mardi 8 octobre 2024

Château de Brienne

 

Le château de Brienne se trouve dans la ville de Brienne-le-château

Avant l’actuel château existait un château féodal composé d’une enceinte et d’un donjon. Il avait été construit par les seigneurs de la première race qui, tous se prénommaient Gautier, Hugues ou Erard. Ils vécurent du XIe au XIVe siècle, s’illustrant autant aux croisades que sur la terre de France. Leur race s’éteignit par la mort de Gautier VI à la bataille de Poitiers où périt la fleur de la chevalerie française.

Leur succédèrent les Luxembourg, puis les d’Amboise et à partir de 1640 les Loménie, qui dès lors prirent le nom de cette terre et s’appelèrent Loménie de Brienne. Lorsqu’un peu plus de 100 ans plus tard, en 1757, Louis Marie Athanase de Loménie, lieutenant général au Gouvernement de Guyenne hérite du château, celui-ci est dans un piètre état : la première nuit qu’il y coucha, les rats lui mangèrent un soulier ! Les Loménie étaient pauvres et réparer le château coûtait cher, aussi l’archevêque de Toulouse, puis cardinal, Etienne Charles de Loménie de Brienne, le frère aîné de Louis Marie Athanase, conseilla-t-il à son frère d’épouser une riche héritière. Celui-ci épousa donc Marie-Anne Etiennette Fizeaux de Clémont, protestante qu’il convertit pour la circonstance.

Les 500.000 livres de dot passèrent en majeure partie à démolir l’ancien château et à construire le nouveau. Celui-ci fut commencé sur les plans de l’architecte Jean-Louis Fontaine en 1770. On l’inaugurait le 25 août 1778, le jour de la Saint-Louis pour faire coïncider avec cette fête celle du constructeur.

En fait, on travaillait encore à Brienne en 1789. La construction du château a donc duré 19 ans et n’a été achevée qu’à la veille de la Révolution française.

On sait qu’il fallut faire de très gros travaux de terrassement. On sait aussi que le nouveau château ne fut pas tout à fait construit sur les plans de l’ancien, car les Loménie continuèrent à vivre dans l’ancien tant que le nouveau ne fut pas achevé.

La vie dans le nouveau château était joyeuse et l’on ne s’ennuyait pas.

L’abbé Morellet, un mémorialiste de l’époque, qui fit plusieurs séjours à Brienne rapporte : « La magnificence se déployait surtout aux fêtes du comte et de la comtesse. Des concerts, des musiciens venus de Paris, des danses, des tables dressées dans les jardins, des vers et des chansons par l’abbé Vanmal ou par moi, la comédie accompagnée de petits ballets, où dansaient la jeune et jolie Madame d’Heudetot et Madame de Damas, et d’autres jeunes personnes, donnaient à Brienne l’éclat et la magnificence de la maison d’un prince ».

Il y avait un cabinet d’histoire naturelle, un cabinet de physique et un physicien démonstrateur « de quelque mérite » du nom de Deparcieux qui venait de Paris et passait 6 semaines ou 2 mois pour faire des cours aux dames.

Un autre mémorialiste, le comte Beugnot, nous dit que sur le théâtre de Brienne, situé sous le pavillon de gauche et auquel on accède par un souterrain qui débouche directement sur le flanc de la colline, Madame de Brienne, elle-même avait la hardiesse de jouer des rôles de soubrette « qu’avec son âge et sa figure elle eut été plus prudente de ne pas aborder ».

Survint la Révolution, survint la Terreur. Louis Marie Athanase périt sur l’échafaud. On vendit son mobilier. Sa veuve fut autorisée à demeurer dans le château. A la chute de Robespierre on lui rendit ceux des meubles qui n’avaient pas encore été vendus et elle, qui par sa dot avait permis la construction du nouveau château, mourut à Brienne en 1812.

Par alliance, le château passa alors à la famille de Bauffremont qui le conserva jusqu’en 1933, date à laquelle elle le vendit à un marchand de biens, et c’est à ce marchand de biens que Monsieur le Préfet de l’Aube a décidé le Conseil Général à acheter le château pour y établir un hôpital psychiatrique et également pour sauver un monument historique.

En janvier 1814, au cours de la bataille, Blücher avait mis le feu à Brienne pour retarder l’attaque française. Emu, Napoléon avait promis de rebâtir la ville, d’acheter le château et d’y fonder une résidence impériale et une école militaire. A Sainte-Hélène, il disposa par testament qu’« un million serait prélevé sur son domaine  privé pour la ville de Brienne, et que 200.000 francs seraient distribués aux habitants de Brienne-le-Château qui avaient le plus souffert ».

A la mort de Napoléon il fut impossible d’exécuter cette clause du testament, et c’est Napoléon III qui la fera exécuter, en partie en construisant l’hôtel-de-ville actuel. On ne peut que savoir gré au Préfet de l’Aube et au Conseil Général d’avoir pris en main la sauvegarde de ce château qui fait partie de la grande histoire et était appelé à tomber en ruine.


Statue et hôtel de ville édifiés sous Napoléon III entre 1855 et 1859. Bâtiment dû à l'architecte Garrel ; statue de Napoléon par le sculpteur Louis Rochet. Ensemble inauguré le 29 mai 1859. Napoléon est représenté à 15 ans, en élève de l'école militaire de Brienne.


L’Histoire de Brienne : 

voir : Maison de Brienne

La petite ville de Brienne, située en Champagne, près de la rivière d'Aube, à dix lieues de Troyes, est remarquable par son magnifique château, et célèbre tant par le séjour qu'y a fait Bonaparte, que par la bataille qui s'y est livrée dans nos dernières guerres.

Elle est divisée en deux parties bien distinctes, dont l'une, où est le château, s'appelle Brienne-le-Château, et l'autre, plus rapprochée de la rivière d'Aube, Brienne-la-Vieille, et dans quelques ouvrages, Brienne-la-Ville. Cette petite ville est fort ancienne, et son origine se perd dans la nuit des temps.

Sous Jules-César les habitants s'appelaient Brannovii et Brannovices. Dès les premiers temps de la monarchie, elle porte le titre de comté, qu'on ne donnait guère alors qu'aux villes. Jusqu'au milieu du Xe siècle, il ne se passe rien d'important au sujet de la petite ville. Seulement, en 938, nous voyons Henri, comte de Brienne, assister avec plusieurs autres seigneurs à un tournoi qui eut lieu à Magdebourg, sous l'empereur Henri 1er.

L'année 951 est une époque mémorable de l'histoire de Brienne. L'historien Flodoard rapporte que dans le cours de cette année, et sous le règne de Louis d'Outremer, deux brigands, Gotbert et Angilbert, son frère, fortifièrent le château de Brienne. Il ajoute qu'aussitôt que Louis d’Outremer en eut connaissance, il se hâta d'arriver à Brienne, forma le siège du château, parvint enfin à le prendre par la famine et le détruisit.

Ceux qui connaissent la situation du château de Brienne, sur une montagne qui domine tous les lieux voisins, et qui était jadis plus élevée qu'aujourd'hui, conçoivent parfaitement qu'on put y établir des fortifications redoutables. Par le passage qui précède, on voit que Louis d'Outremer n'y pénétra qu'après de longs efforts. Au reste, il ne faut pas croire que ce soit là l'époque de la fondation du château de Brienne, et que l'on ne commença à bâtir des châteaux forts que dans le Xe siècle.

L'histoire ci-dessus dit que Gotbert et Angilbert ajoutèrent des fortifications à celles qui existaient déjà à Brienne. Le château était en effet antérieur à cette époque, puisque dans l'histoire de saint Bercaire, qui existait au VIIe  siècle, Brienne a été mentionné sous le nom de Castrum Breonense.

D'un autre côté, César nous apprend que de son temps il existait dans les Gaules beaucoup de châteaux, castella, et ce mot, dans la langue latine, emporte l'idée d'une maison fortifiée. Le château de Brienne, détruit de fond en comble en 951, ne tarda pas à se relever de ses ruines ; car il existe un acte mentionné plus bas, lequel a été scellé sous le règne de Robert (de 996 à 1031) à Brienne-le-Château, actum Breotie castello.

Jusqu'à présent les rois de France disposaient à leur gré des terres faisant partie du comté de Brienne; parce qu'alors ceux de leurs sujets qu'ils y plaçaient, soit avec le titre de comte ou tout autre, étaient révocables à leur gré. Il en était de même dans toute la France. Mais une grande révolution s'opère dans le Xe siècle, au début de la troisième race. Les comtes et barons, qui ne possédaient leurs terres qu'à titre de bénéfices et viagèrement, commencèrent à les posséder à titre héréditaire.

Les rois de la troisième race, dans l'impuissance de déposséder ceux de leurs sujets qui avaient usurpé des terres appartenant à la couronne, transigèrent avec eux, et les maintinrent eux et leurs descendants dans les domaines usurpés, à condition qu'ils reconnaîtraient le roi de France comme suzerain, et qu'ils seraient obligés envers lui à certaines redevances. C'est dans le Xe siècle que commence la chaîne, non interrompue depuis, des comtes héréditaires de Brienne. Quatre familles ont possédé tour à tour le comté de Brienne, la famille de Brienne, la famille d'Enghien, la famille de Luxembourg et la famille de Loménie.

La première en a pris son nom, qui était déjà héréditaire dès le XIIe siècle. On verra en effet qu'Erard de Brienne, quoique comte de Ramerupt et non de Brienne, a toujours pris ce dernier nom: circonstance qui a induit en erreur plusieurs écrivains. Cette famille qui n'existe plus aujourd'hui, fut une des plus illustres. Elle a rendu le nom de Brienne célèbre dans toute l'Europe et jusque dans l'Orient: un Brienne ayant été roi de Jérusalem et empereur de Constantinople; un autre, roi de Sicile et duc de la Pouille, plusieurs, ducs d'Athènes; et Marie de Brienne, femme de Baudoin II, impératrice de Constantinople.

Cette famille a été la tige des comtes d'Eu et de Guines, des vicomtes de Beaumont au Maine, des seigneurs de Ramerupt, des comtes de Bar-sur-Seine, et des seigneurs de Conflans. La famille d'Enghien a possédé peu de temps le comté de Brienne, qui a passé ensuite à celle de Luxembourg. Cette famille n'est guère moins illustre que celle de Brienne: plusieurs de ses membres ont été connétables de France. La famille de Loménie, qui lui a succédé au comté de Brienne, est la dernière qui l'ait possédé. Elle a acquis aussi beaucoup d'illustration, cinq de ses membres ayant dirigé les affaires comme ministres d'état.

