mercredi 11 septembre 2024

Miracles dans l'Aube

 


On vénère, à la fin du IIIe siècle, un puits de source (rue des Filles Dieu), dit de sainte Jule (décapitée par l’empereur Aurélien, à Troyes en 275), dans lequel on puise de l’eau pour la guérison des malades. « C'était une merveille expérimentée ordinairement par ceux qui ont des fièvres, s'aillent à sa chapelle recommander à Dieu par les mérites de sainte Jule, y font leurs prières de grande ferveur d'esprit et avec un saint mouvement de foi et dévotion, boivent de ce puits d'où ils trouvent soulagement et guérison, tant est grande la puissance des saints amis de Dieu vers ceux qui humblement et fidèlement requièrent leur assistance ». 

Puits Sainte Jule - Saint-Martin-es-Vignes
aujourd'hui disparu

Quand la famine sévit sur Paris, en 486, sainte Geneviève, vient chercher des secours à Troyes, et elle y accomplit plusieurs miracles. Par exemple, le fils d’un sous-diacre est guéri après avoir bu l’eau sur laquelle elle a tracé le signe de la croix.

De 479 à 536, Dieu opère de nombreux miracles, lorsque saint Aventin est économe de notre évêque saint Camélien : plus il dépense pour les pauvres et les infirmes, plus les biens croissent entre ses mains. Pour l’éprouver, notre évêque marque un tonneau de vin, et s’aperçoit que ce vin ne diminue pas quand Aventin en fait la distribution. Il donne cette charge à d’autres, et cette fontaine miraculeuse cesse, et le tonneau est bientôt vide.

Au VIIe siècle, Saint-Frobert fait recouvrir la vue à sa mère aveugle. Il guérit aussi ses frères de différents maux (tête, douleurs…). Quand il reçoit des amis, il leur offre du vin, et le tonneau est toujours plein, le Seigneur le remplissant à la mesure de la générosité du saint.

Le prieuré de Saint-Quentin, une de nos plus anciennes abbayes, existait déjà au VIIe siècle. On y venait en pèlerinage pour la guérison de l’hydropisie. On mettait les malades sur l’un des plateaux de la balance, et, sur l’autre, on plaçait en poids égal, de la cire, du chanvre, de la toile… et ces denrées appartenaient au prieuré. En 1490, le pape Innocent VIII interdit ce scandaleux commerce ailleurs qu’à Saint-Quentin en Vermandois, dont les chanoines disaient être les seuls à posséder les reliques de Saint-Quentin, car, s’il ne guérissait pas toujours les malades, il rapportait aux chapitres des prieurés où étaient pesés les hydropiques, de beaux bénéfices.

En 637, sainte Tanche, patronne de l’église de Lhuître, a la tête tranchée par son ravisseur. Par miracle elle se relève, prend sa tête entre ses mains et marche vers Lhuître. De nombreux prodiges ne tardent pas à s’opérer sur le lieu même où a été enseveli son corps : des malades, en passant près de cet endroit, éprouvent un soulagement subit ou une guérison complète. Les miracles se multiplient à tel point qu’on accourt de tous côtés à son tombeau. " Les malades y recouvrent la santé, les aveugles l’usage de la vue, les boiteux s’en retournent valides, les possédés sont délivrés, et tous les maux y trouvent un remède prompt et infaillible "

Sainte Tanche - église de Lhuître

Sainte Maure, patronne des lavandières car elle fabriquait les ornements sacrés et les maintenait en bon état, lors de son décès en 850, est lavée, l’eau est changée en lait, et ceux qui en boivent sont guéris de la fièvre : " Léonce, le fils de Damone but abondamment de ce lait et fut guéri de sa fièvre… en touchant le saint cilice, Thécie fut libérée d’une tache au visage contractée dès le sein maternel et qui la rendait désagréable à son mari… à l’heure même du départ de la sainte vierge, le moine Veranus qui avait depuis longtemps perdu l’odorat, sentit dans le monastère de Léon la même suave odeur que sentaient ceux qui étaient proches du saint corps… " Son tombeau fut honoré par les fidèles et il y eut d’innombrables miracles qui se produisirent.

Vers 990, beaucoup de personnes " tordues et brûlées incroyablement par la chaleur des fièvres viennent souvent vers saint Aderald et repartent bien vite chez elles, apaisées par lui ".

Du 9e au 19e siècle, sainte Mâthie, patronne de la ville de Troyes, est très honorée. En 275, servante d’un boulanger près de l’église Saint Nizier, elle distribue aux pauvres du pain en abondance, sans que le boulanger s’en aperçoive, car la quantité est toujours la même. En 974, l’évêque Milon trouve dans la cathédrale son sarcophage, il l’ouvre, et voit le corps comme s’il venait d’être mis au tombeau la veille. La nouvelle connue, une foule immense accourt pour voir le prodige, et commence un véritable culte voué à la vierge troyenne. La châsse est mise sur un autel, et les miracles sont quotidiens. Les pèlerins affluent jusqu’au XIXe siècle.


Ste Mâthie - Cathédrale st Pierre et st Paul de Troyes


J’ai trouvé le récit de plus de 12 miracles se passant pendant la semaine Pascale de l’an 1007 :

- une pauvre femme de Tonnerre, " ayant un bras sec et entendant que les malades étaient guéris aux reliques de la sainte, vint en la ville de Troyes, fit ses dévotions de bon cœur et pleine de foi, se mettant sous la châsse, frappa sa poitrine de la main dont elle s’aidait, invoquant avec larmes le secours de Dieu, car son autre main était sèche, le bras avide et sans aucune vigueur naturelle, les doigts pressés dans la paume et son poing étant collé à son estomac, elle invoqua le nom de sainte Mâtie plusieurs fois, et soudain l’humeur mêlée de chaleur se mit en son bras ; son poing se desserra de son estomac, et les doigts de la paume de sa main ; et elle fut guérie ".

