dimanche 1 juin 2025

Les cloches : Troyes, ND de Paris, Honfleur

 

« D'où viens-tu ? - Je viens de Troyes.

Qu'y fait-on ? - L'on y sonne » 

Ce dicton est resté six siècles en vigueur dans la France entière !!




 Le principe de la cloche a été trouvé lorsque l’homme a pu durcir au feu un vase d’argile qui était un instrument musical pouvant répondre à la percussion. Avec l’art de fondre et de forger les métaux, la cloche fut mise en usage cinq ou six siècles avant J.C.

Jusqu’au IXe s. il existait des cloches en cuivre ou en fer battu. Les chrétiens adoptent la cloche en France vers l’an 550. Elles sont faites pour parler à notre cœur : elles se réjouissent pour ceux qui sont dans la joie, elles s'affligent avec ceux qui pleurent. Elles ont chanté sur notre berceau, elles ont carillonné au jour de notre mariage, elles égrènent leur plainte quand la mort frappe autour de nous. Elles sonnent l’union lors d’un fléau, incendie, guerre…

Souvenez-vous ce que disaient les cloches au jour glorieux, tant attendu, le 8 mai 1945 ! 

Rabelais dit qu’une ville sans cloches est comme un aveugle sans bâton, et un dicton : " un valet paresseux, un âne et une cloche ne valent que si on les frappe ".

Au XIIIe s., le Beffroi est le lieu où est élu le Gouvernement de Troyes. Sa tour renferme une grosse cloche qui sonne pour les assemblées générales de la Saint Barnabé, à la Fête-Dieu et la veille de la nativité de la Vierge (" en faisant la procession des bourgeois de la ville, sauf en 1416 pour occasion des gens d'armes qui étaient environ de Troyes "). On la met aussi en branle lors d’événements historiques, comme lors de l’entrée dans la ville de l’évêque Jean Léguisé, elle sonne le tocsin, lors d’incendies, de guerre. Il faut plusieurs hommes pour la mettre en mouvement.

Troyes était très fière de cette grosse cloche, qui avait une grande renommée dans tout le royaume. Mais en 1521, lors de la venue à Troyes de François 1er, elle se casse. Elle n’est pas encore remplacée lorsque, lors du terrible incendie de 1524, le Beffroi disparaît dans le brasier.

Nous rencontrons nombre d’enseignes au XVIe s. : Aux 3 cloches, A la cloche d’or, A la cloche d’argent, Hôtellerie de la Cloche (Place du Marché au blé), rue des Clochettes, rue de la Cloche… en 2011, il ne reste que l’Impasse de la Cloche, près du pont des Marots.

La cathédrale possède 4 cloches (il y en avait 10 en 1220), le bourdon de 9 t. + 1 timbre (le plus ancien du département de 1427), et 1 cloche pour l’horloge. La coulée d’une cloche est une grande fête. En 1827, pour le bourdon sur la place de la Cathédrale, la foule est si considérable, que l’on doit faire venir un détachement de pompiers pour la contenir. 19 hommes sont nécessaires pour sonner les 4 cloches, dont 9 pour le bourdon seul. Depuis 1925, grâce à l’électricité, il suffit de presser sur un bouton pour mettre en branle les cloches.

Depuis le XIIIe siècle, toutes les cloches muettes depuis le Jeudi-Saint, se mettent en branle le Samedi-Saint, mais ne peuvent le faire avant que les cloches de la cathédrale n’aient donné le signal.

A partir de 1567, il est interdit de sonner les cloches pendant la nuit, sauf celles de la cathédrale qui servent au guet pendant les troubles, et en cas d’incendie.

En 1630, pendant leur séjour à Troyes, Louis XIII, Marie de Médicis étant logés à l’évêché et Anne d’Autriche à Saint-Martin-ès-Aires, pour ne pas troubler leur sommeil, le sonneur s’est abstenu de sonner, même pour le jour de Pâques !

A partir de 1653, une des grosses cloches sonne tous les soirs de 19 h 30 à 20 h, pour avertir les soldats de la garnison, qu’ils peuvent rentrer chez leurs hôtes.  

Saint-Jean, deux grosses (six en 1441), une petite, un timbre et deux petites cloches pour l’horloge, 28 t : " On les sonnera en cas de tonnerre ou orage, tant de jour que de nuit, même en cas d'incendie ou d'alarme ". A la Révolution, cinq sont descendues. Le clocher, situé à l’angle sud-ouest de l’édifice s’est effondré dans la nuit du 23 au 24 mai 1911 lors de l’enlèvement de deux étais, emportant avec lui la façade occidentale pendant les travaux de démolition des logettes. Le porche datait de 1593 et le grand beffroi, construit cinq mois après l’incendie de 1524, qui commandait le haut de la nef sud et renfermait les cloches. La presse locale et nationale de l’époque a largement commenté l’évènement. Sa structure en bois contenait les cloches actuellement déposées dans les bas-côtés nord et sud, qui ne souffrirent guère de l’accident.

On lit dans la presse de l’époque : « Eglise Saint-Jean à Troyes. — La municipalité de Troyes vient d'arriver, comme tous les journaux l'ont annoncé, au résultat que tous les archéologues avaient prévu depuis le moment où l'on avait commencé le « dégagement » si intempestif de cet édifice. L'abatage des maisons qui l'étayaient a eu pour conséquence fatale la chute du clocher gothique de l'édifice, grand travail de charpente recouvert d'ardoises et dont l'assemblage devait être d'une belle solidité, puisque toute une partie de la tour s'est allée coucher sur les maisons voisines sans se décheviller. »

Sainte-Madeleine, 3 cloches (6 en 1413), 19 t 400. A la Révolution, 4 cloches sont descendues.

Saint-Martin, 5 cloches, 3 timbres pour la sonnerie de l’horloge (dès 1545), 24 t. A la Révolution, il faut 25 journées, plus une avec 3 chevaux, pour les descendre et emmener dans un dépôt.

Saint-Nicolas, 4 modestes cloches de 1801 (6 en 1435) 4 t. 200. Elles sont descendues à la Révolution.

Saint-Nizier 1 cloche, 8 t. (8 en 1524)

Saint-Pantaléon, 4 cloches depuis 1514, 1 t. 700. Le grand incendie de 1524 fait fondre les cloches. 3 nouvelles sont bénites en 1524, 1 en 1525, 2 en 1529, 1 en 1663. Lors de la Révolution, 3 cloches sont descendues.

Saint-Remy, 1 cloche 1529, servant aussi à l’horloge (6 en 1434) + 2 timbres, 6 t.

Saint Urbain, 5 cloches, dès 1264. A la Révolution, 4 cloches sont descendues.

Notre-Dame des Trévois, 2 cloches, 1 a été fondue en 1821.

Chapelle de l’Hôtel-Dieu : 1 cloche de 1855, ayant pour parrain l’Evêque Louis Cœur et pour marraine, l’épouse du Préfet.

Une coutume ancienne donne des noms aux cloches, généralement celui du parrain, de la marraine ou du donateur. Un certain nombre porte des blasons, des figures de saints ou des inscriptions. Plusieurs du département, du XVe ou XVIe s. sont classées comme monuments historiques : Montgueux, Neuville-sur-Vanne, Saint-Phal, Torvillers, Villemaur, Thieffrain, Villehardouin, Nogent, Polisot, Montigny-les Monts, Montreuil, Saint-Léger-sous-Brienne, Villeneuve-au-Chemin (3 timbres), Nogent-sur-Seine…, qui sont des XVe ou XVIe siècles.

La charge de sonneur n’est pas une sinécure. Voici par exemple le règlement de 1673 établi pour celui de Saint-Nizier, qui énumère ses nombreux devoirs :

 " Le sonneur est tenu de sonner toutes les cloches à tous les bons jours, aux sermons, assemblées, aux vêpres du Saint-Sacrement, messes, services de dévotion, de fondation, processions, prières publiques. Il doit en outre faire souffler l’orgue, porter la croix, blanchir le linge de l’église. Parer l’autel pour les trentains, assister aux processions avec sa robe, nettoyer l’église, tendre les courtines devant les images pendant le temps du carême, faire les annonces qui conviendront. Aider à tapisser et détapisser à la Saint-Nizier, aller quérir les enfants décédés, faire taire les enfants pendant la prédication, mener l’horloge, faire le paradis pour le Vendredi-Saint. Puiser l’eau pour faire l’eau bénite, ôter les neiges de dessus les terrasses de la tour, fournir le feu et le charbon pour l’encensoir, le charbon pour la sacristie, obéir aux ordres des marguilliers, apporter à ceux-ci tous les dimanches un mémoire de ce qui se sera fait pendant la semaine… Pour tout ce que dessus, le sonneur reçoit 111 livres par an, à charge par lui de payer les sous-sonneurs ".

