vendredi 16 août 2024

Les NOTRE-DAME

  

LA DAME, NOTRE-DAME

 

Déesse-Mère

Vénus de Willendorf, Paléolithique supérieur, vers 22 000–24 000 av. J.-C.


De tout temps, les chrétiens ont honoré Marie avec une ferveur extrême, beaucoup plus profonde que celle qu’ils ont pu témoigner à n’importe quel saint du calendrier. Ferveur assez semblable à celle que les anciens ont portée aux Déesses-Mères de l’Antiquité.

Celles-ci étaient généralement le symbole de la terre féconde prête à recevoir en son sein la chaleur et la lumière du ciel afin que jaillisse d’elle l’explosion lumineuse et glorieuse des germinations.

Mais selon les peuples et suivant les époques, le mythe de la déesse-mère a, non seulement évolué mais s’est aussi multiplié. Si l’Egypte a connue GEB, la terre – dont l’image est une oie – elle eut également Isis (Sit ou Tist) déesse des moissons, de la médecine et des mariages, qui donnera à son époux Osiris, génie du Nil, un fils, Horus, le dieu épervier.


Une statue d'Isis nourrissant au sein Horus, musée du Louvre. Il est admis que cette figure a probablement inspiré les représentations de Marie dans le christianisme, mais ses liens avec les « Vénus paléolithiques » sont improbables


En Grèce, la terre Gaya et le ciel Ouranos auront un fils Kronos, dieu céleste. Mais une autre déesse-terre Rhéa épousera Kronos. Leur fils sera Zeus le dieu des dieux.

Enfin, Maya et Zeus auront un fils Hermès, dieu de l’éloquence et des voleurs.

Cette filiation se retrouvera également à Rome où la terre et le ciel donneront également naissance à un dieu à figure humaine. Tellus, la terre et Caellus, le ciel, engendrent Saturne, tandis que Gea, déesses-terre et Uranus, dieu du ciel ont une fille Cybèle. Les « deux familles seront bientôt réunies » car Cybèle épousera Saturne. Ils auront pour enfants Cérès, déesse de l’agriculture et Jupiter (Jovis), dieu des dieux italiques, du ciel, de la lumière, de la foudre, maitre du Capitole. Une planète portera également son nom, la planète Jupiter qui comprend douze satellites…

On ne peut manquer d’être frappé par les similitudes de ces générations ainsi que par les parentés des noms, surtout lorsque Maïa et Jupiter auront un fils Mercure, dieu de l’éloquence et des voleurs…

A propos de Maïa, mère de Mercure, on peut noter aussi la similitude phonique que l’on rencontre avec Maïus (Maïa – maium) dont le substantif Maius a donné en français le mois de Mai, mois de Marie… Cette évocation succincte de la Mythologie terminée, revenons à Notre-Dame et signalons pour mémoire que MARIA (Sainte-Marie) et JAHVE (Iahvé – Yahvé) Dieu, donnerons au monde Jésus, 1er Fils de Dieu, qui par son éloquence entrainera le peuple vers la Foi et qui mourra, crucifié entre deux voleurs.

 

Déesses-Vierges

 Durant la période pré-chrétienne, les déesses-mères, symboles de la terre féconde ne semblent pas être considérées comme vierges. Elles ont des époux et, comme de simples mortels, procréent un ou plusieurs enfants. La virginité n’aurait été d’ailleurs qu’un état préparatoire et limité dans le temps, pré-existant à chaque maternité et destiné à la préparer.

Il existait, parallèlement aux déesses-mères une divinité à concept matriarcal d’origine pré-indo-européenne. Cette « Mère » enfantait par son propre pouvoir et cette déesse de la fécondité qui, trois mille ans avant J.-C. se confondait peut-être avec la mère terre apparait à Babylone comme étant la Vierge Ishtar. En Assyrie ou chez les Phéniciens, ce fut Ashtart, déesse de l’enfantement ou Astarte déesse du ciel. Dans la mythologie Grecque il y eut la vierge Artemis, puis la Rome Antique connu Diana, la vierge Reine des Bois qui parcourait les forêts au milieu de son cortège de Nymphes.

Artémis polymaste,  IIe siècle, Galerie des Candélabres, musées du Vatican.


La Vierge du Zodiaque

Vierge du zodiaque de la basilique Ste Marie-Madeleine de Vézelay XIIe

Bien que l’origine du Zodiaque ne soit pas précisément déterminée, il apparaitrait que son berceau fut la Mésopotamie du 2ème millénaire avant J.-C. En tout cas, les Babyloniens, vers 700 av. J.-C. avaient attribué la figure de la Vierge à l’un des douze signes, celui qui, situé entre le lion et la balance, correspondait au sixième mois Elûl de leur calendrier.

Etant donné qu’en ce temps, Nisan, le premier mois de l’année correspondait à l’équinoxe de printemps et que le soleil se trouvait alors dans la constellation du Taureau, l’apparition de la Vierge à l’horizon, au début de la nuit, coïncidait avec la période des moissons de l’ancienne Égypte. Ceci nous permet de comprendre pourquoi trois des étoiles de cette division zodiacale ont été figurées par des épis de blé.

Du fait de la précession des équinoxes, le soleil de printemps s’est d’abord déplacé dans le Bélier au début de l’ère chrétienne. Actuellement il entre dans les Poissons. Par la suite, l’apparition de la constellation de la Vierge à l’horizon nocturne a rétrogradé elle aussi de fin juin à début septembre.

Seigneurie de Montmorency-Beaufort

 


D’or à la croix de gueules cantonnée au 1) d’une gerbe de blé de sinople, au 2) de trois broyes d’azur rangées en pal, au 3) d’une tour du même ouverte du champ, au 4) d’une barre ondée d’azur.

 Montmorency Beaufort est située à la limite entre la Champagne humide et la Champagne crayeuse dans le département de l’Aube (10), arrondissement de Bar-sur-Aube. 

Le village est mentionné dès l'époque carolingienne sous le nom de Beaufort (sans doute Bellum Forte).



