vendredi 23 août 2024

Baronnie de Poussey et son église de Maizières

 


Écartelé : au 1er de gueules à la grange d’or,
au 2e d’azur au lion d’or,
au 3e d’azur à trois étoiles d’or ordonnées en chevron couché,
au 4e de gueules à la roue dentée d’argent remplie en écartelé de gueules et de sinople.


Au Nord-Est de Maizières que se trouve le hameau de Poussey. Le nom de "Poussey" serait d'origine celtique. Il viendrait de Pouilly, de Paull - mare - terrain bas et aquatique, pauwl, pull, marais; poël, mare, étang, d'où Pouan, Pougey, et Poucey. De fait, la contrée de Poussey est assez marécageuse.

Poussey était un finage de Maizières* qui formait une baronnie de l'évêque de Troyes

 La seigneurie de Poussey est mentionnée dès le Xe siècle, et relevait de l’évêque de Troyes, nous donnant l’origine des « Barons de la Crosse ». Chaque seigneur rendait à ce prélat foi et hommage, lui présentait aveu et dénombrement.               

Trois siècles plus tard, elle fut mouvante du Roi et du Chapitre de la Sainte-Chapelle du bois de Vincennes, à qui Charles V la donna en dotation, et le 20 février 1389. L’Evêque de Troyes rédigea à ce sujet des lettres d’amortissement.

Dès le Xe siècle, les seigneurs de Poussey avaient droit de justice sur les habitants de Poussey, Maizières et Origny.

 Après notre évêque Anségise (914-970), les premiers barons de cette seigneurie appartiennent à la famille de Mesgrigny :

Jean I, Guyot de Mesgrigny,

Jean II, baron de Poussey en partie, seigneur de Mesgrigny, Fontaine-les-Bar-sur-Aube, Fontaine Saint-Georges, Villy-le-Maréchal, Assenay… (il servit avec armes et chevaux les rois de France, Charles VII et Louis XI),

Edmond Maret (mari de Claude, fille du précédent).

La famille Raguier (dont Louis, évêque de Troyes 1426-1450) est celle qui posséda le plus longtemps la baronnie de Poussey :

Dreux Raguier, Antoine Raguier, Jacques Raguier, Charles Raguier, Pierre Raguier, Gaspard Raguier, Armand Raguier, Hector Raguier, Anne Raguier.

Cette dernière n’eut qu’une fille Angélique Cécile, qui se maria en 1713, à Jean-Charles de Mesgrigny. Cette alliance fit rentrer la seigneurie de Poussey dans la famille de Mesgrigny, qui la possédait au XIVe siècle.

 Il y eut ensuite :

Louis IV Le Peletier de Rosanbo (1717-1760), marié en 1738 avec Marie-Claire-Aimée de Mesgrigny d'Aunay (1718-1761), arrière-petite-fille du maréchal de Vauban qui lui apporta en dot l'hôtel particulier de la rue Jacob (actuel no 56). Carrière : président à mortier (1736).

Le Peletier de Rosanbo

[de Rosambo   (également orthographié « Rosambo », « Rozambo » ou « Rosambault » ]

son fils Louis Le Pelletier de Rosambo, seigneur en partie de Méry, de Marcilly-le-Hayer, d’Orvilliers, Origny et baron de Poussey et de Maizières,

son fils, Louis V Le Peletier de Rosanbo (né en 1747, guillotiné le 21 avril 1794), marié en 1769 avec Marguerite de Lamoignon de Malesherbes (née en 1756, guillotinée le 22 avril 1794), fille de Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes - ministre de Louis XVI, puis défenseur de celui-ci lors de son procès révolutionnaire, guillotiné le 22 avril 1794 - ; président à mortier au parlement de Paris (1765).

François-Etienne Lenoir de Balay, fils du conseiller-secrétaire du roi,

Jean-Louis Bayle son cousin, ancien religieux des Chartreux, que la Révolution avait chassé de son couvent, et qui eut le titre de chanoine honoraire de la cathédrale de Troyes,  J-B. de Lesseps, époux de Marie-Anne Françoise Bauzil de Rivette, héritière de Jean-Louis Bayle.

Le parc attenant présentait un peuplier "remarquable tricentenaire mesurant 8 m de circonférence". M. de LESSEPS, ancien sous-préfet de Nogent-sur-Seine, qui posséda le domaine par sa femme de 1830 à 1850 aimait tant cet arbre qu'il avait construit entre ses branches une sorte de fauteuil où il se livrait à la lecture et à l'étude. Il y mourut le 29 juin 1850.

Le terme de "château" désigne maintenant la demeure qui aurait été aménagée dans les communs d'un édifice féodal détruit vraisemblablement aux alentours de 1700. 

Le domaine de Poussey fut alors occupé par MM. de Mortarieu et de la Rachée, qui le vendirent en 1858.

Le château ne comprenait alors que la partie centrale basse où se distinguent deux lucarnes. Mais elle changea profondément d'aspect après son acquisition par les frères JULIEN en 1858. Ils firent construire deux importantes ailes en briques avec cave, rez-de-chaussée et deux étages pour loger leurs familles respectives. L’église doit à tous deux de splendides verrières qui perpétuent leurs noms et leurs bienfaits. 

Châtellenie de La Grève

 



J’ai réalisé ce chapitre, en choisissant cette châtellenie, pour montrer toutes les implications qui pouvaient exister à cette époque.

 Le village de « La Grève » et le château fort qui ont occupé le territoire de ce nom, devenu celui de la châtellenie, ont disparu depuis longtemps, leur destruction remontant à la fin de la guerre de Cent ans.

 Le territoire qu’ils occupaient faisait partie des finages de « Crancey » et « Faverolles ». On trouve le souvenir de cette localité dans les chartes anciennes. C’est ainsi que dans celles de l’abbaye de Scellières il est fait mention d’un moulin qui existait à La Grève en 1324.

 Les habitations de la Grève se trouvaient entre le hameau de « Maugis » constituant un fief et le hameau de « Faverolles », dépendant du finage de « Saint-Hilaire ».

La châtellenie de la Grève ne porta pas toujours ce nom, son siège ayant été transféré à Crancey, village ressortissant de sa juridiction, elle devint la baronnie de Crancey, suite à la vente que Charles de Gonzague fit de ce domaine en 1602.

 Anciennement possession de la maison de Traînel et de Pont-sur-Seine, réunie au domaine royal par l’acquisition qu’en fit, en 1316, Louis de France, devenu par la suite roi sous le nom de Louis-le-Hutin, la baronnie de La Grève (ou de Crancey) fut comprise dans le marquisat de Pont-sur-Seine où elle demeura jusqu’en 1790.

 Elle avait dans sa mouvance le village de « Crancey » et le fief de « Maugis », « Gélannes » et les fiefs de « Grand’Maison », « Accins », des « Coutumes de Gélannes » et du « Petit-Mesnil », « Origny-le-Sec », « Saint-Hilaire », et le hameau de « Faverolles ».

