mercredi 12 mars 2025

Enceintes, Fortifications & Portes fortifiées de Troyes

 

Enceintes, fortifications, tours et portes de Provins.
Troyes avait les mêmes défenses



Entretenir des fortifications, les consolider, les améliorer, les moderniser est la principale préoccupation d’une ville forte. Les enceintes urbaines sont le résultat de l’effort considérable qui est demandé aux habitants pour leur sauvegarde. Par la contribution financière autant que par le travail à corvée, les remparts, symboles de fierté, appartiennent d’abord aux habitants. L’enceinte d’une ville, vue de l’extérieur reflète la volonté de la communauté entière de se protéger et surtout de se défendre contre tout agresseur. 

Troyes, durant l’âge romain, est circonscrit dans un quadrilatère fort restreint, dont chaque côté est percé par une porte. C’est la forme que les Romains donnaient à leurs villes fortifiées (oppida). Les premières murailles ont pour éléments des débris d’édifices civils, religieux, même funéraires, employés confusément, comme si on avait agi sous la pression de quelque grand désastre imprévu, dont on veut empêcher le retour. Cela date de la dernière moitié du IIIe siècle. La première enceinte est défendue naturellement, par deux cours d’eau : la rivière de Vienne et la fontaine de la Vacherie. Cette existence est constatée en 356, par la difficulté qu’éprouve l’empereur Julien pour s’en faire ouvrir les portes.

Une nouvelle ère de sécurité amène la négligence pour les moyens de défense. Aussi, vers 888, à l’approche d’une nouvelle invasion des Barbares, les citoyens ne trouvent de salut que dans la fuite. Quand ils reviennent dans leur ville désolée par les Normands, leur premier soin est de relever et fortifier leurs murs, pour se mettre à l’abri de nouveaux malheurs. Ainsi, furent-ils en mesure, en octobre 959, de soutenir avec succès un long siège contre l’évêque Ansegise et une armée de Saxons qu’il avait pour auxiliaire.

L’histoire de la fortification de la ville de Troyes commence au XIIe siècle et se termine à la fin du XVIe. Pendant cinq siècles, la ville ne cesse de se fortifier. C’est durant la période des XIIe et XIIIe s. que se forme peu à peu l’enceinte de la ville dont le tracé prend la forme particulière dite en « bouchon de champagne », que nous connaissons encore aujourd’hui.

Thibault II, dit le Grand exécute une entreprise digne d’un souverain, en entourant de fossés et de remparts continus la ville, forçant la Seine, par des moyens artificiels, de venir couler dans ces fossés, ce qui procure le double avantage de favoriser l’exercice de plusieurs industries, et d’obtenir un moyen de défense contre des attaques extérieures.

Sous Thibault III, l’enceinte, du côté nord, ne dépasse pas le cours d’eau venant de Jallard et passant par le pont aux Cailles.

Au commencement du XIIIe siècle, Thibault IV coupe les vignes et les jardins de Saint-Martin-ès-Aires, pour établir la nouvelle enceinte. Ce comte, prince guerroyant, ne veut pas laisser plusieurs quartiers de la Cité en dehors du système de protection, assurant ainsi à la partie nord de l’enceinte la forme circulaire bien plus facile à défendre. Cet état de chose dure près d’un siècle, pendant lequel aucun besoin d’une défense plus complète ne se fait sentir.

Il n’en est pas de même au XIVe siècle, où la guerre malheureuse qui ouvre la porte aux Anglais, la captivité du roi Jean, les excès de tous genres auxquels se livrent les chefs de parti, qui souvent n’ont d’autre bannière que celle du pillage, force la ville à pourvoir à sa sûreté. En 1344, le bailli de Troyes, ému des incursions des partis ennemis qui menacent la ville, ordonne d’élargir les anciens fossés et de les palissader. C’est au cours de ce siècle que la ville parfait son système défensif par la construction de nombreuses tours et tours-portes. Dans les dernières années du XIVe s., les palissades sont remplacées à leur tour par une enceinte continue de murailles flanquées de tours en pierre, au nombre de plus de 80. C’est aussi à cette période de terreur et d’expédients, qu’existe l’ouvrage avancé connu sous le nom de Faux Fossés, dont la ligne, à environ 1 km de la ville la couvre dans la partie où elle est dominée par la campagne.

Nous voyons, en 1380, une armée anglaise de 30.000 hommes, commandés par le duc de Buckingham, ne pas oser attaquer la ville, bien que maîtresse de la campagne, malgré les provocations de la garnison.

Jusqu’au XVe s., la ville se fortifie sans plan d’ensemble. On y construit encore des tours. Des moineaux (sortes de chambres casematées installées au bas du mur d’escarpe pour permettre le tir dans le fond des fossés) de bois ou de pierre sont construits au pied des remparts pour défendre les fossés, et avant 1450, déjà 6 boulevards de terre et de bois sont en place, dont 5 défendent les portes de la ville. Mais les habitants sans cesse menacés par les guerres, obligés de se protéger contre une artillerie de plus en plus efficace, revoient la défense de la ville et restructurent les ouvrages de l’enceinte fortifiée.

La première moitié du XVIe siècle est une période marquante dans l’histoire de la fortification de la ville de Troyes : cette période très active bouleverse l’organisation de son système défensif.

Le XVIe s. est celui qui apporte le plus de transformations dans l’aspect de l’enceinte fortifiée. C’est le siècle de la modernisation. Ainsi, au cours de ce siècle, les moineaux disparaissent et plusieurs tours sont démolies, remplacées par de nouvelles constructions appelées plates-formes, édifiées sur le massif du rempart. Les pièces d’artillerie montées sur ces ouvrages assurent une meilleure défense en couvrant les remparts et les portes de leurs feux croisés. Troyes devient véritablement une place forte. Des bruits de guerre sont annoncés en 1536 : le boulevard de la porte Saint-Jacques est à nouveau renforcé et on édifie la plate-forme des Cordeliers. En 1544, craignant un siège par l’armée de Charles Quint, la ville déploie une intense activité de fortification. Le boulevard de la Planche-Clément est construit ainsi que la plate-forme de la Tannerie. Tous les autres ouvrages sont réparés, renforcés ou fortifiés.

La position de la Champagne comme province frontière veut que la ville de Troyes reste une place forte. François 1er dit que « Troyes qui est capitale et principale ville de notre pays de Champagne est plus requise que nulle autre dudit pays d’être bien fortifiée et mise en bonne sûreté et défense ».

Le XVIIe s. est une époque de changement, du fait que la ville de Troyes ne se fortifie pas et ne se fortifiera plus. C’est l’aménagement des mails autour des fossés de la ville en promenades ombragées.

Au XVIIIe s., les plates-formes ont presque disparu.

Au début du XIXe s., la ceinture des remparts apparaît très dégradée et les fossés sont mal entretenus. Les municipalités procèdent à l’entière destruction des derniers témoins de la fortification de la ville de Troyes.

 Les fossés de la fortification


plan de la ville de troyes - 1699

Troyes, ville fortifiée, est protégée par une ligne continue de fossés  profonds.

Le cours d’eau appelé ru des Cailles est ouvert dans les premières années du XIIe siècle, pour servir de fossé à la nouvelle enceinte construite pour protéger les faubourgs qui se sont développés autour de la ville gallo-romaine.

C’est environ un siècle plus tard que sont creusés, un peu plus à l’est, de nouveaux fossés, représentés par le cours d’eau qui entoure une partie de la ville, entre le déversoir du Gouffre et l’usine de Brûlé. Ils existent en avril 1239, comme le montre le texte d’une charte publiée par l’abbé Lalore, qui les qualifie de « nouveaux fossés », et les divers auteurs les datent soit de l’année 1220, soit de 1229-1230. Ils sont alimentés par le sous-bief du moulin de la Pielle, par une partie de celui du moulin Jaillard (canal de la Rioteuse), et par le vannage du Gouffre.

A l’examen d’un ancien plan de Troyes, on remarque que le canal de la Rioteuse et le sous-bief de la Pielle convergent vers le même point des fossés, et que ce point est fort rapproché de l’endroit où la Fontaine de la Vacherie quitte la rue de Gournay, qu’elle longeait jusqu’alors, pour obliquer vers le nord-est, dans la direction de Saint-Jacques.

