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mercredi 15 mai 2024

Hôtel du Petit Louvre

 


Bâti sur les murs de l’enceinte Gallo-Romaine, il est composé de bâtiments d’époques diverses.

Il y a tout d’abord des vestiges archéologiques, datant du premier mur d’enceinte de la première cité des Tricasses. Une datation au moyen du radiocarbone, indique que la tour a été édifiée avec des éléments du IIIe siècle, au moment des invasions normandes.

La tour est un vestige de l’ancienne porte fortifiée sud de la vieille cité, qui faisait corps avec les remparts, et qui datait du Bas Empire.

Cet hôtel historique, s’appelait auparavant Hôtel de la Montée, et appartenait au chapitre de la Collégiale Saint-Etienne.

Au XIVe siècle, il prend le nom de l’un des personnages les plus puissants par la naissance, par le rang, par la fortune, et par les divers offices qu’il remplit : Henri de Poitiers, évêque de Troyes (1352-1370), bailli, gouverneur et capitaine de la grande compagnie de la ville

Jeanne d’Arc y est hébergée, lors de son passage en 1429.

Il est occupé en 1501, par Etienne Budé (frère du célèbre humaniste Guillaume Budé), cousin germain de l’évêque de Troyes Jacques Raguier, puis jusqu’en 1517, par Louis Budé, archidiacre d’Arcis-sur-Aube, chanoine de la cathédrale et de la Collégiale Saint-Etienne.


Cet Hôtel historique, est reconstruit après le grand incendie de Troyes, par Odard Hennequin, notre 79ème  évêque, aumônier de François 1er qui en fait sa demeure de 1517 à 1539. Il devient Hôtel des Hennequin.

Jean de Brion, chanoine et grand chambrier de la cathédrale lui succède.

En 1558, Nicolas Le Tartier, curé de Saint-Jean, vicaire général de notre évêque Antonio Caracciolo, qui fonde en 1564 le Collège de la Licorne, ancêtre du collège Pithou, habite l’hôtel jusqu’en 1569.

Ensuite, plusieurs chanoines, jusqu’en 1609.

Ce fut pendant quelques années, la prison de l’Officialité (Justice) de l’évêque.

De 1609 à 1626, l’Hôtel est occupé par le marquis Charles de Choiseul-Praslin, pourvu par Henri IV de la charge de capitaine de la compagnie de ses gardes du corps, bailli et gouverneur de Troyes, nommé par Louis XIII, Maréchal de France.

En 1646, Buisson d’Aubenay, attaché à la maison de M. du Plessis de Guénégaud, ministre de la maison du roi et gendre de la maréchale de Praslin à qui il rend visite, fait une description élogieuse de cet hôtel.

De 1679 à 1654, Antoine Hennequin chanoine, loue l’hôtel, et y fait des travaux de restauration. Plusieurs chanoines, vicaires généraux et archidiacres lui succèdent.

 Ce fut le lieu préféré de rendez-vous du grand Conventionnel Danton, lors de ses séjours à Troyes.

Vers 1789, il devient relais de poste à chevaux : Hôtel du Char d’Or, principalement pour la diligence de Troyes à Paris, et point de départ de 17 voitures de messageries, desservant de nombreux villages de l’Aube.

En 1792, l’Hôtel du Petit Louvre devient bien national, et est acquis par Nicolas-Rémy Bourliet de la Prairie, maître de la poste aux chevaux. Ses diligences desservent Paris, Bâle, Châlons, Besançon, Langres… Il a pour successeur Jean-Baptiste Thibault.

La tourelle s’écroule en 1863, et n’est reconstruite qu’en 1988.

au pied de la tour, la maison des 3 pierres qui date de 1753 servait d'échoppe à un cordonnier

Hôtel de l'Auditoire

 

sur la gauche le CL à droite l'hotel Petit-Camusat ex-CCI

Un bâtiment dit de l’Auditoire, siège permanent de la juridiction du prévôt, figure sur un plan de 1679, gravé par Jouvin de Rochefort, trésorier de France, plan dédié à MM. Les Maire et Echevins de Troyes.

L’Auditoire occupe tout le 1er étage, le dessous forme la halle des drapiers drapant dès 1434, s’ouvrant sur la place de l’Etape au Vin.

L’Auditoire  royal de la Prévôté s’ouvre sur la rue du Chaperon. On y monte par un escalier extérieur de pierre à toit très élevé et couvert d’ardoises, ouvrant sur la rue du Chaperon et faisant face à la rue de la Levrette (rue Bruneval). Le prévôt (magistrat) y tient ses séances.

