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lundi 14 octobre 2024

Châteaux de Vanlay, Vaux

 Château de Vanlay


Au XVIIe s., il y avait 2 châteaux, correspondant aux 2 seigneuries de Dinteville et de Vaudrey.

Une première motte close de fossés et le closeau devant la dite motte contenant environs deux arpents est citée dès 1390 au lieu-dit Vaudrey. Il est très difficile de déterminer le lieu exact parmi les deux fiefs de Vaudrey.

Un manoir a été construit par Gauthier de Dinnteville, capitaine de Bar-sur-Seine.

En 1550, le château est cité assis au bois Bureau ou borbereau. Il consiste en une motte fermée de fossés murailles et pont-levis et en 1829 sont cités les deux châteaux du marquis de Vanlay.

L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques en 1969, date à laquelle Daniel et Colette Petitjean achètent de domaine qui appartient toujours à cette famille.



Propriété privée


Château de Vaux 





1720 : année de la construction du château de Vaux à Fouchères.

2015 : Edouard Guyot (fils de la légendaire famille qui rachète tous les châteaux en ruines), 23 ans, achète une ruine.

2017 : sont organisées de nombreuses fêtes, des chasses à courre, mariages, concerts… il faut faire entrer de l’argent pour pouvoir effectuer les réparations

Le Château de Vaux, d'une surface de 2 000 m2, a été construit à Fouchères, en 1720 par l'architecte Germain Boffrand (1665-1754), élève de Jules Hardoin-Mansart, qui réalisa notamment le château de Lunéville et l'hôtel de Soubise à Paris.

Au XIXe siècle, il appartenait à Maupas, le ministre de Napoléon III, sa dernière occupante fut Madame d'Amécourt, en 1969. Il était à l'abandon depuis des décennies.  Puis c'est un centre pour handicapés qui a occupé une partie des dépendances jusqu'à l'automne 2014, époque à laquelle il a été racheté par un tout jeune entrepreneur.

Trois semaines seulement après la signature, le nouveau propriétaire, Edouard Guyot, ouvre les portes du château au public pour la première fois le 11 juillet 2015.

A 23 ans, le jeune homme originaire du Loiret, a découvert Vaux, au hasard d’une visite à un ami. Passionné par l’art du XVIIIe siècle, il s’est immédiatement épris de ce grand château abandonné, avec un magnifique parc, intimement lié à la forêt de Chaource.  Il a fait un pari fou car le château menace de tomber en ruines. Edouard Guyot s'est endetté sur 20 ans. Mais rien ne semble lui faire peur, pas même les travaux qui coûteront au moins 2 millions d'euros. Il dit en effet suivre ainsi le chemin tracé par ses parents, qui sont des « sauveurs de châteaux », depuis 1979.

Il faudra 450 000 visiteurs pour financer la toiture, (en 1995 a été posé un "parapluie" de tôles destiné à le mettre hors d'eau).   Chaque entrée à 6 euros permettra donc de payer la pose d'une ardoise.

Le domaine de Vaux et son château du XVIIIe siècle constituent, selon l’opinion du conservateur des Bâtiments de France de la région Champagne-Ardenne, « l’un des ensembles les plus remarquables du département de l’Aube ». Le domaine, a une superficie d’environ 315 ha dont 284 ha sont d’un seul tenant sans aucun chemin public le parcourant.

Au centre de cet ensemble, derrière de belles grilles en fer forgé, le château et ses dépendances, sont disposés autour d’une vaste cour d’honneur. Au fond, le château en pierre blanche, a ses façades parées de riches détails architecturaux. Les communs sont placés de part et d’autre du château. L’aile ouest des communs abritait anciennement les voitures et des logements de service. Les communs situés à l'est, s’ouvrent sur une vaste cour bordée d’un très long bâtiment donnant sur un jardin potager clos de murs, d’un pigeonnier, et d’un pavillon carré. L’ensemble de ces communs a fait l’objet d’une restauration complète, ainsi que deux vastes granges. Elles offrent chacune une impressionnante charpente en carène de bateau renversée. À l’angle nord-ouest se situe le chenil. Au sud, une vaste prairie monte vers les bois, avec une belle perspective depuis le château.

L’ensemble de cette composition correspond à ce qui existait au XVIIIe siècle.