- le même jour, à 9 heures, venant de Sens, les parents d’un enfant de 3 ans, si faible qu’il ne pouvait se tenir debout et cheminait à 4 pattes, comme une bête, ne pouvant même pas lever son visage vers le ciel, implorèrent notre vierge, en l’église Saint Remy. " Bientôt, le petit enfant sentit l’assistance de Dieu, fut guéri, et se dressant sur ses pieds, il marcha ! ".

- un père, ayant son fils aveugle, s’en alla dévotement à une procession à la cathédrale, et se recueillit devant la châsse de sainte Mâtie. " Sa prière pas plutôt faite, par la bénignité et l’intercession de la sainte, l’enfant fut réparé ! ".

- 8 jours plus tard, les chanoines chantaient matines, quand un cri perçant retentit dans la cathédrale. Une femme " ses nerfs tirés ne lui permettant pas de marcher sur ses pieds, se traînant sur les genoux, soutenant son corps avec ses mains, avait passé la nuit entière en supplication auprès de la châsse de notre vierge ". Le cri qu’elle avait poussé, lui avait été arraché par la douleur, signe de sa guérison. Ses membres avaient repris leur place naturelle, elle se leva et marcha sans difficulté.

 - il y eut encore la guérison d’une femme qui avait " une si cruelle rétractation de nerfs, que ses jambes étaient collées contre les cuisses, et qui se traînait le mieux qu’elle pouvait sur ses genoux, aidée avec ses mains, dans lesquelles elle tenait de petits sabots ".

- et aussi le cas d’un homme paralytique " à la porte de l’église, courbé comme un arc, sa main gauche sèche, sans vigueur naturelle, véritable cadavre, propre à mettre dans le tombeau ". Sur son insistance, des bras généreux le portèrent jusqu’au tombeau de Mâtie, et le firent passer 2 fois en dessous. " Là, son corps paralytique se trouva en une nouvelle santé, tellement que fort aise, il se mit à marcher ! ".

- récit d’une sourde, puis d’une aveugle venue de très loin, d’un petit enfant de 7 ans contraint de marcher à quatre pattes, d’un jeune homme ayant la main droite " sèche, ses doigts retirés en la paume ", puis deux petites filles aveugles, un jeune homme venu de Langres et bien d’autres encore.

Tous ces prodiges, effectués en si peu de temps, eurent un grand retentissement à Troyes et dans les villages environnants. La foule se précipita en longs cortèges d’éclopés pour honorer le tombeau de la sainte, afin d’y chercher l’apaisement de leurs maux, et les miracles se firent de jour en jour plus nombreux.

On cite encore le cas d’un homme natif de Toul, qui était " si raccourci d’une partie de son corps, qu’il ne pouvait s’en servir, et faisait pitié à tout le monde qui le voyait. Il avait aussi la jambe si courte qu’il n’en tirait aucun service, contraint de se servir d’une jambe de bois. Il se recommanda à notre sainte, passa une partie de la journée à la cathédrale en oraison, et, après ses soupirs, Dieu l’exauça. Couché devant l’autel de sainte Mâtie, il se sentit réparé à la santé, et se leva aussi sain et gaillard, comme s’il n’avait jamais été incommodé ! ... ...".

En 1606, notre évêque René de Breslay fait ouvrir la châsse et trouve le corps intact, la tête étant séparée du tronc, ce qui accrédite la thèse du martyre. Il y a été incité par un miracle survenu le jour de la fête et dûment constaté : un clerc de la collégiale Saint Etienne, nommé Nicolas Bernaudat, paralysé de tous les membres depuis 4 mois, et reconnu paralytique par les médecins, apothicaires et chirurgiens, est subitement guéri en touchant le tombeau de sainte Mâtie.

Un enfant de chœur, nommé Nicolas Bernaudat, déclaré paralytique par les médecins, apothicaires et chirurgiens, est " divinement guéri de son mal par sainte Mâtie ".

En 1413, Louise Léger vient au pèlerinage, avec " un catharre à la jambe et au pied senestre, qui l’avait rendue si courbée qu’elle ne pouvait étendre le pied ", présente sa jambe gauche " toute enflammée, et que les médecins veulent couper ". Elle est guérie dans la nuit..

En 1414, Edmer Le Clerq et Françoise Patrois repartent sans leurs béquilles...

En 1630, Louis XIII et Anne d’Autriche viennent prier Ste Mathie, et la reine demande une relique.

 En 1724, une bénédictine de Notre-Dame aux Nonnains, Madeleine de Mesgrigny, âgée de 35 ans, avait été paralysée pendant plusieurs mois : elle est guérie à la suite d’une neuvaine faite pour elle à sainte Mâtie.

En 1730, cette religieuse retombe malade, et perd l’usage de la parole et de la vue. Une neuvaine au diacre Pâris, lui fait retrouver la vue, la parole et l’usage de ses membres, prodige non expliqué par les médecins.

 En 1794, les révolutionnaires brûlent les reliques à l’exception d’une parcelle de sa tête, 2 dents et 1 os de ses pieds.

Notre ermite Jean de Gand, annonce en 1422 au dauphin Charles qu’il aura une descendance masculine et que le premier de ses enfants sera son successeur malgré les anglais et quelques princes de France. Un an après, naît le futur Louis XI. Le bienheureux est enterré dans l’église des Jacobins. Louis XI l’invoque à l’occasion d’une maladie. Guéri, en 1482, il donne au couvent une rente de 500 livres, un drap d’or lors de son exhumation et fait le voyage à Rome pour obtenir sa canonisation. " Sur sa tombe en l’église des Jacobins, il y eut plusieurs beaux miracles sur tous genres de malades ".

