mardi 11 mars 2025

Porte st Jacques

 La Porte Saint-Jacques, Porte Dorée, ou des Sans Culottes  




Porte st Jacques au XVIe


Cette porte tenta souvent le crayon ou le pinceau de nos plus habiles artistes qui nous donnent une vue exacte de ce monument aujourd’hui disparu. Médiocre mais incontestable compensation que ces images, pour les archéologues, les historiens et les artistes, qui se seraient tant réjouis, s’ils pouvaient contempler, encore debout, l’édifice dont les pierres désagrégées et dispersées ne parlent plus.

Erigée à la naissance d’une des principales artères de la cité troyenne, imposante et gracieuse à la fois la porte Saint-Jacques se distinguait des autres portes de Troyes, généralement lourdes et massives, par des proportions sveltes et élancées.

 Le comte Thibaud IV qui s’était rebellé avec d’autres grands féodaux contre la couronne en 1226, s’était remis l’année suivante sous l’autorité royale. Alors ses anciens alliés « commencèrent à gaster la terre au comte de Champagne, car ils l’avaient en grande haine pour ce qu’il s’était accordé au roi ». Les années 1229-1230 virent l’invasion et la guerre en Champagne. C’est en cette période que Thibaud IV fortifia ses possessions.

A Troyes, l’enceinte s’arrêtait alors, à l’est de la ville, au ru aux Cailles, et s’ouvrait par la porte aux Cailles. Thibaud IV porta la nouvelle enceinte plus en avant, toujours dans la direction de l’est, et fit creuser de grands fossés pour la protéger. L’issue de la ville sur ce nouveau rempart s’ouvrit au-delà de la porte des Oursiers, par une nouvelle porte, dans la direction du bourg Saint-Jacques. Le nom de porte Saint-Jacques ne lui fut pas donné de suite : en 1239, elle est citée comme étant « la porte entre la porte des Orsiers et le bourg Saint-Jacques ».  Elle avait 15 clés.

 Cette porte était une redoutable défense, avec ses meurtrières, mâchicoulis, pont-levis… Elle se composait d’un corps de maçonnerie flanqué de 2 tours à 3 étages, au milieu desquelles se dressait un avant-corps servant d’appui à 2 contreforts, qui supportaient de leur côté des tourelles assises sur un cul-de-lampe chargé de moulures. Au-dessus de l’entrée du porche était un cadre en ogive formé de grosses saillies, et, sur le grand comble du monument, s’élevait un clocher percé sur chaque pan d’une ouverture dont le haut était taillé en trèfle. La pointe de l’aiguille qui terminait le clocher était formée par un épi à fleurons de plomb. On ne comptait pas les fleurons de plomb qui dessinaient sur les portes ou se détachaient sur les toits. L’azur, le vermillon, le sinople, l’or, se mariaient ici et là dans une savante harmonie.

 Cette porte fut magnifiquement décorée, la ville apportant tous ses soins pour embellir cet ouvrage militaire. Ses toits étaient couverts avec 46.500 ardoises. Il y avait 9 bannières d’airain et de cuivre fin, mobiles sur leur axe et tournant au gré des vents. Une bannière « pour le guet de Saint-Jacques » était faite de toile perse bleue semée de fleurs de lys jaunes. De plus, la Ville fit embellir la porte de peintures ornementales qui firent la renommée de cette porte dont l’« Annonciation de la Vierge » (thème favori), peinture sur bois. Des sculptures, des statues (dont un grand « Saint-Jacques »), dues aux ciseaux d’artistes de renom, tels que Jacques Le Cordouanier, complétaient la décoration. Sur la façade principale se découpaient les armes de France et celles de Champagne, peintes d’azur, et dorées à l’or fin. Tous ces ornements, ces décorations multiples, justifiaient amplement, à n’en pas douter, l’appellation courante de la porte Saint-Jacques. Pour le peuple, pour tous et pour chacun, c’était la « Porte Dorée » ! « Le bon troyen n’y passait jamais sans relever instinctivement la tête, sans la saluer toujours du même et fier regard ». 

Sa reconstruction fut envisagée au début de l’année 1395, et dura jusqu’en 1403. De 1461 à 1463, la ville parfait la porte en la réparant et en la décorant. Au XVe siècle, le terrain, compris entre la porte Saint-Jacques et le bras de la Seine qui sépare la ville du faubourg, fut réuni à la ville, afin d’établir un « ravelin », ouvrage avancé des fortifications, dressé pour protéger cette porte. Jehan Gayde commence le 15 octobre 1513 les travaux de maçonnerie au chevet du boulevard de la porte Saint-Jacques. Ces travaux, menés rondement, sont achevés à la fin du mois de novembre. Ce bâtiment de la porte Saint-Jacques, toujours entretenu et de solide construction, traversa le temps sans encombre jusqu’au XIXe siècle. Cet édifice militaire se trouvait être la plus ancienne des portes fortifiées de la ville de Troyes.     

