lundi 26 mai 2025

Chrestien de Troyes

 


Chrestien naît à Troyes en 1135.

Ce nom de Chrétien est aujourd’hui celui de Christian.

Il étudie toutes les matières enseignées à cette époque, mais sans devenir prêtre. Sa culture est vaste, ses œuvres témoignent d’une connaissance approfondie des poètes latins Ovide et Virgile.

Il demeure attaché au comte Baudouin VI, de Flandres, et à sa femme, Marie, fille de Henri, comte de Champagne et de Marie de France, et à Philippe d’Alsace, aussi comte de Flandre, tuteur du jeune roi de France, Philippe Auguste.

Après la mort de son protecteur, il sert sa petite fille, Jeanne de Flandre.

Écrivain d’un talent fécond et élégant, simple et varié, ses vers de huit syllabes, rimant par couple, sont faciles et gracieux.

Il est le plus estimé des trouvères pendant la seconde moitié du XIIe siècle, le maître de la littérature courtoise dans la France de langue d’oïl, et le premier romancier français.

 Il est l’auteur des meilleurs romans de la Table-Ronde : Perceval le Gallois, Yvain ou le Chevalier au Lion, Guillaume d’Angleterre, Cligès chevalier de la Table Ronde, Tristan ou le Roi Marc et la jeune Yseult, le Chevalier à lespée, Lancelot du lac ou le Roman du Chevalier de la Charrette…

Erec et Enide est le premier de ses 5 romans. Pour la 1ère  fois, un récit d’une certaine ampleur (6.878 vers) est placé dans un cadre breton et s’ouvre sur la cour du roi Arthur, réunie à Pâques dans le château de Caradigan. Il met en lumière le conflit entre l’amour pour l’épouse et les devoirs du chevalier, et explore la manière de le dépasser.

La 1ère partie du roman de Cligès raconte comment Alexandre, fils aîné de l’empereur de Constantinople vient en Bretagne à la cour du roi Arthur.

Dans Le chevalier au lion, l’on retrouve l’amour conjugal.

Un savant anglais écrit à propos d’Yvain du Chevalier au lion : « Le roman d’Yvain est un des grands chefs-d’œuvre de la littérature française. Œuvre d’un auteur génial qui sait allier l’étude des caractères et des questions morales à un récit merveilleusement bien conduit, et qui en même temps manie la langue avec une rare maîtrise, Yvain nous charme encore aujourd’hui, comme il charmait les auditeurs du XIIe siècle ».

Dédié à la comtesse Marie de Champagne, Le chevalier de la charrette évoque la passion amoureuse de Lancelot pour la reine Guenièvre, épouse infidèle du roi Arthur. C’est le roman de l’amour adultère, où Lancelot, image d’un héros attachant, expie un péché de lèse-amour.

C’est pour plaire au roi de France Philippe-Auguste, qu’il compose son roman Perceval ou le Conte du Saint Graal, 6.008 vers, dans lequel l’amour s’élève jusqu’au mysticisme. C’est sans doute le plus fascinant de ses romans. Il conte l’histoire de ce jeune garçon, élevé par sa mère, loin du monde, au fond d’une forêt galloise, qui est ébloui lorsqu’il rencontre 5 chevaliers en armes et n’a plus qu’un souhait : aller à la cour du roi qui fait de si beaux chevaliers.

 C’est Chrestien qui introduit le mystère du Graal dans le domaine de la littérature. Son génie a été de puiser à pleines mains dans la matière celtique. Il est le premier de France à situer ses romans à l’époque mythique du roi Arthur et à donner une place fondamentale aux chevaliers de la Table Ronde. Il est sensible à la poésie des vieux mythes et des anciennes légendes. Au cœur de ses récits se trouvent l’aventure de la fontaine merveilleuse ou bien la singulière scène du Graal.

 Chrestien de Troyes est aussi bien loué par tous les écrivains ses contemporains que par ceux qui le suivent. On dit de lui qu’il fut «  l’un des fondateurs de la langue française, et qu’il la fit marcher d’un pas rapide dans la voie du progrès où elle s’arrêta bientôt après lui. Il sut donner à notre littérature ce cachet de naïveté spirituelle et gracieuse, qui depuis, l’ont distinguée ».

Le professeur Norris J. Lacy, de l’Université du Kansas, reconnaît Chrestien de Troyes comme le meilleur auteur de roman médiéval et celui à qui l’on doit la première mise en œuvre littéraire de la légende arthurienne.

