dimanche 5 mai 2024

Le Saint Suaire à Lirey (10)



L’objectif des pages qui suivent n’est pas de peser les arguments pour ou contre l’authenticité d’un morceau de toile apparu en Champagne en 1357 et conservé à Turin depuis 1578, présenté comme le linceul du Christ. Il s’agit simplement d’établir, avec la plus grande rigueur possible, la chronologie de tout ce que l’on sait avec certitude à son sujet. Avant le XIVᵉ siècle, rien n’est attesté : il est donc inutile d’examiner les hypothèses imaginées pour lui construire une histoire entre la Palestine du Ier siècle et la Champagne médiévale.

Le Saint-Suaire entre véritablement dans l’histoire en 1357, lorsque Jeanne de Vergy, veuve de Geoffroy Ier de Charny, organise l’ostension d’un linceul dans la collégiale de Lirey. Aujourd’hui, Lirey n’est plus qu’un petit village de cent habitants, à vingt kilomètres au sud de Troyes. La collégiale, détruite après la Révolution, a été remplacée en 1897 par une modeste église paroissiale. De l’édifice d’origine ne subsistent que deux retables, réalisés après une première reconstruction en 1526. L’un, offert par Jean Huynard, doyen du chapitre, est conservé au Victoria and Albert Museum de Londres ; l’autre se trouve depuis 1828 dans l’église de Crésantignes. Tous deux représentent la Mise au Tombeau, mais aucun ne correspond à ce que l’on observe sur la pièce de tissu conservée à Lirey au XIVᵉ siècle.

 Lirey, aujourd’hui paisible commune rurale, fut pendant plusieurs décennies un centre de pèlerinage, de controverses, de procès, de bulles pontificales, de rentes, de transferts, et de décisions royales. L’histoire du suaire, souvent racontée de manière fragmentaire, mérite d’être restituée dans sa totalité, avec ses documents, ses acteurs, ses lieux, ses tensions, ses déplacements, ses incendies, ses ostensions, et ses survivances. Les archives de l’Aube, qui conservent une partie essentielle des pièces médiévales, permettent de reconstruire cette histoire avec une précision rare.

Geoffroy de Charny, fondateur de la collégiale, né vers 1300, était considéré par ses contemporains comme le modèle du chevalier. Intime des rois Philippe VI et Jean II le Bon, il fut conseiller, ambassadeur, porte-oriflamme de France, chevalier de l’ordre de l’Étoile, et auteur de trois traités sur la chevalerie. Sa vie fut une succession de campagnes militaires, de captivités, de missions diplomatiques et d’actes de bravoure. héros de la guerre de Cent Ans, écrit au pape Clément VI pour lui faire part de son intention de fonder une église à Lirey. Il souhaite remercier Dieu de l’avoir libéré de captivité en Angleterre. Quelques années plus tard, en 1353, il fonde officiellement la collégiale Notre‑Dame de l’Annonciation, dotée de cinq chanoines et d’un doyen. L’acte de fondation, conservé aux Archives de l’Aube, est approuvé par Henri de Poitiers, évêque de Troyes. Ce document, aujourd’hui jauni, porte encore la trace de la volonté d’un homme qui voulait doter son village d’un chapitre digne des grandes églises de Champagne. Le roi Philippe VI lui concéda les revenus d’une terre pour l’aider à accomplir le vœu qu’il avait fait en captivité : construire une église à Lirey. Le roi lui donna également des reliques, sans jamais mentionner de linceul.

L’église, bâtie en bois selon la tradition locale, fut achevée en quatre mois. Geoffroy obtint du pape Clément VI qu’elle soit érigée en collégiale, puis signa l’acte officiel de fondation le 20 juin 1353. Rien, dans ces documents, ne fait la moindre allusion à un suaire.

Geoffroy meurt héroïquement le 19 septembre 1356 à la bataille de Poitiers. Sa veuve, Jeanne de Vergy, organise en 1357 les premières ostensions attestées du suaire dans la collégiale de Lirey. Un insigne en étain, retrouvé en 1855 dans la Seine, témoigne de ces ostensions. Il représente deux silhouettes du Christ, l’une de face, l’autre de dos, exactement comme sur le suaire. Ce petit objet, perdu par un pèlerin, est aujourd’hui conservé au musée de Cluny.

[En 2009, un joggeur découvrit dans la campagne de Machy un moule en pierre ayant servi à fabriquer des insignes similaires. Le dessin, gravé à l’envers, montre deux chanoines présentant le linceul, dont le tissage en chevrons est restitué avec précision. L’effigie du corps, elle, est détruite, mais une tête du Christ subsiste, encadrée par les blasons des Vergy et des Charny. Une inscription, à lire de droite à gauche, mentionne pour la première fois en français le mot « suaire ». Ce moule confirme que les ostensions de Lirey avaient pris une ampleur réelle.]

Alors que les pèlerinages se développaient, Jeanne de Vergy se remaria en 1361 avec Aimon de Genève, seigneur d’Anthon et de Varey. Son fils, Geoffroy II de Charny, était désormais en âge de porter les armes. Pendant ce temps, le diocèse de Troyes changeait d’évêque : Henri de Poitiers mourut en 1370, remplacé successivement par Jean Braque, Pierre de Villiers, puis Pierre d’Arcis en 1377. Ce dernier allait devenir l’adversaire le plus acharné du suaire.

Pierre d’Arcis voyait dans les ostensions une supercherie montée par le doyen de Lirey pour soutirer de l’argent aux pèlerins. Il interdit les présentations du linceul, ce qui poussa Jeanne de Genève à retirer la relique de la collégiale et à la mettre en sûreté dans son château de Montfort. En 1378, le cardinal Robert de Genève, cousin par alliance de Jeanne, fut élu pape sous le nom de Clément VII. En 1389, Geoffroy II de Charny demanda au cardinal Pierre de Thury, légat du pape, l’autorisation de reprendre les ostensions. Le roi Charles VI donna son accord, et Clément VII confirma la permission. L’évêque de Troyes entra alors dans une colère noire, menaça d’excommunication, et tenta d’obtenir l’arrêt des ostensions. Le pape, cependant, confirma son autorisation.

Pierre d’Arcis rédigea un long mémoire accusant le doyen de Lirey d’avoir fabriqué une fausse relique, d’avoir simulé des miracles, et d’avoir même obtenu les aveux du faussaire. Mais ce document n’est connu que par une copie sans date ni signature, et aucune trace ne subsiste d’une enquête menée par Henri de Poitiers, pourtant présenté comme celui qui aurait démasqué la fraude. Rien ne prouve qu’il ait jamais interdit l’ostension du suaire, alors qu’on possède au contraire l’approbation qu’il donna à la fondation de la collégiale. Pierre d’Arcis, d’ailleurs, ne met jamais en cause la famille de Charny, seulement le doyen.

Le 6 janvier 1390, le pape Clément VII tranche. Il ordonne à l’évêque de Troyes de garder le silence sous peine d’excommunication. Il autorise les ostensions, mais à condition de préciser qu’il s’agit d’une “image” du suaire du Christ. Il écrit à Geoffroy II de Charny pour encadrer les présentations. Ces bulles, conservées aux Archives de l’Aube, sont les premiers documents pontificaux concernant le suaire. Elles montrent que Lirey, petit village champenois, est devenu un enjeu religieux international.

En 1418, la Champagne est ravagée par les bandes armées. Les chanoines de Lirey confient le suaire à Humbert de Villersexel, seigneur de La Roche et de Lirey, pour le mettre en sécurité. Il le transporte dans son château de Montfort, puis à Saint‑Hippolyte sur Doubs. Un reçu détaillant les reliques confiées à Humbert est conservé aux Archives de l’Aube. Il énumère les joyaux, les reliques, les objets liturgiques, et mentionne explicitement “l’image du Saint‑Suaire”. Après la mort d’Humbert, sa veuve, Marguerite de Charny, refuse de rendre le suaire au chapitre de Lirey.

S’ensuivent des procès, des permissions temporaires, des rentes imposées, des excommunications. En 1443, le Parlement de Dole statue que le suaire doit rester entre les mains de Marguerite jusqu’à la Pentecôte. En 1447, l’Officialité de Besançon prononce une sentence d’excommunication contre Marguerite et son secrétaire Philibert Thibault pour leur refus de rendre le suaire. En 1449, Charles de Noyers, frère de Marguerite, s’engage à payer 800 ducats d’or et 300 livres au chapitre de Lirey pour compenser la perte des aumônes que rapportait le suaire.

Finalement, en 1453, Marguerite cède le suaire au duc Louis Ier de Savoie. En 1464, un accord fixe une rente perpétuelle de 50 francs d’or au chapitre de Lirey. Cet acte, conservé aux Archives de l’Aube, est le premier document attestant que le suaire devient propriété de la Maison de Savoie. Lirey perd sa relique, mais gagne une rente. Le suaire quitte définitivement la Champagne.

La Maison de Savoie installe le suaire à Chambéry. En 1502, il est placé dans la Sainte‑Chapelle du château, dans une niche murale protégée par quatre serrures. Le 4 décembre 1532, un incendie ravage la chapelle. Le reliquaire fond, mais le suaire, plié, est partiellement préservé. Les Clarisses de Chambéry le restaurent en 1534, cousant des pièces de tissu pour réparer les brûlures. Ces réparations, visibles aujourd’hui, sont les traces matérielles de cet incendie.

En 1578, pour éviter au cardinal Charles Borromée un voyage difficile à travers les Alpes, le duc Emmanuel‑Philibert fait transférer le suaire à Turin. Il n’en repartira plus. Les ostensions se multiplient. Le suaire est montré pour des mariages princiers, des fêtes religieuses, des événements politiques. Des gravures, des récits, des témoignages décrivent ces ostensions.

En 1898, le photographe Secondo Pia réalise la première photographie du suaire. Le négatif révèle un visage d’une précision inattendue. En 1931, Giuseppe Enrie photographie à son tour le suaire, confirmant les détails. En 1933, le suaire est montré à la lumière du jour. Le docteur Pierre Barbet, chirurgien, observe les traces de blessures et publie des études qui marquent l’histoire de la médecine légale.

En 1997, la chapelle Guarini brûle. Le suaire est sauvé par les pompiers. En 1998, 2000, 2010 et 2015, des ostensions modernes permettent à des millions de pèlerins de le voir.

Lirey, aujourd’hui, n’a plus sa collégiale, détruite après la Révolution. Mais il conserve son histoire, ses archives, ses traces. Le retable de la collégiale, daté de 1504, est conservé au Victoria and Albert Museum. L’acte de fondation de 1353, les bulles de 1390, les procès de 1443, les accords de 1464, les inventaires du trésor, les correspondances du XVe siècle, tout cela est conservé aux Archives de l’Aube. Lirey est le point de départ d’une histoire qui traverse la Champagne, la Savoie et l’Italie.