Pendant ce long intervalle de temps, qui comprend près de neuf siècles, le comté de Brienne n'a pas été vendu une seule fois (du moins d'une manière efficace), et qu'il a toujours été transmis jusqu'au début du XIXe siècle par succession et par alliance, de sorte que ces quatre familles alliées entre elles, n'en forment, pour ainsi dire qu'une seule (Voyez à la fin de cette notice, la liste chronologique des comtes de Brienne). Dès l'époque où le comté de Brienne fut pour la première fois possédé à titre héréditaire, il paraît avoir relevé en plein fief, foi et hommage, du comté de Champagne. Les seigneurs de Brienne devinrent par conséquent vassaux et hommes liges des comtes de Troyes, qu'ils appelaient leurs suzerains.

En 1122, nous verrons Gauthier IV, comte de Brienne, faire hommage lige au comte de Champagne, et dans un acte de 1277 nous le verrons appelé homme et féal dudit comte. Cette qualité de vassal obligeait le seigneur de Brienne à des redevances envers son suzerain, et notamment à lui fournir un nombre déterminé d'hommes de guerre, lorsqu'on publiait en Champagne les bans et arrière-bans.

Du château de Brienne relevaient aussi plusieurs terres, dont les seigneurs étaient vassaux de nos comtes à qui ils devaient à leur tour foi et hommage, et service de guerre à la première réquisition. Tout nous porte à croire que, dans ces temps de féodalité, les comtes de Brienne étaient fort puissants, et pouvaient au besoin se mettre à la tête de troupes assez nombreuses pour faire trembler les barons voisins ; qu'ils avaient une garde réglée ; et que leur château était entouré de fortifications redoutables.

On assure que ce château communiquait par des signaux avec celui de Vandœuvre et celui de Chacenay. Dès l'époque de l'établissement de la féodalité, vers le Xe siècle, les comtes de Brienne devinrent pairs de Champagne, avec les six autres seigneurs les plus puissants de cette province. En cette qualité, ils devaient assister aux assemblées dites Grands jours de Troyes.

Engilbert est le premier qui ait possédé le comté de Brienne à titre héréditaire. Il vivait sous le règne de Hugues Capet, en 990, époque où il comparaît dans une charte de Montiéramey. Engilbert, deuxième du nom, succéda à Engilbert qui précède. Les chroniques d'Albéric nous apprennent que ce dernier, qualifié comte de Brienne-sur-Aube, épousa la veuve d'un comte de Joigny, laquelle avait une fille de son premier mariage. Par les soins du comte Engilbert cette fille fut donnée en mariage à un vaillant chevalier, nommé Étienne de Vaulx, qui faisait partie de sa table, sans doute en qualité valet.

Étienne de Vaulx devint par sa femme comte de Joigny: c'est lui qui, aidé des secours et sans doute de l'argent d'Engilbert de Brienne, jeta les fondements du château de Joinville "de ce biau chastel", où est né le fameux sire de Joinville, "chastel qu'il avait fort à cœur".

Du vivant d'Engilbert II, le nouveau comte de Joinville usurpa des terres appartenant à l'abbaye de Montier en Der. C'était alors chose fort ordinaire que ces usurpations ; mais les moines étaient protégés par les rois. Ceux de l'abbaye de Montier-en-Der se plaignirent ; et, par un décret de l'an 1027, Robert, roi de France, ordonna que les terres usurpées fussent restituées à l'abbaye. Le comte de Brienne détermina son gendre à acquiescer à ce décret, et obtint même pour lui de Dudon, abbé de Montier-en-Der, le titre d'avoué de la terre de Blaise, dont Engilbert était revêtu. Ce même Engilbert, qui eut pour frère Widon, fit au profit de l'abbaye de Montier-en-Der le transport des redevances qui lui étaient dues par le village de Dodincourt (Saint-Christophe). L'acte en fut dressé à Brienne-le-Château, sous le règne de Robert, et revêtu du sceau d'Adélaïde, comtesse de Brienne, sans doute femme d'Engilbert.

Suivant les chroniques d'Albéric, Engilbert II vivait encore en 1055. Il eut pour successeur Gauthier au comté de Brienne.

En 1068, il fit, conjointement avec sa femme, Eustache, comtesse de Bar-sur-Seine, quelques donations à l'abbaye de Montiéramey, au diocèse de Troyes. Il vivait encore en 1080. Il eut plusieurs enfants, et notamment Erard, Milon, dont les descendants furent comtes de Bar-sur-Seine, et Engilbert de Brienne, seigneur de Conflans, tige de la maison de Conflans.

Gauthier II du nom, fils du précédent, et d'Alix de Roucy, dame de Rameru, fut comte de Brienne à la mort de son père. Il se signala comme lui par sa piété. C'est lui qui fonda l'abbaye de Basse-Fontaine, près de Brienne, sur les bords de l'Aube. Le même Gauthier signala sa bienfaisance envers le prieuré de Rameru, où il avait des propriétés du chef de sa femme. Il fit le voyage de la Terre-Sainte, et, à son retour (en 1152), il ratifia le don qu'il avait fait à l'abbaye de Beaulieu. Il ne vivait plus en 1156.

Erard II du nom, fils de Gauthier, lui succéda dans le comté de Brienne. En 1182, il fut présent à la donation que Simon de Broye fit à l'Abbaye de Boulancourt. Il termina, en 1186, un différend qu'il avait avec l'évêque de Troyes, et vivait encore en 1189.

La bonne intelligence qui avait régné entre l'Abbaye de Basse-Fontaine et Gauthier II n'exista pas avec le successeur de ce dernier. Mais toutes les difficultés furent levées par une transaction de l'an 1185. Les frères de Basse-Fontaine abandonnèrent à Erard tout ce qu'ils possédaient à Précy, et Erard, du consentement d'Agnès, son épouse, et de Gauthier, son fils, leur concéda, entre autres biens, l'église de Basse-Fontaine, et les terres qu'ils avaient défrichées dans ce lieu et au Mesnil.

Gauthier III devint comte de Brienne à la mort d'Érard II, son père. On le voit comparaître comme témoin dans un acte de donation qui fut faite, en 1182, à l'Abbaye de Boulancourt. C'est de son vivant, en 1197, que mourut Henri II, comte de Champagne. Il laissait deux filles: Philippe, qui avait épousé Érard de Brienne, seigneur de Rameru ; et Alix, dont Gauthier IV de Brienne, épousa la fille. Elles seules avaient droit au comté de Champagne. Néanmoins Thibaut III, frère du feu comte de Champagne, s'empara du comté. Cette usurpation fut par la suite la cause d'une guerre qui dura plusieurs années.

L'affaire devint assez sérieuse pour obliger les pairs du royaume à se réunir à Melun, en l'an 1216. Ils déclarèrent que les prétentions de la femme du seigneur de Rameru étaient mal fondées. Cette décision ne découragea pas Érard de Brienne, qui continua la guerre, aidé du duc de Lorraine et de plusieurs autres barons; mais, en 1220, le duc de Lorraine son allié ayant été tué, il fut obligé de se désister de son entreprise. Au début du XIIIe siècle, sous le règne de Philippe-Auguste, une croisade se forma afin d'aller combattre les infidèles en terre sainte.

Les seigneurs Champenois furent des premiers à prendre la croix, ayant à leur tête Thibaut, comte de Champagne, alors suzerain de 1800 fiefs qui lui devaient l'hommage lige.

A sa suite marchèrent Gauthier, comte de Brienne, et Jean de Brienne, son frère, avec les hommes de leur terre en état de porter les armes. Parmi ces Champenois, on remarquait Jeoffroy de Villehardoin, maréchal de Champagne, seigneur d'un château situé à deux lieues de Brienne, et qui se couvrit de gloire dans cette croisade. Il lui était réservé d'en être l'historien, et de nous transmettre l'illustration que s'y acquirent ses compatriotes Gauthier et Jean de Brienne.

C'est encore un Champenois, le sire de Joinville, parent et voisin des comtes de Brienne, qui sera plus tard l'historien d'une autre croisade, où se signalèrent d'autres de Brienne. Gauthier de Brienne, accompagné de soixante chevaliers et de quarante écuyers champenois, conquit en partie le royaume de Sicile, sur lequel il avait des droits du chef de sa femme ; et il prit le titre de roi de Sicile et de duc de la Pouille. Mais il ne jouit pas longtemps de sa conquête ; car il périt presque aussitôt en 1205.

Quant à son frère, Jean de Brienne, rien n'égale l'illustration qu'il acquit. Les chrétiens de la Palestine étant venus demander à Philippe-Auguste, roi de France, un époux pour Marie, héritière du royaume de Jérusalem, le roi choisit Jean de Brienne comme propre au commandement, courageux, habile dans la guerre et sage dans les conseils. Il épousa l'héritière du royaume de Jérusalem, et fut, en 1209, sacré et proclamé roi de cette ville. Plus tard, en 1229, il devint empereur de Constantinople. Il mourut le 23 mars 1237. Sa fille, Marie de Brienne, devint impératrice par son mariage avec Baudoin II.

Gauthier III eut pour successeur au comté de Brienne Gauthier IV, dit le Grand, son fils posthume. Sanuto nous apprend que durant sa minorité et pendant qu'il séjournait en Pouille, Jean de Brienne, son oncle, fut son tuteur et tint le comté de Brienne à titre de bail. C'est pourquoi ce dernier, suivant la coutume du temps, s'intitula comte de Brienne. Il est ainsi qualifié dans quelques titres du cartulaire de Champagne de l'an 1209, et par Albéric en l'an 1210. Il tint le comté, dont il gouverna les terres et seigneuries, jusqu'à ce que son neveu fût en âge de les régir par lui-même.

Pendant que Jean de Brienne était roi de Jérusalem, il nomma des gouverneurs au comté de Brienne: parmi eux on voit Jacques de Durnay, chevalier champenois, qui prend la qualité de "comitatus Brenensis procurator pro domino rege Hierosolunæ, comite Brenœ".

Le roi de Jérusalem aurait pu tenir ce comté jusqu'à ce que son neveu fût âgé de 21 ans, âge fixé par les lois pour la majorité. Mais il le lui restitua avant ce temps, comme nous l'apprend la lettre qu'il écrivit au mois d'avril 1221, à Blanche, comtesse de Champagne, et à Thibaut, son fils. Par cette, lettre, il les prie de mettre Gauthier, son neveu, qui à cette époque revenait en Champagne, en possession du comté de Brienne, et de ne pas le retenir en leurs mains, sous prétexte qu'il en a été fait hommage à lui tuteur, ou que son neveu n'a pas encore atteint l'âge de majorité, son intention étant qu'il entre de suite en possession. L'année suivante, au mois de novembre, le jeune comte, qui était de retour dans sa terre, fit hommage lige au comte de Champagne des seigneuries d'Oignon et de Luyères, que le roi de Jérusalem lui avait données ; mais, dès avant cette époque, il était vassal lige du comte de Champagne à cause de son comté de Brienne.

