mardi 11 mars 2025

La Porte de Comporté

 La porte de Comporté,  de César, de Preize, Coesaris Porta, Comitis Porta, du Comte, de la Trinité  




La Porte de Preize regardait le faubourg de ce nom. Elle avait été bâtie par César, du temps de l’occupation romaine : ce qui la fit nommer Coesaris Porta, Porte de César. Elle était en pierres dures avec 2 grosses tours et pont-levis. Elle avait 8 clefs. Elle était primitivement assise près de la rue Largentier, qui faisait communiquer les Tauxelles avec le faubourg.

La vieille porte, minée par le temps, fut démolie et rapprochée de la ville sur le bord intérieur du fossé ou marais « qui enceignait Troyes au nord-ouest ». De là vint le nom de Comporté (en 1235), d'autres indiquent que c'est pour le nom des " Comtes ". Suivant la tradition, Comporté signifiait « comme portée », par allusion à son déplacement. Elle prit aussi le nom de Comitis Porta, Porte du Comte, en raison du voisinage du château des comtes de Champagne, qui passaient pour avoir fait construire cette porte. Plus tard, elle fut appelée Porte de Preize, dénomination provenant des Prés ou prairies qui l’avoisinaient.

Cette porte était construite en pierres dures, accompagnée, en dehors du fossé, des deux grosses tours. Au-dessus de la porte, était un corps de bâtiment en bois, et en avant, un pont-levis. Plusieurs corps-de-garde défendaient cette entrée. La porte la plus rapprochée de la ville était couverte  par un cavalier revêtu de pierres dures. A côté de cette porte, existait une espèce de retrait avec meurtrières.

Thibaut V, comte de Champagne, fonda au XIIIe siècle un monastère pour sept religieux de l’ordre de Saint-François, connus sous le nom de Trinitaires, dits ensuite Mathurins. Il les établit près de la porte de Comporté.

En 1388, elle s’appelle Porte de la Trinité. En 1499, la porte de Comporté menaçait ruine. Le conseil de ville décida le 12 mars qu’il fallait démolir la porte et la reconstruire immédiatement. Ce n'est que le 15 février 1507 que l'Assemblée, alors que la porte du Beffroi est en voie d'achèvement, songe aux préparatifs du nouveau chantier. La démolition de la vieille porte de Comporté est entreprise  début 1508, et c'est au mois de mars que Jehan Guayde, qui travaille sérieusement sur le futur ouvrage, présente "un monstre de porte en papier". Les fondations sont jetées au début d'avril. L'édifice est de moindre importance, ce qui permet à Jehan Guayde d'avoir plus de journées libres pour travailler au jubé de la Madeleine. Il quitte le chantier le 15 juillet 1509. En août, la porte est achevée par ses maçons. La nouvelle porte se composait d’un corps de maçonnerie flanqué de 2 tours en pierres dures, ayant des embrasures sur les fossés. Le porche était surmonté d’une chambre du guet, bâtie en bois. Au-dessus de l’entrée, on voyait les armes de France sculptées sur la pierre. En avant du porche était un pont-levis qui reliait la porte à une seconde porte moins fortifiée, couverte par un cavalier revêtu de grès, et une écluse en amont réglait les eaux qui occupaient une surface considérable.

En 1520, la ville fournit le pavé de Preize, à charge d’entretien par les habitants du faubourg. On poussa activement les travaux de fortifications autorisés par François 1er. La Porte de Preize fut reliée aux remparts par un muret un terre-plein sur lequel on établit à l’orient la plate-forme de Comporté.

En 1521, on répara les tours d’enceinte, on construisit des ouvrages en terre, soutenus par des murailles, et l’on forma, en dedans des fossés, une ceinture définitive de galeries percées de meurtrières au frais des habitants. Le zèle des Troyens et leur amour pour la patrie furent constatés par des lettres-patentes de François 1er du 13 avril 1521 : « … ma bonne ville de Troyes, capitale du comté de Champagne est de grande étendue, close et fermée de fossés, portaulx, ponts, boulevards et autres choses requises à forteresse, que Troyes est des villes du royaume la plus propre dans l’occurrence à être tenue en bonne garde, sûreté, fortifications et munitions. Pour continuer les fortifications, emparements et munitions, y fournir et aider, sont accordés à la ville de Troyes des octrois dont les deniers seront employés aux réparations et fortifications, les Maire et échevins ayant l’œil et sollicitude à ce qu’ils soient justement et loyalement employés, à la moindre charge que faire se peut pour les habitants. En conséquence de quoi, ainsi que de leur bonne loyauté, grâce et vraie obéissance, en laquelle ils continuent chaque jour…».

En 1524, François 1er fit de Troyes une place importante. Les fortifications réparées mirent cette ville en état de soutenir un siège. Ces mesures ne la garantirent toutefois pas des tentatives des « Boutefeux, Flamands, Espagnols, Allemands incendiaires stipendiés par l’empereur Charles-Quint ».

En 1539, le roi vint habiter Troyes pendant 2 mois.