Le Château, de pierre de taille blanche, comprend un étage sur rez-de-chaussée et soubassement, surmonté de combles à la Mansart, avec en symétrie des lucarnes cintrées et des « œils-de-bœuf ». Les façades se composent d’un avant-corps central et de deux avant-corps latéraux qui forment saillie sur le corps du logis central. Côté cour d’honneur, l’avant-corps central se compose de trois pans dont deux sont cintrés. Il est surmonté d’une balustrade de pierre à décor d’anneaux entrelacés qui prolonge de part et d’autre le fronton triangulaire central, orné des armoiries de Maupas et de son épouse. Elles sont couronnées et encadrées d’une draperie en forme de baldaquin, et accotées de deux chevaux à mi-corps sculptés en haut-relief. Aux angles de la balustrade, contre le corps de logis, deux bas-reliefs, en mauvais état, représentent des trophées de chasse. Au rez-de-chaussée, au-dessus de la porte centrale, un masque acrotère représentant une tête d’homme barbu coiffée de la dépouille d’un lion. Ce doit être la tête d'Héraclès, portant la dépouille du Lion de Némée. Elle est encadrée par deux têtes de femme aux cheveux bouclés couronnées d’une étoile, pour la fenêtre de gauche, d’un croissant de lune pour celle de droite.

Côté parc, l’avant-corps central, rectiligne est précédé d’un escalier qui passe devant les soupiraux. Les clefs des trois arcades en plein-cintre du rez-de-chaussée sont ornées d’une tête d’homme au centre, et de tête de femme sur les côtés. Cet avant-corps est surmonté d’une balustrade de pierre, flanquée de deux vases décorés de têtes de bélier. A l’intérieur, boiseries, cheminées de marbre surmonté de trumeaux, parquets Versailles, tomettes.

La totalité de la toiture en ardoise, dont rien ne subsiste aujourd’hui, a été remplacée par une couverture temporaire en zinc. Intérieurement, le château est dans un état de délabrement proche de la ruine (plafonds effondrés, parquets arrachés).

L’entrée du château, côté cour d’honneur, se fait par une impressionnante porte à deux vantaux et imposte de bois, richement sculptée. On y accède par un imposant escalier. Le rez-de-chaussée s’ouvre par un vestibule donnant sur un grand salon. Il se compose principalement de différents salons d’apparat et de diverses pièces. À gauche du vestibule, un bel escalier accède aux différents étages. Il est construit en pierre jusqu’au premier étage, puis en stuc,

Le premier étage, se compose de plusieurs chambres et d’une salle de billard qui était à l’usage de chapelle du château.

Au second étage, mansardé, diverses petites chambres qui servaient à l’usage des domestiques

Les caves, en partie voutées, occupent toute la surface du château.

Les communs s’ouvrent de façon symétrique, à la fois sur la cour d’honneur et la cour de ferme. Ils comportent sur leurs deux façades la même alternance de portes et de fenêtres à encadrement de brique. Ce bâtiment comporte deux niveaux. Le rez-de-chaussée, d’une surface d’environ 730 m², comprend : une entrée donnant sur un escalier à balustre en bois, un local technique, suppresseur, une grande salle de restauration, trois pièces à usage de cuisine équipée et de salle de préparation pour la restauration collective, une salle de loisir, et un petit bureau, trois salles d’activité, quatre bureaux dont l'un n'est accessible que par l’extérieur depuis la basse-cour. A l’étage : ce niveau, d’une surface d’environ 370m², est partiel, et n’occupe que le sud du bâtiment, au-dessus des communs proprement dits. Il est traversé d’un long dégagement central, accessible par les trois escaliers, qui dessert de part et d’autre : 14 chambres, chacune avec fenêtres ou portes fenêtres, une lingerie, des sanitaires comportant 7 lavabos et 2 toilettes, une vaste salle de bain comprenant 3 coins douche et 3 coins baignoire. Cuisine professionnelle, salles de bains et salle d’eau collectives.

L’ancien jardin potager situé à l’est, borde la quasi-totalité de la longère. Il est entièrement clos de hauts murs anciens avec une grille.

A proximité du château et des communs s’élève un magnifique pigeonnier en forme de tour ronde coiffée d’une toiture en poivrière en petite tuile.

Le domaine fait l’objet d’une protection au titre des Monuments Historiques. Les façades et toitures du château ainsi que l'escalier avec sa rampe en fer forgé et les grilles d'entrée font l’objet d’un classement par arrêté du 25 janvier 1980. Les façades et toitures des communs y compris le pigeonnier ainsi que l'allée d'accès au château font quant à elle l’objet d’une inscription.

Aujourd’hui, le Gîte du château est composé de 5 chambres doubles, 1 dortoir de 5 lits, 3 salles de bains, 4 WC, 1 cuisine toute équipée 1 grande pièce à vivre et 1 espace salon-télé avec cheminée en pierre. Parking et jardin privés.