Des Broyes aux Rethel



Au moins depuis le Xe siècle, la seigneurie de Beaufort (châtellenie vers 1274-1275, au bailliage de Vitry) appartint d'abord à la famille de Broyes, qui eut Broyes, Arc, Châteauvillain et Baye en Champagne ou en Barrois champenois, Trilbardou et Charmentray en Brie, Pithiviers et Nogent-le-Roi en Beauce, Commercy aux marges de la Champagne et du Barrois, et le comté de Sarrebruck.

En 1199-1257, l'héritière Félicité de Broyes fut dame de Beaufort, qu'elle transmit à son mari le comte champenois Hugues II de Rethel. Leurs descendants les comtes de Rethel eurent Beaufort jusqu'à Hugues IV qui le vendit à Blanche d'Artois, comtesse de Champagne et reine de Navarre, en 1270.


Entre Champagne-Navarre et Lancastre 


La seigneurie de Beaufort fut donc acquise en juin 1270 par Blanche d'Artois, épouse d'Henri III comte de Champagne et roi de Navarre († 1274) : parents de la comtesse-reine Jeanne, femme de Philippe IV le Bel. Veuve, Blanche se remaria en 1276 avec le prince Edmond d'Angleterre, comte de Lancastre, fils d'Henri III Plantagenêt et frère cadet d'Édouard Ier, et lui apporta la seigneurie en dot.


Le règne anglais des Lancastre 


Devenu possession des comtes puis ducs de Lancastre, Beaufort va constituer pendant toute la guerre de Cent Ans, un verrou anglais au cœur de la Champagne. Jean de Gand († 1399, fils cadet du petit-fils d'Edouard Ier : Édouard III (arrière-petit-fils de Blanche d'Artois par sa mère Isabelle de France fille de Jeanne 1ère de Navarre-Champagne), duc de Lancastre par son premier mariage avec Blanche arrière-petite-fille d'Edmond et Blanche d'Artois) donna le nom de Beaufort aux quatre bâtards légitimés qu'il eut de sa maîtresse puis troisième épouse Catherine Roët Swynford, la belle-sœur de Chaucer, fondant ainsi la Maison de Beaufort, qui joua un rôle important durant la guerre des Deux-Roses. 
Portent toujours le titre de duc de Beaufort les derniers Plantagenêts en ligne directe masculine (et naturelle) : les Beaufort-Somerset-Worcester.

Les débuts des princes Valois. 



Son château fort, puissamment fortifié et réputé imprenable, dominait la plaine de Brienne, et c'est par trahison que Charles V réussit à s'emparer du château en 1369. Le destin féodal de Beaufort devient alors assez chaotique, car il appartient à la Couronne, et les rois Valois le cèdent ou l'engagent régulièrement à des serviteurs de l'État ou à des princes, en récompense, en gage de dettes royales, ou pour s'assurer des fidélités. 

Ainsi Charles V le céda à titre viager à Jean II-III de Melun, alias Jean II comte de Tancarville, chambellan de France († 1382 ; sa descendance conduit aux ducs d'Orléans-Longueville comtes de Tancarville et de Dunois) (le roi Charles aurait aussi déjà donné Beaufort en 1357-61 à son cousin Louis d'Evreux comte d'Étampes († 1400), intermède dans la possession de Blanche et Jean de Lancastre ?). 

Puis Beaufort est donné à titre viager dès 1382 au dernier frère de Charles V, Philippe II le Hardi duc de Bourgogne († 1404), par son neveu Charles VI. 

Sa fille Catherine de Bourgogne, duchesse d'Autriche, reçut Beaufort en partie seulement (par sa mère Marguerite comtesse de Flandre, Nevers, Rethel et Bourgogne, elle descendait des premiers seigneurs de Beaufort).

Nemours et Armagnac. 


La seigneurie principale revint au roi qui l'intégra, avec Nogent-sur-Seine, Pont-sur-Seine, Soulaines [Dhuys], au duché de Nemours créé par Charles VI à titre viager pour Charles III d'Evreux roi de Navarre († 1425 ; dit le Noble ; arrière-arrière-petit-fils de Philippe le Bel et de Jeanne de Champagne-Navarre évoqués plus haut, et donc par Jeanne : arrière-arrière-arrière-petit-fils de Blanche d'Artois ; petit-cousin de Louis d'Étampes ci-dessus ; cousin germain de Charles VI par sa mère). 

Ensuite, Beaufort continue sa destinée erratique, mais ses possesseurs descendent presque tout le temps des rois de Navarre, et donc de Blanche d'Artois. À la mort de Charles III le Noble, le duché de Nemours revient à la Couronne (il sera recréé régulièrement pour certains de ses descendants), alors que la seigneurie de Beaufort passe à sa fille Blanche († 1441) ; le roi Charles VII la donne ensuite à son oncle maternel Charles d'Anjou-Maine († 1472 ; aussi comte de Guise), dont la fille Louise († 1470) le transmet à son mari Jacques d'Armagnac, arrière-petit-fils de Charles III le Noble par sa grand-mère maternelle Béatrice d'Evreux, comte de Castres, de la Marche et de Pardiac. 

En 1462, Jacques est créé duc de Nemours par Louis XI : mais c'est une coïncidence, il tient Beaufort par sa femme, pas par son duché. Comme tous les biens de Jacques d'Armagnac accusé de trahison, Beaufort est confisqué et revient à la couronne de France lorsque Jacques est condamné à mort par Louis XI et décapité en août 1477.

Le comté de Beaufort.

 


En 1477/1479, Louis XI donne Beaufort, érigé en comté, à titre viager avec Soulaines, Larzicourt et Villemaheu (à Soulaines), à son conseiller-chambellan Thierry III de Lenoncourt, bailli de Vitry († 1483). 