En 1543, Guillaume Le Mercier, maire, fit élargir les remparts pour y conduire de l’artillerie. A l’ouest de la porte de Preize, la muraille se prolongeait en droite ligne, elle était percée de meurtrières. Une galerie couverte régnait sur toute la longueur. De cette galerie on arrivait à l’étage supérieur de la porte où se tenait le guet. Une rampe douce conduisait au rempart. A égale distance, entre la porte de Preize et celle de la Madeleine, se dressait la tour des Violettes. Des souterrains de cette tour on communiquait avec le fossé et avec la ville.

En 1588, on répara cette forteresse.

Le 17 septembre 1590, jour de la Saint-Lambert, à 4 h du matin, des soldats royaux arrivèrent par les Tauxelles, franchirent  le fossé, escaladèrent la muraille du Joli-Saut. Les uns se portèrent par le rempart vers la porte Saint-Jacques, qu’ils ouvrirent à leurs compagnons, et, cavaliers et fantassins envahirent le Quartier-Bas. Les autres gagnèrent la porte de Comporté, dont ils s’emparent…

La porte de Preize et son rempart n’eurent rien à enregistrer durant le XVIIe siècle, si ce ne sont les escapades de François Girardon, qui allait s’y livrer à ses goûts pour la sculpture, sous la surveillance de son père dont la maison était voisine du rempart.

En 1740, la porte de Preize tombait de vétusté. Elle fut réparée sous la mairie d’Antoine Camusat. Les tours furent arasées, avec le dessus du porche, sous forme de bastion, que l’on couvrit d’une terrasse entourée d’un parapet. En même temps, les galeries avoisinantes furent abaissées et bordées de parapets raccordés avec celui de la porte. La tour du roi Arthur, celle du Bassin et celle des Violettes furent détruites, et les pierres qui en provenaient entrèrent dans la réparation des murailles.

En 1754, on resserra le fossé, on abattit les vieux arbres qui le longeaient, on nivela le terrain et l’on planta des allées régulières et alignées auxquelles on donna le nom de mail.

En 1755, le pont de pierre de la porte de Preize fut construit, le pavé du faubourg réparé. On établit la chaussée du mail de la porte de Preize, jusqu’à la porte de Saint-Jacques.

En 1780, on bâtit le petit bureau d’octroi à gauche du pont, avant d’entrer en ville.

En 1787, on refit la voûte du porche de cette porte, que des infiltrations avaient compromise, et l’on pava la terrasse.

En 1792, les sans-culottes signalèrent leur haine de la royauté en mutilant les armes fleurdelysées à la façade de la porte, en même temps qu’ils faisaient abattre les bras de la croix de la flèche de Saint Remy.

En 1814, Troyes souffrit beaucoup de l’invasion étrangère. La porte fut maltraitée, on en perça les vantaux à coups de hache, puis on les ferma et l’on amoncela derrière des voitures brisées, des moellons que les alliés firent apporter par les malheureux habitants du quartier. La porte garda les traces de l’attaque que ne soutinrent pas longtemps les alliés devant Napoléon le 23 février. Les Bourbons une fois installés, la municipalité eut hâte de faire disparaître les plaies les plus apparentes de la guerre. Le conseil de ville décida la réparation de la porte de Preize, et démolit en 1817 le reste des tours jusqu’au niveau du sol, on y assit des parapets qui rejoignirent ceux du pont, on réduisit le porche et l’on construisit un portail avec pilastres. En 1831, la grosse tour du Roi fut démolie.

En 1832, on abattit les beaux platanes du fossé, et l’on planta des épicéas sur le talus, le long du mur de la porte.

En 1848, on abattit une portion du rempart à l’ouest de la porte de Preize. On découvrit à la base de l’ancienne tour des Violettes la pierre qui attestait la construction, de ce fort en 1588. Elle fut déposée au Musée. La démolition de cette porte fut suspendue et reprise à plusieurs fois.

Enfin, la porte de Preize, devenue un non-sens par l’absence du rempart, s’affaissa en 1852 sous l’action de la pioche et du marteau.

On trouva en 1853 une petite pièce d’artillerie en bronze aux armes de Troyes qui a été conservée au Musée st Loup.

Porte de Preize vue de l’extérieur
Mine de plomb, rehauts de gouache blanche, papier bistre
H. 0,242 x l. 0,222
Fichot Charles (Troyes 1817-Paris 1903)


Porte de Comporté ou de Preize



Porte des Comtes, de st Lyé, d'Artaud, de Challouet, st Quentin, aux Cailles

 Porte du Château des comtes de Champagne ou de La Tour 


Cette porte du vieux château des Comtes, place de la Tour, fut rasée en 1865. « On a récolté quelques toises de moellons en sacrifiant le seul souvenir monumental du XIe siècle qui fût à Troyes ». Bien, entendu, la démolition des fortifications devenues absolument inutiles, s’imposait comme une mesure essentielle de progrès et d’assainissement.

Ce château était la principale habitation de Hugues, comte de Troyes. Le comte Henri le Large décida l'édification d'un nouveau château qui déplaçait le siège comtal. En même temps le comte faisait donation aux abbés de Montiéramey, de l'église st-Jean. Il devient arsenal et reste un symbole de la puissance comtale.

En ce château eut lieu l'exécution de quarante-neuf protestants, qui y étaient détenus, dans la nuit du 24 au 25 août 1570 sur ordre de Pierre Bélin.


