lundi 7 avril 2025

Louis XV et la Princesse Marie Josèphe de Saxe à Lignol et Troyes

 

Portrait de Louis XV (1710-1774); roi de France. 
Maurice Quentin de La Tour. Musée du Louvre


En 1744, la France soutenait contre Marie-Thérèse la lutte difficile qu’on a désignée sous le nom de guerre de la succession d’Autriche.

Au mois d’août, le roi Louis XV se rendit à Metz dans l’intention de se mettre à la tête de l’armée qui opérait en Alsace. A peine arrivé, il tombait si gravement malade, que pendant deux jours on le dit perdu.

Malgré ses premiers écarts de conduite, il était encore « le Bien Aimé », tellement qu’à l’annonce de la gravité de son état, 6.000 messes  furent demandées pour lui à Notre-Dame de Paris. La forte constitution de Louis XV triompha du mal. Il guérit et, à peine rétabli, il se rendit sous les murs de Fribourg dont le siège était commencé, qui ouvrit bientôt ses portes.

Mais son état encore précaire l’obligeait à retourner à Versailles. Par la Franche-Comté il regagna la Champagne et c’est ainsi  qu’il passa  le 14 novembre à Troyes, qu’il ne fit d’ailleurs que traverser sous les arcs-de-triomphe et les mille décorations des maisons et au milieu des acclamations de joie générales. La Ville alla chercher au château de Dampierre 5 canons pour honorer le roi. Le maire lui remit, dans un bassin d‘argent, deux clefs de la ville, chacune d’argent pendues à un gland d’or.

Sur sa route il avait déjà recueilli bien des preuves d’affection et de respect, comme en témoignent ces lignes que le curé de Lignol (près de Bar-sur-Aube) a insérées avec amour entre 2 baptêmes dans le registre des actes paroissiaux :

 « Ce jourd’hui 12 novembre 1744, sur les 8 heures du matin, le Roi Louis XV, dit à juste titre le Bien Aimé, a passé en cette paroisse. Les paroissiens ont eu l’honneur de lui rendre leurs hommages. Le sergent Collin, ancien Maréchal-des-logis, à la tête de la communauté. Signé : Blanchard, doyen rural, Collin, B. Mégé. ».

 « Que l’on se représente à distance l’éblouissement des braves paysans de Lignol, qui n’étaient jamais sortis de leur humble village, en voyant apparaître un rayon des splendeurs de Versailles dans ce défilé de 20 carrosses remplis de hauts personnages et de belles dames en habits de gala et, dans le dernier, flanqué de mousquetaires et des gentilshommes de sa Maison, le roi en personne, le cordon bleu en sautoir et le Saint-Esprit en diamants sur le cœur, le Roi, alors jeune encore, et beau comme un jeune dieu, le plus bel homme du Royaume disait-on, malgré la pâleur que la maladie devait avoir encore laissée sur ses traits ».

Le curé de Lignol n’a pas su ou n’a pas voulu nous laisser un tableau de ce spectacle féérique, mais il n’a pas cru devoir omettre la mention de ces quelques minutes inoubliables où, accompagné d’un vieux briscard retraité, du maire et du conseil de la commune, il avait pu saluer humblement ce brillant monarque qui, pour la presqu’unanimité des Français, incarnait la France.

Les mêmes émotions devaient se renouveler 3 ans plus tard pour le curé de Lignol et pour ses ouailles dévouées, quand passa à son tour celle qui devait devenir depuis la belle-fille charmante et très justement aimée de Louis XV. Aussi, l’abbé Blanchard ne manqua pas de consigner cet événement :

« Ce jourd’hui 3 février 1747, sur les 3 heures après midi, j’ai eu l’honneur de saluer, revêtu de surplis, Marie Josèphe, fille de Frédéric Auguste Roi de Pologne et de Marie Josèphe d’Autriche. Cette princesse passait ici pour aller épouser Louis Dauphin de France, aujourd’hui régnant, et de Marie princesse de Pologne. Signé Blanchard ».

A peine veuf de moins d’un an de Marie-Thérèse-Antoinette, fille de Philippe V d’Espagne, la raison d’état obligeait le dauphin de France, et pour l’heure et pour longtemps encore inconsolable, de se remarier. La nouvelle dauphine choisie, Marie-Josèphe, était fille en effet d’Auguste III, Electeur de Saxe lequel avait délogé du trône de Pologne Stanislas Leczinski, père de la reine Marie, épouse de Louis XV. Pour cette raison, on devait éviter de faire passer le cortège qui l’amenait de Dresde en France, par la Lorraine, où le roi détrôné avait trouvé un asile honorable, mais précaire. L’entrevue entre ce dernier et la fille de son successeur aurait pu manquer de cordialité. Et la future dauphine suivit à peu près le même chemin que, 3 ans plus tôt Louis XV, par Belfort, Vesoul, Langres, Chaumont et Troyes. Dans cette dernière ville, les élèves de l’Oratoire interprétèrent devant elle une pastorale due à l’ingéniosité d’un P. Grozeillier, laquelle eu le don d’indisposer la princesse.

L’auteur avait eu la fâcheuse idée d’imaginer une allégorie où celle-ci rêvait que, pêchant dans la mer, elle en retirait un dauphin. Marie-Josèphe trouva malséant cette fable équivoque qui jouait sur le titre de son époux du lendemain et elle se retira dans ses appartements de l’évêché où elle bouda les corps constitués qui venaient, tout pétillants de joie, la saluer et la complimenter.

M. le curé de Lignol, dans son simple surplis et avec sa modeste profession de respect, le salut militaire de l’ancien margis et la gauche révérence  de Monsieur le maire de Lignol avaient dû être plus aimablement reçus par celle qui devait être la mère des trois derniers Bourbons, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.   

 

 La Dauphine Marie-Josèphe de Saxe à Troyes


Portrait de Marie-Josèphe de Saxe, dauphine ( 1731-1767). 
Maurice-Quentin de La Tour - Musée du Louvre

 

Le dauphin fils de Louis XV épousa à l’âge de 16 ans une infante d’Espagne, qu’il eut le malheur de perdre après 18 mois de mariage. Bien qu’il la regrettât profondément, la politique ne lui permit pas de la pleurer longtemps. 

Mort avant son père, il ne fut jamais roi, mais il est le père des trois derniers rois de France : Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

D’après la « Gazette » du 28 janvier 1747, moins de 3 mois après la mort de la dauphine, le mariage du dauphin avec la princesse Marie-Josèphe de Saxe, fille du roi de Pologne était décidé, et le 10 janvier 1747, le prince électoral de Saxe, son frère, l’épousa à Dresde au nom du dauphin, en présence du nonce du pape. Elle partit peu de jours après pour Strasbourg, où sa dame d’honneur, la duchesse de Brancas et son chevalier d’honneur, le maréchal de La Fare, devaient aller la recevoir au nom du roi.

Dès les premiers jours de janvier, les équipages de la Cour furent envoyés au-devant d’elle. L’itinéraire fut tracé par Troyes et par Belfort, pour éviter la traversée de la Lorraine, où régnait Stanislas Leczinski, à qui Auguste de Saxe, père de la nouvelle dauphine, avait enlevé le trône de Pologne. Le 7 janvier, 30 « charrettes d’équipage » arrivèrent à Troyes, où elles furent mises en 2 rangs sur la place Saint-Pierre, et où elles restèrent le dimanche qui suit. Elles en repartirent le lundi pour Strasbourg.