En 1484, Charles VIII fils de Louis XI, restitue le duché de Nemours et les comtés de Beaufort, de Guise et de Pardiac aux enfants de Louise d'Anjou-Maine et de Jacques d'Armagnac : Jean d'Armagnac († 1500) puis Louis († 1503) ; Guise, Nemours, le Pardiac et Beaufort sont alors hérités par leur sœur Marguerite († 1503) et son époux le maréchal Pierre de Rohan-Gié († 1513 ; issu de Jeanne de Navarre-Evreux, tante de Charles le Noble).

Foix. 


Mais dès 1507, Louis XII donne le comté de Beaufort (sans doute échangé avec Pierre de Rohan en 1504), plus le duché de Nemours avec Soulaines, Villemaheu, Larzicourt, Saint-Florentin, Ervy, Dannemoine et Coulommiers, à son neveu Gaston de Foix-Navarre comte d'Étampes, le Foudre d'Italie (issu de Charles le Noble ; cousin germain d'Anne de Bretagne femme de Louis XII ; † 1512 à Ravenne). 

Sa sœur Germaine de Foix, reine d'Aragon, † 1536, en hérite avec en plus Séant-en-Othe, puis vend (en partie seulement ou en créant un contesté ? car Odet de Foix ci-après est « comte de Beaufort ») à Guillaume de Croÿ seigneur de Chièvres, comte de Beaumont et marquis d'Arschot († 1521 ; lié à Charles Quint ; fils de Philippe de Croÿ et de Jacqueline de Luxembourg). 

Mais son neveu Philippe II de Croÿ doit restituer en 1530 aux héritiers du maréchal Odet de Foix-Lautrec († 1528), comte de Beaufort en tant qu'héritier de la reine Germaine par retrait lignager (comme le rappelle le traité de Cambrai, 1529). 

De plus, la seigneurie d'Isles, avec Chaource, Maraye & Villemaur, au bailliage de Troyes, était venue à Odet de Foix par son mariage avec Charlotte d'Albret d'Orval, fille de Jean et de Charlotte de Bourgogne-Nevers comtesse de Rethel. 

Après leur fils Henri de Foix-Lautrec († 1540), c'est leur fille Claude qui hérite du tout († 1553 ; elle épouse en 1535 Guy XVII de Laval, † 1547, puis en 1547 Charles de Luxembourg-Brienne-Penthièvre seigneur de Martigues, † aussi en 1553, frère aîné de Sébastien). 

Héritier de sa femme Claude de Foix-Lautrec, Charles de Luxembourg lègue Beaufort à son oncle maternel Jean de Brosse-Penthièvre duc d'Étampes, qui s'empresse de le céder en 1554 à François Ier de Clèves.

Nevers. 


François Ier de Clèves-Nevers, † 1562, fut le premier duc de Nevers ; par sa mère Marie d'Albret d'Orval, comtesse de Rethel : il était donc le cousin germain de Claude de Foix-Lautrec ci-dessus, qui lui avait déjà légué la seigneurie d'Isle venue des Bourgogne-Nevers-Rethel ; par les Rethel il descendait des premiers seigneurs de Beaufort. 
Sa femme fut Marguerite de Bourbon-Vendôme. 

Les Clèves-Nevers gardèrent Beaufort jusqu'en 1597 : le duc Jacques de Nevers († 1564 ; fils cadet de François de Clèves et Marguerite de Vendôme ; seigneur puis premier marquis d'Isles, baron de Jaucourt et seigneur de Jully) ; puis sa sœur Marie († 1574 ; princesse de Condé par son mariage avec son cousin Henri Ier < Catherine de Condé, † 1595 sans postérité) ; enfin leur sœur Catherine de Clèves, comtesse d'Eu, duchesse de Guise par son mariage avec le Balafré.

jeudi 15 août 2024

La porte des lépreux

 

La porte maudite de l’église de Saint-André-les-Vergers




            A gauche du grand portail « des maraîchers » (Ouest) de l’église paroissiale, existe une porte secondaire dont les clous, disposés en forme de X rappellent la croix de Saint André. Cette porte mystérieuse, est « la porte des Lépreux », laquelle d’ailleurs fut longtemps condamnée et murée à la suite de l’épisode suivant :

            Deux enfants Dryats venaient de se marier. Leur bonheur paraissait sans mélange si la lèpre, une lèpre affreuse, n’était venue attaquer les membres et le visage du jeune époux. Défiguré, hideux et surtout contagieux, celui-ci fut bientôt retranché de la communauté des vivants selon l’usage habituel déterminé en pareille circonstance.

            Sur convocation du curé faite au son lugubre du glas, la foule des grands jours se rassemble à l’église. L’époux, atteint de la lèpre est introduit par la porte dérobé qui se referme sur lui, il dirige ses pas vers la chapelle ardente dressée au milieu du bas-côté nord de l’édifice. La cérémonie macabre se déroule selon le rituel en vigueur, l’époux est placé sous le drap mortuaire, le prêtre alors commence l’office des morts, il récite les prières des défunts avec les aspersions et les encensements accoutumés il dit :

« À partir de ce jour tu te tiendras face au vent et tu ne parleras, à personne autrement. Tu ne quitteras ta maladrerie que pour te rendre à la messe et resteras avec les autres lépreux. Tu ne dépasseras point ta borde ».

            Ensuite, le drap mortuaire est enlevé, le ladre prend une jaquette grise (sa housse), on lui met une besace sur le dos, une talevelle (crécelle) en main. Le lépreux est conduit à la ladrerie, suivie par son épouse. Derrière le prêtre le convoi funèbre s’ébranle, il se dirige non pas vers la maladrerie de Rosières, pourtant toute proche, mais vers celle des Deux Eaux à quatre kilomètres de là en direction de Bréviandes.

            A Bréviandes, lépreux et lépreuses des Deux Eaux sont là, ils attendent à distance le nouveau venu auquel le prêtre adresse les défenses et interdictions qui le concernent. Alors, pour bien marquer que tout est fini, trois pelletées de terre prises au cimetière, sont jetées sur sa tête avec ces mots significatifs :

« Mon amy, ci est signe que tu es mort quant au monde »

            Ensuite, le ladre disparait, le cortège prend le chemin du retour vers l’église de Saint-André où le « mort vivant » est recommandé une dernière fois au pied des autels.