Porte de Saint-Lyé, Sancti Leonis, ou de Provins

 


Au nord, la ville était close par une muraille comme aux trois autres côtés.

Une porte, dont le nom ancien n’est pas venu jusqu’à nous, y était pratiquée. Elle était située à l’extrémité nord de la rue des Sonnettes, faisant suite à la rue du Flacon, et celle-ci à la rue des Trois-Petits-Ecus. Elles formaient une voie qui croisait la rue de la Cité à angles droits. Ces deux voies ayant à leurs extrémités les 4 portes, divisaient la ville en 4 quartiers à peu près égaux. Telle était la première enceinte connue de Troyes sous les Romains, et sous les rois Francs jusqu’à nos Comtes.

On l’appelait au XIVe siècle Porta Sancti Leonis ou Porte de Saint-Lyé, parce qu’en effet elle s’ouvrait dans la direction de cette localité. Nous n’avons rien trouvé qui pût nous renseigner sur l’histoire non plus que sur la forme de cette porte. Elle était très rapprochée de la vieille tour, au pied de laquelle les comtes de Troyes construisirent un de leurs châteaux-forts au XIe siècle.

La porte de ce château, bel échantillon d’architecture militaire de ces temps reculés, a traversé 7 siècles, respectée par le temps et le vandalisme même de 1793, que pour s’affaisser sous la pioche des démolisseurs du XIXe siècle.


Porte d’Artaud, de la Girouarde, du Comte, ou de la Juiverie  

I A 

L’aspect occidental de la ville était limité par un mur, de l’angle sud-ouest de la vieille tour construite par les Romains aux nord-ouest.

Une porte s’ouvrait de ce côté, au lieu même où commence la rue de la Cité.

En 451, Attila, roi des Huns, après la bataille de Méry, se présenta sous les murs de Troyes.

Furieux de sa défaite, il menaçait et du fer et du feu, toutes les bourgades qui ne se rendaient pas à discrétion.

C’est du haut de la porte de la Girouarde que Loup évêque et gouverneur de Troyes fit au farouche guerrier Attila cette question : « Qui es-tu toi qui ravages les campagnes, qui détruits les cités et qui en égorges les habitants ? ». Et le roi barbare de répondre : « Je suis Attila, le fléau de Dieu ». Alors l’évêque répliqua : « Moi, je suis Loup, gardien du troupeau que Dieu m’a confié. Viens, ô ministre et fléau de mon Dieu !... Va où bon te semble, tout t’est soumis puisque Dieu le veut ainsi ».

Le prélat fit ouvrir la porte, en descendant, il alla au-devant d’Attila, le salua, et, prenant la bride de son cheval, il le conduisit à son palais.

La légende rapporte qu’adouci par les paroles de l’évêque, le roi des Huns traversa la ville avec sa troupe, et, comme frappé d’aveuglement, il en sortit sans offenser qui que ce fut.

Arrivé à la porte des Ursaires, Attila prit congé de Loup, en se recommandant à ses prières.

Le souvenir de cet événement fut consacré par une procession faite annuellement le 29 juillet, par les religieux de l’abbaye de Saint-Loup. On y portait solennellement les reliques du saint évêque protecteur de la cité, et à l’emplacement de la porte où saint Loup avait reçu Attila, on, déposait la châsse, et l’on chantait l’hymne « Adeste cives… », en l’honneur du sauveur de Troyes, ce qu’ont fait ensuite les chanoines, lorsque l’abbaye n’existait plus.

 En 1120, la porte s’appelait Porte d’Artaud, sans doute à cause du voisinage du logis d’Artaud grand chambellan du Comte Henri 1er.

En 1270, elle était nommée Porte du Comte, puis porte de la Juiverie et enfin depuis le milieu du XIV° siècle, elle eut le nom de Porte de la Girouarde, qu’elle partageait avec le pont qui la précédait extérieurement et sous laquelle passe le Ru-Cordé.

Elle fut démolie en 1688.

 

Porte de Challoël ou Chaillouet

La porte de Challoël regardait la rue des Tauxelles et conduisait aux moulins Brûlés et au quartier de Chaillouet. Dans un titre de propriété de 1409, on trouve la mention suivante : « Rue de Nervaux qui est dès les moulins de la Tour par laquelle on va à la porte de Chaillouet, derrière la Poterne de Saint-Quentin ». Elle figure sur le plan de 1697, dressé par l’ingénieur Parisot. Cette porte était assise en dedans du fossé d’enceinte en avant de la porte de Saint-Quentin. La porte de Chaillouet disparut au XVIIe siècle.

Porte de Saint-Quentin

Moulin de la tour

Nous trouvons, dès 1214, dans un acte de donation au profit de la maladrerie des Deux-Eaux, mention de la porte ou plutôt de la poterne de Saint-Quentin, qui n’a jamais été qu’un dégagement très secondaire.   

Au Nord et à l’extrémité de la rue de Molesme, se dressait la porte de Saint-Quentin, sur le bord intérieur du cours d’eau du moulin de la Tour.

Nous trouvons cette porte également mentionnée en l’an 1299, et elle existait encore au XVIe siècle.

Elle devait son nom au Prieuré de Saint-Quentin qui était dans son voisinage. Près de là se trouvait la porte de Challoël. Cette porte était assise en dedans du fossé d’enceinte en avant de la porte de Saint-Quentin.

