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samedi 4 janvier 2025

La querelle des vitraux de ND de Paris 1935-1965

 

Nicolas Coffetier Oculus vers 1855-1860

[Cet oculus témoigne des modèles ornementaux présents au-dessus des tribunes du transept de ND de Paris, principalement composés de décors floraux dans des tons vifs et heurtés. Contrairement aux verrières de la nef qui filtrent la lumière, ces oculi ont une fonction éclairante dans l’édifice.]




En 1935, douze artistes verriers parisiens proposèrent de remplacer les verrières en grisaille de Viollet-le-Duc installées dans les baies hautes de la nef de Notre-Dame de Paris par leurs propres créations. Encouragé par les défenseurs du renouveau de l'art sacré par la modernité, le projet se heurta pourtant à de nombreuses réticences au nom de la préservation de la cathédrale.

Aux côtés d’une quinzaine de vitraux (lancettes et roses) qui sont exposés pour la première fois depuis leur dépose en 1938, une vingtaine de maquettes et esquisses mais aussi des tableaux et de nombreux documents d’archives (plans, photographies, articles de presse…) viennent illustrer la virulence des débats de l’époque : Peut-on oui ou non insérer de l’art moderne dans les monuments historiques ? La création contemporaine y a-t-elle sa place et si oui comment ? L’exposition parcourt alors 30 ans de cette affaire qui s'échelonna de 1935 à 1965, avec des temps forts, des interruptions et des revirements. Cette dernière monopolisa de nombreuses attentions, aussi bien les acteurs de la culture que le grand public.

L’exposition démarre par l’intervention de Viollet-le-Duc vers 1855-1860. À la demande du Chapitre, il fit installer de nouveaux vitraux pour les fenêtres hautes de la nef. Auparavant ornées de verrières du XIIIe siècle, ces dernières ont été déposées en 1753 pour faire entrer davantage de lumière. Jugée peu satisfaisante d’un point de vue historique et esthétique, cette opération fut par la suite critiquée, ouvrant ainsi la voie à une nouvelle intervention.

Le projet, porté par douze maîtres verriers parmi les plus réputés de leur génération, provoqua de vives réticences qui aboutirent à une véritable dissension : aux partisans d'un respect immuable du patrimoine ancien, que nul ne saurait égaler, s'opposèrent les défenseurs d'un renouveau de l'art sacré par la création moderne.

Si cette proposition artistique, bouleversée par de nombreux revirements, ne vit jamais le jour, plusieurs vitraux ainsi que de nombreux documents d'archives témoignent encore de cette affaire qui enflamma pendant près de trente ans le monde du patrimoine et l'opinion publique. La virulence de ce débat autour de l’insertion de l’art contemporain dans un édifice ancien et hautement symbolique, trouve une résonnance toute contemporaine dans les discussions qui animent l’actuelle restauration de Notre-Dame, suite à l’incendie de 2019.


Valentine Reyre ; Carton pour une lancette : Sainte Foy de Conques

[Ce calque figurant la partie centrale de la lancette de Sainte Foy est l’une des dernières étapes avant la création du vitrail et a probablement servi à la réalisation du carton final. Il s’inscrit à la suite des phases dédiées aux dessins préparatoires (ébauches ou esquisses) et à celle de la maquette qui précise la composition, les couleurs, le passage des plombs et parfois le type de verre à privilégier. La mise au carreau de la maquette aboutit au carton, dessin à grandeur réelle ; l’emplacement des plombs, notamment, y est reporté grâce à un calque sur papier fort, comme c’est le cas ici. Reyre a sans doute exécuté ce fusain monumental à la verticale, depuis un échafaudage installé dans son atelier.]


Avant la querelle

Lorsque Victor Hugo publie Notre-Dame de Paris en 1831, la cathédrale est en bien mauvais état. La progressive prise de conscience de sa valeur symbolique et historique aboutit à d’importantes campagnes de consolidation et de restauration. Les architectes Eugène Viollet-le-Duc et Jean-Baptiste Lassus sont alors retenus sur concours pour diriger ce vaste chantier.

Viollet-le-Duc est notamment chargé d’installer de nouveaux vitraux pour les fenêtres hautes de la nef. Auparavant ornées de verrières du XIIIe siècle, ces dernières ont été déposées en 1753 pour faire entrer davantage de lumière.

 En l’absence des modèles médiévaux d’origine, Viollet-le-Duc s’est inspiré des vitraux de la cathédrale de Bourges. Ces nouvelles verrières, exécutées par le verrier Nicolas Coffetier  vers 1855-1860, offrent au regard un décor de grisaille animé de rinceaux végétaux. Toutefois, jugée peu satisfaisante d’un point de vue historique et esthétique, cette intervention fut par la suite critiquée, ouvrant la voie à la possibilité d’une nouvelle création.

1935, nouvelle proposition et premières réticences

En 1935, par l’intermédiaire de l’artiste Louis BARILLET, la commission des monuments historiques se voit soumettre la proposition de remplacer les vitraux de Viollet-le-Duc présents dans la nef par des créations contemporaines. Ces vitraux modernes sont à l’origine destinés à un pavillon de l’exposition internationale de 1937 et en cours d’exécution par douze maîtres verriers : BARILLET lui-même mais aussi Valentine REYRE, Jean HEBERT-STEVENS, le révérend père COUTURIER, André RINUY, Paul LOUZIER, Joseph-Jean-Kef RAY, Louis MAZETIER, Jean GAUDIN, Max INGRAND, Jacques GRUBER et Jacques LE CHEVALLIER.