Philippe Ménard, professeur à l’Université de Paris Sorbonne, président de la section française de la Société Internationale Arthurienne dit de Chrestien de Troyes :

« La lucidité souriante, la délicatesse de touche avec laquelle il parsème ses romans de traits plaisants, la discrétions élégante et le sens de la complexité humaine, l’admirable écriture d’un artiste de grande classe, d’un véritable styliste, l’alliance subtile d’idéalisation et de réalisme dans toute son œuvre, la profondeur de certaines de ses analyses psychologiques, la poésie qui illumine plusieurs de ses créations, l’équilibre de sa vision du monde pour concilier les tensions contraires de l’amour et du devoir, de l’individu et de la société, voilà les signes d’un talent exceptionnel, qui expliquent la vive séduction des romans de Chrétien de Troyes sur les hommes de tous les temps ».

 Chrestien de Troyes décède entre 1191 et 1195.

 En 1875, le maire de Troyes donne son nom à la rue comprise entre la rue Audiffred-Jouanique et la rue Hennequin, et en 1946, à toute la rue s’étendant de la rue Hennequin à la place Saint-Pierre.

On donne aussi le nom de Chrestien de Troyes au lycée situé dans le quartier des Chartreux.

Mais, les Troyens attendent toujours depuis 880 ans, qu'il ait un monument dans sa ville natale ! 


Fiançailles d'Arthur et Guenièvre par l'évêque de Thoraise, 
Paris, entre 1325-50, enluminure in Vita Merlini, BNF, Manuscrits, Français 105


Le roi Arthur Pendragon , 1509. 



Perceval arrive au château du Graal, où il est accueilli par le Roi Pêcheur. 
D’après un manuscrit de 1330 de Perceval ou Le Conte du Graal par Chrétien de Troyes,
BnF 12577, fol. 18v. 



Erec et Enide, écrit vers 1170, est le premier roman connu de Chrétien de Troyes. Inspirée d'un "conte d'aventure", l''intrigue souligne les oppositions entre les obligations du chevalier et celles de l’amour. En faisant l'apologie du mariage, Chrétien de Troyes se pose en adversaire de Tristan et Yseut et s'associe à la genèse du roman idyllique. Trop épris de son épouse (Enide), Erec, délaisse ses devoirs de chevalier. La rumeur publique le dénigre, l'accusant de récréantise. Le héros s’élance alors en quête d’aventures.

Piqué par un soupir d’Enide, Erec lui ordonne de le suivre, tout en défendant de lui adresser la parole. Enide ne peut cependant s’empêcher d’avertir son mari lorsque le danger se fait pressant. Erec se mesure à des brigands et à des géants lors de combats de plus en plus redoutables. Malgré d'importantes blessures qui le font passer pour mort, il triomphe du comte Galoain qui voulait contraindre Enide à l'épouser. Son épouse lui manifeste alors toute l'intensité de son amour. Le héros sort vainqueur de la plus périlleuse des épreuves : celle de « la Joie de la Cour » où il met fin aux enchantements qui touchaient Mabonagrain, un chevalier géant. Après la mort du roi Lac, père d’Erec, les deux époux sont couronnés rois de la petite Bretagne à Nantes.

Le chapitre où le poète raconte le départ de la fiancée Énide avec Érec est un des plus gracieux du poème. La séparation est décrite d’une manière touchante :

Lipère et la mère altrest (également)

La baisent sovent et menu ;

De plorer ne se sont tenu :

Al départir plore li mère,

Plore li pucelle et li père :

Tex est amors, tex est natures,

Tex est pitiés de noreture,

Plorer les faisoit li pitiés,

Et la douçors et l’amistiés

Qu’ils avoient de lor enfant.

 

Un autre passage, est une sorte d’épithalame, un peu hardi peut-être, quoique renfermé dans les limites nécessaires ; il a de la grâce et de la fraîcheur. Les deux époux sont entrés dans la chambre nuptiale :

Après le message des iels

Vient la dolçor, qui moult valt miels,

Des baisers qui amor atraient ;

Andui (tous deux) cele dolçor assaient

Et lors coers dedens en aboivrent,

Si qu’à peine s’en dessoivrent.

Del baisiersfu li primiers jeus.

Et l’Amor, qui est entre-deux,

Fist la pucele plus hardie,

Que rien ne s’est acoardie ;

Tot sofri ; quanque li grevast.

Ainçois qu’ele se relevast,

Ot perdu le nom de pucele ;

Al matin tu dame novele.

 

Cligès, rédigé vers 1176, allie habilement intrigues politiques et passions amoureuses, univers arthurien et "byzantin", alors très apprécié. Cligès, venu à la cour d'Arthur, doit défendre ses droits sur le trône de Constantinople face à son oncle parjure.

