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dimanche 25 mai 2025

Des troyens à Saint-Louis-des-français de Rome

 

Église St Louis des Français - Rome


St Louis sur la façade de l’église (en bas à gauche)


On lit, dans l’église de Saint-Louis-des-Français, à Rome, 3 épitaphes qui rappellent le souvenir d’autant de personnages originaires du diocèse de Troyes.

 1ère Epitaphe

Jean Milet, français, originaire de Troyes, est devenu citoyen romain par un séjour prolongé dans la Ville-Eternelle, après y avoir exercé, pendant toute sa vie, les fonctions de maître de la signature des brefs apostoliques. Il décède en 1577, à l’âge de 62 ans. 

2ème Epitaphe

Daniel Hannier, également aubois, originaire de Dosnon en notre diocèse, qui acquit le titre de citoyen romain, en remplissant à Rome, l’emploi de scribe des brefs apostoliques. Il décède en mai 1577, âgé de 59 ans.

 Cette communauté d’origine, cette similitude de fonctions, expliquent les « relations amicales et intimes qui ont existé entre ces deux diocésains ».

 Jean Milet est le protecteur de Daniel Hannier, ayant sur son compatriote, la supériorité de l’âge et celle de la position qu’il occupe.

 Ils décèdent  tous les deux, la même année. Jean Millet a deux fils, Augustin et Alexandre. Lors de son décès, Hannier teste en faveur d’Augustin qu’il a adopté. C’est ce dernier qui consacre, dans l’église de Saint-Louis-des-Français, un souvenir de reconnaissance à l’ami de son père dont il a été constitué l’héritier, par une épitaphe qui relate ses titres de citoyen romain et de scribe des brefs apostoliques. La qualification de : Viro officii ac fidei pleni, qui précède l’indication de ses bienfaits, constate simplement sa constance dans l’amitié et le penchant naturel de son cœur toujours disposé à rendre des services.

Jean Milet appartient à une très ancienne famille, dont les membres exerçaient, à Troyes, depuis de longues années, la charge de notaires. Un de ses ancêtres, joua un certain rôle pendant la domination des Anglais en France. Il était notaire et secrétaire d’Henri VI, roi d’Angleterre, et du duc de Bedford, régent du royaume. De plus, il remplissait les fonctions de secrétaire auprès de la haute commission gouvernementale de la Champagne, dont il était membre.

 Jean Millet né à Troyes en 1514, arrive fort jeune à Rome, puisqu’il remplit toute sa vie les fonctions de maître de la signature des brefs apostoliques. Cet emploi a beaucoup d’analogie avec la charge de notaire. C’est Clément VII (1523-1534) qui le lui a conféré. Par conséquent, le titulaire a tout au plus 20 ans, à l’époque de la mort de son illustre protecteur.

 Des événements politiques ont peut-être forcé le père de Jean Millet à s’expatrier, en raison du rôle compromettant et peu honorable pour sa famille, qu’avait joué à Troyes, un de ses ancêtres. Il aurait emmené, dans son voyage, avec son fils, le jeune Daniel Hannier, qui lui était étroitement uni par les liens d’une amitié d’enfance. Ce dernier, au moment du départ de notre ville, était attaché à l’étude du père.

3ème Epitaphe

 Jacques Vignier, fils de J. Viguier, Marquis des Riceys, Comte de La-Chapelle-Gonthier, Baron de Juilly, Villemaur et Saint-Liébault, Seigneur de Chennegy, Maître des requêtes, Conseiller d’Etat et privé, Intendant des finances, et Président aux Etats de Bourgogne, et de Marie de Mesgrigny, fille d’Eustache de Mesgrigny de Villebertin. Jeune, il a été pourvu des prieurés de Saint-Martin-des-Champs et de Notre-Dame-d’Argenteuil.

 Il a à peine 20 ans, lorsqu’il est désigné pour occuper le siège épiscopal de Troyes, en remplacement de Mgr René de Breslay, démissionnaire en 1621. Après sa nomination, le nouveau prélat se rend à Rome, afin d’obtenir lui-même ses bulles, en attendant qu’il ait atteint l’âge canoniquement requis pour recevoir l’ordre de prêtrise et la consécration épiscopale.

 Pendant ce voyage, la Sorbonne le proclame Docteur en théologie. Ce titre n’a jamais été accordé à aucun absent, ni à personne aussi jeune que lui. La Faculté, en le lui conférant, a eu égard à ses talents extraordinaires.

 Il a soutenu et expliqué, en quatre exercices publics, tous les mystères de la théologie, « avec une érudition merveilleuse et au-dessus de son âge ». Par son savoir prodigieux, « il a excité l‘étonnement, comme l’admiration, de la France entière, à un tel point, qu’on le comparait à Jean Pic de la Mirandole ».

 Marie de Mesgrigny, sa mère, établit à Troyes (14 septembre 1620), avec l’aide du cardinal de Bérulles, une communauté de carmélites, qu’elle reçut dans la maison paternelle d’Eustache de Mesgrigny de Villebertin. Jacques désirait vivement assister à la canonisation de sainte Thérèse, fondatrice de cet ordre religieux. Il eut cette satisfaction pendant son séjour à Rome.