Le même Gauthier IV obtint du roi Jean la cession de tous les droits, que ce dernier pouvait avoir, sur les bourgeois du roi, demeurant à Brienne, et dans les terres dépendantes du comté. Après s'être mis en possession de ses biens et de ses revenus, Gauthier le Grand retourna à la Terre-Sainte; où il obtint le comté de Japhe, et où il signala sa valeur contre les Sarrasins mais le firent cruellement mourir.

L'histoire des successeurs de Gauthier IV n'offrant rien d'intéressant pour l'histoire ; nous dirons seulement que sous Jean de Brienne, son successeur immédiat, et quelque temps après 1262 , époque de la promotion d'Urbain IV à la papauté, le comté fut acheté par ce pape pour doter le chapitre Saint-Urbain de la ville de Troyes. Mais sa mort fit échouer ce projet, et Brienne resta à la famille de ses anciens seigneurs.

Gauthier VI de Brienne, comte de Liches, duc d'Athènes et connétable de France, fut le dernier de cette illustre famille qui posséda le comté de Brienne. Il mourut sans enfants à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356. Sa sœur Isabeau qui lui succéda, porta le comté de Brienne à Gauthier d'Enghien, qu'elle avait épousé en 1320.

Suivant le Dictionnaire de la noblesse, Louis d'Enghien leur fils commun, comte de Brienne, eut, entre autres enfants, Marguerite d'Enghien qui porta à son tour le comté de Brienne dans la famille de Luxembourg, par son mariage avec Jean de Luxembourg, comte de Piney.

La famille de Luxembourg posséda le comté de Brienne pendant plus de deux siècles. Durant cet intervalle, on trouve peu de détails historiques sur Brienne. Il est probable que ces nouveaux seigneurs, propriétaires de beaucoup d'autres domaines considérables, habitèrent peu le château de Brienne. Les terres du comté, rarement visitées par leurs maîtres, durent être mal cultivées. Une partie restait en friche. On en trouve la preuve dans un acte daté de 1558, par lequel Jean Yardin, écuyer, capitaine de la ville et châtel de Brienne, reçoit de Jean de Luxembourg, comte de Brienne, la permission de prendre terres et lieux vacants et étant en friche dans tout le comté. Jean de Luxembourg était mort vers l'an 1397.

Sous le roi Charles VII, la France était en partie occupée par les Anglais. La guerre se continuait depuis longtemps, et la Champagne en était un des principaux théâtres comme elle le fut presque toutes les fois que le territoire français fut envahi. Baugier nous apprend, sans nous donner de plus amples détails, que pendant ces guerres, et en 1451, le château de Brienne fut pris par famine et démoli. Il est remarquable, et c'est une coïncidence assez bizarre, qu'il avait déjà été pris et détruit, cinq cents ans avant cette époque, en 951, et que Brienne avait de même été pris mille ans auparavant en 451, par Gébavulte, roi des Allemands, qui avait emmené les Briennois captifs.

 En 1466, le comte de Brienne, Louis de Luxembourg, connétable de France, sous lequel cet événement s'était passé, fut condamné, "comme crimineux de lèze majesté, à avoir la tête tranchée sur un échafaud, devant l'hôtel de ville de Paris". La sentence fut exécutée le 19 décembre 1475. Par suite de cette exécution, tous les biens de Louis de Luxembourg furent confisqués au profit de la couronne. Le comté de Brienne fut donné à Charles d'Amboise, seigneur de Chaumont. Mais Antoine de Luxembourg, fils de Louis, rentra en faveur à la cour, fut nommé à la place de connétable de France qu'avait occupée son père, et fut aussi réintégré dans tous ses biens, par lettres du 29 mai 1504. Depuis lors la terre de Brienne rentra dans la famille de Luxembourg. C'était la seconde fois qu'elle sortait des mains de ses comtes héréditaires.

Sous Jean de Luxembourg, comte de Brienne, arrière-petit-fils d'Antoine, et à l'époque des guerres civiles qui déchirèrent la France, le château de Brienne, qui avait été reconstruit, subit un nouveau siège. Courtalon, qui nous a transmis ce fait, ne nous dit pas quel en fut le résultat, et à quelle époque précise il se passa. Nous devons croire que c'est dans l'intervalle des années 1574 à 1576. A cette époque la Champagne était fort agitée, et Brienne se trouvait près du foyer des guerres civiles, les Guises qui les fomentaient, demeurant au château de Joinville dont on a déjà parlé.

Charles de Luxembourg, fils de Jean, qui précède, fut comte de Brienne en 1576, que mourut son père. Il obtint en 1587 du roi Henri III, que le comté de Brienne fut érigé en sa faveur en duché-pairie. Mais le parlement refusa, on ne sait pour quelle cause, d'enregistrer les lettres du roi, et Brienne demeura simple comté. Charles de Luxembourg étant mort sans enfants le 18 février 1608, le comté passa à sa sœur Louise qui le porta à Bernard de Béon, par son mariage avec ce dernier, mort en en 1647. Enfin Louise de Béon, leur fille commune, le fit entrer dans la famille de Loménie , par suite de son mariage, en 1623, avec Henri-Auguste de Loménie.

Avec la famille de Loménie commence, pour ainsi dire, une troisième époque de l'histoire de Brienne. Les nouveaux comtes de Brienne furent d'une bienfaisance mieux entendue que les pieux comtes de la première race.

Dès 1625, Louise de Béon-Luxembourg, épouse de Henri-Auguste de Loménie, fonda un couvent de minimes, destiné à l'éducation des enfants du bourg. Louise de Béon-Luxembourg fonda en 1653, un hôpital gouverné par des directeurs et quatre sœurs de la charité, dites sœurs grises. Le comte Henri-Auguste de Loménie mourut le 5 novembre 1666, après avoir été ministre et secrétaire d'état.

 Louis-Henri de Loménie, né en janvier 1636, devint comte de Brienne, à la mort d'Henri-Auguste, son père. Comme lui, et dès l'âge de seize ans, il fut ministre secrétaire d'état. Il voyagea beaucoup et paraît avoir peu habité le château de Brienne. On dit que, sur la fin de ses jours, sa raison fut altérée par suite de chagrins de cour. Il mourut le 14 avril 1698. Il a laissé plusieurs ouvrages, notamment; "Une relation en latin de ses voyages ; un poème sur les fous, où il ne s'oublia pas ; et des mémoires", qui ont été imprimés au commencement du XIXe siècle.

Henri-Louis de Loménie, mort en 1743, et Nicolas-Louis de Loménie, fils et petit-fils du précédent, furent successivement comtes de Brienne. L'histoire n'en fait pas mention. Il paraît qu'à la différence de leurs aïeux, ils vécurent tous deux dans leur terre, loin de la cour. Les grandes dépenses qu'avait faites Louis-Henri de Loménie, et le peu de fortune qu'il dut recueillir du chef de sa femme, qui avait un grand nombre de frères et sœurs, permettent de croire qu'ils passèrent leur vie sans l'éclat qui accompagne les richesses. C'est du moins ce que l'on doit conjecturer de la note suivante du cardinal de Loménie, l'un des fils de Nicolas Louis:

"Le dernier secrétaire d'état de notre nom, M. de Brienne, qui fut disgracié en 1663, sous Louis XIV, avait laissé des papiers importants. Ni mon grand-père, ni mon père, ne s'en étaient occupés. Tous deux négligèrent l'administration de leurs biens : tous deux vécurent dans l'obscurité ; si bien que, quand ma mère mena mon frère aîné qui était tout jeune, à Versailles, Madame de Ventadour, qui vivait encore, et qui avait vu M. de Brienne, fut étonnée d'apprendre qu'il y eut encore quelqu'un de ce nom".

Nicolas-Louis de Loménie laissa à sa mort, dont on ignore la date, Charles-Etienne et Louis-Marie-Athanase. Charles-Etienne était l'aîné, et devait par conséquent hérité du comté ; mais il céda à son frère son droit d'aînesse, pour embrasser l'état ecclésiastique. Le comte de Brienne fit entrer dans sa maison une immense fortune par le mariage qu'il contracta, en 1757, avec Étiennette Fizeau de Clémont, fille d'un riche fermier-général. La nouvelle opulence du comte de Brienne lui permit de satisfaire son double penchant pour la splendeur et la bienfaisance. Il acquit des terres les plus considérables qui avoisinent Brienne, et conçut le projet de faire reconstruire le château sur de nouveaux plans.

Si l'on en croit les anciens du pays, le coteau, sur lequel est situé ce château, était beaucoup plus élevé qu'aujourd'hui. De là ses tours gothiques semblaient menacer le ciel. Bientôt, il fut détruit : le coteau fut diminué, et, sur les plans de l'architecte. Fontane, s'éleva le superbe édifice que l'on admire aujourd'hui.

Il est en effet digne d'admiration, et par son architecture; et par la beauté des jardins qui l'entourent. Quoique moins élevé que celui qu'il remplace, il l'est encore assez pour dominer au loin les plaines voisines; aussi disait-on que le comte de Brienne pouvait de son château apercevoir tous les fiefs qui en relevaient, et qui étaient fort nombreux. Sa blancheur éblouissante le rend encore plus remarquable, et forme un beau contraste avec la couleur sombre des bois, dont il est environné.

Le comte de Brienne et son frère consacrèrent une partie de leurs revenus à des établissements, utiles pour leur pays, et à des actes de bienfaisance, dont les récits, à peine croyables, s'ils n'étaient unanimes, se sont conservés dans la mémoire de tous les Briennois.

Ils firent rebâtir à neuf l'hôpital de Brienne; ils confièrent aux sœurs le soin d'élever les jeunes filles du pays, et de diriger une filature de coton, qui offrit aux pauvres une ressource assurée contre la misère, et où des prix étaient distribués aux plus habiles ouvrières.

Vers 1730 ou 1735, les religieux du couvent des Minimes, dont nous avons déjà parlé, avaient converti leur école en un collège.

Enfin, en 1788, le gouvernement désigna le collège de Brienne pour l'éducation de cadets gentilshommes destinés au génie.

Le jeune Napoléon est entré à l'école le 23 avril 1779, à l'âge de neuf ans, huit mois et cinq jours. Il y a passé cinq ans, et en est sorti le 17 octobre 1784, âgé de 15 ans. Ce fut à Brienne que Napoléon obtint ses premiers triomphes; il eut en effet l'honneur d'être couronné, pour un prix de mathématiques, à une distribution que présidait le duc d'Orléans. Ce prince vint à Brienne en 1783 avec plusieurs seigneurs de la cour. Les fêtes étaient brillantes, pendant un mois, le château de Brienne offrit tout l'éclat d'un château royal.

