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mercredi 11 septembre 2024

Miracles dans l'Aube

 


On vénère, à la fin du IIIe siècle, un puits de source (rue des Filles Dieu), dit de sainte Jule (décapitée par l’empereur Aurélien, à Troyes en 275), dans lequel on puise de l’eau pour la guérison des malades. « C'était une merveille expérimentée ordinairement par ceux qui ont des fièvres, s'aillent à sa chapelle recommander à Dieu par les mérites de sainte Jule, y font leurs prières de grande ferveur d'esprit et avec un saint mouvement de foi et dévotion, boivent de ce puits d'où ils trouvent soulagement et guérison, tant est grande la puissance des saints amis de Dieu vers ceux qui humblement et fidèlement requièrent leur assistance ». 

Puits Sainte Jule - Saint-Martin-es-Vignes
aujourd'hui disparu

Quand la famine sévit sur Paris, en 486, sainte Geneviève, vient chercher des secours à Troyes, et elle y accomplit plusieurs miracles. Par exemple, le fils d’un sous-diacre est guéri après avoir bu l’eau sur laquelle elle a tracé le signe de la croix.

De 479 à 536, Dieu opère de nombreux miracles, lorsque saint Aventin est économe de notre évêque saint Camélien : plus il dépense pour les pauvres et les infirmes, plus les biens croissent entre ses mains. Pour l’éprouver, notre évêque marque un tonneau de vin, et s’aperçoit que ce vin ne diminue pas quand Aventin en fait la distribution. Il donne cette charge à d’autres, et cette fontaine miraculeuse cesse, et le tonneau est bientôt vide.

Au VIIe siècle, Saint-Frobert fait recouvrir la vue à sa mère aveugle. Il guérit aussi ses frères de différents maux (tête, douleurs…). Quand il reçoit des amis, il leur offre du vin, et le tonneau est toujours plein, le Seigneur le remplissant à la mesure de la générosité du saint.

Le prieuré de Saint-Quentin, une de nos plus anciennes abbayes, existait déjà au VIIe siècle. On y venait en pèlerinage pour la guérison de l’hydropisie. On mettait les malades sur l’un des plateaux de la balance, et, sur l’autre, on plaçait en poids égal, de la cire, du chanvre, de la toile… et ces denrées appartenaient au prieuré. En 1490, le pape Innocent VIII interdit ce scandaleux commerce ailleurs qu’à Saint-Quentin en Vermandois, dont les chanoines disaient être les seuls à posséder les reliques de Saint-Quentin, car, s’il ne guérissait pas toujours les malades, il rapportait aux chapitres des prieurés où étaient pesés les hydropiques, de beaux bénéfices.

En 637, sainte Tanche, patronne de l’église de Lhuître, a la tête tranchée par son ravisseur. Par miracle elle se relève, prend sa tête entre ses mains et marche vers Lhuître. De nombreux prodiges ne tardent pas à s’opérer sur le lieu même où a été enseveli son corps : des malades, en passant près de cet endroit, éprouvent un soulagement subit ou une guérison complète. Les miracles se multiplient à tel point qu’on accourt de tous côtés à son tombeau. " Les malades y recouvrent la santé, les aveugles l’usage de la vue, les boiteux s’en retournent valides, les possédés sont délivrés, et tous les maux y trouvent un remède prompt et infaillible "

Sainte Tanche - église de Lhuître

Sainte Maure, patronne des lavandières car elle fabriquait les ornements sacrés et les maintenait en bon état, lors de son décès en 850, est lavée, l’eau est changée en lait, et ceux qui en boivent sont guéris de la fièvre : " Léonce, le fils de Damone but abondamment de ce lait et fut guéri de sa fièvre… en touchant le saint cilice, Thécie fut libérée d’une tache au visage contractée dès le sein maternel et qui la rendait désagréable à son mari… à l’heure même du départ de la sainte vierge, le moine Veranus qui avait depuis longtemps perdu l’odorat, sentit dans le monastère de Léon la même suave odeur que sentaient ceux qui étaient proches du saint corps… " Son tombeau fut honoré par les fidèles et il y eut d’innombrables miracles qui se produisirent.

Vers 990, beaucoup de personnes " tordues et brûlées incroyablement par la chaleur des fièvres viennent souvent vers saint Aderald et repartent bien vite chez elles, apaisées par lui ".

Du 9e au 19e siècle, sainte Mâthie, patronne de la ville de Troyes, est très honorée. En 275, servante d’un boulanger près de l’église Saint Nizier, elle distribue aux pauvres du pain en abondance, sans que le boulanger s’en aperçoive, car la quantité est toujours la même. En 974, l’évêque Milon trouve dans la cathédrale son sarcophage, il l’ouvre, et voit le corps comme s’il venait d’être mis au tombeau la veille. La nouvelle connue, une foule immense accourt pour voir le prodige, et commence un véritable culte voué à la vierge troyenne. La châsse est mise sur un autel, et les miracles sont quotidiens. Les pèlerins affluent jusqu’au XIXe siècle.


Ste Mâthie - Cathédrale st Pierre et st Paul de Troyes


J’ai trouvé le récit de plus de 12 miracles se passant pendant la semaine Pascale de l’an 1007 :

- une pauvre femme de Tonnerre, " ayant un bras sec et entendant que les malades étaient guéris aux reliques de la sainte, vint en la ville de Troyes, fit ses dévotions de bon cœur et pleine de foi, se mettant sous la châsse, frappa sa poitrine de la main dont elle s’aidait, invoquant avec larmes le secours de Dieu, car son autre main était sèche, le bras avide et sans aucune vigueur naturelle, les doigts pressés dans la paume et son poing étant collé à son estomac, elle invoqua le nom de sainte Mâtie plusieurs fois, et soudain l’humeur mêlée de chaleur se mit en son bras ; son poing se desserra de son estomac, et les doigts de la paume de sa main ; et elle fut guérie ".

- le même jour, à 9 heures, venant de Sens, les parents d’un enfant de 3 ans, si faible qu’il ne pouvait se tenir debout et cheminait à 4 pattes, comme une bête, ne pouvant même pas lever son visage vers le ciel, implorèrent notre vierge, en l’église Saint Remy. " Bientôt, le petit enfant sentit l’assistance de Dieu, fut guéri, et se dressant sur ses pieds, il marcha ! ".

- un père, ayant son fils aveugle, s’en alla dévotement à une procession à la cathédrale, et se recueillit devant la châsse de sainte Mâtie. " Sa prière pas plutôt faite, par la bénignité et l’intercession de la sainte, l’enfant fut réparé ! ".

- 8 jours plus tard, les chanoines chantaient matines, quand un cri perçant retentit dans la cathédrale. Une femme " ses nerfs tirés ne lui permettant pas de marcher sur ses pieds, se traînant sur les genoux, soutenant son corps avec ses mains, avait passé la nuit entière en supplication auprès de la châsse de notre vierge ". Le cri qu’elle avait poussé, lui avait été arraché par la douleur, signe de sa guérison. Ses membres avaient repris leur place naturelle, elle se leva et marcha sans difficulté.

 - il y eut encore la guérison d’une femme qui avait " une si cruelle rétractation de nerfs, que ses jambes étaient collées contre les cuisses, et qui se traînait le mieux qu’elle pouvait sur ses genoux, aidée avec ses mains, dans lesquelles elle tenait de petits sabots ".

- et aussi le cas d’un homme paralytique " à la porte de l’église, courbé comme un arc, sa main gauche sèche, sans vigueur naturelle, véritable cadavre, propre à mettre dans le tombeau ". Sur son insistance, des bras généreux le portèrent jusqu’au tombeau de Mâtie, et le firent passer 2 fois en dessous. " Là, son corps paralytique se trouva en une nouvelle santé, tellement que fort aise, il se mit à marcher ! ".

- récit d’une sourde, puis d’une aveugle venue de très loin, d’un petit enfant de 7 ans contraint de marcher à quatre pattes, d’un jeune homme ayant la main droite " sèche, ses doigts retirés en la paume ", puis deux petites filles aveugles, un jeune homme venu de Langres et bien d’autres encore.

Tous ces prodiges, effectués en si peu de temps, eurent un grand retentissement à Troyes et dans les villages environnants. La foule se précipita en longs cortèges d’éclopés pour honorer le tombeau de la sainte, afin d’y chercher l’apaisement de leurs maux, et les miracles se firent de jour en jour plus nombreux.

