« Abrégé de l’Évangile ésotérique de
saint Jean »
Le texte qui suit n’a pas la prétention d’épuiser la
richesse de l’Évangile de saint Jean, ni d’en proposer un commentaire savant.
Il s’agit d’un essai volontairement restreint, une
porte d’entrée destinée au lecteur non averti, afin de rendre accessibles les
grandes lignes de la tradition johannique, de sa dimension ésotérique, et de
son lien profond avec la gnose, la lumière, et le Logos.
Nous avons choisi de rassembler ici les éléments essentiels, les symboles majeurs et les repères nécessaires pour comprendre l’esprit de cet évangile unique, sans alourdir le propos par des développements techniques ou théologiques.
Comme le rappelle Sylvain Matton, « ignoré de la langue classique, qui n’employait que l’adjectif “hermétique” pour désigner ce qui relevait du Grand Œuvre alchimique, le mot “hermétisme” est un néologisme de la fin du XIXᵉ siècle, au contenu ambigu — tout comme les termes “ésotérisme” et “occultisme”. »
Cette précision lexicale éclaire d’emblée l’ambiguïté des catégories modernes appliquées à des textes anciens. Elle invite à aborder l’Évangile de Jean non comme un traité ésotérique au sens contemporain, mais comme un écrit spirituel dont la profondeur symbolique a inspiré, au fil des siècles, des lectures multiples.
Ce travail n’est donc ni un traité, ni un commentaire académique : c’est une synthèse, un abrégé, une invitation à entrer dans la lecture de Jean avec un regard neuf, ouvert, et libre.
Croquis
d’une icône du XVIe
– cathédrale d’Héraclion (Crète)
Un
remarquable exemple du caractère complémentaire des deux saint Jean.
Saint
Jean-Baptiste revêtu de sa tunique de peau de bête, tient sa tête coupée sur un
plat ; à côté de lui, avec le même costume et la même tête, mais sur les
épaules Saint Jean l’Évangéliste tient en main gauche son évangile et en main
droite, le bâton en forme de croix du Baptiste, que ce dernier tient également
dans son bras.
Le
Prologue de Saint Jean
Le nombre des évangiles aurait été fixé à quatre, soit ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean qui sont dits « canoniques », terme qui vient du grec κανονικός (canonikos), fait suivant les règles, régulier [κανών (canon) règle]. Les évangiles « synoptiques » sont ceux de Matthieu, Marc et Luc, dont les textes peuvent être présentés en parallèle et ainsi embrassés d’un seul coup d’œil. (Grand Dict. de la Bible). « Synoptique » vient du gr. Συνοπτικός (sunoptikos), qui embrasse d’un coup d’œil, perspicace, pénétrant.
L’évangile de Matthieu était écrit en Araméen. Ceux de Marc, Luc et Jean
étaient écrits en grec.
L’évangile de Jean est celui des initiés, « L’Evangile Esotérique... ». Il se rattache au gnosticisme d’Alexandrie « qui faisait du Logos la première émanation du Dieu suprême... le Logos servant d’intermédiaire entre l’homme et le Dieu suprême. »
La
théogonie johannite vue par P. Le Cour part du Logos, le Christ qui est notre
Dieu solaire :
Le
Christ est donc notre créateur, « notre démiurge ». Le Christ
est le Fils soumis à la volonté du Père, le Dieu universel.
-
En grec, langue des mystères, le Θ (thêta majuscule), « lettre
essentielle » de Θεός (Théos) Dieu, est « un cercle avec un point central,...
signe astronomique du soleil », déjà représenté ainsi chez les
égyptiens. « Selon les Ecritures, notre démiurge... nous dit qu’il est
la lumière et la vie, venues l’une et l’autre du soleil... qui est le cœur
vivant et vibrant du démiurge... ».
Le Prologue constitue les dix-huit premiers versets du 4ème évangile, ce qui l'associe au nombre neuf. Ces versets renfermeraient « les principaux éléments de la gnose johannite chrétienne. »
Traduction
du Prologue par le chanoine Emile Osty
1/ Au commencement était le Verbe (ὁ Λόγος, le Logos, la Parole), et le Verbe était auprès de Dieu (ὁ Θεός, o Theos) et le Verbe était Dieu (Θεός) ;
2/ Il était au
commencement auprès de Dieu ;
3/ Par lui tout a paru,
et sans lui rien n’a paru de ce qui est paru ;
4/ En lui était la vie,
et la vie était la lumière des hommes ;
5/ Et la lumière brille
dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ;
6/ Parut un homme envoyé
de Dieu, son nom était Jean ;
7/ Il vint en témoignage,
pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous crussent par lui :
8/ Celui-là n’était pas
la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la lumière ;
9/ La lumière, la
véritable, qui illumine tout homme, venait dans le monde ;
10/ Il était dans le
monde, et par lui le monde a paru, et le monde ne l’a pas connu ;
11/ Il est venu chez lui,
et les siens ne l’ont pas accueilli ;
12/ Mais à tous ceux qui
l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu, à ceux qui croient en
son nom ;
13/ Qui ne sont pas nés
du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu ;
14/ Et le Verbe est
devenu chair, et il a séjourné parmi nous. Et nous avons contemplé sa gloire,
gloire comme celle que tient de son Père un Fils unique, plein de grâce et de
vérité ;
15/ Jean témoigne à son
sujet et il crie : « C’était celui dont j’ai dit : Celui qui vient après moi
est passé devant moi, parce que avant moi il était. » ;
16/ Car de sa plénitude
nous avons tous reçu, et grâce sur grâce ;
17/ Car la Loi a été
donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ;
18/ Dieu personne ne l’a
jamais vu : un Dieu, Fils unique qui est dans le sein du Père, celui-là l’a
fait connaître.
Premier enseignement : « Le Logos, le Christ créateur de notre système solaire, n'est pas le Dieu universel, le Dieu tout-puissant,..., mais le Dieu des religions solaires, le démiurge intermédiaire entre l'Homme et Dieu. » C'est la distinction faite dans le Prologue, « entre le Dieu suprême désigné par - ὁ Θεός - (le Dieu) et le Logos, qui est seulement - Θεός - (un Dieu). »
En 325, le concile de Nicée proclame « la divinité du Christ... L’Eglise ayant ainsi déifié le Christ, en fit la seconde personne de la Trinité - le Fils unique de Dieu - de même nature et partageant sa toute puissance, alors que les déclarations du Christ établissent, entre lui et Dieu, une différence essentielle... Les imperfections de la création et l’existence du mal montrent bien que [le Christ] ne participe pas à l’omnipotence divine. »
Le Christ serait « Fils de Dieu » et « Fils unique »
(versets 14 et 18). Toutefois, on s’étonne qu’il soit considéré comme « le
Fils de Dieu », car d’autres créatures ont « l’étincelle
divine de l’esprit » en elles ... car « tous les démiurges, créateurs
de systèmes solaires et planétaires sont des - Fils de Dieu - »
C’est pourquoi Etienne Dolet voulait remplacer l’expression « Fils
unique de Dieu » par « Fils du Dieu unique », proposition
hérétique selon l’Eglise (et rejetée par les théologiens).
Les juifs reprochent au Christ de « se faire Dieu » (Chap. 10,
34)... suit la réponse du Christ : « N’est-il pas écrit dans
votre loi : vous êtes tous des dieux ? ».
Le prologue énonce au verset 12 : « il a donné pouvoir de devenir
enfant de Dieu, à ceux qui croient en son nom ;... » En conséquence, «
... l’expression - Fils de Dieu - n’a pas de caractère exclusif. »
L’Evangile désigne également le Christ comme « Fils de l’homme ». C’est « le problème de sa double nature. » Le Christ « n’aurait été qu’une créature privilégiée ».
Le Logos et la « Grâce »
ΛΟΓΟΣ est l'écriture grecque en majuscules de « Logos ». Les consonnes radicales Λ et Γ présentent respectivement l'aspect du compas et de l'équerre. « Ce sont là, selon les francs-maçons qui recherchent la parole perdue, les deux instruments du Grand Architecte de l'Univers... »
Λ
o Γ oς
(LoGos)
Λ et Γ présentent respectivement l'aspect du compas et de l'équerre
Le
Logos, le Verbe créateur, se retrouve exprimé avec force dans l'Evangile de
Ioan :
-
« le Logos est la lumière et la vie ». Ici « germerait »
l'idée de la création de la vie, née dans la mer, de la semence d'Ouranos
(Aour, la Lumière).
- Le
Logos est aussi la lumière de la vérité, opposée aux ténèbres : « la
grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. » (Ioan I, 17)
- « Comme la lumière du soleil, la vérité se sent et n'a pas à être démontrée. »
Au verset 17 du Prologue, le mot Χάρις (Charis) ou ΧΑΡΙΣ en majuscules, a été
traduit par « grâce ». Charis ferait partie des mots qu'il ne faut
pas traduire afin de ne pas altérer la signification, car ce mot serait en
relation avec les mystères chrétiens.
.*. Notons ici que les consonnes Χ (khi, soit Ch en français) et Ρ (Rhô, soit R en français) sont constitutives de ΧΑΡΙΣ et se retrouvent dans le Chrisme. (voir page suivante) .*.
Le(s) Chrisme(s)
Les
formes les plus connues du chrisme sont le monogramme du Christ et le chrisme
constantinien.
- Le
monogramme du Christ comporte un Ι (Iota) et un Χ (Khi ou Chi),
initiales de Jésus Christ en grec. Parmi les nombreuses significations, on le
considère aussi comme « le schéma symbolique de l’observation rituelle du
soleil... Ce chrisme dissimule en réalité le plan des plus anciens temples
solaires ».
.*.
Par ce monogramme, le Christ est associé au culte solaire, culte du « Sol
Invictus » (Soleil Invaincu) dont l’Empereur Constantin aurait été le Grand
Prêtre avant sa « conversion » .*.
- Le chrisme constantinien est composé des lettres grecques Χ (Khi) et Ρ (rhô), les deux premières lettres de ΧΡιστός (ChRistos). Une telle croix serait apparue dans les airs aux troupes de Constantin lors de la bataille contre Maxence sous les murs de Rome ; la victoire de l’empereur décida définitivement du christianisme comme religion officielle.
.*.
Serait-ce sous le signe de la « grâce » de Dieu inscrite dans le chrisme, que
cette victoire aurait eu lieu ? .*.
La conception du Verbe créateur viendrait de sources lointaines
- Parlant du Verbe, le Prologue ferait allusion à la hiérologie, ancienne science sacrée qui serait devenue la kabbale chez les juifs. La science du Verbe serait « un des moyens d’Accès à la connaissance des manifestations du démiurge. »
-
« Que la lumière soit ». Selon Moïse, cette
parole de Dieu aurait créé la lumière. « La doctrine du Verbe créateur
existait chez les égyptiens... c'est là sans doute, que Moïse l'a trouvée...
».
.*.
Cette hypothèse est vraisemblable puisque selon les Actes des Apôtres 7, 22, «
Moïse fut instruit dans toute la sagesse des égyptiens » .*.
« De
nos jours, la puissance de la parole s'est multipliée par l'imprimerie, la
radio et la télévision, et jamais comme maintenant n'ont pu se propager les
erreurs et la vérité... ».
Qu'est-ce que le Verbe ?
Le Cour évoque le langage et l’usage de substantifs (substance des choses), de verbes et d’adjectifs pour former les phrases. De ce point de vue, la phrase serait une manifestation trinitaire du Verbe, action créatrice utilisant le Père (substance principe) et l’Esprit (les qualités). Ce concept trinitaire se retrouverait dans l’accès à la connaissance hermétique (Astrologie, Hiérologie ou science du Verbe, Alchimie ou science de la substance principe), et, plus généralement, dans la pensée métaphysique.
Selon J.A., au verset 1, comme les autres traducteurs, le chanoine Osty écrit
« Au commencement... » au lieu de « Dans le Principe...
» seule traduction correcte du grec Eν Aρχή (En Archê), « pour tenter
de définir Dieu indéfinissable avant le Fiat Lux ou le big bang, caractérisé
par une vibration initiale, manifestée par le Verbe... Ce serait l'origine de «
nombreuses fausses traductions. »
Mais quid du verbe « être », très présent dans le Prologue ?
Couramment, « Je marche équivaut à dire : je suis marchant... il travaille : il est travaillant »… Ainsi « être » serait contenu dans « tous les autres verbes », caractérisant l’existence. Mais on attribue à Dieu l’expression « Je suis Celui qui suis » (Exode III , 14). Parlant de Dieu, on dit seulement, « il est ». « Etre... est un verbe-principe. »
.*. Alors ?... « Au commencement était le Verbe » ? ... ou, « En principe était le Verbe » ? *
Nous
voyons à diverses reprises, dans l’Évangile de Ioan, le Christ déclarer ou être
déclaré le Fils de dieu ; mais il est spécifié qu’il en est le fils unique
par le rédacteur de l’Évangile ou son traducteur ; car cette expression
n’est pas donnée comme venant de J.-C. S’il y a là une indication que le Christ
ne serait pas le Dieu suprême, comme nous l’avons déjà vue par l’examen du
Prologue, on ne peut s’empêcher de s’étonner de le voir considéré comme le fils
de Dieu, et ce, d’autant plus qu’il y a des créatures possédant en elles
l’étincelle divine de l’esprit, et que tous les démiurges, créateurs de
systèmes solaires et planétaires sont des « Fils de Dieu ». C’est
pourquoi Étienne Dolet estimait que l’expression « Fils unique de
Dieu » qui figure dans le credo devait être remplacée par l’expression
plus logique de ‘Fils du Dieu unique ».
Mais
l’Église, ayant considéré cette proposition comme hérétique, condamna Dolet à
périr sur le bûcher.
Au
chapitre X, 34, on voit les juifs reprocher au Christ de se faire Dieu ;
il leur répond : « N’est-il pas écrit dans votre loi : vous êtes
tous des dieux ». Et, par ailleurs, au verset 12 du Prologue, il est dit
que ceux qui ont cru dans le Christ on le droit d’être faits enfants de Dieu.
Il en résulte que l’expression « Fils de Dieu », n’a pas de caractère exclusif
En
même temps que nous trouvons dans l’Évangile de Ioan l’expression « Fils
de Dieu » appliqué au Christ, nous le voyons également désigner par
l’expression « Fils de l’Homme ».
Que
signifie cette désignation ?
C’est
que le Christ a été lui-même un homme. En fait, c’est le problème de sa double
nature.
Selon
certains, avant de devenir un démiurge, un créateur, il n’aurait été qu’une
créature privilégiée, et ceci confirmerait l’assertion de Pythagore :
« Réfléchis
sur chaque chose, en prenant pour cocher l’excellente Intelligence d’en-haut.
Et si tu parviens, après avoir abandonné ton corps, dans le libre éther, tu
seras dieu immortel, incorruptible, et à jamais affranchi de la mort. »
Tout fils de l’Homme peut donc s’élever dans la hiérarchie des dieux. Celui que saint Paul appelle le Seigneur a passé lui-même par l’état humain, mais, selon l’Église, il a été les deux à la fois.
La personnalité de Ioan
Les deux Jean n’en font qu’un ésotériquement ; et c’est pourquoi la basilique de Saint-Jean-de-Latran, véritable cathédrale de l’église chrétienne, est consacrée aux deux Saint-Jean.
Jean
Baptiste a précédé le Christ ; quand il disparait, Jean l’Évangéliste
apparait et celui-ci devient le disciple préféré, celui qui, lors de la
dernière Cène, est couché sur le sein du Seigneur, celui qui reçoit ses
enseignements secrets.
Il
faut par ailleurs remarquer le récit de Saint Marc, faisant parler Hérode à
propos de Jésus : « … On
disait : “ C’est Jean le Baptiseur qui s’est relevé d’entre les morts, et
voilà pourquoi agit en lui le pouvoir des miracles ” ; d’autres
disaient : “ C’est Élie ”, d’autres disaient : “ C’est un prophète
comme l’un des prophètes ”. Mais, en l’apprenant, Hérode disait : “Celui
que moi j’ai fait décapiter, Jean, c’est lui qui s’est relevé ! ” ».
Selon Hérode, Jésus serait la
réincarnation de Jean-Baptiste. Mais comme la doctrine du Christ sera mise en
lumière par Jean l’Évangéliste et que ce dernier était disciple du baptiste, il
apparait que Jean-Baptiste, Jésus-Christ et Jean l’Évangéliste forment une Triade très significative.
La
raison de la prédilection du Christ pour les deux Jean, ne nous est pas fournie
par les évangiles ; la voici : Jean est, dans la hiérarchie des
Dieux, le gouverneur, le maître de la planète-terre et le chef des initiés. Il
correspond à Agni dans la terminologie Rose-Croix.
Il est le continuateur de Gé déesse
de la terre dans la Théogonie d’Hésiode.
Gé
est l’épouse de Poséidon, prédécesseur de Ioan comme maître de la terre. C’est
pourquoi les initiations se faisaient dans les lieux souterrains, pourquoi les
cavernes avaient un caractère sacré, pourquoi les géomanciens interrogent
l’esprit de la terre, pourquoi la Pythie recevait ses inspirations par les
exhalaisons sortant du sol, etc.
De
cette nature de Ioan, devait naître la légende du Prêtre Jean, à la fois
pontife et roi, chef du monde souterrain, puisque la terre est s demeure, comme
le soleil est celle du démiurge.
Le
gouverneur de la terre devait logiquement préparer la première venue du Dieu solaire,
l’accompagner pendant son séjour.
Il restait à examiner l’action du Maître de la terre, au cours des évènements qui précèdent le retour du Christ, cette action ne saurait passer inaperçue. Elle se caractérise par sa lutte envers les forces qui se dressent contre la doctrine du Christ et contre son retour. Dans cette lutte, Ioan a tantôt des succès et tantôt des défaites et il faudra l’intervention du démiurge lui-même, pour vaincre définitivement les forces maléfiques qui dominent dans le monde et l’entrainent vers la mort par le mensonge, l’injustice et la haine, alors que le Christ est la vie, la vérité, la justice et l’amour.
Note :
Gé, c’est aussi Déméter, « La mère des dieux » (des initiés), comme
Ioan depuis l’ère chrétienne actuelle. Himérius, parlant de Déméter a
écrit : « Déméter donne, à la fois, les grains et les mystères, la
nourriture au corps et le jugement à l’esprit ».
Déméter,
la terre-mère, est en effet la mère du blé ; on la représente tenant des
épis. On appelait les mystères d’Éleusis, les « mystères agraires »
(Agra). Si le blé était consacré à Déméter, le vin était consacré à Dyonisos.
Le Christ a réuni les mystères de Déméter et ceux de Dionysos, avec le pain et
le vin.
Mais quelle était la personnalité de Jésus ?
Qu’était
donc ce Jésus, dont le corps fut emprunté pendant trois années (la durée des
initiations) par le démiurge solaire comme nous allons le voir et qui, dans la
terminologie rosicrucienne, correspond à Aor ?
Les preuves historiques de son
existence seraient bien faibles, s’il n’y avait pas cet extraordinaire document
que constitue le suaire de Turin ; Philon, qui vécut à l’époque de Jésus
n’en parle pas et semble l’avoir ignoré.
Seul, Tacite a écrit, à propos de
l’incendie de Rome par Néron, en l’an 64, et des chrétiens livrés aux
bêtes : « Le fondateur de cette secte, Christus, avait été puni de
mort au temps de l’empereur Tibère, par le procurateur Ponce Pilate. »
Mais on constate que, dans leurs
polémiques, les premiers adversaires du christianisme n’ont pas nié son
existence, ce qu’ils n’auraient pas manqué de faire, s’ils l’avaient pu.
On ne sait rien sur sa jeunesse et
sa naissance dont parlent seuls Matthieu et Luc qui s’inspire de Matthieu. Ils
le font naitre à Bethléem de Judée (Matth. II, I), la ville de David (Luc II,
4) afin d’accomplir la prophétie biblique concernant le Messie qui devait être
de la lignée de David.
D’ailleurs, on n’était pas d’accord
au sujet de son lieu de naissance, si l’on se réfère aux versets 40 à 42 du
chapitre VII de Ioan, dans lesquels on se demande s’il vient de Galilée ou de
Bethléem, et le verser 43 conclut : « Il y eut donc une division dans
la foule à cause de lui ».
La personnalité de Jésus n’est
certes pas indifférente. C’est vraisemblablement en tant qu’homme, un être
d’une très haute évolution spirituelle, une âme pure, une très grande
intelligence. On pense qu’il fit partie de cette communauté essénienne
d’inspiration hellénique et pythagoricienne, que l’on trouve à l’origine du
christianisme.
« La théologie chrétienne, a
écrit un critique, s’est complue à admettre des récits légendaires sans valeur,
concernant la naissance de Jésus ; mais le 4ème Évangile est en
dehors de ces enfantillages. »
Ces récits ne sont cependant pas
sans intérêt par les sens cachés qu’ils renferment et leur signification
symbolique. C’est ainsi que l’ange de l’annonciation, apportant la fleur de lys
(la fleur de lumière) à l’être pur, c’est-à-dire à la Vierge qui va enfanter,
la virgo paritura des druides, la
vierge noire qui deviendra la Vierge Marie, signifie que l’homme qui sera
engendré deviendra, sous l’influence de l’Esprit, le Christos « possesseur
du secret ».
Si
Ioan ne parle pas de Jésus, ce n’est pas qu’il l’ignore, mais pour lui, Jésus
n’est que le fils de Joseph.
Au chapitre I,45, il fait dire à
l’apôtre Philippe : « Celui dont Moïse a écrit dans la Loi, ainsi que
les Prophètes, nous l’avons trouvé ! C’est Jésus, fils de Joseph, de
Nazareth. » Et au chapitre VI,42, on lit : « Les juifs disaient :
“ N’est-ce pont là Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père et
la mère ? ” ».