Le sonneur de Saint-Remy, en plus d'une petite rémunération, jouit d'un logement, d'un jardin et perçoit un salaire pour les baptêmes, mariages et enterrements. Il porte une robe de drap rouge et bleu, garnie de galons d'or fin au col et aux manches, costume complété par une baguette de baleine ornée de deux virolles d'argent. Mais il doit en plus sonner soir et matin les Ave Maria.

 Un décret de l’Assemblée Nationale de 1791 ordonne la fabrication de monnaie avec le métal des cloches, et un décret de la Convention Nationale de 1793 n’autorise qu’une cloche par église. La ville de Troyes possède 34 cloches et 9 timbres.

En 1790, il en existait 126 pour 30 églises, chapelles et couvents, d’où le dicton : 

Que fait-on à Troyes ? On y sonne !

Dans le département, l’on compte 1025 cloches ou timbres. L’église de Dienville tient le record avec 7 cloches, et 158 églises n’en ont qu'une.

37 cloches de 31 églises du département, du XVe siècle, sont classées monuments historiques.

 

 Quelques proverbes :

" N'être pas sujet au coup de cloche ", c'est être libre,

" Faire sonner la grosse cloche ", c'est faire agir un personnage influent,

" Telle cloche, tel son ", c'est comparer la parole à l'intelligence,

" Tirer le cordon de la cloche ", c'est mendier,

" Fondre la cloche ", c'est prendre un parti décisif,

 " Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son "....

 


Notre grand Jean de la Fontaine a écrit une fable sur les cloches :


LE SONNEUR ET L’ARAIGNÉE

Certain sonneur, rempli de vanité,

Entre deux vins, et peut-être entre quatre,

Fut assez ivre pour débattre

A Jupiter la primauté,

Disant avec impiété,

Quand ce dieu lançoit le tonnerre,

Qu’il le pouvoit éloigner de la terre ;

Et que, la substance de l’air

Estant délicate et menue,

Ses cloches pouvoient l’ébranler,

Chasser et dissiper la nue,

Et donnant au foudre une issue,

Faire prendre un rat à l’esclair,

Comme l’avait soutenu haut et clair

Quelque philosophe moderne,

Qui sans doute avoit beû dans la même taberne.

Jupiter, l’oyant blasphémer,

Se préparoit à l’abysmer,

Accoutumé de mettre en poudre,

Quand il lance son foudre,

Plus de clochers et de sonneurs,

Que de toits de bergers et de pauvres glaneurs,

Lorsqu’une vieille et prudente araignée,

Hostesse du clocher depuis plus d’une année,

Voyant ce faux raisonnement,

Faisait des leçons à son hoste,

Pour lui faire avouer et réparer sa faute,

Et lui montroit que follement

Il s’attaquoit au maistre des estoiles ;

Qu’il auroit beau sonner en double carillon,

Bien loin de dissiper le moindre tourbillon,

Il ne lui romproit pas la moindre de ses toiles.

 

 

Les cloches de Saint Jean du marché - Troyes

Saint-Jean du Marché - Troyes

Henriette dans l'église Saint-Jean du Marché


L'église Saint-Jean du marché aujourd'hui après restauration extérieure



Effondrement en 1911 du clocher de St Jean construit en 1524 

 


 " l'assemblage devait être d'une belle solidité, puisque toute une partie de la tour s'est allée coucher sur les maisons voisines sans se décheviller "


sur cette archive on voit le Beffroi de St Jean qui s'est écroulé emportant toute la façade de l'église

L'ancien Beffroi de St Jean qui servait de clocher


Après dégagement de l'effondrement du Beffroi de St Jean


Fabrication de cloches

Elles ont toutes une histoire et chacune est unique, écoutons M. Paccard (fondeur)

La cloche existe depuis la haute antiquité. C’est ainsi que la Bible, le plus vieux livre du monde, la mentionne déjà. Elle est présente dans toutes les civilisations. De formes et de matériaux différents, les premières traces remontent à plus de 4000 avant J.-C. La cloche de bronze fait son apparition en Chine vers 2000 avant J.-C. Les premiers Chrétiens quant à eux en firent un symbole d’appel et de ralliement messianique : le Signum (signal qui, en ancien français a donné le mot « sain », synonyme de cloche).

Nos cloches sont en bronze (78% de cuivre et 22% d’étain) et se distinguent par leur très belle présentation. Elles sont décorées de frises représentant des motifs religieux ou bucoliques. Nous reproduisons les inscriptions spéciales à chaque communauté, ainsi que les effigies de Saints et autres motifs religieux pouvant être demandés et faisant partie de notre collection (environ 5 000 gravures).

La Fonderie PACCARD réalise des bourdons de cathédrales, des cloches d’églises, des cloches de missions, des cloches de maison, des cloches de sacristies, des cloches pour des événements culturels ou sportifs, des carillons, des sculptures musicales, mais aussi des cloches miniatures personnalisées… Toutes les demandes seront étudiées !

Voici en résumé les étapes de fabrication d'une cloche

01

Le noyau

C’est la partie du moule qui représente l’intérieur de la cloche. En d’autres termes, après la coulée, le noyau remplira entièrement l’intérieur de la cloche. Il est construit en briques habilement disposées, cerclées avec du fil de fer et recouvert d’argile.

02

La fausse cloche

Cette partie du moule, en terre friable, représente la cloche elle-même, dont elle tient provisoirement la place. Elle a donc les mêmes dimensions, la même épaisseur que la future cloche. C’est sur cette fausse cloche que l’on place l’ornementation et les inscriptions. Ces décors sont en cire et en relief.

Les inscriptions sont coulées en même temps que la cloche. Ainsi les empreintes sont placées dans le moule, presque au début de la fabrication… C’est la technique de la cire perdue, les inscriptions et ornementations sont appliquées sur la fausse cloche et viennent s’y inscrire en relief, elles seront ensuite en négatif à l’intérieur du moule.

Pour la beauté des cloches, nous recommandons des inscriptions sobres. La sobriété est la qualité principale du style épigraphique. Il n’y a aucune règle absolue pour la composition du texte. Les principaux éléments peuvent être : Le nom de la cloche suivant le cas, l’indication du Pape régnant, de l’évêque du Diocèse,

du Curé de la paroisse ou encore du Maire de la Commune (surtout si celle-ci intervient pour la dépense). De plus, viennent quelques fois s’ajouter les noms du Parrain et de la Marraine ou encore les noms des principaux donateurs, pouvant favoriser le lancement d’une souscription.

03

La chape

C’est la partie supérieure du moule, celle qui va recouvrir la fausse cloche. Elle est également en terre et formée de couches successives. Les premières couches sont obtenues au moyen d’une terre très fine, presque liquide, que l’on nomme  « potée » . Ensuite, on continuera la fabrication de la chape avec de la terre glaise, plus épaisse, armée de chanvre, qui assurera à l’ensemble une plus grande solidité.

On procède alors à la cuisson du moule, opération qui fera fondre les décorations en cire placées au préalable et dont les empreintes resteront en creux et à l’envers dans la chape.

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Le démoulage

Le moule étant terminé. Alors, va-t-on procéder aussitôt à la coulée ? Pas encore. Ici se place l’opération du démoulage. La fausse cloche, avons-nous dit, remplace provisoirement la future cloche en bronze ; elle n’est alors utile que pour la fabrication de la chape. Le moment est donc venu de l’enlever. A l’aide d’un palan, on soulève la chape et l’on brise la fausse cloche. La chape est alors replacée sur le noyau. Entre ces deux parties du moule et grâce à une portée minutieusement établie, il reste un vide créé par la disparition de la fausse cloche. C’est ce vide que viendra occuper le métal en fusion lors de la coulée.

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La coulée

Autrefois, quand la nuit venue les Annéciens apercevaient, en direction du Nord, une lueur qui trouait l’obscurité, c’était le signal que le lendemain matin une coulée de cloches aurait lieu. La flamme dépassait parfois, de plusieurs mètres, le sommet de la cheminée, jetant des milliers d’étincelles.  Il n’en est guère d’entre eux qui ne soient venus, au moins une fois, assister à cette opération. C’était l’époque du four à bois, à Annecy-le-Vieux, où se trouvait la Fonderie PACCARD jusqu’en 1989. Aujourd’hui, à Sevrier, dans des ateliers modernisés, on utilise désormais des fours à gaz.