Lors du terrible incendie qui ravagea Troyes en 1524, ce n’est que le 3ème jour avec la procession des reliques de saint Loup, de sainte Hélène et de sainte Hoïlde que s’arrête enfin le fléau qui a détruit 3.000 maisons.

" Un pauvre tout perclus par son mal, se fait transporter au tombeau de sainte Hoïlde et est instantanément guéri. Une femme qui est saisie d’une grosse enflure, fièvre continue, un gros apostème qu’elle a au gosier qui la suffoque, abandonnée par les médecins et attendant sa mort prochaine, fait vœu d’aller honorer la sainte. Le même jour elle vomit grande abondance d’ordures de son apostème qui s’épura et aussitôt, elle rendit grâce à la sainte ".

Troyes a une Belle-Croix élevée place de l’Hôtel de Ville. En 1497, sa réputation de miracles se répand, et les pèlerins affluent en si grand nombre pour demander guérison, que l’on ne peut plus circuler sur la place. Le 9 juin 1500, le lieutenant-général et l’avocat du roi rencontrent le maire et font des remontrances en raison de " la grande affluence du peuple qui se tient surtout depuis trois semaines autour de la Belle-Croix, de jour et de nuit, pour avoir santé et guérison, et est en si grand nombre que l’on ne peut passer ni circuler sur la place. Cette assistance y fait ses ordures et immondices, tellement qu’il s’y engendre si grande punaisie et infection qu’on n’y peut plus durer ; plusieurs filles et femmes sont en danger d’y être déflorées, perdues et gâtées ; divers vols ont été commis, de grands inconvénients surviennent par mauvais garçons, qui, nuitamment, hantent et fréquentent la place de la Belle-Croix… ". Dans le cours de l’été 1561, on raconte qu’à la Belle-Croix, pendant trois semaines, il y a de grands miracles. Souvent l’eau suinte à grosses gouttes, de telle manière qu’elle peut être recueillie, et grâce à elle, des boiteux, des fiévreux sont guéris, des sourds entendent, des muets parlent, des aveugles recouvrent la vue…

 Saint Gengoult, patron des maris trompés, est prié dans plusieurs communes de l’Aube. Lors de sa fête, se fait un pèlerinage où les pèlerins font provision d’eau de la fontaine qui guérit les fièvres et les maux d’yeux des enfants. Les mères trempent leurs enfants dans la fontaine pour les prévenir des fièvres. A Chassericourt, la fontaine de Saint Gengoult est pétrifiante et guérissait les maladies de la peau (eczéma, écrouelles).

Le dernier pèlerinage de l’Aube où il y a encore de l’eau, est celui Notre-Dame-du-Chêne, près de Bar-sur-Seine.

Une ancienne croyance troyenne dit que l’eau puisée le jour de la Saint-Jean, entre minuit et le lever du soleil, est considérée comme guérissant toutes les maladies.

De nombreux souvenirs attestent du culte ancien rendu à l'eau pure de nos sources auboises. Ce sont de belles histoires qui disent comment la source est née et le pourquoi des bienfaits que lui attribuent les fidèles, ainsi que les vertus miraculeuses de certains puits, par les mérites de martyrs dont le corps y a été précipité, comme saint Balsème à Arcis.

Les sources auboises guérissaient la fièvre à Dierrey, Dosches ou St-Jean-de-Bossenay. On soignait son estomac à Colombé, se débarrassait de ses coliques à Montreuil et Valmlant-St-Georges, on calmait ses maux de dents à Fontenay-de-Bossery, tempérait son foie à Bar-sur-Seine, débloquait ses reins à Rilly-Ste-Syre et Montceaux. Les rhumatisants allaient à Bar-sur-Seine ou Cunfin, les nerveux à Brienne ou Pel-et-Der. Qui craignait le choléra ou la peste, s'adressait à saint-Jean de Brienne. L'enflure trouvait remède à Neuville-sur-Vanne ou à Nozay. Saint Clair de Vaudes et de Loussey, sainte Anne à Cunfin, sainte Reine à Isle-Aumont, saint Quentin à Nozay, conservaient ou redonnaient la vue. La fontaine de la Creuse guérissait l'impétigo, celle de saint Eutrope, les personnes souffrant d'hydropisie.

Autrefois, à Rumilly-les-Vaudes, les jeunes gens se rendaient volontiers vers une chapelle entourée d’arbres qui abritait une statue connue sous le nom de " la Sainte de Chaussepierre ", laquelle est devenue ensuite, d’une façon plus concrète " Sainte Geneviève ". Ils déposaient des épingles aux pieds de la statue puis allaient boire l’eau de la source. Cela leur donnait l’assurance de se marier dans l’année. Les mamans également venaient déposer sur les ondes de la fontaine les langes de leurs jeunes enfants. Selon que ces linges surnageaient ou s’enfonçaient dans l’eau, elles en tiraient des présages bons ou mauvais pour la santé de leurs enfants. Enfin, le clergé et les fidèles s’y dirigeaient en procession, car les eaux étaient réputées pour guérir la fièvre.

      

Ste Mâthie 


Sainte Tanche

 

Sainte Tanche - bois XVIe s. 
église de Lhuître (Aube-10)


A l’époque où Mahomet poursuit son but d’unité nationale et religieuse, bon nombre de chrétiens orientaux quittent Antioche et Jérusalem pour se soustraire à la domination des fanatiques, et émigrent vers l’Occident.

C’est ainsi qu’après de longues pérégrinations à travers l’Europe, une famille d’exilés vient s’établir dans l’Aube : Simplice, Léonice et leur fille Tanche.

Cette dernière " avait la beauté de Rachel et de Rébecca et avait été accoutumée au travail des mains. Pieuse, modeste, charitable, elle était la joie de ses parents et l’édification de la contrée. " Dès l’âge de 16 ans, elle fait vœu de se consacrer au service du Seigneur.