Les baillis s’occupaient des grandes causes, celles concernant la noblesse, les cas féodaux, le domaine, l’état des personnes. Le Prévôt était, lui, le magistrat du peuple, le juge de toutes les heures et de toutes les matières civiles, criminelles, commerciales.

En 1697,  il y a un plan gravé d’Antoine Parizot de Nîmes dressé par ordre des Maire et Echevins.

Jacques Camusat, bourgeois troyen, conseiller du roi et major de la milice bourgeoise, fait construire entre 1723 et 1727, un hôtel particulier (Chambre de Commerce, place Audiffred).

Il y installe son fils Nicolas, maire de Troyes (1759-1766) et colonel de la milice bourgeoise, seigneur de Messon, Errey et Villacerf.

A la suite de la réunion de la Prévôté de Troyes au bailliage, par édit du 17 juin 1749, les avocats et procureurs, conjointement avec les drapiers, vendent l’édifice en mai 1750, à Nicolas Camusat,  pour 6.100 livres.



En 1750, suivant une correspondance entre l’intendant des finances Trudaine, l’intendant de Champagne et le subdélégué de Troyes, la question est de savoir s’il y a lieu de construire une Chambre du Conseil aux officiers de la Maîtrise qui tiennent leurs audiences au palais, depuis la suppression de la Prévôté, les procureurs et avocats de Troyes ayant vendu l’Auditoire de cette juridiction.

Différents plans permettent de voir l’emplacement de l’auditoire de la Prévôté, puis le bâtiment construit à partir de 1750.

Nicolas Camusat fait bâtir sur l’emplacement de l’Auditoire, les dépendances dans le même style que l’hôtel.

Le Plan Coluel est le premier plan manuscrit au sol. Dès 1758, M. Coluel, ingénieur en chef de Champagne, dresse un plan qui devait servir aux alignements de la ville de Troyes et de ses faubourgs, échelle 1/268°. Ce travail est achevé en 1769 et arrêté le 2 août 1773, par la Chambre des finances de la province. Les Archives municipales de Troyes en possèdent un exemplaire, magnifiquement remis à neuf, et qui mériterait d’être exposé à la Mairie.

On trouve également un plan de Laloy de 1827, un en 1862, de nivellement de la place de la Banque, et un en 1885.

Il y a une date sur un fronton de fenêtre côté rue de la Monnaie : 1716, une date  place Audiffred : 1891 Ledanté Frères architectes.

A cette époque, l’immeuble actuel du Crédit Lyonnais est cerné au nord par la rue du Chaperon, devenue rue de la Monnaie (en 1530, rue de l’Auditoire) ; à l’ouest par la rue des Croisettes devenue rue Juvénal des Ursins ; au sud, par la place de l’Etape au Vin, appelée ensuite, place de la Banque (puis place Audiffred), car la Banque de France était installée dans l’immeuble de la Chambre de Commerce.

Nicolas Camusat vend l’immeuble à M. Jacques Pierre Fortier et son épouse Marie Huez qui, en 1807, le vendent à la Caisse d’Escompte de Commerce.

Cette dernière le revend en 1811, à Jean Julien Gréau, négociant, qui le revend en 1874 à Nicolas Contant, négociant.

En 1890, l’immeuble est vendu à M. François Soucin, marchand tanneur, et en 1924, son héritier le vend à la Société du Crédit Lyonnais.



Cette banque était installée 18, rue Juvénal des Ursins depuis 1882.

 « L’annuaire de l’Aube » indique pour la première fois, l’installation du téléphone dans la liste des abonnés au 1er février 1890.

C’est en 1891 que les frères Ledanté, architectes, transforment le bâtiment et la façade. La porte cochère disparait et la cour devient un grand hall avec dôme vitré.

Sur la façade apparaissent les armes de la ville de Lyon (un lion et 3 fleurs de lis)

En 2024, le Crédit Lyonnais est toujours place Audiffred !


Hôtel Petit-Camusat

 

hôtel Petit-Camusat 10 place Audiffred

La Chambre de Commerce de Troyes est "une vieille dame qui n'aime pas beaucoup parler d'elle", disait le Président Georges Babeau.

Au XVIIe siècle, existe une Communauté Unie des marchands de Troyes.

Au XVIIIe, ce sont les Grand-Gardes et Gardes du Bureau du Commerce.

Un arrêté du Préfet du 22 janvier 1801 fonde un Bureau du Commerce, qui s’appellera Conseil du Commerce, Chambre consultative du Commerce et, en 1814, Chambre de Commerce.