Le Saint‑Suaire, aujourd’hui conservé à Turin, est né historiquement à Lirey. C’est là qu’il apparaît pour la première fois, là qu’il est montré, là qu’il provoque des débats, là qu’il est protégé, là qu’il est transmis. Lirey est l’origine. Et cette origine se trouve dans l’Aube, sur ton territoire, dans un village qui fut un jour le centre du monde chrétien.

Le fonds de Lirey conservé aux Archives de l’Aube contient une série de pièces essentielles pour comprendre la vie de la collégiale et le destin du Saint‑Suaire. On y trouve d’abord les inventaires du trésor, comme celui de 1505, où Pierre Colin, chantre de l’église de Troyes, remet au doyen Jean Huyard des reliques provenant du trésor de Saint‑Marc de Rome : saints Abdon et Senen, saint Marc pape, saint Marc évangéliste, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Jean‑Baptiste, saint Blaise. Ces reliques enrichissent le trésor de Lirey, dont un inventaire détaillé est dressé en 1552, accompagné d’une note sur les revenus de la collégiale.

La liasse la plus importante concerne le Saint‑Suaire lui‑même, depuis 1390 jusqu’au XVIIIᵉ siècle. On y trouve les deux bulles de Clément VII, datées du 6 janvier 1390, autorisant les chanoines de Lirey à exposer l’image du Saint‑Suaire, mais en leur imposant de préciser à haute voix qu’il ne s’agit que d’une image du vrai suaire du Sauveur. Ces bulles sont les premiers documents pontificaux concernant le suaire.

La liasse contient ensuite les pièces relatives au transfert du suaire en 1418 : le reçu délivré par Humbert de La Roche, seigneur de Villersexel et de Lirey, qui énumère les joyaux et reliques confiés par les chanoines, dont l’image du Saint‑Suaire. Après la mort d’Humbert, sa veuve Marguerite de Charny restitue les reliques, mais conserve le suaire, avec l’autorisation du chapitre, moyennant une rente annuelle de 12 francs et une somme de 30 livres. Elle promet de rendre le suaire si le village de Lirey devient la propriété de François de La Palu, comte de La Roche. Son frère, Charles de Noyers, se porte garant.

Les procès commencent en 1443. Le Parlement de Dole ordonne que le suaire reste entre les mains de Marguerite jusqu’à la Pentecôte, tandis que les autres reliques sont déposées chez les Frères mineurs de Dole. Le 9 mai 1443, le chapitre de Lirey lui accorde la permission de garder le suaire jusqu’en 1449, moyennant une rente de 15 francs. En 1447, l’Officialité de Besançon prononce une sentence d’excommunication contre Marguerite et son secrétaire Philibert Thibault pour leur refus de rendre le suaire.

En 1457, Louis Ier de Savoie accorde au chapitre de Lirey une rente perpétuelle de 50 francs d’or, en compensation de la cession du suaire faite par Marguerite. En 1464, il écrit aux chanoines pour leur demander de cesser de publier que Marguerite est excommuniée, rappelant qu’il leur a accordé une rente perpétuelle en échange du suaire. En 1473, le chapitre accorde à Charles de Noyers la permission de garder encore trois ans le suaire, moyennant une rente annuelle de 50 livres et la promesse de construire une place forte à Lirey.

En 1449, Charles de Noyers s’engage à payer 800 ducats d’or et 300 livres au chapitre, pour compenser la perte des aumônes et les frais de justice. Le chapitre reconnaît qu’il paraît impossible de rentrer en possession du suaire et lève l’excommunication. En 1458, l’Officialité de Troyes ordonne de notifier à Charles de Noyers son excommunication s’il ne paie pas les sommes dues.

Enfin, le fonds contient des correspondances du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle entre le doyen de Lirey, un Augustin déchaussé et le chanoine Sergent de Villersexel, ainsi qu’un acte de 1423 où Amédée VIII de Savoie prolonge un don accordé aux habitants


À partir de 1357, et jusqu’en 1418, la collégiale conserva le linceul qui, selon la tradition, avait enveloppé le corps du Christ. C’est là, dans ce petit village de l’Aube, que se mirent en place les premières ostensions et les premiers pèlerinages, non sans provoquer de vives controverses, notamment avec l’évêque de Troyes. Lirey devint alors, pour quelques décennies, un centre de dévotion inattendu, attirant des foules venues de toute la région.

De la collégiale médiévale, détruite après la Révolution, il ne subsiste aujourd’hui que deux retables. Le premier, offert par Jean Huynard, doyen du chapitre, est conservé au Victoria and Albert Museum de Londres. 

Le second, ramené de Lirey en 1828, se trouve dans l’église de Crésantignes. Sa disposition d’origine, qui plaçait la Crucifixion entre la Flagellation et la Mise au tombeau, n’a pas été respectée lors du transfert. Restaurée en 1987 par Maimponte, cette œuvre, datée vers 1530, demeure l’un des rares témoins matériels de l’histoire du Saint‑Suaire en Champagne.


Retable de la Collégiale de Lirey 1504
conservé au Victoria and Albert Museum.

Retable de la collégiale de Lirey (vers 1504) – Bois sculpté et doré, œuvre attribuée à un atelier champenois. La composition tripartite illustre la Passion du Christ : à gauche le Portement de croix, au centre la Crucifixion, à droite la Mise au tombeau. Restauré en 1987 par Maimponte, ce retable est aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum de Londres. Il demeure l’un des rares témoins matériels de la collégiale fondée par Geoffroy de Charny, où fut conservé le Saint‑Suaire de Lirey.

Le deuxième retable de Lirey
aujourd'hui en l'église de Crésantignes



Exposition du Saint Suaire à turin en 2015


Les Archives départementales de l’Aube conservent deux ensembles documentaires essentiels pour retracer cette histoire champenoise du suaire : les cotes I 17 à I 19 et la sous‑série 9 G. Une partie de ces documents est déjà disponible en ligne, en attendant la numérisation complète de la sous‑série 9 G, prévue pour la fin de l’année 2023. Ces archives permettent de suivre pas à pas la fondation de la collégiale, les ostensions, les conflits, et le rôle déterminant joué par la famille de Charny.


 1353 acte de la fondation de Lirey

Acte de fondation de la collégiale de Lirey (1353) Parchemin enluminé rédigé en latin, confirmant la création du chapitre de Lirey sous le vocable de Notre‑Dame de l’Annonciation par Geoffroy de Charny, porte‑étendard du roi de France. Ce document, conservé aux Archives départementales de l’Aube, constitue la source la plus ancienne attestant l’existence de la collégiale où fut conservé le Saint‑Suaire.

 "Fondation  par Geoffroy de Ghariiy, seigneur de Savoisy et ide Lirey, d'une collégiale en son village de Lirey, sous l'invocation de l'Annonciation de la Vierge".


1353, 20 juin. (Acte,publié par Camuzat, Promptuariurn, fol. 412 1420 ro; analysé par M. l'abbé Prévost,

L'ancienne collégiale  de Lirey. - Approbation par Henri de Poitiers, évêque de Troyes, de l'acte précèdent. 1356, 28 mai (publié par Camuzat, fol. 422 vu; analysé par Prévost,p. 19). - Vidimus, daté du 11 août 1361,. par Humbert des Granches, garde du scel de la prévoté de Troyes, des actes suivants : Cession par Henri, seigneur de Joinville, comte de Vaudémont et sénéchal de Champagne, à Geoffroy de Charny, du village d'Assencières, auquel il avait droit comme héritier de lew tante Mme de Beaufort; 1348, samedi avant l'Apparition (nienticon erronée de Prévost, p. 12; - don h la collégiale de Lirey par Geoffroy de Charny de diverses rentes; 1354,16 octobre (analyse inexacte de Prévost, p. 17).

- Bulle d'indulgences accordée par \vingt-sept cardinaux en faveur de la reconstruction de la collégiale. 1508, 5 novembre: lettres peintes (anal. pw Prévost, p. 85-87). –

Bulle d'un légat du Pape en France accordant des indulgences qux bienfaiteurs de la collégiale. 1515, 16 septembre (pièce très mutilée). - Copie de l'article consacré par Camuzat à Geoffroy de Charny (fol. 410 vo-412 r0) 




Actes de fondation du Chapitre à Lirey




différentes broderies sur le Saint Suaire à Besançon




XVe siècle.


(1La partie principale du fonds de Liiey est conservée aux Archives de l'Aube

 

1505-1552. - Trésor. Procès-verbal de remise par Pierre Colin, ,chantre de l’église de Troyes, à Jean Huyard, doyen de Lirey, de diverses reliques des saints Abdon et Senen, S. Marc pape et S. Marc évangéliste, S. Laurent, S. Hippolyte, S. Jean-Baptiste et S. Blaise, provenant du trésor de Saint-Marc de Rome. 1505, 8 octobre. ~

Inventaire du trésor de la collégiale, suivi d’une note sur son revenu.

1552, 26 avril (Publié par Lalore, Inventaires des principales églises de Troyes, t. II, p. 267-268).

1 19 \Liasse). - 5 pieces parchemin ; 5 piéces papier. dont 1 cahier de 24 feuillets ; 1 fragment de sceau

1390-XVIII” siècle. - Saint-Suaire. (La plupart des pièces de cette liasse ont été analysées par l’abbé Lalore, Historique de l’Image du Saint-Suaire de Jésus-Christ, priinitiurJment à Lirey (Aube), et maintenant à Turin. Revue catholique du diocèse de Troyes, 1877, p. 120-124.

133-136. Ce travail a été reproduit presque intégralement par M. l’abbé Prévost, L’ancienne collégiale de Lirey, p. 24 et suiv.). Deux bulles de Clément VI1 autorisant les chanoines de Lirey a exposer l’image du Saint-Suaire, mais sans les cérémonies interdites par l’évêque de Troyes, et à condition de notifier au peuple à haute voix qu’il ne s’agit que d‘une image du vrai Suaire du Sauveur. Avignon, 8 des ides de janvier, an XII du Pontificat (1390, 6 janvier). 

- Copies de pièces concernant le Saint-Suaire, 1418-1473 : Reçu délivré par Humbert, comte de La Roche, seigneur de Villersexel et de Lirey, aux chanoines de Lirey, énumérant la liste des joyaux et reliques qu’ils lui ont confiés. 1418, 6 juillet (Publié par Lalore, Inventaires, t. II. p. 263-265). 

- Sous les sceaux du tabellionnage de Gray et de I’Officialité de Besançon, lesdoyen et chanoines de Lirey constatent la restitution à eux faite par Marguerite de Charny, veuve d‘Humbert de La Roche, des joyaux et reliques de leur église, à l’exception de l’image du Saint-Suaire, qu’ils l’autorisent à conserver encore trois ans ; Marguerite donne en retour au Chapitre une somme de 30 l., et s’engage à lui payer pendant ces trois ans une rente annuelle de 12 francs pour remplacer les aumônes dont l’église de Lirey serait ainsi privée ; elle rendra le Saint-Suaire au Chapitre si avant la Nativité de saint Jean-Baptiste le village de Lirey devient la propriété de François de La Palu dit de Varambon, comte de La Roche ; enfin elle donne au Chapitre divers ornements liturgiques et confirme les libéralités de ses prédécesseurs. Charles de Noyers son frère se porte pleige de ces engagements.