Le Gîte de la ferme (160 m2) est composé de 2 chambres doubles, 1 petit dortoir de 4 lits, 2 salles de bains, 3 WC, 1 cuisine toute équipée, 1 hall d'entrée et 1 pièce à vivre : espace repas et salon-télé. Parking et jardin privés.

Une salle de jeu et une grande terrasse clôturent ce grand espace mis à disposition le temps d'une nuit, d'un week-end ou d'un plus long séjour.

Le Commun Est accueille toutes sortes de réceptions grâce à une salle de 110 m², l'Orangerie. Elle est caractérisée par son plafond à la française, ses tomettes en terre cuite et ses larges ouvertures.

Les cocktails et cérémonies de plein air s'effectuent dans la cour d'honneur du château ou dans la Grange monumentale. Capacité de la salle : 120 personnes en diner assis, 180 personnes en soirée.

Capacité de la cour : 400 personnes en cocktail, 300 personnes assises, 350 m² en herbe.

 Le vendredi 10 juillet 2015, l’avant-première de la découverte de Vaux a été réservée aux habitants et aux élus de Fouchères avec leur maire Daniel Poiteaux, et la présence de Bernard de la Hamayde conseiller départemental et maire de Saint-Parres-les-Vaudes qui a dit à cette occasion : « La belle endormie a trouvé son prince charmant ». Le Comité départemental du tourisme s’investit dans son rôle de promoteur d’initiatives porteuses. Pour attirer des visiteurs et rendre la visite ludique, Edouard a imaginé un jeu de piste historique. Les indices sont dissimulés dans les dépendances. Il s'agit de reconstituer le coup d'état de 1851, qui donna un empereur à la France. Le champagne Chassenay d’Arce est partenaire de ces animations et a mis à disposition du matériel pour animer les communs, dont une très rare bascule pour bovins.

Mardi 12 avril 2016, au Trianon à Paris, Edouard reçoit le second prix Moovjee (Mouvement pour les jeunes étudiants et entrepreneurs). Ce concours avait enregistré plus de 1.000 demandes de dossier de candidature, 270 ont été validés : 100 dans la catégorie « entrepreneurs » et 170 dans la catégorie « porteurs de projet ». Le jury a fait son choix parmi 15 projets finalistes, et le prix « Coup de cœur du jury », catégorie « entrepreneur » est donné à Edouard Guyot.

 Paris-Match du 20 au 27 avril consacre 6 pages et de magnifiques photos, à la famille Guyot, leurs châteaux et bien entendu en priorité à Edouard et au château de Vaux.

2018, ouverture de la visite de l'appartement du préfet Charlemagne Emile de Maupas, né à Bar-sur-Aube (1818-1888), un des organisateur des forces de police et militaires parisiennes, lors du coup d'Etat de décembre 1851, pour le compte de Louis Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III.

11 juin 2019  le Château de Vaux est retenu par la mission Bern ! Il fait partie des 121 projets retenus dans toute la France, pour la 2ème  édition du loto du patrimoine.

En février 2020, commence la première tranche lourde de restauration.







L'édifice se visite, j'y ai acheté quelques ardoises pour la réfection de la toiture !

Situé sur les terres de la commune de Fouchères, il est utile d'avoir un GPS 



Route de Vougrey
10260 Fouchères

 03 25 40 17 47




Les châteaux dans l'Aube





jeudi 16 mai 2024

Manoir de Montchevreuil

 

Montchevreuil, ancienne grange de Mores

A côté de la route qui conduit de Troyes à Chaource, au centre de la forêt d’Aumont, s’élève un vieux manoir seigneurial.

En 1151, l’illustre abbé de Clairvaux saint Bernard, reçoit en don des chanoines de Saint-Denis de Reims, le droit qu’ils possédent de présenter un curé pour desservir la paroisse de Mores (jadis village près de Bar-sur-Seine, sur les bords de l’Ource), et, trouvant cet endroit convenable pour l’établissement d’une abbaye, il y installe des religieux de Clairvaux.

La dotation de la nouvelle communauté ne se fait pas attendre : tous les hauts personnages des environs, les seigneurs de Bar-sur-Seine, de Briel, de Chacenay, de Chappes, de Chervey, de Magnant et de beaucoup d’autres, répondant à l’appel du saint abbé, s’empressent de lui offrir des terres, des bois, des prés et des vignes.

Le comte de Champagne Henri Le Libéral, figure aussi au nombre des bienfaiteurs de cette abbaye. Dès l’année 1170, il donne une maison sise à Troyes, faubourg Croncels. En 1171, il complète ses largesses par l’abandon d’un canton de sa forêt d’Isle, portant le nom de Montchevreuil.