Malgré certaines réticences et l’absence d’engagement officiel, la commission  encourage finalement l’initiative et charge Eugène Rattier, inspecteur général des monuments historiques, de suivre le projet. Ce dernier participe au programme iconographique aux côtés du cardinal Verdier et donne des directives aux artistes pour l’établissement des maquettes.

Dans un courrier du 25 mars 1935 adressé à G. Huisman, directeur général des Beaux-Arts, le vice-président de la commission Ruprich-Robert émet des réserves quant au projet. Le contexte de création des nouveaux vitraux, par le nombre des artistes et la diversité des propositions, apparaît peu propice à la création d’une harmonie d’ensemble. Plus encore, la suppression de grisailles en bon état au profit d’une création contemporaine ne lui semble pas conforme à la mission des monuments historiques qui « doit se limiter à préserver le patrimoine ». Il conclut que : « cet édifice ne peut être le champ d’une expérience qui n’est pas indispensable. ». Il fut finalement rassuré par Georges Huisman sur ces questions et le projet reprit son cours. Sa validation finale fut reportée après l’exécution des vitraux et leur présentation à l’exposition de 1937.

Esquisses préparatoires


Jacques le Chevallier - Esquisse pour la Rose du Credo


Jacques le Chevallier – Rose du Credo – « LA VIE ETERNELLE, AINSI SOIT-IL »

[Au centre l’Agneau avec un couteau dans le cou laissant couler le sang de la Vie Éternelle, autour, les quatre évangélistes : L’homme ailé pour St Matthieu, l’aigle pour St Jean, le taureau pour St Luc et le Lion ailé pour St Marc.]

En 1936, certaines lancettes sont accrochées dans la cathédrale à titre d’essai. Au printemps 1937, la commission des monuments historiques gagne Notre-Dame pour observer le rendu des œuvres et invite les maîtres verriers à modifier leurs vitraux pour harmoniser l’ensemble.

Au cours de l’exposition internationale, dont les portes s’ouvrent le 4 mai 1937, les vitraux sont présentés dans le Pavillon pontifical, érigé par l’architecte Paul Tournon dans les jardins du Trocadéro. Le thème du pavillon illustre le rôle de la religion dans la société moderne ; son parcours s’achève par une tour lanterne octogonale où prennent place les verrières. La configuration de cet espace impose aux maîtres verriers une présentation des vitraux différente de celles prévue pour Notre-Dame.

À la fin de l’exposition, en raison de la célébration en 1938 du tricentenaire de la consécration du royaume de France à la Vierge Marie, le pavillon fut conservé et prit le nom de Pavillon marial, prolongeant ainsi la présentation des vitraux jusqu’en décembre de cette même année

1938-1939 : La Querelle

(« […] dans un temps où les préoccupations économiques et la hantise d’une guerre abrutissent les intelligences et dépriment les sensibilités, le public parisien était encore capable de se passionner pour un problème d’ordre artistique. »

Raymond LECUYER,

« Du côté des Arts. Quelques vitres cassées à propos de vitraux »,

Le Figaro, 22 avril 1939)

 

Sainte Radegonde par Jean Hébert-Stevens



Saint Martin par Jean Hébert-Stevens


De retour du Pavillon marial, les vitraux sont à nouveau accrochés dans la nef de Notre-Dame en décembre 1938. Les membres de la commission reviennent observer les œuvres, présentées pour la première fois dans leur ordre définitif. À cette occasion, il est encore demandé aux artistes de remanier le dessin, les couleurs, la taille des saintes figures et les caractères des légendes ; certains verriers, comme INGRAND, RINUY ou RAY, doivent même revoir entièrement leurs œuvres.

Alors même que les vitraux sont en cours d’installation dans la cathédrale, le projet se heurte à une forte polémique autour de l’insertion d’œuvres contemporaines dans un édifice aussi emblématique et ancien que Notre-Dame. Détracteurs et partisans du projet s’affrontent alors par voie de presse et de radio, dans une querelle acharnée, rythmée par la virulence des propos de chacun. La portée symbolique de cette bataille n’échappe à personne et pose au grand public, pour la première fois, la question de l’introduction du vitrail moderne dans un monument historique.

Malgré l’adoption du projet par la commission en 1939, la menace d’une guerre devient chaque jour plus pesante. En septembre de la même année, l’atelier de Louis BARILLET est chargé de déposer les vitraux du maître et de ses confrères, avant de les entreposer dans les tribunes de la cathédrale. Du fait des circonstances de la guerre, rares sont les artistes à venir récupérer leurs œuvres. En lieu et place des vitraux modernes, la vitrerie du XIXe siècle est remontée dans les baies.

Louis BARILLET rédigera pas moins de trois lettres à l’adresse du directeur général des Beaux-Arts, appelant de tous ses vœux à ne pas enterrer le projet. Aucune de ces relances ne trouvera de réponse favorable, et les verrières ne recevront jamais plus la lumière de Notre-Dame.