Une coulée de cloches : spectacle émouvant et que l’on n’oublie pas ! Minute vraiment grandiose et presque magique, quand, sur l’ordre du fondeur, les ouvriers donnent libre cours au métal en fusion, qui sort en bouillonnant, coule en ruisseaux de feu et se précipite avec des sifflements dans les moules qu’il remplit.

Tout cela est très rapide, presque comme un éclair. En quelques minutes tout est terminé, mais c’est assez, car l’air est surchauffé, l’atmosphère est devenue irrespirable et on s’empresse d’aérer. Pendant ce temps, le prêtre qui a déjà béni le métal avant sa sortie du four, rend à Dieu, parmi le silence de tous les assistants, de justes actions de grâce.

 La touche finale : Accordeur de cloche



Maîtrise du profil, qualité du métal et précision de l’accordage ont donné à la Fonderie PACCARD sa réputation mondiale. A l’instar de Steinway, Fazoli, Selmer ou Stradivarius, PACCARD est aujourd’hui synonyme d’excellence musicale. La cloche, instrument à la sonorité très riche, ne donne toutefois pas naturellement une note fondamentale accompagnée d’harmoniques justes et judicieusement dosés. La frappe du battant éveille dans le bronze toute une panoplie de sons : un vrai bouquet de notes. C’est l’accordage des notes qui fera apparaître la puissance et la pureté de la fondamentale. C’est leur dosage en intensité qui va créer la richesse et l’ampleur du Timbre.

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La précision de l’accordage

La cloche est un véritable instrument de musique. Mise en vibration, elle fait entendre un son principal – appelé Fondamentale – et des sons secondaires nommés Harmoniques – Hum, Tierce mineure, Quinte et Octave supérieure – parfaitement mesurables.

L’intensité et la variété de ces différents harmoniques constituent le timbre, propre à chaque instrument. La cloche a cependant une particularité : son troisième harmonique est légèrement diminué, ce qui en fait une tierce mineure. C’est cela qui confère à la cloche ce timbre si particulier, un peu mélancolique.

Un soin tout particulier est apporté à l’accordage de chacune de nos cloches. Cette technique consiste à modifier légèrement le profil – par enlèvement de métal à l’intérieur de la cloche – afin d’ajuster parfaitement, et un à un, les cinq harmoniques en constituant le timbre. Chaque cloche – et chaque harmonique – est accordée au centième de 1/2 ton.

Si des appareils électroniques permettent aujourd’hui de contrôler la justesse du timbre de la cloche, à la Fonderie PACCARD, c’est l’oreille et elle seule qui détermine toute l’opération. Celle-ci accorde non seulement chaque cloche, mais également les cloches d’un même carillon les unes par rapport aux autres.

Dans le monde entier, seul un très petit nombre de fondeurs de cloches possède et maîtrise cette technique d’accordage. Ils portent le nom de facteurs de carillons.

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La mélodie des cloches

Dès sa conception, la cloche possède une note, déterminée par sa taille et son profil. Plus une cloche est grosse, plus le son est grave et, a contrario, plus elle est petite, plus le son est aiguë.

Toutefois, une fois frappée, la cloche ne donne pas qu’une seule note mais une mélodie dont les notes se développent dans un accord consonant et mélodieux : l’arpège mineur. Cet arpège est constitué par l’octave inférieure, renforcée d’autres partiels : la fondamentale, la tierce mineure, la quinte et l’octave supérieure…

La cloche ne s’accorde qu’une seule fois dans sa vie, ce qui a permis au philosophe Alain de dire qu’elle était le plus parfait des instruments de musique.

Qu’est-ce qu’un beffroi ?

Le beffroi est la structure – en bois ou en métal – qui supporte le poids des cloches et permet leur sonnerie à la volée (cloche en mouvement) ou en tintement (cloche à poste fixe). Il permet d’isoler les cloches des murs du clocher, afin de protéger celui-ci des efforts – parfois fort violents – développés par la ou les cloches en mouvement.

Le plus souvent, le beffroi se trouve à l’intérieur d’un clocher, mais pas toujours. Ainsi, dans le nord de la France – berceau des carillons de type flamants – trouve-t-on des beffrois dans des tours « civiles » qui, par extension, portent également le nom de beffrois. Le clocher le plus populaire est peut-être aujourd’hui celui de Bergues, rendu célèbre par le film « Bienvenu chez les Ch’tis » et qui abrite un carillon PACCARD de 48 cloches.

L’importance du beffroi dans la préservation du patrimoine campanaire

Un beffroi mal conçu peut entraîner plusieurs siècles d’histoire menacés de ruine… Ainsi, les efforts exercés par les cloches, répercutés sur le clocher par un beffroi mal isolé, provoqueront certainement, à plus ou moins long terme, des dommages irréversibles sur le clocher.

C’est pourquoi, pour tous travaux campanaires, il est important de faire appel à un campaniste, technicien spécialiste dans l’installation et l’entretien de la cloche et de ses équipements.

 PACCARD, en plus d’être fondeur de cloches de père en fils depuis 1796, conçoit, installe et entretient beffrois et clochers dans le monde entier, depuis plus de 200 ans et dans le respect de chaque spécificité régionale. PACCARD intervient sur tout le Rhône Alpes pour l’étude, l’installation ou la maintenance de notre patrimoine campanaire.

Les sonneries

La cloche ayant été montée et installée dans le clocher, il s’agit de la faire sonner.

Le tintement est la manière la plus simple de faire résonner une cloche. Celle-ci est fixe et demeure immobile, le sonneur la frappe avec un marteau métallique sur l’extérieur. Le sonneur peut aussi tirer la battant par une corde attachée à son extrémité.

La volée est le balancement régulier de la cloche suspendue à son joug dans le respect des traditions locales. Ce mouvement est toujours horizontal. En Italie du Nord et en Angleterre, les cloches sont dressées vers le ciel et retombent l’une après l’autre en une succession d’arpèges ou de fragments de gamme allant de l’aigu au grave : c’est le « change ringing ». En Espagne, la spécialité locale est la « volée tournante » un mode sonnerie dans lequel la cloche fait un tour complet sur elle-même.

De nos jours, le tintement d’une cloche est commandé électriquement.

L'horlogerie

Le terme d’horlogerie recouvre deux aspects très différents : l’horlogerie monumentale à proprement parler, et le système de commande et de programmation des cloches.

L’horlogerie monumentale comprend les cadrans – dont il existe une grande diversité en fonction des usages et des traditions locales (cadrans à aiguilles, cadran squelette, chiffres romains…etc.) et les minuteries / réceptrices permettant l’entraînement des aiguilles. La pose et l’entretien de ces équipements font partie intégrante du métier de campaniste

Et, comme il n’y a plus guère de bedeau pour sonner les cloches – l’époque de Quasimodo est révolue – les cloches sont désormais pilotées par des horloges électroniques. L’horloge HARMONY du campaniste PACCARD permet ainsi la programmation de toutes les sonneries civiles et religieuses, comme des tintements, au fl de l’année liturgique et des saisons (remise à l’heure automatique, changement heure d’été heure d’hiver, programmation de mélodies…etc.).

 



NOTRE DAME de PARIS

En 2013, les cloches de Notre-Dame de Paris ont été remplacées pour redonner à la cathédrale son paysage sonore d'origine. L'ancien ensemble campanaire, installé au XIXᵉ siècle, ne correspondait plus à l'harmonie voulue à l'époque médiévale. À l'occasion du 850ᵉ anniversaire de la cathédrale, neuf nouvelles cloches ont été fondues et installées aux côtés du bourdon Emmanuel, qui est resté en place. Ce changement a permis de retrouver la sonorité que Notre-Dame possédait avant la Révolution française. Un vrai retour aux sources !

Les 8 nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris et le petit bourdon Marie

L'histoire des cloches de Notre-Dame de Paris

L’histoire des dix cloches, huit benjamines et deux bourdons, qui composent l’ensemble campanaire  est indissociable de celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris. 

Comptant parmi les plus vieux instruments sonores, les cloches sont toujours associées à la chrétienté dès les premiers siècles de son essor. Tout en rythmant l’écoulement des heures depuis le Moyen Âge, leur fonction première est liturgique : par leurs volées et leurs tintements, elles appellent les fidèles à se rassembler et à prier.