 « Crancey » : ce village mouvant de la châtellenie de La Grève et par suite de la couronne de France semble avoir été déjà habité à l’époque gauloise. Il a été fortifié au XVIe siècle. La porte de l’enceinte a été abattue vers 1784.

 « Maugis » : fief de hameau du finage de Crancey, mouvant en plein fief de La Grève. Il a été divisé en 2 parties : le fief du Grand-Maugis et celui du Petit-Maugis. Le Petit Maugis était composé comme le Grand de maisons, étables… et il eut les mêmes propriétaires. Lors de la Révolution de 1789, la ferme de Maugis, comprenant les 2 fiefs, fut adjugée 600 livres à Joseph Blaise, marchand, demeurant à Troyes.

 « Gelannes » : cette terre et seigneurie était mouvante et plein fief de la châtellenie de La Grève. Le village est situé sur l’ancienne route de Nogent à Troyes. On y a découvert des médailles d’Auguste.

 En 1230, Anseau de Traînel, seigneur de Voisines, possédait la terre et seigneurie de Gelannes qui, plus tard, fut réunie à la châtellenie de La Grève. Après avoir passé en plusieurs mains, le domaine de Gelannes demeura jusqu’à la Révolution, la propriété des seigneurs de La Grève.

 « Grand’Maison », ce fief sis à Gelannes, mouvait des seigneurs de La Grève et en arrière-fief du roi à cause de sa grosse tour de Troyes. On l’appelait ainsi parce que les bâtiments qui en dépendaient occupaient l’emplacement où était autrefois la maison seigneuriale de Foujon*.

 « Accins » : fief, sis à Gelannes, eut parmi ses possesseurs, ceux de Gelannes.

 « Petit-Mesnil » : fief à Gelannes, dit le « Terrage du Petit-Mesnil » appartint aux mêmes possesseurs cités plus haut.

 « Origny-le-Sec » : jadis dépendant du bailliage de Sens, et mouvant en plein fief de la châtellenie de La Grève. Il y eut dans ce village un prieuré de l’Ordre de Saint-Augustin.

 « Saint-Hilaire » : village mouvant en fief de main-morte (incapacité dont sont frappés les serfs, au Moyen Âge de transmettre leurs biens à leur décès) de La Grève, avec le hameau de Faverolles. Il y avait un prieuré simple de Bénédictins, dit prieuré de Saint-Claude, dépendant de l’abbé de Molême. Il avait été fondé, en 1110, par Granier de Traînel, seigneur de Pont-sur-Seine, et son frère Philippe, évêque de Troyes. Ce prieuré avait été détruit par les Calvinistes au XVIe siècle.

 « Faverolles » : hameau de la commune de Saint-Hilaire, était mouvant de la châtellenie de La Grève.


 « Les Châtelains de La grève » 



La châtellenie de La Grève était anciennement une baronnie appartenant à la puissante maison de Traînel, en même temps que la châtellenie de Pont-sur-Seine : Ponce 1er de Traînel, en 1079, et après lui, ses 2 fils, Anneau et Garnier 1er, qui se partagèrent les domaines paternels.

En 1115, Garnier II de Traînel, chevalier était seigneur de Marigny.

En 1170, Garnier III de Traînel, fils de Garnier II, possédait le domaine de Marigny.

En 1239, Garnier IV de Traînel était seigneur châtelain de Marigny et de La Grève. Marie de Traînel, fille de Garnier V, en 1277, rendit foi et hommage à Jean de Nanteuil, évêque de Troyes, pour la part des seigneuries de Marigny et de La Grève. Morte sans enfants, son héritage retourna à sa sœur Agnès de Traînel dame en partie de Marigny et de La Grève, mariée à Poincet de Thil-en-Auxois. Ce dernier rendit hommage à l’évêque de Troyes pour la seigneurie de Marigny.

En 1277, il est seul seigneur de Marigny et de La Grève.

En 1312, Guillaume de Thil-en-Auxois possède la châtellenie de La Grève, comme héritier de sa mère. Il la vend avec ses dépendances de Crancey, Faverolles, Gelannes et Origny, à Louis de France, comte de Champagne et de Brie, roi de Navarre, fils aîné de Philippe-le-Bel et de Jeanne, reine de Navarre et comtesse de Champagne.

Louis, devenu roi de France en 1314, sous le nom de Louis-le-Hutin, mourut sans héritier mâle, en 1316. Jeanne demeurait seule héritière de la couronne de France, mais selon la loi salique (loi qui excluait les femmes de la succession, tant qu’il restait des héritiers mâles), Louis-le-Hutin eut pour successeur aux trônes de France et de Navarre, et au Comté de Champagne, son frère Philippe-le-Long, couronné en 1317 et décédé en 1322, sans héritier mâle. Il avait obtenu de Jeanne un traité par lequel elle renonçait au royaume de France.

La châtellenie de La Grève faisait alors partie du domaine royal. Charles-le-Bel, frère et successeur de Philippe-le-Bel, obtint, en 1322, de Jeanne de France alors mariée à Philippe d’Evreux, un traité par lequel elle renonçait à ses droits sur le comté de Champagne.

Charles-le-Bel mourut en 1328, sans laisser d’enfants mâles. Marguerite de France donne en 1356 à sa petite fille Marguerite de Flandre, La Grève.

Elle se maria en 1369 à Philippe II de France, dit le Hardi. Décédés lui en 1404, elle en 1408, leur troisième fils Philippe de Bourgogne hérita de la châtellenie de La Grève, mais il fut tué à la bataille d’Azincourt.

Son fils, Charles de Bourgogne, comte de Nevers, devint seigneur de La Grève. Il décéda en 1464, l’héritier fut son frère Jean.

En 1519, La Grève fut attribuée à Marie d’Albret, femme de Charles de Clèves, comte de Nevers. Décédée en 1549, son fils François 1er de Clèves, duc de Nevers, possède La Grève.

En 1560, Jacques de Clèves obtient La Grève, qui passe à son décès en 1564, à sa fille Marie de Clèves.

En 1607, la Châtellenie est vendue à Claude de Berziau, et en 1608, à Achille de Harlay conseiller du roi, qui la revend en 1631 à Claude Bouthillier de Chavigny*. Décédé en 1652, la baronnie de La Grève échut à son petit-fils Gilles-Antoine de Bouthillier, qui sera grand vicaire du diocèse de Troyes et décèdera en 1695. Ensuite, on trouve comme seigneur de La Grève François Bouthillier*, évêque de Troyes.

En 1779 le domaine est acheté par le prince François-Xavier de Saxe, beau-frère du Dauphin, fils de Louis XV.

 Ces biens furent confisqués en 1790, et la République les mit en vente le 3 floréal an VI (22 avril 1798).

 

Histoire du département de l'Aube (10)

 



 La tribu gauloise des Tricasses, qui, dans l’origine, occupait le territoire formant la plus grande partie de l’Aube, est une des moins connues des historiens ; elle dépendait sans doute de la confédération rémoise et sénonaise, et son histoire se confond avec celle des Remi et des Senones, ces fidèles alliés des Romains. César ne fait pas mention des Tricasses ; Pline et Ptolémée ne font que les nommer.