Des douze maîtres verriers, seul Jacques LE CHEVALLIER se voit confier une commande postérieure ; s’inspirant d’abord des figures proposées en 1937, l’artiste présente finalement une composition abstraite en 1965, qui demeurera en place jusqu’à l’incendie de la cathédrale en 2019.

 

LES « POUR »

Qu’ils soient hommes d’Église, journalistes ou artistes, nombreux sont ceux qui cherchent à défendre le projet, à l’instar du peintre Maurice DENIS dont l’intervention dans le Figaro en 1938 est remerciée par les verriers de Notre-Dame. Au-delà des jugements esthétiques saluant la diversité des tons chatoyants, c’est aussi le savoir-faire des artistes qui est loué. Le cardinal VERDIER, auteur du programme iconographique moderne, appelle au renouveau spirituel par le biais de créations contemporaines. Les historiens de l’art, comme Louis Gillet ou Paul Jamot, soulignent quant à eux que le choix de vitraux à personnages, rappelant les verrières gothiques, renvoie à la tradition médiévale. Par sa composition, sa polychromie et son rythme, le projet de 1937 restituerait ainsi à la nef son atmosphère colorée du Moyen Âge, en lieu et place des vitraux de Viollet-le-Duc qui reçurent un accueil mitigé. C’est donc la vision d’un édifice religieux vivant, bénéficiant de l’apport successif des siècles passés, qui est ici défendue.


LES « CONTRE »

Si les protestations demeurent peu nombreuses, elles sont particulièrement vigoureuses : dès 1938, une pétition est adressée au cardinal Verdier au nom de l’association la Sauvegarde de l’art français, tandis que des journalistes comme Achille Carlier n’auront de cesse de fustiger le projet. On se récrie du peu d’harmonie de l’ensemble, de la cacophonie des couleurs, des compositions illisibles. Des arguments théoriques viennent corroborer ces appréciations esthétiques : s’appuyant sur une vision négative de l’évolution de l’homme et de l’art, les artistes contemporains seraient, depuis le XVIIIe siècle, incapables de rivaliser avec les maîtres anciens. Les opposants invoquent le respect de l’unité de style, qui réserve les vitraux modernes aux églises contemporaines ; aussi les critiques ne remettent-ils pas en cause la réussite du projet, mais affirment que sa place n’est pas à Notre-Dame. En filigrane, se devine la crainte de créer un précédent qui ouvrirait la voie à une propagation déraisonnée de la création moderne dans les édifices anciens.

Malgré leur obstination à faire échouer le projet, les arguments des opposants ne sont pas entendus par la commission qui adopte finalement le projet le 13 janvier 1939 ; cependant, les événements historiques allaient leur donner finalement satisfaction.


Esquisse de Jacques le Chevallier pour St Marcel et Ste Geneviève


Maquette de Jacques le Chevallier pour St Marcel et Ste Geneviève


Vitraux par Jacques le Chevallier, Saint Marcel et Sainte Geneviève 


Le devenir des autres verrières

En septembre 1939, lorsque Louis Barillet enjoint ses camarades de récupérer les vitraux que son atelier vient de mettre en caisse, une partie d’entre eux seulement s’exécute : LE CHEVALLIER, HÉBERT-STEVENS, BARILLET, GAUDIN, GRUBER, INGRAND et RAY.

Sur ces sept verrières, seules celles d’Hébert-Stevens et de Le Chevallier nous sont aujourd’hui connues. La disparition des œuvres de Gruber, Ingrand et Barillet s’explique principalement par la destruction de leurs ateliers d’origine. Quant aux fonds d’ateliers de Ray et Gaudin, conservés en partie par leurs successeurs, les documents ne permettent pas de retrouver la trace des vitraux.

En avril 1940, les caisses délaissées par RINUY, REYRE, COUTURIER, LOUZIER et MAZETIER sont déplacées dans les greniers des tribunes. Le vitrail de MAZETIER est par la suite confié à l’Atelier Vitrail France pour restauration, avant d’être installé dans l’église Saint-Hilaire de Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), devenu depuis 2018 un centre d’interprétation du vitrail.


Nativité par jacques le Chevallier


Les 12 Maitres Verriers

 

JACQUES LE CHEVALLIER (1896-1987)

Le projet de 1937

La représentation de saint Marcel, sainte Geneviève et le verset du Credo sur la vie éternelle échoit à Jacques Le Chevallier. Une première de la version la lancette de saint Marcel a pu être accrochée à Notre-Dame en 1936 ou en février 1937. La rose aurait elle aussi connut une première version figurant la Trinité, sans doute jamais réalisée. La verrière complète est finalement présentée en 1937. La commission demande à l’artiste de reprendre les chairs et les mains des saints, de simplifier la composition et d’harmoniser les tonalités de son œuvre. Les modifications du vitrail semblent s’être poursuivies jusqu’en 1959, date figurant sur le vitrail aux côtés de la signature de l’artiste. Des douze verrières originelles, la baie de Jacques Le Chevallier est ainsi la seule achevée par son auteur.

