lundi 5 août 2024

Sainte Geneviève de Nogent

 

Sainte Geneviève de Nogent, la Vénus des Capucins




En 1632, Claude Bouthillier de Chavigny*, seigneur de Pont (sur Seine), Intendant des finances, fonda le couvent des Capucins à Nogent-sur-Seine (10).

Un jour, rendant visite à Mme de Bouthillier, les religieux remarquèrent, dans le parc du château, une splendide statue de marbre blanc représentants, d’après la tradition, Vénus. Loin de détourner les yeux, les religieux, dont le monastère construit depuis peu était dépourvu de statues de saints, trouvèrent à Vénus un certain air de piété et suggérèrent à Mme de Bouthilier, qu’après quelques minimes transformations, celle-ci pourrait devenir une Sainte Vierge très présentable, surtout si on lui faisait porter un enfant jésus dans les bras car ceci aurait l’avantage de cacher sa poitrine.

La femme de l’intendant se laissa convaincre et fit présent de sa Vénus aux Capucins.

L’Enfant Jésus fut fabriqué en plâtre qui, avec le temps, finit par devenir complètement gris, contrastant avec la blancheur du marbre.  Qu’importe, la piété et la ferveur étaient là. Vénus, devenu Vierge, passa tranquillement 150 ans au milieu des Nogentais ravis d’une si belle Sainte Vierge…Jusqu’à la tourmente révolutionnaire qui allait lui occasionner quelques ennuis…

En effet, en 1792, l’église du couvent ayant été réquisitionnée pour être un « Temple de Justice », on enleva l’Enfant Jésus devenu inutile pour le rôle que l’on voulait faire tenir à sa Mère et on mit, dans la main de celle-ci, une balance. Ainsi devenue symbole de Justice, elle fut placée à l’extérieur de l’ex-église saint Laurent.

L’ancien curé (1) reprenant ses fonctions passa à l’action. Voulant, sans nul doute préserver la statue de nouveaux avatars de la part des Républicains – Elle était très belle et faisait la convoitise de plus d’un – il décida de la transformer en Sainte Geneviève ! Pourquoi Sainte Geneviève ? Peut-être parce que cette sainte ayant sauvé Paris, obtiendrait sans doute plus de considération de la part des révolutionnaires…

En prenant son service chez les Capucins, Vénus avait gardé ses charmes, les moines s’étant contentés de dissimuler sa poitrine en lui faisant porter l’Enfant Jésus qui disparaitra ensuite dans la tourmente. Si une poitrine bien formée pouvait passer chez la vierge allaitant, cela était moins concevable pour une sainte Geneviève, du moins aux yeux du curé… En fait, il est probable que celui-ci désira transformer complètement la statue afin de la rendre méconnaissable car un personnage l’avait remarquée. Il est certain que ce fut lui qui inspira des craintes pour la statue : il s’agissait du conservateur du Musée des Monuments Français, Alexandre Lenoir, et celui-ci était bien décidé à se l’octroyer !

Pour faire oublier la Vénus-Vierge, et avoir par la même occasion une sainte Geneviève, le curé ne trouva pas d’autre solution que de lui faire disparaitre le plus possible certains aspects de sa féminité par trop reconnaissables. Il fit scier la poitrine et la chevelure puis il entoura la statue de chiffons et de rubans et la fit placer dans la chapelle de la Vierge. Cette transformation permit à la statue de rester dans l’église saint Laurent sans être inquiétée.

Par la suite, les chiffons furent remplacés par une coiffure et des raccords en plâtre ; puis, l’ensemble fut recouvert d’une couche de peinture grisâtre. Elle traversa ainsi sans encombre le saccage de l’église par les troupes ennemies en 1814 pour venir jusqu’à notre époque…

Aujourd’hui, sainte Geneviève est toujours à l’église Saint Laurent de Nogent-sur-Seine. Il lui manque un bras – en plâtre – perdu lors d’une chute malencontreuse. Elle est posée sur un plateau de bois, car on ne semble pas trop savoir où la mettre. Elle se trouve actuellement à droite en entrant par la porte Sud, et les fidèles et rares visiteurs passent devant sans connaitre son histoire peu banale ! Puisse-t-elle être bientôt réhabilitée et remise à l’honneur…

Cette anecdote est tirée des rapports d’Alexandre Lenoir, le conservateur du Musée des Monuments Français qui vint maintes fois à Nogent, au moment de la Révolution, en particulier pour faire effectuer le transfert des cendres d’Héloïse et Abélard, du Paraclet à Paris ainsi que pour la récupération du portique du cimetière de Nogent qui avait été accaparé par l’ex-intendant des finances, M. de Boullongne, pour son parc de la Chapelle-Godefroy.

Elle appelle plusieurs réflexions :

D’abord son caractère d’authenticité est indéniable. En effet, c’est au cours de ses déplacements dans la région que Lenoir a remarqué cette statue devant l’église du couvent des Capucins à Nogent.

Elle devait être très belle lorsqu’elle possédait sa chevelure et… ses avantages, et son intention était bien de la récupérer pour son musée.

Si Alexandre Lenoir fut parfois contesté pour ses erreurs d’attributions de certaines œuvres d’art, dans le cas présent, il ne date, ni n’attribue. Il se contente de décrire ce qu’il voit et de rapporter la provenance de cette statue. Il n’y a aucune raison pour que cette provenance du Château de Pont ait été inventée par des habitants ou d’ex-capucins.

En ce qui concerne les mutilations qu’il annonce, on constate après examen de la statue, l’exactitude de ses descriptions : des raccords de plâtre existent bien au niveau de la chevelure et, partiellement au niveau de la poitrine.

On sait par A. Lenoir que celle-ci était au château de Pont vers 1632. Aurait-elle été taillée en France, quelques années auparavant, dans un bloc de marbre qu’on aurait fait venir d’Italie, par un sculpteur épris d’Antiquité ? Ou l’a-t-elle été à une époque plus ancienne, celle de la Renaissance ?

Il se peut également que cette statue provienne d’Italie car, dès les premières expéditions de Charles VIII, les seigneurs français commencèrent à acheter et rapporter des Antiques de ce pays. Dans ce cas, son exécution pourrait être très antérieure. (2)

Le château de Pont (sur Seine) au XVIIe


Est-elle réellement vénus ?

Cette appellation ne repose apparemment que sur l’observation des Capucins de Nogent qui ont pu contempler cette œuvre, au XVIIe, dans le parc du château de Pont ainsi que sur les indications de Mme de Bouthilier.

Vénus est, à l’origine et dans la mythologie italique, déesse des jardins et des labours. Ce n’est que plus tard qu’elle sera identifiée à l’Aphrodite grecque dont elle prendra les légendes.

Cependant, cette statue pourrait aussi bien représenter Déméter, sœur de Zeus et de Poséïdon, ou sa fille Koé ou bien d’autres divinités. Il n’est que d’observer, à Rome, les sculptures antiques, pour s’en convaincre.