Alis, frère d’Alexandre et oncle de Cligès, convoite le trône de Constantinople. Il conclut un accord avec son frère, qui lui conteste ce pouvoir. Alexandre règne de fait, tandis qu’Alis est autorisé à garder la couronne. Mais il reçoit l’interdiction de se marier, afin qu’à sa mort, le trône revienne à Cligès, héritier d'Alexandre venu apprendre la chevalerie à la cour du roi Arthur. Après la mort d'Alexandre, Alis oublie sa promesse. Il se fiance à Fenice, fille de l’empereur d’Allemagne. Toutefois elle tombe éperdument amoureuse de Cligès. Grâce à deux breuvages magiques concoctés par sa nourrice Thessala, la jeune femme échappe à Alis. Après s’être fait passer pour morte, elle rejoint Cligès, qui lui avait déclaré son amour. Informé de la tromperie, Alis poursuit Fenice et son neveu jusque chez Arthur, où une immense armée s'est levée face à la trahison de l'oncle. Ce dernier meurt et les deux amants se marient.

Extrait :  

Cil qui fist d’Erec et d’Enide,

Et les comandemanz d’Ovide

Et l’art d’amors an romans mist,

Et le mors de l’espaule fist,

Del roi Marc et d’Ysalt la blonde,

Et de la hupe et de l’aronde

Et del rossignol la muance,

.I. novel conte rancomance

D’un vaslet qui an Grece fu

Del linage le roi Artu.

Mes ainz que de lui rien vos die,

Orroiz de son pere la vie,

Dom il fu et de quel linage.

Tant fu preuz et de fier corage

Que por pris et por los conquerre

Ala de Grece an Engleterre,

Qui lors estoit Bretaigne dite.

Ceste estoire trovons escrite,

Que conter vos vuel et retraire,

En.i. des livres de l’aumaire

Monseignor saint Pere a Biauvez ;

De la fu li contes estrez

Qui tesmoingne l’estoire a voire,

Por ce fet ele mialz a croire.

Par les livres que nos avons

Les fez des anciens savons

Et del siegle qui fu jadis.

Ce nos ont nostre livre apris,

 

 Le Chevalier de la Charrette est rédigé de 1177 à 1181, en même temps que le Chevalier au lion. Ce roman inachevé de Chrétien de Troyes est régi par une composition binaire qui oppose la cour d’Arthur et le royaume de Gorre, Lancelot et Gauvain, raffinement courtois et humiliation, lyrisme et burlesque. Le cœur de l'œuvre est occupé par l'amour adultère du héros, Lancelot, pour la femme du roi Arthur. Cet amour est durement gagné par une série d'épreuves et de soumissions.

  Après un duel contre le sénéchal Keu, Méléagant, qui retenait déjà un grand nombre des sujets du roi Arthur, enlève la reine Guenièvre. Gauvain, en se lançant à sa poursuite, rencontre un chevalier, victorieux d'un groupe d'adversaires qui s'élance lui aussi au secours de la reine. Au château du ravisseur, Gauvain et Lancelot (puisqu'il s'agit de lui) triomphent des épreuves. Mais Guenièvre leur échappe, emmenée par Méléagant dans le pays de Gorre. Pour la retrouver, les deux chevaliers choisissent des ponts différents. Non sans hésiter, Lancelot accepte de s’humilier en montant dans la charrette d'infamie d’un nain. Il devient ainsi le Chevalier de la Charrette.

 Lancelot subit encore plusieurs épreuves : des demoiselles tentatrices, des passages périlleux. Il soulève la pierre de son propre tombeau. Le héros parvient finalement au pays de Gorre, où Méléagant le provoque en duel. Le combat qui tournait à l’avantage de Lancelot est interrompu. Il est convenu que les deux adversaires s’affronteront, à nouveau, dans un an, à la cour d’Arthur. Guenièvre accueille froidement le chevalier, lui reprochant sa brève hésitation. Mais leur amour mutuel leur est révélé quand chacun apprend, d’une fausse rumeur, la mort de l’autre. Lancelot se soumet désormais aux volontés de la reine. Avec Gauvain, ils rejoignent la cour d’Arthur. Lancelot, saisi en cours de route, est emprisonné par Méléagant dans une tour murée. Il est délivré à temps pour affronter, au jour convenu, son adversaire, dont il tranche la tête.

  Dans le prologue du Chevalier de la Charette, le poète déclare qu'il tient la matière et le sens de son roman de Marie de Champagne et que lui-même n'y a mis que son attention et sa peine.

Extrait :

LI ROMANS DE LA CHARRETE

PAR

CHRESTIEN DE TROYES et GODEFROI DE LEIGNI

Puis que ma dame de Chanpaigne

Vialt que romans à feire anpraigne,

Je l’anprendrai moult volentiers,

Come cil qui est suens antiers

De quanqu’il peut el monde feire,

Sanz rien de losange avant treire.

Mes tex s’an poist antremetre

Qui i volsist losenge metre,

Si déist, et jel’ tesmoignasse,

Que ce est la dame qui passe

Totes celes qui sont vivanz,

Si con li funs passe les vanz

Qui vante en Mai ou en Avril.

Par foi, je ne sui mie cil

Qui vuelle losangier sa dame.