La plus ancienne rivière est désignée par plusieurs noms : en 1289 « la rivière qui vient du moulin du Pré de Saint-Pierre », en 1463 « la rivière qui va à Saint-Jacques », un peu plus tard, et jusqu’au milieu du XVIIe siècle, « la rivière de la Grande-Planche, dite aussi Rivière de Gournay ». Elle porte plus tard le nom de « Rioteuse », d’abord réservé au canal qui descend de Jaillard aux fossés et à l’arcade des remparts qui lui sert d’issue, et s’étendait aussi à un pont de bois placé sur le canal de la Grande-Planche, le long des mêmes fossés. Elle prend son origine dans le fossé de la ville, à peu près en face du débouché du canal de la Rioteuse, de là elle rejoint la Fontaine de la Vacherie près du pont de la rue de Gournay, puis, se confondant avec ce cours d’eau, va abreuver les fossés du prieuré Saint-Jacques. Dans la seconde partie de son cours, elle traverse les prés des Ecrevolles, fait mouvoir le moulin de Maître André, et regagne le bras principal de la Seine, entre Pont-Sainte-Marie et Lavau, au-dessus des moulins de Lavau.

Pendant la plus grande partie du XIIIe siècle, les habitants, s’ils les possèdent, ne sont mis en possession que fort tard des fossés qui entourent leur ville. Le comte Thibault IV leur concède, en 1231, la pêche des fossés, qui lui appartiennent, puisqu’ils sont nommés fossés du comte.

En 1238, l’Hôtel-Dieu-le-Comte obtient le désistement de Oudet Melette et de sa femme, de toutes les prétentions à la propriété qu’ils avaient sur la rivière de Seine depuis les moulins de Croncels jusqu’aux fossés du Comte moyennant 40 sous.

 A la fin du XIIIe siècle, l’enceinte de la ville est formée surtout par des fossés et des constructions en bois, palissades ou planches. L’eau court autour de la ville, de la porte de Croncels à la porte de Saint-Jacques et de celle-ci jusque vers la porte de Preize.

Dans l’autre direction, la ville a, pour se protéger, une double enceinte de fossés, l’une dite les Fossés, contournant la ville près des habitations, et l’autre nommée les Faux-Fossés. Ces derniers s’étendent jusqu’à la rue des Bas-Clos, comme le prouve une inscription enregistrée à l’Hôtel-de-Ville et trouvée en 1573 sur une pierre où l’on lisait : « Ici sont les faux-fossés de la ville de Troyes ».

L’enceinte s’ouvre donc près du canal des Trévois et sur la route de Bourgogne, à la hauteur du gué du faubourg de Croncels. Elle se continue à travers les marais de la Vienne, par les faux-fossés de Saint-Nicolas, puis par ceux des faux-fossés Patris, gagnant la route de Paris ou rue de la Cité de Saint-Martin, en avant de la rue Derne, et descendant jusqu’aux marais de la Prée ou de Preize, où elle se perd.

En 1319, Philippe V le Long (1316-1322) donne aux Frères prêcheurs (Jacobins) un fossé placé près de la rivière de Seine, entre leur jardin, celui du seigneur de Jully et les habitations des tanneurs, et jetant ses eaux dans la Vienne.

Derrière ces fossés s’élèvent des remparts en terre garnis de palis et de planches, derrière lesquels les Troyens et les défenseurs de la ville se mettent à l’abri contre les projectiles lancés par les assaillants.

En 1373, un mandement royal « ordonne au bailli de Troyes de faire contraindre les manants et habitants de la ville et de la prévôté de Troyes, à quatre lieues à la ronde, à venir faire et parfaire les fossés de la ville. Les travailleurs reçoivent le pain de la ville. C’est du " pain fétis ". Cette charge pèse longtemps sur les habitants de la banlieue. Elle est acquittée soit en nature, soit en argent, mais le plus souvent, elle est convertie en taille.

En septembre 1402, la cour des Grands Jours se réunit à Troyes, et prend un arrêt : «… dedans les héritages des frères de la Trinité, situé près de la porte de la Comporté, les fossés et faux-fossés devers ladite porte ont été faits et assis… que quand l’on commença à fortifier la ville de Troyes pour cause de guerre, l’on fit faire faux-fossés et dos d’âne derrière la tour, et vers le lieu de Clémence, la bonde qui était d’ancienneté, par laquelle ladite rivière de Seine venait desdits fossés et par eux à la Trinité, fut refaite et quand on y fit murs de cours qu’elle y avait auparavant… ».

En 1408, les fossés sont comblés et des jardins les recouvrent

L’eau de Seine, depuis l’écluse de Croncels jusqu’à celle de la Fleur-de-Lys, près de la porte de Preize, coule dans cette partie en passant au-dessous du Beffroy. Des écluses, placées en divers endroits, élèvent les eaux en cas de besoin. Ces fossés, d’une profondeur de 20 à 25 mètres, ont une ouverture d’environ 40 mètres.

 Quelques années plus tard, les faux-fossés (Saint-Nicolas et Patris), jugés inutiles à la défense de la ville, sont mis en location.

Vers 1420, la Vienne « se jette, par trois fossés (ou ruisseaux), dans les fossés de la ville, à l’endroit de la Tour Boileau, et les eaux coulent dans la direction de la porte de Croncels et passent ainsi, partie sous l’arche Maury et partie sur le vieux coulis. En raison du niveau à donner à l’eau, la Vienne est ramenée directement sur le canal de Croncels ou des Trévois, et on lui donne cours au moyen d’un conduit souterrain ou mouffle. Puis de là, l’eau se jette dans les fossés de la ville, à peu près en face de la rue des Bons-Enfants »

En 1427, on agrandit les fossés de Croncels.

En 1511, les fortifications sont augmentées. On donne plus de force aux remparts, on y établit des canonnières, on approfondit les fossés, depuis les arches de la Planche-Clément jusqu’à la porte de Saint-Jacques.

Les préoccupations de la politique et de la guerre motivent l’activité déployée aux travaux de fortifications. En 1523, le produit d’un nouvel impôt, levé sur les maisons, est appliqué à ces dépenses et l’on travaille au boulevard, placé entre le coulis de la Planche-Clément et le pont de Rioteuse. On donne plus de profondeur aux fossés depuis la porte de Comporté jusqu’à celle de Saint-Antoine.

Sous les mandats des maires Guillaume le Mercier (1542-1543) et Nicolas Riglet (1544-1545), la ville est mise dans un état de défense qui ne s’est encore jamais vu... les fossés sont élargis.      

En 1860, après la canalisation des Viennes est créé le Jardin de la Vallée Suisse. Sa conception est pratique, car elle permettait de conserver une portion du fossé des fortifications.

Puis, à l’emplacement des anciens remparts et fossés, se trouvent la série des boulevards que bordent 4 beaux squares bien entretenus par le service des espaces verts de la Ville.

Les remparts de Chaillouel

Ces remparts se caractérisent surtout par la présence sur peu de distance, des arches du Noyer-aux-Enfants et des arches du Saut-Périlleux flanquées de tours et de la grosse tour Charlemagne : l’ensemble formait un exemple intéressant et était aussi typique. L’origine de ces arches remonte au XIIIe siècle quand on fit passer au nord vers 1229-1230, le nouveau rempart sur le ru de Meldançon, grossi par les eaux du ru aux Cailles. Ces arches, dépourvues de leur courtine et de leurs tours, sont encore visibles vers les anciens abattoirs. Leur aspect est modifié puisqu’elles sont transformées en pont pour la circulation. La défense des arches était assurée par la présence de « râteaux » ou herses que l’on pouvait lever et abaisser. Ces systèmes étaient rendu inaccessibles et fermés à clefs.

Les arches du Noyer-aux-enfants

Elles sont au nombre de trois et ont aussi été appelées arches de Chaillouel ou « arches Cothon ». Le nom de Noyer-aux-Enfants leur vient d’un noyer qu’on replanta en 1493, entre autre, « au lieu on souloit estre d’ancienneté le noyer appelé le Noyer aux Enfants de la ville ».

Ces arches édifiées sur le débouché du ru de Meldançon dans la Seine, étaient flanquées d’une tour ronde appelée la tour aux Noyer-aux-Enfants ou tour Barbazan. Cette ancienne tout voûtée fut percée de canonières en juin et juillet 1544. Une plus petite tour, la tour de Chaillouel, se trouvait à l’autre bout des arches.

Les arches du Joli-Saut

Au nombre de deux, édifiées sur le passage des eaux du ru Cordé, elles furent appelées indifféremment arches du Joli-Saut ou arches du Saut-Périlleux et doivent leur nom à la proximité du barrage et de la vanne du Pouce qui faisaient redonder les eaux de la Seine à leur pied. Entre les deux arches est un éperon toujours visible sur lequel s’élevait la petite tourelle dite tour du Comte-Thibaut. En 1578, cette tourelle tombait en ruine et fut réparée.

La tour du Joli-Saut ou tour du Saut-Périlleux flanquait ces arches. Elle était voûtée et devait être de moyenne importance. Fait curieux, trois prisonnières y furent enfermées en 1531.