Au chapitre VII, 14, 15, il est dit
que Jésus monta au Temple, qu’il y enseigna et que les juifs étaient étonnés,
eux qui savaient qu’il n’avait pas étudié les écritures.
« Comment cet homme est-il
instruit sans avoir étudié ? » disent-ils.
On le fait habiter Nazareth et on
l’appelle Jésus de Nazareth, alors qu’il n’existait pas de localité de ce nom,
à cette époque.
Un de évangélistes parle de la venue
des rois-mages à sa naissance, l’autre de celle des bergers. Un seul raconte la
fuite en Égypte et comment, à douze ans, il étonna les docteurs du Temple, par
sa sagesse.
On l’a fait voyager jusqu’aux
Indes. L’un de ces évangélistes nous dit qu’Hérode aurait fait massacrer tous
les enfants nés le même jour que lui ; mais l’écrivain Josèphe, dans son Histoire des Juifs et bien qu’adversaire
d’Hérode, dont il raconte tous les crimes, ne dit pas un mot de ce qu’on a
appelé le massacre des Innocents.
Sa naissance a été fixée au solstice
d’hiver, comme celle de Mitha-soleil et ce jour a été appelé : le jour de
Noël, c’est-à-dire, du nouvel Hélios.
On a prétendu, d’autre part, que
Jésus fut circoncis ; mais il est né en Galilée, où il n’y avait pas de
tribus juives. Cette indication reste donc suspecte et semble provenir des
judéo-chrétiens qui ont rattaché le christianisme au judaïsme.
L’existence des frères de Jésus est
indiquée, tant dans Ioan que dans Matthieu et Luc :
« Il descendit à Capharnaüm
avec sa mère, ses frères et ses disciples. » Ioan II,12.
« Car ses frères, non plus, ne
croyaient pas en lui. » Ioan VII,5.
« Lorsque ses frères furent
montés à la fête, il y monta lui-même. » Ioan VII,10.
« Va vers mes frères et
dis-leur que je monte vers mon Père. » Ioan XX,17.
« Ta mère et tes frères te
demandent. » Luc VIII,20.
« Mais il ne la connut point
jusqu’à ce qu’elle eût enfanté son fils premier-né et il lui donna le nom de
Jésus ». Matth. I,25.
Il était donc fils aîné.
On lit encore, dans Actes, Chap. I, 14 :
« Tous persévéraient dans la
prière avec les femmes et Marie, mère de Jésus, et avec ses frères. »
Nous
sommes ici dans la première communauté chrétienne, après la mort de
Jésus-Christ.
Jacques, l’un des frères de Jésus,
devint le chef de la communauté judéo-chrétienne de Jérusalem ; il est
celui qui, dès le début, rattacha le christianisme au judaïsme et entraina
Pierre à sa suite.
On ne connaît donc rien de précis sur la jeunesse de Jésus. Les généalogies de Matthieu et de Luc, tendant à faire de Joseph le descendant de David, ne concordent pas ; d’ailleurs, la généalogie de Joseph n’a pas d’importance si l’on considère que Jésus n’est pas son fils.
Quand est-il de l’origine de Jésus ?
Au chapitre VII alors que le Christ
enseigne dans le Temple, les Pharisiens et les sacrificateurs (le sacerdoce)
sont furieux de voir son ascendant sur le peuple et ils cherchent à le faire
arrêter par les soldats. Comme il a déclaré qu’on le chercherait en vain et
qu’on ne pourra venir où il sera, ils pensent qu’il va aller enseigner parmi les
Grecs (ce qui montre qu’il parlait grec). Dans la foule, les uns disent :
« c’est un prophète », car les prophètes tonnaient déjà contre la
dépravation d’Israël et se séparent nettement des lévites. D’autres disent :
« C’est le Messie », car il ne fera pas plus de miracles que
celui-ci. Mais on leur objecte que le Messie doit naître à Bethléem et sortir
de la race de David, tandis que ce Jésus est un Galiléen. Or, le Messie ne
saurait venir de Galilée. Et Nicodème, celui qui était venu de nuit vers le Christ
parce qu’il prend sa défense, se fait demander par les Pharisiens :
« Es-tu Galiléen ? Informe-toi et tu verras qu’aucun prophète n’est
venu de la Galilée. »
Nous voyons donc ici que les contemporains de Jésus considéraient qu’il n’était pas né à Bethléem, ni descendant de David ; ce qui est en contradiction avec Matthieu et Luc. Jean, qui a connu Jésus, nous fournit ainsi un renseignement, d’autant plus important qu’il ne nous parle ni de la naissance, ni de la jeunesse de celui-ci, bornant son récit aux faits et gestes du Christ, à partir du moment où il s’est incorporé dans l’organisme d’un des fils de Marie. Et nous avons vu que ses frères, eux-mêmes, ne croyaient pas en lui.
Jésus était-il Juif ?
On
lit au chapitre VIII, 48 de Ioan :
« Les
juifs lui répondirent : “N’avons-nous pas raison de dire que tu es un
Samaritain ?” ».
On sait en effet, combien le Christ
manifesta d’intérêt pour les Samaritains que les Juifs avaient en horreur. Or,
cette réflexion, de la part des Juifs, montre bien qu’ils ne le considéraient
pas comme appartenant à leur race. En réalité, né en Galilée, colonie fondée
par les Gaëls, Jésus était d’origine gauloise.
Sur le suaire de Turin, qui nous a
conservé son portrait, on constate qu’il mesurait 1,78 mètres de hauteur. Il
était donc d’une taille majestueuse, son visage était noble et d’une grande
beauté.
Jésus nous apparait, dès lors, sous
un jour nouveau qui n’enlève rien à sa grandeur, à sa noblesse, mais nous le
fait comprendre et aimer comme un frère ainé qui a accepté la plus haute et la
plus douloureuse mission.
Dans le Johannisme, il représente le
côté Amour du dualisme christique, et c’est bien ainsi qu’il est considéré par
les mystiques chrétiens, tandis que Jean représente le côté Connaissance. Ils
forment à eux deux, le rebis, objet
des méditations des archi-mystes.
Nous en aurons confirmation par les
dernières paroles prononcées sur le Golgotha, d’après l’évangile johannite.
Il y aurait beaucoup à dire sur cette question, des deux enfants jumeaux (les deux Gémeaux) de leur complémentarité, de leur signification. Ils continuent Castor et Pollux et, ésotériquement, ils sont engendrés par la Vierge, fécondée par l’Esprit ; mais il faut se borner à tracer les grandes lignes d’une doctrine dont les détails sont trop complexes pour pouvoir être exposés facilement.
Et les Esséniens ?
Si
l’on n’a pas de démonstration probante que Jésus se rattacha à la secte des
Esséniens, il y a de fortes raisons pour le penser. En effet, Jésus était
« Nazaréen » et le Nazaréat été un grade conféré, chez les Esséniens,
à ceux qui avaient atteint un haut degré de Connaissance.
Les Nazaréens, dont on trouve les lois dans les Nombres, étaient une sorte de confrérie composée d’adeptes ayant des règles de vie particulières. Le mot Nazir signifie « Maître », « Seigneur ». Les nazaréens ne devaient pas couper leur chevelure. (On sait quelle était l’importance de celle de Samson). Jésus, représenté avec les cheveux longs, était nazaréen.
Le baptême était un rite essénien.
Il est un détail concernant le baptême, chez les Esséniens, qui n’a pas été mis
en lumière. L’écrivain Josèphe nous apprends que, lors de la réception d’un
néophyte, on lui remettait une petite hachette. Nul doute qu’il s’agissait
d’une minuscule hachette en or comme on en a trouvé en grand nombre en Crète,
où la double hache avait un caractère religieux. On la surnommait la bipenne,
parce qu’elle représentait les deux ailes permettant de s’élever vers
Dieu : l’Amour et la Connaissance. Elle figurait sur les monnaies crétoises,
3 000 ans avant notre ère. *
Les Esséniens n’étaient pas admis dans le Temple de Jérusalem, ce qui montre bien qu’ils n’étaient pas rattachés au judaïsme. Ils avaient, en effet, des doctrines conformes à celles des pythagoriciens. « Chez les Esséniens, dit l’écrivain Josèphe, on croyait que les corps sont périssables, mais que les âmes sont impérissables ». Chez les Juifs, on n’envisageait pas l’immortalité de l’âme. Pour les Esséniens, les âmes, venues des plus pures régions de l’éther, sont attirées et enfermées dans le corps, comme dans une prison. Ainsi que les Grecs, ils croyaient que les âmes pieuses s’en allaient dans un heureux séjour, situé au-delà de l’Océan (souvenir de l’Atlantide), et que les âmes pécheresses allaient sous terre dans un lieu obscur et glacé où elles subissaient des supplices éternels.
Les Esséniens pratiquaient le culte
du soleil. Flavius Josèphe a écrit : « Dès que le soleil paraît, ils
lui adressent leurs vœux comme à un père, en le conjurant d’éclairer leurs âmes
de sa lumière ».
Répandus en Palestine, par petits
groupes, ils se donnaient réciproquement une fraternelle hospitalité. Or, nous
voyons le Christ et ses disciples voyager de ville en ville, comme les
Esséniens. Leur initiation durait trois
années (comme la mission du Christ sur la terre) ; ils gardaient secrets
les enseignements qu’ils recevaient.
Vêtus de lin blanc, ils pénétraient
dans leur salle de repas avec autant de respect que dans un temple. Avant et
après le repas, l’un d’eux prononçait une prière.
Les thérapeutes (les guérisseurs)
semblent avoir fait partie de la communauté essénienne.
Le nom des Esséniens semble venu de
celui des prêtres du grand Temple d’Éphèse, en Grèce d’Asie Mineure, les
Essènes.
Il y a lieu de penser que
Jean-Baptiste fut le chef de la communauté essénienne et que le baptême de
Jésus rattacha celui-ci à cette communauté.
Les premiers chrétiens furent d’ailleurs appelés Esséniens.
*Jérôme Carcopino dans Le mystère d’un Symbole chrétien, Paris, Fayard, 1955, considère que la hachette des Esséniens est un symbole d’origine pythagoricienne.
Dans
les manuscrits de la Mer Morte, on trouve des éléments qui tendent à
indiquer que Jean-Baptiste était effectivement le chef des Esséniens au moment
du baptême du Jourdain.
Dans
l’Encyclopédie de l’Esotérisme, tome
3, Les avatars du Christianisme, au
chapitre IV,
consacré à l’Évangile de saint Jean, le cardinal Daniélou dit, dans un de ses
cours à l’Institut Catholique :
« Les découvertes des manuscrits de la Mer Morte ont confirmé de façon qui semble indubitable les contacts de Jean avec les moines de Qumrân, que nous savons maintenant identiques aux Esséniens. Et ceci est un résultat d’importance, une première énigme résolue. Désormais la figure qui restait mystérieuse jusqu’à ce jour de Baptiste se détache sur un fond précis au lieu de surgir d’un monde inconnu. »
Le
baptême
.*. Considérant les versets 12-13, … .*.
12/
Mais à tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfant de Dieu,
à ceux qui croient en son nom ;
13/
Qui ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme,
mais de Dieu ; .*. ... nous croyons pouvoir relier
ces versets au baptême .*.
Voici ce que P. Le Cour dit du baptême :
« Baptême » vient du gr. βάπτω (bapto) plonger, immerger. Dans l’antiquité, le baptême était une immersion totale dans l’eau, par trois fois chez les Esséniens. Après une préparation, le baptême était donné à des adultes et « représentait la purification nécessaire pour être admis dans la communauté. » Dans l’église chrétienne d’origine, au baptême serait associé le rite de l’imposition des mains ; on peut se reporter à Jean-Baptiste dans Ioan I,33 et St Paul dans Actes XIX, 1 , 6. Le baptême ne serait « qu’une affiliation extérieure,... l’imposition des mains confère les dons supérieurs. » Dans Actes II, 4, les langues de feu qui se posent sur chacun des douze apôtres, seraient « une sorte d’imposition des mains divines. » Les apôtres procéderont par la suite eux-mêmes à des impositions des mains. Rappelons que les cathares, attachés au christianisme primitif, pratiquaient l’imposition par les parfaits [« Cathare » est directement issu de l’adjectif grec καθαρός (catharos) pur...)]
Le baptême de Jésus « est symbolisé par la descente sur lui d’une
colombe. » La colombe, Ionah en hébreu, serait à rapprocher du grec Ion (ἴον),
violet, couleur de la spiritualité ; elle symboliserait l’Esprit (Une colombe
était déjà descendue sur Marie, lors de la naissance de Jésus). « On a
dit :
C’est
l’Esprit Saint », l’Esprit du Christ qui se serait
substitué à celui de Jésus. « Alors commença la mission du Christ,
laquelle dura trois années....
Jusqu’au baptême, c’est Jésus fils du charpentier, choisi pour sa valeur
spirituelle pour être le tabernacle du Christ ; à partir du baptême, c’est le
démiurge solaire, venant instruire les hommes... » A
partir du baptême, le terme « Jésus » doit être remplacé par
« Christ » ou « Jésus-Christ ».
.*. Jésus, par le baptême du Jourdain, devient le « Fils... de Dieu ». Jésus, déjà né du sang, naît de Dieu par le baptême. Selon P. Le Cour, à l’issue du double baptême (dans l’eau puis l’imposition des mains... ou baptême du feu pour les Apôtres) l’homme naîtrait de Dieu... .*.
Les noces de cana (Ioan, II, I à II)
Contrairement
aux synoptiques qui déclarent qu’après le baptême, J.-C. se retira dans le
désert, où il fut tenté par Satan qui lui offrit l’empire du monde, le 4ème
Évangile nous dit que, trois jours après ce baptême, le Christ assista aux
noces de Cana, dont les autres Évangiles ne parlent pas. Il faut donc choisir
entre ces récits contradictoires. Or, le premier est bien invraisemblable ;
car on ne comprend pas comment Satan pouvait ignorer que le Christ soit le
Créateur du monde et qu’il ait pu lui en offrir la domination.
Le
récit du 4ème Évangile est d’ailleurs d’une importance capitale. Le Christ
vient de s’incorporer dans l’organisme de Jésus et il assiste, on ne sait d’ailleurs
pourquoi aux noces de Cana.
Or,
Marie, qui n’avait pas vu son fils depuis quelque temps, puisqu’il était chez
les Esséniens, ne s’aperçoit pas du changement qui s’est produit et lui signale
que le vin vient à manquer. Ce à quoi le Christ répond : « Femme, qu’y
a-t-il de commun entre vous et moi ? » Cette phrase, qui serait
stupéfiante de la bouche de Jésus, est parfaitement compréhensible de la part
du Christ. Elle a fait pâlir les théologiens qui ses sont efforcés de la
minimise, en disant qu’en Orient, le mot « femme » (au lieu de mère),
n’avait rien de péjoratif, et qui traduisent : « Femme, qu’est-ce que
cela fait à toi et à moi ? »
D’autres
comme Renan et Guignebert, considérant que Jésus n’est qu’un homme qui s’est
cru chargé d’un messianisme, en font une phrase de répudiation de cette mère,
avec laquelle il ne se sent plus de rapports. Interprétation injuste ;
car, en admettant la thèse de Jésus-homme, on ne peut lui retirer sa haute
valeur morale.
La
traduction de Lemaistre de Sacy comporte, en italique, le mot « commun ».
Les autres traducteurs écrivent seulement :
« Qu’y
a-t-il entre toi et moi ». Lemaistre de Sacy a donc précisé le sens injurieux
de cette réponse. Elle a, de tout temps, troublé les croyants qui se sont
demandé « comment un dieu incarné avait pu parler ainsi à celle à qui il
devait sa nature humaine ». Et l’on constate que toutes les explications n’ont
fait qu’embrouiller la question. Alors, « on a fermé les yeux, on a renoncé
à comprendre ».
« Les
croyants ne sont pas les seuls que la réponse du Christ a déconcertés. Les
critiques, eux aussi, ont été devant elle frappés d’une stupeur qu’ils n’ont pu
dissimuler… Ils avaient à expliquer comment un écrivain commence par nous
présenter le Verbe incarné, puis lui met dans la bouche des paroles de
reniement contre sa mère… Avec l’interrogation, le sens est : “Prouve
donc, si tu le peux, que je te dois quelque chose, qu’il y a quelque chose de
commun entre nous !” Et, pour compléter le défi, Marie est apostrophée du
nom de “femme”, qui signifie, ici : “On te regarde comme ma mère… mais, en
réalité, tu n’es pas ma mère, je ne te dois rien” ; la réplique : “Qu’y
a-t-il de commun ? ...” contient une dénégation formelle, éclatante, de la
maternité divine de Marie ».
Il
en est qui ont cherché à atténuer l’effet désastreux de cette réponse de Jésus
à Marie, en l’interprétant ainsi : « Qu’importe à toi et à moi, mon
heure n’est pas encore venue ». Cependant, cette interprétation n’est pas
acceptable ; car l’heure où le Christ, incarné dans le corps de Jésus,
allait manifester sa puissance, était, au contraire, arrivée, puisqu’il allait
faire son premier miracle !
Qu’il s’agisse d’un document essentiel de l’Évangile
johannite, cela apparaît évident. Il a pour but de démontrer l’incorporation de
l’esprit du Christ dans le corps de Jésus.
On remarquera que l’évangéliste écrit : « La mère de Jésus était là ». Il ne dit pas : « La mère du Christ ».
On lit dans l’Évangile de Saint Luc, que certain jour, on vint dire au Christ : « Ta mère et tes frères sont là et désirent te parler ». Et le Christ répond : « Qui sont donc ma mère et mes frères ? Ma mère et mes frères sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. »
« Quant
au miracle de la transformation de l’eau en vin, il a mis également l’exégèse
de tous les partis, à une rude épreuve ; les commentateurs orthodoxes
même, les anciens comme les modernes, n’ont pu résister à la tentation de la
marchander ou de le rendre plus acceptable, par toutes sortes d’explications qui
ne se distinguent, de celles des rationalistes, que par un surcroît d’absurdité. »
Cette transformation de l’eau en vin est toute symbolique, l’eau représente l’Ancienne Alliance et le vin, la Nouvelle, que le Christ vient de substituer à l’Ancienne. Ce serait la suite de la purification du Temple de Jérusalem et l’annonce de la construction d’un nouveau Temple ; de la nouvelle naissance, par opposition à la naissance terrestre ; de l’annonce à la Samaritaine du culte en esprit, la substitution d’un ordre nouveau à l’ordre ancien. Et ce serait parce que Marie s’en tient encore à l’ancien régime, que le Christ aurait dit « Femme, qu’y a-t-il de commun entre toi et moi ? »
Certains ont vu là, une transformation des éléments
semblable à celle qui se fait chaque année, dans le raisin ! Il faut
retenir cette association étroite du Christ et du soleil, dont les rayons
transforment l’eau des grappes en une
liqueur vivifiante. Ce miracle est accompli chaque année ; nous le
constatons sans y faire attention. On appelle d’ailleurs, « eau de vie », le produit de la
distillation du vin qui renferme plus spécialement la vie solaire.
Dans les mystères orphiques, comme dans le
christianisme, le bin jouait un rôle important, puisqu’il était le sang de
Dionysos, qui devient le sang du Christ.
Ce passage du 4ème Évangile a un autre
but : celui de montrer que Marie n’est que la mère de Jésus et cela, en contradiction
avec la future décision du Concile d’Éphèse qui lui décerna le titre de « mère
de Dieu ».
L’Évangile ésotérique remet les choses au pont ;
car, Marie ne saurait être qualifiée de « mère de Dieu », elle s’associe
à Léda qui enfante Castor et Pollux sous l’influence, également d’un oiseau
symbolique représentant l’Esprit du Père céleste. Ésotériquement, elle est la
mère de Jésus et de Jean, comme le montent les tableaux des peintres initiés et
nous verrons Jésus sur la croix et Jean au pied de celle-ci, l’un et l’autre
près de la Vierge.
C’est en 431 que Marie, Mère de Jésus fut proclamée « Mère
de Dieu » par le Concile d’Éphèse. Jusque-là, les premiers chrétiens ne
lui rendaient aucun culte particulier. Elle est à peine citée dans les
Évangiles. Celui de Ioan n’en parle que deux fois : aux noves de Cana et
au Calvaire. Son nom figure une seule fois dans le livre des Acte qui date de
50 à 70 ans après la mort de Jésus. Après le Concile d’Éphèse, les nestoriens
se séparèrent de l’Église de Pierre, car ils n’admettaient pas que Dieu puisse
avoir une mère. Par la suite, les Cathares et les protestants rejetèrent
également son culte.
Elle faisait seulement partie avec ses autres
enfants, de la première communauté chrétienne.
La dévotion de certains chrétiens envers Marie, s’explique par le besoin
qu’ont les âmes plus sentimentales qu’intellectuelles de s’adresser, non à l’aspect
masculin de Dieu, mais à son aspect féminin, la divinité pouvant être
considérée, à volonté sou l’un ou l’autre aspect. (En fait, le Christ, dans l’Évangile
johannite, ne parle que du Père).
Il y eut des divinités de cette nature à toutes les
époques. C’est Koridwen chez les Gaulois, Isis en Égypte, Artémis, Déméter,
Athéna en Grèce, Diane chez les Romains, Kâli chez les Hindous, etc…
Or, il est à remarquer que Marie réunit les caractères
de ces diverses divinités : comme Isis, elle tient un enfant dans ses
bras, comme Diane elle a un croissant de lune sous ses pieds, comme Athéna elle
est accompagnée d’un serpent et elle est vierge comme elle (Parthénos signifie vierge).