Ce sont les ancêtres de la Chambre de Commerce, créée à Troyes le 7 mars 1817, par ordonnance de Louis XVIII. Ses attributions sont de présenter au Ministre de l’Intérieur " des vues sur les moyens d’accroître la prospérité du Commerce, à lui faire connaître les causes qui en arrêtent le progrès, à surveiller l’exécution des lois et ordonnances concernant la contrebande et en signaler les abus ".

Cette Chambre de Commerce tient ses premières séances dans des salles de la Préfecture. A partir de juillet 1917, elle se réunit alternativement chez son président M. Simonnot aîné, ou à la Préfecture.  Le Maire de Troyes la loge à l’Hôtel de Ville en janvier 1819, et, en 1886, elle s’installe dans l’Hôtel Petit-Camusat construit en 1767, abandonné par la Banque de France, 10 Place Audiffred, qu’elle achète en 1921, et où elle reste jusqu’à l’été 2011. Cet Hôtel a été construit en 1740.

Parmi les élus, on retrouve les noms des grandes familles troyennes, manufacturiers ou négociants, qui siègeront également en qualité de juges au Tribunal de Commerce et au Conseil Municipal, avec une mention particulière pour M. Fontaine-Gris, qui fut Membre de la Chambre de Commerce pendant 43 ans, dont 21 comme Président, et 13 fois Président du Tribunal de Commerce.



Citons les plus importantes actions de la Chambre de Commerce:

- en 1825, recensement des fabricants de bas (2.811 fabricants, 8.000 métiers), de toiles (1.763 fabricants et 2.457 métiers), de draps (8 fabricants et 42 métiers) et des filateurs (53 et 60.756 broches),

- en 1827, création des cours du soir des Arts et Métiers,

- en 1830, création d’un Comptoir d’Escompte pour les classes les plus nécessiteuses du commerce et de l’industrie,

Hôtel de Moïse

 


Situé à l'angle des rues Charbonnet et Paillot de Montabert, cet hôtel en appareillage champenois, alternance de briques rouge et de calcaire. Il date de 1533 pour remplacer des maisons brulées par le grand incendie de 1524.

A l’origine, le lieu se nomme hôtel de la Chèvre, il est rebaptisé par les habitants, car, au niveau de la niche d’angle une statue de Moïse est installée en 1605. Malheureusement, la Révolution est passée par là et la statue de Moïse disparait. C’est en 2001 que le sculpteur troyen Christophe Thomas installe, après restaurations de l’édifice, la magnifique statue que nous connaissons aujourd’hui.


Devant le mur de l’hôtel, côté rue Charbonnet, un nouveau puits est installé sur l’emplacement de l’ancien détruit en 1826. La margelle provient de la cour de l'hôtel de justice (aujourd’hui Palais de Justice) à quelques pas de là.

La cour intérieure de l’hôtel possède un cadran solaire. Ses larges fenêtres de style Renaissance sont garnies de ferronnerie d’art.

Le premier propriétaire connu, en 1553, est le médecin Barthélemy Halluin. Ensuite, la maison passa entre les mains de Jean Nevelet, seigneur de Dosches et de Montceaux, allié aux célèbres Pithou par sa femme, Jeanne. À cette époque, la maison servait souvent aux baptêmes et mariages des Réformés. La statue de Moïse pouvait leur servir de repère dans ce quartier fortement peuplé par ces adeptes, l’Ancien Testament occupant une place importante dans cette religion.

La maison s’étend sur une parcelle rectangulaire qui ne permettait pas la construction d’un escalier en hors-œuvre, ce qui s’observe quelquefois dans le contexte troyen. Par conséquent, l’accès se fait par une porte située rue Claude Huez. Son linteau est orné d’un blason aujourd’hui bûché. Par sa forme, l’écusson, solidaire de la structure en pierre de la façade, date du second tiers du XVIe siècle.




armoiries buchées





mardi 14 mai 2024

Hôtel de Marisy

 


En 1486, à l'angle des rues Charbonnet et des Quinze-Vingts, une maison à pans de bois est réduite en cendres par le grand incendie de 1524. 

Claude de Marisy, seigneur de Cervet et de Bréviandes, grainetier au grenier à sel, qui fut maire de Troyes à deux reprises, fait reconstruire en pierre cet hôtel particulier en 1528, avec ses armes gravées dans la pierre. Ce maire est représenté au pied de l'arbre de Jessé sur un vitrail de la cathédrale.

Autre marque de l'importance de cette famille, deux de ses membres furent chargés de porter le dais sous lequel était abrité le roi Charles IX lors de sa visite à Troyes en 1563.