Le 10 octobre 637, jour de la dédicace de l’église d’Arcis-sur-Aube, les parents de Tanche se rendent chez le parrain de leur fille. Sa filleule n’étant pas avec eux, il s’en plaint et envoie un de ses serviteurs pour chercher celle " qui devait être l’ornement et l’édification de la fête ".

Tanche se confie au messager qui lui est dépêché. Mais ce dernier " est possédé de pensées toutes différentes, et pressé par d’audacieux désirs ". Il parle d’amour, et se livre à une peinture séduisante de ce penchant. La Vierge répond avec une sagesse qui en impose au traître. Il fait semblant de céder et d’abandonner son projet. Mais, arrivé dans un lieu désert, il arrête la monture de Tanche et menace la jeune fille de la mort si elle ne consent pas à ses infâmes desseins. L’infortunée, ne voyant personne dans la campagne qui puisse lui venir en aide, se recommande au Ciel. Tanche s’élance pour échapper à son agresseur. Il y a lutte, mais malgré son courage, elle est vite épuisée, et le sang coule de plusieurs blessures. Son ennemi achève la lutte en tranchant la tête de l’innocente victime avec son épée, puis disparaît.

Ensuite, toutes les légendes nous donnent la même version : " quant à la Vierge martyre, elle est glorifiée par le Seigneur. Elle se relève, prend sa tête entre ses mains et se met en marche vers Lhuître. Arrivée près d’un buisson d’aubépines, elle s’arrête, dépose son précieux fardeau, et rend à Dieu sa belle âme, tandis que sa tombe se creuse, en faisant croître un massif de ronces et d’aubépines, pour la défendre contre toute profanation ".

De nombreux prodiges ne tardent pas à s’opérer sur ce lieu : des malades, en passant éprouvent un soulagement subit ou une guérison complète.

Un pieux habitant d’Arcis-sur-Aube reçoit par révélation divine, l’ordre d’aller découvrir les restes de la Sainte. Avec le prêtre de sa paroisse, il se met en route sur un chariot traîné par deux  bœufs, se laissant guider par les animaux qui vont droit au buisson et s’y arrêtent. Ils découvrent à peu de profondeur le corps de la jeune fille conservé " pur et vermeil " ayant la tête séparée du tronc. Remplis de joie à la vue de ces reliques vénérées, ils les placent sur le chariot et reprennent le chemin d’Arcis. Mais, arrivés devant l’église de Lhuître, les bœufs refusent d’aller plus loin. La nuit commençant à venir, les deux conducteurs tombent dans un profond sommeil. Le lendemain, à leur réveil, ils s’aperçoivent que l’aiguillon qu’ils ont fiché en terre, s’est pendant la nuit, couvert de rameaux. Ce signal est celui donné d’en haut, pour l’inhumation en cet endroit des dépouilles de la Sainte.

Les reliques sont déposées dans ce sanctuaire, où elles seront vénérées pendant des siècles. L’arbre miraculeux devient un bel orme. Les miracles se multiplient, et on accourt de tous côtés : les malades y recouvrent la santé, les aveugles l’usage de la vue, les boiteux s’en retournent valides…

Deux chapelles sont élevées en l’honneur de la vierge de Lhuître.

Vers 1440, les habitants de Ramerupt, jaloux de la réputation de sainte Tanche, et de l’affluence considérable de pèlerins qu’elle attire à Lhuître, font courir le bruit qu’ils ont découvert dans leur église, derrière le maître autel, le véritable corps de la Sainte, avec une pierre creuse, tachée de son sang. L’évêque de Troyes, Jean Léguisé est obligé de venir sur les lieux reconnaître solennellement la présence des reliques authentiques de sainte Tanche à la chapelle de Lhuître, ce qui est confirmé par une bulle du pape Nicolas V, donnée par Rome en 1442.

Avant la Révolution, les reliques de sainte Tanche sont transportées à Troyes, et la Tête de la Vierge, richement enchâssée dans un reliquaire d’argent, est conservée dans l’abbaye de Notre-Dame-aux-Nonnains.

En 1793, alors que l’on brûle plusieurs reliques, le chef de notre Vierge, destiné à subir le même sort, est sauvé par une pieuse femme native de Lhuître, et sœur du sacristain. Quelques temps après, la précieuse épave est restituée à l’église de Lhuître, avec un " authentique ", délivré par l’évêque Sibille.

En 1797, la chapelle de Sainte Tanche aliénée et déclarée propriété nationale, est vendue par l’administration départementale à la commune, et démolie en 1808.

Une modeste chapelle est construite en 1812. Le puits d’époque est conservé.

En 1840, l’évêque de Troyes Mgr Séguin des Hons consacre l’authenticité de ces reliques.

En 1846, on érige à l’Orme-de-la-Pierre, sur le lieu même où la tradition place le martyre de la Sainte, une croix de pierre avec une petite statue de la patronne de Lhuître, dues à la munificence d’un habitant de la commune.

Après toutes ces vicissitudes, le chef de sainte Tanche est religieusement conservé à l’église de Lhuître, dans une modeste châsse que l’on expose aux principales solennités de l’Eglise.

On peut voir sa statue à St-Julien, Grandville, Montfey et Vaupoisson. Un bois peint dans l’église de Lhuître la représente portant sa tête. Elle figure aussi sur des vitraux à St-Nizier, Grandville, Pars-les-Chavanges.

Sa fête se célèbre le 10 octobre.

 

jeudi 5 septembre 2024

Parpaillots dans l'Aube

 



Parpaillots, gens sans foi dans l’Aube ?

 « Parpaillots*, gens sans foi dans l’Aube » lit-on dans « Problèmes missionnaires de la France rurale » publié en 1945, par le chanoine Boulard, sociologue, Curé d’une paroisse rurale, puis aumônier de la JAC (Jeunesse agricole chrétienne).  M. le chanoine ne devait pas bien connaître notre département !