Il y a d’ailleurs trois façons de considérer la divinité féminine : celle des Grecs avec la mère des dieux, des initiés ; celle des Hindous avec la Mère-Dieu, c’est-à-dire avec l’aspect féminin de Brahma ou de Vichnou ; celle des chrétiens avec la Mère de Dieu.
Ésotériquement,
l’aspect féminin, la parèdre du Dieu absolu « qui est esprit », c’est
la Materia Prima (la matière
première) qu’il a engendrée, la matière vierge, la Virgo materia des hermétistes, devenue Virgo Maria. On retrouve ces éléments en alchimie.
L’aspect
féminin du Christ c’est Sophia (l’équivalent de Minerve-Athéna). La première
basilique chrétienne, Sainte Sophie, fut consacrée à Sophia. C’est à Sophia que
les gnostiques et les initiés chrétiens adressaient leurs hommages. (Claude de
Saint Martin avait une particulière dévotion pour Sophia. (Il était initié Rosicrucien
et Martiniste)).
Quant à l’aspect féminin de Ioan, successeur de Poséidon, c’est Gé-Déméter, la « mère des dieux ». Les maçons, constructeurs de cathédrales, prédécesseurs des francs-maçons, l’appelaient « Notre-Dame » et c’est elle qui figure, sous la statue du Christ, à la porte centrale de Notre-Dame de Paris.
Voilà
donc les divers aspects de la Mère et il était nécessaire d’apporter des
précisions à ce sujet. Ce culte d’une divinité féminine s’accompagne
souvent de pratiques superstitieuses, d’accommodements singuliers, comme en Espagne,
où la fille publique prie la Vierge de lui faire trouver un amant de passage ;
comme la promenade en France, d’une statue de la Vierge, accompagnée de manifestations
enthousiastes et récoltant des millions sur sa route, comme dans l’Inde où les dévots
se font écraser sous les roues du char de Kâli, trainé par une foule en délire.
Cette dévotion est d’ailleurs propre aux Aryens,
elle n’existait pas chez les Sémites où la femme, qui jouissait de fort peu de considération,
n’était pas admise à la synagogue. Elle ne recevait aucune instruction.
Ne
serait-ce pas le Christ, sous son aspect féminin de Sophia, qui s’est montré à
Lourdes à une petite bergère et qui, depuis lors, y a fait de nombreuses
guérisons ; ce qui s’expliquerait puisqu’il est la vie, la force vitale.
Par ailleurs, une source sortie du sol, y possèderait des vertus miraculeuses.
Mais on sait que la source, le fleuve, sont un symbole de la Connaissance. Elle
figure dans les tableaux de Léonard de Vinci qui était johannite.
L’expression « Je suis l’Immaculée Conception » que l’apparition aurait prononcée, devrait, semble-t-il, s’interpréter tout autrement qu’on ne la fait. D’ailleurs, déclarer que Marie ne fut pas marqué du péché originel, parait de bien peu d’importance. Au contraire, il s’agit de l’idée de la conception que la pureté est nécessaire pour enfanter de soi-même, le Nouvel Homme, le Christos ; nous avons alors une leçon importante et traditionnelle.
On
a dit que cette apparition portait le costume des druidesses.
S’il
en était ainsi, il y aurait là une preuve de plus des rapports existants entre
le christianisme et le druidisme.
Note :
Le mot Sophia contient PHOS (la Lumière) d’IOA et nous savons que IOA désigne le Christ,
en tant que Verbe. Ces trois voyelles, par ailleurs, correcpondent aux trois
couleurs fondamentales, rouge, jaune, bleu et aux trois notes de l’accord
parfait, do , mi, sol.
Ioan, le porteur de lumière
« la véritable personnalité de Lucifer avant
sa chute [serait] en réalité Ioan le détenteur du Graal formé
d’une émeraude. » Il y aurait une confusion quasi-permanente entre Lucifer,
porte-lumière avant la chute et Satan, résultat de cette chute. Lucifer qui
porte la lumière est en fait l’initiateur des hommes.
Ce point de vue serait issu d’une légende qui « repose surtout sur un texte bien imprécis d’Isaïe. »
.*.
Le concept de « Ioan-Lucifer » parait sous-jacent dans les versets 6, 7, et 8
du Prologue .*.
6/
Parut un homme envoyé de Dieu, son nom était Jean ;
7/
Il vint en témoignage, pour témoigner au sujet de la lumière, afin que tous
crussent par lui :
8/
Celui-là n’était pas la lumière, mais il devait témoigner au sujet de la
lumière ;...
.*. Si Jean Le Baptiste annonce la Lumière, Jean l’Evangéliste, « envoyé de Dieu », témoigne de la Lumière qu’il a reçue en devenant apôtre. En l’occurrence, témoigner, c’est « Faire paraître par ses paroles ou ses actions » (P. Larousse)... la lumière .* .
.*.
MMSSFF, soyons tous des porteurs de lumière, mais évitons la chute ! .*.
Notes
complémentaires de Tha.°. Coq.°. et Elt.°. Bia.°. - R.*.L.*. R.°.L.°. «
Les Ecossais de l’Hermione ».
Manuscrits de la mer Morte : Entre 1951 et 1956, le site de Qumran fait « l'objet de fouilles massives, orchestrées par le Jordan Department of Antiquities, l'Ecole archéologique française et le Palestine Archeological Museum (sous la direction de G.L. Harding et du père R. de Vaux) ». Les érudits responsables de ces recherches ne sont pas indépendants ... « De fait, après leur découverte, plus de la moitié des huit cent manuscrits exhumés ne [sera] pas publiée pendant plus de quarante ans. La communauté intellectuelle [sera] outragée par cette occultation sans précédent d'une connaissance qui aurait du être publique. »
A la lumière de ces textes enfin disponibles, il semble qu'il existe « un grand nombre de variantes [de l'A.T.] et que le texte [de la] Septante n'est que l'une d'elles » (La Septante est la première traduction en grec de la Bible).
[« L’Evangile Esotérique... »
-
Evangile vient du gr. Εὐαγγέλιον (euaggelion), récompense, actions de grâces ou
sacrifice offert pour une bonne nouvelle, ... Par la suite, au sens chrétien, «
la bonne nouvelle », c. à d. la parole de J. C., NT. Matth. 4, 23, etc. ; Marc.
1, 1, etc. ... d’où évangile, εὐάγγελος (eu-aggelos).
[«
εὐάγγελος » est composé de εὐ « bien » et de άγγελος « qui apporte une
nouvelle, messager, messagère » (→ ange)].
L’évangile
serait donc une « bonne nouvelle ».
- Esotérique,
vient du gr. ἐσωτερικός (ésotérikos), « de l’intérieur », c. à d. de
l’intimité, réservé aux seuls adeptes, dérivé de l’adverbe ἔσω (eso), variante
de εἴσω (eiso), « à l’intérieur ». Le terme substantivé a désigné les partisans
de la doctrine de Pythagore.
«
L’Evangile Esotérique » serait « une bonne nouvelle réservée aux initiés... »
L’adjectif – ésotérique - est introduit en français au XVIIIème s. comme terme
de philosophie pour qualifier l’enseignement professé au sein de certaines
écoles de la Grèce antique, réservé aux seuls initiés... Par extension, il se
dit de connaissances qui se transmettent par tradition orale à des adeptes
initiés...
- Par opposition à « ésotérique », le terme « exotérique » est utilisé à partir du XVIIIème s. pour des doctrines, notamment philosophiques, enseignées en public, vulgarisées.
Le démiurge
-
Du gr. Δημιουργός (démiourgos), litt. l’Artisan, poète de l’Anthologie,... Le
mot serait composé de δήμιος (démios) public [ou δῆμος (démos) peuple] et ἔργον
(ergon) action, travail. (Bailly)
- Chez les philosophes grecs, en particulier chez Platon (Timée) : le dieu ou le principe organisateur de l’univers... (Dict. de la Langue Philo. de Foulquié et St Jean)
Lucifer : « signifie - le porte-lumière - (en latin), phosphoros (φωσ·φόρος) en grec. » Selon « … la tradition judéo-chrétienne,... Lucifer... avait pour couronne une émeraude... [il] était le plus brillant des anges, en révolte contre Dieu... il fut précipité... au fond des enfers... ».
Le
Prologue - 1/18 - « Pro-logos » (avant le discours) ; c’est avant tout un hymne
au LOGOS qui condense la pensée de Jean. Il emploie un langage poétique car il
n’y a pas de mot qui sache exprimer de façon adéquate sa pensée. C’est un
langage allusif qui indique quelques directions, quelques indices orientés pour
qui a le désir de s’y aventurer. « La poésie n’est pas un jeu mais un moyen de
haute connaissance » disait Henri Bosco.
Le diable et Satan
Le Christ déclare aux Juifs qu’ils
sont « les fils du diable ». « Si Dieu était votre père, vous m’aimeriez,
car moi, c’est de Dieu que je suis sorti et que j’arrive, car ce n’est pas de moi-même
que je suis venu, mais Celui-là m’a envoyé… Vous avez, vous, le diable pour
père, et ce sont les convoitises de votre père que vous voulez accomplir. Celui-là
était homicide dès le commencement, et il ne s’est pas tenu dans la vérité,
parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Quand il dit le mensonge, il le dit de
son propre fond car il est menteur et père du mensonge. » (chap. VIII, versets 42 et 44).
Ici donc, Jéhovah, est assimilé au
principe du mal, comme l’ont envisagé, plus tard, les Cathares.
Au chapitre XIII, 27, relatif à la
Cène, il est dit, par l’évangéliste que Judas ayant pris le morceau de pain
trempé dans le vin, que lui tendait le Christ, Satan entra en lui. [le disciple
qui trahit le Christ, porte le nom de la tribu qui le fit mettre à mort].
Ainsi donc, d’une part nous voyons enseigné, dans le 4ème Évangile l’existence du principe du mal et, d’autre part, l’emploi par le Christ, du mot grec diabolos, qui signifie tromper, et définit le calomniateur*. Ceci confirme que le Christ utilisait le grec.
*Calomniateur : De dia, à travers, et bolos, jet, du verbe ballô, jeter. A remarquer que diable apparaît comme l’antinomie de symbole (sun-ballô = jeter ave, donc rassembler au lieu de diviser).
[Le mot Satan vient du chaldéen et signifie « haïr ».]
Il est également question de Satan, dans les trois synoptiques et chose singulière, on voir le Christ au chapitre XVI, 23 de Matthieu, qualifier Pierre de Satan et lui dire : « Retire-toi et moi, Satan, tu ne comprends rien aux paroles de Dieu. »
Lucifer :
«
Signifie - le porte-lumière - (en latin), phosphoros (φωσ·φόρος) en grec. »
Selon « … la tradition judéo-chrétienne... Lucifer... avait pour couronne une
émeraude... [il] était le plus brillant des anges, en révolte contre Dieu... il
fut précipité... au fond des enfers... »
Derrière
cette légende qui repose surtout sur un texte imprécis d’Isaïe, se situe d’une
part le problème de l’apparition du mal et d’autre part, la véritable
personnalité de Lucifer avant sa chute, qui est en réalité Ioan le détenteur du
Graal formé d’une émeraude.
Vénus,
la plus brillante étoile du ciel, a reçu le nom de Vénus Lucifera quand elle
précède le lever du soleil et celui de Vénus Vespera quand elle suit son
coucher. De même Jean-Baptiste précéda la venue du Christ solaire et Jean l’Apôtre
lui survécut. Ce sont les deux aspects successifs de IOAN.
Parce
que la maçonnerie chrétienne fut l’Église de Ioan-Lucifer, on fit, des maçons,
les adorateurs de Satan, par une méconnaissance totale de la véritable nature
de celui qui porte la lumière et qui est l’initiateur des hommes.
Malheureusement,
il y a eu presqu’en permanence confusion entre Lucifer, porte-lumière avant la
chute et Satan, résultat de cette chute et certains, même au sein de la
maçonnerie dès avant la Révolution française, sont devenus sectateurs de Satan
en prétendant être disciples de Lucifer.
En
effet, comme le dit Saint Paul, Satan se déguisant en ange de lumière, c’est
donc de sa part une suprême habileté de se faire assimiler à Lucifer-Ioan qui
est en réalité son adversaire.
Les enfers
Les
rites des mystères d’Éleusis passaient pour procurer une vie heureuse après la
mort, au milieu des jeux, des harmonies, des chœurs de danse, dans des lieux revêtus
d’une éclatante lumière et d’un air pur, a écrit Plutarque.
Platon, dans la République, exprime les mêmes idées : les justes seront dans
l’Hadès, assis au banquet des saints où, couronnée de fleurs, ils passeront
leur existence dans une heureuse ivresse.
Selon le symbole des Apôtres
[composé selon la tradition, après la Pentecôte avant la dispersion des douze,
et mis dans sa forme actuelle au VIe
siècle, d’après des versions orientale et occidentale antérieures. Il ne faut
pas le confondre avec le Credo ou Symbole de Nicée qui ne comporte pas la
mention de la descente aux Enfers. Sur un tout autre plan, il ne faut pas
confondre les Enfers et l’Enfer.] le Christ, après le drame du Calvaire, serait
descendu aux Enfers. Cette expression rattache le christianisme à l’orphisme et
nous savons déjà que le Christ fut assimilé à Orphée qui, lui aussi, serait
descendu aux Enfers, afin d’y rechercher son épouse Eurydice, dont le nom
signifie « la très juste ». Les Enfers comportaient les
Champs-Élysées séjour des âmes vertueuses, en attente d’une nouvelle
incarnation. Elles y buvaient l’eau du Léthé donnant l’oublie ; car la
mémoire est une faculté de l’intelligence et non de l’esprit. Elle disparait
comme disparaissent les échafaudages d’une construction, mais celle-ci demeure.
De même, demeurent pour l’esprit, les acquisitions de l’intellect, dans son
existence sur terre. Mais est-ce bien l’esprit du Christ qui est descendu aux
Enfers ? Ne serait-ce pas plutôt celui de Jésus dont il avait emprunté
l’organisme ? Le Christ peut-il avoir subi la Passion et connu la mort,
lui qui est la vie ?
Les Enfers comportaient, en outre,
le Tartare où étaient punies les âmes perverses. C’est lui seul qu’a conservé
la doctrine chrétienne. Or, on voit mal ce que le Christ serait allé faire dans
ce lieu de tortures et de souffrances, à moins que ce ne fut pour sauver les damnés
et les arracher à leur supplice ; mais il ne nous est rien dit de
semblable.
Nous sommes donc en présence d’un legs de la tradition orphique et non judaïque, car le judaïsme ne s’est jamais expliqué nettement sur le sort de l’âme après la mort ; le Schéol est simplement un lieu d’attente de la résurrection de corps, lors de la venue du Messie.
Je suis le pain vivant descendu du
ciel
Prenez et mangez, ceci est mon corps (Ioan VI, 33 à 51)
On constate combien le pain joue un
rôle important dans la vie du Christ et dans le christianisme. Le Christ, non
seulement partage le pain avec ses disciples, non seulement fait le miracle de
la multiplication des pains, mais il déclare que ce pain « descendu du
ciel, est son corps », que celui qui le mangera aura sa vie en lui, que ce
pain lui donnera la vie éternelle. Et, d’autre part, la principale prière
chrétienne, le Pater, enseignée,
dit-on par le Christ lui-même, renferme cette demande : « Donnez-nous
aujourd’hui, notre pain quotidien. » Telle est tout au moins la traduction
habituelle dans l’Occident chrétien, c’est-à-dire romain. On peut se demander
qui a introduit ce mot quotidianum
alors que le mot latin est supersubstantialem,
qui est l’exacte traduction du qualificatif grec du texte original, épiousion, c’est-à-dire « au-dessus
ou au-delà de la substance ». Ce qui donne une tout autre dimension
parfaite concordance avec les déclarations du Christ.
Ceci rappelle le rôle joué par le
blé dans les mystères d’Éleusis. A Éleusis, le grain, mis dans la terre comme
un cadavre et d’où sortent des épis qui s’épanouissent sous les rayons du
soleil, était le symbole de la mort et de la résurrection. Dans Ioan chap. XII, 24, le Christ y
fait allusion : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt, il
reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »
De même, le Christ enseveli,
ressuscite, et le myste, enfermé dans la crypte des initiations, en sort pour
une vie nouvelle.
Que
signifie l’expression : descendu du ciel ? sinon qu’il vient du
soleil « qui est au ciel » (Notre Père qui êtes au ciel (ou cieux)).
L’expression ‘ciel » a, jadis, désigné le soleil ; et c’est ainsi
qu’il faut l’entendre dans la Théogonie d’Hésiode, quand il dit que les
colonnes d’Hercule relient la terre Gé au ciel Ouranos. Ouranos, c’est le
soleil.
« Tout
ce que nous mangeons, tout ce que nous buvons, disait Flammarion, aux fêtes du
Soleil de la Société astronomique, c’est du soleil. » Le pain, principale
nourriture de l’homme, en Occident, ce sont des rayons solaires matérialisée.
En disant que le pain était son corps, et le vin, son sang, le Christ
devançait, de deux mille ans la science moderne. Nous allons voir comment le
partage du pain des premiers chrétiens et devenu l’Eucharistie.
La Cène
Évangile de Jean, chapitres XIII à XVIII,
le Christ ayant réuni ses disciples pour un dernier repas, une dernière agape,
leur décrit l’ineffable joie qu’ils peuvent trouver dans son amour. L’attitude
du disciple préféré est alors significative : Jean est couché sur la
poitrine de son Maître. Il y a dans ce geste et dans les paroles prononcées
alors par le Christ, tout ce qui constitue la différence entre l’union
recherchée dans l’Inde par le yogi et les rapports du chrétien avec son
créateur. Dans l’Inde, l’effort désespéré du disciple tend vers une fusion où
s’annihile sa personnalité, dans un abîme où être et non-être se confondent.
Avec le christianisme johannite, l’effort ne vise pas à atteindre directement
le Dieu suprême inaccessible, mais à devenir l’ami du christ. « Vous
m’avez appelé votre Maître et votre Seigneur, dit celui-ci, et vous avez raison,
car je le suis. » (XIII,13).
« Vous êtes mes amis si vous
faites ce que je vous commande (XV,14).
Je ne vous donnerai plus le nom de serviteur, parce que le serviteur ne sait
pas ce que fait son maître, et je vous ai fait savoir tout ce que j’ai appris
de mon Père. » (XV,15).
Il s’agit d’une initiation
réservée : « C’est moi qui vous ai choisis » dit-il. (Ioan XV,16)
En fait, le Christ, partageant le
pain avec ses disciples, créait le rite du compagnonnage, qui est, sans doute
partiellement, l’ancêtre de la Franc-Maçonnerie. Le mot « compagnon »
signifie en effet, « partager le pain ensemble ». [Chapitre XXII, verset
19, Luc : « Ensuite il prit le pain et, ayant rendu grâce, il le rompit
et le leur donna en disant : “Ceci est mon corps” ».]
C’est là ce pain « descendu du ciel » dont il dit qu’il est sa chair, tandis que le vin est son sang. « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang, demeure en moi et moi en lui » (Ioan VI, 56).
Il
y a là, tout un enseignement, celui du mystère du christianisme, exposé à mots
couverts, par Ioan : tout ce qu’il renferme de connaissance d’une part, et
d’amour, d’autre part. en même temps, l’on y voit l’origine de cette église de
Ioan, qu’a cherché à être la maçonnerie templière et chrétienne, avant qu’elle
ne se transforme profondément au pont de devenir (surtout pour certaines
obédiences) anti-chrétienne et agnostique.
Cette
connaissance concerne la nature du Christ et ses rapports constants avec
l’humanité, qu’il nourrit matériellement et spirituellement.
La fête de Pâques et l’Eucharistie
La
plus grande fête chrétienne, celle de Pâques, est à la continuation d’une fête
juive, commémorant, à la fois le passage de l’ange exterminateur envoyé par
Jéhovah, qui épargna les maisons juives marquées du sang de l’agneau sacrifié
et la traversé de la mer Rouge par les Hébreux. [Pâques vient de Pesach, mot hébreu voulant dire
« passage »). C’est là l’origine de l’agneau pascal que l’on mangeait
avec des pains sans levain.
C’est
une fête lunaire et non solaire ; car elle a lieu chez les Juifs le jour
de la pleine lune du printemps et, chez les judéo-chrétiens le dimanche qui
suit cette pleine lune.
Le Christ a-t-il célébré la Pâque
juive ? Oui d’après les trois Évangiles synoptiques ! Non si l’on en
croit le 4ème Évangile où il est dit que le dernier repas eut lieu
avant la fête de Pâques, (Ioan XIII,
1). D’ailleurs, le Christ ne peut avoir célébré une fête comportant
l’immolation d’un agneau ; car il était venu abolir les sacrifices
sanglants et transformer la religion juive. Aucun Évangile n’indique que le
Christ ait mangé l’agneau pascal ; il est question seulement du partage du
pain et du vin.
C’est ce rite du partage du pain et
du vin, dont le Christ avait dit : « Faites ceci en mémoire de
moi » selon Luc (XXII,19),
qui est devenu la messe chrétienne, mais avec cette différence que le pain
eucharistique ne devient le corps du Christ, qu’après que le prêtre ait dit ces
paroles : « Ceci est mon corps ».
On fait toujours allusion au chapitre IV de Ioan, dans lequel le Christ déclare que sa chair est une nourriture et son sang un breuvage. Mais ces paroles n’impliquent point la création du rite eucharistique ; elles veulent dire seulement que le pain et le vin sont véritablement des rayons solaires condensés. Manger du pain, c’est manger du soleil.