On commença dès lors à faire dans Troyes, les préparatifs nécessaires pour la réception de la dauphine, qui devait s’y arrêter en se rendant à Versailles. Plusieurs fourriers des logis de roi vinrent y préparer les logements, principalement dans les maisons des chanoines de Saint-Pierre, de Saint-Etienne et de Saint-Urbain, pour désigner celles qui pourraient recevoir la duchesse de Brancas et les dames de la suite de la dauphine. Le fourrier du roi avait le privilège de marquer les maisons avec de la craie blanche à l’extérieur des portes, tandis que les fourriers de la reine et des princes ne pouvaient les marquer qu’avec de la craie jaune et à l’intérieur. La craie blanche, la craie du roi, inspirait un grand respect : personne ne pouvait l’effacer ou la changer sans s’exposer aux peines les plus sévères : plusieurs ordonnances menaçaient même de couper le poing à l’audacieux qui oserait y porter la main !

Le 16 janvier, la duchesse de Brancas, la duchesse de Lauraguais, dame d’atour, et d’autres « dames pour accompagner », arrivèrent à Troyes dans  les carrosses du roi et logèrent dans les maisons canoniales, elles se rendaient à Strasbourg. Chacune de ces dames devait recevoir 1.000 écus pour l’indemniser du voyage dont tous les frais étaient d’ailleurs acquittés par le roi.

On était au cœur de l’hiver, il gelait fortement depuis 8 jours. La municipalité n’en fit pas moins élever 2 arcs de triomphe, l’un devant la porte Saint-Jacques, l’autre auprès de la porte du Beffroy, à l’entrée de la rue de la Monnaie. Les pères de l’Oratoire, experts en versification, furent chargés de rédiger des inscriptions en faveur de la dauphine.

Ce fut le 4 février, à 4 heures du soir, que Marie-Josèphe de Saxe, partie le matin de Bar-sur-Aube, arriva à la porte Saint-Jacques.

A défaut de canons, on la salua par l’explosion de 50 pièces d’artifice. Les arquebusiers, en bas de soie, l’attendaient. Dans les rues, les compagnies de la milice bourgeoise formaient la haie, comme c’était l’usage à l’entrée des princes et même des gouverneurs. Les nombreuses cloches des églises sonnaient à toute volée.

Le carrosse de la princesse, escorté de gardes-du-corps et de cent-suisses (compagnie d'infanterie d'élite composée de mercenaires suisses au service du roi de France), était suivi du carrosse des écuyers et de ceux des dames, qui, pour entrer dans la ville avaient revêtu le costume de grande cérémonie appelé grand habit. Les rues avaient été couvertes de grève pour la circonstance. Sur tout le parcours du cortège les maisons étaient tendues des plus belles tapisseries qu’on put trouver, et la foule se pressait pour entrevoir la jeune princesse qui un jour pouvait être reine de France.

Elle descendit à l’évêché, dont les vastes appartements avaient été préparés pour la recevoir. L’évêque était alors Mgr Poncet de la Rivière (voir ce chapitre), ardent adversaire des jansénistes qui dominaient Troyes, prélat distingué, orateur renommé et bien vu à la Cour. Quelques mois auparavant, il avait prononcé dans l’église de Saint-Denis l’oraison funèbre de l’infante d’Espagne, que la mort avait enlevée au dauphin.  L’évêque attendait la Dauphine au bas du perron de l’évêché, les membres des chapitres de la Cathédrale et de Saint-Etienne se tenant derrière lui. Il monta à ses côtés le grand escalier, et la conduisit jusqu’à la grande salle. Le duc de Fleury, premier gentilhomme de la chambre arrivait de Versailles, il apportait une lettre du roi, et le premier soin de la dauphine fut d’y répondre. Les autorités furent ensuite admises auprès d’elle. Le maire, les échevins, les conseillers de ville furent les premiers admis, puis le clergé. L’évêque fit « un compliment des plus éloquents, auquel toute la cour applaudit ».

On introduisit alors le cloîtrier du chapitre de Saint-Pierre, qui offrit 36 bouteilles du meilleur vin rouge de Bourgogne, portées par des musiciens du chœur. La municipalité offrit 3 corbeilles de fruits et 4 grandes corbeilles remplies de confitures, de dragées, d’oranges et de citrons. La duchesse de Brancas reçut 3 corbeilles de fruits et de confitures. 300 bouteilles de « vin de distinction », des hures, des langues de porc et de mouton furent distribuées aux personnages qui formaient l’escorte de la princesse.

Les Oratoriens présentèrent leurs élèves qui interprétèrent des éloges en vers. Les élèves du collège, costumés en bergers, déclamèrent « assez joliment leurs rôles », expliquant que Madame la Dauphine parlait 5 langues différentes, le latin, le français, l’italien, l’allemand et le polonais, et elle reçut avec plaisir les présents qu’ils vinrent lui offrir l’un après l’autre.

Marie-Josèphe de Saxe se rendit ensuite dans le vaste salon où le souper avait été préparé. La foule affluait de toutes parts aux abords de l’évêché et dans les appartements. La place et la façade de la cathédrale étaient brillamment illuminées, ainsi que les rues voisines et la cour de l’évêché. Un feu d’artifice était préparé dans le jardin. Le peuple était admis à voir souper la princesse, et la foule était incroyable.

Tandis qu’on se pressait dans la salle pour mieux la contempler, on vit tout-à-coup la duchesse de Brancas recevoir et décacheter une lettre, et la dauphine la prendre de sa main. Bientôt, elle parut changer de visage, des larmes s’échappèrent de ses yeux, et à la surprise générale, avant que le souper ne fut terminé, elle se leva, et suivie de ses dames, se retira précipitamment dans ses appartements. La lettre était une lettre du dauphin, qui, resté fidèle à la mémoire de sa première femme, voyait arriver avec une sorte de répugnance l’épouse que la raison d’Etat lui imposait, et que, malgré le charme qu’elle put avoir, elle ne lui ferait jamais oublier la femme qu’il venait de perdre.

On conçoit l’impression ressentie par Marie-Josèphe de Saxe, appelée à s’asseoir un jour sur un trône qu’on appelait alors « le plus beau de l’univers », qui pouvait, comme lui avait dit l’évêque, « occuper le premier rang dans une cour qui était le centre de tous les agréments ». Mais cette ambition ne pouvait satisfaire son cœur, elle épousait un prince jeune, agréable et vertueux, elle avait rêvée d’obtenir son affection sans partage.

Elle se tint toute la soirée dans ses appartements. L’assistance attribua à la fatigue ou à une indisposition subite cette retraite précipitée. On l’attendit vainement au bal que l’on avait préparé en son honneur, dans la grande salle de l’hôtel de ville, décorée avec un luxe inusité, de tentures, de lustres et de girandoles, où les rafraichissements étaient nombreux, où une collation fut servie… Le bal se prolongea quand même jusqu’à 7 heures du matin.

2 heures après, la dauphine et sa suite montaient en voiture pour se diriger vers Nangis. Elle traversa les rues situées dans le centre de la ville, tapissées comme la veille, et encombrées d’une foule sympathique et curieuse. Un enfant fut blessé par une de ses voitures. Elle lui fit donner 2 louis, et commanda qu’on pourvût aux dépenses de son traitement.