  Chaque âge se plaisait à rappeler les événements notables accomplis à la porte Saint-Jacques, et les générations s’en transmettaient le récit d’abord fidèle, détaillé, puis amplifié. Le 10 juillet 1429, c’est par la porte Saint-Jacques que Jeanne d’Arc était sortie, à la tête de l’armée libératrice qui conduisait Charles VII au sacre de Reims. C’est à la Porte Dorée que, le mardi 5 avril 1594, se présenta le héros envoyé par Henri IV pour hâter la soumission de la ville à l’autorité royale. Les négociations furent courtes : les Troyens voyaient dans la reconnaissance du Béarnais comme légitime souverain le terme de toutes les misères engendrées par la guerre civile, et l’allégresse se donnait alors libre cours, car la reddition de la ville de Troyes entraînait la sujétion de toute la province de Champagne. A la visite de Louis XV, le 12 novembre 1744, une réception solennelle avait été organisée aux abords de la porte Saint Jacques. Les milices, les autorités attendaient là le « Bien-Aimé », qui fit son entrée au milieu des salves de l’artillerie et des vivats d’une population en délire. Le 3 avril 1805 fut pour la porte Saint-Jacques une date mémorable entre toutes, un jour à inscrire à perpétuité dans ses fastes. Elle vit passer sous son porche le grand Napoléon, acclamé par les habitants du Quartier-Bas. Moins de 10 ans après, le 5 février 1814, l’Empereur repassait sous la porte Saint-Jacques, cette fois, sans concours de peuple ni cris joyeux, au milieu du silence et de la consternation. D’autres guerriers, d’autres souverains suivaient de près, et les alliés traversaient deux jours plus tard l’antique porte « humiliée et comme déchue ». Un heureux retour de la fortune ramenait bientôt l’armée française et son chef refoulant les troupes ennemies vers Brienne et Bar-sur-Aube. Le Quartier de Saint-Jacques résonnait de nouveaux cris d’espérance. C’était le 25 février. L’illusion de dura guère, et le désastre définitif était proche. Le 29 mars suivant, à 10 h du soir, Napoléon rentrait à Troyes par la porte Saint-Jacques, obscure et muette, qui le voyait pour la dernière fois. La vieille Porte Dorée revêtait un nouvel aspect de fête, le 17 septembre 1828, ses peintures étaient rafraîchies en l’honneur de Charles X, qui venait ce jour-là visiter la cité troyenne. Le roi fut reçu sous un arc de triomphe, puis il pénétra dans la ville au bruit des cloches et des acclamations des habitants, qui remplissaient les rues décorées de feuillage et de draperies blanches. Avec l’entrée de Louis-Philippe, le 29 juin 1831, l’antique porte Saint-Jacques assistait à une dernière solennité royale et ne devait plus retentir de pareilles décharges de mousqueterie.

Combien de personnages considérables, princes ou seigneurs, la porte Saint-Jacques ne vit-elle pas défiler pendant le cours des siècles ! Le nom de la porte Saint-Jacques avait été mêlé à une foule de faits notables de l’histoire locale. Malheureusement, dans le cours du XIXe siècle, à Troyes comme ailleurs, le caprice administratif a renversé trop de monuments pouvant être conservés à l’admiration des archéologues et des touristes, car ils étaient de curieux spécimens qui dotaient notre ville d’un caractère et d’une physionomie qu’on ne lui rendra jamais. Ce fut un dépit, mélangé de colère pour les générations suivantes, ressenti à la pensée que ce sont des bras humains qui ont tranquillement installé la sape et la mise aux fondements d’édifices aussi solide que la porte Saint-Jacques ! 

Une démolition exécutée froidement par une administration aveugle, de complicité avec une population ignorante ou insouciante. La porte Saint-Jacques, vieille de plus de 4 siècles, ayant traversé les vicissitudes humaines, avait survécu à l’action du temps, résisté aux colères de la nature, soutenu le choc des invasions, lorsqu’on s’aperçut un jour qu’elle gênait la circulation ! Les voitures de paille et de foin ne pouvaient pas passer sous son porche ! « Les trois sources de la richesse nationale, l’agriculture, l’industrie, le commerce, étaient atteintes, sinon taries. Il fallait vivement supprimer l’obstacle à la prospérité publique ! ». Quelques archéologues élevèrent bien certaines réclamations en faveur d’un édifice considéré comme un échantillon rare, peut-être unique, d’architecture militaire. Des esprits positifs opinèrent qu’on aurait probablement tort de sacrifier à la légère un bâtiment qui « avait coûté cher de beaux deniers et représentait un important capital ». Enfin, des citoyens « simplement avisés proposèrent de conserver la porte sans empêcher l’accès des fameuses voitures chargées à la perche : on pouvait se contenter de décrire de chaque côté un passage demi-circulaire ! ». De nombreux appels en grâces eurent lieu en faveur d’un monument condamné à la démolition.

 La prise de Saint-Dizier en 1544, avait fait de la ville de Troyes un rempart de l’ancienne France, et, du côté de la ville où est située la porte Saint-Jacques, la première barrière à opposer aux irruptions des Allemands. Aussi, François 1er avait-il mit tous ses soins à fortifier cette entrée, qui n’était alors fermée que par le bras de la Seine qui coule entre Saint-Nizier et Saint-Martin-ès-Aires. Ce fut le grand duc de Guise, gouverneur de la province qui vint ordonner et presser les ouvrages. Et, ce qu’il est intéressant de rappeler, parce que c’est encore un témoignage de patriotisme de nos ancêtres, les frais de cette porte et des fortifications furent faits en grande partie et spontanément, par les habitants de Troyes.

Rebaptisée Porte des Sans Culottes en 1793, la porte Saint-Jacques est démolie fin avril 1832, le conseil municipal considérant que : « notamment dont la ruine paraît très prochaine, et offre beaucoup de danger pour la circulation, que par conséquent on ne peut différer de l’abattre ». Il existe pourtant une rescapée de cette disparition, que l’on peut encore voir juchée au sommet de la tour de l’église Saint-Nizier. Il s’agit de la cloche du guet de la porte Saint-Jacques qui prenait place dans le petit clocher au-dessus des combles.

 Ce bâtiment de la porte Saint-Jacques, toujours entretenu et de solide construction, traversa le temps sans encombre jusqu’au XIXe siècle. Cet édifice militaire se trouvait être la plus ancienne des portes fortifiées de la ville de Troyes. Ainsi disparut, et c’est fort regrettable, la plus ancienne porte fortifiée de la ville de Troyes, dont le souvenir nous est gardé par les nombreuses vues du XIXe siècle.

 Disparurent aussi, l’une après l’autre, les diverses parties de l’imposante ceinture de pierre de la ville de Troyes !

Porte st Jacques, annuaire de l'Aube 1894


Porte st Jacques, début du XIXe





Porte de la Planche Clément ; Porte st Denis ; Arche du ru Cordé

 Porte de la Planche-Clément, de Chappes, Porta de prato Episcopi, ou du Pré-l’Evêque



En 1191 cette porte avait pour nom Porta de prato Episcopi, ou Pré-l’Evêque,

Au sud, Troyes s’étendit au-delà du bourg Saint-Denis et du jardin du palais des comtes, c’est-à-dire jusqu’au bout du cloître Saint-Etienne, où s’éleva en 1304, la porte de la Planche-Clément ou de Chappes.

