mercredi 22 mai 2024

Canons des 7 premiers conciles œcuméniques

 


Canons des sept premiers conciles œcuméniques  (325-787)

 


1. Concile de Nicée I (325)

Les 20 canons des 318 pères, saints et inspirés de Dieu, qui se réunirent à Nicée sous Constantin le Grand et sous le consulat des illustrissimes Paulin et Julien, en l’an 536 de l’ère d’Alexandre, le 19 du mois de desius, le 13ème jour des calendes de juillet.

1. De ceux qui sont devenus eunuques de leur propre gré ou qui l’ont subi de force.

Si quelqu’un a été mutilé par les médecins durant une maladie, ou bien par les barbares, qu’il reste dans le clergé; mais si quelqu’un étant en bonne santé s’est mutilé lui-même, qu’on l’exclue du clergé dont il fait partie, et à l’avenir on ne devra pas admettre celui qui aura agi ainsi. Mais comme il est évident que ce qui vient d’être dit ne regarde que ceux qui ont agi avec intention et qui ont eux-mêmes voulu se mutiler; ceux qui l’auront été par les barbares ou par leurs maîtres pourront, conformément à la règle ecclésiastique, être reçus dans la cléricature, s’ils en sont dignes par ailleurs.

2. De ceux qui entrent dans la cléricature aussitôt après le baptême.

Comme soit par nécessité, soit que l’on ait été poussé par d’autres motifs, plusieurs choses contraires à la règle ecclésiastique se sont produites : ainsi on a accordé le bain spirituel et aussitôt après le baptême la dignité épiscopale ou sacerdotale à des hommes, qui avaient à peine passé de la vie païenne a la foi, et qui n’avaient été instruits que pendant très peu de temps; il est juste qu’à l’avenir on n’agisse plus ainsi, car il faut un temps d’épreuve au catéchumène, et après le baptême une plus longue épreuve. Elle est claire la parole de l’apôtre disant "que l’évêque ne soit pas néophyte, de peur que par orgueil il ne tombe dans le jugement et dans le piège du démon". Si dans la suite un clerc se rend coupable d’une faute grave, constatée par deux ou trois témoins, il doit cesser d’appartenir au clergé. Celui qui agit contre cette ordonnance, vu qu’il se montre désobéissant à l’égard de ce grand concile, risquera lui-même de perdre sa place dans le clergé.

3. Des femmes qui cohabitent avec des clercs.

Le grand concile a défendu absolument aux évêques, aux prêtres et aux diacres, et en un mot à tous les membres du clergé, d’avoir avec eux une sœur-compagne, à moins que ce ne fût une mère, une sœur, une tante, ou enfin les seules personnes qui échappent à tout soupçon.

4. Par combien d’évêques un évêque est élu.

L’évêque doit être avant tout choisi par tous ceux de la province; mais si une nécessité urgente ou la longueur de la route s’y opposait, trois évêques absolument doivent se réunir et procéder au sacré, munis du consentement écrit des absents. La confirmation de ce qui s’est fait revient de droit dans chaque province à l’évêque métropolitain.

5. Des excommuniés, qu’il ne faut pas que d’autres les reçoivent, et des synodes à réunir deux fois par an.

Pour ce qui est des excommuniés clercs ou laïcs, la sentence portée par les évêques de chaque province doit avoir force de loi, conformément à la règle prescrivant que celui qui a été excommunié par l’un ne doit pas être admis par les autres. Il faut cependant s’assurer que l’évêque n’a pas porté cette sentence d’excommunication par étroitesse d’esprit, par esprit de contradiction ou par quelque sentiment de haine. Afin qu’un tel examen puisse avoir lieu, il a paru bon d’ordonner que dans chaque province on tint deux fois par an un synode, afin que tous les évêques de la province étant réunis, on fasse toutes les enquêtes nécessaires; ainsi ceux qui de l’avis commun auraient désobéi à leur évêque seront justement considérés par tous comme excommuniés, jusqu’à ce qu’il plaise à l’assemblée des évêques d’adoucir leur sentence. Ces conciles devront se tenir l’un avant le quarantième jour pour que, ayant éloigné tout sentiment pusillanime, l’on puisse présenter à Dieu une offrande pure, et le second pendant l’automne.