Cet Hôtel particulier est reconnaissable à sa jolie tourelle d’angle en encorbellement, avec de petites figurines sculptées, chef d’œuvre de la Renaissance. Tourelle hexagonale, à l'angle des rues Charbonnet et des Quinze-Vingts, porte sur son socle trois blasons : ceux de François de Marisy, de son épouse Michelle de Mollé, et de sa mère Isabeau de Lamprémont. Les 3 fenêtres grillagées sont bordées de pilastres avec un fronton triangulaire. Un petit campanile à 3 faces couronnées d’un vase, est coiffé d’un dôme.





Hôtel du Lion Noir

 


L’Hôtel du Lion Noir a été construit au XVIe siècle à l’emplacement d’un bâtiment détruit par l’incendie du 26 février 1559 qui coûta la vie à plusieurs de ses occupants. Un blason retrouvé sur la hotte de la cheminée du premier étage mentionne quatre familles troyennes importantes : la famille Huez[1], Marguenat[2], Largentier[3] et d’Angenoust[4]. Ces familles devaient être les propriétaires de cet hôtel mais aucun élément n’a permis de savoir s’ils sont les premiers propriétaires. L’histoire de ce bâtiment devient plus précise au XVIIe siècle puisqu’il apparaît dans des actes notariés[5]. Il est mentionné comme « la maison du Lion Noir » à laquelle pend une enseigne représentant un lion noir.

L’Hôtel du Lion Noir est constitué de deux bâtiments : un bâtiment donnant sur la rue que les modifications architecturales apportées ne permettent pas de dater avec précision mais dont les ouvertures laissent penser à un bâtiment du XVIIe siècle. Le corps du logis, sur cour, est incontestablement du XVIe siècle et caractéristique de l’architecture de la Renaissance. En effet, la composition architecturale et les sculptures de ce bâtiment le situent dans la seconde Renaissance italienne. Après l’exubérance de la première Renaissance, la seconde se traduit par une plus grande sobriété et une inspiration directe des monuments antiques. L’harmonie des ouvertures, les pilastres et les chapiteaux traduisent sur cet hôtel du Lion Noir la seconde Renaissance troyenne. Cette architecture remarquable est unique à Troyes, et c’est par ailleurs une des rares représentations de ce style construit en bois visible en France. Ce type d’architecture s’applique habituellement à des bâtiments en pierre.

Ce chef d’œuvre architectural pourrait vraisemblablement être l’œuvre de Dominique Florentin, sculpteur italien qui a vécu à Troyes entre 1541 et 1571. Dominique Florentin a travaillé sur le château de Fontainebleau avec le Primatice (initiateur de la seconde Renaissance) et également à Troyes. Il a également construit les portiques décoratifs pour l’entrée du roi de France dans la capitale de la Champagne. Selon Jean Louis Valentin, architecte et compagnon charpentier, cet hôtel a dû être construit vers 1570, ce qui semble être cohérent avec la période de passage à Troyes de Dominique Florentin.

Par ailleurs, une salle située au premier étage rappelle les salles de château avec sa cheminée et ses murs en damiers champenois, et laisse penser que cet hôtel devait être plus grand. Il a dû être séparé en deux parties pour des raisons inconnues. En effet, au fil du temps, toutes traces de cet hôtel ont disparu et sa présence tombe dans l’oubli.

C’est par un concours de circonstances que l’hôtel du Lion Noir a été découvert : la faillite du magasin de chaussures Bally entraîna le rachat de cet hôtel en 1997 par les Mutuelles de Poitiers d’une part et par la société SCI Renaissance appartenant à l’architecte François Peiffer et à Maître Somborn, notaire, d’autre part. A cette période, le bâtiment est entièrement recouvert de crépi, cependant, certains éléments architecturaux du bâtiment donnant sur la cour indiquent la présence d’un immeuble de qualité, malgré les transformations et les dégradations. Les deux bâtiments sont reliés par des galeries à un escalier dissimulé par des verrières qui servaient d’entrepôt.

Une fois le crépi enlevé, une magnifique façade Renaissance à pans de bois apparaît. Les travaux sont momentanément suspendus. Une demande d’inscription à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques est alors déposée après concertation entre la Ville de Troyes et les Services Départementaux et Régionaux des Affaires Culturelles.

L’escalier montre un travail minutieux de sculpture : le poteau central est réalisé dans un seul chêne. Les décorations sculptées, les chapiteaux et autres ornementations sont également de grande qualité. Les sculpteurs ont travaillé le bois comme la pierre : ils ont sculpté dans l’épaisseur de la façade en creusant le bois.

Cette restauration achevée en 1998 est révélatrice des merveilles que l’on peut découvrir par hasard et que l’on ne soupçonnait pas.

 [1] D’azur à un oiseau sur une terrasse accompagné de trois étoiles.