La révolution arriva et M. le comte de Loménie fut appelé au ministère de la guerre, au moment où son frère le cardinal de Loménie occupait les finances. Ce fut la dernière faveur que lui accorda la fortune, si toutefois ce fut une faveur. Elle ne fut pas de longue durée. L'ex-ministre alla se consoler dans sa terre, où il recueillit les bénédictions des Briennois. Là, il attendait que le calme revint, et que la France jouît enfin du bonheur que tous les hommes de bien espéraient.

Dans le plus fort de nos tempêtes politiques, il n'imita pas la plus grande partie de la noblesse française. N'ayant rien à se reprocher, il crut pouvoir rester dans son château. Mais il vint un temps où la naissante, la fortune et le crédit étaient autant de titres de proscription. On vint l'arracher de son asile dans le printemps de 1794, et on le traîna dans les prisons de Paris. Aussitôt que son arrestation fut connue à Brienne, des pétitions nombreuses de cette ville et des environs furent adressées en sa faveur. Mais son sort était décidé, et l'intérêt qu'on lui portait ne pouvait que hâter sa mort. Il fut exécuté le 10 mai 1794, avec un de ses neveux et ses trois enfants adoptifs. Ainsi périt le dernier comte de Brienne.

La terre de Brienne fut alors confisquée au profit de l'état; mais, n'ayant pu être vendue, elle fut restituée plus tard par Napoléon à madame veuve de Loménie, dont il n'avait pas oublié les bienfaits. Depuis la mort de M. de Loménie, le château semblait avoir pris le deuil de son ancien seigneur. Tout y était triste: plus de fêtes, plus de magnificence. Cette monotonie fut interrompue pendant deux jours.

En 1805, Napoléon, qui de l'état le plus humble était arrivé au pinacle des grandeurs, consentit à se rendre à Brienne, sur la prière de madame veuve de Loménie. Il arriva au château dans la plus belle saison de l'année. Ce n'était plus le jeune Bonaparte timide, pauvre, isolé: c'était Napoléon dans toute sa gloire, et entouré du plus brillant cortège. Par un retour bizarre de la fortune, madame veuve de Loménie, qui autrefois avait été sa protectrice, était devenue sa protégée. Le séjour de l'empereur au château de Brienne est encore présent à toutes les mémoires. Les fêtes recommencèrent, et pendant quelques jours Brienne brilla de son ancienne splendeur.

Neuf ans après, la scène a bien changé. Napoléon revient à Brienne le 29 janvier 1814. Mais ce n'est plus le héros que suivait partout la victoire. Prêt à entrer dans la capitale de la Russie, la fortune l'avait abandonné. Depuis lors, il n'avait éprouvé que des revers ; et il revenait à Brienne, où il espérait faire un coup d'éclat, en raison de la connaissance particulière qu'il avait des lieux.

C'est dans la nuit du 29 janvier que Napoléon, à la tête de son armée, se dirigea de Mézières sur Brienne. Le général Blucher était alors au château avec son état-major. Au moment où il allait se mettre à table, les grenadiers de la garde pénétrèrent dans le parc, et le forcèrent à prendre la fuite à travers les bois. Bientôt les Français, à la suite d’une lutte des plus sanglantes, se rendirent maîtres de la ville. Dans cette nuit affreuse Brienne fut couvert de morts, et une partie de ses maisons fut embrasée par l'artillerie. Au milieu de cette nuit sanglante, Napoléon regagnait Mézières, où il avait établi son quartier général, lorsqu’ il fut assailli par une troupe de cosaques. L'un d'eux, qui allait le frapper, fut, dit-on, étendu mort par le général Gourgaud. A la pointe du jour, Napoléon revint au château. On assure qu’attristé des désastres auxquels était en proie la ville où il avait reçu les premiers bienfaits de l'éducation il se promettait de la rebâtir, d'acheter le château, d'en faire une résidence impériale, et d'y fonder une école militaire. Mais la fortune en avait décidé autrement. Le surlendemain, 1er février, eut lieu la bataille de la Rothière, dans la plaine de Brienne, bataille si funeste aux Français. Ce jour-là Napoléon coucha encore au château, qu'il quitta à quatre heures du matin. Cette bataille appelée bataille de Brienne est décrite avec beaucoup de détails, ainsi que le combat du 29, dans les campagnes de Napoléon, par Monsieur Victor Maingafnaud.

En 1852 le domaine est acheté par Madame Laurence de Montmorency, épouse du prince Théodore de Bauffremont dont le fils Gontran, duc de Bauffremont, sera conseiller général de l’Aube.

En 1933, une nouvelle vente, cette fois à un marchand de biens, entraîne l’entière dispersion du mobilier, des souvenirs historiques et du décor intérieur. Très éprouvé par l’hébergement de prisonniers, à l’issue de la guerre, puis par un abandon prolongé, le château ne doit son salut qu’à sa transformation en centre psychothérapique.

Précédée d’une grandiose cour d’honneur encadrée de pavillons isolés et immenses, communiquant avec le corps par des souterrains, cette majestueuse demeure s’organise à partir d’un avant-corps chargé d’un fronton et d’un important toit à l’impériale. Aux extrémités, d’élégantes travées incurvées relient les courtes ailes au corps principal. L’élévation présente une disposition originale, analogue à celle du palais des Rohan, à Saverne, au-dessus des hautes fenêtres du rez-de-chaussée, sous le cordon qui sépare de l’étage principal, viennent s’insérer les petites baies rectangulaires d’un entresol. Dans l’avant-corps central, sur la cour, ces percements font place à des tableaux sculptés en bas-reliefs, représentant des jeux d’enfants d’après Clodion. Les pièces de réception ont perdu leur somptueuse décoration Louis XVI, faite de stucs peints à l’imitation du marbre, de glaces et de boiseries sculptées et dorées, rehaussées de pilastres dans le grand salon et de trophées dans la salle à manger. Le cardinal et son frère n’y avaient pas réuni de collections de tableaux, mais y avaient créé un cabinet d'histoire naturelle, une bibliothèque riche et nombreuse et un cabinet de physique.

Éléments protégés MH : la grille d'honneur et le pont commandant l'accès du château ; les façades et les toitures du château et des deux pavillons isolés qui l'accompagnent, avec les cours et escaliers extérieurs ; l'escalier d'honneur et l'escalier de service à l'intérieur du château : inscription par arrêté du 4 juin 1935. 


Bicorne de l’empereur – Musée Napoléon de Brienne-le-Château


voir : Maison de Brienne

JAQUOT J.- A  Notice Historique sur Brienne, Paris,  (1832)

COURTALON —Topographie historique de la ville et du diocèse de Troyes

ROSEROT DE MELIN (Mgr Joseph) —Le diocèse de Troyes, des origines à nos jours.

BONNARD (Mgr J. Dieudonné)- mon parrain - archives des diocèses de Troyes-Langres

BEAUCHAMP (Louis A. Marquis de) mon aïeul – archives familiales 


Les châteaux de l'Aube



lundi 7 octobre 2024

Châteaux Bossancourt, Breban, Brantigny, Bucey-en-Othe

 - Château de Bossancourt :  



Possession des Jaucourt au XIIIe siècle, la seigneurie de Bossancourt échut au début du XVIe à Pierre Le Genevois, baron de Blaigny, avocat du Roi à Chaumont, puis à son fils Gabriel, évêque de Noyon et pair de France, et enfin à Charlotte Le Genevois qui épousa Hercule de Chastellux, vicomte d’Avallon. 

Elevé sur l’emplacement d’une demeure médiévale, le château est l’œuvre de Philippe-Louis, comte de Beauvoir, puis marquis de Chastellux, petit-fils du chancelier d’Aguesseau, qui le fit construire entre 1758, date de l’attribution du domaine à son profit, et 1767, date de sa vente à François Marcel de Bossancourt et Madeleine Jacobé de Vienne. 

Devenu vers 1920 propriété de la famille de Touchet, il vient d’être acquis par M. et Mme Gérard Richalley. 

Le corps de logis et les pavillons qui l’encadrent, larges, profonds et couverts de combles à pente modérée, présentent de sobres façades en moellons enduits et chaînes de pierre appareillée, donnant sur le parc paysager tracé dans la vallée de l’ Aube. 

A proximité du château subsistent de nombreuses et intéressantes dépendances: pressoir du XVIIIe siècle, écuries, pigeonnier et lavoir. Moulin à farine présumé remonter au deuxième quart du XIXe siècle et dépendant anciennement du château de Bossancourt, a été converti en usine génératrice d'énergie et conserve ses installations, notamment une turbine hydraulique, le système de levage et l'armoire électrique.

Éléments protégés MH : le portail d'entrée, les façades et les toitures du château, ainsi que la cheminée de la cuisine, le pressoir et le pigeonnier, les façades et les toitures du moulin, du lavoir et des écuries : inscription par arrêté du 19 février 1982.

Aujourd'hui propriété de la commune


- Château de Breban :


Breban - commune de Saint-Germain (disparu)

 Appartenait au XIXe siècle à M. Corrard de Breban   Le 16 août 1871 s’éteignait à Troyes, honoré des regrets de tous, « une des personnalités les plus considérables de la cité : M. Corrard de Breban, président honoraire du tribunal civil de Troyes, correspondant du Ministère de l’Instruction publique pour les travaux historiques, membre résident et ancien président de la Société Académique de l’Aube, ancien membre du Conseil Général du département, officier de la Légion d’honneur…à l’âge de 79 ans ».

Antoine-Henri-François Corrard de Breban naît à Troyes, le 18 janvier 1792. Il est le fils de Simon-Henry Corrard de Breban, ancien conseiller au bailliage de Troyes et de Marie-Antoinette-Charlotte Lecoq. Son père, Simon-Henri Corrard de Breban était le fils de Jacques Corrard de Breban, conseiller au bailliage de Troyes. Sa mère, Marie-Antoinette Lecoq, était fille  d’Antoine Lecoq, chirurgien major au château royal de la Bastille. Elle épousa en secondes noces M. Antoine Dereims, officier au régiment de la Sarre, qui était le fils de Nicolas-François Dereims, lieutenant criminel au bailliage de Troyes et maire de cette ville en 1769.