On cite encore le cas d’un homme natif de Toul, qui était " si raccourci d’une partie de son corps, qu’il ne pouvait s’en servir, et faisait pitié à tout le monde qui le voyait. Il avait aussi la jambe si courte qu’il n’en tirait aucun service, contraint de se servir d’une jambe de bois. Il se recommanda à notre sainte, passa une partie de la journée à la cathédrale en oraison, et, après ses soupirs, Dieu l’exauça. Couché devant l’autel de sainte Mâtie, il se sentit réparé à la santé, et se leva aussi sain et gaillard, comme s’il n’avait jamais été incommodé ! ... ...".

En 1606, notre évêque René de Breslay fait ouvrir la châsse et trouve le corps intact, la tête étant séparée du tronc, ce qui accrédite la thèse du martyre. Il y a été incité par un miracle survenu le jour de la fête et dûment constaté : un clerc de la collégiale Saint Etienne, nommé Nicolas Bernaudat, paralysé de tous les membres depuis 4 mois, et reconnu paralytique par les médecins, apothicaires et chirurgiens, est subitement guéri en touchant le tombeau de sainte Mâtie.

Un enfant de chœur, nommé Nicolas Bernaudat, déclaré paralytique par les médecins, apothicaires et chirurgiens, est " divinement guéri de son mal par sainte Mâtie ".

En 1413, Louise Léger vient au pèlerinage, avec " un catharre à la jambe et au pied senestre, qui l’avait rendue si courbée qu’elle ne pouvait étendre le pied ", présente sa jambe gauche " toute enflammée, et que les médecins veulent couper ". Elle est guérie dans la nuit..

En 1414, Edmer Le Clerq et Françoise Patrois repartent sans leurs béquilles...

En 1630, Louis XIII et Anne d’Autriche viennent prier Ste Mathie, et la reine demande une relique.

 En 1724, une bénédictine de Notre-Dame aux Nonnains, Madeleine de Mesgrigny, âgée de 35 ans, avait été paralysée pendant plusieurs mois : elle est guérie à la suite d’une neuvaine faite pour elle à sainte Mâtie.

En 1730, cette religieuse retombe malade, et perd l’usage de la parole et de la vue. Une neuvaine au diacre Pâris, lui fait retrouver la vue, la parole et l’usage de ses membres, prodige non expliqué par les médecins.

 En 1794, les révolutionnaires brûlent les reliques à l’exception d’une parcelle de sa tête, 2 dents et 1 os de ses pieds.

Notre ermite Jean de Gand, annonce en 1422 au dauphin Charles qu’il aura une descendance masculine et que le premier de ses enfants sera son successeur malgré les anglais et quelques princes de France. Un an après, naît le futur Louis XI. Le bienheureux est enterré dans l’église des Jacobins. Louis XI l’invoque à l’occasion d’une maladie. Guéri, en 1482, il donne au couvent une rente de 500 livres, un drap d’or lors de son exhumation et fait le voyage à Rome pour obtenir sa canonisation. " Sur sa tombe en l’église des Jacobins, il y eut plusieurs beaux miracles sur tous genres de malades ".

Lors du terrible incendie qui ravagea Troyes en 1524, ce n’est que le 3ème jour avec la procession des reliques de saint Loup, de sainte Hélène et de sainte Hoïlde que s’arrête enfin le fléau qui a détruit 3.000 maisons.

" Un pauvre tout perclus par son mal, se fait transporter au tombeau de sainte Hoïlde et est instantanément guéri. Une femme qui est saisie d’une grosse enflure, fièvre continue, un gros apostème qu’elle a au gosier qui la suffoque, abandonnée par les médecins et attendant sa mort prochaine, fait vœu d’aller honorer la sainte. Le même jour elle vomit grande abondance d’ordures de son apostème qui s’épura et aussitôt, elle rendit grâce à la sainte ".

Troyes a une Belle-Croix élevée place de l’Hôtel de Ville. En 1497, sa réputation de miracles se répand, et les pèlerins affluent en si grand nombre pour demander guérison, que l’on ne peut plus circuler sur la place. Le 9 juin 1500, le lieutenant-général et l’avocat du roi rencontrent le maire et font des remontrances en raison de " la grande affluence du peuple qui se tient surtout depuis trois semaines autour de la Belle-Croix, de jour et de nuit, pour avoir santé et guérison, et est en si grand nombre que l’on ne peut passer ni circuler sur la place. Cette assistance y fait ses ordures et immondices, tellement qu’il s’y engendre si grande punaisie et infection qu’on n’y peut plus durer ; plusieurs filles et femmes sont en danger d’y être déflorées, perdues et gâtées ; divers vols ont été commis, de grands inconvénients surviennent par mauvais garçons, qui, nuitamment, hantent et fréquentent la place de la Belle-Croix… ". Dans le cours de l’été 1561, on raconte qu’à la Belle-Croix, pendant trois semaines, il y a de grands miracles. Souvent l’eau suinte à grosses gouttes, de telle manière qu’elle peut être recueillie, et grâce à elle, des boiteux, des fiévreux sont guéris, des sourds entendent, des muets parlent, des aveugles recouvrent la vue…

 Saint Gengoult, patron des maris trompés, est prié dans plusieurs communes de l’Aube. Lors de sa fête, se fait un pèlerinage où les pèlerins font provision d’eau de la fontaine qui guérit les fièvres et les maux d’yeux des enfants. Les mères trempent leurs enfants dans la fontaine pour les prévenir des fièvres. A Chassericourt, la fontaine de Saint Gengoult est pétrifiante et guérissait les maladies de la peau (eczéma, écrouelles).

Le dernier pèlerinage de l’Aube où il y a encore de l’eau, est celui Notre-Dame-du-Chêne, près de Bar-sur-Seine.

Une ancienne croyance troyenne dit que l’eau puisée le jour de la Saint-Jean, entre minuit et le lever du soleil, est considérée comme guérissant toutes les maladies.

De nombreux souvenirs attestent du culte ancien rendu à l'eau pure de nos sources auboises. Ce sont de belles histoires qui disent comment la source est née et le pourquoi des bienfaits que lui attribuent les fidèles, ainsi que les vertus miraculeuses de certains puits, par les mérites de martyrs dont le corps y a été précipité, comme saint Balsème à Arcis.

Les sources auboises guérissaient la fièvre à Dierrey, Dosches ou St-Jean-de-Bossenay. On soignait son estomac à Colombé, se débarrassait de ses coliques à Montreuil et Valmlant-St-Georges, on calmait ses maux de dents à Fontenay-de-Bossery, tempérait son foie à Bar-sur-Seine, débloquait ses reins à Rilly-Ste-Syre et Montceaux. Les rhumatisants allaient à Bar-sur-Seine ou Cunfin, les nerveux à Brienne ou Pel-et-Der. Qui craignait le choléra ou la peste, s'adressait à saint-Jean de Brienne. L'enflure trouvait remède à Neuville-sur-Vanne ou à Nozay. Saint Clair de Vaudes et de Loussey, sainte Anne à Cunfin, sainte Reine à Isle-Aumont, saint Quentin à Nozay, conservaient ou redonnaient la vue. La fontaine de la Creuse guérissait l'impétigo, celle de saint Eutrope, les personnes souffrant d'hydropisie.

Autrefois, à Rumilly-les-Vaudes, les jeunes gens se rendaient volontiers vers une chapelle entourée d’arbres qui abritait une statue connue sous le nom de " la Sainte de Chaussepierre ", laquelle est devenue ensuite, d’une façon plus concrète " Sainte Geneviève ". Ils déposaient des épingles aux pieds de la statue puis allaient boire l’eau de la source. Cela leur donnait l’assurance de se marier dans l’année. Les mamans également venaient déposer sur les ondes de la fontaine les langes de leurs jeunes enfants. Selon que ces linges surnageaient ou s’enfonçaient dans l’eau, elles en tiraient des présages bons ou mauvais pour la santé de leurs enfants. Enfin, le clergé et les fidèles s’y dirigeaient en procession, car les eaux étaient réputées pour guérir la fièvre.