Le pays des Tricasses appartenait à la Gaule celtique et fut compris d’abord dans la première, puis dans la quatrième Lyonnaise. Ravagé par les Bagaudes en 286, il fut, en 451, le théâtre d’une sanglante bataille, que les Romains et les Francs leurs alliés livrèrent à l’armée d’Attila dans les Champs catalauniques, plaines voisines de Troyes. Attila, vaincu, dut se retirer, laissant, dit-on, trois cent mille hommes sur le champ de bataille.

Nous trouvons, dès le Ve siècle, ce pays, ainsi que celui des Remi (Reims) et des Catalauni (Châlons), désigné, à cause de son apparence physique, sous le nom de Campagnia, Champagne, le pays des plaines. Après l’invasion des barbares, la Champagne fut divisée entre le royaume des Burgondes et celui des Francs, puis, au partage de la Gaule entre les fils de Clovis, elle fit partie du royaume d’Austrasie. Jusqu’au Xe siècle, des chefs militaires, nommés à vie et révocables titre de comtes ou ducs de Champagne. Deux de ces ducs sont connus pour la rôle important qu’ils semblent avoir joué à l’époque sanglante de Frédégonde e et de Brunehaut l’un, Lupus, fut le conseiller et le favori de Brunehaut ; l’autre, Wintrio, d’abord partisan de la reine d’Austrasie, finit par conspirer contre elle et fut mis à mort par son ordre (597). Quelques-uns mentionnent encore comme ducs de Champagne, vers la fin du siècle suivant, Drogon, Grimoald, Théodoald, qu’ils font fils et petits-fils de pépin d’Héristal.

La dynastie des comtes de Champagne commence avec Robert, troisième fils de ce comte de Vermandois, Herbert II, descendant de Charlemagne, allié de Hugues le Grand et qui trahit Charles le Simple. Robert n’avait hérité de son père que de Vitry et de quelques bourgades ; comme tant d’autres, il profita des années tumultueuses qui préparèrent l’avènement définitif de la race capétienne ; il s’empara de Troyes contre l’évêque Anségise, s’agrandit encore d’Arcis, de Rhetel, de Mézières, de Donchéry et prit le titre de comte de Troyes. C’est lui, dit-on, qui institua le conseil des sept pairs de Champagne, qui tenaient les états et les grands jours de la province ; ces sept pairs étaient (ou furent plus tard) les comtes de Joigny, de Rhetel, de Braine, de Roucy, de Brienne, de Grand-Pré et de Bar-sur-Seine.

Son frère Herbert et Étienne, fils de celui-ci, régnèrent pieux et paisibles sous le roi Robert. Étienne étant mort sans enfant, son cousin Eudes, petit-fils de Thibaut le Tricheur, déjà comte de Blois, Chartres, Tours, Beauvais, Meaux, fonde la seconde maison de Champagne et la plus illustre.

Le chef de la maison de Blois et de Champagne, Thibaut le Tricheur, était, suivant les uns, d’origine normande et parent de Rollon ; suivant Raoul Glaber, il était fils d’un Champenois, Hastang ou Hastings, les Normands étant venus piller la Champagne, Hastings s’enrôla et fit fortune. Son fils Thibaut, élevé de bonne heure dans le métier, se rit remarquer de ses compagnons et devint un de leurs chefs. Il seconda Hugues le Grand dans ses intrigues et ses luttes contre Louis d’Outre-mer et obtint le comté de Troyes en épousant une fille d’Herbert Il de Vermandois. Les vieux vers suivants expliquent le surnom qu’on lui donna :

 

« Thibaud de Chartres fut fil et enguigaux,

Chevalier fut moult et proux et moult chevaliroux,

Mais moult par fut cruel et moult fut envioux.

Thibaud fut plein d’engein et plein de feintie ;

A homme ne à femme ne porta amitié ;

De franc ne de chétif n’ot mercy ne pitié,

Ne ne douta de faire maloeuvre ne péché. »

 

Le fils de Thibaut le Tricheur, Eudes, fut le premier mari de la fameuse Berthe, qui épousa le roi Robert et en eut un fils nommé également Eudes ou Odon. Eudes II et le roi Robert se prétendirent tous deux parents d’Étienne et se disputèrent sa succession ; Eudes s’en empara et la garda. Par la réunion de ces deux grands fiefs de Blois et de Champagne, il comptait plus de grands vassaux et a il se trouva plus puissant que le roi capétien. Il fut le plus turbulent, le plus ambitieux des comtes de Champagne. Il commença par soutenir la reine Constance et son fils Robert contre Henri Ier ; puis il se sentit assez fort pour s’attaquer à l’empereur d’Allemagne. Il prétendit contre Conrad II à la couronne d’Arles, à celle de Lorraine et rêva un nouveau royaume d’Austrasie.

Le roi de Bourgogne, Rodolphe III, avait légué ses États à l’empereur Conrad Il. Eudes, neveu de Rodolphe par sa mère Berthe, réclama et courut se mettre en possession de la Bourgogne. Il en soumit tout d’abord la plus grande partie. Une députation de la ville de Milan, révoltée contre l’empereur, vint lui offrir la couronne d’Italie ; la Lorraine l’appela contre son nouveau duc, Gothelon, créature de Conrad. Eudes pensait déjà se faire couronner à Aix-la-Chapelle. Il envahit la Lorraine et s’empara de Bar. Mais les vassaux de l’empire marchèrent contre lui ; Eudes fut défait et tué, de la main même de Gothelon, qui lui trancha la tête. Il ne put être retrouvé parmi les morts que par sa femme, Ermangarde (1037). Cette puissance redoutable du comte de Champagne s’affaiblit sous ses deux fils, qui se partagèrent ses États. Thibaut Ier, l’aîné, finit cependant par les réunir, à la mort de son frère Étienne.

Étienne III, fils de Thibaut Ier, fut tué en Palestine, où il était allé secourir Baudouin. L’aîné de ses fils, Étienne, hérita de Blois et disputa à Henri Plantagenêt le trône d’Angleterre, qu’il finit par occuper ; le puîné Thibaut Il ou le Grand, eut la Champagne. Thibaut Il fut l’ami de saint Bernard. Par la protection qu’il accorda au neveu d’Innocent III, nommé malgré le roi Louis VII à l’archevêché de Bourges, il attira d’effroyables malheurs sur la Champagne. Louis VII vint ravager toute la province. Vitry fut incendiée ; treize cents personnes, hommes, femmes et enfants, qui s’étaient réfugiées dans l’église, périrent au milieu des flammes. Saint Bernard conclut le traité de paix.