1443,s mai. - Arrêt du Parlemenl de Dole ordonnant que sur l’opposition formée par François de La Palu, comte de La Roche et seigneur de Villersexel, héritier de Humbert de Villersexel, il statuera sur l’accord précédent avant la Pentecôte, et que jusque là l’image du Saint-Suaire restera entre les mains de Marguerite de Charny, et les autres reliques seront déposées en l’église des Frères mineurs de Dôle.

 1443, 9 mai. - Sous le Sceau de I’Officialité de Besançon, le Chapitre de Lirey accorde à Margueriie de Charny la permission de garder le Saint-Suaire jusqu’à la saint Simon et saint Jude 1449, moyennant une somme de 50 francs .et une rente annuelle de 15 francs. 1447, 18 juillet. - Sentence d’excommunication de I’Officialité de Besançon contre Marguerite de Charny au Chapitre de Lirzy l’image du Saint-Suaire et de s’acquitter des obligations contraktées en échange du prêt qui leur en a Pté fait.

1457, lundi après l’Ascension. - Concession par Louis, duc de Savoie, au Chapitre de Lirey, d’une rente perpétuelle de 50 francs d‘or sur les revenus de son Château-Gaillard, près de Genève, et fondation d‘offices en l’église de Lirep, en compensation du préjudice causé audit Chapitre par la cession du Saint-Suaire faite au duc par Marguerite de Charny. 1464 (v. st.).

- Lettre du duc de Savoie aux chanoines de Lirey, les invitant à cesser de publier que Marguerite de Charny, qui lui a cédé le Saint-Suaire, est excommuniée ainsi que son secrétaire Philibert Thibault, son pleige, et leur rappelant qu’il leur a accordé une rente perpétuelle en échange dudit Suaire. 1464 [sic], 23 mai. - Procuration du Chapitre de Lirey à Marc de Vaudrey, chanoine et ,archidiacre de Besançon, et Hugues Mergey, maître es-arts, pour réclamer de la veuve de Louis de Savoie l’exécution de l’accord du 6 février 1465; la rente stipulée n’ayant jamais été payée. 1473,14 mai.

- Sous le sceau de la Prévôté de Troyes, le Chapitre de Lirey accorde à Charles de Noyers, au nom de Marguerite de Charny, comtesse de La Roche et dame de Lirey, la perdission de garder encore ‘trois ans le Saint-Suaire qu’elle devait resiituer à la saint Simon et saint Jude dernière, - et bien qu’elle n’ait jamais rempli les obligations contractées en échange du prêt précédent, - moyennant une rente aiinuelle de 50 l., et la promesse de construire une place forte à Lirey pour défendre le Chapitre et ses reliques. 1449, 6 novembre.

-Sous le sceau de la Prévôté de Troyes, Charles de Noyers, seigneur de Watefale et de Signy-Ie-Petit, s’engage à payer au Chapitre de Lirey avant la saint Remi, 800 ducats d‘or jadis promis par sa sœur Marguerite de Charny en retour du prêt du Saint-Suaire, et 300 1. pour dédommager le Chapitre de la perte des aumônes que rapportait le Saint-Suaire et des frais de justice dépensés contre ladite Marguerite; il s’engage de plus a obtenir du Pape et de l’évêque de Troyes la permission d’aliéner le Saint-Suaire. Le Chapitre, en échange, reconnaissant que lesdites sommes seront employées utilement à la restauration de l’église, et qu’il parait impossible de rentrer jamais en possession du Saint-Suaire, s’engage à lever l’excommunication prononcée contre Marguerite et ses pleiges. 1458,

19 janvier. (Copie collationnée de 1519).

- Mandement de l’Officia1 de Troyes aux Officiaux de Reims de notifier ; à Charles del Xoyers, Ecuyer, seigneur de Watefale et de Sigiiy-le-Petit, son excommunication, si avant la saint Remi il n’a pas livré au Chapitre de Lirey les sommes de 800 ducats d‘or et de 300 1. au paiement desquelies il s’est engagé par acte de ce mème jour. 1458 (v. st.), 19 janvier. 

- Fragment de mémoire présenté par le Chapitre au ijrocés contre Antoine Guerry, possesseur de la terre de Lirey, pour le paiement des redevances stipulées avec Marguerite de Charny (Antoine Guerry est dit tenir cette terre par donation de ladite Marguerite, sa marraine

XVe siècle. - Correspondances relatives au Saint-Suaire entre le doyen de Lirey, un Augustin déchausséFet le chanoine Sergent, de Villersexel, 1691-1726 (Anal. par Prévost, p. 24, note, 34-35).

Aux actes relatifs au Saint-Suaire est joint le document suivant :

Aiuédée VIII, duc de Savoie, prolonge de dix ans le don accorde par son aïeul Humbert, seigneur de Thoyre et de Villars, aux habitants de Poncin, du droit de treizième sur les vins entrant en ladite ville, pour I’ocuvre des fortifications. 1423,1 juin.

 

(Margueriie de Charny la permission de garder le Saint-Suaire jusqu’à) trouver où

 

Date  1353 - XVIIIe siècle

Analyse  Fondation et histoire du chapitre Notre-Dame de l’Annonciation.

Observations  Liasse - 5 pièces, parchemin ; 3 pièces, papier.

Fondation et Histoire du Chapitre. Fondation par Geoffroy de Charny, seigneur de Savoisy et de Lirey, d'unecollégiale en son village de Lirey, sous l'invocation de l'Annonciationde la Vierge. 1353, 20 juin. (Acte publié par Camuzat, Promptuariurn,fol. 412 - 420; analysé par M. l'abbé Prévost, L'ancienne collégialede Lirey, p. 13-16). 

- Approbation par Henri de Poitiers, évoque deTroyes, de l'acte précèdent. 1356, 28 mai (publié par Camuzat, fol. 422 vu; analysé par Prévost,p. 19). 

- Vidimus, daté du 11 août 1361,.par Humbert des Granches, garde du sel de la prévôté de Troyes, des actes suivants : Cession par Henri, seigneur de Joinville, comte de Vaudémont et sénéchal de Champagne, à Geoffroy de Charny, du village d'Assencières, auquel il avait droit comme héritier de leurtante Mme de Beaufort ; 1348, samedi avant l'Apparition (mention erronée de Prévost, p. 12 - don à la collégiale de Lirey par Geoffroy de Charny de diverses rentes ; 1354, 16 octobre (analyse inexacte de Prévost, p. 17). 

- Bulle d'indulgences accordée par 27 cardinaux en faveur de la reconstruction de la collégiale. 1508, 5 novembre : lettres peintes (anal. par Prévost, p. 85-87). 

- Bulle d'un légat du Pape en France accordant des indulgences aux bienfaiteurs de la collégiale. 1515, 16 septembre (pièce très mutilée) 

- Copie de l'article consacré par Camuzat à Geoffroy de Charny (fol. 410 -412)

- Liste des indulgences accordées pour la visite de l'église de Lirey.

 Analyse  Saint-Suaire (voir le détail des pièces).

Observations  Liasse - 5 pièces parchemin ; 5 pièces papier. dont 1 cahier.

Saint-Suaire. (La plupart des pièces de cette liasse ont été analysées par l’abbé Lalore, Historique de l’Image du Saint-Suaire de Jésus-Christ, primitivement à Lirey (Aube), et maintenant à Turin. 

Revue catholique du diocèse de Troyes, 1877, p. 120-124, 133-136. Ce travail a été reproduit presque intégralement par M. l’abbé Prévost, L’ancienne collégiale de Lirey, p. 24 et suiv.). 

Deux bulles de Clément VII autorisant les chanoines de Lirey à exposer l’image du Saint-Suaire, mais sans les cérémonies interdites par l’évêque de Troyes, et à condition de notifier au peuple à haute voix qu’il ne s’agit que d'une image du vrai Suaire du Sauveur.  Avignon, 8 des ides de janvier, an XII du Pontificat (1390, 6 janvier). 

- Copies de pièces concernant le Saint-Suaire, 1418-1473 : Reçu délivré par Humbert, comte de La Roche, seigneur de Villersexel et de Lirey, aux chanoines de Lirey, énumérant la liste des joyaux et reliques qu’ils lui ont confiés. 

1418, 6 juillet (Publié par Lalore, Inventaires, t. II, p. 263-265). 

- Sous les sceaux du tabellionnage de Gray et de I’Officialité de Besançon, les doyen et chanoines de Lirey constatent la restitution à eux faite par Marguerite de Charny, veuve d‘Humbert de La Roche, des joyaux et reliques de leur église, à l’exception de l’image du Saint-Suaire, qu’ils l’autorisent à conserver encore trois ans ; Marguerite donne en retour au Chapitre une somme de 30 l., et s’engage à lui payer pendant ces trois ans une rente annuelle de 12 francs pour remplacer les aumônes dont l’église de Lirey serait ainsi privée ; elle rendra le Saint-Suaire au Chapitre si avant la Nativité de saint Jean-Baptiste le village de Lirey devient la propriété de François de La Palu dit de Varambon, comte de La Roche; enfin elle donne au Chapitre divers ornements liturgiques et confirme les libéralités de ses prédécesseurs. Charles de Noyers son frère se porte pleige de ces engagements. 

1443, mai. - Arrêt du Parlement de Dole ordonnant que sur l’opposition formée par François de La Palu, comte de La Roche et seigneur de Villersexel, héritier de Humbert de Villersexel, il statuera sur l’accord précédent avant la Pentecôte, et que jusque là l’image du Saint-Suaire restera entre les mains de Marguerite de Charny, et les autres reliques seront déposées en l’église des Frères mineurs de Dôle.

 1443, 9 mai. - Sous le Sceau de I’Officialité de Besançon, le Chapitre de Lirey accorde à Marguerite de Charny la permission de garder le Saint-Suaire jusqu’à la saint Simon et saint Jude 1449, moyennant une somme de 50 francs .et une rente annuelle de 15 francs. 1447, 18 juillet. - Sentence d’excommunication de I’Officialité de Besançon contre Marguerite de Charny et Philibert Thibault son pleige pour leur refus de rendre au Chapitre de Lirey l’image du Saint-Suaire et de s’acquitter des obligations contractées en échange du prêt qui leur en a été fait. 1457, lundi après l’Ascension. 

- Concession par Louis, duc de Savoie, au Chapitre de Lirey, d’une rente perpétuelle de 50 francs d‘or sur les revenus de son Château-Gaillard, près de Genève, et fondation d‘offices en l’église de Lirey, en compensation du préjudice causé audit Chapitre par la cession du Saint-Suaire faite au duc par Marguerite de Charny. 1464 (v. st.), G février (Publié par Camuzat, fol. 423 r-425V O). 