La magnificence des carrosses et des harnais dorés, ornés des armes de France, le luxe et le nombre des piqueurs, des valets de pied et des pages revêtus de la livrée du roi, dans l’étincelant costume des gardes-du-corps, des mousquetaires et des cent-suisses, était un spectacle auquel Versailles et Paris étaient accoutumés, mais toujours d’une rareté dans une ville de province. On comprendra l’intérêt qu’il excitait, en se représentant le prestige qu’exerçaient la royauté et la cour, à une époque où la monarchie française était encore sans rivale en Europe.

La dauphine partie, les cloches de la ville cessèrent de résonner en son honneur.   

 

Louis XV à Troyes

En 1744, la France fut sur le point de perdre son souverain.

Le roi, arrivé à Metz au commencement du mois d’août, y tomba dangereusement malade.

La ville de Troyes partagea la douleur générale et implora le secours du ciel pour la guérison de sa Majesté. Il y eut des prières de 40 heures avec exposition du Saint-Sacrement en l’église cathédrale, et le lendemain dans les paroisses de la ville et des faubourgs pendant l’espace de 3 jours.

« Le ciel rendit enfin le monarque à ses peuples » et la joie éclata avec autant de vivacité que la douleur avait été profonde.

En reconnaissance de la convalescence de ce prince surnommé alors le « Bien-aimé », le Te Deum fut chanté le 20 septembre, et le soir il y eut un grand feu d’artifice devant l’hôtel de ville. Huit compagnies de milice bourgeoise furent commandées pour y assister.

Tous les corps et communautés signalèrent leur zèle dans cette circonstance, les particuliers même s’empressèrent de témoigner leur joie par des « illuminations considérables » et faites avec un goût qui « mérita les applaudissements des connaisseurs ».

Le roi se trouvant rétabli, il se disposa à revenir en France.

Sur la nouvelle que Sa Majesté passerait par Troyes, les maire et échevins employèrent tous leurs soins pour se disposer à le recevoir.

Il y arriva le 12 novembre à 2 heures de l’après-midi « au son de toutes les cloches, tambours battants et drapeaux déployés ».

A une lieue de la ville où était accourue une foule innombrable d’habitants, le roi trouva, sur son passage, une compagnie de cadets bien montés et superbement vêtus et une autre compagnie de chasseurs qui lancèrent un cerf dans la plaine pour le divertir.

Les uns et les autres escortèrent ensuite le carrosse du roi et l’accompagnèrent l’épée à la main.

Les chevaliers de l’arquebuse se trouvèrent sous les armes au-delà du grand pont de la porte Saint-Jacques, où ils avaient fait dresser des tentes.

A l’autre bout de ce pont était un arc de triomphe de 55 pieds (1 pied = 0,32483 mètre) de haut sur 45 de large, avec 2 portiques ornés de devises et d’emblèmes sur le rétablissement de la santé du monarque et sur ses conquêtes.

A la porte de la ville, le roi fut reçu et complimenté par M. Nicolas Rémond, écuyer, ancien conseiller aux bailliages et présidial de Troyes, alors maire (1743-1747), à la tête du corps des magistrats.

Là, il reçut dans un bassin d’argent, 2 clefs de la ville, chacune d’argent pendues à un gland d’or, il les accepta et les donna ensuite à M. de Villeroy.

Sa Majesté entra dans la ville « au bruit des tambours et de l’artillerie ».

Les compagnies bourgeoises sous les armes, bordaient les rues que l’on avait eu soin de sabler et tapisser.

Devant la cathédrale le carrosse du roi s’arrêta pour changer de chevaux.

Pendant ce temps, 9 pensionnaires du collège, en bergers, se présentèrent à la portière, lui déclamèrent une églogue (poème de style classique consacré à un sujet pastoral) sur son passage à Troyes, lui présentèrent une couronne de lauriers, et lui offrirent différentes corbeilles de fruits et de vin de Champagne qu’il accepta. Le compliment fut fait par le fils de M. de Puget, bailli de Troyes.

On s’attendait à ce que le monarque descende à l’évêché, tout y était préparé pour le recevoir. On avait même dressé, au milieu du jardin, une pyramide ornée des armes de France et surmontée d’un globe. Sur cet édifice était disposé un feu d’artifice avec beaucoup de pots à feux et d’illuminations.

Mais, comme l’intention du roi était d’arriver promptement à Versailles, il vit seulement, en traversant Troyes, les préparatifs avec lesquels les habitants se disposaient à faire éclater leur joie de voir ce monarque dans leur ville.

Il alla coucher à la Chapelle, château proche de Nogent, qui appartenait à M. Orry, contrôleur général des finances.

Malgré le prompt départ du roi, il y eut dans Troyes des illuminations dans toutes les rues et des feux de joie qui durèrent plusieurs nuits, et, au mois de décembre suivant, le professeur de rhétorique du collège prit ce passage du roi pour le sujet de sa harangue.

 

 


Louis XIV à Troyes

 

François Girardon, Louis XIV, buste, marbre, 1686-1691. 
Musée Saint Loup - Troyes


En avril 1650, le roi Louis XIV, après avoir soumis la Bourgogne et pris Bellegarde au parti de la Fronde, fait écrire de Dijon aux maire et échevins de la ville de Troyes, que son dessein est de passer par cette ville en retournant à Paris. « A la réception de ces lettres, les officiers municipaux tiennent une assemblée dans la chambre de l’échevinage, où il est résolu qu’on recevra sa majesté avec le plus d’éclat qu’il sera possible ». Mais Troyes ne fait pas une réception magnifique à Louis XIV, la famine ayant causé une émeute.

Le roi Louis XIV n’est alors âgé que de 12 ans. Il est accompagné de la reine mère, du duc d’Anjou, son frère unique, de la princesse de Carignan et du cardinal Mazarin, premier ministre. Le cérémonial est réglé par le maître des cérémonies de la Ville.

Le maire et deux échevins vont au-devant du roi jusqu’à Bar-sur-Seine. La cour arrive à Troyes le 28 avril, sur les 5 heures du soir, et ne quitte cette ville que le 30.

L’honneur que sa majesté Louis XIV a daigné faire à la ville de Troyes, coûte à notre ville la somme de 2.993 livres 4 sols 6 deniers tournois, qu’il faut emprunter, car la caisse municipale est vide. Le colonel du régiment d’infanterie du Plessis-Praslin, profite du séjour de la cour pour contraindre les officiers municipaux à lui payer une somme de 600 livres qu’il prétend due à son régiment, pour diverses fournitures qui auraient dû lui être faites lorsqu’il était en garnison à Troyes. « Le maire et les échevins sont arrêtés prisonniers pour ce fait à Bar-sur-Seine, au moment où ils se rendent au-devant du roi. Ils ne sont délivrés qu’à la considération de Mademoiselle, fille du duc d’Orléans, oncle du roi, et après avoir assuré le roi de la soumission et de la fidélité de tous les habitants ». La somme de 600 livres est avancée par plusieurs bourgeois notables qui furent remboursés plus tard. Cet épisode laisse supposer  que la ville a été accusée de tenir au parti de la Fronde, et que le séjour du roi est moins une faveur qu’un moyen de s’assurer de l’obéissance des habitants !

Des documents inédits nous permettent de connaître le menu détail de ce qu’il en a coûté, en 1650, à la ville de Troyes pour recevoir un roi « avec le plus d’éclat possible ».