Roulées


Crécelle XVIIIe siècle

 Coutumes et Traditons dans l'aube 

les Roulées

Symbole de l’éclosion, l’œuf contenant le germe de la manifestation, est un symbole universel. Les Celtes se représentaient la naissance du monde à partir d’un œuf.

 L’opinion, généralement admise, rattache l’origine des œufs de Pâques au IV° siècle, à l’établissement du carême pendant lequel l’Eglise a interdit l’usage des œufs.

 La Semaine sainte est le temps de la récolte des œufs à l’état de nature, le samedi ou le lundi de Pâques* est le jour de la récolte des œufs, appelés roulées.

 Le nom des roulées vient de l’usage qui est fait de ces œufs dans un jeu jadis très répandu. On faisait rouler, sur un plan incliné, des œufs qui, avant de s’arrêter, devaient s’entrechoquer avec d’autres placés au repos et servant de but.

 Les enfants des villages perpétuent la tradition des crécelles. 

 Durant les 3 jours qui précèdent Pâques, du jeudi saint au samedi saint midi, le clocher ne carillonne plus, les cloches, selon la tradition, « étant parties à Rome ».

 Les roulées intéressaient particulièrement les enfants de chœur, qui allaient de maison en maison, l’un portait un panier, un autre une bourse.

 La coutume était de faire « chanter » les crécelles pour remplacer les cloches parties à Rome, habitude prise depuis le VIII° siècle.

 Munis de grands paniers pour recevoir les œufs, et de crécelles que chacun agite avec énergie, et qu’ils appellent leur « bruant » les enfants vont de maison en maison, de porte à porte « bruander » leur joyeux passage. Le mot « bruant » vient de ce que le fait d’actionner une crécelle  produit beaucoup de bruit. C’est ce concept qui est à l’origine de la seconde appellation de l’instrument : répandre du bruit, bruire.

 Quelquefois l’un des enfants tient une grande croix de bois, peinte en rouge, ornée du buis, fleurs et de rubans multicolores.

 Ils vont dans toutes les maisons du village, frappant à toutes les portes. Ceux qui, pour des raisons diverses refusaient les roulées, entrouvraient seulement la porte et montraient le balai ! Les enfants savaient ce que cela signifiait et filaient !

 Les enfants prenaient tout ce qu’on leur donnait. Quelques fois, on leur donnait du beurre, du lard, du jambon et là où les œufs n’abondent pas, ils reçoivent quelques pièces de monnaie, du chocolat, des gâteaux ou d’autres friandises.

 De retour au presbytère, le partage des œufs et de l’argent était fait par le prêtre, le sacristain ou le plus âgé des quêteurs, à part égale. Chaque enfant de chœur se hâtait de vendre une partie de ses œufs, pour grossir son pécule.

 A Rumilly-les-Vaudes, à Géraudot, à Jully-sur-Sarce, les roulées annonçaient la moisson. Le lundi de Pâques, en effet, le patron invitait les ouvriers à la ferme. Ceux qui acceptaient d’y « manger les roulées », s’engageaient par là, pour les travaux de la moisson.

 Personnellement, il y a plus de 80 ans, je faisais la tournée des roulées, avec les enfants de choeur à La Villeneuve-au-Chêne, muni d’un panier à vendanges.

 L’abbé Charles Nioré, historien du XIX° siècle, écrit que du XVI° au XVIII° siècles, dans l’Aube, on faisait la quête des œufs le vendredi saint au profit de la « fabrique ». Elle produisait en général de 18 à 20 douzaines d’œufs qui se vendaient 4 sols en moyenne la douzaine.

 Cette semaine de Pâques, dans certaines communes, les œufs étaient aussi souvent à l’honneur, avec les facteurs qui faisaient la quête dans les maisons du village et les pompiers, qui, après une manœuvre de la pompe, frappaient à chaque porte et recevaient œufs, lard et pièce. Le tout servait à la confection d’une omelette géante que les soldats du feu dégustaient, bien arrosée, grâce aux pièces données.

 Dans certaines coutumes de l’Aube, l’œuf des jours saints, symbole de prospérité, était consommé pieusement le jour de Pâques, parce qu’il avait la vertu d’éloigner les fièvres pendant toute une année.