- Lettre du duc de Savoie aux chanoines de Lirey, les invitant à cesser de publier que Marguerite de Charny, qui lui a cédé le Saint-Suaire, est excommuniée ainsi que son secrétaire Philibert Thibault, son pleige, et leur rappelant qu’il leur a accordé une rente perpétuelle en échange dudit Suaire. 1464 [sic], 23 mai.

- Procuration du Chapitre de Lirey à Marc de Vaudrey, chanoine et ,archidiacre de Besançon, et Hugues Mergey, maître es-arts, pour réclamer de la veuve de Louis de Savoie l’exécution de l’accord du 6 février 1465; la rente stipulée n’ayant jamais été payée. 1473,14 mai. 

- Sous le sceau de la Prévôté de Troyes, le Chapitre de Lirey .accorde à Charles de Noyers, au nom de Marguerite de Charny, comtesse de La Roche et dame de Lirey, la permission de garder encore ‘trois ans le Saint-Suaire qu’elle devait restituer à la saint Simon et saint Jude dernière, - et bien qu’elle n’ait jamais rempli les obligations contractées en échange du prêt précédent, moyennant une rente annuelle de 50 l., et la promesse de construire une place forte à Lirey pour défendre le Chapitre et ses reliques.

 1449, 6 novembre. -Sous le sceau de la Prévôté de Troyes, Charles de Noyers, seigneur de Watefale et de Signy-Ie-Petit, s’engage à payer au Chapitre de Lirey avant la saint Remi, 800 ducats d‘or jadis promis par sa soeur Marguerite de Charny en retour du prêt du Saint-Suaire, et 300 1. pour dédommager le Chapitre de la perte des aumônes que rapportait le Saint-Suaire et des frais de justice dépensés contre ladite Marguerite; il s’engage de plus a obtenir du Pape et de l’évêque de Troyes la permission d’aliéner le Saint-Suaire. Le Chapitre, en échange, reconnaissant que lesdites sommes seront employées utilement à la restauration de l’église, et qu’il parait impossible de rentrer jamais en possession du Saint-Suaire, s’engage à lever l’excommunication prononcée contre Marguerite et ses pleiges. 1458, 19 janvier. (Copie collationnée de 1519). 

- Mandement de l’Officialité de Troyes aux Officiaux de Reims de notifier à Charles de Noyers, écuyer, seigneur de Watefale et de Sigiiy-le-Petit, son excommunication, si avant la saint Remi il n’a pas livré au Chapitre de Lirey( les sommes de 800 ducats d‘or et de 300 1. au paiement desquelies il s’est engagé par acte de ce même jour. 1458 (v. st.), 

19 janvier. - Fragment de mémoire présenté par le Chapitre au ijrocés contre Antoine Guerry, possesseur de la terre de Lirey, pour le paiement des redevances stipulées avec Marguerite de Charny (Antoine Guerry est dit tenir cette terre par donation de ladite Marguerite, sa marraine XVIe siècle. 

- Correspondances relatives au Saint-Suaire entre le doyen de Lirey, un Augustin déchaussé et le chanoine Sergent, de Villersexel, 1691-1726 (Anal. par Prévost, p. 24, note, 34-35). Aux actes relatifs au Saint-Suaire est joint le document suivant : Amédée VIII, duc de Savoie, prolonge de dix ans le don accorde par son aïeul Humbert, seigneur de Thoyre et de Villars, aux habitants de Poncin, du droit de treizième sur les vins entrant en ladite ville, pour l'œuvre des fortifications. 1423, 4 juin.

 













Le Saint Suaire à Lirey : complément d'enquête

Le Saint Suaire à Lirey (10)




                                                                          1357

LE LINCEUL DU CHRIST ARRACHÉ AUX BYZANTINS SE RETROUVE FINALEMENT À 

LIREY, EN CHAMPAGNE


l'église de Lirey de nos jours

Comment ce tissu a-t-il pu arriver là et d’où pouvait-il venir ? Le Linceul de Turin est selon toute probabilité le « linge d’Édesse », très connu dans l'Antiquité, appelé souvent à tort Mandylion. On s'en convainc en suivant son itinéraire : Eusèbe de Césarée (écrivain de Palestine, 264 - environ 340) évoque dans son « Histoire Ecclésiastique » la légende du roi Abgar qui aurait reçu une image miraculeuse du Christ. Il est question ensuite à Édesse (aujourd’hui Urfa, dans l’extrême sud-est de la Turquie) d’une image mystérieuse, « non faite de main d’homme » (acheiropoïète selon le terme grec), qui repousse, paraît-il, les Perses en 544. 

À partir de cette date, on constate un changement radical dans la représentation du Christ. Après les premières représentations symboliques (pain, ancre, poisson) le Christ avait été représenté comme un jeune pasteur grec imberbe (notamment dans les catacombes et dans toutes les églises antiques Milan, Ravenne, etc.). Puis, très curieusement, à partir du VIe siècle, toutes les représentations du Christ vont changer relativement brutalement dans le monde chrétien oriental. On va lui substituer une image de face, des cheveux longs avec une raie centrale, une barbe bifide, un visage ovale et un nez allongé, avec bien souvent une double mèche au sommet du front, à l’endroit où il y a une double tache de sang sur le Linceul. On le constate par exemple sur la monnaie de l’Empereur Justinien, frappée en 565, ainsi que sur la magnifique image du Christ du monastère Sainte Catherine en 550, sur les icônes de la Basilique Sainte Sophie à Constantinople, à Ohrid en Macédoine, à Palerme, au Mont Athos, etc. Partout la ressemblance de ce nouveau « canon » avec le visage du Christ sur le Linceul est frappante. On en est donc venu naturellement à imaginer que le « linge d'Édesse », probablement à l'origine de cette nouvelle iconographie, pouvait être le Linceul de Turin. En effet, les représentations du linge d'Édesse en notre possession, se rapprochent du visage du Linceul en imaginant le Linceul replié huit fois sur lui-même. 

En 650, Édesse est conquise par le califat islamique mais le « linge d'Édesse » reste vénéré malgré la présence musulmane, ce qui lui permettra providentiellement d’échapper aux destructions liées à la crise iconoclaste entre 730 à 787. Le second concile de Nicée (787) rétablit la légitimité des images, en utilisant comme argument essentiel « l'image d'Édesse », pour légitimer l'usage des images sacrées : « En tant qu'homme parfait, le Christ non seulement peut, mais doit être représenté et vénéré en image. » Léon, lecteur de l'église de Constantinople, est cité comme témoin principal et atteste avoir vu à Édesse l'image d'un linceul. 

En 943, l’Empire byzantin lance une expédition ponctuelle et assiège Édesse dans le but d’acquérir la précieuse relique. Pour éviter une dégradation de ce linge, les chrétiens préfèrent négocier et acquérir ce célèbre trésor, par le versement de 12 000 pièces d'or. Ils la ramènent à l’Empereur de Byzance, dans une procession triomphale le 15 août 944. Cette réception grandiose sera illustrée ultérieurement (au XIIe siècle) dans le manuscrit de Jean Skylitzes. À cette occasion, Grégoire le Référendaire évoque dans une homélie « cette empreinte qui nous donne ici le visage du Christ », qui « est embellie par les gouttes de sang jaillies de son côté ». Cette relique sera conservée dans la chapelle du Palais du Boucoléon (Constantinople), puis dans l’église Sainte-Marie des Blachernes. 

En 1190, le Linceul est précisément dessiné dans le Codex de Pray. Un pèlerin hongrois de passage à Constantinople livre un témoignage saisissant dans ce premier texte hongrois conservé à la Bibliothèque de Budapest (découvert au XVIIIe siècle par le jésuite Georgius Pray qui laisse son nom au manuscrit),  sur lequel on peut reconnaître le Christ dans l’état et la position exacte du Linceul de Turin : nudité, croisement des bras dans la même position que le Linceul, pouces cachés, traces de sang, tentative d'imitation des chevrons, trous, etc… Suite à toutes ces constatations et indices convergents, la probabilité pour que le Linceul de Turin soit ainsi passé par Constantinople est très grande. 

En 1203, le chevalier picard Robert de Clari, auteur d’une chronique sur la quatrième Croisade, décrit le Linceul à Constantinople : « Il y a un monastère appelé Sainte-Marie des Blachernes », où il aperçut « le Linceul où Notre Sire fut enveloppé, qui chaque vendredi se dressait tout droit, si bien qu'on pouvait y voir la figure de Notre Seigneur ». 

En 1204, la quatrième Croisade détournée de son but dévaste Constantinople. 33 000 croisés français et 17 000 Vénitiens, lancés par le pape Innocent III, partent délivrer Jérusalem conquis par Saladin en 1187. Suite à des querelles confuses et à l'âpreté relative au gain des Vénitiens, ils vont attaquer et piller Constantinople pendant plusieurs jours à partir du 14 avril 1204. Au cours de cette dévastation, les soldats de Venise et de France vont se déshonorer par un pillage généralisé, en s'appropriant tous les trésors d’or, d’argent et d’ivoire de tous les édifices possibles. Robert de Clary témoigne de la disparition du linceul au cours du pillage : « Plus jamais personne, ni Grec, ni Français, ne sut ce que ce Linceul devint quand la ville fut prise. » Cette disparition suscita un grand émoi, car les Byzantins considéraient vraiment leur linceul comme une relique insigne. Dans sa lettre au pape Innocent III, Théodore Ange Comnène, neveu du dernier empereur, réclame la restitution de « la relique la plus sacrée, le linteum, dans lequel le Christ avait été enveloppé ». « Nous savons que le sacré Linceul est à Athènes. » 

À partir de cette date et jusqu'en 1357, les indices disparaissent et une foison d'hypothèses a été émise, toutes fragiles.

En 1357, le Linceul se retrouve à Lirey, en Champagne. Ce linge y réapparait dans la famille d’un certain Geoffroy de Charny, seigneur de Lirey tué en 1356 en défendant le roi Jean II, à la bataille de Maupertuis dite « de Poitiers ». Sans être un grand du royaume, ce proche du roi joua un rôle important. Il laissa une veuve dans le besoin, Jeanne de Vergy. Celle-ci organisa en 1357 à Lirey, les première ostensions du Linceul du Christ dans la collégiale de Lirey. L'évêque de Troyes, Henri de Poitiers, prit ombrage du succès de ces ostensions et les fit interdire jusqu'en 1388. Elles reprirent à cette date et le nouvel évêque Pierre d'Arcis envoya au pape Clément VII, un célèbre mémorandum repris aujourd'hui par tous les opposants au Linceul. En réponse, le Pape émet deux bulles en 1390 pour autoriser les ostensions. Veuve et sans enfant, Jeanne de Vergy « fait don » le 22 mars 1453, de la précieuse relique au duc Louis de Savoie qui lui donnera gracieusement les revenus de la seigneurie de Varembon… 

De 1453 à 1983, le « Saint Suaire » reste donc la propriété de la Maison de Savoie. D’abord dans son château de Chambéry, puis à partir de 1502 dans la « Sainte chapelle » où il subira, dans la nuit du 3 au 4 décembre 1532, un incendie qui y fera des brûlures et de nombreux trous. Par une chance incroyable, due au pliage, une partie importante de l'empreinte ne fut pas altérée. Puis, le Linceul fut transféré à Turin en 1578. Il restera la propriété de la Maison de Savoie jusqu’à la mort, en 1983, du grand-duc Umberto II de Savoie qui en fit don au Vatican par testament. 