1956-58 : la reprise

En 1951 le projet de Notre-Dame revient à l’ordre du jour. La commission hésite entre la pose de vitraux à personnages ou de grisailles rehaussées de couleur. Afin de choisir, et parce que la verrière de Le Chevallier fut jugée parmi les plus réussies, les lancettes de saint Marcel et sainte Geneviève de 1937 sont accrochées dans la cathédrale, aux côtés de grisaille restaurées. Après observation des œuvres, et malgré la permanence des hésitations de la commission, cette dernière commande à Le Chevallier de nouveaux vitraux des deux saints, sur le modèle des figures exécutées en 1937. En 1956, les nouvelles lancettes sont accrochées en regard des anciennes dans la cathédrale, pour comparaison. Cette présentation ne permet toutefois pas à la Commission de se prononcer en faveur d’un programme figuratif ou abstrait.

1965, une proposition abstraite

Sur une proposition de Jean Verrier, inspecteur général des monuments historiques, Le Chevallier est finalement chargé d’étudier de nouvelles maquettes pour des vitraux non figuratifs. Des grisailles géométriques colorées sont ainsi présentées à la commission qui juge l’effet d’ensemble heureux, sous réserves de modifications. L’artiste en tient compte et fait évoluer sa verrière vers une composition plus libre et stylisée, tendant vers l’abstraction, dont le rythme asymétrique varie selon les baies. En février 1964, le ministre André Malraux se rend à la cathédrale et décide, compte tenu de l’avancement des réalisations, de poursuivre le parti choisi. Les vitraux d’essai, maintenus jusqu’alors en place, sont retirés et les dernières baies sont posées dans la nef de Notre-Dame le 17 juin 1965.

 

PAUL LOUZIER (1882 – 1953)

Aux origines du projet, les vitraux de Paul Louzier doivent figurer saint François de Sales et sainte Bernadette mais cette dernière est finalement remplacée par saint Jean-Baptiste Marie Vianney. Des différences notables existent entre la première maquette et la réalisation finale. Ainsi, sans doute dans l’intention d’harmoniser son œuvre avec celle voisine d’André Rinuy, les bordures sont traitées de manière bien plus anguleuse que celles initialement prévues. La commission fait peu de commentaires sur la création de Louzier en 1937, contrairement à 1939 où elle exige la modification des couleurs du saint François de Sales au profit de tons heurtés sombres. Louzier fait partie des artistes qui ne viendront pas chercher leurs verrières après leur mise en caisse en 1939, où elles resteront jusqu’en 2019.

 

ANDRÉ RINUY (1897 - 1989)

Les lancettes d’André Rinuy représentant saint Louis et saint Yves sont exposées pour la première fois dans Notre-Dame de Paris au printemps 1937. La commission est assez sévère dans sa critique et lui demande de revoir la figure de saint Louis qu’elle juge trop différente des réalisations des autres artistes. Suite à la nouvelle présentation au sein de la cathédrale en 1939, elle est encore plus cinglante. Elle attend de l’artiste qu’il revoie l’ensemble de son œuvre, considérée comme mauvaise tant dans la composition que dans les proportions et la tonalité. Les vitraux sont décrochés au début de la Seconde Guerre mondiale et les caisses sont placées dans les tribunes des bas-côtés. André Rinuy ne viendra jamais les chercher.

 

VALENTINE REYRE (1889-1943)

Après avoir figuré des esquisses de sainte Clothilde et de saint Martin, Valentine Reyre réalise finalement les illustrations de sainte Foy et de saint Martial. Les premières maquettes comportent des similitudes avec les vitraux, la principale différence étant l’ajout d’attributs, notamment le grill de sainte Foy. La rose connaît elle aussi des modifications : le verset du Credo relatif au Christ, initialement prévu pour Reyre, cède la place au verset sur le Saint Esprit. Suite à l’exposition des vitraux en 1937, la commission lui demande de refaire la tête de saint Martial. Les commentaires de 1939 sont plus précis et insistent sur la modification des proportions et des coloris afin d’harmoniser avec les verrières qui l’entourent. Suite à leur mise en caisse, Reyre ne récupèrera pas ses vitraux qui resteront dans les tribunes jusqu’en 2019.

 

JEAN HÉBERT-STEVENS (1888-1943)

Au début du projet, Hébert-Stevens se voit confier les figures de saint Loup et de saint Germain. Toutefois, suite aux changements d’iconographie, il doit finalement représenter sainte Radegonde et saint Martin, pour lequel il remploie les précédents panneaux de saint Germain. Les critiques de la commission en 1937 s’attachent surtout à la couleur des chairs. Celles de 1939, plus nombreuses, concernent essentiellement l’échelle des personnages et les plis de la robe de sainte Radegonde. Hébert-Stevens est l’un des rares artistes à avoir récupéré ses vitraux après leur mise en caisse ; s’il n’a pas apporté de modification, quelques retouches ont cependant été réalisées, mais l’identité de leur auteur reste inconnue. Des éléments de la verrière ont été présentés lors de la rétrospective posthume de l’artiste au Salon d’Automne en 1943.