            La jeune femme qui enterre son mari de la façon la plus affreuse, a suivi cette cérémonie jusqu’au bout. C’est une personne jolie, d’un caractère doux, d’une intelligence vive, d’un cœur magnanime. Dans sa démarche rien n’a faibli, sa douleur contenue prend un caractère saisissant qui bouleverse l’assemblée. Un silence de mort plane sur la foule ; immobile et calme, la jeune femme alors déclare ceci :

            « Mon malheureux époux est un objet d’horreur pour les autres, mais il reste toujours la moitié de moi-même. Ensemble nous devons partager la bonne et la mauvaise fortune, je gagnerai donc la lèpre avec lui : la cérémonie est terminée, elle vaut pour deux ! ».

Aussitôt, elle abandonne ses vêtements, elle prend les habits de deuil comme signe d’un mal qu’elle ne ressent pas encore. Pour bien marquer sa résolution, elle quitte l’église par la porte dérobée qui a servi à son mari, elle refait seule le chemin qu’elle vient de parcourir avec tous, elle se dirige vers la maladrerie des Deux Eaux où, bien sûr, personne ne l’attend, pas même son mari, elle deviendra sa chambrière comme il est d’usage en ces temps là.

            Ce qui devait arriver ne manque pas de se produire. Bientôt les joues fraiches de la belle perdent leur couleur de pourpre, les uns après les autres ses charmes s’évanouissent, elle tombe en langueur.

           A quelque temps de là, cette fidélité dans les sentiments eut pourtant l’effet le plus surprenant :

Un miracle ayant eu lieu, le mari est guéri et sa belle aussi ; l’un de sa lèpre, l’autre de son état de langueur.

Après avoir écoulé ensembles des jours heureux, lorsque la mort se présenta, les deux époux se trouvèrent encore unis : Ils furent ensevelis côte à côte sous une double pierre tumulaire qui détermina longtemps le nom de la contrée appelée « Les Deux Tombes ». L’endroit était entre l’abbaye de Montier-la-Celle et la croix Saint Roch, près des champs de Saint-André, à proximité de l’église Saint Michel, mieux connue sous le nom de St Michau.

Ces évènements extraordinaires produisirent à Saint-André une grosse émotion ; les habitants voulurent y voir un signe du ciel qui les invitait à condamner, à murer la porte maudire de l’édifice religieux.

  Vaincue par l’amour, la lèpre n’entra plus jamais à l’église de Saint-André

La porte des « lépreux » a été restaurée et démurée dans les années 1960.

Une inscription hébraïque était sur le linteau de la porte, malheureusement disparue lors des restaurations de la façade Ouest en 2005, par un artisan ignorant et peu scrupuleux. A l’occasion de ces restaurations, le portail des Maraîchers a retrouvé toute sa splendeur de la Renaissance.

De nombreuses églises de France et de Navarre avaient leur porte des lépreux.

 

La petite porte sur la gauche est la porte des lépreux

NB : Autrefois, seuls les chrétiens qui avaient reçus le baptême avait le droit de pénétrer dans une église.

 

vendredi 9 août 2024

De la Chandelle au Gaz

 

Chandelles



La chandelle consiste en une mèche englobée dans un cylindre de suif. L’invention de cet article serait due aux Celtes qui utilisaient la graisse de leurs bêtes ; ce qui est certain, c’est que la chandelle était connue au Moyen Age avec l’introduction de la cire d’abeille. La cire d’abeille était précieuse et réservée à un usage liturgique dans les églises, symbolisant la pureté et la lumière divine. Les bougies en cire d’abeille étaient hautement prisées pour leur lumière brillante et leur absence de fumée. Cependant, elles étaient coûteuses et réservées à l’élite.

 Une bonne chandelle devait être bien moulée, blanche et ferme et devait résonner lorsqu’on la frappait. Malgré cela la lumière qu’elle donnait était vacillante et rougeâtre ; de plus le suif en brûlant dégageait beaucoup de fumée chargée en « noir » et une odeur caractéristique assez désagréable.

Dans le commerce chandelier, on reconnaissait les chandelles dites des 5, des 6 et des 8. Cette numérotation correspondait au nombre de chandelles contenues dans une livre. Les paquets étant faits de cinq livres (soi approximativement 2,500 kg).

 En 1890, le paquet de chandelles des 6 valait de 3 à 3,75Francs en qualité ordinaire et de 4,50 à 5 Frs en qualité supérieure dite « économique ».

 Pendant les chaleurs, ces chandelles « coulaient » et se perdaient ; on revenait alors à l’éclairage à l’huile.

 

LA QUEUE DE RAT

 C’est une chandelle très longue, repliée sur elle-même en « accordéon ». Tenue directement dans la main, elle permettait tout juste de se diriger pour aller allumer les chandelles disposées dans les autres pièces. Elle était fréquemment utilisée pour se rendre à la cave.

On achetait les queues-de-rat ainsi que toutes les chandelles, au chandelier dans le courant du mois de mars. La provision était placée dans une boite de bois à couvercle et rangée sur un muret de la cave où elle finissait de se faire. C’est-à-dire de durcir.

 


LES BOUGIES


Les « vraies » bougies étaient confectionnées en cire. L’odeur qu’elles dégageaient en brûlant était, parait-il, fort agréable mais leur intensité lumineuse était assez faible et de plus elles coûtaient déjà fort cher. Le nom de bougie donné à ces chandelles de cire vient du nom de la ville qui fournissait la cire : Bougie.

Mais les bougies furent également coulées en d’autres matériaux. Il y eut la bougie diaphane faite à partir du blanc de baleine, la bougie paraffine, enfin la bougie stéarique qui est encore utilisée. Cette bougie est coulée à partir de suif traité à l’acide sulfurique ce qui donne la stéarine, matière blanche, dure et cassante. Les meilleures bougies étaient les plus cassantes. En 1890, elles valaient de 2,10 Frs à 2,80 Francs les deux livres. C’était évidemment plus cher que la chandelle la meilleure, mais elles présentaient le double avantage de donner une lumière plus blanche et de n’être pas tributaire du mouchage.

