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jeudi 4 avril 2024

Confessio Evangelica - Cathares

 

LA «CONFESSIO EVANGELICA» DU CATHARISME OCCITAN

 

NOUVEAUX ASPECTS DU CATHARISME,  LE CATHARISME VU PAR LUI-MÊME


Montségur


 II serait absurde de vouloir fonder une histoire du peuple juif sur le livre «Mein Kampf» d’Adolf Hitler ou sur les registres de Torquemada. C’est pourtant exactement ce que nous faisons dans notre appréciation des Cathares. Elle est fondée sans la moindre critique, sur les registres des Inquisiteurs et sur leur manière de les voir. Cette méthode est fausse. Elle a été fausse depuis huit siècles. Audietur atque altera pars.  Il faut donner la parole aux documents écrits par les Cathares eux-mêmes.

Depuis le XIIe siècle l’Inquisition et ceux qui ont utilisé ses documents, ont caractérisé le Catharisme comme une hérésie radicalement opposée au Christianisme traditionnel. On l’a décrite comme une hérésie manichéenne 1,  comme un mouvement gnostique 2 et une église étrange dans laquelle la cérémonie la plus fréquente était l’adoration des Anciens comme porteurs du. Saint Esprit 3.

Notre livre de base sur le Catharisme est encore, à l’heure actuelle, le livre de Charles Schmidt, écrit en 1848. Réédité en 1983, il a été décrit par Jean Duvernoy dans son Introduction comme «un travail essentiel... qui a ouvert presque toutes les portes » 4. Or, les sources de Schmidt sont exclusivement celles de l’Inquisition. Le Rituel Occitan ne fut découvert à Lyon qu’en 1887 et le Père Dondaine ne publia le Rituel de Florence qu’en 1939. Nos livres modernes n’ont rien changé à cette perspective. Ils emboîtent le pas à Schmidt. Ils citent les Registres de l’Inquisition et ils ne différencient en rien le Catharisme Occitan de celui de la Lombardie. Un parfait exemple de cette perspective est le récent article du duc de Lévis-Mirepoix de l’Académie Française dans la revue Historia de Septembre 1985.

 

1. René Neli i : «Système du Catharisme», dans Heresis, 1983/1 p. 7.

2. Déodat Roché : Le Catharisme, vol. 1. (Cahiers d’Etudes Cathares.) Narbonne 1957, p.17 ss.

3. Jean Duvernoy : La religion des Cathares, Privât 1976, p. 208.

4. Charles Schmidt : Histoire et doctrine des Cathares, (réimpression) Bayonne 1983. Introd. par Jean Duvernoy et commentaires divers sur le dos de l’ouvrage.

 

 Or, même une étude rapide de l’herméneutique de l’Inquisition nous montre que celle-ci ne s’est jamais donné comme tâche de fournir une image impartiale ou même équilibrée des hérésies qu’elle cherchait à exterminer. Elle ne cherchait nulle part et aucunement la Vérité. Elle était là pour stigmatiser l’Erreur et pour l’extirper. Ses registres mettaient en évidence exclusivement ce qui n’était pas congruent avec la foi de l’Eglise de Rome.

La méthode de l’Inquisition était le lit de Procruste des chasseurs d’hérésies, employé depuis Eusèbe de Césarée et même bien avant lui : ce procédé consistait à comparer le mouvement en question avec le modèle le plus stricte de l’orthodoxie la plus étroite. Ce qui dépasse ce «canon » est l’hérésie. La recette veut que l’on prenne ensuite ces déchets, qu’on les coupe en rondel¬ les fines et que l’on en fasse, alors, le «portrait» de l’hérésie. Le Catharisme devenait ainsi un conglomérat d’erreurs et de contre-vérités. Il devint une chimère, un épouvantail, un Frankenstein. Quant à la véritable foi des Cathares, les Inquisiteurs ne s’y intéressaient absolument pas.

Or, une telle méthode est strictement aux antipodes de l’historiographie actuelle, qui cherche précisément une image équilibrée et complète selon les témoignages aussi impartiaux que possible et, surtout, d’après les témoignages des Cathares eux-mêmes. Nous, possédons, en effet, pour pouvoir juger les opinions et la foi des Cathares Occitans, leur Rituel qui leur servit de liturgie et de livre de prières. Toute affirmation des registres de l’Inquisi tion devrait de ce fait être utilisée avec une extrême circonspection, alors que bien plus de poids devrait être attaché au document de Lyon. Car, selon ce manuscrit, le Catharisme était ni gnostique, ni manichéen. Il n’était en fait jamais question d’une adoration des Anciens.

Cela ne veut pas encore dire que nous devons mettre à la poubelle tous les livres écrits sur les Cathares entre 1848 et 1986. Cela serait vider l’enfant avec le bain. Car si l’Inquisition et ses documents ont décrit les Cathares avec des préjugés monumentaux, ils n’ont pas tout inventé de toute pièce. Il y a des éléments qui sont vrais. Ils sont seulement vus par le mauvais bout de la lunette.

Notre travail d’historien moderne doit en fait consister à délimiter d’abord quelles sont les sources directes qui nous permettent de savoir quel était le message vrai des Cathares, selon leurs propres documents. Notre tâche sera en effet de soumettre les textes cathares à un examen minutieux, pour y chercher le centre vrai et les racines profondes du Catharisme occitan. Cela nous permettra de rectifier le tir, de pouvoir analyser les critères selon lesquels les Cathares essayaient de se faire juger eux-mêmes.

Une telle étude sera pleine de surprises. Elle nous montrera les Cathares sous un angle nouveau. Non pas comme des Manichéens à tout crin, des crypto-gnostiques ou des farfelus en tout genre. Nous découvrirons en eux en fait des Evangéliques fondamentalistes, des Montanistes épris de l’Esprit Saint, des Puritains hantés par l’idée de la pureté morale, des hommes et des femmes imbus d’un idéal de la vie chrétienne.

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