 

LE PÈRE MARIE-ALAIN COUTURIER (1897-1954)

L’iconographie du projet initial attribue au Père Couturier les figures de Charlemagne et de saint Martial qui furent finalement remplacés par sainte Clotilde et saint Germain, pour lequel il remploie la maquette de saint Martial. L’artiste ne disposant pas d’espace pour la fabrication, le Guide du Pavillon pontifical indique que c’est l’atelier Champigneulle qui exécute son vitrail. Les verrières ne sont pas mentionnées par la commission au printemps 1937 laissant supposer qu’elles ne sont pas encore en place dans la cathédrale. Les remarques détaillées de la commission en 1939 portent sur la modification de certaines couleurs, des proportions et de la composition. Le Père Couturier ne récupère pas les vitraux à leur dépose en 1939. Dans les années suivantes, son soutien au général de Gaulle l'empêche de revenir en France.

 

LOUIS BARILLET (1880-1948)

Barillet joue un rôle de premier ordre dans le projet de Notre-Dame. Vers 1935, il propose au service des monuments historiques d’accrocher les vitraux dans la cathédrale, et aurait même participé au programme iconographique. En 1939, son atelier est chargé de déposer les vitraux. C'est à nouveau Louis Barillet qui sollicite sans relâche la commission pour reprendre, malgré la guerre, le projet. L’iconographie qui lui est dévolue est formée de saint Étienne, saint Denis ainsi que le verset « Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre ». La lancette de saint Étienne fait partie des œuvres les plus abouties présentées dès 1936 dans la cathédrale, puis dans le Guide du Pavillon pontifical avec quelques modifications. Barillet exécutera rapidement les changements préconisés en 1937.

 

JACQUES GRUBER (1870-1936)

En 1935, Gruber est à la fin de sa carrière ; aussi est-il possible que son fils JeanJacques ait réalisé à sa place la maquette prévue pour Notre-Dame. Son atelier exécutera le vitrail après sa mort, en décembre 1936. Gruber doit au départ figurer sainte Blandine et saint Rémy, avant que ce dernier ne soit remplacé par saint Sernin ; l’artiste ne modifiera que peu sa composition. La rose illustre le verset du Credo sur la résurrection de la chair. La verrière est exposée au Pavillon pontifical puis dans Notre-Dame en 1938-1939. Chose étonnante, la photographie prise lors de son installation dans la cathédrale montre que la rose n’a pas été entièrement posée, laissant voir en partie inférieure les grisailles de Viollet-le-Duc.

 

MAX  INGRAND (1908-1969)

En 1935, il est le plus jeune des douze artistes de Notre-Dame. La représentation de saint Éloi et de saint Sernin, transformé ensuite en saint Rémi, lui est confiée. Ce changement entraine une modification des attributs, la colombe de saint Rémi étant remplacée par un livre. La rose illustre quant à elle le verset du Credo « La rémission des péchés ».Avant d’être exposé au Pavillon pontifical, il n’est pas certain que le vitrail ait été accroché dans Notre-Dame en 1937. Toutefois, les remarques de la commission suggèrent que la verrière était bien en place dans la cathédrale en 1939. Bien que le projet de Notre-Dame ait été abandonné, Ingrand continuera de le mentionner parmi ses références.

 

JOSEPH-JEAN-KEF  RAY (1898-1979)

RAY fut l’un de ceux pour lesquels l’iconographie initiale de la verrière n’a pas été modifiée. Lui revient ainsi l’illustration de sainte Thérèse de Lisieux et de saint Vincent de Paul. Ce dernier, ami de saint François de Sales figuré par Paul Louzier dans sa propre verrière, est traditionnellement représenté tenant un enfant abandonné dans les bras. La rose illustre le verset du Credo « Il viendra juger les vivants et les morts ». Si, en 1937, la commission des monuments historiques ne cite pas le vitrail de RAY dans son rapport, elle demandera quelques remaniements de la verrière en 1939.

 

JEAN GAUDIN (1879-1954)

Gaudin fait partie des rares artistes à avoir gardé leur programme d’origine. Lui incombe de représenter saint Hubert, dont le chien à ses pieds rappelle la vision d’un cerf crucifère au cours d’une chasse, ainsi que sainte Odile tenant sa crosse d’abbesse. Le verset du Credo de la rose est celui de « La Sainte Église catholique, la communion des saints ». La première version de la lancette de saint Hubert a été présentée dès 1936 dans Notre-Dame, avant d’être reproduite en juillet 1937 dans le Guide du Pavillon pontifical. La verrière a été appréciée du public comme de la commission qui n’émet que peu de remarques à son sujet en 1939.

 

LOUIS MAZETIER (1888-1952)

L’iconographie établie pour Mazetier demeure inchangée tout au long du projet, à savoir saint Bernard s’appuyant sur sa crosse, sainte Jeanne d’Arc à la lance et le verset « Je crois au Saint-Esprit ». S’il semblerait que Louis Mazetier ait suivi les recommandations de la commission en 1937, ce ne fut pas le cas de celles établies en 1939, l’artiste n’ayant pas récupéré son œuvre à la veille de la guerre.

 

La restauration des vitraux


Les ateliers Belisama, Muranèse, Claire Babet, Vitrail France et la manufacture Vincent-Petit ont relevé un défi de taille : restaurer les verrières de la querelle, stockées depuis 1938 dans des caisses en bois. Avec une particularité : s’agissant de panneaux d’essai, une bonne partie des grisailles n’avait pas été cuite. Elles étaient donc très fragiles et ont exigé une restauration sur-mesure développée par trois ateliers spécialisés.