 

(1 (1) C’est A. Lenoir qui désigna ainsi le responsable de cette action mais il est probable que ce ne fut pas l’ancien curé, Antoine Hurant, qui à ce moment devait être interné. Il s’agissait plutôt de l’abbé Simonet qui s’était déjà opposé à Mesnard. Peut-être, est-ce aussi avec la complicité de l’ancien capucin Matras que la Vierge échappa aux recherches de Lenoir qui traita les « ravisseurs » de la statue de « Parti des Fanatiques ».

(2 (2) Il serait intéressant de rechercher dans d’éventuelles archives de la famille des Bouthilier, une indication sur l’origine de cette « Vénus ».

 

SOURCES


Inventaire Général des richesses d’Art de la France, Archives du Musée des Monuments Français, 2ème partie, année 1798.

Extrait de « Faits divers en l’église St Laurent de Nogent/Seine » par D. Prevot.

 

 

* Claude Bouthillier, né à Paris le 4 février 1581 et mort le 6 mars 1652, seigneur de Foulletourte et de Pont, comte de Chavigny, est un homme d'État français.

Le 4 décembre 1613, il est reçu conseiller au Parlement de Paris puis le 18 septembre 1619, il obtient un brevet de conseiller d'État et secrétaire de la reine-mère Marie de Médicis.

Les relations de son père, Denis Bouthillier sieur du Petit-Thouars et de Foulletourte, avec le cardinal de Richelieu, lui permettent de faire carrière. Du 29 septembre 1628 à mai 1629, il est secrétaire d’État à la Marine, puis, du 2 mai 1629 au 18 mars 1632, il est secrétaire d'État des Affaires étrangères. Il garde alors le même premier commis que ses prédécesseurs, Paul II Ardier. En 1630, il prend part aux négociations lors du traité de Ratisbonne. En juillet 1632 il est nommé intendant de la Maison du roi, et, cette même-année, conseiller au Conseil de la Marine. Il fut capable de rester en bons termes aussi bien avec la reine qu'avec le cardinal en dépit de leur rivalité. C'est lui qui présente Mazarin à Richelieu.

Du 3 avril 1632 à juin 1643, il est surintendant des finances en compagnie de Claude de Bullion et joue aussi un grand rôle diplomatique (département des Affaires d'Allemagne en compagnie du Père Joseph). Il est ensuite le seul titulaire de ces deux postes. Le 13 août 1632 il devient surintendant de la maison, affaire et finance de Navarre, le 13 août 1632, conseiller d’honneur au Parlement. De 1633 à 1640, il est chargé par Richelieu de missions secrètes en Allemagne qui mèneront à l'entrée de la France dans la guerre de Trente Ans. Il négocie en particulier l'alliance avec Gustave-Adolphe.

Son tact et son habileté lui confèrent une position d'influence unique à la cour pétrie de jalousie et d'intrigues. Il a la confiance du roi, est le confident de Richelieu, l'ami de Marie de Médicis, et au travers de son fils, Léon Bouthillier, devenu en 1635 chancelier de Gaston d'Orléans, il a aussi un pouvoir d'influence sur le prince. Il devient un médiateur inégalable et son influence personnelle, liée à sa double casquette aux finances et à la politique étrangère de la France, fait de lui l'homme le plus puissant du royaume après Richelieu.

En 1643, Richelieu fait de lui l'exécuteur de ses dernières volontés et Louis XIII le nomme membre du conseil de régence qui aurait dû gouverner après sa mort. Mais Anne d'Autriche en appelle au Parlement de Paris pour casser les dernières volontés du roi défunt. Devant l'hostilité de la régente à son égard, Bouthillier sera obligé de se retirer de la vie publique et d'abandonner son poste de surintendant des finances en juin 1643 au profit de Nicolas de Bailleul.

Il a fait construire par Pierre Le Muet dans les années 1640 le château de Pont-sur-Seine au lieu-dit Les Caves. Il est considéré immédiatement comme un des plus beaux bâtiments de France. Il a été incendié pendant la campagne de France, en 1814.

Il meurt à Paris le 6 mars 1652 et est inhumé à Pont-sur-Seine le 22 avril 1652 dans sa chapelle de l'église Saint-Martin dont il avait confié la décoration à Philippe de Champaigne.

En août 1606 Claude Bouthillier épouse Marie de Bragelongne, fille de Léon de Bragelongne, conseiller au Parlement de Paris, et de Guyonne/Eléonore de La Grange. Il est le père de Léon Bouthillier (1608-1652), comte de Chavigny. Marie de Bragelonne a assuré à Pont-sur-Seine l'éducation de sa petite-nièce, orpheline de mère en bas âge, Anne de La Grange-Trianon ; contre son gré (Marie envisageait la vie monastique pour sa jeune protégée), Anne épousera secrètement en octobre 1648 Louis de Buade de Frontenac (en fait, Anne était la petite-cousine de Marie de Bragelongne : car la mère de Marie, Eléonore/Guyonne de La Grange-Trianon était la fille de Louis de La Grange et la sœur d'Innocent de La Grange-Trianon, lui-même père de Charles de La Grange et grand-père d'Anne de La Grange-Trianon ; Trianon : à Luzarches et Epinay-Champlâtreux.

Ils fondèrent le couvent des capucins de Nogent (sur Seine) (Aube 10)



Légende de Saint Gengoult

 

Pays d’Othe – Saint Benoit sur Vanne

Chapelle Saint Gengoult de Courmononcle à Saint-Benoit-sur-Vanne (Aube-10)

 Gengoult était un seigneur franc né à Langres et qui vivait au VIIe siècle. Il était  mal marié : lui qui était vertueux, calme et tranquille, eut le tort d’épouser une nommée Ganéa, jolie jeune femme certes, mais légère et volage. Dans de telles conditions, on reste à la maison pour surveiller son bien ; l’imprudent Gengoult ne comprit pas cette vérité et, trop confiant, il partit à la guerre avec Pépin le Bref dans les pays Bataves. (le plus souvent et pour que la légende soit plus chrétienne et plus pieuse, on dit simplement : Gengoult était un seigneur qui partit à la Croisade et on vieillit ainsi l’histoire de plusieurs siècles).

Au retour, Gengoult reprit tranquillement sa vie dans son domaine, aux côtés de sa femme. Mais des bruits couraient dans la région ; ils vinrent aux oreilles du seigneur, troublèrent peu à peu sa quiétude, et, il en vient à perdre sa belle assurance et à se demander s’il n’aurait pas été trompé. Pour s’en assurer, il s’en remit au jugement de Dieu. Il emmena sa femme dans les champs, au pied du coteau et frappa le sol de son bâton. Aussitôt une source jaillit. Il demanda à Ganéa d’y plonger le bras. Celle-ci, sans méfiance, obéit à son mari. Horreur ! elle retira son bras tout dépiauté, prouvant ainsi sa faute.

Gengoult, frappé de ce coup du sort, fut cependant généreux. Il pardonna à sa femme, lui abandonna son château et une partie de ses biens, et se retira dans un autre château près d’Avallon, à Annéot.

Ganéa aurait dû être touchée de cette bonté. Il n’en fut rien. Elle vécut avec son amant et, sans doute pour pouvoir l’épouser, elle médita la perte de son mari ; et, après avoir élaboré un plan minutieux, elle envoya son amant au château avallonnais pour assassiner Gengoult. Ce qu’il fit, et la légende se termine ainsi par un crime impuni.