En conclusion, l’ensemble de ces témoignages semble très cohérent et ce parcours pourrait tout à fait être celui du Linceul du Christ, qui semble être passé par Jérusalem et par le désert de Judée si l’on en croit l’analyse des pollens de Max Frei, Avinoam Danin, Uri Baruch, les époux Whanger et Marzia Boi. Ces études sur les pollens retrouvés sur le Linceul restent cependant contestées par manque de preuves.

Enfin, au-delà de cette analyse historique, l’analyse scientifique de ce drap si mystérieux conclut aussi à l’authenticité (cf proposition de formation en bas de cette page). Ce linge en lin pur, sans mélange de laine animale selon les traditions juives antiques, tissé en chevrons, a commencé à étonner la science après la photographie de l’avocat italien Secundo Pia le 28 mai 1898. Lors de la révélation du négatif, l’image corporelle de couleur sépia et peu visible, devint une image beaucoup plus nette. Le Suaire se comporte en fait comme un négatif photographique : une notion tout à fait inconnue avant l’invention de la photographie au XIXe siècle. Cette découverte qui fit l’effet d’une bombe et qui engendra immédiatement de très intenses polémiques, intervint un an seulement après la mort en 1897 de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, qui avait dédié sa vie à la Sainte Face du Christ... 

À partir de ces différentes analyses, il n’est pas inutile d’approcher la question à partir d’un arbre logique :

 1. Le Linceul a été réalisé par une personne : cette hypothèse, la plus courante, d'un faussaire du Moyen Âge n’est pas valide pour plusieurs raisons.

 -      Toutes les analyses scientifiques de spectrographies prouvent l’absence des composants d'une peinture (pigments et liant).

 -      D'autre part, on observe sur la vue négative une vingtaine de détails, présents sur le Linceul et absolument inconnus au Moyen Âge : image en négatif, intensité liée au relief, tuméfactions diverses (visage et dos), position des clous dans le carpe, position dissymétrique du corps, sang rouge sous l’action de la bilirubine, présence d’aragonite invisible à l'œil et identique à celle de Jérusalem (sur le genou, sous les pieds et sur le nez), présence de quatre muscles fessiers tétanisés ne touchant pas le sol, anomalies de proportion, etc. Il est frappant que l’image que ce corps a transmise, soit si conforme, et sans aucune erreur, à l’intégralité des textes évangéliques de la Passion du Christ, avec tous les détails de la flagellation, du port du patibulum, de la crucifixion, du couronnement d’épines, du coup de lance post mortem, du transport au tombeau, etc. De plus, cette image nous a même révélé des détails sur le crucifiement que nous ne connaissions pas jusqu’alors, comme par exemple la position dissymétrique des condamnés sur la croix. Ces détails inconnus au XIVe siècle, ne pouvaient pas non plus être imaginés donc a fortiori réalisés par un faussaire. Cette hypothèse est donc vraiment impossible.

     2. Si elle n'a pas été réalisée par une personne, l'empreinte s’est donc faite soit par contact, soit à distance, par un rayonnement. L’hypothèse d’une image produite par contact est exclue, car il devrait y avoir dans ce cas une déformation de l’empreinte sur les côtés de la tête et du corps, ce qui élargirait l'image.

      3. Il reste une production par rayonnement. Il faudrait d'abord que ce rayonnement génère une oxydation déshydratante, identique à celle observée sur l'empreinte du Linceul. Le biophysicien français J-B Rinaudo a montré, par l'irradiation de lin à partir d'un accélérateur de particules, qu'un jet de protons répondait à la question, ainsi qu'à la possibilité de donner le relief 3D. Avec des réglages adéquats, l'empreinte obtenue a la même épaisseur que sur le Linceul. Il a imaginé alors que l'éclatement de particules de deutérium sur la peau devrait générer un double flux de protons et de neutrons. Après avoir expérimenté le jet de protons, il s'est attaqué à une irradiation de neutrons. Le Père Rinaudo a pu prouver expérimentalement que l'irradiation de neutrons « rajeunissait » la cible de tissu. Ainsi, son hypothèse d'éclatement de deutérium utilise des phénomènes naturels connus et pourrait expliquer aussi bien la nature de l'empreinte que le rajeunissement du tissu, ce qui rendrait le résultat de l'analyse au carbone 14 sans signification. Le premier vrai problème réellement impénétrable est donc l'origine de cet éclatement du deutérium. D'où viendrait l'énergie nécessaire à cet éclatement ? Le deuxième problème, particulièrement insoluble, est de savoir pourquoi ce rayonnement se serait produit de manière directionnelle, perpendiculairement au tissu, de façon à dessiner une image parfaite, alors que tous les rayonnements connus sont d’habitude omnidirectionnels ? En résumé, le rayonnement dont on parle est actuellement doublement incompréhensible…

Finalement, l'explication de l'origine de l'image semble devoir rester cachée aux hommes. Après plus de 500 000 heures d’étude par des chercheurs de haut niveau (le Linceul est de très loin, aujourd’hui, l’objet matériel le plus étudié au monde), la science doit s’avouer vaincue, n’ayant aucune explication valable à fournir à ce jour. La seule explication cohérente se situe au-delà de la science : car pour interpréter l'image du Linceul, les chrétiens pensent naturellement à quelque chose semblable à un « flash » de la résurrection. Comme pour la démonstration de l’existence de Dieu, il s’agit bien évidemment de la conclusion d’un raisonnement indirect, car il n’y a aucun élément scientifique pour prouver cela positivement et directement, mais il n’y a aujourd’hui aucune autre explication disponible qui soit cohérente. En toute logique, un effet absolument singulier ne peut être effectivement produit que par une cause absolument singulière... 

Ce linge qui ne pouvait ni être conçu ni être réalisé au Moyen Âge est donc bien réellement « une provocation à l’intelligence » comme disait Jean-Paul II. Au total, les conclusions auxquelles toutes ces études et raisonnements nous conduisent aujourd’hui semblent nous obliger à considérer le Linceul de Turin comme un signe clair, fort et finalement assez incontestable que Dieu donne à notre époque pour qu'elle reconnaisse la réalité des mystères de l'Incarnation, de la souffrance, de la mort et de la Résurrection de son Fils !

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Compléments :

Méditation du pape Jean-Paul II, devant le Linceul, en la cathédrale de Turin, le 24 mai 1998. Après s'être recueilli longuement à genoux devant le Linceul exposé dans la cathédrale, le Saint Père, au cours d'une liturgie de la Parole, a prononcé la méditation suivante, après l’adresse de Salut à l’Archevêque de Turin, S.Em. le Cardinal Giovanni Saldarini (Documentation catholique le 21 juin 1998, n°2184). 

Très chers frères et sœurs !

1. Le regard tourné vers le Saint Suaire, je désire vous saluer tous cordialement, vous les fidèles de l’Eglise de Turin. Je salue les pèlerins qui, durant la période de l’ostension du Saint-Suaire, viennent de toutes les parties du monde pour contempler l’un des signes les plus bouleversants de l’amour dans la souffrance du Rédempteur. En entrant dans la cathédrale, qui porte encore les blessures provoquées par le terrible incendie d’il y a un an, je me suis arrêté en adoration devant l’Eucharistie, le Sacrement qui se trouve au centre des attentions de l’Eglise, et qui, sous des apparences humbles, protège la présence véritable, réelle et substantielle du Christ. A la lumière de la présence du Christ parmi nous, je me suis arrêté ensuite devant le Saint-Suaire, le Lin précieux qui peut nous aider à mieux comprendre le mystère de l’amour du Fils de Dieu pour nous. Devant le Saint-Suaire, image intense et poignante d’un supplice inénarrable, je désire rendre grâce au Seigneur pour ce don particulier, qui exige du croyant une attention bienveillante et une disponibilité totale à la suite du Seigneur. 

2. Une provocation à l’intelligence. Le Saint-Suaire est une provocation à l’intelligence. Il exige avant tout l’engagement de chaque homme, en particulier du chercheur, pour saisir avec humilité le message profond adressé à sa raison et à sa vie. La fascination mystérieuse qu’exerce le Saint-Suaire pousse à formuler des questions sur le rapport existant entre le Lin sacré et la vie historique de Jésus. Ne s’agissant pas d’un thème de foi, l’Eglise n’a pas la compétence spécifique pour se prononcer sur ces questions. Elle confie aux scientifiques le devoir de poursuivre les recherches afin de réussir à trouver des réponses adéquates aux interrogations liées à ce Suaire qui, selon la tradition, aurait enveloppé le corps de notre Rédempteur lorsqu’il fut déposé de la croix. L’Eglise exhorte à aborder l’étude du Saint-Suaire sans préjugés, qui considéreraient comme une évidence des résultats qui ne le sont pas; elle les invite à agir avec une liberté intérieure et un respect attentif à la méthodologie scientifique et à la sensibilité des croyants. 

3. Ce qui compte surtout pour le croyant est que le Saint Suaire est un miroir de l’Evangile. En effet, si l’image du Christ se reflète sur le Lin sacré, on ne peut faire abstraction de la considération que celle-ci a un rapport si profond avec ce que les Evangiles racontent de la Passion et de la mort de Jésus que tout homme sensible se sent intérieurement touché et ému en le contemplant. Celui qui s’en approche est également conscient que le Saint-Suaire n’arrête pas sur lui le cœur des personnes, mais renvoie à Celui au service duquel la Providence bienveillante du Père l’a placé. C’est pourquoi il est juste d’alimenter la conscience de la richesse de cette image, que tous voient et que personne, jusqu’à présent, n’a pu expliquer. Pour chaque personne soucieuse, il est un motif de réflexions profondes, qui peuvent arriver à toucher la vie. Le Saint-Suaire constitue ainsi un signe tout à fait particulier qui renvoie à Jésus, la véritable Parole du Père, et qui invite à modeler son existence sur celle de Celui qui s’est donné pour nous. 