C’est par cette porte que les seigneurs de Chappes, alliés aux comtes de Champagne, venaient en leur hôtel, près des Jacobins, lorsqu’ils ne préféraient pas y venir en bateau par le ru Clément.

C’est par là que nos comtes héréditaires se rendaient dans leur maison de plaisance nommée la Bretosche, au Pré-Lévêque, au-dessous du Vouldy.

Elle figure encore au plan de 1697.

A l’occident, Troyes eut pour borne un autre bras de la Seine dont on faisait remonter les eaux par des portaux établis à l’entrée de Croncels, et qui, tournant du côté de Sainte-Savine, vers le pont de la Cour enfermait la ville de son long circuit jusqu’au lit principal de la Seine.

La porte de Planche-Clément, avait 16 clefs, deux petites tours, une herse et un pont-levis.

Au-dessus du corps principal, il y avait une chambre en bois et en saillie où se tenait le guet.

Elle était richement décorée : une Annonciation et, au-dessus du passage de la porte, des fleurs de lis, 2 anges tenant l’écu de France couronné et des bannières peintes d’or et d’azur, ainsi que les armes de Champagne.

Une grosse cloche existe dans la tour, que l'on ne sonne ordinairement que pour avertir de quelque danger.

Cette porte se tenait à côté de la tour Saint-Antoine, près du jardin de Chevreuse.

Isabeau de Bavière en 1390, puis Charles VIII et la plupart des rois y font leur entrée. Elle est détruite en 1820.

 

Les remparts de la Planche-Clément

Les remparts de la Planche-Clément


Les remparts de la Planche-Clément se caractérisaient surtout par les arches de la Planche-Clément qui furent aussi quelquefois appelées le Grand-Anneau. Ces trois arches, dont l’origine remonte au XIIIe s., furent édifiées sur l’entrée des eaux du canal de la Planche-Clément de la ville. La courtine du rempart construite sur ces arches était consolidée par deux piliers hémicylindriques assis sur des becs en éperon entre chaque arche, dont l’accès était défendu par des grilles. A la fin du XVIe s. un grand corps de garde garni de mâchicoulis était édifié au-dessus des arches pour renforcer la défense. Une grosse tour, dont le plan était en U, appelée le plus souvent tour de la Planche-Clément et parfois tour Hercule, flanquait ces arches. Cette tour qui était voûtée sur deux niveaux, fut déjà réparée en 1434 et ne semble avoir été recouverte d’une toiture qu’en 1438 seulement. Elle arriva au XIXe s. sans avoir changé de beaucoup et on y voyait encore des meurtrières. Elle ne fut pas renforcé de canonnières en 1544 comme certaines autres grosses tours car cette même année, on construit près des arches, un boulevard de pierre appelé boulevard de la Planche-Clément. Un boulevard en bois avait été construit en 1465 pour défendre l’endroit et dans les fossés un moineau, aussi en bois, y était déjà édifié en 1482. Ce moineau ne fut démoli qu’après 1529. Toujours dans les fossés, non loin des arches se trouvaient depuis fort longtemps, un vannage important et un grand déversoir que l’on appelait la décharge du Gouffre.

A l’intérieur de la ville, le long du rempart, entre les arches de la Planche-Clément et la tour de Chappes, fut édifiée une plate-forme en 1514. Elle fut renforcée de casemates et de canonnières par le maitre-maçon Jean Bonvoisin en été 1544.

Cette même année, Monseigneur de Villiers, commissaire aux fortifications, ordonna la construction d’un boulevard de pierre, certainement à l’endroit même du vieux boulevard. Le maitre-maçon Pierre Collet en assura les travaux en septembre et octobre 1544. On donna à ce boulevard les noms de boulevard de Villers ou de boulevard du Gouffre. Ses murailles et ses canonnières furent démantelées aux XVIIe – XVIIIe siècles. La plate-forme disparut aussi.

Au XIXe siècle, on démolit les murs des remparts de la tour de Chappes, encore appelée tour Enéas, disparut après 1832. Elle n’existait plus en 1939.

Les arches de la Planche-Clément, flanquées de la tour Hercule subirent le même sort, quelques années plus tard.

En 1856, on abattit la tour Hercule et les courtines au-dessus des arches en ne gardant seulement que les deux piliers hémicylindriques. Cet ensemble a heureusement été photographié avant sa démolition. Les arches quant à elles, servirent de pont, connue sous  le nom de pont Saint-Catherine, et demeurèrent jusqu’en 1944, année où les allemands en fuyant devant la progression des Alliés, les firent sauter. Les dégâts causés provoquèrent la démolition complète de ces derniers vestiges des anciennes fortifications de la Planche-Clément.

Extérieur du rempart, tour Hercule,
entrée du canal de la Planche-Clément,
au 1er plan, pont de la Paix


Porte du Bourg Saint-Denis, Jaulme, Jaulne, Jaune

Au midi, depuis la cathédrale, la clôture s’étendait dans la direction de la rue du Vert-Galant, dont le vieux mur, du côté du nord semble être un reste et se prolongeait jusqu’où passe le canal. A l’endroit où la rue des Trois-Petits-Ecus vient aboutir à angle droit à la rue du Vert Galant, était la porte Jaulme ou du Bourg Saint-Denis, dont elle était voisine. Elle regardait la voie qui mène au Pré l’Evêque. Au XVIe siècle, cette porte donna matière à un procès entre le chapitre de Saint-Pierre et celui de Saint-Etienne, en conséquence duquel elle fut démolie en 1548.

A gauche, en entrant dans la rue des Trois-Petits-Ecus, on voyait encore en 1825 la rampe du rempart pour monter à la plate-forme ou terrasse, dont on a fait depuis le promenoir de l’hospice.

Lors de la pose des conduites pour les eaux des bornes-fontaines de Jaillant-Deschainets en 1853, on trouva les fondations de la porte Jaulme.