Dès la fin du XIIème siècle, alors que l’édification de la cathédrale est encore loin d’être terminée, il est fait mention dans un document d'archive de la sonnerie des cloches précédant les offices. Cet ensemble d'instruments s'agrandit au cours des siècles, au rythme de la vie de l’édifice et de son rayonnement.

Sous la Révolution française, les cloches de Notre-Dame et le bourdon Marie sont descendus, brisés et fondus. Heureusement, le bourdon Emmanuel, pièce maîtresse de l’ensemble, est épargné !

Il demeure aujourd’hui l’un des plus beaux vases sonores d’Europe. Depuis 1686, au sommet de la tour Sud, il ne cesse de sonner les grandes Heures de la cathédrale, des grandes fêtes liturgiques aux événements marquants du diocèse de Paris et de l’Église.

Mais il est aussi intimement associé à la Nation française dont il célèbre depuis sa fonte de nombreux temps forts : les grands événements royaux (Te Deum), les fins de conflits (dont les deux Guerres mondiales en 1918 et 1945), les obsèques nationales... On l'entend aussi tonner quand la prière rassemble à Notre-Dame les croyants et les hommes de bonne volonté.

À l’occasion du 850ème anniversaire de Notre-Dame de Paris, en 2013, un nouvel ensemble composé de huit cloches pour la tour nord et d’un bourdon pour la tour sud, a pris place aux côtés du bourdon Emmanuel. Depuis, la cathédrale a retrouvé le paysage sonore qu’elle possédait dans le ciel de Paris à la fin du XVIIIème siècle.

Arrivée des nouvelles cloches à ND de Paris le 31 janvier 2013

Exposition des nouvelles cloches dans la nef de ND de Paris

2 février 2013 jour de la bénédiction des nouvelles cloches


Bénédiction des nouvelles cloches pas Mgr Vingt-Trois 


Le samedi 23 mars 2013 à 17h, le nouvel ensemble campanaire de Notre-Dame de Paris a résonné pour la première fois dans le ciel parisien

Homélie du cardinal André Vingt-Trois - Messe de bénédiction des huit nouvelles cloches de Notre-Dame de Paris – Jubilé des enfants du catéchisme

«  Chers jeunes amis,

Vous qui êtes venus de beaucoup de paroisses de Paris, chaque semaine, vous allez au catéchisme pour apprendre à connaître qui est Jésus. Et comme nous le dit l’Évangile de Jésus, je pense qu’en apprenant à le connaître, vous aussi, vous grandissez en grâce et en sagesse. Connaître Jésus, c’est bien souvent à travers l’Évangile, apprendre ce qu’il a fait et ce qu’il a dit.

Aujourd’hui, nous découvrons comment Marie et Joseph sont venus au Temple pour présenter cet enfant à Dieu comme le faisaient tous les juifs. Et celui qui n’aurait pas eu d’autre renseignement, n’aurait rien vu d’extraordinaire en cette demande de Marie et de Joseph. D’une certaine façon, l’histoire de Jésus pourrait être l’histoire d’un enfant et d’un homme ordinaire.

Mais connaître Jésus, ce n’est pas seulement connaître cette histoire d’un être ordinaire, c’est connaître quelque chose qui ne se voit pas et n’est pas perçu par les mots. Ce qui ne se voit pas, c’est ce que voient Siméon et la prophétesse Anne. Tous dans le Temple voient un enfant ordinaire, comme vos camarades de classe voient en vous des enfants ordinaires ! Vous êtes comme tout le monde ! Mais il y a quelque chose qui habite en vous et qui ne se voit pas. Ce que le vieillard Siméon voit dans l’enfant présenté au Temple, c’est le Messie, le Fils de Dieu envoyé pour apporter la lumière de Dieu au monde à toutes les nations. Et bien sûr, cela ne se voit pas dans cet enfant de quarante jours ! Il faut un œil de prophète pour le voir ! Quand vous lisez l’histoire de Jésus, ce n’est pas simplement une histoire du temps passé qui ne dit rien pour aujourd’hui. C’est une histoire qui nous dit que la lumière de Dieu est venue pour tous les hommes. Et aller au catéchisme, ce n’est pas simplement apprendre l’histoire de Jésus, c’est apprendre à découvrir cette lumière que Dieu nous envoie à travers les actes et les paroles du Christ. Ainsi, vous devenez vraiment des chrétiens, des disciples de Jésus. Vous recevez sa parole, pas simplement comme une histoire, mais comme une lumière pour éclairer votre vie, pour vous montrer les chemins du bonheur et dans quelle direction il faut aller pour grandir en grâce et en sagesse.

Cette lumière, vous la recevez, semaine après semaine, mais plus encore, jour après jour quand vous prenez l’Évangile et que vous lisez la parole de Jésus. C’est une lumière qui vous est donnée. Cette lumière, il ne faut pas qu’elle disparaisse. Il ne faut pas que vous la perdiez. Il faut au contraire que vous la gardiez vivante et présente dans votre cœur. Mais comme vous le savez, dans l’histoire d’une vie, il y a des épisodes différents. À certains moments, la mémoire peut fléchir ou s’obscurcir. Vous voyez autour de vous des gens qui, par ailleurs très gentils, ont oublié qu’ils avaient reçu la lumière du Christ. Il y a un trou dans leur mémoire. Ils ne savent plus où est la lumière. Alors ils avancent comme des aveugles dans un tunnel, ils vivent n’importe comment et se cognent contre les murs. Il faut donc que de temps en temps, ils entendent à nouveau que cette lumière existe. C’est pourquoi Dieu envoie son prophète pour appeler Israël à être une voix qui crie, pour réveiller les mémoires.

Dans notre vie, il y a des signes pour rappeler cette lumière du Christ. Nos églises sont des signes. Votre paroisse est un signe. Cette cathédrale est un signe magnifique pour nous le rappeler. Mais comme vous le savez, quand on a des trous de mémoire, cela nous empêche de bien voir. C’est comme s’il y avait du brouillard, un rideau devant les yeux, et on ne voit plus les signes. On peut rencontrer des signes, et on ne sait plus ce qu’ils veulent dire. On passe devant une église et on ne sait plus ce qu’elle signifie.

Alors il faut que la voix de Dieu se fasse entendre, non seulement par la vue des signes, mais par le son. Et ces cloches que nous venons de bénir et qui vont être placées dans les tours de la cathédrale auront pour mission de répandre ce bruit -pas seulement le fracas du métal- mais une harmonie, une musique, un appel, un message : quand la cloche sonne, c’est le message de Dieu qui atteint notre cœur, qui vient réveiller dans nos mémoires la présence de cette lumière pour conduire notre vie. Et pour les hommes et les femmes qui n’ont jamais connu cette lumière, qui l’ont oubliée ou perdue, c’est un chemin pour leur adresser une parole d’espérance. Oui, ils pourront se laisser guider par le son de ces cloches, parce que le son les conduira vers la lumière pour orienter leur vie vers le bonheur.

Aujourd’hui nous sommes heureux de bénir ces cloches qui vont être la voix de Dieu pour les habitants de Paris, qu’ils le connaissent ou non ! Ils entendront une voix qui s’adresse à leur cœur, une voix plus pure, plus belle que le bruit de la ville, une voix qui leur donnera une espérance. Vous n’êtes pas venus sur terre pour vous perdre dans la nuit, pour errer comme des brebis perdues sans pasteur, pour tout ramener à vous, mais pour accueillir la lumière du Christ et vous laisser conduire, pour devenir des hommes et des femmes qui essayent de se mettre au service de tous, puisqu’ils sont les amis et les disciples du Serviteur. Amen. »

 

+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.

 

Bénédiction des cloches pour leur retour à Notre-Dame de Paris 

12 septembre 2024

 

12 septembre 2024, les cloches de ND de Paris font leur retour

Mgr Olivier Ribadeau Dumas, recteur-archiprêtre de la cathédrale, a proclamé l’Évangile, a dit la prière de bénédiction, puis a aspergé d’eau bénite et a encensé les cloches. Il a prié pour tous ceux et celles qui, depuis cinq ans, ne ménagent pas leurs forces pour que la cathédrale puisse ouvrir ses portes au mois de décembre. Il a également confié à la bonté de Dieu tous ceux et celles qui, dans les décennies et les siècles à venir, entendront la voix de ces cloches sonner au cœur de Paris.