[2] D’azur à trois bandes d’or au chef du même chargé de trois roses.

[3] D’azur à trois chandeliers d’église or posés deux en chef et un en pointe.

[4] D’azur à deux épées hautes les gardes d’or posées en sautoirs.

[5] Un acte notarié du 14 mars 1695 constate la cession de cet immeuble par Jehan Huez à Thienette Lambert veuve Benoist.

 

vendredi 10 mai 2024

Hôtel Saint-Georges

 Hôtel Fadate de Saint Georges XVIème siècle à Troyes


Charles-Jacques de Fadate de Saint-Georges est un homme politique né le 2 juillet 1779 à Troyes ; décédé le 8 juillet 1854 (à 75 ans) Lirey - Officier de la Légion d'honneur

Fils de Jacques de Fadate de Saint-Georges, mestre-de-camp de cavalerie dans la maison du roi avant la Révolution, puis maréchal de camp dans l'armée de Condé, Charles-Jacques de Fadate était membre de la commission hospitalière de la ville de Troyes major de la garde nationale en 1814. Il obtenu de l'état-major allié l'évacuation de la plupart des troupes étrangères, et répondit de la ville sur sa tête.

Maire de Troyes de 1816 à 1826, il est élu député de l'Aube le 6 mars 1824.

Il est nommé par décret royal préfet des Côtes-du-Nord en 1827. Il occupa ces fonctions jusqu'à la révolution de juillet 1830. Il donna alors sa démission et rentra dans la vie privée





Fadate de Saint-Georges, un notable monarchiste passé au vitriol

La biographie des députés de la chambre septennale de 1824 à 1830 dresse un portrait assez peu amène de Charles Jacques Fadate de Saint-Georges (1779-1853).

Il est vrai que l’auteur, Pierre Massev de Tyronne est fervent bonapartiste.

« M. Fadate de Saint-Georges est royaliste. Il ne serait pas fâché de devenir préfet : il y parviendra, parce qu’il est naturellement heureux… » Effectivement, il sera préfet des Côtes-du-Nord de 1827 à 1830.

« Deux de ses frères sont morts très à propos pour augmenter sa fortune ; de plus, il ne manque pas d’adresse. Quand on a cinq enfants à établir, il faut se faire député ; telle a été l’idée de M. de Fadate de Saint-Georges. On assure qu’il défend très bien les intérêts de sa petite famille… »

Intéressé, l’homme est adroitement versatile. Ainsi, « si le ministère change, M. de Saint-Georges (…) tournera avec un place pour un de ses fils, une augmentation de son indemnité d’immigré… »

Peu soucieux du bien commun, l’homme a donné un « discours remarquable » sur le projet de loi relatif aux comptes de 1823 affirmant : « il y a eu vol, dilapidation, mais la Chambre doit approuver. »

Voilà pour le politique. La personne n’est pas plus lattée : « Bel homme et célèbre pour ses succès de boudoir », il a remplacé à la mairie de Troyes « un homme d’une grande probité ».

 

Cour intérieur de l'hôtel st Georges rénové



L'hôtel Saint-Georges appartenait à une amie de ma grand-mère, Mme Hélène G. chez qui nous nous rendions souvent et qui se situe rue du palais de justice. Mme Hélène décédée, sa seule et unique fille et héritière, après bien des tergiversations, s’est décidée à vendre l'hôtel (2013) devenu, pour cause « d’abandon » dans un état bien triste.

coupure de presse lors de la restauration

Ce n’est qu’en 2014 que ce magnifique monument se voit donner un bain de jouvence pour redevenir un « hôtel particulier du XVIe siècle » avec tous ses atours et une certaine opulence seigneuriale.

Avec ses 800 mètres carrés et un investissement de 1 million d’euros pour les travaux, Saint-Georges s’est transformé en 10 appartements allant de 55m² à 100m² et est devenu un « Appart-Hôtel » en centre-ville non loin de la gare sncf de Troyes.







mercredi 8 mai 2024

Hôtel Jacques Nicot

 

La rue du Palais de Justice était connue, avant 1851, sous le nom de rue du Bourg-Neuf.

Les façades et toitures de l’immeuble du n° 29, ont été classées sur l’inventaire des sites dont la conservation présente un intérêt général, par un arrêté du Ministre de l’Education Nationale en date du 10 septembre 1945, qui préserve également dans cette même rue, les numéros 3, 5, 23, 25, 31 et 33.