Dirai je : tant com une jame

Vaut de pailes et de sardines

Vaut la Contesse de reïnes ?

Naie voir je n’en dirai rien,

S’est il voirs maleoit gré mien ;

Mes tant dirai-ge que mialz oevre

Ses comandemanz an cest oevre

Que sans nè painne que g’i mete.

Del chevalier de la charrete

Comance Crestiens son livre ;

Matière et san li done et livre

La Contesse, et il s’antremet

De panser, que guères n’i met

Fors sa painne et s’antancion.

 

Le Chevalier au lion (1177-1181) est, dans l’œuvre de Chrétien de Troyes, le roman de l’équilibre. Il délaisse le caractère énigmatique des épreuves d’Erec et Enide, la préciosité de Cligès et les obscurités du Chevalier de la Charette. Son intrigue est pourtant fondée sur la folie du protagoniste qui désespère de reconquérir la confiance de son épouse.

Interpellé par l’histoire de la Fontaine-qui-bout, défendue par un mystérieux chevalier rouge, Yvain décide de tenter l’aventure. Il déchaîne une tempête en versant un peu d’eau sur le perron de la fontaine, avant d'en blesser mortellement le gardien. Poursuivant celui-ci jusque dans son château, Yvain y est fait prisonnier mais est sauvé par Lunette, la suivante de la chatelaine. Rendu invisible grâce à un anneau magique, il s'éprend de la dame du lieu, Laudine, qu'il vient de rendre veuve. Par l'intercession de Lunette, il l'épouse rapidemment.

Yvain est rappelé à ses devoirs de chevalier par Gauvain. Avec la permission de Laudine, il part en quête de tournois mais dépasse le délai d'une année imposé par son épouse. Laudine envoie alors une messagère pour reprendre l’anneau qu’elle lui avait confié. Comprenant qu'il a perdu l'amour de son épouse, le chevalier sombre dans la folie. Il s'enfuit, hirsute et nu, dans la forêt. Une demoiselle charitable le guérit de sa démence, grâce à un onguent. Il s'attache l’affection d’un lion, en le sauvant des attaques d’un serpent, et se fait désormais connaître comme le Chevalier au Lion. Le héros triomphe ensuite d' une série d’épreuves. Il délivre notamment Lunette du bûcher. Arrivé au terme de son périple, il déclenche la tempête à la Fontaine-qui-bout. Laudine se désole qu’aucun protecteur ne se présente et appelle de ses vœux le Chevalier au Lion, devenu fameux. Celui-ci ne consent à venir, qu’à la condition d'obtenir le pardon de sa dame.

 

Extrait :

Li boins roys Artus de Bretaigne,

La qui proeche nous ensengne

Que nous soions preus et courtois,

Tint court si riche conme rois

A chele feste qui tant couste,

C’on doit nonmer le Penthecouste.

Li rois fu a Cardœil en Gales ;

Aprés mengier, parmi les sales,

Li chevalier s’atropelerent

La ou dames les apelerent

Ou damoiseles ou pucheles.

Li un recontoient nouveles,

Li autres parloient d’Amours,

Des angousses et des dolours

Et des grant biens qu’en ont souvant

Li desiple de son couvant,

Qui lors estoient riche et gens ;

Mais il y a petit des siens,

Qui a bien pres l’ont tuit laissie,

S’en est Amours mout abaissie ;

Car chil qui soloient amer

Se faisoient courtois clamer,

Que preu et largue et honnorable ;

Mais or est tout tourné a fable,

Car tiex y a qui riens n’en sentent,

Dïent qu’il ayment et si mentent,

Et chil fable, menchongne en font

Qui s’en vantent et droit n’i ont.

Mais pour parler de chix qui furent,

Laissons chix qui en vie durent,

Qu’encor vaut mix, che m’est avis,

Un courtois mors c’uns vilains vis.





Perceval ou Le conte du Graal écrit dans les dernières années de la vie de Chrétien de Troyes, 1180-1181, ce roman inachevé, écrit sous le commandement de Philippe d’Alsace, introduit une matière devenue mythique : celle du Graal. La quête du héros prédestiné, Perceval, issu d'une lignée sainte consacrée au graal, n’est plus amoureuse, mais spirituelle.

Perceval, qui vivait à l’écart du monde avec sa mère, ébloui par l'éclat des chevaliers, décide de se rendre à la cour d’Arthur. Il rejoint le château de Gonemant de Goort, qui lui enseigne l’art de la chevalerie et la courtoisie. Après un exploit au château de Beaurepaire, il s’initie à l’amour auprès de Blanchefleur. En route pour retrouver sa mère, il fait halte dans un mystérieux château, celui du Roi Pêcheur dans lequel il voit passer le fameux cortège du Graal. Défilent devant lui un jeune homme portant une lance, une belle demoiselle tenant un Graal et une autre qui apporte un tailloir d’argent. Suivant l'éducation reçue chez Gonemant, Perceval ne pose aucune question.