Dans La Didaché (plus ancien
document chrétien) est écrit comment se pratiquaient les agapes où l’on
partageait des pains ordinaires en forme de galettes plates et dorées, portant
des rayons sur la surface et représentant le soleil. Ils étaient semblables à
nos galettes des rois qui contiennent une fève dont le nom rappelle celui du
soleil Phébus (Phos et bios, lumière et vie).
La Didaché,
(de didasko, enseigner) fut
découverte vers 1875 dans la bibliothèque du Saint-Sépulcre, au palais du
Phanar à Constantinople (Istanbul-Turquie). Elle a été publiée pour la première
fois en 1883. Ce texte qui ne comporte que dix pages a comme sous-titre :
« Enseignement des douze apôtres ».
Il était disparu, peut-être à dessein, parce qu’on aurait surchargé le
christianisme d’enseignements nouveaux. La Didaché ne fait pas allusion aux
Évangiles ni aux Épitres, car elle leur est antérieure.
On
peut notamment y lire : « Chaque dimanche, vous étant rassemblés,
rompez le pain et rendez grâces, après vous être mutuellement confessé vos
transgressions, afin que votre sacrifice soir pur. » On trouve ensuite
l’injonction de se réconcilier avec ses frères. Dans un autre chapitre sont
indiquées des paroles à prononcer sur le calice et sur le pain rompu.
On
peut encore lire : « Que personne ne mange ni ne boive de votre
eucharistie sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur »
« C’est toi, Maître tout puissant, qui as créé toutes choses à cause de
ton nom, qui a donné la nourriture et le breuvage aux hommes pour qu’ils en
jouissent afin qu’ils te rendent grâces. Mais à nous tu as daigné accéder une
nourriture et un breuvage spirituels et la vie éternelle par ton enfant ».
Il y a encore des paroles de
remerciements, après avoir été rassasiés et pour la nourriture spirituelle que
l’on aura reçue. Voici la description de ce qui se passait au cours de ces
réunions :
« Quand nous avons cessé de
prier, nous nous donnons le baiser les uns aux autres. Puis, on porte à celui
qui préside, le pain, une coupe d’eau et de vin. Celui-ci, les prenant dans ses
mains, fait monter louange et gloire vers le Père de toutes choses, par le nom
de son Fils et de l’Esprit Saint, puis, il adresse louange à Dieu une longue
action de grâce, sur ces dons qu’il a bien voulu nous faire. Le peuple témoigne
son assentiment, en disant « Amen ». Alors, ceux qui sont appelé
parmi nous diacres, présentent, à chacun des assistants le pain, le vin et
l’eau, sur lesquels des actions de grâce ont été prononcées, et les portent aux
absents. Et cette nourriture-là est appelée chez nous Eucharistie. Il n’est
permis d’y participer qu’à ceux qui croient à la vérité de nos doctrines, qui
ont été lavés au bain régénérateur et établi pour la rémission des péchés et
qui vivent selon les préceptes du Christ… »
Pour La Didaché, la table du banquet chrétien est une table véritable où
l’on se rassasie ; ce n’est pas encore l’autel… Les défenseurs de la
transsubstantiation y cherchaient vainement un seul mot pour appuyer leurs
idées.
Saint Irénée déclare que « les
Juifs ne peuvent offrir au Créateur cette offrande, parce que leurs mains sont
pleines de sang et qu’ils n’ont pas reçu le Verbe. Comment pourraient-ils
admettre que le pain, sur lequel on rend grâce, soit le corps de leur Seigneur et
que le vin soit son sang, s’ils ne veulent pas que le Créateur du monde soit
identifié au fils, c’est-à-dire au Verbe, par lequel les arbres fructifient,
les sources coulent, la terre donne l’herbe, les épis et les grains, le
froment ».
Les plus anciens documents n’établissent aucune différence entre le banquet fraternel des agapes et l’Eucharistie (voir Ier Épître aux Corinthiens) alors que les théologiens s’efforcent d’établir une distinction. D’ailleurs, parlant du repas décrit dans La Didaché, des auteurs catholiques comme Mgr Duchesne n’y trouvent aucune espèce de sacrement.
« La Cène est un repas d’Initiés » a écrit Loisy. [Cette affirmation est à rapprocher de Saint Clément d’Alexandrie (Protrepticus, II,15) et de Firmicius Maternus, disant que le banquet sacré sous le patronage d’Attis et de Cybèle était un repas d’initiation. Wetter dans son Altchristliche Liturgien ; das Christliche Mysterium, Göttingen 1921, dit qu’à la Cène comme aux mystères païens, participaient seuls les initiés et que, dans les deux cas, les cérémonies n’étaient pas portées à la connaissance des profanes.]
Dans la perspective rosicrucienne, la Cène est comprise comme un repas initiatique célébré entre disciples, et non comme un rite public. Elle s’inscrit dans la tradition des repas sacrés des Écoles de Mystères.
Il est intéressant de lire, sur cette question de l’Eucharistie, l’ouvrage paru chez Bloud, sous le titre Eucharistia, contenant des articles de plusieurs personnalité catholique : Dom Cabrol, Mgr Ruche, R. P. Solaville…
Le livre Eucharistia, sorti en 1941
aux éditions rosicruciennes, est un ouvrage massif qui dépasse les mille pages,
écrit serré, tant l’auteur avait de choses à transmettre.
Dans
ce texte devenu rare, l’Eucharistie chrétienne est étudiée non pas sous l’angle
liturgique, mais dans sa dimension ésotérique et initiatique.
Selon
cette approche rosicrucienne, la Cène n’était pas un rite public destiné à une
assemblée de fidèles, mais un repas initiatique, célébré dans un cercle
restreint de disciples admis à recevoir un enseignement intérieur. Le pain et
le vin n’y sont pas considérés comme des éléments sacramentels au sens
ecclésial, mais comme des symboles opératifs, hérités des pratiques esséniennes
et des anciennes Écoles de Mystères.
Ce
livre explique que l’Eucharistie institutionnalisée par les Églises n’est
qu’une extériorisation d’un rite originellement réservé, vécu dans un cadre
fraternel strictement initiatique. La Cène apparaît ainsi comme un moment de
transmission secrète, où Jésus partage avec ses proches un enseignement que
seuls les initiés pouvaient comprendre et intégrer.
Dans cette perspective, la Cène n’est donc pas un événement religieux public, mais un repas rituel entre initiés, porteur d’un sens profond que la tradition rosicrucienne s’efforce de restituer.
Comment admettre que le Christ est
enfermé dans le tabernacle, comme dans une prison, qu’il faut aller l’y saluer,
lui rendre hommage, qu’il en sort pour être placé dans l’ostensoir, alors qu’il
trône, rayonnant dans le ciel. Personne n’y songe, et personne ne songe qu’il
est en nous, qu’il est dans les autres hommes, dans les animaux, dans les
plantes, dans notre nourriture… Il ne s’agit pas, ici, de panthéisme ;
tout n’est pas Dieu, mais Dieu est dans tout.
Le mot « communion » signifie « unir ensemble »
Seul,
Luc rapporte l’ordre de réitérer la Cène : « Faites ceci en mémoire
de moi ». Marc et Matthieu racontent uniquement le repas pris par le
Christ avec ses disciples, à a veuille de sa mort ; ils ne disent pas que
ce repas devrait être répété. Si Luc fait exception, son témoignage a-t-il une
réelle valeur ? Mais il faut remarquer que Paul en parle. Même silence
dans La Didaché, où il n’est fait aucune allusion à la dernière Cène (rite
secret).
On ne trouve pas davantage l’ordre de réitération dans le Codex Bassæ. Le texte de Luc serait-il une interprétation ?
En résumé, l’Eucharistie n’a pas été instituée par le Christ. Le mot « eucharistie » qui signifie « actions de grâces » est, sous sa forme actuelle, une création des théologiens. Elle a une valeur mystique indéniable pour les croyants ; elle ne peut en avoir pour les incroyants. Le fait de constituer le pain eucharistique de farine dépourvue de tout élément vitalisant est un non-sens, puisque, ce qui caractérise le Christ, c’est d’être, dans le monde, l’élément, le principe de vie, comme le dit l’évangile johannite. Dès lors, le fait que le pain et le vin soient devenus coûteux, semblerait indiquer que le Christ s’éloigne des hommes qui ont perdu de vue toute vie spirituelle, pour n’envisager que la vie matérielle. Or, le pain et le vin, chair et sang du Christ solaire, sont une nourriture, à la fois, matérielle et spirituelle. L’Église, en négligeant d’enseigner ce qu’ils sont et en gardant le vin pour ses ministres, est responsable de cette désaffection des hommes, chez lesquels l’esprit critique, né de l’expérience scientifique, s’est développé.
La Crucifixion
Est-il concevable que celui qui est la Vie, ait pu être crucifié et mourir ? N’est-il pas plus logique de penser, avec certains gnostiques, qu’à ce moment, il se sépara de l’organisme de Jésus qu’il avait emprunté, et qu’ayant repris possession de son esprit divin, c’est l’organisme seul qui subit le supplice de la croix ? Ceci peut, d’ailleurs, s’appuyer sur plusieurs constatations.
Nous avons d’abord, l’inscription
placée au sommet de la croix, INRI, que l’on interprète par Iesous Nazareus Rex Judeorum. Les
alchimistes y voyaient Igne Natura
Renovatur Integra (Le feu renouvelle la nature entière) ; mais, les
alchimistes ne sont pas des archi-mystes. On peut, en effet trouver une autre
interprétation, en accord avec les doctrines rosi-crusienne.
L’inscription dont il s’agit, est en
effet l’inversion de IRNI ; c’est le vocable AOR, suivi de la terminaison
NI (AG est suivi parfois de la même terminaison). On retrouve ce vocable dans
les mots IRAN et ERIN.
Il s’agit donc de Jésus, qui est AOR,
alors que Jean est AG-NI. [Jésus associé
à Aor (qui représente la Lumière et
l’Amour) et Jean à Agni (qui représente
le Feu et la Connaissance), nous est expliqué par Marc Thirouin, dans un
article intitulé Jean Aor et Jean Agni, posant
le problème de la place respective du Baptiste et de l’Évangéliste vis-à-vis de
Jésus-Christ.]
En grec, qui est la langue des mystères,
le mot IRIN se retrouve dans EIRENE (devenu Irène), signifias PAIX et d’autre
part, le mot latin PAX, renferme deux lettres semblables au chi et au rô grecs du chrisme, comme les mots RIG et REX.
Or, le chrisme est le grand symbole chrétien, et ainsi, l’idée de paix se trouve associée au Christ, comme si cette idée était l’idée supérieure de la doctrine chrétienne. Le Christ n’a-t-il pas dit : « Je vous donne ma paix » ? (Ioan XIV,27). Ainsi, le mot PAX, le grand mot bénédiction, rayonne au sommet de la croix. Le retour du Christ ne doit-il pas réaliser la paix dans l’ordre et dans la justice ?
D’autre part, les trois clous de la
crucifixion forment le triangle d’AOR. La pointe en bas, celui d’AGNI à la
ponte en haut, ce qui forme le double triangle, symbole d’AOR-AG-NI
[Sur le sujet cabalistique posé par Aor-Agni, les travaux du Hiéron de Paray-le-Monial, nous en donne la signification]
Enfin, quand on sait qu’ésotériquement, Jésus et Jean sont les deux Gémeaux, les deux enfants de la Vierge-Mère, comme Castor et Pollux, n’est-il pas significatif d’entendre Jésus dire à Marie, à propos de Jean qui est au pied de la Croix : « Voici ton fils ».
Ce serait donc Jésus qui aurait été
la victime accomplissant, jusqu’au bout la tâche qu’il avait acceptée. Ainsi,
se concilierait ce qu’il y a d’inconciliable dans le récit de la Passion.
Mais il est advenu que l’Église de Pierre a mis, au premier plan, la Passion de Jésus, qu’elle considère comme celle du Christ et fait, d’un instrument de supplice et de l’image du supplicié, son grand emblème religieux alors que, dans les premiers siècles du christianisme, on ne représentait jamais cette image. On trouve le chrisme sur les tombeaux de cette époque ; on n’y trouve pas le crucifix. [Dans les églises byzantines, le Christ est représenté en majesté et non crucifié, c’est le Christ pantocrator (qui a tout créé).]
Il y a donc, ici encore, un
redressement à accomplir, grâce à l’Evangile de Ioan, pour la future religion
de l’Ere du Verseau.
Par ailleurs, la croix à branches
égales, ainsi que la croix ansée et la croix gammée, sont des symboles
traditionnels, ayant des sens initiatiques.
Ce
qui importe donc, ce n’est pas la Passion que le Christ n’a pas subie, mais ses
enseignements.
L’idée d’un Dieu qui meurt et
ressuscite, est une survivance de la religion d’un peuple vivant jadis sous une
latitude où le soleil disparait en hiver et reparait au printemps.
Le démiurge, que saint Paul appelle Kyrios, le Seigneur (K R), n’a pu mourir et ses apparitions après le drame de la Passion, ne furent que passagères.
Le suprême sacrifice de Jésus
L’esprit de Jésus, en reprenant
possession de son corps, pour subir le supplice de la Croix, accomplissait
ainsi le suprême sacrifice qu’il avait accepté.
Si nous ne savons rien de sa vie,
antérieurement au baptême du Jourdain, les récits des Évangiles synoptiques de
Matthieu et de Luc (qui reproduit Matthieu), n’ayant pas de réelle valeur, nous
avons, dans l’Évangile de Jean, les paroles qu’il prononça avant d’expirer,
paroles qui nous éclairent sur les rapports existant ésotériquement entre lui
et Jean !
Il y a donc lieu d’avoir, pour
Jésus, Aor, qui représente l’Amour dans le dualisme Aor-Agni, une profonde
vénération, une immense reconnaissance ; et c’est pour lui, que les
mystiques chrétiens s’élèvent vers Dieu, qui est Amour.
Ceux qui identifient Jésus avec le Christ, reçoivent, de lui, certaines grâces ; car Il comprend la faiblesse humaine et sait combien peu sont capables de se déparer du besoin d’adorer l’enveloppe corporelle que le Christ avait emprunté pour agir parmi les hommes.
Quel est son rôle actuel dans la vie de l’humanité ? Nous l’ignorons ! La personnalité de Jésus reste l’un des mystères non encore éclaircis de l’histoire religieuse du monde. Un jour viendra, sans toute, où des lumières nous seront données à ce sujet…
Mais ce que l’on peut remarquer, non sans effroi, c’est que l’esprit du Mal, qui est l’adversaire du Christ, a réussi à faire mettre à mort Jésus et Jean-Baptiste.
Et depuis lors, la lutte continue
entre Jean l’Apôtre et Satan !
L’annonce du retour
Les
allusions à la seconde venue du Christ sont nombreuses dans les Évangiles
synoptiques ; il n’y en a que deux dans l’Évangile de Ioan, au chapitre XIV (versets 3 et 28)
et au chapitre XXI.
Au chapitre XIV verset 3,
il déclare : « Et lorsque je m’en serai allé, et que je vous aurai
préparé une place, je reviendrai, et je vous prendrai avec moi, afin que là où
je suis vous y soyez aussi. »
Est-ce une allusion au retour
correspondant au “Jugement Dernier”, les disciples ayant une place privilégiée
prévue à l’avance ? Le verset 28 est beaucoup plus concis :
« Vous avez entendu que je vous ai dit : je m’en vais, et je reviens
vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au
Père ». Là, c’et vraiment une allusion à un retour qui n’a rien à voir
avec le Jugement.
Cette déclaration serait donc à
rapprocher de celle du chapitre XXI
(verset 22), beaucoup plus précise et plus curieuse ; car, en
disant que Jean resterait sur la terre jusqu’à son retour, il fait visiblement
allusion à un retour plus lointain. C’est cette parole du Christ qui a donné
naissance, au Moyen-Âge, à la légende du prêtre Jean, à la foi Pontife et Roi,
qui aurait vécu en Mongolie ou au Tibet.
Nous n’avons aucune preuve de
l’existence actuelle de Jean, et cette parole du Christ reste enveloppée d’un
mystère qui s’éclaircira peut-être un jour… Mais, s’il n’est gère question du
retour du Christ dans l’Évangile de Ioan, il n’en est pas de même dans son
Apocalypse qui est entièrement consacrée à cette question.
Judaïsation de l’église de Pierre
Une phrase singulière du XXIe chapitre, verset 18,
retient notre attention, le Christ dit à Pierre « Quand tu étais jeune, tu
te ceignais toi-même et tu allais où tu voulais ; mais, quand tu seras
vieux, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne
voudras pas. »
Cette prédiction peut s’appliquer au
temps actuel « quand tu seras vieux » peut désigner notre siècle où
l’Église de Pierre est vieille et où elle est conduite dans la voie du
judaïsme, à ce point que « l’ensemble du clergé se solidarise avec
lui ».
Il s’agirait donc là, d’une parole
prophétique, concernant les temps actuels.
Et quel est donc cet
« autre » qui l’a conduit malgré » lui ?
Dans l’Épître aux Galates II, II,
Paul nous fournit l’explication. Pierre est à Antioche et il mange avec les
Grecs ; surviennent des émissaires de Jacques, par qui il se laissa mener.
Il le suivit à contre cœur, mais il le suivit et il entraina dans cette voie
les autres disciples. Marcion dira : « Ne les écoutez pas, n’écoutez
pas les évêques qui leur succèdent. Sortez du christianisme vulgaire qui n’est
qu’une religion de judaïsants. Suivez mon disciple bien-aimé ! »
Dans la même Épître, verset 7 à 9,
Paul se déclare l’Apôtre des nations, c’est-à-dire des incirconcis. Il dit en
effet ceci : « Voyant que l’évangélisation des incirconcis m’était
confiée comme à Pierre celle des circoncis – car Celui qui a fait de Pierre
l’apôtre des circoncis a fait aussi de moi l’apôtre des nations – et
reconnaissant la grâce qui m’a été donnée, Jacques*, Képhas et Jean qui passent
pour être des colonnes, nous donnèrent la main droite, à moi et à Barnabé, en
signe de communion : nous serions, nous, pour les nations, et eux pour les
circoncis. »
(* il s’agit de
Jacques le Mineur, premier évêque de Jérusalem)
Au verset 11, Paul déclare « Lorsque Képhas vint à Antioche, je lui résistais en face, parce qu’il était blâmable » et au verset 14 : « Mais lorsque je vis qu’ils n’allaient pas droit à la vérité de l’Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui est Juif, tu vis en païen et non en Juif, comment peux-tu forcer ceux des nations à judaïser ? ».
Au début du christianisme, il y
avait à Rome, des Israélites formant une colonie nombreuse. Josèphe raconte
qu’en l’an 66, il fallut aux Juifs de Rome, 256 000 agneaux pour la
Pâque ; ce qui représente environ deux millions d’Israélites. Les
écrivains du temps signalent l’influence des idées juives parmi les Romains.
Perse parle d’une fête en l’honneur du sabbat et de la circoncision, comme de
rites pratiqués par les Romains superstitieux, mais c’est surtout Juvénal qui
proteste contre l’invasion des notions et pratiques juives dans l’éducation des
jeunes Romains. Il plaint les enfants dont les parents sont devenus adeptes du
judaïsme. Ils observent, dit-il, tout ce que Moise a transmis de lois juives dans
un ténébreux volume. (Sat.
XIV)
La religion de certains
judéo-chrétiens trouvait là un terrain tout préparé pour sa diffusion. La
religion du Christ prit, à Rome, sous leur influence, un aspect despotique et
autoritaire, proscrivant le libre examen et asthénisant ceux qui mettaient en
doute l’inerrance des auteurs de la Bible et Moïse et niaient ses étroits
rapports avec le Nouveau Testament.
C’est alors que l’Église de Pierre
prit l’idée de faire de la mort du Christ, un sacrifice, alors qu’elle doit être
considéré comme une exaltation, une glorification. Jésus parlant de sa mort
prochaine dit en effet : « Elle est venue, l’heure où doit être
glorifié le Fils de l’homme ! » (Ioan XIII, 31,32). En effet, la mort du
Christ est le symbole de la naissance à une vie nouvelle. [C’est le symbole
majeur de la mort initiatique qui prélude à la re-naissance, elle-même promise
par la résurrection du Christ].
Les deux Églises chrétiennes
Depuis le début du christianisme, il
existe en fait deux Églises chrétiennes : celle de Pierre et celle de
Jean. Elles sont d’ailleurs représentées, à Rome, par deux basiliques :
celle de Saint-Pierre et celle de Saint-Jean de Latran. La première, réservée
aux manifestations mondaines et spectaculaires ; la seconde, consacrée aux
deux Saint-Jean est la véritable cathédrale de la chrétienté. C’est là qu’ont
eu lieu plusieurs Conciles et que Charlemagne fut proclamé empereur.
L’Église de Pierre est l’Église
exotérique, elle s’adresse à la foule. L’Église de Jean est l’Église ésotérique,
dont les enseignements sont réservés aux chefs, aux conducteurs, aux béliers
qui marchent en tête du troupeau.
Nous en avons une curieuse indication en assistant à la messe, et en voyant le prêtre, après avoir congédié les fidèles par l’Ite missa est, aller lire pour lui seul, le Prologue de l’Évangile de Ioan. Il fait ici un acte laissant entendre qu’il sait ce que la foule ignore et se nourrit d’une autre nourriture. [On sait que depuis Vatican II, cette lecture du Prologue a été supprimée. Toutefois, lors de messe Tridentine, la lecture du Prologue est respectée].
Par ailleurs, l’Église de Pierre,
c’est le judéo-christianisme ; celle de Jean, l’helléno-christianisme.
