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jeudi 15 août 2024

La porte des lépreux

 

La porte maudite de l’église de Saint-André-les-Vergers




            A gauche du grand portail « des maraîchers » (Ouest) de l’église paroissiale, existe une porte secondaire dont les clous, disposés en forme de X rappellent la croix de Saint André. Cette porte mystérieuse, est « la porte des Lépreux », laquelle d’ailleurs fut longtemps condamnée et murée à la suite de l’épisode suivant :

            Deux enfants Dryats venaient de se marier. Leur bonheur paraissait sans mélange si la lèpre, une lèpre affreuse, n’était venue attaquer les membres et le visage du jeune époux. Défiguré, hideux et surtout contagieux, celui-ci fut bientôt retranché de la communauté des vivants selon l’usage habituel déterminé en pareille circonstance.

            Sur convocation du curé faite au son lugubre du glas, la foule des grands jours se rassemble à l’église. L’époux, atteint de la lèpre est introduit par la porte dérobé qui se referme sur lui, il dirige ses pas vers la chapelle ardente dressée au milieu du bas-côté nord de l’édifice. La cérémonie macabre se déroule selon le rituel en vigueur, l’époux est placé sous le drap mortuaire, le prêtre alors commence l’office des morts, il récite les prières des défunts avec les aspersions et les encensements accoutumés il dit :

« À partir de ce jour tu te tiendras face au vent et tu ne parleras, à personne autrement. Tu ne quitteras ta maladrerie que pour te rendre à la messe et resteras avec les autres lépreux. Tu ne dépasseras point ta borde ».

            Ensuite, le drap mortuaire est enlevé, le ladre prend une jaquette grise (sa housse), on lui met une besace sur le dos, une talevelle (crécelle) en main. Le lépreux est conduit à la ladrerie, suivie par son épouse. Derrière le prêtre le convoi funèbre s’ébranle, il se dirige non pas vers la maladrerie de Rosières, pourtant toute proche, mais vers celle des Deux Eaux à quatre kilomètres de là en direction de Bréviandes.

            A Bréviandes, lépreux et lépreuses des Deux Eaux sont là, ils attendent à distance le nouveau venu auquel le prêtre adresse les défenses et interdictions qui le concernent. Alors, pour bien marquer que tout est fini, trois pelletées de terre prises au cimetière, sont jetées sur sa tête avec ces mots significatifs :

« Mon amy, ci est signe que tu es mort quant au monde »

            Ensuite, le ladre disparait, le cortège prend le chemin du retour vers l’église de Saint-André où le « mort vivant » est recommandé une dernière fois au pied des autels.

            La jeune femme qui enterre son mari de la façon la plus affreuse, a suivi cette cérémonie jusqu’au bout. C’est une personne jolie, d’un caractère doux, d’une intelligence vive, d’un cœur magnanime. Dans sa démarche rien n’a faibli, sa douleur contenue prend un caractère saisissant qui bouleverse l’assemblée. Un silence de mort plane sur la foule ; immobile et calme, la jeune femme alors déclare ceci :

            « Mon malheureux époux est un objet d’horreur pour les autres, mais il reste toujours la moitié de moi-même. Ensemble nous devons partager la bonne et la mauvaise fortune, je gagnerai donc la lèpre avec lui : la cérémonie est terminée, elle vaut pour deux ! ».

Aussitôt, elle abandonne ses vêtements, elle prend les habits de deuil comme signe d’un mal qu’elle ne ressent pas encore. Pour bien marquer sa résolution, elle quitte l’église par la porte dérobée qui a servi à son mari, elle refait seule le chemin qu’elle vient de parcourir avec tous, elle se dirige vers la maladrerie des Deux Eaux où, bien sûr, personne ne l’attend, pas même son mari, elle deviendra sa chambrière comme il est d’usage en ces temps là.

            Ce qui devait arriver ne manque pas de se produire. Bientôt les joues fraiches de la belle perdent leur couleur de pourpre, les uns après les autres ses charmes s’évanouissent, elle tombe en langueur.

           A quelque temps de là, cette fidélité dans les sentiments eut pourtant l’effet le plus surprenant :

Un miracle ayant eu lieu, le mari est guéri et sa belle aussi ; l’un de sa lèpre, l’autre de son état de langueur.