 

 Les arches du ru Cordé

 L’origine de ces arches remonte au XIIe siècle. Déjà à cette époque, elles furent établies sur l’entrée des eaux dans la ville qui forment le ru Cordé ;

Ces deux arches de pierre fermées par des grilles supportaient la courtine du rempart. Un petit corps de garde faisait saillie au centre de la courtine. En 1566, on venait  de faire à neuf deux grosses portes de bois pour fermer ces arches ou permettre d’ «  entrer les basteaulx en ladite ville et sortyr dicelle toutes les quantesfoys que besoing sera ». La défense de ces arches était assurée par deux tours qui les encadraient : la tour Saint-Thomas et la tour Saint-Dominique.

Aucun renseignement sur la tour Saint-Thomas ne subsiste.  La tour Saint-Dominique quant à elle était un grosse tour ronde et voûtée, et ne semble avoir reçu une toiture qu’en 1438. Elle subit d’importantes modifications en 1544 quand on entreprit la fortification de la plate-forme des Jacobins.

Au XVIIe, cette tour état gardée « pour servir de prisons aux soldats lorsqu’il y en a en garnison en cette ville ». Et en 1676, Edmé Bourgeois, maitre-maçon devait y faire des réparations en raison des dégâts causés par les prisonniers. La tour Saint-Dominique garda cette destination jusqu’en 1689 au moins. Au XVIIIe, elle servait d’entrepôt de matériaux.

Tout contre cette tour et le long du rempart, dans la direction de la Planche-Clément, fut édifiée une grande plate-forme de 1529 à 1532 ; trois maitre-maçons vinrent alors y travailler : Nicolas Dadonot, Nicolas Josselin et Martin de Vaulx. Plus tard, la fortification de cette plate-forme fut assurée par Jean Mauvoisin, du 22 juin à la fin du moins d’août 1544. On pénétrait dans les casemates de la plate-forme garnie de nombreuses canonnières par une entrée pratiqué au pied de la tour Saint-Dominique.

Dès 1650, les terres de cette plate-forme furent en partie enlevées. En 1614, la courtine de celle-ci était tombée dans le fossé. La tour Saint-Thomas disparut avant la tour Saint-Dominique. Au début du XIXe, on rasa la tour Saint-Dominique et les arches furent démolies pour permettre la construction du grand bassin du canal.


 



La porte de la Tannerie ; porte de la Rompure

 La porte de la Tannerie



Nous ne la trouvons pas dans les anciens titres, avant 1349.

La Porte de la Tannerie était située au sud de la ville, à l’extrémité de la rue de la Grande Tannerie, à laquelle elle devait son nom.

Il n’est fait aucune mention de cette porte dans les anciens titres avant le XIVe siècle. Elle parait n’avoir été qu’une « poterne ». Une poterne était une petite  porte qui était intégrée aux murailles d'une fortification, de façon discrète et qui permettait aux habitants de sortir ou rentrer à l’insu de l’assiégeant. Placée dans le bas des courtines, au niveau des fossés, elle était généralement sous la protection des meurtrières d'une tour proche ou d'une bretèche  (petite construction en surplomb au-dessus d'une porte constituée d'une ouverture permettant de lancer des projectiles à la verticale de l'ennemi).

Elle avait une grosse tour percée de canonnières (avec les arches du Ru Cordé et la Tour Saint Dominique), un pont-levis et une herse, un corps de garde. Elle possédait 13 clefs.

         Ouverte dans le rempart, cette entrée donnait accès chez les tanneurs pour introduire dans leurs ateliers les matières premières. Des raisons d’utilité publique et des faveurs particulières de la part des comtes de Champagne avaient fait assigner aux tanneurs le côté sud de la ville, arrosé par les traversins de la Seine pour les besoins de leur industrie, et pour ceux des teinturiers établis en amont sur les mêmes traversins, dans un quartier uniquement occupé par ces derniers. Les produits des tanneries formèrent longtemps une des branches importantes du commerce Troyen.

         Au commencement du XVIe siècle, la porte de la Tannerie était fort basse et dominée par le rempart.

         Eloignée des grandes voies, la porte de la Tannerie eut une existence très monotone. Elle n’eut rien de solennel à enregistrer dans ses annales. Elle ne vit passer sous ses arches que des cuirs verts, du tan et d’autres matières propres à l’industrie des tanneurs, des chamoiseurs et des mégissiers, habitants exclusifs de cette partie de la cité.

Dès 1552, les tanneurs étaient tenus de garder leur porte, dont ils répondaient à l’autorité municipale.

En 1668, on construisit la chaussée qui longe le cours d’eau depuis la porte de la Tannerie jusqu’au pont de Jully. On prit les jardins qui y aboutissaient, et l’on rendit le chemin praticable.

En 1723, la porte de la Tannerie tombait de vétusté. Un accident éveilla l’attention de l’autorité : des pierres calcinées se détachèrent de la voûte et faillirent écraser des voituriers qui passaient dessous. M. Toussaint Gouault, remplissant alors les fonctions de maire la fit démolir et reconstruire, avec économie et solidité. Une simple voûte à plein cintre de 3 toises environ sous clef couvrit le porche, avec un avant-corps sur le mur du rempart. Le dessus fut pavé et bordé de parapets. On y montait à gauche, intérieurement par une rampe douce. Ces pierres, ainsi que celles du Filoir des Cordiers, sont conservées au Musée de Troyes.

En 1754, on répara le pont de la porte de la Tannerie, dont on raccorda le sol avec la nouvelle chaussée établie le long du cours d’eau du déversoir de Croncels.

En 1787, le pont de la porte de la Tannerie fut reconstruit entièrement des pierres provenant de la démolition des restes de la porte aux Cailles. La porte de la Tannerie demeura alors sans nécessiter de réparations.

La suppression des remparts vint en 1838 « troubler la quiétude profonde de la Porte de la Tannerie ». Le rempart fut abattu pour occuper les ouvriers sans ouvrage, mais la porte eut un sursis.

Peu de temps après,  la porte fut attaquée par le marteau et la pioche, « bientôt il n’en resta plus vestige ». Elle est démolie définitivement en 1845.

Une barrière de bois ferma la ville pour la nuit vers le bureau d’octroi qui ne tarda pas à avoir le sort de la porte.    

 


 

Porte de la Rompure

A distance égale du bastion et de la porte de Croncels s’ouvrait sous le rempart un petit passage voûté, connu sous le nom de Porte de la Rompure.