En 1514, la porte est aussi appelée poterne de Saint-Quentin, « en avant du ru Cordé ». Une poterne était une petite porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant.

 

La Porte aux Cailles, ou des Urnes

Pont aux Cailles et rue st Jacques
la maison où est né Simart (1806)

Une note de 1157, indique que la porte aux Cailles existait déjà à cette date.

Sous Thibault IV, le quartier-Bas de Troyes est entouré de portes. La ville s’agrandit en tous sens. Elle eut pour limite, à l’est, le cours d’eau du Pont-aux-Cailles, où fut assise la porte du même nom, ainsi appelée en raison des innombrables cailles qui peuplaient les jardins de l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires.

Elle s’élevait à peu près au milieu de la rue Saint-Jacques, et fut plusieurs fois réparée. Détruite en 1697, elle ne fut entièrement démolie qu’en 1723. 

Le vieux pont de pierre, très solidement construit en dehors de la porte est resté sous la rue Saint-Jacques.


le pont Ste Catherine vers 1930



Porte st Jacques

 La Porte Saint-Jacques, Porte Dorée, ou des Sans Culottes  




Porte st Jacques au XVIe


Cette porte tenta souvent le crayon ou le pinceau de nos plus habiles artistes qui nous donnent une vue exacte de ce monument aujourd’hui disparu. Médiocre mais incontestable compensation que ces images, pour les archéologues, les historiens et les artistes, qui se seraient tant réjouis, s’ils pouvaient contempler, encore debout, l’édifice dont les pierres désagrégées et dispersées ne parlent plus.

Erigée à la naissance d’une des principales artères de la cité troyenne, imposante et gracieuse à la fois la porte Saint-Jacques se distinguait des autres portes de Troyes, généralement lourdes et massives, par des proportions sveltes et élancées.

 Le comte Thibaud IV qui s’était rebellé avec d’autres grands féodaux contre la couronne en 1226, s’était remis l’année suivante sous l’autorité royale. Alors ses anciens alliés « commencèrent à gaster la terre au comte de Champagne, car ils l’avaient en grande haine pour ce qu’il s’était accordé au roi ». Les années 1229-1230 virent l’invasion et la guerre en Champagne. C’est en cette période que Thibaud IV fortifia ses possessions.

A Troyes, l’enceinte s’arrêtait alors, à l’est de la ville, au ru aux Cailles, et s’ouvrait par la porte aux Cailles. Thibaud IV porta la nouvelle enceinte plus en avant, toujours dans la direction de l’est, et fit creuser de grands fossés pour la protéger. L’issue de la ville sur ce nouveau rempart s’ouvrit au-delà de la porte des Oursiers, par une nouvelle porte, dans la direction du bourg Saint-Jacques. Le nom de porte Saint-Jacques ne lui fut pas donné de suite : en 1239, elle est citée comme étant « la porte entre la porte des Orsiers et le bourg Saint-Jacques ».  Elle avait 15 clés.

 Cette porte était une redoutable défense, avec ses meurtrières, mâchicoulis, pont-levis… Elle se composait d’un corps de maçonnerie flanqué de 2 tours à 3 étages, au milieu desquelles se dressait un avant-corps servant d’appui à 2 contreforts, qui supportaient de leur côté des tourelles assises sur un cul-de-lampe chargé de moulures. Au-dessus de l’entrée du porche était un cadre en ogive formé de grosses saillies, et, sur le grand comble du monument, s’élevait un clocher percé sur chaque pan d’une ouverture dont le haut était taillé en trèfle. La pointe de l’aiguille qui terminait le clocher était formée par un épi à fleurons de plomb. On ne comptait pas les fleurons de plomb qui dessinaient sur les portes ou se détachaient sur les toits. L’azur, le vermillon, le sinople, l’or, se mariaient ici et là dans une savante harmonie.

 Cette porte fut magnifiquement décorée, la ville apportant tous ses soins pour embellir cet ouvrage militaire. Ses toits étaient couverts avec 46.500 ardoises. Il y avait 9 bannières d’airain et de cuivre fin, mobiles sur leur axe et tournant au gré des vents. Une bannière « pour le guet de Saint-Jacques » était faite de toile perse bleue semée de fleurs de lys jaunes. De plus, la Ville fit embellir la porte de peintures ornementales qui firent la renommée de cette porte dont l’« Annonciation de la Vierge » (thème favori), peinture sur bois. Des sculptures, des statues (dont un grand « Saint-Jacques »), dues aux ciseaux d’artistes de renom, tels que Jacques Le Cordouanier, complétaient la décoration. Sur la façade principale se découpaient les armes de France et celles de Champagne, peintes d’azur, et dorées à l’or fin. Tous ces ornements, ces décorations multiples, justifiaient amplement, à n’en pas douter, l’appellation courante de la porte Saint-Jacques. Pour le peuple, pour tous et pour chacun, c’était la « Porte Dorée » ! « Le bon troyen n’y passait jamais sans relever instinctivement la tête, sans la saluer toujours du même et fier regard ». 