 Aujourd’hui on utilise des huiles végétales respectueuses de l'environnement. Que vous soyez à la recherche de la douceur de la cire de soja, de l’originalité de la cire d'olive, de la polyvalence de la cire de colza ou de la fusion unique de la cire de soja-coco, on trouve tout ce qu'il faut pour donner vie à vos idées créatives ! Tout un chacun peut, si l’envie lui vient, faire ses propres chandelles ou bougies.

 Voici une recette simple pour réaliser vos propres bougies :

 Matériel nécessaire :

 Cire (de soja, d’abeille ou de paraffine)

Mèche de bougie

Contenant (verre, pot en métal, etc.)

Bain-marie

Huile essentielle (pour parfumer, optionnel)

Colorant (optionnel)

Thermomètre de cuisine

 Préparation :

 Protégez votre espace de travail avec du papier journal ou un chiffon.

Faire fondre la cire : Coupez la cire en petits morceaux et faites-la fondre au bain-marie. Chauffez jusqu’à ce que la cire atteigne environ 85°C.

Ajouter des parfums et des colorants : Une fois la cire fondue, ajoutez quelques gouttes d’huile essentielle et du colorant si désiré. Mélangez bien.

Préparer le contenant : Fixez la mèche au centre du contenant. Vous pouvez utiliser un peu de cire fondue pour la coller au fond.

Verser la cire : Versez la cire fondue dans le contenant en maintenant la mèche droite. Laissez un peu de cire dans le bain-marie pour une deuxième coulée.

Refroidissement : Laissez la bougie refroidir et durcir. Si un creux se forme autour de la mèche, réchauffez la cire restante et remplissez-le.

Couper la mèche : Une fois la bougie complètement refroidie, coupez la mèche à environ 1 cm au-dessus de la surface de la bougie.

 Et voilà, vous avez votre propre bougie maison !

 

jeudi 8 août 2024

Au temps de la Lampe à huile

     L’éclairage domestique produit par une flamme due à la combustion d’un liquide huileux, était connu de la Grèce antique. Les Romains utilisaient également ce procédé. Au Moyen Age et jusqu’au XIXe siècle, nos aïeux continuèrent de l’éclairer ainsi.

 LA  LEUCEROTTE

 Malgré une telle pérennité, le procédé ne subit pratiquement aucune évolution. Il suffit pour s’en persuader de comparer une lampe romaine en terre ou en bronze à notre leucerotte. L’huile est contenue dans une partie en forme de coupelle, prolongée par un ou plusieurs becs recevant une petite mèche destinée à retenir la flamme ;

Seule progrès apparent : la petite « tour » qui surmonte la coupelle et qui permet de suspendre la leucerotte à un croc ou à une crémaillère, et le leuceron, petit récipient mobile qui recueille les « gouttes d’huile » et évite ainsi les taches intempestives.

La leucerotte et son leuceron sont en métal fondu (laiton).

Notons enfin que le terme dialectal Leucerotte et son diminutif masculin Leuceron, (le masculin devant être leucerot), nous vient du latin lucerna, lanterne de luceo, luire.

Cet appareil d’éclairage de  par sa conception comporte un défaut majeur : le moindre balancement provoque le débordement du liquide. Il faut donc que ce système reste en « position fixe ».



LA LAMPE A COQ

 Connu également sous le nom de Lampe lentille, cet appareil est conçu selon le même principe que la leucerotte mais, nettement amélioré. Le récipient à huile est une lentille creuse en fonte. La partie supérieure est percée de trois orifices : au centre, un trou servant au remplissage. Ce trou se ferme par un volet mobile dont la « poignée » zoomorphe en laiton symbolise un coq, (d’où le nom de la lampe). Pourquoi un coq ? peut-être parce que cet oiseau, en chantant, « fait lever le soleil » et, par là, fait naître la lumière…

Le second trou, plus près du bord de la lentille est surmonté d’un petit tube de fer : c’est l’orifice d’arrivée (ou de sortie) de l’air.



Enfin la troisième, près du bord et également surmonté d’un tube (mais de gros diamètre), sert proprement à l’éclairage.

A cette lentille de fonte est adapté un étrier de fer formant poignée et s’articulant de sorte que la lampe reste toujours en position horizontale. Au milieu de cet étrier, un trou taraudé permet d’adapter soit un anneau de suspension, soit une hampe porte-flambeau.

Ce dispositif combiné de la lentille et de l’étrier permet ainsi d’obtenir un appareil d’éclairage mobile nettement supérieur à la leucerotte.

LES SUSPENSIONS

Les lampes à huile en « poste fixe » telles que les leucerottes ou les lampes-à-coq devaient être suspendues. Le procédé le plus simple consistait évidemment en une broche de fer plantée dans un mur à laquelle on suspendait la lampe.

Pour des fixations non permanentes, on usait d’un croc de fer qui pouvait éventuellement être posé en équilibre sur un rebord ou  bien accroché lui-même à un clou.

Un autre procédé, plus souple, le crémaillon, permettait de régler la hauteur de l’éclairage. Ces crémaillons ou cramaillots, sont le plus fréquemment en fer forgé quelquefois ouvré, très rarement en laiton.


lampe suspension

Poteries dans l'Aube (10)

 

VILLADIN


Taillé : au 1er de gueules au cruchon d'or, au 2e d'or au rameau de chêne de sinople posé en barre.


Détails : Le cruchon évoque la tradition du travail de l'argile au village et le rameau de chêne représente la forêt.



Le village est bâti sur le flanc d’une colline boisée culminant à 272 m et qui marque la limite entre la plaine champenoise et le Pays d'Othe. On y trouve des paysages variés, culture céréalière, coteaux autrefois couverts de vignes, vallons, bois de pins et forêt de feuillus, qui ne manquent pas de pittoresque.