Mgr Ribadeau Dumas entouré des artisans. Les cloches vont retrouver leur place


Carillon




Un carillon est un instrument de musique constitué de plusieurs cloches accordées, souvent disposées dans un clocher ou une tour. Il est généralement joué en frappant les cloches avec des marteaux mécaniques ou via un clavier. Les grands carillons peuvent produire des mélodies élaborées et sont souvent utilisés pour signaler l'heure ou accompagner des événements spéciaux.

Ils sont apparus en Europe du Nord, notamment en Belgique, aux Pays-Bas et dans le nord de la France, où ils ont atteint leur apogée au XVIIe siècle. À cette époque, ils étaient souvent installés dans les tours des églises et des hôtels de ville pour marquer les heures et accompagner des événements importants. Malheureusement, la Révolution française a entraîné la fonte de nombreuses cloches pour fabriquer des canons, ce qui a conduit à la disparition de nombreux carillons historiques.

Les carillons éoliens, quant à eux, ont des origines encore plus anciennes. Ils étaient utilisés en Asie, notamment par les moines bouddhistes lors de rituels spirituels. En Chine ancienne, on croyait que suspendre des carillons pouvait éloigner les esprits mauvais et attirer la bonne fortune. Au Japon, les célèbres fūrin en verre ou en métal léger sont très populaires et sont associés aux festivals estivaux.

Aujourd'hui, les carillons continuent d'être appréciés pour leur beauté sonore et leur symbolisme. Certains sont encore joués manuellement, tandis que d'autres sont automatisés pour préserver cette tradition musicale unique.


Carillon extérieur de la chapelle Notre-Dame de Grâce d'Équemauville,
sur le plateau de Grâce qui surplombe la ville de Honfleur face à l'estuaire de la Seine.

Le carillon comporte 7 cloches de volée et 17 cloches frappées. 

Il joue tous les jours à 16h00  l’Ave Maria composé par Louis-Alfred Lefébure-Wély, organiste et compositeur français du XIXe siècle.  Localement on dit : « l’Ave Maria de Notre-Dame de Grâce ». On peut certains dimanches entendre d'autres morceaux choisis... Pour l'avoir entendu plusieurs fois, je peux dire que le son est magnifique.

Les cloches sonnent également tous les quarts d’heure.

 

ND de Grâce une nuit d'août


Je termine ce petit exposé sur les cloches avec le plus célèbre des sonneurs, 

connu dans le monde entier grâce à Victor Hugo 

QUASIMODO





samedi 31 mai 2025

Ésotérisme et Alchimie des Cathédrales

 


Un laboratoire d’alchimiste. D’après une gravure de Pieter Bruegel


Les cathédrales gothiques sont souvent considérées comme des temples de savoir ésotérique, et l’alchimie y occupe une place fascinante. Voici quelques éléments qui relient ces monuments à l’art hermétique :

Symboles alchimiques cachés : Certaines cathédrales, comme Notre-Dame de Paris, Amiens ou Chartres, comportent des sculptures et des motifs qui évoquent les étapes du Grand Œuvre alchimique. On y retrouve des représentations du corbeau (symbole de l’œuvre au noir), du lion (soufre philosophique) ou encore des figures énigmatiques qui semblent raconter une transformation spirituelle.

Géométrie sacrée et transmutation : Les bâtisseurs utilisaient des proportions précises, comme le Nombre d’Or, pour concevoir ces édifices. Certains pensent que ces calculs ne servaient pas seulement à l’esthétique, mais aussi à créer un espace propice à la transmutation intérieure des visiteurs.

Influence des alchimistes médiévaux : Des intellectuels du Moyen Âge, parfois liés à l’Église, pratiquaient l’alchimie et auraient laissé des traces de leur savoir dans l’architecture des cathédrales. Fulcanelli, un mystérieux alchimiste du XXe siècle, a écrit Le Mystère des Cathédrales, où il décrypte les symboles hermétiques présents sur ces monuments.

Notre-Dame de Paris et son livre de pierre : Certains chercheurs affirment que la façade de Notre-Dame est un véritable grimoire alchimique, avec des portails sculptés qui illustrent les sept métaux planétaires et les étapes de la transmutation. Une légende raconte même qu’un fragment de la pierre philosophale serait caché dans l’un de ses piliers !

L’alchimie et le christianisme, un mélange compatible

L’alchimie évoque pour certains d’obscurs savants, pour d’autres une supercherie. Pourtant, des intellectuels tout à fait sérieux la pratiquent au Moyen Âge, notamment parmi les gens d’Église. Au XIIIe siècle, le moine Roger Bacon demande son enseignement à l’Université.

Dans leur laboratoire et dans les livres, les alchimistes essaient de percer les secrets de la matière. Ils se fixent le défi de transformer les métaux vils (comme le fer) en or. Certains recherchent aussi les moyens de prolonger la vie.

Afin que leurs découvertes ne tombent pas entre les mains du tout-venant, ces savants communiquent dans un langage souvent symbolique et mystérieux. Les cathédrales gothiques, bâties à la même époque, ne recèleraient-elles pas leur message ? Oui, affirme un certain Fulcanelli.

Le fantôme Fulcanelli

Les spécialistes débattent encore de l’homme qui se cache derrière ce pseudonyme. Sa biographie se résume au fait d’avoir écrit le plus célèbre ouvrage alchimique sur l’art : Le mystère des cathédrales et l’interprétation ésotérique des symboles hermétiques du Grand-Œuvre. Publié en 1926, ce livre s’arrête sur plusieurs monuments français : les cathédrales d’Amiens et de Paris, la Sainte-Chapelle, le palais Jacques-Cœur à Bourge. 

Fulcanelli démontra que Notre-Dame constituait un véritable "livre muet" où les maîtres du Moyen Âge avaient encodé l'intégralité de la science hermétique. Chaque détail architectural, chaque sculpture, chaque proportion obéissait selon lui à une logique alchimique rigoureuse, accessible seulement aux véritables initiés de l'art royal.

Les révélations de Fulcanelli transformèrent radicalement notre perception de l'architecture gothique. Elles démontrèrent que ces cathédrales, loin d'être de simples œuvres de dévotion chrétienne, perpétuaient en réalité les plus anciens mystères de l'humanité sous le voile de l'orthodoxie religieuse

Selon son disciple Eugène Canseliet, Fulcanelli était à Séville en 1952-1953. À cette date, il devait avoir 113 ans ! Un âge avancé qui ne surprend pas Canseliet puisque son maître avait découvert le secret de l’immortalité.

La déesse de l’alchimie veille à l’entrée de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

Victor Hugo le proclamait : Notre-Dame de Paris est le temple des alchimistes et de la science hermétique. Dès le XIVe siècle, ces drôles de savants s’y réunissaient chaque semaine.

Dans son livre, Fulcanelli se régale des sculptures qui animent les portails de la façade principale. Certaines portent en effet un message alchimique. Au pied du trumeau (pilier) qui sépare la porte centrale, le profane découvrira notamment la déesse de l’alchimie.

L’allégorie de l’alchimie sur la cathédrale Notre-Dame de Paris

 « Assise sur un trône, elle tient de la main gauche un sceptre (insigne de souveraineté) tandis que la droite supporte deux livres, l’un fermé (ésotérisme), l’autre ouvert (exotérisme). Maintenue entre ses genoux et appuyée contre sa poitrine se dresse l’échelle aux neuf degrés, scala philosophorum, hiéroglyphe de la patience que doivent posséder ses fidèles, au cours des neuf opérations successives du labeur hermétique ».

Fulcanelli


Ce trumeau est une création des restaurateurs de la cathédrale vers 1855-1860. (Viollet-le-Duc).

Le précédent trumeau avait été volontairement détruit par l’architecte Soufflot en 1771, car le pilier gênait l’entrée des processions. Au XIXe siècle, l’équipe de Viollet-le-Duc le restitue, mais sans se soucier de reproduire fidèlement l’ancien.



Le portail du Jugement dernier, cathédrale ND de Paris


Cette gravure de Gilbert présente le portail avant les travaux de Soufflot au XVIIIe siècle. 

À la place des sculptures médiévales du piédestal, Viollet-le-Duc fait figurer les allégories des principales « sciences » de l’époque : médecine, dialectique, géométrie, musique, grammaire, astronomie, et philosophie.

Les « arts libéraux » accompagnent l’allégorie de l’alchimie.