En effet, le 12 mars 1622, le pape Grégoire XV, à la sollicitation du Sacré-Collège, des rois de France et d’Espagne, et des généraux des différents ordres, canonisa, dans une seule solennité, 5 illustres personnages, recommandables par leurs vertus et la sainteté de leur vie : saint Isidore l’agriculteur, saint Philippe de Néri, florentin, fondateur de la congrégation de l’Oratoire, saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, saint François-Xavier,  associé de saint Ignace, pour la fondation de la Compagnie de Jésus, et sainte Thérèse, fondatrice de l’ordre des Carmes-Déchaux. Cette solennité, dont Jacques Vignier fut témoin, se fit avec la plus grande pompe. Annoncée et préparée longtemps à l’avance, elle attira à Rome une foule considérable d’étrangers, avec beaucoup de Français.

 Six semaines après son arrivée à Rome, et 16 jours après la canonisation de sainte Thérèse, Jacques Vignier, atteint d’une maladie mortelle, succombe le lundi de Pâques 28 mars 1622, à l’âge de 22 ans. Son corps est inhumé dans l’église de Saint-Louis-des-Français.


Chapelle Saint-Louis - Église Saint-Louis des Français de Rome

Retable représenant Saint-Louis roi de France


L’église est une exaltation de la France à travers la représentation de ses saints et de ses grands personnages historiques. Ainsi, en façade se trouvent les statues réalisées par Pierre de l’Estache qui représentent Charlemagne, Saint Louis, Sainte Clotilde, et Jeanne de France. En outre la salamandre de François Ier est présente aux extrémités.

A l’intérieur des fresques représentant l’Apothéose de Saint-Louis et de Saint-Denis ainsi que des histoires de la vie de Clovis et des Francs.

Elle est formée de trois nefs avec cinq chapelles de chaque côté, une décoration baroque d’un foisonnement de marbres, dorures et sculptures.

Les chapelles sont dédiées à saint Denis, sainte Cécile, Jeanne de Valois, Saint Louis, Saint-Sébastien, à l’Immaculée Conception et à la confrérie des Lorrains. La toile du maitre-utel est une Ascension de la vierge de Francesco Bassano.

Dans la chapelle Sainte Cécile, des fresques du bolonais Dominiquin représente des passages de l’histoire de Sainte-Cécile (1616-1617), et sur l’autel est exposé une copie de la Sainte Cécile de Raphaël réalisée par Guido Reni.

C’est dans la cinquième chapelle de gauche, la chapelle Contarelli, que se trouvent trois chefs-d’œuvre de Caravage: Le Martyre de saint Matthieu (1601), Saint Matthieu et l’ange (1602) et la Vocation de saint Matthieu (1601).

Une fresque au plafond de cette chapelle, la Résurrection de la fille d’un roi, représente un autre épisode de la vie de saint Matthieu, réalisée par le Cavalier d’Arpin, ancien maître de Caravage.

La quatrième chapelle côté sud est consacrée à Clovis et à sa conversion au catholicisme avec son baptême à Reims par Saint Rémi en 496, qui fit de lui le premier roi chrétien de France. Les œuvres de la chapelle datent du XVIe siècle. Au-dessus de l’autel, le tableau où Clovis détruit les idoles est de Jacopino del Conte. A droite, le baptême de Clovis est de Sermoneta, peintre de l’école de Raphaël. Sur la voûte sont présentés des épisodes narrés par Grégoire de Tours comme la prise de Soissons, le vase de Soissons et la bataille de Tolbiac.

La chapelle baroque dédiée à Saint-Louis est l’œuvre de Plautilla Bricci, une femme peintre, sculpteur et architecte, qui y travailla entre 1644 et 1680. A gauche, Catherine des Médicis présente à Saint Louis le plan de l’église de Nicola Pinson et à droite saint Louis apporte à Paris la couronne d’épines de Luigi Giminiani.

L’église conserve aussi plusieurs tombes, comme celle Pauline de Beaumont construite par son amant François-René de Chateaubriand, ou encore un monument dédié au peintre du XVIIe siècle Claude Lorrain, ainsi que la tombe du cardinal François Joachin de Bernis, qui était ambassadeur des rois de France (Louis XV et Louis XVI). Un monument aux morts est consacrés aux français ayant péri à Rome lors du siège de 1849.



Monument aux soldats français morts sous les murs de Rome 
Hommage du pape Pie IX


En contre-façade, le très bel orgue fut construit par Joseph Merklin en 1881.





lundi 5 mai 2025

Élection d’un doyen de Saint-Urbain (10)

 


La basilique Saint-Urbain, fondée par le troyen et  pape Urbain IV prenait le titre de « papale » et dépendait immédiatement de l’église de Rome. Le pasteur de Saint-Urbain était qualifié doyen et occupait une position élevée dans le clergé. C’étaient les chanoines du chapitre qui le nommaient.

Thomas Lemaître, doyen de Saint-Urbain, décède le 22 février 1646. 

L’élection de son remplaçant commence le 5 mars.

 Il y est procédé par Messieurs les chantres, trésorier, chanoines et chapitres de l’église, en présence du doyen et chanoine de l’église royale et collégiale Saint-Etienne de Troyes, protonotaire apostolique, et du cellérier et chanoine directeurs de l’élection, tous deux licenciés ès-lois, et de deux prêtres  chapelains, témoins. Une grand’messe du Saint-Esprit est d’abord célébrée par tous les chanoines résidant à Troyes, qui se rendent ensuite au chapitre pour voter.

 Ils sont dix. Il existe deux manières de faire l’élection : 

- par la voie du Saint-Esprit et par celle du scrutin ou du compromis.

 On décide d’abord de suivre la voie du Saint-Esprit. Le chantre avertit ceux qui seraient excommuniés ou suspendus des choses divines d’avoir à s’abstenir. Puis, chaque votant promet et jure à Dieu et à Saint-Urbain d’élire pour doyen celui qu’il croit le plus utile aux intérêts spirituels et temporels de l’Eglise.