A l’endroit où jaillit la fontaine miraculeuse, on a construit une chapelle et la statue du Saint y figure à l’intérieur, au-dessus de l’autel. Le saint est figuré à cheval et ce n’est pas sans importance, comme on le verra plus loin.

La fête de St Gengoult a lieu le 2ème dimanche de mai. Elle se faisait lors d’un pèlerinage où les pèlerins faisaient provision d’eau de la fontaine, qui guérissait les fièvres et les maux d’yeux des enfants. Lors du pèlerinage, les mères trempaient leurs enfants dans la fontaine pour les préserver des fièvres.

Le culte et le pèlerinage ont disparu ; toutefois, une fois l’an, en mai, le curé va dire la messe dans la chapelle. De plus, vers 1942, M. Favin, originaire de St Benoist, entendit une vieille de 85 ans qui voulait mener ses petites-filles à la fontaine pour savoir si elles seraient fidèles à leur mari.

La légende de St Gengoult, patron des maris trompés, se raconte aussi dans les mêmes termes à quelque distance de là, à Rouilly-Sacey près de Piney. On la rencontre aussi exactement semblable à la fontaine de Choiseul-en-Bassigny (Haute-Marne). On la trouve à Wierres, dans le Boulonnais où St Gengoult devient St Gandouf, ainsi que dans la Moselle, entre Briey et Avril.

Le Saint est honoré aussi en Allemagne, en Belgique, à Toul, à St Gengoux-le-National (Saône-et-Loire), sur les bords du lac Léman à St Gengolph, àAbbeville où l’on voit une statue du Saint et de son épouse à qui Gengoult fait subir l’épreuve du bras plongé dans la fontaine.

En Franche-Comté à Montgeroye, St Gengoult est aussi le patron des cocus. Il avait été trompé, puis assassiné par son rival avec la complicité de sa femme. Son corps faisait maint miracle ; aussi sa femme, agacée s’écria : « Jour de Dieu, il fait des miracles comme je pète ! ». A ce blasphème, une punition céleste s’abattit sur elle : aussitôt qu’elle prononçait un mot, elle ne pouvait s’empêcher de péter et, elle dut se réfugier dans un couvent où existait la règle du silence absolu et elle y termina ses jours.

A Chassericourt, dans l’Aube, la légende est différente. St Georges et St Gengoult cheminaient ensemble. Or, sur le finage de Chassericourt, le cheval de St Gengoult mit le pied dans un trou, enfonça si brusquement qu’il se cassa la jambe et l’eau jaillit. St Georges, qui ne s’était pas arrêté continua jusqu’à Chavanges où il attendit son compagnon. C’est pourquoi les deux églises sont dédiées, l’une à St Georges (Chavanges), l’autre à St Gengoult (Chassericourt). Dans cette dernière existait une statue de St Gengoult et de son cheval, celui-ci avec la jambe brisée. La fontaine ouverte par le pas du cheval est une source pétrifiante, et elle guérissait, disait-on les maladies de la peau (eczéma, écrouelles) ce qui marque le lien avec la légende de Saint-Benoist.

A Bar-sur-Aube, le 10 mai, veille de St Gengoult, patron des cocus, les gens allaient dans les prés chercher des fleurs jaunes nommées « bassinets » et en faisaient des bouquets qu’ils allaient attacher la nuit à la porte des maris trompés. (Revue des Traditions Populaires -1899)

Si l’on s’en rapport à l’impression général donné par ces légendes et ces traditions, il ne fait aucun doute que St Gengoult est avant tout le patron des cocus, ce qui, dans l’hagiographie, lui donne une place curieuse et probablement peu orthodoxe. Mai, si l’on y regarde de plus près, cette interprétation facétieuse s’efface devant un fait plus important : partout, dans ces légendes, l’eau jaillit miraculeusement et une fontaine se crée sous les efforts du Saint et de son cheval.

Or, par deux fois, il nous fut bien spécifié qu’à Courmononcle (St Benoit sur Vanne) on prononçait « Gengon ». A Chassericourt également. Cela nous amène à rapprocher le nom et la légende d’un autre nom et d’une autre légende : St Gorgon, qui lui aussi, dans toute la France, fait jaillir des sources miraculeuses. Par exemple près de notre département, dans l’Yonne, à Véron où le cheval de St Gorgon, s’impatientant et grattant la terre, creusa une fontaine.

Or, d’après Henri Dontenville, dont le livre « La Mythologie Française » est fondamental, St Gorgon est le substitut chrétien d’un être surnaturel adoré par les paysans et dont le culte était si vivace quand le christianisme s’affermit en France que, faute de pouvoir l’extirper, il fallut le baptiser et le christianiser. Cet être surnaturel était « le Géant », le vieux Gargantua des « Chroniques » qui a laissé des traces innombrables sur tout le territoire de notre pays. Saint-Benoist-sur-Vanne est précisément l’un des lieux de l’itinéraire de Gargantua dans l’Aube.

Le rapprochement devint plus troublant quand on se transporte à l‘autre extrémité du département, à Chassericourt, et qu’on y retrouve St Gengoult, son cheval et sa fontaine. Un habitant de Chassericourt a fourni une étymologie qui vaut ce qu’elle vaut, mais qui par hasard se rapproche de notre interprétation. Gengoult serait Jean Goult, qui viendrait de Jean Gueule. Nous ne nous arrêterons qu’un instant à ce détail, mais il fallait le noter en tout cas, pour st Gengoult à Chassericourt, deux remarques s’imposent : d’une part, la proximité au S-O et à une douzaine de kilomètres de la commune de St Christophe au Xe siècle, en l’honneur de ce Saint qui, lui aussi, était un géant dont la statue de bois haute de huit mètres se dressait autrefois dans la cathédrale d’Auxerre et aussi, entre autres, dans l’église de St Christophe sur le Nais, en Touraine où les jeunes filles à marier plantent encore aujourd’hui des épingles dans son corps pour trouver un époux. D’autre part, la chevauchée de St Georges accompagnant St Gengoult ; St Georges le vainqueur du dragon.

Il convient de signaler aussi, non seulement la position de St Christophe, mais aussi celle de Rouilly-Sacey, où la légende de St Gengoult est la même exactement qu’à St-Benoist.

 

Légende de Saint Gengoult

 

Une légende que, naguère

On ne lisait, sans pitié,

Apprend que, rentrant de la guerre,

Le saint aborda sa moitié

 

Et sur un ton inconnu d’elle,

Lui dit, tout en la caressant :

Ton cœur m’est-il resté fidèle,

Cependant que j’étais absent ?

 

Elle fut plus qu’affirmative

Mais lui fut moins que convaincu

Et pour preuve définitive

Que son honneur n’avait vécu,

 

Plonge ton bras dans la fontaine

Et si tu peux l’en retirer,

Ajouta-t-il sois certaine,

Mon doute ne saurait durer !...

 

Mais au contact de la chair nue,

L’eau chauffa, comme l’or qui fond,

Et l’infidèle est revenue,

En laissant son bras dans le fond.