Intéressons-nous au n° 29. Parmi les notoriétés de ses habitants, nous trouvons un notaire royal, un procureur du roi, un trésorier général des receveurs de la généralité de Champagne, un lieutenant en la prévôté, un trésorier des poudres et salpêtres, échevin et maire de Troyes, un avocat au Parlement, un lieutenant en l’Election, un conseiller au baillage et siège présidial également échevin et maire…

L’abbé Etienne Georges évoque les bonnes soirées qui se tenaient au XVIII° siècle dans cet hôtel qui portait alors le n° 100 de la rue du Bourg-Neuf.

On se trouve en présence d’un bâtiment construit immédiatement après l’incendie de 1524. D’importantes modifications eurent lieu depuis le XVI° siècle. La façade sur la rue présente au rez-de-chaussée une fenêtre pourvue de barreaux de fer. Le second étage s’ouvre sous une corniche à modillons en quart de cercle.

En 1503, l’administration de l’Hôtel de la Monnaie vend cette propriété à Jacques Nicot.

Un petit pavillon édifié à droite du porche, servait de logement au portier. Il possédait sur la rue une unique et étroite fenêtre de 30 cm x 80 cm, armée de barreaux de fer. La cheminée s’ornait d’une lourde taque en fonte, de 1,12 m sur 0,85 m, curieuse et intéressante. 


Sous le corps de logis principal est creusée une grande cave voûtée en pavés de craie et pourvue de 4 arcs de soutènement en briques. On y accède par un escalier de pierre de 20 marches, prenant son origine dans la cour d’entrée, à proximité du porche. A droite et vers le milieu de cette cavité, s’ouvre une courte galerie d’une hauteur de 2 m 20 terminée par un mur creusé, à son coin droit inférieur, d’un puits aujourd’hui comblé. L’intérieur circulaire  est construit en petits pavés de craie réguliers et l’ouverture est ornée d’un arc en accolade à 0 m 85 au-dessus du sol. Dans la seconde cour existaient aussi 2 autres puits servant aux besoins courants des habitants. Dans cette galerie, et perpendiculairement à celle-ci, 2 autres petites galeries se détachent, ayant environ 4 m de long sur 1 m 60 de large. Celle de droite, qui devait s’enfoncer sous la rue a été visiblement murée. Celle de gauche se termine par une petite niche. Leur édification  rappelle le souvenir de l’incendie monstre de 1524, et ne sont pas étrangers aux soins tout particuliers apportés à la construction de ces réseaux de caves et caveaux, aptes à remplir le rôle d’abri, de cachette, et aussi d’issue dérobée en cas de sinistre ou de tout autre danger, guerre ou émeute par exemple. De cette cave, un passage conduit à un escalier à vis dont la cage circulaire, le pilier central sont en pavés de craie, et les marches usées, en pierre. Il aboutissait dans la cour.

Hôtel Menisson

 

hôtel Menisson - rue des quinze-vingts- troyes

C’est dès 1407 que l’on trouve la présence d’une maison rue des Quinze-Vingts, tenant « des 2 côtés du pavé royal de la rue de l’église de la Madeleine ».

Parmi les détenteurs, figurent, en 1446, Jean de Rance, puis en 1462, Antoine Disosme, secrétaire du roi, dont la fille Guillemette se marie avec Jean Menisson, riche marchand épicier, bourgeois, conseiller de ville pendant 16 ans, de 1502 à sa mort en 1518.       

Un de ses fils, Christophe Menisson, seigneur de Saint-Aventin-les-verrières, marié en premières noces à Claude Largentier, acquiert le 16 mai 1538, cette maison qui appartient aux Quinze-Vingts de Paris, dans la rue de ce nom.

Cette rue s’est appelée rue des Gris-d’Arcis (étoffe couleur grise fabriquée à Arcis), puis du Mortier d’Or, rue de Gérard-de-Nivelle, puis de Colas-Verdey (Charmont) dès 1333, du nom de 2 notables y habitant, et en 1460, elle porta le nom des Quinze-Vingts. En effet, elle le doit à cette très petite maison qui appartenait à l’hospice des aveugles de Paris, et qui fut vendue en mai 1538, en l’état de masure, par le président Briconnet, directeur des Quinze-Vingts, à Christophe de Menisson, receveur du domaine à Troyes, qui réunit alors dans son habitation les n° 1, 3 et 5 de la rue des Quinze-Vingts, 8 et 12 de la rue de la Madeleine.

Christophe Menisson est un personnage important. Il fut échevin de Troyes de 1528 à 1530, puis conseiller de ville (comme son père) de 1530 à 1532. La considération dont il jouit à l’échevinage, lui vaut d’effectuer pour le compte de la ville, plusieurs voyages à Paris pour défendre les intérêts de la cité. En 1531, il se rend à Fontainebleau avec Nicolas Largentier, pour savoir si le roi François 1er a l’intention de venir à Troyes pour assister à une représentation du « Mystère de la Passion ». C’est à l’occasion de ces voyages qu’il noua des relations avec le président Briconnet, directeur de l’Hospice des Quinze-Vingts, ce qui lui donna la possibilité de réunir la maison appartenant à cet hospice, aux propriétés voisines.