Après avoir écoulé ensembles des jours heureux, lorsque la mort se présenta, les deux époux se trouvèrent encore unis : Ils furent ensevelis côte à côte sous une double pierre tumulaire qui détermina longtemps le nom de la contrée appelée « Les Deux Tombes ». L’endroit était entre l’abbaye de Montier-la-Celle et la croix Saint Roch, près des champs de Saint-André, à proximité de l’église Saint Michel, mieux connue sous le nom de St Michau.

Ces évènements extraordinaires produisirent à Saint-André une grosse émotion ; les habitants voulurent y voir un signe du ciel qui les invitait à condamner, à murer la porte maudire de l’édifice religieux.

  Vaincue par l’amour, la lèpre n’entra plus jamais à l’église de Saint-André

La porte des « lépreux » a été restaurée et démurée dans les années 1960.

Une inscription hébraïque était sur le linteau de la porte, malheureusement disparue lors des restaurations de la façade Ouest en 2005, par un artisan ignorant et peu scrupuleux. A l’occasion de ces restaurations, le portail des Maraîchers a retrouvé toute sa splendeur de la Renaissance.

De nombreuses églises de France et de Navarre avaient leur porte des lépreux.

 

La petite porte sur la gauche est la porte des lépreux

NB : Autrefois, seuls les chrétiens qui avaient reçus le baptême avait le droit de pénétrer dans une église.

 

mercredi 29 mai 2024

Louise... disparition à Saint-André...

 

Jean Dupré - La fenaison vers 1895


Louise…  un fait divers, d’une autre époque… à Saint-André

On recommandait en ces temps-là,  aux enfants,  de ne pas aller trop loin dans les terrains plus ou moins marécageux de la Vienne. On leur demande surtout de n’aller pas trop loin, du côté de la fontaine Saint-Martin. La vieille histoire de « la Louise » les en aurait d’ailleurs dissuadés.

C’était une enfant comme les autres, comme ils étaient presque tous, à la campagne, en ce temps-là. De famille pauvre, très jeunes, ils devaient participer à la vie et au travail de la famille.

Dans la mesure de leurs moyens, sans doute, mais quel est l’enfant de nos villages qui n’employait pas ses jeudis, ses soirées, ses vacances à garder la vache dans les prés, à glaner derrière la voiture gerbière après qu’on avait ramassé les gerbes, à soigner volailles et lapins ?

Louise ne pouvait échapper à la condition commune. Aussi ne trouvait-elle pas extraordinaire que sa maman l’envoie régulièrement à l’herbe « pour les lapins ».

Ce n’était pas parce que sa mère était restée seule après la mort de son père, c’était parce qu’on avait l’habitude que les enfants ne restent « jamais sans rien faire ». D’autant plus qu’ils pouvaient se rendre utiles.

Aussi, ce jour-là, Louise était-elle partie dans la campagne environnant chercher une gironée d’herbe pour les lapins qu’élevait sa maman.

Saint-André n’était alors qu’un modeste village assez éloigné de la ville. La campagne était vaste autour des quelques chaumières qui accompagnaient l’importante abbaye de Montier-la-Celle. Des travaux n’avaient pas encore été entrepris pour canaliser les nombreuses Viennes qui traversaient le territoire et qui en faisaient un immense et traitre marécage.

Louise était donc partie à la recherche des panais, des plantains, des séneçons et autres végétaux dont les lapins sont toujours restés friands.

Elle n’était pas seule. C’est bien connu : les enfants de nos campagnes se sont toujours entendus pour se trouver dans la nature, à la croisée du dernier chemin, pour rire et s’amuser ensemble, quittes à poursuivre ensuite la chèvre ou la vache qui s’étaient échappées, quitte à précipiter la cueillette de l’herbe, avant de regagner la maison.

C’est bien ce qui se passa ce jour-là !

Après avoir bien musé, les enfants s’avisèrent qu’il se faisait tard. Brusquement, ils se séparèrent pour vaquer chacun à ses occupations.

On pense que Louise se dirigea tout de suite vers les endroits qu’elle connaissait bien pour lui fournir en abondance les herbes appropriées. C’étaient des lieux qu’elle avait l’habitude de fréquenter. Elle savait aussi les coins dangereux, ceux où elle aurait pu prendre pied et s’enliser. Elle renait garde de n’aller que là où la terre était ferme, quitte à s’assurer d’une main, à la basse branche d’un arbre quand elle avait à cueillir une herbe sur une rive incertaine.