Voici quelques dépenses : 9 muids de vin cléret : 337 l. 10 s ; 110 douzaines de bouteilles 132 l. ; 100 bouteilles d’Ipocras 125 l. ; échafaudage et attache des festons 15 l. ; paver des rues 18 l. ; aux tonneliers qui ont acheté le vin à tirer en bouteilles 12 l. ; payé pour diverses corvées 45 l. 10 s. ; dons payés à divers gardes du corps, grands et petits valets de pied et autres 324 l. 10 s ; dépenses de messieurs les députés (2 échevins et 2 conseillers du corps de ville) qui ont été trouver le roi à Bar-sur-Seine 50 l. 15 s. 6 deniers…

Et bien entendu, il est ordonné au receveur des deniers communs, patrimoniaux et d’octroi de la ville de Troyes, de payer :

« à Jacques Angenoust  écuyer et à nobles hommes, Toussaint Camusat, Jacques de la Hupproie, Hiérémie Michelin, Louis Huez, conseillers au baillage et siège présidial de Troyes, Adam Milet, Pierre Marceau et Nicolas Gillebert, échevins de ladite ville, la somme de 300 livres qu’ils ont été contraints de payer tant par menaces à eux faites le 29 avril 1650, pendant le séjour de leurs majestés en cette ville, que par délibération consulaire tenue ledit jour à l’hôtel de ville, et lettres écrites depuis par M le maréchal du Plessis-Praslin du 15 mai de ladite année, pour les « ustancilles » qui n’avaient pas été payés au régiment d’infanterie de monsieur son fils, pendant la garnison du quartier d’hiver de l’année 1649, les dits « ustancilles » dus par les habitants de la dite ville, suivant le règlement de sa majesté ».

 « Je soussigné, major du régiment de monsieur le comte du Plessis-Praslin, confesse être entièrement satisfait par messieurs le maire et les échevins de la ville de Troyes, des « ustancilles » qu’ils devaient fournir au dit régiment pendant le quartier d’hiver dernier qu’il était en garnison en la dite ville. Fait le 25 mai 1650 ».

Revenant de Franche-Comté, Louis XIV vient à Troyes le 20 février 1668 et descend rue de la Monnaie, chez le baron du Vouldy, l’un des gentilshommes de la chambre.

Ce monarque ne donna audience qu’à Monseigneur l’évêque François Malier. Tous les corps se présentèrent pour lui rendre leurs soumissions, mais, comme il était épuisé de fatigue, ils n’eurent pas l’avantage de le voir. Il partit en poste le lendemain très tôt le matin, après avoir entendu la messe à l’hôpital Saint-Bernard, par M. Lardot, curé de Saint-Jean, qui lui servit d’aumônier, les chapelains n’ayant pu le suivre.

 

 


dimanche 6 avril 2025

Louis XIII à Troyes

 

Louis XIII vitrail dans la grande bibliothèque, musée st Loup, Troyes

Le roi Louis XIII a plusieurs fois l’occasion de passer à Troyes. La première se présente en 1629 : il s’arrête quelques jours à la fin de janvier, sur le chemin du Dauphiné et de l’Italie où il se rend pour secourir le duc de Mantoue.

L’année suivante, il fait dans la capitale de la Champagne un plus long séjour : en effet, il y demeure deux mois, du 23 février au 25 avril 1630, en compagnie des 2 reines et de la cour.

En 1631, il n’accomplit qu’un bref séjour, du 25 au 27 septembre, mais malgré sa brièveté et le souhait de dépouillement exprimé par le roi lui-même, ce passage n’est pas sans conséquences pour la vie religieuse à Troyes. En effet, avant de partir pour Troyes, le roi fait publier une sévère mise en garde contre les huguenots qui ont soutenu la Rochelle, et plus généralement contre les villes des Cévennes et du Languedoc.

Les Troyens, en 1629, veulent marquer la solennité de la visite de Louis XIII. L’ampleur de l’accueil qui lui est réservé nous est bien connu, grâce à 2 ouvrages : « La Joyeuse Entrée du Roy en sa ville de Troyes », édité aux frais de l’échevinage, et « La Triomphante Entrée du Roy dans sa ville de Troyes ».

 Dès l’arrivée de la lettre royale adressée à Moyse Riglet de Montgueux, maire de Troyes, le Corps de ville envisage de faire préparer un logis convenable pour le roi et sa suite, et demande à « plusieurs beaux esprits versés en l’histoire et poésie » d’élaborer un programme. 

Il est décidé de faire fabriquer le plus rapidement possible les ouvrages suivants : 9 « éschaffauds » ou tribunes, l’un entre la porte du Beffroy et le pont-levis, en forme de théâtre pour des garçons de 5 à 10 ans qui réciteront des vers, le second « aux trois Testes » pour les jeunes filles. Parmi les 7 autres restants qui s’échelonnent tout au long du parcours, 2 s’élèvent à l’hôtel de ville, l’un pour les demoiselles, l’autre pour la musique (instruments à vent). Le dernier sera construit devant l’Hôtel-Dieu-le-Comte et servira pour les violons. Enfin, 3 « piedestraux » placés à des points stratégiques rythmeront la marche du cortège (Marché au Blé, Etape au vin, Près de la Maison Verte). 

De ces abondantes descriptions qui couvrent 20 pages, 3 thèmes ressortent : la gloire du roi, la référence flatteuse aux héros de l’Antiquité et de la mythologie, le modèle des grands ancêtres de la famille des Bourbons. Le premier portrait que le roi verra à son entrée, haut de 35 pieds, à pilastres doriques, représente « sa Majesté au naturel sur un chariot de triomphe à l’antique tiré par 4 coursiers blancs, foulant aux pieds des hommes armés et la discorde et l’envie », avec la devise correspondante :

 « Bella tuo, jacent oppressa triompho

Non satis est : dominus livor et ipse jacet ».

Sur les côtés du portique, la petite porte de gauche représente Pallas avec ces paroles : « Virtute duce », celle de droite la Fortune, avec ces mots « Comite fortuna ». Au-dessus de la porte, une inscription en marbre à la louange du roi, accotée de couronnes de lauriers, est soulignée par la devise « Victis hostibus ». 

Au Marché-au-Blé (Place Jean Jaurès), sur un piédestal, une renommée de 7 à 8 pieds de haut sonne la trompette « comme voulant entonner et publier les victoires du Roi ». 

A l’Etape-au-Vin (Place Audiffred), le roi est figuré en Jupiter qui foule aux pieds Neptune pour symboliser la récente maîtrise des mers. Un large tableau, au travers de la rue, apporte des précisions : on y voit « La Rochelle représentée par une nymphe triste, maigre et mal vêtue, et le Roi tenant une épée écarte un rocher plein d’épines ». La nymphe déclare : « Bonum est quia humiliasti me ». C’est donc le roi triomphant des protestants et de ses ennemis qui est glorifié. Le deuxième portail, d’ordre ionique, est réservé à la mythologie. Un grand tableau le décore, le roi y est peint en jeune Achille, « mais grand et puissant de corps apportant lui-même sa chasse à ses père et mère figurés en Pelée et Thétis, car les rois belliqueux sont chasseurs non des bêtes fauves, mais de leurs ennemis ». Sur les petits portails, Hercule sauvant Déjanire contre le centaure Nessus, et Hercule menaçant une armée de nains. Au revers du portail, le roi est figuré en Alexandre. L’accompagnent 2 tableaux représentant la bataille de l’île de Ré et la retraite des Anglais, ainsi que la victoire du roi contre Soubise. 2 symboles solaires enfin dans le porche : Apollon tue le serpent Python, le soleil fait fondre la neige des Alpes. Le troisième portail contient des niches avec des figures en relief de 8 pieds de haut. Les figures sont les grands rois qui ont précédé Louis XIII et doivent lui servir d’exemple : Clovis tenant un sceptre fleurdelysé et une église, Charlemagne tenant une épée dans une main et un monde dans l’autre, le roi Robert disant son admiration au monarque actuel, et Saint Louis foulant au pied un turban. Le grand tableau représente le roi « jetant de l’encens à poignée dans un encensoir, la fumée de l’encens  montant au ciel, ciel promis aux rois après avoir heureusement régné sur terre à l’exemple de ses 4 prédécesseurs. Le dernier piédestal lie habilement Louis XIII à son père : « sur un rocher figuré, Henri IV attend son fils et lui indique un temple situé derrière lui, disant super ardus virtus ». L’ensemble de la décoration proposée célèbre la gloire du roi après la prise de la Rochelle et la récente paix d’Alès, et laisse entendre qu’il est en bonne voie pour surpasser son père. 