 

L’histoire également, rapporte

Qu’à la Saint Gengoult sans fracas,

La nuit, on décorait les portes

Des maris qui sont dans ce cas

 


 

 

 


 

dimanche 4 août 2024

La Seigneurie de Pâlis (Aube-10)

 

LA SEIGNEURIE DE PALIS





La première fois qu’il est fait mention de façon précise d’un seigneur à Palis remonte au XIIe siècle. A cette époque le finage se trouvait partagé entre de nombreux petits seigneurs, parmi lesquels figure un certain Jean de PALIS possédant la maison seigneuriale en 1199 (1). Certains de ces seigneurs dépendaient déjà de la châtellenie de Villemaur ; d’autres, comme les Maisons de Trainel et de Mailly, n’en dépendaient pas.

Les seigneurs de Trainel possédaient une partie de la terre de Pâlis, on relève en effet dans une charte de 1189, qu’Hugues de PLANCY marié à Elisabeth de TRAINEL a fait don d’une terre de Pâlis à leur fille religieuse. Cette terre revint ensuite à Sébille, dame de Trainel, veuve d’ANSEAU IV seigneur de Trainel en 1222. Son fils Henri I de Villeneuve-aux-riches-Hommes la vendit ensuite en mai 1248 au comte Thibaut de Champagne.

L’autre grande maison qui détenait une partie de la terre de Pâlis était la maison de Mailly. En 1279, un certain Jehan, seigneur de Mailli et Paléiz (2) approuve un bornage entre les seigneuries de Pâlis et de Planty. Au début du XIVe siècle le plus grand seigneur de Palis, qui possédait presque la totalité des terres, était Hugues I de MAILLY. En 1328 Hugues II, [sans doute son fils] rattacha à son domaine le fief de Tricherey (3). Ayant trahi son suzerain qui était le duc de Bourgogne, Hugues II fut exécuté avant 1348 et la moitié de sa terre de Palis confisquée. La veuve de Hugues II de MAILLY, Jeanne de TRAINEL, obtint cette moitié en qualité de douairière jusqu’à sa mort en 1377. L’autre moitié fut donnée par indivis à Jean de JAUCOURT, seigneur de Dinteville.

Vers 1350, à la mort du duc de Bourgogne, la terre de Pâlis fut donné par Philippe de ROUVRE, héritier du duc, à Marguerite de France, comtesse de Flandre. C’est ainsi que l’on retrouve des documents de 1361 et 1362 où Jean de JAUCOURT et Jeanne de TRAINEL rendent hommage à leur suzeraine, Madame la comtesse de Flandre.

La maison de Mailly ne revendiquant plus la seigneurie de Palis après la trahison de son dernier représentant, la terre se trouva désormais partagée entre les seigneurs châtelains de Villemaur et la famille de BROUTIERES. En effet, Jaquot et Nicolas de Broutieres rachetèrent en 1371 plus de la moitié de ce que possédant Jean de JAUCOURT. Leur successeur fut Jean de BROUTIERES escuier, fils de noble home Jaquot de Broutieres, escuier et de Damoiselle Ysabel de ROUVROY, seigneur en partie de Palis (4). A la suite du remariage de sa mère avec un certain Humbelot de CHASTENOY, la seigneurie fut de nouveau partagée entre celui-ci et Jehan de Broutieres de 1384 à 1404. A la mort de Humbelot c’est la famille de Broutieres qui se retrouva sans doute co-seigneur unique de Palis. Ils restaient cependant vassaux des seigneurs de Villemaur, propriétaires de l’autre moitié de la seigneurie de Palis.

De la fin du XIVe au début du XVIe siècle, on ne retrouve pas de documents suffisants pour pouvoir retracer l’histoire de la seigneurie de Palis et cela sans doute à cause des nombreux troubles que le royaume de France eut à subir, la guerre de Cent ans notamment. Une seule exception : en 1411 il est signalé un certain Humbelot LEVRAIGE, seigneur de Pâlis. (5)

En 1503, c’est Louis BOUCHER seigneur de Vertron qui devient seigneur. Par son mariage avec Marguerite LE MUET, il porta la terre de Palis dans sa famille ce qui laisse à penser que le précédent seigneur était Nicolas LE MUET, père de Marguerite, mort en 1503. Les BOUCHER vont tenir la terre de Palis pendant plus de 150 ans ; mais ils ne seront pas seuls car les moines du prieuré de Clairlieu, situé à quelques kilomètres de Palis, sont appelés « Seigneurs en partie » dans un texte de 1523 ; leur titre n’était peut-être toutefois qu’honorifique. Le fils de Louis Boucher et de Marguerite Le Muet fut Guillaume Boucher, lieutenant général au bailliage de Sens. Il épousa Eugénie NUGANT. Par un arrêté du 6 juillet 1525 entérinant des Lettres de 1522, la Cour des aides ordonna que Guillaume Boucher jouirait « des exemptions et privilèges de noblesse, nonobstant son état d’avocat, attendu qu’il était noble issu de noble race du côté paternel et maternel ».

Lorsque Guillaume BOUCHER mourut, ce fut Michel, son fils, qui devint seigneur de Palis. Conseiller et magistrat au Président de Sens. Il épousa en 1558 Marie COIFFART, fille du seigneur de Saint-Benoist, dont il eut deux fils, Michel et Noël. Ce dernier devint à sa majorité en 1594 propriétaire de la moitié de la terre de Palis avec le titre d’écuyer. Il eut de sa femme Louise de HAULT un fils appelé Michel II BOUCHER. Malgré les titres de noblesse que possédaient les Boucher et la stabilité de leur descendance, ils restaient vassaux des seigneurs de Villemaur, les de VILLEMOR et les VIGUIER. Michel II BOUCHER quant à lui, agrandit son domaine en 1645 en achetant à Nicolas de MESGRIGNY le fiel de Cornillon et celui des Chaumes de Manche dans la paroisse de Marcilly-le-Hayer. A sa mort, en 1661, c’est Georges BOUCHER, son fils, qui devint seigneur de Palis. Sa mère obtint en tant que douairière le titre de Dame de Pâlis. Ils prêtèrent tous deux le serment de fidélité au duc de Villemaur, Pierre SEGUIER en 1662.

La seigneurie de Palis changea de propriétaire durant cette décennie. Elle fut saisie vers 1668 par Marguerite de SAINT-ETIENNE et achetée le 10 aout 1673 par François Le GOUJAT DESMARETS pour 32 000 livres (6). Cette famille était originaire de Troyes et descendait des LESGUISE anoblis par Lettres du roi Charles VII en 1430. Le père de François, Claude Me GOUJAT DESMARETS, avocat au Parlement, avait changé de nom parce qu’il lui semblait peu en rapport avec sa profession. François DESMARETS était agrégé de Lettre et siégeait comme Docteur Honoraire dans une assemblée de la Faculté de Droit de Paris. Il écrivit même différents ouvrages de droit, parmi lesquels « le Traité sur la religion du serment » qui tendait à confirmer la supériorité de la juridiction royale sur les tribunaux ecclésiastiques. François Desmarets épouse Françoise HUEZ et eut un fils nommé Nicolas. Ce dernier devint seigneur de Palis à la mort de son père en 1697 sous le nom de Nicolas I DESMARETS. Il était nettement moins brillant que son père et l’histoire le retient plutôt comme un « seigneur en retrait » entre François Desmarets dont on parle volontiers en termes élogieux (7), et Nicolas II son fils. Celui-ci prit possession de la seigneurie de Palis en 1731 et eut en permanence de litiges avec les habitants et même avec son suzerain. Il mourut en 1748 et c’est son fils Nicolas III DESMARETS, chevalier, maréchal de camp et maitre de camp du second régiment de chasseurs à cheval qui lui succéda et qui resta seigneur de Palis jusqu’à la Révolution. Il disparut alors abandonnant ses terres et émigra. Le 20 juillet 1792, par arrêté du Directoire du département de l’Aube, les biens de Nicolas III Desmarets furent déclarés « affectés à l’indemnité due à la Nation » et confisqués pour être vendus.