Elle connaissait cette terre par cœur pour l’avoir tant et tant de fois pratiquée.

Et pourtant…

Louise n’était pas rentrée ce soir-là.

 Alors que toutes les autres fillettes et les autres garçons étaient, depuis longtemps, de retour. C’est la raison pour laquelle la maman de Louise s’inquiétait.

Qui décida de s’en aller à la recherche de son enfant.

Sitôt qu’elle fut à proximité de l’entrelacs formé par les nombreux canaux des Viennes, alors que la nuit tombait, l’angoisse l’étreignit devant ce marais qu’elle avait, elle aussi, maintes fois traversé.

Comme elle n’y voyait plus guère du fait que la nuit tombait, elle prit le parti d’appeler.

« Louise, Louise, Louise… » criait-elle à tous les échos. Et ceux-ci lui répondaient « Ouise, ouise, ouise… » d’une voix morne et désolée.

De la fillette, point de réponse.

Affolée, la maman allait, droit devant elle, toujours criant le nom de Louise.

Inlassablement, elle s’entendait répondre : « Ouise, ouise… »

Quand son pied buta sur un ballot d’herbes.

C’était le devantié de la fillette aux trois quarts plein. Il lui fallut se rendre à la triste évidence, Louise avait disparu… Et nul ne la retrouva plus.

Voilà pourquoi la contrée marécageuse des « Ouises » rappellera longtemps encore le souvenir de la fillette qui disparut en allant à l’herbe. Voilà pourquoi les petits enfants du grand-père n’osaient s’aventurer trop loin du côté des Viennes. Il leur avait raconté la triste aventure de « la Louise » afin justement, de leur inspirer la criante salutaire des endroits dangereux.

Louise disparue en 1855


Saint-André les Vergers... Hier

Chez Dupuy auberge créée vers 1810 par la famille de ma Gd mère paternelle

 L’Ancien Saint-André, aujourd’hui Saint-André-les-Vergers

L’étude du cadastre (celui de 1870 révisé en 1958 et celui de 1828), l’observation des voies de communications et des différents lieux-dits de la commune nous donnent une étude assez précise du village tel qu’il existait au XVIIIe et du début du XIXe siècle.

La partie basse de Saint-André (qui occupe une surface importante) était couverte par un marais qui gênait considérablement le développement de la vie rurale de l’agglomération et ses relations avec la ville voisine.

Un plan ancien nous permet d’avoir une plus juste idée de l’importance de ce marais. Nombre de lieux-dits en attestent l’existence :

Rue du gué : (rue Médéric) endroit dans le marais où l’on peut passer à pied sec

Rue de la Grande Planche : (rue Jeanne d’Arc) , accès à Troyes

Lieudit La Grande Planche : difficile à cause des marécages, les Grandes planches permettaient de sortir du marais.

Les Ouises : voir LOUISE

Les Suivots : (chemin et lieudit) chemin qui contourne le marais

L’Ile Germaine : Elle émerge au-dessus du marais. Appellation en souvenir de Saint-Germain d’Auxerre qui aurait rencontré Saint Loup à cet endroit.

Rue du Pont aux prêtres : passage entre l’habitation des prêtres et l’église

Chemin des Marivots : chemin dans le marais

D’autres lieux-dits sont le reflet des activités rurales des habitants de Saint-André

La Linchère (le chemin des Roises) les trous d’eau où l’on faisait rouir le lin

Les Vignots. Moque bouteille : lieux plantés de vignes. Ces vignes produisaient, disaient les moines, un vin de mauvaise qualité. [La vigne a disparu à St André]

Les Vieux Cortins : Les cortins désignent l’endroit où l’on trouvait des jardins maraîchers

Cliquat : Moulin à aubes, sur les ruisseaux, à la limite avec La Rivière de Corps. Le cliquetis des engrenages a donné son nom au lieudit.

