jeudi 9 mai 2024

Vitraux de l'église saint Léger (10)

 

Restaurations de l'église St Léger en 2004


La cité du vitrail nous montre deux magnifiques vitraux provenant de l'église saint Léger oubliés pendant des années dans des dépendances de l'évêché de Troyes.

Vitrail de la Résurrection et Vitrail de la vierge aux sept douleurs

Église Saint Léger à  Saint-Léger-près-Troyes

Début XVIe siècle

Verre et plomb, peinture à la grisaille, jaune d’argent




 

 Ces deux vitraux proviennent de deux verrières distinctes de l’église de Saint Léger.

Ils ont été réalisés par les ateliers troyens au XVIe siècle. Déposés en 1959 par l’atelier Vinum en raison d’un état sanitaire très dégradé, ils furent longtemps conservés dans son atelier sans qu’un programme de restauration ne soit lancé. En 1966, ils sont mis en caisse et stockés dans le dépôt de la cathédrale de Troyes. Leur sélection dans le parcours de visite de la Cité du Vitrail a permis de les sortir de l’oubli et l’on peut espérer qu’ils retournent un jour prochain dans leur édifice d’origine.

 

 La Résurrection

 


Au centre de la composition, le Christ sort de son tombeau, renversant les soldats romains qui le gardaient ; au fond, trois saintes femmes sont en chemin pour porter au défunt les onguents purificateurs. Le ciel étoilé qui présentait à l’origine des montagne en « chef d’œuvre », les tenues richement ornées des soldats, leurs casques extravagants, les délicates gravures sur les motifs perlés sont autant d’indices de la provenance troyenne de ce vitrail. La cohabitation des verres de couleurs avec les carnations peintes à la grisaille est particulièrement remarquable ici.

 

Vierge des 7 Douleurs

 



La Vierge Marie est agenouillée devant le corps du Christ mort, la poitrine transpercée par sept épées qui symbolisent sept moments de douleur au cours de la vie et de la Passion de son fils.

Ces épisodes sont détaillés dans les scènes peintes sur les rondels autour :

on reconnait de gauche à droite,

 - la circoncision, la fuite en Egypte (dont on aperçoit les pattes de l’âne qui porta Marie), la chute du Christ portant sa croix et la Crucifixion.

 Les trois scènes manquantes ont disparu et ont été remplacées à l’occasion d’une restauration par des pièces de verre anciennes mais sans rapport avec ce vitrail.

 

 

Les Rois Mages


Les Rois Mages
Peintre verrier – Hermann de Munster
Eglise Sainte Ségolène de Metz
Vers 1380-1390

Verre et plomb, peinture à la grisaille, jaune d’argent

Prêt du musée lorrain de Nancy et de la société d’histoire de la Lorraine à la Cité du Vitrail de Troyes.

Les noms de peintres verrier du XIVe siècle associés à quelques éléments de biographie sont peu nombreux à nous être parvenus.

Celui d’Hermann de Munster est une exception notable pour le monde germanique ; il travailla aux vitraux de la cathédrale de Metz à partir de 1381, pour laquelle il est officiellement nommé « peintre verrier » dans les archives. Il est en fait le premier « peintre verrier » à être mentionné par les archives du chapitre de la cathédrale Saint-Étienne de Metz. Le 29 août 1381, il se voit allouer une pension viagère de 22 livres, pour l'exécution du vitrail du « grand O ».

 Le financement de ces travaux est permis par le cardinal Guillaume d’Aigrefeuille, légat de l’antipape Clément VII, qui réorganise alors le chapitre de Metz. Trois ans plus tard, le 2 mai 1384, une commission est chargée de traiter avec Hermann du prix de la rosace et de « ceu qui y apant ».

 Hermann demande des directives au chapitre en décembre 1384, preuve qu'il travaille encore sur les vitraux de Metz. En août 1385, le chapitre emprunte 420 livres pour régler « l'ovraige des varrières de l’O et des fenestres appartenans et despendans dou dit O », ce qui semble indiquer que les travaux sont à cette date terminés.

 En 1388, Hermann achète une maison à Metz, place de Chambre, où il meurt en mars 1392. Preuve de sa notoriété et de la reconnaissance des chanoines, le droit de sépulture lui est accordé dans la cathédrale même. Une épitaphe, retrouvée dans la première travée du bas-côté nord, indique :

 

CI DEVANT GIST

MAISTRE HARMAN LI VALRIER

DE MUNSTERE AN WAILTEFALLE,

ET FIST LE GRANT OZ DE CEANS,

QUI MORUT LE JOR DE LA NOSTRE DAME

EN MARS M.CCC.IIIIXX et XII.