La première mention écrite connue du village ne date que du XIIIe siècle mais le site était déjà habité à l’époque néolithique comme en témoignent les nombreux vestiges découverts sur le finage ou les environs immédiats : haches de pierre plus ou moins polies, couteaux et pointes de flèches en silex, un polissoir à quinze rainures, un dolmen renfermant un cadavre détruit en 1854.

De l’époque celtique, il reste un important dépôt de scories témoignant d’une intense activité métallurgique exploitant le minerai de fer local aux lieudits la Ferrière et Mâchefer. De la fin de l’époque gallo-romaine date une importante nécropole mise au jour en 1842 sur le chantier de l’actuelle D 374 : trente tombes contenant des vases funéraires et autres céramiques ainsi que des clous et crochets rouillés.

Le premier nom du village est Viler Adam mentionné en 1264 dans une charte de l’abbaye de Sellières. Le nom évoque un petit domaine agricole fondé par un certain Adam, probablement vers le XIIe siècle.

Il semble que Villadin ait d'abord eu des seigneurs laïques. En 1310, on trouve la famille de Ferreux qui cède indirectemenr ses droits à l'abbaye Notre-Dame aux Nonnains de Troyes puis en 1342 le fief est tenu par le prieuré Notre-Dame de Pont-sur-Seine, filiale de l’abbaye de Cormery en Touraine, qui le conservera jusqu’à la Révolution. La maison seigneuriale se situait face à l’église où se dresse aujourd’hui une imposante demeure construite au XVIIIe siècle que tout le monde appelle le Château. En 1308, le curé de Villadin est le principal témoin à charge dans le procès de Guichard, évêque de Troyes accusé d’avoir fait mourir par ensorcellement la reine Jeanne de Navarre et tenté d’empoisonner le prince héritier Louis le Hutin.

Au Moyen Âge existait à l’est du village le hameau de Verrois ou Verrault détruit pendant la guerre de Cent-ans.

Villadin est connu dans la région comme étant le pays des Cruches et ses habitants portent allègrement le sobriquet de Cruchons. La présence sur place de gisements d’argiles de diverses qualités a permis le développement d’un important artisanat de poterie qui a perduré jusqu’en 1885. Le premier potier connu est Jaquin qui en 1399-1400 livrait à l’évêque de Troyes dans son château d’Aix-en-Othe des pots vernissés et des tuyaux en terre cuite pour alimenter sa fontaine.

Au milieu du XVIe siècle, il y avait neuf potiers à Villadin et en 1788, on en comptait vingt. En 1992, un four daté du règne d’Henri IV a été découvert au centre du village.

 La poterie de Villadin était essentiellement une poterie de bouche de faible valeur : pots, cruches, gourdes, égouttoirs à fromages, casseroles à queue droite etc. Elle a fait la renommée de la localité mais il n’en reste pratiquement rien. Par contre, il subsiste ici et là des épis de toiture, soit toujours en place, soit conservés chez des particuliers ou des musées (Troyes, Laduz, Laval, MUCEM de Marseille). Nous en avons recensé plus de 150. La plupart, en faïence verte, datent du XVIIIe siècle et représentent des pots à anses ou à boutons, des oiseaux mais aussi des personnages en tricorne saluant les passants de la main droite. Plus tard seront façonnés des soldats portant un fusil, en bicorne puis en shako.

L’argile locale et d’importantes ressources en bois ont permis également le développement d’une importante activité de tuilerie-briqueterie sur la colline qui domine la commune. Vers 1850, cinq tuileries employant une trentaine de personnes produisaient annuellement deux millions de marchandises de toutes sortes, tuiles, briques, corbeaux, carreaux, qui se vendaient dans un rayon de 30 km. Si on ajoute les 54 bonnetiers-paysans travaillant à façon pour des négociants de Troyes, on comprend que Villadin ait pu compter jusqu’à 523 habitants en 1866 contre 142 actuellement.

Aujourd’hui la principale ressource de la commune est sa forêt. Le seul commerce de la localité est la boutique Nature et Paysans qui vend des produits bio, y compris du pain cuit dans un four à bois du XIXe siècle.


 SOULAINES DHUYS



Depuis 6 générations la famille Royer transforme, selon des techniques traditionnelles, la belle argile de l’Aube en carreaux, briques, tuiles et poteries flammés dans un four à bois de 100 m3.

La visite du grand four est un moment étonnant et mystérieux où l’alchimie du feu transforme la terre, après 9 jours de cuisson, en produits de construction durable pendant des générations.
Venez à notre rencontre dans nos ateliers chargés d’histoire et retrouvez le charme et l’authenticité d’une production artisanale à l’ancienne.

Des visites d''individuel et de groupes sont organisées toute l'année et des stages de poterie sur rendez-vous.

Stage de poterie pour adultes et enfants 

 (latuilerieroyer.fr)


POTERIE D'AMANCE


Vers 1900, Amance comptait une quinzaine d’artisans potiers, tous d’origine alsacienne, arrivés aux lendemains de la défaite de 1870. Ils y avaient repéré un filon de grès leur permettant de perpétuer leur savoir-faire en matière de poterie culinaire. Cet âge d’or s’est achevé en même temps que s’épuisait la carrière. La poterie d’Amance a été fondée en 1892 par la Famille Vingerter, elle aussi venue  d’Alsace, elle comprenait initialement un petit atelier.  Rachetée dans les années 30 par la  famille Drouilly la poterie est agrandie par une deuxième pièce. Fabriquant à l’origine des pots de fleurs, la poterie-tuilerie, en s’agrandissant, s’est diversifiée peu à peu, tout en s’efforçant de perpétuer la tradition artisanale de qualité et le savoir-faire d’origine.

Amance a perdu tous ses potiers par manque de grés, mais il restait l’argile !  Son utilisation, sauf, à la cuire deux fois pour l’émailler, obligeait à la dernière poterie à abandonner la poterie culinaire. Face au manque de grés, Jean-claude Drouilly a donc orienté l’entreprise familiale vers une nouvelle spécialité : la poterie de Jardin.