Le judéo-christianisme partit de
cette idée que le Christ n’était pas venu abolir l’Ancien Testament. Les
judaïsants n’ont pas su s’affranchir de la notion israélite de la loi extérieur
et conservent l’idée d’un jugement dernier, suivi du règne de Dieu sur la
terre, pendant 1 000 ans.
A cette conception s’opposa le
christianisme hellénique d’Étienne, qui revendiqua le spiritualisme
universaliste du Christ, contre je joug de la loi mosaïque et contre la
Synagogue ; il fut d’ailleurs lapidé.
En dehors de ces deux courants représentant, l’un la Loi, l’autre la Foi, se place le courant grec de Ioan, alliance du mysticisme qui déclare que Dieu est Amour et la philosophie spéculative, avec Platon, Plotin, Clément d’Alexandrie, etc. considérant que Dieu est Esprit !
L’Église de Pierre représente le
principe autoritaire, la Loi, la Lettre ; elle s’appuya sur la force de la
Rome des Césars.
L’Église de Ioan fut plus libre,
plus spéculative ; sont langage rappelle celui des philosophes
d’Alexandrie.
Ainsi que le dit Coquerel, « Rome adopta le christianisme judaïque, la hiérarchie sacerdotale d’Israël, son culte extérieur, sa notion du sacrifice. Ainsi, se forma le catholicisme qui s’attribua le titre d’apostolique, en y ajutant la désignation de romain ».
Saint Paul combattit la religion
extérieure, il est l’apôtre des réformateurs et des protestants. C’est dans
Saint-Paul que Luther trouva la pensée sur laquelle il s’appuya : le juste
doit vivre par la foi et non par les pratiques extérieures.
Tandis que les Pères grecs ont aimé et pensé, les Pères de l’Église latine ont cultivé l’esprit pratique et despotique. La foi en Jésus-Christ fut un moyen de gouvernement et au début du IVe siècle, le christianisme romain devient une puissance, ayant été proclamé la religion de l’État par Constantin. Les membres du clergé jouirent alors, de nombreux privilèges. Les mœurs s’adoucirent, les combats de gladiateurs et les jeux du cirque furent condamnés ; mais en 382, l’Église décréta la peine de mort contre les hérétiques. Cette décision fut blâmée par saint Martin évêque de Tours, par saint Ambroise, saint Augustin et saint Jean Chrysostome, mais approuvée par saint Jérôme et le pape Léon le Grand.
A partir du VIIIe siècle, l’Église
de Rome tendit à faire de l’Europe un vaste empire théocratique sous sa
domination. Elle prétendit nommer et déposer les rois et les empereurs (Clovis
fut sacré à Reims, Charlemagne à Rome ; Henri IV empereur d’Allemagne, dut
venir faire amende honorable au pape à Canossa). Elle poursuivit alors avec
rigueur, les délits d’opinion qualifié d’hérésie, tant pas l’excommunication
que par l’emprisonnement, la saie des biens et la mise à mort.
[D’après l’abbé Vacandard, (l’Inquisition), nous trouvons la même façon d’agir en France depuis la Libération : condamnations des délits d’opinion qualifiés de crimes avec excommunication (indignité nationale), saisie des biens et parfois mise à mort. Ceci nous montre que les hommes sont toujours les mêmes et que l’intransigeance et le fanatisme sont de tous les temps]
Au XIIIe siècle, le Decretum de
Gratien déclara que le monde entier était soumis à l’Église de Rome, qui avait
le droit de mettre à mort les hérétiques. Plus tard, au Mexique, on discutera
la question de savoir s’il est licite de tuer les Indiens qui refusent le
baptême.
Le pape Grégoire IX décréta la peine
de mort par le feu contre les hérétiques. C’est aux Dominicains qu’il confia le
soin de les rechercher et de les punir. En Italie, ce fut au Dominicain Pierre
de Vérone, en Allemagne au Dominicain Conrad de Marbourg, qui furent d’ailleurs
l’un et l’autre assassinés par les hérétiques. En France, la croisade contre
les Albigeois fut en partie prêché par les Dominicains, mais saint Dominique
lui-même refusa de s’y associer.
En 1233, soixante personnes furent
brûlées à Vérone. En Allemagne, on fit périr un nombre considérable
d’hérétiques. En 1239, en France, on appliqua la peine du feu à 183 bougres
(Bulgares), à Mont-Aimé, dans la Marne.
Les Inquisiteurs, arrivant dans une
ville, recevaient les dénonciations et interrogeaient les accusés. Il suffisait
de deux dénonciateurs pour ouvrir une instruction. Les accusés n’avaient pas le
droit d’avoir un avocat. Les témoins à décharge n’osaient pas intervenir, par
crainte de se compromettre. L’accusé était seul, on ne lui disait pas par qui
il était accusé, il ne pouvait que désigner les ennemis qu’il avait ; si
ceux qui l’accusait n’était pas indiqués par lui, qu’il s’avouât ou non
coupable, il était déclaré hérétique. S’il se reprenait, il était puni d’amende,
du port d’une croix jaune sur ses vêtements ou de prison. S’il s’obstinait,
l’Inquisiteur le livrait au bras séculier, qui lui appliquait la mort par le
feu. S’il abjurait, il était condamné à la prison perpétuelle.
Le pape faisait obligation aux
princes d’observer la loi condamnant les hérétiques à la peine du feu. Innocent
IV, Clément IV, Nicolas IV, ratifièrent ces décisions. Ils excommuniaient les
princes qui refusaient d’exécuter la sentence de mort. Boniface VIII confirma
cette décision. On voit que la responsabilité des papes et nettement établie.
De plus, Innocent IV introduisit la
torture dans la procédure, afin d’obtenir rapidement des aveux, en assimilant
les hérétiques à des voleurs et à des assassins. Le même pape décida que les
enfants seraient héritiers des biens de leurs parents, condamnés comme
hérétiques, s’ils les dénonçaient. La bulle d’Innocent IV fut ratifiée par
Alexandre IV, Clément IV, Urbain IV et Clément V.
On décida que la torture pouvait
être infligée à divers reprises et même à plusieurs jours de distance. Ces
pénalités reçurent l’approbation des théologiens ; saint Thomas légitima
l’application de la peine de mort aux hérétiques et au relaps. « L’Église,
dit-il, après un premier et un second avertissement s’ils s’obstinent dans leur
erreur, les rejette de son sein par l’excommunication, puis elle abandonne les
rebelles à la justice séculière, afin qu’ils soient exterminés du monde, par la
mort. »
En Espagne, au temps de Torquemada,
il y eut des milliers de personnes brûlées vives.
[Ces divers renseignements ont été
puisés dans l’ouvrage de l’abbé Vacandard – L’inquisition (1907) – mais il ne
s’occupe que de l’Inquisition du Moyen-Âge. Or, il y eut l’Inquisition du XVe
siècle contre les sorcières, qui fit brûler d’innombrables femmes accusées de
rapports avec le diable].
L’Inquisition ne fut abolie en Espagne qu’en 1834 !
On lit dans les Éphémérides de la Papauté :
« Étienne VII a fait déterrer,
mutiler et jeter au Tibre, le cadavre de son prédécesseur, le Pape Formose.
Sergius III éleva publiquement, dans
son palais, le fils de sa maîtresse.
Jean X fut installé sur le siège
pontifical par sa maitresse Théodora. Jean XII pape adultère fut tué dans le
lit de son amante, par un mari jaloux.
Jean XIII fut chassé par les Romains
pour ses atroces exécutions capitales.
Alexandre VI était le père de César
et Lucrèce Borgia, célèbres par leurs infamies.
Clément V, qui contribua à la fin de
l’Ordre du Temple, avait une coûteuse maîtresse, la belle Brunissens.
Un autre pape d’Avignon, Jean XXII,
moyennant finances, accordait toutes les absolutions et dispenses possibles. Il
fit écorcher vif et brûler Giraud, évêque de Cahors, qui avait payé mille
florins d’or son évêché, à Clément V. Il fit torturer l’évêque de Carcassonne,
qu’il accusa d’avoir jeté un sort sur lui. Son règne vit brûler plus de 10 000
hérétiques. Après sa mort, on trouva, dans ses coffres une fortune immense et
une quantité de pierres précieuses.
Le pouvoir de mettre à mort, sans
injustice, un homme fut-il innocent, pour obéir à dieu, enseigné par saint
Thomas (Somme 1ère
et 2ème parie quaest 94, art.V), a été approuvé par le
Pape et par saint Alphonse de Liguori ».
Les symboles de Ioan
Les
symboles de Ioan, et par suite des johannistes et des Rose-Croix, sont la croix
rouge à huit pointes, adoptée par les Templiers, la croix gammée formée de
quatre gammas (la lettre G d’AG-NI) [elle présente au centre de l’étoile
flamboyante des francs-maçons qui furent disciple de Jean] ; l’Aigle de
saint Jean l’Apôtre, la toison d’or du bélier, portée par Jean-Baptiste.
Les huit lignes divergentes de la
croix à huit pointes, représentent l’ennéade, avec le point central d’où elles
émanent, c’est-à-dire les neuf manifestations du démiurge dans le monde. On
retrouve l’ennéade dans le nom d’Hel-Enn, signifiant « le neuf
sacré » et Dante écrit que Béatrix représentant l’Église johannite, est
elle-même le nombre neuf.
Le Christ déclare dans
l’Apocalypse : « Je suis l’Alpha et l’Oméga » qui qui tout en le
rattachant à l’hellénisme par les lettre grecques qu’il utilise, correspond au
nombre 801, c’est-à-dire 9 puisque alpha vaut I et oméga vaut 800.
La
croix gammée est un symbole de force matérielle et spirituelle, c’est-à-dire,
de Connaissance. En la tournant à l’envers, elle ne représente que la force
matérielle, puisqu’elle n’est plus formée de la lettre G. C’est une turbine,
une roue à aubes, engendrant force et lumière par l’eau qui l’anime et cette
eau, c’est elle qui désaltère celui qui s’en abreuve, comme le dit le Christ à
la Samaritaine. Cette eau, en effet c’est la doctrine d’Agni. Elle a été représentée
par le fleure Ennoé sortant du sein de la terre ; c’est encore l’ennéade,
représenté par cette Anne qui est la mère de la Vierge, de l’être pur qui
enfante le Christos. C’est aussi l’institution spirituelle qui voit au loin et
plonge ses regardes dans le passé et dans l’avenir, représentée par la sœur Anne
du conte de Perrault.
Les Hindous ont fait d’Agni le feu
qui, en réalité contient la lumière AOR et la chaleur AGNI, mais l’un des
aspects d’Agni, c’est l’eau symbolique. D’ailleurs il existe des hymnes
védiques venus des Aryans célébrant l’eau Agni.
L’aigle de saint Jean enlève Ganymède
(Agni) et c’est un aigle qui enlève Dante jusqu’au ciel où il se trouve en
présence de Lucie, Lux, Lucis, la lumière hypostasiée.
Quant à la Toison d’or, on sait qu’elle
représente la Connaissance Hermétique.
La petite croix à branche transversale
incliné que porte saint Jean n’est pas sans signification. Celui qui peut voir
le rapprochement de cette croix avec les autres symboles d’AG-NI, a fait un pas
dans la compréhension des mystères du démiurge et de ce que représente Ioan,
dans le Rebis des philosophes hermétiques.
Sur la croix inclinée, Ioan et
le symbolisme hermétique
La petite
croix à branche transversale inclinée que porte saint Jean n’a rien d’un détail
décoratif : elle appartient à un langage symbolique ancien, propre à la
tradition hermétique. Contrairement à la croix orthodoxe russe, qui utilise
elle aussi une barre oblique mais dans un sens liturgique, la croix inclinée de
Jean relève d’une lecture initiatique, où la diagonale représente le Feu
en mouvement, l’énergie ascendante qui anime le monde.
Dans cette
perspective, la croix oblique se rattache directement au symbole d’AG‑NI,
le feu sacré des Védas, souvent repris par les hermétistes occidentaux pour
désigner le Feu créateur, principe actif du Démiurge. AGNI n’est pas
seulement une divinité : il incarne le Souffle igné, la force qui
sépare, ordonne, purifie et met en marche la manifestation. Ainsi, voir dans la
croix de Jean une allusion à AG‑NI, c’est reconnaître que Jean porte le signe
du Feu primordial, celui qui éclaire et consume à la fois.
Dans
l’alchimie, ce Feu correspond au Soufre, principe masculin, solaire,
actif. Le Soufre est l’élan, la volonté, la chaleur qui pousse la matière à se
transformer. Face à lui se tient le Mercure, principe féminin, lunaire,
réceptif, fluide. L’union de ces deux forces contraires engendre le Rebis,
figure centrale de la philosophie hermétique : l’Être double, androgyne,
réconciliant les opposés, image de la totalité retrouvée.
Dans
certaines traditions rosicruciennes, les deux Jean — Jean-Baptiste et Jean
l’Évangéliste — sont interprétés comme les deux pôles du Rebis :
- Jean-Baptiste, le Feu, le
Soufre, l’ascèse, la purification.
- Jean l’Évangéliste, la Lumière,
le Verbe, le Mercure spirituel.
Le nom Ioan,
utilisé par certains auteurs, renvoie à cette dimension universelle du « Jean »
hermétique : non plus un personnage historique, mais un principe. Ioan
devient alors le porteur du Feu du Verbe, celui qui révèle la dynamique
créatrice du Démiurge.
La croix
inclinée qu’il tient n’est donc pas un attribut chrétien ordinaire : elle est
le signe du Feu divin, la marque du Soufre spirituel, l’indice que Jean
— ou Ioan — représente dans le Rebis la part ignée, ascendante, créatrice.
Celui qui reconnaît le lien entre cette croix et les symboles d’AG‑NI a déjà
franchi un seuil : il comprend que derrière l’iconographie chrétienne se cache
un enseignement plus ancien, où le Feu, le Verbe et la Création ne sont que
trois noms d’une même réalité.
Ioan, Ganymède et le vase sacré
Le symbolisme traditionnel comporte depuis
les temps les plus lointains un Vase mystérieux dont la liqueur magique procure
à la fois Santé et Connaissance à ceux qui la boivent. C’est l’Ambroisie, la
liqueur des Dieux (des initiés) le Homa des iraniens, le Soma des Hindous, le Vin
de Dionysos, l’Élixir de Vie des alchimistes.
Ce vase figurait sur les monnaies
gauloises. On le trouve chez les grecs dans les mains de Ganymède, l’homme du Verseau
qui est l’échanson des Dieux. Le nom de Ganymède renferme : celui qui
conduit, qui possède Agni. Dans les cartes célestes il est représenté versant à
traves le ciel le contenu de son urne.
Le ciboire du prêtre chrétien
contenant le vin sacré continue ce symbolisme.
Or, Jean-Agni est depuis l’ère
chrétienne le détenteur de ce vase symbolique qui est en fait le Graal taillé dans une émeraude qui formait
la couronne de Lucifer avant sa chute, avec lequel il s’identifie également.
Jean est donc parfois représenté
tenant à la main ce vase sacré d’où sort un serpent, dont le nom grec Ophis
renferme phos la lumière, soit un dragon, celui qui garde la toison d’or.
Jean-Baptiste est représenté portant cette toison.
Ainsi que nous venons de le voir, il
y a identité entre Agni et Ganymède, celui qui conduit Agni (automédon, celui
qui conduit lui-même).
Ganymède détient le vase sacré, et
Ioan est le détenteur du Graal. Si Ganymède est l’échanson des dieux (des
initiés), Ioan est le chef des initiés à la gnose. L’avènement de Ganymède avec
l’Ere du Verseau, c’est donc l’avènement de l’Église johannite, trop longtemps
oubliée et persécutée.
Une fois de plus, apparaissent ainsi
les liens qui unissent la mythologie hellénique à la gnose chrétienne.
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Le Prologue - 1/18 - « Pro-logos » (avant le discours) ; c’est avant tout un hymne au LOGOS qui condense la pensée de Jean. Il emploie un langage poétique car il n’y a pas de mot qui sache exprimer de façon adéquate sa pensée. C’est un langage allusif qui indique quelques directions, quelques indices orientés pour qui a le désir de s’y aventurer. « La poésie n’est pas un jeu mais un moyen de haute connaissance ».
Le cadre historique
En quelques versets (1/18), Jean nous plonge dans un espace-temps qui se contracte pour nous projeter dans la fulgurance d’une rencontre qui va changer le monde : nous sommes dans ces temps instables et anxiogènes où la culture vétérotestamentaire était battue en brèche par les occupations grecques puis romaines et les nombreuses invasions qui l’ont précédée.
De ce fait, au sein de ce peuple qui souffre et s’interroge, la résurgence de l’idée d’un sauveur que l’on pourrait dire « miraculeux », un Messie roi, « fils de David » qui viendrait libérer Israël du joug de l’occupant se fait de plus en plus prégnante. Mais le profil de cet envoyé de Dieu reste flou; en effet de qui parle-t-on ? D’un messie prêtre ? D’un messie chef des armées ?
L'évangile de Jean vient interrompre ce temps d'incertitude : il fallut l’apparition de Jésus/Yeshoua sur les bords du Jourdain pour que le rideau se lève dévoilant un paysage inattendu. En effet, comme le décrit Jean, il est au-delà des schémas habituels : ce n’est pas un messie davidique au sens où on l’entend, il fuit ceux qui veulent le faire roi et proclame devant Pilate que sa royauté est d’en haut... C'est évidemment incompréhensible pour qui l'entend.
Tel que je le perçois, Jean prend le prétexte de la rencontre de Jean Baptiste et de Jésus-Yeshoua qu’il décrit comme capitale, comme un basculement : nous sommes à la croisée des chemins, au point de jonction de la Première Alliance abrahamique, l’ancien monde et l'Avènement d'une Nouvelle Alliance qui porte en elle le concept d’Amour et de Vie éternelle et cette Nouvelle alliance, Jean va clairement l'identifier à une personne : Yeshoua, l'Unique de Dieu. Le Logos divin préexistant qui se manifeste au sein du monde.
Pour Jean, le message de Yechoua/Jésus, commence véritablement ce jour-là, au bord du Jourdain. Cette histoire s'inscrit dans l'histoire universelle... comme l'image d'un grouillement improbable et une Présence, une présence « discrète et irradiante ». Jean nous convie à nous approcher de ces textes avec audace, à les scruter, à nous ouvrir à l’appréhension des mystères, il nous fait entrer, en présence d’une « Altérité que ni l’intellect ni le cœur ne peut contenir ». Ces écrits sont, pour moi, comme une épiphanie...
Ceci traduit ma quête essentielle, et tout ce vers quoi je tends. Jean me donne à entrevoir tout un contenu qui n’est pas explicitement signifié. Il m’apprend à voir « au-delà » et avec une plus juste mesure... C’est, pour moi, la mise en état de regard avec cette Présence qui rencontre mon désir de sens et m’invite à une aventure... comme Yeshoua le dit simplement à Jean et son ami André qui lui demandaient : « Où demeures-tu », ils voulaient dire « Dis-nous ta vraie nature ». Il répond simplement : « Venez et voyez... ».
Avant d'étudier ce message transmis par Jean:
Qui était-il ce Jean, ce « disciple bien-aimé » auteur du quatrième évangile ?
Un personnage historique : Johannes - homme savant du clan Cohen ? ou Jean, fils de Zébédée, l’Apôtre, frère de Jacques ? Ou une figure symbolique, l’archétype du disciple idéal ?
A-t-il été écrit en grec ou en araméen ? Les conjectures abondent et qu’importe de ne pas savoir exactement qui il était, cela nous montre d’ailleurs le degré d’humilité et de retrait qui l’habitait.
Innombrables sont les figures de Jean. L’Église chrétienne a remplacé le culte romain de Janus par celui des deux saints Jean en plaçant leurs fêtes aux dates des solstices. Jean le Baptiste ouvre la porte estivale et annonce le cycle d’obscuration. Jean l’Évangéliste ouvre la porte hivernale et annonce le cycle d’illumination. L’évangéliste rapporte lui-même dans son évangile les paroles du Baptiste « Il faut que lui grandisse et que je décroisse ». Elles croisent ces belles paroles de François Cheng : "Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit" ... "Vraie Nuit, celle d'où jaillit la Lumière".
Ces fêtes sont restées présentes dans l'univers de la franc-maçonnerie, comme lente et sage respiration que rythment nos banquets d’ordre, notre fête solsticiale et les rites de notre année maçonnique. J’aime la figure sur les tableaux des loges des deux tangentes de part et d'autre du cercle avec son point de centre : le dernier des prophètes de l'ancienne alliance et le premier des témoins de la nouvelle alliance qui touchent au plus près la "figure" du Logos.
Pour de nombreux francs-maçons (je cite Hubert Greven Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France), je cite « Jean fut un prodigieux médium, son évangile est essentiellement ésotérique... L’ésotérisme des écrits de Jean fait comprendre au mieux, en le faisant murir, le fond commun et traditionnel de toutes les religions... C’est un bâtisseur du Temple dont il présente les dimensions à l’échelle universelle, participant au Cosmos. L’Homme est comme un dieu en devenir. Son message a pour but de dégager l’homme de son état strictement humain, de rendre effective la capacité qu’il possède d’accéder aux états supérieurs. » Jean est le patron des francs-maçons et des Templiers.