 



JUSTICE ET DROITS

 Pour pouvoir expliquer ou tout au moins comprendre ce qu’il advint à la Révolution eu château et des bien s’y trouvant, il nous faut savoir en quoi consistait la justice seigneuriale et les droits seigneuriaux, droits qui étaient fort injustes.

Châtellenie de Villemaur (Aube-10)

 

Châtellenie de Villemaur


Son précédent nom datant du XVIIe siècle s'écrivait VilleMort.Ville : de l'ancien français ville dans son sens originel de « domaine rural » issu du latin villa rustica. Des auteurs se piquant de toponymie pensent que la terminaison en "-maur" signifie fonds marécageux (Du vieux norrois maurr). De fait, les villages de Vaumort (Yonne) et l'habitant de Fossemor (à Theil - Yonne) donnent du crédit à l'hypothèse. La Vanne est une rivière traversant la commune qui donne son nom à l'aqueduc de la Vanne desservant Paris.

Villemaur, aujourd’hui Villemaur-sur-Vanne est une petite commune bâtie sur un ancien cimetière. Au Moyen Âge, une fosse commune était située à l'entrée du village afin de dissuader les fourbes d'y pénétrer. Villemaur est situé sur la voie romaine de Sens à Troyes sur la Table de Peutinger*.

Durant tout le XIIe siècle, le village est le siège d'une seigneurie qui dispose d'un certain relief. Un chemin conduit directement à Joigny, comté qui intègre la vassalité du comté de Troyes dès l'année 1100. Ce chemin passe par Coulours où les Templiers installent leur première commanderie, et par Rigny-le-Ferron, où les vicomtes de Joigny installent le siège de leur vaste seigneurie.

La famille de Villemaur possède la seigneurie durant tout le XIIe siècle. Son autorité est néanmoins cantonnée par d'autres seigneurs des environs : les Trainel à Pouy et Villeneuve-l'Archevêque; les de Mauny à Bagneaux, vassaux des Trainel; les vicomtes de Joigny à Rigny-le-Ferron ; l'évêque de Troyes à Aix-en-Othe; le sire de Marigny (cadet de la famille de Trainel) au Nord. La seigneurie sous la suzeraineté du comté de Troyes qui se fond dans le comté de Champagne à partir des années 1160.

Le premier titulaire connu est Manasses. En épousant Ermensent, veuve d'un vicomte de Sens, il portera courtement le titre vicomtal (de Sens) en 1103. Il vit en 1125 et est peut-être décédé avant 1127. Il semble être le frère d'un Hilduin de Marolles (sur-Seine ?). Son fils puîné Manasses sera chanoine de Sens (1164) et archidiacre de Troyes (1131), mettant à profit la paix retrouvée après 1152 entre le domaine royal et la Champagne pour faire une carrière à cheval sur la frontière. Son fils aîné Eudes de Villemaur décède avant 1154. Sa veuve Hélie se remarie à Guillaume Le Roi maréchal de Champagne (1158).

Les seigneurs disposent d'un château à Villemaur. Deux familles de chevaliers sont vouées à sa garde : les le Louche et les le Chasseur. Une collégiale dotée de chanoines démontre la volonté de prestige de la famille.

À la fin du XIIe siècle, le lignage disparaît à la quatrième génération.

La seigneurie entre dans le domaine comtal champenois vers 1195. Le comte choisit d'ériger Villemaur au rang de châtellenie. On lui rattache ainsi des fiefs dont les titulaires n'ont plus à se rendre à Troyes pour accomplir leur devoir féodal. De cette petite châtellenie dépendra la seigneurie de Marigny (propriété d'une branche de la famille de Trainel) ; le fief de la Mothe, à la sortie Nord de Rigny-le-Ferron. Un prévôt comtal succède au prévôt seigneurial.


Villemaur  village fortifié

 À la fin du XIIIe siècle le comté de Champagne passe à la Couronne de France par le mariage de la comtesse Jeanne* avec Philippe IV le Bel. En 1316, leur fils aîné le Roi Louis X le Hutin décède, rapidement suivi dans la tombe par son fils posthume Jean Ier.

Sa fille, Jeanne de France, est dépossédée de la couronne de France et de ses droits en Champagne-Brie par son oncle Philippe de Poitiers (Philippe V) : son tuteur et oncle, le duc de Bourgogne, puis son mari Philippe d'Evreux, lui font ménager par plusieurs traités passés avec Philippe V, Charles IV et Philippe VI, un dédommagement financier sous forme de rentes et assignations. À cette occasion, on découvre l'existence de forges, sans doute alimentées en combustible et en minerai par la forêt d'Othe voisine.

L'assiette de ce dédommagement successoral est arrêtée en 1328. Jeanne de France reçoit la châtellenie de Villemaure, et celles de Chaource, d'Isle (-Aumont) et de Payns. Elle résulte du travail conjoint du bailli de Troyes et du doyen de la cathédrale de Troyes missionnés par Philippe VI. Devant l'insuffisance de l'assiette de la seule châtellenie de Villemaure, les autorités parisiennes ont donné l'autorisation de ponctionner les trois autres châtellenies. L'assiette de la seule châtellenie de Villemaure est vaste. Elle s'étend alors de Vauluisant, Les Sièges et Coulours jusqu'à Fontvannes, Messon, Sormery, Vauchassis. Il est de ce fait assuré que la châtellenie de 1328 dépasse largement la seigneurie indépendante dans ses éléments relevés au XIIe siècle. Par ailleurs, les experts chargés localement d'estimer le revenu des différents éléments constitutifs insistent pesamment sur le fait que la valeur du fermage de la prévôté est montée excessivement et que les derniers prévôts-fermiers "en ont été de leur poche". Cette difficulté économique un peu antérieure à 1328 est aussi relevée dans les autres châtellenies incluses dans l'assiette. Les estimateurs ont refusé d'assigner une valeur au revenu tiré des châteaux comtaux de la quasi-totalité de l'assiette (sauf Payns). Ils ont donc été cédés à Jeanne de France pour une valeur nulle. La charte originale de l'assiette se trouvait à la Chambre des Comptes de Paris et brûla avec elle en 1737. Par chance une copie avait été opérée un demi-siècle auparavant.

Aux XVe – XVIe siècles, Villemaur forme avec IsleChaource, Maraye, Payns, un groupe de châtellenies constituant un groupe féodal aux mains des ducs de Bourgogne, notamment la duchesse Marguerite, puis leurs descendants comtes ou ducs de Nevers.

