute-Marne.











