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dimanche 18 mai 2025

Parcelles de la Vraie CROIX

 

Trésor de la cathédrale de Troyes


Garnier de Traînel, 59ème évêque de Troyes (1193-1205), grand aumônier de l’armée latine, fut constitué gardien des splendides richesses des églises de Byzance, lorsque Constantinople tomba entre les mains des Croisés.

 Ce prélat, était parti une deuxième fois, en 1202, avec la 4ème Croisade, à la tête de ses vassaux, avec « l’élite de cette glorieuse chevalerie de Champagne, qui se montrait partout la plus valeureuse et la plus habile au métier des armes ».

 Dépositaire des trésors de Constantinople, Garnier avait réservé pour la cathédrale St Pierre et St Paul, des reliquaires et des ornements d’église, des émaux, des pierres précieuses, des intailles (pierres dures et fines gravées en creux pour servir de sceau ou de cachet), des camées, des vases de prix et des coffrets d’ivoire, dans lesquels l’art et la matière ravissaient de beauté et de splendeur. Outre ces objets, le trésor de notre cathédrale possédait une croix orientale, infiniment précieuse, par la relique sacrée qui y était incluse : une tige du bois de la vraie Croix de Notre-Seigneur, de 8 ou 10 pouces de longueur (25 cm).

 L’authenticité de cette relique est constatée, ainsi que le lieu d’où elle sort, par les inscriptions grecques : « Cette relique, tirée du trésor même où Héraclius avait déposé la Croix, dont il avait obtenu la restitution du Roi des Perses, Chosroès, est, à ce titre, le plus précieux et le plus authentique de tous les fragments, de la Croix répandus dans la chrétienté ».

Le 6 février 1771, cette Croix étant usée, il fut décidé la remplacer par un autre reliquaire « neuf, plus grand, plus élégant, plus riche ». Le travail en fut confié à un orfèvre de Troyes. « Pour décorer, le plus possible », la nouvelle croix, des pierres précieuses furent, ainsi qu’une couronne d’or, extraites du trésor de la cathédrale.

 Le 9 septembre 1772, le vicaire général du diocèse fait l’ouverture de la vieille croix, mais « ô cruelle déception », au moment de la translation, on s’aperçoit que les morceaux de la vraie Croix sont tellement considérables, qu’ils ne peuvent entrer dans le nouveau reliquaire, alors qu’il devait être « plus grand que notre Croix byzantine » ! Séance tenante, il fut arrêté que « l’orfèvre présent à l’ouverture et fraction de l’ancien reliquaire travaillerait, sur le champ, à un nouveau, d’après les dimensions et proportions de la relique ».

 Le second reliquaire, dont le dessin avait été adopté le 16 septembre 1772, fut livré le 16 avril 1773.

 Le 21 avril 1773, la translation « de la plus précieuse des reliques de notre trésor », est faite dans la nouvelle croix, par notre évêque Mgr Claude-Mathias-Joseph de Barral :

 «… sous nos yeux, nous avons les parties considérables de la vraie Croix du Sauveur, que nous possédions depuis plusieurs siècles, enchâssées dans un vieux reliquaire qui est totalement usé, et voici un autre reliquaire neuf, plus grand, plus élégant, plus riche, pour les y enfermer. Nous avons d’abord reconnu que les parties précieuses de la vraie Croix sont disposées en forme de croix patriarcale, liées en quelques endroits avec de petites lames d’autre bois et du mastic. La tige a 9 pouces, 6 lignes de longueur...».

 L’inauguration publique fut célébrée le 3 mai, par une procession générale qui stationna dans l'église Saint Jean : « Toute la ville accourut avec empressement pour contempler cette nouvelle richesse de notre cathédrale ».

 Il fut décidé que des parcelles de la vraie Croix seraient mises dans le reliquaire trop petit.

 Mais, ces 2 croix ne devaient survivre que 20 ans, au monument « 7 fois séculaire ». Elles ont été brisées, ainsi que toutes les châsses du trésor de la cathédrale, dans les nuits du 9 et du 10 janvier 1794. Les saintes reliques furent dispersées, ou jetées dans un grand feu allumé dans la sacristie. Les objets d’or et d’argent ont été fondus !

 A l’époque de la translation des morceaux de la vraie Croix, Mgr de Barral avait réservé des parcelles qui s’en étaient détachées. Une partie de ces dernières fut renfermée dans le reliquaire destiné aux fêtes solennelles. L’autre partie fut  religieusement conservée par M. l’abbé Henri-Antoine Roullon, chanoine, fabricien (membre d'un conseil de fabrique) et gardien du trésor. Cet ecclésiastique fit faire une croix entièrement en argent, avec des rayons de même métal, au centre desquels est fixée une capsule ovale, fermée par un verre. Il y déposa les portions encore assez notables, du bois de la vraie Croix, dont il était possesseur. 