 Ce que nous savons d’une façon certaine et irréfutable, par le langage des pierres et les connaissances des lieux-dits, c’est qu’il y a peu de contrées qui ont été aussi pénétrées par l’influence chrétienne dès le Bas-Empire, influence singulièrement fortifiée au cours du Moyen Age !  Un seul exemple : regardons sur une carte si l’Aube, particulièrement la vallée de la Seine est chrétienne.

 De Troyes, en direction de Méry-sur-Seine, sur un parcours de moins de 28 km, se succèdent : 

Pont-Sainte-Marie, Sainte-Maure, Saint-Benoît, Rilly-Sainte-Syre, Droupt-Saint-Basle, Droupt-Sainte-Marie, soit 6 communes sur 13 dédiées à un Saint ou à une Sainte.

 La rive gauche de la Seine est aussi sanctifiée, puisque sur 8 villages, 6 portent le nom d’un Saint ou d’une Sainte. Très serrées autour de la ville de Troyes apparaissent les communes de : 

Saint-Parres-aux-Tertres, Saint-Julien, Saint-André, Sainte-Savine, La Chapelle-Saint-Luc, Barberey-Saint-Sulpice.

 Un seul territoire neutre autour de la capitale des Tricasses : Les Noës

 Ainsi, l’encerclement spirituel a survécu aux sièges, aux démolitions, aux changements de régime.  Les remparts et les portes fortifiées ont été rasés, mais l’esprit demeure et continue à planer sur les lieux. La meilleure preuve, si tous ces villages, au cours de la Révolution furent privés de leur titre séculaire, lorsque la tourmente fut passée, la voix populaire remit en bonne place tous les Saints :

 Rilly-la-Raison se rend à Sainte-Syre, Mont-Bel-Air se redonne à Sainte-Maure, Thury redevient Saint-Benoît-sur Seine.

 Consultons un livre vieux de près de 200 ans : « Les Saints du Diocèse de Troyes et Histoire de leur culte ».

 Que peut-on y apprendre au sujet de nos villages étirés tout au long de la Seine ? C’est à Rilly que Savinien, premier apôtre du christianisme dans le diocèse, persécuté, chercha refuge.

 Vers la fin du XIe siècle, saint Aderald chanoine et archidiacre de Troyes, apporte de son voyage de la Terre Sainte, un morceau de pierre du sépulcre de Jésus-Christ. Il fait bâtir à Samblières un monastère de l'ordre de Cluny, où il dépose cette pierre, et auquel il donne le nom de Saint-Sépulcre, qui devient dès lors celui du village, les seigneurs s'intitulant châtelains du Saint-Sépulcre.

Autres saints de l’Aube :

 Aventin, Baussange, Bernard de Clairvaux, Pierre de Celle, Bienheureuse Emeline, Fiacre, Frobert, Germaine, Hélène Hoïlde, Jean de Troyes, Jule, Mathie, Maure, Mesmin, Parre, Robert, Savinien, Tanche, Urvain IV, Winebaud, et plus récemment, Marguerite Bourgeois et le R.P. Brisson.

 Autres villages de l’Aube portant un nom de saint :

 St-Aubin, St-Benoist-sur-Vanne, St-Christophe Dodinicourt, St-Etienne-sous-Barbuise, St-Flavy, St-Germain, St-Hilaire-sous-Romilly, St-Jean-de-Bonneval, St-Léger-près-Troyes, St-Léger-sous-Brienne, St-Léger-sous-Margerie, St-Loup-de-Buffigny, St-Lupien, St-Lyé, St-Mards-en-Othe, St-Martin-de-Bossenay, St-Mesmin, St-Nabord-sur-Aube, St-Nicolas-la-Chapelle, St-Oulph, St-Parres-les-Vaudes, St-Phal, St-Pouange, St-Remy-sous-Barbuise, St-Thibault, St-Usage, Ste-Maure, Dierrey-St-Julien, Dierrey-St-Pierre, Mesnil-St-Loup, Mesnil-St-Père, Mesnil-Sellière, Orvilliers-St-Julien, Le-Pavillon-Ste-Julie, Plaine-St-Lange, Précy-Notre-Dame, Précy-St-Martin, Rouilly-St-Loup, Vallant-St-Georges.

 Ajoutons les hameaux :

 St-Aventin (Verrières), St-Denis (St-Christophe), St-Didier (Dosnon), St-Eloy (La Loge-Pomblin), St-Georges-le-Petit (Vallant-St-Georges), St-Lange (Plaines), St-Liébault (Estissac), St-Martin (St-Remy-sous-Barbuise), St-Martin-les-Daudes (Verrières), St-Nicolas (Rosany), St-Tribure ((Fuligny), St-Vinebaud (St-Martin-de-Bossenay), Ste-Suzanne (Poivres), Ste-Syre (Rilly-Ste-Syre), Ste-Thuise (Dommartin-le-Coq), Baires-St-Parres (St-Parres-au-Tertre), Braux-St-Père (Braux), Bréviandes-St-Léger (St-Léger), Croix-St-Jacques (St-Mards-en-Othe), Grand-St-Georges (Vallant-St-Georges), Mesnil-St-Georges (Ervy-le-Châtel), Moline-St-Julien (St-Julien), Notre-Dame-d’Ormont (Arrembécourt), Notre-Dame-du-Chêne (Crespy), Petit-St-Julien (St-Julien), Petit-St-Georges (Vallant-St-Georges), Petit-St-Mesmin (Fontaine-les-Grés).