 

Il est aussi l’auteur de cet ensemble de vitraux pour l’église Sainte-Ségolène de Metz vers 1380-1390. On reconnait sous de grands dais architecturés très allongés, deux rois mages, venus rendre hommage à l’Enfant Jésus en lui apportant de précieux cadeaux : 

Gaspard à droite porte un ciboire contenant l’encens et 

Melchior à gauche tient un pot rempli d’or.

Le panneau central, manquant, devait représenter Balthazar apportant la myrrhe.

Tous trois se dirigent vers la gauche où l’on devait trouver une fenêtre présentant la Sainte Famille.


Panneau Gauche : Melchior


Panneau Droit : Gaspard


 Les silhouettes longilignes des personnages, la coquetterie des pieds et coudes sortant du cadre – qui créent une profondeur – l’utilisation du jaune d’argent qui enrichit encore cette composition précieuse sont autant d’éléments propres au travail de cet artiste.



Vitrail de saint Etienne

 

Découverte des reliques de saint Etienne

Châlons-en-Champagne, trésor de la cathédrale Saint-Etienne vers 1155

Verre et plomb, peinture à la grisaille


Ce vitrail réalisé pour la cathédrale romaine de Châlons fait partie des très rares vitraux du XIIe siècle conservés en Europe. Il fait désormais parti des merveilles exposées à la Cité du vitrail de Troyes.

Les quatre panneaux appartenaient à une verrière consacré à la découverte des reliques de saint Etienne, patron de la cathédral. Le geste expressifs et les quelques inscription permettent de suivre la narration :

 En haut à gauche, Gamaliel (un des Sages du judaïsme pharisien du Ier siècle de notre ère, repris par la tradition chrétienne) apporte en songe au prêtre Lucien quatre vases reliquaires : il s’agit des reliques d’Etienne, de Nicodème, de Gamaliel lui-même et son fils, Abidas.

En bas, Lucien raconte son rêve à l’évêque Jean de Jérusalem.

En haut à droite, Gamaliel apparait à Nigecius endormi et l’exhorte à rechercher la tombe du saint.

En bas, Nigecius et Lucien se rencontrent. La découverte de la tombe devait être représentée sur un autre panneau, aujourd’hui disparu.

L’état de conservation de ces panneaux est extraordinaire. Le réseau de plombs est probablement d’origine pour sa majorité, ce qui est d’une extrême rareté ; le soin apporté à la composition et les caractéristiques stylistiques sont propres à cette époque romaine. On note entre autres le découpage concentrique de fonds qui alternent bleus clairs et bleus plus foncés pour donner de la profondeur à la composition. Les plombs suivent soigneusement le dessin, y compris dans les endroits délicats : plis de vêtement, forme de la main, ourlet des vases…

Des verres fouettés bleus, rares et chers, sont utilisés pour le sol qui soutient les lits de Lucien et Nigecius. Enfin les visages et vêtements sont peints à l’aide de lavis, traits de grisaille très épais et repris à la pointe du pinceau.

 

Haut G : Les reliques de Saint Etienne: Gamaliel apporte en songe 4 reliquaires au prêtre Lucien


Bas G : Les reliques de Saint Etienne: Lucien raconte son rêve à Jean de Jérusalem


Haut D : Les reliques de Saint Etienne: Apparition de Gamaliel à Nigecius pour l'exhorter à rechercher la tombe du saint


Bas D : Les reliques de Saint Etienne: Rencontre de Ligecius et de Lucien


détail


mercredi 8 mai 2024

Hôtel Jacques Nicot

 

La rue du Palais de Justice était connue, avant 1851, sous le nom de rue du Bourg-Neuf.

Les façades et toitures de l’immeuble du n° 29, ont été classées sur l’inventaire des sites dont la conservation présente un intérêt général, par un arrêté du Ministre de l’Education Nationale en date du 10 septembre 1945, qui préserve également dans cette même rue, les numéros 3, 5, 23, 25, 31 et 33.