En 1807, il donna ce reliquaire au Chapitre. Ces reliques sacrées, soustraites à l’effroyable tempête de 1793, ont été authentiquement reconnues par Mgr de La-Tour-du-Pin-Montauban, le 12 septembre 1807, et par Mgr Etienne-Antoine de Boulogne, le 6 juillet 1822.

 Telle est l’origine des parcelles de la vraie Croix conservées dans le trésor de la cathédrale de Troyes.

 « Quoique privées de leur antique et splendide enveloppe, elles n’en sont pas moins précieuses, aux yeux du Prêtre, du fidèle et de l’archéologue chrétien, par les pieux souvenirs qu’elles réveillent, les salutaires leçons qu’elles renferment, et les grandes traditions qu’elles perpétuent ».   


Reliquaire de la Vraie Croix - Trésor de la cathédrale de Troyes (10)







dimanche 13 octobre 2024

Château de Jaucourt / Reliquaire de la Vraie Croix

 



La baronnie de Jaucourt, relevait des comtes de Champagne, sur la frontière entre la Champagne et la Bourgogne.

Le château fort médiéval, qui fut rasé au XVIIe siècle par le roi Louis XIII.

Les origines du nom Jaucourt remontent au début du XIIIe siècle, quand Lambert Ier de Jaucourt, chambrier du comte de Champagne Thibaut Ier de Navarre, et panetier et chambellan de la comtesse de Champagne, acheta la terre de Jaucourt, dans l'Aube.

Le château, construit dans la plaine, n'est pas connu pour avoir été pris de vive force ou avoir subi un siège. Il était cependant assez sûr pour servir de prison à Guiot de Bourgnay qui s'était déjà échappé par deux fois de sa prison de Châlons.


Le 22 décembre 1367, Jeanne de Jaucourt, héritière de sa famille, et son fils Alexandre, vendirent la terre à Philippe le Hardi, duc de Bourgogne.

La famille de Bourgogne y passe du temps, en particulier comme étape nocturne pour ses voyages vers Paris. Après trente années de réfection des parties hautes du château, d'aménagement du parc, la demeure est assez vaste pour accueillir la caravane que forment les déplacements du Duc. D'ailleurs Marguerite III de Flandre, épouse de Philippe le Hardi, déploie son énergie à en faire un séjour agréable pour la famille ducale, et les fossés du château servirent de parc à un couple de cervidés pendant plusieurs dizaines d'années.

La Terre passe ensuite à une branche cadette des ducs Valois de Bourgogne, celle des comtes de Nevers, de Rethel et d'Eu : Philippe de Bourgogne (1389-1415), fils cadet de Philippe le Hardi et Marguerite, puis à ses propres fils, Charles de Bourgogne (1414-1464) et Jean de Bourgogne (1415-1491). Jean la laissa, avec la seigneurie d'Isle-Aumont, à sa benjamine Charlotte, comtesse de Rethel (1472-1500), femme de Jean d'Albret, seigneur d'Orval et de Lesparre-Médoc. La terre échut à leur fille Marie d'Albret d'Orval (1491-1549), femme de son petit-cousin Charles II de Clèves, comte de Nevers et d'Eu.

La sœur cadette de Marie, Charlotte d'Albret d'Orval, épouse du maréchal Odet de Foix-Lautrec comte de Montmorency-Beaufort, avait reçu la seigneurie d'Isle, Lesparre et Orval. Leur fille Claude, † 1553, légua tous ses biens champenois, plus Orval et Lesparre, à son cousin germain François, qui suit.

Le fils de Marie d'Albret et Charles II de Nevers, François Ier de Nevers († 1562) premier duc de Nevers, réunit toutes les possessions des Nevers : notamment, en plus de Nevers, Rethel et Eu, il eut Beaufort, Isle, Jaucourt, Jully et la Grève, qui passèrent ensuite à trois de ses enfants : Jacques de Clèves, duc de Nevers († 1564) ; Marie de Clèves (1553-1574), princesse de Condé, mariée à Henri Ier de Bourbon-Condé, puis leur fille Catherine de Condé († 1595) ; enfin Catherine de Clèves, duchesse de Guise et comtesse d'Eu.

La baronnie de Jaucourt comprenait Arsonval (Aube), Argançon et Dolancourt. Elle était aussi associée aux seigneuries de Jully-sur-Sarce et La Grève (à Ceffonds ?).

Elle devint chef-lieu du bailliage bourguignon qui prit le nom de la Montagne, dont les assises se tenaient à Jaucourt plusieurs fois par an.

C'est en 1597 que Catherine de Clèves, qui avait reçu Jaucourt et Beaufort de sa nièce Catherine de Bourbon-Condé, les vendit à Gabrielle d'Estrées, et la Terre fit partie du duché de Beaufort érigé la même année. Elle passa ensuite à son fils César de Vendôme (fils naturel d'Henri IV) puis à Françoise de Lorraine, la veuve de César. Leurs fils François duc de Beaufort, le roi des Halles, et son frère aîné Louis-Joseph de Vendôme la possédèrent, et ce dernier la vendit en 1688 aux Montmorency-Luxembourg.