      

Ste Mâthie 


mardi 27 août 2024

Églises rurales en Champagne-Ardennes

 

LES ÉGLISES RURALES

DE LA

CHAMPAGNE ORIENTALE ET MÉRIDIONALE

DU XIIIe AU XVIe SIÈCLE


Église St Hippolyte de Bay-sur-Aube - Haute-Marne (52)
ensemble romano-gothique des XII et XVe siècles

Dans une précédente étude, je me suis efforcé de démêler les influences diverses qui ont pénétré dans la partie est et sud-est de la Champagne à l'époque romane. Je crois avoir montré que cette région, qui est un carrefour de routes historiques, avait été traversée par des courants venus de l'ouest, influence franco-normande ; de l'est, influence rhénane ; et du sud-est, influence bourguignonne. Au sujet de cette dernière, je dois ajouter que si elle n'a produit qu'un très petit nombre d'églises dont le plan puisse être rapproché du plan bénédictin, aux absides et absidioles en hémicycle précédées de travées droites comme à Wassy et Hoéricourt dans la Haute-Marne, elle a, par contre, introduit ces piles rondes couronnées par un tailloir, portant des arcades à simple rouleau qu'on a signalées au narthex de Saint-Philibert de Tournus, ou, au Xe siècle, à Lons-le-Saulnier (1).

Il est singulièrement plus difficile de tirer des conclusions précises d'une enquête menée dans la même région mais portant, cette fois, sur les églises gothiques.

Voyons, d'abord, les églises du Xe siècle. En premier lieu, il n'y a pas d'école gothique rhénane, d'où absence d'influences venues de l'est. Y a-t-il une école gothique champenoise? On n'en est plus très sûr. On tend plutôt à admettre l'existence d'une école formée dans l’Ile-de-France, débordant très tôt et très loin sur la Champagne, en y exerçant une influence bien plus puissante que ce qu'avait pu être celle de l'école romane franco-normande. Elle n'exclut pas, cependant, une pénétration sensible de l’influence bourguignonne. Mais il faut avouer que les caractères dits bourguignons s'appliquent davantage à des éléments décoratifs qu'à des procédés constructifs (2).

L'étude des plans ne nous apprendra pas grand' chose. Cependant, il faut noter que les chevets plats, très nombreux en Ile-de-France, Soissonnais, Beauvaisis, restent très répandus jusque dans la partie orientale de la Marne, alors qu'ils se raréfient incontestablement vers l'Aube et vers la Haute-Marne (3) par où ont pu pénétrer les influences bourguignonnes. Or, il semble bien que le chevet plat a dû être moins souvent adopté en Bourgogne que dans la région parisienne.

Église St Aventin (à chevet plat) XIIe siècle - Bouy sur Orvin (aube)


Ce plan n'exclut d'ailleurs pas, tant s'en faut, les sanctuaires polygonaux à trois, quatre (4), cinq ou même sept pans (5) qui se rencontrent avec une densité à peu près égale dans toute la région étudiée. Certains chœurs, assez longs, sont munis de bas-côtés (6) ou, plus simplement, d'absidioles rectangulaires (7) ou polygonales (8).

 L'ordonnance intérieure, modeste mais généralement soignée, ne sort pas des dispositions habituelles de l'art gothique du Xe siècle. Si on s'efforce d'y noter des dispositions originales, on constate qu'elles relèvent presque exclusivement des influences venues de l'Ile-de-France. Ce sont, par exemple, les colonnettes supportant les nervures de la voûte du sanctuaire, qui sont baguées à mi-hauteur par une moulure courant à la base des fenêtres, les baies en lancettes associées par deux ou trois sous un arc de décharge (9), les roses polylobées surmontant les fenêtres (10). Les arcatures à trois lobes ou à redents de Saint-Jean de Châlons, Saint-Amand-sur-Fion, Vatry (Marne), Montier-en-Der, Perthes (Haute-Marne) ont, sans doute, la même origine (11). Quant aux arcatures de Hauteville (Marne) dont les chapiteaux à tailloir circulaire*[voir ci-dessous] sont portés par des fûts de colonnettes coudés semblant sortir de la muraille, elles seraient normandes (12). 

On a déjà fait remarquer que les déambulatoires de Montier-en-Der, Saint-Remi de Reims et Notre-.Dame-en-Vaux de Châlons présentaient des particularités communes qui ne suffisaient pas à constituer une école champenoise, mais plutôt une variante champenoise des procédés de l'Ile-de-France. Quant aux colonnes jumelées de Montier-en-Der, elles ont, malgré leur éloignement du domaine royal, beaucoup plus d'analogues en Ile-de-France que partout ailleurs (13). Enfin, la jolie église de Saint-Amand-sur-Fion (Marne) offre, d'une part, un triforium à claire-voie qui présente de grandes analogies avec ceux de la nef de Saint-Séverin de Paris ou de Saint-Sulpice-de-Favières (Seine-et-Oise) et, d'autre part, dans le transept, un étroit passage ménagé devant les fenêtres abrité sous une voussure en berceau brisé, disposition qui est champenoise tout autant que bourguignonne.

Les transepts, sensiblement plus nombreux qu'à l'époque romane ne nous apprennent rien de très particulier quant aux influences diverses qui ont pu s'exercer. Tout au plus, noterons-nous ceux des églises de Saint-Jean de Châlons et de la Chalade (Meuse) qui comptent deux travées dans leur longueur et qui sont munis d'un bas-côté oriental, disposition qui est peut-être moins rare que ne l'a dit Lasteyrie (14) et qu'on trouve, par exemple à Villers-Saint-Paul (Oise). Nous la noterons encore plus loin à la fin du moyen âge. Remarquons que l'église de la Chalade est cistercienne ; le bas-côté oriental du transept peut y être considéré comme résultant de l'évolution du plan cistercien par mise en communication des chapelles carrées entre elles et de ces chapelles avec le chœur.

L'étude des nefs est plus instructive. Il est incontestable que les voûtes sexpartites et les piles alternativement cylindriques et composées qu'on trouve dans les églises de Margerie et Somsois (Marne), Trouan-le-Grand (Aube) (15) révèlent l'influence de l'école de l'Ile-de-France. Ces nefs de Somsois et Trouan-le-Grand, qui présentent entre elles de grandes ressemblances de même que les portails de ces deux églises, ont des fausses tribunes qui rappellent assez celles de Saint-Eusèbe d'Auxerre. Celles-ci résultent aussi d'une influence venue de l'Ile-de-France 16). Ajoutons encore les fausses tribunes de Joinville (Haute-Marne), ou encore les petites tribunes au revers des façades qu'on voit à Somsois, Soudron, Vatrv (Marne), à Perthes (Haute-Marne) ou à Mouzon (Ardennes) (17). Les oculus à quatre lobes qui éclairent la nef de Sarry (Marne) ou le chœur de Francheville (Marne) rappellent, eux aussi, les procédés de l'Ile-de-France. Remarquons encore les piles cylindriques flanquées de quatre colonnettes qui, adoptées à Reims, se rencontrent dans des églises rurales champenoises à Arzillières, Sainte-Menehould (Marne) et Brienne-le-Château (Aube). Quant aux chapiteaux à tailloirs circulaires nés au Xe en Angleterre et en Normandie (18), on les cite souvent à Montier-en-Der. Il y en a aussi à Mouzon (Ardennes) et je les ai rencontrés à Haute-ville et au chœur de Saint-Amand-sur-Fion (Marne).

Par contre, le faux triforium en plein cintre sur pilastres cannelés de Saint-Maclou de Bar-sur-Aube et la nef unique de Perthes (Haute-Marne) avec sa voûte portée par des culs-de-lampe assez semblables à ceux de Saint-Père-sous- Vézelay trahissent des pénétrations bourguignonnes assez lointaines vers le nord.

Schéma d'un triforium (d'après Notre-Dame de Chartres).

A l'extérieur, les archivoltes des fenêtres ornées d'un cordon de fleurettes ou de crochets en encorbellement sur deux têtes comme à Saint-Yved de Braisne, ont eu beaucoup de succès en Champagne (19). Des gâbles sur montent les fenêtres de l'abside de Saint-Amand-sur-Fion (Marne). Cette même église nous offre en outre des arcs-boutants dont la tête est soutenue par une colonne isolée comme à Notre-Dame de Châlons et à Saint-Rémi de Reims et des contreforts couronnés par un petit pignon et évidés pour ménager un passage extérieur à hauteur des fenêtres basses, des baies du triforium et des fenêtres hautes.

En ce qui concerne les portes, la région a vu se généraliser un type qui provient vraisemblablement de l'Ile-de- France et qui s'est propagé loin vers l'est et vers le sud-est ne laissant filtrer que de rares pénétrations bourguignonnes. Ce sont des portes en tiers-point ouvertes souvent, comme à l'époque romane, dans un épaississement du mur raccordé au plan de la façade par un talus oblique. Le tympan plein et nu est encadré de voussures toriques et les piédroits portent trois ou quatre colonnettes parfois baguées à mi-hauteur et surmontées de chapiteaux à crochets (20).