Voici quelques extraits de la donation : « Nous Henri, comte palatin, avons donné à Dieu et à la maison de Mores (jadis village près de Bar-sur-Seine, sur les bords de l’Ource), dans nos bois d’Isle, dans l’endroit qu’on nomme Montchevreuil, une terre pour bâtir une grange avec 300 arpents de terre, et, pour la cultiver, les frères de la dite maison ne pourront avoir que 2 charrues. Il leur sera permis d’avoir 500 brebis et 200 porcs, des bœufs, des vaches, de quelqu’âge que ce soit, sans qu’ils puissent y mêler des chèvres. Nous leur permettons aussi d’avoir des chevaux, pour charroyer et faire leurs ouvrages. J’ai abandonné aussi au même endroit, aux frères, 60 arpents de prés, des pâtures et le pacage. Je consens aussi qu’ils aient tout l’usage des bois tant pour la construction de leurs maisons que pour leur chauffage… Afin que cette donation demeure ferme et stable, j’y ai fait apposer le sceau de mes armes…».

Telle est l’origine du domaine de Montchevreuil. 


De nouveaux dons viennent successivement accroître l’importance de cette terre. La comtesse Blanche donne en 1206, l’étang de Montchevreuil, et l’abbé de Mores, en témoignage de reconnaissance, déclare que cette illustre Princesse ou son fils, pourront faire pêcher dans cet étang pour leurs besoins, quand bon leur semblera, mais à la condition de ne pas le mettre à sec.

En 1223, Thibaut IV donne à la grange de Montchevreuil le droit d’usage dans la forêt de Jeugny et le droit de passage et de pâturage dans l’étendue du finage de Chaource et de plusieurs finages voisins. Pour que les moines n’abusent pas de ce droit de couper du bois dans les usages de Jeugny, il décide « qu’ils ne pourront y vendre ni donner la tuile fabriquée dans leur tuilerie de Montchevreuil ».

Comme nous l’avons vu dans la donation, le comte Henri détache de son domaine 30 arpents de terre, pour les donner à l’abbaye. Le surplus de ce territoire qui consiste en bois, demeure la propriété des comtes de Champagne jusqu’à l’époque où il est en même temps que tous leurs biens, incorporé à la couronne de France. Il passe ensuite à la Maison de Bourgogne, en vertu de « la reconnaissance de 3333 livres de rente assise sur les châtellenies de Vilmaur, Chaource, Isle, Vauchassis et Payns, qui est souscrite au profit d’Eudes IV, duc de Bourgogne, par le roi de France Philippe VI de Valois, lors de son avènement au trône en 1293 ».

En 1527, l’abbaye de Mores doit contribuer à la délivrance des enfants de François 1er et, pour réunir les fonds nécessaires au paiement de cette nouvelle imposition, elle doit aliéner la grange de Montchevreuil. Deux amateurs se présentent : Guillaume Hennequin, bourgeois de Troyes, et Louis de Vienne, écuyer, sieur de Presle, bailli et gruyer du marquisat d’Isle. Ce dernier prend Montchevreuil en emphytéose perpétuelle, s’engageant à payer, outre un prix « une fois donné, une rente annuelle et perpétuelle de 5 sols par arpent et 1 denier de censive. Il doit, de plus, faire construire à ses frais une maison d’habitation, des granges et d’autres bâtiments de ferme ». Il semble que les religieux n’exploitaient plus ces terres depuis 25 ou 30 ans, car elles sont en friches au moment de la vente.

Le vieux manoir que nous voyons sur la reproduction, a dû être construit par un descendant de Vienne, vers 1631. Cette habitation donne une idée de ce qu’étaient, en ce temps là, les demeures des gentilshommes campagnards. Pour se mettre à l’abri d’une surprise, et pour pouvoir résister au moins temporairement aux bandes de brigands qui couraient la campagne, ils entouraient leurs maisons de fossés larges et profonds. Pour leur donner l’aspect des anciennes forteresses féodales, ils les flanquaient, dans les angles, de petites tourelles surmontées de toits aigus sur lesquels, usant de leur privilège, ils n’oubliaient jamais de placer des girouettes en bannières et en pennon, indices de leurs droits seigneuriaux. A l’intérieur des fossés, ils réservaient une petite pièce qu’ils surmontaient d’un clocher miniature : « c’était leur chapelle domestique, dans laquelle, un prêtre du voisinage venait officier de temps à autre ». Montchevreuil a gardé ses tourelles et sa chapelle avec son clocher, mais il n’a plus ses fossés qui ont été comblés depuis plus de deux siècles.