Son successeur, Henri Ier le Large ou le Libéral, fit faire de grands travaux. La Seine fut partagée au-dessus de Troyes en trois canaux, dont deux traversèrent la ville, qui se trouva assainie et où de nouvelles manufactures s’établirent. Il enferma les faubourgs dans la ville en les entourant d’une nouvelle enceinte et de tours. C’est également sous son règne que fut achevée l’église Saint-Étienne.

Henri II le Jeune se croisa avec Philippe-Auguste, s’attacha à Richard Cœur de Lion et devint roi de Jérusalem en épousant, malgré l’excommunication lancée contre lui, Isabelle, sœur et héritière de Baudouin V. Thibaut III, son frère, comte de Blois et de Chartres, réunit de nouveau les deux domaines ; il épousa la fille de Don Sanche de Navarre et mit cette nouvelle couronne dans sa famille. Il était suzerain de plus de dix-huit cents fiefs, lorsqu’il fut choisi pour conduire la croisade que prêchait Foulques de Neuilly. La mort le surprit au moment du départ, et le commandement passa au comte de Flandre, son beau-frère. La plupart de ses vassaux partirent cependant, et parmi eux le maréchal de Champagne, Geoffroi de Villehardouin, qui devait être l’historien éloquent de cette merveilleuse expédition.

Le plus célèbre des comtes de Blois, Champagne et Brie fut son fils, Thibaut IV le Posthume ou le Chansonnier, non pour sa gloire de souverain : il porta la couronne de Navarre, alla en croisade comme la plupart de ses prédécesseurs et n’en joua guère un plus grand rôle ; mais l’homme, le prince libéral, l’amant de la reine Blanche, l’imitateur original des troubadours, le poète gracieux et spirituel est resté populaire.

Pendant sa minorité, sa mère, Blanche de Navarre, gouverna ; c’était une femme forte comme la mère de saint Louis. Un compétiteur, mari d’une fille du comte Henri II, appuyé de plusieurs puissants seigneurs, Erard de Brienne, ayant attaqué la Champagne, Blanche leva aussitôt l’armée de ses vassaux fidèles, en appela à la cour des pairs de France, se fit rendre justice, obtint du pape une excommunication contre l’envahisseur et assura l’héritage de son fils.

Thibaut fut de bonne heure envoyé par sa mère à la cour de Philippe-Auguste. Il fit ses premières armes sous Louis VIII, au siège de La Rochelle ; il s’y comporta vaillamment. C’est vers ce temps, dit-on, qu’il tomba amoureux de la reine et que son génie poétique s’éveilla. « Il se partit tout pensif, et lui venoit souvent en remembrance le doux regard de la reine et sa belle contenance. Lors si entroit dans son cœur la douceur amoureuse ; mais quand il lui souvenoit qu’elle estoit si haute dame et de si bonne renommée, et de sa bonne vie et nette, si muoit sa douce pensée en grande tristesse. Et pour ce que profondes pensées engendrent mélancolie, il lui fut dit d’aucuns sages hommes qu’il s’estudiât en beaux sons et doux chants d’instruments, et si fit-il. »

Lui-même a dit :

« Au revenir que je fis de Florence

S’émut mon cœur au petit de chanter,

Quand j’approchois de la terre de France

Où celle maint que ne puis oublier.

Celle que j’aime est de tel signorie

Que sa beauté me fit ontrequider ;

Quand je la vois, je ne sais que je die,

Si suis surpris que ne l’ose prier. »

 

Louis VIII mourut en revenant du siège d’Avignon. Thibaut fut accusé de l’avoir empoisonné. Durant la minorité de saint Louis, Thibaut fut, malgré sa versatilité, le meilleur appui de la régente. L’amour et la jalousie, à ce qu’il semble, eurent plus de part à sa conduite que la politique. « Il couroit vers ce temps-là un bruit-, savoir que le seigneur légat et la reine Blanche ne se comportoient pas ensemble ainsi qu’il estoit convenable. »

Aussi Thibaut penthotal d’abord du côté des barons ; mais il se ravisa et vint rendre hommage au roi. La ligue se trouva une première fois dissoute. Afin de gagner plus sûrement Thibaut à la cause féodale, Pierre Mauclerc, le chef des mécontents, lui offrit sa fille Yolande, et Thibaut accepta. Yolande fut amenée jusqu’à Valserre. Le mariage allait être célébré, quand un billet de la reine rengagea Thibaut. Pierre Mauclerc, ainsi outrageusement joué, s’en retourna en Bretagne, et la guerre commença aussitôt ; elle ne devait pas tarder à punir Thibaut de ses légèretés et de ses trahisons et à amener de grands malheurs en Champagne.

La reine avait convoqué le ban royal contre Mauclerc ; la plupart des seigneurs, bien que du parti de celui-ci, obéirent. Leur service féodal était de quarante jours ; dès qu’ils furent expirés, le duc de Bourgogne, les comtes de Boulogne, de Bar, de Sorez, les sires de Coucy, de Châtillon et d’autres quittèrent l’armée du roi pour aller envahir la Champagne. Tout le pays fut dévasté. Le comte de Champagne lui-même, pour se défendre, fut contraint de brûler plusieurs de ses villes, Chaumes, Épernay, Les Vertus et Sézanne. Les bourgeois de Troyes, auxquels s’étaient joints les hommes d’armes du sire de Joinville (père de l’historien), réussirent à se débarrasser du duc de Bourgogne, qui les assiégeait.

Mais il fallut que Thibaut implorât le secours du roi. Saint Louis s’avança en personne à la tête de son armée, et les barons se retirèrent. Mais dès l’année suivante, après le débarquement du roi d’Angleterre, Henri III, ils revinrent plus nombreux saccager les terres du comte de Champagne. Ils l’accusaient plus haut que jamais d’empoisonnement. Thibaut leur livra bataille et fut vaincu ; deux cents de ses chevaliers furent faits prisonniers ; lui-même s’enfuit comme il put jusqu’à Paris. Louis et Blanche s’entremirent, et la paix fut conclue à la condition que Thibaut prendrait la croix et irait combattre les ennemis du crucifié.

Thibaut ne se hâta point et ne partit que neuf ans après avec un grand nombre de ses vassaux et de ses anciens ennemis, entre autres Pierre Mauclerc, et le duc de Bourgogne. Dans l’intervalle, il était devenu roi de Navarre par la mort de Don Sanche (1234). La croisade finit assez honteusement pour tous. Thibaut revint la même année, abandonnant soixante-dix de ses chevaliers. Depuis, dit Roderic, il s’appliqua à gouverner ses États de Champagne et de Navarre avec -justice et douceur et à y maintenir la paix. Il résidait tantôt à Pampelune, tantôt dans son château de Provins, où, entre autres magnificences, il avait fait peindre en or et en azur ses chansons, paroles et musique, au milieu d’Amours et de cœurs percés de flèches. Le commerce de Champagne prospéra d’ailleurs sous ce règne, et Thibaut établit un grand nombre de « communautés de bourgeois et de villageois en qui il se fiait plus qu’en ses soldats (Albéric). » Il mourut quelques mois avant Blanche de Castille, à Pampelune (1253).