Intéressons-nous au n° 29. Parmi les notoriétés de ses habitants, nous trouvons un notaire royal, un procureur du roi, un trésorier général des receveurs de la généralité de Champagne, un lieutenant en la prévôté, un trésorier des poudres et salpêtres, échevin et maire de Troyes, un avocat au Parlement, un lieutenant en l’Election, un conseiller au baillage et siège présidial également échevin et maire…

L’abbé Etienne Georges évoque les bonnes soirées qui se tenaient au XVIII° siècle dans cet hôtel qui portait alors le n° 100 de la rue du Bourg-Neuf.

On se trouve en présence d’un bâtiment construit immédiatement après l’incendie de 1524. D’importantes modifications eurent lieu depuis le XVI° siècle. La façade sur la rue présente au rez-de-chaussée une fenêtre pourvue de barreaux de fer. Le second étage s’ouvre sous une corniche à modillons en quart de cercle.

En 1503, l’administration de l’Hôtel de la Monnaie vend cette propriété à Jacques Nicot.

Un petit pavillon édifié à droite du porche, servait de logement au portier. Il possédait sur la rue une unique et étroite fenêtre de 30 cm x 80 cm, armée de barreaux de fer. La cheminée s’ornait d’une lourde taque en fonte, de 1,12 m sur 0,85 m, curieuse et intéressante. 


Sous le corps de logis principal est creusée une grande cave voûtée en pavés de craie et pourvue de 4 arcs de soutènement en briques. On y accède par un escalier de pierre de 20 marches, prenant son origine dans la cour d’entrée, à proximité du porche. A droite et vers le milieu de cette cavité, s’ouvre une courte galerie d’une hauteur de 2 m 20 terminée par un mur creusé, à son coin droit inférieur, d’un puits aujourd’hui comblé. L’intérieur circulaire  est construit en petits pavés de craie réguliers et l’ouverture est ornée d’un arc en accolade à 0 m 85 au-dessus du sol. Dans la seconde cour existaient aussi 2 autres puits servant aux besoins courants des habitants. Dans cette galerie, et perpendiculairement à celle-ci, 2 autres petites galeries se détachent, ayant environ 4 m de long sur 1 m 60 de large. Celle de droite, qui devait s’enfoncer sous la rue a été visiblement murée. Celle de gauche se termine par une petite niche. Leur édification  rappelle le souvenir de l’incendie monstre de 1524, et ne sont pas étrangers aux soins tout particuliers apportés à la construction de ces réseaux de caves et caveaux, aptes à remplir le rôle d’abri, de cachette, et aussi d’issue dérobée en cas de sinistre ou de tout autre danger, guerre ou émeute par exemple. De cette cave, un passage conduit à un escalier à vis dont la cage circulaire, le pilier central sont en pavés de craie, et les marches usées, en pierre. Il aboutissait dans la cour.

Hôtel Menisson

 

hôtel Menisson - rue des quinze-vingts- troyes

C’est dès 1407 que l’on trouve la présence d’une maison rue des Quinze-Vingts, tenant « des 2 côtés du pavé royal de la rue de l’église de la Madeleine ».

Parmi les détenteurs, figurent, en 1446, Jean de Rance, puis en 1462, Antoine Disosme, secrétaire du roi, dont la fille Guillemette se marie avec Jean Menisson, riche marchand épicier, bourgeois, conseiller de ville pendant 16 ans, de 1502 à sa mort en 1518.       

Un de ses fils, Christophe Menisson, seigneur de Saint-Aventin-les-verrières, marié en premières noces à Claude Largentier, acquiert le 16 mai 1538, cette maison qui appartient aux Quinze-Vingts de Paris, dans la rue de ce nom.

Cette rue s’est appelée rue des Gris-d’Arcis (étoffe couleur grise fabriquée à Arcis), puis du Mortier d’Or, rue de Gérard-de-Nivelle, puis de Colas-Verdey (Charmont) dès 1333, du nom de 2 notables y habitant, et en 1460, elle porta le nom des Quinze-Vingts. En effet, elle le doit à cette très petite maison qui appartenait à l’hospice des aveugles de Paris, et qui fut vendue en mai 1538, en l’état de masure, par le président Briconnet, directeur des Quinze-Vingts, à Christophe de Menisson, receveur du domaine à Troyes, qui réunit alors dans son habitation les n° 1, 3 et 5 de la rue des Quinze-Vingts, 8 et 12 de la rue de la Madeleine.