 Le chantre vote le premier : « Moi, chantre et chanoine de cette église, mu par le Saint-Esprit, je choisis et élis pour doyen ou pasteur de cette église vénérable et discrète personne, maître Philippe Pépin, prêtre, bachelier en théologie sacrée, official, chanoine et archidiacre de l’insigne église de Soissons, que je regarde comme le plus utile pour soutenir la dignité de doyen et pour défendre les droits du chapitre ».

 Tous les autres chanoines confirment ce choix, excepté M. Nicolas Mérille, qui, restant assis, garde le silence et manifeste ainsi sa désapprobation.

 Dans l’élection par la voie du Saint-Esprit, il faut l’unanimité des suffrages.

 M. Guignard, qui préside l’assemblée déclare que cette élection n’ayant pas donné de résultat, on va procéder par la voie du scrutin. Il est décidé que l’on donnera les suffrages de vive voix.

 Le chantre, appelé à voter le premier dit : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, chantre de Saint-Urbain, je choisis et élis pour doyen et pasteur de cette église, vénérable et discrète personne M. Philippe Pépin, prêtre, bachelier en théologie sacrée, maire, archidiacre et d’église de Soissons, que je regarde comme le plus utile et le plus idoine pour soutenir la dignité de doyen et pour défendre les droits de l’église et ceux de tout le chapitre ».

 Tous les autres chanoines, excepté M. Mérille, font le même choix. Ce dernier exprime ainsi son vote :

« Moi, Nicolas Mérille, je choisis pour doyen ou pasteur de cette église vénérable et discrète personne M. Louis Lecourtois, naguère archidiacre et chanoine le Troyes, que je crois le plus utile et le plus idoine pour une telle dignité et pour défendre les droits du chapitre et de l’église ».

 Sur 11 votants, 10 ayant donné leur voix à M. Philippe Pépin, le chantre dit :

« Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, nous avons élu et choisi pour doyen ou pasteur de cette église M. Philippe Pépin ».

 Il sort du chapitre et près de la porte, il publie 3 fois à haute voix, en présence d’un grand nombre de personnes, l’élection qui vient d’être faite.

 Après cette publication, on se rend à l’église où l’on chante un Te Deum, avec accompagnement d’orgues, et au son du tambour.

 Le lendemain, 2 chanoines se rendent (à leurs frais) à Soissons pour informer M. Pépin de son élection.

 Quatre jours après, ils arrivent à Soissons, où M. Pépin accepte les fonctions, quoiqu’il se regardât « comme indigne de ce titre ».

 M. Pépin obtient les bulles papales et « exerce paisiblement ses fonctions de doyen ».   

 

 Pour rappel :

Urbain IV, né Jacques Pantaléon vers 1195 à Troyes, était le 182e pape de l'Église catholique, élu en 1261. Issu d'une famille modeste, il a commencé sa carrière ecclésiastique comme clerc à la cathédrale de Troyes avant de devenir évêque de Verdun et patriarche de Jérusalem.

Il est notamment connu pour avoir institué la Fête-Dieu en 1264, une célébration dédiée à l'Eucharistie. Son pontificat a été marqué par des négociations avec Louis IX et Charles d'Anjou pour la conquête du royaume de Sicile.

 

Scènes de la vie d’Urbain IV – Basilique Urbain IV – Troyes Aube (10) 


voir l'article : Basilique Urbain IV

voir l'article : Pape Urbain IV




vendredi 2 mai 2025

Les anciens octrois de la ville de Troyes

 

Le régime des octrois s’est poursuivi à Troyes, jusqu’entre les deux guerres mondiales. Ils ont été supprimés sous la Municipalité Emile Clévy.

On remarque encore quelques-uns des locaux abritant les agents qui percevaient les taxes.

Prenons l’exemple de l’un de ces bureaux, aux abords de la rue Voltaire, qui surveillait l’entrée des marchandises et denrées provenant de Sainte-Savine, formalité à laquelle les assujettis se pliaient sans enthousiasme.

Il faut se souvenir que les rapports entre Troyes et Sainte-Savine n’ont pas toujours connu le beau fixe qui les régit actuellement. A certains moments, ils ont même été très tendus. Cela se passe au temps de Napoléon.

A cette époque, Sainte-Savine n’est encore qu’une bourgade de minime importance. Elle compte au plus 600 habitants, comprenant une majorité de jardiniers et quelques vignerons. La Révolution, qui ne dédaigne pas la démagogie supprime les droits d’octroi, sans les remplacer. C’est priver les villes de leurs principales ressources. Comme elles ne peuvent s’en passer pour leur gestion, Napoléon les rétablit, tout au moins en partie.

Troyes s’entoure donc d’un réseau de surveillance et ses agents perçoivent certaines taxes, surtout sur les boissons. C’est alors que Sainte-Savine veut se soustraire à cette onéreuse obligation. Les troyens ne tardent pas à la soupçonner d’introduire en fraude, à la faveur de son voisinage, fûts de vin et bonbonnes d’eau-de-vie. Elle opère par la connexion de ses propriétés « en mettant à profit les ombres nocturnes ».

Plus tard, en 1887, la question rebondit. Les droits d’octroi jugés insuffisants, sont étendus aux légumes. Les maraîchers de Chicherey envahissent de leurs poireaux, carottes, échalotes et autres cornichons, le marché troyen, au meilleur prix, c’est-à-dire sans passer par l’octroi.

Comment s’y prennent-ils ? Ils sont si rusés et si habiles, qu’ils ne se sont jamais fait prendre.