Son fils et son successeur, Thibaut V, épousa Isabelle de France, fille de saint Louis ; la demande en avait été faite par son sénéchal de Champagne, le sire de Joinville. La roi de Navarre suivit son beau-père à sa seconde croisade et mourut comme lui de fatigue au retour ; il mourut en Sicile. Sa couronne et ses seigneuries furent l’héritage de son frère Henri III, qui n’est célèbre que pour son excessif embonpoint et mourut en 1274 d’une attaque d’apoplexie.

Henri III ne laissait qu’une fille, Jeanne, âgée de trois ans. La Navarre se souleva et fut menacée à la fois par les rois d’Aragon et de Castille. Jeanne alors fut confiée par sa mère au roi Philippe III, qui, se déclarant le tuteur de la mère et de la fille, envoya une armée en Navarre pour assurer les droits de l’héritière. Jeanne épousa Philippe le Bel, qui gouverna avec sa femme la Navarre et la Champagne. C’était une princesse remarquable par sa beauté et son esprit ; c’est elle qui fonda le collège de Navarre, à Paris. Avec elle s’éteignit la maison de Champagne (1304). « Famille plus aimable que guerrière, dit AI. Michelet, poètes, pèlerins, croisés, les comtes de Blois et Champagne n’eurent ni l’esprit de suite ni la ténacité de leurs rivaux de Normandie et d’Anjou. » Le fils aîné de Jeanne, Louis le Hutin, devint roi de Navarre et comte de Champagne avant d’être roi de France ; on sait qu’il ne laissa qu’une fille également nommée Jeanne. Philippe le Long s’empara à la fois de la couronne de France, de la Navarre et du comté de Champagne ; en 1324, Charles la Bel obtint de Jeanne elle-même et de son mari, la comte d’Évreux, une renonciation à ses droits sur la Champagne et sur la Navarre. Cette renonciation, parait-il, n’avait été consentie qu’en faveur de Charles et de ses héritiers directs, et à l’avènement de Philippe de Valois, les contestations recommencèrent entre le roi et Jeanne. Philippe rendit la Navarre et obtint une renonciation nouvelle à la couronne de Champagne. Depuis cette époque, malgré les réclamations et les tentatives du fils de Jeanne, Charles le Mauvais, roi de Navarre, la Champagne fut regardée comme une province dépendante du domaine royal. Elle y fut solennellement réunie par le roi Jean en 1361.

Plus qu’aucune autre, la province de Champagne, ouverte de tous côtés, eut à souffrir des calamités de la guerre de, Cent ans ; les Anglais, les grandes compagnies, les malandrins la ravagèrent incessamment ; c’est en Champagne que se forma (1362) la grande compagnie composée d’Anglais, d’Allemands, de Gascons, de Belges, qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Tard-Venus, « parce qu’ils avaient encore peu pillé au royaume de France et s’en voulaient dédommager âprement. »

Rappelons seulement la belle conduite de Henri de Poitiers, évêque de Troyes, qui se mit à la tête d’une armée, battit et chassa Robert Knolles, et la victoire de Barbazan à La Croisette (1430). La Champagne fut donnée par Henri V, roi d’Angleterre, au duc de Bourgogne, et l’une des conditions du traité d’Arras, conclu en 1437 entre Charles VII et Philippe le Bon, fut la cession au duc du comté de Bar-sur-Seine. Ce traité, qui assura la retraite définitive de l’étranger, mit fin aux malheurs de la Champagne dans cette période. La Champagne peut disputer à la Lorraine l’honneur d’avoir donné Jeanne D’arc à la France. Au siècle suivant, les troupes de Charles-Quint envahirent deux fois la Champagne et incendièrent Troyes.

La Réforme amena des désastres plus terribles encore. La noblesse de Champagne entra tout d’abord dans l’Union catholique. Le prince de Condé, voulant renforcer le parti protestant, y appela les Allemands du comte palatin Casimir. Les reîtres y commirent longtemps toutes sortes d’excès, et lorsqu’en 1576 Henri III se soumit à payer ces pillards afin de les renvoyer chez eux, l’argent se faisant attendre, ils vécurent encore trois mois à discrétion dans le pays. Presque tout entière à la Ligue, la province ne se soumit à Henri IV qu’après son abjuration (1594).

Constitué dans sa forme actuelle, en 1790, par l’Assemblée nationale, le département de l’Aube n’eut pas à souffrir de l’invasion de 1792, arrêtée à Valmy, ni du règne de la Terreur en 1793, mais il fut en 1814 le théâtre principal de la lutte de Napoléon contre les armées alliées ; les noms de Brienne, de La Rothière, de Rosnay, d’Arcis-sur-Aube, de Nogent, de Méry appartiennent à l’histoire de cette immortelle campagne, où les habitants de la Champagne rivalisèrent avec nos soldats de patriotisme et de courage.

Après les Cent-Jours, en 1815, l’étranger envahit de nouveau le département de l’Aube et ne s’en retira qu’après une occupation de trois ans, en 1818. Une ère de prospérité suivit de 1818 à 1870, pendant laquelle la Champagne vit son industrie et son commerce prendre un rapide et profitable essor.

Si, pendant l’invasion de 1870-1871, il ne se livra point de nouveaux combats dans le département de l’Aube, il eut cruellement à souffrir des excès et des pillages des Prussiens, qui y séjournèrent près de dix mois. On évalue à 6 672 783 francs 16 centimes les pertes éprouvées par le département de l’Aube pendant cette funeste époque.

jeudi 22 août 2024

Maison Templière de Villiers-lès-Verrières (10)



Ce fut seulement en 1209, presque un siècle après la fondation de leur ordre, que les Templiers s’établirent à Villers-lès-Verrières, lieudit du village de Verrières.

C’est Helvis Chasnel de Saint-Jean de Bonneval qui, du vivant même de son second mari, voulut entrer en religion comme sœur du Temple, en apportant sa dote aux Templiers, avec l’accord de ses 2 fils.

1 - la maison qu'elle avait derrière celle de Pierre de Daudes (hameau, commune de Montaulin), dans la rue de « Buschet »

2 - les terres et les prés qu'elle possédait à Daudes.

3 - trois arpents de pré à Montaulin (canton de Lusigny).

4 - dix journaux (jugera), à prendre parmi les meilleures terres que Théodoric, son premier mari, lui avait laissées en douaire, sur le finage de Villers.

5 - deux hommes de corps: Renald Arembert, de Villery (canton De Bouilly), et Renaud, de Saint-Jean-de-Bonneval.

En dehors de cette donation, faite à titre définitif et irrévocable, Helvis abandonna aux Templiers l'usufruit viager qu'elle avait de toute la terre de Villers, qui constituait son douaire. A sa mort, cette terre ferait retour à ses héritiers, à l'exception des 10 journaux ci-dessus mentionnés, des 3 arpents de pré de Montaulin, des deux hommes de corps et des acquêts qu'elle avait pu faire avec Charnel, son second mari.