La tour Charlemagne

Non loin des arches du Joli-Saut, s’élevait l’ancienne tour Charlemagne, grosse tour ronde de 7,70m de diamètre et très élevée (elle avait encore quelques douze mètre d’élévation au début du XIXe siècle). En juillet 1544, on y aménagea des canonnières. C’est en souvenir de la journée du 17 septembre 1590 que la tour Charlemagne fut rebaptisée tour Saint-Lambert. Une petite niche pratiquée dans le mur de la tour du côté de la ville abritait une statuette de Saint-Lambert. Au XVIIe s. cette tour était abandonnée par la ville et laissée à un cordier pour y mettre ses outils.

Elle fut occupée depuis au moins l’année 1678 jusqu’en 1689. La ville décida alors d’y installer une glacière qui fut construit à la fin de l’année 1691. Elle ne fut pas épargnée et disparut en 1856 avec les autres tours et les remparts de Chailloël.

C’est à cet endroit, entre la tour Charlemagne et les arches du Joli-Saut que fut édifiée en 1515 une plate-forme de terre gazonnée que l’on fortifia en août 1544. Mais, dès 1562, on constate l’existence d’une brèche à cet endroit. C’est par cette fameuse brèche qu’en 1590, le jour de la Saint-Lambert, les royalistes avaient failli s’emparer de la ville.

En 1614, on répara cette brèche et pour donner plus de solidité à l’ouvrage, on édifia la muraille en forme d’éperon. L’ensemble ainsi fortifié fut appelé fort Saint-Lambert. A l’intérieur de la ville, la plate-forme non entretenue s’effondra et il n’en restait que des vestiges en 1753.

Le pont des fileurs : entre la vanne du Pouce et les arches du Noyer-aux-Enfants, fut établie une passerelle de bois qui faisait communiquer la ville avec l’actuel cours Jacquin. Elle servait surtout aux ouvriers filateurs de l’usine de Brûlé qui purent ainsi gagner directement l’intérieur de la ville. Construit sous la mairie de M. de Saint-Georges en 1822, ce petit pont que l’on appelait le pont Saint-Georges était plus connu sous le nom de pont des Fileurs pour lesquels il avait été construit.

La vanne du Pouce : cette très ancienne vanne fut reconstruite plus solidement en 1463, mais défavorisait alors à basses eaux le moulin de Saint-Quentin et non celui de Brûlé. Une transaction obtenue en 1473 permettait de faire élever d’un pouce de hauteur le vannage de la décharge, ceci depuis le 22 juillet jusqu’au 11 novembre de chaque année. De là, vient le nom donné à cet ouvrage.

Le canal de Nervaux : le tronçon final du ru Cordé situé entre le moulin de la Tour et le Joli-Saut, à l’intérieur de la ville, fut appelé canal de Nervaux.  La rue du même nom longeait ce canal.

Plan des fortifications de la ville de Troyes au XVIe


Les portes de Troyes

François1er a dit que « Troyes, capitale de la Champagne est close, avec fossés et portes qui en font la ville la plus sûre du royaume ! ».

 Troyes avait 5.200 mètres de murailles, 3 km de faux fossés, et 21 portes. Il ne reste plus rien de l’ancienne ceinture de murailles qui enveloppait la ville.

 La forme particulière dite en « bouchon de champagne » de l’ancienne ville de Troyes a été acquise au XIIe siècle. Elle représente l’héritage des comtes de Champagne qui ont largement contribué à l’expansion de la ville et à sa prospérité : nos boulevards actuels ne font qu’épouser le pourtour des anciens fossés de la ville fortifiée.

Troyes fut tenue par les Romains pour une des places importantes qu’ils appellent « Oppida, villes fortifiées », et par conséquent environnées de fossés, de murs et de remparts, Au temps des Gallo-romains, les empereurs Antonin-le-Pieux en 161 et Marc-Aurèle en 177, élèvent une tour à la porte d’Artaud, sise près du pont de l’Hôtel-Dieu, destinée à défendre la ville à l’occident. C’est là qu’Attila y est reçu par Saint-Loup.

Troyes était assise dans le lieu nommé « Ager Trecassimus, Champ des Tricasses », entre le ruisseau dit de « la Vacherie » à l’est, et la rivière de « Vienne » à l’ouest.

Avant le XIIe siècle, la cité était réduite au quadrilatère de l’ancien oppidum Gallo-Romain dont chacun des côtés était percé d’une porte. 

 Il y avait donc 4 portes ; chaque côté (environ 400 mètres) correspondait à peu près à l’un des 4 points cardinaux : 2 portes sur la voie est-ouest (decumanus), l’actuelle rue de la Cité et 2 sur la voie nord-sud (cardo), l’actuelle rue Boucherat. 

- La porte de l’Ouest, à la hauteur de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, s’appela Porte d’Artaud.

- La porte de l’Est devant l’hospice St Nicolas à l’entrée des 3 godets, s’appela Porte des Oursiers. 

- La porte du Nord, entre l’ancien moulin de la Tour et l’extrémité nord de la rue de la Tour, suite de la rue Boucherat, fut dite de St Lyé, de St Martin, de Preize.

- La porte du Sud, à l’extrémité de la rue Boucherat entre la tourelle du Petit Louvre et le coin de l’Hôtel-Dieu fut à tort appelée porte Jaune ou Jaulme.

L’entrée des routes, qui arrivaient en ville, était défendue par des portes dites aussi « fausses portes » et situées, l’une au bourg de Croncels, la seconde, dite Porte-aux-Bœufs, sur la route de Sens, la troisième sur la route de Paris et que l’on nommait Fausse-Porte-Saint-Antoine.

Sur la route de Champagne qui se présentait par le quartier Saint-Jacques, existait aussi, en avant de la ville, la Fausse porte de Saint-Jacques, à la hauteur de la Ruelle-aux-Moines et de l’Ecole normale.

L’eau courait autour de la ville, de la porte de Croncels à la porte Saint-Jacques, et de celle-ci jusque vers la porte de Preize.

Les portes sont des édifices de défense considérables. Souvent, le maire a seul la garde des clefs de la ville et chaque soir après la fermeture, elles lui sont apportées.

On ferme les portes :

- quand un ennemi ou des chefs de bandes incendiaires approchent et pendant les troubles,

- en période de peste, pour empêcher d’entrer les gens venant des pays où règne la contagion,

- quand en 1432, la misère est grande, on double la garde des portes.

Aurélien vient à Troyes, pour s’opposer aux progrès du Christianisme. En 356, Julien l’Apostat s’y rend. Ce prince eut beaucoup de peine à s’en faire ouvrir les portes par les habitants qui le prenaient pour un ennemi.

Troyes eut une sérieuse alerte causée par la guerre de Charles VIII, contre Anne de Bretagne, en 1491. L’artillerie est montée sur les remparts et placée dans les tours. On s’assure de la solidité des portes, sur lesquelles on place des couleuvrines avec poudre et boulets en pierre. On ferme les poternes de la Tannerie et de la Madeleine.

Au XVe siècle, pendant les périodes de contagion pestilentielle, la ville entretient à ses portes des gardes spéciaux pour empêcher d’entrer les gens venant des pays où règne la contagion.

En raison des bruits de guerre, en juin 1523, les portes de la Tannerie, de Comporté et de la Madeleine sont fermées, afin de surveiller plus facilement les étrangers entrant en ville ou en sortant. Celles de Croncels, du Beffroi et de Saint-Jacques gardées avec soin, restent seules ouvertes.  Ordre est donné de ne laisser entrer en ville aucun étranger inconnu.

La garde et le guet de la ville sont réformés en 1535. Pour chaque porte et dans chaque quartier, il est formé 14 gardes, composées chacune de 18 à 20 personnes et soumises à un chef qui conserve la vieille qualification de « maître de fer ». Sous le maître de fer, il y a un dizainier, ayant sous son commandement « quelques gens du menu peuple », autrefois gens de pourpoint.

Pendant les troubles de 1572, le Conseil fait placer deux gardes à chaque porte et un à chacune des brèches qui sont aux murailles, les portes sont tenues fermées.

A partir de mars 1639, les portes de la ville furent pour toujours ouvertes aux troupes royales, et le maire perdit en même temps le privilège d’en avoir la garde et de lui de donner le mot du guet.