Le lendemain, sa cousine lui apprend que son silence a causé la perte du châtelain et du royaume. Ce mutisme est dû au péché dont il entaché pour avoir laissé sa mère mourir de chagrin. Après une contemplation rêveuse du visage de Blanchefleur dessiné dans la neige par quelques gouttes de sang, Perceval retourne à la cour du roi Arthur. Là-bas une demoiselle hideuse propose aux chevaliers présents des aventures extraordinaires. Mais le jeune homme n’a de cesse de percer le secret du Graal. Après avoir suivi un temps les aventures de Gauvain, la narration se concentre de nouveau sur Perceval. Désireux de faire pénitence, il se rend chez un ermite à qui il confesse la faute commise dans le château au Graal. L’ermite lui dévoile alors le secret de ce vase : il contient une seule hostie qui suffit à maintenir en vie le père du Roi Pécheur, frère de l’ermite et de la mère de Perceval. Après avoir reçu l’absolution et la communion des mains de son oncle, Perceval poursuit ses aventures au château des Reines.

Chrétien de Troyes laisse à sa mort un mystérieux roman inachevé, poursuivi par ses successeurs, pour donner naissance à une œuvre monumentale de 60 000 vers dans certains manuscrits.




Extrait :

Qui petit seme petit quialt,

et qui auques recoillir vialt

an tel leu sa semance espande

que fruit a cent dobles li rande ;

car an terre qui rien ne vaut,

bone semance i seche et faut.

Crestiens seme et fet semance

d’un romans que il ancomance,

et si le seme an si bon leu

qu’il ne puet estre sanz grant preu,

qu’il le fet por le plus prodome

qui soit an l’empire de Rome.

C’est li cuens Phelipes de Flandres,

qui mialz valt ne fist Alixandres,

cil que l’an dit qui tant fu buens.

Mes je proverai que li cuens

valt mialz que cist ne fist asez,

car il ot an lui amassez

toz les vices et toz les max

dont li cuens est mondes et sax.

Li cuens est tex que il n’escote

vilain gap ne parole estote,

et s’il ot mal dire d’autrui,

qui que il soit, ce poise lui.

Li cuens ainme droite justise

et leauté et Sainte Iglise,

et tote vilenie het ;

s’est plus larges que l’an ne set,

qu’il done selonc l’Evangile,

sanz ypocrisye et sanz guile,

qui dit : « Ne saiche ta senestre

le bien, quant le fera la destre. »

Cil le saiche qui le reçoit,

et Dex, qui toz les segrez voit

et set totes les repostailles

qui sont es cuers et es antrailles.

L’Evangile, por coi dit ele :

« Tes biens a ta senestre cele ? »

La senestre, selonc l’estoire,

senefie la vainne gloire

qui vint de fause ypocrisie.

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Lancelot traversant le pont de l'épée. 

Atelier d'Evrard d'Espinques. 

Centre de la France (Ahun), vers 1475


 



dimanche 25 mai 2025

Jean Léguisé Évêque de Troyes

 

Saint-Évêque - XIVe siècle

Jean Léguisé Évêque de Troyes, signe les Statuts Synodaux de Jean Colet avec Odar Hennequin.

Il s’agit d’un ouvrage important, daté de 1530, édité chez Jean Lecoq sous l’autorité de l’évêque de Troyes. C’est une œuvre de Jean Colet, juriste au tribunal épiscopal, natif et curé de Rumilly-les-Vaudes (de 1465 à 1479), qui rassemble les statuts promulgués par Jean Bracque (1370-1375), Jean Léguisé* (1426-1450) et Odard Hennequin (1525-1544), évêques de Troyes.

voir : STATUTS SYNODAUX DE JEAN COLET : ici


Odard Hennequin XVIe-XVIIe ( ?) Sacristie de la cathédrale de Troyes

Bandeau dans registre inférieur : OVDART . HENNEQVIN . AVMONIER . DE FRANCOIS . Pr . / EVESQVE . DE . SENLIS . PVIS . DE . TROIES . MORT . EN . 1544.


Jean Léguisé naît à Troyes et y fait ses études.

 En 1426, il est placé sur le trône épiscopal.

 En 1429, Troyes est "possédé par les Anglo-Bourguignons" qui tiennent garnison. Le 5 juillet, Jeanne d’Arc, conduisant l’armée française, se présente devant Troyes qui était forte par ses murailles.

A une lettre du Dauphin lui demandant d’ouvrir ses portes, la municipalité répond que les défenseurs résisteront jusqu’à la mort. Travaillés par l’évêque Léguisé, qui les exhorte vivement de se rendre, les éléments français restés en ville, avec les habitants, obligent la garnison à capituler.