 

mardi 21 mai 2024

Différents blasons à Troyes


Blason de Louis XIV


suite à mon article sur le blason avant et aujourd'hui :

J’ai fait quelques recherches dans les archives sur les différents blasons que l’on pouvait trouver dans la ville de Troyes et/ou de ses dépendances. Certains sont ecclésiastiques (prêtre, chanoine, évêque…), d’autres de marchands (boucher, boulanger, …), ou encore de notables (avocat, bourgeois…) ou bien communautés religieuses. Cette liste n’est pas complète, mais elle donne ici un aperçu de ce qu’était l’art du blason autrefois.

Tout un chacun peut s’il le désire se créer un blason,  puisque la Vème République n’ayant pas légiféré en la matière, l’usage d’armoiries et donc entièrement licite et libre et relève du domaine privé. De très bon spécialistes peuvent vous aider à créer votre blason ; un blason ne donne pas droit à porter un titre.

 pour rappel : 

"Louis XIV, par un édit de 1696, obligea toute ville possédant un corps consulaire au port d’armoiries. Maintes communes, qui ne possédaient pas de corps municipal, furent néanmoins armoriées d’office et taxées. Un second édit, en 1697, étendit l’obligation aux ecclésiastiques, administrations, corporations, maison religieuses, bourgeois des villes franches, etc…"

C'est ainsi que sur ordre du roi et de son édit de 1696, Charles d'Hozier crée

l' Armorial général de France


Jean Tassin - chanoine
Denis Lévêque - chanoine
Michel Longeneau - Clerc
François Régnier - officier du roy en la prévosté de Troyes
Nicolas Mauroy - commerçant


Pierre Doé bachelier en théologie - chanoine
Nicolas Camusat - marchand
Claude Noël - prêtre
Eustache Docen - chanoine
Georges de Malaroy - chanoine


François Bouthillier conseiller du Roy - Évêque
Denis François Bouthillier Abbé nommé par le Roy à l'évêché de Troyes
François de Villeprouvé - docteur en droit chanoine
Jean de Camus - aide de camp
Claude de Villeprouvé licencié en lois - chanoine

lundi 20 mai 2024

Le Blason avant et aujourd'hui

 

Comté de Champagne

Dans les temps médiévaux (XIIe siècle), l’émancipation des villes par l’octroi de la part de leur suzerain de privilèges et obligations, entraina la concession d’armoiries aux villes ou corporations ainsi libérées du joug féodal. Soucieux d’ordre et de paix dans leur possessions, les souverains créèrent des charges d’officiers spécialisés, les « hérauts d’armes »(1), pour régler les litiges et recenser les armories.

Le 9 janvier 1407, Charles VI institua un Collège des Hérauts(2) dont la juridiction s’étendait sur tout le royaume.

Le 7 juin 1487, Charles VIII créa la charge de Maréchal d’Armes (3), devant connaitre des causes nobiliaires, tant des fiefs que des personnes ; noms et armoiries devant être vérifiés et consigné sur le registre (rôle). Cet office permit de maintenir dans leurs droits  féodaux maintes familles dont les chevaliers étaient morts au combat de Saint-Aubin-de-Cormier (4) le 16 juillet 1488, tant dans les rangs de l’armée royale que dans ceux de l’armée du duc François II.

Le 21 février 1501, Louis XII commanda à son Roi d’armes « Normandie » de faire défense du  blason d’hermine plain, et du nom de Bretagne, à tous les parents de la Reine Anne, duchesse de Bretagne.

En 1615, Louis XIII créa la charge de « Juge général d’armes de France », charge attribuée à François de Cherviers, puis à Pierre d’Hozier (5) en 1641. [Marc Vulson de la Colombière, dans « Le Palais de l’Honneur », observe qu’en 1645, les Héraults d’armes, peu zélés, n’ont qu’un rôle consultatif auprès des tribunaux]

Pierre d'Hozier

Ordonnance par Hozier en 1698


Louis XIV, par un édit de 1696 (6), obligea toute ville possédant un corps consulaire au port d’armoiries. Maintes communes, qui ne possédaient pas de corps municipal, furent néanmoins armoriées d’office et taxées. Un second édit, en 1697, étendit l’obligation aux ecclésiastiques, administrations, corporations, maison religieuses, bourgeois des villes franches, etc…

Le 22 juin 1790 (7), un décret de la Constituante supprima toutes armoiries, « vestiges de la féodalité ». La période révolutionnaire utilisa une symbolique inspirée de l’antiquité : bonnet phrygien, piques, faisceaux de licteurs…