Plusieurs petites églises (21) ont conservé des porches qui garnissent toute la largeur de la façade et qui comportent une série d'élégantes arcades en tiers-point reposant sur des faisceaux de colonnettes et géminées en deux arcades secondaires par une colonnette. Ils résultent de l'évolution d'un type déjà signalé à l'époque romane à Hermon ville, Jâlons-les-Vignes, Ponthion, etc. (Marne).

Cependant, c'est peut-être aux influences bourguignonnes qu'il faut attribuer la persistance du plein cintre aux portes de Saint-Pierre de Bar-sur-Aube (Aube), Perthes et Puellemontier (Haute-Marne), Somsois (Marne) comme aux fausses tribunes de Joinville (Haute-Marne) ou au cloître de Bassefontaine (par Brienne-la-Vieille, Aube). Ces influences apparaissent plus nettement aux portes de Notre-Dame de Saint-Dizier et de Wassy (Haute-Marne) où les voussures en arc brisé sont ornées de vigoureux rinceaux de feuillages ou encore à Perthes où la rose de la façade rappelle, avec un dessin plus simple, celle de Notre-Dame de Cluny.

St Pierre de Bar-sur-Aube

Le tympan du Xe siècle enclavé dans un mur de l'église de Saint-Léger -sous -Brienne (22) semble, lui aussi, bourguignon par ses rinceaux de feuillages et, surtout, par le portail de l'église de Vassy, les analogies qu'il présente avec le tympan d'Anzy-le-Duc représentant, comme lui, l'Ascension du Christ. Il est regrettable que les tympans sculptés de Wassy (23) et Trouan-le-Grand (24) aient disparu. Celui de Joinville (Haute-Marne) n'offre plus que d'informes débris qui rendent presque impossible toute appréciation (25). Signalons encore la corniche bourguignonne qui a pénétré assez avant dans la région. On la trouve à Perthes, Villiers-en-Lieu (Haute-Marne), Sapignicourt, Moncetz-sur-Marne, Alliancelles (Marne) et jusqu'à Mouzon (Ardennes).

Les clochers gothiques, relativement rares dans les petites églises rurales, dérivent directement des modèles romans. Ils sont carrés, élevés sur la croisée des nefs ou sur le chœur, ajourés de baies en tiers-point à tympan géminé en deux arcades sur une colonnette médiane (26). La couverture en bâtière se retrouve à Heiltz-l'Évêque et à Saint-Lumier-en-Champagne (Marne), la pyramide à Dampierre-sur-Moivre (Marne).

En résumé, les petites églises du Xe siècle présentent une certaine uniformité de style dont il faut chercher l'origine dans la prédominance des procédés gothiques mis au point dans l'Ile-de-France et propagés en Champagne et au-delà. L'école romane franco-normande, incapable d'imposer des formules très nettes, avait laissé passer des éléments rhénans et bourguignons. Il n'en est plus de même au Xe siècle où, au contraire, l'Ile-de-France et la Champagne deviennent un puissant foyer d'émission dont le rayonnement se fait sentir très loin, ne laissant filtrer que de faibles pénétrations bourguignonnes.

A la fin du moyen âge, les choses se présentent un peu différemment. Il se produit en Champagne un renouveau de l'art religieux dont il faut chercher les origines,

- d'une part dans la nécessité de remédier aux dévastations commises pendant la guerre de Cent Ans,

- d'autre part, dans l'intervention de la bourgeoisie.

Celle-ci, enrichie par la reprise du commerce, contribue à la construction et à la décoration des églises auxquelles elle donne des verrières, des retables, des statuettes, des cloches, des stalles, etc. (27). En dehors des documents d'archives, on en trouve la preuve dans les mentions inscrites au bas des verrières ou dans des inscriptions comme celles des piliers de l'église Saint-Loup de Châlons, fondés par les confréries des enfants et des vignerons en 1459 et 1461 ou d'un pilier de l'église de Pringy (Marne) «assy » le 27 août 1533 par Claudin Songnit et Mariette, sa femme.

Les dates inscrites sur les façades ou sur les vitraux renseignent sur l'époque de ces travaux et permettent de suivre cette renaissance de l'art religieux qui commence dès le milieu du XVe siècle (28).

Dans cette période où l'art devint plus bourgeois, plus familier et plus provincial il y a davantage à compter avec les initiatives locales. Il est possible de déterminer des familles d'églises nées autour de foyers particulièrement actifs. Pour la région qui nous intéresse, il semble possible de distinguer, à l'époque flamboyante, deux  groupes distincts : le groupe troyen dont l'influence s'est fait sentir jusque dans la Champagne châlonnaise et rémoise, et le groupe meusien-lorrain qui vient se mêler à celui-ci sur les confins lorrains-champenois. Ils présentent des caractères communs, mais des nuances évidentes les différencient.

Au point de vue des matériaux, le groupe troyen utilise les calcaires tendres champenois ; le groupe meusien-lorrain emploie les calcaires durs du Barrois qui prennent vite une patine sombre et donnent aux édifices une tonalité sévère. Ils se prêtent assez mal aux finesses sculpturales et impriment à la décoration une facture assez lourde. Ils ont été exportés, comme à l'époque romane, à travers le Perthois, dépourvu de matériaux de construction, et plus spécialement par la vallée de la Saulx, jusque sur les confins de la Champagne crayeuse, à Pargny-sur-Saulx, Villers-le-Sec, Possesse, Etrepy, Ponthion, Vitry-en-Perthois, etc.

En règle presque générale, les sanctuaires sont polygonaux, assez élevés, largement éclairés, parfois accostés d'absidioles de même hauteur (29). Un procédé bien troyen consiste à relier le chœur aux croisillons par des chapelles triangulaires comme à Montieramey (Aube). Cependant, cette disposition ne se retrouve guère au nord de Troyes, sauf à Brienne-la-Vieille (Aube) et à Louze (Haute-Marne) où il existe d'étroits évidements contournant les piles du chœur juste pour le passage d'une personne. Par contre, à Revigny (Meuse) (30), le chœur est relié aux croisillons par de hautes chapelles à deux pans dont l'axe forme un angle de 45° avec celui de l'église. Cette solution rappelle, à la fois, la plantation oblique des absidioles fréquente dans l'Ile-de-France et la Champagne dès le Xe siècle (31), et le passage triangulaire troyen.

Église st Pierre-es-liens de Brienne la Vieille XIIe  (aube)

On peut considérer, d'autre part, comme très caractéristique des procédés troyens le transept large et divisé en deux travées. Non pas que cette disposition soit une innovation au XVe siècle et encore moins une trouvaille troyenne, puisqu'on l'observe bien antérieurement à Saint-Jean-aux-Bois, Villers-sous-Saint-Leu (Oise) ou à Saint-Marcel (Indre). Mais elle a eu aux XVe XVIe siècles, tant de succès dans la Champagne méridionale que des transepts du Xe siècle ont été remaniés pour être doublés d'une seconde travée (32). 

Très fréquente encore dans le nord des départements de l'Aube (33) et de la Haute-Marne (34), dans le sud-est de la Marne (35) et même sur les confins Marne-Meuse (36), elle se raréfie vers le nord. Dans tout l'arrondissement de Sainte-Menehould, on ne signale que Souain (37). Par contre, les églises de Changy et Bussy-le-Repos (Marne) et de Rembercourt-aux-Pots (Meuse) ont un transept à bas-côté oriental. Dans la région troyenne, les deux travées du transept sont souvent soulignées au  dehors par deux pignons accolés munis d'auvents très saillants (38). C'est, d'ailleurs, en vertu du même principe qu'on voit, dans la même région, des séries de pignons correspondant aux travées des collatéraux (39).

Les édifices des groupes troyen et meusien-lorrain comportent souvent des nefs munies de collatéraux et dépourvues d'éclairage direct. Aux listes données par Lefèvre-Pontalis (40), j'ajouterai : Brandon villiers, Brebant, Bussy-Lettrée, Dommartin-Lettrée, le Meix-Tiercelin (Marne), Ceffonds, Villiers-en-Lieu (Haute-Marne), Arrembécourt, Dosnon, Montmorency, Rosnay-1' Hôpital (Aube) pour le groupe troyen, Andernay, Rancourt, partie de la nef de Revigny (Meuse), Clermont, Possesse, Yernancourt, Vil-lers-le-Sec (Marne) pour le groupe meusien-lorrain. Dans celui-ci, il est fréquent que les trois vaisseaux soient assez hauts et étroits, surtout les collatéraux comme à Saint-Etienne de Bar-le-Duc. Il arrive même que le sanctuaire soit aussi large que la nef et les collatéraux réunis et qu'il s'ouvre alors sur le transept par une rangée de trois arcades presque d'égale hauteur. Cette disposition, assez rare, se voit à l'église d'Eclaron (Haute-Marne) qui comporte trois vaisseaux très étroits et à celle de Cheminon (Marne) dont la nef est, d'ailleurs, moderne. Quant au groupe troyen, il offre de nombreux exemples de vaisseaux larges et bas, comme à Pont-Sainte-Marie (Aube).