 

Parmi elles, l’allégorie de la philosophie. C’est elle que Fulcanelli décrit comme la personnification de l’alchimie.

Pour se rendre compte des subtiles différences entre la Philosophie et l’Alchimie, il faut se rendre à Laon et entrer dans sa cathédrale. Au cœur d’une rosace trône la Philosophie. C’est une femme qui tient à la fois un sceptre, et un livre. Une échelle, symbolisant l’élévation vers la sagesse, est placée entre ses genoux. Cette figure est une copie de l’Alchimie… à deux détails près.


La personnification de la philosophie sur une rosace de la cathédrale de Laon 
(XIXe siècle mais inspiré d’une sculpture du XIIIe siècle)


A Notre-Dame de Paris, l’échelle a un barreau supplémentaire pour correspondre aux 9 étapes du processus alchimique. De plus, la main de la femme porte un livre fermé en référence au savoir ésotérique, donc caché.

Notre-Dame de Paris, une cathédrale recouverte de vices

À quelques mètres de cette surprenante allégorie, la façade de Notre-Dame de Paris présente une succession de 24 médaillons qui font le bonheur des amateurs d’alchimie. Ces saynètes sculptées interrogent tous les visiteurs, car les thèmes religieux en semblent absents.

Vous y observez une première rangée de femmes, chacune tenant un bouclier ou un écu plus exactement. En dessous, la seconde rangée montre des personnages en action : certains se battent, un cavalier tombe de sa monture, un autre s’enfuit devant un animal.

Cependant, leur interprétation ne fait pas discussion chez les historiens de l’art : ce sont les allégories des vices et des vertus évoquées pour la première fois dans la philosophie antique puis dans le Nouveau Testament ! Au IVe siècle, le poète chrétien Prudence en fait même une œuvre : la Bataille des âmes.

Les vertus surmontent les vices sur le soubassement de ND de Paris

Au Moyen Âge, le texte de Prudence inspire les artistes ou leurs commanditaires. Le thème des vices et des vertus décore les bijoux, orne les chapiteaux, envahit les portails et les soubassements des églises, comme à Notre-Dame… Cette représentation sonne comme un avertissement : charge au chrétien d’embrasser les vertus et de se dépouiller des vices s’il veut gagner une bonne place au Ciel.

La vertu Douceur tient un bouclier dans lequel s’inscrit un mouton.

Le vice Désespoir est figuré sous les traits d’une femme qui se plante une épée dans le corps. Dans l’écu de la vertu Paix, se loge un rameau d’olivier.

Les médaillons de Notre-Dame de Paris pourraient-ils être interprétés dans un sens à la fois chrétien et alchimique ? Les théologiens du catholicisme donnent par exemple 4 significations à chaque événement raconté dans la Bible ; c’est pourquoi nous retrouvons des repères de symboles alchimiques parmi ces médaillons :

Les vertus portent des écus à l’intérieur desquels se distinguent :
 un oiseau, un caducée et une salamandre


  • Un caducée. C’est le fameux bâton d’Hermès, le dieu de l’alchimie. Selon J. Van Leep, les deux serpents enroulés « représentent les deux principes contraires qui doivent s’unifier, que ce soient le soufre et le mercure, le fixe et le volatil, l’humide ou le sec ou le chaud et le froid ».

  • Un corbeau. Il symbolise la première étape alchimique : la réalisation de l’œuvre au noir. Lors de cette phase, la matière est putréfiée et meurt symboliquement afin de renaître purifiée.

  • Une salamandre. Ce lézard qui ne paie pas de mine a la réputation de supporter le feu. Il représente l’étape alchimique de calcination et le reliquat de matière ayant résisté à l’ardeur du brasier.

Selon Fulcanelli, les 24 médaillons de Notre-Dame de Paris symbolisent les étapes qui aboutissent à la pierre philosophale, quête des alchimistes. 



Cathédrale ND d’Amiens les Vices et Vertus


Le vice de la colère. Portail du jugement dernier, ND de Paris.


On y devine une femme qui semble menacer de son épée un tranquille moine. Pour un historien de l’art, il s’agit d’une représentation du vice de la colère. Les amateurs d’ésotérisme y déchiffrent plutôt un rébus. La femme armée s’oppose au moine ; c’est donc un anti-moine. L’antimoine, cette matière qui correspond à l’avant-dernière étape de l’alchimiste à la recherche de l’or philosophale.



LE MYSTERE DES CATHÉDRALES 

PRÉFACE À LA PREMIÈRE ÉDITION

C’est, pour le disciple, une tâche ingrate et malaisée que la présentation d’une œuvre écrite par son propre Maître. Aussi mon intention n’est-elle pas d’analyser ici Le Mystère des Cathédrales, ni d’en souligner la belle tenue et le profond enseignement. J’avoue, très humblement d’ailleurs, mon incapacité et préfère laisser aux lecteurs le soin de l’apprécier, comme aux Frères d’Héliopolis la joie de recueillir cette synthèse, si magistralement exposée par un des leurs. Le temps et la vérité feront le reste.

L’Auteur de ce livre n’est plus, depuis longtemps déjà, parmi nous. L’Homme s’est effacé. Seul son souvenir surnage. J’éprouve quelque peine à évoquer l’image de ce Maître laborieux et savant, auquel je dois tout, en déplorant, hélas ! qu’il soit parti si tôt. Ses nombreux amis, frères inconnus qui attendaient de lui la résolution du mystérieux Verbum dimissum, le regretteront avec moi.

Pouvait-il, arrivé au faite de la Connaissance, refuser d’obéir aux ordres du Destin ? — Nul n’est prophète en son pays. — Ce vieil adage donne, peut-être, la raison occulte du bouleversement que provoque, dans la vie solitaire et studieuse du philosophe l’étincelle de la Révélation. Sous l’effet de cette flamme divine, le vieil homme est tout entier consumé. Nom, famille, patrie, les illusions, toutes les erreurs, toutes les vanités tombent en poussière. Et de ces cendres comme le Phénix des poètes, une personnalité nouvelle renaît. Ainsi, du moins le veut la Tradition philosophique.

Mon Maître le savait. Il disparut quand sonna l’heure fatidique, lorsque le Signe fut accompli. Qui donc oserait se soustraire à la Loi ? — Moi-même, malgré le déchirement d’une séparation douloureuse, mais inévitable, s’il m’arrivait aujourd’hui l’heureux avènement qui contraignit l’Adepte à fuir les hommages du monde, je n’agirais pas autrement.

Fulcanelli n’est plus. Toutefois, et c’est là notre consolation, sa pensée demeure, ardente et vive, enfermée à jamais dans ces pages comme en un sanctuaire.

Grâce à lui, la Cathédrale gothique livre son secret. Et ce n’est pas sans surprise, ni sans émotion, que nous apprenons comment fut taillée, par nos ancêtres, la première pierre de ses fondations, gemme éblouissante, plus précieuse que l’or même, sur laquelle Jésus édifia son Eglise. Toute la vérité, toute la Philosophie, toute la Religion reposent sur cette pierre unique et sacrée. Beaucoup, gonflés de présomption, se croient capables de la façonner ; et pourtant, combien rares sont les élus assez simples, assez savants, assez habiles pour en venir à bout !

 Mais cela importe peu. Il nous suffit de savoir que les merveilles de notre moyen âge contiennent la même vérité positive, le même fonds scientifique que les pyramides d’Egypte, les temples de la Grèce, les Catacombes romaines, les Basiliques byzantines.

Telle est la portée générale du livre de Fulcanelli.

Les hermétistes, — ceux du moins qui sont dignes de ce nom, - y découvriront autre chose. C’est, dit-on, du choc des idées que jaillit la lumière, ils reconnaîtront qu’ici c’est de la confrontation du Livre et de l’Édifice que l’Esprit se dégage et que la lettre meurt. Fulcanelli a fait, pour eux, le premier effort ; aux hermétistes de faire le dernier. La route est courte qui reste à parcourir. Encore convient-il de la bien reconnaître et de ne point cheminer sans savoir où L’on va.

Désire-t-on quelque chose de plus ?

Je sais, non pour l’avoir surprise moi-même, mais parce que l 'Auteur m’en donna l'assurance, il y a plus de dix ans, que la clef de l’arcane majeur est donnée, sans aucune fiction, par l’une des figures qui ornent le présent ouvrage. Et cette clef consiste tout uniment en une couleur, manifestée à l’artisan dès le premier travail. Aucun Philosophe, que je sache, n’a relevé l’importance de ce point essentiel. En le révélant, j’obéis aux volontés dernières de Fulcanelli et me tiens en règle avec ma conscience.