Les deux fils d'Helvis, Guillaume et Pierre, approuvèrent et ratifièrent cette double libéralité, qui fut enregistrée sous le sceau de l'évêque de Troyes, Hervé, en l'an 1209, sans indication de mois.

L'année 1209, suivant le style de l'époque, commença le 20 mars, date de la fête de Pâques. Or, la donation du chevalier Geoffroy de « Meceon », dont nous allons parler, eut lieu le 9 avril suivant. Un très court intervalle, 18 jours au maximum la séparerait donc de celle d'Helvis, supposé qu'elle lui fut réellement postérieure. Voici quel en fut l'objet Du consentement d'Emeline, sa femme, et de Pierre, son fils, le chevalier Geoffroy donna aux Templiers:

1 - le tiers de tout ce qu'il possédait à Villers-lès-Verrières, à Daudes et depuis Clérey jusqu'à Troyes, en prés, vignes, terres, hommes, cours d'eau et emplacement de moulins.

2 - le fief de dame Marguerite, femme de Guiard de Fresnoy « de Fruxino »

3 - le droit que Geoffroy et les siens avaient à l'héritage d'Ermenjarde, femme du chevalier Thomas.

4 - un autre fief, sis à Daudes, et que tenait du dit Thomas, le chapelain Etienne, petit-fils de Philippe de Colaverdey.

Quant aux deux autres tiers de ses biens, Geoffroy les vendit aux Templiers moyennant 300 livres, monnaie de Provins. Cette somme fut payée comptant, de sorte que l'official de la Cour de Troyes Henri, sous le sceau duquel l'acte fut passé, en donna décharge aux Templiers, et les investit sur-le-champ de leur nouveau domaine dans la personne de frère Haymard « Frère qui était à cette époque le trésorier du Temple de Paris », leur représentant.

Pour les cinq années qui suivirent la fondation de la maison de Villers, il n’y a rien à relater, mais en 1214, nous relevons un acte d'échange entre le chapitre de Saint-Etienne de Troyes et les Templiers. Par cet acte, notifié au mois d'août, sous le sceau de Barthélemy, doyen de Saint-Etienne, le chapitre céda aux Templiers tous les droits qu'il avait sur la personne de Milon de Villers, sur sa famille et sur ses biens; en retour, les Templiers abandonnèrent au chapitre les droits équivalents qu'ils avaient sur un jardinier des Trévois, nommé Martin.

La Champagne était alors administrée par Blanche de Navarre, veuve du comte Thibaut III et régente de son fils mineur Thibaut IV, connu plus tard sous le nom de Thibaut le Chansonnier. Si, dans la lutte qu'elle eut à soutenir contre Erard de Brienne, la jeune comtesse ne recula devant aucune libéralité, pour stimuler le zèle des vassaux de Champagne et gagner à sa cause des barons restés neutres, ou ayant déjà pris parti pour Erard, elle chercha également à se concilier la bienveillance du pape, et, ce qui valait mieux encore, la protection du ciel, par d'abondantes aumônes faites aux établissements religieux de la région.

Marquisat de Saint-Phal

 

Georges de Vaudrey, marquis de st-Phal par Louis le Nain.
musée Saint Loup de Troyes


La généalogie de Vaudrey produite en 1670 devant M. De Caumartin (Louis-François Le Fèvre de Caumartin de Boissy d'Argouges 1624-1687), intendant de Champagne (1667 à 1673), nous voyons que deux membres de cette famille ont porté le prénom de Georges et possédé la seigneurie de Saint-Phal, que l’un était mort en 1608 et que l’autre, fils du premier, mourut en 1616.

 Georges II de Vaudrey était le fils de Georges 1er de Vaudrey, gouverneur et bailli de Troyes en 1853, et de Jeanne du Plessis de Beaupréau. Cette dernière mourut à Paris en avril 1854, et ses restes mortels furent transférés à Troyes et inhumés en l’église collégiale de Saint-Etienne. Tout le clergé, tous les corps de la ville, les pauvres des hôpitaux de Saint-Nicolas, de la Trinité et de Saint-Bernard, 100 autres pauvres, dont 50 étaient de la terre de Saint-Phal, avec des torches, se rendirent en cette église pour le convoi.

 Le père de Georges II, en qualité de bailli de Troyes, fonction qu’avait également remplie Anne de Vaudrey, son grand-père, seigneur de Saint-Phal et bailli de Troyes, était le premier personnage du pays. On sait en effet que les baillis, malgré les restrictions apportées à leurs attributions primitives, étaient encore dans les derniers siècles de la monarchie, des fonctionnaires occupant une haute situation. C’est ainsi que la reine de France, Louise de Lorraine (1553-1601), épouse d’Henri III, roi de France (de 1575 à 1589), passant à Troyes le 7 juillet 1582, revenant de son pays natal, après avoir été se loger à Saint-Lyé, maison de campagne de l’Evêque de Troyes, le lendemain, elle alla coucher au château de Saint-Phal, où elle fut reçue somptueusement par Georges de Vaudrey, marquis de Saint-Phal. Elle en partit ensuite pour se rendre en Bourbonnais, où le roi devait se trouver.

 Georges II épousa en 1608 Anne Largentier, fille de Nicolas Largentier, baron de Chapelaine, seigneur de Chamoy et de Vauchassis, et de Marie La Mairat. Il était alors chevalier de l’ordre du Roi. Son grand-père, Anne de Vaudrey, bailli de Troyes du 28 novembre 1559 au mois de février 1579, époque de sa mort, fut élu député de la noblesse du baillage de Troyes aux Etats-Généraux de 1560 et 1576. Il prit part au siège de Vézelay en 1569, en qualité de maréchal de camp, et se signala par son intolérance envers les protestants. Enfin, il acquit un triste renom en devenant l’un des exécuteurs de la Saint-Barthelemy à Troyes. Le 4 septembre 1572, il fit massacrer 45 personnes qu’il avait fait incarcérer peu de jours auparavant et qui étaient convaincues ou simplement soupçonnées, d’avoir favorisé la propagande des idées de la Réforme.

 Le bailli Anne de Vaudrey tombe malade en janvier 1579, et meurt au château de Saint-Phal fin février. " Avant d’aller rendre son compte à Dieu, il fut les 8 derniers jours de sa vie, agité d’horribles frayeurs, d’un grand effroi, de tremblements et de chagrin. Pendant celle qui précéda son décès, il blasphémait, furent entendus en sa chambre des cris fort épouvantables de voix horribles et confuses,  qui ne cessèrent qu’à sa mort ". Un service fut célébré en son honneur, à Saint-Etienne, le bailli étant paroissien né de cette collégiale de fondation royale. Anne de Vaudrey eut pour successeur son fils Georges, seigneur de Saint-Phal, marquis de Beaupréau, dans sa fonction de bailli. Le château de Saint-Phal fut contesté par sa mère. Il se fait alors appuyer, dans ses prétentions, par l’échevinage, en raison de la sûreté que ce château donne à la ville contre les ennemis venant de Tonnerre et de l’Auxerrois.