Église Notre-Dame de Pont-Sainte-Marie

Le groupe meusien-lorrain a adopté presque toujours le support cylindrique lisse à pénétration de nervures sans chapiteau, reposant sur de puissantes bases carrées ou octogonales, comme à Nettancourt (Meuse). A Vitry-en-Perthois (Marne), comme à Saint-Nicolas-du-Port, le fût est orné de petites accolades. 

De son côté, le groupe troyen, sans exclure le pilier cylindrique lisse, a fait large emploi du pilier lobé dans lequel les membres de la voûte se fondent par pénétration dans des lobes convexes reliés entre eux par des lobes concaves (41). Ces supports, lobés ou cylindriques, sont souvent ornés d'un anneau de sculptures qui rappelle, sans le remplacer, car il se trouve sensiblement en dessous des retombées, le chapiteau. 

La décoration en est empruntée à la flore locale, comme la vigne, le chêne, le chou. Des animaux y sont mêlés : escargot à Saint-Memmie de Courtisols, Dommartin-Lettrée, Iumbauville, Nuisement-sur-Coole, Yernancourt (Marne), Lhuître, Rosnav-l' Hôpital (Aube), chiens rongeant des os à Lhuître, Mailly (Aube), Vernancourt (Marne), le renard et la cigogne au Meix-Tiercelin (Marne), des chimères, des oiseaux, des sirènes, des singes, etc. On voit aussi des scènes de la vie paysanne, vendangeurs à Puellemontier (Haute-Marne), paysan chargeant un tombereau au Meix-Tiercelin (Marne), des musiciens à Humbauville (Marne), Rances et Villeret (Aube), des soldats à Lhuître (Aube), des personnages portant la coiffe des fous à Bussy-aux-Bois (Marne), un squelette au Meix-Tiercelin (Marne), etc. Cette sculpture, plus pittoresque qu'artistique, est l'expression spontanée d'un art local, populaire, laïque, plus préoccupé de plaire ou d'amuser que d'édifier.

L'étude des baies, fenêtres et portes confirme l'existence d'une double influence. Le groupe troyen, sans renoncer absolument aux réseaux flamboyants, adopte cependant, de bonne heure, ces tracés plus mous (plein cintre, cœurs, oves, etc.) ou encore ces superpositions d'arcades, d'entablements et de frontons qu'on voit, par exemple, aux fenêtres de Brienne-le-Château, en 1536, ou à Saint-Jean de Troyes. Les voussures des portes flamboyantes sont souvent ornées de feuillages très fouillés qui semblent partir de deux troncs noueux munis de leurs racines logés dans des gorges à chaque piédroit (42). Le tympan vitré parfois aussi haut qu'une fenêtre paraît bien spécial, lui aussi, au groupe troyen (43). Souvent, un sujet sculpté est placé sur un cul-de-lampe ou sous une niche au milieu du linteau, une Pietà à Humbauville (Marne) et à Lhuitre (Aube) , un Saint Martin à cheval à Huiron (Marne).

Église Saint Jean - Troyes

Le groupe meusien-lorrain reste invariablement fidèle aux réseaux flamboyants, même en plein XVIe siècle (44). Les tympans sont pleins, l'accolade brisée en forme de cloche, qu'on trouve en bien d'autres régions, s'y rencontre assez souvent (45).

Notons, enfin, les porches. Un premier type est constitué par trois arcades à moulures prismatiques encadrant une voûte à Hernes et tiercerons. Une balustrade flamboyante couronne ces porches (46). Un autre type, plus simple et postérieur à celui-ci, comprend un carré de murs bas, munis de bancs de pierre et portant un toit en appentis ou à deux versants par l'intermédiaire de colonnes cylindriques (47).

 Si, maintenant, nous avançons plus loin dans le XVIe siècle, jusqu'au moment où le gothique flamboyant est pénétré de plus en plus par les formules artistiques empruntées aux arts gréco-romains, nous constatons des influences diverses plus complexes qu'au XVe siècle.

Le groupe meusien-lorrain, très caractérisé à l'époque flamboyante, conserve sa puissance d'expansion, au moins pendant la première moitié du XVIe siècle. La Renaissance apparaît en 1512, dans certains détails de la porterie du palais ducal de Nancy. Le séjour de René II à Bar-le-Duc détermine, dans le même temps, un mouvement artistique assez important qui, outre de nombreuses constructions civiles, produit la façade de Saint-Etienne de Bar-le-Duc, élevée de 1513 à 1520 (48). On en trouve des traces dans toute la région avoisinante et sur les confins Barrois-Champagne (49). 


porterie Palais ducal de Nancy (54)


Cette Renaissance lorraine s'apparente à l'art des pays du nord. Elle aime la profusion ornementale, les grosses coquilles à bords ondulés, les colonnettes torses, les piscines à dômes, les médaillons à profils casqués à l'antique, les ornements macabres, les amours nus mêlés à des rinceaux touffus traités d'une main assez lourde dans cette pierre du Barrois qui se prête mal aux délicatesses du ciseau. Ces éléments décoratifs, empruntés pour la plupart à l'antiquité, voisinent avec de très vivaces souvenirs du gothique flamboyant comme ces amours nus qu'on voit mêlés à des accolades et à des choux frisés aux contreforts et aux niches de Revigny (Meuse) et de Vitry-en-Perthois (Marne), au portail d'Arzillières (Marne). Des médaillons à l'antique ornent les tympans de Saint-Etienne de Bar-le-Duc ou d'Arzillières ; mais ces tympans sont logés eux-mêmes sous des voussures en accolade.

A la même époque, et surtout vers le milieu et dans la seconde moitié du XVIe siècle, la région que nous étudions est pénétrée profondément par des formules artistiques plus évoluées vers l'imitation de l'antique, qui viennent, soit de Troyes, soit de la région parisienne bien qu'il soit difficile de discriminer la part respective de ces deux influences. Des textes que j'avoue n'avoir pas eu le loisir de rechercher permettraient, sans doute, de préciser ces indications et peut-être de retrouver des noms d'artistes. Les portes latérales de Saint-Alpin de Châlons, percées vers 1539, le bas-relief de Guillaume Lartier (1529), certains chapiteaux de cette même église et de Saint-Martin de Courtisols ferraient penser à la Renaissance troyenne de même que le portail de Rosnay-1'Hôpital (Aube), qui porte la date 1557, le monogramme de Henri II et les croissants enlacés. On y trouve, comme à Pont-Sainte-Marie, un assez curieux mélange de souvenirs flamboyants, — comme une grande accolade — et d'éléments puisés dans l'imitation de l'antique, deux ordres superposés et un fronton triangulaire. Notons encore les lourds clochers d'Arcis-sur-Aube, Chavanges, Rosnay-1'Hôpital (Aube), Sézanne (Marne) qui s'apparentent plus ou moins avec celui de la Madeleine de Troyes.

Tour clocher d'Arcis-sur-Aube


D'autre part, il y a dans la région d'Epernay, Châlons, Vitry-le-François, tout un groupe d'églises qui semblent avoir été remaniées dans la seconde moitié du XVIe siècle par des artistes venus de la région parisienne (50). On pense, en les voyant, à certaines églises du Parisis (51).

On y retrouve, tout au moins, certains détails caractéristiques : portes en plein cintre dont l'archivolte à clef saillante est ornée d'oves ou de petites cannelures, portes s'ouvrant sous un entablement que soutiennent des colonnes cannelées, entablements surmontés, tantôt d'un fronton triangulaire (52), tantôt d'une niche à fronton courbe accostée de volutes (53), ou encore ornés de triglyphes et de bu crânes (54), de rinceaux ou de rosaces (55), voussures profondes formant porche comme à Dommartin-Lettrée (Marne), ou ornées de caissons encadrant des cartouches ou monogrammes, contreforts à frontons courbes portant  des pots à feu ou des urnes (56), chapiteaux à corbeilles cannelées et volutes ioniques, ou réduits à une échine taillée d'oves, surmontée d'un tailloir carré dont les angles sont ornés, par en dessous, de rosaces (57), combinaisons de voûtes à nervures peu saillantes disposées en losanges, hexagones, etc.