Villemaure accueillait plusieurs administrations royales, dont un grenier à sel et un siège particulier d'élection.

Aux XVIIe – XVIIIe siècles, Villemaur forme avec Saint-Liébault le duché de Villemaur pour le chancelier Séguier, puis le duché d'Estissac pour les descendants du chancelier membres de la famille de La Rochefoucauld-d'Estissac. Cette dernière famille a conservé des documents sur Villemaure depuis le XVIe siècle.

 

Maison de Mailly (Aube 10)

 Maison de Mailly


d'or à trois maillets de sinople.

La maison de Mailly est une famille subsistante de la noblesse française d'extraction chevaleresque (1050), originaire de Picardie. Elle tire son nom d'un bourg situé en Picardie, non loin d'Amiens, bourg dont elle possédait la seigneurie : Mailly-Maillet.

Elle s'est subdivisée à la fin du XVe siècle en deux principales branches :

L'aînée, des seigneurs de Mailly-Maillet, se subdivisa à son tour au XVIIe siècle, en deux rameaux, l'aîné des seigneurs de Mailly-Maillet, éteint en 1774 dans la Maison de France d'Hézecques , le puîné des seigneurs de Nesle, Rubempré et Montcavrel, éteint en 1810 dans la Maison d'Arenberg, puis dans la Maison royale de Bavière.

La branche cadette des seigneurs d’Haucourt, devenue l'aînée en 1810, compta au XVIIIe siècle pour représentant le plus notable, Augustin Joseph de Mailly, comte de Mailly, marquis d'Haucourt, maréchal de France en 1783, dont le fils aîné, Louis Marie, duc de Mailly, député aux États généraux de 1789, mourut sans postérité en 1792, et dont le fils cadet, Adrien de Mailly, Pair de France sous la Restauration, est l'auteur des représentants actuels de la famille.

La Maison de Mailly a été admise 11 fois aux honneurs de la Cour, de 1729 à 1786.

Elle revendique le titre de prince d'Orange en vertu des droits sur cette principauté hérités de la Maison des Baux par la Maison de Chalon, dont la descendante Jeanne de Monchy, veuve de Louis Charles de Mailly, marquis de Nesle, fit prendre possession, par procuration, de la principauté d'Orange en 1709 4.

En vertu de la substitution masculine perpétuelle accordée par lettres patentes du Roi Louis XIV en décembre 1701 à Louis Charles de Mailly, marquis de Nesle, les titres de prince d'Orange et de marquis de Nesle se transmettent à l'infini entre les aînés successifs de la Maison de Mailly, de branche en branche. Les Mailly actuels continuent donc à porter le titre princier.

Branches de Mailly, Nesle et Rubempré, éteintes en 1810

Jean de Mailly (dominicain), religieux dominicain de Metz vers 1220, chroniqueur.

Jean de Mailly, seigneur d'Authieule (Somme), combat et trouve la mort à la bataille d'Azincourt en 1415

Colart de Mailly, dit "Payen", seigneur de Boullencourt) (Somme) combat et trouve la mort à la bataille d'Azincourt en 1415.

Louise de Mailly, abbesse de l'abbaye aux Dames de Caen, abbesse du Lys ;

Gédeon de Mailly, époux de Nicole de Marquette seigneur de Briauté (XVIIe siècle).

Philippe de Mailly et ses enfants : Antoinette, Margueritte et Marie de Mailly, sieur de Briauté demeurant à Boulzicourt.

Louis III de Mailly-Nesle (1689-1754), prince d'Orange et ses filles :

Louise Julie de Mailly-Nesle, maîtresse de Louis XV

Pauline Félicité de Mailly-Nesle, également maîtresse de Louis XV

Diane Adélaïde de Mailly-Nesle, duchesse de Lauraguais

Marie-Anne de Mailly-Nesle, marquise de La Tournelle

Victor-Augustin de Mailly-Nesle (1649-1712), évêque de Lavaur de 1687 à 1712

François de Mailly (1658-1721), archevêque d'Arles de 1697 à 1710, archevêque-duc de Reims de 1710 à 1721, pair de France, cardinal en 1719, frère du précédent ;

Louis de Mailly (1663-1699), maréchal général des camps et armées de Louis XV, frère des précédents ;

Louis de Mailly Rubempré, marquis de Nesle (1696-1767), fils du précédent ;

Marie Anne de Mailly-Rubempré (1732-1817), fille du précédent, marquise de Coislin, maîtresse du roi Louis XV de France, du Roi Gustave III de Suède et du tsar Pierre III de Russie, amie et confidente de Chateaubriand.

Branche d'Haucourt, devenue en 1810 de Mailly Nesle

Augustin-Joseph de Mailly, seigneur d'Haucourt, (1708-1794), maréchal de France.

Marie-Jeanne-Constance de Mailly d'Haucourt (1734-1783), marquise de Voyer d’Argenson, femme du monde et épistolière, fille du précédent ;

Louis-Marie de Mailly (1744-1810), maréchal de camp, député de la noblesse aux États généraux de 1789, frère de la précédente ;

Adrien de Mailly (1791-1878), officier, aide de camp du duc de Berry, Pair de France, frère du précédent ;

Solange de Mailly Nesle, astrologue française, descendante du précédent.

Alliances

            Les principales alliances de la maison de Mailly sont : Colbert de Torcy, de Lonlay de Villepail, de Monchy, du Pouget de Nadaillac, Frerejean de Chavagneux (…).

 

Maison de Trainel (Aube-10)

 

Maison de Traînel alias Trainel, Traynel, Champagne, Châtellenie du comté de Champagne :

Traînel, Pont-sur-Seine, Marigny-le-Châtel et Villeneuve-aux-Riches-Hommes (Aube), avec Prévôt & Bailli, Voisines et Foissy-sur-Vanne (Yonne) ; chef-lieu d’un doyenné de 34 cures de l’ancien Diocèse de Sens.



Armes : «Vairé, contre-vairé d’argent et d’azur» alias : «De contre-vair plein» souvent confondu avec «De Vair plein»

Déodat de Traînel ou Dieudonné de Traînel († avant 1079). Premier seigneur de Traînel connu. Il est cité comme témoin dans une charte de l'archevêque de Sens Richer et du comte de Champagne Thibaud Ier de Champagne en faveur du chapitre de Saint-Quiriace de Provins. Le nom de son épouse est inconnu, mais il a probablement au moins un enfant :

Pons Ier de Traînel, qui suit.

Pons Ier de Traînel (né vers 1035, † avant 1095), seigneur de Traînel et de Pont-sur-Seine. Il épouse Mélisende Caravicina de Monthléry dite La Jeune ou Chère Voisine, fille de Gui Ier, seigneur de Montlhéry, et d'Hodierne de Gometz, dont il a au moins trois enfants :

- Anseau de Traînel, probablement mort jeune.

- Garnier Ier de Traînel, qui suit.

- Philippe de Traînel, dit Milon, évêque de Troyes de 1081 à 1121 ;

-  peut-être un autre enfant qui serait l'ancêtre de Gui de Traînel dit Gasteblé († après 1217) et      de Garnier de Traînel, évêque de Troyes de 1193 à 1205.