 Pour terminer, n’oublions pas les fermes :

 de St-Bouin (St-Mards), St-Etienne (Vallentigny), St-Gabriel (Vendeuvre), St-Georges (Vallant), St-Jacques (Jully-sur-Sarce), St-Joseph (Chaource), St-Joseph (Thill), St-Joseph-des-Champs (Vougrey), St-Lucine (Rhèges), St-Martin (Ailleville), St-Montiéramey), St-Parres (St-Nicolas), St-Victor (Soulaines), St-Victor (Mesnil-St-Père), St-Victor (Braux), St-Victor (Plancy), Ste-Catherine (Thennelières), Ste-Elisaberh (Bragelogne), Ste-Eulalie (Rosières), Ste-Germaine (Bar-sur-Aube), Ste-Marie (Pouy), Ste-Scholastique (Rosières), Ste-Suzanne (Mailly).

Je reconnais que je ne pensais pas que notre petit département de l’Aube était un de ceux qui comportaient le plus de saints : 31, et tant de villes, villages ou fermes portant un nom de Saint : 106 ! !   

Peut-on encore dire « Repaires de parpaillots, gens sans foi dans l’Aube ? ». Non, nos villages ont une vie, ils ont une âme.   

 

*PARPAILLOT

 Le terme “parpaillot” est un mot anciennement utilisé de manière péjorative pour désigner un protestant. Il trouve son origine dans le mot occitan “parpalhòu” qui signifie "papillon". Ce terme était utilisé pour railler l’infidélité des protestants, butinant d’église en église et peut être comparée au vol des papillons de fleur en fleur. Peut-être du fait qu’ils subissaient le bûcher, comme un papillon de nuit vient se brûler aux flammes d’un feu

Attesté chez Rabelais en 1535 au sens de papillon.

Une hypothèse s’appuie sur la décapitation en 1562 de Jean-Perrin Parpaille, chef protestant.

Aujourd’hui, il est rarement utilisé et peut aussi désigner quelqu’un qui ne pratique pas sa religion ou qui n’a pas de religion.

quelques exemples dans la littérature :  

 Ces misérables parpaillots, si on veut les noyer, il faudra les jeter à l’eau comme les chats, avant qu’ils ne voient clair. — (Alexandre Dumas, La Reine Margot, 1845, volume I, chapitre IX)

Le débat qui se poursuit aujourd’hui n’est donc qu’une nouvelle face du grand débat qui a abouti à la Saint-Barthélemy. Si Lorraine règne, messieurs, malheur aux parpaillots maudits, convertis ou non ! — (Michel Zévaco, Le Capitan, 1906, Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire » no 31, 1907)

 En écoutant ces récits, ma grand-mère faisait semblant de s’indigner, elle appelait son mari « mécréant » et « parpaillot », elle lui donnait des tapes sur les doigts. — (Jean-Paul Sartre, Les mots, 1964, collection Folio, page 87)

(Par extension) Celui qui ne pratique pas sa religion ou qui n’a pas de religion.

 Soir et matin, la sœur disait la prière, et mon soldat quoique parpaillot, levait sa calotte, observait une attitude respectueuse pour ne choquer personne. — (Georges Clémenceau, Au fil des jours, 1900, cité dans Clémenceau - l’irréductible républicain, collection: Ils ont fait la France, éditions Garnier, 2011, page 301)

 L’indifférence en matière de foi était devenue de règle, car d’hostilité on n’en sentait point trop encore ; à peine sourdait-elle, peut-être, dans quelques propos sacrilèges que les mauvaises langues : francs-maçons, libres-penseurs, anarchistes, parpaillots, ennemis déclarés de Dieu et de ses ministres, brebis galeuses fort rares heureusement dans son troupeau, s’essayaient malicieusement dans l’ombre à propager. — (Louis Pergaud, Le Sermon difficile, dans Les Rustiques, nouvelles villageoises, 1921)

 Il perçoit fort bien, dans cette espèce de Tibet qu’est alors l’Italie, les tares, d’ailleurs fort peu cachées, des prêtres ; le monsignore qui s’offre un jour maigre « un repas de parpaillot » l’offusque ; il a peut-être constaté aussi d’autres licences plus sérieuses. — (Marguerite Yourcenar, Archives du Nord, Gallimard, 1977, page 140)

 




Chapelle st Aventin

 

Chapelle st Aventin à St Aventin hameau de Verrières – Aube (10)


Une source qui passe pour être "miraculeuse" se trouve un peu plus loin.

Selon   la   tradition,   cette  chapelle   aurait   été   élevée   au   XIIe s. à l’emplacement de l’ermitage de Saint Aventin, disciple de saint Loup de Troyes, mort vers 537, dont elle possédait autrefois les reliques. Une petite statue du XIIIe s. représentant le  saint en compagnie d’un ours y est encore conservée.

Saint Aventin, bois polychrome XIIIe s.

L’édifice est composé  d’un chœur et  d’une  nef  rectangulaires  de  chacun  deux  travées,  séparés par  un  arc  triomphal.  Il  est  plafonné  sur  toute  sa  longueur,  mais  les traces d’une  voûte  de  bois  en  berceau  brisé  subsistent  au-dessus de la nef.  Celle-ci  est  légèrement  surélevée  par  rapport  au  sanctuaire ; elle est surmontée d’un petit clocher de charpente couvert d’ardoise et précédée d’un porche. Le chœur, contrebuté par de puissants contreforts, est encore celui de la chapelle  romane  primitive, mais ses ouvertures ont  été  modifiées  au  XVIe s.

Chaire du XVIIIe, l'escalier et l'abat-voix ont disparu

Bâton de procession, St Nicolas, bois doré XVIIIe

L’église  possède encore quatre verrières anciennes qui peuvent fournir des indications sur la chronologie des remaniements  survenus depuis l’époque romane. Toutes expriment une  dévotion  particulière à  la Vierge ; deux peuvent être datées-, par leur style, des premières années  du  XVIe s.,  mais  ont  été  remontées dans des  fenêtres  pour lesquelles elles n’avaient pas  été  conçues ;  les  deux  autres,  exécutées  vers le milieu du siècle, semblent en place. L’une d’entre elles porte  la date de 1557, qui pourrait donc être voisine de celle de  la  réfection de la nef. 
Outre celle de saint Aventin,  la  chapelle  possède plusieurs statues du XVIe s. 