Et maintenant, qu’il me soit permis, au nom des Frères d’Héliopolis et au mien, de remercier chaudement l’artiste à qui mon maître confia l’illustration de son œuvre. C’est, en effet, au talent sincère et minutieux du peintre Julien Champagne que Le Mystère des Cathédrales doit d’envelopper son ésotérisme austère d’un superbe manteau de planches originales.

 

E. CANSELIET, F. C. H. Octobre 1925.

FULCANELLI




NOTRE-DAME ALCHIMIQUE & ÉSOTÉRIQUE

Dans l'ombre des tours gothiques de Notre-Dame de Paris se cache l'un des plus fascinants mystères de la capitale française. Cette cathédrale millénaire, que des millions de visiteurs contemplent chaque année, recèle en réalité un extraordinaire livre de pierre dédié à l'art hermétique et à l'alchimie médiévale. Une découverte qui transforme radicalement notre perception de ce monument emblématique.


Paris, fille d'Isis et berceau de l'alchimie

L'histoire commence bien avant la première pierre de Notre-Dame. Paris, contrairement à ce que beaucoup croient, ne doit pas son nom aux Parisii, mais au terme  "Barque d'Isis". Cette déesse égyptienne, mère de toutes les divinités et inventrice présumée de l'alchimie, était vénérée dans l'ancienne Lutèce. Une statue d'Isis trônait même autrefois dans l'église de Saint-Germain-des-Prés, témoignage de cette filiation mystique entre la capitale française et les anciens mystères égyptiens.

Cette révélation prend tout son sens quand on observe Notre-Dame d'en haut. La cathédrale dessine parfaitement la lettre H, initiale d'Hermès, le dieu patron des alchimistes. Cette forme ne doit rien au hasard : elle révèle l'intention secrète des bâtisseurs de créer un temple dédié à l'antique science hermétique.

Guillaume de Paris, l'évêque alchimiste

Au cœur de ces mystères se dresse une figure fascinante : Guillaume de Paris, évêque de la capitale au XIIIe siècle. Cet homme d'Église cultivé était secrètement passionné d'alchimie, art considéré comme dangereux par l'orthodoxie religieuse de l'époque. Selon les légendes tenaces qui circulent depuis des siècles, Guillaume de Paris aurait fait dissimuler un fragment de la pierre philosophale dans l'un des piliers de Notre-Dame.

 Cette histoire extraordinaire explique pourquoi un corbeau de pierre regardait autrefois vers l'intérieur de la cathédrale depuis la façade ouest. Le corbeau, symbole de l'œuvre au noir dans la tradition alchimique, indiquait selon la légende, l'emplacement exact du pilier contenant le précieux fragment.

Les portails : grimoires de pierre mystérieux



La façade occidentale de Notre-Dame constitue le premier et plus spectaculaire des livres d'alchimie gravés dans la pierre. Chaque portail recèle des symboles hermétiques d'une richesse inouïe, accessibles seulement à ceux qui possèdent les clés de lecture ésotérique.

Le portail de la Vierge révèle immédiatement ses secrets aux yeux initiés. Sur le lit de mort de Marie, sept cercles mystérieux ornent le linteau, disposés selon une géométrie parfaite. Ces cercles, gravés avec une précision remarquable, représentent selon les alchimistes les sept métaux planétaires fondamentaux de leur art : 

l'or du Soleil,
l'argent de la Lune,
le fer de Mars,
le cuivre de Vénus,
l'étain de Jupiter,
le plomb de Saturne
 le mercure de la planète éponyme.



Plus troublant encore, le zodiaque sculpté sur les pieds-droits présente une anomalie délibérée qui intrigue depuis des siècles. À la place du Cancer, les sculpteurs ont gravé un Lion, symbole du soufre philosophique dans la tradition hermétique. Cette substitution volontaire marque le moment précis où les alchimistes devaient commencer l'œuvre au noir, phase cruciale de la transmutation qui s'effectuait traditionnellement quatre mois après l'équinoxe de printemps, au moment où le Bélier laisse place au Lion dans cette représentation ésotérique.

 

La rose sur la croix, mystère des Rose-Croix


Au trumeau du portail de la Vierge, un détail fascinant échappe à la plupart des regards. 
La Vierge Marie tient une croix ornée d'une rose épanouie à l'intersection de ses branches. 
Cette représentation, qui anticipe de plusieurs siècles l'émergence officielle des Rose-Croix, révèle l'ancienneté des courants ésotériques qui traversaient la chrétienté médiévale.

Rose+Croix

La rose sur la croix symbolise la quintessence, la perfection alchimique obtenue par l'union des contraires. La croix représente les quatre éléments et les quatre directions de l'espace, tandis que la rose incarne la cinquième essence, le résultat parfait de l'œuvre hermétique. Cette image, gravée dès le XIIIe siècle, témoigne de la profondeur des connaissances ésotériques des maîtres d'œuvre de Notre-Dame.

Saint Marcel et le dragon hermétique


St Marcel XIIe s. portail Ste Anne ND Paris -  musée de Cluny

Saint Marcel ND de Paris - 2025 (copie)

Le portail de Sainte-Anne recèle un autre mystère alchimique majeur avec la représentation de saint Marcel terrassant un dragon. Loin d'être une simple allégorie du christianisme triomphant du paganisme, cette scène encode les étapes fondamentales de l'œuvre alchimique selon une lecture hermétique sophistiquée.

Le dragon représente le mercure philosophique, matière première transformée par l'art hermétique. L'évêque Marcel incarne l'opérant, l'alchimiste qui maîtrise les forces de la nature. Le cercueil d'où émerge le monstre figure l'athanor, le fourneau philosophique, tandis que la tête couronnée visible à l'intérieur symbolise le roi, représentation du soufre philosophique en cours de dissolution.

Cette scène complexe illustre la phase de "putréfaction" de l'œuvre alchimique, moment où les matières premières se décomposent avant de renaître purifiées. Les alchimistes médiévaux reconnaissaient immédiatement ces symboles codés, invisibles aux yeux des profanes mais parfaitement clairs pour les initiés.

Les médaillons du jugement, encyclopédie hermétique

Le portail central révèle ses secrets les plus profonds à travers une série de vingt-huit médaillons représentant officiellement les vices et les vertus. Cette lecture morale masque cependant une réalité ésotérique autrement plus riche : ces médaillons constituent une véritable encyclopédie alchimique gravée dans la pierre.

Le corbeau du premier médaillon marque l'œuvre au noir, phase initiale indispensable de toute transmutation. Le serpent s'enroulant autour d'un bâton symbolise le mercure philosophique dévorant le soufre. La salamandre résistant aux flammes évoque la calcination du sel, troisième principe alchimique fondamental. Un médaillon représente même schématiquement un athanor complet avec ses trois parties distinctes : le foyer, la chambre de transformation et la zone de réverbération.

Ces images, disposées apparemment au hasard, exigeaient des connaissances approfondies pour être correctement interprétées. Seuls les alchimistes initiés possédaient les clés permettant de reconstituer l'ordre logique des opérations hermétiques à partir de ces fragments épars.

Les arts libéraux et la philosophie hermétique

Au pied du Christ du portail central, une représentation remarquable des sept arts libéraux révèle l'influence de la pensée hermétique sur l'enseignement médiéval. La figure de Cybèle, déesse de la philosophie, trône au centre de cet ensemble symbolique. Assise sur un siège cubique évoquant la pierre philosophale, elle tient deux livres : l'un ouvert représentant la connaissance révélée, l'autre fermé symbolisant les mystères réservés aux initiés.

L'échelle à neuf barreaux que foule cette figure mystérieuse évoque les neuf degrés de la sagesse hermétique, en écho à l'Hermite du tarot de Marseille, neuvième arcane majeur. Cette représentation témoigne de l'interpénétration entre l'enseignement officiel et les doctrines ésotériques dans les écoles cathédrales du XIIIe siècle. (déjà cité plus haut)

La porte rouge, seuil des initiés



Le côté nord de Notre-Dame révèle un autre aspect de ses mystères avec la porte rouge, traditionnellement considérée comme le "portail des initiés" dans l'architecture sacrée. Cette entrée, réservée aux chanoines pour l'office des matines, s'orne d'un extraordinaire bestiaire fantastique qui intrigue depuis des siècles.