Il poursuit : « Peut-on considérer que l’évangile de Jean n’est que réflexions analogiques, intuition et actions symboliques, attribuées à des personnes... on peut considérer que ces personnes ont existé, nier leur réalité historique ou les regarder comme des archétypes comportementaux, selon son intime conviction personnelle, et selon l’adage : « tout est symbole ? L’important est de s’attacher au cheminement initiatique évoqué par les textes »
Quant à René Guénon il suggère : « L’idée principale... est que l’Être a de multiples états dont l’espèce humaine ne fait qu’en occuper un, mais que de l’un à l’autre de ces états on peut s’élever par des actes volontaires de son esprit, par son activité psychique et intellectuelle jusqu’à parvenir sur ce plan à l’identité suprême... Pour cela il faut une initiation et des rites initiatiques. Dans les états mystiques au contraire, il est enseigné depuis Abraham, que l’on ne peut obtenir une certaine élévation que par la grâce de Dieu qui répond à un désir... ce qu’il appelle le mysticisme passif... ».
Mais pour un grand nombre d’exégètes, Jean était avant tout un théologien sublime à la fois gnostique et mystique. Toute son intelligence et son amour disent la manifestation de l’Être ; il s’est élevé très haut dans la contemplation de cette manifestation... son emblème est l’aigle qui, seul, s’élève, porté par le vent de l’esprit jusqu’au zénith.
La lecture que nous pouvons faire de ce prologue sera donc polysémique, elle peut être vue sous un angle ésotérique, théologique ou mystique. « Notre cerveau est un « organe de tâtonnements, ce serait lui faire injure que de lui imposer des certitudes ».
Et « Jean le Baptiste » : Qui était Iohanân ?
Il a été dit que Jean Baptiste avait été un adepte des communautés esséniennes. C’est une hypothèse plausible. Cette secte juive de stricte observance prêchait l’ascétisme et la repentance, l'immersion quotidienne et même le célibat.
Leur théologie était une gnose-dualiste et eschatologique, elle attendait et se préparait pour la fin des temps lors d'événements apocalyptiques décrits comme un gigantesque combat opposant les Fils de Lumière aux Fils de Ténèbres.
Deux Figures eschatologiques étaient donc attendues intensément par cette communauté : un Prophète qui devait annoncer la venue d’un Messie, et ce Messie à la fois sacerdotal et royal. « Mashia’h » en araméen, c’est celui qui a reçu l’onction (Samuel a consacré David). Mais en élargissant cette fonction à l’image du « Parakletos grec », c’est celui qui intercède, vient en aide ou console.
Jean le Baptiste semble s'inscrire dans cette mouvance. Il va se retirer dans le désert. Il prophétise et baptise. Il prêche le renoncement et la conversion, la redécouverte des fondamentaux de la religion... et devient Jean le Précurseur, une « figure » dans la vie religieuse et politique de ce pays, et les gens viennent à lui en grand nombre. Il est la voie qui crie : "Dans le désert déblayez, frayez les chemins du Seigneur ».
Appelé par Yeshoua « le plus grand parmi les fils de la femme », Fils de ce terreau qu’est notre humanité, il clôt le cycle des prophètes de la première Alliance. Il prêche la Téchouva... le retournement. Il est, pour nous francs-maçons, un initiateur. Cette figure est essentielle, elle nous incite au grand déblaiement de notre "moi", avant tout choix de vie pour cheminer vers la Lumière, car il s'agit bien là de traversée du désert, de dépouillement, d'abandon, de dé-sécurisation.
A ce vide nécessaire, comme la « table d’attente » en héraldique, répond, le « lâché prise », la vacuité totale d'esprit, d'âme et de corps qui nous est nécessaire pour accueillir l'Infini/ la conscience du « Soi », l'Axe de notre condition humaine.
En une longue suite de mutations Mort/résurrection/ Mort/résurrection, nous devons petit à petit nous détacher, mourir à nos attachements, accepter parfois de ne plus rien comprendre, comme notre père Abraham, mort à lui-même, devant son fils Isaac qu’il croyait devoir immoler. Longue et périlleuse est la route qui nous conduit à notre verticalisation.
Jean le baptiste est le Précurseur, témoin de la Lumière. Notre mission d’initiés est d’être nous-même des témoins de la Lumière.
Alors entrons dans le texte : nous avons parlé de Jean l'évangéliste, et nous avons évoqué sa rencontre avec Jésus / Yeschoua.
Verset 1 : Ce premier verset, on peut
l’énoncer de différentes façons, issues de traducteurs, tous théologiens : « Au
commencement était le verbe » , « Au commencement, le Logos, Le Logos est vers
Dieu/Le Logos est Dieu », «Entête lui le Logos/ et le logos, lui pour Elohîms /
et le logos, lui, Elohîms », « D'abord
il y avait le Langage... », « Dans le principe, le verbe... » Enfin, "Au commencement était la
Parole, la Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière
», cette dernière traduction de Hubert Greven pour qui « ces écrits sont
essentiellement un message ésotérique qu’il faut décrypter ».
Nous pouvons en effet l’interpréter selon ce point de vue car « tout est symbole » et Jean, le poète, l’ami fidèle de Yeshoua, nous y invite, son évangile et particulièrement le prologue est, pour moi, un rougeoiement qui attend notre désir mêlé au souffle divin pour nous illuminer. Sa lecture nous demande de rester ouverts ... « le vent, on ne sait d’où il vient, ni où il va... » comme une parole lancée, on ne sait pas où elle va aboutir.
Ce n’est donc pas à proprement parler de la « lecture comparée », mais plutôt une approche collégiale. C’est mon choix, mon interprétation en est une parmi d’autres. Il n’y a pas d’interprétation unique. Nous verrons que plus on approche et plus le sens se révèle infini en tant qu’il est inépuisable.
Ainsi Verset 1) : La première question qu’on ne peut éviter : « Au commencement... » Jean Yves Leloup (philosophe et théologien) nous invite à poser cette question fondamentale : « Au commencement de quoi ? et quel commencement ? Le commencement du monde, de cet espace-temps. Mais avant ce commencement ?... De rien, rien ne peut sortir ».
On se souvient du premier mot de la Genèse : Bereshit. André Chouraqui en bon exégète bibliste nous fait signe : avant le « beth » il y a « l'aleph », ce mystère qui est et qui nous dit qu'il y a quelque chose plutôt que rien.
Jean-Yves Leloup précise : « Il faut garder cette question ouverte car elle est fondamentale dans notre démarche de maçon : Connaître son origine, c'est connaître sa fin... ce pourquoi nous sommes faits. Elle me force à m'identifier : quel est le lieu d'où je viens ?... Car le commencement n'est pas à chercher hier, autrefois, mais ici et maintenant ». Qu'y a-t-il à l'origine de mes actes, à la source de mes pensées, de mes émotions, de mes sentiments ? A la source d'une pulsion, d'un cri, d'une angoisse ? ».
On rejoint la question de Jean et André : « Maître, d’où est-tu ?». On rejoint aussi, nous le verrons plus loin, l’analyse d’Annick de Souzenelle.
Si
nous revenons au texte, en tout premier lieu, Jean nous invite à une réflexion
: pour le premier verset, nous avons plusieurs traductions possibles.
Mais avant tout, première digression :
On parle là de Dieu, ou plutôt des noms des dieux, tous improbables ...car comme le dit Sylvie Germain : « On a tous une certaine conception de Dieu, et selon le nom qu’on lui octroie, cela peut déterminer le sens d’une croyance ou d’un comportement ».
Il faut rappeler que, pour les croyants « Dieu n'existe pas, il n'est rien de ce qui existe, Il est Incréé... il n'appartient pas au règne des Etants... il n'est pas du monde. Il est "l'Incréé" d'où vient toute créature ».
Et les francs-maçons précisent que « Dieu n’a rien à voir avec les religieux, dieu est un nom qui s’applique à aucune chose en particulier, bien qu’il les concerne toutes singulièrement. Du fond de leur réalité finie, exprime leur commune appartenance à une totalité infinie. »
C’est ainsi que dans beaucoup d’ateliers il est nommé « Grand Architecte De L’Univers », (pour moi, c’est un vocable « technique ») c’est la « Sagesse divine ».
Au REP nous disons « Dieu » et parfois le « GADLU », les Juifs ne le prononcent pas, il est יהוה, ils l’appellent « Chaddaï » ou « Adonaï » ou « Eloïms ».
D’autres le nomment « l’Être », «la Lumière », « le Soi », « la Conscience ».
Les chrétiens disent « Yahvé » (c’est à mon avis une traduction hasardeuse), ou « Abbah /Père » comme l’appelle le Fils. D’autres enfin ne veulent pas nommer ce qu’ils rejettent comme irrecevable.
Quelques précisions : Quand Jean parle du « Père », c’est l’origine, le fondement...
Pour Hubert Greven, c’est le père spirituel, l’initiateur, le Maître.
Le Fils : "Être fils", c’est entretenir une relation d'intimité avec ce qui sans cesse nous fonde et nous "origine". Pour Hubert Greven : « fils » c’est le disciple privilégié, l’Initié, le fils spirituel.
Et « l’Esprit » est la relation (pneuma / souffle) spirituelle. Relation de Présence-à-présence, présence du souffle humain au Souffle qui anime « tout ce qui vit et respire ».
Nous le voyons, autant de lectures et de sensibilités intéressantes. C’est la pluralité des lectures et leurs interprétations qui nous ouvrent à la connaissance de ce texte. Quant au LOGOS, j’ai retenu en premier lieu ce vocable pour la richesse d'interprétations qu'il offre :
« Logos », selon un helléniste italien, le professeur Morani, est un mot clé qui pourrait résumer à lui tout seul l’expérience culturelle des grecs anciens : « LOGOS signifie parole, pensée, rationalité, capacité de l’être humain de relier et développer ses propres pensées ». Il note que la signification originelle de Logos est le fait de parler, d’être en capacité de communiquer quelque chose de rationnel. Logos n’est pas simplement la parole, mais un mot qui exprime l’intelligibilité (intelligence, parole, verbe, information créatrice...).
Ainsi nous parlons du Logos qui est « Parole créatrice ». Pour les sémites, parole et évènement sont liés ; c'est la Parole (Dabar en hébreu) de Dieu qui crée. C'est le concept d’information : pour qu'une chose existe, elle a besoin d'être informée.
« Au commencement, à l'origine, » il y a donc cette Intelligence, cette « Parole créatrice » qui informe toutes choses, elle est « agir et réalisation ». Plus généralement la parole est « créatrice » au sens où elle donne du sens et crée de la relation.
Osons aller au-delà, « la Parole » engendre « l’écoute, le lien », elle donne vie à « la relation ». Dire (en 1) : « Au commencement : le Logos / Le logos est vers Dieu », c'est admettre et dire que ce qui est premier est de l'ordre de la « Relation » et qu’il y a « mouvement et orientation ». Et Jean ajoute que ce « Logos est Dieu », en nous disant cela, il nous informe que ce Logos contient tout Dieu. Et comme nous le dit Jean Grosjean : « Il contient la totalité de sa source. Il ne fait qu'un avec la lumière qu'il donne à contempler ». Il évoque là, en particulier « le mystère divin personnifié ». Je le cite : « Le Logos et le Théos sont distincts. Ils ne sont pas séparés. Ils ne sont pas confondus ou mélangés : ils sont Un... Entre l'aleph, l'inconnaissable et la création, il y a ce Logos ce "dialogue", qui pose la dualité et dans le même mouvement appelle et rend possible l'Unité... non l'unité indifférenciée ou fusionnelle, mais l'unité de relation. L'Unité n'est pas détruite par l'Altérité, l'Altérité n'est pas anéantie par l'Unité ».
Avec Jean, le regard plonge donc dans l'intime de l’Être. Nous entrons dans le mystère trinitaire.
Hubert Greven, lui parle de fusion : « La Parole était en compagnie de la Lumière, la Parole était la Lumière" Ceci revient à dire que la parole existe depuis l’origine du monde créé et accompagnait la Lumière. Tout a donc été fait par la Parole et par la Lumière... "la fusion de ces deux concepts implique un seul principe créateur qui est à la fois Parole et Lumière. » Ailleurs, il dit : La parole est dans la Lumière, et la Lumière se manifeste par la Parole, celle de la sagesse suprême, envoyée sur la terre pour y révéler les secrets de la volonté divine et c’est ce postulat, cette espérance qui fonde la quête du F.M. »
Annick de Souzenelle a une vision toute différente et passionnante que je tente de résumer : elle rejette le terme « au commencement » pour « Dans le Principe, le Verbe ». Cette traduction nous projette dans ce qu’Annick de Souzenelle appelle « le temps ontologique », qui n’est plus « le temps historique » composé du passé, présent et futur, c’est au contraire « l’instant » Hic et Nunc, qui nous relie au divin, c’est le « non temps » de l’éternité.
Dans le Principe est le Verbe qui nous habite, ici et maintenant : c’est le temps et le lieu de l’accompli et du non-accompli. Cet inaccompli qui verra son accomplissement au fur et à mesure des dimensions de conscience successives qui nous habitent et nous habiteront. C’est une réflexion fondamentale qui nous met, non pas au pied du mur, mais aux pieds de l’échelle de Jacob et des nombreux paliers qui nous attendent.
Puis Jean précise, il répète, et c’est un indice (en 2) : « Il est au commencement avec Dieu ». C'est la révélation que Jean nous livre : le dévoilement de l'Uni /Trinité de l’Être. Quand j’ai pris conscience de cela, ce fut, pour moi, libérateur, car cette unité n’a rien de statique. Tout est Mouvement / Relation et Vie...
Si l’on adopte cette révélation, il n’est plus question d’un Être solitaire et Omnipotent, mais d’une relation d’Amour. Pour Jean, l’Amour est avant tout le cœur et l’ADN de chaque chose. Il le dit plus loin (en 4) : « de tout être il est la vie... ». Lorsque rien n’existait à part l'Uni /Trinité de l’Être, il y avait donc l’Amour. Tout est contenu dans ce mot : mouvement/relation /vie.
Fidèle de Jean, j’ai donc cette intuition toute personnelle, que ma vie, ici et maintenant, est pétrie de cet Eternel qui me fait.... Il me constitue, il me structure. Il est "L'AMOUR qui tient toutes choses ensemble. Inouï et Irreprésentable ». Le Logos n’est plus un "objet de connaissance", "quelque chose à comprendre", mais le dévoilement d'une Présence qui s'offre à mon intuition, à ma liberté et m'introduit dans son mouvement "vers l’Infini / l'Altérité absolue et l'Inconnu d'où nous venons ».
(En verset 3) – « Tout existe par Lui - Sans Lui : rien ». Traduction au plus près : « Le tout, en Lui, sa genèse et rien n'a de genèse en dehors de lui ». Pour Jean-Yves Leloup : « Il importe de s'éprouver sans cesse en genèse, en voie de création. Nous ne sommes pas faits une fois pour toute. Le Logos est sans cesse à l'œuvre pour nous tenir hors du Néant ».
Et pour Jean Grosjean, je cite : « L'univers est tramé, tout le temps, par le mouvement même de la parole. Et comme on ne sait jamais où va aboutir une phrase, on ne sait pas non plus où va l'histoire du monde... » question !
(En verset 4) - « De tout être, Il est la vie. La vie est la lumière des hommes. »
(En verset 5) - « La lumière luit dans les ténèbres, les ténèbres ne peuvent l'atteindre ».
Jean proclame que Logos est la vie de nos vies. Il contient l'univers et tous les univers possibles... tout être vivant est « demeure de l’infini/Réel ».
La lumière est par elle-même invisible, invisible au cœur même de tout ce qu'elle donne à voir ; cette Lumière incréée qui habite dans les profondeurs de l'être n'est pas accessible à l'esprit « sec », elle est d'une autre nature.
Cette gnose, ce Souffle, nous donne à voir le Logos dans tous les êtres. C'est faire l'expérience de la Transfiguration, c’est le symbole du mont Thabor. Nous devons donc tenter de percevoir le Logos qui anime toutes choses : si nous l’oublions, le monde devient profane à nos yeux, « profané », vidé de la présence qui l'habite, vidé de sa Lumière.
Pour Hubert Greven : « De même que le soleil illumine la route, de même la lumière (c’est-à-dire illumination) est ce qui éclaire le chemin divin : c’est le principe même de l’initiation. La lumière est symbole de vie aux ténèbres de la captivité (le profane prisonnier de ses passions) s’opposant à la lumière de la libération et du savoir. »
« La vie de l’Esprit fait sortir l’homme des ténèbres. La lumière de l’Esprit va lui permettre de s’ouvrir pour avoir la vision d’une autre réalité. C’est la source et le fondement de la Connaissance qui est symbole de ce qui éclaire la vie intérieure, de ce qui oriente. La véritable Lumière, c’est la Parole, l’ultime réalité qui est en « tout homme venant dans ce monde ». C’est un message qui demeure éternellement en accomplissement. »
(En verset 6) – « Paraît un homme, envoyé de Dieu - Iohanan est son nom ».
(En verset 7) – « Il vient comme Témoin pour rendre témoignage à la Lumière afin que tous y adhèrent »
(En verset 8) – « Il n'est pas la Lumière mais témoin de la lumière ».
Jean le Baptiseur est l'archétype de l'envoyé, l’apôtre, « l’Ad Verbum ». Il porte la Lumière et sa présence est pure capacité de l'Autre.
Jean le baptiste est nommé, il est l’envoyé de Dieu : être appelé par notre nom, est fondamental, au sens strict du terme. Quand Socrate nous dit : « Connais-toi toi-même », il nous invite à une introspection, soit, mais se « connaître soi-même », c'est se connaître comme individu, quand le soi est pris comme objet de connaissance ou d’investigation, on s’aperçoit qu'en vérité, on ne sait rien de soi, l'essentiel nous échappe. Mais si cette connaissance est vécue en une lente maturation, en toute humilité, par une attention toute intérieure à chacune de nos pensées, de nos silences, comme notre initiation doit être vécue et continue de l’être, on devient de plus en plus conscient de son souffle, de son axe et de ce qui nous entoure, conscient du Soi qui nous crée et constitue à chaque instant.
Car notre nom usuel n'est que nom substitué ; cette exigence d’identité demeure notre démarche fondamentale : rejoindre le tréfonds de nous-même pour nous placer dans l'axe du Très-Haut.
Exigence constante, comme l’est l’exigence de la transmission qui rejaillit à chaque étape de notre existence de Maître Maçon. A l’instar de Jean le Baptiste, notre mission d’initiés n’est-elle pas d’être nous-même des témoins de la Lumière pour que nos Frères humains soient eux-mêmes illuminés.
(En verset 9) – « Le Logos est Lumière véritable qui éclaire tout homme. »
(En verset 10) – « Il est dans le monde, le monde existe par lui, le monde ne le connaît pas. »
(En verset 11) – « Il vient chez les siens,
les siens ne le reçoivent pas. »
Taduction de Hubert Greven : « La Parole était lumière, la vraie, celle à laquelle il appartient d’éclairer tout homme ; elle fit à ce moment son entrée dans le monde. »
Toute parole de vérité, quelle que soit son origine, est inspirée de l'Esprit.
Jean le baptiseur disait : « Il y a au milieu de vous quelqu'un que vous ne connaissez pas ».
Le monde est l'histoire des hommes, c'est ce que l'homme fait de l'Univers pour le meilleur et pour le pire, en harmonie avec le Logos qui l'anime ou au contraire contre Lui. Et Jean comprend qu’il n'y a pas de place pour l’Éternel dans notre temps, pas de place pour l'infini dans notre finitude.
Annick de Souzenelle nous le dit : « Le monde est comme dans un état "d'ignorance" (de non vision) qui n'est pas manque de savoir, mais oubli de l'Être, l’ignorance du Soi, à côté de ce qu'on est et de ce pour quoi on est fait vraiment, histoire purement horizontale, oublieuse de notre verticalité, de notre ouverture à la transcendance ». « Le monde extérieur est fait de compensations. Nous sommes dans l’archaïsme. Nous pratiquons un humanisme à l’horizontal avec les valeurs de l’exil. Adam se croit devenir Dieu, il se croit accompli. Il a perdu conscience de son être intérieur. Nous n’avons que notre identité biologique. » Il s’agit alors de retrouver notre dimension ontologique : « Être dans le monde, sans être du monde ».
Le LOGOS s'incarne toujours aussi difficilement. L'homme n'est jamais "forcé" de croire ou d’accepter l’amour qui le constitue et qui lui offre une absolue liberté... C’est certainement un concept des plus difficiles à accepter, difficile à y adhérer.
(En verset 12) – « A tous ceux qui le reçoivent, à ceux qui croient en son Nom, Il donne d'être Enfants de Dieu ».
(En verset 13) – « Engendrés ni du sang, ni de la chair, ni d'un vouloir d'homme mais de Dieu ».
De verset en verset, Jean nous conduits à nous ouvrir à cet exhaussement, ceux qui se font « capacité », le Logos les investit « Shema Israël... ». L'Ecoute conduit à la « fiance ». Croire en son Nom, c'est adhérer au dynamisme de vie, d'intelligence et d'Amour qu'il signifie, c'est devenir « enfant de Dieu » et ceux-là entrent dans une nouvelle dimension. Ils sont « d'ailleurs », ils sont « nés d'en haut, ainsi nait l'homme nouveau ! ».
Et comme le suggère Hubert Greven : « Lorsqu’il reçoit la lumière, l’Apprenti, mort aux séductions du monde phénoménal et des « demeures » profanes, entre dans la demeure initiatique, dans la voie de la Connaissance. De profane (hors de Temple), il devient initié (celui qui commence). Pénétrant dans le sanctuaire, il voit se dévoiler les mystères sacrés, s’ouvrir les seuils jadis interdits, éblouissants de lumière ». Nous sommes à la recherche de la Parole perdue, c’est une aventure (intérieure) spirituelle initiatique. La quête de perfectionnement ».