M. Corrard de Breban fait ses études à Troyes, tant à l’Ecole Centrale qu’à l’Ecole secondaire communale. Son intelligence et ses heureuses dispositions pour le travail, engagent ses parents à lui faire donner une instruction plus solide que celle que pouvait lui offrir sa ville natale. Il entre au Lycée Charlemagne à Paris, où il se signale par ses succès. Il obtient aux concours généraux des lycées, en 1808 et- 1809, plusieurs nominations, et notamment à chacun de ces concours le premier prix de version latine. Fils et petit-fils de magistrat, il ne peut hésiter sur le choix de sa carrière. Il se livre à l’étude du Droit, suit les cours de la Faculté de Paris, obtient son grade de licencié en 1814, et prête immédiatement serment comme avocat, mais préfère la magistrature assise, bien qu’il ait fait son stage judiciaire au parquet de la Cour d’Appel de Paris. 

M. Bellart, alors Procureur-Général, y avait distingué le jeune stagiaire. Appréciant ses grandes aptitudes, il le fait nommer en 1816, avec dispense d’âge, juge en titre près le tribunal civil d’Arcis-sur-Aube. 

Deux ans après, il est appelé au même titre au siège de Troyes. En 1836, il est chargé des fonctions de Juge d’instruction qu’il conserve jusqu’en 1850, époque à laquelle il est nommé Président de Tribunal civil de Troyes. M. Corrard conservera ses fonctions de président jusqu’en 1860.

A aucune époque de sa vie, M. Corrard ne fut un homme politique. Bien que ses opinions monarchiques aient été profondément arrêtées chez lui, il se tint constamment éloigné des luttes des partis. Lors des premières années de l’Empire, il est élu dans le deuxième arrondissement cantonal de Troyes, où il apporte ses lumières de jurisconsulte dans l’examen de toute question.

Le 12 mars 1822, M. Corrard se marie à Troyes avec Mlle Baebe-Françoise Huez, appartenant elle-même à une des familles les plus considérables de la cité et qui y avait occupé des fonctions importantes dans la magistrature. Mlle Huez était fille de M. Nicolas Huez de Pouilly, ancien conseiller maître à la Chambre des Comptes de Paris et juge près le tribunal civil de Troyes. Son père était lui-même fils de Bonaventure-Nicolas Huez, seigneur de Vermoise, Pouilly, Villebarot, La Charme…. Par ce mariage, M. Corrard était devenu le petit-neveu de Claude Huez, de ce courageux magistrat que ses vertus avaient, en 1789, désigné comme première victime aux fureurs de la Révolution à Troyes. Par ce mariage encore, il était devenu l’arrière-petit-neveu de Grosley, notre spirituel et savant historien.

Le commencement de sa vie littéraire date de 1822, au jour où il est admis membre résident de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts du département de l’Aube. C’est principalement à son intelligence et à son dévouement que cette société est arrivée jusqu’à nos jours.

 Dans les Mémoires » de la Société, il publie un travail intitulé « Liste de quelques plantes observées aux environs de Troyes ». Aux connaissances acquises en littérature et en histoire, notre académicien joignait celle de la botanique, faisant de longues promenades avec son épouse autour de Breban, Château dépendant de la commune de Saint-Germain-près-Troyes, appartenant à la famille Corrard depuis plus de 200 ans.

C’est en 1830, sous la présidence de Corrard qu’à l’ancien titre de la Société : « Société d’Agriculture, Sciences et Arts », on substitua un nouveau titre : « Société d’Agriculture, Sciences, Arts et Belles-Lettres ».

C’est en 1831 qu’il publie son premier travail historique d’une certaine importance : « Dissertation sur l’emplacement de l’Agendicum, ancienne ville du peuple Senonnais ». En 1832, il publie une « Notice sur les monuments celtiques qui existent dans le département de l’Aube », où, selon lui, les divers monuments druidiques reconnus comme tels : « Monticules, mottes tumuli, pierres brutes, dolmens, pierres levées ou menhirs, pierres couvertes, hautes bornes… ».

On lui doit a création du Musée. En 1829, on avait placé dans une des salles de la Préfecture des échantillons de minéralogie et de la géologie et quelques objets d’histoire naturelle. Ces collections devenues plus importantes furent, en 1831, transportées dans les salles du rez-de-chaussée de l’ancienne abbaye de Saint-Loup. Elles furent divisées en sections ; « Beaux-Arts, Antiquités ou Archéologie, Histoire naturelle ou Zoologie, Minéralogie, Géologie, Botanique », qui furent les premiers éléments de notre Musée.

M. Corrard a consacré une grande partie de son existence à ce Musée, avec de très nombreux travaux sur ces objets, publiés sous le titre d’ « Archéologie départementale ». En 1833, il publie : « Notice de l’œuvre de François Girardon de Troyes, sculpteur ordinaire du Roi, avec un précis de sa vie et des notes historiques et critiques », puis « Souvenirs d’une visite aux ruines d’Alise et au château de Bussy-Rabutin ».

Après 1834, ses travaux sont publiés  dans l’ « Annuaire administratif du département de l’Aube », sur « Les sculptures, tableaux et objets d’art qui existent dans les églises de Troyes ». Dans les « Mémoires académiques » de 1836, il publie « Deuxième supplément des plantes observées dans notre département ».

En 1839, il publie « Recherches sur l’établissement et l’exercice de l’imprimerie à Troyes », contenant la nomenclature des imprimeurs de cette ville depuis la fin du XV° siècle jusqu’en 1789, et des notions sur leurs productions. En 1849, Corrard écrit « Tribulations de Grosley, à l’occasion des bustes dont il a doté la ville de Troyes ». En 1854, il publie « Mémoire sur les diverses enceintes de la ville de Troyes », en 1857 : « Les rues de Troyes anciennes et modernes… avec un plan », en 1857, 1858 et 1860, des études sur les « Inscriptions gauloises et romaines du département », en 1861 « Les Abbesses du Paraclet », présentées dans l’ordre chronologique avec notes, en 1864, « Recherches sur quelques œuvres de Jacques Carrey », peintre troyen », en 1868 sur « Les graveurs troyens, recherches sur leur vie et leurs œuvres ».

A son décès, il y avait des manuscrits concernant notamment : « Grosley », « Les dernières éditions des lettres de Mme de Sévigné », « L’ancien collège de Troyes avant la Révolution », les « Généalogies de plusieurs familles de Troyes »…

Corrard de Breban a publié des écrits dont la valeur encore aujourd’hui ne saurait être contestée, d’abord par les écrits qu’il a publiés, par l’action qu’il a exercée sur ses contemporains, par la restauration à Troyes, des études littéraires, pour assurer à son pays, par le culte des Belles-Lettres et des Beaux-Arts, l’instruction, l’illustration, et par suite l’honneur de l’esprit humain, couronnement de toute civilisation, sans lequel une réelle et complète prospérité ne saurait exister pour une cité. La pensée suprême de M. Corrard fut la réalisation de cette pensée, née du plus pur patriotisme, qu’il a dévoué pendant 50 années de sa vie, lors des loisirs que lui avaient laissé ses fonctions de magistrat. 

Corrard de Breban eut beaucoup d’épreuves : en 1852, sa fille aînée décède, en 1864 c’est au tour du mari de son autre fille et son épouse en 1866. Ce dernier coup le brisa tout entier au souvenir du passé, « sa plume s’échappa de ses mains, laissant inachevés plusieurs travaux commencés ».

Il avait aussi beaucoup souffert pendant l’invasion de voir « sa patrie bien-aimée vaincue, humiliée, démembrée et mise en rançon ! ».

Il décède le 16 août 1871. Il fut nommé chevalier, puis officier de la Légion d’Honneur.

Par délibération du Conseil Municipal de Troyes, du 14 avril 1982, une rue porte son nom (quartier de la Moline).

 

- Château de Brantigny



Situé à proximité de Piney et du lac d’Orient, la terre de Brantigny appartenait au XIIIe siècle, à une famille de ce nom.

En 1349, elle appartient à Bernard de Brion, écuyer, prévôt de Troyes.

En 1576, elle est inclue dans les terres du duché de Piney.

En 1621, le château appartient à Charles de la Vieuville, lieutenant général en Champagne, futur surintendant des finances et duc de la Vieuville.

En 1654 elle passe dans les mains de Claude Molé, puis en 1656 dans celles de Nicolas Dauvet comte des Marets, grand fauconnier de France et en 1658, à René de Réaulx, seigneur de Coclois, maréchal de camp. Un de ses fils, Louis, dont le père fait entreprendre la reconstruction du château, reçoit en 1690, de Louis XIV, un titre de marquis, en reconnaissance du sacrifice de ses 4 frères aînés, tués à son service. François, le plus jeune et unique survivant des 6 frères hérite du château.

François des Réaulx interrompt sa formation ecclésiastique, fait en 1697, un brillant mariage avec Marie-Geneviève de Turmenyes, et acquiert une charge de conseiller au Parlement de Paris. Après son décès, son fils aîné René, marquis des Réaulx et baron de Lirey, seigneur de Brantigny, Ortillon et Grisy, épouse Marguerite de Meuves, fille d’un opulent financier et fait achever la reconstruction du château entre 1742 et 1751, date de son décès, sans postérité.

Le château de Brantigny revient alors à son frère Louis II, comte des Réaulx.

Son fils aîné François-Louis, marquis des Réaulx, a mené une belle carrière militaire et s’intéresse de la terre de Coclois. En 1793, son épouse Anne-Françoise de Mesgrigny réussit à se faire adjuger à bail, grâce à un prête-nom, le château et le parc de Brantigny, mis sous séquestre. François-Louis meurt sur l’échafaud en 1794. Son épouse ne peut empêcher la vente des terres, puis celle du château, prononcée en 1798 au profit de Nicolas Gayot et de Jean-Baptiste Tarin, son régisseur officieux, qui acceptent de les lui rétrocéder.

Retirée à Coclois, elle laisse Brantigny à Anne-Maximilien des Réaulx, l’aîné de ses fils, ancien lieutenant-colonel.

Revenu d’émigration en 1800, il s’installe à Brantigny, où il décède en 1806. Son fils Adolphe, officier aux gardes du corps, accompagne Louis XVIII à Gand, et quitte le service en 1819, pour se fixer à Brantigny.

En 1859, il laisse le domaine à son fils René, et il appartient ensuite à sa petite fille Mathilde, épouse du marquis Bardon de Ségonzac.

Cette dernière, loue le château, en mauvais état au marquis de Rougé, qui l’occupera jusqu’en 1915.

Vendu en 1950 à un marchand de bois, qui le revend aussitôt, il abrite alors jusqu’en 1965 un institut médico-pédagogique.

Le château est enfin acquis par MM. Prodhomme et Collignon, dont la famille le possède toujours.

L’imposante demeure en pierre claire et tendre, est développée de 11 travées ordonnées, avec une allure classique et régulière. Prolongé par des ailes basses, le corps de logis est accompagné d’un long corps de dépendances, rejoignant un logis plus élevé. Il existe toujours d’importants bâtiments agricoles datant du XVIIIe siècle, dominés par un colombier en pans de bois.