Les fleurs d'églantier qui courent le long de ce portail ne constituent pas un simple ornement décoratif. L'églantier était l'un des symboles végétaux adoptés par les alchimistes médiévaux, et sa présence massive sur ce portail "initiatique" ne saurait être fortuite. Les centaures, salamandres et créatures ailées qui peuplent le soubassement de cette porte constituent probablement un langage codé dont nous avons perdu les clés, mais dont la complexité témoigne d'une intention symbolique délibérée.

Les verrières, symphonie colorée de l'œuvre hermétique

L'intérieur de Notre-Dame prolonge les mystères de la façade à travers ses trois roses monumentales. Ces verrières, loin d'être de simples ornements colorés, s'ordonnent selon une logique alchimique rigoureuse qui transforme la cathédrale en un véritable traité lumineux de l'art hermétique.

La rosace nord, seule survivante de l'époque médiévale, baigne dans des dominantes bleu sombre évoquant l'œuvre au noir, première phase de la transmutation. La rosace sud, refaite par Viollet-le-Duc selon les canons de l'époque, éclate de jaunes et de mauves lumineux symbolisant l'œuvre au blanc, phase de purification. La rosace occidentale, malheureusement masquée par l'orgue, marie les rouges et les ocres figurant l'œuvre au rouge, accomplissement final de l'art royal.

Cette progression colorée, de l'obscurité du nord vers la lumière du sud, puis vers l'embrasement du couchant occidental, retrace symboliquement le parcours initiatique de l'alchimiste. Elle transforme Notre-Dame en un gigantesque livre de lumière où se déchiffrent les étapes de la quête hermétique.

Thomas d'Aquin et la fontaine de sagesse

Un tableau du XVIIe siècle, souvent négligé par les visiteurs, révèle la persistance des courants alchimiques dans Notre-Dame bien après le Moyen Âge. Cette œuvre d'Antoine Nicolas représente saint Thomas d'Aquin devant une mystérieuse fontaine de sagesse, entouré de personnages vêtus selon un code coloré particulier : certains en noir, d'autres en blanc, d'autres encore en rouge.

Cette fontaine miraculeuse symbolise selon la tradition hermétique le "dissolvant universel", cette eau qui ne mouille pas et qui permet les transmutations les plus subtiles. L'inscription latine qui accompagne l'œuvre - "Hi puros promunt divino e fontes liquores" (Ils tirent de pures liqueurs de la fontaine divine) - évoque clairement les opérations alchimiques sous le voile de la métaphore religieuse.

Le soleil que porte Thomas d'Aquin en sautoir rappelle que plusieurs traités d'alchimie lui ont été attribués, authentiques ou apocryphes. Ce tableau témoigne de la continuité des traditions hermétiques à Notre-Dame, bien au-delà de l'époque médiévale.

Les dimensions sacrées et la géométrie hermétique

L'architecture même de Notre-Dame obéit aux principes de la géométrie sacrée chère aux alchimistes. La façade dessine un carré parfait entre sa largeur et la hauteur qui va jusqu'à la seconde galerie, proportion fondamentale de l'art hermétique symbolisant l'équilibre entre les forces terrestres et célestes.

La longueur totale de l'édifice correspond exactement à deux fois et demie sa largeur, rapport qui se retrouve dans les traités d'architecture sacrée de l'époque.

Ces proportions mathématiques ne doivent rien au hasard : elles révèlent l'application consciente des principes hermétiques à l'art de bâtir.

La flèche actuelle, haute de quatre-vingt-seize mètres, encode elle aussi des symboles ésotériques. Ce nombre, résultat de seize fois six, marie les douze apôtres et les quatre évangélistes (seize) aux six jours de la création et au sixième jour qui vit naître l'humanité. Viollet-le-Duc, en fixant cette hauteur précise, perpétuait consciemment ou inconsciemment les traditions numériques des anciens maîtres d'œuvre.

Les confréries secrètes et la transmission des mystères

La question de la transmission des connaissances hermétiques à travers les siècles fascine autant qu'elle intrigue. Comment des sculpteurs et des maîtres d'œuvre médiévaux ont-ils pu encoder avec tant de précision les arcanes de l'alchimie dans la pierre de Notre-Dame ?

Plusieurs hypothèses s'affrontent. La première privilégie le rôle des clercs érudits comme Guillaume de Paris, qui auraient fourni aux artisans des modèles détaillés sur parchemin. La seconde suggère l'existence de véritables cercles initiatiques réunissant maîtres d'œuvre, sculpteurs et alchimistes autour d'une même quête spirituelle.

Les textes anciens mentionnent effectivement des rencontres régulières d'alchimistes devant les portails de Notre-Dame, particulièrement le samedi, jour de Saturne. Ces assemblées discrètes permettaient l'échange de connaissances et la perpétuation des traditions hermétiques à travers les générations.




Parmi les légendes qui entourent Notre-Dame, celle de Biscornet illustre parfaitement l'atmosphère ésotérique qui baignait la construction de la cathédrale. Ce ferronnier d'art, chargé de forger les pentures du portail du jugement, aurait vendu son âme au diable pour obtenir l'aide nécessaire à son œuvre.

Cette légende révèle la perception que les contemporains avaient des arts "magiques" nécessaires à la création d'œuvres d'exception. L'idée de pactiser avec les forces obscures pour atteindre la perfection artistique traverse toute la tradition hermétique médiévale. Le pacte faustien de Biscornet symbolise en réalité l'épreuve initiatique que doit traverser tout adepte de l'art royal : accepter de "mourir" à son ancienne condition pour renaître transformé par la connaissance. La mort littérale du ferronnier représente cette mort symbolique nécessaire à toute véritable initiation.

Le coq solaire et les mystères compagnonniques

L'histoire du coq qui surmonte la flèche de Notre-Dame illustre la persistance des traditions ésotériques jusque dans les temps modernes. Ce coq de quatre-vingts kilos, œuvre des Compagnons du Devoir, porte gravés les symboles de ces confréries ouvrières héritières des anciens bâtisseurs.

L'étoile flamboyante, pentagramme sacré des initiés, ornait originellement cette œuvre avant d'être dérobée. Le coq lui-même, animal solaire par excellence, symbolise l'éveil spirituel et la vigilance de l'âme face aux ténèbres de l'ignorance.

La mort tragique du jeune compagnon Rémy lors de l'installation de ce coq résonne étrangement avec les antiques traditions qui voulaient qu'un sacrifice humain, volontaire ou accidentel, scelle définitivement la sacralité d'un édifice. Cette mort, bien que fortuite, s'inscrit dans la longue série des légendes qui associent la construction des cathédrales au versement du sang.

L'alchimiste de pierre


Au sommet de la tour sud, parmi les chimères de Viollet-le-Duc, une silhouette particulière attire l'attention des observateurs attentifs. Coiffé du bonnet phrygien, attribut traditionnel de l'adepte hermétique, un vieillard de pierre observe Paris en caressant sa barbe. Cette figure, connue sous le nom d'alchimiste de Notre-Dame, témoigne de la volonté délibérée de Viollet-le-Duc de perpétuer les traditions ésotériques de la cathédrale.

Cet alchimiste de pierre, sentinelle silencieuse des mystères hermétiques, veille sur Paris depuis plus d'un siècle. Sa présence au sommet de Notre-Dame rappelle que la quête alchimique, loin d'appartenir au passé, continue de fasciner et d'inspirer les chercheurs de vérité.

L'héritage vivant des mystères

La restauration de Notre-Dame, rendue nécessaire par l'incendie de 2019, a révélé de nouveaux mystères. Les charpentiers et restaurateurs ont découvert des marques de tâcherons inconnues, des symboles gravés dans le bois des charpentes, des traces d'anciennes pratiques rituelles. Ces découvertes enrichissent encore notre compréhension des dimensions ésotériques de la cathédrale.

L'exploration des mystères hermétiques de Notre-Dame transforme radicalement l'expérience de la visite. Chaque détail architectural prend une dimension nouvelle, chaque sculpture révèle des significations insoupçonnées. La cathédrale cesse d'être un simple monument historique pour devenir un livre vivant où se déchiffrent les arcanes de la sagesse antique.

Dans le Paris moderne qui l'entoure, Notre-Dame demeure le gardien silencieux de mystères qui défient le temps, pour qui sait voir et comprendre sa véritable nature : temple de l'alchimie éternelle où se transmutent les âmes en quête d'absolu.






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