Napoléon Ier , suite à la demande de la ville de Lyon qui souhaitait faire sculpter ses anciennes armoiries au fronton de son hôtel de ville reconstruit, fit concevoir, en trois jours, une héraldique « Impériale », objet d’un sénatus-consulte (8) du 11 mai 1808. Villes, corporations et associations civiles purent recevoir des armoiries, avis du 29 mars 1809(9). Ces blasons d’armoiries, ne pouvaient être octroyés que « d’un mouvement propre de l’Empereur », les villes durent se conformer à certaines obligations et porter dans leurs armoiries, en fonction de leur importance :

- les villes de première classe* : un chef de gueules à trois abeilles d’or avec en ornement extérieur une couronne murale à l’aigle essorante** d’or ;

- les villes de 2ème classe : un franc-quartier dextre d’azur à l’N d’or surmonté d’une étoile rayonnant du même’ ; couronne murale avec aigle essorante d’argent ;

- les villes de 3ème classe*** : un franc-quartier senestre de gueules avec l’N d’argent et étoile du même ; couronne en corbeille avec épis de blé.

Au cours de la première Restauration, Louis XVIII publia le 26 septembre 1814 une ordonnance relative aux armoiries municipales. Cette ordonnance fut annulée pendant les Cent-Jours (décret des 13 et 24 mars 1815).

En 1816, Louis XVIII rendit aux communes les « marques d’honneur que leur avaient octroyées ses prédécesseurs » (y compris Napoléon Ier).

La seconde République, qui abolit les titres de noblesse le 29 février 1848, ne légiféra pas en matière d’armoiries et certaines villes, notamment Bordeaux, se bornèrent à gratter les fleurs de lys de leur blason.

Le Second Empire revient au statut de 1808. Napoléon III – qui n’accorda que des titres nobiliaires****- créa un conseil du Sceau le 8 janvier 1859. Ce conseil fut supprimé par la Troisième République le 10 janvier 1872.

Dès lors, chaque ville ou particulier put ainsi se constituer à sa convenance un symbole ou un blason, « fors le droit d’autrui ». Il en fut ainsi jusqu’à la création de l’État Français en juillet 1940. Le Maréchal Pétain, Chef de l’État, créa une commission des Sceaux et Armoiries de l’État. Les blasons communaux, enregistrés au Ministère de la Justice, en reçurent un brevet, avec dessin dû à l’héraldiste Robert Louis, alors dessinateur symboliste des services officiels.

En octobre 1945, le Général de Gaulle, Chef du Gouvernement provisoire, promulgua depuis Toulouse une ordonnance reconnaissant aux conseils municipaux le libre choix de leurs armoiries, sans frais d’enregistrement.

Les IVème et Vème République n’ayant pas légiféré en la matière, l’usage d’armoiries et donc entièrement licite et libre et relève du domaine privé. Plusieurs départements ont créé des commissions chargées d’officialiser les décisions des conseils municipaux.


Blasons des différents départements de France

*villes de première classe : Paris – Lyon – Marseille – bordeaux – Rouen – Nantes - Lille – Toulouse – Strasbourg - Orléans – Amiens - Angers – Montpellier – Metz – Caen – Clermont-Ferrand - Besançon – Nancy – Versailles – Rennes – Tours - Grenoble – La Rochelle – Agen – Reims – Montauban – Troyes, dont les maires assistent au couronnement de l’Empereur.

**essorant : Se dit des oiseaux, principalement de l'aigle, lorsque ces oiseaux sont posés de profil et entr'ouvrent leurs ailes comme pour prendre leur essor.

***villes de 3ème classe : Nantes et Paimboeuf furent seules à en recevoir ; Sucé qui avait postulée fut déboutée.

****Titre nobiliaire : Maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta en 1860 – Général Cousin-Montauban, comte de Palikao en 1862.

Blason de Nantes

 

Blason de NANTES

 

NAONED / NAUNTT

Chef-lieu de département (Loire Atlantique)

 XVIe s de gueules au vaisseau équipé d'or, habillé d'hermine, voguant sur une mer de sinople mouvant de la pointe et ondée d'argent; au chef d'hermine.


Armoiries de Nantes
Croix de la Libération. Croix de Guerre 1939-1945.

Devise: « favet neptunus eunti » (que Neptune favorise le voyageur)


L'histoire des armoiries de la ville de Nantes commence au XIVe siècle avec le sceau de l'ancienne prévôté, sceau qui représente le duc de Bretagne dans une frêle embarcation, brandissant une épée comme pour protéger la capitale de son duché.