Les restaurateurs Flavie Vincent-Petit, Emma Groult et Emmanuel Putanier nous racontent : 

« La restauration des vitraux des vitraux de Notre-Dame de Paris s’est composée de 4 étapes fondamentales. En premier lieu, la documentation dont le but est de laisser une trace précise de l’état des verrières telles qu’elles ont été retrouvées, dans un dossier qui suivra les verrières partout. Vient alors le constat sanitaire, une analyse minutieuse, en laboratoire, de chaque verrière. L’objectif est de rechercher les pathologies, les éventuelles altérations physico-chimiques et toute autre indication permettant de bien guider les interventions à venir. Un travail particulier et demandant beaucoup de minutie puisqu’une grande partie des verres n’avait pas été cuit. Chose plus inhabituelle due à l’absence de cuisson, les verres sont passés par le dessertissage. Ils sont alors soigneusement retirés de leurs structures de plomb d’origine pour permettre un travail de restauration approfondi.

Pour finir, le nettoyage permet, en utilisant des méthodes douces pour préserver les couches de peinture et les pièces de verre d’origine, d’éliminer la saleté et les pathogènes. À ces étapes plus ou moins habituelles, sont venues s’ajouter 3 étapes exceptionnelles.

La cuisson, qui ne fait habituellement pas partie du processus de restauration et que la déontologie de la profession interdit lorsqu’il s’agit de verres anciens, a été requise puisque, cas très rare, la peinture de ces verrières d’essai était crue et donc instable. Il était crucial de préserver dans le temps l’intégrité de la proposition des artistes et la cuisson était le seul moyen d’y parvenir.

La réparation et le remplacement de verres brisés ou manquants pour correspondre au matériau et à l’aspect d’origine. Les verres étant teintés dans la masse, leur coloration est rarement sujette à problèmes, mais celle des verrières de 1935 est extrêmement riche, parfois assez complexe et certains dégradés sont aujourd’hui difficiles à retrouver.

Enfin, le ressertissage des verres dans de nouvelles structures de plomb et dans un cadre est venu conclure ce long travail de restauration et renforcer la structure des verrières lors des déplacements et des expositions.»


Saint Martial par le Père Marie-Alain Couturier 



 

« Il est ressuscité d’entre les morts le troisième jour » par Jacques le Chevallier


Jacques le Chevallier à André Malraux - 10 juin 1976




vendredi 10 mai 2024

Vitrail - Saint Amelie

 

Saint Amelie

Artiste : Kehinde Wiley

Réalisation : ateliers de la République Tchèque - 2014

Verre et plomb, peinture à la grisaille, émaux

Courtesy Templon, Paris-Bruxelles

 

Ce vitrail interpelle, c’est l’un des objectifs de l’artiste américain Kehinde Wiley. Le peintre se situe lui-même dans la lignée des peintres de portrait anglais, tels Joshua Reynolds ou Thomas Gainsborough ou le français jean-Auguste-Dominique Ingres.

L’artiste, face à l’absence du corps noir dans les collections muséales, décide de les réintégrer en réinterprétant des œuvres classiques de sa peinture, puis de la sculpture. Dans des portraits de taille monumentale, il applique le vocabulaire visuel et les conventions de la peinture héroïque et du sublime en insérant des figures d’hommes et de femmes de couleur. Il s’inspire de portraits photographiques qu’il prend d’abord dans les rue de Harlem, puis dans les grandes villes du monde entier. Il est particulièrement célèbre pour son portrait présidentiel de Barack Obama en 2018.

Ce vitrail fait partie d’une série inspirée des cartons de vitraux du peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) pour la chapelle Saint Ferdinand à Paris, commandé par le roi Louis Philippe en 1842. 

Kehinde Wiley s’est associé à des ateliers de République Tchèque pour traduire sa peinture sur le verre.

 Ici, à la place de Sainte Amélie, reine de Hongrie, l’artiste représente un de ses modèles récurrents, Kern Alexander. L’homme auréolé se tient debout sur un podium à son nom, sous une arcade géminée, bordée de croisillons, rosaces et trèfles à quatre feuilles. L’arrière-plan très orné et coloré qui s’inspire directement de l’œuvre néo-gothique, contraste d’autant plus avec la figure de l’homme afro-américain, habillé de vêtements contemporains urbains. Cité du vitrail de Troyes

 

Barack Obama par Kehinde Wiley - 2018








vitrail Perdrix

 

Perdrix 
verre et plomb, peinture à la grisaille, jaune d'argent

Panneau d’essai pour la cathédrale Saint Gatien de Tours

Par Pierre Carron (1923-2022)

Réalisation Michel Blanc-Garin (Sarthe) 2011


  En 2011, un concours est organisé par l’Etat pour une création contemporaine dans le transept nord de la cathédrale de tours. Il s’agit de remplacer les verres blancs modernes entourant la rose médiévale.

Le peintre Pierre Carron réalise avec Michel Blanc-Garin ce panneau d’essai qu’il présente au jury.

 Il choisit de « peindre  sur le ciel lui-même un contre-ciel, son envers, sous la forme de quatre éléments ». 