Les archéologues de l’époque ont cherché à découvrir les souterrains  secrets reliant les deux communes. Aucun délit flagrant n’a jamais pu être établi. Les soupçons n’en avaient pas moins beau jeu ! Certes, entre voisins on ne s’est pas battu, mais on s’est accusé réciproquement avec commentaires à l’appui

Comment liquider ces différends ?

Par deux fois, en 1810 et 1818, la Ville de Troyes en appelle au Conseil d’Etat. Par deux fois, faute de preuves, la demande est déboutée et les Saviniens continuent impunément à faire la nique aux gabelous.

C’est ainsi que le gros village s’est dressé victorieux contre l’opulente Ville de Troyes !

L’indignation troyenne, surtout localisée dans les sphères municipales, ne fit que croître au cours des années et les dirigeants de la Ville aux octrois se sont lamentés de leur impuissance.

On en resta là pendant plus d’un demi-siècle.

 Il en est de  même avec la commune de Saint-Martin-ès-Vignes, qui favorise la fraude fiscale sur une échelle démesurée. En effet, cette commune est enclavée dans le territoire troyen. Les agents de l’octroi, trop peu nombreux, et liés par des règlements limitatifs, restent impuissants. A la faveur de cette situation, nombre de Troyens, « de ceux que l’on dit malins », possèdent une maison de campagne sur Saint-Martin. Ils en profitent pour rentrer en ville avec des paniers remplis et des poches rebondies, en narguant les gabelous à la faveur des ténèbres ou des embarras de voitures, et cela en plus de la contrebande perpétrée par les habitants de Saint-Martin eux-mêmes. La lutte dure 46 ans, puis cette commune est annexée par Troyes.









samedi 15 février 2025

Beurre et fromage... Histoires d'autrefois et recettes

 


A la fin du XIXe siècle, et tout au début du XXe, à Rumilly-lès-Vaudes, il n’était pas un ménage qui n’ait sa vache.

L’hiver, on allait chercher en forêt de la bruyère à la colée, c’est-à-dire en un sac porté à col, pour la nourrir. On récoltait aussi le châdron cornu (ce chardon est le cardère sylvestre. On le coupait très jeune alors qu’il était encore tendre) qu’on faisait cuire en buvée avec un peu de son.

Il n’était pas d’implorant troupeau comme aujourd’hui et le fermier qui possédait six vaches passait pour un gros propriétaire.

Chaque jour, deux fois par jour, la femme devait tirer sa vache. Pour cela, elle s’asseyait sur la sellote à trois pieds, le seau ou le pot – appelé trayo dans l’Aube – entre les genoux, après avoir attaché la queue de l’animal à une patte de derrière, de peur d’en être fouettée en plein visage pendant l’opération.

Quand la vache « sortait de vêler » il était indispensable de graisser ses mémelles avec du saindoux avant de la traire. Elle avait à ce moment le pis gonflée. C’était un inconvénient de courte durée.

A noter qu’à Courteron, dans une étable qui vendait le lait de ses vaches, et dès que le veau était sevré, la première traite était offerte gratuitement aux clients. On étrennait la vache.

C’était l’époque où le lait valait un sou. Peu après le prix en allait doubler.

Aujourd’hui en 2025, le prix moyen d’un litre de lait est de 1,42€ ce qui nous donne 186 sous ! ou encore 9,32Frs

Le lait était conservé dans des baquets de bois – bagnolets dans la Marne – ou mieux encore, dans des pots de grès qu’on enfermait dans la « laiterie », au frais et à l’abri des mouches.

Cette « laiterie », quand elle existait (1), était une pièce relativement petite, exposée au nord et qui ne voyait le jour que par une petite lucarne souvent ouverte mais très finement grillagée.

(1    (1) Dans l’Annuaire de l’Aube de 1837, Recherches hygiéniques sur la commune de Rouilly-Saint-Loup, il est écrit : « que ce sont dans des coffres ou maies que sont enfermés les vases où l’on conserve le lait et que s’opèrent les modifications que subit le liquide pour être transformé en beurre ou en fromage. »

 

LE TRAVAIL DU BEURRE

ménagère et sa baratte à beurre


Consommer du beurre était un luxe : la matière grasse la plus communément employée dans nos régions était le sain ou saindoux. Les fermiers ou particuliers qui possédaient une ou plusieurs vaches battaient le beurre pour l’aller vendre à la ville.

Pour faire le beurre, on levait la crème du lait après qu’on l’eut laissé reposer. La saucerate (Arcis) ou saucerote était une petite jatte employée à cet effet.

La crème murissait ensuite à bonne température dans la beurrière, un pot de grès qui comportait à sa base un orifice fermé d’une cheville, par lequel pouvait être soutiré le petit-lait.

La baratte dite baitoure, baitoire, baite-à-beurre, (1) ou encore bat-beurre, bate-bure (Marne), était emplie de crème jusqu’à dix centimètres du bord supérieur car il fallait prévoir une certaine augmentation de volume pendant l’opération.