Sa reconstruction fut envisagée au début de l’année 1395, et dura jusqu’en 1403. De 1461 à 1463, la ville parfait la porte en la réparant et en la décorant. Au XVe siècle, le terrain, compris entre la porte Saint-Jacques et le bras de la Seine qui sépare la ville du faubourg, fut réuni à la ville, afin d’établir un « ravelin », ouvrage avancé des fortifications, dressé pour protéger cette porte. Jehan Gayde commence le 15 octobre 1513 les travaux de maçonnerie au chevet du boulevard de la porte Saint-Jacques. Ces travaux, menés rondement, sont achevés à la fin du mois de novembre. Ce bâtiment de la porte Saint-Jacques, toujours entretenu et de solide construction, traversa le temps sans encombre jusqu’au XIXe siècle. Cet édifice militaire se trouvait être la plus ancienne des portes fortifiées de la ville de Troyes.     

  Chaque âge se plaisait à rappeler les événements notables accomplis à la porte Saint-Jacques, et les générations s’en transmettaient le récit d’abord fidèle, détaillé, puis amplifié. Le 10 juillet 1429, c’est par la porte Saint-Jacques que Jeanne d’Arc était sortie, à la tête de l’armée libératrice qui conduisait Charles VII au sacre de Reims. C’est à la Porte Dorée que, le mardi 5 avril 1594, se présenta le héros envoyé par Henri IV pour hâter la soumission de la ville à l’autorité royale. Les négociations furent courtes : les Troyens voyaient dans la reconnaissance du Béarnais comme légitime souverain le terme de toutes les misères engendrées par la guerre civile, et l’allégresse se donnait alors libre cours, car la reddition de la ville de Troyes entraînait la sujétion de toute la province de Champagne. A la visite de Louis XV, le 12 novembre 1744, une réception solennelle avait été organisée aux abords de la porte Saint Jacques. Les milices, les autorités attendaient là le « Bien-Aimé », qui fit son entrée au milieu des salves de l’artillerie et des vivats d’une population en délire. Le 3 avril 1805 fut pour la porte Saint-Jacques une date mémorable entre toutes, un jour à inscrire à perpétuité dans ses fastes. Elle vit passer sous son porche le grand Napoléon, acclamé par les habitants du Quartier-Bas. Moins de 10 ans après, le 5 février 1814, l’Empereur repassait sous la porte Saint-Jacques, cette fois, sans concours de peuple ni cris joyeux, au milieu du silence et de la consternation. D’autres guerriers, d’autres souverains suivaient de près, et les alliés traversaient deux jours plus tard l’antique porte « humiliée et comme déchue ». Un heureux retour de la fortune ramenait bientôt l’armée française et son chef refoulant les troupes ennemies vers Brienne et Bar-sur-Aube. Le Quartier de Saint-Jacques résonnait de nouveaux cris d’espérance. C’était le 25 février. L’illusion de dura guère, et le désastre définitif était proche. Le 29 mars suivant, à 10 h du soir, Napoléon rentrait à Troyes par la porte Saint-Jacques, obscure et muette, qui le voyait pour la dernière fois. La vieille Porte Dorée revêtait un nouvel aspect de fête, le 17 septembre 1828, ses peintures étaient rafraîchies en l’honneur de Charles X, qui venait ce jour-là visiter la cité troyenne. Le roi fut reçu sous un arc de triomphe, puis il pénétra dans la ville au bruit des cloches et des acclamations des habitants, qui remplissaient les rues décorées de feuillage et de draperies blanches. Avec l’entrée de Louis-Philippe, le 29 juin 1831, l’antique porte Saint-Jacques assistait à une dernière solennité royale et ne devait plus retentir de pareilles décharges de mousqueterie.

Combien de personnages considérables, princes ou seigneurs, la porte Saint-Jacques ne vit-elle pas défiler pendant le cours des siècles ! Le nom de la porte Saint-Jacques avait été mêlé à une foule de faits notables de l’histoire locale. Malheureusement, dans le cours du XIXe siècle, à Troyes comme ailleurs, le caprice administratif a renversé trop de monuments pouvant être conservés à l’admiration des archéologues et des touristes, car ils étaient de curieux spécimens qui dotaient notre ville d’un caractère et d’une physionomie qu’on ne lui rendra jamais. Ce fut un dépit, mélangé de colère pour les générations suivantes, ressenti à la pensée que ce sont des bras humains qui ont tranquillement installé la sape et la mise aux fondements d’édifices aussi solide que la porte Saint-Jacques ! 

Une démolition exécutée froidement par une administration aveugle, de complicité avec une population ignorante ou insouciante. La porte Saint-Jacques, vieille de plus de 4 siècles, ayant traversé les vicissitudes humaines, avait survécu à l’action du temps, résisté aux colères de la nature, soutenu le choc des invasions, lorsqu’on s’aperçut un jour qu’elle gênait la circulation ! Les voitures de paille et de foin ne pouvaient pas passer sous son porche ! « Les trois sources de la richesse nationale, l’agriculture, l’industrie, le commerce, étaient atteintes, sinon taries. Il fallait vivement supprimer l’obstacle à la prospérité publique ! ». Quelques archéologues élevèrent bien certaines réclamations en faveur d’un édifice considéré comme un échantillon rare, peut-être unique, d’architecture militaire. Des esprits positifs opinèrent qu’on aurait probablement tort de sacrifier à la légère un bâtiment qui « avait coûté cher de beaux deniers et représentait un important capital ». Enfin, des citoyens « simplement avisés proposèrent de conserver la porte sans empêcher l’accès des fameuses voitures chargées à la perche : on pouvait se contenter de décrire de chaque côté un passage demi-circulaire ! ». De nombreux appels en grâces eurent lieu en faveur d’un monument condamné à la démolition.