 Georges 1er, fils d’Anne et père de Georges II, se rallia au Béarnais, et lorsqu’en 1592, le duc de Guise mit le siège devant le château de Saint-Phal, la garnison résista courageusement sous les ordres du capitaine La Planche. Le duc de Guise dut lever le siège. Ses soldats se vengèrent de leur insuccès en mettant le feu au pays dont un tiers fut brûlé.

 Voici un fait, dont le principal auteur est Georges-Anne-Louis de Vaudrey, chevalier, seigneur de Saint-Phal, descendant de 2 anciens baillis de Troyes, assisté de 22 de ses domestiques ou sujets. La plainte lui reprochait d’être, en 1660, entré dans la chapelle de Mâchy, pendant les vêpres, d’avoir interrompu le service, fait sortir le prêtre et cesser l’office, d’avoir maltraité les habitants de saint-Phal, d’avoir enlevé, sur le grand chemin, Jeanne Aubron, fiancée d’Etienne Gauthier, d’avoir amené cette fille dans son château en la plaçant en croupe sur son cheval, de l’avoir forcée et violée, d’avoir battu et excédé ledit Gauthier qui s’opposait à l’enlèvement de sa fiancée, d’avoir avec plusieurs de ses domestiques et Taulin, son fils naturel, battu dans sa maison une femme, laissée pour morte, d’avoir abattu et démoli, dans Saint-Phal, plus de 20 maisons et la halle, où se tenait le marché et l’auditoire (enceinte où l’assemblée se réunit), d’avoir obligé les habitants à tenir leurs plaids (assemblées) dans son château, et exigé d’eux chacun 3 livres pour avoir le droit de vendanger, d’avoir saisi chevaux, voitures et vendange et emmené les gens prisonniers au château, de les avoir battus et maltraités, mis au cachot pendant 15 jours, et exigé d’eux 3 livres pour leur rendre la liberté, d’avoir fait dépouiller et vendanger 12 arpents de vigne, et d’avoir battu et emprisonné plusieurs habitants pendant 7 mois… …

 Pendant l’instruction, de Vaudrey fut arrêté et retenu prisonnier. Il obtint sa remise en liberté sous caution et ne reparut plus. Les complices furent laissés en liberté et tous furent condamnés par défaut. Ils furent bannis par le Parlement, les grands-Chambres, la Tournelle et celle de l’Edit assemblées, à cause de la qualité du principal coupable, pour 3 années de la prévôté de Paris, du bailliage de Troyes et de celui de Saint-Phal, avec injonction de garder leur ban (terme de féodalité, convocation des vassaux directs du roi pour le service militaire), sous peine de la hart (la corde dont on étranglait les criminels). Ils furent condamnés à 800 livres parisis de dommages-intérêts envers le sieur et dame de Portebize, plaignants, 400 livres d’amende, applicables au pain des prisonniers de la conciergerie du Palais. De Vaudrey fut condamné, aussi par défaut, en 8.000 livres de dommages-intérêts, 2.400 livres pour le pain des prisonniers, à tenir prison pour lesdites sommes. Il lui fut fait défense de récidiver, sous peine de la vie, ni de tenir les prisons et auditoire de sa seigneurie, dans l’enceinte de son château. Il fut condamné à construire d’autres prisons, qui ne pouvaient être plus basses que le rez-de-chaussée, et aussi un auditoire. Les plaignants sont déclarés exempts de tous droits seigneuriaux envers le condamné et sont placés sous la sauvegarde du roi (arrêt du 13 février 1665).

 Georges-Anne-Louis de Vaudrey n’était pas seulement violent et emporté, car d’autres faits de cette sorte lui sont reprochés. Il régit mal ses domaines, se mésallie en épousant Jeanne Aubron, qu’il avait enlevée et enfermée dans son château, et dont il eut 2 filles qui firent des mariages en dehors de la condition de leur père, qui déjà avait un enfant naturel, qui, sous le nom de Jean Taulin, prenait part aux nobles actions de son père.

 Enfin, en 1672, la seigneurie de Saint-Phal fut saisie sur lui, achetée sur décret par le comte d’Avaux, qui bientôt revendit cette belle seigneurie au comte d’Aiguilly, Nicolas Dauvet Desmarets, grand-fauconnier de France. Pendant cette dernière procédure, Georges de Vaudrey commit contre les gardiens en grand nombre des violences extrêmes, s’empara du château de Machy (18 km de Troyes) et se réfugia dans celui de Chamoy, d’où il menaçait sans cesse les gardiens de Saint-Phal et les nouveaux acquéreurs.





le château de St Phal aujourd'hui disparu

La châtellenie relevait des terres de l'Isle et recouvrait les terres de Crésantignes, Machy, Motte-Félix et de la Cour-saint-Phal. Les seigneurs de Saint-Phal étaient une puissante famille de la cour de Champagne aux XIIe et XIIIe siècles, on relève cinq abbesses de l'abbaye Notre-Dame-aux-Nonnains et leurs armes étaient d'or à la croix ancrée de sinople, au franc canton de gueules.

Jeanne d'Arc écrivait de ce château, en 1429 aux habitants de Troyes.

En 1440 Saint-Phal appartenait à Pierre de Montot qui fit entrer la seigneurie dans la famille Vaudrey en mariant sa fille à Arthur de Vaudrey chambellan à la cour de France et maître d'hôtel des rois Charles VII, Louis XI et Charles VIII. Il fut la propriété de Anne de Mont-Gomery, époux de Anne de Vaudrey en 1555 et ses armes, emmanchées de gueules et d'argent se voyaient encore au château. La seigneurie devint un marquisat sous le règne de Louis XIII.

En 1675 il est la propriété de Nicolas Dauvet, comte de Marets, grand fauconnier de France.

Il entre dans la Maison de Hénin-Liétard en 1705 par Jacques-Antoine marquis de Blaincourt et de Saint-Phal, baron de Dienville et mestre de camp de cavalerie. Puis en 1765 à Marie de Félix-Dumuy, comtesse de Ribière et à Charles marquis de Créqui son époux.

Le château passe ensuite dans les mains de Jacques Corps, seigneur de Saint-Phal, conseiller du roi au Grand Conseil, mort en 1798. Le dernier propriétaire est le gendre de celui-ci, M. de Mazin de Bouy.





Le marquisat de Saint Phal




mardi 20 août 2024

Piney un village de l'Aube


Piney est dérivé du nom pisiniacus, composé de Pisini,nom d'homme latin et du suffixe gaulois Ac, marquant les noms de lieux.

C'est donc un domaine gallo-romain possédé par Pisinus, établi en ce lieu entre les 1er et 4ème siècles près de la voie romaine Troyes-Naix-les-Forges, appelée les chemins des romains. Cette ancienne voie constitue la limite avec la commune voisine d'Onjon.