Le roi, installé la veille de son entrée chez le baron de Chapelaines, y reçoit l’hommage des corps constitués, et après une messe dans la Collégiale saint Étienne se divertit en jouant au billard chez le sieur du Vouldy et en regardant « pêcher grandes truites, carpes et brochets ». 

Le lendemain, le monarque installé dans un carrosse (car il y a du verglas) se présente à la porte de la ville, reçoit les clés et suit l’itinéraire. Lorsqu’il arrive à l’hôtel de ville, Mademoiselle de la Ferté, âgée de 9 ans, vêtue d’une robe de satin incarnadin enrichie de diamants et de perles, assise sur la plus haute marche d’un chariot, regardant le roi, lui offre un cœur d’or qui contient les initiales des souverains au bout duquel pend une grosse perle orientale et prononce ces vers :

« Sire, la fleur des rois et le cœur de la France

Ce cœur qui forme un lys que de cœur vous offrons,

C’est le cœur de nos cœurs et rien ne respirons

Que le lys et l’honneur de votre obéissance ».

 

Le roi remercie puis s’en va à la cathédrale où il assiste à un Te Deum. Le lendemain, après avoir reçu un présent de la ville, une fontaine en argent vermeil doré, Louis XIII prend la route de Dijon. Cet accueil coûta à la ville 24.251 livres 17 sols.

La venue de Louis XIII en 1630, est beaucoup plus modeste. Le roi demande qu’il soit procédé à la réparation des chemins entre Paris et Troyes, et « qu’il soit construit un pont en bois avec garde fous en face du moulin de la Pielle, suffisant pour y passer un carrosse ». 

La reine mère arrive à Troyes le 20 mars 1630, le Corps de ville la complimente à Saint-Martin-ès-Aires. Le lendemain, Anne d’Autriche arrive à son tour à 4 heures de l’après-midi, elle reçoit à la porte du Beffroi, le Corps de ville, « tous les membres à genoux ». 

Les clefs de la ville lui sont offertes, elle les fait remettre à un exempt de ses gardes et prononce clairement la phrase rituelle : « Continuez-moi votre affection, je vous continuerai la mienne ».

 Le surlendemain, les mêmes cérémonies ont lieu pour l’entrée du roi. On fait tirer le canon, en particulier la « Grosse Guillemette », jadis prise aux Anglais. 

C’est à Troyes que Louis XIII se réconcilie avec son frère. Alors que Monsieur  passe à Troyes le 12 février, il a rencontré M. de Marillac qui l’a décidé à rester. Ce fut une véritable réconciliation : « Tout s’y est bien passé avec des démonstrations extraordinaires de joie ». Monsieur accepte de s’éloigner de Marie de Gonzague, il est nommé lieutenant général du roi en la ville de Paris et provinces voisines.  

Au plan local, la visite de Louis XIII en 1630, est également fructueuse. On signe le traité entre la ville, représentée par le clergé, la justice, l’échevinage, et les Oratoriens, pour la consécration définitive du testament de François Pithou : les pères de l’Oratoire sont mis en possession de tous les biens légués par François Pithou, à charge d’y diriger le Collège. 

Autre affaire réglée lors du passage du roi : à la demande générale, les 7 hospices et hôpitaux sont réunis et l’administration de leurs biens confiée à un conseil de 18 personnes. Les divertissements ne manquent pas. Louis XIII courtise à la surprise générale mademoiselle d’Hautefort, après avoir demandé la permission à la reine-mère et veut se divertir : vins d’honneur, jeux de billard, pêches, concerts dans les églises. Le roi fait jouer sa musique dans l’église des Cordeliers. Lui-même compositeur de motets, il se voit offrir un concert dont un tableau garde le souvenir. Dans les jardins du Vouldy, les enfants du chœur de la collégiale Saint-Etienne sont admis à jouer plusieurs morceaux de musique en présence du roi, sous la direction de leur maître Etienne Bergerat. 

Enfin, les reines se font montrer les reliques de sainte Mathie et de sainte Hélène. 


 

Anne d'Autriche épouse de Louis XIII 
 Pierre Paul Rubens 1625.


Marie de Médicis vers 1620






François Ier fait son entrée à Troyes

 

La première entrée de François Ier a lieu en 1521

Elle a un caractère moins enthousiaste et moins cordial que celle de Louis XII. C’est à la veille de la lutte que son successeur doit soutenir contre Charles Quint. Les préoccupations belliqueuses dominent, et tout en disposant les préparatifs ordinaires, l’échevinage ordonne de visiter l’artillerie et les munitions de guerre, dont le roi peut s’enquérir.

Il doit venir à Troyes en décembre 1520, mais la peste s’étant déclarée dans la ville, ses projets sont ajournés. C’est le 4 avril que l’évêque Guillaume Parvi annonce la prochaine arrivée du roi, de la reine et de la mère du roi, Louise de Savoie.

Comme de coutume, l’assemblée des habitants vote un emprunt et nomme les commissaires chargés de désigner les citoyens les plus "suffisants ". Ce sont les membres les plus estimés de la bourgeoisie de Troyes qui apportent le plus fort contingent, soit 5.738 livres.

Ce n’est pas trop pour pouvoir recevoir convenablement le roi et la suite considérable qui l’accompagne : 500 seigneurs et dames forment son escorte lorsqu’il arrive le lundi 22 avril, monté sur un coursier " habillé de drap d’argent ".

80 jeunes gens vont à cheval à sa rencontre, avec les officiers, les échevins et les notables. Ils sont vêtus de velours et de soir, aux couleurs de sa livrée : le blanc, le noir et le tanné (saumon).

Près de la porte du Beffroi est disposé un jardin artificiel avec, dans des cages, une grand quantité d’oiseaux : serins, linottes, chardonnerets, alouettes, merles et étourneaux, que l’on a dressés à " chanter le mieux qu’il était possible ".

Des jeunes filles offrent aux seigneurs et aux dames des bouquets dont les tiges sont recouvertes de dorures. Tout à coup, sortie d’une tour, " une belle jeune fille , bien et richement accoutrée ", offre au roi une image de la Foi suspendue par une chaîne à un cœur d’or, et annonce au roi dans un quatrain, que la foi n’est autre que la clef de son cœur.

François 1er, sous un dais de velours violet parsemé de fleurs de lys d’or, porté par quatre notables vêtus de damas noir, avance jusqu’à l’hôtel de ville, où s’élèvent des échafauds couverts d’enfants chantant Vive le Roi et présentant des bouquets aux seigneurs et aux dames.