 Le roi est reçu avec les témoignages de la joie la plus parfaite.

Tous les historiens disent que « les événements qui se passèrent à Troyes du 5 au 12 juillet 1429, décidèrent du sort de la France ».

L’entrée des troupes royales dans la ville ont un retentissement considérable : les villes situées sur la route de Reims se rallient alors au Dauphin.

C’est ainsi que " Troyes fut le triomphe du Droit et de la Justice. Ce fut la grande revanche du traité sacrilège et déshonorant livrant la France à l’étranger, qui y avait été signé en 1420, et que, de toutes les autorités politiques de l’époque, seule la Papauté, seul le pape Martin V, ne voulut pas reconnaître ".

Jean Léguisé décède à Paris le 3 août 1450, son corps est amené à Troyes et il est inhumé dans la chapelle du Sauveur de la cathédrale, avec une inscription sur son tombeau.

Par un testament aujourd’hui perdu, il lègue ses biens à sa mère Guillemette de la Garmoise, héritage qu’autorise la coutume de Champagne. Celle-ci avait alors confié certains objets liturgiques à Jacques de Roffey, lieutenant général du bailli de Troyes « pour et ou nom de Révérend père en Dieu monseigneur l’évesque de Troyes ».

Mais une charte du 9 janvier 1480 porte un conflit d’héritage à notre connaissance. Les descendants de la mère de l’évêque, décédée, souhaitent en effet récupérer les biens transmis au bailliage et appartenant soi-disant au défunt.


Cote G464 (Archives départementales de l'Aube)


S’engage alors, trente ans après la disparition de Jean Léguisé, un procès qui va durer huit années. Dans une cédule datée du 25 février 1450 [1451 n. st.] et recopiée dans la présente charte, Jacques de Roffey confessait avoir reçu de la mère de l’évêque :

« une mictre ensemble les deux lambeaulx servans à ladite mictre garnye de plusieurs pierres fines et pelles pesant ensemble douze marcs six onces et demye. Item une crosse ensemble trois bartons dargent fin à ladite crosse en laquelle y a des pierres et pelles fines pesant ensemble vingt et quatre marcs une once d’argent. Item deux agneaulx pontificaulx d’argent dorez où il y a des pelles et des pierres. Item les sandales et les soulers pontificaulx. Item deux paires de guans esquels a deux esmaulx d’argent dorez et esmaillez avec la tonaille. Item deux mictres blanches de boucassin ayens deux pendens. Item une chasuble de lin garnye d’estolle et manipulon. Item une tunique et dalmatique blanchez. Toutes ces choses dessus dites servans à un évesque et appartenant à ladite vesve ».

Les héritiers somment Jacques de Roffey de répondre de cette affaire. Ce dernier affirme avoir gardé les objets liturgiques pour l’exercice du culte de Louis Raguier, successeur de Jean Léguisé ; ce que Jean Pinette, procureur de l’évêque, confirme, avançant tous deux que

« lesdites crosses et mictres estoient des biens de feu maistre Estienne de Givry jadis évesque dudit Troyes prédécesseur immédiat de feu maistre Jehan Lesguisé ».

Les objets en question sont en effet dédiés au culte ecclésiastique, certains pouvant même faire partie du trésor de la cathédrale de Troyes.

Après plusieurs rebondissements, c’est finalement le Parlement de Paris qui statue en faveur de Louis Raguier, l’évêque pouvant conserver les objets de la querelle. Mais la famille Léguisé fait appel de cette décision, considérant qu’ils sont les « vrais héritiers de ladite Guillemectre et dudit feu maistre Jehan Lesguisé ».

L’affaire est définitivement close en 1488. D’autres membres de la parentèle Léguisé affirment avoir :

« bonne et vraye amour » pour leur nouvel évêque Jacques Raguier, successeur de Louis Raguier. Pour cette raison, « ilz ont donné, cédé, quinté, transporté et délaissé et par ces présentes donnent, cèdent, quinctent, transportent et délaissent par donacion irrévocable faicte entre vifz et sans le povoir ou vouloir jamais rappeller en aucune manière ». L’évêque peut désormais posséder ces biens « pour en faire et disposer comme des biens meubles appartenant audit évesché ».

Ce procès montre que la frontière entre les domaines privé et public est ténue. Elle est bien comprise des hommes d’Église et d’État : Jean Léguisé et sa mère, Louis Raguier et Jacques de Roffey ont conscience que ces biens appartiennent à l’évêché. Mais pour les Léguisé, cette frontière est plus floue.

Ironie du sort, Louis Raguier meurt le 19 août 1488, au moment de la rédaction des deux dernières chartes et de l’entière renonciation de la famille à hériter. Cette affaire aura donc durée 38 ans, de 1450 à 1488, sur une période de quatre épiscopats.

Le 5 décembre 1980, le conseil municipal donne son nom à une rue de Troyes.