 La prise de Saint-Dizier en 1544, avait fait de la ville de Troyes un rempart de l’ancienne France, et, du côté de la ville où est située la porte Saint-Jacques, la première barrière à opposer aux irruptions des Allemands. Aussi, François 1er avait-il mit tous ses soins à fortifier cette entrée, qui n’était alors fermée que par le bras de la Seine qui coule entre Saint-Nizier et Saint-Martin-ès-Aires. Ce fut le grand duc de Guise, gouverneur de la province qui vint ordonner et presser les ouvrages. Et, ce qu’il est intéressant de rappeler, parce que c’est encore un témoignage de patriotisme de nos ancêtres, les frais de cette porte et des fortifications furent faits en grande partie et spontanément, par les habitants de Troyes.

Rebaptisée Porte des Sans Culottes en 1793, la porte Saint-Jacques est démolie fin avril 1832, le conseil municipal considérant que : « notamment dont la ruine paraît très prochaine, et offre beaucoup de danger pour la circulation, que par conséquent on ne peut différer de l’abattre ». Il existe pourtant une rescapée de cette disparition, que l’on peut encore voir juchée au sommet de la tour de l’église Saint-Nizier. Il s’agit de la cloche du guet de la porte Saint-Jacques qui prenait place dans le petit clocher au-dessus des combles.

 Ce bâtiment de la porte Saint-Jacques, toujours entretenu et de solide construction, traversa le temps sans encombre jusqu’au XIXe siècle. Cet édifice militaire se trouvait être la plus ancienne des portes fortifiées de la ville de Troyes. Ainsi disparut, et c’est fort regrettable, la plus ancienne porte fortifiée de la ville de Troyes, dont le souvenir nous est gardé par les nombreuses vues du XIXe siècle.

 Disparurent aussi, l’une après l’autre, les diverses parties de l’imposante ceinture de pierre de la ville de Troyes !

Porte st Jacques, annuaire de l'Aube 1894


Porte st Jacques, début du XIXe





Porte de la Planche Clément ; Porte st Denis ; Arche du ru Cordé

 Porte de la Planche-Clément, de Chappes, Porta de prato Episcopi, ou du Pré-l’Evêque



En 1191 cette porte avait pour nom Porta de prato Episcopi, ou Pré-l’Evêque,

Au sud, Troyes s’étendit au-delà du bourg Saint-Denis et du jardin du palais des comtes, c’est-à-dire jusqu’au bout du cloître Saint-Etienne, où s’éleva en 1304, la porte de la Planche-Clément ou de Chappes.

C’est par cette porte que les seigneurs de Chappes, alliés aux comtes de Champagne, venaient en leur hôtel, près des Jacobins, lorsqu’ils ne préféraient pas y venir en bateau par le ru Clément.

C’est par là que nos comtes héréditaires se rendaient dans leur maison de plaisance nommée la Bretosche, au Pré-Lévêque, au-dessous du Vouldy.

Elle figure encore au plan de 1697.

A l’occident, Troyes eut pour borne un autre bras de la Seine dont on faisait remonter les eaux par des portaux établis à l’entrée de Croncels, et qui, tournant du côté de Sainte-Savine, vers le pont de la Cour enfermait la ville de son long circuit jusqu’au lit principal de la Seine.

La porte de Planche-Clément, avait 16 clefs, deux petites tours, une herse et un pont-levis.

Au-dessus du corps principal, il y avait une chambre en bois et en saillie où se tenait le guet.

Elle était richement décorée : une Annonciation et, au-dessus du passage de la porte, des fleurs de lis, 2 anges tenant l’écu de France couronné et des bannières peintes d’or et d’azur, ainsi que les armes de Champagne.

Une grosse cloche existe dans la tour, que l'on ne sonne ordinairement que pour avertir de quelque danger.

Cette porte se tenait à côté de la tour Saint-Antoine, près du jardin de Chevreuse.

Isabeau de Bavière en 1390, puis Charles VIII et la plupart des rois y font leur entrée. Elle est détruite en 1820.

 