(1    (1)  Patois de la forêt de Clairvaux – Troyes, 1887

Mon grand oncle décrit ainsi les barattes qu’il a connues à Vandy (Ardennes) : « On connaissait deux sortes de barattes : la baratte à main et la baratte normande. Nous avons connu le temps où l’on ne se servait que de la baratte en bois de chêne façonnée par le tonnelier du village. On la manœuvrait avec un piston à disque de bois souvent percé de trous. Elle se fermait avec un disque de bois souvent percé d’un trou pour donner passage au piston et pour sa manœuvre. La baratte normande était un tonnelet de bois posé horizontalement sur un chevalet fermé à la bonde par un carré de bois que l’on ouvrait pour verser la crème. On manœuvrait vigoureusement le manche pour battre la crème de la baratte à main ou bien on tournait la manivelle de la baratte normande qui imprimait au jeu de palettes, à l’intérieur, un mouvement de rotation rapide grâce auquel la crème se transformait vite en beurre, la crème étant à la température de 14 à 20 degrés. La manœuvre de la baratte à main était souvent longue et fatigante en hiver. »

Il évoque également l’instrument plus primitif encore dont se servait sa grand-mère dans la Marne : « J’ai connu la batte-à-beurre, grand pot en grès avec un bâton que ma grand-mère remontait et descendait verticalement jusqu’à ce que le beurre soit pris. »

On battait donc la crème jusqu’à ce que le beurre se fasse, jusqu’à ce que les fins globules s’agglomèrent. On le battait pendant parfois une bonne heure, quelquefois moins ; cela dépendant de la température, de l’état de l’atmosphère.

On retirait ensuite le beurre et on le plongeait aussitôt dans l’eau fraiche. Il restait le babeurre ou baratée (Marne) ou bature (Hte Marne), destiné aux porcs et aux volailles.

Alors, par petites poignées, on reprenait le beurre dans le baraton et on le triturait, on le frappait, de façon à ce qu’il ne reste aucune particule de ce petit-lait qui aurait risqué d’en empêcher la conservation. Parfois, pour satisfaire le goût des acheteurs, on le colorait et pour cela on employait les baies du coquet alkékenge.

 

Alkékenge ou amour en cage

L’hiver, il est toujours plus difficile que l’été de faire prendre le beurre. A Villiers-le-Brûlé, en 1776, on surmonte ainsi la difficulté. Les « bonnes femmes mettent quelques pièces d’argent dans la crème ou bien elles font bouillir du chou pour échauder la baratte. »

Le beurre était ensuite séparé par livres et demi-livres et décoré au mieux, souvent avec les dents d’une fourchette trempée dans l’eau tiède, avec laquelle on traçait d’élégantes arabesques.

Parfois, la demi-livre de beurre recevait forme dans un moule. Un moule de bois se composait d’un entourage mobile, quatre côtés à charnières, muni de crochets permettant de le fermer, et d’un couvercle à poignée, gravé d’un dessin approprié. On installait l’ensemble sur une plaquette, la plupart du temps rainurée.

Il suffisait d’introduire le pain de beurre (préalablement pesé) entre les quatre côtés du moule et de faire pression avec le couvercle à poignée. Le beurre renait alors la forme parallélépipédique de l’appareil ; les rainures de la planchette s’imprimaient à sa base et le dessin du couvercle sur sa face supérieure. 

moulage du beurrre

Certains moules étaient de terre cuite et vernissée, de forme circulaire et légèrement évasés, ils permettaient un démoulage facile.

Pour livrer le beurre à la consommation, on employait de larges et plats paniers d’osier, spécialement conçus pour la présentation aux clients des pains ainsi confectionnés et décorés.


LA FABRICATION DES FROMAGES




On levait ou non la crème, mais la conserver obligeait la ménagère à bien remuer son lait avec une longue cuiller de bois avant de le mettre en présure.

Cette présure ou préure, il en fallait trois gouttes pour deux litres de lait. Après quelques heures on obtenait la caillebote, ou caillebotée (Arcis) qu’on appelait aussi caillote (Aube) ou encore caillate (Savières).

La présure s’achetait chez le pharmacien mais les glossaires anciens nous apprennent qu’elle était tirée du veau tuée alors qu’il tétait encore. On la salait et la desséchait. La poudre obtenue était enfermée dans un nouet de linge ce qui en facilitait l’emploi.

Voici d’ailleurs la recette très exacte suivant laquelle elle devait être fabriquée :

- Prendre une caillette fraaîche, bien transparente et sans tache

- Vider le lait caillé qu’elle contient dans un récipient

- Ajouter un demi-litre à 1 litre de lait frais

- Quelques pincées de sel en poudre sec (3 à) 4 g

- Une noix de beurre de pain délayée dans du lait

- Passer le tout dans un linge fin, en pressant

- Laver la caillette à l’eau fraiche abondamment

- La saupoudrer intérieurement de sel

- Verser dedans la préparation précédente et nouer le haut de la poche

- La suspendre à une poutre du plafond et la laisser sécher. De temps à autre on la pressera légèrement pour en faire sortir l’air. On peut également la suspendre dans un nouet de linge fin, genre étamine.

- Lorsqu’elle est complètement sèche, elle ressemble à un fromage « sans croûte »

 Cette caillette de veau, la quatrième poche de son estomac, se nommait caillo ou casio (Chaource), cagé ou cagio. Mais pourquoi don nommait-on caillate le lotier corniculé ? Cette papillionnacée avait-elle le pouvoir de remplacer la présure ?

 Pour mettre le lait caillé dans son moule, on employait généralement une simple écumoire qui permettait de le séparer en couches minces ; le petit-lait ou lait-clé s’échappait par les trous de l’ustensile. (lait-clé est une déformation de lait-clair, dénomination du petit-lait lorsqu’il est utilisé en médecine).

 Ce petit-lait se nommait aussi mègue ou mègui, puron à Bayel et dans la Marne. De puron on a tiré le verbe puroner qui signifiait égoutter les fromages.