Des troyens à Saint-Louis-des-français de Rome

 

Église St Louis des Français - Rome


St Louis sur la façade de l’église (en bas à gauche)


On lit, dans l’église de Saint-Louis-des-Français, à Rome, 3 épitaphes qui rappellent le souvenir d’autant de personnages originaires du diocèse de Troyes.

 1ère Epitaphe

Jean Milet, français, originaire de Troyes, est devenu citoyen romain par un séjour prolongé dans la Ville-Eternelle, après y avoir exercé, pendant toute sa vie, les fonctions de maître de la signature des brefs apostoliques. Il décède en 1577, à l’âge de 62 ans. 

2ème Epitaphe

Daniel Hannier, également aubois, originaire de Dosnon en notre diocèse, qui acquit le titre de citoyen romain, en remplissant à Rome, l’emploi de scribe des brefs apostoliques. Il décède en mai 1577, âgé de 59 ans.

 Cette communauté d’origine, cette similitude de fonctions, expliquent les « relations amicales et intimes qui ont existé entre ces deux diocésains ».

 Jean Milet est le protecteur de Daniel Hannier, ayant sur son compatriote, la supériorité de l’âge et celle de la position qu’il occupe.

 Ils décèdent  tous les deux, la même année. Jean Millet a deux fils, Augustin et Alexandre. Lors de son décès, Hannier teste en faveur d’Augustin qu’il a adopté. C’est ce dernier qui consacre, dans l’église de Saint-Louis-des-Français, un souvenir de reconnaissance à l’ami de son père dont il a été constitué l’héritier, par une épitaphe qui relate ses titres de citoyen romain et de scribe des brefs apostoliques. La qualification de : Viro officii ac fidei pleni, qui précède l’indication de ses bienfaits, constate simplement sa constance dans l’amitié et le penchant naturel de son cœur toujours disposé à rendre des services.

Jean Milet appartient à une très ancienne famille, dont les membres exerçaient, à Troyes, depuis de longues années, la charge de notaires. Un de ses ancêtres, joua un certain rôle pendant la domination des Anglais en France. Il était notaire et secrétaire d’Henri VI, roi d’Angleterre, et du duc de Bedford, régent du royaume. De plus, il remplissait les fonctions de secrétaire auprès de la haute commission gouvernementale de la Champagne, dont il était membre.

 Jean Millet né à Troyes en 1514, arrive fort jeune à Rome, puisqu’il remplit toute sa vie les fonctions de maître de la signature des brefs apostoliques. Cet emploi a beaucoup d’analogie avec la charge de notaire. C’est Clément VII (1523-1534) qui le lui a conféré. Par conséquent, le titulaire a tout au plus 20 ans, à l’époque de la mort de son illustre protecteur.

 Des événements politiques ont peut-être forcé le père de Jean Millet à s’expatrier, en raison du rôle compromettant et peu honorable pour sa famille, qu’avait joué à Troyes, un de ses ancêtres. Il aurait emmené, dans son voyage, avec son fils, le jeune Daniel Hannier, qui lui était étroitement uni par les liens d’une amitié d’enfance. Ce dernier, au moment du départ de notre ville, était attaché à l’étude du père.

3ème Epitaphe

 Jacques Vignier, fils de J. Viguier, Marquis des Riceys, Comte de La-Chapelle-Gonthier, Baron de Juilly, Villemaur et Saint-Liébault, Seigneur de Chennegy, Maître des requêtes, Conseiller d’Etat et privé, Intendant des finances, et Président aux Etats de Bourgogne, et de Marie de Mesgrigny, fille d’Eustache de Mesgrigny de Villebertin. Jeune, il a été pourvu des prieurés de Saint-Martin-des-Champs et de Notre-Dame-d’Argenteuil.

 Il a à peine 20 ans, lorsqu’il est désigné pour occuper le siège épiscopal de Troyes, en remplacement de Mgr René de Breslay, démissionnaire en 1621. Après sa nomination, le nouveau prélat se rend à Rome, afin d’obtenir lui-même ses bulles, en attendant qu’il ait atteint l’âge canoniquement requis pour recevoir l’ordre de prêtrise et la consécration épiscopale.

 Pendant ce voyage, la Sorbonne le proclame Docteur en théologie. Ce titre n’a jamais été accordé à aucun absent, ni à personne aussi jeune que lui. La Faculté, en le lui conférant, a eu égard à ses talents extraordinaires.

 Il a soutenu et expliqué, en quatre exercices publics, tous les mystères de la théologie, « avec une érudition merveilleuse et au-dessus de son âge ». Par son savoir prodigieux, « il a excité l‘étonnement, comme l’admiration, de la France entière, à un tel point, qu’on le comparait à Jean Pic de la Mirandole ».