Sur une corniche architecturale, trois perdrix s’apprêtent à s’envoler. La perception de la vibration de l’air est permise par l’emploi d’un verre antique plaqué à l’épaisseur irrégulière, par la gravure et l’emploi de la grisaille qui modulent la lumière,  par le dépoli qui atténue la transparence.

Le choix du motif figuratif et le recours aux techniques traditionnelles du vitrail (peinture à la grisaille et jaune d’argent, emploi du plomb et de la gravure) sont un moyen pour Pierre Carron de s’intégrer dans le programme de vitraux médiévaux existant. 

Il avait notamment utilisé ces procédés pour les vitraux réalisés quelques années avant dans la cathédral Sainte Croix d’Orléans.

Son projet pour Saint Gatien fut finalement écarté au profit de celui de Gérard Collin-Thébaut.

A voir à la Cité du vitrail à Troyes.


Vitrail - le guépard

 

Panneau d’essai : Guépard

Artiste : Jean Michel Alberola (1953-)

Réalisation : atelier Duchemin (Paris)

pour la cathédrale St Cyr et Ste Julite de Nevers de Nevers

Verrière de la Création– 2002

Verre et plomb, peinture à la grisaille

 

En 1944, les vitraux de la cathédrale de Nevers sont détruits par un bombardement. Un programme de création contemporaine est lancé dès 1948 et se poursuit jusqu’en 2005, faisant intervenir plusieurs artistes. Les verrières du chœur gothique reviennent à Jean-Michel Alberola qui s’associe aux ateliers Duchemin.

Ce panneau d’essai appartient à une verrière consacrée au thème de la Création. Les choix iconographiques et techniques de l’artiste reposent sur le principe de citation. 

Ainsi, le guépard est peint à la grisaille d’après une gravure sur bois du XIXe siècle. L’évocation des vitraux médiévaux disparus se fait par l’emploi d’une large bordure, par le motif grillagé qui rappelle les « cages à mouches » du XIIIe s. ou encore par le choix du plomb qui cerne le dessin.

Pour autant, Albérola ne se contente pas d’un simple pastiche. Le guépard ici peint sur un verre émaillé opale sur blanc n’épouse pas la forme prévue au moment du dessin du carton. Le décalage créé entre le contenu et le contenant évoque visuellement la technique du collage chère à l’artiste et introduit une part d’abstraction dans l’œuvre.

A voir à la Cité du vitrail de troyes.

 


Vitrail - La vitesse

 

La Vitesse - 1928

Par Jacques Simon (1890-1974)

Verre et plomb

 

La famille Simon-Marq constitue la dynastie française de peintres verriers ayant connu la plus remarquable longévité, son activité s’étendant du XVIIe au XXIe siècle. 

Durant l’Entre-deux-guerres, son principal représentant est Jacques Simon, qui s’est illustré à la fois par la restauration d’édifices anciens et par ses créations destinées aux architectures contemporaines. Ce vitrail s’inscrit dans ce second aspect de son activité.

Il s’agit d’un vitrail destiné au pavillon de l’Automobile-Club Champagne-Ardenne-Argonne édifié en 1928 à Reims par l’architecte Jacques Rapin, à l’occasion de l’exposition des « Meilleures Marques ».

 Avec le paquebot et l’avion, l’automobile devient durant l’Entre-deux-guerres un symbole de modernité. Associée aux idées de progrès technique de vitesse et de liberté, elle constitue un sujet pour les artistes qui la traitent de manière à mettre en évidence ces propriétés.

Pour cette commande, Jacques Simon n’a pas eu recours à la peinture mais uniquement au verre et au plomb qui composent des panneaux maintenus par des barlotières verticales. Les lignes sont fuyantes et comme courbées par la vitesse du véhicule en plein virage. 

Au second plan, le paysage s’efface et ne conserve de reconnaissable que la rangée d’arbres bordant la route. Le découpage en panneaux verticaux évoque la succession des images sur une pellicule de photographie ou de cinéma, participant également à cette représentation moderne, voir futuriste, de la vitesse.

A voir à la Cité du vitrail de Troyes.



vitrail - Coloquintes et Nymphéas

 

Coloquintes et nymphéas
Par Jacques Gruber (1870-1936)
Provenant de la demeure de Paul Luc à Nancy – 1905

 En 1905, Jacques Gruber est au sommet de sa réputation de maitre-verrier. Il a mis au point des techniques et un vocabulaire artistiques qui lui sont propres et qui font le succès de ses créations. Depuis 1904, il a installé à Nancy ses propres « ateliers de travaux d’art et vitraux » où il peut répondre aux très nombreuses commandes pour des acheteurs variés. 

La production se distingue en « travail riche » pour lequel il utilise les luxueux verres américains et anglais, des verres opalescents ou dichroïques, des verres plaqués et gravés à l’acide, et en « production courante », à destination d’une clientèle plus modeste, dans laquelle il réintroduit la peinture à la grisaille sur des verres de qualité moindre.

Ce vitrail commandé pour la résidence de Paul Luc à Nancy appartient à la première catégorie. Il était intégré à une cloison ouverte dans le salon de l’habitation. Une autre verrière sur le thème des roses ornait les escaliers. Le dessin est une reprise en parti de cartons utilisés par ailleurs par Gruber. Les nymphéas de la partie basse se retrouvent ainsi que sur plusieurs autres verrières conservées en collections privées ou publiques. Les coloquintes de la partie haute en revanche, suivent un dessin original.