L'Annonciation


Description : remploi d'un panneau au centre de la baie et d'un médaillon au-dessus, vitrerie losangée 20e siècle en complément ; sujet : alternance de verres colorés et de feuillages en bordure du panneau. 4ème quart du XVe siècle.



L'an mil cinq cinquante sept pierre million/et guillaume millon ont donné ceste verrière/Priez pour eulx. Blason des Péricard.

– Scène biblique de 1557

Verrière dont le registre supérieur (Mort de la Vierge) a été réalisé vers 1510 alors que le panneau des donateurs du bas est daté de 1557 ; l'inscription du soubassement nomme les donateurs : Pierre et Guillaume Millon.

Scène biblique (Mort de la Vierge, Les apôtres, Dieu le Père : âme : Vierge, ange : âme) ; scène (homme : en donateur) ; ornementation : en encadrement (décor d'architecture), fond damassé


Pietà XVIe


Saint Aventin et son ours XVIe (badigeon et dorure)


Vierge à l'Enfant XVIe


Saint Sébatien XVIe


Vierge à l'Enfant fin XVe

la nef et le Choeur 


La  charpente  du  clocher  étant  en  mauvais état, la Sauvegarde de l’Art Français a versé en 1994 une subvention de 35 000 F pour sa consolidation. L’année suivante, le plafond de la nef a été supprimé pour rétablir l’ancienne voûte en berceau brisé. Deux travées ont été restaurées en torchis, selon les techniques anciennes, les deux autres en plâtre projeté sur ossature métallique. Pour ces travaux, la  Sauvegarde  a  versé  une  nouvelle aide de 40 000 F.








Deux chandeliers, un reliquaire, une croix, une croix d'autel ont disparu selon l'inventaire de mon parrain qui a géré cette paroisse.


Saint Aventin

 

 Église st Aventin de Troyes
Démolis en 1833

 Il y a 180 ans, était démolie l’église Saint-Aventin. D’après le chanoine-trésorier de la collégiale de Saint-Urbain, " c’était sans contredit, la plus ancienne, remontant au VI° siècle ".

Saint Aventin nait sur la fin du V° siècle, avant le règne de Clovis, 1er roi des chrétiens.  Il entend parler de saint Loup, évêque de Troyes, de sa science profonde, de son éminente sainteté. Son ambition est d’être compté au nombre de ses disciples. Le désir d'une vie parfaite conduisit le jeune Aventin à Troyes.

Saint Camélien* succède sur le trône épiscopal de Troyes, au décès de saint Loup. Il connut bientôt le mérite et la vertu d'Aventin, le mit au nombre de ses clercs et le fit économe de ses revenus. Le pieux religieux s'acquitte de son emploi avec tant de prudence et de sagesse, qu'il nourrissait non seulement le clergé de la cathédrale qui vivait alors en commun, mais encore les pauvres, les veuves et les orphelins. " Les actes de la vie rapportent même que Dieu opéra des miracles pour faire éclater sa fidélité et sa charité, et que plus il dépensait pour les pauvres et les infirmes, plus les biens croissaient entre ses mains ".

La réputation de sa sainteté s'étant répandue, Aventin craignit que le démon ne se glissât dans son cœur. Il prit la résolution de fuir le monde et de se retirer dans la solitude pour y vivre sous les yeux de Dieu seul. Il en demanda la permission à l'évêque, qui d'abord lui refusa pour le retenir auprès de lui, afin d'édifier son peuple. Aventin, persévérant dans son dessein,  réitéra ses demandes, et obtint enfin la permission qu'il désirait. Il se retira sous les murs de la ville auprès d'une chapelle déserte ou peu visitée, et y bâtit une chaumière où il vécut en anachorète. Cette retraite ne fit qu'augmenter sa renommée. Les hommes qu'il fuyait allaient l'y retrouver pour jouir de sa conversation et recevoir des instructions sur l'affaire de leur salut. Tant de visites lui firent connaître qu'il n'avait pas encore rempli son objet et qu'il n'était pas assez éloigné du commerce du monde. Il choisit une retraite plus éloignée, où est aujourd'hui la paroisse de Saint-Aventin. Là, il fut appelé aux saints ordres, l'évêque lui conféra le diaconat et enfin la prêtrise. Ministre fidèle, il s'adonna à la prière, à l'étude des saintes écritures et à la méditation de la science des saints. Il montrait la piété la plus profonde dans la célébration des saints mystères. La plus sévère austérité était son occupation, la haire était son vêtement, le pain d'orge, les racines et un peu d'eau étaient toute sa nourriture vers le milieu de la semaine, après 3 jours de jeûne continuels. Enfin, il n'avait pour lit que des planches couvertes de peau. Un ours furieux et poussant des cris épouvantables se présenta dans la chaumière du saint pendant la nuit. Aventin, effrayé, se mit en prière et s'abandonna aux soins de la Providence. A la pointe du jour il ouvrit sa porte, et l'ours doux et abattu de langueur, le lécha et lui présenta une de ses pattes où était enfoncée une épine, comme pour le prier de la lui arracher. L'homme de Dieu lui rend ce service, lave la plaie, la frotte avec un peu d'huile et l'enveloppe d'une petite peau. L'animal devint familier, et, lorsqu'il fut guéri, il se retira dans les bois. Une autre fois, une biche poursuivie par des chasseurs, se retira aussi dans la chaumière du saint, qui la mit sous sa protection et lui sauva la vie. Saint Aventin avait avec lui un religieux qui le servait "en ses besoins, et apprenait de lui à marcher dans les voies de la justice". Un jour, ce religieux ayant pêché quelques petits poissons, les porta à son maître, encore vivants. Le saint les prit et les rejeta dans l'eau, en disant : "allez, petites créatures, retournez dans votre élément et y vivez, pour moi, Jésus Christ est mon élément et ma nourriture, c'est en lui que je veux vivre". Saint Aventin a fait encore plusieurs autres prodiges : il guérissait les malades par ses prières et il chassait les démons suivant la parole de Jésus-Christ.      