" Des gens honnestement accoutrés " offrent du pain, du vin et des pommes. Les rues sont garnies de tapisseries. Comme de coutume, le chapitre de la cathédrale reçoit le roi au seuil de l’église.

Il reste comme souvenir, sur la partie intérieure du pilier central, les salamandres du roi sculptées à côté des hermines de la reine Claude de France, duchesse de Bretagne, et du porc-épic qui était l’emblème de son père Louis XII.

La ville, dans son hospitalité, multiplie les cadeaux : elle donne de l’argent aux petits et du vin aux grands, qui les donnent en gratification à leurs serviteurs, qui les revendent souvent aux habitants pour ne pas les emporter, mais c’est toujours la ville qui paie. De même la ville offre de fins tabliers blancs à fleurs, de fines serviettes de lin, des serviettes achetées par douzaines aux officiers du roi, à la duchesse d’Alençon, à la régente, à la reine… Quant au roi, elle lui offre une statue en argent représentant Hector armé et à cheval. On presse les travaux, travaillant même la nuit, mais la statue ne peut être terminée avant le départ du roi. Les échevins s’en excusent, et promettent, lorsque l’ouvrage sera terminé, de le porter dans le lieu où sera le roi. François 1er, satisfait de la ville, y consent. Huit jours après son départ, le précieux objet d’art terminé est placé dans un coffret rempli de coton, mis sur une civière, et trois hommes le portent à Dijon en dix jours. Le roi reçoit " bénignement ce présent qu’il trouve fort gorgias et très beau ", et satisfait, accorde aux échevins de Troyes leurs demandes, octroyant une nouvelle foire de 15 jours en octobre, et un droit sur le sel des greniers des environs.

François 1er dit que la ville doit être " fortifiée le plus que l’on peut. " Pendant son séjour, rien n’est épargné pour bien traiter ses visiteurs : le chapitre de Saint-Pierre envoie à quelques personnages ses plus grosses carpes et ses plus grands brochets.

Le 27 avril, il se rend à l’abbaye de Montiéramey, avec la reine et les princesses, et y reste plusieurs jours. On leur offre à leur arrivée, du vin et 300 pommes qui sont mangées sur place.

François 1er revient plusieurs fois à Troyes, en septembre et lorsque sa seconde femme, la reine Eléonore d’Autriche entre pour la première fois dans la ville : pour cette dernière, aucune entrée ne fut célébrée d’une manière plus brillante.

Après l’incendie de 1524 qui a détruit le quart de Troyes, la prospérité et la richesse sont plus grande que jamais. La ville s’est reconstruite, offrant dans les quartiers récemment incendiés des rues plus larges et plus belles, que dominent plusieurs églises restaurées et agrandies.

L’échevinage rivalise de luxe et d’élégance, ainsi que tous les métiers, les boulangers et les tonneliers s’habillant même de taffetas. En effet, c’est l’époque du luxe excessif dans les habillements que mit à la mode François 1er.

Autre indice de la prospérité de la ville : la valeur des présents d’orfèvrerie qu’elle offre à la reine et aux fils du roi qui l’accompagnent, le dauphin, les ducs d’Orléans et d’Angoulême. Le présent offert à la reine en or, pèse plus de 5 marcs, ceux aux fils du roi sont en argent doré.

Les clefs de la ville sont remises à la reine. Une mascarade de Maures a un grand succès

François 1er revient le 3 janvier 1529 et janvier 1533.

 

 


samedi 5 avril 2025

CHARLES IX à Troyes

 



La reine Catherine de Médicis, entreprend un voyage à travers la France, afin d’apaiser les esprits après les querelles religieuses entre catholiques et calvinistes.

Elle désire montrer à ses sujets le jeune monarque Charles IX, alors âgé de quatorze ans (venant donc d’atteindre sa majorité), accompagné de son frère, le duc d’Orléans, le futur Henri III, âgé de treize ans, et de sa sœur, la future reine Margot, qui a onze ans.

La cour arrive à Troyes, le 23 mars 1564.




Le corps constitué et les habitants vont au-devant du roi.

Selon un déguisement fort à la mode à l’époque, font partie du cortège, un grand nombre " de sauvages bien accoutrés ", les uns montés sur des ânes, les autres sur des boucs et sur des chèvres. Ils sont armés de flèches et de massues. Ensuite, vient une troupe de satyres armés d’arcs, de flèches, de casse-têtes, d’où pendent de petites boules garnies de pointes. Vient ensuite une compagnie richement vêtue de bourgeois et marchands portant la livrée du roi, puis le maire, les échevins et les conseillers, portant des robes de damas de soie mi-rouge, mi-bleue. Ils se mettent à genou, le maire présente au roi les clefs de la ville, et fait une harangue à laquelle le roi répond, puis ils remontent à cheval.

Chaque porte de la ville est décorée de groupes représentant Charlemagne, Minerve, la Victoire… avec des vers disant que les vertus du roi n’étaient pas moindres que celles du grand empereur.

La ville offre à la reine un présent de linge fin, à tous, les vins de la ville. Le présent fait au roi est un vase d’argent orné de figures, pesant 35 marcs, avec orfèvrerie et ciselure.

L’acte politique le plus important réalisé pendant ce séjour, est le traité passé entre le roi de France et la reine d’Angleterre.

La cour suit scrupuleusement les règles du carême : le roi, la veille des Rameaux, touche des scrofuleux, et, le jeudi saint, Charles IX et sa mère lavent les pieds de treize jeunes garçons et de treize jeunes filles pauvres.

Pour fêter ce deuxième traité de Troyes, de paix avec l’Angleterre, qui met fin à la longue querelle entre les deux pays, en rendant Calais et Le Havre à la France, des réjouissances sont organisées dans les jardins du palais des Comtes.

Une jeune fille, debout sur un char de triomphe, remet une bague au roi, tout en récitant un quatrain de Jean Passerat, il y a des joutes, un carrousel, une course dans le cloître Saint-Etienne, un feu d’artifice...

 Un historien contemporain signale que " Charles IX regarde dans le jardin de l’Evêché... les jeunes filles peu vêtues ".

Un autre déclare " qu’on voulut égayer le roi par un dernier spectacle. On le conduisit dans un jardin voisin de l’Evêché, où de jeunes personnes d’une grande beauté et entièrement nues, exécutaient des danses ! ".

Enfin, un troisième relate d’abord le séjour royal à Troyes, et signale qu’après Pâques "il ne fut plus question en cour que de jeux, festins, ébats et passe-temps, avec feux de joie, qui ont suivi la proclamation de la paix entre sa majesté et celle d’Elisabeth reine d’Angleterre... Depuis l’arrivée de la cour, la ville de Troyes se trouva grièvement affligée de peste... dont la reine mère fut bien avertie... Si est-ce que tout en un instant, elle résolut, contre l’opinion de la plupart des courtisans, de faire partir la cour. Etant le roi sur son départ, et déjà tout botté, on lui fit voir en un certain jardin de la maison épiscopale qui était proche d’icelle, une troupe de femmes, aussi peu honnêtes, que celles qui publiquement font marchandise de leur corps, pensionnaires des prêtres et chanoines, lesquelles d’une impudence et façon effrontée, familières à telles gens, chantaient des chansons vilaines et impudiques, sautaient et jouaient à la pet en gueule, se culbutant l’une l’autre, et découvrant parfois, en ce faisant, leur vergogne, devant les yeux de sa majesté, qui était assisté d’un côté du Cardinal Charles de Bourbon, et de l’autre de celui de Guise (Louis). Et après avoir repu les yeux de la tendre jeunesse du roi de cette effrontée et impudique contenance, la reine sa mère le fit monter à cheval, le dimanche seizième jour d’avril... "

Le jeu de pet-en-gueule, très en honneur vers la fin du XVI° siècle, " consiste simplement à faire une sorte de roue animée formée par l’entrelacement de deux joueurs. Il est plus badin que violent lorsque l’on a les reins souples, et s’il y a quelque chose à craindre pour les joueurs, c’est quelque mauvais vent, dont il est difficile de se garantir ..."