 

Quelques-unes de ces appellations font état d’activités liées à la proximité de l’Abbaye :

Les tuileries. Rue du four : (aujourd’hui rue de la République) Les vastes bâtiments monastiques, avec leurs églises et chapelles, auxquelles s’ajoutaient des celliers, des écuries, des forges et autres habitations diverses, exigeaient briques, tuiles et faitières. Il était donc habituel de voir des tuileries s’installer à proximité des grandes abbayes du Moyen-Age.

La Fourche aux Moines : terrains cultivés

Les Vergers : entre le Bas Clos et l’Abbaye de Montier-la-Celle, terrain fertile planté de fruitiers

Les Bas Clos : Pâtures entourées de haies en clôtures, situées entre la route d’Auxerre et la rue Thiers. Dans ces prés, on allait conduire les moutons et les vaches

Les Hauts Clos : c’est l’endroit le plus élevé du village, près de Troyes. L’Hôpital de Troyes ouvert en 1961 se nommait Hôpital des Hauts Clos. Il a été rebaptisé le 28 septembre 2018 : Hôpital Simone Veil.

 

LIEUX-DITS DRYATS

Lieux-dits de Saint-André

mercredi 24 avril 2024

Eglise de Saint André les Vergers

 

Eglise Saint-André de Saint-André-les-Vergers

 


Montier-la-Celle, Saint-Michaut "alias Saint-Michel" (l’église paroissiale de Saint-Michel, debout dès le IXe siècle, disparut dans le cours du XVIe, avec les habitants de la paroisse, dont le territoire est compris dans celui de la commune de Saint-André), Saint-André, sont trois noms inséparables. De la célèbre abbaye, de l’antique église et du village, c’est le village qui a survécu. Le vieil édifice primitif de Saint-Michel n’a laissé ni traces ni vestiges. Saint Frobert désirant se retirer dans un endroit solitaire à proximité de Troyes sa ville natale, choisit le lieu-dit "insula Germanic ", dit aujourd'hui l’Ile Germaine, avec la permission de Clovis II, et s’y installe avec ceux qui le suivent. Il fonde la glorieuse Abbaye de Montier-la-Celle en 650, dont relèvent 17 prieurés, 30 églises paroissiales. Mais, malgré sa célébrité, malgré les Patriarches, les Archevêques, les Evêques, les Abbés sortis de son sein, et le nombre de ces savants qui ont porté si haut la renommée scientifique des Bénédictins, elle s’écroule sous l’influence des temps et des événements (On peut citer : Saint-Robert de Molesme qui était prieur de Montier-la-Celle, fonde l'abbaye de Molesme, puis se rend à Citeaux où il fonde une abbaye qui donne naissance à l'ordre des Cisterciens. Saint-Remi de Reims, qui finit Archevêque de Chartres).

Châsses de l'Abbaye Montier-la-Celle

Saint-André rappelle un établissement dont nos ancêtres s’écartaient avec effroi : ils refusaient de passer par la petite porte à l'ouest de son église, car saint André donnait accès aux lépreux guéris de la Maladrerie des Deux-Eaux, connue sous le nom de Saint-Lazare, hospice établi depuis le XIIe siècle, à l’entrée de Bréviandes (sur le finage de Rosières qui dépendait de Saint-André), et détruit en 1733.

La paroisse sise dans la « Présentation » de l’abbaye, est donnée à celle-ci par Hugues évêque de Troyes. En 1071, Philippe 1er confirme cet acte. Mais, 7 siècles plus tard, la « manse abbatiale » est réunie à l’évêché. La Paroisse de Saint-André passe alors sous l’autorité directe de l’évêque de Troyes, Mgr Barral. L’Abbaye est vendue et détruite en 1791. Dans le même temps et dans les mêmes circonstances disparait l’Abbaye de Notre dame des Prés, fondée en 1231 par les Bernardines avec l’appui de saint Bernard, à 1 km de Montier-la-Celle.

Les dimensions de l’église de Saint-André-les-Vergers peuvent surprendre. C’est qu’elle était autrefois le cœur d’une paroisse encore plus étendue qu’aujourd’hui : limitée par le faubourg Croncels, où elle avait pour succursale l’irremplaçable chapelle Saint-Gilles, elle comprenait la contrée des Gayettes, les communautés de Laines-Bourreuses (lieu disparu), de Rosières, de Viélaines.

Vie de st André XVIe  
( cliché de nuit, vu depuis l'extérieur )


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