Au XVe siècle, lors des funérailles d’Anne de Bretagne le 19 mars 1514, la barque évolue en une nef d'or ; le blason de la ville devenant "De gueules au navire d'or habillé d'hermines, voguant sur une mer de sinople, au chef d'hermines, l'écu timbré d'une couronne comtale et entouré d'une cordelière ", blason souvent accompagné de la devise Oculi omnium in te sperant Domine (les yeux de tous se tournent vers toi et espèrent Seigneur).

armoiries au XVIe s.

Deux particularités dans ces armoiries : la mer de sinople c'est à dire verte et non pas d'azur comme fréquemment en héraldique, couleur symbolisant la rivière qui se jette dans l'océan ; et la cordelière, insigne de l'ordre fondé par Anne de Bretagne en l'honneur de Saint-François d'Assise, patron de son père, et ornement de la reine dont elle introduisit la mode à la cour de France.

Au XVIIIe siècle, la ville se transforme, ses armoiries aussi. En 1754, une couronne murale et crénelée remplace la couronne comtale, représentant les fortifications en cours de démolition. Pendant la Révolution, le navire est remplacé par une statue de la liberté. L'Empire voit le presque rétablissement du blason d'Ancien Régime, avec cependant le rajout d'un attribut napoléonien : une couronne sommée d'un aigle.

Blason de la ville de Troyes

 

Blason de la ville de Troyes

Blason de Troyes


Armoiries de Troyes

Adopté le 11 février 1825.

Porte: de Champagne au chef de France

D'azur à la bande d'argent côtoyée d'une double cotice potencée et contre potencée de treize pièces d'or, et un chef aussi d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or".

La devise est : « passavant le meillor »  (Passe avant le meilleur) d'après d'Hozier

Les armes de Troyes rappellent le rattachement de la Champagne à la France en 1284, par le mariage de Jeanne de Navarre, héritière du comté, avec le roi de France Philippe le Bel. Au blason de Champagne s’ajoute le chef de France aux 6 fleurs de lys.


 Vitrail de 1621 de l’atelier du troyen Linard Gontier dit l’Ainé (1575-1642).
Provient de la maison des arquebusiers à Troyes

Les armoiries de la ville de Troyes sont le plus noble héritage de ses « Comtes palatins de Champagne » et se blasonnent « de Champagne, au chef de France ». Mais une description attentive doit s’énoncer ainsi :

« D’Azur à la bande d’argent « accostée de quatre cotices, deux à dextre et deux à senestre, potencées et contre potencées d’or de treize pièces ; au chef cousu d’azur, chargé de trois fleurs de lis d’or rangées en fasce ».

Treize potences contre-potencées d’or : signe et symbole judiciaires de nos anciens comtes et allusion aux treize comptés vassaux qui relevaient du grand Comté de Champagne : Auxerre, Bar-sur-Seine, Bar-sur-Aube, Brie, Brienne-le-Chateau, Porcien, Grand Pré, Joigny, Marle, Rethel, Roucy, Tonnerre, Vertus ».

 Napoléon remplaça les fleurs de lys par 3 abeilles. En 1825, Troyes reprit son blason fleurdelisé. Mais la Monarchie de Juillet, issue de la Révolution de 1830, adopta à la place des fleurs de lys, 3 étoiles d’or. Cet usage n’a été qu’éphémère, comme le prouve une reprise déjà ancienne des fleurs de lys. En même temps que le drapeau blanc disparaissait, la France retrouvait le drapeau tricolore.




samedi 18 mai 2024

L'Hermine en Bretagne

 

L’HERMINE

emblème héraldique de la Bretagne

 

« Ego  Ælidis Ducissa Britanniæ et Comitissa Richemondie » (1)…. ainsi commence la lettre rédigée à Redon en mars 1213 pour la fondation créée par la duchesse Alix (2) et son époux Pierre de Dreux, en faveur du prieuré Saint-Martin de  Lamballe.

Pierre de Dreux paraphe ensuite le texte : « Ego Petrus Dux Britanniæ Comes Richemondiæ ».

Alix fait appendre en cire blanche, sur queue de parchemin, son grand sceau en amande  Pierre y ajoute son grand sceau équestre, en même cire.