 Marie de Mesgrigny, sa mère, établit à Troyes (14 septembre 1620), avec l’aide du cardinal de Bérulles, une communauté de carmélites, qu’elle reçut dans la maison paternelle d’Eustache de Mesgrigny de Villebertin. Jacques désirait vivement assister à la canonisation de sainte Thérèse, fondatrice de cet ordre religieux. Il eut cette satisfaction pendant son séjour à Rome.

En effet, le 12 mars 1622, le pape Grégoire XV, à la sollicitation du Sacré-Collège, des rois de France et d’Espagne, et des généraux des différents ordres, canonisa, dans une seule solennité, 5 illustres personnages, recommandables par leurs vertus et la sainteté de leur vie : saint Isidore l’agriculteur, saint Philippe de Néri, florentin, fondateur de la congrégation de l’Oratoire, saint Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, saint François-Xavier,  associé de saint Ignace, pour la fondation de la Compagnie de Jésus, et sainte Thérèse, fondatrice de l’ordre des Carmes-Déchaux. Cette solennité, dont Jacques Vignier fut témoin, se fit avec la plus grande pompe. Annoncée et préparée longtemps à l’avance, elle attira à Rome une foule considérable d’étrangers, avec beaucoup de Français.

 Six semaines après son arrivée à Rome, et 16 jours après la canonisation de sainte Thérèse, Jacques Vignier, atteint d’une maladie mortelle, succombe le lundi de Pâques 28 mars 1622, à l’âge de 22 ans. Son corps est inhumé dans l’église de Saint-Louis-des-Français.


Chapelle Saint-Louis - Église Saint-Louis des Français de Rome

Retable représenant Saint-Louis roi de France


L’église est une exaltation de la France à travers la représentation de ses saints et de ses grands personnages historiques. Ainsi, en façade se trouvent les statues réalisées par Pierre de l’Estache qui représentent Charlemagne, Saint Louis, Sainte Clotilde, et Jeanne de France. En outre la salamandre de François Ier est présente aux extrémités.

A l’intérieur des fresques représentant l’Apothéose de Saint-Louis et de Saint-Denis ainsi que des histoires de la vie de Clovis et des Francs.

Elle est formée de trois nefs avec cinq chapelles de chaque côté, une décoration baroque d’un foisonnement de marbres, dorures et sculptures.

Les chapelles sont dédiées à saint Denis, sainte Cécile, Jeanne de Valois, Saint Louis, Saint-Sébastien, à l’Immaculée Conception et à la confrérie des Lorrains. La toile du maitre-utel est une Ascension de la vierge de Francesco Bassano.

Dans la chapelle Sainte Cécile, des fresques du bolonais Dominiquin représente des passages de l’histoire de Sainte-Cécile (1616-1617), et sur l’autel est exposé une copie de la Sainte Cécile de Raphaël réalisée par Guido Reni.

C’est dans la cinquième chapelle de gauche, la chapelle Contarelli, que se trouvent trois chefs-d’œuvre de Caravage: Le Martyre de saint Matthieu (1601), Saint Matthieu et l’ange (1602) et la Vocation de saint Matthieu (1601).

Une fresque au plafond de cette chapelle, la Résurrection de la fille d’un roi, représente un autre épisode de la vie de saint Matthieu, réalisée par le Cavalier d’Arpin, ancien maître de Caravage.

La quatrième chapelle côté sud est consacrée à Clovis et à sa conversion au catholicisme avec son baptême à Reims par Saint Rémi en 496, qui fit de lui le premier roi chrétien de France. Les œuvres de la chapelle datent du XVIe siècle. Au-dessus de l’autel, le tableau où Clovis détruit les idoles est de Jacopino del Conte. A droite, le baptême de Clovis est de Sermoneta, peintre de l’école de Raphaël. Sur la voûte sont présentés des épisodes narrés par Grégoire de Tours comme la prise de Soissons, le vase de Soissons et la bataille de Tolbiac.

La chapelle baroque dédiée à Saint-Louis est l’œuvre de Plautilla Bricci, une femme peintre, sculpteur et architecte, qui y travailla entre 1644 et 1680. A gauche, Catherine des Médicis présente à Saint Louis le plan de l’église de Nicola Pinson et à droite saint Louis apporte à Paris la couronne d’épines de Luigi Giminiani.

L’église conserve aussi plusieurs tombes, comme celle Pauline de Beaumont construite par son amant François-René de Chateaubriand, ou encore un monument dédié au peintre du XVIIe siècle Claude Lorrain, ainsi que la tombe du cardinal François Joachin de Bernis, qui était ambassadeur des rois de France (Louis XV et Louis XVI). Un monument aux morts est consacrés aux français ayant péri à Rome lors du siège de 1849.



Monument aux soldats français morts sous les murs de Rome 
Hommage du pape Pie IX


En contre-façade, le très bel orgue fut construit par Joseph Merklin en 1881.





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