LA
«CONFESSIO EVANGELICA» DU CATHARISME OCCITAN
NOUVEAUX ASPECTS DU
CATHARISME, LE CATHARISME VU PAR
LUI-MÊME
Depuis le XIIe siècle
l’Inquisition et ceux qui ont utilisé ses documents, ont caractérisé le
Catharisme comme une hérésie radicalement opposée au Christianisme
traditionnel. On l’a décrite comme une hérésie manichéenne 1, comme un mouvement gnostique 2 et une église
étrange dans laquelle la cérémonie la plus fréquente était l’adoration des
Anciens comme porteurs du. Saint Esprit 3.
Notre livre de base sur
le Catharisme est encore, à l’heure actuelle, le livre de Charles Schmidt,
écrit en 1848. Réédité en 1983, il a été décrit par Jean Duvernoy dans son
Introduction comme «un travail essentiel... qui a ouvert presque toutes les
portes » 4. Or, les sources de Schmidt sont exclusivement celles de
l’Inquisition. Le Rituel Occitan ne fut découvert à Lyon qu’en 1887 et le Père
Dondaine ne publia le Rituel de Florence qu’en 1939. Nos livres modernes n’ont
rien changé à cette perspective. Ils emboîtent le pas à Schmidt. Ils citent les
Registres de l’Inquisition et ils ne différencient en rien le Catharisme
Occitan de celui de la Lombardie. Un parfait exemple de cette perspective est
le récent article du duc de Lévis-Mirepoix de l’Académie Française dans la revue
Historia de Septembre 1985.
1. René Neli i : «Système du Catharisme», dans Heresis, 1983/1 p. 7.
2. Déodat Roché : Le Catharisme, vol. 1. (Cahiers d’Etudes Cathares.) Narbonne 1957, p.17 ss.
3.
Jean Duvernoy : La religion des Cathares, Privât 1976, p. 208.
4.
Charles Schmidt : Histoire et doctrine des Cathares, (réimpression) Bayonne
1983. Introd. par Jean Duvernoy et commentaires divers sur le dos de l’ouvrage.
La méthode de
l’Inquisition était le lit de Procruste des chasseurs d’hérésies, employé
depuis Eusèbe de Césarée et même bien avant lui : ce procédé consistait à
comparer le mouvement en question avec le modèle le plus stricte de
l’orthodoxie la plus étroite. Ce qui dépasse ce «canon » est l’hérésie. La
recette veut que l’on prenne ensuite ces déchets, qu’on les coupe en rondel¬
les fines et que l’on en fasse, alors, le «portrait» de l’hérésie. Le Catharisme
devenait ainsi un conglomérat d’erreurs et de contre-vérités. Il devint une
chimère, un épouvantail, un Frankenstein. Quant à la véritable foi des
Cathares, les Inquisiteurs ne s’y intéressaient absolument pas.
Or, une telle méthode
est strictement aux antipodes de l’historiographie actuelle, qui cherche
précisément une image équilibrée et complète selon les témoignages aussi
impartiaux que possible et, surtout, d’après les témoignages des Cathares
eux-mêmes. Nous, possédons, en effet, pour pouvoir juger les opinions et la foi
des Cathares Occitans, leur Rituel qui leur servit de liturgie et de livre de
prières. Toute affirmation des registres de l’Inquisi tion devrait de ce fait
être utilisée avec une extrême circonspection, alors que bien plus de poids
devrait être attaché au document de Lyon. Car, selon ce manuscrit, le
Catharisme était ni gnostique, ni manichéen. Il n’était en fait jamais question
d’une adoration des Anciens.
Cela ne veut pas encore
dire que nous devons mettre à la poubelle tous les livres écrits sur les
Cathares entre 1848 et 1986. Cela serait vider l’enfant avec le bain. Car si
l’Inquisition et ses documents ont décrit les Cathares avec des préjugés
monumentaux, ils n’ont pas tout inventé de toute pièce. Il y a des éléments qui
sont vrais. Ils sont seulement vus par le mauvais bout de la lunette.
Notre travail
d’historien moderne doit en fait consister à délimiter d’abord quelles sont les
sources directes qui nous permettent de savoir quel était le message vrai des
Cathares, selon leurs propres documents. Notre tâche sera en effet de soumettre
les textes cathares à un examen minutieux, pour y chercher le centre vrai et
les racines profondes du Catharisme occitan. Cela nous permettra de rectifier
le tir, de pouvoir analyser les critères selon lesquels les Cathares essayaient
de se faire juger eux-mêmes.
Une telle étude sera
pleine de surprises. Elle nous montrera les Cathares sous un angle nouveau. Non
pas comme des Manichéens à tout crin, des crypto-gnostiques ou des farfelus en
tout genre. Nous découvrirons en eux en fait des Evangéliques fondamentalistes,
des Montanistes épris de l’Esprit Saint, des Puritains hantés par l’idée de la
pureté morale, des hommes et des femmes imbus d’un idéal de la vie chrétienne.