En 1632, le roi Louis XIII, fils d'Henri IV, fait raser les fortifications de la Terre de Jaucourt.

À partir de Charles Ier Frédéric de Montmorency-Luxembourg, fils du maréchal de Luxembourg, le château et la Terre de Jaucourt restèrent dans la famille de Montmorency-Luxembourg fondue en 1767 dans les Montmorency-Fosseux-Beaufort jusqu'à la Révolution, le duché de Beaufort prenant le nom de duché de Montmorency en 1689.


Reliquaire de Jaucourt au musée du Louvre


Reliquaire de Jaucourt
Reliquaire de la Vraie Croix porté par deux anges
1100 / 1360 (XIIe-XIIIe siècle; XIVe siècle)


Lieu de création : Byzance ; Champagne (Jaucourt)

Deux anges gothiques agenouillés sur un socle de cuivre doré soutiennent en exaltant le reliquaire byzantin de la Vraie Croix. Ce montage a été réalisé, comme le précise l'inscription, pour Marguerite d'Arc, dame de Jaucourt (+1389), sans doute par un orfèvre champenois du douzième quart du XIVe siècle. Le reliquaire byzantin lui-même, complet, affecte la forme d'un boîtier peu profond, en forme de tableau à rebords saillants, muni d'un couvercle coulissant, revêtu de lames d'argent doré travaillées au repoussé et clouées sur l'âme de bois. L'iconographie reprend deux des formules les plus usuelles sur les staurothèques byzantines. A l'intérieur, au-dessous des archanges Michel et Gabriel en buste, Constantin et Hélène, sa mère, en costumes impériaux, figurés de part et d'autre du réceptacle à relique en forme de croix à double traverse, rappellent la conversion de Constantin et l'inversion de la Vraie Croix à Jérusalem par sainte Hélène ; sur le couvercle, la Vierge et saint Jean sont représentés debout au pied de la croix où devait être fixée une image du crucifié, aujourd'hui disparue. Le revers du boîtier est occupé par une grande croix gemmée qui surgit de deux acanthes et se détache sur un fond réticulé, tandis que les couvercles sur les tranches du boîtier courent des rinceaux de feuillages inscrits dans des cercles et sur celle du couvercle, une simple tige fleuronnée. A l'intérieur du tableau central, on remarque deux alvéoles carrées, vides, destinées à contenir des reliques que retenaient deux bandes de métal croisées. De tels compartiments, souvent munis de couvercle ou protégés par une plaque de métal ajourée, associent ainsi parfois sur les staurothèques d'autres reliques de la Passion ou des saints à celle de la croix.

Inscription :

: «+ CEST SAINTUAIRE OU IL A DE LA VRAIE CROIS FIST AINSI A ESTOFER NOBLE DAME MADAME MARGUERITE DARC DAME DE IAUCOURT PRIES NOSTRE SEIGNEUR POUR LI QUI LI DOINT BONE VIE ET BONE FIN AMEN +»

ARMOIRIES : Sur le fermail de l’ange gauche « DE SABLE A DEUX LIONS SUR L’AUTRE : JAUCOURT ; Sur le fermail de l’ange de droite « PARTI : A DEXTRE DE SABLE A DEUX LIONS L’UN SUR L’AUTRE, A SENESTRE BANDE D’OR ET DE GUEULES» : MARGUERITE D’ARC ; sur la base «PARTI : A DEXTRE DE SABLE A DEUX LIONS L’UN SUR L’AUTRE , A SENESTRE D’OR SEME DE CROISETTES AU LION D’OR » JEANNE D’ARZILLIERES

 

Hauteur : 26,4 cm ; Largeur : 17,2 cm ; Longueur : 37,8 cm ; Hauteur : 14,5 cm (ange de gauche) ; Hauteur : 15,1 cm (ange de droite)

 Matériau/Technique : émaux champlevés rouge opaque et brun-noir translucide (plaquettes armoriées), cabochons

Matériau : argent (statuettes en argent doré)

Technique : doré = dorure (techniques métal)

Technique : techniques peinture (visages et mains)

Matériau : cuivre (base)

Technique : émail champlevé (techniques métal->émaillé = émaillage = émail = émaux) (rouge opaque et brun-noir translucide pour les plaquettes armoriées)

Lieux et dates

Date de création / fabrication Epoque / période : époque byzantine (457-1453) (Byzance) ; gothique (Occident->moyen âge)

Date de création/fabrication : 1100 - 1300 et vers 1345 - 1360

Lieu de création / fabrication / exécution Byzance ; Champagne (Europe->France)

Mode d’acquisition  achat

Date d’acquisition  date : 1915

Propriétaire Etat

Affectataire Musée du Louvre, Département des Objets d'art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes

Emplacement actuel

Richelieu, [OArt] Salle 503 - Jeanne d'Evreux, Vitrine 16







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