Au moment du départ de la cour de Troyes, " la reine mère laissa à sa partance les mesures des hauteurs du roi, de Monsieur son frère, et de Madame Marguerite sa sœur, engravées en la jambe d’une cheminée de l’une des chambres de la maison épiscopale, avec cette inscription : Charles neuvième, Alexandre (Henri), duc d’Orléans, Marguerite, fille du roi Henry second et sœur du roi Charles neuvième, furent mesurés par leur mère, à son appartement de cette ville, après avoir fait la paix avec l’Anglais, et mis le royaume en repos ".

 

Dépenses du roi Charles IX à Troyes




Je vous reproduis ci-dessous, textuellement, l’état des dépenses faites par Charles IX, le 8 avril 1564, lors de son séjour à Troyes, retrouvé sur un parchemin scellé et signé par le maître d’hôtel du roi,

Ce récit est d’un certain intérêt, il nous fournit, d’abord, le détail du menu de la table royale un jour maigre, et nous permet ensuite de pouvoir comparer approximativement la valeur des objets de consommation de l’année 1564, avec ceux de 1859 (que nous avons par ailleurs). A l’exception cependant du pain et du vin, dont le poids de l’un et la mesure de l’autre ne sont pas indiqués. On verra que, pour un roi de France, la somme de 13 f 92 de vin est on ne peut plus modeste, et encore il est supposable que sa majesté avait une nombreuse compagnie à sa table, témoins les 14 douzaines de pains qui sont affectés à la table royale.

Par contre, le personnel qui accompagne le roi consomme pour 265 f de vin, somme assez ronde pour une seule journée. Du reste, un personnel qui consomme pour 73 f 94 de pain et 265 f de vin, doit être nombreux, car admettant que chaque personne ait absorbé 1 kg de pain, en le mettant en rapport avec la valeur des autres objets de consommation, nous pourrions admettre que 150 personnes au moins accompagnaient le roi.

Le pain était une des denrées alimentaires la moins chère : les 28 douzaines + 8 pains qui figurent sur l’état, montrent que chaque pain était de 2 livres et aurait coûté environ 22 c le kg. Le pain royal revient à 37 c la douzaine. La table royale ne se compose que de poissons, mais de 9 sortes. Le poisson de mer n’est pas plus cher que celui d’eau douce, ce qui est surprenant, car à cette époque, l’éloignement, le manque de moyens de communications, devaient le rendre rare et cher. Comparativement, le poisson d’eau douce est d’un prix très élevé, et cela dans un pays très poissonneux. A cette époque, le poisson, le sel et le vin étaient du nombre des denrées les plus chères, cependant, la truite de la Laigne, celle de la Haute-Seine, étaient en très grande réputation. 20 années plus tard, nous voyons Henri IV savourer les pâtés de truites qu’il arrosait de ce bon petit vin d’Avirey que lui envoyait le maréchal de Praslin, et qu’il aimait tant. La côte du Val des Riceys, près d’Aviray, fournissait un vin très renommé, qui a figuré longtemps sur les tables royales.

Si de la table royale, nous passons à celle du commun, nous y trouvons 1 brochet à un prix supérieur à celui acheté pour le roi. Chose remarquable, le poisson destiné à la table de Charles IX est infiniment meilleur marché que celui du commun. Le beurre est d’un prix fort élevé, les œufs, les chandelles sont les prix du marché. Un arrêt du Parlement de 1565 fixe à 3 sous tournois la livre de chandelle faite avec du suif de bœuf, à 3 s 6 d celle qui était faite avec du suif de mouton. Or, le premier revenait à 4 f 54 et le second à 4 f 79. Les prix avaient sensiblement changé dans l’espace d’une année. Le boucher vendait les jours maigres, un certain poisson blanc, du beurre et des œufs, comme le fruitier vendait de la cire blanche et jaune, qui servait pour l’éclairage.

En général, tous les objets de consommation détaillés dans cet état de dépenses sont d’un prix aussi élevé que ceux de 300 ans plus tard ! La somme de 154 livres 6 sous 11 deniers, dépensée par le roi et sa suite, formerait un total de 4.567 f 40 de la monnaie 300 ans plus tard, chiffre peu élevé pour la journée d’un roi en voyage et accompagné de plus de 100 personnes.

Vous trouverez ci-dessous cet état des dépenses, avec en regard, la valeur approximative de la monnaie de 1859. 

 












Henri II à Troyes / Henri IV à Troyes

 


C’est sous le règne de Henri II que la ville de Troyes atteint son apogée : on élève des églises, on les restaure, on les décore de vitraux et de statues, on construit des hôtels en pierre et des maisons en bois décorées de sculptures…

Toute une pléiade de peintres et de sculpteurs, qu’on appelle alors des tailleurs d’image, est occupée à ces travaux.

L’italien Dominique Florentin célèbre à la fois comme peintre, sculpteur, architecte et graveur, s’est fixé à Troyes, et c’est à lui que l’échevinage demande " de conduire les ouvrages " pour l’entrée de Henri II : 6 échafauds sur le parcours du cortège, une fontaine décorée par 3 vertus, devant l’hôtel de ville, une porte de triomphe, ornée de 12 colonnes à chapiteaux sculptés sur l’Etape-au-Vin (Place Audiffred)…

On va rechercher le preux Hector et Atlas rangés dans une grange après la visite du dernier roi, mais ils sont en très mauvais état, et il faut " les raccoutrer ".

On construit un cheval, un Pégase, qui doit figurer sur un échafaud en face de l’hôtel de la Cloche.

François Gentil, notre artiste au grand talent, est chargé de réaliser le modèle du présent que l’on doit donner au roi.

Les rues sont garnies de lierre, d’écussons, d’inscriptions placées sur des tableaux. On y voit l’arbre des 12 pairs, accompagnés de leur écussons, un jardin rempli de bergers, au milieu desquels se trouve le dieu Pan, et trois mannequins de bois représentant les enfants de Henri II et de Catherine de Médicis : François (qui deviendra François II), Elisabeth (qui épousera Philippe II roi d’Espagne), et Claude (qui devint duchesse de Lorraine). Tous trois sont habillés et coiffés, afin " que l’illusion fût plus complète ".

Enfin, un engin est installé, qui doit faire descendre du haut de la porte du Beffroi, la belle fille chargée d’offrir au roi et à la reine un lis d’argent et un cœur d’or.

Henri II, arrive à Troyes le 9 mai 1548 (il y reste jusqu’au 14), accompagné de sa femme et d’un brillant cortège : Marguerite de France, sœur du roi, le connétable de Montmorency, les ducs de Nevers, de Guise et d’Aumale, les maréchaux de Saint-André et de la Mark, les cardinaux de Lorraine, de Guise et de Chatillon, Madame la grande maréchale Diane de Poitiers.