Faut-il voir dans ce retour d'influences venues de la région parisienne une conséquence de l'intérêt nouveau porté par la royauté à la Champagne et dont on voit les preuves dans la fondation de Vitry-le-François par François Ier en 1545 (58), la présence d'ingénieurs italiens, tels que Girolamo Marini, employés aux fortifications nouvelles, le séjour de Henri II en Champagne en 1552, les voyages de Charles IX en 1564, 1573, etc. ? C'est une simple suggestion.

A  l’époque romane, j'avais constaté dans la région qui m'a servi de champ d'études un mélange d'influences franco-normandes, rhénanes et bourguignonnes. Au Xe siècle les procédés gothiques de l'Ile-de-France ont un tel succès qu'ils ne laissent filtrer que de faibles pénétrations bourguignonnes. Au XVe et au début du XVIe siècle, deux foyers d'influences plus nettement localisés, troyen et meusien-lorrain, rayonnent avec une égale puissance. A partir du milieu du XVIe siècle leur expansion semble quelque peu refoulée par des pénétrations qui, pour la troisième fois en cinq siècles, sont venues de l'Ile-de-France.

Comme à l'époque romane, c'est dans la Champagne humide, le Perthois, le Bocage et le Der, zone argilo-limoneuse dépourvue de matériaux de construction, que les contacts se sont produits et ce sont les vallées de la Marne, de la Saulx et de la Biaise, d'une part, de l'Aube et de ses petits affluents d'autre part qui ont souvent servi de voies aux cheminements d'influences.

 Par J.D. Bonnard


*L'ORIGINE DES TAILLOIRS RONDS

ET OCTOGONES AU XIIe SIÈCLE

 

Il est toujours intéressant de rechercher les origines des formes architecturales qui sont d'abord des exceptions et qui deviennent, peu à peu, d'un usage courant. Tel est le cas des tailloirs ronds et octogones si répandus au XIIIe siècle, mais dont il existe plusieurs exemples au XIIe siècle. Les constructeurs des églises romanes donnaient, avec raison, la préférence aux tailloirs carrés qui s'adaptaient mieux à la retombée et à l'épaisseur des grandes arcades et des doubleaux, tandis que les architectes gothiques abandonnèrent cette forme vers 1230 pour adopter les tailloirs octogones ou circulaires. Le plan des tailloirs ne coïncide avec celui des supports que sur les piles rectangulaires ou sur des pilastres et, quand il est rond, sur des grosses colonnes dans les églises anglo-normandes, mais, généralement, leur forme est différente. Ainsi, la plupart des colonnes isolées sont surmontées de tailloirs carrés ou octogones. De même, les piliers octogones du XIIe siècle des deux églises de Neuwiller (Bas-Rhin), sont couronnés de tailloirs carrés. Dans le transept et le chœur de la cathédrale de Peter borough et à Sainte -Marie de Sutton, des tailloirs cruciformes (1) correspondent à des piles octogones (2).

(1) Autres exemples du XIIe siècle à la cathédrale d'Ely (transept), à la Sainte-Chapelle de la cathédrale de Canterbury, à Tilney (AU Saints), à Wàlsoken, à Waltham-Abbey, à Wimborne et en France à Gargilesse (Indre), à Saint-Sever (Landes), à Givaux (Vienne) et à Notre-Dame d'Etampes.

*(2) Bond (F.). Gothic architecture in England, p. 42.

 C'est vers 1120 que les tailloirs circulaires firent leur apparition en Angleterre, sur les piles rondes de la nef, dans les cathédrales de Gloucester et de Tewskesbury (1). On en rencontre d'autres exemples du XIIe siècle à Steyning, à Malmesbury, à New-Shoreham, à Ketton, à South-well, à Shrewsbury, dans la crypte orientale de la cathédrale de Cantorbery (2), à Saint-Jean de Chester, à Cud-dington, à Dore, à Leominster, à Old Sodbury, à Romsey et à Stock-Orchard.

Vers le milieu du XIIe siècle, quelques architectes normands en font usage à Bernières, à Ouis-treham (Calvados) et à Man église (Seine-Inférieure). Notre confrère, M. Enlart, signale dans son Manuel (3), d'autres tailloirs ronds du XIIe siècle, à Lanmeur, Perros-Guirec, Tréguier (Côtes-du-Nord), à Aigues-Vives, à Montrichard (Loir-et-Cher), à Avesnières (Mayenne et dans le portail de Sérignac (Lot-et-Garonne). J'y ajouterai celui qui devait surmonter un chapiteau roman du musée de Soissons, cerclé de fleurs à quatre pétales (1).


Chapiteau de la nef à Steyning

 

(1) Bond (F.), op. cit., p. 26 et 297.

(2) Ibid., p. 273, 412, 421, 440, 520 et 521.

(3) T. I, p. 371.

 Les piles formées d'un noyau cylindrique entouré de colonnettes, comme celles de la nef de Saint-Remi de Reims, qui furent élevées vers 1005, et celles de certaines églises du Poitou, comme à Javarzay, à Saint-Pierre de Melle (Deux-Sèvres), à Nieuil -sur -Autise (Vendée), devraient être amorties par un grand tailloir circulaire, mais les architectes trouvèrent préférable d'obtenir un plan carré au niveau des sommiers. Cependant, le constructeur de la nef de Guérande (Loire-Inférieure), qui travaillait vers la fin du XIIe siècle, eut l'idée de coiffer les huit chapiteaux des grosses piles rondes d'un tailloir commun de la même forme (2), comme à Bernières et à Ouistreham (Calvados). On peut signaler une dis¬ position du même genre en Angleterre au xme siècle à Lichfield, à Moulton, à West-Walton, à Weston, à Whaplode et à Yarmouth (1). A cette époque, les tailloirs circulaires se répandirent également en Normandie (2) en Champagne (3).

 

Chapiteau de la nef à Durbam

 

(1) Congrès archéologique de Reims,-1911, t. I, p. 362.

(2) Viollet-le-Duc. Dictionnaire d'architecture t. VII, p. 157

 

Les plus anciens tailloirs octogones couronnent les chapiteaux cubiques à huit faces des piles cylindriques de la nef de la cathédrale de Durham, terminée en 1128 (4), mais les colonnes à huit pans de la crypte romane de Nesle (Somme), détruite par les Allemands étaient couronnées de chapiteaux à tailloirs carrés. La nef de l'église de la maladrerie de Saint-Lazare, près de Beauvais, bâtie vers le milieu du XIIe siècle, est bordée de supports octogones (5) surmontés de chapiteaux et de tailloirs de la même forme, comme à New-Shoreham, en Angleterre (6).

Dans la salle capitulaire de l'abbaye de Fontenay (Côte-d'Or), les faisceaux de huit colonnettes qui reçoivent les retombées des voûtes d'ogives du XIIe siècle sont couronnés d'un tailloir commun à huit pans comme dans la nef de Kirkstall, en Angleterre (7). Les piles octogones d'une salle voisine ont un tailloir à huit faces très épais et dépourvu de moulures où viennent s'appuyer quatre doubleaux nus et quatre nervures toriques (8) comme dans les salles capitulaires de Noirlac et de Fonmorigny (Cher). D'autres exemples de tailloirs octogones se voyaient à Dommartin (Pas-de-Calais) sur de gros chapiteaux dont l'un est moulé au musée du Trocàdéro. A Saint-Remi de Reims, les colonnes qui séparent les bas-côtés doubles du chœur, têrminé vers 1170, ont des tailloirs octogones au-dessus de leurs chapiteaux : l'un d'eux est entouré de feuillages et de huit figurines qui soutiennent les angles du tailloir.

 (1) Bond (F.). Gothic architecture in England, p. 422, 423.

(2) Absides des cathédrales de Bayeux, de Coutances, de Lisieux, de Rouen, église de Norrey.

(3) Montérender, Mouzon.

(4) On remarque des tailloirs romans demi-octogones dans le chœur de la cathédrale de Durham et dans la nef de Fountains-Abbey.

(5) M. Enlart cite les piles octogones de Bohain, de Borres et d'Haspres (Aisne) dans son Manuel.

(6) Bond. Gothic architecture in England, p. 273.