Poterie horticole jusque dans les années 80, elle s’est tournée vers le service aux entreprises, et la sous-traitance en particulier dans des domaines aussi variés que l’industrie aéronautique, la production d’objets décoratifs, luminaires, crées par des designers.

Au début des années 90, la poterie s’est lancée dans la création de sa propre gamme d’accessoires de toiture.

Spécialisés dans la restauration de monuments historiques, la poterie a réalisé de nombreux chantier, notamment la réfection de l’université Lomonossov de Moscou, des façades d’hôtels particuliers à Londres, les balustres de l’hôtel Sheraton à Brighton et de nombreux autres bâtiments en France et à l’étranger.

Nos 6 méthodes de fabrications différentes et notre souplesse de production nous à permis en 2009 d’obtenir le statut d’entreprise du patrimoine vivant.

Élargissement de l'activité dans le domaine de la tuile

En 2006, les frères Drouilly (Etienne et David) décident d’étendre leur activité dans le domaine de la tuile, de la brique et du carrelage, en rachetant la tuilerie Pietremont située à côté de la poterie. Cette diversification leur a permis de développer une gamme de produits et d’accessoires de toiture de type MH.  «   Nos produits sont cuits à l’ancienne et flammés naturellement par suppression de l’oxygène en fin de cuisson »

Home - Poterie Amance - Drouilly (poterie-amance.com)

4 Rue de Jessains, 10140 Amance


Ce sont les deux seules poteries toujours en activité dans notre département.



Contes et d'histoires d'antan - 2 -

 


La mère, le fils et le tonneau

Conte de Vendeuvre-sur-Barse

 Autrefois du côté de Vendeuvre, il y avait une bonne vieille qui vivait avec son fils. Tous deux, évidemment, étaient vignerons. Ils avaient quelques fettes de vigne qui leur permettaient bon an, mal an de joindre « les deux bouts ». Qui leur permettaient ou plus exactement qui leur auraient permis car la mère avait un gout très prononcé pour son vin. Elle était, comme l’on dit parfois « son meilleur client ». Quant au fils, en bon fils, il suivait l’exemple de sa mère.. Il n’y avait que les tonneaux qui ne pouvaient pas suivre…

Or donc, il advint qu’entre deux saisons, il fallut faire appel au négociant pour regarnir la cave.

- Mon gachenot, dit la mère, à ç’t’heure faut qu’on paie not’ vin faura donc voèr à point trop boèr, vu que ç’méchon-là i dio que crédit i ost mort.

- Mâ, la mère, j’ons quasiement point goûté not’vin !

- Saqueurdie, te diros donc qu’j’ons tertout cheurlé ?!!

- Nenie, la mère, j’ons point dit ça ! Mâ, la prochaine futaille on se la paratgera mitant-mitan. On voèra bein qui cheurle le plus !

 Ce qui fut dit fut fait, et lorsque le négociant apporta la futaille, mère et fils descendirent à la cave.

- Te vas voère, la mère, j’vas mett’ le tonneau su chais… Eh han ! voilà. Et maintenant j’te vas l’coper en deux…

 Le garçon partit au fond de la cave et revint avec un morceau de craie. Puis, consciencieusement à la lueur de la chandelle, il traça un beau trait horizontal qui partageait le fond du tonneau en deux demi-cercles égaux.

 -Te vois, la mère, ç’ost bien fait. Comm’ j’seu bon fils, j’voudros point qu’t’aie la lie. Alors j’te vas mett’ un cochet au mitan du trait, comme ça t’auras le haut du tonneau. Pour moè, j’le vas mett’ en bas. Tant pis pour la boue…

 Et le gars passe à l’action. La mère, toujours soupçonneuse, surveille attentivement l’ouvrage, s’assurant que les robins sont bien à leur place respective. Enfin satisfaits, ils remontent tous deux au logis. Les jours passent, chacun tirant son vin à son cochet… Mais voilà que par un bel après-midi, la mère descend remplir son pichet. Elle allume la chandelle, place son pichet sous le cochet et tourne la clé. Le vin coule… Soudain, le liquide s’enroule sur lui-même, le jet faiblit, faiblit, encore quelques gouttes et puis… plus rien.

 - Boudie, mâ, j’ons plus de vin !? Elle n’en croit pas ses yeux. Elle tourne et retourne la clé. Elle secoue le cochet, glisse un glu dans le trou  [« des fois qui s’ro bouché »].

 Mais non, rien ne vient, rien ! Elle sonne le tonneau et, surprise, il est encore à demi-plein ! N’y tenant plus, elle se baisse, place son pichet sous le robin du bas – celui du fils – et tourne la clef. Le vin jaillit !

Le soir venu, la mère et le fils se mettent à table.

- Dis-donc, la mère, qu’ost-ce qui o, t’o l’air tout chose ?

- Bein v’là. J’va te dire, mon gachenot. L’aut’jour j’t’ai dit des vilénies. Vu que ç’tantôt, j’seu allé à la cave et… j’ons plus d’vin… et toè t’en o encô !...

- Bein va, ç’ost rein, la mère, j’t’en donnerai du mien, va !

 Et depuis ce jour, la bonne vieille est convaincue que c’est elle qui boit le plus. On ne ‘coupe » plus les tonneaux en deux. Mais… on boit toujours autant.

 

 Histoire de Mme Drouilly de Vendeuvre-sur-Barse en 1952

 

Le pont et les quatre nigauds

 

Conte de Vendeuvre-sur-Barse

 

 Après avoir fait la fête à Vendeuvre et l’ayant copieusement arrosée, quatre gars retournaient dans leur village ;

Passant sur le pont de la Barse, le premier se penche au-dessus de la rivière et interpelle ses camarades :

 - Mâ, combien donc qu’i o dou pont ai l’iau ?

- Mâ, dit le second, j’sons point…

- Mâ, dit le troisième, j’sons pont…

- Mâ, dit le quatrième, i o qu’à m’seurer !