Ce passage, au bout de la rue du Gros-Raisin et de la rue des Bons-Enfants habitées par les tondeurs et apprêteurs de draps, était spécialement affecté à leur usage. La ville leur donnait à bail le terrain compris entre le pied des murailles et le bras de dérivation de la Seine.

Ils y tendaient au soleil les draps fabriqués à Troyes, sur des rames disposées par gradins, depuis le déversoir de Croncels dit « le bouillon », jusqu’à la porte de la Tannerie.

La garde de ce passage était confiée aux maîtres tondeurs.

 

 

lundi 10 mars 2025

La Porte de Croncels, Arche Maury et le fort de Guise

 La Porte de Croncels, de Cronsciaulx, Portam de Cronciaulx, Portam de Creuncellis, du Saint-Esprit ou de Bourgogne


Au nord de la ville de Troyes, à l’endroit où aboutissait autrefois la route de Bourgogne, appelée ensuite route Impériale n° 71, s’ouvrait la Porte de Croncels. Cette porte était la plus ancienne de Troyes, elle existait, avec une herse en 1125. Elle est désignée sous le nom de Porte de Cronciaux dans un titre de fondation de Saint-Etienne, au XIIe siècle, ce qui prouve qu’elle fut l’œuvre des comtes de Champagne. Le nom de Cronciaux ou Croncels lui vient d’un village ainsi appelé, qui postérieurement a formé le faubourg, et dont il est fait mention dans un diplôme de Charles II, sur la cession du comte Aledran, en faveur de l’abbaye de Montier-la-Celle. Une charte de 1157 la nomme Portam de Creuncellis. En 1364 et en 1396, cette porte est appelée Porte du Saint-Esprit, à cause de l’hôpital du Saint-Esprit, qui était dans son voisinage. Elle est encore nommée Porte de Bourgogne, parce qu’elle était à l’entrée de la ville du côté de cette province.

Dans son état primitif, la porte de Croncels se compose d’un porche à arcades en ogives avec des coulisses pour la herse. Deux pavillons carrés en pierre de Bourguignons existaient de chaque côté, et étaient reliés par un étage au-dessus du porche. Là se trouve la chambre du guet. On montait à cette chambre par un escalier de pierre latéral au mur de rempart. Le tout est surmonté de trois combles avec un petit campanile dans lequel est la cloche d’alarme pour le quartier.

Au rez-de-chaussée de chaque pavillon il y avait une salle de gardes, ayant entrée du côté de la ville par une porte à deux battants. En dehors, vers le faubourg, il y a un pont-levis et un petit pont dormant pour les gens de pied, sur le large fossé que remplissent les eaux de la Seine.

Le 22 mai 1510, Jehan Guayde quitte l'église de la Madeleine pour se rendre à la porte de Croncels. Là, une visite de la vieille porte est faite en présence du maire, des échevins et du gouverneur de la province : «  il convient de faire un devis et à le montrer  à seigneur le gouverneur et autres », ce qui est fait.

Mais ce n'est qu'en mai 1511, que Jehan Gayde dessine  « 3 projets pour les ouvrages de maçonnerie ».  En juillet, on lui demande de perfectionner ses projets.

Le 29 octobre, le gouverneur et les autorités locales se rendent à la porte de Croncels  et là est enfin définie la forme que prendra le nouvel édifice.

En janvier 1512, le gouverneur envoie Jehan Guayde  8 jours " en la ville de Mouzon voir la tour qui vient d'y être construite et s'en servir pour celle de Croncels ".

La première pierre de ce grand chantier est posée le 26 avril 1512, et c'est le départ d'un édifice important qui devait s'élever  sous la direction de notre maître-maçon.  Il conduit rapidement la maçonnerie  des deux tours de la porte de Croncels pour  que celle-ci arrive bien au-dessus du niveau de l'eau des fossés. En raison de la période troublée, Jehan Gayde arrête ses travaux.

En 1524, dans le grand incendie qui consume le Quartier-Haut, la porte de Croncels est réduite en cendres, il ne reste que les gros murs. Elle est reconstruite quelques années après. Le porche est prolongé et flanqué de deux grosses tours demi-circulaires. Ces annexes reçoivent de l’artillerie. Une longue voûte, s’ouvre entre les deux tours, et conduit par un pont-levis dans l’intérieur. A l’étage supérieur, il y a aussi des meurtrières. Un petit clocher est érigé en 1568, avec une cloche de guet. Au-dessus de la porte et sous les fenêtres de la chambre de guet, on lisait sur une pierre polie, les vers suivants, en latin, posés en 1615 : « Pour ses murs, pour sa porte et pour lui Troyes espère dans l’appui généreux du fils et de la mère ». 

Pendant le XVIIIe siècle, elle fut réparée plusieurs fois, le pont-levis, hors service fut supprimé, il n’en resta que les culées de pierres sur lesquelles on établit un pont de bois fixe, qui finit par disparaître avec le fossé.

La porte de Croncels a vu sous son porche plusieurs réceptions solennelles.

En novembre 1582, les députés des 13 cantons suisses, venus en France pour renouveler leur alliance avec le roi Henri III, passent par Troyes. Ils sont reçus à la porte de Croncels, harangués par le corps de ville en présence de la milice bourgeoise, puis introduits et traités avec magnificence.

Le 4 juin 1588, le cardinal de Guise, qui s’est récemment emparé de Reims et de Châlons, vient devant Troyes pour entraîner les habitants dans son parti. Le prélat se présente à la porte Saint-Jacques, mais les officiers municipaux, prévenus par un ordre du roi, refusent de le recevoir. Il tourne la ville et vient à la porte de Croncels, où la garde le somme de se retirer. Quelques jours après, avec l’appui des troyens favorables aux Guise, le cardinal est introduit par cette porte. L’acte d’union est passé, le serment prêté, et la ville de Troyes soumise à la Ligue.