Sur le premier sceau, la duchesse figure couronnée, vêtue d’un long manteau retroussé de vair. Elle porte sur sa main gauche un oiseau de chasse avec ses longes.

Sceau et contre-sceau d'Alix

Sur le second sceau, le duc (3) « pot en tête » tient son écu échiqueté de Dreux avec en quartier un « espèce de vair » (4).

sceau et contre-sceau de Pierre de Dreux

Cet « espèce de vair » et en fait la fourrure blanche d’hermine des clercs de Notre-Dame de Paris, fourrure réservée à l’époque aux gens d’Église.

Pierre de Dreux, fils cadet de rober II, comte de Dreux et de Yolande de Coucy, donc arrière-petit-fils de Louis VI le Gros, était destiné par rang de naissance à la prêtrise. Il avait toutefois renoncé à l’état ecclésiastique pour le métier des armes, d’où son surnom de Mauclerc ». Il fut armé chevalier à Compiègne le 17 mai 1209 par le roi Philippe-Auguste « en même temps que le dauphin Louis et deux cents autres jeunes gens » (5)

Pierre de Dreux brisait donc l’échiqueté des Dreux par un quartier d’hermine. Cette fourrure provenait d’Arménie ; la blancheur de ses peaux cousues côte à côte et alternées en hauteur, était rehaussée par de petites queues à pointe noires retenues par trois points cousus posés en croix, à la manière des pelletiers d’Italie. Durant le Quattrocento,  Piero della Francesca les peindra ainsi aux portraits des della Rovere.

Alix aurait dû apposer, au revers de son grand sceau, un sceau secret, le contre-scel, portant l’écu aux trois gerbes de blé d’or du feu duc Geoffroy Botterel.

Mais cet écu était dans la famille des comtes de Goëllo, dont le cadet Henri (de Penthièvre) venait d’être réfuté de fiançailles avec Alix par le roi Philippe Auguste, suzerain, au profit de Pierre de Dreux (6). Alix n’avait donc point de sceau et Pierre lui prêta le sien.

Ainsi, le « Mauclerc », « prince le plus spirituel et le plus habile de son siècle » (7), glissa-t-il dans un acte de famille le quartier d’hermine, symbole privé personnel qui deviendra par la suite blason de fiel.

« Capétien, il avait dans le sang la passion de l’accroissement indéfini de son pouvoir personnel » (8).

En ces temps troublés durant lesquels le roi de France s’attachait à hâter la désintégration de l’empire anglo-angevin en crise (9) afin de confirmer sa suzeraineté sur toutes les provinces de l’Ouest (10), le duc de Bretagne était fort soucieux de sauvegarder son autonomie entre les deux grandes puissances française et anglaise.

Pour ses sujets, Mauclerc était un étranger, « valet de roi de France » (11) ; aussi, pour se démarquer,  rassembler les barons et le peuple du duché, il était habile de créer un symbole héraldique fortement différencié.

Les lions anglais de Richard « cœur de lion » étaient odieux aux Bretons car le roi d’Angleterre avait tant ravagé la Bretagne en 1196 « que nulle grotte n’en fut épargnée » (12).

Les lys de France représentaient un sérieux danger pour l’autonomie bretonne. Le duché voisin de Normandie réintégrait le domaine royal dès 1204 et Philippe Auguste faisait déjà battre à Guingamp, Nantes et Rennes de la monnaie d’argent portant à l’avers son effigie avec la légende «  Philipus Rex » et au revers la vieille croix celte avec mention «  Dux Britanie ».

Mauclerc, devenue Pierre 1er , fit graver l’écu de Dreux au franc-quartier d’hermine en avers sur les monnaies. L’écu du nouveau duc fit oublier l’effigie de roi de France.

Mauclerc conserva durant son règne son franc-quartier d’hermine, jusqu’à ce qu’il soit démis de sa charge de baillistre à la majorité de son fils, Jean 1er , en novembre 1237.

C’est en 1251 qu’apparait pour la première fois l’écu d’hermine plain : Jean Ier le Roux, fils de Mauclerc, scelle en cire brune – acte ecclésiastique – une confirmation ducale d’un échange entre le sire de Rezé et l’abbaye de Buzay. L’écu scutiforme compte dix mouchetures, 4, 3, 2 et 1, fines, avec cinq pointes et une petite croisette nettement gravée.

Sceau de Jean 1er le Roux 

La Mise au tombeau 1ère partie

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