(7) Bilson (John). Le chapiteau à godrons en Angleterre, dans le Congrès de Caen, 1908, t. II, p. 643.

(8) Bégule (L.). L'abbaye de Fontenay et l'architecture cistercienne, p. 37, 38, 40 et 41.

Les architectes des déambulatoires de Saint-Germain-des-Prés et de Notre-Dame de Paris qui furent, l'un terminé et l'autre commencé en 1163, avaient bien eu l'idée d'abattre légèrement les angles des tailloirs carrés des grosses colonnes isolées, comme Guillaume de Sens dans l'abside de la cathédrale de Cantorbery, à Auvers-sur-Oise, à Nesles-la-Vallée et dans les déambulatoires de Deuil, de Gonesse et de Mantes (Seine-et-Oise). La nécessité de poser sur ces tailloirs les trois colonnettes destinées aux ogives et aux doubleaux les avait sans doute empêchés de leur donner le plan d'un octogone régulier. Cette difficulté fut résolue par l'architecte de la cathédrale, de Soissons qui prit le parti d'accoler une colonnette aux colonnes du sanctuaire inauguré en 1212, afin de loger les trois fûts dans un triangle limité par deux pans coupés plus longs que les autres (1).

 

Chapiteau du déambulatoire à Saint-Remi de Reims

Une autre solution, qu'on trouve appliquée à Bagneux (Seine), à Beaumont-sur-Oise, à Triel (Seine-et-Oise), à Saint-Père-sous-Vézelay, à Notre-Dame-en-Vaux de Châlons-sur-Marne, consistait à donner aux tailloirs le plan d'un octogone irrégulier dont les grands côtés font face à la nef, aux bas-côtés et aux grandes arcades et dont deux petits côtés, correspondent aux ogives inférieures. Au chevet des cathédrales de Chartres et de Reims, dans les nefs d'Ambleny, de Braine, de Lesges (Aisne), de Champagne, de Gonesse, et de Taverny, dans le chœur de Triel (Seine-et-Oise) et à Notre-Dame de Dijon, les tailloirs ont huit pans réguliers. La diminution de l'épaisseur des grandes arcades avait, d'ailleurs, facilité la solution du problème de la retombée des claveaux sur des tailloirs octogones.

Dans les piles rondes cantonnées de quatre colonnes de la nef des cathédrales d'Amiens, de Chartres et de Reims, ' les quatre petits tailloirs font saillie sur celui du gros chapiteau central, sauf dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre où les cinq supports sont coiffés d'un seul grand tailloir octogone, comme à Sainte-Marguerite de Lynn, en Angleterre. L'architecte du déambulatoire de Yilleneuve-sur-Yonne, prit le même parti pour couronner les faisceaux de colonnettes. Par contre, les piles intermédiaires des bas-côtés doubles de Notre-Dame de Paris sont cerclées de douze colonnettes qui ont leur tailloir particulier, comme dans les dernières travées de la nef à Notre-Dame de Laon et à la cathédrale de Bourges. Quant aux piles octogones aussi rares dans les églises gothiques que dans les églises romanes, on peut en citer des exemples au XIIIe siècle dans la nef et entre les deux galeries du déambulatoire de Chartres, dans les églises d'Etchingham et de Trunch, en Angleterre.

 (1) On voit une disposition du même genre à La Chapelle-sous-Crécy (Seine-et-Marne).

 Vers le milieu du XIIe siècle, l'architecte du sanctuaire de Saint-Martin-des-Champs à Paris, avait fait poser des tailloirs à deux pointes sous la première voûte d'ogives de la chapelle centrale tréflée. Ce sont les prototypes d'une variété de tailloirs en usage au XIIIe siècle, caractérisée par sa forme pointue qui s'explique par le désir de faire coïncider la pointe du tailloir avec l'arête du tore en amande qui vient y retomber. En réalité, le plan de ces tailloirs pointus est un pentagone irrégulier, car les faces latérales sont de petite dimension. On en remarque des exemples précoces dans la galerie haute de la tour du sud à Notre-Dame de Paris où les tailloirs hexagones ont deux pointes latérales. C'est une véritable anomalie, car dans l'Ile-de-France, les chapiteaux du triforium restèrent carrés pendant la première moitié du XIIIe siècle»

 

Chapiteau de la chapelle centrale à Saint-Martin-des-Champs

sauf à Brie-Comte-Robert (1), pour donner une meilleure assiette aux sommiers. Il faut signaler d'autres prototypes sous le clocher-porche de la collégiale de Saint-Quentin,. dans la chapelle haute du croisillon sud à la cathédrale de Soissons et dans les chapelles rayonnantes du même édifice, ainsi que dans celles des cathédrales de Chartres,, de Reims, d'Amiens et de Troyes (2), puis dans la Sainte-Chapelle de Paris, consacrée en 1248 et dans celle de Saint-Germain-des-Prés, dans la nef de l'abbatiale de Saint-Denis, dans le cloître de Notre-Dame de Noyon et dans beaucoup d'autres églises bâties sous le règne de saint Louis (3).


Chapiteaux de l'église de Creil

(1) Le triforium de la nef à la cathédrale d'Amiens et à Saint-Denis, comme celui du premier bas-côté de la cathédrale de Bourges se distinguent également par des chapiteaux à tailloir polygonal.

(2) A Saint-Quentin, la pointe centrale des tailloirs des colonnes qui barrent l'entrée des chapelles rayonnantes porte une colonnette, comme sous la retombée des nervures centrales des voûtes sexpartites, à Limbourg-sur-la-Lahn.

(3) Creil, Montataire (Oise), chapelles rayonnantes de la cathédrale de Beauvais, Lagny, Saint-Urbain de Troyes.

 

Chapiteau de la tour sud de Notre-Dame de Paris


Chapiteau du cœur de Nogent-les-Vierges

En appliquant le même principe aux tailloirs qui Reçoivent les boudins amincis de plusieurs arcs, l'architecte de la chapelle basse du Palais à Paris imagina les tailloirs à huit pointes qui couronnent les fûts en bordure des étroits bas-côtés. D'autres tailloirs à pointes multiples se voient sous le porche du même édifice, dans le chœur de Nogent-les-Vierges (Oise) et dans les bas-côtés de Saint-Jacques de Compiègne, mais ce type est de la plus grande rareté.

Par J.D. Bonnard

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 1) Viollet-le-Duc, Dict. d’architecture, article Pilier.

(2) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 111. E. Lefèvre-Pontalis, L'architecture gothique dans la Champagne méridionale au Xe et au XVIe siècle, dans le Congrès archéol. de Troyes, 1902, p. 273. E. Lefèvre-Pontalis, Les caractères distinctifs des écoles gothiques de la Champagne et de la Bourgogne, dans le Congrès archéol. d'Avallon, 1907, p. 546.

 (3) Alliancelles, Bussy-le-Repos, Brebant, Chepy, Cloyes, Gorbeil, Coupéville, Saint-Jeande Ghâlons, Saint-Memmie de Courtisols, Ecury-sur-Coole, Faux-sur-Coole, le Fresne, Heiltz-l'Evêque, Jâlons-les-Vignes, Moncetz-sur-Marne, Saint-Jean-sur-Moivre, Saint-Quentin-les-Marais, Sarry, Scrupt, Vésigneul-sur-Marne (Marné), Joncreuil (Aube), Baudonvilliers, Sommelonne (Meuse), Joinville(Haute-Marne).

(4) Chapelaine-sous-Margerie (Marne).

(5) Ambrières, Breuvery, Châtelraould, Saint-Martin de Courti¬ sols, Dampierre-sur-Moivre, Francheville, Hauteville, Margerie, Saint-Amand-sur-Fion, Saint-Vrain, Soudé-Notre-Dame, Soudé-Sainte-Croix, Soudron, Sainte-Menehould, Vauclerc, Vavray-le-Grand, Vitry-la-Ville, Goulvagny, commune de Saint-Amand-sur-Fion (Marne), Longeville-sur-Aine, Perthes (Haute-Marne) ; Poivres (Aube), La Ghalade (Meuse).

(6) Saint-Amand-sur-Fion, Sainte-Menehould (Marne).

(7) Margerie (Marne).

(8) Blacy, Saint-Lumier-en-Champagne, Sompuis (Marne).

(9) Alliancelles, Hauteville, Saint-Quentin-les-Marais (Marne).

(10) Humbauville, Marçerie, Saint-Ajmand sur-Fion (Marne), Dam-pierre (Aube), Perthes (Haute-Marne).

 (11) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. Il G.