Christophe Menisson est un personnage important. Il fut échevin de Troyes de 1528 à 1530, puis conseiller de ville (comme son père) de 1530 à 1532. La considération dont il jouit à l’échevinage, lui vaut d’effectuer pour le compte de la ville, plusieurs voyages à Paris pour défendre les intérêts de la cité. En 1531, il se rend à Fontainebleau avec Nicolas Largentier, pour savoir si le roi François 1er a l’intention de venir à Troyes pour assister à une représentation du « Mystère de la Passion ». C’est à l’occasion de ces voyages qu’il noua des relations avec le président Briconnet, directeur de l’Hospice des Quinze-Vingts, ce qui lui donna la possibilité de réunir la maison appartenant à cet hospice, aux propriétés voisines.

 L’Hôtel Menisson est construit par Christophe Menisson vers 1540, 3, rue des Quinze-Vingts. Cet édifice construit sur 3 niveaux, avec un immense grenier et une grande cour en avant, permettant de dégager la façade principale pour laisser à la lumière et au soleil la faculté d’éclairer l’ensemble des locaux d’habitation, est élégant. Il est édifié en pierre et brique sur la façade sud-ouest et en pierre pour les 2 pignons. Au rez-de-chaussée, on trouve une partie centrale, avec accès direct sur la cour, l’antichambre qui sépare une salle à manger, côté rue de la Madeleine, et le salon, rue des Quinze-Vingts. La propriété de la famille Menisson forme un quadrilatère important, près de la porte de la Madeleine, compris entre la rue de la Corterie aux chevaux (devenue rue Général de Gaulle), la rue de la Madeleine et des Quinze-Vingts.


Au cours des siècles, les immeubles changèrent souvent de titulaires et la propriété fut scindée entre plusieurs familles, au gré des héritages et des mariages.  

Maison du Dauphin

La maison  du Dauphin  -  (côté rue Kléber)

côté est - rue Célestin-Philbois

Cette maison est l’une des plus anciennes de Troyes ; son manteau de cheminée porte la date de 1472. À la base de la console d’angle du poteau cornier nord, rue Célestin-Philbois, est gravé un blason comprenant trois fleurs de lys et un dauphin sous la couronne royale : c’est celui du Dauphin, fils du roi François Ier et futur Henri II de France. Il permet lui aussi de dater la construction. 

Henri est passé à diverses reprises par Troyes et notamment pour se rendre à Reims pour être Sacré roi de France le 26 juillet 1547, il prend comme emblème le croissant de lune. Ses devises sont Plena est œmula solis (« L'émule du soleil est pleine ») et Donec totum impleat orbem (« Jusqu'à ce qu'elle remplisse le monde tout entier »).



Restaurée en 2004 et longue de six travées, la maison du Dauphin* est typique de l’architecture troyenne, avec ses fenêtres à meneaux et son encorbellement, et présente une ferme d'avant-corps sur la rue Kléber et une autre sur la façade arrière.

Hôtel Juvénal des Ursins

 

Cet hôtel a appartenu à la famille de Jouvenel ou Juvénal des Ursins, magistrat, né à Troyes vers 1340, et décédé vers 1431, et dont on sait le rôle important dans l’histoire de notre pays au XIV° siècle.      

C’est une construction en pierres blanches, précédée d’un large perron.  La façade aux grandes fenêtres à meneaux moulurés s’orne d’un bel oriel de style gothique à trois faces, surmonté d’une tourelle finement sculptée à jour (restaurée au XVIIe s.). Au-dessus de l’entrée, on remarque, en encorbellement sur la façade, un édicule absidial à trois faces qui forme un joli oratoire, décoré de verrières du XVI° siècle.

Sur la façade  centrale est sculpté le blason de France entouré du cordon de Saint-Michel.  A droite, dans un cadre Renaissance, une inscription datée de 1688, dit que cette maison fut bâtie en 1520, brûlée en 1524 et réédifiée en 1526.  Sous le dôme, un Amour désarmé.


 Dans 2 pièces du premier étage, se trouvent des cheminées à manteau de boiseries Louis XVI. Le toit comporte une grande lucarne gothique du XVe s. provenant d’un édifice antérieur. Les vitraux intérieurs représentent les donateurs et La Crucifixion, aujourd'hui au musée des beaux-arts de Troyes.




 L'Hôtel des Ursins est classé parmi les monuments historiques depuis 1932.

Jusqu’en 1948, cette demeure abritait la clinique Juvénal des Ursins, rachetée par la Ville le 29 juin 1979

l'intérieur de l'hôtel des Ursins aujourd'hui



l'Hôtel Juvenal côté jardins



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