Garnier Ier de Traînel dit L'Ancien (né vers 1055, † après 1110), seigneur de Traînel et de Pont-sur-Seine. Il fait prisonnier Lambert de Guînes, évêque d'Arras, alors qu'il se rend au Concile de Clermont. Immédiatement averti, son frère Philippe de Traînel, évêque de Troyes, lui adresse des remontrances et le somme de le délivrer. Garnier demande pardon à Lambert puis le libère. Entre-temps, le pape Urbain II le menace d'excommunication et demande à Richer, archevêque de Sens, de fulminer la sentence. Entre 1104 et 1108, il accompagne le comte de Champagne Hugues Ier en croisade en terre sainte. En 1110, il fonde le prieuré de Saint-Hilaire. Il épouse Adélaïde, dont le nom de son épouse est inconnu, dont il a au moins trois enfants :

- Pons II de Traînel (né vers 1080, † après 1146). Dès 1100, il fait partie de la cour du comte de Champagne Hugues Ier. En 1106, il enlève et épouse de force Mathilde de la Ferté-Milon, fille d’Hugues Le Blanc, seigneur de la Ferté-Milon, et d'Helvide de Soissons, alors fiancée à Galeran de Senlis, chambrier du roi. Ce mariage sera annulé en 1106 par l’évêque Brunon, légat du pape, et Mathilde de la Ferté-Milon épousera par la suite Hervé II de Donzy. Pour expier son crime, Pons se fait moine à l'abbaye de Preuilly. Il meurt sans descendance.

- Anseau de Traînel, qui suit.

- Garin de Traînel, tige de la branche dite de Venizy, qui suit plus loin.

Anseau Ier de Traînel dit Le Vieux (né vers 1085, † après 1146), seigneur de Traînel. Il contribue à la fondation de l'abbaye de Vauluisant. Il épouse Hélissent de Montmirail, fille de Gaucher de Montmirail, seigneur de Montmirail et de la Ferté-Gaucher, et d’Élisabeth de Châtillon, dont il a cinq enfants. Une fois veuve, Hélissent de Montmirail se retire au prieuré de Foicy, dont elle devient prieure.

- Anseau II de Traînel, qui suit.

- Élisabeth de Traînel, qui épouse Hugues III de Plancy, d'où postérité.

- Garnier II de Traînel, tige de la branche dite de Marigny, qui suit plus loin.

- Garin de Traînel, qui se fit convers à Prully. Le nom de son épouse est inconnu, mais il a au moins deux enfants :

- Philippe de Traînel, abbé de Saint-Loup de Troyes.

- Théceline de Traînel, dame d'Ermel.

- Milon de Traînel, abbé de Saint-Marien d’Auxerre en 1155 à 1202.

Anseau II de Traînel dit Le Jeune ou Le Bouteiller (né vers 1125, † en 1188 ou 1189), seigneur de Traînel et bouteiller du comte de Champagne Henri Le Libéral, avec qui il participe à la deuxième croisade, accompagné de son frère puîné Garnier. En 1153, il est fiancé avec Alix de Donzy, fille de Geoffroi III de Donzy, mais Étienne de Sancerre, frère cadet d'Henri de Champagne, l'épouse avant lui. Il épouse par la suite Ermesinde de Bar-sur-Seine, fille du comte de Bar-sur-Seine Gui Ier et de Pétronille de Chacenay, dont il a deux enfants :

- Anseau III de Traînel, qui suit.

- Marie de Traînel , dame de Charmoy. Elle ne semble pas avoir été mariée ni avoir eu de postérité. Elle aurait été lépreuse à la léproserie des Deux-Eaux.

Anseau III de Traînel († entre 1208 et 1212), seigneur de Traînel et de Sacey. Il sert deux fois de caution pour le roi de France Philippe-Auguste. Il épouse Ide de Brienne (peut-être fille d'Érard II de Brienne et d'Agnès de Montfaucon ?), dont il a deux enfants. À la mort d'Anseau, ses enfants étant trop jeunes pour gouverner, c'est sa veuve Ide qui se charge d'administrer Traînel pour leur compte.

- Anseau IV de Traînel, qui suit.

- Érard de Traînel († avant 1258), seigneur de Foissy-sur-Vanne. Il épouse en premières noces Agnès Cauda de la Queue-en-Brie, puis en secondes noces Yolande de Montaigu. De l'une des deux, il a un enfant :

- Jean de Traînel, seigneur de Foissy-sur-Vanne. Probablement mort jeune sans descendance.

Anseau IV de Traînel, dit Le Gros († en 1239), seigneur de Traînel et de la Villeneuve-aux-Riches-Hommes. En 1222, il sert de caution pour le roi de France Philippe-Auguste. En 1239, il participe à la croisade des barons, avec Robert de Courtenay et Jean de Mâcon, où il trouve la mort. Il épouse Sibylle Britaud, fille de Henri Britaud, seigneur de Nangis, et Ermengarde de Bolegny, dont il a plusieurs enfants :

- Henri Ier de Traînel, qui suit.

- d'autres enfants cités mais non nommés dans une charte de 1248.

Henri Ier de Traînel, dit de Villeneuve († avant 1281), seigneur de la Villeneuve-aux-Riches-Hommes (il ne succède pas à son père au titre de seigneur de Traînel, qui semble aller à une branche cadette de la branche de Marigny). Il épouse Jeanne de Melun, fille d’Adam III, vicomte de Melun, et de Comtesse de Sancerre, dont il a au moins un enfant :

- Henri II de Traînel, qui suit.

Henri II de Traînel († avant 1314), seigneur de la Villeneuve-aux-Riches-Hommes. Le nom de son épouse est inconnu, mais il a au moins un enfant :

- Henri III de Traînel, qui suit.

Henri III de Traînel († après 1315), seigneur de la Villeneuve-aux-Riches-Hommes. Probablement mort sans postérité.

Branche de Venizy

Garin de Traînel-Venizy (né vers 1090, † vers 1149), seigneur de Venizy. Il épouse une femme prénommé Péronelle mais dont le nom de famille est inconnu, avec qui il a au moins cinq enfants :

- Anseau de Traînel-Venizy, qui suit.

- Fréhier de Traînel-Venizy, cité dans plusieurs chartes et qui semble avoir eu postérité.

- Hugues de Traînel-Venizy, cité dans des chartes de 1152 et 1153.

- Mélissent de Traînel-Venizy, probablement dame douairière de Marcilly, elle apparait également sous le nom de Mélisende de Méry. Elle épouse avant 1149 Simon Fournier, fils de Geoffroi II Fournier de Troyes et de son épouse Laure et a au moins deux enfants :

- Garin Fournier de Méry, chevalier.

- Garnier Fournier, chevalier puis clerc et enfin chantre du chapitre de Traînel.

Péronelle de Traînel-Venizy, dite Comtesse de Venizy, qui épouse Pierre de Courtry, seigneur du Châtel, avec qui elle a plusieurs enfants : Mile, Anseau, Frahier, Garin et Héloïse qui est moniale à l'abbaye du Paraclet.