 Moules de terre cuite ou de fer blanc percés de trous, moules de bois et d’osier, ou encore de bois avec un fond de toile en mousseline, chaque région les a nommés différemment.

 On parlait volontiers dans l’Aube de chazron, mot qui diffère peu de chaseret, donné par le dictionnaire. Il se mue en châdron dans la Forêt d’Othe, en jazron dans la Marne où on emploie aussi les termes de forme ou fourme. A Fontette, le chaseret était nommé fochelle, alors qu’à Champignol on parlait de fachelle. On trouve également,  feisselle, fessielle, fiscèle, foisselle.

 Bref, le caillé continuait à s’égoutter dans ces moules pour se transformer en fromage mou qu’on pouvait consommer nature ou accompagné de sel, de poivre, d’oignon ou d’échalote. Il devait être homogène et onctueux. Si, par hasard il avait une apparence granuleuse et élastique, c’était du fromage floqué : la ménagère avait abusé de la présure.

Le fromage qui avait pris consistance mais qui n’avait pas encore abandonné la totalité de son petit-lait était le claque-en-bec (Savières) ainsi nommé probablement à cause du bruit que certaines personnes faisaient en le mangeant : une sorte de clappement produit par la langue. Ce claque-en-bec s’appelait encore piya à Savières car on s’en servait volontiers pour la nourriture des jeunes pieds ou piats. Dans la Marne, on parlait de fromage enfissièlé, adjectif tiré du mot fiscèle déjà cité, qui désignait le chaseret ou bien la claie sur laquelle on posait le formage afin qu’il y finisse d’égoutter.

Les claies ou éclisses étaient dénommées le plus souvent chazrotes (Aube-Marne) ou cajotes (Aube), retournates (Forêt d’Othe), ou encore champeignes (Savières). Elles permettaient de transporter les fromages encore humides sur la coulouise, une sorte de planche dont les rainures longitudinales se rejoignaient en une rigoulote destinée à récupérer le dernier petit-lait et à le déverser dans un seau, pour les porcs. Parfois, ce banc à fromages était monté sur quatre pieds dont deux plus courts que les autres, du côté où devait s’écouler le lait-clé.

Dès que le fromage était essuyé, il était assez ferme pour qu’on puisse le prendre plus facilement entre les mains et on l’installait sur une paillote, souvent simple tortillon de paille de signe, vrillé et disposé en une sorte de coussin rond légèrement plus large que le fromage à recevoir.

[ Monsieur Hugerot fabriquant de fromage de Chaource à Chaource, seul AOP de la région, indique qu’une certaine forme de paillote était confectionnée dans la région de Chaource et que quelques exemplaires existent au musée de Vauluisant à Troyes.

Son père lui racontait :

« C’est de l’alomé (1) que j’ai été chercher dans les bois. On pouvait utiliser de la paille d’avoine ou de l’osier fin »

Puis il décrit minutieusement la manière de procéder

« Il en prit de la main gauche une petite poignée, laissant dépasser les tiges d’une dizaine de centimètres, de la main droite, il tordit le petit bout sur lui-même en un tour complet pour lequel il se reprit une fois et qu’il cala dans sa main gauche. Il tendit les tiges ainsi roulées vers sa femme qui attacha d’une ficelle bien serrée le tortillon replié. Lorsqu’il ouvrit finalement la main gauche, les longues tiges forcées s’écartèrent en un éventail prêt à accueillir le fromage sur sa couche sèche ». ]

 C’est à partir de cet instant que se décidait du sort du fromage. On le faisait alors passer soit à l’air libre, soit enfermé dans un récipient. La ménagère faisait son choix ou plutôt elle se conformait à la coutume familiale ou locale et traitait ses fromages ainsi qu’elle avait de tous temps vu faire ses parents ou ses voisins.

(1   (1)  L’alomé = la Laumée est cette grande herbe sèche que l’on trouve dans les bois et qu’on ramassait autrefois pour en faire la litière des bestiaux. Plus particulièrement à Chaource, il s’agit du jonc épars que l’on cueille et travaille pendant qu’il est encore vert, alors qu’il possède encore toute sa souplesse.




 FERMENTATION A L’AIR LIBRE

Salés, poivrés, nos fromages étaient donc parfois enfermés dans une chazière, chazère (Courtenon), chaze (Fresnoy) ou châgnère (Forêt d’Othe). C’était une sorte de panier d’osier à plusieurs étages ou compartiments, qu’il était possible de suspendre de façon à ce que les chats et les rats n’y puissent atteindre. On pouvait l’installer là où la température, l’humidité de l’air semblaient les meilleures pour la parfaite transformation des fromages.

On pouvait aussi les disposer sur des claies mobiles d’osier ou, comme en Forêt d’Othe, sur un lattis cloué aux solives du plafond.

Ce séchage à l’air n’empêchait pas certains soins bien particuliers. On retournait très régulièrement les fromages et, régulièrement aussi, on les lavait, parfois avec du vin, du cidre et souvent même avec de l’urine. G. Groley assure dans l’Almanach de l’Est-Éclair, qu’on employait ce dernier liquide pour que les fromages ne pourrissent pas et ne soient point la proie de vers. On nous a affirmé d’autre part que l’urine apportait au fromage l’ammoniaque nécessaire à sa bonne fermentation, ce qui justifiait parfaitement un tel procédé qui n’est pas pour nous étonner.

Nous avons essayé de savoir comment se pratiquait l’opération. On nous a répondu qu’elle se déroulait le plus « naturellement » qui soit, à moins qu’on ne passe – mais c’était plus rare – les fromages dans un bain d’urine préalablement tiédie.