Aujourd'hui propriété privée.



Description architecture

Montchevreuil  (Les Loges-Margueron) D444 en direction de Chaource venant de Troyes,  a été l’une des deux granges les plus éloignées de Mores. Hors de la sphère barséquanaise, son milieu et ses aptitudes étaient différents. De fait, située en plein cœur de la forêt de Chaource, elle dut représenter une opportunité intéressante non seulement pour l’exploitation du bois (dont l’abbaye ne manquait pas par ailleurs) mais plus encore pour l’élevage, la forêt étant un espace de pâturage et de pacage de première importance.

C’est le comte de Champagne Henri Ier le Libéral qui serait à l’origine de cette grange, en cédant un canton entier de forêt en 1171, comme le relate la copie de l’acte perdu suivant : « Moi Henri, comte palatin, fais savoir à tous présent et à venir que j’ai donné à Dieu et à la maison de Mores dans mes bois d’Isle, au lieu nommé Montchevreuil (Mons caprarium), une terre pour bâtir une grange avec trois cents jugères de terre et, pour la cultiver, les frères de la dite maison ne pourront avoir que deux charrues. Il leur sera permis d’avoir cinq cents moutons et deux cents porcs, des bœufs, des vaches, de quelque âge que ce soit, sans qu’ils puissent y mêler les chèvres. (…) J’ai donné aussi au même endroit, aux dits frères, soixante arpents de prés ; je leur ai aussi accordé les pâtures et le pacage, et tout l’usage des bois tant pour la construction que pour le chauffage dans la limite d’une demi-lieue autour de leur grange (…) ». Pour conséquente qu’elle fût, cette donation fut augmentée en 1183 par Simon de Lantages de droits d’usages étendus dans ses bois d’Ervy [-le-Châtel] et de Lantages, sous le sceau de l’évêque de Langres Manassès de Bar [-sur-Seine], et avec l’assentiment de barons locaux et de moines de Molesme (d’après Louis Le Clert, "Montchevreuil", Annuaire administratif et statistique du département de l'Aube, 1893, p. 134-142 et "Deux chartes de l’abbaye de Mores", Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts du département de l'Aube, t. LVII, 1893, p. 97-99). En 1206, le domaine reçut de la comtesse de Champagne l’étang éponyme. En 1223 encore, Thibaut IV vient augmenter l’aire de droits d’usages et pâturage de Montchevreuil en l’étendant à tout le bois de Jeugny, aux finages de Chaource et plusieurs autres contigus. On apprend par le même acte qu’une tuilerie existe alors dans la grange, mais le comte en interdit la commercialisation des tuiles (sans doute déjà développée) (Arbois de Jubainville, Hist. comtes Champ., 1863, cat. n°1608, p. 211).

Ces quelques actes sont significatifs. Les orientations économiques de la grange de Montchevreuil sont clairement énoncées dès avant sa création : l’activité pastorale sera dominante en milieu forestier et au-delà, la clairière formera l’espace cultural et, enfin, le milieu incitera à en exploiter les ressources (bois d’œuvre, étangs de pisciculture, argile tuilière) pour les besoins de l’abbaye tout d’abord, selon les opportunités commerciales ensuite.

Mores fut contrainte d’aliéner sa grange vers 1527-30 pour s’acquitter d’un impôt royal exceptionnel. Louis de Vienne, bailli et gruyer du marquisat d’Isle, s’en porta acquéreur en 1608 (A. Roserot, Dict. hist. Champ. mérid., p. 931) à charge d’y élever de nouveaux bâtiments tant d’habitation que d’exploitation. Car à cette date, le domaine était dit « en friches » et nécessitait d’être remis en état. L’ancienne grange était alors divisée en deux fermes : le Grand et le Petit Montchevreuil, s’étendant respectivement sur 212 et 57 arpents.

Rien ne subsiste aujourd’hui de la période monastique, seulement le manoir que l’acquéreur fit construire au Grand Montchevreuil et qu’il entoura de fossés. Cet édifice à pan de bois et remplissage de brique (aujourd'hui sous enduit) comporte un rez-de-chaussée faiblement surélevé sur son assise de brique, surmonté de deux étages —carré puis sous comble éclairé par une rangée de 3 lucarnes à l'est—. Le toit de tuiles plates à pans brisés intègre pour ses parties les plus pentues une couverture d'ardoise. Les pignons sont flanqués d'une tourelle d'escalier, de section carrée au sud (dans œuvre, à l'angle sud-est), et ronde au nord (hors-œuvre).







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