  Le bruit de ses vertus et de ses dons lui attira une foule de visiteurs.

Il décède le 4 février 537. L’évêque de Troyes, saint Vincent, frappé des miracles qui s’opèrent sur son tombeau, le fait reconnaître comme saint, et fait ériger en 540, une église en son honneur. Il va souvent s’agenouiller sur le tombeau du saint, et demande à être inhumé dans cette église (son tombeau a été détruit lors de la Révolution de 1789).

En 1219, la châsse de saint Aventin est ouverte. Le corps est trouvé en bon état.

En 1605, le curé et les habitants de Creney demandent au Chapitre de Saint-Etienne " une portion quelconque du saint solitaire sous l’invocation duquel ils ont placé leur église paroissiale ". Le 7 novembre une côte de saint Aventin est mise au trésor, et le 29, ils en prennent possession avec transport solennel dans leur commune.

En 1641, on détache des restes vénérés, un os de la cuisse " long de 2 palmes  (environ 45 cm), pour être donné à sa demande, à la reine de France, pour être placé dans l’église des Religieuses de Paris ".

En 1725, notre évêque Bossuet, permet que " l’on tire un os de l’avant-bras, pour mettre dans la chapelle bâtie à Rome, sur le mont Aventin ". Bossuet en profite pour prendre pour lui, la clavicule, qu’il remet en 1729 à la paroisse auboise de Saint-Aventin-sous-Verrières.

En 1760, les chanoines de la Collégiale Saint-Etienne font faire une nouvelle châsse, pour y placer en 1764 le reste des reliques de saint Aventin " avec plusieurs autres ". Avant de sceller la châsse, on accorde au curé de Saint-Aventin, " une portion d’une fausse côte et une vertèbre des lombes " du saint qui fut donnée à l’évêque de Castres, pour son église.

Que sont devenus les restes précieux de saint Aventin, richement enchâssés dans l’or et la soie ? Jetés au vent en 1794 par le pouvoir révolutionnaire, et la châsse broyée sur ordre de la Convention. Il ne reste aujourd’hui que quelques parcelles de ces reliques.

L’église était d’assez grande dimension, possédait un orgue, une tour-clocher avec de grosses cloches, elle était voûtée. Il y avait 4 autels, dédiés à saint Roch, saint Barnabé, saint Aventin et saint Sébastien.

Lorsque la liberté des cultes fut proclamée sous Louis XVI, elle servit d’asile à l’église réformée, mais elle fut fermée pendant la Terreur, puis vendue comme bien national.

Elle servit successivement de magasin de bois et charbon, et d’atelier de charronage. En 1833, elle est démolie.

L’abbé Fardeau, dernier curé de Saint-Aventin, est la seconde victime des fureurs révolutionnaires, après le maire de Troyes, Claude Huez.

Il passe le 20 août 1792, sur le pont du moulin de la Tour. Des femmes au lavoir le reconnaîssent et  font des huées et le signalent comme prêtre à des soldats. Pris au collet, ils veulent lui faire dire : Vive la Nation ! L’abbé s’y refuse.

Alors ils l’accablent de coups, " et l’un d’eux lui tranche la tête, qu’ils placent au bout d’une pique et parcourent tous les quartiers de la ville avec ce sanglant trophée de leur barbarie ".

Ses assassins ne furent jamais recherchés.

C’est ainsi que finirent les destinées de la paroisse de Saint-Aventin.

*Saint Camélien est celui qui s’échappe du nombre des clercs envoyés par saint Loup vers Attila, près de Saint-Mesmin. Echappé aux coups des soldats, il se cache dans un petit bosquet, revient à Troyes, et rapporte ce qui s’est passé dans le massacre de ses compagnons.

Saint Loup, près de mourir, le désigne en 479, pour son successeur dans le siège épiscopal de Troyes. Les citoyens, connaissant son mérite, se rendent avec joie aux vœux du pontife, et acceptent Camélien pour évêque. Il marche sur les traces de son prédécesseur, et mérite, par ses vertus, le titre d’homme apostolique.

Afin de vaquer à ses fonctions avec plus de zèle et de ferveur, il choisit saint Aventin pour être l’économe de son temporel, et s’aperçoit que plus il dépense pour les pauvres et les infirmes, plus les biens croissent entre ses mains. Pour l’éprouver, saint Camélien marque un tonneau de vin, et s’aperçoit que ce vin ne diminue pas quand Aventin en fait la distribution. Il donne cette charge à d’autres, et cette fontaine miraculeuse cesse, et le tonneau est bientôt vide.

Sous son épiscopat, la ville de Troyes tombe sous la puissance de Clovis, et fait partie de la monarchie française. Quoique ce prince soit encore idolâtre, ce changement n’affaiblit pas la religion chez les Tricasses. Clovis protège les chrétiens, loin de les détruire.

 Camélien voit le prince venir recevoir sa future épouse Clotilde à Villery, et il reçoit aussi sainte Geneviève qui vient à Troyes chercher des secours pour aider Paris désolé par la famine.

En 511, il assiste à la sixième place, lors du concile qu’assemble Clovis, devenu catholique, à Orléans, avec 32 autres évêques.

Saint Camélien décède en 536, après un épiscopat de 57 ans ! Ses reliques sont dans l’église de saint Loup. Sa fête se célèbre le 28 juillet.

 


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