- Marvoèr, dit le premier, j’ons rein pour…

- Marvoèr, dit le second, moè itou…

- Marvoèr, dit le troisième, moè itou…

- Morvoèr, dit le quatrième, j’ons été militaire, j’ons été toisé. Si on s’pendint l’un à bout de l’autre. Le premier au pont, l’darnier qu’aura l’cul ai l’iau, on fr’a l’tout et on saura.

 Remplis d’admiration devant un tel raisonnement, les trois compères s’empressent d’applaudir et aussitôt tout le monde tombe la veste.

Celui qui a émis l’idée prend la direction des opérations et, donnant l’exemple, enjambe le parapet, s’agrippe à la rambarde et se laisse pendre dans le vide.

 - Hé ! gars, vas-y !

 Le second enjambe le parapet, se laisse glisser le long du premier, s’agrippe à ses pieds et se laisse pendre dans le vide.

  -Hé ! gars, vas-y !

 Le troisième enjambe le parapet, se laisse glisser le long du premier, se laisse glisser le long du second, s’agrippe à ses pieds et se laisse pendre dans le vide.

 - Hé, gars, vas-y !

 Le quatrième enjambe le parapet, se laisse glisser le long du premier, se laisse glisser le long du second, se laisse glisser le long du troisième, s’agrippe à ses pieds et se… met à crier :

 - Hé ! gars ç’ost frô, j’ons l’eul ai l’iau !...

 C’est alors que le premier, dont la force est mise à rude épreuve, sent que quelques chose ne va plus :

 - Hé ! gars, vz’avez cheurlé… vz’êtes pleins…, vz’êtes lourds…, mes mains… elles glissent… j’glisse !... Hé ! gars, t’nez-vous bein ! J’vas m’craicher dans les mains !!!

 Pouf ! Plouf ! Plouf ! Plouf !... Quatre ploufs… Mais l’on ne sait toujours pas « combien qu’i o dou pont ai l’iau ! »

 

 Recueilli en 1952, auprès de Marthe D. de Vendeuvre-sur-Barse

  

Les trois pets de l’âne

 C’était un brave homme que le père Pitansa, pas très futé, mais bien brave malgré tout.

Un jour qu’il était monté sur un arbre pour scier une branche, un vieux du pays voisin passa, qui remarqua que le père Pitansa était curieusement assis sur la branche qu’il était en train de scier et du coté qui devant tomber.

 - Père Pitansa, faites attention vous allez tomber

- Tomber ?

- Vous allez voir, avant longtemps vous serez par terre.

- Allons donc, vieux, qu’est-ce que tu me racontes,

- Vous allez bien voir.

- C’est-il que tu serais un peu sorcier, pour deviner ce qui va m’arriver ?

 Et le père Pitansa continue calmement le travail qu’il a commencé. Malgré les craquements annonciateurs de la catastrophe, il scie et, tout d’un coup, se retrouve au sol, les quatre fers en l’air. Tant bien que mal, il se relève. Rien de cassé. Il en est quitte pour la peur.

Mais le coup a été si rude qu’il est bien obligé de faire une petite pause. Cela lui permet de réfléchir.

 - Je n’avais peut-être pas tort de prendre  le vieux pour un sorcier, il a bien su prévoir que j’allais tomber. C’est-il drôle qu’il y ait des gens comme ça, qui puissent savoir ce qui nous arrivera plus tard !

 Et, suivant le fil de son idée :

 - Si j’allais lui demander de me renseigner sur l’heure de ma mort ?

Sitôt dit, sitôt fait, il s’en va trouver le vieux.

 - Tout à l’heure, tu avais bien raison ; je suis tombé comme tu l’as dit. Alors j’ai pensé… voilà, je voudrais bien savoir quand est-ce que je mourrai ?

 Surpris par une telle question, le vieux se gratter la tête ; il est embarrassé. Comment répondre à cette bête de père Pitansa ?

 - Eh bien ! Père Pitansa, ce sera quand votre âne aura pété trois fois. Vous mourrez au troisième pet de votre âne.

- Au troisième ?

- Oui, oui, oui !

- Ah !

 Et le père Pitansa s’en va.

 - Au troisième et de mon âne. S’agir pas que mon âne ait envie.

 Ce qui ne l’empêche pas de continuer, avec la bête, en direction de la vigne. Et voilà l’âne qui pète, comme tout honnête âne sait faire quand il lui en prend envie.

 - Oh ! là là ! Mon Dieu ! Déjà ! Plus que deux fois. Comment l’empêcher ? C’est pas facile.

 Mais les réflexions du maître ne tourmentaient point le bourricot qui, continuant son chemin, s’oublia une seconde fois.

Le père Pitansa, très inquiet, avise alors un paissiau dans une vigne et l’idée lui vient de l’enfoncer là où vous pensez, afin que la bête ne puisse sortir ce redoutable troisième pet qu’il commence à craindre très vivement.

Il bourre donc le piquet dans le derrière de l’âne et, rassuré, repart avec plus de sérénité, poussant devant lui une bête un peu étonnée du traitement qu’on vient de lui faire subir.

Néanmoins, cela va encore un peu.

Mais, ne pouvoir rien dire et en avoir le désir, commence à tourmenter l’animal qui essaie d’exprimer son malaise en son langage d’âne, qui se dandine, ondule de la croupe, s’arrête, repart et cherche par tous moyens à se libérer.

Le paissiau tient bon et le père Pitansa, qui se méfie des ruades, marche à trois pas derrière.

L’âne est de plus en plus mal à son aise : il souffle, il contracte ses muscles pour se débarrasser de ce piquet qui l’agace. Tant et si bien il cherche à l’expulser qu’à la fin il y parvient et l’envoie avec une telle force dans l’estomac du maître qui le suit que celui-ci en tombe à la renverse, les deux bras en croix.

Alors, fermant les yeux, le père Pitansa conclu :

 - Me voilà mort. Il avait dit vrai le vieux. J’aurais pourtant jamais cru que c’était un vrai sorcier.

 

 Histoire contée par l’arrière-grand-mère Mocquery

 

La Mise au tombeau 1ère partie

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