 L’Hôtel Menisson est construit par Christophe Menisson vers 1540, 3, rue des Quinze-Vingts. Cet édifice construit sur 3 niveaux, avec un immense grenier et une grande cour en avant, permettant de dégager la façade principale pour laisser à la lumière et au soleil la faculté d’éclairer l’ensemble des locaux d’habitation, est élégant. Il est édifié en pierre et brique sur la façade sud-ouest et en pierre pour les 2 pignons. Au rez-de-chaussée, on trouve une partie centrale, avec accès direct sur la cour, l’antichambre qui sépare une salle à manger, côté rue de la Madeleine, et le salon, rue des Quinze-Vingts. La propriété de la famille Menisson forme un quadrilatère important, près de la porte de la Madeleine, compris entre la rue de la Corterie aux chevaux (devenue rue Général de Gaulle), la rue de la Madeleine et des Quinze-Vingts.


Au cours des siècles, les immeubles changèrent souvent de titulaires et la propriété fut scindée entre plusieurs familles, au gré des héritages et des mariages.  

mardi 7 mai 2024

Hôtel d'Aultruy et Louis le Boucherat

 

Hôtel d’Aultruy – rue Général de Gaulle à Troyes

Cet hôtel construit vers 1560 pour Louis le Boucherat, prend le nom qu’il porte encore aujourd’hui lorsqu’il est racheté par Jean d’Aultruy, maire de Troyes en 1592, anobli par le roi Henri IV.

La façade en appareillage champenois (alternance de craie et de brique) est ornée d’une belle lucarne. Le linteau de la porte d’entrée est sculpté : entre les vases de fleurs et de fruits, on y découvre les blasons de la famille d’Aultruy autour du « coq hardy », emblème des Boucherat.

En contournant la maison par la rue de la Madeleine, on aperçoit contre la façade arrière une jolie tour à cinq pans.


Louis Boucherat, Seigneur de Compant, né le 20 août 1616, descend de Guillaume Boucherat de Troyes, qui, avocat au Parlement de Paris, au milieu du XVI° siècle, y occupait le Barreau avec Pierre Seguier, Charles du Moulin, Christophe de Thou, Denis de Ryantz, Jean-Baptiste du Mesnil et autres illustres « qu’un mérite connu et éprouvé éleva depuis aux premières places de la Robe ». 

Louis Boucherat en robe de chancelier, la main posée sur la cassette des sceaux de France.

jeudi 18 avril 2024

Hôtel de Vauluisant

 

L’Hôtel de Vauluisant

 

Il occupe l’emplacement d’un couvent appartenant à l’abbaye cistercienne Notre Dame de Vauluisant (Valée Luisante), dans le diocèse de Sens. Les religieuses de cette abbaye s’installèrent à Troyes dès le XIIe siècle pour se rapprocher des Comtes de Champagne, leurs bienfaiteurs. L’incendie de 1524 consuma la maison en grande partie.

L’hôtel actuel comporte deux périodes bien distinctes :

- un pavillon à tourelles construit dès 1559 par Antoine Hennequin, receveur de tailles

- un corps de bâtiment en retour d’équerre élevé au XVIIe siècle par la famille de Mesgrigny qui le prolongea par des communs et ferma la cour ainsi formée, par un portail monumental.

Le pavillon central est flanqué de deux tours d’inégales grosseurs : celle de gauche, la plus grosse, renferme l’escalier qui dessert les étages ; celle de droite abrite des oratoires ; toutes deux sont terminées par un épi de faitage en plomb décoré de la lune et du soleil.

La façade de ce pavillon est composée d’un rez-de-chaussée élevé sur une cave voûtée et d’un premier étage surmonté d’une lucarne triangulaire. Un escalier en fer à cheval à double évolution, d’époque Louis XVI, permet d’accéder à l’entrée de l’hôtel, qui est surmonté des armes de la famille de Mesgrigny et d’un fronton triangulaire. Elle est encadrée de part et d’autre d’une fenestrelle et d’une croisée. Le premier étage est percé de quatre baies, dont deux jumelles au centre ; dessous chacune d’elles est un cartouche encadré de cuirs enroulées ; au-dessus, un entablement décoré de quatre frontons triangulaires alternés de vases déchiquetés et fleuris. Ce décor typiquement Renaissance contraste avec la sobriété toute classique du corps de logis du XVIIe siècle qui prolonge le pavillon du sud.