Anseau de Traînel-Venizy (né vers 1125, † après 1158), seigneur de Venizy. Il épouse avant 1152 Isabelle de Nangis, d'origine capétienne, fille de Fleury de France, seigneur de Nangis et fils du roi des Francs Philippe Ier, avec qui il a deux filles :

- Adélaïde de Traînel-Venizy († en 1221), dame de Venizy et Saint-Valérien, qui épouse en premières noces André de Brienne, seigneur de Ramerupt, d'où postérité. Veuve, elle épouse en secondes noces Gaucher de Joigny, seigneur de Château-Renard, mais n'a pas de postérité avec lui.

- Héloïse de Traînel-Venizy († vers 1225), dame de Nangis, qui épouse Pierre Britaud, vicomte de Provins, d'où postérité.

Duché d'Estissac (Aube-10)

 

Duché d’Estissac


Parti :

au 1er fascé d’argent et d’azur de dix pièces, aux trois chevrons brochant de gueules, le premier écimé,

au 2e d’or semé de trèfles de sable au lion de gueules brochant, au chef chargé d’une bande d’argent accostée de deux cotices potencées et contre-potencées d’or et de deux abeilles volant du même.

 Nicolas de Fontenay († 1396 ; fils de Nicolas seigneur de Pars-lès-Chavanges ; bailli de Troyes, général des Aides et trésorier de France, lié au duc de Bourgogne) est seigneur de Saint-Liébault (ancien nom d'Estissac) et maître de forges en forêt d'Othe dans la deuxième moitié du XIVe siècle. Sa fille Marguerite transmet Saint-Liébault à son mari Jean de Courcelles. Cette famille du Vexin normand garde Saint-Liébault jusqu'au milieu du XVIe siècle.

En 1564, Saint-Liébault fait partie du grand tour de France de Charles IX sur l'initiative de Catherine de Médicis. Le jeune roi y soupe le 21 mars.

En 1615, Jacques Vignier († 1631) baron de Jully-le-Châtel et des Riceys, achète Villemaur et Saint-Liébault où il construit le château. Son fils Claude Vignier est président à mortier au Parlement de Metz, intendant de Châlons, seigneur de Tanlay ; il épouse en 1635 Catherine Chabot († 1662), arrière-petite-fille de l'amiral Chabot. Il embellit de jardins le château de Saint-Liébault ; mais, endetté, il doit finalement vendre en 1647 au chancelier Pierre Séguier.

Séguier l'intègre à son duché de Villemor. Sa fille Marie-Madeleine Séguier épouse Guy de Laval-Bois-Dauphin. Ils ont entre autres enfants Madeleine de Bois-Dauphin, qui reçoit Estissac et s'unit : 1° à la famille du Cambout de Coislin ; puis 2° aux Laval-Bois-Dauphin. Sa fille Madeleine de Bois-Dauphin, issue de son deuxième mariage, reçoit Saint-Liébault et Villemaur. Elle épouse le maréchal Henri-Louis d'Aloigny et ils ont pour fille Marie-Henriette d'Aloigny de Rochefort, qui reçoit Saint-Liébault en 1732 et épouse 1° en 1676 son cousin germain Louis-Fauste de Brichanteau (Postérité), puis 2° en 1691 Charles de La Rochefoucauld de Blanzac (issu des comtes de Roye et de Roucy ; Postérité). En 1758, leur fils Louis-François-Armand de La Rochefoucauld (1695-1783 ; père du duc François XII) hérite de cette terre. C'est à lui que la commune doit son nom actuel : il fait ériger la seigneurie, avec Villemaur, en duché héréditaire sous le nom d'Estissac, d'après une baronnie du Périgord au nord de Bergerac et à l'est de Mussidan (dont Saint-Jean, Saint-Hilaire, Saint-Séverin), venue aux La Rochefoucauld par un mariage avec une Madaillan d'Estissac (voir les articles « Louis de Madaillan d'Estissac » et « Famille de Madaillan de Lesparre »).

Le château est reconstruit à la fin XVe siècle, sur l'emplacement d'un ancien château fort. Il est complètement détruit en 1793. Une description en est faite par le procureur fiscal Jean Chobert, en 1630. Au premier étage, après l'escalier d'honneur se trouvait une chambre aux tableaux et à côté la chapelle. Une autre était à fleur de lys et l'autre représentait la vie de Marie Stuart sur les murs. Au second étage se trouvait une pièce au trésor et une autre où se logeait le mécanisme de l'horlogerie du pavillon.

                                              La façade du château sur parc - 1738

Parmi le mobilier de ce château, certaines de ses œuvres d'art font partie du premier fonds du musée des Beaux-Arts de Troyes. Sont conservés cinq portraits de grands personnages propriétaires du château aux XVIIe et XVIIIe siècles, dont un tableau par Charles Lebrun du chancelier Pierre Séguier*, représenté à cheval (tableau au musée du Louvre) ; un portrait du cardinal Coislin par Largillière, un portrait du maréchal de Nangis par Rigaud et deux portraits de La Rochefoucault, l'un en abbé et l'autre en cardinal et qui se trouvait à Rome.


Le chancelier Séguier –Musée du Louvre

 

En 1774, Estissac devint le siège du grenier à sel de Villemaur.

En 1789, le village était de l'intendance et de la généralité de Châlons, de l'élection et du bailliage de Troyes. Au cours de la Révolution française, la commune porta provisoirement les noms de Lyébault-sur-Vanne et de Val-Libre.

Une communauté protestante relativement nombreuse a existé à Estissac et dans ses environs, sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle. La commune d'Estissac était d'ailleurs dotée d'un temple protestant au XIXe siècle.


*Pierre Séguier


« D'azur au chevron d'or accompagné de deux étoiles de même en chef, et un mouton tranquille d'argent en pointe »

Descendant de Jacques Cœur, Pierre II Séguier, seigneur d'Autry (seigneurie du Vieux-Château), comte de Gien, baron de Villemor et seigneur de Saint-Liébault, est fait duc de Villemor (en janvier 1650). Il est fils de Jean Séguier et petit-fils du magistrat Pierre Ier Séguier (1504-1580), issu d'une famille réputée de juristes originaire de Saint-Pourçain-sur-Sioule, malgré ses prétentions à se rattacher à une famille féodale homonyme originaire quant à elle du Quercy. Son père, Jean Séguier, seigneur d'Autry, occupait les fonctions de lieutenant civil de Paris au moment de sa mort prématurée en 1596.

Pierre Séguier, d'abord élève du collège des jésuites de La Flèche, fut élevé par son oncle, Antoine Séguier (1552-1624). Il épouse Madeleine Fabry, avec qui il eut :

Marie Séguier (1618-1710), qui épouse le neveu de Richelieu, Pierre César de Cambout, marquis de Coislin et lieutenant des armées du Roi, puis qui épouse en secondes noces Guy de Laval-Bois-Dauphin. Elle sera la mère du cardinal d'Orléans, Pierre IV du Cambout de Coislin.

Charlotte Séguier (1622-5 juin 1704), qui épouse en 1639 Maximilien III de Béthune, duc de Sully, puis, en 1668, Henri de Bourbon-Verneuil.

 


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