         En 1694, avec les mauvaises récoltes, les boutiques des boulangers sont pillées, il y a distribution de pain à 400 pauvres (1 femme et 4 filles sont étouffées dans la foule), l’autorité fait alors garder les portes afin d’empêcher les étrangers de venir acheter du blé au marché.

 il y avait : 

Plan de 1540, les portes principales


Partant de la Porte du Beffroi (à G sur le plan) à l'Ouest, en passant par le Nord en suivant la marche d’une horloge nous avions :

 La porte du Beffroy, du Beffroi, Porta Sanctoe Savinoe ou de Paris

 La porte Saint-Antoine, d’Etoupée, Estoupée, Porte-Neuve ou de Saint-Martin

La porte-aux-Bœufs

La porte de la Madeleine

La porte de Comporté, de César, de Preize, Comitis Porta, du Comte ou de la Trinité

La Porte des Comtes du Château des Comtes de Champagne ou de La Tour

La porte de Saint-Lyé, Sancti Leonis ou de Provins

La porte d’Artaud, du Comte, de La Juiverie ou de la Girouarde

La porte de Challoël ou Chaouillet

La porte aux Cailles, ou des Urnes

La porte de Saint-Quentin

La porte Saint-Jacques, Dorée ou des Sans Culottes

La Porte de la Planche-Clément, de Chappes, Porta de prato Episcopi ou du Pré-l’Évêque

La porte de Saint Denis, La porte Jaune, Jaulme, Jaulne

Arche du ru Cordé

La Porte de la Tannerie

La porte de la Rompure

La porte de Croncels, de Cronsciaulx, Portam de Cronsciaulx, Portam de Creuncellis, du Saint-Esprit ou de Bourgogne

Arche Maury

Fort de Guise

La porte aux Mystres, des Oursiers, Orsiers, Porta Ursariorum, des Ursaires, au Mitre, de l’Evêque, Porta Episcopi, de l’Hôtel-Dieu Saint-Nicolas, du Four-l’Evêque, du Pont-Ferré, la porte au Mistre, d’Auxerre, de Saint-Pierre ou Sancti Petri

La Porte Saint-Nicolas dernière porte fortifiée du département de l'Aube, suivi des principales places                                            fortes du département

 

 





Le plan ci-dessus nous indique les Portes et les tours de défenses de Troyes en 1524

 Partant de la Porte du Beffroi (à G sur le plan) Ouest en passant par le Nord en suivant la marche d’une horloge nous avions :

Porte du Beffroy, Tour st Abraham, Tour d’Arras, Porte St Antoine, Tour au Faucheur, Porte de la Madeleine, Tour des violettes, Porte de Comporté, Tour du Bassin, Tour du roi Artur, Tour Alexandre, Tour Godefroi de Bouillon, Tour st Paul, Tour st Pierre, Tour Charlemagne, Tour du Comte Thibaut, Arches du Saut-Périlleux, Tour du Saut-Périlleux,  Tour de Challoël, Arche du Noyer aux enfants, Tour Barbazan, Tour st Quentin, Tour David, Tour st Loup, Tour st Mathieu, Tour Josué, Porte st Jacques, Tour Titus, Tour st Nizier, Tour st Martin, Tour Hector, Tour st Augustin, Tour st Aventin, Plateforme de Ryoteuse, Arche et Tour de Ryoteuse, Tour Ste Anne, Tour Cicéron, Tour de Cordance, Tour Pompée, Plateforme de la planche-Clément, Tour de Chappes, Arches et Porte de la Planche-clément, Tour Hercule, Tour Ste Barbe, Tour st Denis, Tour st Etienne, Tour st Dominique, Arches du ru Corde, Tour st Thomas, Tour Hannibal, Tour st Louis, Tour Troylus, Porte de la Tannerie, Tour Cipion, Tour des 4 fils Emond, Tour st Jean, Tour Gauppin (XVe), Tour st Eloi, Tour Constantin, Tour st Michel, Tour des moulins-neufs, Arche Maury, Tour St Gilles, Porte de Croncels, Tour aux Étoiles, Tour Ferrandom, Tour Boileau, Tour Jason, Tour st Pantaléon, Tour aux Mystres et Porte aux Mystres, Le Beffroi, Porte du Beffroy

 

Vitrail créé en 1621, relatant la visite du roi Henri IV à Troyes en 1595. 
Il reçoit un cœur d’or, symbole de l’attachement de la ville à son roi. 
La foule est massée devant  l’Hôtel de Ville, paré pour l’occasion d’une tribune de bois. 
Visible à la Cité du Vitrail à Troyes



mardi 11 mars 2025

Porte du Beffroy

 Porte du Beffroy,  Berfroi, Beffroy, Sanctoe Savinoe, Sainte Sabine, Belfroy ou de Paris

 

« Beffroi », c’est d’abord ce qui regarde la paix, la sécurité. Le mot qui le désigne, « bercvrit » en moyen-haut allemand était utilisé dès l’époque carolingienne, entre le VIIIe et le Xe siècle. Il devient « berfroi » au XIIe s, adoucit en « beffroi » au XIIIe s. Il s’agit alors d’une « tour de bois propre pour l’attaque et la défense ». Elle abrite aussi les guetteurs. La cloche qu’on y sonne fait fonction de tocsin en cas de danger, et  convoque le matin du 11 juin, jour de la Saint-Barnabé, les habitants à l’assemblée générale. Dans les circonstances solennelles, elle sonnait plus longtemps et plus fort, les compagnons du guet ou les compagnons paveurs, « lui donnaient le branle ». En 1431, le guet sur les murs comme sur la tour fut doublé, mesure exceptionnelle prise en raison de l’approche des ennemis, et qui dura plusieurs années. Il a aussi un autre rôle : celui d’être « la maison de la ville nommée le Beffroy », plus commodément appelé le Beffroi. Dès le XIVe s, la porte de Sainte-Savine est appelée porte du Beffroi. A partir de 1434, on élit aussi au Beffroi les fonctionnaires de la ville.  

La route de Paris aboutissait à la porte du Beffroy. Cette porte avait 2 petites tours une herse et un pont-levis. La grande tour occupait l’endroit le plus élevé dans la topographie de la ville.  Elle possédait 16 clefs.


Au-dessus du corps principal de la porte existait anciennement une chambre bâtie en bois et en saillie, où se tenait le guet.

Elle était richement décorée : une Annonciation et, au-dessus du passage de la porte, des fleurs de lis, 2 anges tenant l’écu de France couronné et des bannières peintes d’or et d’azur, ainsi que les armes de Champagne.

En 1475, on prévoit des travaux, car cette porte très ancienne est dans un état de délabrement avancé, ce qui la rend dangereuse, les deux tours de la porte avaient été mal fondées. La ville décide de faire les travaux pour réparer « le bas de la porte du Beffroi qui est en grand danger de fondre et de choir ». Le mur qui supporte le système d’action du pont-levis est lézardé et présente « une faille par le moyen de laquelle ledit mur semblait être dangereux ». En avril 1497, Jehan Guaylde visite cette porte. Mais rien des propositions qu’il fait ne décide la ville à entreprendre des travaux de grande envergure, hormis des réparations de fortune.

Il existait dans le fossé à côté de cette porte, une construction en bois appelée moineau. Mentionné en 1480 pour la première fois, il fut démoli en 1494 parce qu’il tombait en ruine.

Dans le premier quart du XVIe siècle, les portes de la ville sont considérablement augmentées, en conservant les anciennes constructions.

En 1499, une assemblée des habitants décide que la porte et les tours du Beffroy et de Comporté seront démolies puis reconstruites sur un autre plan. Jehan Guaylde est sollicité pour dresser l’état de ces portes, et il visite le 12 mars ce chantier. Le 24 janvier 1500, Jehan Guaylde rapporte devant le corps de ville ses observations. Enfin, en assemblée générale du 12 mars, la ville reconnait l’état  misérable et très dangereux de cette porte et décide de la faire reconstruire. Ce n’est pourtant que le 29 mars 1501 que Jehan Guaylde signe avec la ville le marché de la reconstruction de la porte du Beffroi. Le 25 mai sont posées les fondations de la nouvelle porte. Ensuite, on commence les travaux par les grosses tours jumelles qui constituaient la porte du Beffroy. Elle est prolongée à l’extérieur, un double pont couvert est jeté sur le fossé, alors très profond, et ayant à sa tête et faisant face au bourg de Sainte-Savine, 2 nouvelles grosses tours rondes avec meurtrières sont construites. Le marché de la décoration de la nouvelle porte est signé en novembre 1504, avec Jehan Guaydre : 2 tabernacles, avec statues de l’ange Gabriel et de la Vierge Marie. La construction de l’édifice se termine en novembre 1507.