Les remparts de la Planche-Clément

Les remparts de la Planche-Clément


Les remparts de la Planche-Clément se caractérisaient surtout par les arches de la Planche-Clément qui furent aussi quelquefois appelées le Grand-Anneau. Ces trois arches, dont l’origine remonte au XIIIe s., furent édifiées sur l’entrée des eaux du canal de la Planche-Clément de la ville. La courtine du rempart construite sur ces arches était consolidée par deux piliers hémicylindriques assis sur des becs en éperon entre chaque arche, dont l’accès était défendu par des grilles. A la fin du XVIe s. un grand corps de garde garni de mâchicoulis était édifié au-dessus des arches pour renforcer la défense. Une grosse tour, dont le plan était en U, appelée le plus souvent tour de la Planche-Clément et parfois tour Hercule, flanquait ces arches. Cette tour qui était voûtée sur deux niveaux, fut déjà réparée en 1434 et ne semble avoir été recouverte d’une toiture qu’en 1438 seulement. Elle arriva au XIXe s. sans avoir changé de beaucoup et on y voyait encore des meurtrières. Elle ne fut pas renforcé de canonnières en 1544 comme certaines autres grosses tours car cette même année, on construit près des arches, un boulevard de pierre appelé boulevard de la Planche-Clément. Un boulevard en bois avait été construit en 1465 pour défendre l’endroit et dans les fossés un moineau, aussi en bois, y était déjà édifié en 1482. Ce moineau ne fut démoli qu’après 1529. Toujours dans les fossés, non loin des arches se trouvaient depuis fort longtemps, un vannage important et un grand déversoir que l’on appelait la décharge du Gouffre.

A l’intérieur de la ville, le long du rempart, entre les arches de la Planche-Clément et la tour de Chappes, fut édifiée une plate-forme en 1514. Elle fut renforcée de casemates et de canonnières par le maitre-maçon Jean Bonvoisin en été 1544.

Cette même année, Monseigneur de Villiers, commissaire aux fortifications, ordonna la construction d’un boulevard de pierre, certainement à l’endroit même du vieux boulevard. Le maitre-maçon Pierre Collet en assura les travaux en septembre et octobre 1544. On donna à ce boulevard les noms de boulevard de Villers ou de boulevard du Gouffre. Ses murailles et ses canonnières furent démantelées aux XVIIe – XVIIIe siècles. La plate-forme disparut aussi.

Au XIXe siècle, on démolit les murs des remparts de la tour de Chappes, encore appelée tour Enéas, disparut après 1832. Elle n’existait plus en 1939.

Les arches de la Planche-Clément, flanquées de la tour Hercule subirent le même sort, quelques années plus tard.

En 1856, on abattit la tour Hercule et les courtines au-dessus des arches en ne gardant seulement que les deux piliers hémicylindriques. Cet ensemble a heureusement été photographié avant sa démolition. Les arches quant à elles, servirent de pont, connue sous  le nom de pont Saint-Catherine, et demeurèrent jusqu’en 1944, année où les allemands en fuyant devant la progression des Alliés, les firent sauter. Les dégâts causés provoquèrent la démolition complète de ces derniers vestiges des anciennes fortifications de la Planche-Clément.

Extérieur du rempart, tour Hercule,
entrée du canal de la Planche-Clément,
au 1er plan, pont de la Paix


Porte du Bourg Saint-Denis, Jaulme, Jaulne, Jaune

Au midi, depuis la cathédrale, la clôture s’étendait dans la direction de la rue du Vert-Galant, dont le vieux mur, du côté du nord semble être un reste et se prolongeait jusqu’où passe le canal. A l’endroit où la rue des Trois-Petits-Ecus vient aboutir à angle droit à la rue du Vert Galant, était la porte Jaulme ou du Bourg Saint-Denis, dont elle était voisine. Elle regardait la voie qui mène au Pré l’Evêque. Au XVIe siècle, cette porte donna matière à un procès entre le chapitre de Saint-Pierre et celui de Saint-Etienne, en conséquence duquel elle fut démolie en 1548.

A gauche, en entrant dans la rue des Trois-Petits-Ecus, on voyait encore en 1825 la rampe du rempart pour monter à la plate-forme ou terrasse, dont on a fait depuis le promenoir de l’hospice.

Lors de la pose des conduites pour les eaux des bornes-fontaines de Jaillant-Deschainets en 1853, on trouva les fondations de la porte Jaulme.

 

 Les arches du ru Cordé

 L’origine de ces arches remonte au XIIe siècle. Déjà à cette époque, elles furent établies sur l’entrée des eaux dans la ville qui forment le ru Cordé ;

Ces deux arches de pierre fermées par des grilles supportaient la courtine du rempart. Un petit corps de garde faisait saillie au centre de la courtine. En 1566, on venait  de faire à neuf deux grosses portes de bois pour fermer ces arches ou permettre d’ «  entrer les basteaulx en ladite ville et sortyr dicelle toutes les quantesfoys que besoing sera ». La défense de ces arches était assurée par deux tours qui les encadraient : la tour Saint-Thomas et la tour Saint-Dominique.

Aucun renseignement sur la tour Saint-Thomas ne subsiste.  La tour Saint-Dominique quant à elle était un grosse tour ronde et voûtée, et ne semble avoir reçu une toiture qu’en 1438. Elle subit d’importantes modifications en 1544 quand on entreprit la fortification de la plate-forme des Jacobins.

Au XVIIe, cette tour état gardée « pour servir de prisons aux soldats lorsqu’il y en a en garnison en cette ville ». Et en 1676, Edmé Bourgeois, maitre-maçon devait y faire des réparations en raison des dégâts causés par les prisonniers. La tour Saint-Dominique garda cette destination jusqu’en 1689 au moins. Au XVIIIe, elle servait d’entrepôt de matériaux.