4. Dans le Saint Suaire se reflète l’image de la souffrance humaine. Il rappelle à l’homme moderne, souvent distrait par le bien-être et par les conquêtes technologiques, le drame de tant de frères et l’invite à s’interroger sur le mystère de la douleur pour en approfondir les causes. L’empreinte du corps martyrisé du Crucifié, en témoignant de la terrible capacité de l’homme à procurer la douleur et la mort à ses semblables, se présente comme l’icône de la souffrance de l’innocent de tous les temps: des innombrables tragédies qui ont marqué l’histoire du passé, et des drames qui continuent de se consumer dans le monde. Face au Saint-Suaire, comment ne pas penser aux millions d’hommes qui meurent de faim, aux horreurs perpétrées dans les si nombreuses guerres qui ensanglantent les Nations, à l’exploitation brutale de femmes et d’enfants, aux millions d’êtres humains qui vivent de privations et d’humiliations dans les périphéries des métropoles, en particulier dans les pays en voie de développement ? Comment ne pas rappeler avec douleur et pitié tous ceux qui ne peuvent pas jouir des droits civils élémentaires, les victimes de la torture et du terrorisme, les esclaves d’organisations criminelles ? En évoquant de telles situations dramatiques, le Saint-Suaire nous pousse non seulement à sortir de notre égoïsme, mais également à découvrir le mystère de la douleur qui, sanctifiée par le sacrifice du Christ, engendre le salut pour l’humanité tout entière. 

5. Le Saint Suaire est également l’image de l’amour de Dieu, outre celle du péché de l’homme. Il invite à redécouvrir la cause ultime de la mort rédemptrice de Jésus. Dans l’incommensurable souffrance dont ce dernier porte les signes, l’amour de Celui qui "a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16) devient presque palpable et manifeste ses dimensions surprenantes. Face à lui, les croyants ne peuvent que s’exclamer en toute vérité : "Seigneur, tu ne pouvais pas m’aimer davantage !", et se rendre immédiatement compte que le responsable de cette souffrance est le péché: ce sont les péchés de chaque être humain. En nous parlant d’amour et de péché, le Saint-Suaire nous invite tous à imprimer dans notre esprit le visage de l’amour de Dieu, pour en exclure la terrible réalité du péché. La contemplation de ce Corps martyrisé aide l’homme contemporain à se libérer de la superficialité et de l’égoïsme avec lesquels il traite très souvent l’amour et le péché. Faisant écho à la Parole de Dieu et à des siècles de conscience chrétienne, le Saint-Suaire murmure: Crois en l’amour de Dieu, le plus grand trésor donné à l’homme, et fuis le péché, le plus grand malheur de l’histoire. 

6. Le Saint Suaire est également une image d’impuissance : impuissance de la mort, dans laquelle se révèle la conséquence extrême du mystère de l’Incarnation. La toile du Saint-Suaire nous invite à nous mesurer à l’aspect le plus troublant du mystère de l’Incarnation, qui est également celui à travers lequel se révèle avec quelle vérité Dieu s’est véritablement fait homme, assumant notre condition en tout, hormis le péché. Chacun est troublé à l’idée que le Fils de Dieu lui-même n’a pas résisté à la force de la mort, mais nous sommes tous émus à la pensée qu’il a tellement participé à notre condition humaine qu’il a voulu se soumettre à l’impuissance totale du moment où la vie s’éteint. C’est l’expérience du Samedi saint, un passage important du chemin de Jésus vers la Gloire, dont émane un rayon de lumière qui atteint la douleur et la mort de chaque homme. La foi, en nous rappelant la victoire du Christ, nous communique la certitude que le sépulcre n’est pas le but ultime de l’existence. Dieu nous appelle à la résurrection et à la vie immortelle. 

7. Le Saint Suaire est l'image du silence. C'est le silence tragique de qui est incommunicable, qui trouve dans la mort sa plus haute expression, et c'est le silence de la fécondité, qui appartient propre à celui qui renonce à se faire entendre, pour atteindre, au plus profond, les racines de la vérité et de la vie. Le Saint-Suaire exprime non seulement le silence de la mort, mais également le silence courageux et fécond du dépassement de l’éphémère, grâce à l’immersion totale dans l’éternelle actualité de Dieu. Il donne ainsi la confirmation émouvante du fait que la toute-puissance de notre Dieu n’est arrêtée par aucune force du mal, mais sait au contraire, changer en bien la force même du mal. Notre époque a besoin de redécouvrir la fécondité du silence, pour surmonter la dissipation due aux sons, aux images, aux bavardages qui empêchent trop souvent d’entendre la voix de Dieu. 

8. Très chers frères et sœurs ! Votre Archevêque, le cher Cardinal Giovanni Saldarini, Custode pontifical du Saint-Suaire, a proposé comme devise de cette ostension solennelle les paroles suivantes : « Tous les hommes verront ton Salut. » Oui, le pèlerinage que des foules nombreuses accomplissent vers cette ville est précisément un « venir voir » ce signe tragique et illuminant de la Passion, qui annonce l’amour du Rédempteur. Cette icône du Christ abandonné dans la condition dramatique et solennelle de la mort, qui depuis des siècles est l’objet de représentations significatives et qui depuis 100 ans, grâce à la photographie, est diffusée à travers de très nombreuses reproductions, nous exhorte à aller au cœur du mystère de la vie et de la mort pour découvrir le message élevé et réconfortant qui nous est remis avec elle. Le Saint-Suaire nous présente Jésus au moment de son impuissance la plus grande, et il nous rappelle que dans l’annulation de cette mort se trouve le salut du monde entier. Le Saint-Suaire devient ainsi une invitation à vivre chaque expérience, y compris celle de la souffrance et de son impuissance suprême, avec l’attitude de celui qui croit que l’amour miséricordieux de Dieu vainc toute pauvreté, tout conditionnement, toute tentation de désespoir. L’Esprit de Dieu, qui habite dans nos cœurs, suscite en chacun le désir et la générosité nécessaires pour accueillir le message du Saint-Suaire et pour en faire le critère inspirateur de l’existence.

Anima Christi, sanctifica me! Corpus Christi, salva me ! (Âme du Christ, sanctifie-moi, Corps du Christ, sauve-moi !)

Passio Christi, conforta me! Intra tua vulnera, absconde me ! (Passion du Christ, réconforte-moi, Dans tes blessures, cache-moi !)

Visite pastorale à Turin, vénération du Saint Suaire, Méditation du pape Benoît XVI, dimanche 2 mai 2010. (© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana)

 

Chers amis,

C'est pour moi un moment très attendu. En diverses autres occasions, je me suis trouvé face au Saint-Suaire, mais cette fois, je vis ce pèlerinage et cette halte avec une intensité particulière : sans doute parce que les années qui passent me rendent encore plus sensible au message de cet extraordinaire Icône; sans doute, et je dirais surtout, parce que je suis ici en tant que Successeur de Pierre, et que je porte dans mon cœur toute l'Eglise, et même toute l'humanité. Je rends grâce à Dieu pour le don de ce pèlerinage et également pour l'occasion de partager avec vous une brève méditation qui m'a été suggérée par le sous-titre de cette Ostension solennelle : « Le mystère du Samedi Saint. » On peut dire que le Saint-Suaire est l'Icône de ce mystère, l'Icône du Samedi Saint. En effet, il s'agit d'un linceul qui a enveloppé la dépouille d'un homme crucifié correspondant en tout point à ce que les Evangiles nous rapportent de Jésus, qui, crucifié vers midi, expira vers trois heures de l'après-midi. Le soir venu, comme c'était la Parascève, c'est-à-dire la veille du sabbat solennel de Pâques, Joseph d'Arimathie, un riche et influent membre du Sanhédrin, demanda courageusement à Ponce Pilate de pouvoir enterrer Jésus dans son tombeau neuf, qu'il avait fait creuser dans le roc à peu de distance du Golgotha. Ayant obtenu l'autorisation, il acheta un linceul et, ayant descendu le corps de Jésus de la croix, l'enveloppa dans ce linceul et le déposa dans le tombeau (cf. Mc 15, 42-46). C'est ce que rapporte l'Evangile de saint Marc, et les autres évangélistes concordent avec lui. A partir de ce moment, Jésus demeura dans le sépulcre jusqu'à l'aube du jour après le sabbat, et le Saint-Suaire de Turin nous offre l'image de ce qu'était son corps étendu dans le tombeau au cours de cette période, qui fut chronologiquement brève (environ un jour et demi), mais qui fut immense, infinie dans sa valeur et sa signification. Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie : « Que se passe-t-il? Aujourd'hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort... Dieu s'est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ». Chers frères et sœurs, à notre époque, en particulier après avoir traversé le siècle dernier, l'humanité est devenue particulièrement sensible au mystère du Samedi Saint. Dieu caché fait partie de la spiritualité de l'homme contemporain, de façon existentielle, presque inconsciente, comme un vide dans le cœur qui s'est élargi toujours plus. Vers la fin du xix siècle, Nietzsche écrivait : « Dieu est mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! » Cette célèbre expression est, si nous regardons bien, prise presque à la lettre par la tradition chrétienne, nous la répétons souvent dans la Via Crucis, peut-être sans nous rendre pleinement compte de ce que nous disons. Après les deux guerres mondiales, les lager et les goulags, Hiroshima et Nagasaki, notre époque est devenue dans une mesure toujours plus grande un Samedi Saint: l'obscurité de ce jour interpelle tous ceux qui s'interrogent sur la vie, et de façon particulière nous interpelle, nous croyants. Nous aussi nous avons affaire avec cette obscurité. Et toutefois, la mort du Fils de Dieu, de Jésus de Nazareth a un aspect opposé, totalement positif, source de réconfort et d'espérance. Et cela me fait penser au fait que le Saint-Suaire se présente comme un document "photographique", doté d'un "positif" et d'un "négatif". Et en effet, c'est précisément le cas : le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d'une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une "terre qui n'appartient à personne" entre la mort et la résurrection, mais dans cette "terre qui n'appartient à personne" est entré l'Un, l'Unique qui l'a traversée avec les signes de sa Passion pour l'homme : "Passio Christi. Passio hominis". Et le Saint-Suaire nous parle exactement de ce moment, il témoigne précisément de l'intervalle unique et qu'on ne peut répéter dans l'histoire de l'humanité et de l'univers, dans lequel Dieu, dans Jésus Christ, a partagé non seulement notre mort, mais également le fait que nous demeurions dans la mort. La solidarité la plus radicale. Dans ce "temps-au-delà-du temps", Jésus Christ "est descendu aux enfers". Que signifie cette expression ? Elle signifie que Dieu, s'étant fait homme, est arrivé au point d'entrer dans la solitude extrême et absolue de l'homme, où n'arrive aucun rayon d'amour, où règne l'abandon total sans aucune parole de réconfort : "les enfers". Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d'abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l'obscurité, et seule la présence d'une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c'est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint: dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L'impensable a eu lieu: c'est-à-dire que l'Amour a pénétré "dans les enfers": dans l'obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L'être humain vit pour le fait qu'il est aimé et qu'il peut aimer; et si dans l'espace de la mort également, a pénétré l'amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l'heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls: "Passio Christi. Passio hominis". Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l'obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d'une espérance nouvelle : la lumière de la Résurrection. Et bien, il me semble qu'en regardant ce saint linceul avec les yeux de la foi, on perçoit quelque chose de cette lumière. En effet, le Saint-Suaire a été immergé dans cette obscurité profonde, mais il est dans le même temps lumineux; et je pense que si des milliers et des milliers de personnes viennent le vénérer, sans compter celles qui le contemplent à travers les images - c'est parce qu'en lui, elles ne voient pas seulement l'obscurité, mais également la lumière; pas tant l'échec de la vie et de l'amour, mais plutôt la victoire, la victoire de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine; elles voient bien la mort de Jésus, mais elles entrevoient sa Résurrection; au sein de la mort bat à présent la vie, car l'amour y habite. Tel est le pouvoir du Saint Suaire : du visage de cet "Homme des douleurs", qui porte sur lui la passion de l'homme de tout temps et de tout lieu, nos passions, nos souffrances, nos difficultés, nos péchés également - "Passio Christi. Passio hominis" - de ce visage émane une majesté solennelle, une grandeur paradoxale. Ce visage, ces mains et ces pieds, ce côté, tout ce corps parle, il est lui-même une parole que nous pouvons écouter dans le silence. Que nous dit le Saint Suaire? Il parle avec le sang, et le sang est la vie! Le Saint-Suaire est une Icône écrite avec le sang ; le sang d'un homme flagellé, couronné d'épines, crucifié et transpercé au côté droit. L'image imprimée sur le Saint-Suaire est celle d'un mort, mais le sang parle de sa vie. Chaque trace de sang parle d'amour et de vie. En particulier cette tâche abondante à proximité du flanc, faite de sang et d'eau ayant coulé avec abondance par une large blessure procurée par un coup de lance romaine, ce sang et cette eau parlent de vie. C'est comme une source qui murmure dans le silence, et nous, nous pouvons l'entendre, nous pouvons l'écouter, dans le silence du Samedi Saint. 