La porte du Beffroi périt dans l’incendie du 24 au 26 mai 1524, avec les tours et remparts qui la joignaient. « On s’occupa, nuit et jour, disent les chroniques, à la relever telle que les personnes de ce temps ont pu la voir ». Sa masse était imposante et son architecture toute militaire, portait le caractère de solidité qui convient à de pareils monuments. Dans l’origine elle se fermait avec une herse, et des chaînes descendant des mâchicoulis relevaient le pont-levis, qui fut remplacé par un pont de pierres. Sa voûte était longue, obscure et légèrement inclinée.

Cette porte est arrivée jusqu’en 1820, époque de sa démolition, dans l’état où elle fut laissée par les architectes du XVIe siècle, avec une herse. Le pont-levis fut seulement remplacé par un pont en bois.

Comme ouvrage avancé, en dehors et en face de la porte, avait été élevée une grande terrasse ou plate-forme, flanquée de deux tourelles et munie d’un large escalier.

Ce travail fut détruit pour dégager l’entrée du faubourg de Sainte-Savine. 

Une grosse cloche existait dans la tour, que l'on ne sonne ordinairement que pour avertir de quelque danger. Mais, aucun maître « huchier » ne pouvait travailler pendant la nuit, après le couvre-feu sonné à Saint-Urbain et le réveil matin sonné par la cloche de la porte du Beffroy.

En 1431, le cardinal de Sainte-Croix, légat du pape est reçu par la ville de Troyes. Mgr l’Evêque et « les bourgeois ayant chevaux », allèrent au-devant du légat, jusqu’au faubourg Saint-Antoine, « et ceux qui n’en avaient pas l’attendirent à la première barrière près des buttes des archers, près, de la porte de Paris. Les ordres mendiants et le clergé des paroisses, revêtus de surplis et de chapes, allèrent l’attendre à la porte du Beffroy et le conduisirent à la cathédrale.

Charles VII fit son entrée par la porte du Beffroi, aux acclamations populaires.

Le roi Charles VIII, passant à Troyes le 12 juin 1486, entre par cette porte du Beffroy, considérée comme la plus digne.

 En 1489, le roi Charles VIII qui fait un séjour d’un mois à Troyes, est reçu par l’évêque et tous les gens d’église en surplis et chapes, portant les croix et les reliques. Les habitants et les officiaux royaux vont recevoir le roi à la porte du Beffroy.

Le 23 mars 1564 le roi Charles IX est reçu à la porte du Beffroy, le maire lui présente les clefs de la ville. La porte est décorée d’un groupe représentant Charlemagne, Minerve et la Victoire et des vers disent que les vertus du jeune roi n’étaient pas moindres que celles du grand empereur.

Le 20  février 1630 la reine-mère Marie de Médicis arrive à Troyes et fait son entrée par la porte du Beffroi. Louis XIII arrive le 21 à la porte du Beffroi avec la reine Anne d’Autriche. Les clefs de la ville lui furent présentées par le Corps de ville « tous les membres à genou ».

Le 23 septembre 1631, le roi fut reçu en carrosse à la porte Beffroi. Comme habituellement, les clefs de ville lui sont présentées par le maire et l’échevinage. Le lendemain 24, la reine Anne d’Autriche arrive inopinément à Troyes, elle aussi par la porte du Beffroi.

Cette porte est détruite en 1820, les restes disparaissent soit par démolition soit par le comblement du fossé vers 1850.

Partie inférieur de la porte du Belfroy


QUARTIER DE BELFROY

Hue île Belfroy

Les vicomtes de Troyes, n'étant pas seulement des administrateurs de la justice, mais étant en outre gouverneurs de la cité et officiers de guerre, devaient, à l'instar des comtes, dont ils étaient lieutenants, posséder un palais ou château fortifié,

Ce château occupait un vaste emplacement entre l'église Saint-Nicolas et la porte de Belfroy ; son enceinte ou pourpris était de forme carrée, et communiquait par deux passages, avec le Marché-au-Blé et la rue de Belfroy,

 Ce château était quelquefois nommé la Maison-de-Fer (A), pour le distinguer d'autres maisons bourgeoises de l'intérieur de la ville dépendant de l'apanage de la Vicomte,

Mais lorsque cette institution (qui, par un abus fréquent dans ce temps-là, était devenu un fief héréditaire au lieu d'une charge à vie) fut divisée et subdivisée, jusqu'à former des douzièmes, aucun service personnel ne fut plus possible. Le château sortit des mains des vicomtes par voie d'accensissement, et jusqu'à la Révolution, leurs représentants se bornèrent à percevoir des prestations censuelles sur les détenteurs de certaines maisons de ce quartier, Cette transformation était antérieure à l'année 1284.

Cependant, les comtes de Champagne ayant dans les années 1230 et 1242, donné à la ville de Troyes une sorte de représentation par la création d'un maire et de douze jurés, elle eut dès-lors à s'occuper de besognes communes, et, à l'instar de toutes les villes qui reçurent, à un degré quelconque, cette émancipation, il lui fallut le beffroy, qui en était le symbole, c'est-à-dire une tour élevée, du haut de laquelle la cloche du ban convoquait les habitants à certaines époques. Le beffroy remplaça la Vicomté sur ce point élevé très convenable à pareille destination, et sa galerie servit, pendant bien des années, et au moins jusqu'en 1483, de parloir aux bourgeois.

La première mention du beffroy que nous ayons trouvée est de 1397, dans un des aveux de la Vicomté; mais il existait certainement bien longtemps avant, puisqu'on février 1406, dans une assemblée qui s'y tint, pour nommer le gouverneur de la maladrerie des Deux-Eaux, on constate que la tour a besoin d'être rétablie.

On l'appelle indifféremment, la Maison, l'Hôtel, la Forteresse, le Donjon du Beffroy.

Une description, faite vers 1500, représente la tour avec trois étages : le premier en pierre, et les deux autres, plus étroits l'un que l'autre, en bois. Le haut formait deux croupes avec des lucarnes aux quatre faces ; il fut compris dans l'incendie de 1524, réédifié en partie, et définitivement démoli en 1587, par mesure de sûreté générale.

Sa cloche, que par extension on nommait aussi le Beffroy, a été chantée par un poète troyen du XVIe siècle, On trouve dans ce petit poème des indications précieuses. La première cloche s'appelait Marie la Bourgeoise, surnom qui confirme son origine, Elle ne pesait que quinze milliers; celle qui lui succéda, en 1462, s'appelait aussi Marie, elle avait été jetée en fonte par Simon Magret, natif de Haillecourt, par son neveu et par son fils, Elle pesait trente mille livres, mesurait trente pieds de tour, s'entendait à sept Lieues à la ronde, C'était une des merveilles de la cité, célèbre au moyen-âge parle nombre, le poids et le savant accord de ses cloches. En 1467, elle fut fêlée par accident, et il est à croire que, malgré ses plaintes formulées en vers, elle fut laissée en cet état jusqu'à 1524, Quatre milliers du métal en provenant ont servi pour les cloches de l'église Saint-Nicolas,

Pour en revenir à la rue de Belfroy, elle a pris son nom du voisinage. Il en a été quelquefois de même du faubourg. On trouvait dans cette rue, au XVIe siècle, les logis de la Tête-Noire, du Pavillon-Vert, de la Poire, des Trois-Goujons, de la Croix-de-Fer, du Saint-Esprit, de Notre Dame-de Hécouvrance.

Ces indications n'étaient pas toujours, il s'en faut de beaucoup, des enseignes d'hôtelleries. Elles suppléaient, pour les adresses, aux numéros qui sont d'institution toute moderne, même à Paris, et qui n'ont été placés à Troyes qu'en 1766. Elles servaient aussi à constater, dans les titres de propriété, l'identité des héritages. On y attachait assez d'importance pour imposer aux locataires l'obligation d'en entretenir avec soin la représentation, qui consistait, tantôt en une enseigne peinte suspendue à une branche de fer, tantôt à des figures de demi-grandeur, en bois ou en pierre, tantôt en des sculptures en demi-relief, sur le panneau des portes d'entrée.



Jardin du Beffroi créé 1848 
Monument du Comte de Launay



Jardin de la Vallée Suisse - Anciens fossés des remparts






Porte st Antoire ; aux boeufs

 Porte saint Antoine


Porte st Antoine et le Fort Chevreuse

Vis-à-vis du faubourg de Saint-Martin et à l’extrémité de la rue des Filles (aujourd’hui la rue Jaillant-Deschainets), était la Porte Saint-Antoine. Elle devait son nom au couvent des Antonins situé dans le faubourg, à l’endroit même où est le Petit-Séminaire en 1844.

 Cette Porte était flanquée de deux tours, qui ont disparu au XVIIIe siècle. Il n’en est pas resté la moindre trace. Percée et encadrée dans le mur du rempart, elle semblait n’avoir été qu’une poterne (une poterne était une petite  porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant).