En 1590, à la mort d’Henri III, le pape Sixte-Quint envoie à Paris le cardinal Cajetano son légat, pour empêcher Henri de Béarn de monter sur le trône de France, tant qu’il ne serait pas dans le giron de l’église romaine. Le cardinal arrive à Troyes le 9 janvier, avec plusieurs prélats et officiers de sa suite. Le corps de ville prend ses dispositions pour la réception. Le comte de Saint-Pol, qui commande dans la ville, escorte le prélat avec 6.000 hommes. Les officiers du corps de ville vont au-devant du cardinal jusqu’à Bréviandes. A la porte de Croncels, le dais lui est offert, mais il refuse. Le clergé le conduit processionnellement à la cathédrale, au son de toutes les cloches, les boutiques sont fermées et les rues tapissées.

En 1629, quand Louis XIII se rend en Dauphiné pour aller avec une armée au secours du duc de Mantoue, il passe par Troyes et entre par la porte de Croncels, sans cérémonial, le 23 janvier. Il vint loger chez le baron Louis Largentier, bailli de Troyes, à l’hôtel de Chapelaines. Les officiers de ville vinrent y saluer le roi et le complimenter. L’entrée officielle n’eut lieu que le jeudi 25 janvier, par la porte de Beffroi. Le roi alla descendre chez M. Vestier, doyen de la cathédrale, la reine-mère loge à l’évêché, le duc d’Anjou chez le promoteur Denise, et le ministre Mazarin avec les siens fut reçu chez Me Angenoust.

En 1650, Louis XIV étant à Dijon, donne avis au maire de Troyes qu’il passera par sa ville pour s’en retourner à Paris. La Cour arrive par la porte de Croncels le 28 avril. Le 3 septembre 1653, la marquise de Praslin fait son entrée à Troyes par la porte de Croncels où elle est complimentée par le maire Pierre Denise.

Le 29 octobre 1663, les députés des cantons suisses catholiques, qui vont à Paris renouveler leur alliance avec la France, arrivent à Troyes par la porte de Croncels, où « ils sont reçus honorablement », et traités splendidement au palais épiscopal.

Pendant le XVIIIe siècle, il ne se passa rien de remarquable pour la porte de Croncels. Elle fut réparée plusieurs fois.

En 1805, lorsque Napoléon 1er et l’impératrice Joséphine se rendant en Italie, passent par Troyes, le maire de Troyes fait élever un arc de triomphe à trois portiques, porté sur des pilastres d’ordre ionique, de 12 mètres de hauteur à la porte de Croncels. Sur la frise de l’entablement on lit : « A Napoléon ». Dans le fronton sont peintes des couronnes, et au milieu il est écrit : « Il les mérite toutes ». La figure de la Paix et celle de l’Abondance s’élèvent au-dessus des portiques établis de chaque côté. C’est par cette porte de Croncels que le 3 avril, sort l’Empereur à cheval, pour inspecter la Seine. Le lendemain, l’Empereur et l’Impératrice reçoivent à la porte de Croncels les hommages des autorités et prennent le chemin de Bar-sur-Seine, au milieu des acclamations de la foule enthousiaste. Le 6 avril, le pape Pie VII, avec plusieurs cardinaux, sort de Troyes par la porte de Croncels, retournant en Italie, emportant les vœux des Troyens édifiés de sa piété et touchés de son affabilité.

Au printemps de 1808, la porte de Croncels est détruite, et est remplacée par des barrières de bois, qui ferment l’entrée de la ville au midi.

 


L’Arche Maury

Non loin de la porte de Croncels, du côté de la Tannerie, le rempart enjambait le ru de la Vienne au moyen d’une arche appelé arche « Maury » ou arche des Moulins-Neufs. Son origine remonte au XIIe siècle. L’arche protégée par une grille amovible, était surplombée d’un pavillon garni d’un mâchicoulis, mentionné en 1592. A la fin du XVIe on fit des travaux à cette arche « pour passer et faire entrer les basteaulx jusques au-dedans de ladite ville ». Le port de Croncels était effectivement aménagé à cet endroit, sur la rive opposée.

L’arche Maury s’appelait aussi l’arche des Moulins-Neufs en raison de la construction en 1424-25, de moulins situés juste derrière l’arche et sur le ru de Vienne. D’ailleurs ces moulins furent installés en deux partie dans la maison qu’occupait Pierre Maury, d’où l’appellation d’arche Maury.

Deux grosses tours encadraient cette arche Maury. C’était la tour des Moulins-Neufs,  nom donné en raison de la proximité des moulins du même nom et la tour Saint-Gilles. Cette dernière tour fut démolie en 1536 par ordonnance de Monseigneur de Villiers, commissaire aux fortifications, parce qu’elle empêchait le tir des batteries de la porte de Croncels dans la direction de la Tannerie. Ce devait être une grosse tour. Elle fut pourtant reconstruire mais sur un plan plus petit, ceci peu avant 1551, semble-t-il. La tour des Moulins-Neufs s’est aussi appelée tour Maury ou tour de l’arche Maury quand la tour Saint-Gilles fut démolie, entre 1536 et 1551. Les deux tours semi-circulaires subsistèrent jusqu’à la fin du XIXe. En 1885, on fit un égout pour supprimer le gué de Croncels derrière l’arche Maury et dans l’intérêt de la vente des terrains. Les tourelles et l’arche Maury furent démolies en 1886.

Au-devant de l’arche Maury, existait depuis très longtemps un vannage et un déversoir que l’on avait surnommé le bouillon de Croncels.

C’est cette décharge du Bouillon de Croncels qui alimentait en eau les fossés de la Tannerie, fossés qui furent comblés avant 1882.

Tourelle du Bouillon de Croncels

Le fort de Guise

Entre la porte de Croncels et la porte du Beffroi, le rempart faisait retour à l’angle du lieudit Torchepot. A cet endroit, était construite une grosse tour de pierre dont le nom de tour Boileau lui était donné depuis le début du XVe siècle. Des canonnières à cette tour sont mentionnées en 1465.