Le choix des sujets et leur traitement naturaliste appartiennent aux codes de l’Art Nouveau qui se déploie en Europe au tournant des années 1900 et dont Jacques Gruber est l’un des représentants les plus originaux.

A voir à la Cité du vitrail de Troyes




Vitrail islamique

 

Panneau islamique XIXe s.
Provient du Caire - Egypte
verre coloré, plâtre (dépot du musée du Louvre)

 

Panneau réalisé en plâtre ajouré à motifs de petits trous sur lesquels un réseau de bordures de plâtre en relief crée un ornement : un vase fleuri. De fines plaques de verre coloré insérées à l’arrière complètent le décor. Les bordures de ces motifs en relief sont taillées en biseau afin de diffuser la lumière plus largement. L’orientation des biseaux vers le bas, particulièrement visible sur les contours, indique que ce panneau devait être situé en hauteur et laisser la lumière colorée descendre vers les parties basses de la salle qu’il ornait.

Le motif du vase fleuri –ici des iris- est très répandu dans l’art ottoman et s’inspire de la vie quotidienne. La conception de ce panneau écran est assez éloignée de nos vitraux occidentaux. Ici, il s’agit essentiellement de filtrer la lumière pour en atténuer la puissance et maintenir l’intimité de ceux qui évoluent derrière. Très répandus dans le monde islamique depuis le XIXe siècle en contexte religieux (mosquées) ou privé (palais), ces panneaux contribuent à créer une atmosphère fraiche et colorée en intérieur. Ils sont parfois signés de noms célèbres.

A voir à la Cité du vitrail de Troyes.



vitrail - Histoire de la céramique

 

L’Histoire de la céramique - 1878
Louis Charles Auguste Steinheil (1814-1885)
Verre et plomb, émaux peinture à la grisaille

 Redécouverte en 1997, cette verrière du palais du Trocadéro est présentée au public pour la première fois depuis son démontage entre 1935 et 1937. Lors de son édification pour l’Exposition Universelle de 1878, quatorze baies du palais du Trocadéro furent pourvues de vitraux représentant l’histoire des arts de l’industrie. La verrière de l’histoire de la céramique fut la seule a être démontée puis conservée lors de la destruction du palais décidée en 1935 pour faire place à un nouveau palais devant accueillir l’exposition internationale de 1937.

Initialement confiée à Eugène Oudinot par l’architecte Gabriel Davioud, cette verrière fut finalement réalisée par Louis Charles Auguste Steinheil, assisté de son gendre Albert-Louis Bonnot et du verrier Charles Leprévost.

Un atelier de céramistes habillés à la manière de la Renaissance occupe le centre de la verrière. On y reconnait les étapes essentielles à la création d’une céramique : façonnage, peinture, cuisson et présentation aux commanditaires. Les inscriptions indiquent qu’il s’agit de l’atelier des frères Théodore et Xavier Deck (Paris). En partie basse, trois fenêtres en trompe-l’œil encadrent trois scènes en camaïeu de brun représentant les usages de la céramique au Néolithique, durant l’Antiquité et au Japon. En partie haute, un paysage complète la composition.

Cette verrière témoigne du goût pour l’éclectisme à la fin du XIXe siècle ; les costumes des personnages de la partie centrale et le décor architectural en partie basse sont empruntés à l’art de la Renaissance, tandis que la silhouette sombre de l’arbre se détachant sur le ciel trouve son inspiration dans l’art japonais. A voir à la Cité du vitrail de Troyes.


Vitrail Ange

 

Ange
Par René Lalique en 1926
Provenance église St Nicaise à Reims

 

Au sortir de la Première guerre mondiale, un vaste projet social est lancé pour la création d’une cité-jardin à la périphérie de Reims : la Cité-Jardin du Chemin-Vert. Une église dédiée à saint Nicaise est édifiée au cœur de ce « village » de plus de 600 maisons. Sa décoration, s’inscrivant dans le renouveau de l’Art Sacré est confiée aux plus grands artistes de l’époque. René Lalique, natif de Aÿ (Marne), proche de Georges Charbonneaux, commanditaire du projet, reçoit la commande du cycle des verrières, des luminaires et, plus tard, de la colombe eucharistique.

Pour les vitraux, il développe une technique novatrice : le verre pressé-moulé. Le verres est coulé dans un moule préalablement sculpté et passé sous une presse qui permet d’imprimer le motif dans l’épaisseur de la matière. La forme et les nuances de couleurs de cet ange agenouillé résultent donc uniquement des différences d’épaisseur du verre. Le contraste entre l’ange et le fond est accentué par un traitement dépoli du verre sur les parties en creux, faisant ressortir la transparence du vêtement ou le moelleux des plumes de l’aile qui retombent sur la jambe. La composition du verre de Lalique reste encore mal connue : la couleur jaune ambrée qui en émane diffuse une lumière chaude et tamisée, propre à créer une atmosphère de recueillement.

Lalique reprit cette technique par la suite pour réaliser de grands ensembles comme les portes du palais du prince impérial du Japon à Tokyo en 1932.

Exposé à la Cité du Vitrail de Troyes.



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