 En 1418, la reine Isabelle ou Isabeau de Bavière, que le duc de Bourgogne venait de délivrer de la prison de Tours, fit son entrée à Troyes par la Porte Saint-Antoine.

  En 1486, la porte était encore livrée à la circulation : un titre de cette époque la nomme « la porte par où l’on va à Pouilly », parce qu’en effet c’est le plus court chemin pour aller à ce châtelet, distant de Troyes de ¾ de lieue. 

Vers 1518 la porte Saint-Antoine fut interdite et murée du côté du fossé. De là le nom de porte d’« Etoupée », c’est-à-dire close et condamnée.

Depuis le commencement du XVIe siècle, cette porte figure dans les comptes de la ville comme local affermé à des particuliers, qui y emmagasinaient des vins et des huiles.

La porte Saint-Antoine était dominée par une butte très élevée, sur laquelle était assise, à l’angle du rempart, la Tour Saint-Antoine et la plate-forme du même nom en avant de cette tour. Cette plate-forme, où il y avait des casemates, contenait 21 toises 8 pieds de long, sur 14 toises de largeur.

En 1544, lorsque, d’après les ordres de François 1er, on travailla aux fortifications de Troyes, on dépensa, suivant un mémoire de cette année, pour la plate-forme de « Sainct-Anthoine », 2.850 livres tournois.

En 1578, la plate-forme fut revêtue de maçonnerie, afin de soutenir les terres du côté de la ville. On acheta la même année 2 maisons contigües, pour établir un dépôt de munitions et un arsenal à remiser le canon.

En 1590, le comte de Saint-Phal qui commandait la garnison de Troyes, voulant parer à toute surprise de la part des troupes royales, se fit autoriser par Charles de Lorraine, duc de Chevreuse, gouverneur de Troyes pour les ligueurs, « à aviser par tous moyens à mettre la ville en bonne défense ». En conséquence, le comte ordonna d’abattre 3 églises : celle de Saint-Martin, dont la chapelle de Sainte-Jule était un reste, celle de Saint-Antoine près des fossés, et celle de la Trinité, à l’entrée de Preize. Des pierres de ces temples, il fit construire, à l’angle de la muraille et devant la plate-forme, un bastion qu’il appela le « Fort Chevreuse », pour faire sa cour au prince, qui était alors à Troyes. Le Fort-Chevreuse, bâti trop précipitamment et de matériaux peu consistants, s’est écroulé de lui-même. Au pied de la butte, dans le fossé, il y avait une écluse pour régler les eaux.

En 1681, il y avait deux guérites qui abritaient les sentinelles à chaque extrémité.

En 1735, lorsque les courtines du rempart disparurent, on abaissa les murailles à hauteur d’appui, et le terrain nivelé devint une terrasse.

En 1780, on planta sur cette éminence des tilleuls en quinconces, « où les vieillards du quartier allaient respirer l’air pur et prendre l’insolation ». On montait à ce point culminant par une pente assez raide à l’extrémité de la rue des Filles-Repenties (rue Jaillant-Deschainets), ou par le rempart de la porte du Beffroi, ou par celui de la porte de la Madeleine. La butte et la porte Saint-Antoine ne faisaient qu’un.

En 1814, l’empereur Alexandre de Russie, pendant la première occupation, fit de ce rempart sa promenade favorite. Le 25 février, veille de l’entrée des Français à Troyes, les alliés placèrent de l’artillerie sur la terrasse du Fort Chevreuse pour battre la campagne environnante. Mais les arbres du mail et les bâtiments des faubourgs de Sainte-Savine, de Saint-Martin et des Faux-Fossés les empêchèrent d’en faire usage.

En 1831, une instance fut présentée à l’autorité municipale par les habitants du haut de la ville à l’effet d’ouvrir une communication de la rue des Filles avec le faubourg Saint-Martin. On construisit sur le fossé une voûte que l’on couvrit des terres de la butte, et la porte Saint-Antoine démolie livra un nouvel accès dans notre ville. Sur l’emplacement de la porte on éleva 2 pilastres de pierre auxquels on relia les parapets du rempart suivant la déclivité du terrain. Cette entrée fut fermée d’une grille. La pose de la première pierre eu lieu de 20 juin 1831. Cette nouvelle entrée prit le nom de Porte-Neuve ou de Porte-Saint-Martin.

En 1849, lors de la démolition des remparts, la porte fut définitivement supprimée. 

 

La Porte-aux-Boeufs

L’entrée des routes, qui arrivaient en ville, était défendue par des portes dites « fausses portes ». En 1416, la Porte de Sainte-Savine, qui s’élève près des faux-fossés, sur la route de Sens, située à l’entrée du faubourg est dite la Porte-aux-Bœufs, et en 1433 elle est comptée comme avant-poste.

 


Porte de la Madeleine

 La Porte de la Madeleine ou Magdeleine


La Porte de la Madeleine s’ouvrait autrefois au nord-ouest de la ville. Cette porte prenait son nom de l’église dans le voisinage de laquelle elle était située.

On trouve cette porte désignée dans les chartes dès 1308. Primitivement ce ne fut qu’une poterne avec un porche bas et étroit (une poterne était une petite porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant). Bien que cette entrée parut sans importance, elle avait un pont-levis et un pont dormant et fut augmentée du fort Belin, (à l’emplacement du théâtre). Au-dessus du porche était un pavillon carré en charpente, qui servait de corps de garde et de chambre du guet.

Jeanne d’Arc prépare l’assaut de Troyes en 1429, et entre par cette porte et celle de Comporté.

Cette porte fut considérablement augmentée par des constructions faites de pierres provenant de la démolition du château de Payns pendant les guerres civiles du XVIe siècle. En 1544, un mémoire pour les fortifications de Troyes signale l’urgence d’un boulevard à construire en avant de la porte de la Madeleine afin de la couvrir et de la mettre en sûreté.

Sous Henri III, elle fut fortifiée de ce bastion, qui fut appelé le Fort-Belin, du nom de Pierre Belin, élu maire cette année pour la deuxième fois. La première pierre fut posée le 2 octobre 1576. A ce fort fut adossée une seconde porte en avant du pont dormant qui conduisait à l’autre rive du fossé. A peu de distance de la porte inférieure, on voyait sur une pierre, dans le mur en dehors du rempart, le millésime 1635, date probable d’une restauration. Cette pierre est conservée au Musée de Troyes, où elle a été transportée lors de la démolition du rempart. A gauche de la porte, du côté de la ville, entre une petite maison et le terre-plein, on montait sur le rempart par un escalier en pierre de 48 marches, ayant un palier ou repos au milieu, et se prolongeant à droite en retour d’équerre.

En 1737, les travaux de fortifications réclamant de grandes réparations, l’autorité municipale décida la démolition du Fort-Belin et des deux portes dont le passage était étroit et obscur. On nivela le terrain, on baissa les murailles et l’on construisit la nouvelle porte dans l’épaisseur du rempart. Ce travail fut achevé sous la mairie de M. Antoine Camusat, ainsi que le pont qui joignit les restes du Fort-Belin à la promenade.

La date de 1740 en était gravée sur la clef de l’arche du pont. Sur ce pont, le maire des 4 faubourgs, ou Bailli de Troyes, tenait sa justice extraordinaire en matière de délit. Les grandes voies éloignées de la porte de la Madeleine l’avaient maintenue à la condition de simple poterne. Cette entrée n’avait devant elle qu’une avenue ressemblant à une impasse qui conduit à un des cimetières de Troyes, appelé le Grand-Clamart.

En 1780, un incendie ayant consumé la comédie qui était alors en ville, on construisit une nouvelle salle des spectacles sur la base de l’ancien Fort-Belin, à droite en sortant entre la porte de la Madeleine et le pont. L’isolement de toute habitation et la proximité de la promenade justifiaient le choix de l’emplacement. A dater de cette époque, les abords de la porte eurent un peu plus d’animation, les jours de spectacle amenaient périodiquement les habitués du théâtre, mais aux autres jours, ce quartier était monotone comme avant.

En 1814, la porte de la Madeleine vit l’empereur de Russie passer sous ses arches, et monter plusieurs fois l’escalier de son rempart. Pendant l’occupation, en février, l’autocrate, logé à peu de distance de la porte, faisait, après son déjeuner, sa promenade quotidienne sur le mail ou sur les murailles, depuis la porte de la Madeleine jusqu’à celle du Beffroi. Dans l’après-midi du 23 février 1814, la porte de la Madeleine fut brutalement interdite aux paisibles habitants des rues adjacentes. Occupée par les troupes alliées qui la barricadèrent, elle fut trouée à coups de hache pour y pratiquer des meurtrières. Ce simulacre de résistance n’aboutit qu’à laisser à la vieille porte un souvenir de ses maîtres de 1814, et des plaies qu’elle montra jusqu’au dernier jour. En 1826, on détruisit les platanes qui l’encadraient si majestueusement, c’était le commencement de la fin pour la porte de la Madeleine. En 1849, on abattit les remparts : la porte, qui n’avait alors plus aucune raison d’être, subit en même temps le même sort.