Aujourd’hui, la deuxième génération a transformé le château en gîte sous le label des « gites de France» et l’on peut louer chambres et suites…

Une grande dame : la Vicomtesse Victoire Des Réaulx.     

 Victoire est la fille de la jeune veuve de Monsieur de Lagarigue de Savigny de Rocourt, officier dans les armées navales. Elle a « un caractère », aussi boude-t-elle les partis qu’on lui présente et qui ne répondent pas au type de mari idéal qu’elle cherche.

 Ce n’est qu’à l’âge de vingt-trois ans, en 1780, qu’elle se décide à épouser le Vicomte des Réaulx. Il est riche, attentif et chevaleresque. Ils partagent leur existence dans un cadre luxueux entre Paris et Brantigny.

 Rappelons que Brantigny était un domaine gallo-romain possédé par Brantinius avant le IIIe siècle. Ce village dépendait pendant l'Ancien régime de l'élection de Troyes.

La Révolution éclate.

À Paris, elle trouve sa mère épouvantée par les mouvements de la rue, et lui dit qu’il est temps d’abandonner son hôtel, qu’il leur faut désormais se diriger vers la frontière.Bien lui prend, l’aïeule, Marie de Meuves comtesse des Réaulx, octogénaire, sera arrêtée et mourra en prison de la petite vérole. Le « Grand marquis », seigneur de Bucey, après quelque temps à Londres revient en France, est arrêté à Fleurigny, conduit à Paris, et guillotiné douze jours avant Robespierre. Donc, Victoire, sa mère, sa tante et deux enfants se dirigent vers la frontière allemande. Elle retrouve son mari à Coblence, engagé dans l’armée des Princes. C’est là que, comprenant alors que l’émigration ne serait point l’affaire de quelques semaines, elle décide de se fixer à Londres. Elle ouvre sa maison à ceux de ses compatriotes qui ne savent où être hébergés. « L’énergie de son caractère, son inépuisable gaieté, la sûreté de son jugement, lui créent de nombreux protecteurs et de nombreux obligés ».

 Elle participe à des travaux de broderie, recrute les petits talents. C’est ainsi que, dans son entourage, chaque émigré devenait artisan, ce qui lui permettait d’alimenter une sorte d’entrepôt, patronné par la marquise de Buckingham, où étaient vendus les objets fabriqués. Le séjour londonien dura douze années.

 Un trait de son énergie : des aristocrates anglais auraient voulu alléger sa tâche en adoptant son fils Adolphe, afin de lui donner une éducation analogue à celle de leurs propres enfants. Elle décline l’offre : « Je vous remercie, mais jamais je ne me séparerai de mon fils. Chez vous, il aura dix laquais pour le servir, chez moi, il cire lui-même ses souliers. Qui me dit qu’une fois rentrés en France nous ne trouverons point la misère, et que, sortant de vos demeures somptueuses, il n’aura point l’affligeante obligation de reprendre ses brosses et son cirage ? ».

 En 1802 les Réaulx retrouvent la France. C’est à ce moment que se produit une rencontre qui illustre bien le caractère de Victoire des Réaulx. Descendue dans un modeste logis de la rue Garancière, elle reçoit la visite d’une cousine comme elle, originaire des îles, mariée à un aristocrate, perdue de vue depuis longtemps. Il s’agit de Joséphine Tascher de la  Pagerie. Mariée à François de Beauharnais, elle a été emprisonnée et son mari guillotiné. Après Thermidor, en 1796,  Joséphine de Beauharnais a  épousé Bonaparte. La jeune veuve voit aussitôt s’ouvrir les portes des salons à la mode. Victoire a devant elle Madame Bonaparte et sa fille Hortense. Joséphine peut tout. Elle le laisse entendre à sa cousine, mais Victoire ne veut rien devoir à celui qu’elle considère comme l’usurpateur. Les relations qu’elle consentit à reprendre avec la future impératrice ne revêtirent donc d’autres formes que celles de la plus simple intimité.

 À quelque temps de là, Victoire des Réaulx et son mari se retirent en Champagne, dans leur domaine de Brantigny, à peu de distance de Coclois où vit toujours la mère de Monsieur des Réaulx, âgée de 92 ans. La famille renoue avec les Brienne qui donnent le ton dans la contrée. Victoire continue avec eux ses anciennes relations, mais comme elle dit : « en place de mes carrosses, je n’avais conservé qu’une simple vinaigrette (ancienne voiture à deux roues, dotée de ressorts, analogue à la chaise à porteurs) et c’est dans cette méchante voiture que je les allais visiter sans vergogne ».

 Veuve en 1806, elle va vivre dans une retraite consacrée aux bonnes œuvres.

 En 1814, au soir de la bataille de Brienne elle reçoit la visite de l’un de ses parents, rallié à l’Empire, Monsieur de Mesgrigny, chambellan de Napoléon, qui lui dit le péril dans lequel elle se trouve. Il raconte la bataille et lui annonce que l’Empereur veut se replier sur Brantigny et prendre ses quartiers chez elle.

 « C’est un imbécile ! répond aussitôt Madame des Réaulx. Brantigny est un bas-fonds dans lequel toutes les forces ennemies tomberont sur lui. Je suis royaliste mais je ne veux pas être responsable d’un pareil désastre ».

 Le temps passa, les Bourbons étaient revenus, Louis-Phippe leur succéda, puis encore une République, la seconde, et un Second Empire.

 Combien de régimes aura-t-elle connus, toujours fidèle au souvenir de Louis XVI ?

 Elle demeurait tour à tour à Brantigny ou à Troyes, où elle prenait ses quartiers d’hiver.

 Fragile dans son enfance, elle était toujours boiteuse et contrefaite, mais d’un heureux caractère, d’une santé florissante. À l’égard de ses petits-enfants, elle avait conservé le ton d’autorité de l’Ancien Régime et ne tolérait aucune infraction à l’étiquette. La conversation des douairières troyennes ne la passionnait pas : « Par ma foi, mes contemporaines tombent chez moi aux premiers jours de beau temps comme les mouches aux premiers rayons du soleil. Lâche m’en une ici, deux au plus, disait-elle à son valet de chambre, et ferme la porte aux autres… ».

 Impatiente, elle n’avait pas supporté qu’un prédicateur troyen évoquât sa piété et sa bonté lors d’un sermon et l’avait vivement rabroué.

 La vicomtesse Victoire des Réaulx, une grande dame du XVIIIe siècle, mourut dans sa quatre-vingt-dix-septième année, en 1853, sous le règne de Napoléon III.



 J’ai retrouvé le sceau ci-contre : un lion léopardé à figure humaine, dans un écu soutenu par des sauvages, surmonté d’une couronne de marquis et de la devise HUMANUS UT FORTIS. 

Il s’agit du sceau de François-Louis des Réaulx, le beau-père de Victoire seigneur de Bucey-en-Othe, en procès interminable avec les habitants à propos de l’usage des bois.

Les Réaulx étaient alliés à la famille de Marolles, dès le début du XVIIe siècle, et à la puissante famille des Mesgrigny qui possédait Bucey-en-Othe.


Château de Bucey-en-Othe :




Suite à sa visite au château des Roises de Bucey en 1942, notre talentueux graveur troyen Charles Favet en a tiré un plan, qui montre un vaste quadrilatère entouré d’un large fossé. Les traces de rainures du pont-levis, les meurtrières, dont les plus grandes pouvaient être destinées à recevoir des couleuvrines, témoignent d’une vocation défensive. Cependant, l’allure générale de la construction évoque le XVIe siècle.

Dans son carnet, Pierre-Louis-Célestin Douge, curé de Fontvannes, écrit vers 1865 :

« Le château présente une espèce de carré parfait, entouré de murs, flanqué d’une tour à chaque angle, dont deux sont rondes et deux sont carrées, avec des fossés creusés au pied extérieur des murs et remplis d’eaux vives. Une des portes principales d’entrée est voûtée en plein cintre, à plusieurs compartiments séparés de distance à distance par des arceaux non parallèles, de manière que l’un rentre d’un côté, tandis que l’autre est en saillie, le tout fait dans le goût de l’architecture du Moyen Âge. On voit la place où la herse descendait, et, en dehors, les deux tourillons en fer, où tournait le pont-levis jeté sur le fossé et que l’on relevait à l’aide de grosses chaînes. Des fenêtres faites « à la moderne », ont été pour donner du jour, ouvertes dans l’épaisseur des murs de défense et dans les tours, mais cela n’empêche pas de reconnaître la destination primitive de ces vieilles constructions féodales, aux meurtrières encore béantes, que l’on voit apparaître de place en place, surtout dans les murs des tours.»

 S’agissait-il d’un château, d’un manoir, d’une maison forte ?

Il avait sans doute une double destination : habitation seigneuriale et bâtiment à vocation agricole.

Les seigneurs de Bucey furent : Garnier, Manassès de Bucey en 1173,  Lige de Villemaur en 1180, Milet en 1217, en 1230 Gui de Bucey, Lige du comte de Champagne, Ithier de Bucey, Isabelle de Mailly, Henri du Plessy, Jacquette de Bucey, Alise ou Adélaïde de Villemaur en 1242, Jean de Bucey en 1243, Jean-Abraham et Pierre-Abraham en 1378 et 1382, Marguerite d’Anglure, Dale de Chennegy en 1396. 

La famille des Fontenays, seigneurs de Saint-Liébaut au XVe siècle : Jean de Die, Louise de Madeil, mariée à Odard de Rossey puis à Adérale de la Rouere, dont on voit l’épitaphe avec celle de son épouse dans l’église de Bucey. 

Cette terre a passé ensuite dans la famille de le Courtois anoblie par Charles VI. En 1396, cette famille, originaire de Bourgogne, s’établit à Troyes, où elle a occupé les premières charges. Mademoiselle Le Courtois, fille de Pierre, conseiller au parlement, a porté la terre de Bucey dans la maison de Mesgrigny, par son mariage avec M. le comte de Villebertain, qui l’a remise à son gendre, M. le Marquis des Réault. 

Dernier seigneur de Bucey, il la céda en 1829, à M. Fleurigny du Yheil qui la revend à M. Costel, notaire à Estissac. Son fils, Président du Tribunal Civil de Troyes, la transmet à son cousin Charles Douyne, de Bucey qui en hérita et exploita le domaine. 

Aujourd’hui, il est la propriété de M. et Mme Vicquerie.

Le chapitre de Saint-Etienne peut être compté parmi les seigneurs de Bucey, car il y possédait des biens, et l’église paroissiale est sur un fonds qui lui appartenait.