 Le roi est précédé et suivi de cinq compagnies d’archers de sa garde, de compagnies de suisses attachées à sa personne et à celle de la reine, de son trompette, des joueurs de fifre et de tambour, d’archers, du héraut d’armes, des huissiers, des chambellans… enfin, de la foule des laquais du roi et de la reine.

Le roi est sous un dais de velours rouge et violet brodé d’or de Chypre et d’argent.

Selon l’usage, les magistrats municipaux les attendent, habillés de neuf, avec des robes de velours rouge et violet, précédés de leurs sergents également habillés de neuf. Ils sont accompagnés de 4.000 hommes des compagnies bourgeoises avec leurs bannières. Selon l’usage, " on costume et travestit à la moresque une compagnie de gens de pratique et le prince des sots avec ses suppôts est travesti en sauvage. " Cette double mascarade plut au roi qui " prit un plaisir extrême à en voir les ébats."

Tous les enfants sur les échafauds, richement vêtus des couleurs du roi et de la reine, les uns en noir et blanc, les autres en blanc et vert, crient " Vive le Roi ! "

Les chanoines de Saint-Urbain, en surplis et en chapes se tiennent sous le portail de leur église, et le chapitre de la cathédrale, devant le portail.

L’affluence du peuple est immense, le succès de l’entrée est tel que les courtisans la déclarèrent " triomphante et magnifique, et qu’elle fut mise par eux comme la plus belle de toutes les villes de France. "

On interdit de sonner les cloches de Saint-Pierre, la maréchale de Saint-André étant malade et logée chez un chanoine sous l’horloge de la cathédrale.

Comme toujours, la ville prodigue les présents de vin aux grands seigneurs, les dons en argent aux archers, aux valets, à certains officiers du roi et de la reine. Elle fait offrir des corbeilles de gâteaux aux seigneurs qui passent devant l’hôtel de ville à leur entrée…

Du souvenir du passage de Henri II, il reste un souvenir : dans le fronton du portail latéral septentrional de l’église Saint-Nizier, est sculptée l’initiale de son nom, surmontée d’une couronne. Dans la frise, sont également sculptés 3 H.

En mai 1549, craignant que l’empereur Charles-Quint ne vienne troubler son royaume, Henri II revient à Troyes avec toute sa cour, car notre ville lui parait la plus importante pour sa sécurité.

 

HENRI IV




De toutes les entrées de souverains qui ont eu lieu à Troyes, celle de Henri IV est celle qui a laissé le plus de souvenirs.

Elle ne doit pas sa notoriété à la nouveauté, l’éclat, la magnificence des fêtes que l’échevinage donne à cette occasion. Elle le doit surtout aux vitraux où le dernier des grands peintres-verriers de Troyes, Linard Gonthier, a tracé, d’un pinceau agile et brillant, les principaux épisodes du passage à Troyes du premier roi de la dynastie des Bourbons.

Linard Gonthier peint, pour la compagnie des arquebusiers, quatre panneaux sur lesquels il retrace ces épisodes, et que l’on peut admirer dans la grande salle de l’ancienne bibliothèque, rue du Musée.

Le séjour de Henri IV à Troyes le 30 mai 1595, n’a pas le caractère solennel et joyeux des séjours que Charles VIII, Louis XII, Henri II et Charles IX y firent.

Le roi de Navarre n’est pas encore entièrement maître du royaume de France, et c’est en allant poursuivre les Espagnols en Bourgogne (où il les bat), que Henri IV traverse Troyes.

Prévenu de cette visite, le maire décide de préparer au roi une entrée convenable, malgré l’endettement de la ville de plus de 80.000 écus.

2.000 écus sont nécessaires pour en couvrir les dépenses, et le maire et les échevins sont obligés d’avancer une partie des fonds, de faire appel à la générosité des habitants et de s’engager à rembourser au bout de 6 mois, les sommes qu’on voudrait bien leur prêter.

On fait nettoyer les rues et les abords de la ville, on fait enlever les immondices qui se trouvent dans les rues où le roi doit passer…

On fait élever 8 échafauds sur le parcours, de la porte du beffroi à l’évêché, avec des écussons, des guirlandes, des chapeaux de triomphe…

Des filles et garçons, de 5 à 10 ans " proprement habillés et bien ajustés " sont placés sur les échafauds, avec mission de crier " Vive le roi " aussitôt qu’il paraîtra…

Sur d’autres échafauds, il y a les chantres, musiciens, symphonistes, ménétriers, joueurs de viole et d’autres instruments…

Grâce au vitrail de Linard Gonthier, nous pouvons reconstituer cette visite.

Le 30 mai, le roi arrive revêtu de sa cuirasse, il tient de sa main droite son bâton de commandement et porte son chapeau ombragé de plumes bleues et blanches, il est sur son cheval blanc caparaçonné de bleu.

La porte du Beffroi, par laquelle tous les rois sont entrés à Troyes au XVI° siècle, est précédée de deux ponts-levis et flanquée de deux grosses tours.

Au-dessus du porche sont peintes en couleurs, rehaussées d’or, les armes de la ville, soutenues par deux anges.

Le maire et les échevins, suivant l’usage, mettent un genou en terre devant le roi, et le maire lui présente les clés de la ville.

De toutes parts, le peuple se presse pour voir le roi, montant même sur les toits !

Place de l’hôtel de ville, s’élève un arc de triomphe orné de statues dorées…

Quatre canons font entendre leurs salves…

Une jeune fille, sur un char traîné par deux chevaux blancs, s’avance vers le roi et lui offre un cœur d’or fleurdelisé.

Le roi se rend à la cathédrale où il est reçu par l’évêque, qui a été son confesseur et est son grand aumônier.

Henri IV prend place dans l’oratoire qui lui a été dressé dans le chœur.

Ses armes sont peintes sur une toile semée de fleurs de lys.

Agenouillé, le roi entend le Te Deum, puis il se dirige vers l’évêché où des appartements lu ont été préparés.

Henri IV est satisfait de recueillir les témoignages de fidélité d’une grande ville qui vient de se rallier à sa cause.

Il est suivi de 1.500 hommes d’armes, et se dirige, dès le 31 mai, vers Dijon. En effet, son départ est précipité, en raison d’heureuses nouvelles reçues, Dijon s’étant déclaré en sa faveur.

Il n’a même pas eu le temps de demander aux habitants de Troyes, l’argent dont il a besoin. Mais dès le lendemain de son départ, le bailli de Troyes réunit le corps de ville et les plus notables bourgeois pour leur demander de prêter au roi une somme de 20.000 écus. Les habitants en offrent 10.000, et le maire est chargé de répartir à titre d’emprunt forcé, le solde, sur les " aysés " de la ville.

Le séjour rapide de Henri IV à Troyes prend une importance qu’il n’a pas eu à son origine, quand les arquebusiers recommandent à Linard Gonthier d’en faire le sujet de ses peintures. Ils veulent ainsi attester leur fidélité au roi Louis XIII, en exaltant le fondateur de sa dynastie.

 

Entrée de Henri IV à Troyes en 1629, par , Linard Gonthier, Cité du vitrail de Troyes


L’accueil des échevins en 1629 par Linard Gonthier, Cité du Vitrail, Troyes


Accueil à l’hôtel de ville, 1629 par Linard Gonthier, Cité du Vitrail, Troyes


Accueil à la Cathédrale st Pierre et st Paul de Troyes, 1629 par Linard Gonthier, Cité du Vitrail, Troyes



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