Tout contre cette tour et le long du rempart, dans la direction de la Planche-Clément, fut édifiée une grande plate-forme de 1529 à 1532 ; trois maitre-maçons vinrent alors y travailler : Nicolas Dadonot, Nicolas Josselin et Martin de Vaulx. Plus tard, la fortification de cette plate-forme fut assurée par Jean Mauvoisin, du 22 juin à la fin du moins d’août 1544. On pénétrait dans les casemates de la plate-forme garnie de nombreuses canonnières par une entrée pratiqué au pied de la tour Saint-Dominique.

Dès 1650, les terres de cette plate-forme furent en partie enlevées. En 1614, la courtine de celle-ci était tombée dans le fossé. La tour Saint-Thomas disparut avant la tour Saint-Dominique. Au début du XIXe, on rasa la tour Saint-Dominique et les arches furent démolies pour permettre la construction du grand bassin du canal.


 



La porte de la Tannerie ; porte de la Rompure

 La porte de la Tannerie



Nous ne la trouvons pas dans les anciens titres, avant 1349.

La Porte de la Tannerie était située au sud de la ville, à l’extrémité de la rue de la Grande Tannerie, à laquelle elle devait son nom.

Il n’est fait aucune mention de cette porte dans les anciens titres avant le XIVe siècle. Elle parait n’avoir été qu’une « poterne ». Une poterne était une petite  porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant. Placée dans le bas des courtines, au niveau des fossés, elle était généralement sous la protection des meurtrières d'une tour proche ou d'une bretèche  (petite construction en surplomb au-dessus d'une porte constituée d'une ouverture permettant de lancer des projectiles à la verticale de l'ennemi).

Elle avait une grosse tour percée de canonnières (avec les arches du Ru Cordé et la Tour Saint Dominique), un pont-levis et une herse, un corps de garde. Elle possédait 13 clefs.

         Ouverte dans le rempart, cette entrée donnait accès chez les tanneurs pour introduire dans leurs ateliers les matières premières. Des raisons d’utilité publique et des faveurs particulières de la part des comtes de Champagne avaient fait assigner aux tanneurs le côté sud de la ville, arrosé par les traversins de la Seine pour les besoins de leur industrie, et pour ceux des teinturiers établis en amont sur les mêmes traversins, dans un quartier uniquement occupé par ces derniers. Les produits des tanneries formèrent longtemps une des branches importantes du commerce Troyen.

         Au commencement du XVIe siècle, la porte de la Tannerie était fort basse et dominée par le rempart.

         Eloignée des grandes voies, la porte de la Tannerie eut une existence très monotone. Elle n’eut rien de solennel à enregistrer dans ses annales. Elle ne vit passer sous ses arches que des cuirs verts, du tan et d’autres matières propres à l’industrie des tanneurs, des chamoiseurs et des mégissiers, habitants exclusifs de cette partie de la cité.

Dès 1552, les tanneurs étaient tenus de garder leur porte, dont ils répondaient à l’autorité municipale.

En 1668, on construisit la chaussée qui longe le cours d’eau depuis la porte de la Tannerie jusqu’au pont de Jully. On prit les jardins qui y aboutissaient, et l’on rendit le chemin praticable.

En 1723, la porte de la Tannerie tombait de vétusté. Un accident éveilla l’attention de l’autorité : des pierres calcinées se détachèrent de la voûte et faillirent écraser des voituriers qui passaient dessous. M. Toussaint Gouault, remplissant alors les fonctions de maire la fit démolir et reconstruire, avec économie et solidité. Une simple voûte à plein cintre de 3 toises environ sous clef couvrit le porche, avec un avant-corps sur le mur du rempart. Le dessus fut pavé et bordé de parapets. On y montait à gauche, intérieurement par une rampe douce. Ces pierres, ainsi que celles du Filoir des Cordiers, sont conservées au Musée de Troyes.

En 1754, on répara le pont de la porte de la Tannerie, dont on raccorda le sol avec la nouvelle chaussée établie le long du cours d’eau du déversoir de Croncels.

En 1787, le pont de la porte de la Tannerie fut reconstruit entièrement des pierres provenant de la démolition des restes de la porte aux Cailles. La porte de la Tannerie demeura alors sans nécessiter de réparations.

La suppression des remparts vint en 1838 « troubler la quiétude profonde de la Porte de la Tannerie ». Le rempart fut abattu pour occuper les ouvriers sans ouvrage, mais la porte eut un sursis.

Peu de temps après,  la porte fut attaquée par le marteau et la pioche, « bientôt il n’en resta plus vestige ». Elle est démolie définitivement en 1845.

Une barrière de bois ferma la ville pour la nuit vers le bureau d’octroi qui ne tarda pas à avoir le sort de la porte.    

 


 

Porte de la Rompure

A distance égale du bastion et de la porte de Croncels s’ouvrait sous le rempart un petit passage voûté, connu sous le nom de Porte de la Rompure.

Ce passage, au bout de la rue du Gros-Raisin et de la rue des Bons-Enfants habitées par les tondeurs et apprêteurs de draps, était spécialement affecté à leur usage. La ville leur donnait à bail le terrain compris entre le pied des murailles et le bras de dérivation de la Seine.

Ils y tendaient au soleil les draps fabriqués à Troyes, sur des rames disposées par gradins, depuis le déversoir de Croncels dit « le bouillon », jusqu’à la porte de la Tannerie.

La garde de ce passage était confiée aux maîtres tondeurs.

 

 

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