M. Henry, originaire de Savières raconte comment une très vieille cousine affirmait son souci d’hygiène. Elle se refusait absolument à pisser sur ses fromages et ne consentait à employer que de l’urine de vache.

FERMENTATION EN POTS

Toute aussi répandue était la technique qui consistait à enfermer les fromages dans un pot de grès pour qu’ils y murissent.

Selon les goûts, on les cendrait ou non. Pour obtenir les fromages cendrés, il suffisait d’alterner, dans le pot, formages et cendres de bois. Les personnes délicates que rebutait cette couche de cendres agglomérée autour des fromages, les enveloppaient au préalable de papier. Il parait que la saveur du produit était la même.

Ceux qui se refusaient à utiliser les cendres disposaient tout simplement leurs fromages dans les pots, entre deux feuilles, de platane par exemple. Mais il fallait que les récipients ainsi garnis restent parfaitement bouchés et soient remisés là où la température était la plus favorable.

Ainsi préparés et soignés, les fromages devaient être excellents. Il pouvait arriver cependant qu’une série ne réussisse pas. On obtenait alors un fromage piauleu ou un fromage gayeu, trop vite fermenté, dont la croûte se séparait d’une pâte qui coulait.

Encore heureux quand les mouches n’avaient pas pondu sur le fromage leurs oeuvs qui se transformaient rapidement en indésirables bloches, sauteux ou boutaqueux.


fromage encore vendu en pot en grès

Voici pour terminer, la manière dont, autrefois, était fabriqué le fromage de Langres.

« Aussitôt la traite, le lait étant encore doux, on en verse quatre litres dans un pot de grès auxquels on mélange intimement une cuiller à café de présure. Le pot est placé à douce température pendant 24 heures derrière la platine (le foyer).

Le caillé est ensuite levé par tranches horizontales à l’écrèmoire et placé soigneusement dans les fromeutes en terre cuite de 25 cm de haut et de 10 cm d’ouverture, de forme tronc-conique.

Il s’égoutte lentement pendant 48 heures.

Après quoi, on le sort du moule pour le saler, dessus d’abord, dessous ensuite. Le fromage est alors mis  sécher sur une planche rapprochée du plafond, à la cuisine.

Il faut, tous les deux jours et pendant une quinzaine, jusqu’à ce qu’il soit durci, le laver dans l’eau légèrement salée. La qualité du fromage passé ne s’acquiert qu’après un affinage de quatre mois. Les fromages sont rangés dans une caisse sur de la paille d’avoine ou dans des pots de grès, à la cave.

On continue de les laver une fois par semaine dans de l’eau légèrement salée et un peu tiédie. Ils sont bons à consommer quand ils ont une croûte rouge-orangée, époque où ils présentent alors une concavité caractéristique à la face supérieure et ont une odeur qui plait aux gourmets. »




HISTOIRES DE FROMAGE




« Napoléon s’installait le 23 février 1814 au soir dans une maison situé au milieu d’un verger et qui s’appelait : Château de Pouilly.

A peine installé, une villageoise demanda à voir l’Empereur pour lui dire qu’elle est fière d’avoir son fils Joseph Bouchard, artilleur à la 3ème Batterie de la Garde et elle lui remet à lire la lettre reçue de ce dernier, il y a huit jours, de Nogent.

L’Empereur la lui rendit en louant le grand dévouement de ce soldat et en lui promettant de porter au canonnier le souvenir de sa mère.

La brave femme remercia et offrit avant de partir un petit cadeau : un fromage de Barberey, chose rare durant l’invasion.

Napoléon accepta et écouta la seconde requête tendant à faire nommer son fils caporal.

« Cela demande réflexion, mais j’ai promis de m’occuper de votre Joseph. J’y penserai et s’il est aussi bon soldat que bon fils, il vous en dira des nouvelles » lui répondit-il.

Joseph Bouchard, après la prise de Troyes, fut nommé caporal, maréchal-des-logis et sous-lieutenant à la 5ème batterie.

Son avancement fut accompagné du sobriquet de capitaine Fromage ».

             Rapporté par Frère Jean




Banc à fromages à Lantages (près de Chaource)


Le curé des Riceys se préparait à déjeuner, un jour de Vendredi Saint, avec sa bonne qui était sa cousine. Sur la table était un beau codinde rôti, pour le repas.

Tout à coup, on sonne

- Ma cousine ! Portez le rôti à la cuisine et allez voir.

C’était Mahomet, un bonhomme du bourg qui venait faire une commission. Dès qu’il eut fini, le curé lui dit :

- Voyez-vous, Mahomet, je vous aurais bien invité à déjeuner aujourd’hui, mais justement, c’est un jour de Vendredi Saint et nous n’avons que du fromage à manger.

- Ah ! dit Mahomet, Mocheu l’curé, que du fromage à manger ? j’chavions pas qu’on mangeait du fromage avec des fourchettes ?

Peut-être avait-il aussi flairé la bonne odeur du cocinde rôti ?

Alors le curé :

- Ma cousine, rapportez le codinde, Mahomet en mangera bien un morceau et ne sera pas plus damné que nous pour un si petit péché.

(Histoire raconté à M. Hugerot de Chaource, par sa tante, la cousine du curé)

 

 

RECETTES TRADITIONNELLES

 

Gâteau au fromage

« Ma grand-mère, quand j’étais gamin avant la guerre de 14, me préparait des gâteaux avec de la farine, de l’eau, du saindoux et 4 bouts de vieux fromage qui sentaient. Elle aplatissait avec la paume de la main. Puis elle tirait un peu de braise sous le gril, pas trop. Je surveillais, la figure rôtie au feu. Les gâteaux grésillaient. Ils devenaient croustillants. C’était un dessert de choix qu’on ne grillait qu’au dernier moment et qu’on mangeait au fur et à mesure de sa préparation ».