Chers amis, rendons toujours gloire au Seigneur pour son amour fidèle et miséricordieux. En partant de ce lieu saint, portons dans les yeux l'image du Saint Suaire, portons dans le cœur cette parole d'amour, et louons Dieu avec une vie pleine de foi, d'espérance et de charité. Merci.



Le Saint Suarie à Lirey

 



samedi 4 mai 2024

Médailles du Diocèse de Troyes


 Les médailles de reconnaissance du Diocèse de Troyes



Médaille de la Reconnaissance Diocésaine de TROYES

créé entre 1927 & 1930, sous l'épiscopat de Monseigneur FELTIN (1927 - 1932)

1 degré. Médaille circulaire de 30mm en métal doré.

Avers : bustes tournés vers la droite de Saint-Pierre (avec les clefs au premier plan) et Saint-Paul (avec le glaive au deuxième plan),

entourés des inscriptions "S. PETRUS" à gauche et "S. PAULUS" à droite.

Revers : guirlande lobée, inscription circulaire "Diocèse de Troyes (en haut) / Médaille d'Honneur (en bas)". Au centre, jeton circulaire vide.

Ruban : rouge bordé de tricolore.

Graveur : C. Charles.

 





Sur ce modèle, nous avons les blasons des villes de Sens (à droite), siège de l’Archidiocèse et de Troyes (à gauche) siège du diocèse




Il existe plusieurs broches ou médailles du diocèse de Troyes différentes. La différence se fait principalement sur les blasons qui y figurent.

Ainsi, sur ce modèle, nous avons les blasons des villes de Nogent-sur-Seine (en haut à gauche), Bar-sur-Seine (en haut à droite), Arcis-sur-Aube (en bas à droite, Bar-sur-Aube (en bas à gauche) et brochant le tout, celui de Troyes, siège du diocèse





Nouvelle crosse pour Mgr Joly

 

La nouvelle Crosse de Mgs Joly

Suite au vol à l’été 2022 des affaires de Mgr Joly – dont sa crosse personnelle qui symbolisait son parcours et ses origines bretonnes  – le diocèse de Troyes a sollicité quatre artisans aubois pour fabriquer un nouvel insigne épiscopal.

En juillet, l’évêque de Troyes se fait voler sa crosse, rangée dans une sacoche, alors qu’il voyage dans le TGV Paris-Rennes. Sacoche qu’il avait posée avec sa valise à l’entrée de la voiture (le terme wagon est utilisé pour le transport de marchandises) sur le rangement dédié aux bagages.

Éric Pallot, ancien architecte en chef des Bâtiments de France (dessin), la vitrailliste Flavie Vincent-Petit (verre et bois), Martial et Jérémy de l’entreprise Baty pour la partie ébénisterie ont uni leurs compétences, pour concevoir ensemble une nouvelle crosse épiscopale d’1m90, pour l’évêque de Troyes.

À travers cet objet, ils ont voulu évoquer l’architecture de la cathédrale de Troyes, en représentant la voûte gothique au niveau du crosseron et la présence de Sainte Mâtie (patronne du diocèse de Troyes).  La partie la plus décorative, baptisée le nœud, sera en verre pour symboliser le vitrail, avec du jaune d’argent, pour rappeler ceux de la cathédrale et souligner l’idée de transparence et de lumière, qui écarte le mal et les ténèbres. Sainte Mâtie, souvent illustrée avec des roses sera représentée de manière symbolique puisque la crosse sera faite de bois de chêne et de rose.

Dimanche 25 juin, Monseigneur Alexandre Joly avait donné rendez-vous à une cinquantaine de fidèles pour présenter sa nouvelle crosse épiscopale, fruit d’un travail entre plusieurs artisans aubois.

Après une explication des symboles de l’évêque, Monseigneur Alexandre Joly est revenu sur le processus de fabrication de cette crosse. Après le vol de sa dernière, en juillet 2022, l’évêque souhaitait que la crosse « dise quelque chose de l’Aube. » C’est ainsi que la hampe rappelle les colonnes de la cathédrale, le nœud rappelle les chapiteaux tandis que la crosse fait écho à l’arc brisé de la grande arcade du bas-côté de l’édifice.

Côté symbolique, le choix était d’utiliser deux bois : le bois de chêne pour rappeler la pérennité et le bois de rose en référence à sainte Mâtie, patronne de la ville de Troyes. Le nœud, quant à lui, représente la lumière et est composé de quatorze pièces de verres rappelant les douze apôtres, Jésus et Marie.

 

Alexandre dans son bureau



Avènements des Evêques de Troyes / Mgr Joly

 

Joyeux Avènements des Evêques de Troyes

 


Les textes relatifs à ce « Joyeux Avènement des Evêques de Troyes », sont tirés de l’obituaire (registre d’un monastère) de l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains (écrit en latin), actuellement à la Bibliothèque Nationale. Un texte en français fut écrit vers l’an 1300, car c’est à cette époque qu’eut lieu l’enquête relative au palefroi (cheval de parade) de l’évêque Guichard : l’abbesse de Notre-Dame-aux-Nonnains, Isabelle de Saint-Phal, réclamait le cheval sur lequel l’évêque avait fait son entrée, disant qu’il appartenait aux écuries de l’abbaye. L’évêque prétendait que l’abbaye n’avait aucun droit sur son cheval.

Le roi Charles Le Sage, en 1375, était très attaché à son confesseur « par les liens de l’estime et de la plus intime confiance », Pierre Champagne, né à Villiers-Herbisse, près d’Arcis-sur-Aube, dont il avait anobli sa famille, en la personne de Nicolas Champagne, son frère, et, en sa faveur, avait enrichi d’un grand nombre de manuscrits la bibliothèque des Jacobins. Quand ce dernier devient évêque de Troyes sous le nom de Pierre de Villiers, le Roi, pour lui donner « un témoignage éclatant », engagea le Duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, à honorer de sa présence l’entrée du nouvel évêque. Par considération pour ce Prince qui, avec Gui de la Trémoille l’accompagna à pied pendant toute cette longue cérémonie, l’humble confesseur n’avait pas voulu monter dans la chaire, qui lui avait été présentée par ses Barons.

Au XV° siècle, les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains assistaient aux processions publiques, et y affichaient un luxe scandaleux. L’évêque de Troyes, Jean Léguisé essaya, le 12 juillet 1442, de soumettre à la clôture ces religieuses, mais il dut renoncer à cette réforme, et se contenta, par rapport aux processions publiques, d’ordonner aux religieuses : d’y paraître seulement quand il les appellerait, de mettre de côté leurs coiffures prétentieuses, et de porter des vêtements simples.

Le Cérémonial du « Joyeux Avènement des Evêques de Troyes » est donc bien antérieur à 1519, car cette année-là, l’évêque Guillaume Parvi soumit les religieuses de Notre-Dame-aux-Nonnains à la clôture. Or, d’après le Cérémonial, elles ne sont pas cloîtrées, puisqu’elles vont en procession jusques à « La Croisette », c’est-à-dire assez loin en dehors des murs du monastère, et en 1527, à l’entrée de l’évêque Odard Hennequin, elles allèguent qu’elles ne peuvent aller en procession à sa rencontre jusques à la Croisette, parce qu’elles sont cloîtrées, « ne pouvant partir ni aller audit lieu de La Croisette où ses prédécesseurs avaient été par elles reçus auparavant leur dite réformation ».   

Jusqu’au XVIIIe siècle, un cérémonial se pratiquait donc aux entrées solennelles de nos Evêques. La veille de son intronisation, le nouvel Evêque, arrivant en cavalcade, formée d’une partie du clergé, des officiers de justice, des licenciés ès lois, et de la Noblesse de Troyes, venait descendre à l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains. A l’entrée des lisses qui ferment la place de cette abbaye, il rencontrait l’Abbesse, et toutes les religieuses s’avançant en procession au-devant de lui. Il mettait pied à terre, et l’Abbesse « se saisissait de la mule du révérend, et la faisait mener comme sienne, dans l’étable de l’abbaye ». Elle prenait ensuite l’Evêque par la main, et précédée de sa Communauté, en procession, chantant des antiennes, elle le conduisait par le cloître, à l’église intérieure de la maison qui demeurait ouverte au peuple de tous états, qu’attirait la cérémonie. Après sa prière faite dans l’église, l’Abbesse, le tenant toujours par la main, le menait au chapitre, où, après l’avoir revêtu d’une chape, lui avoir mis une mitre sur la tête et une crosse à la main, elle lui faisait jurer sur les évangiles de conserver et maintenir les droits et privilèges de l’abbaye. Ce serment prêté, et le Notaire présent en ayant dressé acte, un aumônier chantait à haute voix, et l’évêque donnait sa première bénédiction. L’abbesse lui ayant ensuite ôté la chape et la mitre, elle le reconduisait par la main, toujours précédée de ses religieuses, marchant en procession et chantant, à un appartement qui lui était préparé, « en lui déclarant qu’il devait y prendre son gîte, et coucher la nuit audit lieu, ainsi qu’avaient toujours fait ses prédécesseurs sans aucun contredit ». L’Evêque restait à l’Abbaye avec sa suite, y soupait de la cuisine de l’abbaye, y couchait. Le lendemain, le chapitre faisait sa visite. Puis, c’était la procession dans l’église de l’abbesse. L’évêque, l’abbesse à côté de lui, va au grand autel, porté sur les épaules de « quatre pairs de Méry-sur-Seine», sur une chaire revêtue d’un drap d’or, et il dédie à nouveau l’église.

vendredi 3 mai 2024

Les Évêques du Diocèse de Troyes

 

Les évêques de Troyes, du 1er à ce jour….