(En verset 14) – « Le Logos a pris chair. Il a fait sa demeure parmi nous ». Le logos a fait sa genèse dans la chair (humanité corps et âme). « Et nous avons contemplé sa gloire, la gloire de l'Unique du Père, plein de grâce et de vérité. »
Le Logos nous a rejoints dans notre « histoire » en venant nous dire Dieu dans une « vie humaine ». L'Eternel est entré dans le temps. La matière est ici sanctifiée comme demeure du Logos/ Dieu.
Ce corps humain fragile abrite la Présence Divine et l'information qu'elle contient. Comme le dit Jean Grosjean, le poète : « Il a dressé sa tente de nomade parmi nous. Il campe, il est de passage, le temps de dire et de manifester aux hommes l'Amour dont ils sont aimés dès l'Origine. Depuis Abraham l'installation n'est pas notre nature, nous sommes des passants, nous sommes tissés de temps, notre vie est un mouvement imprévisible, le mouvement même du langage qui est venu en personne partager nos déplacements incertains ».
(En verset 15) – « Iohanan lui rend témoignage. Il crie : Voici celui dont j'ai dit : lui qui vient derrière moi est passé devant moi, parce qu'avant moi, Il était ».
Nous connaissons bien cet appel en Franc-Maçonnerie : « Il faut que je décroisse pour que lui grandisse ». Qui a des oreilles, entende !
(En verset 16) - « De sa Plénitude, nous avons tout reçu, et grâce sur grâce ».
(En verset 17) – « La Thora nous a été donnée par Moshé. La Grâce et la Vérité nous sont venues par Ieschoua, le Messie. »
On peut avancer cette explication : la grâce de la création en genèse, puis la grâce de la Thora par Moïse, enfin la grâce de la filiation.
Jésus incarne la Thora, l'éclaire du dedans en la vivant comme une expression de l'Amour. Il nous révèle que nos actes n'ont de valeur que par la liberté et l'amour qu'on y introduit. C'est ce qui leur donne leur « poids » de gloire.
Leloup : (En verset 18) – « Nul n'a jamais vu Dieu. Le Fils unique qui demeure au sein du Père, Lui, nous le fait connaître ». On ne connaît Dieu que par son Logos. Personne n'a jamais vu Dieu. Le propre de Dieu est d’être inconnaissable. Le Logos est son Unique, ce Fils est le seul à connaître sa source. Cet Unique est entièrement dans le secret du Père puisqu'il en est l'expression parfaite.
Ieshoua ne dit pas : « J'ai la vérité », mais « Je suis la vérité ». Par-là, Jean affirme que Jésus est Vérité de Dieu et Vérité de l’homme, sans confusion, sans séparation. Il nous invite à changer de regard, à voir toutes choses enveloppées d'Invisible. Il nous montre que la moindre virgule d'humanité contient en secret le Nom Divin, fait à la fois d'intériorité et d’extériorité. Il nous oriente avec Lui sur le chemin de l'existence vers « le Père ».
Voilà, avec Jean, je vous ai dit mon angle de lecture. Je suis sur le chemin... un chemin initiatique que je découvre à chaque instant. Tout l'évangile de Jean dira que l’œuvre du Logos dans le monde sera de rendre à l'homme Son Esprit (pneuma), son BON sens, tourné vers le Père/Origine et le restituer dans sa dimension de Fils. Ce sera en soi une invitation au retour dans cette intimité, qui est participation à la vie Trinitaire, à la vie intérieure de Dieu.
«
Présence de l'infini dans les corps et le souffle fragile que nous sommes ».
« Que demandez-vous, mon frère ? La Lumière ! »
M.°.L.°. - R.°.L.°. « Le Chardon Ecossais » à l’O.°. de Besançon.
Cathédrale
de Strasbourg :
Statues représentant la Synagogue,
les yeux bandés et le sceptre brisé, vis-à-vis de l’Église triomphante couronnée vers 1220. Le Maitre d’Œuvre a
discrètement précisé qu’il s’agissait de l’Église Johannite en lui faisant
tenir le Graal dans la main gauche, tandis que la droite tient la croix
habituellement portée par saint Jean. Des statues similaires figurent sur la
façade ouest de Notre-Dame de Paris. (musée cathédral)
Un atelier extraordinairement novateur conçoit, entre 1220 et 1230, les parties supérieures du croisillon sud de la cathédrale, le Pilier des Anges, puis les tympans des deux portails sud. Le couple des sculptures de l'Eglise et de la Synagogue est placé de part et d'autre de ces portails. Elles encadraient à l'origine une figure du roi Salomon, œuvre aujourd'hui disparue. Ces deux figures de femmes, allégories des religions chrétienne et judaïque, comptent parmi les plus célèbres chefs-d'œuvre de l'art occidental du Moyen Âge.
La Synagogue vaincue et l'Église triomphante appartiennent à une symbolique traditionnelle dont les représentations se multiplient à partir du milieu du 13e siècle. À gauche, l'Église victorieuse et couronnée, tenant dans ses mains un calice et une bannière surmontée de la croix, considère la Synagogue avec assurance. Celle-ci, qui tient une lance brisée, détourne sa tête aux yeux bandés, expression de son refus de reconnaître dans le Christ le Messie attendu. Elle paraît laisser tomber les tables de la Loi, symbole de l'Ancien Testament dépassé.
Les figures, élancées, sont empreintes d'une très grande humanité. Toutes deux caractérisent la brève période de raffinement qui marque la fin du règne des Hohenstaufen. La finesse des drapés fluides, qui laissent percevoir la densité des corps, ainsi que les poses majestueuses, renvoient également à la statuaire de l'Antiquité, qui bénéficie au début du 13e siècle d'un regain d'intérêt désigné sous le nom de "Renaissance antique".
La proximité stylistique de ces sculptures avec la statuaire de la cathédrale de Chartres a été soulignée, mais des rapprochements ont également été établis avec la statuaire bourguignonne et celle de la cathédrale de Sens. Selon certains spécialistes, les sculpteurs partis de Sens auraient gagné Chartres puis la Bourgogne avant de rejoindre Strasbourg, alors que d'autres concluent plutôt à la simultanéité de ces chantiers.
Ces statues ont été déposées au musée au début du siècle pour les protéger de la pollution et des intempéries, et ont été remplacées sur l'édifice par des copies.
Cette
miniature oppose les figures allégoriques d’Ecclesia, incarnation de l’Église
chrétienne triomphante, et de Synagoga, représentation du judaïsme médiéval,
souvent figurée les yeux bandés et tenant les Tables de la Loi renversées.
Ce motif, largement diffusé dans l’art médiéval, illustre la théologie de la substitution, selon laquelle la Nouvelle Alliance aurait supplanté l’Ancienne.
Saint Jean, accompagné de son aigle, tient le calice sacré d’où s’élève un dragon ailé. L’interprétation traditionnelle y voit le symbole du mal vaincu : l’évangéliste, ayant bu le poison sans en être atteint, triomphe de la mort.
Mais
dans une lecture ésotérique, le dragon devient l’image de la Connaissance,
celle qui transforme le vin en sang — la matière en esprit.
Face
à lui, saint François d’Assise, figure de l’Amour pur, contemple le miracle
avec humilité.
Leur
dialogue silencieux incarne la rencontre des deux voies initiatiques : Jean, la
lumière de la connaissance intérieure, et François, la flamme du cœur.
Le
mot Dragon, porteur des lettres sacrées R‑G‑N, évoque les trois âges de la
révélation : la force, la sagesse et la transmutation.
Le
Dragon johannique : Connaissance, Transmutation et les Trois Âges
Dans la tradition ésotérique occidentale, le dragon n’est pas seulement la figure du mal ou de la tentation. Comme l’a montré Pierre Carnac dans son étude Les Trois Âges du Dragon (Atlantis n°306‑307), il représente avant tout la force vitale en voie de transmutation, l’énergie profonde qui, maîtrisée et éclairée, devient Connaissance.
Carnac distingue trois étapes symboliques :
Le Dragon terrestre : la puissance brute, l’instinct, la matière encore obscure.
Le Dragon céleste : la force maîtrisée, devenue souffle, lumière, intelligence.
Le Dragon divin : l’unité retrouvée, où la force et la lumière se confondent dans la transmutation spirituelle.
Ces trois états correspondent aux trois lettres sacrées R‑G‑N, que Carnac interprète comme les trois degrés de la révélation intérieure :
R pour la Royauté spirituelle (la maîtrise),
G pour la Gnose (la connaissance),
N pour la Nature régénérée (la transmutation).
Dans cette perspective, le dragon qui surgit du calice tenu par saint Jean dans le tableau du Greco n’est plus le symbole du poison ou du mal vaincu : il devient l’image même de la Connaissance vivante, celle qui transforme le vin en sang, la matière en esprit, le Verbe en Vie. Face à lui, saint François d’Assise, figure de l’Amour pur, contemple le mystère.
Le
Greco met ainsi en scène la rencontre des deux voies initiatiques :
Jean,
la Connaissance intérieure,
François,
l’Amour transfigurant.
Le dragon, loin d’être un monstre, devient alors le médiateur entre les deux, le signe de la puissance qui, une fois éclairée, conduit à la vision johannique du Logos.
Présentation
du musée des Offices
Dominikos Theotokopulus, surnommé El Greco en raison de ses origines crétoises, effectua son apprentissage dans sa terre natale. En 1566, il s’installa à Venise, où il eut l’occasion de se familiariser avec les œuvres de Titien et de Tintoretto. Il fut particulièrement influencé par ce dernier, dont la peinture intense et dramatique l’a profondément marqué. Quatre ans plus tard, il arriva à Rome, où il étudia le parcours artistique des grands peintres maniéristes. Enfin, en 1577, il s’installa à Tolède, où il resta jusqu’à sa mort.
À partir de son expérience de la peinture italienne, El Greco a développé un style intensément subjectif, fondé sur la primauté de l’imagination : de Tintoretto, il a hérité d’un sens du mouvement et de l’usage dramatique de la lumière, de Titien il a appris l’usage expressif de la couleur, des artistes maniéristes ses lignes ondulées et allongées. Le résultat fut un style de peinture tourmenté et tragique, chargé d’émotions intenses et parfois si visionnaire qu’il devint l’un des maîtres qui inspireraient l’expressionnisme.
Le tableau a été acheté par les Offices en 1976, car la Galerie ne possédait aucune œuvre de cet artiste, considéré comme l’un des peintres espagnols les plus importants de tous les temps.
Les deux saints, avec leurs corps allongés et leurs visages souffrants, se dressent imposants au premier plan, sur un ciel rempli de nuages gris plomb. Saint Jean tient un calice doré d’où émerge un dragon ailé. Ce détail est une iconographie rare faisant référence à un épisode de la vie du saint relaté dans la Légende d’or de Jacopo Varagine. Il raconte que le prêtre du temple de Diane à Éphèse demanda à Jean de montrer la puissance de sa foi chrétienne en buvant dans une coupe empoisonnée. Pour en démontrer les effets, le prêtre fit d’abord boire deux prisonniers au calice, tous deux moururent sur place. Non seulement John était immunisé contre les effets du poison, mais, après l’avoir bu, il réanima aussi les deux prisonniers morts. La représentation du calice et du dragon devint le symbole de la contradiction entre l’Église et Satan, un thème particulièrement cher à la Contre-Réforme catholique, qui cherchait alors à combattre l’hérésie protestante. En effet, les peintures de la production mature d’El Greco, y compris celle-ci, montrent sa tendance croissante à être influencé par le climat intensément religieux de l’Espagne à cette époque. L’œuvre est chargée d’une ambiance dramatique et visionnaire, conçue pour susciter un fort tumulte spirituel chez le spectateur.
La Vierge à la Source : une lecture johannique et odinique
Parmi les
œuvres les plus mystérieuses attribuées à Léonard de Vinci, La Vierge à la
Source occupe une place singulière. Redécouverte vers 1870 au‑dessus
de la cheminée d’une ferme angevine, où elle avait été dissimulée durant la
Terreur révolutionnaire, elle proviendrait du château du Verger, demeure
de Pierre de Rohan. Selon la tradition, François Iᵉʳ
l’aurait offerte à son hôte, ce qui expliquerait sa présence en Anjou. Un
collège d’experts du XIXᵉ siècle l’attribua à Léonard, en raison de son style,
de son sfumato et de sa parenté évidente avec les œuvres de ses élèves lombards
— Luini, Oggione, Beltraffio, Conti — qui en prolongent l’esprit.
Ce tableau,
pourtant méconnu, ouvre une piste inattendue : celle d’une lecture odinique
au sein même d’un corpus traditionnellement interprété dans un cadre chrétien.
La scène représente une Vierge entourée de deux enfants jumeaux —
ce qui exclut d’emblée l’identification classique Marie‑Jésus. L’arrière‑plan
montre un grand arbre enraciné dans un rocher, d’où jaillit une source.
Cette composition rappelle La Vierge aux rochers, mais ici, l’arbre
occupe une fonction centrale : il ne peut être que Yggdrasil, le frêne
cosmique reliant les trois mondes — Ásgard, Midgard, Niflheim.
L’une de ses racines plonge dans la source d’Urd, la vierge qui tisse le
passé. Léonard semble avoir transposé cette vision : la Vierge n’est plus
Marie, mais Urd, l’une des trois Nornes, gardiennes du destin.
Les deux
enfants roux pourraient figurer Freyr et Freyja, jumeaux de la déesse Nerthus,
personnification de la Terre. Leur présence explique l’absence de
représentation humaine de leur mère : c’est Urd qui veille sur eux,
comme gardienne du cycle cosmique. Nous sommes ici très loin du monothéisme
chrétien, qui exclut la pluralité des principes et la sacralité du féminin. Au
contraire, Léonard — ou son cercle — semble avoir laissé affleurer une Tradition
Primordiale, où la connaissance, l’amour, la nature et le destin
s’entrelacent.
Cette
lecture rejoint profondément l’esprit de l’Évangile de Jean, qui n’est
pas un récit historique mais un texte initiatique. Jean parle de l’eau
vive, de la naissance spirituelle, de la connaissance comme
voie d’accès à la lumière. Or, dans ce tableau, la source jaillissant du rocher
n’est pas un simple décor : elle est le symbole johannique par excellence,
l’eau de la vie, la sagesse qui coule du monde divin vers le monde humain.
Ainsi, La
Vierge à la Source apparaît comme un pont entre deux traditions :
- la Tradition johannique,
centrée sur la lumière, l’eau et la connaissance,
- et la Tradition odinique,
centrée sur l’arbre cosmique, les Nornes et le destin.
Léonard, en
réunissant ces deux visions, propose une lecture du sacré qui dépasse les
frontières religieuses et retrouve la Tradition Primordiale, où le
féminin, la nature et la connaissance occupent une place centrale.
Janus tenant d’une main le vase sacré contenant le breuvage d’immortalité – le Sang du Christ – et de l’autre le pain-corps du Christ. Les deux visages sont masculins, contrairement à l’habitude, parce qu’ils représentent les deux saint Jean qui, avec Jésus, forment une Triade de l’Unité du Message.
Cathédrale de Ferrare ; Circa 1225
La symbolique des deux solstices, du Janus à deux visages aux deux Jean
L'ancien culte solsticial, centré sur la figure de Janus à deux visages, fut « christianisé » vers 850 et inclus dans la liturgie avec les noms des deux Jean : saint Jean l'Évangéliste le 27 décembre, au solstice d'hiver et saint Jean. Jean-Baptiste le 24 juin, au solstice d'été. D'autre part, la doctrine initiatique avait reconnu dans le symbolisme attribué aux saints une coïncidence des images avec la divinité païenne, qui dépassait la simple donnée occasionnelle.
Lorsque
l'Église catholique a progressivement commencé à remplacer l'ancienne religion
païenne, construisit des églises à la place des anciens temples et remplaça peu
à peu saints et martyrs au temps des fêtes polythéistes. C'était, en fait, une
stratégie astucieuse de garder l'habitude de fêtes rituelles périodiques dans
les mêmes lieux de culte pour maintenir la participation du peuple continue.
Les premières églises sont apparues d'abord comme un remodelage des lieux
sacrés préexistants, plus tard, lorsque les présences se sont sécurisées et
fidèles à la nouvelle religion, les bâtiments d'origine ont été démolis et de
nouveaux sanctuaires ont été construits sur leurs ruines. Nous en avons des
nouvelles de saint Augustin et des lettres aux évêques du pape Grégoire Ier.
La
déesse mère, auquel de nombreux temples étaient dédiés, fut hâtivement
christianisée, pour ainsi dire baptisée, et contrainte à une conversion forcée.
La plupart des églises actuellement dénommées "Notre Dame" elles lui
étaient à l'origine consacrées, à la déesse mère qui est, ou en tout cas à une
divinité féminine que l'Église a rapidement supprimées pour ensuite les
consacrer à sa propre déesse mère, la Vierge Marie, souvent confondue et
confondue avec la Madeleine.
De
même, de nombreuses divinités païennes ont été rachetées et adaptées à la
nouvelle doctrine toujours dans le but de garder l'assemblée des fidèles unie.
Pour cette raison, de nombreuses fêtes et anniversaires de l'ancienne religion
ont été exploités pour la certitude du consensus qu'ils gardaient. Des exemples
sont je rites du solstice qui furent bientôt remaniés : à tel point que leur
divinité, Giano Bifronte, fut immédiatement scindée en deux saints. Mais cette
fois le remplacement n'a pas été facile : en effet, malgré les nouveaux
mécènes, les fêtes du soleil, profondément ancrées dans la culture paysanne et
populaire, ont continué à être dédiées à Janus et ont constitué un problème de
gestion pour l'Église catholique qui à la fin du premier siècle, il en vint
encore à conserver un mélange de liturgies chrétiennes et païennes.
C'est pourquoi les protecteurs du solstice furent remplacés plusieurs fois mais toujours sans succès. Au départ cette transformation avait semblé anodine, mais au fil du temps, vers 605, l'impossibilité de concilier d'autres saints avec l'adoration du Soleil, met les Congrégations des Évêques dans la nécessité d'approfondir leur culte afin de rechercher parmi les martyrs ou bienheureux quelqu'un dont le travail était compatible avec les mouvements de l'astre. La nécessité de retrouver la fête obligea l'Église à essayer d'en pénétrer le sens le plus ancien et le plus profond.
Alors
si avant il y avait un dieu à deux visages, il fallait maintenant chercher deux
saints avec un seul visage, avec une seule donnée en commun, c'est-à-dire, mais
avec le sens analogique opposé. Pas une petite entreprise. Il était nécessaire
de pénétrer le concept profond et obscur de bifrontisme, qui était déjà présent
dans l'ancienne doctrine hermétique et que Pythagore a peut-être théorisé en
premier. Il avait reconnu dix paires d'opposés fondamentaux dans la nature et
supposait donc qu'elles étaient réconciliées par un principe d'harmonie
unitaire : c'est-à-dire que chaque paire était gouvernée par l'unité.
Cette
conception a imprégné divers aspects de la culture du passé. On le retrouve par
exemple en art où, en tant que concept d'appariement, il est lié à l'image de
la symétrie ou en poésie avec certaines figures de rhétorique comme le
palindromium. C'est la possibilité de lire la même phrase également dans les
deux sens. Comme dans la peinture magique de Pompéi "Rotas d'opéra Sator
Arepo Tenet» (Le semeur avec sa charrue tient sagement l'univers) qui pouvait
se lire dans les deux sens aussi bien verticalement qu'horizontalement de
droite à gauche et inversement. Pour cette occasion suggestive à la peinture
ont été attribués des pouvoirs magiques.
Pour se contenir dans l'idée de bifrontisme, il était donc nécessaire de connaître Giano et ses significations en profondeur. Giano il s'identifiait à la lumière du soleil, à la divinité que l'illumination fait vivre et pour cette image il pouvait se souvenir du début de l'évangile de Jean : l'autre Jean est venu en conséquence puisqu'il avait le même nom mais une symbolique opposée sens en raison du nécessaire bifrontisme à préserver. C'est ainsi qu'après de nombreuses tentatives et après une étude difficile, vers 850 les noms des deux Jean, pour remplacer liturgiquement le fêtes du solstice : Saint Jean l'Évangéliste le 27 décembre, au solstice d'hiver et Saint Jean Baptiste le 24 juin, au solstice d'été. La position des deux Jean dans le nouveau calendrier était donc en parfait accord avec la fonction de christianisation d'un culte païen en vertu de leur symbolisme allégorique.
L'Église
catholique, acceptant le sens de Janus, avait attribué une valeur métaphorique
de Lumière aux deux saints. Il a reconnu dans le Baptiste l'emblème de l'eau
rédemptrice, c'est-à-dire de la Lumière du Christ reflétée dans l'eau
baptismale, comme le clair de lune, puisqu'il avait été dit de lui : « C'est
l'Elie qui doit venir » ; pendant dans l'évangéliste, il a reconnu l'image de
la lumière du soleil par opposition à l'obscurité, de réconfort par opposition
à la peur, car c'est le sens de l'Apocalypse (littéralement,
"Révélation"), et encore de la Résurrection par opposition à la Mort,
étant donné que l'épisode de Lazare est rapporté précisément dans l'Évangile de
Jean.
Le
nouvel état de choses satisfait maintenant un peu tout le monde : aussi bien
ceux qui étaient d'origine populaire et paysanne et qui s'étaient montrés de
plus en plus dociles et disposés à changer, et ceux qui n'avaient pas du tout
aimé les anciennes corporations et les confréries de bâtisseurs. Ceux-ci, en
effet, avaient hérité des institutions initiatiques et des anciens Collèges,
surtout grecs et romains, la coutume d'honorer les Solstices, pour rendre
hommage à la plus grande force de la nature, à savoir le Soleil.