Le plan de Troyes de 1697, reproduit en une lithographie de 1862, donne une idée exacte de ce qu’était l’ancienne porte de la Madeleine.     

 




La Porte de Comporté

 La porte de Comporté,  de César, de Preize, Coesaris Porta, Comitis Porta, du Comte, de la Trinité  




La Porte de Preize regardait le faubourg de ce nom. Elle avait été bâtie par César, du temps de l’occupation romaine : ce qui la fit nommer Coesaris Porta, Porte de César. Elle était en pierres dures avec 2 grosses tours et pont-levis. Elle avait 8 clefs. Elle était primitivement assise près de la rue Largentier, qui faisait communiquer les Tauxelles avec le faubourg.

La vieille porte, minée par le temps, fut démolie et rapprochée de la ville sur le bord intérieur du fossé ou marais « qui enceignait Troyes au nord-ouest ». De là vint le nom de Comporté (en 1235), d'autres indiquent que c'est pour le nom des " Comtes ". Suivant la tradition, Comporté signifiait « comme portée », par allusion à son déplacement. Elle prit aussi le nom de Comitis Porta, Porte du Comte, en raison du voisinage du château des comtes de Champagne, qui passaient pour avoir fait construire cette porte. Plus tard, elle fut appelée Porte de Preize, dénomination provenant des Prés ou prairies qui l’avoisinaient.

Cette porte était construite en pierres dures, accompagnée, en dehors du fossé, des deux grosses tours. Au-dessus de la porte, était un corps de bâtiment en bois, et en avant, un pont-levis. Plusieurs corps-de-garde défendaient cette entrée. La porte la plus rapprochée de la ville était couverte  par un cavalier revêtu de pierres dures. A côté de cette porte, existait une espèce de retrait avec meurtrières.

Thibaut V, comte de Champagne, fonda au XIIIe siècle un monastère pour sept religieux de l’ordre de Saint-François, connus sous le nom de Trinitaires, dits ensuite Mathurins. Il les établit près de la porte de Comporté.

En 1388, elle s’appelle Porte de la Trinité. En 1499, la porte de Comporté menaçait ruine. Le conseil de ville décida le 12 mars qu’il fallait démolir la porte et la reconstruire immédiatement. Ce n'est que le 15 février 1507 que l'Assemblée, alors que la porte du Beffroi est en voie d'achèvement, songe aux préparatifs du nouveau chantier. La démolition de la vieille porte de Comporté est entreprise  début 1508, et c'est au mois de mars que Jehan Guayde, qui travaille sérieusement sur le futur ouvrage, présente "un monstre de porte en papier". Les fondations sont jetées au début d'avril. L'édifice est de moindre importance, ce qui permet à Jehan Guayde d'avoir plus de journées libres pour travailler au jubé de la Madeleine. Il quitte le chantier le 15 juillet 1509. En août, la porte est achevée par ses maçons. La nouvelle porte se composait d’un corps de maçonnerie flanqué de 2 tours en pierres dures, ayant des embrasures sur les fossés. Le porche était surmonté d’une chambre du guet, bâtie en bois. Au-dessus de l’entrée, on voyait les armes de France sculptées sur la pierre. En avant du porche était un pont-levis qui reliait la porte à une seconde porte moins fortifiée, couverte par un cavalier revêtu de grès, et une écluse en amont réglait les eaux qui occupaient une surface considérable.

En 1520, la ville fournit le pavé de Preize, à charge d’entretien par les habitants du faubourg. On poussa activement les travaux de fortifications autorisés par François 1er. La Porte de Preize fut reliée aux remparts par un muret un terre-plein sur lequel on établit à l’orient la plate-forme de Comporté.

En 1521, on répara les tours d’enceinte, on construisit des ouvrages en terre, soutenus par des murailles, et l’on forma, en dedans des fossés, une ceinture définitive de galeries percées de meurtrières au frais des habitants. Le zèle des Troyens et leur amour pour la patrie furent constatés par des lettres-patentes de François 1er du 13 avril 1521 : « … ma bonne ville de Troyes, capitale du comté de Champagne est de grande étendue, close et fermée de fossés, portaulx, ponts, boulevards et autres choses requises à forteresse, que Troyes est des villes du royaume la plus propre dans l’occurrence à être tenue en bonne garde, sûreté, fortifications et munitions. Pour continuer les fortifications, emparements et munitions, y fournir et aider, sont accordés à la ville de Troyes des octrois dont les deniers seront employés aux réparations et fortifications, les Maire et échevins ayant l’œil et sollicitude à ce qu’ils soient justement et loyalement employés, à la moindre charge que faire se peut pour les habitants. En conséquence de quoi, ainsi que de leur bonne loyauté, grâce et vraie obéissance, en laquelle ils continuent chaque jour…».

En 1524, François 1er fit de Troyes une place importante. Les fortifications réparées mirent cette ville en état de soutenir un siège. Ces mesures ne la garantirent toutefois pas des tentatives des « Boutefeux, Flamands, Espagnols, Allemands incendiaires stipendiés par l’empereur Charles-Quint ».

En 1539, le roi vint habiter Troyes pendant 2 mois.

En 1543, Guillaume Le Mercier, maire, fit élargir les remparts pour y conduire de l’artillerie. A l’ouest de la porte de Preize, la muraille se prolongeait en droite ligne, elle était percée de meurtrières. Une galerie couverte régnait sur toute la longueur. De cette galerie on arrivait à l’étage supérieur de la porte où se tenait le guet. Une rampe douce conduisait au rempart. A égale distance, entre la porte de Preize et celle de la Madeleine, se dressait la tour des Violettes. Des souterrains de cette tour on communiquait avec le fossé et avec la ville.

En 1588, on répara cette forteresse.

Le 17 septembre 1590, jour de la Saint-Lambert, à 4 h du matin, des soldats royaux arrivèrent par les Tauxelles, franchirent  le fossé, escaladèrent la muraille du Joli-Saut. Les uns se portèrent par le rempart vers la porte Saint-Jacques, qu’ils ouvrirent à leurs compagnons, et, cavaliers et fantassins envahirent le Quartier-Bas. Les autres gagnèrent la porte de Comporté, dont ils s’emparent…

La porte de Preize et son rempart n’eurent rien à enregistrer durant le XVIIe siècle, si ce ne sont les escapades de François Girardon, qui allait s’y livrer à ses goûts pour la sculpture, sous la surveillance de son père dont la maison était voisine du rempart.

En 1740, la porte de Preize tombait de vétusté. Elle fut réparée sous la mairie d’Antoine Camusat. Les tours furent arasées, avec le dessus du porche, sous forme de bastion, que l’on couvrit d’une terrasse entourée d’un parapet. En même temps, les galeries avoisinantes furent abaissées et bordées de parapets raccordés avec celui de la porte. La tour du roi Arthur, celle du Bassin et celle des Violettes furent détruites, et les pierres qui en provenaient entrèrent dans la réparation des murailles.

En 1754, on resserra le fossé, on abattit les vieux arbres qui le longeaient, on nivela le terrain et l’on planta des allées régulières et alignées auxquelles on donna le nom de mail.

En 1755, le pont de pierre de la porte de Preize fut construit, le pavé du faubourg réparé. On établit la chaussée du mail de la porte de Preize, jusqu’à la porte de Saint-Jacques.

En 1780, on bâtit le petit bureau d’octroi à gauche du pont, avant d’entrer en ville.

En 1787, on refit la voûte du porche de cette porte, que des infiltrations avaient compromise, et l’on pava la terrasse.

En 1792, les sans-culottes signalèrent leur haine de la royauté en mutilant les armes fleurdelysées à la façade de la porte, en même temps qu’ils faisaient abattre les bras de la croix de la flèche de Saint Remy.

En 1814, Troyes souffrit beaucoup de l’invasion étrangère. La porte fut maltraitée, on en perça les vantaux à coups de hache, puis on les ferma et l’on amoncela derrière des voitures brisées, des moellons que les alliés firent apporter par les malheureux habitants du quartier. La porte garda les traces de l’attaque que ne soutinrent pas longtemps les alliés devant Napoléon le 23 février. Les Bourbons une fois installés, la municipalité eut hâte de faire disparaître les plaies les plus apparentes de la guerre. Le conseil de ville décida la réparation de la porte de Preize, et démolit en 1817 le reste des tours jusqu’au niveau du sol, on y assit des parapets qui rejoignirent ceux du pont, on réduisit le porche et l’on construisit un portail avec pilastres. En 1831, la grosse tour du Roi fut démolie.