(12) Viollet-le-Duc, Dicl. d'architecture, article cul-de-lampe.

(13) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 114-115.

(14) Id., t. I, p. 217.

(15) Les voûtes de Trouan sont détruites mais la disposition pri¬ mitive reste très compréhensible.

(16) R. de Lasteyrie, ouvr. cité, t. II, p. 104.

(17) Colonel Victor Donau, L'église de Mouzon , dans le Bull. Monumental, 1920, p. 137.

(18) E. Lefèvre-Pontalis, L'origine des tailloirs ronds et octogones au Xe siècle, dans le Bull. Monumental, 1922, p. 198.

(19) Arzillières, Doucey, Frignicourt, le Meix-Tiercelin, Norrois, les Rivières, Somsois, Songy, Soudé-Sainte-Croix (Marne), Dam-pierre, Isle-sous-Ramerupt, Trouan-le-Grand (Aube).

(20) Saint-Jean de Châlons, Coupéville, Coupetz, Saint-Martin et Saint-Memmie de Courtisols, Ecury-sur-Coole, Fontaine-sur-Coole, Heiltz-l'Evêque, Jâlons-les-Vignes, Landricourt, Nuisement-sur-Coole, Saint-Amand-sur-Fion, Sainte-Menehould, Saint-Jean-sur-Moivre, Saint-Vrain, Sapignicourt, Sarry, Soudron, Togny-aux-Bœufs, Vatry, Vroil (Marne), Saint-Aubin de Moeslains, Chancenay (Haute-Marne), Andernay, Trémont (Meuse).

(21) Coupéville, Corroy, Saint-Amand-sur-Fion, Sarry (Marne).

(22) Louis le Clert, L'église de Saint-Léger-sous-Brienne, dans la Revue de Champagne et de Brie , t. XI (1881), p. 121, 1 pl.

(23) Taylor, Voyages... dans l'ancienne France, t.. XVI, p. 350.

(24) Fichot et Aufauvre, Album pittoresque et monumental du département de V Aube, Troyes, 1852.

(25) F. de Montrémy, La vierge de Blécourl et la sculpture dans la région de Joinville aux xme et xive siècles, dans le Bull. Monumental, 1910, p. 456.

(26) Breuvery, Dampierre-sur-Moivre, Fère-Charapenoise, Heiltz-l'Evêque, Loisy, Saint-Lumier-en-Champagne (Marne).

(27) Koechlin et Marquet de Vasselot, La sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale au xvie siècle , Paris, 1900.

(28) 1459-61, piliers de Saint-Loup de Châlons-sur-Marne. 1498, vitraux de Saint-Etienne, commune de Saint-Ouen (Marne). 1504, chapelle Sainte-Anne de Joinville (Haute-Marne). 1513, vitraux de Villeret (Aube). 1514, transept de Saint-Amand-sur-Fion (Marne) [ ?]. 1520, vitraux de Vaucognes (Aube). 1524, vitraux de Ceffonds (Haute-Marne).

(29) 1527, chœur de Maurupt (Marne), vitraux de Puellemontier (Haute-Marne). 1529, portail d'Arzillières (Marne), vitraux de Maizières-les-Brienne (Aube). 1533, pilier du chœur de Pringy (Marne). 1534, portail sud de Sézanne (Marne). 1535, vitraux de Rances, de Rosnay-l'Hopital, Dosnon (Aube).1536, vitraux de Brienne-le-Château, Poivres (Aube). 1546, chapiteau de Chapelaine-sous-Margerie (Marne). 1549, porte sud de Nettancourt (Meuse). 1552, porche de Bussy-Lettrée (Marne). 1555, transept de Marson (Marne). 1557, portail de Rosnay-l'Hopital (Aube). 1560, chapiteaux de Saint-Martin de Courtisols (Marne). 1579, chœur de Cheminon (Marne).

(30) Chavanges (Aube), Gontrisson (Meuse).

(31) Abbé Bouillet, Monographie de l'église de Revigny, dans les Mém. de la Soc. d'archéol. lorraine, 1892, t. XLII, p. 1, 1 plan.

(32) Arzillières, Vitry-la-Ville (Marne), Dampierre (Aube).

(33) Aubigny, Chavanges, Dampierre, Granville, Lhuître, Mailly, Maizières-les-Brienne, Montmorency, Poivres, Rances, Trouan-le-Grand, Vallentigny, Vaucognes, Villeret, Villiers-Herbisse, Voué, etc.

(34) Geffonds, Droyes, Puellemontier.

(35) Arzillières, Brandonvilliers, Brébant, Bussy-aux-Bois, Chemi-nan, Connantray, Corbeil, Fère-Champenoise, Larzicourt, Marson, Pringy, Saint-Germain-la-Ville, Saint-Rémy-en-Bouzémont, Sainte-Livière, Soudé-Sainte-Croix, Saint-Ouen.

(36) Contrisson, Mognéville, Revigny, Trémont (Meuse).

(37) L. Brouillon, Les objets d'art des églises de V arrondissement de Sainte-Menehould, Châlons, 1906.

(38) Lhuître, Maizières-les-Brienne, Mailly, Rances, Trouan-le-Grand, Vaucognes, Villeret, Villiers-Herbisse, Voué (Aube), Saint-Ouen (Marne).

(39) Chapelaine-sous-Margerie, Dommartin-Lettrée (Marne).

(40) E. Lefèvre-Pontalis, Les nefs sans fenêtres dans les églises romanes et gothiques, dans le Bull. Monumental, 1922, p. 298-99.

(41) Arcis-sur-Aube, Arrembécourt, Brienne-le-Château, Chavanges, Maizières-les-Brienne, Poivres, Rances, Rosnay-1' Hôpital, Vallen-tigny, Vaucognes, Villeret (Aube), Chapelaine-sous-Margerie, Cor-beil, le Meix-Tiercelin, Sézanne (Marne), Droyes (Haute-Marne).

(42) Arzillières, Huiron, Sompuis (Marne), Arrembécourt (Aube).

 (43) Chavanges, Dampierre, Lhuître, Romaines, Voué (Aube), Puellemontier (Haute-Marne), Saint-Martin de Courtisols, Han-court (commune de Margerie), le Meix-Tiercelin, Saint-Etienne (commune de Saint-Ouen), Sompuis (Marne).

(44) Farémont (Marne), Revigny, Saint-Etienne de Bar-le-Duc (Meuse).

(45) Gontrisson, Saint-Etienne de Bar-le-Duc (Meuse), Rethel (Ardennes), porterie du palais ducal de Nancy.

(46) Ancerville, Rembercourt-aux-Pots, porche sud de Revigny (Meuse).

(47) Andernay, Beurey, Contrisson, Couvonges (Meuse), Longe-ville-sur-Aine (Haute-Marne).

(48) Cl. Aimond, L'église Saint-Etienne de Bar-le-Duc, Bar-lc-Duc, 1912. Ch. Démoget, Les origines de l'architecture de la Renais¬ sance à Bar-le-Duc et les vieilles maisons de la ville, Bar-le-Duc, 1899.

(49) Chœur et piscines de Maurupt (Marne), chœur, sacristie et piscines de Magnéville (Meuse), clef de voûte et piscines de Revigny et Rancourt (Meuse), tympan d'Arzillières (Marne) et, plus tardive¬ ment, façade de Rembercourt-aux-Pots (Meuse).

(50) Portailde Saint-Martin d'Epernay, chœur de Saint-Jean de Châlons, croisillon sud de Saint-Alpin de Châlons, croisillon nord de Pogny, Marson (1555), Bussy-Lettrée (1552), chapiteaux de Saint-Martin-de-Courtisols (1560), Soudé-Notre-Dame, Breuvery (Marne) ; Nettancourt (Meuse).

(51) Charles Terrasse, Les œuvres de V architecte Nicolas de Saint-Michel au xvi® siècle, en Parisis, dans le Bull. Monum., 1922, p. 165.

(52) Epernay , Marson, Nettancourt.

(53) Bussy-Lettrée, Dommartin-Lettrée, Soudé-Notre-Dame.

(54) Marson.

(55) Epernay, Bussy-Lettrée.

(56) Dommartin-Lettrée, Nettancourt.

(57) Bussy-Lettrée, Courtisols.

(58) R. Crozet, Une ville neuve du XVIe siècle, Viîry-le-François, dans la Vie-Urbaine, 1923.

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Mgr J.Dieudonné BONNARD - archives des diocèses de Troyes et de Langres. Archives personnelles


 

 

 

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