En 1531, elle était en si mauvais état qu’on se demandait s’il ne fallait pas la démolir. En fait, le gouverneur de la province, Claude de Lorraine, duc de Guise, ordonna la construction d’un grand boulevard de pierre à l’endroit de cette tour. Le terrain de Torchepot fut nivelé et préparé. Luis Pothier, peintre, fit le « pourtrait de ladite tour » (le boulevard), et c’est le maître-maçon Martin de Vaulx qui entreprit l’édification de ce grand boulevard. La première pierre fut posée le 12 octobre 1532 et l’achèvement n’eut lieu qu’à la fin du mois d’août 1541.

Ce boulevard englobait dans son enceinte, l’ancienne tour Boileau qui fut restaurée. Il était composé de deux niveaux de casemates percées de canonnières, de grands magasins d’artillerie et de munition et couvert d’une grande plate-forme. Il avait la forme d’un grand triangle dont deux des plus grands cotés qui n’avaient pas moins de quatre-vingt-dix mètres de longueur, étaient censés protéger les approches de la porte de Croncels d’une part, et de la porte du Beffroi d’autre part. Cette imposante construction fut appelé boulevard de la tour Boileau, boulevard ou fort de Guise ou encore tour de Guise.

En 1544, du mois de juin jusqu’au début du mois de septembre, le maître-maçon Jean de Vaulx fit faire d’importants travaux aux nombreuses canonnières du boulevard. Un jardin fut aménagé au XVIIIe siècle sur la plate-forme supérieure du fort de Guise qui était loué en partie.

Rien de très important ne marque l’existence de ce fort qui était de solide construction. Au début du XIXe, époque où l’on voulait à tout prix faire disparaitre tous les vestiges des remparts de la surface du sol, le fort de Guise était abandonné et laissé à des particuliers. Un crédit fut voté en 1931 pour effectuer sa démolition. Le gouvernement autorisa la destruction pure et simple du boulevard de la tour Boileau en 1832.

Les travaux furent rondement menés et procurèrent une quantité importante de matériaux.

La Tour Boileau



Porte aux Mystres

 Porte aux Mystres, des Oursiers, des Orsiers, Porta Usariorum, des Ursaires, , Porta episcopi, de l’Evêque, de l’Hôtel-Dieu Saint-Nicolas, du Four-l’Evêque, du Pont-Ferré, au Mitre, Porte d’Auxerre

Vue de la porte aux Mystres (au mitre) près de Saint Nicolas
On remarque l’ancienne voûte et le talus du rempart
Mine de plomb – anonyme XIXe siècle


La rue des Oursiers a porté 10 noms différents, selon les époques.

L’oursier était celui qui était chargé d’instruire les ours destinés à être montrés en spectacle. Or, il y avait là l’existence d’un amphithéâtre ou d’un cirque, dans lequel se donnaient des représentations scéniques, où figuraient principalement des ours. Ou alors ce nom provenait du proche voisinage de l’habitation de ceux qui les montraient ou leur donnaient des soins. Au levant, Troyes était fermé par un mur épaulé de terres en talus, dans lequel s’ouvrait une entrée à l’endroit même où est le Pont-Ferré, à peu de distances du chevet de la cathédrale. C’est pour cela que cette porte fut appelée quelque fois Porte du Pont Ferré. Cette entrée s’appelait en 1174 et 1232  Porte Usariorum, Porte des Ursaires, des Orsiers en 1236. Un péage était perçu au profit de l’évêque de Troyes, lorsque ce prélat fut tout à la fois évêque et gouverneur, c’est pourquoi la porte prit alors le nom de Porte au Mitre au XVe siècle, Porta Episcopi, Porte de l’Evêque, parce que ce dignitaire en gardait la clef. En 1530, le péage fut racheté par la ville, moyennant 600 livres. En 1548, il est établi que le Pont Ferré appartient à la ville, malgré les prétentions de l’évêque qui y revendiquait ses droits.

Près du grand portail de l’église de Saint-Nicolas-au-Marché s’ouvrait jadis une Tour-Porte connue en 1175 sous le nom de Porta Sancti Petri, Porte de Saint-Pierre, parce qu’elle était l’entrée de la ville du côté de l’abbaye de Montier-la-Celle, (primitivement Saint-Pierre-de-la-Celle).

 A cette porte aboutissait la route d’Auxerre par la voie de la Grande Planche ou chemin de la Chapelle-au-Blé, ce qui fit nommer cette entrée Porte d’Auxerre. Elle fut aussi appelée Porte au Mistre en 1396. L’origine de ce nom se trouve dans le mot Magister, Maître, dont on a fait Mistre ou Maître des hautes œuvres, fonctionnaire important dans les temps de grande domination.

Le bourreau de Troyes prélevait certains droits sur les denrées de nos marchés, et percevait quelques péages sur les bêtes abattues à l’écorcherie, et enfin sur « les filles joyeuses et lubriques, usant et abusant de leur liberté, faisant marchandise de leurs corps, lesquelles doivent au Mistre chacune 5 sols pour une fois seulement ».

Cette entrée au haut du Marché-aux-Blés, donnait accès aux habitants de la campagne de ce côté-là. Pour ne pas faire un long détour par la porte du Beffroi ou par celle de Croncels, les villageois préféraient entrer par la porte au Mistre en payant un léger tribut, et arriver directement au marché. Cette porte était construite en pierre de Bourgogne, comme toutes les entrées de la ville. Le porche voûté en ogive avait plus de 4 toises (8 mètres environ) de longueur sur 1 toise ½ de largeur. En avant de la porte et au-dessus du fossé existait une terrasse soutenue par une culée en charpente où s’appuyait un pont-levis pour communiquer avec l’autre rive. La porte au Mistre était un des plus anciens restes de l’architecture militaire de la ville de Troyes.

C’est en face de la porte au Mistre qu’aux premiers jours de juillet 1429, Jeanne d’Arc vint planter son étendard et commander l’assaut de la ville. « A la vue de la lumière mystérieuse de jeanne, les Troyens se hâtèrent de se soumettre ».

En 1739, l’intendant de Champagne ordonne la réparation des murailles. La porte au Mistre qui menaçait ruine, fut reconstruite, et reliée avec la maçonnerie de soutènement des terres contre lesquelles s’appuyait l’Eglise Saint-Nicolas. Ces réparations faites sans goût compromirent beaucoup le caractère de la vieille porte.