Dans les années 1920, c’était une exploitation modèle que visitaient les élèves de l’école d’Agriculture d’Hiver.

Deux anecdotes : au XIIIe siècle, les hommes et les femmes étaient souvent vendus, échangés et donnés, à titre gratuit ou onéreux, par leurs seigneurs laïcs ou ecclésiastiques. Ainsi, en 1230, Gauthier de Bucey, écuyer, vend à Thibaud IV le chansonnier, une femme de Mérey, le fils et la fille de cette femme, leurs enfants et leurs biens, moyennant seize livres !

En 1616, un seigneur de Bucey et celui des Chaast, en contestation pour des droits honorifiques, se donnèrent un cartel au sortir de la messe. Il se présenta un ruisseau à passer sur une planche. Dispute de politesse. Celui qui passa le premier se sentit tout-à-coup blessé dans le dos, mais se retournant, il eut encore assez de force pour « enfiler son agresseur, et ils se tuèrent ainsi l’un l’autre ».

Longtemps délaissé, le château fait depuis plusieurs années l’objet d’une restauration attentive. Les façades et les toitures des bâtiments ainsi que le fossé avec son arrivée d’eau sont inscrits à l’inventaire des monuments historiques depuis le 12 janvier 2005. Location de Chambres d'hôtes.




Les châteaux de l'Aube



Châteaux Bar/Aube, du Jard, Bar/Seine, Barberey, Bligny


- Château de Bar-sur-Aube

Le château servit de résidence aux comtes de Champagne. Il ne reste qu’une porte d’entrée, accolée à l’église.

- Le château du Jard à Bar-sur-Aube





Est une demeure classique bâtie à la fin du XVIIIe siècle. 

Après la Révolution, qui sans dommage pour l'édifice, la ville de Bar-sur-Aube fut le théâtre d’une bataille entre Napoléon et les armées coalisées ; ces dernières la pillèrent et établirent leur QG dans le château. Il a abrité de grandes figures historiques, en effet, le tsar Alexandre et le roi Frédéric Guillaume de Prusse y résidèrent en février mars 1814. 

En 1915, à la veille de la bataille de la Marne, le général Joffre y demeura du 1er au 5 septembre, qui, à cette époque appartenait à M. Maurice Tassin, avocat à Paris. 

Vers la fin de la deuxième Guerre Mondiale, le château fut le théâtre d’une prise d’otages. En Août 1944 des notables de la ville furent en effet détenus dans le château par les troupes SS. Ils ne virent leur libération que grâce à l’arrivée des troupes américaines qui libérèrent Bar sur Aube en 1944.

Propriété privée, ne se visite pas

- Château des Comtes Bar-sur-Seine



Le château de Bar-sur-Seine dominait la vallée de la Seine et était sans doute la plus importante forteresse sise au seuil de la Bourgogne. Les premiers documents la concernant datent du IXe siècle. Il appartint aux comtes de Bar-sur-Seine de la fin du XIe siècle au début du XIIIe siècle. Il passa aux comtes de Champagne jusqu’à la fin du XIIIe siècle, puis il fut rattaché au domaine royal en 1324, par le mariage de Jeanne de Navarre, dernière héritière du comté de Champagne, née à Bar-sur-Seine (1723), avec le roi Philippe IV le Bel.

Lors des luttes entre Armagnacs et Bourguignons, en 1424, il fut abandonné au duc de Bourgogne. Les puissants ducs y firent des travaux : « Dès l’année de leur entrée en possession, on rechaussait le mur du donjon, devant la poterne, depuis la tour carrée jusques aux murs de la ville ». Après la mort de Charles le Téméraire en 1477, Louis XI s’en empara.

Mais à la fin du XVIe siècle, il fut à nouveau le théâtre de luttes : luttes entre ligueurs et protestants qui déchiraient alors cruellement la France : « Au mois d’avril 1594, les ligueurs qui étaient redevenus maîtres de la ville, et aussi du château, firent une forte et épaisse muraille autour du gros rempart situé sur le devant du Château ». Mais la démolition du château commença la même année. Elle était souhaitée par les habitants de la ville ruinée par les guerres incessantes. Ils n’en pouvaient plus assurer l’entretien.

Le 3 octobre 1596, le roi permit aux habitants d’achever la démolition moyennant 1500 écus.

Le 9 mars 1597, Jacob de Benezin, capitaine du château, le rendit moyennant 500 écus aux habitants de la ville qui le démolirent.

Le château de Bar-sur-Seine avait vécu témoin et victime de ces siècles de luttes acharnées, luttes entre comtes de Champagne et ducs de Bourgogne, entre Armagnacs et Bourguignons, entre ligueurs et protestants, entre Louis XI et Charles le Téméraire.

Seule subsiste la « Tour du Lion ».

Faire une description de ce qu’a été le château de Bar-sur-Seine est difficile. En effet, on ne peut accéder à l’emplacement de la forteresse qui est propriété privée. On peut seulement aller au pied de la fameuse « Tour de l’Horloge » ou « Tour du Lion », qui renferme l’horloge de la ville.

Il y a juste, au début du XVIIe siècle, un texte descriptif de Jean de Lausserois : «… La forme est triangulaire, comme un triangle isocèle… Elle contient en longueur 160 pas, 80 en largeur. L’assiette en était non seulement agréable, mais encore très forte, et presque imprenable, de façon que c’était anciennement le boulevard et la forteresse de tout le pays… ce qui était encore fortifié de 7 grosses tours, en l’une desquelles est aujourd’hui l’horloge… De tous les bâtiments qui y étaient, il ne reste que la chapelle dédiée à Saint Georges. La basse-cour du château, toute carrée, paraissait une seconde forteresse, étant environnée de bons fossés creusés dans la roche, comme ceux du château…de cette cour on entrait dans le parc, puis dans la garenne voisine…».

 Comtes du Pagus Latiscencis, ou comtes du Lassois :

Renard de Woëvre (c. 890)

Réginald de Woëvre, (950-997)

Raoul III de Woëvre, (c. 965). Vivait encore à l'époque de Brunon de Roucy, évêque de Langres

? - 997 : Rainard de Bar-sur-Seine († c. 997), fils de Raoul qui précède

Une fille Ermengarde qui suit

997-998 : Milon II, comte de Tonnerre, marié à Ermengarde

998-1002 : Herbert III de Vermandois, second époux d'Ermengarde

1002- ? : Renaud Ier de Tonnerre, fils de Milon II (tutelle de sa mère Ermengarde)

?- 1039 : Renaud Ier, comte de Tonnerre et de Bar-sur-Seine 

marié à Erwise

Trois enfants, Othon († 1036)5, Arduin évêque de Langres († 1065), Ermengarde (v. 1032-1083)

1040 : Guy de Tonnerre, frère du précédent

1040/1-1046 : Milon III de Tonnerre / Milon I de Bar-sur-Seine († 1046), frère du précédent

marié à Azeca, sœur d'Erwise

Six enfants, Guy II († av. 1046), Hugues Renaud qui suit, Valéran († av. 1046), Guy III, Geoffroy seigneur de Polisy, Eustachie qui suit également

1046- c. 1065/72 : Hugues Renaud qui devient ensuite évêque de Langres en 1065

1065/72-1089/90 : Gauthier Ier de Brienne

Marié à Eustachie, fille de Milon III de Tonnerre. Héritière du comté de Bar-sur-Seine par son frère Hugues Renaud

Quatre ou peut être Cinq enfants, dont Érard Ier de Brienne, Milon qui suit, Engelbert devenu moine…

1089/90- 1125/28 : Milon II de Bar / Milon I de Brienne, fils du précédent

Marié à Mathilde de Noyers

Quatre fils, Guy qui suit, Raynaud abbé de Cîteaux, Herbert dit le Gros seigneur de Ville-sur-Arce, Thomas de Buxeuil

1125/28-1146 : Guy I de Bar / Guy I de Brienne

Marié vers 1126 à Isabelle de Villemaure (v. 1103- ?), fille de Manassès I de Villemaure

Marié à Pétronille de Chacenay bien avant 1139

six ou sept enfants dont Milon qui suit, Guillaume et Guy († av. 1151), Manassès qui deviendra évêque et Thibaut.

1147-1151/59 : Milon III de Bar / Milon II de Brienne (1125-1151/59)

Marié à Agnès de Trainel, fille de Guy de Baudémont

Une fille, Pétronille mariée en 1168 à Hugues IV du Puiset

Une charte du comte Manassès de Bar qui suivra laisse penser que c'était son fils et qu'il y avait un autre fils du nom de Thibaut

1151/59-1161 : Pétronille de Chacenay, régente du comté

1161-1168 : Manassès de Bar-sur-Seine (1146-1168 ou v. 1125-1193). Il n'est pas certain qu'il s'agisse de celui qui entre dans les ordres en 1168 et deviendra évêque de Langres en 1179

1168-1189/93 : Hugues IV du Puiset, de la famille des vicomtes de Chartres

Marié à Pétronille, fille de Milon III et nièce de Manassès

deux enfants, Milon qui suit et Marguerite

1189/93-1219 : Milon IV du Puiset († 17 août 1219), était également Vicomte de Chartres

Marié à Elissendre, fille de Renaud de Joigny

Deux enfants, Gaulcher († 29 juillet 1219 au siège de Damiette ) et une fille devenue religieuse.

(Guillaume de Chartres étant parfois désigné à tort comme l'un de ses fils)

1220-1223 : Ellissendre, veuve de Milon IV. Milon mort après ses deux fils, la succession entre les ayants droit est conflictuelle et le comté est vendu à Thibaut Ier de Navarre en 1223.

 

  • Henri d' Arbois de Jubainville« Catalogue d'actes des comtes de Brienne 950-1356 », dans Bibliothèque de l'école des chartesvol. 33, 


- Château de Barberey


Motte féodale, siège d’une seigneurie ayant appartenu à la famille du Chastel au XIIIe siècle, puis à Guillaume du Plessis, bail de Troyes (1360), la maison forte de Barberey entra par alliance à la fin du XVe siècle dans la famille de Choiseul-Praslin.

En 1596, Charles de Choiseul, lieutenant général de Champagne et futur maréchal de France, la vendit à Louis Le Mairat, avec les deux moulins à blé et le moulin à papier sur la Seine. 

Louis Le Mairat, seigneur de Droupt-Saint-Basle, négociant en bonneterie et maire de Troyes, fit aussitôt rétablir fossés et ponts-levis et réparer les dommages causés par les reîtres qui avaient dévasté la région en 1576. Jean Le Mairat, le fils cadet de l’acquéreur, fut un puissant personnage qui siégea au Grand Conseil, au Conseil d’État et au Conseil Privé.