En 1832, on abattit les beaux platanes du fossé, et l’on planta des épicéas sur le talus, le long du mur de la porte.

En 1848, on abattit une portion du rempart à l’ouest de la porte de Preize. On découvrit à la base de l’ancienne tour des Violettes la pierre qui attestait la construction, de ce fort en 1588. Elle fut déposée au Musée. La démolition de cette porte fut suspendue et reprise à plusieurs fois.

Enfin, la porte de Preize, devenue un non-sens par l’absence du rempart, s’affaissa en 1852 sous l’action de la pioche et du marteau.

On trouva en 1853 une petite pièce d’artillerie en bronze aux armes de Troyes qui a été conservée au Musée st Loup.

Porte de Preize vue de l’extérieur
Mine de plomb, rehauts de gouache blanche, papier bistre
H. 0,242 x l. 0,222
Fichot Charles (Troyes 1817-Paris 1903)


Porte de Comporté ou de Preize



Porte des Comtes, de st Lyé, d'Artaud, de Challouet, st Quentin, aux Cailles

 Porte du Château des comtes de Champagne ou de La Tour 


Cette porte du vieux château des Comtes, place de la Tour, fut rasée en 1865. « On a récolté quelques toises de moellons en sacrifiant le seul souvenir monumental du XIe siècle qui fût à Troyes ». Bien, entendu, la démolition des fortifications devenues absolument inutiles, s’imposait comme une mesure essentielle de progrès et d’assainissement.

Ce château était la principale habitation de Hugues, comte de Troyes. Le comte Henri le Large décida l'édification d'un nouveau château qui déplaçait le siège comtal. En même temps le comte faisait donation aux abbés de Montiéramey, de l'église st-Jean. Il devient arsenal et reste un symbole de la puissance comtale.

En ce château eut lieu l'exécution de quarante-neuf protestants, qui y étaient détenus, dans la nuit du 24 au 25 août 1570 sur ordre de Pierre Bélin.


Porte de Saint-Lyé, Sancti Leonis, ou de Provins

 


Au nord, la ville était close par une muraille comme aux trois autres côtés.

Une porte, dont le nom ancien n’est pas venu jusqu’à nous, y était pratiquée. Elle était située à l’extrémité nord de la rue des Sonnettes, faisant suite à la rue du Flacon, et celle-ci à la rue des Trois-Petits-Ecus. Elles formaient une voie qui croisait la rue de la Cité à angles droits. Ces deux voies ayant à leurs extrémités les 4 portes, divisaient la ville en 4 quartiers à peu près égaux. Telle était la première enceinte connue de Troyes sous les Romains, et sous les rois Francs jusqu’à nos Comtes.

On l’appelait au XIVe siècle Porta Sancti Leonis ou Porte de Saint-Lyé, parce qu’en effet elle s’ouvrait dans la direction de cette localité. Nous n’avons rien trouvé qui pût nous renseigner sur l’histoire non plus que sur la forme de cette porte. Elle était très rapprochée de la vieille tour, au pied de laquelle les comtes de Troyes construisirent un de leurs châteaux-forts au XIe siècle.

La porte de ce château, bel échantillon d’architecture militaire de ces temps reculés, a traversé 7 siècles, respectée par le temps et le vandalisme même de 1793, que pour s’affaisser sous la pioche des démolisseurs du XIXe siècle.


Porte d’Artaud, de la Girouarde, du Comte, ou de la Juiverie  

I A 

L’aspect occidental de la ville était limité par un mur, de l’angle sud-ouest de la vieille tour construite par les Romains aux nord-ouest.

Une porte s’ouvrait de ce côté, au lieu même où commence la rue de la Cité.

En 451, Attila, roi des Huns, après la bataille de Méry, se présenta sous les murs de Troyes.

Furieux de sa défaite, il menaçait et du fer et du feu, toutes les bourgades qui ne se rendaient pas à discrétion.

C’est du haut de la porte de la Girouarde que Loup évêque et gouverneur de Troyes fit au farouche guerrier Attila cette question : « Qui es-tu toi qui ravages les campagnes, qui détruits les cités et qui en égorges les habitants ? ». Et le roi barbare de répondre : « Je suis Attila, le fléau de Dieu ». Alors l’évêque répliqua : « Moi, je suis Loup, gardien du troupeau que Dieu m’a confié. Viens, ô ministre et fléau de mon Dieu !... Va où bon te semble, tout t’est soumis puisque Dieu le veut ainsi ».

Le prélat fit ouvrir la porte, en descendant, il alla au-devant d’Attila, le salua, et, prenant la bride de son cheval, il le conduisit à son palais.

La légende rapporte qu’adouci par les paroles de l’évêque, le roi des Huns traversa la ville avec sa troupe, et, comme frappé d’aveuglement, il en sortit sans offenser qui que ce fut.

Arrivé à la porte des Ursaires, Attila prit congé de Loup, en se recommandant à ses prières.

Le souvenir de cet événement fut consacré par une procession faite annuellement le 29 juillet, par les religieux de l’abbaye de Saint-Loup. On y portait solennellement les reliques du saint évêque protecteur de la cité, et à l’emplacement de la porte où saint Loup avait reçu Attila, on, déposait la châsse, et l’on chantait l’hymne « Adeste cives… », en l’honneur du sauveur de Troyes, ce qu’ont fait ensuite les chanoines, lorsque l’abbaye n’existait plus.

 En 1120, la porte s’appelait Porte d’Artaud, sans doute à cause du voisinage du logis d’Artaud grand chambellan du Comte Henri 1er.

En 1270, elle était nommée Porte du Comte, puis porte de la Juiverie et enfin depuis le milieu du XIV° siècle, elle eut le nom de Porte de la Girouarde, qu’elle partageait avec le pont qui la précédait extérieurement et sous laquelle passe le Ru-Cordé.

Elle fut démolie en 1688.

 

Porte de Challoël ou Chaillouet

La porte de Challoël regardait la rue des Tauxelles et conduisait aux moulins Brûlés et au quartier de Chaillouet. Dans un titre de propriété de 1409, on trouve la mention suivante : « Rue de Nervaux qui est dès les moulins de la Tour par laquelle on va à la porte de Chaillouet, derrière la Poterne de Saint-Quentin ». Elle figure sur le plan de 1697, dressé par l’ingénieur Parisot. Cette porte était assise en dedans du fossé d’enceinte en avant de la porte de Saint-Quentin. La porte de Chaillouet disparut au XVIIe siècle.

Porte de Saint-Quentin

Moulin de la tour

Nous trouvons, dès 1214, dans un acte de donation au profit de la maladrerie des Deux-Eaux, mention de la porte ou plutôt de la poterne de Saint-Quentin, qui n’a jamais été qu’un dégagement très secondaire.   

Au Nord et à l’extrémité de la rue de Molesme, se dressait la porte de Saint-Quentin, sur le bord intérieur du cours d’eau du moulin de la Tour.

Nous trouvons cette porte également mentionnée en l’an 1299, et elle existait encore au XVIe siècle.

Elle devait son nom au Prieuré de Saint-Quentin qui était dans son voisinage. Près de là se trouvait la porte de Challoël. Cette porte était assise en dedans du fossé d’enceinte en avant de la porte de Saint-Quentin.

En 1514, la porte est aussi appelée poterne de Saint-Quentin, « en avant du ru Cordé ». Une poterne était une petite porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant.

 

La Porte aux Cailles, ou des Urnes

Pont aux Cailles et rue st Jacques
la maison où est né Simart (1806)

Une note de 1157, indique que la porte aux Cailles existait déjà à cette date.

Sous Thibault IV, le quartier-Bas de Troyes est entouré de portes. La ville s’agrandit en tous sens. Elle eut pour limite, à l’est, le cours d’eau du Pont-aux-Cailles, où fut assise la porte du même nom, ainsi appelée en raison des innombrables cailles qui peuplaient les jardins de l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires.

Elle s’élevait à peu près au milieu de la rue Saint-Jacques, et fut plusieurs fois réparée. Détruite en 1697, elle ne fut entièrement démolie qu’en 1723. 

Le vieux pont de pierre, très solidement construit en dehors de la porte est resté sous la rue Saint-Jacques.


le pont Ste Catherine vers 1930



La Mise au tombeau 1ère partie

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