A l’intérieur, le rez-de-chaussée comporte en particulier une grande salle de neuf mètres sur sept. Son principal ornement est une monumentale et splendide cheminée composée de deux colonnes corinthiennes supportant un riche entablement qui s’élève jusqu’au plafond.


Cheminée de l’annonciation

Première moitié du 16e siècle, vers 1520-30

Pierre anciennement polychromée (H 3,70m – L 2,58m)

Provient d’une maison, angle rues Turenne et de la synagogue, Troyes. Dissimulée derrière une cloison jusqu’en 1910, découverte lors d’une restauration, remontée dans une autre maison, léguée ensuite au musée.

La partie inférieur de cette cheminée monumentale, très sobre, dirige toute l’attention du spectateur vers la scène représentée au registre supérieur (ou « manteau ») : l’annonciation. Dans cette scène du Nouveau Testament, l’Ange vient annoncer à la Vierge Marie qu’elle porte en elle le futur Messie.

L’évènement se déroule sur trois compartiments. A gauche, la Vierge porte la main à son cœur à l’annonce de la nouvelles. A droite, l’Ange tend les bras vers la vierge en prononçant les paroles dont les mots devaient être peints sur le phylactère qui s’envole de sa bouche. Au-dessus de Marie s’échappe un même phylactère porteur de sa réponse. Au centre, se tient un vase de fleurs de lys, symbole de la virginité de Marie.

Les personnages sont encore d’inspiration traditionnelle gothique, mais le décor relève du répertoire de la Renaissance : coquille, pilastres avec médaillons, têtes d’angelots.

Dans l’angle gauche, en bas du manteau, figure le blason de la famille Molé : dans l’angle droit, deux belles figures d’angelots.

La façade de cheminé date du 17e siècle. Elle porte deux blasons armoriés surmontés d’initiales enlacées et d’une couronne de marquis. Le blason de gauche, tenu par deux licornes, porte les armes d’Edouard Colbert, marquis de Villacerf (Aube), surintendant général des Bâtiments du Roi (Louis XVI), mort en 1699. Le blason de droite orné d’un chevron, de roses et d’une croix, entouré de branches d’olivier, est celui de son épouse Marie-Geneviève Larcher. (Provient de la ferme de Tibergeon, près de Lusigny. Don Salietti 1893).

Don de Mme Pierre Salet en 1959, Inv.59.1


détail

Le Conservateur du Musée de Cluny à Paris a dit de cette cheminée :

«  Il s’agit là d’une des plus belles cheminées que je connaisse : les deux personnages de l’Annonciation qui se profilent derrière un jeu de pilastres sont une de ces inventions exquises dont s’enchantent les amateurs d’art... Cette œuvre manifeste avec éclat le talent des imagiers troyens de XVIe siècle... ».

L’impératrice Marie-Louise et son fils, le petit roi de Rome, quittant la France pour l’Autriche, passèrent la nuit du 26 au 27 avril 1814 dans cette demeure.


L’on y trouve également la Mise au tombeau de l'abbaye Montier-la-Celle à St André-les-Vergers (10) 

 Claude Bornot (vers 1480-1545)  la grande Mise au Tombeau de 1534 de l’ancienne abbaye de Montier-la-Celle, où les détails des vêtements, nœuds raffinés et plis « mouillés », les expressions des visages aux sourcils froncés expriment les émotions dans un style tout différent. Et l’auteur, anonyme, des deux Sibylles énigmatiques (les autres du même ensemble se trouvent aux musées du Louvre et d’Écouen), aux postures savantes et vêtements recherchés, finement ciselées dans la pierre calcaire de la région.

Le Christ instituant l’Eucharistie

Entourage du Maître de Chaource

Première moitié du XVIe, vers 1520-1530

 

Le Christ debout derrière un Autel, fait face au fidèle. De sa main gauche il tient au-dessus d’un calice une hostie disparue. Sa main droite esquisse un geste de bénédiction.

Est ici représenté l’instant de la première Eucharistie, issue de la Cène, dernier repas de jésus avec ses apôtres.

Son visage présente les caractéristiques de ceux des personnages sculptés par le Maître de Chaource : nez droit, à méplat, arcades sourcilières rectilignes.

Le Christ instituant l’Eucharistie est un sujet rarement représenté en sculpture, mais plutôt sur des panneaux peints.

 

La Mise au tombeau 1ère partie

  Crypte de l'Église Saint Jean-Baptiste de Chaource - XVIe siècle La Mise au tombeau se situe à la fin de la Passion du Christ et est r...