Avant la révolution, la commune s'appelait Piney-Luxembourg en l'honneur des seigneurs du lieu, la

Maison de Luxembourg

Après la 1ère Guerre Mondiale, les PTT suggérèrent de donner des noms de complément à de nombreuses communes pour éviter les confusions. Piney demanda alors le nom de Piney-Luxembourg, mais ce fût refusé par peur de voir le courrier s'acheminer vers le Grand-Duché. Revanche tardive, la commune a adopté les armes du Luxembourg en les entourant d'une bordure d'or chargée de huit quintefeuilles de gueules, symbolisant la Forêt d'Orient, divisée au XVIe siècle en deux parties, l'Orient de Brienne et l'Orient de Piney.

Le territoire de Piney comptait autrefois de nombreuses vignes dans les lieux-dits « les Grandes Treilles », « les Vignes de Villiers », « les Plants »? Il existait deux corderies à Piney, celles de M. Guyot et M. Clément, qui fabriquaient des cordes, avec des fibres issues de l'écorce du tilleul, jusque milieu du XIXe siècle. Les bâtiments existent encore.


Eglise saint martin de Piney


En 869, Charles le Chauve fit restituer Piney à l'église de Lyon, qui la vendit au milieu du XIIIe siècle au comte de Champagne.

L'importante seigneurie de Piney fut érigée en duché, puis en duché-pairie en 1576 et 1581 en faveur de François de Luxembourg. Sa petite-fille épousa Charles-Henri de Clermont-Tonnerre, et leur fille unique apporta Piney à son mari, François-Henri de Montmorency, maréchal de Luxembourg ; les Montmorency-Luxembourg gardèrent Piney jusqu'à la Révolution.

Église refaite en 1877-1878 dans un essai heureux de style du XVIe siècle.

La nef du XVIe siècle et les partie basses et occidentale des bras du transept (restes des arcs des anciens bas-côtés) ont été conservées.

Période(s) principale(s) : 16e siècle

Période(s) secondaire(s) : 4e quart 19e siècle

Dates : 1878 (daté par source, daté par travaux historiques

Église Saint-Martin, édifiée au XVIe siècle. Menacés de ruine, son chœur et son transept ont dû être démolis en 1877. C'était une paroisse du doyenné de Brienne, à la collation de l'évêque, elle avait comme succursales : Brantigny, Villeloque, Villers-le-Brûlé. 

L'église des XVIe et XVIIe siècles était sur un plan rectangulaire avec une abside en saillie, 31 m de longueur, 21,8 m pour la nef et 13 m de hauteur sous nef. L'abside à cinq pans était voûtée. Le portail était remanié en 1735. Mais menaçant ruine, elle devait être rebâtie au XIXe siècle. 

Le chœur et les transepts furent rebâtis en 1877 par l'architecte Roussel. Mais faute de crédits, de grandes parties furent détruites, car en mauvais état en 1884 et 1888.


Dans cette église le tableau « L'adoration de la Vierge » du XVIIè siècle replacé après restauration. Cette toile représente la Vierge adorée par Charles-Henri de Clermont-Tonnerre, duc de Luxembourg et de Piney et Marguerite-Charlotte de Luxembourg, accompagnée de Charlemagne et de sainte Marguerite

Adoration de la Vierge par Charles-Henri de Clermont-Tonnerre et sa femme, 
avec leurs saints patrons : Saint Charlemagne ; sainte Marguerite ; Vierge ; prière

Huile sur toile H = 280 ; la = 195    Toile du XVIIe

Charles-Henri de Clermont-Tonnerre était de duc de Luxembourg et de Piney.

Mgr Marsat, cons. AOA, lors de l'établissement de la liste en 1980.

Restauré par S.A.H. en 1985.

lundi 19 août 2024

Seigneurie de Piney et Villiers-le-Brûlé

 Baronnie puis duché de Piney 

La baronnie de Piney (Aube-10) est tenue par la Maison de Brienne depuis le Xe siècle. Elle passe dans la maison de Luxembourg en 1397, lorsque Pierre Ier de Luxembourg, déjà comte de Saint-Pol, hérite du comté de Brienne. En 1482, le comté de Brienne est dévolu à un cadet, Antoine de Luxembourg. Ce dernier transmet Piney en même temps que Brienne à sa descendance.

En 1576, le roi Henri III érige la baronnie de Piney en duché pour remercier François de Luxembourg de ses « bons et loyaux services ». Le duché comprend les terres d'Amance, Brévonnes, Champ-sur-Barse, Géraudot, Lesmont, Onjon, Pel-et-Der, Piney, Puits-et-Nuisement, Rouilly-Sacey, Val-d'Auzon, Vauchonvilliers, Vendeuvre. Même s'il est officiellement duc de Piney, François de Luxembourg se dit « duc de Luxembourg ».

Le titre passe successivement aux maisons d'Albert et de Clermont-Tonnerre avant de s'éteindre en 1878 dans la maison de Montmorency.

Napoléon est passé par Piney en 1814, au lendemain de la bataille de la Rothière. Il y a dormi une nuit, dans une maison qui fut celle de François de Luxembourg, premier duc de Piney par la grâce du roi Henri III.

François de Luxembourg (1542 - 1613)


Décédé le 20 septembre 1613 à Pougy, à l'âge d'environ 70 ans

1er prince de Tingry (1587 - ) 1er duc de Piney (1576 - ) comte de Ligny-en-Barrois et de Roussy
baron de Piney ( - 1576) 11e baron de Tingry ; Seigneur d'Obsonville, d'Amance, de Brévonnes, de Champ-sur-Barse, de Géraudot, de Lesmont, d'Onjon, de Pel-et-Der, de Puits-et-Nuisement, de Rouilly-Sacey, de Val-d'Auzon, de Vauchonvilliers et de Vendeuvre

Parents

Antoine de Luxembourg (1513 - 1557), chevalier, comte de Brienne, colonel des légionnaires de Champagne et de Brie ;

 Marguerite de Savoie-Tende (1515 - 1591) Née en 1515 décédée le 15 juillet 1591, à l'âge d'environ 75 ans

Elle est fille de

René de Savoie-Tende (1458 - 1525), comte de Tende, gouverneur de Provence, grand sénéchal de Provence

Anne Lascaris (1487 - 1554), comtesse de Tende, dame d'honneur d'Éléonore d'Autriche


François de Luxembourg est

Marié  le 13 novembre 1576, avec Diane de Lorraine (1558 - 1586), dame d'honneur de Louise de Lorraine, leurs enfants sont : 

 - Henri (1583 - 1616)

    Né le 11 octobre 1583 décédé le 23 mai 1616 à Jargeau, à l'âge de 32 ans Sépulture à Ligny-en-Barrois

 - Marguerite (1585 - 1645)

Née en 1585 à Paris décédée le 9 août 1645 dans cette ville, à l'âge d'environ 59 ans

- Louis ( - 1602) : pair de France ; ambassadeur à Rome ; capitaine de gendarmes ,

     Marié le 31 mars 1599, avec Marguerite de Lorraine (1564 - 1625)


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