En 1754, on abattit les vieux arbres le long du fossé que l’on combla en grande partie, parce que, demeurant sans eau pendant l‘été, ce fossé répandait « des exhalaisons malfaisantes ». Sur le terrain aplani, on planta des ormes en allées régulières auxquelles on donna le nom de « Mail », ainsi qu’aux autres plantations du tour de la ville faites quelques années auparavant. C’est de cette époque que datent les belles promenades qui encadrent si gracieusement notre ville.  Le sol du mail et de la chaussée dut être considérablement exhaussé, depuis la suppression du passage par la Porte-au-Mistre, car les culées en charpente du pont-levis étaient en contre bas de plusieurs mètres.

Au début du XIXe siècle, le porche d’entrée de l’ancienne porte, voûté sur ogives, existait encore et des travaux réalisés en 1808 le transformèrent en réservoir à eau. Du côté de la ville, le parement de la porte fut reconstruit en pierres de Tonnerre, et l’on aménagea au milieu une niche de 3 mètres de haut sur 1,50m de large. Un socle y attendait la statue du grand homme, dont le nom était promis à la fontaine qui devait s’appeler Fontaine Napoléon.

Mais le projet n’eut pas d’aboutissement. En 1850, les propriétaires riverains de l’ancienne porte « Au Mitre » demandèrent la construction d’un passage au-devant du rempart et sur les fossés pour communiquer de la rue Saint-Nicolas au Mal du Beffroi et, en 1851, on commença la démolition d’une partie des remparts de Saint-Nicolas. L’ancienne porte disparut en 1853.

Dans les fossés, à l’emplacement de la tour avait été construit un moineau de bois. Mentionné en 1487, il fut démoli en 1497, puis reconstruit en pierre. Il servit accidentellement de prison en juillet 1530 : on y enferma une femme lépreuse. Le moineau de la tour fut détruit en août 1544.

 




Dernière porte fortifiée dans l'Aube ; les places fortes

 Porte Saint-Nicolas, dernier vestige médiéval dans l’Aube (10)

Porte Saint-Nicolas à Ervy-le-Châtel,  XIIIe siècle. 

Seul vestige des premières fortifications, c'est un bâtiment quadrangulaire flanqué de deux tours rondes, reconstruites au XVIe siècle. Elle est la seule porte de ville médiévale subsistant aujourd'hui dans l'Aube (10).

Autrefois, ce bâtiment servait de salle d'audience de la justice de Paix. En 1838, il sert de prison et plus tard, d'Hôtel de Ville.

En avant de la porte, un pont à trois arches est jeté sur les anciens fossés pour remplacer le pont-levis. Sous le passage se voient encore les rainures de la herse. Le corps de logis est surmonté d'un toit à quatre pans avec campanile.

La porte d'entrée est en arc surbaissé. Au-dessus de la porte s'ouvre une grande fenêtre, auprès de laquelle se trouve une petite niche qui contenait autrefois une statuette de Saint-Nicolas. Les remparts attenants à la porte ont été démolis vers 1712.

 

Les places fortes dans le département de l’Aube (10)

 * Aix-en-Othe

Évacué par les Anglo-Navarrais, le 12 janvier 1359 (n. st.).

 * Arcis-sur-Aube

 * Beaufort

Aujourd'hui Montmorency-Beaufort,

 * Bouy

Aujourd'hui Bouy-sur-Orvin. Maison forte voisine des forteresses navarraises  de Trainel et de Veaurenier. Le traité conclu par Charles V avec le roi de  Navarre le 6 mars 1365 stipule l'évacuation de Bouy.  Bragelogne (1358 à 1360).

Le traité de Brétigny stipule l'évacuation de Bragelogne.

 * Brienne-le-Château

 * Gyé-sur-Seine

Le traité de Brétigny stipule l'évacuation de Gyé-sur-Seine.

 * Méry-sur-Seine

 * Nogent-sur-Seine

 * Plancy

 * Pont sur-Seine

 * Rosnay

Aujourd'hui Rosnay-l'Hôpital.

 * Thieffrain (la Motte de)

Le traité de Brétigny stipule l'évacuation de la Motte de Thieffrain.  On lit dans Rymer : la Mote de Triefrein.

 * Trainel

 Racheté à la fin de 1364, ainsi que Marolles-sur-Seine, par Charles V,  moyennant 20 000 francs levés sur le pays environnant. Mais comme le  traité conclu le 6 mars 1365 avec le roi de Navarre stipulait l'évacuation de Trainel sans rançon, le roi de France assigna, le 3 juin suivant,  les 20 000 francs destinés à cette rançon à son chambellan Guillaume de  Melun.

 * Veaurenier

Maison forte de l'ancienne paroisse de Saint-Gervais aujourd'hui réunie à Trainel. Le traité du 6 mars 1365 stipule l'évacuation de Veaurenier.

 * Villemaur

 


 Le traité de Brétigny, également connu sous le nom de traité de Calais, est conclu le 8 mai 1360, au château de Brétigny, un hameau de la commune de Sours près de Chartres, entre les plénipotentiaires du roi Édouard III d'Angleterre et ceux de Charles, fils du roi Jean II de France.

 Le 24 octobre 1360, les rois Jean II et Édouard III, accompagnés de leurs fils aînés, ratifient cet accord à Calais ce qui permet une trêve de neuf ans dans la guerre de Cent Ans.

 Le régent de France avait besoin de temps pour réorganiser le pays et mettre fin à l'instabilité qui y régnait. Il envoie donc Bertrand Du Guesclin rassembler les grandes compagnies qui ravagent les campagnes pour combattre Pierre le Cruel en Castille. Cela occupe les Anglais, alliés à Pierre le Cruel, en Espagne et va permettre de nouer une précieuse alliance avec le nouveau roi de Castille Henri de Trastamare. La rançon ne sera que partiellement payée et le traité de Brétigny-Calais ne fut pas durable. Mais il permit une trêve de neuf ans pendant la guerre de Cent Ans.

 Le traité de Calais fut rompu par Charles V le 18 novembre 1368.

Ce traité est également nommé : Traité Honteux

Une des pages du fameux traité de Brétigny - BNF



La Mise au tombeau 1ère partie

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