C’est lui qui, en 1626, fit entreprendre la construction du château actuel, en la motte où d'ancienneté était la maison seigneuriale. Dans un aveu rendu à la fin de l’année précédente, il mentionnait en effet "une mothe… fermée de viels fossez et hayes, en dedans de laquelle y a ung viel corps de logis de pierre, couvert de thuille, en ruine et qui ne fut jamais parfait (achevé), accompagné d’un colombier".

Le Viel logis a survécu sur le côté de la cour, converti en dépendances mais toujours muni de ses tourelles de défense avec postes de tir dirigés vers les douves.

À Jean II Le Mairat, conseiller au parlement de Paris en 1690, succéda sa sœur Anne Le Fèvre d’Estrelles, puis son neveu François Feydeau, maître des requêtes de l’hôtel du Roi. En 1720, Claude Le Roy, avocat au parlement de Paris, acheta le château qu’un hôte décrivait en 1766 comme bien bâti en briques dans un goût ancien, mais d’une architecture noble et régulière, avec des appartements commodes et bien distribués.

Lors de la Révolution, André-François Janson de Saint-Parres, fils d’Elisabeth Le Roy, est présumé émigré. Déclaré Bien national, le domaine est démembré, mais le château, adjugé à un entrepreneur de charpente, échappe à la démolition.

Claude-Louis Bruslé, qui le rachète en 1803, devient sous l’Empire baron de Valsuzenay et préfet de l’ Aube, fonction qu'il retrouve sous Louis XVIII. Une nouvelle vente, en 1888, entraîne le morcellement du domaine, bientôt reconstitué par l’architecte Louis Mony, maire de Troyes et président du Conseil général, auquel succède en 1917 Ernest Belleuvre.

Le château était au bord de la ruine en 1962, lorsque M. Pierre Scapula, architecte décorateur, le sauva de la destruction. Sa complète restauration, menée sur 20 ans avec le concours des Monuments historiques, a été l’œuvre du Dr Cardiologue Bernard Cuny qui en poursuit la mise en valeur avec autant d'attention que de goût.

Il s’agit là d’une demeure de dimensions humaines, exceptionnelle par l’excellence de ses proportions, l'originalité de sa conception et le degré d’élaboration de son décor qui la rattachent aux courants les plus modernes de l’époque Louis XII. 

Deux ailes en légère saillie, plus élevées d’un étage et coiffées de très hauts combles, encadrent le corps principal. Aux extrémités de la façade sur les douves viennent en outre s’accoler deux minces pavillons d’angle aux fenêtres étroites, qui accentuent la verticalité de la composition. 

La pierre blanche qui constitue le gros-œuvre domine largement sur les façades. Traitée en forte saillie dans les chaînes d’angle, dans les modillons de la corniche, aux clés des baies et dans les frontons des portes basses, elle forme entre les fenêtres une moulure venant encadrer les maçonneries de briques: tableaux rectangulaires au second étage, tableaux à oreilles au-dessous, dessinés à bords vifs au premier étage, à bords arrondis au rez-de-chaussée. 

A l’intérieur du château, l’escalier à rampes droites occupe le centre, desservant deux appartements à chaque niveau. Les douves entourent encore en grande partie l’ancienne motte féodale, traitée en cour d'honneur. 

Ombragées d’un côté de grands platanes, elles précèdent de l’autre un parterre de buis taillés, créé il y a une quinzaine d’années. 

Propriété privée, ne se visite pas.


- Château de Bligny


Ce nouveau château domine le village Il est bâti sur les bases d’un château féodal cité en 1465, par le marquis de Dampierre, Pair de France, qui avait fait l’acquisition du domaine en 1773, afin de s’adonner à la chasse aux loups. 

La porte principale, provenant de l’ancien château féodal démoli en 1770, est de style Louis XIII avec ses fines décorations sculpturales de raisins et de pampres. Il y a plusieurs siècles que les vignes ont investi les coteaux de Bligny. 
Le marquis de Dampierre, propriétaire de la verrerie de Bligny, habitait le château du lieu, au cœur du village. 
En 1871 le marquis de Dampierre perd son fils, tué au front, puis le phylloxera sonne le glas du vignoble de Bligny. 
Sa reconstitution commence au début du XIXe siècle, quand il revint au Baron de Cachard. 

C’est Louis XVIII qui l’a anobli et l’a gratifié de son titre de Baron. Le Baron de Cachard donne au domaine son essor viticole, et il décide d’y créer un important vignoble, ce qui lui a valu le surnom de "Gentilhomme Vigneron". 

En 1930, le vignoble s’étend sur 44 ha. Après la guerre, la propriété est rachetée par un Tourangeau, M. Lefèvre qui souhaite compléter sa gamme de mousseux par un champagne. Le projet n’aboutit pas, la propriété est morcelée. 

En 1952, la famille Lorin rachète le vignoble en plusieurs lots et replante la vigne en 1954.


Les châteaux de l'Aube





Châteaux Ailleville, Allibaudières, Arcis/Aube, Arrentières, Argentolle

 

Ailleville

La demeure appartenait en 1482 à Pierre de Froidvaux, garde des sceaux de la prévôté de Bar sur Aube.

Le château fut reconstruit vers 1640 pour Louis Yardin, gentilhomme de la chambre du roi et gouverneur de la ville. Le château est cité lors de sa vente en 1697 comme un grand corps d'habitation, double en profondeur, flanqué de quatre tours carrées et entouré de fossés. Nicolas Yardin le vendit à Jacques de Lux de Ventelet, lieutenant-colonel de cavalerie, et Antoinette de Balidart, descendante de Pierre de Froidvaux.

Le château d'Ailleville resta dans cette famille jusqu'à la Révolution. Dans le parc on peut admirer un beau pigeonnier circulaire. L'intérieur a été décoré par Constantin Menisser au XIXe siècle.


- Château d’Allibaudières :

 A appartenu à la fin du XIIe s. au sire de Dampierre, puis devint au XIIIe s. chef-lieu d’une châtellenie.

En 1234, Thibault IV, comte de Champagne autorise le seigneur à bâtir une forteresse qui joua un rôle important durant la guerre de Cent Ans.

Elle est brûlée et démolie en 1420.

voir : Seigneurie d'Allibaudières


- Château d’Arcis-sur-Aube :


 Brûlé en 1588, il est relevé en 1721.

 Aujourd’hui, il abrite la mairie. Un aveu rendu en 1667 fait état des "place et motte sur lesquels estoient construits le chastel, donjon et maison-forte dudit Arcyes ; en laquelle y avoit de beaux et somptueux ediffices, portes, portaulx, cuisines, estables, tours, tourelles... lesquels murailles et grands fossez ont esté ruinés, maison bruslée, pendant les guerres et troubles survenus en ce royaume et commencés en l’an 1588". 

Pierre Grassin qui, en 1721, fit élever le château actuel sur cet emplacement, appartenait a une famille de robe originaire de Sens. Devenu sous la Régence directeur général des Monnaies de France, il mourut sans postérité. 

Le domaine passa au fermier général Barthélemy Thoinard, puis a la marquise de Collandre et, sous Louis XVI, au marquis de Labriffe. Danton naquit en 1759 a Arcis, ou son père était procureur au bailliage, dans la maison située rue de Paris. Il y revint souvent pendant la Révolution et racheta des terres. 

Le 20 mars 1814, Napoléon établit son quartier général dans le château, mais dut se replier le lendemain devant Schwarzenberg et ses 90.000 autrichiens. 

Le comte Armand, diplomate et conseiller général de l’ Aube, habita le château au siècle dernier. M. Albert Dupré, industriel à Romilly, lui succéda avant la dernière guerre. Évoqué par Balzac dans "Le député d’Arcis", la ville d’Arcis fit acquisition du château en 1948 et abrite aujourd’hui la mairie. 

C’est une demeure de proportions modestes, élevée d’un rez-de-chaussée en pierre appareillée et d’un étage sous comble à la Mansart. Sur l’ancienne place d’armes, les deux tours, plus ou moins découronnées, qui encadrent la grille, remontent à l’ancien château. La porte s’ouvre dans un petit avant-corps marqué par un ressaut dans la toiture, restauré après la suppression de l’attique et du fronton. Plus intéressante, la façade nord donne sur une terrasse, au-dessus du cours tumultueux de l’Aube, malheureusement dissimulé par la végétation. Élevé de deux niveaux sous un grand fronton triangulaire, l’avant-corps s’ouvre au rez-de-chaussée par trois grandes baies en plein cintre. On appréciera la qualité des masques sculptés sur les clés, et celle des ferronneries des deux perrons, analogues à celles de l’escalier d'honneur. Cette façade est criblée d'impacts de boulets de canon, vestiges de l'époque napoléonienne.

Éléments protégés MH : les façades et les toitures du château et de la tour Est, la partie subsistante de la tour Ouest, la grille avec le portail d'entrée en fer forgé, le hall d'entrée, l'escalier avec sa rampe en fer forgé, le bureau du Maire et la salle des mariages avec leur décor au rez-de-chaussée : inscription par arrêté du 21 mars 1983.

 

 - Château d'Arrentières :

 


 Le château est une construction d'origine médiévale, qui pourrait remonter au XIIIe siècle. 

Certains auteurs font des comtes de Champagne les premiers seigneurs d'Arrentières. 

En 1371, la comtesse Yolande de Bar est détenue au château sur ordre de Charles V. 

L'enceinte occupe un espace de 80 mètres sur 45 mètres. Le démantèlement des défenses, dont le donjon, a eu lieu au XVIIe siècle sur ordre de Richelieu. 

La tour intégrée au logis et l'autre tour, transformée en pigeonnier, ont échappé à cette destruction de par, suppose-t-on, leur changement de fonction. Les deux tours circulaires et le corps de bâtiment dans leur gros-oeuvre, datent du XVe siècle. La terrasse du château surplombe la vallée. L’accès à la terrasse se fait par une très belle allée couverte. 

Il existait de larges douves qui furent comblées au début du XIXe siècle. Le château est entouré d’arbres, sauf au sud qui est occupé par une grande prairie. 

L’allée de tilleuls, longue de 250 mètres, est toujours en place. Une mise en valeur du site est envisagée par le propriétaire pour la réalisation d’un jardin castral, un aménagement jardiné dans le fossé Est, un labyrinthe dans le fossé Nord, la remise en état des allées de la prairie avec des plantations d’arbres et la remise en état des douves...

Éléments protégés MH : le fossé, les courtines, les salles souterraines bordant la courtine sud, la tour-pigeonnier, les façades et les toitures du corps de logis et de la tour est : inscription par arrêté du 20 mai 1994.

 - Château d’Argentolle

C’était en 1602 une " motte close de fossés ".


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