 

La Galette en fromage

Sur la table, la ménagère verse la farine, y fait une fontaine où elle fait couler du saindoux ramolli, de l’eau tiède et salée. Du bout de ses doigts, elle « détrempe » la pâte, mélangeant légèrement ses ingrédients jusqu’à obtenir une grosse boule de pâte molette, pas liquide, mais surtout pas trop resséchée. Un linge dessus et repose-toi une heure, petite merveille.

Pendant ce temps, la ménagère prépare sa farce. Dans un seau elle met trois ou quatre formages mous bien égouttés, les broie avec la main, les écrase, les réduit en gros grains. Puis elle casse là-dessus un œuf entier, le mélange… et deux, et trois et dix, et douze œufs disparaissent dans le seau.

Le mélange œufs-fromage est maintenant homogène ; mêlons-y du sucre en poudre et de la crème ; remuons et brassons bien. Pour les proportions de ces différents ingrédients ? Ma belle-mère disait toujours : « je vois, je ne pèse pas, je mets à lure-lure ».

Ceci terminé, il fallait revenir à la pâte. On l’étale sur la table enfarinée avec un rouleau de bois. De ses doigts habiles, la ménagère manie à petites pincées, qu’elle dispose sur la pâte aplatie, une bonne quantité de beurre sur quoi elle replie sa pâte, les quatre angles venant se superposer au centre ; elle renouvelle ce travail trois fois avec un repos plus ou moins long entre les opérations.

Entre temps, on a allumé le four

Les plaquettes, ou tourtières ou platine (que de noms) ont été graissées. La pâte y est présentée. D’une main légère, la bonne fermière la régularise, passe le rouleau sur les bords. Au moment d’enfourner, elle verse dessus avec une grande poche, la farce qu’elle a encore bien remuée auparavant pour lui assurer une parfaite homogénéité. Notez que plusieurs personnes étaient occupées à cette fabrication. L’une enfournait sur la longue pelle de bois les tartes que l’autre y avait déposées et qu’une troisième emplissait de farce, juste au moment de l’engouffrement. 

En une demi-heure environ, le four avait donné à chaque petit chef-d’œuvre une cuisson, un doré, que nos fours de cuisinière ne sauront jamais obtenir avec cette régularité, ce « juste à point » si difficilement réalisé.

Mangée toute chaude ou froide ou tiède, c’était un délice.

 

Fromage grillé

Pour terminer le repas, (dit un vieillard), ma mère posait tout simplement devant la braise une tartine de fromage blanc qui tenait debout grâce à un couteau pointu piqué à l’arrière, en arc-boutant, devant la cheminée… Le fromage jaunissait et était meilleur. Loa mère ne mangeait que les bouts jaunis au feu, elle donnait les autres au chat. C’était une difficile qui se servait beaucoup de son gril. 

 

La fromagée

La fromagée ou fromagie (Aube-Marne) correspond à la trempée qui, elle se fait avec du vin. Elle consiste généralement en du pain émietté dans une jatte de lait.

A Saint-Phal, elle était faite de lait caillé battu avec du sel, du poivre, de l’échalotte et des fines herbes. C’était une nourriture rafraichissante que les ouvriers emportaient aux champs pendant les travaux d’été.

 

Greumlets

A Savières, on appelait Greumlets une sorte de soupe composée de petites miettes d’une pâte friable qu’on laissait tomber dans du lait en ébullition. On ajoutait du sel et un peu de poivre. Cinq minutes de cuisson suffisaient.

Les greumlets étaient fort connus à Arcis-sur-Aube et à Ramerupt où on disait gremets. Il était d’usage d’en confectionner pour régaler les teilleurs de chanvre le dernier soir de leur ouvrage. La « soirée des greumlets » se poursuivait ensuite par des danses et des jeux.

 

Paysanne à la traite en 1964 - St André les Vergers


Recette de fromgeye, préparation fromagère salée en pot



Le Fromgeye est une spécialité au fromage blanc égoutté, assaisonnée et conservée des mois dans un pot. Cette préparation au fromage se déguste tartinée sur du pain, sur lequel on parsème des échalotes ou des oignons frais hachés. C'était autrefois, une manière de conserver longuement les fromages blancs faits maison.

 

Ingrédients :

3 pots de fromage blanc

sel

poivre moulu

Préparation :

Faites égoutter séparément les fromages blancs dans des lignes propres jusqu'à ce qu'ils deviennent très secs. A ce stade, il n'y a plus aucun liquide, petit lait. Comptez environ 5 jours.

Prenez un pot en grès.

Placez au fond du pot une couche bien serrée de fromages, tassez, salez, poivrez, puis continuez jusqu'à épuisement du fromage et remplissement du pot.

Fermez hermétiquement avec un papier sulfurisé par exemple, puis laissez reposer dans un endroit sec pendant au moins 6 semaines.

A l'ouverture, retirez le dessus un peu moisi, puis découvrez un beau fromage onctueux, jaunâtre, absolument délicieux.

Dégustation :

Sur du pain nature ou recouvert d'échalotes ciselées, d'oignons hachés ou de ciboulette hachée.

Tartinez sur des tranches de pain grillées, recouvrez d'un mélange de crème fraîche épaisse et d'ail haché.

 

 Bon appétit

 


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