Saint Loup de Troyes terrassant le Dragon


Presque tout  a été dit sur les évêques de la ville de Troyes sur internet ou dans divers documents, mais ils contiennent tous de grossières erreurs ou omissions (dates, noms ou ordre de succession), c’est pourquoi, après des recherches très approfondies, je pense que vous devriez trouver ici, cette liste complète. Même dans son ouvrage «  Le Diocèse de Troyes », de 1957, Mgr Roserot de Melun reconnaît qu’il n’a pu établir cette liste sans erreurs. Grâce aux archives de la cathédrale et surtout celles du Vatican, ainsi qu’à la rigueur de mon parrain Mgr J. Dieudonné Bonnard, Dr en Théologie et Droit Canonique,  historien de l’art  et de son ami Mgr Eugène-Marie Ernoult, que ce chapitre a pu voir le jour.


1er 340-346 : saint Amateur ou Amadour

 

Saint Amateur évêque de Troyes (appelé aussi Amadour), mort vers 340 est le premier évêque de Troyes à l’époque de Constant Ier. Le bréviaire troyen fait mention de ce saint le 1er jour de mai

 Si son nom est connu, la date de fondation de l'évêché est inconnue. Elle est probablement postérieure à la promulgation de l'édit de Milan en 313 par l'empereur romain Constantin Ier.

 Selon Jean Charles Courtalon-Delaistre, Conflantin, métropolitain de Sens a invité le clergé et les citoyens de Troyes à s'élire un évêque qu'il consacra lui-même.

 

2e 346-375 : Optatien ou Obtatin

 

Optatien, second évêque de Troyes, succède à saint Amateur vers 343.

Saint Servais étant à Utrecht a une vision qui lui annonce les intrusions des Barbares (des Huns) dans le siècle suivant. Il en fait part à plusieurs évêques qui s’assemblent avec lui à Troyes, en 346, où ils tiennent  un concile afin de délibérer sur les moyens de détourner la colère de Dieu et de prévenir ce fléau. Ils chargent saint Servais d’aller à Rome au tombeau des saints apôtres pour implorer leur intercession auprès de Dieu.

Avant de partir, le Saint charge les évêques d’examiner l’accusation d’hérésie qu’il a intentée contre Euphratas, évêque de Cologne.

Sur sa réquisition, ils se rendent en cette ville, où ils tiennent un concile le 12 mai 346, à ce sujet. Euphratas qui s’est lié aux ariens et nie la divinité de Jésus-Christ, y est déposé et Séverin élu à sa place.

Ce concile est présidé par saint Maximin, évêque de Trèves. On commence par lire la lettre de l’église de Cologne et des villes de la Germanie, dénonçant l’apostasie d’Euphratas ; ensuite, tous les évêques donnent leur avis, à leur tour, et suivant leur rang. Optatien, Episcopus Tricassiium, est nommé le cinquième. Baronius le nomme le quatrième.

Pendant tout le moyen-âge, et jusqu’au XVIe siècle, ces actes souvent cités sont constamment et universellement regardés comme authentiques, et on les trouve insérés dans toutes les collections des conciles. L’année suivante se tient le concile de Sardique, en Illyrie, aux confins des empires de Constant et de Constance, assemblé par le pape saint Jules, de concert avec les 2 empereurs.

On y compte 97 évêques, dont 34 évêques des Gaules, et Optatien y est nommé le 17ème.  Il s’y montre fortement attaché au parti de saint Athanase, c’est-à-dire à la foi catholique, et y signale son zèle pour la doctrine de l’Eglise.

Trois objets sont soumis à l’examen du concile : 1) une déclaration de la foi catholique sur la question posée par l’arianisme, 2) la cause des évêques chassés de leurs sièges et accusés par les Ariens, 3) les plaintes formées contre les Ariens eux-mêmes par leurs victimes.  Après un épiscopat glorieux par ses travaux pendant l’espace de plus de 34 ans, Optatien meurt.

 

3e 375-380 : Léon

 4e 380-390 : Héraclius

 5e 390-400 : saint Melain ou Melan ou Merlan

 6e 400-426 : Aurélien

 7e 426-426 : saint Urs ou Ursion, vulgairement saint Ours

 8e 426-479 : saint Loup

 

" Entre tous, l’évêque saint Loup occupe une place exceptionnelle, son seul nom suffit à classer cette Eglise de Troyes dans l’histoire… tout le désigne à l’admiration, au respect, et fait de lui le plus grand des évêques troyens ", a écrit Mgr Roserot de Melin.

Saint Loup naît vers 383 à Toul. Parvenu à la plus haute érudition, la renommée de sa brillante éloquence, le fait connaître à tout le pays.

En 417, il épouse une bergère, Piméniola. Sept ans après, ils n’ont pas encore d’enfants, et d’un commun consentement, s’engagent à garder la continence et à vivre comme frère et sœur.

Il abandonne son bien aux pauvres, quitte la demeure familiale et se rend auprès de saint Honorat, abbé du monastère fondé dans l’île de Lérins. Après une année passée dans une fervente piété, Loup juge sa vocation affermie.

Il regagne Troyes qui vient de perdre son évêque saint Ours. Les Troyens le prient de lui succéder. Ainsi commence en 426 un pastorat remarquable.


Il crée le monastère de Saint-Martin-ès-Aires, instruit un peuple ignorant, gouverne son clergé " avec les rênes d’une sainteté attentive ".

" Doté d’une intelligence vigoureuse, d’une éloquence célèbre, d’une éminente sainteté ", il est envoyé en 429, en mission en Grande Bretagne, afin de purger l’île de l’hérésie pélagienne. Il calme une forte tempête en s’y rendant, et est accueilli par la foule, au vu de miracles éclatants : les paralytiques marchent, les morts sont réanimés, les aveugles voient. Après cette mission, il regagne Troyes avec une autorité accrue du succès éclatant qui l'a couronnée. " les Gaules tressaillent d'allégresse à l'annonce de son arrivée ", dit le biographe de saint germain.

Il établit à Troyes une école d’où sortent plusieurs disciples qui ont honoré l’épiscopat.

 

Mais les Huns deviennent un grave danger. En 451, Attila franchit le Rhin, brûlant les villes, et assailli par les Romains, il résiste dans la célèbre bataille des Champs catalauniques, près de Saint-Mesmin.

Notre évêque, qui fait également fonction de maire, lui envoie 8 clercs avec des paroles de paix, pour le prier d’épargner Troyes. Mais un incident est cause de leur mort : les rayons du soleil frappent les évangiles, et par réverbération, les yeux d’un cheval qui renverse en le tuant son maître, général d’armée et parent d’Attila.

Le roi barbare furieux, ordonne la mort des troyens. Un jeune clerc peut se sauver et en faire le rapport à son évêque. Saint Loup se présente, vêtu de ses ornements pontificaux, son clergé marchant processionnellement devant lui. Attila a peur que le prélat ne soit armé d’une puissance surnaturelle, il est frappé du discours du pontife, subissant l’ascendant de notre évêque qu’il devine comme partenaire digne de lui.

Il traverse notre ville sans dommage, la population n’est pas molestée, et en admiration pour la vertu de notre évêque, il lui demande de l’accompagner dans sa retraite jusqu’au Rhin, puis le renvoie à Troyes comblé d’honneurs et se recommandant à ses prières.

Les miracles continuent, et saint Loup encourage et protège les premières foires de Champagne.

 Il décède en 479, et est inhumé à Saint-Martin-ès-Aires.

La postérité le définit d’un mot : " son amour a sauvé la patrie ".

Les miracles continuent après sa mort, les mères portent leurs enfants à son tombeau lorsqu’ils sont malades…

En 574, après le décès de Clotaire 1er, fils de Clovis, ses 3 fils Gontran, Sigebert et Chilpéric, à la mort de leur frère Caribert, se disputent son héritage. Ils se retrouvent à Troyes, et y jurent la paix, se promettant amitié, sur le tombeau de saint Loup. Alors, les Troyens, d’abord effrayés de se voir au milieu de 3 armées prêtes à combattre, passent de la crainte à la joie la plus vive, et reçoivent les rois " avec des applaudissements universels ! ".

Le corps de notre évêque, dans ses vêtements pontificaux, miraculeusement conservé intact, est montré en 1147 " à tout le peuple de la région " , et est mis dans une magnifique châsse en argent.

En 1515, notre évêque Jacques Raguier expose le chef de saint Loup et le transfère dans un magnifique vase précieux, décoré d’or et de pierreries, avec des plaques d’émail de Limoges retraçant la vie du saint (Trésor de la cathédrale).

En 1524, lors du grand incendie qui détruit une partie de la ville, 3.000 maisons brûlées, 3 églises gravement endommagées, les hospices Saint-Bernard et Saint-Abraham détruits… le fléau s’arrête près de Saint-Jean, quand des religieux apportent processionnellement les reliques de saint Loup. De même, en 1430, alors qu’un incendie consume déjà 80 maisons, les chanoines de Saint-Loup apportent la châsse de leur saint patron, et les flammes s’abattent aussitôt.

Dans la malheureuse nuit du 9 au 10 janvier 1794, les révolutionnaires ouvrent la châsse et jettent les ossements dans un feu allumé à la sacristie de la cathédrale. Seule, une portion du crâne et 16 émaux sont détournés par deux employés de l’église.

En 1811, une nouvelle châsse est bénie, et y reçoit les restes du saint.

Saint Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont-Ferrand (431-486), parle toujours de saint Loup dans des termes les plus flatteurs. Il l'appelle " le père des pères, l'évêque des évêques, la règle des moeurs, la colonne des vertus, l'évêque incomparable, le premier des pontifes de la Gaule... il fait partie de cette phalange de grands redresseurs de torts, de pourfendeurs d'hérésies, infatigables prêcheurs, que préoccupent plus que les vicissitudes politiques, le souci de leurs ouailles et la conversion des païens...".

On dénombre dans l'Aube, de nombreuses églises dédiées à saint Loup : Blaincourt, Bouy-Luxembourg, Buxeuil, Chappes, Molins, Saint-Loup de Buffigny et Thuisy.


La Mise au tombeau 1ère partie

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