Le culte solaire, qui constituait le fondement de toutes les anciennes théogonies, en remplacement progressif du culte lunaire, s'était jusqu'alors transmis en secret. Mais en cette période sombre, où tout secret était redouté parce qu'il était considéré comme diabolique et sévèrement puni par l'Église, les Corporations qui le gardaient, fidèles à leur tradition, pour abandonner la dangereuse cachette acceptèrent de se cacher derrière le nouveau Janus, c'est-à-dire derrière les deux Giovanni, qui ont élu leurs patrons face à un clergé enfin satisfait et rassuré. D'autre part la doctrine initiatique avait reconnu dans le symbolisme attribué aux saints une coïncidence des images avec la divinité païenne, qui dépassait la simple donnée occasionnelle.
La
matrice phonémique de John et Janus est toujours le même "J", outre
le racine hébraïque Joni, qui signifie jour, réaffirme leur symbole de lumière.
Le nom Giovanni était lié au mot hébreu au Moyen Âge hanan, avec le double sens
de "miséricorde" et "louange", selon lequel ses deux sens
de "miséricorde de Dieu" et "louange à Dieu"
correspondraient aux directions descendante et ascendante des deux moitiés du
cycle annuel du soleil. En effet, la Miséricorde descend de Dieu sur les
hommes, tandis que la Louange monte vers la Divinité. Un sens analogue de
mouvement, de passage, réside dans le nom de Janus pour la racine anatolienne
Gao comme le mot sanskrit Yanò ("Porte") et le verbe latin Eo
("aller").
Giano
était déjà pour les Étrusques le patron des dieux Collegia opificum atque
fabrorum, établie par le roi Numa et en son honneur les guildes d'artisans
romains célébraient les fêtes du solstice. Dans la théogonie païenne, Janus
avait donc pour tâche d'assister les mouvements du char solaire, de présider à
sa sortie à l'aube et à son retour au coucher du soleil. Le mouvement du
Soleil, la divinité qui donne la vie, était donc identifié en lui. Comme dans
le cycle quotidien donc dans le cycle annuel Janus commençait et terminait le
passage de l'astre et donc des saisons et par conséquent contrôlait le temps et
le destin. Le premier jour de chaque mois lui était consacré, les premières
heures de chaque jour, c'est-à-dire le début de toute activité. Il était donc
le protecteur de tout commencement et donc l'initiateur de la civilisation.
De Janus dérive Januarius, janvier, le mois qui est au début du cycle annuel et dans lequel il est possible de faire une évaluation du passé et un projet pour l'avenir. C'est pourquoi la divinité avait un double visage : parce qu'elle symbolisait le don de la conscience de ce qui s'était passé et la prévoyance de l'avenir, un visage regardait en arrière et l'autre en avant, l'un était jeune et l'autre vieux. Le visage jeune et joyeux du dieu symbolise l'aspect divin de l'âme, tourné vers le haut vers la divinité, le visage âgé et triste symbolise l'aspect matériel du corps face aux choses du monde. Mais parfois le jeune visage était représenté aussi féminin que pour contenir le dualisme masculin/féminin, Janus / Jana qui est Janus et Diane, Soleil et Lune.
Au
fil du temps, les célébrations solsticiales ont ainsi eu pour fonction de
rappeler à l'homme que la répétition continue de la mort et de la renaissance
du Soleil est par analogie l'alternance de la mort et de la renaissance dans le
cycle de la vie, y compris humaine. Les moments solsticiaux représentent donc
une ouverture, un passage après lequel le mouvement du soleil prend un nouveau
cours : c'est comme si au solstice le soleil franchissait une porte au-delà de
laquelle les choses changent.
Pour
la cosmologie antique, la Porte du Capricorne, à savoir le solstice d'hiver,
avait une signification positive car il ouvrait la phase de l'année au cours de
laquelle le soleil se levait, tandis que la Porte du Cancer, le solstice d'été,
avait une signification négative puisqu'il précédait la période sombre. La
Porte du Capricorne ou hiver s'appelait aussi "Porte des dieux» (ou porte
aux dieux) car en la franchissant les énergies montaient aux divinités puis
descendaient sur les hommes. Ainsi la Porte du Cancer ou de l'été s'appelait
aussi "Porte des hommesOu de l'Avi parce que par lui les âmes des ancêtres
sont descendues sur terre pour s'incarner à nouveau.
Selon
la tradition ésotérique, saint Jean l'Évangéliste aurait reçu un enseignement
secret de Jésus lui-même et cet enseignement Jean l'aurait ensuite transmis à
une Église invisible. Ainsi, le christianisme officiel ou exotérique ne serait
qu'une vulgarisation de cet enseignement primitif. Pour la tradition
ésotérique, donc, à côté d'un Église Saint-Pierre, un invisible et souterrain
existe Église de Giovanni.
Elles
sont représentées à Rome par deux basiliques : celle de San Pietro et celle de
San Giovanni in Laterano. La première réservée aux événements mondains et
spectaculaires, l'autre, consacrée à saint Jean, est la véritable cathédrale de
la chrétienté. L'Église de Pierre est donc exotérique parce qu'elle s'adresse à
la foule. L'Église de Jean, en revanche, est ésotérique parce que ses
enseignements ne sont réservés qu'à quelques-uns : par exemple, les bergers qui
marchent à la tête du troupeau. C'était une indication curieuse, dans la messe
célébrée en latin, que le prêtre, après avoir congédié les fidèles, avec leite
missa est, pour lui seul il récita le prologue de l'évangile de Jean, comme si
lui seul pouvait savoir ce que le reste des fidèles ne savait pas.
L'Église
de Pierre est celle judéo-chrétienne, celle de Jean celle helléno-chrétienne.
Là Église judéo-chrétienne il représente le principe autoritaire, dogmatique,
la Loi qui dans l'histoire s'est appuyée sur la force de la Rome des Césars. Là
Église helléno-chrétienne elle mélange le mysticisme, qui pense Dieu comme
Amour, avec la philosophie de Platon, Plotin et Clément d'Alexandrie qui
considère Dieu comme Esprit et il en résulte une conception religieuse plus
libre et plus spéculative. Les idées de violence n'y existent pas et un saint
François d'Assise, à vocation johanite, la représente mieux qu'un saint
Dominique ou qu'un saint Thomas.
L'Église de Jean est donc celle de l'Esprit qui est connaissance et amour. Dans cette Église, l'expérience religieuse peut être identifiée comme pure spiritualité et n'implique pas croire ou avoir la foi, mais consiste en ce que la personne qui la vit comprend sous forme de connaissance directe. Aux XNUMXer et XNUMXe siècles, ce savoir a été défini gnose ; aujourd'hui on pourrait l'appeler mysticisme et le moment de la perception cognitive pourrait être défini comme un état altéré de conscience ; c'est-à-dire une expérience naturelle et authentique déconnectée de toute interprétation rationnelle ultérieure. Cette expérience solitaire et intime n'implique pas d'intermédiaires sacerdotaux.
Au
contraire, l'Église de Pierre est fondée sur une théologie, c'est-à-dire sur
l'interprétation rationnelle qui est ensuite liée à la perception cognitive
directe. Il essaie d'expliquer l'expérience religieuse et là où il n'y parvient
pas il invente des dogmes, des articles de foi, des interdits et des sanctions
et plus ceux-ci deviennent complexes et élaborés, plus ils se séparent et
s'écartent de l'expérience originelle qui les a inspirés. Ainsi la théologie
perd tout contact avec la donnée initiale et devient une construction
bureaucratique et intellectuelle indépendante.
Cette
Église qui se fonde sur la théologie n'a plus rien à voir avec la spiritualité,
elle n'est réduite qu'à un outil de contrôle, de gestion et de conditionnement,
avec la responsabilité de dicter des lois et même de défier l'ordre naturel des
choses. Cette Église est hiérarchiquement organisée pour surveiller et punir
ceux qui ne s'y conforment pas. Par sa structure, il voit la gnose, ou du moins
tout ce qui est différent d'elle-même, comme une menace à combattre pour
maintenir son autorité. Jugeant donc les disciples de Jean comme hérétiques,
l'Église de Pierre les persécuta, les emprisonna et les condamna à mort sur le
bûcher. Tel fut le sort des Béliers, de Nestoriens, de Templiers, de Cathares
et Albigeois.
C'est pourquoi la Basilique Saint-Pierre de Rome est orientée à l'opposé de la tradition, elle regarde vers l'ouest et non vers l'est de cette façon elle tourne le dos à la Lumière. L'hagiographe Jacob de Varagine, En Légende dorée, composée en 1264, mentionne les privilèges que Dieu a accordés à saint Jean l'Évangéliste. Le premier était celui d'être particulièrement aimé du Christ, le second d'être chargé de prendre soin de la Mère de Dieu, le troisième d'obtenir la révélation des Mystères et enfin d'être le Verbe de la Chair, c'est-à-dire d'avoir la virginité pureté. Être le disciple bien-aimé de Jésus, Lumière du monde, confère à Jean un rôle presque identitaire avec le soleil levant. En fait Dante dit de lui :
« C'est
celui qui s'est couché sur le sein
de
notre Pélican, et c'était tout
du haut de la croix au grand feu élu. »
Dans
le triplet le symbolisme du pélican, que la tradition chrétienne associe au
Christ, car cet oiseau était censé s'arracher la poitrine pour nourrir ses
petits, ce qui en fait le symbole de l'altruisme poussé jusqu'au sacrifice et
confirme le destin solaire qui était réservé à l'évangéliste. Et puisque le
Christ mourant lui confie la Mère, symbole de la Prima Materia et du principe
féminin, réceptacle et reflet de la lumière solaire, dans l'iconographie sacrée
les figures de la Vierge et de saint Jean au pied de la Croix peuvent être
identifiées à le Soleil et la Lune… Tout cela ramène au double aspect de Janus.
La virginité du saint fait allusion à la pureté de son esprit et suggère une direction ascendante liée au rejet de la différenciation sexuelle. Par conséquent, dans les images, le saint est indiqué avec le visage imberbe, presque féminin en ressemblance avec le jeune visage de Janus, symbole de la tendance ascendante de l'âme. Le deuxième visage de Janus, âgé et barbu, renvoie plutôt à la vieillesse du saint et à son rôle de vulgarisateur et donc à l'aspect descendant du Verbe qui se fait chair et se répand dans le monde. Dans les deux cas, le symbolisme de saint Jean l'Évangéliste suggère le solstice d'hiver, c'est-à-dire la "Porte des Dieux", qui était dédiée à la fois à l'ascension des âmes et à la descente volontaire de l'Esprit.
Aussi
le privilège relatif à la révélation des Mystères il se reconnecte au solstice
d'hiver car par la Porte du Capricorne le Principe Spirituel peut choisir de
descendre dans le monde manifesté, ou de se révéler, c'est-à-dire de se couvrir
de nouveaux voiles, ou au contraire sous une forme perceptible mais encore
mystérieuse. L'Apocalypse, qui signifie en grec "Révélation", est le
texte de la tradition chrétienne qui, sous une forme symbolique et cryptique,
communique les mystères relatifs au monde et à son destin.
La
relation avec la révélation des Mystères fait de saint Jean le symbole de
l'aspect ésotérique de la tradition chrétienne et en ce sens son lien avec les
Confréries semble fondé sur l'assimilation ancienne de la notion de Mystère à
la pratique de l'Artisanat. et donc à la transmission de ses secrets de
fonctionnement. L'Evangile de Jean fait référence au principe de la création
cosmique et fait clairement référence à la naissance de la Lumière, au début de
la nouvelle année et à la figure de Janus comme Dieu des Commencements. Tout
cela explique combien de sociétés secrètes ont choisi saint Jean comme patron,
des templiers aux rosicruciens, des carbonari à la franc-maçonnerie opérative
d'abord puis spéculative.
Après
tout, les trois premiers degrés maçonniques sont également définis Loggias de
San Giovanni et encore aujourd'hui certaines loges allemandes associées au
sommet de la Grande Loge Unie d'Allemagne, sont désignées par les initiales JL,
Joannes Loge, à la place de « Respectable Loggia ». D'ailleurs encore
aujourd'hui dans presque tous les ateliers du monde, quoique de confession
maçonnique différente, il est d'usage de commencer les travaux rituels par
l'ouverture du Livre Saint au début de l'Évangile de Jean où il est dit : « Au
commencement était le verbe ". En Italie en Émulation de rite par exemple
c'est le Vénérable Maître qui lit le texte, alors que dans le Rite Symbolique
il est le Premier Surveillant.
Toujours
dans le Légende dorée, à partir de la description de saint Jean-Baptiste, nous
pouvons reconnaître son symbole de lumière réfléchie dans le verset :
"J'ai besoin de diminuer pour qu'il grandisse". La lumière qui
décline après le solstice serait représentée par Jean, tandis que le soleil qui
grandit dans les mois suivants est représenté par le Christ. L'attitude
réverbérante de la Lumière dans l'opposition dualiste ne peut être que lunaire.
Et encore Jacopo da Voragine raconte que le Baptiste a été appelé pour les
qualités reconnues par le Christ : Lumière ardente pour la sainteté, Ange pour
la pureté et Voix pour l'humilité. Tous ces noms excluent le caractère solaire
et confirment son aspect lunaire.
L'iconographie
sacrée le décrit comme un adulte à longue barbe et cheveux hirsutes, vêtu d'une
peau d'agneau : semblable à Janus. Saint Jean tient un bâton avec une bannière
en croix et pointe souvent son doigt vers le haut pour faire allusion à la
venue prochaine du Seigneur ou pointe vers l'agneau, symbole du Christ. Janus
était également représenté avec une baguette à la main, un baculo, signe de
puissance, pour ordonner ce qui est confus, presque une verge de berger ou un
sceptre royal.
L'histoire du Baptiste, rapportée par Josèphe, le décrit comme un homme pur qui ne prêchait aux Juifs que des préceptes de vertu et exhortait ceux qui les pratiquaient à quitter la ville et à laver symboliquement le corps du péché avec le baptême d'eau. Mais ses ferveurs et le nombre de ses partisans inquiètent le tétrarque Hérode Antipas qui soupçonne de telles attitudes de possibles provocations visant à l'évincer. Pour cette raison, il l'a emprisonné et n'a pas hésité à lui donner la mort.
L'ancienne
sagesse initiatique capte des paroles avec lesquelles le Prophète Isaïe a
prophétisé la mission du Baptiste : « que toute vallée, toute montagne ou
colline soit abaissée » ; l'image de la ligne horizontale qui est la Niveau à
bulle. Il est également assimilé au plan horizontal l'eau, l'eau dans laquelle
il baptise, qui correspond au passif, c'est-à-dire à la Lune. Jean-Baptiste est
donc par analogie comparé à la Lune, tandis que Jean l'Evangéliste au Soleil.Le
même nom avec deux sens opposés : le double visage païen se renouvelle dans le
symbolisme chrétien.
L'Évangéliste
dans sa chanson nous ramène à la Verticale. Il est sur le Mont de la
Transfiguration, sur le Mont des Oliviers et sur le Calvaire et ne marche pas
dans le plat désert de Judée. Apôtre de la Lumière et du Feu, il est symbolisé
par l'Aigle ; l'aigle qui avec une vue aiguë voit chaque détail d'en haut et
descend rapidement et précisément verticalement comme l'éclair pour saisir sa
proie. Cette image de la verticalité fait allusion à Fil de plomb et le
caractère lumineux confirme son aspect ensoleillé. Dans le langage hermétique,
l'Aigle désigne Mercure après la phase de sublimation ; cette juxtaposition
découle de l'observation qu'il est très volatil, mais aussi de la considération
que, comme l'Aigle dévore tous les autres oiseaux, ainsi le Mercure des Sages
dévore et détruit tout, ramenant la matière à l'état primitif.
Jean-Baptiste puisqu'il dit qu'il est "la voix de celui qui crie dans le désert" a proposé une interprétation analogique avec le coq qui chante à l'aube, dans le désert de la nuit, pour annoncer la venue de la Lumière. En franc-maçonnerie, le coq fait allusion à l'éveil des forces et incite à l'action, et est aussi un symbole de renaissance, et donc du rituel d'initiation. Il est en effet présent dans le cabinet de réflexion qui est à son tour assimilé au centre de la terre : le coq est donc lié à l'idée de descente aux enfers, de fonctionne en noir, de mortification. Cela nous ramène au côté pénitentiel du Baptiste et à sa mission dans le processus spirituel. Le coq symbolise aussi la fin de l'Opéra ou opéra en rouge et ainsi Giovanni se retrouve au début et à la fin de l'Art ; à l'initiation et à l'achèvement.
Les
deux Saint-Jean sont donc deux repères : le Baptiste annonce la Révolution
chrétienne, l'Evangéliste clôt le Livre du Monde avec l'Apocalypse. L'un est au
début et l'autre à la fin. L'un est l'alpha et l'autre l'oméga. C'est pourquoi
le Christ dit du Baptiste : "... les prophètes et la loi ont prophétisé
jusqu'à Jean" et il dit de l'Evangéliste : "Je veux qu'il demeure
jusqu'à son retour". Ce sont donc deux témoins, deux points limites sur le
chemin de l'homme qu'en franc-maçonnerie nous identifions à VITRIOL. Et comme
tout voyage initiatique, tout voyage décrit dans la Bible, avec sa valeur
symbolique exquise, commence par la descente aux enfers. Dans les textes
hermétiques ce voyage est appelé dénudation, mot qui rappelle l'habit du
Baptiste et celui du postulant franc-maçon.
Suggestive sont les similitudes entre l'initiation à la maçonnerie et le Baptiste : l'isolement dans le cabinet de réflexion est associé à la représentation du désert dans lequel le saint a prêché. La méditation qui conduit à la réflexion du néophyte fait allusion à la lumière réfléchie de la Lune qui le représente symboliquement. De plus, la préparation au voyage, avec le dénudage et la fixation du bandeau qui plonge le heurtoir dans le noir le plus noir du noir, rappelle l'attitude du Baptiste d'attente anxieuse de la renaissance à une nouvelle vie. Mais d'autre part, la description de la mort et de la résurrection de Lazare, faite par l'évangéliste, fait également référence à l'œuvre maçonnique. C'est certainement par hasard, mais non sans charme, que les initiales de Joannes "J" et Baptista "B" rappellent les deux colonnes du temple : de même qu'il y a deux saints, il y a deux fêtes, deux visages de Janus : tout ce qu'il relève du dualisme du principe de polarité.
En conclusion, les deux Jean, opposés l'un à l'autre, se complètent. Tant du point de vue chrétien qu'initiatique, il y a une interpénétration et une complémentarité des valeurs et des significations telles qu'elles les rendent indivisibles et irremplaçables. Ils représentent un lien de connexion analogique d'un côté avec le culte du soleil, composé de Janus et du culte chrétien, représenté par la Parole du Christ, et d'autre part avec la valeur symbolique et ésotérique que leur attribue la pensée maçonnique. Car ce qui a été dit, les deux Jean sont dans l'histoire de la maçonnerie le souvenir du moment de transition de l'époque antique à l'époque médiévale ; moment qui pour l'incisivité et l'actualité de l'image est valable et dure encore aujourd'hui. En fait, la similitude avec la Lumière qui leur a été donnée et qui était donc liée au cycle du Soleil est encore conservée aujourd'hui.
Ce modeste abrégé n’a
d’autre ambition que d’offrir quelques clés de lecture pour approcher
l’Évangile de saint Jean dans sa dimension intérieure.
Nous avons dû choisir,
simplifier, condenser, parfois trancher : toute synthèse est un renoncement.
Que le lecteur veuille
bien nous accorder son indulgence pour les raccourcis nécessaires, les
omissions inévitables et les interprétations proposées.
Si ce texte lui permet
d’entrevoir, ne serait‑ce qu’un instant, la profondeur du Logos, la lumière du
Verbe, ou la beauté de la tradition johannique, alors notre intention aura été
atteinte.
Le reste appartient à chacun : “Venez et voyez.”
Découvert en 1970 dans le quartier du théâtre romain, l’Hermès bicéphale de Fréjus est l’une des plus belles sculptures gallo‑romaines conservées en Provence. Il associe deux divinités opposées et complémentaires : Pan, force instinctive et sauvage, et Dionysos, dieu de la lumière intérieure et de la renaissance. Cette figure à deux visages, bien que distincte du Janus romain, participe de la même tradition du bifrontisme sacré, où deux principes contraires se répondent. Elle offre un parallèle saisissant avec la symbolique chrétienne des deux saints Jean, l’un tourné vers la décroissance de la lumière, l’autre vers son retour.
Pan, parfois assimilé au “mal” dans l’imaginaire
chrétien, n’incarne pas le diable mais la part brute, indomptée, la nature
première que l’homme doit traverser. Il évoque Jean le Baptiste : la voix dans
le désert, l’appel à la pénitence, la confrontation à soi-même, la descente
dans l’ombre avant la lumière. Dionysos, au contraire, figure la
transfiguration, l’ivresse de l’esprit, la renaissance intérieure ; il répond à
Jean l’Évangéliste, l’aigle de la révélation, le témoin du Verbe et de la
lumière qui ne s’éteint pas.
Ainsi, l’Hermès bicéphale de Fréjus devient une image
païenne anticipant la dynamique johannique : nul n’accède au Logos sans passer
par le désert du Baptiste, et nul ne comprend le Baptiste sans la lumière de
l’Évangéliste. Deux visages, deux voies, un seul passage.
FIN
J’exprime également ma
profonde gratitude à mon parrain, Mgr Jean‑Dieudonné Bonnard, professeur de
théologie au Grand Séminaire de Rome, pour l’impressionnante quantité
d’archives qu’il m’a confiées avant de rejoindre le Très‑Haut.
Enfin, je remercie le
lecteur pour son indulgence et j’espère que la lecture de ce modeste exposé ne
le rebutera pas trop.
Pascal Lamy V.